House Proceedings — 10 March 1994 (34th Legislature, 2nd Session)
1994-03-10
Quebec — Debates (Hansard)
Journal des débats de l'Assemblée nationale
Version finale
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34 e législature, 2 e session
(19 mars 1992 au 10 mars 1994)
Le jeudi 10 mars 1994 - Vol. 32 N° 150
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Journal des débats
(Quatorze heures huit minutes)
Le Président: Mmes et MM. les députés, nous
allons nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie.
Veuillez vous asseoir.
Alors, je vais immédiatement céder la parole à M.
le député de Mille-Îles.
Démission du député de
Mille-Îles, M. Jean-Pierre Bélisle
M. Jean-Pierre Bélisle
M. Bélisle: Merci, M. le Président. Afin de me
conformer aux prescriptions de l'article 16 de la
Loi sur l'Assemblée
nationale, je me suis demandé quel serait l'endroit le plus
approprié et la façon la plus respectueuse pour moi de remplir ce
dernier devoir. J'avais deux choix: par une lettre adressée à la
présidence, lue par celle-ci et, ensuite, devant les médias, dans
les corridors de l'Assemblée nationale, discrètement, sans faire
de bruit, presque en cachette, ou verbalement, publiquement, au salon bleu de
l'Assemblée nationale, devant mes pairs et mes collègues.
M. le Président, connaissant mon profond respect et attachement
à l'institution qu'est l'Assemblée nationale, je ne pouvais me
défiler à cette dernière occasion de vous parler à
tous, comme député et comme citoyen du Québec.
Je suis entré dans cette Assemblée en 1985 pour
émettre, d'abord, mes opinions et celles de mes électeurs du
comté de Mille-Iles sur les débats en commissions parlementaires
et dans tous les autres débats dans cette Assemblée.
Deuxièmement, pour apporter des corrections à la gestion de
l'État, suggérer les correctifs précis appropriés,
en somme pour être un élément positif de changement profond
et véritable. (14 h 10)
Pour atteindre ce double objectif, M. le Président, à
chaque intervention, vous le savez ? et Dieu sait qu'il y en a eu dans
cette Assemblée ? je me suis imposé les règles
suivantes: premièrement, d'apporter une vision des
événements, des lois et des programmes, à deux dimensions,
basée sur ma formation de juriste et d'économiste;
deuxièmement, de toujours privilégier le contenu à la
substance du message, la valeur de l'argumentation à la forme et aux
querelles partisanes stériles; troisièmement, de fouiller, de
rechercher chaque dossier en m'abreuvant à un outil absolument
exceptionnel que trop peu d'entre nous utilisent, la Bibliothèque de
l'Assemblée nationale.
Mes interventions, M. le Président, ont toutes tenté de
respecter les règles suivantes: exprimer mes opinions sans jamais les
compromettre; dire la vérité, en toutes circonstances, telle
qu'elle est, car il est faux le proverbe qui dit que toute vérité
n'est pas bonne à entendre, sauf pour ceux qui ne veulent rien entendre;
ne jamais prendre pour acquis que ce qui est acquis est acquis, que ce qui est
fait est correctement fait, que ce soit dans des décisions de
l'État, dans les lois ou dans les programmes existants. En somme, M. le
Président, vivre mon rôle de député, de
contrôleur, modeste contrôleur du peuple, des décisions de
l'Exécutif, non pas comme une machine à voter mais en exigeant de
l'Exécutif et de l'administration et des fonctionnaires, au nom de mes
concitoyens, au nom des payeurs de taxes, des comptes.
Oui, je l'avoue, M. le Président, j'ai été
têtu, j'ai été souvent embêtant. Oui, quelquefois,
pour ma formation politique, à plusieurs égards, pas toujours
commode. Oui, je l'avoue, j'ai toujours tenté de voir plus loin qu'un
seul arbre à la fois dans la forêt. J'ai toujours tenté de
voir la forêt dans son ensemble pour distinguer des tendances une
perspective, pour comprendre et apprendre de nos erreurs passées, dans
le but d'identifier des corrections pour faire aujourd'hui que nous soyons
mieux demain.
Ceux qui verront dans ma dernière intervention, par une analyse
superficielle, le rêve d'un idéaliste, n'auront rien compris. Dans
ce siècle où, pour les médias, l'émotion fait la
une, mon dernier discours se veut à l'opposé de cette tendance.
Mon dernier discours se veut une douche d'eau froide, une douche de raison.
Aujourd'hui, le jeu politique ne consiste plus à savoir qui gagne
ou qui perd, quel parti ou formation politique l'emporte, mais comment nous
pouvons, tous ensemble, ou plutôt comme société, moins
perdre comme collectivité. Pourtant, les constats sont incontournables
et non partisans, et les conclusions également sont incontournables. La
dette directe du Québec dépasse les 50 000 000 000 $. La dette
indirecte du Québec, avec celle d'Hydro-Québec, dépasse
les 100 000 000 000 $.
Malgré les efforts louables du gouvernement
libéral de 1986 et 1987, dont je suis très fier, les
déficits de 3 000 000 000 $, 4 000 000 000 $, 5 000 000 000 $ par
année, provoqués par les périodes de récession,
entraînent une escalade sans fin dans l'escalier de l'endettement.
Les Québécoises et les Québécois ont atteint
un seuil d'intolérance fiscale, et certains optent pour une
économie souterraine, et récemment, même, pour la
désobéissance civile.
Dans un contexte de libre marché des biens et des services, le
Québec d'aujourd'hui et de demain ne peut ignorer ce que ses voisins
immédiats, sur le plan géographique, font. On n'a qu'à
penser, M. le Président, à la province voisine, le
Nouveau-Brunswick, qui est moins bien pourvue de ressources que nous et qui va
réussir presque l'impossible, équilibrer son budget en
l'espace
de quelques années, alors que, nous, nous continuons de grimper
les marches de l'escalier et nous serons bientôt rendus peut-être
au 17e ou au 18e étage.
La signature de l'ALENA, de ce grand marché qui s'ouvre à
nous. Nous avons, à trois ou quatre heures de distance de voiture, des
États américains, qui, en vertu de leur constitution interne,
n'ont pas le droit de faire de déficit. Qu'arrivera-t-il lorsque nous
serons en compétition avec ces gens dans trois ans, surtout pour les
produits et services? Nous nous préparons, M. le Président, et
c'est mon opinion, un avenir gris si nous ne corrigeons pas notre tir. Nous
serons vulnérables. Nous n'aurons plus de marge de manoeuvre pour
attirer des investissements importants et créer des emplois.
Faut-il rappeler un projet de loi qui a été
déposé à cette Assemblée par le
député de Saint-Louis, actuel ministre de l'Éducation, le
projet de loi 197, la
Loi sur la limitation des dépenses
budgétaires? Personne, M. le Président, n'a le droit de vivre
au-dessus de ses moyens, pas même l'État du Québec.
M. le Président, je crois qu'emprunter pour créer de
l'activité économique est une illusion qui n'a plus sa place dans
la gestion d'un État moderne. Nous avons fait la preuve, depuis 1960,
depuis 34 ans, que la théorie de 1929-1930 de John Maynard Keynes ne
fonctionne pas. Alors, de quel mal, de quelle maladie chronique souffrent donc
tous nos gouvernements, de quelque parti que ce soit, pour que la
société retombe infailliblement, à chaque sept ou huit
ans, par période de récession, dans sa cohorte de vies
brisées, de jeunesses sacrifiées et de rêves
anéantis? Il doit y avoir quelque chose que nous ne faisons pas
correctement.
Le coupable facile à identifier: la fonction publique. Erreur!
Erreur! La fonction publique est productive. Oui, il y a peut-être
quelques petites «inefficiences» ici et là, mais elle n'est
pas plus improductive qu'ailleurs. N'oublions jamais que les véritables
mandataires qui passent les commandes à la fonction publique sont, M. le
Président, le Conseil des ministres de quelque gouvernement que ce soit
et l'Assemblée nationale, qui transforme les intentions executives dans
des lois qui deviennent, au meilleur des connaissances des serviteurs de
l'État, des mandats à exécuter.
La déficience fondamentale au Québec, depuis 1960, M. le
Président, se situe au niveau de la technique de la prise de
décisions. Comment pouvons-nous décider des lois et
règlements si nous, parlementaires, ignorons, lors de l'étude de
nos projets de loi, les impacts sur les clientèles visées ?
hommes, femmes, étudiants, entreprises, syndicats du Québec
? les hypothèses de comportement de chacun des agents
socio-économiques, les projections de bénéfices, les
projections de revenus, si nous ignorons, M. le Président, les
coûts pour le gouvernement ? bien que le Conseil du trésor
essaie de les estimer au meilleur de sa connaissance ? et surtout, M. le
Président, si personne ne fait l'évaluation des coûts pour
la société.
Quelques exemples, M. le Président: La
Loi sur la
Société nationale de l'amiante, la loi concernant quebecair, la
loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès,
votée en 1983, où joyeusement et allègrement les
parlementaires de cette salle, unanimement, ont transformé la
loi sur
les coroners en ajoutant moult obligations et devoirs supplémentaires.
deux chiffres, messieurs: budget avant modification, en 1983, 2 011000$; budget
de 1993, 10 ans plus tard, 6 988 000 $ ? 324 % d'augmentation sur 10 ans,
32,4 % d'augmentation par année.
M. le Président, j'ai déposé en cette Chambre, en
octobre 1993, le projet de loi 195, projet de loi 195 qui modifie l'article 30
de la
Loi sur l'Assemblée nationale, qui est l'article le plus
fondamental, qui est la raison d'être de l'élection d'un
député dans cette Assemblée, qui dit: Tout
député a le droit de déposer un projet de loi.
Je vous ai soumis trois nouvelles règles du jeu pour que le
peuple, le payeur de taxes reprenne sa souveraineté. Je vous ai soumis
que nous devrions tous, comme parlementaires, lors du dépôt d'un
projet de loi, avoir en nos mains, lors du dépôt d'un projet de
loi, les études d'impact, les bénéfices, les revenus, les
coûts pour le gouvernement, les coûts pour la
société,
article par
article ou par regroupement d'articles, pour
l'année de sanction et les deux années subséquentes. (14 h
Je vous ai soumis également une règle qui existe dans au
moins une trentaine d'États américains, soit la revue
systématique de performance et de productivité de toutes nos lois
et de tous nos programmes. Nous vous citons quelques exemples: le Colorado, le
Connecticut, la Louisiane, le Maine, la Floride, le Tennessee, l'Oklahoma et 22
autres États ont une loi, dans chacun de ces États, qui n'est
qu'un calendrier où on établit spécifiquement qu'en 1994,
1995, 1996, 1997, telle et telle loi du ministère des Transports, telle
et telle loi du ministère de la Justice, telle et telle loi du
ministère des Finances doivent être revues pour voir si on a
atteint les objectifs qui ont été prévus par les
parlementaires, par ceux qui passent la commande à la machine
publique.
Enfin, je vous ai suggéré, dans le projet de loi 195, que
les véritables gestionnaires, les sous-ministres en
titre et les
sous-ministres adjoints concernés, et les dirigeants d'organismes, le
président de la CSST, le président d'Hydro-Québec, que ces
gens-là, tout simplement, assument leurs responsabilités et
signent ces rapports: le premier rapport qui est déposé avec le
dépôt du projet de loi pour nous dire ce que ça va
coûter aux gens qu'on représente et ce que ça va leur
rapporter. Ce n'est pas à ceux qui occupent les fauteuils
ministériels, de quelque parti que ce soit, de les faire, ces calculs.
Il y a des gens qui sont là pour les faire, ces calculs. Et s'ils se
trompent, c'est à nous de demander des comptes.
Dernier point, M. le Président, les lois ne sont jamais faites
pour l'éternité, sauf qu'il semble qu'au Québec nous
n'avons pas compris ce point. À chacune des lois votées dans
cette Assemblée, nous terminons le texte de loi en disant: «La
présente loi entre en vigueur...», nous mettons deux belles
parenthèses et nous
mettons la date de la sanction, et nous mettons un point. Il nous manque
quatre mots ? parce que personne ne signe un chèque en blanc pour
la vie dans chacune de nos vies personnelles ? «et se termine
à telle date», pour forcer l'administration publique, pour forcer
ceux qui ont la responsabilité de la gestion des programmes, pour forcer
l'Exécutif, qui ne sera peut-être pas le même dans 15 ans ou
20 ans, aux six ans, à date fixe, pour forcer les parlementaires de
l'époque à revoir le bien-fondé de ce qui a
été fait.
M. le Président, si 195 était adopté, nous aurions
au Québec une Assemblée nationale mieux outillée pour
prendre des décisions et nous diminuerions sensiblement l'avalanche de
lois que nous adoptons. Sous le Parti québécois et sous le Parti
libéral, nous adoptons 500 lois environ sur une période de quatre
ans, et nos Conseils des ministres voguent à une vitesse de 1500
règlements en quatre ans. Est-ce que vous possédez dans vos
bureaux des ordinateurs pour être capable seulement de suivre la trace de
tout ce qui se fait? Il me semble, M. le Président, que ces
mesures-là, c'est du gros bon sens. Et c'est là où nous
sommes rendus.
C'est également du gros bon sens, M. le Président, pour un
autre projet de loi que j'ai déposé à l'Assemblée
au mois de décembre 1992, le projet de loi 194 sur la divulgation
d'activités inappropriées, plus communément connue aux
États-Unis sous le nom de «whistle-blowing», qui existe au
gouvernement fédéral américain depuis 1978, qui fonctionne
très bien dans 35 États aux États-Unis. Que nous
permettions à ceux qui travaillent pour l'État, ou qui sont en
contact avec l'État, de divulguer, sous le sceau de la
confidentialité, dans un affidavit, des situations qui mettent en
question la santé publique, qui constituent des
«inefficiences» ou des «déséconomies», ou
du gaspillage pur et simple.
M. le Président, un an moins trois jours après le 17
décembre 1992, après que j'eus déposé en cette
Assemblée ce projet de loi, la preuve que le proverbe «Nul n'est
prophète en son pays» est vrai, la Législature de
l'Ontario, notre voisine, le 14 décembre 1993, adoptait, par le projet
de loi 117, une telle loi. Pourquoi ça ne serait pas du gros bon sens
pour nous, et pourquoi ce serait du mauvais sens pour eux, ou de la mauvaise
gestion pour eux? Tous les éléments sont là pour corriger
la technique de la prise de décisions.
Vous ne m'en voudrez pas, M. le Président, en terminant, une
pensée pour l'ex-premier ministre, M. Robert Bourassa, qui m'a
donné le privilège ? je dis bien le privilège ?
de servir le Québec et mes concitoyens. À mon premier ministre
actuel, le député de Vaudreuil, à qui je reconnais une
expérience solide et une compétence exceptionnelle, à la
veille du congrès d'orientation du Parti libéral du
Québec, je suggère modestement et humblement qu'il emprunte la
voie des changements profonds dans le discours inaugural qu'il s'apprête
à déposer dans quelque temps à l'Assemblée. Je suis
assuré, M. le Président, que les Québécois et les
Québécoises reconnaîtront dans son audace leur
volonté ferme de changement. Et, plus précisément, pour
les gens de Laval, s'il avait l'audace de mettre en chantier l'usine
d'épuration La Pinière et le second hôpital dans l'ouest,
je suis assuré que les gens de Laval reconnaîtraient
également que son audace est justifiée.
M. le Président, à mon leader, le député de
Brome-Missisquoi, merci de sa compréhension, de son honnête et
amicale complicité dans le partage de notre tâche. J'ai
découvert un ami en lui au cours des deux dernières
années. À mes collègues députés, mon plus
profond attachement; mes pensées vous accompagneront au cours de vos
débats. Au leader de l'Opposition, le député de Joliette,
au leader adjoint de l'Opposition, le député d'Abitibi-Ouest,
merci de votre collaboration, de votre esprit de compréhension. À
vous, M. le Président, au personnel de l'Assemblée nationale, du
plus modeste employé, des pages jusqu'au secrétaire
général de l'Assemblée, merci pour la chaleur humaine que
vous m'avez témoignée au cours de ces huit dernières
années. Aux électeurs de Mille-Îles, un dernier message de
gratitude pour leur appui constant depuis 1985.
Ayant atteint la fin de ma route à l'Assemblée nationale
et envisageant de nouveaux défis, je vous remets, M. le
Président, à
titre de député de Mille-Îles,
ma démission. Pour moi, ce n'est pas une démission au sens
où on l'entend habituellement, c'est plutôt un départ. Je
quitte sans regret, l'âme en paix, l'esprit serein, avec mes idées
et mes opinions, plus conscient que jamais que des changements profonds
à la technique de prise de décisions de l'État sont
absolument nécessaires et que ces changements, et seuls ces changements,
constituent la clé maîtresse du renouveau de l'État du
Québec. Je vous remercie.
Le Président: À ce moment-ci, je vais céder
la parole à M. le député d'Abitibi-Ouest et leader adjoint
de l'Opposition.
M. François Gendron
M. Gendron: Oui, M. le Président. À
titre de
vis-à-vis du député de Mille-Îles comme leader
adjoint de l'Opposition officielle et au nom de l'Opposition officielle, je
voudrais tout simplement saluer l'expression personnelle du
député de Mille-Îles sur ses dernières convictions
et les points de vue qu'il a exprimés lors de son dernier discours comme
parlementaire.
J'estime simplement que toute réflexion, dégagée
des éléments de partisanerie, mérite que d'autres
parlementaires, indépendants de nos allégeances politiques,
soient considérés, évalués, analysés, et que
noiis prenions le temps de regarder le point de vue d'un parlementaire, qui a
vécu l'expérience du parlementarisme d'une façon
objectivement significative, qui s'est impliqué, qui a poussé sa
réflexion même à aller jusqu'à exprimer ses
convictions dans des gestes de projet de loi pouvant proposer des
mécanismes changeant éventuellement les choses dans le sens qu'il
l'a exprimé, je pense qu'on doit s'imprégner de ça. On
doit évaluer ces considérations-là, comme
parlementaires.
Certains d'entre nous, pour les mêmes raisons qu'il a
évoquées, font le choix de demeurer en politique. Lui, il a fait
le choix inverse et il a décidé aujourd'hui de nous indiquer
qu'il ne démissionnait pas, mais qu'il partait. Il nous appartient de
respecter ce départ, de saluer le député de
Mille-Îles, de le remercier pour sa contribution parlementaire et de lui
souhaiter la meilleure des chances. (14 h 30)
Le Président: Alors, je cède maintenant la parole
à M. le premier ministre.
M. Daniel Johnson
M. Johnson: M. le Président, mes premiers mots sont pour
souligner quand même le caractère assez solennel de ce que le
député de Mille-Îles vient de faire. Je disais, il y a deux
jours, que c'est toujours émouvant et imposant que de prendre la parole
pour une première fois ici à l'Assemblée. Je suis
profondément convaincu que ça doit l'être autant, sinon
plus, lorsqu'on sait que c'est la dernière fois qu'on le fait. Le chef
de l'Opposition est à même, sans doute, de savoir ce que ça
signifie, dans la mesure où, moi aussi, j'ai été
témoin de certains députés qui ont
démissionné de leur siège, y compris le
député de L'Assomption, quand même il y a quelques
Je dirais, à l'endroit du député de
Mille-Îles, qu'il n'a jamais péché par manque
d'enthousiasme dans l'exercice de ses fonctions. Je m'en souviendrai comme d'un
collègue très engagé dans toutes les étapes du
travail parlementaire. Ça m'apparaît important de souligner
ça à ce moment-ci. Il ne comptait pas ses heures, pas plus que
qui que ce soit ici d'ailleurs. Il a poussé son engagement politique
au-delà de ce que nous en savons, de ce côté-ci, par le
travail qu'il a fait dans son comté, dans les commissions politiques,
à commettre un livre dont nos amis d'en face se souviennent
peut-être avec un peu plus, je dirais, de caractère aigu que de ce
côté-ci, mais dans la mesure où il faisait l'objet de
certaines démonstrations que le député de Mille-Îles
s'était fait fort de monter pour la consommation de notre monde
politique.
Le député de Mille-Îles a pris ? nous en avions
quand même discuté quelques fois ? une décision
extrêmement importante aux points de vue personnel, familial ? on
peut le dire ? et professionnel. Je lui souhaite évidemment, dans
les circonstances, bonne chance dans ses nouvelles occupations, ses nouvelles
activités.
Je m'attarde quelques secondes, quelques instants pour dire aux gens de
la circonscription électorale de Mille-Îles qu'ils ont eu, depuis
ces nombreuses années, un député extrêmement
énergique et dévoué à leur cause, ça ne fait
aucun doute. Et je m'engage, dans la mesure où c'est pertinent de le
dire à ce moment-ci, à faire en sorte qu'un député
énergique, également, dans le comté de Mille-Îles
puisse représenter relativement prochainement les électeurs de ce
comté, afin que leurs droits à eux aussi puissent être
représentés ici à l'Assemblée.
C'est donc avec tous nos souhaits de bonne chance pour les prochaines
années que je termine cette intervention, pour souligner la contribution
qu'à tous égards le député de Mille-Îles a
faite à notre vie parlementaire.
Le Président: Alors, M. le député de
Mille-Îles, au nom de tous les collègues et en mon nom personnel,
nos salutations cordiales, et nos meilleurs voeux vous accompagnent dans vos
nouvelles fonctions.
Nomination de M. Réjean Doyon à la
fonction de leader adjoint du gouvernement
Alors, maintenant, j'ai reçu de M. le premier ministre une lettre
m'informant de la nomination de M. Réjean Doyon à la fonction de
leader parlementaire adjoint du gouvernement. Cette nomination est effective
à compter du 10 mars 1994. Je dépose donc cette lettre.
Des voix: Bravo! Bravo!
Affaires courantes
Le Président: Alors, nous allons donc maintenant
procéder aux affaires courantes.
Alors, aux affaires courantes, il n'y a pas de déclarations
ministérielles.
Présentation de projets de loi.
Dépôt de documents
Maintenant, dépôt de documents. Mme la ministre de la
Culture et des Communications.
Rapports annuels de la Société du Grand
Théâtre et de la Société de la Place des
Mme Frulla: M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer le rapport annuel 1992-1993 de la Société du Grand
Théâtre de Québec et aussi le rapport annuel 1992-1993 de
la Société de la Place des Arts de Montréal.
Le Président: Alors, ces rapports sont donc
déposés.
Dépôt de rapports de commissions
Maintenant, dépôt de rapports de commissions. M. le
vice-président de la commission de l'éducation et
député de Sherbrooke.
Auditions et étude détaillée du
projet de loi 228
M. Hamel: M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer le rapport de la commission de l'éducation qui a
siégé le 10 mars 1994 afin d'entendre les
intéressés et de procéder à l'étude
détaillée du projet de loi d'intérêt privé
228, Loi modifiant la
Loi sur la Corporation de l'École des hautes
études commerciales de Montréal. Le projet de loi a
été adopté.
Mise aux voix du rapport
Le Présidait: Alors, est-ce que ce rapport est
adopté? Adopté. Alors, M. le député de Sherbrooke,
à nouveau.
Auditions et étude détaillée du
projet de loi 272
M. Hamei: M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer le rapport de la commission de l'éducation qui a
siégé le 10 mars 1994 afin d'entendre les
intéressés et de procéder à l'étude
détaillée du projet de loi d'intérêt privé
272, Loi concernant certains immeubles des divisions d'enregistrement
d'Arthabaska, de Bécancour et de Nicolet. Le projet de loi a
été adopté avec des amendements.
Mise aux voix du rapport
Le Président: Ce rapport est-il également
adopté? Adopté. Maintenant, M. le vice-président de la
commission de l'éducation et député de La Prairie.
Vérification des engagements financiers
du ministre délégué aux
Services
gouvernementaux, du ministère des
Finances, de l'Inspecteur
des institutions financières et de
la Commission des valeurs mobilières
M. Lazure: Oui, M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer le rapport de la commission du budget et de l'administration qui
a siégé les 1er et 8 mars 1994 afin de procéder à
la vérification des engagements financiers du ministre
délégué aux Services gouvernementaux contenus dans les
listes de janvier 1993 à janvier 1994, du ministère des Finances
compris dans les listes de janvier 1992 à janvier 1994, ainsi que ceux
de l'Inspecteur général des institutions financières et de
la Commission des valeurs mobilières du Québec compris dans les
listes de septembre 1993 à janvier 1994.
Le Président: Alors, ce rapport est donc
déposé. Maintenant, Mme la députée de
Saint-Henri.
Consultation générale sur les
thérapies alternatives
Mme Loiselle: M. le Président, j'ai l'honneur de
déposer le rapport de la commission des affaires sociales qui a
siégé les 9, 10, 11 et 12 mars, ainsi que le 21 avril 1993 afin
de procéder à une consultation générale et tenir
des auditions publiques sur les thérapies alternatives. Merci.
Le Président: Alors, ce rapport est donc
déposé. Maintenant, dépôt de pétitions. Il
n'y a pas d'interventions portant sur une violation de droit ou de
privilège ou sur un fait personnel.
Questions et réponses orales
Alors, nous allons, maintenant, procéder à la
période de questions et réponses orales. Je reconnais, en
première question principale, M. le chef de l'Opposition.
Révision du régime des pensions de
vieillesse par le gouvernement fédéral
M. Parizeau: M. le Président, en 1989, le gouvernement
fédéral décidait de récupérer les pensions
de vieillesse pour tous ceux dont les revenus excédaient 50 000 $. En
1992, pour la grande majorité des personnes âgées, le
gouvernement du Québec mettait fin à la gratuité des
médicaments. En 1993, dans le discours sur le budget à
Québec, on imposait une surtaxe de 1 % sur le revenu des pensions de
retraite et on abolissait le remboursement d'impôts fonciers additionnel
pour certaines des personnes âgées les plus démunies de
notre société.
En 1994, cette année, le gouvernement fédéral,
à l'occasion de son budget, commence à récupérer le
crédit d'impôt pour raison d'âge à partir de 26 000
$. Nous apprenons d'Ottawa que les REER vont être
réexaminés. Le gouvernement provincial, j'imagine, s'ajustera,
s'harmonisera, comme on dit. Et, là, hier soir, nous apprenons que le
système de base de tout ça, les pensions de vieillesse vont
être révisées à Ottawa, c'est-à-dire
baissées.
Puis-je demander au premier ministre du Québec de protester
auprès du premier ministre du Canada et de lui demander de ne pas
toucher aux pensions de vieillesse?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Johnson: Oui. M. le Président, j'ai indiqué ce
matin, à l'occasion d'une conférence de presse qui touchait un
tout autre sujet, sur lequel on pourra revenir si le chef de l'Opposition le
souhaite, qu'il m'apparaissait, à ce moment-ci, alors que nous avons
à remettre en cause les programmes sociaux, que ce sont les situations
des familles monoparentales, que ce sont les situations des personnes
âgées, que ce sont les situations des personnes qui,
généralement, sont dans le besoin en raison de circonstances qui
échappent à leur contrôle ? l'âge échappe
à notre contrôle, l'évolution de la société
et les charges qui peuvent peser sur les familles monoparentales à cause
des nouveaux modes de vie qui se sont instaurés échappent
largement au contrôle de l'État ? que
ces situations, donc, soient celles que nous protégions de
façon prioritaire.
Je suis à même de dire que certaines des décisions
que nous avons prises depuis quelques années ont consacré des
montants considérables au soutien de ces clientèles.
Malgré la liste des gestes fiscaux ou budgétaires que le
député de L'Assomption et chef de l'Opposition vient de faire, il
a évidemment commodément oublié toutes les
décisions qui ont été prises afin de réduire, et
c'est un fait, l'incidence de la pauvreté chez les personnes
âgées de 65 ans et plus, à faible revenu. L'écart
s'est amenuisé, dans cette clientèle, entre les personnes
âgées et les personnes qui sont âgées de moins de 65
ans. Le taux d'incidence de pauvreté: l'instauration du régime de
retraite du Québec et du supplément de revenu garanti a
également contribué à diminuer ce taux d'appauvrissement.
Il n'en reste pas moins qu'il est encore trop élevé, et il est
évident que, comme gouvernement, nous ferons tout en notre possible afin
d'assurer que les personnes âgées soient adéquatement
protégées et ne soient pas inquiétées.
Le Président: En question complémentaire, M. le
chef de l'Opposition. (14 h 40)
M. Parizeau: M. le Président, devant le caractère
un peu évasif de la réponse du premier ministre, je pense qu'il
est important... Au nom de toutes les personnes âgées très
inquiètes aujourd'hui ? on s'en rend compte simplement en
écoutant les lignes ouvertes aujourd'hui, à la radio; il y a un
degré d'inquiétude dans la population, qui est très
considérable ? est-ce que je peux demander au premier ministre du
Québec de demander au premier ministre du Canada de ne pas toucher au
régime de base des pensions de vieillesse, de ne pas y toucher, de le
laisser tranquille? Est-ce que je peux demander au premier ministre de prendre
cet engagement?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Johnson: J'aurais pensé que l'engagement du
gouvernement du Québec était assez clair à l'endroit des
personnes âgées. Je ne sache pas que le gouvernement
fédéral est en train de décider qu'il touche aux personnes
âgées. Bien au contraire, le ministre responsable, M. Axworthy, a
indiqué d'une façon peut-être tardive que, par exemple,
l'universalité de certains programmes n'était pas remise en cause
nécessairement. Mais il est évident que, du point de vue du
gouvernement du Québec, il nous apparaît important que le
gouvernement canadien fasse en sorte que tous ensemble nous continuions
à protéger la situation des personnes âgées,
notamment à faible revenu. C'est cet engagement que je viens de
formuler, c'est cet engagement auquel nous donnerons suite.
Le Président: En question principale, M. le leader de
l'Opposition et député de Joliette.
Construction par Hydro-Québec d'une ligne de
transport d'électricité à haute tension
M. Chevrette: Oui, M. le Président. Nous avions droit, ce
matin, à l'annonce de construction d'une ligne de transport
d'électricité entre Lévis et le poste des Cantons. Passons
sur le fait que ce type de projet est ordinairement annoncé par
Hydro-Québec à l'intérieur de son plan annuel
d'immobilisation, et tenons-nous-en spécifiquement aux chiffres.
L'annonce de ce matin, M. le Président, est de l'ordre de 407 000
000 $ sur trois ans. Je voudrais rappeler à cette Chambre qu'en 1993 le
budget d'immobilisation d'Hydro-Québec était de 4 400 000 000$,
et qu'Hydro-Québec a annoncé une réduction de ses
immobilisations pour 1994 de l'ordre de 500 000 000 $. Donc, en 1993, 4 400 000
000 $, et, en 1994, 3 900 000 000 $; une réduction, donc, de 500 000 000
$ dans les immobilisations. Est-ce que le ministre des Ressources naturelles
peut nous indiquer si l'investissement de 407 000 000 $ sur trois ans,
annoncé ce matin, sera puisé à même le budget
d'immobilisation de 3 900 000 000 $ pour 1994?
Le Président: Alors, M. le ministre des Ressources
naturelles.
M. Sirros: M. le Président, je prends comme constatation
de la part du député de Joliette qu'il est heureux de voir que le
gouvernement a annoncé ce matin le fait qu'il y aura 1000 autres emplois
cette année, et chaque année pour les trois années
à venir. Je pense que c'est important. Ça, ça veut dire
qu'il y a 3000 emplois qui ont été annoncés aujourd'hui
sur les trois prochaines années, qui viennent s'ajouter à ce
qu'on a déjà annoncé vis-à-vis les projets qu'on a
annoncés de SM 3; des investissements, donc, dans les trois premiers
mois de 1994, de tout près de 2 000 000 000 $. Et je prends ça
comme une constatation de la part du député de Joliette que le
gouvernement décide d'agir dans ce qui est très important, et,
à la fois, de s'assurer que notre réseau fonctionne correctement
en fonction de nos besoins et de son fonctionnement du réseau, et les
emplois.
Le Président: Alors, en question
complémentaire.
M. Chevrette: Question à deux volets, M. le
Président. Faudrait-il rappeler au ministre qu'il y avait une question
précise: Tout d'abord, est-ce que les 407 000 000 $ sur trois ans sont
bien dans l'objectif, sont bien pris à même les 3 900 000 000 $ du
budget d'immobilisation 1994? Et n'est-il pas exact que, depuis le 29 juillet
1993, Hydro-Québec vous talonne quotidiennement pour avoir cette
décision, ce qui aurait pu permettre une immobilisation de 100 000 000 $
de plus en pleine récession, en 1993, que vous ne l'avez pas fait et que
ce ne sont que pour des raisons électoral istes que vous procédez
ce matin?
Le Président: M. le ministre des Ressources
naturelles.
M. Sirros: Oui, la députée des
Chutes-de-la-Chaudière dit quoi? Mais de quoi se plaint le
député au juste, M. le Président? Est-ce qu'il se plaint
des emplois qu'on vient d'annoncer? Est-ce qu'il se plaint du fait qu'on
s'occupe pour s'assurer que les besoins énergétiques soient
assurés, M. le Président? Je comprends qu'il est mal à
l'aise avec le fait qu'il y a des accords qu'on a convenus, les choses qu'il
fallait décider au sein du gouvernement pour annoncer ce projet. On l'a
annoncé, on est bien heureux de l'avoir annoncé, et je suis
certain que les travailleurs qui vont travailler vont être heureux
Le Président: Toujours en question
complémentaire.
M. Chevrette: Est-ce que le ministre pourrait nous dire combien
d'emplois sont disparus par rapport à la réduction de 500 000 000
$, par rapport au programme d'immobilisation 1993?
Le Président: Alors, M. le ministre.
M. Sirros: Je peux vous dire, M. le Président, comme je
disais, qu'on vient de créer des emplois que je vous ai annoncés.
Faire disparaître des emplois qui n'existent pas, c'est un peu,
peut-être, la magie que prétend faire le chef de l'Opposition et
son parti avec toutes les solutions qui vont passer par la séparation du
Des voix: Bravo!
Le Président: Alors, en question principale, maintenant,
M. le député de Lac-Saint-Jean et whip de l'Opposition.
Plan d'action du gouvernement sur la réussite
éducative
M. Brassard: oui, m. le président. selon des
données contenues dans le document «mise en oeuvre du plan
d'action sur la réussite éducative», chiffres sur lesquels
le ministre de l'éducation s'est bien gardé d'attirer l'attention
lors de sa dernière conférence de presse, la probabilité
d'obtenir un diplôme d'études secondaires chez les jeunes de moins
de 20 ans a baissé de 3 % en 1992-1993 et se situe à 65,8 %. son
silence contraste avec les tambours et trompettes de celle qu'il a
remplacée, qui, l'an dernier, se glorifiait d'une augmentation de 3 % du
taux de réussite. ça n'a pas duré longtemps. autrement
dit, en pleine application du plan gouvernemental pour réduire le
décrochage scolaire, celui-ci a augmenté au québec. c'est
toujours plus du tiers des jeunes québécois qui décrochent
sans diplôme secondaire.
Comment se fait-il que ça ne marche pas? Comment se fait-il que
ça ne décolle pas? Comment se fait-il que le gouvernement
connaisse un échec aussi lamentable dans sa lutte au décrochage
scolaire et qu'il ne réussisse pas à atteindre les objectifs
qu'il s'est lui-même fixés?
Le Président: Alors, M. le ministre de
l'Éducation.
M. Chagnon: M. le Président, c'est mon baptême du
feu. Je voudrais signaler, si vous me le permettez, peut-être deux choses
avant de répondre à la question du député.
La première, c'est que c'est avec beaucoup d'humilité,
mais aussi avec beaucoup, beaucoup de fierté et de motivation que j'ai
accepté le défi que m'a suggéré le premier ministre
du Québec, M. Johnson, et je l'en remercie.
Deuxièmement, je voudrais signaler que je me considère,
comme ministre de l'Éducation, comme le représentant de la
population au sein du ministère. Et, à ce fait, puisque nous
sommes tous des représentants de la population, je vous invite et je
vous annonce tout simplement que je suis à votre service et que mon
cabinet est aussi au service de tous les membres de l'Assemblée
nationale. (14 h 50)
M. le Président, je voudrais signaler au député que
la liste de la fréquence de la réussite scolaire pour les
étudiants ayant terminé leur secondaire V est un peu en
fréquence modulée. Si vous regardez l'année
précédente, c'est un peu plus haut. Si vous regardez quelques
années auparavant, c'est un peu plus bas. Mais ce qu'il y a d'important
dans le document que j'ai publié, que j'ai publié parce que je
voulais avoir le bilan de la réussite scolaire dans lequel nous
investissons plusieurs dizaines de millions de dollars par année, vous
remarquerez, M. le Président, ou le député remarquera, M.
le Président, que le taux de rétention, le taux de
rétention des étudiants dans les écoles secondaires au
Québec, lui, a augmenté et il a augmenté justement parce
que le gouvernement a mis sur pied, a pris ses responsabilités et a fait
en sorte d'investir dans la réussite scolaire... Il y a plus de 6000
projets, il y a plus de 6000 projets dans nos écoles qui fonctionnent
très bien actuellement et dont les enseignants et les étudiants
profitent largement.
Le Président: Alors, en question
complémentaire.
M. Brassard: M. le Président, compte tenu de la
corrélation très forte entre la pauvreté et le
décrochage scolaire, le ministre entend-il répondre positivement
aux demandes pressantes du Conseil scolaire de l'île de Montréal,
que nous avons rencontré, plusieurs députés de
l'Opposition, la semaine dernière, demandes en faveur d'interventions
vigoureuses et adaptées pour lutter
contre le décrochage scolaire dans les milieux
défavorisés, particulièrement à Montréal
où le taux de décrochage se situe à 50 %. Est-ce qu'il
entend répondre favorablement aux demandes du Conseil scolaire de
l'île de Montréal?
Le Président: Alors, M. le ministre.
M. Chagnon: M. le Président, j'ai aussi rencontré
le Conseil scolaire de l'île de Montréal. J'ai rencontré
les commissions scolaires de l'île de Montréal, et j'ai aussi
étudié la nouvelle carte de «défavorisation»
publiée par le Conseil scolaire de l'île de Montréal il y a
à peu près un mois. Il y a des tendances lourdes qui semblent se
dessiner dans l'agrandissement de certains secteurs socio-économiquement
plus défavorisés.
Actuellement, le ministère de l'Éducation dépense
plus de 12 000 000 $ en transferts directs au Conseil scolaire de l'île
de Montréal pour permettre, d'une part, l'ouverture de maternelles pour
des enfants de quatre ans, l'ouverture de maternelles, cinq ans, plein temps,
pour les enfants de cet âge-là, pour permettre, justement,
l'insertion de jeunes de milieux défavorisés dans les classes de
nos écoles.
Nous avons aussi, M. le Président, investi plus de 2 000 000 $
pour nous assurer que les jeunes de Montréal en milieux
défavorisés ? non seulement de Montréal mais aussi de
Québec et d'autres régions, comme Sherbrooke ? puissent au
moins avoir un repas substantif au moment où ils entrent à
l'école. Nous avons aussi investi plus de 2 000 000 $, et nous le
faisons encore. Nous allons le refaire pour permettre à ces jeunes de
pouvoir profiter de temps et aussi de moyens pour leur permettre
d'améliorer leur succès en leur donnant des animateurs qui leur
permettent de faire leurs devoirs et leurs leçons.
La nouvelle demande du Conseil scolaire de l'île de
Montréal m'amène à considérer une nouvelle demande
de 8 000 000$ dans laquelle... Je faisais la remarque au président du
Conseil scolaire de l'île qu'elle était très
paramétrique: 300 enseignants de plus...
Le Président: M. le ministre, oui, en conclusion, s'il
vous plaît, rapidement. Une brève conclusion. Non, écoutez,
s'il vous plaît! Alors, je demande au ministre de conclure en quelques
mots, s'il vous plaît. Alors, s'il vous plaît! M. le leader du
gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président,
simplement...
Le Président: S'il vous plaît!
M. Paradis (Brome-Missisquoi): ...simplement pour vous rappeler,
M. le Président, qu'au moment où le député
d'Abitibi-Ouest était ministre de l'Éducation il était
encore plus long.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Alors, brièvement, quelques mots, M.
le ministre. Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! Quelques mots, M.
le ministre.
M. Chagnon: C'est une période de questions, M. le
Président. J'espère qu'on va me donner la chance de pouvoir
donner les réponses. Je trouve le sujet extrêmement important.
M. le Président, les services de mon ministère,
actuellement, regardent et prendront tous les moyens pour tenter d'aider les
jeunes de Montréal où, effectivement, le niveau de
réussite scolaire a été plus bas dans certains secteurs
défavorisés. Nous allons tout faire pour les aider.
Des voix: Bravo! Bravo!
Le Président: Alors, en question principale maintenant, M.
le député de Masson.
Subvention versée à M. Raymond
Malenfant, ex-propriétaire du Manoir Richelieu
M. Blais: Merci beaucoup, M. le Président. En
réponse aux questions que je lui adressais hier concernant le versement
d'une subvention de 200 000 $ au Manoir Richelieu, subvention qui constituait,
dans les faits, selon le témoignage sous serment de M. Raymond
Malenfant, un véhicule pour remplir une vieille promesse du gouvernement
libéral à son endroit et l'inciter à compléter les
travaux du centre de ski Pin rouge, le ministre du Tourisme a
déposé un document hier, qui, selon ses dires et sa
présentation, constituerait la demande de subvention du Manoir Richelieu
dans le cadre d'un programme de promotion touristique à
l'étranger. Mais il n'en était rien. Après
vérification, il est clair que ce document déposé hier ne
constitue pas la copie de la demande de subvention mais qu'il s'agissait tout
simplement d'une demande de paiement de la part du Manoir Richelieu, de M.
Malenfant.
Je demande encore une fois, et pour la quatrième fois en trois
jours: Dans un souci de transparence, le ministre peut-il cette fois-ci
déposer la véritable demande de subvention, le rapport d'analyse
et les recommandations positives produites par ses fonctionnaires au sujet de
cette subvention, de même que l'avis que le Conseil du trésor
avait donné pour son approbation?
Le Président: Alors, M. le ministre responsable du
Tourisme.
M. Farrah: Merci, M. le Président. Pour la
troisième journée consécutive, mon critique, le
député de Masson, s'acharne sur un dossier où on a
démontré une collaboration exemplaire en soumettant et en donnant
tous les documents requis, M. le Président. Je me serais attendu
aujourd'hui, M. le Président, à ce que le
député de Masson me félicite pour ma collaboration,
d'une part, dans ce dossier-là.
Des voix: Bravo!
M. Farrah: Et, deuxièmement, s'il est concerné par
le développement de l'industrie touristique au Québec, j'aurais
aimé qu'il nous félicite, M. le Président, sur une somme
de 102 600 000 $ qui est consentie à l'industrie touristique au
Québec pour les trois prochaines années, ce qui va engendrer, M.
le Président, des injections de fonds du privé de l'ordre de 400
000 000 $ et créer 3300 emplois.
Des voix: Bravo!
M. Farrah: C'est avec fierté que je fais
partie d'un
gouvernement qui agit...
Le Président: Alors, en question complémentaire, M.
le député de Masson.
M. Blais: Ma grand-tante est en santé et j'en suis
content, mais ça n'a rien à voir avec le dossier.
Le Président: Alors, votre question.
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Alors, votre question. Alors, M. le
député de Masson....
Des voix: Ha, ha, ha!
Le Président: Alors, M. le député de Masson,
je... S'il vous plaît! Alors, je vous invite à poser une question
complémentaire sans préambule, M. le député.
M. Blais: M. le Président, tout d'abord, j'aimerais
déposer une lettre, si vous me le permettez, signée par M.
Raymond Malenfant; ? objet: subvention pour le centre de ski de Pin rouge
? disant qu'il ne reçoit pas sa subvention, et elle est
datée du mois de décembre 1990. Et elle dit, s'il n'a pas cette
subvention, que le Pin rouge ne sera pas fait. J'aimerais déposer cette
lettre, si vous le permettez.
Le Président: Alors, est-ce qu'il y a consentement au
dépôt du document?
Une voix: Consentement.
Document déposé
Le Président: Consentement? Donc, le document est
déposé. Donc, votre question, M. le député de
M. Blais: M. le Président, le ministre n'ayant pas
répondu à la première question que je lui ai posée
tantôt mais parlant plutôt de ses états d'âme et de ce
qui se passe à son ministère, je redemande pour une
cinquième fois, et j'insiste: J'aimerais que le ministre du Tourisme,
comme le ministre de l'Éducation, soit au service des
députés. Nous avons le droit de voir la demande de subvention de
M. Malenfant pour le Manoir Richelieu. J'aimerais qu'il la dépose.
Le Président: Alors, M. le ministre responsable du
Tourisme.
M. Farrah: Oui. M. le Président, quand on me dit
d'être au service des députés, je pense que j'ai
démontré une collaboration tout à fait exceptionnelle au
cours des derniers jours. Tous les documents qu'on m'a demandés, je les
ai déposés, M. le Président.
Des voix: Bravo!
M. Farrah: Est-ce que vous êtes contre le
développement économique des régions, les investissements
dans Charlevoix? Vous étiez contre le casino à Charle-voix? Nous
avons appuyé...
Le Président: Un instant, M. le député, s'il
vous plaît. M. le ministre! À l'ordre! À l'ordre, s'il vous
Je vous invite à répondre, M. le ministre, en vous
adressant à la présidence et non directement à un
député, donc, et sur la question posée. Allez-y, M. le
ministre.
M. Farrah: Alors, oui, M. le Président. Je disais que,
nous, le développement régional, c'est important pour nous. Le
Manoir Richelieu est un moteur au niveau économique dans Charlevoix.
Ça fait en sorte aujourd'hui de générer un casino qui va
générer des touristes dans Charlevoix. Allez dire aux gens de
Charlevoix que vous êtes contre le développement du Manoir
Richelieu, allez le leur dire!
Des voix: Bravo!
Le Président: Alors, en question principale, maintenant,
M. le député d'Arthabaska.
Administration des casinos dans les foires
agricoles
M. Baril: Oui, M. le Président. Hier, le ministre de
l'Agriculture a déposé des documents qui apportent bien peu de
réponses aux questions que nous lui avons posées sur le
détournement de fonds provenant des profits de casinos forains.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président...
Le Président: Bon. Alors, M. le leader du gouvernement sur
une question de règlement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): ...compte tenu des mauvaises
habitudes développées par le député d'Arthabaska,
je serai très vigilant. Je vous demande, M. le Président, de lui
rappeler les dispositions du premier alinéa de l'article 77 de notre
règlement. (15 heures)
Le Président: Effectivement, je demanderais au
député, et ça s'applique autant en question qu'en
réponse... C'est un sujet très délicat. On a justement
fait allusion, hier, qu'on était, dans certains cas, à la limite
du permissible. Alors, vous pouvez poser une question. Maintenant, si vous avez
des accusations à porter contre quelqu'un, quand vous parlez des
détournements de fonds, vous comprendrez que c'est très
litigieux, ça s'approche d'une accusation formelle. En ce
sens-là, vous devez procéder suivant les articles 77 et suivants
du règlement. Autrement, je vous demanderai de poser votre question en
respectant les prescriptions du règlement, et la même chose
s'appliquera pour les réponses. Votre question, s'il vous
M. Baril: M. le Président, est-ce que je peux finir mon
préambule?
Le Président: Oui. Ce que je vous dis, M. le
député, vous avez droit à un préambule, vous avez
droit à une question, mais je vous invite à la poser dans le
respect du règlement.
M. Baril: O.K. Le ministre n'a pas dit si tous les casinos
agricoles doivent mettre des montants en réserve pour le ministre ni le
montant total de cette réserve. En prenant connaissance des documents,
on s'aperçoit que, des fois, c'est le ministre des Finances qui paie et,
d'autres fois, c'est l'organisme central qui paie les organismes
désignés par le ministre. On apprend aussi que, des fois, c'est
le MAPAQ qui perçoit les fonds, mais que c'est le ministère des
Finances qui paie. Donc, M. le Président, est-ce que le ministre de
l'Agriculture a demandé à tous les casinos qu'il a
autorisés ? environ 28 par année ? de mettre en
réserve un montant d'argent à la disposition du ministre, et
à combien s'est élevée cette somme, cette réserve,
en 1992 et en 1993, pour tous les casinos qu'il a autorisés?
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Picotte: M. le Président, je répète au
député d'Arthabaska qu'il n'y a aucune somme qui a
été mise en réserve à la disposition du ministre;
je le répète ? c'est peine perdue, évidemment, pour
la compréhension. Mais je voudrais vous souligner ceci: quand on
connaît bien le monde agricole, les casinos dans le domaine agricole, je
vais vous donner un exemple qui va répondre à la question du
député d'Arthabaska. Dans l'exposition de district d'Arthabaska,
qui est dans le comté du député d'Arthabaska, dont il est
producteur agricole lui-même ? donc, il devrait savoir ce qui se
passe dans le domaine agricole, si ce domaine-là l'intéresse
? ils ont fait un profit, en 1991, de 44 678 $, M. le Président. Il
n'y a personne qui leur demande de mettre des sommes de côté pour
aider d'autres casinos.
Un deuxième exemple. Dans le monde agricole, on devrait savoir
ça. Dans l'exposition locale de Papineau, M. le Président, le
casino a généré un montant de 1032 $ pour l'exposition
agricole. Il faut être vraiment tordu, M. le Président, pour
croire que des gens pourraient mettre un montant d'argent, quand on en fait
uniquement 1032 $, pour aider d'autres casinos. Et je répète, M.
le Président, qu'en ce qui concerne l'aide apportée par des
casinos à d'autres organismes agricoles, c'est dans le cadre de ceux qui
se tiennent à Montréal, où il y a un bassin de population
où on peut aller chercher plusieurs centaines de milliers de places et
qu'on fait partager avec d'autres qui ne peuvent pas tenir de casino dans la
même fin de semaine parce qu'il y a cet
événement-là. C'est aussi simple que ça à
comprendre, M. le Président.
Le Président: En question complémentaire.
M. Baril: M. le Président, si vous me permettez, si j'ai
le consentement, j'aimerais déposer une lettre qui confirme que le
député d'Arthabaska n'est pas si tordu que ça. Et je cite
la phrase qui intéresse, pour ne pas être trop long. C'est une
lettre signée par le sous-ministre adjoint, M. Robert Lemieux. C'est une
lettre qui est adressée à M. Lucien Paiement, président du
Salon québécois du cheval...
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président.
Le Président: Un instant. Pour un rappel au
règlement, M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Comme à la période
des questions à l'Assemblée nationale du Québec, je le
rappelle tout simplement à mon bon ami le député
d'Arthabaska, à la période des questions, il y a deux
façons de poser des questions, en question principale ou en question
additionnelle. Si le député d'Arthabaska est en question
additionnelle, il n'a pas droit à un préambule; s'il est en
question principale, il a le droit à un préambule qui se doit
d'être bref et de se rapporter à un sujet précis.
Le Président: Effectivement, sauf que, simplement, le
député d'Arthabaska veut déposer un document. Donc, il y a
demande de dépôt d'un document. Je vous demande simplement
d'identifier le document, on demandera s'il y a consentement au
dépôt, et vous posez votre question. Alors, pour votre document,
M. le député.
M. Baril: M. le Président, je voudrais déposer le
document où il est écrit, ici, en toutes lettres, il dit:
«Je vous saurais gré de nous faire parvenir un chèque de
100 000$...»
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président.
Le Président: Je vous demanderai simplement d'identifier,
vous devez identifier le document: une lettre, telle date, adressée
à telle personne. S'il y a consentement, le document pourra être
déposé. Après ça, vous posez votre question. Alors,
vous identifiez votre document. M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): M. le Président, le
ministre de l'Agriculture est au courant du contenu de la lettre. Il n'y a
aucune objection au dépôt. C'est le ministre de l'Agriculture qui
l'a donnée au député d'Arthabaska...
Des voix: Ha, ha, ha!
Document déposé
Le Président: À l'ordre, s'il vous plaît!
Alors, vous avez votre document. Je comprends qu'il y a consentement au
dépôt du document, donc si vous voulez donner votre document.
Donc, le document est déposé pour... À l'ordre, s'il vous
plaît! Mmes, MM. les députés, s'il vous plaît! S'il
vous plaît! Un instant! Alors, pour une question complémentaire,
M. le député d'Arthabaska.
M. Baril: J'aimerais savoir, M. le Président, si le
ministre a pris la peine de lire ses documents avant de les déposer,
parce qu'il y en a un qui spécifie très clairement que le
chèque doit être fait au nom du ministre de l'Agriculture: 100 000
$ au nom du ministre de l'Agriculture.
Le Président: M. le ministre.
M. Picotte: M. le Président, je réfute ce que dit
le député d'Arthabaska. Les chèques ont été
demandés au nom du ministère de l'Agriculture, et, si jamais le
député d'Arthabaska veut démontrer qu'il y a des
chèques qui ont été faits à celui qui vous parle,
je l'invite à mettre son siège en jeu n'importe quel temps. C'est
la deuxième journée... Mettez votre siège en jeu, faites
un débat là-dessus n'importe quel temps, n'importe quelle
circonstance. Je vous défie de prouver que le ministre de l'Agriculture
a reçu un chèque de qui que ce soit dans le domaine des casinos.
Mettez votre siège en jeu. C'est le temps, M. le Président,
d'être courageux, c'est le temps d'être cohérent et c'est le
temps de démontrer qu'on a quelque chose qui est valable, quand on
essaie de charrier, de lâcher n'importe quelle insinuation à
l'intérieur de cette Chambre, M. le Président.
Le Président: S'il vous plaît! MM. les
députés, s'il vous plaît! MM. les députés!
Alors, M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le Président.
Simplement, et je sollicite le consentement de mon bon ami, le leader de
l'Opposition officielle, de façon à ce que les auditeurs
comprennent bien. Lorsqu'un contribuable fait un chèque au nom du
ministre des Finances...
Des voix: ...
Le Président: Écoutez... Donc, un instant! Alors,
question... À l'ordre, s'il vous plaît! MM. les
députés, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous
plaît! En question principale, M. le député de...
Additionnelle? Bon, d'accord. S'il vous plaît, là! Alors, en
question additionnelle, M. le député de Labelle.
M. Léonard: Oui, ma question à la présidente
du Conseil du trésor: Si des organisateurs des casinos forains
déposent des sommes au gouvernement et qu'elles sont remises, en vertu
de quel programme du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et
de l'Alimentation ou des Finances ces sommes ont été
dépensées et, surtout, en vertu de quelles règles de la
loi de l'administration financière de telles dépenses peuvent
être réalisées sans que l'Assemblée nationale ne les
ait autorisées?
Le Président: Mme la présidente du Conseil du
Mme Gagnon-Tremblay: M. le Président, il s'agit d'une
entente qui a été consentie par le Contrôleur des
finances.
Des voix: Ah!
Le Président: Alors, pour une autre question
complémentaire, M. le député de Labelle.
M. Léonard: M. le Président, est-ce que la ministre
peut déposer cette entente, étant donné qu'il s'agit de
dépôts au fonds consolidé du revenu et que
l'Assemblée nationale doit intervenir par la suite?
Le Président: Alors, Mme la ministre.
Mme Gagnon-Tremblay: M. le Président, je n'ai aucun
problème, sauf que je pense que le ministre de l'Agriculture l'a
déjà en main.
Le Président: M. le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de l'Alimentation.
M. Picotte: M. le Président, j'aimerais déposer une
lettre du 3 septembre 1992 qui demande la création d'un programme
extrabudgétaire. J'aimerais déposer
aussi une lettre du 16 septembre 1992 qui autorise la création du
programme extrabudgétaire avec le compte 1350 dans la transaction, avec
les comptes 560, 561, 562, signée par M. Michel Bujold. Et, M. le
Président, je dépose aussi une lettre du 23 novembre, de M.
André Abgral au sous-ministre Guy Jacob, qui démontre
jusqu'à quel point nous sommes autorisés par le Contrôleur
des finances à faire le transit, M. le Président. M. Bujold est
le directeur de la normalisation et de la recherche en comptabilité,
Direction générale de la normalisation et de la
comptabilité gouvernementale, ministère des Finances,
Contrôleur des finances. Merci, M. le Président.
Des voix: Bravo!
Documents déposés
Le Président: II y a consentement au dépôt
des documents? Consentement. Les documents sont donc déposés.
À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, à l'ordre, s'il vous
Question principale, M. le député de D'Arcy-McGee. (15 h
M. Libman: Merci, M. le Président.
Le Président: Alors, pour une question principale, M. le
député de D'Arcy-McGee.
Litige entre Montréal et Côte-Saint-Luc
concernant l'annexion de terrains
M. Libman: La ville de Montréal s'est engagée, en
1982, et ça a été entériné dans la loi 200,
en échange d'une importante
partie du territoire de la cité de
Côte-Saint-Luc, à prolonger le chemin Kildare jusqu'à
Jean-Talon dans un délai de quatre ans. À ce jour, l'engagement
n'a pas été respecté par la ville de Montréal.
Le mois passé, l'assemblée du conseil de la
Conférence des maires de la banlieue de Montréal a adopté
la résolution suivante: Qu'elle exprime au ministère des Affaires
municipales son appui inconditionnel à la position de
Côte-Saint-Luc et demande au ministre d'ordonner que la ville de
Montréal remette à la cité de Côte-Saint-Luc tous
les terrains annexés, et ce, dans les plus brefs délais, sujet
à ce que la Commission municipale détermine la compensation,
à défaut de quoi le ministre devrait faire adopter, à la
présente session de l'Assemblée nationale, un projet de loi qui
donnerait effet à la rétrocession totale recommandée par
son médiateur, le tout afin que la cité de Côte-Saint-Luc
puisse, après plus de 10 ans, avoir justice dans cette affaire.
M. le Président, ça fait deux ans que le ministre me dit
d'attendre, alors je veux savoir, aujourd'hui: Qu'est-ce qui se passe dans ce
dossier?
Le Président: Alors, M. le ministre des Affaires
municipales.
M. Ryan: M. le Président, le député de
D'Arcy-McGee comprend très bien qu'il y a parfois avantage
à laisser mûrir certaines questions, de manière qu'elles
puissent être acheminées vers des solutions comme celles qu'on a
connues dans le domaine du tabac.
Une voix: Et voilà! Et voilà!
M. Ryan: Dans le cas du litige entre la ville de Montréal
et la cité de Côte-Saint-Luc, j'ai multiplié les
démarches depuis deux ans pour rapprocher les parties. C'était
mon devoir, comme ministre, de chercher à promouvoir une solution qui
serait mutuellement acceptable.
Il me fait plaisir de dire au député de D'Arcy-McGee qu'un
rapprochement substantiel s'est fait, à mon avis, au cours des
dernières semaines. Je crois que le principe de la rétrocession
dans ce cas-ci est à peu près accepté par les deux
parties, en particulier par celle qui aurait à effectuer la
rétrocession. Il reste à préciser certaines
modalités financières qui devront accompagner la
rétrocession. J'ai soumis des perspectives aux deux parties au cours des
dernières semaines, et j'attends des réactions finales avant
d'indiquer aux parties quelle sera la ligne que le gouvernement leur proposera
si elles ne sont pas capables de s'entendre. Alors, je pense qu'on peut
envisager, à moins d'un accident de parcours tout à fait
imprévu pour l'instant, un règlement de ce conflit au cours des
prochaines semaines.
Le Président: Alors, en question complémentaire, M.
le député de D'Arcy-McGee.
M. Libman: M. le Président, for two years, the Minister
has been speaking of the imminence of a solution. Why should I believe him now
if he has been saying this for two years? What is different now? What is the
solution that is about to be made? And why should we believe that the solution
will come about in the next few weeks?
Le Président: Alors, M. le ministre.
M. Ryan: I never said in this House that a solution was imminent.
I said I was working towards helping to work out a solution, but I never went
to the extent that was suggested in the Member's words.
Le Président: Alors, pour une autre question
complémentaire.
M. Libman: If a consensus is reached, as he says, it is just a
question of modalities, how will it be legislated if there is a possibility
that within a month this House will be dissolved for an election? How can he
give us an assurance or the City of Côte-Saint-Luc an assurance that this
will be resolved as soon as possible?
Le Président: M. le ministre.
M. Ryan: In speculating about the imminence of an election, you
are trampling upon the Premier's grounds, and I won't do that, I won't follow
you. So, I have every reason to hope that we have the time we need to work out
a solution that will be confirmed by this House, if necessary.
Le Président: Alors, question principale, M. le
député d'Abitibi-Ouest et leader adjoint de l'Opposition.
Contrat de production de plants des Serres
coopératives de Guyenne
M. Gendron: II y a environ deux semaines, M. le Président,
les Serres coopératives de Guyenne d'Abibiti-Ouest perdaient, au profit
d'un compétiteur montréalais, un contrat de production de plants
de plus de 1 000 000 $ du ministère de l'Énergie et des
Ressources. Le président de la coopérative de Guyenne
déclarait à cet effet, et je le cite ? je cite ce qu'il a
déclaré pour commenter cette brillante situation: Le gouvernement
pourri que nous avons a tout fait pour nous faire sortir les contrats de la
région. De plus, l'ancien ministre des Forêts, le roi Albert,
avait promis que notre contrat serait retardé jusqu'au début de
Ma question, M. le Président, très simple: Est-ce que le
ministre des Ressources peut nous indiquer et indiquer à cette Chambre
pourquoi il n'a pas respecté l'engagement pris par l'ex-ministre des
Forêts quant au report de l'appel d'offres, ce qui aurait permis aux
serres de Guyenne de se sortir des difficultés financières
qu'elles avaient?
Le Président: M. le ministre des Ressources
naturelles.
M. Sirros: M. le Président, je pense que je servirais
mieux le député et l'ensemble des électeurs si je prenais
avis de la question pour revenir avec des détails exacts la semaine
prochaine.
Le Président: Alors, question complémentaire.
M. Gendron: Ou additionnelle. Puisque le ministre prend avis,
puis je pense qu'il fait bien, peut-il nous indiquer, dans l'avis qu'il va
prendre, également s'il entend revoir cette décision aberrante et
s'engager dans l'avenir pour assurer que les régions puissent avoir
accès à des volumes de contrats de plants sur invitation, comme
d'autres ministères le font, afin de permettre aux régions qui
sont engagées dans la production de plants d'avoir un minimum de
garantie de travail?
Le Président: M. le ministre.
M. Sirros: M. le Président, j'accepte les
félicitations du député et je suis sûr qu'il va
continuer comme ça.
J'aimerais tout simplement dire, au niveau des appels d'offres pour les
plants, M. le Président, vous savez que nous sommes dans une situation
où il y a effectivement moins et qu'il faut qu'on trouve une
façon équitable à la fois, mais aussi qui assure la
meilleure utilisation des fonds publics, et c'est dans cette
perspective-là qu'on examine l'octroi de ces contrats.
Le Président: En question principale maintenant, Mme la
députée de Chicoutimi.
liste d'attente en chirurgie à l'hôpital
de Chicoutimi
Mme Blackburn: Merci, M. le Président. Lundi dernier, le
Dr Alain Battikha, chef de chirurgie à l'hôpital de Chicoutimi,
déclarait que plus de 500 personnes étaient en attente d'une
chirurgie. Pendant ce temps, l'hôpital, victime de compressions de
l'ordre de 600 000 $, a fermé, depuis le 21 février, plus de 50
Ma question à la ministre de la Santé et des Services
sociaux: La ministre trouve-t-elle cette situation normale et, si non, quelles
mesures entend-elle prendre pour corriger la situation et mettre fin à
l'angoisse et à l'inquiétude de patients et de patientes en
attente d'une chirurgie, et ce, parfois depuis plusieurs mois?
Le Président: Alors, Mme la ministre de la Santé et
des Services sociaux.
Mme Robillard: M. le Président, il est très clair
que le réseau de la santé et des services sociaux fait face
à des pressions croissantes au niveau des besoins de la population.
Quant aux disponibilités dans le réseau à l'heure
actuelle, M. le Président, on ne m'a pas signalé de situation
problématique qui ne pouvait pas être solutionnée
directement par le milieu. Ce matin même, j'ai même
rencontré le président de la régie régionale de la
région concernée, et il ne m'a pas soulevé de
problème insoluble en regard de cette problématique.
Il faut souligner aussi que, dans différents centres hospitaliers
présentement, on est en train de faire des virages au niveau des
services ambulatoires, de sorte qu'on veut réduire la durée de
séjour au niveau des centres hospitaliers et on veut offrir aussi plus
de chirurgies d'un jour.
Alors, je ne sais pas si c'est le cas dans l'hôpital
concerné, mais, M. le Président, soyez assuré que tous les
efforts sont faits présentement pour répondre aux besoins des
patients qui sont en attente d'hospitalisation au niveau de nos hôpitaux
de l'ensemble de la province de Québec. Mais, encore une fois, il est
très clair que nos hôpitaux se doivent absolument de
réduire leur durée de séjour et d'offrir davantage de
programmes de chirurgie d'un jour pour permettre des services
développés à l'ensemble de la population.
Le Président: En question complémentaire. Mme
Blackburn: Ma question est simple, M. le
Président. La ministre trouve-t-elle normal, normal, que plus de
500 personnes, à l'hôpital de Chicoutimi, soient en attente de
chirurgie, soit pour le cancer, des problèmes cardiaques, comme pour les
amygdales, ou encore une simple biopsie? Est-ce qu'elle trouve ça
normal, et qu'est-ce qu'elle entend faire?
Le Président: Mme la ministre.
Mme Robillard: M. le Président, c'est une situation
à regarder de très près. Je suis assurée que la
direction de l'hôpital doit regarder ce qu'il est possible de faire si la
demande est si croissante. Mais, au niveau des listes d'attente, il faut
très bien regarder de quoi est composée la liste d'attente et
quelles sont les urgences et les priorités. Et nous sommes ouverts, M.
le Président, au niveau du ministère de la Santé et des
Services sociaux, à regarder toute situation problématique, si
tel est le cas, dans une région en particulier.
Le Président: En question principale, M. le
député de Laviolette.
Appareils de radiothérapie à
l'hôpital Cloutier
M. Jolivet: Merci, M. le Président. Lors de notre
tournée dans la Mauricie, nous avons réappris, pour certains, que
des personnes de la Mauricie qui sont atteintes de cancer doivent se rendre
à Québec ou à Montréal pour recevoir des
traitements de radiothérapie. (15 h 20)
J'aimerais savoir de la ministre de la Santé si elle peut me dire
quelle réponse elle a l'intention de donner au centre hospitalier
Cloutier, du Cap-de-la-Madeleine, qui demande l'argent nécessaire pour
que les gens de la Mauricie puissent avoir des appareils de
radiothérapie.
Le Président: Mme la ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Mme Robillard: M. le Président, tout le domaine de la
radiothérapie a été un domaine qui a été
analysé au niveau du ministère de la Santé et des Services
sociaux.
M. le Président, je m'aperçois que j'ai plusieurs
critiques dans le domaine de la santé et des services sociaux par
rapport à l'Opposition. Je vois qu'il y a de l'intérêt pour
ce dossier-là. J'en suis fière, parce que je pense que c'est un
réseau essentiel à notre population.
Ceci étant dit, M. le Président, c'est un dossier qui a
été analysé, dans lequel il y a des fonds
supplémentaires, à l'heure actuelle, qui sont injectés
pour répondre aux listes d'attente au niveau des problèmes de
radiothérapie, et ce, dans plusieurs régions du
Le Président: Question principale, M. le
député de Rouyn-Noranda?Témiscamingue.
Présence de médecins omnipraticiens
à Rouyn-Noranda
M. Trudel: Et, en Abitibi-Témiscamingue, Mme la ministre,
à Rouyn-Noranda en particulier, 6000 familles n'ont pas accès
à un médecin de famille, à un omni-praticien,
malgré les propositions qui ont été faites dans la loi 120
et malgré le refus, ici, à l'Assemblée nationale, des
amendements que j'ai proposés pour corriger la répartition des
médecins omnipraticiens à travers le Québec. La ministre
de la Santé a-t-elle l'intention de se pencher sur des solutions
très concrètes et d'en amener pour que 6000 familles de
Rouyn-Noranda aient un minimum: avoir accès à un médecin
de famille?
Le Président: Mme la ministre de la Santé et des
Services sociaux.
Mme Robillard: M. le Président, il est très clair
que nous travaillons présentement pour que l'accessibilité aux
services médicaux, l'accessibilité aux services des
médecins soit dans toutes les régions du Québec non
seulement au niveau des omnipraticiens, mais au niveau des spécialistes.
Il y a des actions en cours présentement, il y a des discussions avec
les fédérations de médecins, et soyez assuré, M. le
Président, que c'est toujours l'orientation du ministère de
fournir l'ensemble des services dans chacune des régions du
Le Président: Alors, ceci met fin à la
période de questions.
Il n'y a pas de votes reportés.
Motions sans préavis
Motions sans préavis.
Alors, motions sans préavis.
Il n'y a pas de motions sans préavis? Non?
Des voix: Oui, oui.
Le Président: Oui, M. le député de
M. Fradet: Merci.
Le Président: Alors...
M. Fradet: M. le Président.
Le Président: Allez-y.
Souligner la Semaine des guides et scouts du
M. Fradet: Oui. M. le Président, je sollicite le
consentement des membres de cette Assemblée afin de présenter la
motion suivante: «Que cette Assemblée souligne la Semaine des
guides et scouts du Québec, qui s'est tenue du 20 au 26 février
dernier, nous donnant
ainsi l'occasion de reconnaître l'oeuvre que poursuivent les 40
000 membres de la fédération.»
Le Président: Alors, est-ce qu'il y a consentement
à ce que nous débattions de cette motion? M. le leader...
M. Chevrette: II y a une entente...
Le Président: Simplement, je vais demander, là...
Je vais demander la collaboration des collègues, s'il vous plaît.
Mmes, MM. les députés.
Alors, M. le leader de l'Opposition.
M. Chevrette: M. le Président, il y a entente à la
condition qu'il n'y ait pas de débat. On s'est compris de
Le Président: M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, c'est exact. Je confirme
l'entente avec le leader de l'Opposition officielle.
Mise aux voix
Le Président: Très bien. Alors, est-ce que la
motion présentée par M. le député de Vimont est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Alors, très bien.
Maintenant, au niveau des motions sans préavis, est-ce qu'il y a
d'autres motions?
M. le leader du gouvernement.
Déterminer la composition
numérique
de certaines commissions parlementaires
permanentes
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le Président. Je
propose que, malgré les articles 122 et 127 du règlement,
l'Assemblée nationale puisse déterminer elle-même la
composition numérique de certaines commissions parlementaires
permanentes et, à cette fin, que la commission de l'économie et
du travail soit composée de 13 membres avec droit de vote issus du
groupe parlementaire formant le gouvernement, de sept membres issus du groupe
parlementaire formant l'Opposition officielle, dont cinq avec droit de vote, et
d'un membre du groupe des députés indépendants avec droit
de vote; que la commission de l'aménagement et des équipements
soit composée de 11 membres avec droit de vote issus du groupe
parlementaire formant le gouvernement, de six membres issus du groupe
parlementaire formant l'Opposition officielle, dont quatre avec droit de vote,
et d'un membre du groupe des députés indépendants avec
droit de vote.
Le Président: Alors, est-ce que cette motion est
adoptée?
M. St-Roch: M. le Président...
Le Président: Oui? Alors, M. le député de
Drummond.
M. St-Roch: Oui, M. le Président. Strictement pour
clarification. Étant un député indépendant,
étant membre de la commission de l'économie au travail, je veux
avoir l'assurance de vous ou du leader du gouvernement que, tel que
libellé, «un membre du groupe des députés
indépendants», vu qu'on est six députés
indépendants au sens de la loi, ce député
indépendant représente le député de Drummond; et
c'est vrai aussi pour la commission de l'aménagement et des
équipements pour mon collègue d'Iberville.
Le Président: Effectivement, il n'y a pas de changement au
niveau de votre statut, M. le député de Drummond. Quant à
la modification proposée pour la commission de l'aménagement et
des équipements, effectivement, pour les députés
indépendants, c'est pour faire place à M. le député
d'Iberville dans cette commission. D'accord? Il est donc nommé, à
ce moment-ci, membre de cette dite commission. Par la même motion, M. le
député d'Iberville devient membre de la commission de
l'aménagement et des équipements.
Mise aux voix
Alors, la motion est-elle adoptée? Des voix:
Le Président: Adopté. Toujours aux motions sans
préavis, M. le leader du gouvernement.
Motion proposant que la commission de
l'économie et du travail procède
à l'examen du rapport général de suivi de l'Engagement de
performance 1993-1995 d'Hydro-Québec ainsi que des rapports particuliers
sur l'efficacité énergétique, les pratiques commerciales
et l'équilibre énergétique, et entende les membres du
conseil de direction d'Hydro-Québec
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui, M. le Président. Je
propose: «Que la commission de l'économie et du travail
procède à l'examen du rapport général de suivi au
31 décembre 1993 de l'Engagement de performance 1993-1995
d'Hydro-Québec ainsi que des rapports particuliers au 31 décembre
1993 sur l'efficacité énergétique, les pratiques
commerciales et l'équilibre énergétique, le ministre des
Ressources naturelles étant membre de ladite commission pour la
durée du mandat, et, à cette
fin, entende, à la salle du Conseil législatif: «Le
mercredi 23 mars 1994, de 10 heures à 13 heures, pour une durée
maximale de 15 minutes chacun, les remarques préliminaires du ministre
des Ressources naturelles, du porte-parole de l'Opposition officielle et du
député de Drummond; «Pour une durée maximale de 15
minutes, la présentation des membres du conseil de direction
d'Hydro-Québec concernant le rapport général de suivi au
31 décembre 1993 de l'Engagement de performance 1993-1995, suivie d'un
échange avec les membres de la commission d'une durée maximale de
deux heures, partagées également entre les députés
membres du groupe parlementaire formant le gouvernement et ceux formant
l'Opposition; «Le jeudi 24 mars 1994, de 10 heures à 12 h 30, pour
une durée maximale de 10 minutes, la présentation des membres du
conseil de direction d'Hydro-Québec concernant le rapport particulier au
31 décembre 1993 sur l'efficacité énergétique,
suivie d'un échange avec les membres de la commission d'une durée
maximale de 1 h 20 min, partagées également entre les
députés membres du groupe parlementaire formant le gouvernement
et ceux formant l'Opposition; «Pour une durée maximale de 10
minutes, la présentation des membres du conseil de direction
d'Hydro-Québec concernant le rapport particulier au 31 décembre
1993 sur les pratiques commerciales, suivie d'un échange avec les
membres de la commission d'une durée maximale de 50 minutes,
partagées également entre les députés membres du
groupe parlementaire formant le gouvernement et ceux formant l'Opposition;
«Le même jour, de 15 heures à 18 heures, pour une
durée maximale de 10 minutes, la présentation des membres du
conseil de direction d'Hydro-Québec concernant le rapport particulier au
31 décembre 1993 sur l'équilibre énergétique,
suivie d'un échange avec les membres de la commission, d'une
durée maximale de 1 h 20 min, partagées également entre
les députés membres du groupe parlementaire formant le
gouvernement et ceux formant l'Opposition; «Pour une durée
maximale de 45 minutes partagées également entre les
députés membres du groupe parlementaire formant le gouvernement
et ceux formant l'Opposition, un échange d'ordre général
avec les membres du conseil de direction d'Hydro-Québec et, pour une
durée maximale de 15 minutes chacun, les remarques finales du
député de Drummond, du porte-parole de l'Opposition officielle et
du ministre des Ressources naturelles; «L'Assemblée nationale
décide, conformément à l'article 47 du règlement de
l'Assemblée nationale, de maintenir l'ordre découlant de
l'adoption de la présente motion malgré la clôture
éventuelle de la deuxième session de la 34e
Législature.»
Le Président: Alors, est-ce qu'il y a consentement pour la
présentation de cette motion? Consentement.
Mise aux voix
La motion est-elle adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Alors, M. le whip du
gouvernement.
Liste des membres des commissions
pour le groupe parlementaire
formant le gouvernement
M. Vallières: M. le Président, je propose que la
liste des membres des commissions pour le groupe parlementaire formant le
gouvernement soit celle que je dépose maintenant en deux copies.
Mise aux voix
Le Président: Alors, est-ce que cette motion est
adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Adopté. Alors, M. le whip de
l'Opposition.
Nominations de membres de l'Opposition à des
commissions parlementaires
M. Brassard: M. le Président, je voudrais proposer,
conformément au règlement de l'Assemblée nationale:
D'abord, premièrement, la nomination de M. Francis Dufour,
député de Jonquière, comme membre permanent à la
commission de la culture pour combler une vacance;
La nomination de M. Serge Ménard, député de
Laval-des-Rapides, comme membre permanent à la commission de
l'économie et du travail à la suite de la nouvelle composition de
la commission;
Troisièmement, la nomination de M. Marcel Landry,
député de Bonaventure, à la commission de
l'aménagement et des équipements pour combler une vacance;
Et, enfin, la nomination de M. Marcel Landry, député de
Bonaventure, comme membre permanent en remplacement du député de
Jonquière, M. Dufour, à la commission de l'agriculture, des
pêcheries et de l'alimentation.
Mise aux voix
Le Président: Alors, est-ce que cette motion est
adoptée?
Une voix: Adopté. (15 h 30)
Le Président: Adopté.
Nomination du député de Sauvé
à la commission de l'Assemblée nationale
Également, pour se conformer au règlement de
l'Assemblée, durant l'intersession, il y avait eu une séance du
comité directeur de la commission de l'Assemblée nationale afin
de nommer le député de Sauvé membre de cette commission.
Alors, le rapport de la CAN doit être déposé. La CAN ne
s'est pas réunie.
Document déposé
Est-ce qu'il y a consentement à ce que le rapport verbal du
comité directeur soit accepté par l'Assemblée
nationale?
Une voix: Consentement.
Mise aux voix
Le Président: Adopté?
Une voix: Oui, adopté.
Le Président: Donc, adopté. Alors, motions sans
préavis, toujours. M. le leader du gouvernement.
Motion proposant que, malgré une
de la session, les commissions puissent
poursuivre les mandats prévus
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui. Toujours aux motions sans
préavis, M. le Président, conformément à l'article
47 du règlement de l'Assemblée nationale, je propose que,
malgré une clôture de la session: «La commission des
institutions puisse poursuivre, les 29, 30 et 31 mars 1994, ses auditions
publiques dans le cadre de la consultation générale sur le
régime d'aide juridique et sur le document intitulé «L'aide
juridique au Québec: une question de choix, une question de
moyens», complétant ainsi le mandat qui lui était
confié par un ordre de l'Assemblée le 18 juin 1993; «Ladite
commission puisse également, le 24 mars 1994, procéder, telle que
convoquée, à la vérification des engagements financiers du
ministère des Affaires internationales; «La commission du budget
et de l'administration puisse procéder, les 22, 23 et 24 mars, à
l'exécution du mandat concernant l'Office des ressources humaines,
adopté en vertu de l'article 294 du règlement de
l'Assemblée nationale; «Elle puisse également
procéder, le 29 mars 1994, à l'audition de la sous-ministre du
Revenu en vertu de l'article 8 de la
loi sur la réduction du personnel
dans les organismes publics et Pimputabilité des sous-ministres et
dirigeants d'organismes.»
Mise aux voix
Le Président: Alors, est-ce que cette dernière
motion est adoptée?
Des voix: Adopté.
Le Président: Donc, adopté.
Avis touchant les travaux des commissions
Alors, maintenant, nous allons procéder aux avis touchant les
travaux des commissions. M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui. À ce moment-ci, M. le
Président, j'avise donc cette Assemblée qu'aujourd'hui, de 15
heures à 18 heures et de 20 heures à 22 heures, à la salle
du Conseil législatif, la commission des institutions poursuivra ses
auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur
le régime d'aide juridique et sur le document intitulé
«L'aide juridique au Québec: une question de choix, une question
de moyens».
De 15 heures à 17 heures et de 19 heures à 21 heures,
à la salle Louis-Joseph-Papineau, la commission de l'économie et
du travail poursuivra ses consultations particulières dans le cadre de
l'étude détaillée du projet de loi 116, Loi modifiant le
Code du travail.
Le Président: Alors, très bien. Maintenant, je vous
avise qu'aujourd'hui, jeudi 10 mars 1994, la commission d'étude des
questions afférentes à l'accession du Québec à la
souveraineté se réunira en séance de travail, après
les affaires courantes, à la salle 1.38 de l'édifice Pamphile-Le
May. L'objet de cette séance est de poursuivre l'étude d'une
demande d'accès à un document.
Également, s'il y a consentement pour déroger à
l'article 139 du règlement, je convoque la commission de l'agriculture,
des pêcheries et de l'alimentation, la commission des affaires sociales
et la commission de la culture pour l'élection d'un
vice-président. Ces commissions seront présidées par un
vice-président de l'Assemblée nationale. Est-ce qu'il y a
consentement? Il y a consentement. Très bien.
Renseignements sur les travaux de
l'Assemblée
Maintenant, renseignements sur les travaux de l'Assemblée. M. le
député de Drummond.
M. St-Roch: Oui, M. le Président. J'aimerais solliciter la
collaboration du leader du gouvernement. En étant très nombreux,
comme le député indépendant de Drummond, nous aurons
à poursuivre ? et je suis membre de la commission de
l'économie et du travail ? jusque tard ce soir. Suite au
libellé de la dernière motion sans préavis, est-ce qu'il
serait agréable au député et au leader de l'Opposition de
nous donner une
idée de la convocation de l'Assemblée pour la semaine
prochaine, en vue de faciliter l'organisation de notre agenda?
Le Président: Alors, M. le leader du gouvernement.
M. Paradis (Brome-Missisquoi): Oui. Nous ferons de façon
un peu plus officielle, plus tard au cours de la journée, les annonces
qui s'imposent dans de telles circonstances. Mais, si vous voulez avoir un avis
personnel du leader du gouvernement et non un avis officiel, je vous invite
à me rencontrer à l'arrière du trône dans quelques
minutes.
Le Président: Maintenant, toujours aux renseignements sur
les travaux de l'Assemblée, je vous avise que l'interpellation
prévue pour le vendredi 18 mars 1994 portera sur le sujet suivant: les
relations Québec-Ottawa. M. le whip en chef de l'Opposition officielle
et député de Lac-Saint-Jean s'adressera alors à M. le
premier ministre.
Avis de sanction
Je vous avise également que ce soir, après l'ajournement
des travaux de l'Assemblée, il y aura sanction de projets de loi au
cabinet de Son Excellence le lieutenant-gouverneur.
Alors, ceci met donc fin à la période des affaires
courantes.
Affaires du jour Affaires prioritaires
Motion de censure proposant que
l'Assemblée
condamne l'échec des politiques
budgétaires
et économiques du gouvernement
Nous allons maintenant procéder aux affaires du jour et, aux
affaires du jour, il y a une affaire prioritaire, soit la motion de censure
présentée par M. le chef de l'Opposition officielle en vertu de
l'article 304 du règlement. Cette motion se lit comme suit: «Que
l'Assemblée nationale, prenant acte de la déclaration du ministre
des Finances du jeudi 3 mars dernier, condamne l'échec flagrant des
politiques budgétaires et économiques du gouvernement
libéral qui ont amené, depuis le début de la
récession, des augmentations de taxes et d'impôts qui
représentent maintenant plus de quatre milliards de dollars par
année, entraîné des coupures aveugles de dépenses
productives et qui ont ainsi freiné l'emploi et appauvri des centaines
de milliers de Québécois tout en triplant le
déficit.»
Donc, avant que ne débute le débat sur cette motion de
censure, je vous informe de la répartition du temps qui a
été convenu après une rencontre avec les leaders des deux
formations politiques, du gouvernement et de l'Opposition officielle. Alors, je
vous informe de la répartition du temps de parole établi pour la
discussion de cette motion: une réplique de 20 minutes sera
accordée à l'auteur de la motion; 20 minutes également
seront allouées à l'ensemble des députés
indépendants; le reste du temps sera partagé également
entre les deux groupes parlementaires. Dans ce cadre, les interventions seront
limitées à une durée de 20 minutes chacune, sauf pour une
intervention principale d'une heure de chaque côté, soit celle du
chef de l'Opposition ou celle du premier ministre ou de son
représentant. Alors, je suis donc maintenant prêt à
reconnaître le premier intervenant, soit l'auteur de la motion, M. le
chef de l'Opposition.
M. Jacques Parizeau
M. Parizeau: M. le Président, le 3 mars dernier, le
ministre des Finances décrivait le niveau du déficit actuel du
gouvernement du Québec, c'est-à-dire 5 000 000 000 $ ou presque,
comme tolerable. L'expression a fait scandale, pas seulement dans cette Chambre
? pas surtout même, j'allais dire, à l'Assemblée
nationale ? mais un peu partout chez les commentateurs, chez les
éditorialistes, dans les journaux qui, d'habitude, sont plutôt
d'accord avec certaines des positions gouvernementales, disons. Il y avait de
Je comprends que le ministre des Finances, depuis ce temps, a dit que
ça dépassait sa pensée, mais ça correspondait quand
même à quelque chose de très profond, c'est-à-dire
un constat d'échec, un constat d'échec, qui n'est pas
l'échec de six mois, qui n'est pas l'échec d'un an, qui est
l'échec d'un gouvernement qui s'est trouvé placé, en 1990,
à partir du milieu de l'année 1990, devant une récession
et qui a posé une série de gestes tels qu'au bout de quelques
années il faut bien constater que la reprise est la plus lente de toutes
celles qu'on ait connues depuis, bien, la Deuxième Guerre mondiale
chaque fois qu'il y a eu une récession; deuxièmement, qu'on a
à ce point augmenté les impôts qu'on a, en collaboration
avec le gouvernement fédéral, ramassé, en augmentations de
taxes et d'impôts, autant que la totalité de l'augmentation,
pendant cette année ? et Dieu sait si elle n'était pas forte
l'augmentation ? de la production nationale, tout en s'étonnant que
les gens n'augmentent pas leur consommation ou n'achètent pas davantage
pour faire reprendre l'économie. On a mis en chômage, à
cause des politiques suivies, une foule de Québécois et de
Québécoises, à cause des politiques qu'on a suivies.
Ce que je vais essayer de montrer cet après-midi, M. le
Président, c'est que, en un certain sens, il aurait mieux valu que le
gouvernement ne bouge pas. Il a empiré la situation avec ce qu'il a
fait. Il y a des gens qui, à l'heure actuelle, sont en chômage au
Québec et qui peuvent se dire: Je dois ça à mon
gouvernement, c'est lui qui m'a mis dehors. Et, comme les élections
viennent, comme il faut donner une nouvelle image à ce gouvernement,
alors le ministre des Finances ne faisait, le 3 mars, que traduire ce que ce
gouvernement cherche
au fond à répandre, à l'heure actuelle,
c'est-à-dire que, bien, ça ne va pas si mal, non, il n'y a pas
d'échec, la reprise va bien, et d'ailleurs, vous voyez, on fait des
emplois, et puis il n'y a pas de problème de financement pour le
gouvernement en général, et les services de santé en
particulier. Tout va très bien, madame la Marquise! (15 h 40)
Depuis le début de cette récession, ce gouvernement est
dominé ? il l'a dit, il l'a répété ? par
cette idée qu'il ne faut pas que le déficit s'accroisse. Or, le
déficit, au moment où la récession a commencé,
était à peu près de 1 700 000 000 $. Il a tout fait pour
l'empêcher de monter. Je vais essayer de démontrer que, en fait,
il l'a triplé en posant ces gestes-là, parce que, à
l'heure actuelle, on est rendu pas loin de 5 000 000 000 $ de déficit.
On a triplé le déficit en cherchant à l'éliminer et
en matraquant l'économie autant qu'on pouvait.
D'abord, au départ, le gouvernement dit: Écoutez, pour que
ça ne s'accroisse pas, le déficit, je vais augmenter les
impôts un peu et je vais couper les dépenses. Ça paraissait
raisonnable. On peut comprendre, à la rigueur, que l'on fasse ça,
à condition de le faire avec une certaine modération. Encore
qu'on aurait pu attendre un peu pour l'augmentation des impôts, ce
n'était peut-être pas le moment, mais, enfin, on peut, à la
limite, comprendre que des gens un peu affolés par l'augmentation du
déficit cherchent dans ces voies-là. Ce qui s'est passé a
été assez différent.
Commençons par les revenus. Plus on augmentait les taxes et les
impôts, plus le déficit s'accroissait, plus on augmentait le
déficit et les impôts. On s'est embarqué dans un cercle
vicieux qui fait que, de 1990 à aujourd'hui, sur une base annuelle, les
impôts et les taxes des Québécois ont augmenté de 4
200 000 000 $. C'est beaucoup, c'est 600 $ par homme, femme et enfant,
ça, au Québec. 4 200 000 000 $ d'augmentation de taxes, c'est
ça que ça fait.
Et il augmentait toujours, le déficit, parce que, en même
temps, le gouvernement fédéral, lui, pour s'adresser à son
propre déficit, augmentait aussi les taxes et les impôts sur les
Québécois. Pendant ce temps-là, le gouvernement
fédéral augmentait les taxes et les impôts de 2 500 000 000
$. Et, comme, tout de même, on se rendait compte, à chaque palier
de gouvernement, qu'il fallait quand même essayer de passer la
tâche ou l'image de l'augmentation des impôts au gouvernement qui
est en dessous de soi, le fédéral a roulé ses factures sur
Québec, Québec a roulé ses factures sur les
municipalités et, au bout de compte, les municipalités ont
été forcées d'augmenter elles aussi leurs taxes. Parce que
les municipalités ou les commissions scolaires, c'est le bout de la
ligne. Ça ne va pas descendre plus loin. Ça veut dire que, au
cours des dernières années, en pleine récession, les taxes
et les impôts des trois paliers de gouvernement ont augmenté
d'à peu près 7 000 000 000 $ au Québec. Du jamais vu, du
jamais vu!
Mais ce n'était pas suffisant, il fallait aller aussi vider les
caisses qui étaient disponibles. On a sorti, pendant ce temps-là,
1 500 000 000 $ de la caisse de la Société de l'assurance
automobile du Québec, 1 500 000 000 $ qui devaient, normalement,
être ristournés aux assurés, soit sous forme d'une baisse
de prime ou bien d'une augmentation des compensations, des pensions. L'un ou
l'autre, ou les deux. Bien, c'est le gouvernement qui a été les
prendre dans la caisse pour ajouter ça aux augmentations de taxes et
d'impôts que, chaque année, il nous annonçait.
Bien sûr, une économie ne peut pas résister à
ça. Ce n'est simplement pas possible. C'est évident que, dans ces
conditions, la consommation ne remonterait pas. C'est évident qu'en
procédant de cette façon-là des gens perdraient leur
emploi, parce que les achats des consommateurs n'augmenteraient pas, parce que
les investissements ne repartiraient pas, parce que des emplois
disparaîtraient. C'était inévitable. Et remarquons bien
que, jusqu'à tout récemment, ça restait la pratique
annuelle du gouvernement que nous avons devant nous. Le dernier budget de 1993,
c'était quoi? Encore une flopée de taxes et d'impôts. Sur
les grandes entreprises qui, habituellement, n'en paient pas? Non. Sur les gens
les plus à l'aise de notre société? Non. L'année
dernière, là, vraiment, on ne les a pas ratés, les petits
revenus et les personnes âgées, de la même façon,
soit dit en passant, que le fédéral n'a pas raté les
chômeurs et les personnes âgées dans son dernier budget.
Parce qu'on en est là. Quand on a taxé les classes moyennes
jusqu'à ce que ce soit sur le bord de la révolte, bien, il faut
tomber là. Ce qu'on a fait ici, au Québec, l'année
dernière, sans beaucoup de vergogne, en disant: II faut ça pour
empêcher le déficit.
On est rendu plus sophistiqué encore. Il n'y a pas longtemps, M.
le Président, on disait: II faut faire ça pour garder les cotes
de crédit du Québec. Vous vous souvenez? Puis on ne les a
même pas gardées. Ce qui démontre que la vie est injuste,
M. le Président. On taxe les gens autant qu'on peut pour garder ses
cotes de crédit auprès de Moody's et Standard & Poor's, et
Moody's et Standard & Poor's ne veulent même pas reconnaître
les efforts qu'on fait. Probablement parce que Moody's et Standard & Poor's
ont un sens un peu plus aiguisé de ce que doit être une politique
économique à peu près correcte en période de
récession, c'est-à-dire qu'on ne taxe pas les gens jusqu'à
plus soif en s'imaginant qu'on va faire repartir l'économie. Ils
comprennent ça, chez Moody's et Standard & Poor's; le gouvernement
du Québec, lui, ne comprend pas, puis il continue de faire la cour
à ces deux sociétés de crédit en disant: Si je peux
taxer encore davantage, peut-être qu'ils vont m'aimer plus. Mais non! Ils
comprennent ça, eux.
Du côté des dépenses, on s'attendait aussi,
évidemment, à ce que le gouvernement fasse des coupes sombres. Il
les avait annoncées. Il allait geler l'embauche des fonctionnaires. Il
nous répète ça depuis trois, quatre ans. Il allait
pourchasser toutes les dépenses frivoles... s'il en restait encore dans
ce gouvernement si bien administré. On est parti avec ça. Et, M.
Président, pendant trois années de suite, 1990-1991,
1991-1992, 1992-1993, les dépenses du gouvernement du Québec ont
augmenté de 3 % par an; 3 % de plus que le taux d'inflation. Du jamais
vu au cours des 15 dernières années; 3 % de plus que l'inflation
trois ans de suite, ça ne s'était pas vu. D'un gouvernement qui
avait toutes les bonnes paroles: Ah oui! je vais réduire les
dépenses les plus aberrantes, les plus inutiles, je vais rationaliser
les opérations gouvernementales; 3 % de plus que l'inflation trois ans
de suite.
Évidemment, quand vous augmentez les dépenses, en trois
ans, de 10 % de plus que l'inflation, ça a tendance à
accroître le déficit et, donc, à entretenir la panique.
Alors, par exemple, on a vu... Et je voudrais ici traduire ce que ça a
voulu dire en pratique, 3 % de plus que l'inflation. Ça paraît
abstrait, cette affaire-là. Ça a voulu dire, par exemple, que le
gouvernement du Québec, à une époque où, à
la bouche, il n'avait que l'idée du gel des effectifs dans la fonction
publique, a réussi le tour de force d'augmenter les effectifs de la
fonction publique de 5000 en quatre ans: de 1988 à 1992, selon le
portrait statistique que je cite ici, le portrait statistique des effectifs
réguliers et occasionnels de la fonction publique du Québec, nous
sommes partis d'un effectif global de 64 482 en 1988 pour monter à 69
247 en 1992: 5000. Concrètement parlant, c'est ça que ça
veut dire, une croissance de 3 % par année pendant trois ans au-dessus
de l'inflation. (15 h 50)
Si au moins, pendant ce temps, ces augmentations de dépenses
avaient été des investissements, avaient servi à
accroître des immobilisations, non seulement on aurait pu comprendre,
ça aurait été si intelligent. En période de
récession, quand on sait qu'on est en face de travaux qu'on devra faire
de toute façon, aussi bien les faire au moment où les
contracteurs ont faim, où les prix de construction sont les plus bas.
C'est à ce moment-là qu'on fait ça. Il y en a qui vont
dire: Bien oui, mais ça va accroître le déficit, il va
falloir emprunter. Bien oui, emprunter pour investir, tout le monde fait
ça, c'est parfaitement normal. C'est emprunter pour payer
l'épicerie qui n'est pas normal, ce n'est pas emprunter pour faire des
investissements. Et, alors là, parce que... Au fond, c'est ce qu'il y
avait de plus facile à retarder. Ne pas commencer un investissement,
ça, c'est très simple, il suffit que, au Conseil du
trésor, on dise: On ne commencera pas, puis ça ne commence pas,
c'est tout.
On les a suppliés, nous, en Chambre, depuis trois ans, de ne pas
bloquer un certain nombre de projets, de les laisser passer, de les
réaliser. Le programme d'épuration des eaux, M. le
Président, il va être complété, personne n'a le
moindre doute. Ça va prendre quelques années ou plusieurs
années, mais ça va être fini. Il est clair que les villes
qui n'ont pas encore d'usine d'épuration des eaux, elles vont en avoir,
comme toutes les autres qui les ont précédées. Au lieu
d'accélérer le programme d'épuration des eaux, ils l'ont
ralenti. À plusieurs reprises, on a soulevé cette question ici,
Chambre. Le ministre de l'Environnement cherchait à justifier
qu'on reporte à plus tard la construction d'usines d'épuration
des eaux. Plus tard, ça veut dire quoi? Plus tard, ça va
être à un moment où les coûts de construction auront
augmenté et on va payer plus cher qu'on aurait payé
autrement.
L'organisation, le prolongement du transport en commun autour de
Montréal, il y a des centaines de millions de dollars à mettre
là-dedans. Mais est-ce qu'ils ont pu taponner, M. le Président,
si vous me passez l'expression un peu familière, taponner! Et on ne sait
toujours pas exactement ce qu'ils vont faire. On ne sait pas ce qu'ils vont
faire avec les trains de banlieue ou une bonne
partie d'entre eux. On ne sait
pas ce qu'ils vont faire avec le transport en commun sur l'île
Jésus. Ils taponnent encore après trois ans de
récession.
Un jour, nous avons décidé, il y a longtemps, il y a des
années, c'était en 1984, que ce serait extraordinai-rement utile,
à la fois pour la formation des jeunes et pour le tourisme, d'avoir un
musée de la science et de la technologie à Montréal.
Là, ça a été envoyé dans le moratoire que le
gouvernement a décidé sur tous les équipements culturels,
c'est tombé dans un grand trou noir et ce n'est jamais
réapparu.
On leur a dit: Vous savez, beaucoup de travaux, municipaux sans doute,
mais beaucoup aussi de travaux d'hôpitaux, d'écoles,
d'universités, de cégeps, d'immobilisations dans ce
domaine-là, ça ne coûte pas cher au gouvernement, ce sont
ces corps publics là qui empruntent. La première année,
vous ne payez pas d'argent au titre... Ça ne change pas votre
déficit. L'année suivante, ça le change très peu,
c'est juste six mois d'intérêt sur la dette. Allez-y
jusqu'à ce que vos finances publiques se redressent. Permettez à
tous ces corps publics d'accélérer leurs investissements. On leur
a dit ça, quoi, 10 fois en cette Chambre. Non, c'était non.
Ah! des fois, ils faisaient... À certains moments, ils ont fait
des bruits comme quoi il essaieraient de le faire. Oui, oui, bien sûr.
Alors, par exemple, en 1990-1991, ils nous ont dit: Vous allez voir, on va
accélérer les investissements locaux comme ça de 279 000
000 $. L'année s'est terminée, puis, finalement, ce
n'était pas 279 000 000 $, c'était 150 000 000 $. On a dit: Quand
même, ils font un effort, on va essayer de voir. En 1991-1992, ils ont
dit: On va accélérer de 311 000 000 $ les investissements du type
dont je viens de parler. Et, en fait, ils ont tombé, ces
investissements-là, de 300 000 000 $, cette année, par rapport au
niveau de l'année antérieure. Non seulement ils n'ont pas fait
300 000 000 $ de plus, ils ont fait 300 000 000 $ de moins. En 1992-1993, ils
nous ont dit: On va accélérer de 200 000 000 $ les
investissements. On a dit: À tout péché
miséricorde. Essayez encore! Eh bien, les investissements ont
baissé de 100 000 000 $ par rapport à ce qu'ils étaient
l'année précédente. Us ont tout raté, ils ont tout
Évidemment, là, cette année, en 1993-1994, ils ont
paniqué. Là, ils se garrochent pour essayer de baisser les
dépenses un peu partout, des dépenses courantes.
Us sont tentés, même, par l'horrible. Vous étiez ici
dans cette Chambre, M. le Président, quand on s'est rendu compte qu'ils
avaient eu la tentation de mettre un ticket modérateur sur la chimio,
les soins de chimiothérapie, pour ceux qui sont atteints de cancer, ou
qu'on allait supprimer des traitements, ne pas rendre gratuits des traitements
pour ceux qui sont atteints de fibrose kystique, ou des choses pareilles. Ils
ont été tentés par ça. Quand la panique prend, la
panique prend!
Et puis, là, le ministre des Finances s'est échappé
à un moment donné. Quand on pense qu'on était tenté
de mettre 20 $ par traitement de chimiothérapie, pour ceux qui sont
atteints de cancer, pour réduire le déficit, pour faire
disparaître ce déficit! Puis, le ministre des Finances conclut:
Bien, il est tolerable à ce niveau-là. Je comprends que ça
ait scandalisé, M. le Président, puis je comprends qu'il ait
cherché à s'excuser depuis ce temps-là. C'était
inqualifiable comme déclaration.
Alors, ce qu'on aurait pu avoir par des investissements, on ne l'a pas
eu en termes d'emplois. Non seulement on a perdu des emplois à cause des
augmentations d'impôts, non seulement on n'a pas eu des emplois par des
travaux publics qui n'ont pas été faits, mais, à part
ça, on a commencé, pour essayer de régulariser la
situation, jusqu'à tout récemment, jusqu'à ce qu'ils se
décident d'aller en élection, à dire qu'il fallait menacer
certains des groupes les plus vulnérables qu'il peut y avoir dans notre
société.
En même temps se développait autre chose. Et ça,
ça sera plus difficile, j'imagine, dans l'avenir, d'expliquer ce qui
s'est passé au juste. Ça commence, M. le Président, par
des augmentations fabuleuses, dont on voit à quel point elles
étaient stupides, d'ailleurs, par le gouvernement fédéral
et le gouvernement du Québec: des taxes sur le paquet de cigarettes de
plus de 3 $. Une augmentation de 3 $ en l'espace de quelque chose comme 18
mois. Ça, tous ceux qui ont eu, à un moment donné, la
responsabilité d'un ministère des finances savent que, des taxes
comme ça, on peut les augmenter assez régulièrement, mais
il ne faut pas le faire trop à la fois, parce qu'il y a toujours le
danger de la contrebande. Il a toujours été là, le danger
de la contrebande, on le sait bien.
Effectivement, le système n'a pas résisté. La
contrebande s'est organisée sur une très grande échelle.
Le trésor public a perdu des centaines de millions par année. Le
trésor public a probablement perdu, au total, sur quelque chose comme
deux ans et demi, 1000 000 000 $. On en finance des choses avec 1 000 000 000
$. On en évite, des augmentations d'impôts, avec 1 000 000 000 $.
Le gouvernement s'est rendu compte très vite, presque aussi vite que les
journalistes, que 80 % de toute la contrebande de tabac passait par Akwesasne
puis Kahnawake. Ils ont pris les nerfs. Ils se sont dit: Ce n'est pas possible,
on ne va pas rentrer... Après ce qui est arrivé en 1990, il faut
les laisser tranquilles.
Et, donc, la contrebande s'est organisée sur une échelle
extraordinaire, avec, aussi bien à Ottawa qu'à Québec, des
corps policiers à qui on demandait de fermer les yeux et qui s'en
expliquaient devant les journaux. Us disaient, d'ailleurs: On nous demande de
ne pas regarder. Et les journaux, les postes de télévision
envoyaient, l'automne dernier, des photographes photographier, la nuit, les
embarcations de contrebandiers chargées de caisses. On était sur
le point d'organiser des tours guidés, à l'usage des touristes,
de la contrebande! Et le gouvernement ne voyait rien, ne voulait rien voir. (16
La police du tabac a été une rigolade, mais une rigolade!
C'aurait été, en fait, drôle, si ça n'avait pas
été aussi triste, parce que c'est par les augmentations
d'impôts du dernier budget qu'on a remplacé, au Québec,
l'argent qu'on ne collectait plus sur les cigarettes. À une
époque où il n'y avait pas de contrebande puis où les
taxes étaient moins élevées, on ramassait en taxes sur les
cigarettes, au Québec ? je parle d'il y a quatre ans, cinq ans, six
ans, avant ça ? 500 000 000 $ ou 600 000 000 $ par
Et, là, maintenant, le gouvernement s'est rangé, a dit:
Les contrebandiers ont gagné, je descends mes prix à leur niveau.
Et l'année prochaine, ça va rapporter 150 000 000 $. Et la
différence, ça va être quoi? Bien, ça va être
les augmentations d'impôts sur le revenu, que vous avez
décrétées dans le dernier budget, qui remplacent l'argent
que vous n'avez pu ramasser sur le tabac, parce qu'ils ont fait une erreur
invraisemblable. On n'a pas idée de faire ça! Et, là,
ça recommence, parce que, une fois que la contrebande est
organisée, elle passe de l'un à l'autre.
Alors, on entend dire, hier, par le vice-président de la SAQ, que
la moitié de tous les spiritueux qui rentrent au Québec rentrent
en contrebande. Qu'est-ce qu'on va faire? Est-ce que le gouvernement va
maintenant baisser le prix des spiritueux vendus dans les magasins de la SAQ au
niveau des contrebandiers, comme il l'a fait pour les cigarettes? C'est
ça, la prochaine étape? Ah! Bravo! Bravo!
Et puis il y a le ministre du Revenu, qui dit au critique de
l'Opposition dans ces matières depuis deux jours que, effectivement,
là, il y a pas mal d'argent qui est collecté en taxes par les
stations-service de Kahnawake et que le ministère cotise, mais que le
paiement ne se fait pas, ça ne se fait pas depuis longtemps, puis
ça porte sur des grosses sommes et puis, bon, bien, il ne peut rien en
dire parce que c'est confidentiel au ministère du Revenu. C'est
évident. Il n'y a jamais de procès au ministère du Revenu.
On n'a jamais fait de procès à qui que ce soit, tout le monde
sait ça. On ne lit pas les journaux. On ne sait pas de quoi il s'agit.
Non, non, non. Au fond, à certains moments, ils nous prennent pour des
imbéciles. Mais c'est la tolérance. On ne touche pas à
ça, on ne touche pas à ça.
Et les montants s'accumulent. La Cour suprême décide, il y
a quelque temps, il y a trois ans, en fait, trois ans que les appareils de
vidéopoker, là, c'est illégal. Alors, le gouvernement, il
ne peut pas collecter des
permis, il ne peut pas collecter des impôts sur une
activité illégale. Alors, donc, il y a des vidéopokers
partout qui sont tous illégaux. Alors, le gouvernement ne ramasse pas
les taxes qu'il devrait ramasser dessus. Savez-vous combien il perd
là-dessus, juste là-dessus, M. le Président? 150 000 000 $
par année! Pas grave.
À l'opposé, on entend parler de toutes espèces de
choses. À l'opposé, on entend dire aussi que les 500 fiducies
familiales qui existent au Canada, dont probablement quelque chose comme une
centaine au Québec, qui sont vraiment réservées pour les
gens très, très riches, leur privilège de ne pas payer de
taxe sur le gain de capital est prolongé, comme il l'a été
en mai dernier, pour 40 ans, pour 40 ans. Je ne donne ça que comme
exemple. On entend dire que certaines des plus grandes compagnies de notre
société n'ont pas payé d'impôts depuis 10 ans et
n'en paieront pas pour les 10 années qui viennent. Et on se trouve
devant des gens à qui ont dit: Croyez dans le système, respectez
vos gouvernements, respectez la société dans laquelle vous
Et ça aussi, M. le Président, c'est un échec majeur
de ce gouvernement, non seulement de tous les gouvernements qui ont eu à
faire face à une récession depuis la Deuxième Guerre
mondiale c'est celui qui a été le plus inepte, mais, en plus de
ça, il a réussi à rompre, à défaire ce qui
restait du lien de confiance des citoyens à l'égard de leurs
institutions, et ça, c'est impardonnable parce que ça ne va