Public Finance — 5 February 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2019-02-05
Quebec — Committees
Alors, comme
vous le savez, la commission est réunie ce matin... Nous cassons plusieurs
premières, hein? C'est le premier
projet de loi à l'étude de la 42e législature. C'est la première journée de la
première consultation particulière. Donc, il y a beaucoup de premières.
Ce n'est pas un moment historique avec un grand H, mais, à tout le moins, un
petit h.
Alors donc,
la commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières et
aux auditions publiques sur le projet de loi n° 3, Loi visant l'instauration
d'un taux unique de taxation scolaire.
Avant de poursuivre, Mme la secrétaire, y
aurait-il des remplacements à m'indiquer?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, Mme Grondin
(Argenteuil) est remplacée par Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré);
M. Fortin (Pontiac) est remplacé par Mme Rizqy (Saint-Laurent); et
M. Ouellet (René-Lévesque) est remplacé par Mme Hivon
(Joliette).
Président (M. Simard) : Alors, bienvenue à tous. Ce matin, nous
débuterons par les remarques, bien sûr, préliminaires et nous entendrons ensuite l'Association québécoise du
personnel de direction des écoles et l'Association des professionnels de la construction et de
l'habitation du Québec. Mais, comme la séance a légèrement commencé en
retard, à 10 h 4, y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux
au-delà de l'heure prévue, soit jusqu'à 11 h 49? Il y a consentement.
Alors,
j'invite maintenant le ministre des Finances à faire ses remarques
préliminaires. M. le ministre, je vous rappelle que vous disposez de
7 min 30 s. À vous la parole.
M. Girard (Groulx) : Combien
de...
Le Président (M. Simard) :
7 min 30 s.
M. Girard
(Groulx) : D'habitude, je suis un peu plus bref. D'accord. Alors, je
salue le président et je suis très heureux
que nous puissions bénéficier de sa grande expérience. Je salue tous les
députés présents, spécialement la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
qui est ma nouvelle adjointe parlementaire. Je salue les membres de la
première, deuxième et troisième opposition
puis je vois qu'il y a des gens extrêmement compétents. Alors, je suis heureux
de ça puis je suis convaincu que nous allons pouvoir travailler bien
ensemble.
Alors, je
vous lis les notes descriptives du projet de loi. J'aurai deux, trois messages
sommaires, et ce sera tout. Alors, ce
projet de loi vise l'instauration d'un taux unique de taxation scolaire
applicable à l'ensemble des commissions scolaires instituées en vertu de
la
Loi sur l'instruction publique.
À cette fin,
le projet de loi prévoit que le taux unique de la taxe scolaire est calculé à
partir du montant pour le financement
de besoins locaux des commissions scolaires établi annuellement, conformément
aux modalités fixées par règlement du gouvernement. Le taux de la taxe
scolaire est publié à la Gazette officielle du Québec .
Le projet de loi donne au ministre de
l'Éducation et de l'Enseignement supérieur le pouvoir de verser à toute commission scolaire une subvention d'équilibre
fiscal permettant d'assurer le plein financement de ses besoins locaux
que la taxe ne comble pas.
Le projet de
loi prévoit l'application, à compter de l'année scolaire 2019‑2020, d'un
régime transitoire de taxation scolaire
permettant, en fonction des sommes imputées annuellement à cette fin par le
ministre et conformément aux calculs qui
y sont prévus, une baisse graduelle du taux de taxe scolaire applicable aux
différentes commissions scolaires jusqu'à ce qu'un taux plancher fixé
pour la durée du régime transitoire s'applique à l'ensemble des commissions
scolaires.
projet de loi abroge différentes mesures établies par la Loi portant réforme du
système de taxation scolaire, notamment
de manière à abolir les régions de taxation scolaire et à permettre aux
commissions scolaires de continuer à percevoir la taxe scolaire. Il maintient par
ailleurs l'exemption de taxe scolaire introduite par cette dernière loi à
l'égard des premiers 25 000 $ de valeur des immeubles sujets à cette
taxe.
Enfin, le projet de
loi comporte diverses dispositions de concordance.
Alors, si vous me
permettez, je vais donner nos principaux messages. D'abord, nous sommes très
heureux de présenter ce projet de loi qui
vise à respecter nos engagements électoraux. C'est, bien sûr, mon premier
projet de loi. Nous avons pris
l'engagement de mettre fin aux iniquités interrégionales en réduisant les taux
de taxe scolaire au taux le plus bas, soit
celui des Laurentides. Nous visons également une réduction du fardeau fiscal
des Québécois. Récemment, nous avons vu
une étude de la Chaire en fiscalité et finances publiques de l'Université de
Sherbrooke, dont une des membres de cette commission était une
contributrice reconnue, qui indiquait que le taux de pression fiscale des
Québécois est de 5 % supérieur à l'ensemble des autres provinces.
Également,
puisque l'éducation est une priorité de ce gouvernement, nous nous sommes engagés à une croissance annuelle minimum de 3,5 % pour les budgets de cette importante
mission en éducation et, bien sûr, nous avons une période de transition car il est important, lorsqu'on
parle de finances publiques, d'avoir une flexibilité pour s'assurer de
toujours prendre les bonnes décisions au bon
moment. Et, bien sûr, une de nos priorités est l'équilibre budgétaire, tout en
mettant l'emphase sur le financement à l'éducation.
Alors,
en conclusion, nous sommes prêts à améliorer le projet de loi. Nous sommes à
l'écoute. C'est pour ça que nous
avons des consultations. Je participe d'ailleurs à des consultations
prébudgétaires présentement, et celles-ci ont permis d'entendre
d'excellentes suggestions. Alors, je n'ai aucun doute que ce sera le cas ici
aussi.
souhaite que nous ayons des travaux constructifs afin de mettre fin aux iniquités,
de réduire le fardeau fiscal,
tout en accordant le financement nécessaire à cette importante mission qu'est l'éducation.
Président (M. Simard) : Merci beaucoup, M. le
ministre. Grâce à votre esprit de
synthèse, nous rattrapons déjà notre léger retard.
Alors, j'invite maintenant
le député de Robert-Baldwin ainsi que la porte-parole de l'opposition
officielle, la députée de Saint-Laurent, à faire leurs remarques préliminaires,
et cela pour une durée conjointe de cinq minutes. M. le député, à vous la
parole.
M. Leitão : Très
bien. Merci beaucoup. Alors, moi
aussi, à mon tour de souhaiter la bienvenue à tous les collègues, vous aussi, bien sûr, M. le Président, Mme la secrétaire ainsi que nos invités qui vont venir nous
présenter leurs points de vue.
Donc,
le projet de loi n° 3, nous avons plusieurs questions, beaucoup
de questions d'ailleurs, et la première étant : Pourquoi? Pourquoi on fait ça? Le ministre
vient de nous dire que c'est surtout dans un esprit d'allègement du fardeau
fiscal, comme d'ailleurs, c'était l'engagement de la CAQ en campagne électorale. Très bien. Cependant, nous croyons que, si c'est dans cet esprit-là d'allègement du fardeau
fiscal, il y a, bien sûr, beaucoup d'autres moyens qui, à notre avis,
seraient plus efficaces et surtout plus équitables d'alléger le fardeau fiscal
des contribuables.
Bien sûr,
on parle ici d'un projet de loi qui affecte l'éducation, mais il est
présenté par le ministre des
Finances. Donc, c'est un projet de loi fiscal, budgétaire — ma
collègue aura quelques mots à dire
là-dessus — et, dans
cet enjeu-là, au-delà de la question
du pourquoi, pourquoi un taux unique? Et pourquoi, si un taux unique est
nécessaire, pourquoi le taux des
Laurentides? Ça aurait pu être un autre. Donc, quelle est la justification des
0,105 $ par 100 $ d'évaluation? Est-ce que le taux des
Laurentides est vraiment pertinent pour toutes les régions du Québec?
Moi,
j'ai beaucoup de questions là-dessus, mais
surtout, et je termine là-dessus, en ce
qui concerne l'équité, bien sûr, une
baisse de taxe scolaire n'affecte en rien, ne bénéficie absolument
en rien à tous les locataires. Et, bien
sûr, dans la région de Montréal, c'est 60 %
de la population qui sont locataires. Au Québec, en général, c'est 40 %.
Donc, il y a de sérieux enjeux d'équité fiscale.
Le Président
(M. Simard) : Merci, M. le député. Mme la députée de
Saint-Laurent.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. Je me permets de souligner, cette semaine, la
Semaine des enseignantes et des enseignants,
et ça tombe à propos puisqu'on parle d'éducation. Je remercie aussi tous les
gens qui sont ici aujourd'hui parce
que je sais que c'est exigeant. En plus, c'est très glissant à l'extérieur.
Vous prenez le temps de venir ici, de parler de quoi? De notre
éducation, l'éducation de tous nos jeunes.
je me permets, M. le Président, de souligner l'absence de la personne que
j'aurais aimé aussi voir. Pas que je n'aime
pas le ministre des Finances, mais le ministre de l'Éducation, j'aurais aimé le
voir ici, présent avec nous, pour la raison
suivante. Mon collègue le député de Jean-Talon, qui était, l'an dernier, le
ministre de l'Éducation, c'était lui, le porteur du dossier lorsqu'on a uniformisé le taux de la taxation
scolaire par région administrative. J'aimerais qu'il soit ici aujourd'hui parce que le réseau demande des
réponses, demande aussi plus de stabilité dans le financement. Les
besoins sont criants et urgents.
L'éducation, ce n'est pas juste une dépense, c'est notre investissement. Les
gens parlent souvent du futur. Moi,
je vous dis que c'est notre présent parce qu'on apprend aujourd'hui à nos
jeunes comment devenir des jeunes adultes, mais aussi à conjuguer avec
les défis du futur.
Aujourd'hui, le projet de loi
n° 3, de notre côté, on a des questions parce qu'on veut s'assurer qu'à
terme... Si c'est réellement près de 900 millions qui vont être
retirés du réseau de l'éducation, tel que le ministère des Finances l'a
lui-même constaté, moi, je veux juste m'assurer qu'il va être réinjecté à
partir des coffres du Conseil du trésor.
collègue assis à ma droite, qui était l'ancien ministre des Finances, avait pris pour habitude aussi de
consulter les commissions scolaires en
rencontres prébudgétaires. J'aimerais, M.
le ministre, le nouveau ministre des Finances... s'il vous plaît,
donnez suite à leurs demandes.
Ces commissions
scolaires, ce sont encore vos collaborateurs. Elles existent, on ne peut pas en
faire fi. Elles connaissent aussi les
besoins. Pourquoi? Parce qu'elles
sont au coeur de notre réseau d'éducation et qu'eux autres travaillent
aussi avec les différentes directions d'école. C'est important de consulter.
Moi,
aujourd'hui, j'aimerais avoir des garanties, parce que j'ai eu l'occasion de
lire les différents mémoires et écrits qui
sont déposés. Plusieurs soulèvent des inquiétudes, parce que le financement est
urgent. Alors, j'aimerais avoir des garanties
que, si c'est réel qu'il va manquer 900 millions de dollars... Pouvez-vous
ajouter cette somme, réellement, dans un fonds qui va être dédié à ce
manque à gagner?
J'aimerais
aussi savoir une chose suivante : Est-ce qu'on peut faire les choses
autrement? Vous parlez de fiscalité, vous
avez cité la chaire de fiscalité en finances publiques. Notre taux de taxation
au Québec, c'est une politique fiscale qui
vise, contrairement à d'autres pays, à protéger notre filet aussi social, notre
éducation, notre jeunesse, mais aussi nos programmes sociaux. Alors, oui, il est vrai que notre taux, il est plus
élevé, parce qu'on a fait des choix au Québec. Est-ce que ces choix
peuvent être respectés?
Président (M. Simard) : Merci beaucoup, Mme la députée. J'invite
maintenant la porte-parole du deuxième groupe d'opposition et députée de
Joliette à faire ses remarques préliminaires, et cela, pour une durée maximale
de 1 min 15 s. Mme la députée.
Mme Hivon :
Oui. Alors, merci beaucoup. Salutations au ministre et à tous les collègues.
C'est un projet de loi très important
qui est devant nous parce que... Est-ce que, sincèrement, nous avons au Québec,
en ce moment, les moyens de se priver
de 900 millions d'argent dans notre réseau de l'éducation, où les besoins
sont criants à tous égards? On entendait hier, d'ailleurs, les représentants des enseignants dire qu'en ce moment
il manque 900 millions. Donc, plutôt que d'injecter un 900 millions de nouvel argent, ce que le
gouvernement décide de faire, c'est une réforme de la fiscalité qui est
très inéquitable — je pense, d'ailleurs, qu'on va y revenir
pendant nos travaux — pour
décider qu'on va se priver de 900 millions et qu'on va compenser ce
900 millions.
Donc,
ce 900 millions, de toute évidence, il est disponible dans les coffres de
l'État. C'est clair que cet argent-là devrait
être injecté et non pas être là uniquement pour compenser une baisse de taxe
qui est inéquitable, parce qu'elle met de côté 40 % de la
population, parce qu'elle met sur un même pied les propriétaires commerciaux et
les propriétaires citoyens, parce qu'aussi
elle fait en sorte qu'un riche propriétaire va avoir la même baisse, le même
taux de baisse de taxe scolaire.
Est-ce que c'est ça qui est équitable? Est-ce qu'on ne devrait pas avoir un
beaucoup plus vaste débat sur la réforme de notre fiscalité au Québec
pour s'assurer de l'équité de ces décisions-là? Merci.
Le Président
(M. Simard) : Merci, Mme la députée. J'invite maintenant le
porte-parole du troisième groupe d'opposition
et député de Rosemont à faire ses remarques préliminaires, cela pour une durée maximale
de 1 min 15 s. À vous la parole, M. le député.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. D'abord, salutations au ministre, également aux
collègues. C'est une première pour la
plupart d'entre nous, en tout cas quelques-uns d'entre nous, certainement.
Salutations aussi aux gens qui ont
mis du temps, un peu de jus de cerveau là-dedans aussi, parce qu'on va en avoir
besoin au cours des prochains jours.
a deux inquiétudes principales. Il y en a plus que deux, mais, en
1 min 15 s, je vais faire ça en deux inquiétudes principales. D'abord, effectivement, c'est assez
contradictoire, apparemment, à première vue, de dire que l'éducation est
la priorité des priorités et de poser comme premier geste fiscal le fait de
priver le domaine de l'éducation de sources... de 900 millions de dollars minimum — ça pourrait être plus — de revenus autonomes. Il y a quelque chose
là d'inquiétant, et on va, nous,
suivre très, très attentivement le mécanisme de compensation qui a été promis
et dont on ne connaît pas, pour le moment, la nature.
deuxième préoccupation, évidemment, c'est celle touchant les 40 % de
locataires au Québec. À Montréal, c'est 60 %. Je ne veux pas faire du régionalisme aigu, mais chez nous, à
Rosemont, c'est 72 % des gens qui vivent à logement. Ces gens-là
n'ont à peu près aucune chance de voir la couleur du début de l'argent de ces
baisses d'impôt et de l'harmonisation de la
taxe scolaire. C'est injuste. C'est injuste en particulier pour les personnes
âgées qui ont payé de la taxe scolaire
toute leur vie, qui n'ont pas nécessairement le moyen maintenant d'être
propriétaires, qui sont à logement, souvent des femmes seules et assez pauvres. C'est le cas dans mon comté, mais
c'est le cas aussi ailleurs au Québec. On trouve que c'est inéquitable pour ces gens-là qui ont
contribué toute leur vie mais aussi pour les jeunes familles qui n'auront pas
accès à la propriété et qui ne verront pas non plus les usufruits de
l'harmonisation de la taxe.
Président (M. Simard) : Merci, M. le député. Merci à vous tous
pour ces remarques préliminaires. Alors, nous allons maintenant
officiellement débuter nos auditions. Je souhaite la bienvenue aux
représentants de l'Association québécoise du
personnel de direction des écoles. Chers amis, je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé,
puis nous procéderons à une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous rappelle que vous êtes ici chez vous, alors
bienvenue.
M. Ouellet
(Carl) : Merci beaucoup. M. le Président, M. le ministre des Finances,
Mmes et MM. les députés, bonjour. Je
suis Carl Ouellet et je préside l'Association québécoise du personnel de
direction des écoles, l'AQPDE. Je suis
accompagné de Mme Line Lachance, vice-présidente et directrice d'école à
la commission scolaire des Navigateurs.
Notre
association a pour but de faire reconnaître et de défendre les intérêts
professionnels, sociaux, politiques et économiques des directions
d'école. Notre association profite de toutes les tribunes où elle intervient
pour rappeler l'importance de travailler
ensemble à la réussite de tous les élèves des écoles publiques, et ce, peu
importe le profil social, culturel, économique ou intellectuel des
élèves inscrits dans nos écoles.
Notre vision
du système d'éducation s'inspire de trois principes. Premièrement, l'éducation
se fait dans une classe composée d'un enseignant et d'un groupe
d'élèves. Cette classe est dans une école où les besoins se déterminent, les services s'organisent et les décisions se
prennent. Deux, la direction est à l'école ce que l'enseignant est à la classe.
C'est au directeur d'école, avec la
contribution de son équipe d'enseignantes et d'enseignants, de professionnels,
de personnel de soutien et de son
conseil d'établissement, que revient le choix des moyens et des stratégies pour
assurer la persévérance et la réussite
des élèves. Et trois, l'éducation est une responsabilité collective. L'école
est située au coeur d'un quartier, d'une municipalité, d'une ville. Elle doit entretenir une relation étroite
avec tous les citoyens ainsi que les institutions sociales et économiques de son milieu et pouvoir compter sur
l'accompagnement... sur leur engagement pour assurer la persévérance et
la réussite des élèves. En résumé, la persévérance et la réussite des élèves
constituent notre quotidien.
D'entrée de
jeu, nous voulons signifier notre étonnement du fait que ce soit le ministre
des Finances qui défende ce projet de
loi, alors que la gestion des taxes scolaires relève de l'Éducation. C'est
d'ailleurs le ministre de l'Éducation de l'époque qui avait déposé le
projet de loi n° 166.
Concernant le
projet de loi qui vise à instaurer un taux unique de taxation scolaire, au
premier abord, nous n'avons pas
d'objection majeure. Nous adhérons à l'objectif du gouvernement de mettre fin
aux iniquités entre les citoyennes et les
citoyens des différentes régions du Québec occasionnées par la variété des taux
de taxe et les différences des rôles d'évaluation
foncière entre les municipalités. Si ce projet permet de mieux répartir, entre
les commissions scolaires, les ressources financières de l'État pour
assurer des services de qualité sur l'ensemble du territoire, nous l'appuyons.
Cependant, nous avons plusieurs inquiétudes.
D'abord, nous souhaitons attirer votre attention sur un élément particulier du projet de loi qui peut avoir un
impact majeur dans les écoles et les commissions scolaires lors de sa
mise en oeuvre.
l'article 23 du projet de loi n° 3, qui remplace l'article 455.1
de la
Loi sur l'instruction publique, nous pouvons lire ce qui
suit :
«455.1. Le
gouvernement doit fixer, par règlement, les modalités de calcul du montant pour
le financement [des] besoins locaux d'une commission scolaire visé à
l'article 303.4. Ces modalités doivent permettre de déterminer un
financement de base et un financement tenant compte du nombre d'élèves.
«Les modalités de calcul du financement de base
peuvent varier en fonction [des] catégories de commissions scolaires et [des]
types d'activités.»
Le projet de loi propose ainsi d'appuyer le
calcul des modalités de financement sur des critères que nous ne connaissons pas puisque nous n'avons pas le projet
de règlement devant nous. Est-ce le règlement sur le produit maximal de
la taxe auquel on fait référence? Quels critères seront utilisés pour
catégoriser les commissions scolaires? De quelles catégories parlons-nous? Quels seront les types d'activité? Avons-nous
les bons critères pour évaluer les besoins? Cette dernière question est
importante puisque la réponse aura un impact sur le financement des écoles.
Autre source d'inquiétude, l'article 24 du
projet de loi précise que la subvention d'équilibre assurera aux commissions
scolaires le plein financement de leurs besoins locaux que la taxe ne comble
pas. Il s'agit donc de la péréquation liée au produit maximal de la taxe
scolaire. Du moins, c'est ce qu'on en comprend. Or, il est clair qu'un taux plafonné à 0,10 $ ne comblera pas les besoins, d'où l'importance de cette
subvention pour combler le manque à gagner. Les modifications apportées par le gouvernement feront en sorte
que la proportion du financement qui était assurée par la taxe scolaire
diminue, alors que celle du gouvernement augmente.
Compte tenu des coupes subies au cours des dernières années, comment serons-nous
assurés d'un financement stable?
Comment s'assurer, dans le projet de
loi, que le financement provenant de la subvention du gouvernement ne soit pas
revu à la baisse? D'ailleurs, les mesures 16032 et 16033 du regroupement Ajustements budgétaires
récurrents imposent déjà annuellement
des réductions importantes des budgets
annuels de fonctionnement des commissions
scolaires, et ce, de façon
cumulative pour les années 2003 à 2004, 2011 à 2016, sans oublier celles
de la loi n° 100 liées au retour à l'équilibre
budgétaire de l'ancien gouvernement.
Nous
souhaitons également porter à l'attention des membres de la Commission des finances publiques que les salaires des
directions d'établissement sont assurés par les revenus provenant de la taxe scolaire. Une baisse de financement pourrait
amener des coupures de postes de direction. Cette éventualité nous semble
paradoxale dans un contexte où le gouvernement s'est engagé à accorder un rôle de plus en plus important aux
directions en plaçant les écoles au coeur du système d'éducation.
Nous
aimerions également profiter de l'occasion qui nous est donnée
de nous adresser au ministre des
Finances pour le sensibiliser à la situation
particulière des écoles. Lorsqu'une directrice ou un directeur d'école accueille ses
élèves, c'est pour une période de sept ans
au primaire, de cinq ans au secondaire et jusqu'à trois ans en formation professionnelle ou à l'éducation
des adultes. Les directions planifient leur organisation scolaire sur de
longues périodes. Elles savent exactement le nombre d'élèves qu'elles accueilleront pendant
les prochaines années et connaissent leurs besoins pour toute la période pendant laquelle ces élèves
seront dans leur établissement. Or, les budgets du ministère de l'Éducation sont octroyés aux écoles et aux commissions scolaires sur une base de calcul annuel. Si nous pouvions obtenir
nos budgets sur une base triennale, voire quinquennale, nous serions en
mesure de mieux planifier notre organisation et de gagner en efficacité. Un premier pas a été franchi par le
ministère pour les règles budgétaires pluriannuelles. Nous vous engageons
à poursuivre dans cette voie.
Enfin, le
ministre de l'Éducation a annoncé son intention de remplacer les commissions
scolaires par des centres de services.
Est-ce que nous comprenons que ce projet de loi est une disposition transitoire
avant une refonte plus en profondeur des structures scolaires?
En conclusion, les considérations précédentes
m'amènent à formuler trois recommandations.
La première. Le projet de loi annonce l'adoption
d'un règlement par le gouvernement. Nous souhaitons être consultés pendant l'élaboration de ce projet de
règlement avant sa prépublication à la Gazette officielle . Nous
pensons que, de cette manière, nous pourrions éviter des débats inutiles et
accélérer la mise en place de la nouvelle formule de financement proposée par
le projet de loi.
Deuxième recommandation : nous souhaitons
qu'un mandat soit confié au groupe de travail sur les règles budgétaires en
suivi à l'implantation du règlement en vue d'assurer une implantation
harmonieuse.
Et troisième
recommandation : considérant la nécessité d'assurer un financement de base
stable aux commissions scolaires et
aux écoles pour maintenir des services de qualité offerts aux élèves, l'AQPDE
recommande que le projet de loi
n° 3 introduise une disposition à la
Loi sur l'instruction publique afin
de protéger le montant de la subvention reçue pour l'année suivante. Une telle disposition de type
clause grand-père aurait pour avantage d'assurer aux écoles et aux commissions scolaires un financement constant.
Nous pourrions dès lors être assurés du maintien à long terme de nos
stratégies pour lutter contre le décrochage et favoriser la réussite de tous
nos élèves. Merci.
Le Président (M. Simard) :
Merci beaucoup, M. le président, Mme la vice-présidente. Vous savez que nos auditions comportent deux moments : la
présentation du mémoire et ensuite une période d'échange, ce que nous allons
maintenant entamer. Mais, avant de ce faire,
la députée de Westmount—Saint-Louis
nous fait l'honneur de se joindre à nous. Y aurait-il consentement pour
qu'elle soit avec nous? Très bien, consentement.
M. le ministre, à vous la parole, et, du côté gouvernemental,
vous disposez d'environ 15 min 30 s.
M. Girard (Groulx) : Bien, d'abord,
merci pour votre présentation et votre appui que je qualifierais de conditionnel, mais c'est apprécié. Dans vos recommandations, en fait, je crois avoir bien compris la première et la
troisième, mais je me demandais si vous
pourriez élaborer sur la deuxième, là, ce n'était pas clair pour moi où vous
vouliez en venir avec cette deuxième recommandation.
M. Ouellet
(Carl) : En fait, quand on
parle du règlement, il y a déjà un comité, un groupe de travail qui
travaille sur les règles budgétaires
au ministère. Alors, on veut que ce soit ce comité-là qui en
fasse le suivi, justement, pour s'assurer que le règlement soit bien implanté dans les commissions scolaires et les écoles. On veut se servir du comité qui
est déjà en place, pas de former un autre comité.
Le Président (M. Simard) :
Mme Lachance, vouliez-vous ajouter quelque chose?
Mme Lachance (Line) : Ça va,
merci.
Le Président (M. Simard) : Ça
va. M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : Je vais
juste prendre en note la réponse, là.
Le Président (M. Simard) : Ah!
c'est bien.
M. Girard
(Groulx) : Ma deuxième question
concernerait, en fait, les... Parce
que vous avez posé la question,
là, si on parlait du... excusez-moi, je
reviens là-dessus, les besoins locaux. Est-ce que
je dois comprendre... Ou le produit maximal de taxation, le produit
maximal de la taxe scolaire. Est-ce que je dois comprendre que vous aimeriez
une révision des besoins locaux? Parce que ça ne fait pas
partie du projet de
loi, là.
M. Ouellet
(Carl) : Non, on veut être...
On ne les connaît pas, donc, les critères pour établir ces besoins-là.
C'est ça qu'on demande.
M. Girard (Groulx) : O.K. Vous
demandez la transparence sur les critères de besoins locaux?
M. Ouellet
(Carl) : Oui, absolument.
M. Girard (Groulx) : O.K. Ça va
pour moi.
Président (M. Simard) :
Merci, M. le ministre. M. le
député de Robert-Baldwin, à vous la parole, le groupe d'opposition ayant environ
10 min 20 s à sa disposition.
M. Leitão : Très bien. Je
partagerai ces 10 minutes avec mes collègues.
Le Président (M. Simard) :
Volontiers.
M. Leitão : Mais alors, donc, tout d'abord, M. Ouellet
et Mme Lachance, bonjour. Merci d'être venus présenter votre point
de vue. J'aimerais commencer par, justement,
le dernier point, les besoins locaux. C'est très important. Comme vous avez mentionné, les critères, bon, on ne les
connaît pas. Et, bien sûr, c'est très important de connaître ces
critères. Mais, au-delà de
cela, moi, il me semble, j'aimerais avoir votre opinion là-dessus,
que, quand on parle de besoins locaux, l'organisme le plus apte à
déterminer quels sont ces besoins, ce sont les commissions scolaires et les établissements
scolaires. Je pense que d'attendre que ça vienne d'en haut, ça vienne de Québec,
je ne suis pas sûr qu'ils connaissent toujours, qu'ils sont toujours au courant
des besoins locaux. Alors, quelle est votre opinion sur cet enjeu-là?
M. Ouellet
(Carl) : Absolument.
Ça part des écoles, vers les commissions
scolaires, vers le ministère.
On a besoin, comme directions d'école,
d'émettre nos besoins. Mais, encore là, c'est hypothétique parce qu'on ne sait pas de quoi on parle. Est-ce qu'on parle du nombre d'élèves?
Est-ce qu'on parle des milieux défavorisés? Est-ce qu'on parle des
élèves en service de garde? Est-ce qu'on
parle... C'est ce qu'on ne sait pas. Il y a un flou, là, présentement, qu'on
n'est pas capables...
M. Leitão : Bien sûr. Et, oui,
je suis tout à fait d'accord avec vous qu'il faut régler ces choses-là avant de
s'embarquer dans des changements de structures, et tout ça.
L'autre enjeu,
c'est, bon, le taux unique. Très bien, admettons qu'un taux unique soit
pertinent. Mais alors pourquoi le taux des Laurentides? Qu'est-ce qu'il
y a dans l'eau, aux Laurentides, pour que ce soit le taux le plus bas?
M. Ouellet
(Carl) : Je pense qu'il faut poser la question au ministre des
Finances. Aucune idée. On ne s'est pas penchés là-dessus.
M. Leitão :
Très bien. Moi, j'ai certaines idées, mais ça restera pour une autre fois.
Pensez-vous que ce projet de loi,
comme plusieurs le pensent, moi, je le pense, soit en fin de compte un premier
pas vers l'abolition des commissions scolaires? Et donc, dans ce cas-là,
comme vous le mentionnez, alors, pourquoi faire tout ça si, éventuellement, les
commissions scolaires n'existeront plus?
M. Ouellet
(Carl) : Effectivement, c'est une interrogation qu'on a. On s'en va
vers des centres de services. Et, on l'a
dit d'entrée de jeu, on trouve ça paradoxal que le ministre des Finances ne
soit pas là pour ce dossier-là. Pour nous, c'est un dossier lié.
Mme Lachance (Line) : ...le
ministre de l'Éducation.
M. Ouellet (Carl) : De
l'Éducation. Qu'est-ce que j'ai dit?
Mme Lachance (Line) : Le
ministre des Finances, mais il est là.
M. Ouellet
(Carl) : Oui, le ministre des Finances est là. C'est parfait. Mais on
aurait aimé voir aussi le ministre de l'Éducation.
C'est deux dossiers qu'on ne peut pas séparer, pour nous, c'est des dossiers
liés. Alors, on va attendre les suites pour les centres de services.
Présentement, on a eu peu d'information.
M. Leitão :
Une dernière question rapide avant de passer la parole à ma collègue. Si on
revient au taux, au taux unique,
avez-vous une idée de quel serait un taux qui serait acceptable? Sur les
0,10 $ des Laurentides, il me semble que c'est pas mal trop bas. Ou
comment on déterminerait ce taux-là?
M. Ouellet (Carl) : Très
difficile de se prononcer sur cette question-là. Non, je n'ai pas de réponse.
M. Leitão : Mme Lachance?
Mme Lachance (Line) : Même
chose.
M. Leitão : O.K. Très bien.
Mme Lachance (Line) : J'abonde
dans le même sens, oui.
Mme Rizqy : Bonjour.
Merci d'être présents aujourd'hui. Première question : Êtes-vous un petit
peu inquiets au niveau du financement?
M. Ouellet
(Carl) : On est un petit peu inquiets. Si on regarde avec les années
qui ont précédé, avec les coupures qu'on a subies, les coupes qu'on a
subies dans l'éducation, effectivement, on a une petite inquiétude, oui.
Mme Rizqy :
Aimeriez-vous avoir plus de stabilité?
M. Ouellet
(Carl) : Oui, effectivement, plus de stabilité. Quand on parlait
tantôt de budget, au lieu d'être annuel, d'avoir quelques années devant nous, quand on parle de stabilité, pour
nous, directions d'école, ça nous aiderait vraiment.
Rizqy : Je vous entends, puis je suis moi-même professeure, et je
joins ma voix à la leur, qu'effectivement on devrait... quand on dit
«faire les affaires autrement», peut-être qu'effectivement on devrait regarder
l'optique du financement sur cinq ans.
Pensez-vous que le projet de loi n° 3 répond à cette inquiétude ou, au
contraire, vient augmenter vos inquiétudes par rapport toujours au
financement?
M. Ouellet
(Carl) : Il ne répond pas parce qu'on ne sait pas vers où on s'en va
pour les années.
Mme Rizqy :
Donc, ça crée plus d'inquiétude?
M. Ouellet
(Carl) : Ça ne crée pas plus d'inquiétude, mais ça en crée. Ça en
crée.
Mme Rizqy :
Ça en crée...
M. Ouellet
(Carl) : Je ne dirais pas plus, pas moins, mais ça en crée.
Mme Rizqy :
Le baromètre ne bouge pas?
M. Ouellet
(Carl) : C'est ça.
Mme Rizqy :
O.K. Dites-moi, lorsqu'on parle du projet de loi n° 3, tantôt vous avez
parlé de structures, est-ce que, pour vous, aujourd'hui, jouer dans les
structures, c'est une priorité dans votre réseau?
M. Ouellet
(Carl) : Bien, on regarde qu'est-ce que le ministre de l'Éducation a
annoncé. On n'a pas eu d'autres nouvelles avec les structures, là, quand
on parle d'abolition des commissions scolaires ou de transformation des commissions scolaires en centres de services. On
attend toujours d'avoir des écrits là-dessus, on n'est pas consultés
encore. On sait que ça s'en vient, mais on n'est pas à la même table, là,
présentement, là.
Mme Rizqy :
Mais est-ce que c'est une de vos priorités, les structures, de jouer dedans?
M. Ouellet
(Carl) : Ça fait
partie des priorités parce que ça a été annoncé. Il y
a d'autres priorités en éducation : le service aux élèves, la pénurie de main-d'oeuvre. Ça, ça fait
partie des
priorités. Je vous dirais que c'est une priorité de plus qu'on a.
Mme Rizqy :
Est-ce que vous avez cette nouvelle priorité parce que ça a été annoncé ou vous
l'aviez avant?
M. Ouellet
(Carl) : Bien, on en parle depuis quelque temps.
Mme Rizqy :
O.K. Puis, si je mettais dans un ordre, vous avez mentionné que vous, au fond,
présentement, le numéro 3, ce
serait pénurie d'enseignement, les services aux élèves? Ce serait quoi, votre
troisième priorité? Le financement?
M. Ouellet
(Carl) : Bien, le changement de structure... au niveau de la
structure, on est en attente.
Mme Rizqy :
Vous êtes en attente? Et, dites-moi, êtes-vous à l'aise avec un congé de taxes
donné aux entreprises avec le projet
de loi n° 3? Parce qu'en fait non seulement l'uniformisation, c'est une
baisse de taxes pour les propriétaires, mais également pour les
entreprises. Est-ce que vous, vous êtes à l'aise avec ça?
M. Ouellet
(Carl) : Comme direction d'école, on ne veut pas se prononcer
là-dessus, on n'a pas fait notre recherche là-dessus non plus, là, mais on est
vraiment au service...
Mme Rizqy :
Mais vous êtes quand même un citoyen du Québec. Est-ce que vous êtes à l'aise à
ce qu'on donne un congé de taxe...
M. Ouellet (Carl) : Bien, c'est
une question qu'il faut réfléchir.
Mme Rizqy :
...aux entreprises pour moins financer nos écoles?
M. Ouellet (Carl) : C'est une
question qu'on devrait... oui, qu'on devrait réfléchir, là, oui.
Mme Rizqy :
O.K. Dites-moi, est-ce que vous êtes à l'aise avec les inégalités sociales que
ça crée? Parce qu'en quelque sorte une personne qui s'appellerait
Desmarais ou Péladeau aurait un plus gros congé de taxes qu'une Rizqy.
Lachance (Line) : Bien, on a toujours prôné, en fait, le service à
l'élève, peu importe son niveau social, hein, on prône l'égalité des
chances pour tous, toujours dans nos écoles, peu importe qu'on soit en milieu
défavorisé, en milieu favorisé.
Mme Rizqy :
Ça, je suis très contente de vous l'entendre dire, Mme Lachance, vous me rassurez
énormément. Dites-moi, pendant que j'y
pense, toujours dans la même lignée, trouvez-vous que cette baisse de taxe
scolaire va aider à ajouter des services ou pas?
M. Ouellet (Carl) : Bien,
présentement, ce n'est pas ce qui est... on a hâte de voir le prochain budget,
mais présentement on ne pense pas.
Mme Rizqy : Qu'est-ce qui
pourrait vous rassurer aujourd'hui?
M. Ouellet
(Carl) : Bien, que l'argent
retourne dans les commissions scolaires, dans les écoles, au service des élèves.
Mme Rizqy : Aimeriez-vous que
ce 900 millions, parce que c'est annoncé qu'à terme c'est
900 millions qui risquent de manquer,
soit dans un fonds dédié qui partirait du Conseil du trésor, pour s'assurer
qu'on vient réinjecter le manque à gagner?
M. Ouellet (Carl) : C'est
certain qu'on aimerait ça. On va attendre le budget.
Mme Rizqy :
Mais, vous savez, qui ne demande rien n'a rien. Est-ce que vous le demandez ou
vous ne le demandez pas?
Mme Lachance (Line) : Si, en
plus, on avait un plan triennal, bien, ce serait le bonheur.
Mme Rizqy : Triennal ou
quinquennal?
Mme Lachance (Line) :
Quinquennal.
Mme Rizqy : Quinquennal.
Mme Lachance (Line) : Ce serait
encore mieux, ce serait le bonheur.
Mme Rizqy :
Dites-moi, j'ai eu l'occasion... j'ai eu l'avantage de lire le livre du
ministre de l'Éducation. Est-ce que vous l'avez lu? Vous l'avez lu?
Mme Lachance (Line) :
Osons
l'école , oui.
Mme Rizqy :
Oui, Osons l'école. On parle aussi de la valorisation du métier de l'enseignement. Dans ce que vous avez
déposé, vous parlez aussi de la direction. Dans le livre du ministre
de l'Éducation, lorsqu'on parle de la valorisation, on parle aussi du salaire des enseignants. Vous,
vous osez l'écrire, ce que vous avez déposé, du salaire de la direction.
Croyez-vous que, lorsqu'on
enlève 900 millions de dollars,
on est capables de demander à des enseignants de devenir directeurs d'école puis avoir plus de responsabilités,
lorsque ça se peut probablement que leur salaire soit coupé ou des postes
soient potentiellement coupés également?
Mme Lachance (Line) : Votre
question est bonne.
Mme Lachance
(Line) : Elle est excellente, même. Parce que c'est sûr que, quand on
parle d'un salaire d'une direction
adjointe d'une école, il est sensiblement comparable au salaire d'un
enseignant. Puis vous comprendrez que les responsabilités ne sont pas du
tout les mêmes.
Mme Rizqy : Elles sont plus
élevées.
Mme Lachance (Line) : C'est ça.
M. Ouellet
(Carl) : Habituellement, oui.
Mme Lachance
(Line) : Donc, c'est sûr que, quand on parle pénurie, aussi, au sein
des directions d'école, bien, je pense
que c'est un enjeu qui peut faire en sorte que les gens sont peut-être moins
portés, même si c'est un merveilleux travail, métier, même, de s'en
aller en direction d'établissement.
Mme Rizqy :
Je vais repasser la parole à mon collègue, mais j'ai une dernière question :
Croyez-vous à la théorie du ruissellement?
M. Ouellet
(Carl) : C'est-à-dire?
Mme Lachance
(Line) : Vous voulez dire?
Mme Rizqy :
La théorie du ruissellement, est-ce que vous y croyez? C'est-à-dire qu'on donne
des congés de taxe aux plus riches
puis que nos gentils plus riches, grâce à eux, ils vont tellement consommer que
ça va ruisseler vers le bas, vers le petit peuple?
Le Président
(M. Simard) : Ça n'a rien à voir avec la littérature
d'aujourd'hui.
Mme Lachance
(Line) : Bien oui, c'est ça.
Mme Rizqy :
Non, mais croyez-vous à la théorie du ruissellement?
M. Ouellet
(Carl) : Bonne question.
Mme Rizqy :
Bon, bien, je repose...
M. Leitão :
On a encore combien de temps, monsieur... Très rapidement, je pense...
Le Président
(M. Simard) : 1 min 41 s, cher collègue.
M. Leitão : Ça concerne le dernier point que ma collègue
a soulevé, avant le ruissellement, les directions d'école. Et donc la rémunération
des directeurs d'école provient essentiellement de la taxe foncière, n'est-ce
pas? Alors, si on injecte toutes sortes
d'incertitudes dans ce «stream» de revenus là, je présume que ça vous rend extrêmement inquiets. Non seulement
ça va être difficile de convaincre des enseignants à joindre les rangs de la
direction, mais, qui sait, d'ici un an, deux ans, trois ans, si vous allez avoir les mêmes
moyens. Donc, dans la réforme, dans la fameuse subvention de
transition, je pense qu'il devrait être très bien indiqué que la commission
scolaire garde une grande latitude dans l'attribution de ces sommes-là.
M. Ouellet
(Carl) : Effectivement. On est d'accord, oui.
M. Leitão :
Vous êtes d'accord?
M. Ouellet
(Carl) : Oui.
M. Ouellet
(Carl) : C'est une préoccupation pour nous.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup.
Président (M. Simard) : Merci, M. le député de Robert-Baldwin. Maintenant, je cède
la parole à la représentante du deuxième groupe
d'opposition officielle. Madame, il
vous reste environ trois minutes. Ce sera la même chose pour votre collègue de Rosemont. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon : Merci
beaucoup. Merci pour votre
présentation et les recommandations qui sont très intéressantes. Ma première question, ce serait : En
quoi estimez-vous que ce projet de
loi va aider à la persévérance et à
la réussite des élèves dans nos écoles?
M. Ouellet
(Carl) : Présentement, on ne voit pas. Tant qu'on n'aura pas les critères, tant qu'on ne
saura pas c'est quoi, les catégories
de commissions scolaires, on ne peut pas répondre à cette question-là
parce que tout va dépendre de ça.
Mme Hivon : Si vous aviez le choix aujourd'hui entre une baisse de taxes qui va priver le réseau d'un estimé de
900 millions et l'injection de 900 millions d'argent neuf, que choisiriez-vous, puisque ce 900 millions semble disponible potentiellement pour compenser la baisse de
taxes?
Mme Lachance
(Line) : Bien, c'est sûr que
nous, on prône toujours, comme on l'a dit tantôt, le service à
l'élève, à tous les élèves. C'est sûr que pour pouvoir... Vous avez parlé, vous
avez mentionné la persévérance, hein, scolaire, la réussite de nos élèves, mais c'est sûr que ça, ça se fait avec le
soutien des argents qui nous sont dédiés dans nos écoles. C'est sûr.
Mme Hivon : Donc, je
comprends que vous seriez plutôt favorables
à l'injection de fonds neufs. C'est le temps de le dire parce
qu'effectivement il y a un budget qui s'en vient.
M. Ouellet (Carl) : Absolument.
Mme Hivon :
Donc, s'il y a 900 millions pour compenser, la question se pose :
Est-ce qu'il y a 900 millions à injecter
d'argent neuf? Donc, je veux vous entendre là-dessus, entre un choix de se
priver de 900 millions versus injecter un 900 millions qui
semble disponible. Est-ce que vous avez une priorité?
M. Ouellet
(Carl) : C'est certain qu'on aime mieux voir ce 900 millions là
investi dans les services aux élèves.
Mme Hivon :
C'est ce que je pense aussi. Et puis j'aimerais... votre troisième
recommandation, je pense qu'elle est fort pertinente, je l'appuie
complètement. Est-ce que je comprends que vous seriez favorables à une loi, une
loi de protection des budgets qui ferait en
sorte qu'en matière d'éducation,
puisqu'on s'entend que ça doit être une priorité absolue, le ministère,
le gouvernement serait contraint, année après année, de respecter les budgets?
Est-ce que vous seriez favorables à ça?
M. Ouellet (Carl) : Oui. C'est
très bien écrit comme recommandation.
Mme Hivon : Et la question de la vulnérabilité dans laquelle
cette réforme-là vous amène, dans la
mesure où, évidemment, moins il
y a d'autonomie avec la taxe
scolaire, qui était un budget autonome, un revenu autonome, et donc plus on est, je dirais, dépendant du bon vouloir
du gouvernement, qu'est-ce
que ça représente pour vous, ça, de
perdre en autonomie et, je dirais, de gagner en mauvaise vulnérabilité?
M. Ouellet (Carl) : C'est le
fait de perdre en autonomie, oui, mais c'est le fait que depuis plusieurs
années on a été coupés, et il y a
eu beaucoup de coupes en éducation. C'est ça
qu'on a toujours derrière la tête : Est-ce que ça va arriver encore?
Mme Hivon : Donc,
vous seriez favorables à une loi de protection en bonne et due forme?
M. Ouellet (Carl) : Absolument.
Mme Hivon : Et, dites-moi en terminant, pour vous, la grande
priorité d'investissement en ce
moment dans nos écoles, en éducation
pour les élèves, c'est quoi?
M. Ouellet (Carl) : Services
aux élèves.
Mme Lachance (Line) : Services
directs à l'élève.
Mme Hivon : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. M. le député de Rosemont, à vous la parole.
M. Marissal : Oui. Merci. Bienvenue, merci d'être là. À la
page 5, vous écrivez que les salaires des directions d'établissement sont assurés par les revenus provenant de la taxe scolaire et vous
craignez, par rapport au projet
de loi qui est devant nous aujourd'hui, évidemment, une baisse de
financement, donc éventuellement compression. On pourrait éventuellement vous accuser d'être un peu corporatistes, puisque
vous défendez vos membres. Mais, comme vous avez déjà souffert, dans le
passé, est-ce que vous avez fait des évaluations, des simulations de combien
vous pourriez perdre en montants et en
personnel? Et avez-vous fait des simulations sur le nombre de directeurs,
directrices d'école dont vous aurez besoin, dans les prochaines années,
étant donné les départs à la retraite?
M. Ouellet
(Carl) : On n'a pas fait...
Pour votre première question, non, on n'a pas fait de simulation là-dessus. On est en train de recenser présentement, là, combien de directions vont nous quitter dès
juin cette année. On est là-dedans,
on est dans nos tournées des commissions scolaires, pour voir. On s'attend dans certains endroits à
avoir un gros taux de gens qui vont prendre leur retraite, là, d'ici le
mois de juin, juillet.
Mme Lachance (Line) : Et
davantage l'an dernier... l'an prochain, pardon.
M. Marissal : L'an prochain.
M. Ouellet
(Carl) : Oui, la prochaine année qui s'en vient.
M. Marissal : De quel ordre,
avez-vous une idée? «Ballpark figure», comme on dit en chinois.
M. Ouellet (Carl) : Présentement,
dans ce qu'on a, c'est vraiment embryonnaire, là, on a des commissions
scolaires que c'est 10 %, 15 % des directions qui prennent leur
retraite l'année prochaine... pour l'année prochaine.
M. Marissal :
O.K. Est-ce qu'il est raisonnable de ma part de croire que les compressions
successives en éducation ne rendent
pas nécessairement plus faciles le recrutement et l'accession des gens aux
postes de direction dans les écoles?
M. Ouellet (Carl) : Absolument.
M. Marissal : Je ne veux pas vous
mettre des mots dans la bouche, là, mais on voit depuis quelque temps au Québec qu'il y a des innovations en
éducation : on a des écoles pas de classes, on a des écoles avec pas de
profs. Est-ce qu'on va avoir des écoles avec pas de direction?
Mme Lachance (Line) : J'espère
que non.
M. Ouellet (Carl) : On espère
que non. Il faut préparer le terrain.
M. Marissal : Par ailleurs, vous
dites que vous êtes soumis déjà, toujours à la page 5... les
mesures 16032, 16033 — je fais vite, le temps file — vous êtes déjà soumis à des ajustements
budgétaires récurrents. Pouvez-vous m'en dire un peu... nous en dire un
peu plus là-dessus, les montants et ce que ça fait comme effet dans vos
finances?
M. Ouellet
(Carl) : Bien, la mesure 16032, c'est la mesure générale pour
du budget gouvernemental, et la mesure 16033, c'est les mesures de
réduction annuelles additionnelles pour l'ensemble des secteurs du parapublic et public. Donc, ça nous touche
année après année, on a des coupes puis on subit les coupes que tout le
monde subit aussi. Mais ça fait mal pour le service à l'élève, là, c'est
directement relié au service à l'élève.
M. Marissal : Quand vous parlez
du service à l'élève, là, précisément, c'est quoi?
M. Ouellet (Carl) : On parle de
soutien, on parle de professionnels, on parle d'accompagnement, on parle
d'évaluation, on parle de mise en place de plans d'intervention, on parle de
soutien des parents là-dedans.
M. Marissal :
Vous dites aussi, à la page 6, que vous pensez ou vous émettez l'hypothèse
que ce projet de loi, le projet de
loi n° 3, qu'on étudie ici, est une première étape vers autre chose. Pour
vous, serait-il préférable de garder la structure actuelle, si imparfaite soit-elle, des commissions scolaires,
et de travailler davantage sur les services aux élèves et le
financement, notamment des infrastructures qui sont gravement déficientes, ou
si on devrait effectivement...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, M. le député.
M. Marissal : ...se lancer dans
des nouvelles créations de centres de services?
M. Ouellet
(Carl) : On a peu d'information, on ne peut... on ne s'est pas prononcés encore là-dessus.
On a hâte de voir qu'est-ce que ça va en découler.
Mme Lachance
(Line) : En fait, on n'a pas
eu de présentation concernant les centres de services, à quoi ça va ressembler.
Donc, c'est difficile pour nous, ce matin, de se prononcer sur qu'est-ce qui est mieux quand on ne peut pas
comparer des choses qu'on ne connaît pas encore.
Président (M. Simard) : Bien, Mme Lachance, M. Ouellet,
merci beaucoup pour votre présence parmi nous ce matin. On a eu droit à
un bel exposé, à de bonnes questions, à de bonnes réponses. Merci de contribuer
ainsi à la vie démocratique du Québec.
Je suspends nos travaux quelques instants, le
temps que nos prochains invités se joignent à nous. Au revoir.
(Suspension de la séance à 10 h 51)
Le Président
(M. Simard) : Alors, chers amis, chers amis, à l'ordre, s'il vous
plaît! Alors, chers collègues, je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association des professionnels
de la construction et de l'habitation du Québec.
vous rappelle, messieurs, que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc, puisque vous êtes quand même quatre, à vous
présenter et ensuite à procéder à votre exposé. Merci.
M. Parent
(Michel) : Si vous me permettez, je ferai les présentations. Alors,
merci, M. le Président. M. le ministre, mesdames messieurs les députés, bonjour. En premier lieu, nous tenons à
remercier la Commission des finances publiques d'avoir invité notre organisation, l'Association des professionnels de
la construction et de l'habitation du Québec, dans le cadre des
présentes consultations.
Mon nom est Michel
Parent. Je suis un membre de l'APCHQ. Je suis aussi le vice-président du
conseil d'administration et bien entendu, bien, par-dessus tout ça, je suis
également président d'une entreprise de construction qui a fêté ses
50 ans dernièrement. Alors, à mes côtés, ici, se trouve François Vincent,
le vice-président des relations gouvernementales
et relations publiques de l'APCHQ, Me Marc Bergeron, qui est avocat pour
l'APCHQ, et ainsi que Pierre Prévost, président de Prévost Conseil.
L'APCHQ a été fondée
en 1961 et regroupe maintenant 18 000 entreprises en construction et
rénovation résidentielle. Sa mission est de développer et de faire valoir le
professionnalisme de ses membres entrepreneurs.
Nous
sommes heureux d'avoir reçu
l'invitation d'aujourd'hui. Nous pensons pouvoir apporter un regard
intéressant dans les réflexions que la députation aura sur le projet de loi
n° 3. Nous l'avons étudié en détail et nous apporterons notre perspective.
Nous
constatons que le projet de loi
n° 3 reprend un des engagements-phares
de la récente campagne électorale afin d'alléger
le fardeau fiscal de nombreuses familles québécoises qui ont subi des
hausses importantes de la taxe scolaire ces dernières années. L'APCHQ salue la concrétisation de cet engagement par
le dépôt de ce projet de loi et en donne son appui.
Nous
constatons aussi une volonté d'uniformisation de la taxation pour le
contribuable. Pour aller dans l'esprit du projet de loi, nous proposons
des ajustements à l'exonération de 25 000 $ pour assurer une plus
grande équité. Nous désirons
aussi parler d'accès à la propriété. Selon nous, le projet de loi actuel représente une mesure favorable, mais il y a plus à
faire.
J'invite maintenant
M. Vincent à vous parler plus en détail de nos propositions. Merci.
M. Vincent (François) : Merci beaucoup. M. le
Président, j'aborderai d'abord la
question du fardeau fiscal. Le projet
de loi n° 3 apporte un
allègement attendu et nécessaire pour beaucoup de Québécois, notamment des familles avec enfants. En
effet, c'est un secret de polichinelle, au Québec, on est très, très taxé.
À cet égard, je tiens
à citer trois passages de la récente étude de la Chaire en fiscalité et
finances publiques de l'Université de Sherbrooke qui traitait de la fiscalité
de notre belle province. Premièrement, le poids de la fiscalité au Québec a,
depuis 1981, toujours été plus élevé que la moyenne des pays du G7 et celle des
pays de l'OCDE. M. le Président, j'ai 37 ans, je n'ai jamais connu autre
chose.
M. Vincent (François) : Merci. Deuxièmement, il existe encore des zones
de revenus où le taux marginal implicite de taxation est extrêmement élevé, notamment pour les familles avec
enfants. Troisièmement, 70 % des impôts sur le revenu au Québec
sont payés par 20 % des contribuables.
Le projet de loi
n° 3 permet justement d'alléger le fardeau fiscal des Québécois, notamment
les familles avec enfants. Certainement,
certains pourraient mentionner que ce projet
de loi ne vise que les propriétaires et
qu'ayant une propriété, bien, ils sont aisés puis ils peuvent donc
contribuer davantage.
cela, nous désirons préciser que, selon les données du récent recensement,
66 % des ménages propriétaires ont un revenu brut supérieur à
60 000 $. Lorsqu'on ne prend en considération que les contribuables
qui ont ce revenu, on constate que c'est la
même tranche de ceux qui ont payé 70 % du total des impôts sur le revenu
versés par les contribuables du Québec,
citation que j'ai faite précédemment. Donc, les propriétaires font
partie de
ceux qui paient 70 % du total des impôts.
À cela, ils contribuent encore, à même la valeur de leurs propriétés, pour
financer les écoles. On peut donc affirmer qu'ils assument une sorte de
double taxation en ce qui concerne le financement des écoles primaires et
secondaires.
Selon
l'APCHQ, le financement de l'éducation est une priorité et une responsabilité
de l'ensemble de la société et ne
devrait pas nécessiter un financement supplémentaire des propriétaires
d'habitation. Ce devrait être l'ensemble des citoyens qui y contribuent.
L'impôt
foncier est à la base un impôt destiné à financer des services locaux et trouve
sa justification dans le fait que ce
sont des immeubles qui sont desservis par les services offerts. Il y a
une logique plus claire quant à l'utilisation des services municipaux par
rapport à la valeur d'une propriété, que l'utilisation des services scolaires.
En effet, la taxe foncière n'est pas
utilisée pour financer l'éducation postsecondaire, ni l'éducation à la petite
enfance, ni les services de santé. Alors, pourquoi ce serait différent
pour les services scolaires?
projet de loi n° 3 uniformise la taxe scolaire et prend un taux
régional le plus bas. Cela atténue cette double taxation imposée aux propriétaires pour financer l'éducation et représente un allègement du fardeau fiscal pour
les familles. L'APCHQ appuie cette
orientation gouvernementale et invite les parlementaires à adopter les articles
concernant ce changement.
Quant
à la question du financement de l'éducation, nous sommes d'avis que c'est une
priorité étatique. Cependant, cette
priorité ne s'exprime pas dans le taux ou dans l'existence même du taux. Les
choix des investissements sont liés aux priorités qu'on se donne collectivement. Puis ensuite utilisons les bons
véhicules de perception de taxe puis finançons selon les besoins qui
seront décidés par les institutions concernées et le gouvernement.
M. le Président, maintenant, nous désirons
parler d'équité entre les régions. Le projet de loi n° 3 veut, par
l'uniformisation, stopper le fait qu'un propriétaire d'une région x paie plus
de taxe scolaire qu'un propriétaire d'une région y. Suivant cette même logique,
nous désirons apporter une proposition de modification au projet de loi. Plus précisément, nous faisons référence à
l'exonération qui avait été apportée par le gouvernement précédent par le
projet de loi n° 166 et qui est
maintenue dans ce projet de loi. Nous portons à l'attention des parlementaires
que cette exemption n'a pas le même poids selon les différents
propriétaires. La disproportion s'accentue entre les régions.
En effet,
comme nous le démontrons dans notre mémoire, l'exemption de 25 000 $
représente une proportion de 6 %
de la valeur médiane pour les propriétaires d'une maison à Brossard,
comparativement à 15 % pour ceux habitant Trois-Rivières. Et cet exemple s'applique pour toutes les régions du
Québec. Le projet de loi n° 3 vise justement à stopper la disparité
entre les propriétaires des régions sur la question de la taxation scolaire.
Cette même logique devrait donc s'appliquer pour l'exemption offerte à ces
mêmes propriétaires.
Nous
proposons donc une équité entre les régions en changeant, modifiant l'exemption
de taxation scolaire sur les premiers
25 000 $ de la valeur de l'immeuble par une exemption représentant
10 % de la valeur de l'immeuble. Le 10 %, on l'a pris où? Dans le fond, on a pris la valeur
médiane d'une maison unifamiliale au Québec puis on a appliqué le
25 000 $ dessus, ça donne
10 %. Donc, de cette façon-là, on irait chercher une meilleure équité,
puis ça rentre dans la logique du projet de loi.
Parlons
maintenant de l'accès à la propriété. Avec le temps qu'il nous reste, je ne
sais pas... Je ne pense pas qu'il nous reste...
Le Président (M. Simard) :
2 min 12 s, mais prenez votre temps.
M. Vincent
(François) : Excellent.
Bien, ça, c'est un secret qui est mieux gardé que la taxation, mais, au
Québec, on est les bons derniers des
provinces canadiennes en matière d'accès à la propriété. En fait, le taux au
Québec est celui que le Canada avait
dans les années 70. Est-ce que la tendance risque de changer? Bien, pas
vraiment si on se fie aux données actuelles
des mises en chantier. La vigueur du marché résidentiel actuellement est
stimulée par la création de logements locatifs.
Pourtant, M.
le Président, selon les données d'un sondage Léger qu'on cite dans notre
mémoire, les personnes qui ne sont
pas propriétaires désirent le devenir. Ils sont deux tiers à vouloir devenir
propriétaires. Mais les répondants du sondage
ont ciblé les barrières que sont le manque d'argent pour la mise de fonds, le
prix des habitations puis le revenu insuffisant.
Sur ce dernier point, notons que, selon les
données du récent recensement de Statistique Canada, il y a près de 164 000 ménages locataires qui ont un
revenu brut supérieur à 80 000 $ et qui pourraient devenir
propriétaires, mais 329 150 ménages
qui sont locataires, qui ont un revenu de 60 000 $, qui pourraient
réaliser aussi ce rêve. Mais précisons que les seuls rattrapages que le
Québec a connus, c'est quand l'État a aidé les citoyens à accéder à la
propriété.
Ici, en
adoptant des mesures pour diminuer la barrière à l'accès en uniformisant les
taxes scolaires, c'est un pas dans la
bonne direction. Puis on tient à préciser que la majorité des Québécois appuie
une intervention gouvernementale. Ils sont 73 % à appuyer une
intervention du gouvernement pour aider à l'accès à la propriété. Donc, le
projet de loi n° 3 représente un pas
dans la bonne direction. Nous en remercions le gouvernement. Mais il est
possible de faire plus. C'est pourquoi l'APCHQ demande au gouvernement
et aux parlementaires de faire de l'accès de la propriété une priorité
nationale et propose des avenues pour y arriver dans le mémoire.
M. le Président, nous vous remercions pour votre
écoute et nous serons heureux d'échanger avec vous.
Le Président (M. Simard) :
Merci beaucoup. Il vous restait encore un peu de temps. Je ne sais pas si
votre...
M. Vincent (François) : On va
le laisser au bénéfice des échanges avec les parlementaires.
Président (M. Simard) : Merci. Alors, nous allons justement
procéder à la période des échanges. M. le député de Groulx, ministre des Finances, à vous la parole. Je vous rappelle
qu'il vous reste approximativement 17 minutes pour vous ainsi que
votre groupe parlementaire.
M. Girard
(Groulx) : Je vous remercie. Et effectivement je passerai la parole à
mes collègues après avoir posé mes questions
puisque je crois avoir peut-être oublié de le faire étant donné ma première
participation dans une commission. Alors,
je comprends qu'après mes questions je passe la parole à mes collègues, et mon apprentissage se poursuit, des
règles parlementaires britanniques. Alors, merci.
Alors, je
reviens sur l'essentiel, qui n'est certainement pas mon apprentissage, l'accès à la propriété. Peut-être que vous pourriez nous revenir sur de quelle façon, spécifiquement, vous
voulez favoriser l'accès à la propriété. Et c'est certain qu'aussi
j'aimerais vous entendre sur le moment de faire ça. Dans les conditions
actuelles, où le marché immobilier performe quand même bien au Québec depuis
déjà, je dirais, 1998, est-ce que c'est vraiment le moment de peser sur l'accélérateur pour favoriser l'accès à la
propriété, bien que, toutes choses étant égales, par ailleurs, nous sommes
conscients qu'un plus haut taux d'accès à la propriété serait très positif?
M. Vincent
(François) : Merci. Oui, il
faut faire plus. Au Québec, il y a 61,3 %
des ménages qui sont propriétaires. Puis,
selon le dernier recensement, par rapport à 2011, bien, ce sont les jeunes qui
ont moins accès à la propriété, où la proportion
a diminué. Maintenant, quand on regarde dans l'ensemble des provinces, bien, la
moyenne est de 68,7 %. On a un
tableau, je pense, dans notre mémoire, sinon on pourra l'acheminer à la
commission parlementaire, justement, quand on regarde, là, les moments... la courbe du Canada puis du Québec, on
voit que les seuls rattrapages, c'est quand il y a des programmes qui
ont été mis en place.
Bon, le
marché performe bien, soit, oui, mais, quand on regarde depuis les
années 90, il n'y a pas eu vraiment de rattrapage significatif.
Mais l'accès au financement est bon. Donc, c'est durant ces années-là qu'on
aurait dû voir un changement par rapport à
la situation. Pourquoi c'est bon de favoriser l'accès à la propriété? Bien,
c'est parce que ça permet aux
personnes de s'enrichir personnellement puis d'enrichir la société aussi
collectivement. C'est un des meilleurs véhicules d'épargne pour les citoyens. Quand on regarde le revenu disponible...
bien, pas le revenu, mais l'avoir net est de 490 000 $ de plus pour un propriétaire par rapport à un
locataire, puis la maison représente à peu près la moitié de cette somme-là.
Donc, c'est des personnes qui vont être plus
prêtes pour faire face aux défis de la vie, demander moins de
contributions à l'État.
Maintenant, bon, on laisse les parlementaires
prendre état des recommandations qu'on fait pour l'accès à la propriété. Il y en a plusieurs qui ne représentent
aucun investissement, aucun coût pour le gouvernement. Donc, ici, on a toujours tenté d'établir des recommandations à
coût nul parce que les finances publiques, c'est important, puis on veut
trouver des façons, justement, là, d'y
arriver sans nécessairement à ce que ça coûte des millions et des millions
de dollars au gouvernement du Québec.
Le Président (M. Simard) : M.
le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Alors, il n'y a pas de mesure particulière, là. Quel est
votre choix numéro un, là, si vous aviez... puisqu'on...
M. Vincent (François) : Bien,
si vous... oui, bien, on parle de RAP intergénérationnel. On va...
M. Girard (Groulx) : C'est
votre...
M. Vincent
(François) : Le choix numéro
un, ça relève du fédéral, mais le gouvernement du Québec a un rôle à jouer, un leadership à jouer. Un RAP
intergénérationnel, dans le fond, c'est de permettre aux parents d'utiliser
leur RAP pour les enfants puis
ensuite de ça rembourser le RAP de la même façon que c'est fait actuellement.
Donc, ici, on permet d'avoir une mise de fonds plus importante, assurer
que le parent s'implique dans la décision d'achat d'immeuble de l'enfant. Et ensuite de ça on diminue les prêts
assurés. Donc, ça coûte moins cher aussi. On crée des investissements
dans le marché. Maintenant, il y a peut-être
beaucoup, beaucoup de parents qui n'ont pas 25 000 $ dans leur compte
courant, mais qui ont peut-être
25 000 $ dans leur REER puis qui voudraient aider leurs enfants.
Donc, ça, c'est une des solutions qu'on propose.
On propose
aussi une aide à la mise de fonds comme il y a à Montréal et Québec. Puis, dans
le fond, ça ne coûte rien au
gouvernement parce que le propriétaire va rembourser l'État en dollars
courants. Je pense... Je ne me rappelle plus le terme exact. Donc, oui, ça coûte de l'argent à l'instauration du
programme, mais, à la longue, le gouvernement va ramasser toutes ses
billes.
Donc, ça, ce
sont deux recommandations qui pourraient être incluses dans un budget et
appuyées par les autres partis. Puis
nous, on pense que ça pourrait justement aider beaucoup, beaucoup, beaucoup de
jeunes à réaliser leurs rêves.
Le Président (M. Simard) : M.
le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Vous avez mentionné de transférer la perception de taxes
aux municipalités. Est-ce que vous avez
consulté les municipalités et les commissions scolaires pour cette suggestion? Quelle est la réception à
cette innovation?
M. Vincent
(François) : On pose des questions
dans la dernière
section de notre mémoire. On dit : Peut-être que ça pourrait être
une avenue. Puis ça, on est arrivés là quand on a regardé qu'est-ce qui se
faisait dans les autres provinces. Et puis
je laisserai peut-être M. Prévost y aller plus en détail par rapport à ça, mais on invite les parlementaires à avoir une réflexion sur quelles seront
les suites de ce projet de loi là. Puis il y a peut-être manière d'avoir plus
d'efficience et d'efficacité pour la prestation de services.
Je ne sais pas si, M. Prévost, vous voulez
rajouter un élément?
M. Prévost
(Pierre) : Oui, brièvement.
Bien, en fait, cette possibilité de confier la perception de la taxe
scolaire aux municipalités, elle existe depuis des lunes parce que c'est dans l'article 500
de la
Loi sur les cités et villes puis il y a son correspondant dans la
Loi sur
l'instruction publique. Il y a eu cependant... Ceux d'entre vous qui étiez nés
à cette époque, en 1992, lors de ce qu'on a
appelé la réforme Ryan, il y a eu, je dirais, un recul dans cette pratique. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de municipalités
qui, à l'époque, comme elles étaient contre la réforme qui faisait passer de
0,25 $ à 0,35 $ le maximum de
perception, le maximum du taux de la taxe scolaire, elles avaient tout
simplement avisé leurs commissions
scolaires qu'elles ne souhaitaient plus faire la perception pour elles, si bien
que, là, aujourd'hui, il y a une majorité de commissions scolaires qui
perçoivent elles-mêmes.
qu'on perçoit, nous, c'est-à-dire que ce qu'on croit, c'est qu'il y a une
possibilité de synergie administrative parce
que les commissions scolaires, faire de la perception de taxe lorsque ça
correspond à 75 %, 80 % de ton budget, c'est une chose. Mais, lorsque ça correspond à
10 %, 12 %, 15 % de ton budget, ça vaut la peine de se poser la
question : Est-ce que c'est
encore la bonne façon de faire? Est-ce qu'on ne devrait pas chercher une
synergie administrative? Puisqu'on se base,
de toute façon, sur les rôles d'évaluation foncière des municipalités, il y a
toute la capacité administrative, dans les municipalités, de le faire.
Après ça, il
faut poser la question, comme vous le faites sagement : Est-ce que vous
avez consulté les municipalités ou les commissions scolaires? L'APCHQ ne
l'a pas fait, mais je pense que c'est une très bonne question à poser pour l'avenir parce que je conclus en disant que, quand
on a regardé en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta, les trois autres provinces importantes du pays... et
partout c'est la municipalité qui perçoit la taxe scolaire et qui fait le
chèque ensuite soit au ministère de la
province soit à une agence, une autorité scolaire en exercice. Alors, on est en
peu, encore une fois, une société distincte à cet égard-là.
Puis il y a
probablement... Dans la mesure où, au terme de l'actuel projet de loi, une
diminution de la perception nette, là, de taxe scolaire, il va rester un
résidu de 1 milliard ou un peu plus, là, il faut vraiment se poser la
question : Qu'est-ce qu'on fait avec...
Est-ce qu'on maintient la perception par la commission scolaire, si elle existe
toujours, ou bien si on n'envoie pas
ça plutôt dans les municipalités, quitte, pour elles, de charger peut-être un
fait d'administration, comme c'est le cas partout, pour s'acquitter de
cette tâche-là?
Le Président (M. Simard) :
Merci, M. Prévost. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme Foster :
D'abord, messieurs, merci de votre présence aujourd'hui. Merci des très bons
points que vous nous soulevez lors de
votre présentation. D'ailleurs, votre présentation permet un peu d'élargir les
discussions à l'accès à la propriété
et d'avoir ces discussions-là, qui me semblent quand même pertinentes, de façon
alternative, là, à côté du débat qu'on a aussi sur la taxe.
Moi,
j'aimerais revenir sur un point à la page 9 de votre mémoire, sur
l'exemption de taxe scolaire sur les premiers
25 000 $ de la valeur des immeubles. Alors, ce que vous
suggérez, donc, votre commentaire est à l'effet qu'il y a une certaine iniquité parce que cette proportion-là,
elle est vraiment différente, là, selon la valeur médiane des
propriétés, où on se trouve au Québec, selon
la région. Vous avez parlé de mettre un pourcentage, 10 %. Donc, au lieu
d'être une exemption de 25 000 $, on irait sur une exemption de
pourcentage sur la valeur de la maison. Là, ça a été vite un peu dans la
présentation. Vous avez dit que vous basiez
votre 10 % sur quoi? Ça a été rapide un peu, là. Je voudrais juste avoir
plus de détails, s'il vous plaît. Merci.
M. Vincent
(François) : Pour calculer
la disproportion, on a pris les prix médians des habitations
unifamiliales au Québec. Vous avez le
tableau à la page 9, où on voit vraiment, là, qu'il y a une disproportion
assez importante. On part de Blainville,
que l'exonération représente 7 %. On va aller jusqu'à Lévis, où... non,
même Trois-Rivières-Ouest, 15 %. Puis on a annoncé tantôt... la députée de Westmount—Saint-Louis, bien, Westmount, là, la proportion,
c'était comme 1,5 %. Je l'ai enlevé du tableau, mais c'est quand
même assez majeur par rapport à ça.
Bon, là, on a
pris les prix médians des maisons par rapport aux régions, mais le prix médian,
pour l'unifamilial, au Québec, c'est
250 000 $. Donc, si on applique le 25 000 $ d'exonération
sur le 250 000 $, qui est le prix médian au Québec, on arrive avec une exonération de 10 %. Donc,
on va chercher une équité entre les régions. Puis, même, probablement
que la région des Laurentides pourrait
bénéficier d'une exonération dans le projet de loi, qui n'est pas
nécessairement touchée actuellement parce qu'on se base sur ce taux-là
parce que c'est le plus bas.
Puis, ensuite
de ça, autre élément qui est assez intéressant, c'est que ça assure une équité
aussi dans le temps parce que, si on
prend le 25 000 $ maintenant puis qu'on se recroise dans 25 ans,
puis là je vais avoir plus de cheveux blancs, puis là je vais faire mon âge à ce moment-là, bien, le
25 000 $ n'aura plus la même proportion, n'aura plus la même
valeur. Pour assurer justement une équité, on propose l'établissement d'un
pourcentage. Puis on invite les parlementaires à avoir la réflexion, lors de
l'étude détaillée, sur cette recommandation.
Mme Foster : J'aurais une autre
question.
Le Président (M. Simard) : Bien
sûr, Mme la députée.
Mme Foster :
À la page 7 de votre mémoire, vous parlez d'une politique de l'habitation.
J'aimerais vous entendre là-dessus. En quoi est-ce que ce serait
pertinent au Québec d'avoir une politique de l'habitation? Vous avez piqué ma
curiosité.
M. Vincent
(François) : On a rencontré
la ministre de l'Habitation récemment puis on lui a mentionné cet
élément-là. Ça serait intéressant d'avoir
une politique d'habitation pour aller chercher une certaine cohérence dans les
actions puis se donner des objectifs
sociétaux dans les différents volets de l'habitation. L'habitation, ce n'est
pas seulement des logements sociaux.
C'est important, les logements sociaux abordables. Il y a aussi l'accès à la
propriété et aussi d'aider les propriétaires dans les rénovations, etc.
Puis
ce qu'on voit actuellement, c'est qu'il y a plusieurs acteurs différents. Il y
a les villes qui essaient de faire des actions
puis, maintenant, qui ont des pouvoirs supplémentaires dans le domaine. Il y en
a d'autres qui voudraient faire des actions,
mais qui n'ont pas assez de pouvoirs pour le faire. Notamment, Saint-Hyacinthe
avait déposé un projet de loi privé dans la
dernière législature parce qu'elle voulait faire justement un programme d'accès
à la propriété, d'accès à la rénovation, mais elle n'avait pas le pouvoir pour
le faire.
l'autre côté, il y a le fédéral qui fait ses actions aussi. Mais on sent qu'il
y a peut-être un besoin de cohérence puis
de se donner un objectif social, de qu'est-ce qu'on veut faire en matière
d'habitation puis, ensuite de ça, bien, définir les interventions puis les mesures sur une politique
qui aurait été établie avec l'ensemble des acteurs du milieu. Il y en a
une qui a été faite dans les années 80.
Mais maintenant il n'y a pas eu de ministre de l'Habitation pendant longtemps.
Là, on en a une depuis les deux
dernières législatures. Il est peut-être temps de prendre un chantier puis,
ensemble, de mettre justement le logement, de mettre l'habitation comme
une priorité puis de trouver les meilleures façons pour intervenir pour les
différentes personnes qui sont touchées parce que c'est un besoin essentiel,
qu'est le logement.
Le Président
(M. Simard) : M. le député de Saint-Jérôme, à vous la parole. Il
vous reste 4 min 17 s.
M. Chassin : J'ai à peu près deux questions. D'abord, merci de votre présentation.
Vous soulignez dans votre mémoire, de
façon fort justifiée, qu'il y a eu des hausses de taxe scolaire sous les
précédents gouvernements. Donc, une question
peut-être de principe, mais, selon vous, dans la perspective où, effectivement,
il y a certains contribuables qui paient
davantage de taxe scolaire et, en général, de fardeau fiscal, est-ce que ça
vous apparaît inéquitable que ce soient les gens qui paient le fardeau
fiscal qui reçoivent une baisse de fardeau fiscal?
M. Vincent (François) : Bien, nous, ce qu'on a perçu, c'est, en analysant
ça... puis on a été quand même assez marqués
que le propriétaire se trouvait à être la personne qui paie 70 % de
l'impôt. Quand on regardait les stats, là, on est arrivés puis on a dit : Oh! c'est... Donc, on
contribue déjà de façon assez majeure, puis, à cela, bien, on rajoute la
taxation foncière, puis etc. Donc, pour
qu'il y ait un allègement, c'est bien qu'on cible les personnes qui paient
beaucoup. Déjà, elles paient le plus
d'impôt puis, ensuite de ça, elles vont payer par rapport à la valeur de leur
maison. Donc, on pense que c'est une
bonne orientation. Mais, selon les règles, tout le monde va bénéficier de cette
baisse-là, tant les propriétaires que les locataires.
Président (M. Simard) : Votre collègue souhaitait ajouter quelque
chose, je crois. M. Prévost, non? Très bien. M. le député de
Saint-Jérôme.
M. Chassin :
Bien, est-ce que vous voulez ajouter sur cet aspect aussi, comment les
locataires vont profiter concrètement d'une
baisse de la taxe scolaire, compte tenu du fait qu'effectivement ce n'est pas
eux qui reçoivent les avis de cotisation?
M. Vincent (François) : J'ai ouvert la porte trop vite. Je pensais
répondre à cette question-là quand on arriverait de l'autre côté.
M. Chassin :
On prend de l'avance.
M. Vincent
(François) : Je vais céder la parole à Me Bergeron pour répondre à
cette question.
M. Bergeron
(Marc) : En fait, il y a déjà le Règlement sur les critères de
fixation de loyer qui existe, qui est
en vigueur depuis un certain temps, et, à l'article 3,
on réfère... en fait, que la variation entre les taxes foncières, mais également
les taxes municipales, tant la variation en hausse qu'en baisse devrait être prise
en compte dans l'élaboration du prix du loyer. Donc, c'est un outil qui est utilisé également par la Régie du
logement, donc, quand ils ont à rendre une décision. Mais également c'est recommandé pour les
propriétaires lorsqu'il y a une négociation avec le locataire, par exemple,
si on veut imposer une hausse de loyer. Ça
peut être une hausse, mais ça peut être également une baisse de loyer dans
certains cas. Ça serait possible. Donc, c'est les critères dans lesquels il
pourrait être utilisé, là, pour favoriser les locataires.
M. Chassin :
Merci. Puis peut-être...
M. Vincent (François) : Pour le bénéfice de la commission, on peut
peut-être déposer la feuille de calcul de la Régie du logement du Québec. Puis c'est disponible sur le site Internet.
Puis, quand vous établissez les taux de la taxe scolaire, vous allez
voir c'est quoi qui va être pris en considération dans le loyer.
Le Président
(M. Simard) : Alors, consentement pour le dépôt?
M. Vincent (François) : On l'a fait en ligne puis on a vu, là, qu'il y
avait un impact. Puis cette réglementation-là ne s'applique pas
seulement aux hausses, s'applique aussi aux baisses.
Le Président
(M. Simard) : Très bien, il y a consentement. M. le député de
Saint-Jérôme.
M. Chassin : Et permettez-moi une dernière question un peu rhétorique, messieurs.
Vous soulignez, à la page 5, donc,
le taux de propriété beaucoup plus bas au Québec que la moyenne, que les autres
provinces. Vous soulignez que c'est une problématique en général et que la
baisse de la taxe scolaire permettrait d'aider, par exemple, des jeunes
familles à accéder à la propriété. Est-ce
que vous pensez que ça pourrait aussi aider, par exemple, nos aînés qui sont
chez eux et qui souhaitent demeurer à
domicile, mais qui ont souvent des revenus fixes ou pas totalement indexés, que
cette baisse du fardeau fiscal, finalement, les aiderait dans cet effort
de maintien à domicile?
M. Vincent
(François) : Certainement.
Président (M. Simard) : Alors, vous voyez, M. Vincent, il ne
faut jamais sous-estimer les questions du député de Saint-Jérôme. M. le
député de Robert-Baldwin, à vous la parole.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup. Alors, d'abord, merci, messieurs, d'être là. Il me
semble, je ne sais pas, j'ai l'impression
d'être un peu dans une consultation prébudgétaire en ce qui concerne l'accès à
la propriété. Mais, écoutez, c'est correct, là. Mais, moi, ce qui
m'intéresse ici, c'est plutôt l'éducation, le financement du réseau de
l'éducation.
Alors,
la taxe scolaire génère, avant les changements, 2,2 milliards de dollars à
travers le Québec, donc, dans les coffres
des commissions scolaires. On a entendu, le groupe avant vous et plusieurs
autres mémoires, que le réseau scolaire a absolument besoin de ces 2,2 milliards et même davantage. Alors,
comment est-ce que vous voyez la situation si, en effet, on baisse la
taxe scolaire? Et on va y revenir si c'est opportun de le faire ou pas, mais,
si on baisse la taxe scolaire, ce manque à gagner va être financé comment et
par qui?
Le Président (M. Simard) :
M. Vincent.
M. Vincent
(François) : Ce n'est pas la première fois qu'on fait cet exercice-là,
puis, même, je pense, le gouvernement
précédent avait déposé un projet de loi, 166, qui diminuait la charge scolaire,
puis ça a été établi aussi dans les
budgets. Là, on voit, dans le dernier budget, là, qu'on passe de 2,24, à 1,8, à
1,7. Donc, ça a été fait dans le passé. Ça a été fait dans le passé puis peu importe la couleur du parti politique. Quand
on a fait les études, on a regardé ça, le nombre de commissions scolaires. On aurait fait un tableau,
il aurait diminué comme ça, la taxation, aussi, scolaire a diminué.
Donc, si ça a été fait dans le passé, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait
pas le faire aujourd'hui.
Maintenant,
la question à se poser, je crois, là, c'est... On décide collectivement d'avoir
l'éducation comme priorité, bien,
qu'on décide d'utiliser les bons leviers de taxation pour le financer.
Maintenant, est-ce que la taxe foncière est un bon moyen pour financer l'éducation? Nous, on croit
que ça sort un peu du mandat qui est plus relié à ce que les municipalités...
la desserte des services des municipalités. Maintenant, on voit que c'est une
tendance qui est assez intéressante.
Pour
revenir aux consultations prébudgétaires, bon, bien, si vous trouvez les idées
bonnes, je pense que votre appui peut
être fortement intéressant par rapport à ça. Donc, on vous... Oui, c'est ça.
Mais, dans ce projet de loi là, ici, on assure aussi une certaine prévisibilité. Donc, on va s'assurer que la personne
va savoir à peu près à quoi s'attendre sur ses taxes foncières dédiées à l'éducation, puis peu importe
elle se trouve où au Québec. Donc, c'est pour ça qu'on donne notre appui
au présent projet de loi.
M. Leitão :
Très bien. Pour ce qui est du projet de loi n° 166, je vous rappelle que
son objectif était d'adresser une question
très pratique, du magasinage de commissions scolaires, donc une personne,
souvent dans la même rue, qui envoyait ses taxes scolaires à gauche ou à
droite parce que c'était moins cher.
M. Vincent
(François) : Là-dessus, en uniformisant, on règle encore plus la
question du magasinage entre commissions scolaires.
M. Leitão :
Bon, je ne suis pas d'accord avec ça parce que, dans le niveau interrégional,
il n'y a pas de magasinage de commissions scolaires.
Mais,
pour ce qui est de l'accès à la propriété, vous avez mentionné le RAP
intergénérationnel. Très bonne idée. D'ailleurs,
nous, on l'avait soulevé aussi en campagne électorale, et je pense, donc, que
ça doit être maintenu, poursuivi.
Mais
revenons à nos oignons, revenons au projet de loi n° 3. Vous soutenez ce
projet de loi parce qu'il procure un allègement
fiscal. Vous avez mentionné que les Québécois sont très taxés, et je suis
d'accord avec vous. Cependant, là où le Québec se distingue de ses compétiteurs, des autres provinces, du reste
de l'Amérique du Nord, c'est que notre impôt sur le revenu est beaucoup
plus fort, beaucoup plus élevé que chez les voisins.
Donc,
il me semble, c'était un peu ce qu'aussi la chaire de fiscalité de l'Université
de Sherbrooke mentionnait, si on veut
avoir un allègement fiscal qui soit vraiment efficace et équitable, faisons-le
du côté de l'impôt sur le revenu et pas nécessairement de l'impôt foncier. Mais, pour l'impôt foncier, qu'est-ce
que vous avez à dire? Quelle est votre opinion? Quel est votre avis? Pourquoi est-ce qu'on a choisi le taux de la région
des Laurentides? Donc, un taux unique au Québec, bon, très bien, mais pourquoi est-ce que ce taux unique là doit être
nécessairement le 0,105 $ par 100 $ d'évaluation, qui est le taux des Laurentides, qui est le plus bas au
Québec, pour toutes sortes de raisons? Est-ce que ce taux-là serait
pertinent dans toutes les régions du Québec?
Le Président
(M. Simard) : M. Vincent ou M. Prévost?
M. Prévost (Pierre) :
M. le député, est-ce que vous me permettez de compléter la réponse précédente?
Parce qu'à la question que vous
posiez je ressortais une entrevue de feu Jacques Parizeau quelques mois avant
son décès. C'était en 2014, et il
accordait une entrevue au magazine de l'Union des municipalités du Québec, et
il rappelait les réformes qu'il avait
orchestrées au moment où il était ministre des Finances. Il disait, à propos de
la réforme de 1979‑1980, là, qui avait modifié... en fait, qui avait tout simplement remplacé l'impôt foncier
normalisé, scolaire, par des subventions de l'État, là, donc un financement par l'ensemble des sources de
revenus... il disait : «D'abord, l'idée originale, c'était de sortir
les commissions scolaires de l'impôt
foncier. On leur a laissé un petit espace de 6 % des dépenses», qui
était 0,25 $ du
100 $ d'évaluation à l'époque. On
traduisait par 0,25 $, mais c'était 6 % des dépenses. Il dit :
«Là-dessus, je vous le dis tout de suite,
on a eu tort. Parce que, les années passant, les gouvernements ont trouvé plus
commode d'augmenter la taxation des
commissions scolaires et [...] de réduire leurs subventions.» Je pense que tout
le monde a participé à ce buffet-là, là, depuis 40 ans. Ça a
commencé par la réforme Ryan en 1992 et puis ça s'est poursuivi par la suite.
Maintenant, pour
répondre à la présente question, vous posez la question : Pourquoi
0,10 $...
M. Leitão :
0,10 $ de...
M. Prévost
(Pierre) : ...bien, c'est parce que, quand on... Je ne veux pas
répondre à la place du gouvernement, mais,
j'imagine, là, je n'ai pas fait... c'est l'harmonisation au taux le plus bas,
actuellement, calculé, qui est à 0,1054 $ par 100 $ d'évaluation. C'est la région des
Laurentides. Et ça va jusqu'à 0,30 $, 0,31 $ selon les autres
régions. Alors, j'imagine que c'est
un peu... c'est probablement la raison, là. La preuve est dans le pouding,
comme on dit, c'est probablement ça, de
facto, la région qui a le taux le plus bas, c'est celle des Laurentides. Si ça
avait été une autre, ça aurait été probablement celui...
M. Leitão :
Et c'est là où je voulais en venir parce que le taux des Laurentides est le
plus bas pour des raisons très, très spécifiques. Il y a eu tout un boom
immobilier, le développement d'une nouvelle région. Mont-Tremblant, par exemple, a beaucoup de résidences secondaires. Ce
n'est pas la réalité dans toutes les autres régions du Québec. Donc, si
on veut un taux unique, bon, très bien, discutons, mais pourquoi le 0,105?
C'est la question que j'ai.
M. Prévost
(Pierre) : Si je peux compléter, l'idée que l'APCHQ met de l'avant, de
moduler l'exemption de base, là, de
10 %, permettrait de ne pas se coller nécessairement au 0,1054 $
parce que l'exemption dans les Laurentides serait plus élevée puisque la valeur moyenne d'une
propriété est un peu plus élevée. Donc, ça monterait peut-être à 0,11 $,
0,12 $, 0,13 $, là. Le calcul est à faire.
M. Vincent (François) : En complément, devrait-on choisir le taux le plus
élevé? Nous, comme on le démontre dans notre mémoire, les citoyens
québécois sont très taxés. À un moment donné, il faut avoir une réflexion sur
la taxation puis y trouver une manière d'alléger le fardeau fiscal, puis je
pense que ce n'est pas nécessairement négatif. Les gouvernements précédents ont allégé le fardeau fiscal des citoyens. Maintenant, on voit qu'il
y a une certaine double taxation pour les propriétaires d'habitations, puis le gouvernement a pris un engagement
clair, en campagne électorale, puis maintenant
établit le taux le plus bas. Alors, je pense que c'est de tendre à avoir un
meilleur système de taxation. De donner un allègement à un citoyen, c'est une bonne orientation, puis on
considère que, de partir sur le taux le plus bas, c'est quand même une
bonne idée.
Le Président
(M. Simard) : Alors, Mme la députée de Saint-Laurent, il vous
reste environ trois minutes.
Mme Rizqy :
Je vais faire vite. Prévisibilité, c'est ce qui vous conduit aujourd'hui ici.
En quoi le p.l. n° 3 vous donne
de la prévisibilité? Puisque le texte de loi, tel que rédigé, ne garantit pas
qu'on va rester au taux le plus bas et qu'il pourrait augmenter. Rapidement,
s'il vous plaît.
M. Vincent
(François) : Bien, il va y avoir une analyse qui va être faite avec le
ministère de l'Éducation, puis etc. Mais
maintenant, au moins, on va s'assurer qu'il y a un taux partout à travers le
Québec. Donc, c'est un peu plus simple
par rapport à ça. Puis on va diminuer le taux, donc on va diminuer la charge du
propriétaire ou du futur propriétaire. Donc, ça fait
partie d'une
certaine façon des ingrédients qu'il faut prendre en considération et
travailler pour aider la personne à accéder
à la propriété. Donc, c'est pour ça qu'on a lié l'enjeu de l'accès à la
propriété dans la réflexion globale de ce projet de loi là et qu'on vous
invite aussi à peut-être prendre cet élément-là en considération.
Mme Rizqy :
En quoi l'accès à la propriété aide le réseau de l'éducation à offrir des
services?
M. Vincent
(François) : Bien, je pense que c'est deux débats qui sont différents,
là. Maintenant...
Mme Rizqy :
Je suis d'accord.
M. Vincent (François) : Bon, bien, c'est bien. Maintenant, on est en
train de parler de la taxation scolaire, du véhicule de taxation scolaire. Puis même, au début, on a parlé...
Pourquoi c'est le ministre des Finances? Parce qu'on parle de taxation
ici. Je pense que c'est un élément à prendre en considération.
Maintenant,
je vous invite à avoir une réflexion sur le meilleur véhicule pour financer
l'éducation postsecondaire. Moi, là,
à chaque matin, je m'en vais porter mon enfant à l'école, je suis bien content,
je m'en vais le porter à l'école, puis il rentre à l'école, puis il est heureux, puis je
vais le chercher le soir. Je fais la même chose avec mon enfant à la
garderie, Mme la députée, puis mes taxes
foncières ne vont pas financer la garderie. Donc, je pense que c'est quand même
un élément assez intéressant. Puis là
on décide collectivement : Bon, bien, établissons le taux le plus bas puis
partons sur des nouvelles bases là-dessus.
Mme Rizqy :
M. Prévost, vous avez raison, vos taxes foncières ne financent pas le
réseau de l'éducation, mais les taxes
scolaires, oui. Et là-dessus j'aimerais renchérir sur un autre... toujours dans
la même lignée. Lorsque vos membres, à l'APCHQ,
décident de construire des maisons, ils ne vont pas construire le même niveau
de maisons dans certains quartiers. Ils ne mettront pas des maisons à
1 million, par exemple, au Centre-du-Québec, ils vont peut-être en mettre
plus à Montréal, à 1 million. Donc,
vous êtes d'accord que les besoins peuvent varier auprès de vos membres,
lorsqu'ils décident de construire des maisons, au même
titre que, dans
le réseau de l'éducation, les besoins varient de région en région?
M. Vincent (François) : Notre
marché va répondre à une demande puis il pourrait...
Mme Rizqy : Je suis contente de
vous l'entendre dire.
M. Vincent
(François) : Tu sais, si les
citoyens veulent avoir des logements, on va construire des logements.
Mais, si c'est ça qu'on veut, au Québec,
d'avoir de moins en moins de propriétaires puis de concentrer la richesse dans
les mains de certains...
Maintenant,
sur les besoins régionaux, bien, soit, mais, dans les garderies puis les CPE,
il y a des besoins régionaux. En
éducation postsecondaire... à ce que je sache, il y a des universités dans
toutes les régions du Québec. En santé, c'est la même chose. Donc,
pourquoi la réflexion devrait être différente ici parce qu'on parle d'éducation
préscolaire...
Mme Rizqy : M. Prévost, ma
question, ce n'était pas...
M. Vincent (François) : Ce
n'est pas Prévost, mon nom, c'est Vincent.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, s'il vous plaît.
Mme Rizqy :
En conclusion, je reviens encore une fois : les régions. Comme vous l'avez
mentionné, vos membres, vos propres
membres vont construire des maisons par rapport aux besoins régionaux. La même
chose est réelle pour la taxe scolaire et leur taux... Dans votre étude,
vous faites fi complètement d'une autre étude qui parle de «generation squeeze», qui explique pourquoi que notre
génération, une nouvelle génération, les milléniaux, ne sont pas en
mesure d'accéder à la propriété. Et notre souhait ici, c'est d'avoir, tout le
monde, accès à la propriété.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, s'il vous plaît.
Mme Rizqy :
Mais il n'est pas question de la taxe scolaire qui aide les gens, les jeunes à
avoir accès à une propriété, ils parlent plutôt du revenu qui n'est pas
adéquat pour que ces jeunes puissent accéder à une propriété.
Le Président (M. Simard) :
M. Vincent, succinctement, s'il vous plaît.
M. Vincent
(François) : Oui. Bien, il y
a 160 000 ménages qui ont 80 000 $ et plus de revenus qui
pourraient accéder à la propriété. Puis,
lorsqu'on parle des plus riches, là, qui paient 70 % des impôts, on se
base sur le revenu des ménages de
60 000 $ et plus. Donc, si on prend ce même revenu là, il y en a 320
quelques mille qui pourraient accéder à la propriété. Donc, il y a un bassin... qu'il est possible d'y avoir accès.
On voit c'est quoi, leurs contraintes, puis on peut les aider. Puis
alléger le fardeau fiscal, c'est une des avenues à prendre pour les aider à
accéder à la propriété.
Le Président (M. Simard) :
Merci, M. Vincent. Mme la députée de Joliette.
Mme Hivon :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup de votre présentation fort sentie, on peut le dire. Dans un premier temps, bien, je pense qu'on est tous d'accord que
l'enjeu de l'accès à la propriété est un enjeu réel. On aurait sûrement tous d'excellentes propositions, mais je ne pense pas que c'est le coeur de notre débat. Je comprends
que vous, c'est quelque chose d'important que le ministre puisse s'y intéresser, mais, aujourd'hui, ce que l'on parle, c'est de notre système d'éducation, de taxation
scolaire, et ce n'est pas l'objectif premier, je pense, du moins, du projet de
loi.
Donc,
j'aimerais comprendre. Quand vous arrivez puis vous parlez que c'est une bonne
réforme et qu'en fait ce qui reste
pourrait être géré potentiellement par les municipalités, je comprends que vous
faites en fait fi complètement de l'idée de la démocratie scolaire. Pourquoi on a des taxes scolaires? C'est
parce qu'on a une démocratie scolaire, des représentants scolaires. On a décidé que c'était une bonne idée
d'avoir des commissions scolaires avec des représentants élus et qui avaient le pouvoir de taxer, qu'il y a une
autonomie de ce côté-là. Donc, est-ce que je comprends que vous, vous
aboliriez carrément autant les commissions scolaires que la taxation scolaire?
M. Vincent
(François) : Il n'y a pas de
taxation sans représentation — la dernière fois que je suis venu, j'ai
fait trop d'expression en anglais, donc je
fais attention pour les faire en français. Maintenant, ce qu'on parle ici,
c'est de fiscalité, puis de taxation, puis de
taxation scolaire. Dans le cadre de cet élément-là, bien, on prend en compte,
nous, que les propriétaires sont doublement
taxés puis que l'allègement fiscal est intéressant, donc je pense que c'est...
Puis, dans cette réflexion-là, on amène le fait que, ah! ça aura un
impact positif aussi pour l'accès à la propriété.
Maintenant,
sur la question des commissions scolaires ou pas, on n'a pas pris position. On
a, il y a deux semaines, rassemblé le
comité des relations gouvernementales pour cette position-là. On a amené la
réflexion : Puis, ah! peut-être qu'on
pourrait penser à l'après de cette réforme-là? Donc, on ne s'est pas
positionnés là-dessus. Mais, sur cet élément-là puis sur la question de
fiscalité, de taxation, on considère que c'est un pas dans la bonne direction.
M. Parent
(Michel) : Fondamentalement, Mme Hivon, on n'est définitivement
pas positionnés contre les commissions
scolaires puis on est définitivement aussi pour investir dans notre éducation.
Mais, en tant que représentants des
membres de l'APCHQ, qui sont pour la majorité, pour ne pas dire tous, des
entrepreneurs, des gens d'affaires, bien, on est pour l'efficience, on aimerait bien... Et c'est pour ça que, tout au
long de la représentation que François Vincent en a fait... Si on pouvait trouver des manières de
diminuer les frais administratifs dans toutes ces organisations-là, bien, ce
serait bienvenu pour être plus efficients dans les revenus et les dépenses de
notre gouvernement. C'est, je pense, plus ça, l'objectif global.
Président (M. Simard) :
Merci, M. Parent. Je rappelle brièvement pour tout
le monde, hein, on commence,
on apprend tous, mais qu'il est très important d'appeler les députés non
pas par leurs noms, mais par leurs noms de circonscription. Je vous
remercie.
M. Parent (Michel) :
Excusez-moi.
Le Président (M. Simard) : Mme la
députée.
Mme Hivon : Vous
avez abordé...
Le Président (M. Simard) : Oh! Mme
la... en conclusion, hein?
Mme Hivon : Oui.
O.K.
Le Président (M. Simard) :
Très, très succinctement.
Mme Hivon :
Je veux savoir, compte tenu que les locataires, effectivement, sont exclus,
mais que les propriétaires vont
recevoir des baisses de taxe, est-ce que vous estimez qu'il devrait y avoir un
mécanisme automatique pour que la baisse de taxe des propriétaires se
répercute sur les locataires?
M. Vincent
(François) : Il y en a
un, déjà, la réglementation le prévoit. Maintenant, est-ce que
ça devrait être plus élevé? On croit
que c'est un débat qui devrait être fait dans une autre instance. Puis je suis
persuadé qu'il y a beaucoup
d'intervenants qui voudraient parler du calcul de la Régie du logement. Mais la
fluctuation de taxe, tant positive que négative, est prise en compte dans la
fixation du loyer.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Oui. Merci,
M. le Président. Je pense que c'est
Me Bergeron... D'abord, merci d'être là. Bienvenue. Je pense que c'est vous, Me Bergeron, qui
avez dit tout à l'heure, et j'ai un peu tiqué, que les locataires vont
aussi bénéficier presque
automatiquement de la baisse ou de l'harmonisation des taxes scolaires. Moi,
j'ai passé deux heures, hier, avec le comité
de logement de Rosemont. Si les dernières baisses de taxe scolaire, dont
la loi n° 66... a bénéficié aux locataires, il faudrait leur dire parce qu'ils ne le savent pas.
Comment vous pouvez affirmer une telle chose? Avez-vous des chiffres qui
démontrent effectivement que, quand il y a une baisse de taxe scolaire, comme il
y a eu avec la loi n° 166, il y a automatiquement baisse des loyers pour
les locataires?
M. Vincent
(François) : On se réfère au
règlement sur la régie de fixation du loyer. Il y a
même un lien sur Internet pour le fixer. Maintenant, le locataire peut
utiliser la Régie du logement s'il considère qu'il n'a pas bénéficié de cet allègement-là. D'autres prises en compte aussi de
charges dans le propriétaire, là. Quand on est propriétaire, ça ne coûte
pas rien, là. Puis je suis persuadé qu'il y a
d'autres groupes qui vont venir parler de cet élément-là au cours de la
Commission des finances publiques. Mais dire que les locataires n'auront aucun
fruit de la baisse de taxation... Si on se fie à la réglementation, le législateur
a décidé de fixer des éléments puis de prendre en considération ces
éléments-là. Maintenant, est-ce qu'il faudrait les changer? Bien, c'est
à vous d'en discuter puis de décider. Mais nous, quand on regarde le règlement R-8.1,
r.2, à l'article 3, on voit que le langage utilisé est assez clair.
M. Marissal : Vous savez probablement que la régie émet
des recommandations, n'a pas de pouvoirs comme tels. Vous savez probablement que la régie est
débordée, qu'il y a des arrérages de dossiers pour plusieurs années.
Est-ce qu'on ne devrait pas veiller, puisqu'on étudie ce projet de loi
là, d'harmonisation de taxes scolaires... est-ce qu'il y a un mécanisme,
qui pourrait, par la régie ou autres, on peut être inventifs... qui fait en
sorte effectivement que l'affirmation de votre collègue tienne la route et effectivement
qu'il y ait eu une baisse de loyers? On peut la diviser, effectivement.
Pour les propriétaires, ça coûte plus cher,
j'en conviens, le coût de la vie augmente pour tout le monde, mais les
locataires actuellement, dans le
régime actuel, ne bénéficient pas d'une baisse de taxe comme celle-ci. Alors,
est-ce qu'on ne devrait pas s'assurer
qu'il y ait une certaine équité pour les gens qui se font automatiquement
refiler les hausses, donc ils ne se feront pas refiler les baisses?
M. Vincent (François) : On pourrait regarder pour baisser plus la
fiscalité des Québécois si vous désirez. Mais ce qu'on constate, c'est
qu'il y a des règles qui ont été établies. Maintenant, il y a un tribunal qui
est là pour pouvoir entendre des questions. Les propriétaires ont des outils en
ligne pour être capables de fixer les loyers.
Maintenant, nous,
quand on a fait l'étude puis l'analyse, on voyait que, quand on rentrait des
diminutions par rapport à ce qui était
inclus dans les différentes régions, on voyait qu'il y a un impact sur le
loyer, bon, qui n'est pas du même
ordre, c'est sûr. Maintenant, on ne pense pas qu'il faut nécessairement
considérer ou dire : Ah! bien là, ça va aller directement dans les
poches des propriétaires. Non, non, ce n'est pas comme ça que...
Une voix :
Ou des locataires.
M. Vincent (François) : Ou les locataires. Puis, bon, s'il y a une
réflexion à avoir sur le Règlement des critères, des critères de fixation de loyer, bon, vous pourrez
en décider puis ensuite de ça faire des ajustements dans la commission
appropriée.
Président (M. Simard) : Alors, MM. Prévost, Vincent, Parent
et Bergeron, merci beaucoup de votre présence parmi nous cet avant-midi.
Chers
amis, nous allons donc conclure nos travaux. Je vous invite après les affaires
courantes, j'imagine, quelque part autour de 15 h 30. Alors,
bon midi à tous.
(Suspension de la séance à
11 h 43)
Président (M. Simard) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, la Commission
des finances publiques reprend ses travaux.
Nous nous excusons du retard pris à le refaire, mais ainsi va parfois la vie
parlementaire. Donc, je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre leurs téléphones
pour que nous puissions profiter au maximum des débats, des échanges,
des présentations que nous aurons.
Nous
poursuivons donc les consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 3, Loi visant l'instauration d'un taux unique de
taxation scolaire.
Alors, cet après-midi, nous entendrons d'abord la commission scolaire de Montréal. Je souhaite bienvenue à nos intervenants.
J'aurais
besoin préalablement d'un consentement pour que nous puissions, en quelque
sorte, décaler la fermeture de nos travaux cet après-midi d'au moins
30 minutes, en fait, pour que nous puissions finir autour de
18 h 30. Est-ce qu'il y aurait consentement? Si d'aventure nous
pouvions finir un peu avant, nous le ferons.
M. Émond : ...concernant la tenue du caucus de la formation politique
que nous représentons, là, juste pour arrimer le tout pour que ce soit
correct.
M. Chassin :
Nous, on doit être ailleurs.
Président (M. Simard) :
Si vous voulez qu'on précise des choses... C'était clair de mon côté avant le
début des travaux, mais on peut suspendre quelques instants, le temps de
vérifier avec le whip.
Alors, nous
suspendons quelques instants, je m'excuse, et nous allons faire les vérifications
requises.
(Suspension de la séance à
16 h 11)
Le Président
(M. Simard) : Alors, chers amis, nous reprenons nos travaux. Je
crois comprendre qu'il y a consentement.
Alors,
je souhaite à nouveau bienvenue aux membres de la commission scolaire de Montréal. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, et nous procéderons ensuite à une période d'échange avec les membres
de la commission. À vous la parole.
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Alors, aujourd'hui, nous sommes ici en tant que représentants
de la plus grande commission scolaire du Québec, qui compte plus de 113 000 élèves,
jeunes et adultes, sur son territoire, et plus de 200 établissements. La commission
scolaire de Montréal,
acteur majeur dans le milieu scolaire québécois, se distingue par son contexte
particulier. En effet, le milieu montréalais est caractérisé par la grande
diversité de sa population, où on retrouve
de hauts taux de défavorisation. Compte
tenu de ce contexte particulier, Montréal
illustre parfaitement la nécessité de préserver le lien entre
les élus locaux, les contribuables et la population scolaire. Ces acteurs
doivent maintenir un pouvoir d'influence et
de regard sur les décisions des paliers politiques supérieurs qui
affectent directement les services aux élèves et l'ensemble des
services prévus à la
Loi sur l'instruction publique.
Dans
les milieux défavorisés, par exemple, les élus locaux sont assurément bien placés pour
évaluer les besoins et s'assurer de la
mise en place des services et des mesures particulières de rattrapage nécessaires.
Ces mesures constituent souvent en
l'ajout de professionnels en contact direct avec les élèves aux besoins
importants. C'est pourquoi notre première recommandation est de modifier l'article 303.7 de façon à permettre aux commissions scolaires de fixer le taux de la taxe scolaire et de
maintenir l'article 435 actuel relativement au comité de gestion de la taxe
scolaire de l'île de Montréal.
Afin de bien
comprendre les enjeux, il est important de rappeler comment fonctionne le
financement des commissions scolaires. Nos dépenses se divisent en deux grandes
catégories : les dépenses de fonctionnement et les dépenses d'investissement,
soit celles liées à l'acquisition d'actifs mobiliers et immobiliers, à la réalisation
de projets d'amélioration et de transformation des actifs existants. Les
revenus de la taxe scolaire servent à payer une
part importante des frais de fonctionnement, soit l'entretien des
équipements et des bâtiments des commissions scolaires, la consommation énergétique, les frais de gestion des écoles,
directions d'école, secrétaires, une
partie des dépenses de transport
scolaire. Nous parlons ici de frais incontournables, de coûts que nous devrons
continuer d'assumer, quoiqu'il arrive.
revenus générés par la taxe scolaire seraient grandement affectés par le projet
de loi n° 3, qui vise à modifier la loi dans le but d'instaurer un taux unique de taxation. Ainsi, le taux
uniforme aujourd'hui appliqué à l'ensemble de l'île de Montréal passerait de 0,178 $ par
100 $ d'évaluation foncière à 0,105 $ par 100 $ d'évaluation,
une diminution presque de moitié.
Ceci soulève des questions importantes pour nous à commencer par le fait qu'aucune
démarche de concertation ou de
consultation des milieux n'a été entreprise pour évaluer les répercussions
d'une telle modification. La perte de revenus au niveau de la taxe
scolaire sera désormais financée à même les revenus d'impôt de tous les contribuables.
l'île de Montréal, les propriétaires d'immeubles non résidentiels, qui
comprennent les immeubles commerciaux et industriels, représentent
5,4 % du total des immeubles, mais 28 % de l'assiette fiscale. Ces
commerçants et ces industries profiteront de
la réduction du taux de la taxe, ce qui va en sens contraire de leur volonté de
former les travailleurs montréalais de demain.
autre iniquité concerne les propriétaires étrangers non résidents. Ceux-ci
profiteront de cette baisse de taxe scolaire
sans avoir à contribuer par l'entremise de l'impôt sur le revenu. Cela pose un
problème de justice fiscale et sociale.
autre préoccupation réside dans la possibilité que les municipalités
s'approprient cet espace fiscal libéré par les commissions scolaires et puissent ainsi augmenter le fardeau fiscal des
citoyens. Il deviendrait alors politiquement difficile de reprendre cet
espace fiscal en augmentant le taux d'imposition de la taxe scolaire par la
suite.
M. Gendron (Robert) : Bonjour. Le projet de loi n° 3 et
l'instauration d'un taux unique de taxe scolaire pour l'ensemble du Québec pourrait diminuer
sensiblement les revenus de la commission scolaire de Montréal au moment
même où ses besoins et les coûts qui y sont
reliés sont en pleine expansion. Le modèle actuel de répartition du calcul du
produit de la taxe basé sur une pondération
historique des élèves n'a pas été révisé depuis son instauration et ne prend
donc pas en considération les
nouvelles réalités suivantes : l'augmentation de la superficie des
écoles — et cette
augmentation est causée par
différents facteurs — bien
sûr, l'explosion démographique et l'augmentation de l'immigration, la baisse
des ratios de groupes en lien avec les conventions collectives et
l'ouverture de classes de maternelle quatre ans à temps plein, les
agrandissements et la construction de nouvelles écoles.
Bien
que les agrandissements et la construction de nouvelles écoles soient financés
par d'autres enveloppes du ministère,
les besoins d'entretien sont plus grands que par le passé. La superficie du
parc immobilier de la CSDM augmente en
moyenne de 17 000 mètres carrés par année. Les nouvelles
constructions contiennent des systèmes de chauffage, de ventilation, de sécurité, ainsi que des aires de
jeu, des gymnases et d'autres éléments qui n'existaient pas auparavant.
Tous ces équipements ont besoin d'entretien régulier pour assurer la pérennité
des constructions et freiner la détérioration prématurée
des actifs. Selon le guide de Gestion de la prolifération des moisissures en
milieu scolaire du ministère de l'Éducation,
il faut investir 2 % de la valeur d'un bâtiment en exploitation pour
assurer un milieu sain des occupants. Pour se conformer à ce taux, la
CSDM aurait besoin d'un ajout récurrent de 50 millions dans son budget
d'entretien, ce qui représente une
augmentation de 100 % du budget actuel. Le modèle actuel ne permet pas de
générer des revenus à la hauteur du 2 % préconisé par le document
du ministère.
autre réalité à laquelle nous devons faire face est l'augmentation de la
population scolaire en ce qui a trait aux élèves handicapés ou élèves en difficulté d'adaptation ou
d'apprentissage. L'alourdissement de cette population scolaire handicapée crée une pression sur le transport
scolaire adapté de la commission scolaire de Montréal. Selon les données
compilées, le transport adapté coûtait moins
avant 2011‑2012 qu'il coûte désormais, et désormais il coûte plus cher
que le transport régulier. La CSDM doit
assumer une dépense de 6 millions au-delà du financement octroyé pour le
transport scolaire. Alors, le modèle de
calcul actuel ne permet pas de générer des revenus à la hauteur des besoins en
transport adapté.
Finalement,
une dernière source d'augmentation de nos coûts provient du fait que la politique
gouvernementale vise à maintenir l'absence d'indexation des coûts en système en fonction de l'inflation. Il est important de se rappeler que le taux moyen de taxation
scolaire des Québécois est actuellement parmi les plus bas au Canada. En effet,
une comparaison effectuée avec les
autres provinces les plus peuplées, pour l'ensemble du Canada,
démontre que le taux de la contribution locale est de 16,63 % au
Québec comparativement à 25,39 % au Canada, à 26,69 % en Ontario,
31,83 % en Alberta et à 35,59 % en Colombie-Britannique.
Je voudrais aussi
insister sur une autre particularité importante de l'île de Montréal en ce qui
a trait à la taxe scolaire. Peu de gens le
savent, mais les revenus de placement du produit de la taxe sont consacrés à
100 % à l'aide aux milieux
défavorisés. Le comité de gestion de la taxe de l'île de Montréal... et ses
revenus d'intérêt placés... en plaçant les sommes importantes qui transitent par ses comptes. L'ensemble de ces
revenus générés, auxquels s'ajoutent les revenus de facturation supplémentaires, est investi dans le
déploiement de mesures de rattrapage en matière d'éducation dans les
écoles des milieux défavorisés. La part de
ces revenus de placement attribuée à la CSDM équivalait à plus de
6 millions de dollars cette
année. Ces revenus de placement sont répartis en quatre axes
d'intervention : les projets dans les écoles secondaires, la diversité culturelle, les collations, le
Lait-école et les projets des écoles primaires. Plus précisément, ce programme,
appelé Opération Solidarité, sert à financer
les ajouts ou la bonification des ressources dans les écoles. Il s'agit ici
principalement des ressources
professionnelles telles que les psychoéducateurs, psychologues, orthophonistes,
techniciens en éducation spécialisée
et des orthopédagogues. Les écoles utilisent aussi ce programme pour libérer
les enseignants afin de soutenir l'action
en milieu défavorisé. Ce programme contribue également à financer des
initiatives communautaires comme le Lait-école, qui permet d'offrir des
berlingots de lait aux élèves.
Mme Harel Bourdon (Catherine) : Pour en arriver à combler ses besoins locaux dans
l'éventualité d'un taux unique de
taxation à 0,105 $ par 100 $ d'évaluation, la CSDM évalue que la
compensation du ministère devrait se situer, au terme d'un cycle de transition de cinq ans, aux environs de
83 millions annuellement. À l'échelle du réseau scolaire dans son entier, cela représenterait plus de
900 millions de dollars, selon le chiffre qui circule dans les médias.
Pour être en mesure d'injecter ces
sommes colossales dans le réseau de l'éducation, le gouvernement compte sur la
marge de manoeuvre dégagée par la croissance économique et par les
mesures d'austérité des gouvernements précédents.
Mais
le futur nous inquiète. Tout ceci arrive au moment où il est temps de
réinvestir dans le réseau de l'éducation. Le gouvernement provincial vit actuellement une situation économique
favorable qui lui permet de générer des surplus dus aux mesures d'austérité imposées par les précédents
gouvernements pour le retour à l'équilibre budgétaire provincial. Pour atteindre cet équilibre, les commissions scolaires
ont subi des réductions budgétaires récurrentes importantes qui ont
laissé des séquelles dans le réseau de
l'éducation, notamment dans les services directs aux élèves et dans
l'administration. D'autres effets de ces compressions s'ajoutent à la
conjoncture économique en lien avec la pénurie de main-d'oeuvre.
conclusion, la commission scolaire de Montréal remet en question les orientations
du projet de loi n° 3 parce qu'il est inéquitable pour les
Montréalais, qu'il met en péril les services dispensés aux élèves provenant de
milieux défavorisés et qu'il heurte le principe d'autonomie des commissions
scolaires.
modifications proposées par le projet de loi n° 3 font subir aux
Montréalais, dans une proportion déraisonnable, le coût de l'uniformisation du taux de taxation au bénéfice du reste des
contribuables. Dans l'ensemble, aucune garantie n'est offerte en ce qui concerne le maintien des services directs aux
élèves provenant de milieux défavorisés. Le projet de loi met en péril des programmes éprouvés qui ont été
mis sur pied afin de fournir les ressources essentielles à l'atteinte du
plein potentiel de chaque élève.
Le Président
(M. Simard) : En conclusion, madame.
Mme Harel Bourdon (Catherine) : Oui. La CSDM enjoint le gouvernement de revoir
l'ensemble du régime de taxation en mettant sur pied un comité de
travail où tous les partenaires seront invités à joindre ce débat.
Président (M. Simard) : Merci, Mme la Présidente, merci pour
votre présentation. Je cède maintenant la parole au député de Groulx et
ministre des Finances. M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Tout d'abord, merci d'être ici et merci de votre
présentation, et j'ai pu consulter le document, alors c'est apprécié.
dois dire, d'entrée de jeu, qu'il n'est pas question de diminuer le financement
de l'éducation ou des commissions scolaires.
Nous nous sommes engagés à fournir un financement stable, pour les quatre
prochaines années, à l'éducation, qui aurait
un taux de croissance d'un minimum de 3,5 %. Alors, c'est important de le dire, de le répéter. Et, dans le fond, ma question est très simple, pour vous : Quelle est la
différence entre 1 $ de revenu provenant d'un transfert du gouvernement
et 1 $ de revenu de la taxe scolaire?
Mme Harel Bourdon (Catherine) : Bien, un des éléments, c'est le revenu qu'on fait
sur les intérêts de la taxe, donc ce que M. Gendron expliquait sur les milieux défavorisés, c'est-à-dire que nous, on fait des placements, et, avec ces intérêts de
placement là, on redistribue aux écoles en milieu défavorisé. Donc,
M. Gendron parlait des collations, des professionnels qui sont engagés. La grande différence, c'est
que, depuis quelques années, le gouvernement du Québec
s'en va vers des programmes
qui sont vraiment attachés à des services très précis, alors que le
programme Opération Solidarité permet au milieu de
décider ensemble, dans le conseil d'établissement, dans l'école, où iront ces
montants-là.
Le Président
(M. Simard) : M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : O.K. Je comprends très bien l'importance de cette mission.
Est-ce que, si vous étiez compensés pour la perte de ce revenu-là, vous
appuieriez le projet de loi?
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : Bien,
ce qui nous inquiète, M. le
ministre Girard, c'est que,
comparativement aux autres provinces canadiennes,
vous allez baisser le pourcentage, qui est déjà très bas par
rapport aux autres provinces
canadiennes, de l'apport de la taxe scolaire sur le montant total en éducation.
Et, dans les prochaines années... on ne connaît
pas le futur, mais on sait que, dans le passé, on s'était fait promettre des
choses, par exemple, au
niveau de la taxe scolaire,
auparavant, on faisait un seul prélèvement. Depuis quelques
années, c'est deux factures, deux prélèvements par année, ce qui a enlevé des intérêts
de la taxe. On nous avait dit : On va vous compenser, on va vous
compenser. Ça a été le cas la
première année, en totalité, la deuxième année, à moitié, puis, à partir de la
troisième année, ça a disparu. Donc, on
est inquiets sur le futur parce que 83 millions, pour la commission scolaire de Montréal, c'est plus que notre déficit cumulé, qui
a été très difficile à résorber... puis à atteindre l'équilibre budgétaire.
M. Girard
(Groulx) : O.K.
Puis je comprends, là, ce que vous mentionnez, que les taux de taxation
scolaire... En fait, je n'avais pas ces
chiffres-là devant moi, mais vous mentionnez qu'ils sont bas par rapport à d'autres provinces. Mais vous
comprenez que l'ensemble de la ponction fiscale des Québécois
est supérieure aux autres provinces, là, de façon très significative.
Mme Harel
Bourdon (Catherine) : C'est
juste, M. Girard, qu'on se questionne sur le fait d'investir dans un...
Dans le fond, les contribuables vont recevoir ça de la poche droite, donc ils
vont avoir une baisse comme propriétaires — parce
que ça ne va pas nécessairement toucher les locataires — ils
vont avoir une baisse, mais, de l'autre côté, éventuellement, ils vont devoir compenser par le budget québécois.
Donc, c'est... Ils gagnent de la poche droite, mais ils perdent de la poche gauche. Cet argent-là va
devoir être présent parce qu'on parle des secrétaires d'école, les
directions d'école, du chauffage dans les
écoles, du transport scolaire, ce n'est pas des choses qui sont amenées à
disparaître, là, c'est la base pour faire fonctionner un établissement
scolaire.
M. Girard (Groulx) : Alors,
moi, je suis parfaitement d'accord avec vous, il n'est aucunement question de
diminuer le financement des commissions scolaires avec ce projet de loi. Ce
serait ma dernière question.
Président (M. Simard) :
Je vous remercie, M. le ministre. Soit dit en passant, un petit rappel à tous par rapport à nos règlements : On s'adresse bien ici aux députés par
leur nom de circonscription et non pas par leur nom personnel, bien
que parfois la tentation soit grande.
Alors, merci, M. le ministre. Y a-t-il d'autres interventions
du côté de votre groupe parlementaire? J'essaie...
M. Girard (Groulx) : ...couvrir
mon inexpérience.
Des voix : Ha, ha, ha!
Le Président (M. Simard) :
Merci, M. le député. Alors, M. le député de Robert-Baldwin, à