Health and Social Services — 8 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CSSS 2022-02-08
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-neuf minutes)
Le Président (M. Provençal)
: Bonjour à tous. Bienvenue à notre
rencontre de ce matin. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous souhaite la
bienvenue et je demande à toutes les personnes de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 15, Loi modifiant la
Loi sur la protection de la jeunesse et d'autres
dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Derraji (Nelligan) est remplacé par Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce); Mme Sauvé (Fabre),
par Mme Robitaille (Bourassa-Sauvé); M. Marissal (Rosemont), par
M. Zanetti (Jean-Lesage); M. Arsenau (Îles-de-la-Madeleine), par
M. Ouellet (René-Lévesque).
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Ce matin, nous débuterons par les
remarques préliminaires puis nous entendrons les personnes et groupes
suivants : Mme Régine Laurent, l'Ordre des travailleurs sociaux et
des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec et l'Ordre des psychoéducateurs
et psychoéducatrices du Québec.
J'invite maintenant le ministre délégué à la
Santé et aux Services sociaux. M. le ministre, vous disposez de
six minutes pour les remarques préliminaires.
M. Carmant : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour, tout le monde. Très heureux d'être ici avec vous ce matin.
Je tiens à saluer la présence de mes collègues de Soulanges,
Lotbinière-Frontenac, Dubuc et de Roberval. Merci beaucoup d'être là
aujourd'hui. Je tiens à saluer la présence de la directrice nationale de la
protection de la jeunesse. Merci d'être là. Je tiens à saluer également les
collègues des oppositions, opposition officielle, deuxième opposition,
troisième position. Merci d'être là. Je pense que c'est un grand jour pour tout
le monde aujourd'hui.
Je tiens d'abord à vous remercier de votre
présence à cette séance préliminaire de consultations sur le projet de loi
n° 15, loi modifiant la protection de la jeunesse et d'autres dispositions
législatives. Je vous rappelle que ce projet de loi est le fruit de la
commission spéciale constituée suite à la tragédie de Granby, qui a changé nos
vies. Composée de 12 commissaires, dont cinq experts,
quatre élus des différents partis à l'Assemblée nationale ainsi qu'une
présidente et deux vice-présidents, cette commission a tenu une très vaste
consultation publique qui a permis d'entendre plusieurs milliers de personnes
de tous les horizons.
Il y a huit mois à peine, notre gouvernement
recevait le rapport de cette commission formée en mai 2019, et nous nous étions
engagés à le mettre en oeuvre. Aujourd'hui, nous tenons parole. Ce rapport,
maintenant connu sous le vocable de rapport
Laurent, est l'exercice de la réflexion la plus imposante entreprise depuis
l'instauration du système de protection de la jeunesse, quelque
65 recommandations qui se déclinent en près de 250 actions que nous
réalisons en trois phases, selon un plan que j'ai présenté en décembre dernier,
en plus de ce projet de loi.
Bien que
d'autres modifications législatives aient été apportées depuis 1977, il y a
eu huit projets de loi en tout, le projet de loi n° 15 constitue la plus grande révision que la Loi de
la protection de la jeunesse ait connue depuis 44 ans. Il contient
60 articles, qui viennent modifier, remplacer ou ajouter près d'une
centaine de dispositions de la
Loi sur la protection
de la jeunesse, en introduisant notamment un préambule et en consacrant un
chapitre distinct pour les dispositions relatives aux autochtones, qui
reprennent l'essentiel des recommandations des rapports Viens et ENFFADA.
L'élément clé de ce projet de loi vise à placer
l'intérêt de l'enfant au centre de la loi, de façon primordiale et prioritaire,
pour que toute décision qui soit prise le concernant envisage cet intérêt de
façon primordiale. Nous nous sommes donné les moyens pour que cette notion
devienne une condition sine qua non à toute décision.
Ça ne veut pas dire que les parents n'ont plus
leur rôle à jouer, bien au contraire. Ils demeurent des acteurs principaux dans le développement et le bien-être
de leurs enfants. Nous sommes et serons toujours là pour les appuyer et
appuyer toutes les familles vulnérables. Cependant, et j'insiste lourdement, le
bien-être de l'enfant est ce qui doit être considéré en premier lieu. Il est
révolu le temps où un enfant devait payer le prix d'une mauvaise interprétation
de la loi ou souffrir d'une situation sur laquelle il n'a aucun contrôle.
Parfois, il arrive qu'un enfant soit mieux de rester en famille d'accueil
plutôt que d'être ballotté d'un milieu à un autre. Il faut le reconnaître, la
notion de temps aussi est très différente chez les enfants. Le placer dans une
situation d'incertitude est traumatisant. L'enfant peut développer des
problèmes d'attachement ou d'autres problèmes à plus long terme.
Ce projet de loi prévoit
aussi que le ministre de la Santé et des Services sociaux est d'office le
conseiller du gouvernement sur toute question relative à la protection de la
jeunesse et aux enfants en situation de vulnérabilité et qu'il doit être
consulté lors de toute décision ministérielle mettant en cause l'intérêt des
enfants ou le respect de leurs droits en matière de protection de la jeunesse.
Par ailleurs, le projet de loi modifie la Loi
sur le ministère de la Santé et des Services sociaux pour préciser que le ministre de la Santé et des Services
sociaux doit promouvoir des mesures propres à répondre aux besoins des
enfants et des familles en situation de
vulnérabilité ou à prévenir la compromission de la sécurité ou du développement
des enfants.
De façon plus générale, le projet de loi
n° 15 vise à améliorer la communication des renseignements confidentiels,
harmoniser et améliorer les pratiques cliniques en matière de protection de la
jeunesse, notamment par la nomination d'une directrice nationale de la
protection de la jeunesse, dont on vient préciser les responsabilités et les
pouvoirs, faciliter le passage des jeunes à la vie adulte et reconnaître que
les autochtones sont les mieux placés pour répondre aux besoins de leurs
enfants de manière appropriée.
Je veux également souligner toute l'importance
que ce projet de loi accorde aux Premières Nations et Inuits. C'est avec les
groupes autochtones des communautés conventionnées et non conventionnées et les
Inuits que les propositions d'intervention en protection de la jeunesse en
contexte autochtone ont été développées.
Plusieurs rapports d'enquête nous proposaient
des solutions concrètes pour adapter les services aux enfants autochtones. Ce
que nous proposons aujourd'hui est une mise en oeuvre de plusieurs
recommandations des rapports de l'ENFFADA et de la commission Viens. C'est avec
et pour tous nos partenaires des Premières Nations et Inuits que des
adaptations sont proposées à la
Loi sur la protection de la jeunesse afin de
s'attaquer notamment à la surreprésentation des enfants autochtones dans le
système de protection de la jeunesse. Je les remercie vraiment de leur apport
et de leur collaboration entière à la réalisation de cette réforme.
En fait, je suis très fier des travaux qui ont
été menés au cours des derniers mois afin de présenter ce projet de loi. Je
tiens à saluer tous ceux qui y ont travaillé de près ou de loin. Il s'agit d'un
premier jalon dans ce grand parcours qui nous amènera à mieux protéger tous les
enfants du Québec.
En terminant, je tiens à mentionner à tout le
monde ma pleine collaboration pour l'amélioration de ce projet de loi. Je sais
qu'ici plusieurs... tous les députés ont à coeur ce projet de loi là, et on va
travailler ensemble pour l'améliorer. Merci, donc, à tous les membres de cette
commission pour leur collaboration. Merci, M. le Président, et bons travaux à
tous.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite
maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Notre-Dame-de-Grâce à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale de quatre minutes. À vous la
parole.
Mme Weil : Oui. Merci, M. le
Président. Donc, je vous salue ainsi que votre équipe, M. le Président. Je
salue aussi le ministre et toute son équipe, l'appui qu'il aura, incluant la
directrice nationale de protection de la jeunesse — d'ailleurs, on parlera
beaucoup de cette fonction, pour être éclairés par rapport à son rôle, c'est
bien important — et
tous les collègues députés de la banquette ministérielle et des oppositions. Je
remercie aussi ma collègue la députée de Bourassa-Sauvé de m'accompagner, quand
elle le pourra, parce qu'elle a d'autres occupations aussi. Alors, merci pour
sa présence.
Alors, nous sommes à une étape extrêmement
importante. Toujours... si on parle avec des collègues, c'est souvent la
meilleure étape, c'est d'écouter les experts, les vrais experts qui sont... qui
viennent nous parler de leur expérience et qui ont toute une... tous ces
experts ont une connaissance fine d'un aspect d'un projet de loi. Et donc ça
commence aujourd'hui, et c'est avec, je vous dirais, un sentiment d'émotion, un
peu comme le ministre le dit, je pense que les collègues partagent ce sentiment
d'émotion. On est là pour nos enfants et nos ados, on est là pour notre avenir,
l'avenir de nos enfants.
Et c'est tout
le Québec, évidemment, qui a été ébranlé. On le sait, la genèse de ce projet de
loi et, évidemment, la suite, une commission qui a fait un rapport
extraordinaire, une mine d'or de réflexions — je le trimballe avec moi
quand je peux — mine
d'or de réflexions, de recommandations. Et j'apprécie l'ouverture du ministre
qui dit... il me l'a déjà dit aussi, personnellement, ou c'était peut-être
lorsqu'on faisait un débat... mais qu'il est prêt à le bonifier. Donc, on va
être vraiment à l'écoute des experts et des groupes, on aura l'occasion de
parler. C'est sûr que toutes les recommandations n'ont pas été retenues, pour
diverses raisons, et on ira au fond des choses.
Alors, c'est de la fébrilité que je ressens, et
le ministre l'a bien saisi, parce qu'on est tous là pour la bonne cause et on
va tous vouloir, je pense, bien travailler ensemble. Mais on va insister,
aussi, sur certains éléments, justement, pour être sûrs qu'on est allés
jusqu'au fond d'une question pour avoir les changements, les modifications
qu'il faut pour que le système fonctionne mieux — en anglais, on parle
de «seemlessly», je suis sûr que le ministre comprend
ce concept — donc,
sans faille, mais aussi que les gens se parlent et se consultent, mais qu'il y
a ait aussi un chien de garde pour
l'enfant, parce que tous les systèmes ne sont pas parfaits, malgré toutes les
réformes qu'on peut amener.
Alors, je remercie d'avance tous les groupes qui
vont venir nous parler. Nous avons hâte de les entendre. C'est un moment très,
très précieux. Merci, M. le Président.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. J'invite
maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Jean-Lesage à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale d'une minute. À vous la parole.
M. Zanetti : Merci, M. le Président.
Merci, M. le ministre, toutes les personnes qui sont présentes ici pour
travailler à ce projet de loi. Très brièvement, c'est un plaisir, une joie et
un honneur d'être ici, pour moi, à travailler à ce projet de loi qui est essentiel.
Puis je vais m'assurer que, vraiment, on maintienne le cap vers là où s'en va
le projet de loi actuel, c'est-à-dire que l'intérêt de l'enfant soit vraiment
placé au centre de nos préoccupations. Alors, voilà, je vous remercie. J'ai
bien hâte de commencer le travail avec vous.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. J'invite maintenant le porte-pa