Institutions — 11 February 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-02-11
Quebec — Committees
(Onze heures trente et une minutes)
Président (M. Morin) :
Bonjour, mesdames messieurs. Très heureux d'être en votre compagnie ce matin.
Comme nous avons le quorum, je déclare la
séance de la Commission des
institutions ouverte. S'il vous plaît, veuillez vérifier vos téléphones cellulaires et tout ce qui
fait du bruit.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 59, Loi
édictant la Loi concernant la
prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à
la violence et apportant diverses modifications législatives pour
renforcer la protection des personnes.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Morin (Côte-du-Sud) remplace M. Ouellette (Chomedey);
Mme Poirier (Hochelaga-Maisonneuve) remplace Mme Hivon (Joliette);
et M. Rochon (Richelieu) remplace M. Leclair (Beauharnois).
Président (M. Morin) :
Merci, chère madame. Lors de notre dernière séance, M. le député de Borduas avait présenté
un sous-amendement à l'amendement de la ministre à l'article 1.1 édicté par l'article 1
du projet de loi. Nous avions débuté les échanges sur ce sous-amendement.
M. le député de Borduas, je veux vous entendre.
Jolin-Barrette : Oui. Merci,
M. le Président. Bien, écoutez, j'avais plaidé ce que j'avais à plaider lors de
la précédente séance. Simplement pour rappeler qu'avec l'amendement que
nous proposons c'était véritablement pour encadrer,
donc, véritablement au niveau de l'endoctrinement. Donc, les commentaires ont déjà été
faits, M. le Président.
Président (M. Morin) :
Merci, M. le député de Borduas. Est-ce
que j'ai d'autres interventions sur le
sous-amendement? Oui, Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Oui, M. le Président. Premièrement, comme ce sont des débats qui ont été tenus
publiquement, c'est-à-dire sur nos
ondes, je vais d'abord dire à mon collègue de Borduas
à haute voix ce que je lui ai dit tout
à l'heure, c'est-à-dire qu'étant
donné que cet amendement était une proposition qui enlevait du
portrait de ce qui peut être touché par le projet de loi, que ça
enlevait peut-être — je
dis bien peut-être — la
capacité d'amener des rappeurs devant la Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, je l'avais félicité. Il m'avait demandé de mettre
ça sur mon mur Facebook parce qu'il avait été troublé de s'y retrouver quant à ses tergiversations
antérieures. Alors, mon collègue,
maintenant, a appris qu'effectivement, sur mon mur Facebook, on peut trouver que cet amendement,
à notre avis, est une position
plus intéressante que la position à laquelle tient le gouvernement actuellement. Je tiens à le dire parce qu'on parle beaucoup de collaboration, puis il faut le souligner quand quelqu'un
fait une avancée. Puis il faut aussi le dire publiquement parce que,
sinon, les gens restent sur l'impression antérieure.
Ceci dit, ce
que je dis aussi et que je rappelle dans ces débats — j'ai
juste pris les débats qu'on avait faits la semaine dernière — c'est
que c'est un compromis et que c'est un compromis que nous ne voulons pas faire.
Ce compromis, c'est d'accepter que les
personnes soient poursuivies pour discours haineux dans un contexte
d'intolérance sans aucune référence à
l'appel à la violence. Dans tout le débat qu'on a, on nous dit souvent... Puis
je réfère aux premiers échanges qu'on a eus, M. le Président, quand on a
débattu de ce projet de loi, la ministre disait : Nous voulons que les
gens ne puissent pas poursuivre seulement au niveau fédéral, nous voulons que
les personnes puissent poursuivre au Québec. On veut une procédure québécoise, faisant de cela, je pense,
un objet de fierté qui pourrait être légitime, je le dis, là, qui pourrait être
légitime. Il y a déjà les
articles 318 à 321 du Code criminel qui touchent aux appels à la violence, et tout,
puis là on dit : Bon, bien, on
pourrait transposer au Québec tout ce que la Cour suprême a amené sur les
discours haineux et les discours incitant à la violence.
Je crois
véritablement qu'on pourrait, à
l'heure actuelle, se passer de cette
procédure québécoise, qui est troublante à d'autres aspects. On verra quand on sera rendu là,
sur les autres aspects, puis on échangera là-dessus. Mais, mais, mais
je ne comprends pas pourquoi
on l'élargit tout à coup. À notre sens, si le Code criminel couvre les appels à la violence, qu'est-ce qui nous amène à couvrir plus large au Québec?
La seule référence, c'est la Saskatchewan. La seule référence qui est solide, là, qu'on ait, là, c'est la loi de
la Saskatchewan. Or, l'arrêt Whatcott
ne commente pas sur le fond l'importance d'avoir ce type de loi là.
L'arrêt Whatcott, il est sur la loi de la Saskatchewan. Sur la pertinence, il
n'y en a pas.
Est-ce que
nous, au Québec, on a eu un grand débat sur la pertinence d'avoir ce type
législation là, d'aller devant la
commission des droits de la personne et jeunesse? Non, on est tombés à terre
quand la loi est arrivée, on ne l'attendait pas là. On l'attendait exactement où elle devait aller, c'est-à-dire sur
le plan de lutte à la radicalisation, on devait rester dans le plan de lutte à
la radicalisation. Et la radicalisation, on le sait, s'exprime sur deux choses.
L'égalité entre les hommes et les
femmes est attaquée quand on parle de radicalisation, mais surtout, surtout, ce
qui est attaqué, c'était le phénomène de
l'extrémisme religieux. Tout le monde, on attend du gouvernement le dépôt d'une
loi sur l'extrémisme religieux pour lutter
contre la radicalisation et l'extrémisme religieux qui mènent à la violence,
qui mènent aux actes de terrorisme de Saint-Jean-sur-Richelieu, d'Ottawa. Puis,
si on va à d'autres exemples à l'étranger, on va aller sur Paris, on va aller
sur Ouagadougou, on va aller sur Djakarta, il y a de nombreux exemples.
Alors, on
attend ça. Alors, qu'est-ce qu'on reçoit? On reçoit un projet de loi qui va, de
façon beaucoup plus large... Je vais
rappeler aussi, M. le Président, qu'en plus, d'abord, on avait un projet de loi
qui nous parlait du discours haineux et du discours incitant à la
violence dans un contexte de radicalisme menant à la violence et d'intolérance
menant à la violence. Puis là on est rendu à
dans un contexte d'intolérance, puis là il n'y a plus d'appel à la violence.
Donc, on sort encore une fois par la bande l'amendement même de la
ministre. Même plus, dans le projet de loi, le projet de loi, ce n'était même pas ça. Mais son amendement a ouvert
encore plus large, encore plus large que ce qui est contenu dans le Code
criminel. Ça fait que le problème qu'on a depuis le début, c'est qu'on tente de
baliser ça, on tente de revenir à l'intention
première, la lutte à la radicalisation et les appels à la violence. On a répété
souvent que le premier ministre avait
demandé qu'on s'en tienne à la ligne de démarcation qui était l'appel à la
violence. C'était ça, la ligne de démarcation.
Alors, M. le
Président, je le dis, c'est un compromis. Est-ce que ce compromis du collègue
de Borduas est intéressant? Bien, il
est mieux que ce qu'on avait. Maintenant, est-ce qu'on vote un compromis
intéressant ou on vote sur nos
convictions profondes, jusqu'où on peut aller, et tout? Tant que nous resterons
avec un discours haineux dans un contexte
d'intolérance, nous sommes mal à l'aise. Peut-être que le collègue a une
formulation qui permettrait d'en sortir.
L'autre
chose, le discours s'exprimant dans tout autre contexte, l'intention d'exposer
ce groupe à la haine et de causer un
préjudice doit être claire. Causer un préjudice, pas pire, mais... L'intention,
on est d'accord. Mais exposer ce groupe
à la haine, déjà ça couvre moins que ce qu'on a parce que la définition de
«discours haineux» est très large, très, très large. Un discours haineux, c'est un discours qui est d'une
virulence ou d'un extrême tel qu'il est susceptible d'exposer ce groupe à la
marginalisation, au rejet, à la détestation, au dénigrement ou à l'aversion. Il
y a cinq tiroirs, cinq classements, hein,
comme cinq tablettes, là, sur lesquelles on peut mettre les causes, là. Il n'y
en a pas une, l'appel à la violence directe, répétée — on
pourrait avoir toutes sortes de mots, là — mais on a cinq tablettes pour introduire des
causes à la Commission des droits de la personne, causes qui, je le
rappelle — et
ça, on n'a toujours rien entendu là-dessus, toujours pas de solution — prennent quasi un an avant d'être traitées, puis on en rajoute si on parle
d'avoir une idée de si c'est, oui ou non, tenable.
Alors, M. le Président, j'ai quelques difficultés. Je comprends que le collègue veut éliminer la
portion dont on avait discuté puis
qui est maintenant sur mon mur. Cette compréhension s'affiche maintenant
sur mon mur Facebook, mais le projet de loi reste là. Le projet de loi demeure un projet de loi qui sort du
champ de ce que serait le transfert du Code
criminel au Québec. Il sort du plan de lutte à la radicalisation
pour s'en venir vers autre chose. Alors, ce n'est vraiment pas
facile, M. le Président, d'aider le collègue dans sa démarche. Il y a
autre chose que je veux lui dire, son intention est bonne, je l'ai dit,
là, elle essaie de baliser la loi.
Le problème
qu'on a depuis le début, c'est que la ministre, à part un «principalement ceux s'exprimant» puis l'ajout d'«endoctrinement»,
qu'on salue, la ministre a refusé toutes nos suggestions, toutes nos propositions. On sait que l'article 1, c'est
l'article fondateur de la loi. C'est l'article
1 de l'article 1 et l'article fondateur de la loi. Je dirais, c'est le
sous-sol, c'est ce qui va ensuite
faire que vont s'élever ensuite de ça les murs de la maison qu'on est en train
de construire, comment va juger la
CDPDJ, comment vont être traitées les poursuites qu'elle... enfin, qu'est-ce
qui est frivole, pas frivole, bon, tout, tout, tout va être suivi
ensuite, le pouvoir d'injonction.
Si on ne
s'entend pas sur la base, c'est mal parti pour la suite. Mais tout ce qu'on
fait, là, c'est tenter de convaincre la ministre depuis le début, puis il
y a un refus catégorique. La ministre
nous a appelés à la collaboration. On collabore, mais on n'a aucune réponse
positive de l'autre côté quand il s'agit de s'entendre entre les législateurs
sur les fondements de la loi, sur la base de
ce qu'on veut faire, sur le travail qu'on veut faire et sur le champ d'application de la loi à une société.
Si les gens ne nous voyaient pas débattre du
fondement, ils seraient inquiets, première chose. Là, on fait notre travail, mais,
à leur place, je commencerais à être inquiète de voir que le gouvernement ne
bouge en rien.
Je vais
rappeler qu'on a eu une commission
parlementaire et que, pendant cette commission parlementaire, les gens
sont venus l'un derrière l'autre, les groupes, l'un derrière l'autre, et ils
ont questionné carrément la constitutionnalité de cette loi. Il y a des groupes qui ont
questionné la constitutionnalité de cette loi. C'est dans le mémoire de la ville de Montréal et c'est dans les commentaires du Barreau aux
journalistes après. Il y a des groupes — pas n'importe qui — qui ont contesté la constitutionnalité de
cette loi.
Est-ce que
nous avons eu des avis juridiques, comme le réclamait le Parti libéral à l'époque, quand on a déposé la
charte des valeurs? Est-ce qu'on nous a déposé les avis juridiques, comme le même
parti disait qu'il fallait qu'ils soient déposés? Non, on ne les a pas eus. Donc, je me sens un peu le dindon de
la farce là-dedans. On me demande d'embarquer, on me demande de collaborer, puis on me refuse
toute collaboration à chaque fois que j'offre quelque chose. Chaque fois
que j'amène un amendement
qui pourrait nous faire avancer, c'est non. Non. Le mot, en parlementarisme,
c'est «rejeté», «rejeté», «rejeté». Combien de fois, M. le Président,
avons-nous entendu «rejeté» ou «contre», «contre», «contre»?
Ce n'est pas
ça,