Culture and Education — 22 March 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CCE 2023-03-22
Quebec — Committees
(Onze
heures seize minutes)
La Présidente (Mme
Dionne) :
Alors, bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la commission de l'éducation et de la culture ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et des auditions
publiques dans le cadre du mandat d'initiative
portant sur les révélations de violence lors des initiations dans le milieu du
hockey junior et la possible situation dans d'autres sports.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Présidente (Mme
Dionne) : OK. Donc, nous entendrons, cet avant-midi, l'organisme et
les personnes suivantes, dans le fond,
l'Institut national de santé publique
du Québec. Alors, nous avons, de
gauche... de ma gauche à la droite,
Mme Dominique Gagné, conseillère scientifique, on a aussi
M. Pierre-Gerlier Forest, président-directeur général, ensuite, Dre Johanne Laguë, médecin
spécialiste en santé publique et médecine préventive, adjointe à la
programmation scientifique et qualité
et, finalement, Dr François Desbiens, qui est médecin spécialiste en santé
publique, je me... oui, également médecin spécialiste en santé publique
et médecine préventive et vice-président aux affaires scientifiques. Désolée.
Alors
donc, nous entendrons également Mme Danièle Sauvageau, conseillère,
conférencière, coaching exécutif et sportif, conjointement avec M. Camille
Thériault, qui est un ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick qui
sera avec nous en visioconférence.
Donc,
je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Institut national de la
santé... de santé publique du Québec. Donc, je vous rappelle que vous avez
10 minutes pour votre exposé. Après quoi, nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Donc, je vous invite donc à vous présenter à
tour de rôle et, par la suite, à nous faire part de votre présentation de
10 minutes.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Et puis,
évidemment, bonjour aussi, chers membres de
la commission. Mon nom est Pierre-Gerlier Forest. Je suis le
président-directeur général de l'Institut national de santé publique. Nous
sommes un organisme public qui est rattaché au portefeuille de la Santé et des
Services sociaux. Et, depuis
25 ans, nous sommes, au Québec, le principal centre de référence et
d'expertise en santé publique. Ça va sans dire, on est vraiment très honorés par votre invitation. Vous faites un
travail très important. J'ai été un parent moi aussi. Alors, nous sommes
vraiment très, très heureux de pouvoir y contribuer.
Comme vous l'avez
souligné, je suis accompagné de trois excellents collègues qui vont pouvoir
répondre à vos questions dans quelques minutes. À ma droite, donc, Dominique
Gagné, qui est la coordinatrice de l'équipe de l'institut qui s'intéresse à la
promotion de la sécurité et à la prévention de la violence. C'est une des
meilleures expertes au Québec en matière de
violence dans les sports. La Dre Johanne Laguë, à ma gauche, qui est un
médecin, comme vous l'avez mentionné, un médecin de santé publique, mais
c'est surtout une experte des risques psychosociaux et la façon dont ils
affectent les individus et les communautés. Donc, sa présence ici fait beaucoup
de sens compte tenu de votre mandat. Et finalement le Dr François Desbiens, qui
est le vice-président aux affaires scientifiques de l'institut, c'est lui aussi
un médecin spécialiste de santé publique, mais j'ai pensé à l'inviter à se
joindre à nous parce qu'il a une expérience
régionale tout à fait unique. C'est quelqu'un qui a travaillé à la fois en
milieu urbain, semi-urbain et rural, et
donc il a un très bon sens des ressources qui sont disponibles dans chacun de
ces environnements-là pour mettre en oeuvre des programmes ou des
politiques.
D'entrée de jeu,
l'INSPQ salue l'initiative de la commission. En santé publique, on sait que la
violence a des effets terribles, des effets terribles sur la santé physique et
psychique de ceux qui la subissent, et des effets, c'est probablement pour ça
qu'on s'y intéresse tant, qui vont au-delà du moment où ont été... ont été
perpétrés les gestes de violence, les gestes
d'intimidation, les gestes d'humiliation. Il y a des victimes qui vont garder
des traces toute leur vie de ces événements-là et qui vont transmettre
leurs blessures, leurs propres blessures à leurs proches et à leurs enfants.
S'il y a bien une leçon que nous avons toutes et tous gardée de l'histoire des
pensionnats, c'est bien celle-là, que les blessures se transmettent de
génération en génération.
Or, loin
d'être une fatalité, nous pensons que c'est possible de réduire l'ampleur du
phénomène de la violence et ses
conséquences à long terme. Agir en amont, miser sur des interventions dont
l'efficacité a été démontrée par l'expérience, par
l'observation, mais aussi par la science, ça devrait nous permettre de mettre
un terme au cycle de la violence. Et, si nous réussissons, je suis sûr que c'est ce que vous souhaitez, je pense qu'on
aura collectivement changé pour le mieux la vie de nombreux jeunes, de leur entourage, non seulement maintenant, mais
aussi pour demain. Donc, je vous remercie encore une fois de l'occasion qui nous est donnée de faire valoir une
perspective de santé publique aujourd'hui dans cette discussion.
Un des... un
des rôles essentiels de l'INSPQ, c'est d'informer la population sur son état de
santé, de bien-être, de parler des
problèmes en émergence et des déterminants de la santé humaine. Et, dès 2018,
on a été... on a été sollicités pour coordonner un grand rapport sur...
québécois sur la violence et la santé, qui donnait déjà un portrait précis et assez complet de la violence telle qu'elle est
vécue chez nous, au Québec, à différents moments de la vie et dans différents
milieux. Quand vous considérez l'ampleur du phénomène dans les sports, de ses
conséquences sur la santé physique et
mentale, comme je l'ai dit, du potentiel de revictimisation, de toute la
gestion des facteurs de risque que ça suppose, vous ne serez pas surpris
qu'il y avait déjà un
chapitre entier du rapport de 2018 qui était consacré à
la violence en contexte sportif. Et les conclusions de cette époque-là sont
toujours valides, on ne doit pas avoir peur des mots des symptômes de choc post-traumatique : les
dépendances, les troubles alimentaires, l'anxiété, l'idéation suicidaire,
l'abandon de la pratique du sport. Les effets, comme je l'ai dit, de
la... de la violence en contexte sportif ne sont pas seulement immédiats, ils peuvent perdurer, compromettre la
santé, le développement des jeunes à plus long terme et, évidemment,
entraîner des effets sur d'autres sphères de leur vie.
Ce que nous voudrions faire, puis ce qu'on a
essayé de faire dans le mémoire que nous avons déposé, c'est de mettre en
lumière trois grands objectifs. Le premier de ces objectifs, c'est de montrer
que les manifestations de violence interpersonnelle en contexte sportif sont
très multiples, et donc qu'elles nécessitent un large éventail de mesures et
une approche concertée qui va impliquer toutes sortes d'acteurs. Étudier les
facteurs de risque de... qui sont liés à la violence en contexte sportif, c'est
complexe. Le tableau 1 dans le mémoire synthétise, là, d'une façon qu'on
pense très utile. Les manifestations de violence interpersonnelle se déclinent
sous toutes sortes de formes : la violence sexuelle, la violence
psychologique, la violence physique. Elles sont vécues dans différents
contextes. Les initiations, c'est seulement une
partie du problème, un exemple
parmi d'autres. Elles peuvent être perpétrées par des personnes en position
d'autorité, mais aussi, comme on l'a vu, par les athlètes elles-mêmes ou
eux-mêmes, et même évidemment par des spectateurs.
Alors, quand vous considérez ce tableau, quand
vous considérez le phénomène dans toute son ampleur, vous comprenez aussi que
seul le déploiement d'une action concertée tous azimuts, qui va impliquer les
milieux de l'éducation, du sport et des loisirs, les municipalités, les
organisations privées puis toutes les autres organisations ou entités qui sont
engagées dans le milieu sportif, est susceptible de garantir que les
orientations soient non seulement cohérentes, mais aussi diffusées et surtout,
surtout appliquées. On pense aussi qu'il faut accorder une attention
particulière à la banalisation, à la normalisation de la violence, autant des
acteurs du système sportif que des médias et de la population en général.
Le deuxième
grand objectif de notre mémoire, c'est de montrer l'urgence d'accroître
l'imputabilité des acteurs clés. Disons-le sans détour, les organismes
et les fédérations sportives, tout comme les milieux académiques, sont appelés
à jouer un rôle essentiel pour assurer aux participantes et aux participants un
milieu sain et sécuritaire. Alors, l'INSPQ
reconnaît qu'il y a eu des progrès en la matière, des nombreuses initiatives
qui ont été prises par le gouvernement en
matière réglementaire, des efforts de sensibilisation et de formation qui ont
été menés par les... par les associations sportives, mais il faut
consolider ces mécanismes. Il faut consolider ces actions avec des systèmes de
reddition de comptes qui vont au-delà du traitement des plaintes et qui parlent
directement aux athlètes, qui leur permet, à eux, de comprendre ce qui se
passe, et de voir comment ils sont impliqués, et comment se défendre,
évidemment, lorsqu'ils sont menacés.
En troisième lieu, il faut des données. C'est
une demande répétée de la Santé publique, cette demande-là. On ne peut... on ne
peut rien faire, nous sommes impuissants, les gens de santé publique, si nous
n'avons pas accès à des données. Il faut documenter la problématique de la
violence en contexte sportif québécois. Ce n'est pas possible d'imaginer des
interventions, ce n'est pas possible d'évaluer des programmes si on n'a pas accès
à des données, si on n'est pas capable de
documenter ce qui se passe. Donc, l'INSPQ réitère l'importance de bien
documenter l'ampleur, les risques, les effets de la violence qui est
vécue en contexte sportif au Québec.
Il y a
actuellement une enquête sur le vécu des athlètes qui est donnée par l'Institut de la statistique du Québec. Ça
va nous donner assez rapidement des données essentielles sur la violence envers
les athlètes québécois de 14 à 30 ans,
mais je pense... et nous pensons qu'il faut, dès à présent, commencer à penser
à pérenniser cette enquête, à faire en
sorte qu'on fasse cet exercice-là sur une base régulière, de façon à ce qu'on
puisse suivre les effets du travail qu'on fait en ce moment ensemble et
qu'on puisse voir s'il y a effectivement des progrès. Ce serait aussi utile
d'avoir un registre qui compile les
informations qui émanent du mécanisme de traitement des plaintes, de façon à ce
qu'on ait cette information-là et
qu'on puisse là, encore une fois, se rendre compte des progrès ou, au contraire,
du fait que la situation n'avance pas.
En conclusion, j'espère que ces réflexions, qui,
comme vous l'avez vu dans le mémoire, c'est l'habitude de l'INSPQ, sont appuyées sur les connaissances
scientifiques disponibles, que ces considérations-là vous seront utiles. Et, bien entendu, il va nous faire plaisir de répondre
à vos questions. On vous remercie encore une fois de votre attention et,
évidemment, de l'invitation à participer aux travaux de la commission.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment pour votre exposé. Je voulais juste vous informer que la commission
n'a pas reçu le mémoire en question. Alors, si c'était possible pour vous de le
transmettre au secrétariat, je pense que les membres de la commission
apprécieraient grandement.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Absolument.
Présidente (Mme Dionne) : Merci. Nous allons donc débuter nos échanges.
Alors, je cède la parole du côté du gouvernement. Alors, qui se lance
pour... Oui, M. le député, allez-y.
M. Émond : Oui. Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci beaucoup pour votre présence à vous quatre, ce matin, c'est apprécié, pour votre
participation. Je suis convaincu que les collègues membres de l'opposition...
pas de l'opposition, mais de la commission, pardon, et de l'opposition vont
apprécier également votre passage. On va prendre connaissance de votre mémoire, bien entendu, dès qu'il sera rendu sur le
site Greffier de la commission, mais j'ai quand même quelques questions
pour vous, puis je vais passer rapidement la parole aux collègues.
Dans votre
introduction, vous avez parlé de l'importance des processus de plaintes, hein,
des systèmes de gestion et du
processus des plaintes. Est-ce que vous avez une opinion concernant le
processus actuel des plaintes dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec? Parce que, et je vous le répète, le
commissaire sortant, M. Courteau, le 22 février dernier, nous apprenait que le système de gestion
des plaintes à l'interne, les plaintes sont reçues directement, actuellement,
par la directrice des services aux joueurs
de la ligue. Alors, selon vous, est-ce que c'est un processus qui est
convenable et surtout suffisamment indépendant? Et je ne vous demande
pas, là, je vous assure, de faire le procès du passé, mais peut-être
d'aiguiller les nouveaux... le nouveau commissaire dans son rôle, qui aura à
développer, probablement, une gestion des
plaintes plus efficace ou plus indépendante afin que les choses dont nous avons
été témoins ne se reproduisent pas dans le futur.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Je vais demander d'abord à Dominique de répondre à
la
partie plus technique de votre question puis je ferai... dire un mot
après.
Mme Gagné (Dominique) : Effectivement,
nous, ce qu'on suggère, c'est d'avoir un mécanisme le plus indépendant
possible, notamment pour favoriser le... pour... excusez moi, pour faire en
sorte que les personnes victimes puissent
être dans un milieu sécuritaire pour déposer leur plainte aussi. Parce que, des
fois, ça peut être difficile de dire : Je vais déposer une plainte,
alors que je la dépose directement à la personne qui est dans mon organisation.
Donc, on suggère évidemment un mécanisme le plus indépendant possible.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : L'autre critère qu'on a mentionné dans le mémoire,
que j'ai rappelé aujourd'hui, c'est aussi un critère de transparence de ces
mécanismes-là, de faire en sorte qu'il y ait un moyen de documenter les
plaintes. Parce que sinon, encore une fois, on ne pourra pas voir le progrès
auquel on aspire tous dans ce domaine.
M. Émond : Bon, tandis que vous
abordez le point de la transparence, je vous amène sur votre affirmation concernant les données que vous avez faite dans
votre introduction. Pour un organisme comme le vôtre, les données... les
données, c'est le nerf de la guerre, hein, en quelque sorte, là, vous pouvez
appuyer vos recommandations, vos recherches sur des données probantes. Et ce
que je crois comprendre, c'est que, là, vous déplorez un peu que vous n'avez
pas accès à l'ensemble des données du milieu sportif, entre autres qu'il soit
dans le milieu de l'éducation, parce qu'on a
quand même reçu les gens du RSEQ mais également des ligues privées. Donc, votre
souhait, c'est que... une plus grande transparence dans le processus des
plaintes, des résultats également, mais l'ensemble des données pour que vous
puissiez vous appuyer sur des données probantes, c'est bien ça?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Oui.
Puis, Johanne, veux-tu commenter sur ça?
Mme Laguë
(Johanne) : Oui, effectivement, pour travailler, on a besoin
de bonnes données, et actuellement, pour la violence en contexte
sportif, c'est très peu documenté au Québec. On a accès à très peu de données,
il y a très peu d'enquêtes. Il y a une première enquête qui est en cours, c'est
la première, mais, si on veut voir les tendances, il faudra les répéter. Donc,
on... effectivement, on n'a pas un bon accès. Peut-être qu'il y a des données
qui existent auxquelles on n'a pas accès, mais des données... Ça prend aussi
des données populationnelles et des données des organisations pour voir un peu
le portrait d'ensemble puis pouvoir dégager, vraiment, des leçons à tirer de
tout ça. Alors, c'est sûr que l'accès aux
données, c'est un... Puis des données le plus possible comparables, ça, c'est
important aussi. Donc, ce serait
intéressant de voir à ce qu'il y ait une organisation qui chapeaute un peu les
recueils de données, là, si ça se fait dans différents contextes, pour
qu'on puisse obtenir des données comparables.
M. Émond : Pour qu'il y ait une
certaine standardisation des données que vous allez recevoir, que les
comparables soient...
Mme Laguë (Johanne) : Oui.
M. Émond : OK. J'espère que votre
appel sera entendu aujourd'hui. Je suis convaincu qu'il l'a été chez les
membres de la commission.
Dernière question pour moi, Mme la Présidente.
Ça m'a un peu... bien, pas surpris, mais, quand même, dans votre introduction,
vous avez parlé de la banalisation qui était présente non seulement dans le
milieu, mais également dans les médias.
Est-ce que vous pouvez m'en dire davantage? Parce que je pense que c'est un des
buts, hein, également, de la commission qu'on tient, entre autres, aujourd'hui, d'essayer de
mettre les projecteurs sur des pratiques complètement inacceptables et
que la banalisation, bien, soit enlevée, là, du processus.
Mme Gagné
(Dominique) : Oui. Au niveau de la banalisation, je vous dirais qu'il
y a un besoin de prendre conscience de c'est
quoi, la violence. Souvent, par exemple, quand on va parler de violence
conjugale ou d'intimidation, les gens ne savent pas trop à quoi on
réfère quand on parle de ça. Ça fait que, des fois, le fait qu'on comprend
moins, on nomme moins c'est quoi, les comportements qui sont des comportements
violents ou des gestes violents, ça peut contribuer
à la banalisation parce que, finalement, on ne se rend peut-être pas compte
qu'on est en train de poser des gestes qui sont appropriés ou qui sont
violents.
C'est sûr qu'à
travers les médias... On a des gens, on a travaillé, à l'institut, on a déjà
plusieurs outils qui visent à documenter les
effets, là, de la couverture médiatique puis de donner aussi des outils, des
manières de bien présenter, là, la
violence, pour justement éviter de banaliser. Par exemple, je vais vous donner
l'exemple, en violence conjugale, quand on couvre les cas d'homicides,
si on dit que la personne a tué son enfant par amour, bien, on envoie une image
que, finalement, tu sais, ça peut être justifié
par un geste d'amour. Ça fait qu'il faut vraiment faire attention dans la façon
dont c'est présenté, dont c'est nommé, puis prendre conscience vraiment de
qu'est-ce qu'on entend par violence, quelles sont les manifestations, quels
sont les types de violence.
M. Émond : Je
comprends très bien. Les mots ont de l'importance, hein, comme vous dites?
Mme Gagné
(Dominique) : Énormément.
M. Émond : Merci,
Mme la Présidente. Je cède la parole aux collègues.
La Présidente (Mme
Dionne) :
Oui. M. le député de Beauce-Sud.
M. Poulin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mesdames,
messieurs, bonjour, bienvenue à la commission. Est-ce que l'Institut
national de santé publique a déjà rencontré la Ligue de hockey junior majeur du
Québec?
Mme Gagné
(Dominique) : Non.
M. Poulin : Est-ce que l'INESSS serait intéressé... l'institut
national serait intéressé à rencontrer la ligue de hockey?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Oui,
a priori. Vous savez, on rencontre beaucoup, beaucoup d'intervenants, on a des
discussions avec des gens, il y a des gens qui nous consultent tout le temps,
donc c'est tout à fait envisageable, oui.
M. Poulin : OK.
Parce que vous êtes une institution publique, et là il faut trouver une façon
que vos études, vos constats que vous venez nous partager se rendent sur le
terrain. Et là j'ai l'impression qu'il y a un maillon qui manque, là. Notre rôle, comme commission, sera
effectivement de faire des recommandations, de déposer un rapport. Vous
avez fait un travail qui est sérieux, qui est crédible, mais visiblement ça ne
se rend pas, là, sur le terrain. Alors, tu sais, vous n'avez pas rencontré la
ligue de hockey... Là, je prends ceux-là comme exemple, parce que, si est
réunis ici, aujourd'hui, c'est entre autres
parce que ça a émané de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, mais vous
ne les avez pas rencontrés. Est-ce que vous seriez à l'aise à ce que
notre commission émette une recommandation à ce que vous fassiez la tournée des
ligues?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
Oui, absolument, ça ne pose aucun problème, ça fait
partie du mandat
général de l'institut. Il faut comprendre que, comme organisation publique, on
répond aussi à des demandes et à des mandats qui nous sont donnés par le
ministre de la Santé, d'abord, mais aussi par d'autres ministères. Alors,
évidemment, le mandat qui nous serait donné par la commission nous obligerait
immédiatement.
M. Poulin : Parce
que ces ligues-là peuvent être, par moment, dépourvues d'outils pour pouvoir
faire le travail que vous, vous avez fait,
alors je pense que de les rencontrer sur une base régulière pour présenter vos
travaux, ça pourrait aider.
Maintenant,
vous êtes des professionnels de la santé, des médecins en santé publique, vous
avez une expertise importante. Est-ce que, selon vous, des initiations,
c'est bon pour des jeunes, ou un rite de passage? Je veux vous entendre
là-dessus.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : C'est ça, oui. Mes amis anthropologues vous
diraient que toutes les sociétés ont des rites d'initiation, mais ces rites
d'initiation là ne conduisent pas nécessairement à la violence, à
l'humiliation. Ils sont là pour que les jeunes puissent s'intégrer, pour
démontrer leur courage, leur valeur, leur appartenance à la communauté. En soi, ce n'est pas mauvais, en soi,
au contraire. Je connais peu de sociétés humaines qui ne pratiquent pas des initiations sous une forme ou
sous une autre. Mais là on ne parle pas de ça, on parle de bizutage, là, on parle de violence, on parle d'humiliation, on
parle de choses qui peuvent laisser des marques pendant toute votre vie.
C'est vraiment, je pense, deux... justement, deux choses assez différentes.
M. Poulin : Mais
c'est important, quand même, de vous entendre sur les rites de passage, sur le
bizutage, sur l'initiation. On est très conscients qu'il y a des initiations où
il y a eu trop de violence, et je pense que c'est unanime au Québec qu'on doit
condamner ça et l'interdire. Mais, du moment où on sait qu'au Québec, dans
différents sports, le député de Marquette en a parlé, il se tient encore des
rites de passage, des initiations... La ligue de hockey nous a dit hier, 2015‑2017,
il y en a eu. Puis savez-vous quoi? Je n'ai pas l'information, mais je pense
qu'à peu près à toutes les fins de semaine, au Québec, se tient ce genre de
rites de passage là. Vous êtes des médecins en santé publique. Si vous aviez
une recommandation à faire aux parlementaires québécois, au niveau de
l'encadrement des rites de passage ou des initiations... McGill sont venus ici,
ils ont défini clairement qu'est-ce qui était un rite de passage qui avait du
sens. Vous êtes des médecins en santé publique. Quelle recommandation
faites-vous aux parlementaires? Est-ce qu'on doit le faire comme McGill, bien
le définir, ou est-ce qu'on doit l'interdire, pur et simplement?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Je pense que la position qu'on a prise dans le
mémoire, et je vais laisser Johanne compléter,
mais la position qu'on a prise dans le mémoire, c'est que, si on est incapable
de l'encadrer, il faut l'interdire. C'est ça, la position de l'institut,
à ce moment-ci. Johanne, veux-tu compléter?
Mme Laguë (Johanne) : Ça résume bien
notre position, effectivement, je pense qu'il faut absolument encadrer ces
initiations-là pour qu'elles soient exemptes de violence et qu'elles
contribuent au développement des jeunes dans
leur développement personnel, leur développement de vie, et, si on n'est pas
capable d'y arriver, bien, il vaut mieux les interdire.
M. Poulin : Et je conclurais, avant
de laisser la parole aux collègues : Les parents, là-dedans, on les situe
où? On les amène où? Parce qu'ils font
partie de l'équation.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Oui,
eux aussi. On touche à cette question-là, là, l'importance d'associer les parents à ces questions-là, de les associer dans
les processus, par exemple, de formation, de les associer à des processus
qui conduisent à ce que les athlètes, leurs entraîneurs, les gens qui les
entourent mais aussi les familles s'engagent, elles aussi, dans un processus de
reconnaissance du problème que pose la violence dans les sports.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Encore
une fois, comme je vous l'ai dit au départ, j'ai été parent, je vois tout à
fait le problème que ça pose et l'importance de nous associer directement à ces
questions-là.
M. Poulin : Je pense qu'une
rencontre avec Mario Cecchini, qui va prendre, le 8 mai, ses fonctions comme commissaire,
sera certainement très apprécié. Merci pour votre participation à nos travaux.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. le député. Je cède la parole au député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : ...collègue qui pose une
excellente question. Parce que j'ai été moi-même assez présent dans le monde de
l'éducation, dans le monde des jeunes, puis effectivement ces rites de passage
là qui sont importants, non seulement dans le domaine sportif, mais aussi dans
le domaine culturel, dans différents domaines de notre société, ce que je comprends de vos affirmations, c'est de
dire : Si on n'est pas en mesure d'encadrer d'une façon efficace, vaut
mieux l'interdire. C'est ce qu'on comprend juste des... de vos discussions,
là. Merci.
Dans les informations que vous nous avez
transmises, vous parlez de violences interpersonnelles chez les jeunes en contexte sportif, puis tout à l'heure on
a parlé de différentes formes de violence. J'aimerais savoir, si on avait
une tarte, là, pouvez-vous un peu définir la
violence entre sportifs, la violence dans les estrades, les parents? Est-ce
qu'on est en mesure de faire un pourcentage, un petit peu, qui présente,
selon vous, là,
sommairement, les types de violence qu'on peut rencontrer puis
leurs pourcentages à l'intérieur du monde sportif?
Mme Gagné (Dominique) : Bien, je
vais y aller, dans le fond, comme... je vais y aller avec les données qu'on a présentement de disponibles. Il y a une
étude qui a été réalisée au Québec en 2017 auprès de 1 055 jeunes
athlètes qui a fait ressortir qu'au cours de leur carrière sportive, là,
il y avait 80 % qui avaient au moins vécu une expérience de violence psychologique. Puis ça, ça ressort
dans les études, là, c'est... Tu sais, on met souvent l'emphase sur la violence
physique, mais la violence psychologique est davantage prévalente, selon les
données qu'on a disponibles. Dans la même étude, on avait à peu près
40 % qui avaient au moins vécu une forme de violence physique puis on
avait aussi la négligence en sport, à 35 %, puis, un 28 %, de la
violence sexuelle. Ce qu'on a aussi, souvent, comme... puis ce... vous pourrez
le voir quand vous allez prendre connaissance du mémoire, là...
M. Rivest : ...pouvez-vous nous donner
juste l'information
sommaire de... les données viennent d'où puis combien de
personnes traitées environ?
Mme Gagné
(Dominique) : OK. On a aussi... Dans le fond, selon ce qui
ressortait, là, dans le Rapport québécois sur la violence et
la santé , on voit que la grande majorité de la violence vécue par les
athlètes est vécue entre pairs, beaucoup,
notamment lors des séances d'initiation. Puis, quand on tombe dans les athlètes
de haut niveau, là, c'est un peu plus au niveau de
l'entraînement, au niveau de l'entraîneur, au niveau de l'association. Donc,
là, on change un peu d'auteur ou de personne qui va perpétrer les gestes. Au
niveau des spectateurs, ça, je n'ai pas de données, là, malheureusement, à vous
présenter aujourd'hui, là, mais... C'est ça, c'est un peu ce que j'avais. Puis
il y a aussi, si ça peut vous intéresser... il y avait quelques données sur le
bizutage, aussi, qui disaient, là... On avait une étude qui a été réalisée
auprès de 388 athlètes universitaires canadiens...
La Présidente (Mme
Dionne) : Désolée de vous interrompre, il vous reste 25 secondes
pour conclure.
Mme Gagné
(Dominique) : OK. Bon, juste pour dire que ça, c'est quelque chose
aussi qui est documenté, et pas juste au hockey, dans d'autres types de sport,
chez les athlètes de haut niveau.
M. Rivest :
Merci. J'avais d'autres questions pour vous, M. Desbiens, pour savoir la
relation entre le rural puis l'urbain, mais on y reviendra en coulisse tout à
l'heure.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
Je cède la parole maintenant au porte-parole de l'opposition officielle,
le député de Marquette.
M. Ciccone : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour à vous quatre, merci beaucoup d'être là.
C'est tellement important de vous avoir. Vous êtes des experts dans la
matière, de santé publique, c'est important de vous entendre.
Vous avez parlé,
d'entrée de jeu, que 2018... Parce que je suis allé voir sur votre site
Internet, malgré qu'on n'a pas eu votre mémoire, là, je suis allé voir sur
votre site Internet, puis vous vous êtes penchés sur cet aspect-là, notamment, la violence interpersonnelle chez les
jeunes en contexte sportif, intimidation en contexte sportif également.
Alors, j'ai fait mes devoirs, puis il y a des choses qui sont sorties, quand
même, intéressantes, puis je veux l'aborder avec vous.
Vous avez parlé en
2018. Pourquoi en 2018? Pourquoi pas avant? Pourquoi vous avez senti le besoin
de sortir des données, de donner votre expertise sur cet élément-là de...
justement, d'intimidation, de harcèlement dans le contexte sportif, en 2018
seulement, alors qu'on sait que ça date... ça ne date pas d'hier, ça là, là?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : C'est essentiellement un problème de financement.
On a eu les mandats pour faire le travail à ce moment-là.
M. Ciccone : C'était
une question que j'avais, que je voulais vous poser plus tard, mais vous me
forcez à poser cette question-là. Justement, vous, votre mandat, je
comprends que c'est un mandat qui doit... qui est de soutenir le ministre et son ministère. Mais pouvez-vous être
proactifs ou vous devez attendre une mission qu'on doit vous donner, avant de, justement, déposer une expertise dans
n'importe quel domaine que ce soit? Juste pour comprendre un peu votre
travail, là.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : C'est une question complexe, mais, en gros, on peut
dire qu'une grande
partie de notre travail, on répond à des mandats qui nous
sont donnés. On est financés en
partie sur cette base-là. Mais, en même temps,
l'institut a été créé pour créer... pour constituer, au Québec, une espèce de
base d'expertise en santé publique. Donc, on
est aussi capables de mobiliser les ressources intellectuelles, scientifiques
de l'institut sur des problèmes quand ils surgissent, des problèmes
émergents. Vous le voyez souvent, là, dans l'actualité, sur les questions de
santé environnementale, en ce moment, parce que ça fait les nouvelles
continuellement. On n'a pas de mandat, mais on prépare les situations, on est
prêts, et, quand le problème arrive, que le ministère nous sollicite, bien, on
a des experts qui sont déjà capables
d'intervenir. Et c'est ce qui s'est passé dans ce domaine-là, c'est-à-dire
qu'on a une des directions de l'institut qui fait beaucoup, beaucoup de
travail en prévention et qui s'est intéressée à ce problème de la violence
depuis très longtemps.
Ciccone : Qui vous a donné le mandat, en
2018?
Mme Gagné
(Dominique) : Le ministère de la Santé et des Services sociaux.
M. Ciccone : Merci
beaucoup. Je regardais, là, justement, on va traverser ce que j'ai lu sur votre
expertise, là, sous la rubrique Facteurs associés à un plus grand risque de
victimisation chez les jeunes, et vous avez, là, les facteurs
individuels, notamment sportifs qui évoluent dans des niveaux de compétition
plus élevés, vous parlez également spécialisation hâtive dans un seul sport.
Moi, je veux comprendre un peu cet élément-là, parce qu'aujourd'hui on est à l'ère d'essayer de comprendre, là, ce qui est
arrivé puis pourquoi que c'est présent, ça, dans le monde sportif. Je sais qu'on
parle beaucoup de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, mais je vais le
répéter, là, je refuse de penser que c'est
juste dans le hockey, là. Puis je refuse de penser que c'est juste avec les
garçons, aussi, parce qu'on a entendu des histoires également chez les
équipes féminines de plusieurs sports. Pourquoi la spécialisation hâtive dans
un seul sport fait en sorte qu'il va y avoir
plus d'intimidation, de harcèlement, justement, chez un sportif ou une équipe
sportive, là, notamment?
Mme Gagné
(Dominique) : Je n'ai pas la réponse directement pour cette
question-là, mais je vais vous retourner aussi... je vais faire un
boomerang, là. Vous avez vu aussi, sur la même page, il y a beaucoup de
facteurs de risque associés à l'organisation et aux normes
de la société, puis je vous dirais qu'il y a beaucoup le fait, aussi, de...
excusez-moi, dans les stratégies qui sont utilisées par le coach, dans la
culture de l'organisation, puis c'est sûr que, si l'athlète est toujours dans la même organisation, en jeune âge, où il y
a des comportements comme ça qui sont permis, ça peut expliquer le
facteur de risque associé au fait d'être toujours dans le même sport.
M. Ciccone :
OK. Parce ma question,
c'est : Pourquoi vous êtes arrivés avec des éléments très, très, très
précis? Parce que, tu sais, on peut déborder, là, sur la façon de développer
nos jeunes sportifs au Québec. Puis là vous parlez de spécialisation, ça, ça vient me toucher beaucoup
parce qu'on s'aperçoit que c'est une problématique, pour développer certains athlètes : on développe des
spécialistes au lieu de développer des athlètes, puis on voit que ça leur fait
du tort. Mais que vous l'ayez inclus dans votre expertise, je trouvais
ça pertinent de vous en parler.
Il y a
plusieurs efforts... vous avez dit qu'il y a eu plusieurs efforts, là, du côté
du gouvernement, mais comment est-ce qu'on voit, selon vous, des
changements puis des résultats concrets, présentement, ou une évolution? Ce
n'est pas parfait, là, parce qu'on est ici
aujourd'hui, là, mais avez-vous vu une évolution, une amélioration depuis,
justement, les efforts du gouvernement, que ce soit le gouvernement
actuel ou le gouvernement passé?
Mme Gagné
(Dominique) : Je vous dirais que oui, il y a des efforts qui ont
été mis en place. Malheureusement, on n'a pas les données pour comparer ce
qu'il y avait avant, ce qu'il y avait après. Sauf que, par exemple, depuis
2014, là, il y a Sport'Aide qui est
en place, que vous allez entendre, qui est là pour soutenir les athlètes, pour
faire la prévention, la promotion d'un milieu sécuritaire. Il y a
l'officier aux plaintes aussi, qui est un mécanisme plus indépendant, qui est là pour soutenir. Puis il y a quand même aussi
certaines organisations, là, qui ont... avec la politique d'intégrité, il y a
des codes de conduite, des choses, tu sais,
pour s'assurer que les entraîneurs, les parents, les athlètes sportifs aient
aussi un encadrement.
Donc, c'est sûr que ça va être intéressant de
pouvoir suivre ça avec les données qui vont être disponibles. Puis je vous
dirais qu'il faut s'assurer que ça soit pérenne, aussi, que les gens soient
informés, qu'on revoie le code de conduite fréquemment. Parce que, vous savez,
quand on veut modifier des comportements, des attitudes, ça peut être très
long, il faut le répéter, il faut le ramener souvent comme étant quelque chose
de très important pour contrecarrer les comportements violents.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : S'il y
a un progrès, de notre point de vue, c'est qu'il n'y a plus personne qui nous
demande pourquoi on s'occupe de ça. Ça, c'est un changement culturel important.
C'est-à-dire qu'il n'y a personne qui s'étonne de voir la Santé publique se
pencher sur ces dossiers-là, ce qui n'était certainement pas le cas il y a une
dizaine d'années.
M. Ciccone : Quand vous parlez de données... Puis, je veux dire, c'est
la base de votre expertise, il faut avoir des données, puis parfois ça prend
des années et des années avant d'être capable de sortir un diagnostic ou une
expertise, dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, là, justement. Puis je
suis content que vous fassiez la différence entre bizutage et initiation, ça,
c'est important de le faire. Mais les données... Ça fait que vous allez
chercher vos données chez Sport'Aide, vous allez... Là, il y a un nouvel
officier des plaintes qui est présent depuis 2020, alors là, ça va être une
façon également d'aller chercher des données. Mais la grosse problématique,
puis on l'a vu, là, c'est que, dans ce domaine-là sportif de haut niveau,
notamment, là, on n'est pas capable d'avoir de l'information. Puis vous avez
parlé aussi de dépôt de plainte, tu sais? Mais la culture, c'est que c'est un
passage obligé, ça devient une normalité. Puis c'est à l'âge de... mon âge, 50,
52 ans, qu'on dit : Maudit, qu'on était niaiseux. C'est là qu'on
réalise, c'est là qu'on réalise :
Franchement, c'est-tu vraiment nécessaire? Alors, comment vous allez faire pour
aller chercher les réelles données? Parce que les seules données que
vous pouvez avoir, c'est ceux de Sport'Aide puis ceux de l'officier aux
plaintes.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Il y a
probablement trois réponses différentes à votre question. La première, c'est
qu'il faut continuer à documenter l'expérience des athlètes, c'est-à-dire ne
pas seulement attendre les plaintes, mais aussi continuer de façon proactive à
essayer de comprendre ce qui arrive dans leur vécu. Et c'est la raison pour
laquelle on soutient l'enquête actuelle puis on vous demande de recommander sa
pérennisation pour qu'on puisse continuer à comprendre ce qui se passe. Ça,
c'est essentiel.
La deuxième chose, c'est un registre des
plaintes, comme on l'a mentionné, qui soit centralisé, avec des données
standardisées, accessibles et transparentes. Ça, ça nous permet de voir... de
faire des mesures sur l'évolution du phénomène.
Mais la troisième chose que j'ai mentionnée dans
mon allocution, qu'on mentionne dans le mémoire, c'est la nécessité de créer un
espace où les athlètes puissent à la fois s'informer, interagir avec des gens
qui peuvent les aider à comprendre ce qui est en train de leur arriver puis les
conseiller quand ce qui leur arrive n'est pas normal. Et cet espace-là n'existe pas en ce moment, et il faut
qu'il existe à un niveau tel que vous puissiez sortir de votre discipline, hein?
Parce que, sinon, c'est très difficile. Si vous avez... Si vous êtes dans une
discipline de haut niveau, c'est très difficile de sortir de ce cercle-là. Mais
c'est possible d'imaginer des espaces comme ça qui soient accessibles.
M. Ciccone : Il me reste une minute et demie, je pense?
La Présidente (Mme Dionne) : Deux
minutes.
M. Ciccone : Deux
minutes? Bon, justement, encore dans votre expertise, sous la rubrique
Intimidation en contexte sportif, l'ampleur de l'intimidation chez les jeunes
en contexte sportif et, là, les facteurs de risque. Et là je vois ici les
victimes, puis là vous déterminez qui, potentiellement, peut être victime ou
les plus faciles à être victimes, c'est ce que je comprends, et là les auteurs.
Premier point : être un garçon. Pourquoi vous arrêtez à «être un garçon»?
Pourquoi que vous ne mettez pas également aussi... Parce qu'on l'a vu, là, je
ne sais pas si vous avez vu ça passer, là, le club de hockey Harvard, des
femmes, le basket-ball à McGill, il y avait des filles aussi dans ça. Ça fait
que, tu sais, je ne veux pas qu'on tire juste à un endroit, là. Si on veut
régler le problème, il faut regarder l'entièreté du problème. Puis ça arrive
partout, là. Pourquoi vous dites juste «être un garçon» aussi, dans les
auteurs?
Mme Laguë
(Johanne) : Bien, en fait, il faut... Vous êtes dans la
section des
facteurs de risque. Pour identifier les facteurs de risque, ce qu'on regarde,
c'est la... la fréquence de survenue d'un problème et on regarde quels sont les
facteurs qui augmentent cette fréquence-là dans un groupe par rapport à
l'autre. Tout ce que le facteur de risque dit, c'est qu'être un garçon fait en
sorte que le risque augmente. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de
risque si vous n'êtes pas un garçon.
Donc, c'est toujours
comparativement à ce qu'on observe de façon générale dans une population de
sportifs, garçons et filles. Bien, le fait
d'être un garçon augmente le risque d'intimider, d'être un intimidateur, mais
ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de filles qui ne font pas... qui font de
l'intimidation. Donc, c'est la compréhension du facteur de risque.
Et nos, nos analyses
sont basées sur les études scientifiques qui sont publiées, qui sont faites
dans des universités dans... Puis, comme on
disait au début, le... une des limites qu'on a, c'est que le phénomène de la
violence en contexte sportif est très peu étudié et documenté. Ça fait
très peu d'années qu'on se penche sur cette question-là, donc on n'a pas beaucoup de données. Alors, on
travaille puis on bâtit l'expertise à partir du corpus de données qui nous
est accessible et qu'il faut enrichir,
absolument, puis bien présenter les choses. Parce que, vous avez raison, ce
n'est pas...
La Présidente (Mme
Dionne) : Désolée de vous interrompre, notre temps est écoulé. Merci
beaucoup.
Ciccone : Merci. Non, c'est...
La Présidente (Mme Dionne) : Non,
ce n'est pas... Il n'y a pas de problème. Merci, merci. Je cède maintenant la
parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition, le député... M. le
député de Rosemont.
M. Marissal :
Oui. Merci d'être là. Vous avez trouvé ça court avec mon collègue? Bien,
imaginez, avec moi, ça va être 3 min 53 s, alors on va y aller
rondement, puis tant pis pour les salutations, on les fera après.
J'ai
l'impression que vous voulez vraiment sauter dans l'arène, mais qu'on ne vous
ouvre pas nécessairement... ou sur la glace, puis qu'on ne vous ouvre
pas nécessairement la possibilité de le faire.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : ...je pense qu'on a... on prend la place qui est la
nôtre. Puis c'est pour ça que, lorsqu'on a
reçu la convocation pour cette commission, on a sauté sur l'occasion
immédiatement, en disant : Oui, c'est une conversation qu'on veut
avoir avec les acteurs, on pense qu'on a une perspective et une contribution
particulière à faire, dans ce domaine-là, qui est différente de celles de
beaucoup des autres acteurs que vous avez invités.
M. Marissal :
OK. Vous avez dit, tout à
l'heure : Il faut plus de données, il faut les centraliser. Ça serait le
rôle de qui ou de quoi de les centraliser?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Qu'est-ce que ce serait, ta solution, Dominique?
Mme Gagné
(Dominique) : Bien, il faut nécessairement que ça... Ça pourrait être
au niveau soit du... Par exemple, au niveau de la direction loisirs et sports
du ministère de l'Éducation. Mais il faut clairement que ce soit centralisé par
un organisme indépendant.
M. Marissal :
OK. La ministre Charest travaille sur une nouvelle politique, hein, en
prévention de violence, intimidation dans le sport. Bref, elle se penche
là-dessus. Puis les événements des dernières semaines ont précipité la chose
ou, en tout cas, ont rendu la chose plus nécessaire, là. De un, est-ce que vous
avez été invités à participer à ces travaux de la ministre Charest? De deux,
est-ce que, par exemple, la création, là, d'un réel poste de commissaire au traitement des plaintes et à l'intégrité dans le
sport, plus qu'un bureau qui n'est qu'un bureau, là — en
tout respect pour les gens qui travaillent là, ce n'est qu'un bureau — est-ce
que c'est une avenue valable, à vos yeux?
Desbiens (François) : Dans les mécanismes
gouvernementaux, vous avez différentes possibilités pour responsabiliser soit
un ministère soit des commissaires ou des ombudsmen. On n'a pas fait de
réflexion précise sur la meilleure modalité, mais il est vrai qu'il faut qu'il
y ait une personne avec un statut, avec une responsabilité, de neutre, pour
pouvoir faire ces données-là. Une fois qu'elles seraient faites, nous, à
l'institut, ce qu'on veut, c'est pouvoir y accéder pour pouvoir compléter, pour
utiliser l'information qui aura été compilée, pour pouvoir continuer de suivre
adéquatement l'état de santé physique et mentale des jeunes et des jeunes
adultes qui font leur sport. Donc, on n'a pas finalisé notre réflexion sur le
modèle précis, à votre question.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : ...poser
des questions.
M. Marissal : Un
instant. Je comprends seulement, de votre hochement de tête à la négative, que
vous n'avez pas été consultés par la ministre Charest. Parce que les
scripteurs ne prennent pas les hochements de tête, dans nos transcripts, pour
s'assurer de...
Une voix : Excusez-moi.
On n'a pas été consultés.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Je voulais juste dire que l'important, c'est
d'avoir quelqu'un qui peut poser des questions et qui peut faire rapport. C'est
ça qui est important, quelle que soit la forme institutionnelle qu'on prend.
M. Marissal :
OK. Je vais rapidement, là. Dans votre rapport, dont vous avez parlé tout à
l'heure, là : «Smits et ses collaborateurs — ça, c'est un chercheur — dressent
également le portrait de certaines organisations sportives où l'accès aux
parents est restreint, voire interdit, où peu d'explications leur sont données
sur le cheminement de leur enfant et où les liens des jeunes avec l'extérieur
sont restreints. Ce genre de milieu favorise une certaine forme d'isolement
chez les jeunes sportifs à l'intérieur de la structure, les rendant ainsi plus
vulnérables.»
J'ai l'impression de
lire un peu un
chapitre qui toucherait assez fortement la Ligue de hockey
junior majeur. Est-ce que vous avez étudié, justement, précisément cet
écosystème qui est très particulier avec des jeunes mineurs?
La Présidente (Mme
Dionne) : ...il vous reste à peu près 15 secondes.
Mme Gagné
(Dominique) : Non.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...contribution à ces travaux. J'informe aussi les membres de
la commission que le mémoire est effectivement déposé, donc, sur le site de
Greffier. Vous pourrez le consulter.
En ce qui me
concerne, j'ajourne les travaux pour accueillir notre deuxième groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 58)
La Présidente (Mme
Dionne) :
Donc, la Commission de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux.
Nous accueillons
maintenant Mme Danièle Sauvageau ici, en présence avec nous, conseillère,
conférencière en coaching exécutif et sportif, et également M. Camille
Thériault, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, accompagnés de
M. Éric Normandeau, de la firme Léger, en visioconférence. Donc, je vous
rappelle que vous avez 10 minutes pour
faire votre exposé. Suite à cela, nous procéderons aux échanges. Donc, je vous
invite à vous présenter à tour de rôle et ensuite nous exposer votre
présentation.
Thériault (Camille) : ...mon nom est Camille Thériault. Je suis ancien
premier ministre du Nouveau-Brunswick et
ancien PDG des caisses populaires acadiennes, maintenant connues comme UNI
Coopération financière. Là, je suis censé être à la retraite, mais on
dirait que je me tiens quand même assez occupé. Et je dois vous dire que c'est
un plaisir pour nous d'être là aujourd'hui
pour partager avec vous le rapport qu'on avait été mandaté de faire par la
ligue. Si vous permettez, j'aimerais aussi vous mentionner le nom de Sheldon
Kennedy, qui était membre à part entière de notre
comité. Sheldon est un ancien champion de la coupe Memorial, un ancien joueur
de la Ligue nationale bien connu pour
avoir porté en avant-plan la cause des abus dans le sport. Malheureusement, il
ne peut pas être là aujourd'hui, mais je peux vous dire que c'est un
champion de la cause. Aussi avec nous, M. Normandeau. Éric, tu peux te
présenter?
M. Normandeau
(Éric) : Oui, bonjour. Éric Normandeau, je travaille chez Léger, dans
la division Affaires publiques. Donc, je
m'occupe de dossiers sociaux et politiques depuis bientôt une quinzaine
d'années. Et, il y a trois ans, on a été... la firme a été mandatée
pour réaliser un sondage pour connaître un peu l'ampleur des problèmes de
discrimination, intimidation et harcèlement auprès des joueurs, du personnel,
des gérants et du coach et des familles d'accueil
qui gravitent autour de la ligue. Donc, on a remis un rapport au comité
indépendant et présenté à la ligue il y a bientôt trois ans.
M. Thériault (Camille) : Merci, Éric. Aussi, on
va... Là, on va passer la parole à Danièle, qui est en place avec vous
autres. Donc, Danièle.
Mme Sauvageau
(Danièle) : Alors, bonjour, tout le monde. Merci de cette invitation à
venir vous présenter devant vous, en fait,
la résultante de la recherche de l'enquête et ainsi de vous faire part, là, du
rapport qui a été déposé à la Ligue canadienne de hockey.
Alors,
je me présente d'abord. Mon nom est Danièle Sauvageau. J'ai été 33 ans au
niveau des services policiers et, présentement, je dirige un centre de
haute performance en hockey. Je suis professeure associée au Département de
management des Hautes Études commerciales et ainsi... et aussi directrice
associée du Pôle sports de Montréal. Je collabore à différents projets visant,
justement, une démarche de professionnalisation continue, évolutive et adaptée
à la réalité de l'industrie sportive du Canada.
De par le passé, au cours des 20 dernières
années, j'ai eu l'occasion de prendre place et part à certaines recherches et révisions, notamment en 2002,
2004, la révision du système sportif canadien. J'ai été aussi coprésidente du comité
de la violence de la Ligue junior majeur du Québec en 2008, membre du groupe dont on présente
aujourd'hui, membre du comité
provincial qui a déposé le rapport du hockey il y a maintenant un an, soit
le 22 avril 2022, et, au cours des dernières années, soit entre
aujourd'hui et 2003, plusieurs mandats de révision d'enquête provenant
notamment du milieu sportif, différentes fédérations.
Aujourd'hui, on vous présente, effectivement, ce
que nous avons récolté. D'abord et avant tout, peut-être une petite chronologie de la raison pour laquelle nous
avons été impliqués à faire ce rapport le 26 juin 2020, une semaine...
soit après le début d'un recours collectif, la Ligue canadienne a annoncé
qu'ils nommeraient un comité d'examen indépendant
afin d'examiner l'efficacité des politiques et pratiques actuelles relatives au
bizutage, l'abus, le harcèlement, l'intimidation ainsi qu'aux
allégations que les joueurs ne se sentent pas à l'aise de signaler des
comportements qui enfreignent à ces politiques. Nous avons été nommés le
20 juillet 2020. Nous avons examiné les politiques, entendu les commissaires, les dirigeants de la ligue,
interviewé et entendu des présentations d'experts sur la violence, le bien-être
sportif, la traumatologie médicolégale, des
psychologues du sport, rencontré des agents, des joueurs, des anciens joueurs,
des directeurs généraux, entraîneurs, propriétaires, hauts dirigeants de
d'autres, aussi, associations et organisations sportives canadiennes et revu
des articles de recherche, examiné des plaintes aux cours et travaillé, tel que
vous l'avez vu, avec la société Léger.
Nous avons présenté en personne — en
fait, en visioconférence — un...
un PowerPoint, pardon, qui résumait le rapport qui fut présenté le
5 novembre 2020 aux dirigeants de la ligue et certains propriétaires. Le
rapport est composé de 13 constats, 13 recommandations préventives.
Et évidemment, si on résume très rapidement, parce que je pense que l'essence
et la conversation qu'on va avoir aujourd'hui... le comité a constaté qu'il
existe effectivement des comportements répréhensifs en dehors de la glace de la
ligue, que la culture systémique qui règne au sein de la ligue a fait en sorte
que des comportements sont devenus une norme culturelle, que la maltraitance
qui, en dehors du hockey, ne serait pas acceptable est désormais un
comportement ancré, qu'il est difficile de déclarer les déficiences et des
incidents. Il est extrêmement difficile pour les intervenants, incluant les
joueurs, de rapporter toute forme de maltraitance qui pourrait arriver. Et la
loi du silence a fait que... de ne pas savoir comment s'y prendre pour faire
une déclaration, le manque de confiance
envers les personnes recevant les déclarations, la peur, la loyauté et/ou une
conviction selon laquelle les conséquences ne seraient pas suffisantes.
Alors, nous avons... Évidemment, ce qui est
intéressant, c'est qu'un pourcentage important de répondants, notamment du sondage, a indiqué qu'il existe des
problèmes au sein de la ligue en matière d'intimidation, harcèlement, discrimination, que le problème du
harcèlement a été signalé comme étant répandu. Il est cependant intéressant
de remarquer que ce sont les membres du personnel, les joueurs et les familles
d'accueil qui ont davantage déclaré qu'il existe des problèmes, plus que les
entraîneurs et les directeurs généraux.
Par ailleurs, les programmes de formation sont
rares. De manière générale, il y a de la formation, voire plutôt de la sensibilisation, en début de saison et peu
de formation durant la saison. Au quotidien, dans les vestiaires, le sujet
de la maltraitance n'est pas abordé. Il en va de même pour les politiques,
procédures concernant la maltraitance des joueurs.
Au quotidien, les joueurs mettent leurs habiletés physiques en pratique afin de
les perfectionner, de les exécuter sans effort. Il devrait en être de même
pour leurs connaissances en matière de maltraitance. On se doit de solliciter
les joueurs, on se doit de solliciter leur réflexion, on se doit de les
impliquer évidemment aux solutions. On a aussi, en effet, observé que personne
en particulier n'est responsable de la sécurité des joueurs, et, lorsque
personne n'est responsable, certaines choses passent évidemment à travers les
mailles du filet.
Alors, le comportement répréhensible en dehors
de la glace, notamment l'intimidation, le harcèlement et la discrimination, existe. C'est difficile de le
rapporter. Par manque de formation, les choses ont de la difficulté à changer,
à évoluer. Et évidemment, aujourd'hui, ce qu'on souhaite, c'est de marquer le
temps, de garder le cap, c'est-à-dire avoir des mécanismes de suivi et faire en
sorte que l'ensemble des rapports qu'on vous a parlés ou celui-ci fasse en
sorte qu'on passe en mode solutions, qu'on garde le cap avec des mécanismes de
suivi et qu'on voit nettement un changement si... advenant le cas qu'on reviendrait
ici dans un an.
Présidente (Mme Dionne) : Merci infiniment, Mme Sauvageau. Nous allons
débuter les échanges. Je cède la parole, du côté du gouvernement, avec
M. le député de Côte-du-Sud.
Rivest : Merci, Mme la Présidente. Merci à vous trois
d'être présents avec nous. Écoutez, dans la prémisse, si on veut, du document puis du rapport qui a été
amené, là, The impact is real... action is needed ... Est-ce que vous
pouvez nous dire la prémisse de ce
rapport-là, votre implication, quelle a été votre implication dans
l'organisation du rapport? Je crois que vous y avez participé tous les
deux.
Sauvageau (Danièle) : En fait, M. Thériault était et est encore,
d'une certaine façon, le leader, un groupe de trois. Nous avions,
évidemment, un rôle très... très présent. Tel que mentionné, nous avons
rencontré plusieurs personnes, de novembre... en fait,
d'octobre jusqu'au temps de... pardon, jusqu'au temps qu'on dépose notre
rapport, en novembre 2020. Et donc,
au-delà des... que ce soit lors des rencontres, que ce soit lors des débats de
réflexion, on a eu, là, une série... et on pourra évidemment, là, vous déposer
l'ensemble des rencontres et même des PV qui a été... qui ont été écrits
lors de ces rencontres. Alors, à notre niveau, on avait un rôle très présent et
qui nous a amenés, évidemment, à déposer le rapport que vous avez devant vous
aujourd'hui.
M. Thériault (Camille) : Puis aussi,
si je peux... si je peux, Mme la Présidente, juste aussi pour vous dire qu'on a
été nommés par la ligue du hockey canadienne, mais on était nommés comme un
comité indépendant. Et je veux dire, à ce
moment ici, que la ligue nous a laissé faire notre travail. Et, lorsqu'on avait
besoin de certaines choses, par exemple, l'embauche de consultants, on
allait là juste pour une approbation de budget, mais, le travail qu'on a fait, on n'a pas été influencés, de part et
d'autre, par la Ligue canadienne, et je crois qu'on a quand même fait un
travail qui a pris en considération qu'est-ce qu'on avait vu, qu'est-ce
qu'on avait entendu, aussi l'implication de Léger. Et c'est de là qu'on a fait
une série de recommandations. Malheureusement, après qu'on a présenté ça à la
ligue le 5 novembre, on n'a pas beaucoup entendu parler de la ligue par la
suite.
M. Rivest : Je comprends. Selon
vous, là, avec ces études-là, ces analyses-là, ça remonte à quand, les
problématiques que vous parlez, systémiques, dans le domaine du hockey? Mais,
j'imagine, c'est peut-être similaire dans
d'autres sports. Mais, selon vous, là, si on avait à mettre une date puis un
point de bascule, peut-être, par la suite, suite au rapport, est-ce
qu'il y a un point de bascule qui nous a menés à empêcher l'ensemble des
initiations ou des problématiques dans le hockey?
M. Thériault (Camille) : Le mandat
qui nous avait...
Mme Sauvageau (Danièle) : En fait...
M. Thériault (Camille) : Ah!
Danièle, tu peux y aller.
Mme Sauvageau (Danièle) : Allez-y,
M. Thériault, allez-y.
M. Rivest : Un ou l'autre, mais pas
les deux en même temps.
M. Thériault (Camille) : Le mandat
qui nous avait été donné était pour faire un retour en arrière de
trois ans de la date où on avait été mandaté, c'est-à-dire pour les trois
années précédant 2020.
M. Rivest : Et vous étiez conscients
pour ces trois années avant 2020, là, évidemment, qu'il y avait des
problématiques, là?
Thériault (Camille) : Bien, on a fait du travail, et ça nous a été
démontré avec l'aide de Léger, qu'il y avait définitivement encore
certains problèmes.
M. Rivest : Puis, selon vous, c'est
quoi qui a fait en sorte que cette problématique systémique là a perduré dans
le temps? Qui sont imputables de ça?
M. Thériault (Camille) : Danièle?
Mme Sauvageau (Danièle) : Oui, je
pensais que la question vous était posée, alors désolée. En fait, qui qui est imputable? En bout de piste, ce sont les...
d'une certaine façon, les dirigeants de la ligue. Comme un responsable de ligue,
on se doit, lorsqu'on est en charge d'un groupe, d'une équipe ou d'une ligue,
de s'assurer de la mise en place de facteurs et de programmes de formation, de
suivis, de mécanismes de suivi pour s'assurer que l'environnement est sain et
sécuritaire.
Rivest : ...l'impression que vos 13 recommandations ou
vos 13 constats, particulièrement les recommandations, ont été
écoutés à venir jusqu'à maintenant?
Mme Sauvageau (Danièle) : En fait,
tel que mentionné par M. Thériault, entre le moment où nous avons déposé
notre rapport, avec une recommandation explicite à l'effet que ce rapport se
devait d'être distribué à travers la Ligue
canadienne le plus rapidement possible pour qu'ensemble on puisse, évidemment,
mettre de l'avant certaines recommandations... On avait d'ailleurs, lors
de la rencontre, déposé, là, une série d'actions qui pouvaient être mises en place rapidement, à peu de coûts, en fait, pour
que... justement, que la ligue puisse marquer le temps, c'est-à-dire qu'à partir d'aujourd'hui, avec ce qui est devant nous,
on se doit d'agir. Alors, ensuite, on a demandé à savoir quand est-ce
que le rapport était pour être public. Ce rapport a été rendu public en
janvier, soit plus de 14 mois après son dépôt.
M. Rivest : Merci. Afin de laisser
de la place, je vais vous poser une courte question à deux volets, mais vous
pouvez répondre d'une façon succincte. Vous avez travaillé beaucoup dans le
hockey féminin. Pouvez-vous me dire si ce type d'initiation, ou d'activité, de violence, ou etc., avait
lieu également dans le milieu féminin, ou vous constatez une différence marquée? Et est-ce qu'il y avait ce
type d'initiation où... dans le... par exemple, dans le centre de haute
performance en hockey pour lequel vous avez travaillé?
Mme Sauvageau (Danièle) : La réponse
est non au niveau du centre de hockey. C'est un centre qui a été mis en place
il y a trois ans. Est-ce qu'il y a des activités de rencontre, d'intégration
qui sont sécuritaires et qui sont saines? J'ose croire que oui. Le centre,
évidemment, là, tu sais, notre... vise à encadrer, d'abord et avant tout, nos olympiennes, nos joueuses de la prochaine
génération. Et les joueuses, l'été dernier, ont publié d'ailleurs une lettre à
l'effet que, suivant les situations,
les événements avec Hockey Canada... qu'elles demandaient d'avoir des réponses,
qu'elles... évidemment, qu'elles voulaient savoir qu'est-ce qui s'était
passé avec principalement l'équipe junior. Et la lettre ne mentionnait en
aucun... aucune situation, là, des demandes plus particulières à ce programme.
M. Rivest : Puis, en lien avec le
hockey féminin, vous ne voyez pas de...
Mme Sauvageau (Danièle) : À ma
connaissance... J'ai entendu, comme vous tous, les allégations qui... qui font, justement, les médias dans les... au cours
des derniers jours, des dernières semaines, de ce qui se passe à l'Université
de Harvard, mais, à notre connaissance, il n'y a pas eu de ce genre de ce qu'on
parle ici, dans le rapport, au niveau du hockey féminin.
M. Rivest : Merci, merci à vous
trois.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
M. le député de Beauce-Sud.
La Présidente (Mme Dionne) : Il nous
reste 10 minutes.
M. Poulin : Je vais y aller
rapidement. Bonjour à vous tous. Merci pour la participation à nos travaux. Je
vais faire du pouce sur ce que mon collègue le député de Côte-du-Sud vient de
dire. Mme Sauvageau, vous avez une grande expérience particulièrement
auprès d'athlètes féminines et de hockey féminin. Je pose peut-être la question
différemment. Est-ce que vous, dans votre carrière, vous avez été témoin
d'initiations dans des équipes féminines de sport au Québec ou entendu parler,
du moins, dans le domaine du sport?
Mme Sauvageau (Danièle) : J'ai, au
cours des dernières années, eu à faire certaines révisions et enquêtes qui avaient a trait à des comportements dits de
harcèlement et d'intimidation, pas nécessairement reliés à des initiations, cependant.
M. Poulin : D'accord.
Est-ce que c'est connu, qu'il y a des initiations ou des rites de passage dans
des équipes sportives féminines au Québec?
Mme Sauvageau (Danièle) : Oui, dans
le sens où... que ça soit des situations où les gens sont appelés à chanter, à
se déguiser, à faire des sketchs, comme on dit, donc davantage, là, d'activités
d'intégration, que ça soit le passage d'un chandail, par exemple, la joueuse
qui quitte une des équipes qui va remettre son numéro à la prochaine. Alors,
d'avoir ce genre de rite de passage, de faire en sorte que le flambeau est
passé, de développer ce qu'on appelle l'ADN des programmes, oui.
M. Poulin : Et c'est important, pour
vous, ces rites de passage là dans l'esprit sportif d'une équipe?
Mme Sauvageau (Danièle) : Oui, je
pense que ça fait
partie de laisser un peu de soi à chacun de ces programmes et
de dire qu'on est encore là. On dit souvent que, lorsqu'on fait
partie d'une
organisation sportive, ça va rester avec nous en souvenir jusqu'à, évidemment,
toute notre vie. Alors, c'est important, justement, de s'assurer que
l'encadrement est positif pour laisser, justement, un impact positif auprès des
athlètes.
M. Poulin : L'encadrement de ces
activités-là, ça devient difficile à un moment ou un autre. Une nouvelle équipe, par exemple, de basketball d'une
université où on va louer un chalet, une fin de semaine, entre filles, et il y
a du calage d'alcool, tu sais, qui arrive en cours de route, alors qu'au début
on devait simplement, justement, se passer le gilet ou se passer le flambeau
dans l'équipe d'une équipe à l'autre. Comment on fait pour baliser lorsque
c'est loin des regards, lorsque c'est justement... Parce que, moi, ce
que j'entends parler, c'est de la location de chalet, là. Souvent, on va passer une fin de semaine ensemble. Puis là
je dis des filles, mais ça peut être des garçons aussi. Puis là, après ça, ça
se met à déraper. Comment on fait pour encadrer ça lorsque c'est loin de nous,
ce n'est pas dans un lieu public, ce n'est pas dans un restaurant, ce n'est pas
dans un bar? Comment on fait pour baliser ça?
Sauvageau (Danièle) : Je pense que le rôle qu'on a comme adultes, c'est
justement de le baliser, de les... que ça soit de l'éducation, de
rappeler le rôle de l'athlète, de rappeler les valeurs de l'équipe, de
s'assurer de nommer des
comportements qui sont acceptables, de nommer des comportements qui ne le sont
pas, de rappeler aussi, avec tout ce qui
a été... il y a quelques années, l'arrivée des médias sociaux, qu'une photo
avec... dans un... justement, un chalet, pour reprendre vos termes, pourrait, justement, se... si c'était publié sur
les médias sociaux. Alors, de s'assurer de l'environnement dans lequel on est et de rappeler, justement,
que... via des présentations sensibilisation. Vous avez entendu hier le mot
«prévention primaire», de s'assurer que ces valeurs sont bien ancrées. C'est le
rôle qu'on a comme adultes.
Vous parlez, évidemment, potentiellement, là,
d'équipes sportives adultes. Ce qui touche, cependant, la ligue junior majeur du Québec ou la Ligue canadienne, on
parle aussi de mineurs. Alors, il faut s'assurer que les programmes de formation sont en lien aussi avec le public
cible avec lequel on travaille. Lorsqu'on a 16 ans, on n'est pas
exactement là où un 20 ans est, avec les mêmes motivations ou les mêmes
comportements. Alors, comme adultes et comme organisation, on se doit de
leader, on se doit de s'assurer que les bons comportements sont nommés, que les
comportements qui sont attendus dans ce genre... si ça arrive, et de leur
rappeler, justement, qu'ils sont en... qu'ils sont responsables aussi de leurs
actions.
M. Poulin : Je vous remercie
beaucoup. Je cède la parole à mes collègues. Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : M. le
député de Richelieu. Il vous reste six minutes.
M. Émond : D'accord, parfait. Je
vous remercie pour votre participation aux travaux de la commission,
Mme Sauvageau, M. le premier ministre Thériault et M. Normandeau.
Je voudrais vous diriger vers quelques-unes des
recommandations de votre rapport dans le but, peut-être, d'aiguiller les
membres de la commission. Je ne voudrais pas parler avec vous du passé, mais
bien de l'avenir, de voir de quelle manière on peut améliorer les choses. Je
vous amène à votre recommandation n° 3 qui dit que la
Ligue canadienne de hockey doit établir un mécanisme indépendant pour gérer les
plaintes des joueurs et assurer une certaine intégrité du processus. Là,
j'aurais envie de faire une inversion et dire : Une intégrité certaine du
processus, mais tout ça pour dire que, comme
membre de la commission, on a tous été interpelés par le... pas la non-transparence,
mais, au sein de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, l'indépendance du
processus d'évaluation des plaintes, puisque
c'est quelqu'un à l'interne qui joue un rôle dans ce sens, mais également
d'autres rôles. Alors, on peut peut-être douter un peu du mécanisme.
J'aimerais vous entendre. Vous souhaitez que la
Ligue canadienne de hockey mette en place un mécanisme indépendant.
Dites-nous-en davantage dans votre souhait. Qu'est-ce que vous avez recommandé
au juste? Et est-ce que tout ça a été appliqué par la LCH?
Mme Sauvageau (Danièle) : On ne...
Je ne suis pas en mesure aujourd'hui devant vous de vous dire si la ligue l'a
appliqué ou pas. Je sais ici, au Québec, que ça fait plusieurs années, en fait,
qu'on en parle. Mais vous l'avez dit, le
principe d'autorégulation amène à un manque d'indépendance flagrant. Et le
recours à une
partie indépendante pour
la consultation, la déclaration des incidents et la réalisation des enquêtes
amène justement ce que... une dimension d'intégrité au processus qui est
important.
Il faut quand même que les plaintes se rendent.
Il faut quand même que les plaintes arrivent aux bonnes personnes au bon moment. Et c'est justement l'environnement de confiance
qu'on se doit à partir évidemment d'aujourd'hui. Et j'ose croire que les
gens qui nous écoutent, plusieurs personnes diront : On tente de le faire,
et ce, depuis plusieurs années. Bien, il faut continuer de faire en sorte que
nos joueurs, nos joueuses, que nos coachs, nos entraîneurs, nos intervenants se
sentent à l'aise, justement, de prendre le téléphone en temps réel et de
dire : Voici la situation qui nous arrive, comment tu peux me guider? Et
ça, ça a été pour nous une dimension très importante, que l'intervenant puisse justement, en temps réel,
téléphoner des gens, et, d'abord et avant tout, de pouvoir gérer la situation,
et ensuite, si besoin il avait, de la rapporter à une unité, évidemment,
indépendante.
M. Émond : D'accord, je comprends.
Donc, si votre comité a émis la recommandation de la pertinence d'établir un
mécanisme indépendant pour gérer les plaintes, comment ça se passait quand vous
avez fait le constat? Comment se déroule le processus de dépôt et d'évaluation
des plaintes présentement à la LCH?
Mme Sauvageau (Danièle) : À la LCH
et à la Ligue, évidemment, canadienne, parce que je vous rappelle que ce
rapport a été fait en lien avec... pour la Ligue canadienne, au niveau de la
ligue junior majeur du Québec, on a demandé
s'il y avait un registre, justement, ce qu'on appelle, là, de risques. On nous
a rapporté entre 15 et 17, aucune au niveau
de la ligue de l'Ontario et quelques-unes au niveau de la ligue de l'Ouest,
soit deux en 2018 et aucune en 2017. Alors, c'est très peu.
M. Émond : Bon, Mme Sauvageau...
Oui, puis c'est très peu. Je suis d'accord avec vous, je m'excuse de vous interrompre parce que le chronomètre ne joue
pas en ma faveur, mais là vous serez d'accord avec moi, là, dans les chiffres que vous évoquez, c'est très peu, zéro
dans la ligue de hockey en Ontario. Là, permettez-moi d'avoir un regard en
forme de point d'interrogation.
Mais je veux vous amener... parce que ça, c'est
les données qui vous ont été données. Vous dites, à la recommandation n° 11, qu'il serait important de recueillir des données des
statistiques à l'interne afin d'être en mesure d'améliorer ces processus et de
prévenir certaines problématiques. Bon, je ne peux pas être plus d'accord avec
la recommandation de votre comité, tout comme nos invités précédents, les
membres de la Santé publique, qui nous ont affirmé que les données sont le nerf de la guerre. Selon vous,
comment devrait... Qui devrait gérer la collusion ou la... non...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
M. Émond :
Qui devrait colliger l'ensemble de ces... — merci, Mme la Présidente — qui
devrait colliger l'ensemble de ces données-là, souhaitons-le, de manière la
plus indépendante possible, mais également avec une certaine forme de
standardisation? Parce qu'on ne veut pas répéter ce qui se passe quand on tente
de centraliser des données, hein, que tout ça arrive d'une façon un peu
pêle-mêle, puis des... comme le vôtre, où les gens de la santé publique,
ensuite, ne sont pas en mesure de faire des recommandations efficaces.
Mme Sauvageau
(Danièle) : Évidemment, lorsqu'on parle de données qui nous amènent à
pouvoir, d'abord et avant tout, avoir un portrait beaucoup plus clair de la
situation et, par la suite, pouvoir agir... Je pense que tout le monde, à travers le Canada, qui est impliqué dans
le sport, en grande majorité, veulent bien servir... Alors, d'être colligées par,
justement, un comité ou un groupe dit indépendant, ne serait-ce que le
téléphone, qui demande de l'information, à
savoir : Voici la situation dans laquelle je me retrouve, est-ce que c'est
de l'intimidation, est-ce que c'est du harcèlement, j'aurais peut être besoin d'une ressource, toutes
ces données sont importantes, justement, pour venir marquer le temps, pour
bien saisir le portrait et, ensuite, agir.
M. Thériault
(Camille) : Si je peux standardiser...
La Présidente (Mme
Dionne) : Je suis désolée. Je dois passer la parole à notre
porte-parole de l'opposition officielle, le député de Marquette.
M. Ciccone : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. le premier ministre. Bonjour,
Mme Sauvageau. Bonjour, M. Léger.
J'ai
lu avec intérêt le rapport qui... que j'ai sous les mains, The impact
is real... action is needed .
Honnêtement, je me trouve chanceux de
l'avoir sous la main. Vous avez eu le mandat d'avoir... de faire ce rapport-là,
d'enquêter sur la Ligue de hockey junior majeur du Québec, en juillet
2020, Mme Sauvageau, vous l'avez dit. Le rapport a été soumis en 2020, novembre 2020, 14 mois plus tard, on
l'a rendu public. Il a été rendu public seulement parce que le juge Perrell,
dans le recours collectif, a demandé de le déposer au tribunal. J'aimerais vous
entendre là-dessus. Comment vous vous êtes
sentis, à savoir que vous avez donné votre temps, vous avez travaillé fort,
vous êtes des gens sérieux, et qu'on cache ce rapport-là pendant
14 mois?
M. Thériault (Camille) : Juste une clarification,
M. le député. Le mandat qui nous avait été donné, ce n'était pas juste
pour regarder ce qui se passait au Québec, mais c'était un rapport pour la
Ligue canadienne.
Ciccone : Non, Ligue canadienne, oui.
M. Thériault (Camille) : Donc, les trois ligues. On avait été dit, lors du
début du travail, que c'était définitivement l'intention de la ligue de rendre
ce rapport public, là, parce que, pour nous, ça, c'était très, très important.
C'est sûr, lorsqu'après la présentation, et même pendant la présentation qu'on
a faite devant la Ligue canadienne de hockey, on a été aussi un peu surpris par le manque d'intérêt. Aucune question ne
nous a été demandée lorsqu'on a fait la présentation. Il y a eu un commentaire qui est resté avec moi
pendant longtemps. Il y a un des propriétaires qui a dit, juste en bon
français, en bon acadien, en shakant la tête, il a dit : On a
beaucoup de travail à faire.
Et nous, notre rôle, c'était
non seulement d'identifier, mais de préparer un genre de plan d'action qui ne
pourrait pas nécessairement régler tous les problèmes qu'on avait identifiés du
jour au lendemain, mais, quand même, qui était un plan pour aller de l'avant.
Il fallait qu'on arrête, après toutes ces années-ci, de débattre si, oui ou non, il y a des problèmes de maltraitance dans le
hockey junior, et on en a. Léger nous l'a prouvé. Donc, il fallait passer
à l'action. Et, pour moi, la déception, pendant cette longue période, avant le
recours collectif, où est-ce qu'ils l'ont mis public, c'était la non-urgence de
la Ligue canadienne de montrer aux gens le travail qui avait été fait et des
pistes de solution pour leur donner un coup de main.
Ciccone : Merci beaucoup de m'avoir
corrigé, M. Thériault. Effectivement, c'était la Ligue canadienne de
hockey. J'ai fait un petit lapsus. Maintenant, est-ce que, justement, quand
vous avez déposé ce rapport-là en novembre 2020, on vous a empêché d'en parler
médiatiquement, de ce rapport-là, publiquement?
M. Thériault
(Camille) : On avait signé, tous les trois, une entente de
confidentialité avec la ligue. Donc, c'était
à eux autres, à un moment donné, de le rendre... et nous, on avait dit qu'on
allait être d'accord avec ça lorsqu'on a signé l'entente pour faire le
travail parce qu'on croyait vraiment qu'ils allaient le rendre public.
Ciccone : Quand la Ligue canadienne...
Quand le juge Perrell a ordonné de déposer ce rapport-là devant le tribunal, quand il y a eu le recours collectif,
la Ligue canadienne de hockey a commandé en vitesse un autre rapport à une firme d'avocats. La Ligue canadienne de hockey
a camouflé votre rapport, là, dans un onglet, là, dans le deuxième rapport. J'aimerais vous entendre, là.
Mme Sauvageau, on a travaillé ensemble sur le... dans la... sur le comité
antiviolence qui avait été appelé par la ministre
Courchesne à l'époque. Je connais votre diligence. Je sais de la façon que vous
travaillez. Je sais également comment vous avez à coeur le bien-être, la santé
et la sécurité des jeunes sportifs et sportives. D'avoir vu ça, d'avoir vu que
la Ligue canadienne a camouflé, a tenté d'améliorer, d'embellir son rapport,
j'aimerais vous entendre là-dessus, comment vous vous êtes sentie?
Mme Sauvageau (Danièle) : Très
déçue, déçue d'avoir été mandatée pour faire un travail sérieux, professionnel,
dans... avec la prémisse de déposer des recommandations préventives pour tenter
de faire
partie justement de la solution. Nous avons trouvé ça très long,
14 mois, d'autant plus que je vous rappelle que c'était à la fin ou en
pleine pandémie. La ligue avait le temps de se pencher sur l'ensemble des
recommandations et de voir comment pouvoir avancer
ou ne serait-ce que de marquer le temps, comme je le mentionnais tantôt, et de
dire : Bon, bien, ce qu'on a mis en place il y a trois, quatre ou
cinq ans fonctionne plus ou moins ou au deçà de nos attentes.
Alors, lorsqu'on a su
qu'il y avait eu, justement, une demande d'un deuxième rapport qui a été,
justement, déposé, le bureau, notamment, de
M. Sheldon Kennedy a fait l'analyse de ce rapport pour s'apercevoir,
notamment, que les programmes, politiques et procédures sur lesquels
cette firme s'est penchée étaient des procédures, programmes et politiques
différents qu'on nous avait fournis.
Alors, dès le départ,
on se demandait vraiment pourquoi que ce rapport avait été demandé, d'autant
plus qu'aucune question ne nous avait été posée lors de la présentation et dans
les 13 mois suivants, en disant : Est-ce qu'on pourrait avoir des explications, des nuances? Est-ce qu'il y a des
choses qu'il faut peut-être prioriser, d'aller un petit peu plus loin...
Et on tenait énormément à présenter le rapport en personne, en fait, en
vidéoconférence, parce que la première demande avait été de simplement leur
acheminer notre rapport, et de ne pas pouvoir avoir la chance de l'expliquer.
Je ne sais pas si,
M. Thériault, vous aimeriez ajouter quelque chose?
M. Thériault
(Camille) : ...surprise puis déception, je crois que c'est les deux
mots qui me viennent à l'idée.
M. Ciccone : Merci beaucoup. Pouvez-vous juste confirmer l'information
que j'ai eue à l'effet que, suite, justement,
à la déposition du recours collectif, on vous a demandé, justement, de faire un
rapport, on vous a tous rejoint, cependant le mandat qui vous a été
donné par la ligue de hockey... la Ligue canadienne de hockey, était d'enquêter
sur le hockey junior, mais vous n'aviez pas le droit de poser des questions
relatives à des agressions sexuelles et physiques durant vos travaux. Est-ce
que j'ai raison?
M. Thériault
(Camille) : Absolument.
M. Ciccone : Bien, comment on veut régler une situation, quand on parle
d'harcèlement, d'intimidation, puis on sait que ça peut déborder, qu'on vous
donne un mandat, mais il y a des restrictions à l'effet que vous ne pouvez pas
poser toutes les questions pour avoir une image claire de la situation? Comment
est-ce qu'on peut faire un travail diligent quand on a des barrières à
respecter?
Mme Sauvageau
(Danièle) : En fait, c'est une des raisons pour lesquelles on a voulu
entendre plusieurs experts, qui sont venus nous dire que, lorsque... les
constats que vous avez devant vous, que ce soit en matière de harcèlement,
d'intimidation... peut amener, vous l'avez mentionné, à des débordements qui
peut, évidemment, là, s'échelonner sur... ce qu'on a entendu lors des dernières
semaines et des dernières années.
M. Ciccone : Croyez-vous que, si vous aviez eu l'opportunité de poser ce
genre de question là... que votre rapport aurait été plus... aurait été... je
ne dis pas qu'il n'est pas bon, votre rapport, il est excellent... qu'il aurait
été plus exhaustif puis il aurait été plus complet?
Mme Sauvageau
(Danièle) : Bien, il aurait répondu à des questions que vous posez
aujourd'hui.
M. Ciccone : Merci beaucoup. Là, je veux passer... Je suis un petit peu
fâché en ce moment. Ça fait que je ne sais
pas si vous le voyez, ça me déboussole, tout ça, ce que je viens d'entendre. On
va parler du constat du rapport, vous avez fait des constats en 2020,
premier constat : Hors glace... il existe, hors glace, des conduites...
des mauvaises conduites, du «bullying», du harcèlement et de la discrimination.
C'était votre première constatation. Pourquoi vous l'avez mise en première
constatation, parce que, selon vous, c'était ce qui était le plus important?
Mme Sauvageau
(Danièle) : Non, en fait, l'ensemble des constats et des
recommandations fait en sorte que la
prémisse même du mandat était de regarder ces... de s'assurer... Là, je vais le
reprendre exactement, c'est... le mandat se penchait sur... à savoir, justement,
s'il y avait du bizutage, de l'abus, du harcèlement, de l'intimidation ainsi
que de regarder les allégations que les joueurs ne se sentaient pas à l'aise de
signaler les comportements qui enfreignent ces politiques, alors de mettre en
premier que ça existe, que c'est présent, que c'est banalisé, qu'il y a une loi
du silence qui existe et que, par le manque de suivi, ces comportements sont
banalisés et ne changent pas.
M. Ciccone : Comment... Puis là je veux avoir votre opinion là-dessus. Comment
vous voulez que la loi du silence soit enrayée, parce qu'on doit régler une
problématique, quand, en haut de la pyramide, on vous soumet, vous, au silence?
Comment vous voulez que ça se règle?
Sauvageau (Danièle) : C'est une bonne question, monsieur.
Ciccone : M. le premier ministre?
M. Thériault (Camille) : ...puis la loi du
silence, elle existe, mais, pour moi, ce qui est encore plus important,
aujourd'hui, il faut qu'on arrête de débattre l'enjeu si, oui ou non, il y a un
problème. Il y a des problèmes, et voici un plan d'action qu'on a
présenté dans le mandat qui nous était donné. Malheureusement, il n'allait
peut-être pas aussi loin qu'on aurait aimé d'aller, mais c'était le mandat,
quand même, qui nous avait été donné.
M. Ciccone : Deuxième
constatation : «Une culture systémique qui existe dans la Ligue canadienne
de hockey, qui conduit à un mauvais traitement, qui devient une normalité.» Je
l'ai dit à plusieurs reprises, là, on parle de la loi du silence, mais,
en même temps, quand on voit ce genre de comportement là, souvent, le joueur...
Quand on vieillit, on réalise ce qui s'est
produit dans le passé puis on dit : Ça n'a pas de bon sens, ce qu'on a
fait, puis qu'est-ce qu'on a subi également, mais, justement, trouvez-vous
ça grave que ce soit en haut de la loi du silence, ça devienne normal, puis les joueurs n'en parlent même pas parce qu'ils
pensent que c'est normal, puis dans... Puis on parle de hockey, ici, là, mais
c'est dans tous sports confondus, là, je tiens à le rappeler encore une fois.
Mme Sauvageau
(Danièle) : En fait, c'est par les programmes dits de formation
primaire qui va faire en sorte que les
comportements vont être nommés, qu'est-ce qui est acceptable, qu'est-ce qui ne
l'est pas, et, maintenant, lorsque c'est inacceptable, on se doit
justement d'en parler, de réfléchir et de le changer, que ça appartient à
chacun des intervenants qui est impliqué de près ou de loin au sport. Ici,
notamment, évidemment, on parle de la ligue junior majeur du Québec, mais, vous
avez raison, il y a aussi des études, là... Kirk, en 2019, qui avait réalisé
des études sur la maltraitance auprès
d'athlètes d'équipes nationales et arrive à peu près avec les mêmes
statistiques que le sondage Léger est arrivé.
Donc,
c'est important de s'assurer, là, que... comme je le mentionnais tantôt, qu'on
marque le temps et qu'on garde le
cap. Si on veut garder le cap... Vous le savez, monsieur, un des symboles qui
est le plus respecté dans une chambre de hockey, c'est de ne pas marcher sur le logo dans le vestiaire. Est-ce
qu'on peut faire la même chose pour les comportements qui sont
inacceptables? Alors, est-ce qu'on peut doter nos joueurs, nos joueuses, nos
entraîneurs, nos intervenants... de se
rappeler les comportements qui sont acceptables et, lorsque ça devient
inacceptable, de les encourager justement à vouloir les faire changer?
Ciccone : 10e constatation :
«Les programmes d'éducation et de sensibilisation existants sont incohérents entre les ligues et les parties prenantes. Ils ne
sont pas assez fréquents et ne sont pas conformes aux politiques et procédures
d'inconduite hors glace.» Un, je veux vous
entendre là-dessus. Puis, deuxièmement, là, ma deuxième question, ce n'est pas
de... un concours, qui est meilleur que l'autre, là, mais avez-vous ressenti
une plus grande problématique dans une ligue plus qu'une autre?
Mme Sauvageau
(Danièle) : On n'a pas fait l'exercice de comparer. On a cependant
comptabilisé le nombre de programmes, de
politiques et de procédures, pour arriver à une conclusion telle que vous
l'avez mentionnée, que c'est difficile de s'y retrouver. Je vous rappelle que
c'est une ligue qui touche les 16-20 ans. Alors, de pouvoir comprendre,
même pour les intervenants, l'ensemble des politiques, procédures et programmes
de formation, c'est à s'y perdre. On souhaitait
même... On a parlé de page blanche à un moment donné, de dire : On va
partir d'une page blanche et est-ce que...
qu'est-ce qu'on doit garder, qu'est-ce qu'on doit bonifier pour essayer de simplifier...
pour s'assurer que, dans le doute, on sait où aller, on sait qui fait
quoi, comment on le fait et c'est quoi, la marche à suivre?
Ciccone : Vous avez dit 16-20 ans,
mais je veux mentionner qu'il y a des 15 ans parfois qui rentrent dans la
ligue, qui vont avoir 16 ans juste au mois de décembre. Alors, il y a des
15 ans également qui vont fouler les patinoires de la Ligue canadienne de
hockey.
Vous avez parlé de
loyauté un peu plus tôt dans votre exposé. Quand on parle de loyauté... Vous
savez, vous avez été une championne
olympique, Mme Sauvageau, quand on parle de loyauté, c'est ce qui est dans
le vestiaire, ça reste dans le vestiaire. On se bat pour le logo. On se
bat pour notre pays. On se bat pour notre équipe, notre province. Comment les joueurs vont aller porter plainte
quand on leur met ça dans la tête, à partir de quatre, cinq, six ans, sept ans,
dans tous les sports confondus, que la chose la plus importante, ce n'est pas
l'individu, dans une équipe, c'est le logo, il faut protéger le logo à
tout prix? Comment est-ce qu'on va faire pour délier les langues?
Mme Sauvageau
(Danièle) : En fait, ce n'est pas de protéger le logo à tout prix, et
ce qui se passe, dans une chambre, de façon positive, doit y rester, mais,
lorsqu'on parle de complicité, lorsqu'on parle d'abus, lorsqu'on parle d'actes
quasi criminels, en l'occurrence, on se doit de continuer à s'assurer que les
programmes d'éducation font en sorte que les gens ont développé la confiance de
dire : Ça, c'est non, et que les intervenants autour doivent avoir leur
radar très aiguisé pour pouvoir agir rapidement, en temps réel, et, en
l'occurrence, de rapporter si le changement n'est pas adopté.
Ciccone : Il me reste 30 secondes,
Mme Sauvageau. Croyez-vous ça, vous, au code du vestiaire?
Sauvageau (Danièle) : Le code du vestiaire, ça veut dire que ça reste
dans le vestiaire. Je pense que ça prend un code de vie qui dépasse justement
le vestiaire pour faire en sorte que les comportements qui vont être dans le
vestiaire vont être aussi sur la patinoire et à l'extérieur.
Ciccone : Merci beaucoup à vous trois.
Merci.
Présidente (Mme Dionne) :
Merci. Je cède maintenant la parole au porte-parole
du deuxième groupe d'opposition, le député de Rosemont.
M. Marissal :
Oui, merci, Mme la Présidente.
Là, juste pour préciser... Bonjour à vous trois. Je saute les salutations.
Je n'ai pas de temps, moi, ici.
Alors, juste pour
préciser puis que ce soit dans le transcript, là, la Ligue canadienne de
hockey, c'est la ligue qui chapeaute les trois ligues juniors du pays, donc
l'Ouest canadien, l'Ontario et la Ligue de hockey junior majeur, juste pour que
ce soit bien dit, là, qu'on ne parle pas de quelque chose qui s'est passé à
Kamloops, là, quelque part perdu, là. Ça
s'est passé partout, et je présume qu'il y avait, parmi les gens qui ne vous
ont pas posé de question à votre rapport, des représentants de la Ligue
de hockey junior majeur puisqu'ils sont représentés là.
Mme Sauvageau
(Danièle) : Effectivement, oui.
M. Marissal :
Merci de la réponse rapide. Vous dites que le carré de sable dans lequel on
vous a permis de jouer était restreint. Vous n'aviez pas l'autorisation de
poser des questions, notamment sur les inconduites sexuelles. Est-ce que vous
aviez des questions à poser là-dessus?
Mme Sauvageau
(Danièle) : En fait, le mandat qui a été, effectivement, accepté par
notre comité était le carré de sable que
vous avez mentionné. Alors, on est... on s'est maintenus à l'intérieur du mandat
qu'on nous avait donné.
M. Marissal :
On regarde la chronologie. Vous commencez en juillet 2020. L'histoire, dont
on connaît maintenant certains détails, là,
avec le hockey junior, touchant certains joueurs juniors, ça s'est passé en
2018. Je parle d'un viol collectif.
Il y a eu d'autres histoires depuis qui ont couru. Est-ce que vous aviez
vent... ma question, c'est ça, est-ce que vous aviez vent d'inconduites
qui allaient plus... plus loin que les initiations ou que le code de vestiaire?
Est-ce que vous auriez eu du matériel à
fouiller là-dessus? Parce que M. Thériault disait tantôt : Ça nous a
fortement déçus de ne pas pouvoir aller plus loin, mais c'était le
mandat qu'on avait. Auriez-vous souhaité aller plus loin?
Mme Sauvageau
(Danièle) : Oui.
M. Marissal :
Aviez-vous des raisons de croire que vous deviez aller plus loin?
Mme Sauvageau
(Danièle) : En fait, d'avoir des allégations, d'entendre des choses,
certaines rumeurs, d'avoir, évidemment, des gens qui nous ont parlé... On a
parlé quand même à plusieurs personnes, et le sondage, là, rejoint 660 ou tout
près de 700 personnes. Alors, on avait quand même des indications qui nous
auraient porté sur des pistes qui... qu'on
aurait évidemment pu aller, mais, à
l'intérieur du mandat dans lequel on
s'est retrouvés, on a été évidemment alertes. On a travaillé les
questions. On a travaillé... On a même aussi déposé l'ensemble des questions
auprès d'un avocat avec lequel on travaillait pour s'assurer qu'on demeurait à
l'intérieur de notre mandat.
M. Marissal :
OK, vous aviez les mains quand même un peu attachées, là?
Mme Sauvageau
(Danièle) : On devait... Évidemment, la ligue nous avait demandé de
voir les questions au préalable, ce qu'on a
refusé. M. Thériault, tantôt, vous a mentionné qu'on se devait de garder
le caractère indépendant de notre
comité. Alors, c'est nous-mêmes qui avons choisi l'avocat pour s'assurer qu'on
restait à l'intérieur de notre mandat.
M. Marissal :
Ne prenez pas mal ma question, il faut que je la pose, là : Pourquoi
avoir accepté ce mandat-là dans ces conditions-là?
Mme Sauvageau (Danièle) : Parce qu'on voulait...
Évidemment, lorsque vous avez devant vous trois personnes qui est
responsables, professionnelles, passionnées de servir le sport... M. Sheldon
Kennedy, je vous le rappelle, était absent. On se
devait... On l'a pris pour vouloir, évidemment, servir avec tout notre
professionnalisme qu'on nous reconnait, et, avec les recommandations... les constats, d'abord, et les recommandations
qu'on a déposés, on a la forte conviction que ce rapport va aider
l'environnement positif qu'on se doit de créer pour nos jeunes.
M. Marissal :
M. Thériault, j'aimerais vous entendre sur la même question, s'il vous
plaît.
M. Thériault
(Camille) : C'est pas mal la même chose. On connaissait bien le mandat
qui nous avait été donné et on a fait un
travail sérieux, avec des constats et des recommandations qu'on espère bien
pourront être acceptés, et qui va donner une lueur d'espoir pour régler
certains des problèmes qui existent présentement dans le hockey junior au
Canada.
M. Marissal : OK,
mais je crois comprendre, sans vous mettre des mots dans la bouche, que vous
avez quand même vécu quelques frustrations avant, pendant et après le rapport?
M. Thériault (Camille) : Vous me
mettez des mots dans la bouche, mais, oui, c'est ça.
M. Marissal : Mais ce sont les bons
mots?
M. Thériault (Camille) : Oui.
M. Marissal : Bon, vous ne serez pas
dans le club des mal cités, c'est déjà ça de pris. Pour un ancien journaliste,
c'est assez important de ma part.
Par ailleurs,
M. Kennedy disait récemment, dans une entrevue, qu'il avait confiance de
voir la ligue, finalement, mettre de l'avant, là, vos recommandations,
tout ça, mais il précisait : C'est fait grâce à la pression. J'ose croire,
avec une certaine modestie ou une modestie
certaine, qu'on fait de la pression ici aussi, mais les médias aussi font
beaucoup de travail là-dessus, et on les remercie, d'ailleurs. Peut-être
qu'il y a un éveil qui se fait. Êtes vous d'accord avec M. Kennedy quand il dit que, s'il n'y avait pas eu cette
pression-là, probablement que votre rapport et les recommandations
n'auraient pas cheminé, en tout cas certainement pas aussi vite?
Sauvageau (Danièle) : Une chose est certaine, c'est que ça a pris
14 mois, et vous connaissez les raisons pour lesquelles le rapport
a été rendu public.
M. Marissal : Mme Sauvageau, je
ne veux pas vous mettre sur le «hot seat», mais je vous ai entendu décrire des
matchs de hockey assez souvent. Je sais que vous êtes en verve, vous avez le
verbe haut, vous ne manquez pas de mots,
d'habitude. Là, depuis tout à l'heure, je vous vois lire vos notes, vous êtes
très prudente, puis c'est correct, là, je préfère ça qu'un cowboy, là,
mais c'est compliqué de parler de ça? Vous sentez encore les balises ou...
Sauvageau (Danièle) : Non, pas du tout. Je regarde mes notes pour m'assurer,
là... surtout lorsqu'arrive des chiffres, il y a plusieurs chiffres qui sont
galvaudés. Alors, lorsque j'ai repris mes notes, c'était davantage pour
aller chercher les bons chiffres. Et, lorsqu'on m'amenait sur des
recommandations, bien, ça me permettait évidemment de vous entendre et de les
avoir, là... non, c'est de développer... Monsieur, j'ai été... Nous avons...
Comme M. Thériault l'a mentionné, on se doit, ensemble, d'aller beaucoup
plus loin pour créer des environnements qui sont sains et sécuritaires. J'aime
le hockey. J'aime le sport. Je suis dans les arénas quasi à tous les jours.
J'ai beaucoup... J'ai même utilisé des
programmes sportifs pour rejoindre des jeunes lorsque j'étais au sein du Service de police de la ville de Montréal... pour rejoindre des jeunes dans des quartiers plus défavorisés. Alors,
je crois au pouvoir positif du sport, et on se doit, ensemble, justement,
de marquer le temps.
La Présidente (Mme Dionne) : Je dois
malheureusement vous interrompre, désolée, notre temps est écoulé. Merci
infiniment pour votre...
M. Marissal : Merci à vous trois.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment pour votre contribution à ces travaux.
Donc, je suspends la commission jusqu'à
16 h 05. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 56)
Présidente (Mme Dionne) :
Bonjour à tous. La Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux.
Donc, nous poursuivons aujourd'hui les
consultations particulières et les auditions publiques dans le cadre du mandat d'initiative portant sur les révélations de
violence lors des initiations dans le milieu du hockey junior et la possible
situation dans d'autres sports.
Cet après-midi, nous entendrons les organismes
suivants : M. Dany Bernard, docteur en psychologie, en psychologie du sport, l'Officier des plaintes de la protection de l'intégrité dans
le sport, et Me Félix-Antoine Michaud, avocat associé chez
Triviüm, spécialiste en droit du travail.
Donc, je souhaite la bienvenue à M. Dany
Bernard. Donc, M. Bernard, vous avez 10 minutes pour vous présenter,
exposer aussi votre vision. Donc, suite à cela, on poursuivra les échanges et
les consultations. Donc, vous pouvez commencer, et je vous invite à vous
présenter, et à nous faire votre exposé par la suite.
M. Bernard (Dany) :
Alors, merci. Mmes, MM. les
députés, merci pour l'invitation. Par cette présentation, j'essaierai
humblement d'amener des pistes d'explication aux comportements lors des
initiations dans le milieu du hockey sur glace, tout ça
afin de mieux cibler des futures stratégies et pistes d'intervention pour le
bien des athlètes et le bien du sport.
Donc, d'entrée de jeu, ce qui arrive au sport
nous fait mal, parce qu'on a une vision un peu romantique du sport, hein, la
vision britannique du XVIIIe et du XIXe siècle, qui disait que, si on fait
du sport, on va développer un bon citoyen, on va développer un administrateur
honnête, tout ça. Mais, fondamentalement, plus le piédestal est haut, plus on
tombe de haut. Donc, le sport n'est ni bon ni mauvais, il est neutre. Il peut
former ou déformer, il peut construire ou détruire, il peut éduquer ou abrutir,
tout dépend de l'utilisation qu'on va en faire. Et la pièce maîtresse de
l'échiquier sportif québécois, c'est l'entraîneur, et c'est le personnel
d'encadrement. Ça, c'est important à retenir, c'est ce qui va faire que
l'expérience d'un enfant, d'un athlète va être positive ou négative.
Ce qui va
être important aussi, c'est d'identifier... Et ça, je veux être clair
là-dessus, c'est que le hockey sur glace est solidement visé
dernièrement, il n'est pas le seul sport qui est... qui pourrait être visé par
de tels agissements, il n'est pas le seul. Par contre, on a une responsabilité
à l'égard de ce sport-là. C'est une création du Québec, ça a été créé, inventé
à Montréal, et c'est un legs québécois à la planète mondiale... à la culture
mondiale du sport, donc on a une responsabilité de le protéger, de le
développer et de le promouvoir. C'est un sport extrêmement difficile à jouer aussi. C'est un des seuls sports avec deux
extensions, hein, les patins, parce que ce n'est pas un moyen de transport
normal, et également, le bâton, parce
qu'on ne contrôle pas l'objet par la main. Donc, un sport fantastique et c'est
notre devoir, comme Québécois, d'en faire... de le promouvoir puis d'en faire
un sport qui peut faire rejaillir le Québec sur... au niveau mondial.
Donc, ça, pour moi, c'est fondamental.
Par contre, il n'est pas parfait. Il y a une
culture... une sous-culture en hockey sur glace. Ça, il faut l'adresser. Le
hockey sur glace possède ses propres façons de faire. Les normes formelles et
informelles qui s'y trouvent contribueraient à créer un environnement où les
joueurs et entraîneurs sont en mesure d'interpréter et de prévoir des actes.
Nous sommes face à une sous-culture occupationnelle de la violence. Cette
sous-culture limiterait les dires et les
actions des joueurs et des entraîneurs. Dans notre cas, c'est important, cette
phrase-là : limiter les dires des joueurs par rapport à ce qui se
passe chez eux. Il serait impensable de s'élever contre cette façon de faire, à
moins d'en payer le prix, d'être mis sur la piste d'évitement, la voie
d'évitement.
L'intégration des normes de la sous-culture est
encouragée et renforcée, et leur intégration complète favoriserait la mobilité
sociale. C'est un autre point important. Dans ce qu'on vit présentement, la
mobilité sociale d'aller le plus loin possible, soit la grande ligue, la Ligue
nationale de hockey, donc, les comportements font en sorte qu'on se censure de
façon à ne pas perdre notre idéal, notre rêve, qui est d'atteindre la Ligue
nationale de hockey. Donc, l'intégration des
normes de la sous-culture est encouragée et renforcée, je l'ai dit. Les joueurs
et les entraîneurs qui vivent le
hockey de compétition depuis suffisamment longtemps ont intégré ces règles et
les normes de la sous-culture afin de ne pas être éliminés par
celles-ci. Ainsi, nos athlètes sont socialisés à son idéologie et son style de
vie par un vaste réseau de récompenses et de sanctions sociales, que les
membres se fournissent entre eux dans leurs activités quotidiennes.
De cette sous-culture ressortent des valeurs importantes,
puis il y a un noyau dur de valeurs. Premièrement, l'effort, l'effort. Pour eux autres, difficile de ne pas valoriser
l'effort, parce qu'il nous permet d'aller... de remporter la victoire. Le travail d'équipe également, cette
synergie-là qui nous permet, encore une fois, d'aller chercher la victoire, et
ça fait deux fois que je le dis. La propriété émergente du sport, selon la
définition de Donald Guay, c'est vraiment la victoire. Elle n'est ni
mauvaise ni bonne. Souvent, on voit la compétition comme étant quelque chose
d'extrêmement mauvais à la base. Ce n'est pas mauvais à la base, c'est une
propriété émergente du sport.
Donc, dans ces valeurs-là, le travail d'équipe,
on va avoir une certaine discipline, hein, le respect de certaines conventions sociales. C'est un peu paradoxal à ce
qu'on a vécu, à ce que... aux comportements qui nous ont été rapportés. Respect des règles de performance, hein, c'est
important. Les habitudes de vie versus la victoire, la performance, la
nutrition, l'entraînement. Et le
respect des règles du jeu, mais ça, c'est à
titre purement instrumental, ne pas
prendre de punitions inutiles. Par contre, il pourrait y avoir de bonnes
punitions.
Donc, compétences techniques et tactiques, c'est
important. Un, les entraîneurs considèrent que c'est leur première responsabilité. Un, c'est de mener
l'équipe à la victoire par une compétence aux niveaux technique, tactique,
stratégique, chez les athlètes, encore plus.
En améliorant leurs habiletés et leurs connaissances du hockey, ils sont plus
en mesure de satisfaire les demandes de l'entraîneur, d'améliorer leur
réputation et de favoriser leur mobilité sociale.
Maintenant, arrive la victoire, parce que, de
ça, la victoire, dépendent bien des comportements déviants. La victoire fait
partie du sport, mais gagner à tout prix fait
partie de la survalorisation du
sport, et là apparaissent des comportements déviants. On va parler de
transgression de règles, transgression de règles. Il ne s'agit pas de respecter
les règlements à la lettre, il faut savoir les interpréter et les utiliser...
et les utiliser, ce qui veut vouloir dire les enfreindre volontairement, dans
le but, un, de donner un avantage tactique, de défendre un adversaire et de
sauver un but. On va même jusqu'à dire que
les joueurs qui peuvent satisfaire les préalables légaux et illégaux sont mieux
perçus par les entraîneurs et les dépisteurs que les joueurs qui
n'utilisent que des moyens légaux.
L'utilisation de l'intimidation également. Ça,
ça a un lien très important avec ce qu'on a vécu dans les intimidations... dans
les initiations. Avec la réputation de ne pas être intimidables, les joueurs se
protègent contre de futures... contre de
futures agressions, alors que de faire face à un adversaire est un moyen de
gagner le respect. De se désister ou reculer devient un moyen de perdre
le respect. Ça, c'est important.
Initiation à la prise de risque. La philosophie
de la victoire à tout prix a des effets sur la manière d'évaluer les risques.
Les joueurs sont prêts à tout donner pour remporter la victoire. Ils peuvent
mettre en péril leur intégrité physique.
C'est ce qu'on appelle la surconformité. L'athlète doit faire des sacrifices.
L'athlète recherche constamment à s'améliorer et à
se rapprocher de la perfection et l'athlète doit faire abstraction de la
douleur, de la pression et de la peur. Ça, on le voit encore. Quand on a tous
les témoignages sur les initiations, ces points-là ressortent, la peur, hein,
l'omerta aussi. Donc, l'acceptation de risques, alors, apparaît comme une
preuve de courage et de dévouement.
Certains chercheurs
traitent de la violence et de la masculinité. Les hommes considèrent la violence
comme un élément inhérent à la structure du sport, elle est donc légitime et
naturelle. Puis une incapacité de se conformer à ces valeurs met en péril les
possibilités d'une carrière de joueur et diminue de beaucoup sa contribution à
l'équipe.
Maintenant, pour
terminer, les fameuses initiations, les fameux rites de passage positifs. Les
rites de passage ou les rites initiatiques,
ça peut être bon, ça peut être bon, ça... Comme je l'ai dit tantôt, au même
niveau que le sport, ça peut être
bon, et ça peut avoir des conséquences positives. Il faut... il faut l'utiliser
systématiquement, systémiquement, le planifier
et l'expliquer aux athlètes. Il faut commencer en bas âge. Les initiations
commencent parfois chez les pee-wee, mais surtout au niveau bantam, et
c'est là qu'on doit agir. On doit agir en amont pour qu'une fois rendus plus
loin ils puissent reconnaître ce qui est un bon rite initiatique ou un mauvais
rite initiatique. L'importance du rite initiatique ou rite de passage, se connaître soi-même, connaître ses coéquipiers,
créer des conditions optimales pour une masculinité authentique et saine, créer une synergie... hein, le
fameux travail d'équipe, on en a parlé tantôt... une synergie, véritable
esprit d'équipe, qui va avoir un impact sur la performance, parce que, bien
souvent, ce qu'on a peur c'est... quand l'aspect éducatif du sport est
présenté, c'est qu'on a peur que ça nuise à la victoire et au développement de
l'athlète et de l'excellence. Donc, ça,
c'est important. Ça, c'est un... c'est une croyance commune qu'il faut vraiment
balayer du revers de la main.
Donc, avec une
approche systémique basée sur le développement humain, et surtout, sur la
dignité humaine, le rite initiatique peut
créer... peut laisser une marque indélébile positive chez chaque athlète. Donc,
prendre du temps, les... ça prend du temps, de la connaissance, mais il
faut surtout que, dans le contexte du hockey sur glace, on puisse donner du
temps à ce rite initiatique là, ce qui n'est pas toujours faisable à tous les
niveaux de hockey.
Donc, finalement,
comme conclusion, le sport n'est ni bon ni mauvais, tout dépend de
l'utilisation qu'on en fait. Et, comme je l'ai dit, les rites de passage
peuvent être très positifs dans l'intégration des enfants dans un groupe. Ils doivent être planifiés systématiquement et
systémiquement. Puis cette crise-là est une opportunité idéale pour redorer l'image
du sport, parce qu'on peut le prendre... on peut aller... on peut être
découragés à en pleurer, mais allons-y sur les opportunités de changement,
surtout de procurer aux participants un climat optimal de développement, qu'on
soit au hockey mineur ou au hockey majeur. Puis, comme je l'ai dit tantôt,
comme nation, on a une grande responsabilité envers le hockey sur glace. Il a été
inventé par nous. Il a été longtemps aussi un symbole d'émancipation pour le
peuple québécois.
La Présidente (Mme
Dionne) : Il vous reste 10 secondes, M. Bernard.
M. Bernard
(Dany) : Parfait. Donc, comme je l'ai dit, le Québec est une société
progressiste et doit, par le fait même, assumer son rôle de leadership à
l'égard du hockey et de ses participants, enfants, adolescents et jeunes
adultes. Je vous remercie de votre attention.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment pour cet exposé. Nous allons débuter les
échanges. Je cède la parole du côté du gouvernement, avec le député... M. le
député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je voudrais
déclarer mes intérêts. J'ai devant moi quelqu'un qui a participé à la culture positive du hockey avec un maître, par
rapport à moi. Quand j'étais au département d'éducation physique à l'Université
Laval, je pense que je partais, puis vous, vous arriviez, mais on a tous deux
été fortement impressionnés par un homme comme Gaston Marcotte, qui a fait
beaucoup pour le hockey en particulier, pour le sport en général. Et puis
j'aimerais ça, puisque vous parlez... Les conditions avec lesquelles
l'initiation peut avoir un caractère
positif, on n'en a pas assez parlé. Bien, évidemment, on n'a pas parlé beaucoup
de ce sujet-là, c'est plutôt le caractère négatif qui est exploré, mais
je sais, pour avoir suivi vos travaux, que vous avez, comme praticien, essayé
de focusser sur du positif. Quelle pourrait être, justement, disons, la
contribution de ce secteur-là comme tel, qui pourrait entraîner une
modification du comportement comme tel?
M. Bernard
(Dany) : Bien, ce qui va être important, fondamentalement si,
admettons, stratégiquement, on veut rentrer, c'est de faire en sorte de
présenter cette initiation-là comme étant un élément important dans la cohésion
d'équipe, parce que, rapidement, les
athlètes vont mettre le lien entre cohésion d'équipe et victoire. Parce que, si
on veut rentrer, il ne faut pas... il faut y aller, je dirais, comme le yin et
le yang, là, de façon douce, faire en sorte que, l'initiation, on se donne du temps pour le faire. Parce que, si
on prend l'exemple du junior majeur, beaucoup de matchs hors concours, rapidement, on embarque avec la saison régulière.
On a des dates limites pour les étudiants, l'inscription des étudiants,
soit au secondaire, au cégep, à l'université. Donc, à ce niveau-là, faire en
sorte qu'on soit... que les entraîneurs soient accompagnés là-dedans, soient accompagnés, parce que les entraîneurs, je
l'ai dit tantôt, ils se concentrent sur l'aspect technique, tactique,
stratégique, ils ne sont pas accompagnés là-dessus.
Même, présentement,
le sport évolue. On a des préparateurs physiques, on a des préparateurs
mentaux. Pourquoi ne pas donner au
préparateur mental cette responsabilité-là, de dire : Tu vas nous
développer un rite initiatique qui va être positif, qui va travailler
sur la cohésion des joueurs, puis qui va surtout mettre l'accent sur un groupe,
sur connaissance de soi, on se présente à tout le monde, qui on est, quelles
sont nos valeurs, où on s'en va, connaissances des groupes... du groupe, et des
activités de résolution de problèmes puis de travail de cohésion d'équipe? Et
ça, excusez-moi, on pourrait remplir cet édifice-là de livres, de moyens pour
faire en sorte que ce soit positif.
Parce
qu'il ne faut pas oublier que, même junior majeur, peu d'athlètes atteignent la
Ligue nationale de hockey. Et quand on regarde l'impact des initiations sur la
vie des gens, à l'extérieur du hockey sur glace, c'est d'une grande tristesse,
alors qu'on pourrait y aller avec des initiatives qui font en sorte qu'elles
vont marquer positivement les athlètes, et
que ça va même les aider dans leur vie de tous les jours, parce qu'il y a une
possibilité de transfert dans la vie de tous les jours. D'ailleurs,
c'est comme ça qu'on vante le sport, c'est : Aïe! le sport peut développer
ci, ça et même... on peut même le transférer dans la vie quotidienne.
Présentement, les études ne vont pas nécessairement de ce côté-là. Les sports
de contact physique, football, hockey, on a tendance à développer la violence
comme mode de résolution de problèmes dans la société civile. Donc, on a du
travail à faire, tu sais, on a du travail à faire, mais on a les outils pour le
faire, puis on pourrait le faire, si on se donne la volonté et l'intention de
le faire.
M. Asselin : Je
sais que vous avez travaillé fort aussi du côté des bagarres, en particulier.
Mais, disons, sur le volet de l'opportunité
qu'on vit, avec les difficultés qui sont sorties à travers les médias puis dans
la commission, est-ce que vous croyez
vraiment qu'effectivement il y a un futur positif qui pourrait se dessiner avec
l'opportunité qu'on vit?
M. Bernard
(Dany) : Je crois que oui, parce que je ne serais pas ici si je
croyais le contraire. Donc, je crois que
oui. Ça va demander beaucoup d'efforts, parce que, quand on parle du hockey
junior majeur, il y a des qualités, mais c'est également des entreprises
privées. Si on le fait au hockey mineur, bien, on travaille avec des
organisations, avec des entraîneurs, des
bénévoles. Ça aussi, c'est... on doit travailler fort avec eux. Mais le sport
spectacle versus le sport amateur, il y a une différence. Donc, au niveau de la
Ligue de hockey junior majeur du Québec, je crois qu'on pourrait le faire si la volonté y est, si on accompagne
bien les entraîneurs et, surtout, si on valorise cette initiation-là comme
étant un travail de cohésion d'équipe. Là, on ne perdra pas. Là, on va aller
chercher le ralliement des gens puis on ne sera pas trop loin de leur volonté, tu sais, de l'entraîneur, qui est :
développer techniquement, tactiquement. Il va y avoir... Tout
comportement humain, hein, c'est coûts-bénéfice. Donc, si j'ai quelqu'un qui
fait une initiation qui a vraiment du sens,
qui va m'amener... qui va amener l'équipe en avance, hein, en début de saison,
déjà, donc, va faire en sorte que ça va être achetable. Donc, en termes
de stratégie de changement de comportement, ça, c'est important.
M. Asselin : Je
vais laisser la place aux autres collègues.
M. Bernard
(Dany) : Est-ce que ça répond à votre question, M. le député?
M. Asselin : Oui,
merci beaucoup, M. Bernard. Et puis bravo pour votre travail.
M. Bernard (Dany) :
Merci.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. M. le député de Richelieu.
M. Émond : Oui, merci, Mme la Présidente. Bonjour,
M. Bernard. Merci pour votre présence et votre contribution aux
travaux de la commission.
Vous
parlez de notre sport national avec beaucoup de passion, on le sent que c'est
quelque chose qui vous anime. Je note même que vous dites que, comme
nation québécoise, on a l'obligation ou la responsabilité de porter haut, de défendre notre sport national, et surtout, faire
en sorte qu'il se pratique de façon correcte et acceptable chez nos plus
jeunes, mais également chez les personnes une fois au stade adulte.
M. Bernard,
vous avez parlé de sous-culture valorisant la violence, je ne veux pas mal vous
citer, là, valorisant la violence, le
silence des joueurs. Ça, donc, c'est quelque chose que vous avez décodé à
travers vos années d'expertise. Est-ce que vous considérez que c'est
toujours présent, là, présentement, dans le milieu du hockey?
M. Bernard (Dany) :
Toujours présent. Comme je l'ai dit, l'élément où ça fait mal, c'est la
mobilité sociale. Tu sais, on veut aller dans la Ligue nationale de hockey, et
l'humain, souvent, va... a une grande capacité à accepter l'inacceptable, donc, on l'a vu. Donc, cette
sous-culture-là existe toujours. Il y a des changements, et c'est très
cyclique, hein, donc la violence est
très cyclique. Il y a des interventions qui ont eu lieu pour diminuer le nombre
de bagarres, les règles un peu plus
strictes, mais elle demeure, elle demeure, parce qu'on va l'utiliser pour
avoir, pour atteindre la victoire, donc l'intimidation, transgression de
règles.
Tu sais, c'est un des
rares sports où on dit : Aïe! ça, c'est une très bonne punition. Et c'est
un des rares sports où, lorsqu'on prend une
punition, on te donne un avantage que tu n'as pas à cinq contre cinq. Donc, à
cinq contre cinq, tu n'as pas le droit
de dégager. Tu enfreins les règles, on te permet de dégager. Et s'il y a
quelqu'un qui est le moindrement
brillant sur le banc ou en arrière du banc, alors qu'un bon avantage numérique
est à 23 %, bien, j'ai quand même
77 % des chances de m'en sortir en étant puni. Donc, imaginez-vous, quand
je parle de sous-culture, c'est à ça qu'on a affaire, c'est à ça qu'on a
affaire. Donc, elle est toujours présente.
M. Émond : Je
comprends très bien. Puis vous nous embarquez dans la technicalité du sport du
hockey, là. C'est intéressant, mais je ne voudrais pas qu'on aille...
M. Bernard
(Dany) : Non, pas trop loin.
M. Émond : ...un peu trop... malgré que j'ai pris, dans mes
lectures vous concernant, là, que vous avez plaidé pour permettre les
mises en échec uniquement lorsque deux joueurs sont dans le même sens de la
patinoire. Mais on ne va pas aller là-dedans, là, je vais laisser ça aux
spécialistes qui sont en face de moi.
Mais dites-moi,
M. Bernard, plus sérieusement, est-ce que vous pensez... Parce que vous
avez beaucoup parlé de la responsabilité des
entraîneurs. Ça, je trouve ça intéressant, parce que moi, je suis de ceux qui
pensent, en tout cas, depuis les
travaux de la commission, qu'ils ont tellement un double rôle parce que ce sont
eux, comme vous le dites, qui poussent
les jeunes à se dépasser lorsqu'ils sont derrière le banc. Donc, je ne suis pas
en train de vous dire qu'ils poussent les jeunes à adopter des
comportements inacceptables en tout temps, entre autres, dans les initiations,
mais moi, je suis de ceux qui a plaidé beaucoup sur le rôle de leadership que
doivent exercer, dans le cas qui nous occupe, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, entre autres, les gouverneurs,
mais également, le commissaire, hein, qui est un peu l'autorité suprême,
là, de s'adresser directement aux jeunes.
Mais j'aimerais vous
entendre un peu plus précisément sur le rôle de l'entraîneur qu'il devrait
avoir dans ses annonces, son comportement
face aux jeunes, puis surtout, pour leur dire : Est-ce que vous croyez
qu'on doit clairement identifier ce
qui est inacceptable et... inacceptable dans le cadre des initiations? Parce
que je pense que vous l'avez dit, vous
êtes un de ceux qui plaident qu'elles doivent continuer d'exister là, il y a un
rôle d'initiation... Les initiations ont un rôle important, les anthropologues, les sociologues pourraient nous
le dire, mais c'est lorsqu'ils sont exercés de façon inacceptable, là,
que c'est...
M. Bernard (Dany) : Exactement. Donc, pour
répondre à votre question, et corrigez-moi si je dérive, mais, si je comprends bien, oui, effectivement, l'entraîneur a
un rôle important. Et pour expliquer le comportement de l'entraîneur, aussi,
face aux rites initiatiques, c'est qu'en sport tu as ce que je vais appeler un
territoire unique entraîneur, territoire unique
joueurs puis des territoires mixtes, hein, parce que, souvent, les joueurs vont
avoir leurs particularités puis leurs moments où ils sont ensemble, les
entraîneurs également. Mais dans le cas de l'initiation, c'est que l'entraîneur
devrait avoir une responsabilité. J'irais plus loin que ça. C'est que le comité
d'initiation, hein, les vétérans devraient présenter
à l'entraîneur et à l'équipe d'entraîneurs : Voici ce qu'on entend faire
pour l'initiation. Et ça va plus loin que ça, aussi, dans la présentation, tu sais, dans l'accueil des joueurs au camp
de sélection. Voici qui on est comme organisation, voici les valeurs privilégiées, voici ce qu'on
veut. Et ça, ces valeurs-là, on veut les avoir du début de l'année à la fin de l'année,
en séance d'entraînement hors glace, sur glace, à l