Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 28 May 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CAPERN 2019-05-28
Quebec — Committees
Avant
qu'un pesticide soit homologué en vue de son utilisation au Canada,
les risques qu'il présente pour la santé humaine et pour l'environnement doivent s'avérer acceptables, et le produit doit
avoir de la valeur. Les titulaires doivent fournir de nombreuses études scientifiques afin de caractériser la
nature et l'étendue des risques que pose le produit pour la santé et pour l'environnement. Frédéric reviendra sur le point des études générées par les titulaires
un peu plus tard dans la présentation.
importe également de noter qu'avant de rendre une décision
d'homologation et ainsi permettre l'utilisation d'un pesticide, l'ARLA doit publier une évaluation
des risques ainsi qu'une proposition de gestion des risques en vue d'une consultation publique. Chaque projet de décision réglementaire est publié,
après quoi le public dispose de 45 jours pour présenter des commentaires sur les preuves
scientifiques appuyant le projet. S'ensuit la publication de la décision
finale, qui comprend la décision réglementaire, les raisons qui justifiaient les réponses aux commentaires reçus dans
le cadre de la consultation. Les études sur lesquelles l'ARLA fondait ses
décisions peuvent être consultées dans la salle de lecture à Ottawa.
fois la décision prise, n'importe qui peut déposer un avis d'opposition
dans les 60 jours suivant la publication d'une décision d'homologation. Pour qu'il soit retenu à des fins
d'examen, l'avis d'opposition doit présenter un argument scientifique soulevant un doute quant à la
validité de l'évaluation et des conclusions d'ARLA. Il doit aussi
présenter des points sur lesquels
l'avis d'un comité d'experts scientifiques externe serait utile pour résoudre
la question. Si ces deux conditions sont remplies, la ministre de la Santé peut décider de créer un
comité indépendant, qui devrait formuler des recommandations quant à la
décision à l'étude.
L'ARLA compte trois
directions à vocation scientifique : la Direction de l'évaluation
sanitaire, la Direction de l'évaluation
environnementale et la Direction de l'évaluation de la valeur. Celles-ci sont
composées de plus de 300 scientifiques
possédant une importante expérience d'évaluation des risques pour la santé
humaine et pour l'environnement. La
majorité entre eux détient des diplômes d'études supérieures dans une
discipline scientifique comme la chimie, la biologie et toxicologie et
les sciences de l'environnement.
scientifiques sont experts dans leur domaine respectif et contribuent
régulièrement à l'élaboration des politiques scientifiques à l'échelle internationale en collaboration avec
l'Organisation de coopération et de développement économiques et d'autres organismes de réglementation. Par
exemple, nous avons récemment participé à la création d'une table d'évaluation
des risques pour les pollinisateurs en
collaboration avec les agences responsables de la protection de l'environnement
des États-Unis et de la Californie
ainsi que l'OCDE. Nous avons également participé à plusieurs examens de demande
d'homologation en collaboration avec
d'autres organismes réglementaires, tels que l'Environmental Protection Agency
américaine et des agences européennes. Lors de ces examens conjoints, nous
examinons l'ensemble des données et des renseignements présentés par le demandeur en collaboration avec nos
partenaires internationaux. Le Canada a créé ces examens conjoints dans les années 90 en collaboration avec
l'Environmental Protection Agency des États-Unis. Nous avons d'abord
réalisé des examens «concurrent» les États-Unis et le Mexique, puis nous avons
mis en pied des examens conjoints internationaux incluant des acteurs
européens, australiens et japonais.
Maintenant, je vais
vous parler de notre travail scientifique. Les risques à la santé humaine et à
l'environnement sont évalués en profondeur.
Selon la complexité de la demande et le type de l'utilisation, les exigences en
matière de données peuvent varier,
mais le nombre d'études écrites est toujours élevé. Par l'exemple, une demande complétée
présentée pour l'homologation d'un
nouveau principe actif et ses préparations commerciales peut comprendre plus de
200 types d'études scientifiques
constituées de 30 000 pages de données, en moyenne. Ceci inclut des
études concernant la toxicité aiguë, les effets sur la reproduction et développement, les effets sur le système nerveux et immunitaire
ainsi que les études sur le potentiel
cancérigène du pesticide. Pour l'environnement, les études couvrent les effets
sur les plantes, les animaux terrestres, les amphibiens, les poissons, les invertébrés ainsi que sur les oiseaux.
Nous évaluons aussi les propriétés physiochimiques telles que le
potentiel de bioaccumulation ainsi que le potentiel de contamination des eaux
souterraines et de surface.
Enfin,
nous évaluons la valeur du produit à l'aide d'études efficacité en champ. Les
scientifiques de l'ARLA examinent ces études et analysent les données au moyen
d'un processus reconnu internationalement. Au besoin, ils appliquent les
modèles pour vérifier les conclusions de ces études. Si nous avons besoin
d'information supplémentaire ou si une étude est jugée déficiente, l'ARLA peut
suspendre le processus et demander des données additionnelles. Ce n'est que lorsqu'ARLA détermine que les données et les
renseignements présents sont satisfaisants que le processus d'examen de la
demande peut reprendre.
Dans le cadre de ces
évaluations, nos scientifiques établissent les caractéristiques toxicologiques
de principes actifs de pesticides ainsi que
la préparation commerciale associée. Ils appliquent par la suite des facteurs
de sécurité. On peut aussi ajouter des niveaux de protection supplémentaires si
on juge que c'est nécessaire. Par la suite, nous vérifions les risques liés à l'exposition des travailleurs
et de la population générale, incluant les groupes de la population
les plus sensibles, comme les nourrissons, les enfants, les femmes
enceintes et les aînés. Nous considérons aussi l'exposition globale, combinant l'exposition par le régime
alimentaire, l'exposition en milieu résidentiel et l'exposition associée aux
sources d'eau potable. De plus, le risque
d'exposition cumulative à des produits chimiques ayant du même mode d'action
fait maintenant part de nos analyses.
Pour ce qui est de la
nourriture, Santé Canada doit s'assurer que la consommation d'une quantité
maximale de résidus qui pourraient demeurer
sur un aliment, lorsqu'un pesticide est utilisé, ne présentera pas de
préoccupation pour la santé humaine.
On appelle cette quantité la limite maximale de résidus ou LMR. La LMR fixée
pour chaque combinaison pesticide-culture est située bien en deçà de la
quantité qui pourrait soulever des préoccupations pour la santé.
Les LMR sont
réglementées en vertu de la
Loi sur les produits antiparasitaires. L'Agence
canadienne d'inspection des aliments
est responsable de surveiller les résidus dans les aliments, qu'ils soient
produits ici ou à l'étranger. Le niveau de conformité est généralement au-dessus de
95 %. Lorsqu'une LMR est dépassée, l'Agence canadienne d'inspection des
aliments consulte ARLA afin de déterminer si un rappel est nécessaire.
Tout ce
travail permet à nos scientifiques d'établir les paramètres à respecter lors de
l'utilisation d'un pesticide. Ces paramètres apparaissent sur
l'étiquette, qui est un document légal qui doit être respecté. L'étiquette
constitue un mode d'emploi, ce qui inclut la
quantité et la fréquence de
l'utilisation ainsi que le type d'équipement de protection individuelle requis pendant l'application du produit. On y
trouve également des renseignements pour la protection de l'environnement
tels que les exigences en matière de barres tampons protectrices qui visent à minimiser le risque de
ruissellement dans les plans d'eau.
Lorsqu'un
pesticide obtient le statut d'homologation, il fait alors l'objet d'un système
de surveillance des risques après
commercialisation en vertu de la
Loi sur les produits antiparasitaires. Il
s'agit notamment de réévaluations, d'examens spéciaux des pesticides homologués, d'activités
de conformité et de l'implantation de la loi et des mesures à la suite
d'incidents impliquant des effets sur
la santé et l'environnement. Je passerais maintenant la parole à
Frédéric, qui vous en dira plus sur les activités postcommercialisation.
M. Bissonnette
(Frédéric) : Merci, Peter.
Et bonjour aux membres du comité. Merci pour l'invitation. J'aimerais d'abord
discuter des inquiétudes entourant l'utilisation d'études provenant de l'industrie. Comme nous l'avons expliqué, les
entités qui souhaitent faire homologuer leurs produits antiparasitaires au Canada
doivent présenter des renseignements scientifiques conformément aux exigences
de la
Loi sur les produits antiparasitaires. L'ARLA a publié de nombreux documents qui décrivent les types d'études et de
données requises pour appuyer une homologation. Les données générées par les manufacturiers doivent suivre des
protocoles standard mis au point au niveau de l'OCDE en collaboration avec les
organismes de réglementation de partout dans
le monde. Les manufacturiers doivent aussi nous remettre les données brutes,
pas seulement leurs analyses de celles-ci.
Nos scientifiques font leurs propres calculs et analyses à partir de ces
données brutes et tirent leurs propres
conclusions. Ils comparent aussi les différentes études afin de s'assurer que
les résultats sont semblables. Une
étude jugée déficiente sera rejetée, ce qui pourra entraîner l'annulation de
certaines utilisations ou même le retrait du produit du marché.
En plus des données du manufacturier, l'ARLA
considère la littérature scientifique dans sa prise de décision. Cependant, au moment de l'homologation d'un
nouveau pesticide, il n'y a en général peu ou pas d'études publiées, étant
donné que la molécule est nouvelle. Lors de
la réévaluation, il y a normalement plus d'études dans la littérature, mais la
quantité peut varier grandement selon le pesticide en question. En général,
plus un pesticide est utilisé, plus il suscitera l'intérêt de la communauté scientifique. Nous considérons toute cette
information, mais il est important de comprendre que les études publiées n'ont pas toutes la même
qualité et que les données sous-jacentes ne sont souvent pas disponibles, ce
qui peut nous empêcher de tirer des conclusions.
De même, l'étude peut ne pas être représentative de la façon dont un pesticide
est utilisé. La réalité est que l'analyse de
risques pour un pesticide requiert un très grand nombre d'études sur de
multiples aspects et que
l'information disponible dans le domaine public ne permet généralement pas de
couvrir tous les aspects requis.
Maintenant, j'aimerais parler des mécanismes à
notre disposition pour surveiller ce qui se passe une fois qu'un pesticide est homologué. Santé Canada dispose de
plusieurs outils à sa disposition afin de surveiller le marché et de s'assurer
qu'un pesticide continue de présenter un
risque acceptable. Tel que mentionné brièvement par Peter lors de son
allocution, les pesticides doivent être réévalués au moins à tous les
15 ans, tel que requis par la
Loi sur les produits antiparasitaires. Comme la science est en constante évolution, un
nouveau renseignement, une nouvelle étude, une nouvelle méthode peut changer les conclusions de l'analyse de risques
antérieure. Le but de la réévaluation est de s'assurer que les pesticides qui
sont sur le marché continuent d'être acceptables selon les normes
d'aujourd'hui.
Pendant la
réévaluation, l'ARLA examine les renseignements scientifiques disponibles, dont
l'information fournie par les fabricants,
les ministères fédéraux ou provinciaux ainsi que les renseignements provenant
de la littérature scientifique publiée.
Par exemple, nous utilisons fréquemment les rapports de surveillance des cours
d'eau produits par les provinces, dont
ceux du Québec, qui sont de très grande qualité. Nous considérons aussi les
analyses de risques produites par d'autres organismes réglementaires
reconnus, comme l'EPA américaine ou l'Autorité européenne de sécurité des
aliments. Une fois que l'analyse
d'information est complétée, une proposition de décision de réévaluation est
publiée, et le public a 90 jours pour
soumettre des commentaires ou de nouvelles études. Contrairement aux
consultations concernant l'homologation d'un nouveau pesticide, nous recevons fréquemment de nouvelles études durant
cette période. Les commentaires et les informations reçus sont ainsi incorporés à notre analyse de
risques avant de publier la décision finale. La réévaluation entraîne souvent
des modifications aux directions
d'utilisation telles que des changements aux taux et fréquences d'application.
Elle peut aussi causer le retrait complet d'un produit.
En plus des
réévaluations cycliques, Santé Canada peut procéder à un examen spécial en tout
temps s'il y a des motifs raisonnables
de croire que la valeur d'un produit ou les risques sanitaires ou environnementaux qu'il présente sont inacceptables. Ceci inclut les cas où un pays
membre de l'OCDE interdit toutes les utilisations d'un principe actif pour des
raisons sanitaires ou environnementales.
Les revues spéciales considèrent généralement un aspect spécifique, contrairement à une réévaluation plus générale, par exemple l'exposition professionnelle, mais peuvent aussi avoir une portée plus
large. Comme dans le cas des réévaluations,
le public est consulté avant la publication de la décision finale. Dans le cas
où le risque est imminent, l'ARLA peut aussi suspendre l'utilisation
d'un produit en attendant que l'analyse soit complétée.
Nous
disposons aussi d'un programme de surveillance des ventes similaire à celui du Québec,
ainsi qu'un programme de surveillance des incidents. La loi oblige en
effet les fabricants de pesticides à déclarer les incidents d'effets néfastes
causés par leurs pesticides. La population
peut aussi soumettre une déclaration volontaire. Les incidents visés comprennent les
effets sur les humains, sur les animaux
domestiques ou l'environnement, la défaillance de l'emballage qui pourrait
poser un risque d'exposition au produit ou de blessure,
ainsi qu'une concentration excessive de résidu détecté dans un aliment. Si l'évaluation de ces renseignements met en évidence un problème de sécurité, l'ARLA prendra les mesures
appropriées, qui pourraient aller de modifications à l'étiquette jusqu'à
l'abandon du produit.
Enfin,
comme dans le cas de tout produit potentiellement dangereux, la réglementation ou le mode d'emploi des étiquettes
ne suffit pas à garantir la conformité. L'ARLA cherche à réduire le plus
possible les cas de non-conformité en mettant
en place des programmes de conformité qui comprennent des activités de
surveillance et d'application de la loi. Santé Canada dispose d'un programme de conformité pour tous les pesticides. Nous avons des
inspecteurs partout au Canada. Au
Québec, nos inspecteurs sont situés à Montréal et Québec et sillonnent la
province selon leurs programmes d'inspection. Ils collaborent aussi fréquemment avec leurs partenaires provinciaux.
Par exemple, ils partagent leurs résultats d'inspection ainsi que leurs plans de travail pour l'année à
venir, afin d'éviter la duplication des efforts. Le programme de réévaluation
va faire face prochainement à une
augmentation significative de la charge de travail. De plus, la science est de
plus en plus poussée, et nos intervenants cherchent toujours plus de
transparence et de communication.
Afin
de répondre aux demandes du public et des intervenants, nous avons récemment
entrepris une revue de nos activités
postcommercialisation. Nous avons rencontré de nouveaux intervenants l'automne
passé, dont des représentants de
l'UPA, du MAPAQ et du ministère de l'Environnement, de la Faune et des Parcs,
nous avons écouté leurs commentaires, et
nous avons aussi rencontré nos partenaires internationaux, dont les États-Unis,
l'Europe et l'Australie. Ils nous ont tous fait part de pressions
similaires. Nous sommes présentement en train d'analyser ces commentaires afin
d'identifier des changements potentiels dans
notre programme et planifierons d'autres séances une fois que l'analyse est
complétée. Nous tiendrons les provinces au courant par le biais de notre
comité fédéral, provincial et territorial.
Ceci
conclut notre présentation, j'espère que vous l'avez trouvée utile, et ça me
fera plaisir de répondre à vos questions.
Président (M. Lemay) : Parfait. Je vous remercie pour votre exposé. Et
nous allons maintenant débuter une période d'échange avec les parlementaires.
Et, à ce stade-ci, ce sera un représentant du groupe parlementaire formant
le gouvernement. Et j'ai cru comprendre que le député de Bourget aurait une
première question.
Campeau : Merci, M. le Président. Merci de votre présentation. Quand
vous dites que vous recommandez d'autres études, dans certains cas, après avoir reçu les études initiales, est-ce
que ces études-là sont toujours faites par les compagnies qui vont
promouvoir le produit?
M. Bissonnette (Frédéric) : Si l'étude était manquante ou vraisemblablement
elle n'est pas disponible dans la littérature, donc, oui, en général, ça
va être l'industrie, le titulaire qui va devoir générer l'information.
Campeau : Et est-ce que le ministère a la capacité de faire ses
propres études ou, au contraire, vous utilisez les études des
fournisseurs toujours?
M. Bissonnette (Frédéric) : Merci. L'ARLA n'a pas de mandat de recherche, on
n'a pas une capacité scientifique. On a un laboratoire qui permet
d'analyser certaines choses mais pas des études de type de toxicologie.
Campeau : O.K. Une autre chose que je me demandais, et probablement
dans le même ordre d'idées, on entend souvent — et j'imagine que peut-être ça n'arrive pas
si fréquemment que ça, mais, quand une telle chose arrive, on le voit apparaître dans les journaux, ça donne peut-être
l'idée que c'est fréquent, peut-être, peut-être pas — qu'il y a des différences de normes
d'un pays à l'autre et que, parfois, ces différences-là sont marquées. Est-ce
que vous avez des collaborations internationales
pour dire, exemple, les normes EPA sont beaucoup plus restrictives, pourquoi?
Est-ce qu'on va valider ce genre de
chose là, les normes européennes? Est-ce qu'à ce moment-là on va se fier... on
va chercher de l'information en dehors de la boîte, comme on dit, en
dehors du ministère? Pourriez-vous juste commenter là-dessus, s'il vous plaît?
M. Bissonnette (Frédéric) : Oui. Donc, on est souvent au courant des
différences. Parfois, ça peut être relié à une différence d'utilisation. Comme
aux États-Unis, en général, les limites maximales de résidus sont plus élevées,
parce qu'il y a beaucoup plus de pression des pestes, il fait plus chaud,
c'est plus humide. Donc, souvent, ils en ont besoin de plus sur la culture
pour pouvoir la protéger. Par contre, lorsqu'on fait des examens conjoints, par
exemple avec l'EPA, on échange l'information
pour voir s'il y a des différences, est-ce qu'elles sont justifiées, et, si
oui, on procède chacun de nos côtés. Mais,
si, vraiment, c'est une question d'avoir des discussions scientifiques, on a
nos discussions, on essaie de s'entendre sur quelque chose qui
fonctionne pour tous.
Campeau : Merci. Je laisse la parole à d'autres, parce que je sais
qu'il y en a d'autres qui voulaient poser des questions aussi. Alors,
allez-y.
Le Président (M.
Lemay) : Bien sûr. Donc, la députée de Laviolette—Saint-Maurice,
la parole est à vous.
Tardif : Merci, M. le Président. Si j'ai bien compris en lisant et en
vous écoutant, c'est plus facile de réévaluer un pesticide d'un produit qui a déjà un historique, qui a déjà été
utilisé, qui a déjà des écrits dessus. Est-ce qu'au Québec il y a souvent des nouveaux produits, et on parle ici
de pesticides, qui sont utilisés et sur quoi vous vous basez pour les évaluer?
Vous partez de quoi et est-ce qu'il y en a souvent, de ça? Parce que c'est un
peu inquiétant, là, d'entendre ça.
M. Bissonnette (Frédéric) : O.K. Donc, merci pour la question. Je voudrais
justement vous corriger, ce n'est pas nécessairement plus facile lors d'une
réévaluation parce qu'il y a beaucoup plus de données. Ce qui est plus facile,
c'est... Peut-être pour répondre à
votre question, lors d'une nouvelle homologation, il y a certaines... on n'a
pas une capacité de détecter dans
l'eau, il n'a jamais été utilisé. Donc, on utilise ce qui s'appelle des
modèles. Donc, c'est un modèle qui assume... qui fait certaines...
«assumption»?
Bissonnette (Frédéric) :
...des hypothèses, merci, que telle quantité va être appliquée dans le champ,
et il y a une certaine
partie qui va
se ramasser, selon les propriétés physicochimiques, dans l'eau, et de quoi ça
pourrait avoir l'air dans 10, 15, 20 ans. Donc, on a des modèles,
qui sont généralement très conservateurs.
En général,
nos modèles en précommercialisation ne sont pas confirmés en
postcommercialisation. En fait, on en trouve
moins souvent en postcommercialisation que ce qu'on a assumé en
précommercialisation. Donc, de ce point de vue là, on a des méthodes pour projeter dans le futur
comment ça peut se passer. Et ce n'est pas quelques années, là, ils vérifient
jusqu'à 40 ans, je crois, dans leurs modèles, qu'est-ce qui peut arriver
au bout de 40 ans si les utilisations sont utilisées tel que sur
l'étiquette.
Mme Tardif : Et, au Québec et au
Canada, mais plus spécifiquement au Québec, est-ce que ça arrive souvent, est-ce que... au cours des dernières années? Et
est-ce que, cette année, dans les années rapprochées, vous allez avoir... Vous
ne pouvez pas connaître le futur, là, mais
est-ce que ça arrive souvent, est-ce qu'on doit craindre qu'il va y avoir des nouveaux
produits?
Bissonnette (Frédéric) : Nos
homologations au fédéral s'appliquent pour tout le Canada. Il y a
parfois certaines homologations qui
sont spécifiques, c'est généralement plus dans l'Ouest, parce que c'est vraiment
juste là où est-ce que le produit est utilisé, mais c'est vraiment à travers le
Canada. Donc, il n'y a pas vraiment d'homologation spécifique au Québec. Des
nouveaux produits, on en obtient combien en moyenne, c'est...
M. Brander
(Peter) : Nouveaux, environ
neuf à 10 chaque année. Puis le processus est vraiment exigeant, ça prend
environ 26 mois d'avoir une homologation, puis 26 mois si tout va
bien, si on a toutes les données nécessaires de prendre une décision. Mais, comme on a mentionné souvent, on demande
plus d'informations. On met le dossier en arrêt puis on demande au titulaire de fournir d'autres
informations. Souvent, cette information, c'est des études qui peuvent prendre des mois ou des années à compléter. Dans ce
temps-là, ils enlèvent la demande d'homologation, retournent compléter leur
travail puis reviennent dans le futur.
Tardif : J'imagine qu'on ne
s'improvise pas une entreprise qui produit des pesticides du jour au lendemain.
Donc, est-ce que c'est souvent les mêmes et est-ce qu'il y a un noyau d'entreprises
qui produit ces pesticides-là? Et est-ce un
noyau... quelques-unes, que ce sont toujours les mêmes qui reviennent et qui
déposent des nouveaux produits? Et est-ce
que ces produits-là s'améliorent au niveau de l'environnement d'année en année ou en fonction... Est-ce que vos critères changent, justement,
en fonction des craintes ou des prérogatives des gens?
M. Brander (Peter) : Je peux dire,
avec l'évolution de la science, ça change toujours, puis je peux dire que, naturellement avec le passage du temps, nos demandes deviennent plus et plus
exigeantes. Le résultat, je pense que c'est : les produits qui rentrent sur le marché maintenant sont de plus en plus sécuritaires, ou tu utilises
moins du produit. Comme ça, les possibilités des effets sur des humains
ou l'environnement sont moindres.
M. Bissonnette
(Frédéric) : Si je pouvais
rajouter, les produits sont de plus en plus spécifiques aux pestes. Dans
le passé, les produits étaient très à large
spectre. Donc, vous appliquiez un produit, ça tuait quasiment tout ce qu'il y
avait dans le champ. Maintenant, c'est beaucoup plus ciblé. Ce qui ne fait pas
nécessairement l'affaire des agriculteurs parce qu'ils doivent parfois utiliser plus qu'un pour pouvoir... mettons qu'ils
ont plus qu'une peste dans leurs
champs. Mais, en général,
comme Peter l'a dit, les produits, maintenant, sont beaucoup moins toxiques qu'auparavant, donc. Notre programme de
réévaluation a d'ailleurs
enlevé plusieurs de ces produits-là, et, les nouveaux, les normes sont plus
serrées qu'elles étaient.
Mme Tardif :
Les normes sont plus serrées, les produits sont plus spécifiques, mais le mot
«spécifique» ne veut pas dire «moins
toxique» pour autant. Même s'ils sont spécifiques, ils pourraient être tout
aussi toxiques. Mais là j'entrevois que
vous avez voulu me dire qu'ils étaient moins toxiques aussi, de moins en moins
toxiques, et que l'impact sur l'environnement est de plus en plus
évalué. Merci.
Le Président (M. Lemay) :
Parfait. Donc, je céderais la parole au député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
M. Tardif : Merci, M. le Président. Merci de votre
présentation. Merci d'être présents avec nous aujourd'hui. Moi, ma question va être peut-être un petit peu moins
technique sur ce côté-là parce que je n'ai pas nécessairement les connaissances
pour tout apprécier vos connaissances, mais
je vais y aller sur... Quand vous me parlez «de faire la promotion et surveille
la conformité», moi, ce que j'ai
besoin de connaître, c'est dans le mot «promotion», je suis certain que vous me
parlez d'information, d'accord? Et
j'aimerais que vous me définissiez un peu les clientèles un peu plus
précisément. Je comprends les producteurs, là, je suis quand même en mesure de bien comprendre.
Mais qu'est-ce que vous faites comme efforts au niveau de ces clientèles visées là, là, pour parler? Parce que la phrase
est quand même très intéressante, «la promotion et surveille la
conformité». Concrètement, qu'est-ce qu'on fait en termes d'information?
M. Bissonnette (Frédéric) : En termes d'information, donc, premièrement, nos
intervenants sont très proches de nous, ils viennent souvent nous voir.
Donc, on rencontre souvent les producteurs, par exemple. On va aussi voir
leurs... on va les voir sur le terrain. On
va à leurs foires, si vous voulez, où est-ce qu'ils ont des... On envoie des
inspecteurs pour les rencontrer, pour toujours leur parler des nouvelles
décisions. Il faut prévoir des pamphlets. Mettons que le programme de réévaluation change, bien, comment un pesticide
peut maintenant être utilisé, ils vont préparer des pamphlets, ils vont les distribuer aux fermiers. On a notre site Web
aussi. Donc, nos inspecteurs se promènent partout. Les gens viennent nous
voir. On va les voir. C'est vraiment... Et je n'ai pas vraiment une activité
spécifique en tête, mais on...
M. Tardif : Si vous me permettez, suite à ce qu'on échange, je vais y aller un peu
plus précisément. Je suis un député dans
la région du Bas-Saint-Laurent. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour la
clientèle à laquelle on parle? Là, je comprends que c'est plus large que ça,
là, puis je connais votre rôle, là, mais j'aimerais y aller plus pointu, s'il
vous plaît.
M. Bissonnette
(Frédéric) : En général, je dirais que ce n'est pas
nécessairement dans une région spécifique. On rencontre plus les groupes de
producteurs. C'est plus facile pour nous de rencontrer des gens qui sont tous
ensemble que... Nos inspecteurs vont de
ferme en ferme, pas toutes les fermes. Effectivement, on n'a pas tant
d'inspecteurs que ça. Ils vont
sûrement voir une ferme dans le Bas-Saint-Laurent à tous... je ne sais pas à
quelle fréquence, mais ils vont sûrement y aller. Mais vraiment c'est plus dans les forums où est-ce que les
producteurs se regroupent que c'est plus facile pour nous de
communiquer.
M. Tardif : Parfait. Est-ce qu'il y a un groupe... Donc, ça vous amène à travailler
avec des groupes comme l'UPA ou des représentants au niveau des
producteurs agricoles.
M. Bissonnette
(Frédéric) : Oui, oui.
M. Tardif :
Le citoyen se retrouve dans une seconde zone de clientèle que vous visez,
«seconde» n'étant pas nécessairement un terme négatif, là, mais pour la bonne
interprétation.
M. Bissonnette (Frédéric) : En termes d'engagement actif, le public, c'est
plus difficile de rejoindre. On essaie d'avoir comme... Je pense que
c'est demain, on a un webinaire — je ne sais pas comment on dit ça en
français — une
présentation Web. Tout le monde peut venir.
En réalité, c'est souvent plus les groupes, comme les groupes de producteurs,
les groupes environnementaux, qui se
joignent à nous, mais c'est ouvert au public. Tu sais, je vais vous avouer que
c'est difficile de communiquer avec le public. Alors, on a une ligne
d'appel, un numéro 1 800 où est-ce que les gens peuvent appeler. Il y a quand même plusieurs milliers, je
pense, d'appels par année, mais c'est plus difficile de rejoindre le public.
M. Brander
(Peter) : L'autre chose que je peux ajouter...
Le Président (M.
Lemay) : Oui, M. Brander.
M. Brander
(Peter) : ...c'est que,
pendant l'hiver, quand il y a moins d'activités agricoles, souvent nos inspecteurs vont passer à des expositions, soit à un centre
d'achats ou quelque chose, pour donner de l'information aux gens, des fois
dans des magasins comme le Réno-Dépôt, à côté des pesticides, pour parler avec
des gens au sujet des pesticides aussi. Comme
ça, on essaie de couvre tout, mais c'est vraiment un gros pays, puis on
n'a pas tant des inspecteurs. Mais, pendant l'hiver, c'est vraiment le
temps où on essaie de faire un petit peu de communication avec le public comme
M. Tardif : Alors, on fait de la promotion, on fait de l'information puis on fait de la vulgarisation
auprès de notre première clientèle,
mais auprès de notre deuxième clientèle également, là. Si on est rendus au
public, là, nous en sommes avec... O.K. Merci.
M. Bissonnette (Frédéric) : J'aimerais rajouter, dernièrement, c'est tout nouveau, on vient de lancer des vidéos sur YouTube, qui expliquent un peu
le rôle de l'agence. C'est comme des petits comiques, là, mais c'est fait pour vraiment expliquer comment que le travail
se fait à l'ARLA.
Tardif : Merci, monsieur.
Le Président (M.
Lemay) : Très bien, merci. Donc, je céderais la parole à Mme la
députée d'Abitibi-Ouest.
Blais (Abitibi-Ouest) :
Bonjour. Alors, on sait qu'il y a plusieurs plantes qui nous arrivent, qu'on ne connaît
pas, qui sont de plus en plus résistantes
envers les pesticides. Alors, quelle est votre procédure face à ces plantes-là
et les effets secondaires aussi portés à certains animaux, les animaux
de la ferme, les animaux domestiques?
M. Bissonnette (Frédéric) : Vous parlez
des plantes exotiques envahissantes, je suppose?
Mme Blais
(Abitibi-Ouest) : Oui.
M. Bissonnette (Frédéric) : C'est plus dans le mandat de l'Agence canadienne
d'inspection des aliments. Nous, notre rôle, c'est... Les provinces, par
exemple, peuvent nous demander si une plante arrive, ils peuvent travailler
avec Agriculture Canada, ils peuvent travailler avec les titulaires
d'homologation pour essayer d'homologuer l'utilisation pour se débarrasser de la plante exotique. Certaines
pestes sont beaucoup plus vite à envahir. À ce moment-là, on a quelque chose
qui s'appelle une homologation d'urgence, donc c'est des produits qui ont déjà
été homologués mais que l'utilisation spécifique
pour cette peste n'est pas présente sur l'étiquette. Donc, techniquement, ils
ne peuvent pas l'utiliser. Donc, ils viennent
à nous, on fait une analyse de risques pour s'assurer que c'est quand même
acceptable et, à ce moment-là, si ça passe l'analyse de risques, on leur
permet, là, l'utilisation pendant un an.
n'est pas utilisé... ce n'est pas fait pour être utilisé à répétition, mais
c'est un mécanisme... Comme par
exemple, en Ontario, ils ont une... je ne me souviens plus c'est
quoi, le nom en français, c'est une grande, grande plante qui arrive
d'Europe, qui pousse, genre, trois mètres de
haut et qui tue les marais. Ça pousse... ça tue tout ce qu'il y a
dans le coin. Donc, ils sont venus
nous demander d'homologuer un pesticide qui n'est pas présentement... qui n'a pas cette utilisation-là sur l'étiquette,
et, après l'analyse de risques, on a conclu que c'était acceptable, donc ils
ont pu l'utiliser les deux dernières années, mais, à un moment donné, il
va falloir que ça soit vraiment homologué de manière permanente.
Blais (Abitibi-Ouest) : Est-ce que vous travaillez avec les... Quand
vous dites que vous travaillez avec les produits naturels, est-ce que vous travaillez avec... bien, si les
pesticides sont préparés avec du naturel ou biochimiques?
M. Bissonnette (Frédéric) : Oui. Il y a les deux, il y a des produits... on
les appelle conventionnels, c'est des produits synthétiques, c'est des
produits générés en chimie. Il y a aussi des produits naturels qui ont une
propriété antiparasitaire. Donc, on a un peu des deux.
général... Comme le Bt, par exemple, le Bacillus thuringiensis, utilisé en
foresterie, ça, donc, ça vient d'une bactérie, donc, ça, c'est naturel. Mais il y a aussi : la protéine a été
purifiée, qui devient un produit conventionnel à ce moment-là, mais c'est quand même la même protéine qu'il y a
dans la bactérie. Donc, il y a un petit peu de tout. Je ne sais pas c'est quoi,
les proportions, mais on a plusieurs produits biologiques, si on veut.
Mme Blais
(Abitibi-Ouest) : Merci beaucoup.
Président (M. Lemay) :
Parfait. Donc, je céderais la parole au député de Lac-Saint-Jean. Député de Lac-Saint-Jean.
Girard (Lac-Saint-Jean) :
Oui, merci, M. le Président. Alors, bonjour, tout le monde. Au niveau des néonicotinoïdes, on sait qu'au niveau provincial, là, on va interdire ça.
Déjà, c'est fait. Pourquoi, au niveau fédéral, ça tarde aussi longtemps avant que ça soit enlevé du marché?
Bissonnette (Frédéric) : Dans le cas des néonics, je vais les
appeler néonics...
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
Oui, néonics, allez-y comme ça.
Bissonnette (Frédéric) : ...c'est une molécule qui a généré
énormément d'intérêt, et la science... on a des nouvelles études à toutes les
semaines, donc c'est un peu... Nous, on est un organisme scientifique, il y a
toujours des papiers qui sortent, donc c'est
vraiment difficile pour nous de clore... conclure, parce qu'il y a toujours
quelque chose de nouveau qu'on veut
vérifier, vérifier si on prend la bonne décision. Donc, c'est une des raisons,
la quantité d'informations scientifiques était phénoménale, on n'a
jamais vu ça. C'est une des raisons pourquoi ça a pris autant de temps. Aussi, il y en avait trois, il n'y avait pas juste une
molécule qu'on devait regarder, donc la charge de travail était vraiment plus
grande que d'autres pesticides.
Girard (Lac-Saint-Jean) : Mais, je veux dire, on l'a-tu fait
prématurément, nous, ou on avait plus de connaissances, plus de science
là-dessus?
M. Bissonnette (Frédéric) : Bien, au Québec, ce que j'en connais, vous
allez... je crois, vous allez rencontrer des gens du ministère de
l'Environnement plus tard aujourd'hui, mais ça n'a pas été banni au Québec,
c'est qu'ils ont mis un... c'est requis maintenant avec un agronome certifié
que l'agriculteur en a de besoin. À l'ARLA, on supporte toutes les initiatives qui font qu'on s'assure que les
pesticides sont utilisés uniquement lorsqu'on en a de besoin. C'est beaucoup
plus facile au niveau provincial
parce qu'ils connaissent leurs producteurs
beaucoup mieux que nous, on a le Canada
au grand complet à couvrir. Donc, je
ne peux pas vraiment... Comme je vous dis, vous devriez parler au ministère de l'Environnement, mais ils n'ont pas banni l'utilisation.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Alors, on
reconnaît qu'au point de vue provincial, avec le ministère de l'Environnement et le ministère
de l'Agriculture, on va beaucoup plus
loin que le fédéral en matière
d'utilisation des pesticides, et on est beaucoup plus consciencieux à ce niveau-là, au niveau de la qualité, au
niveau de l'environnement, de la santé et au niveau des agriculteurs,
parce qu'on applique différemment les règles.
M. Bissonnette (Frédéric) : Nous,
on base sur la science seulement. Et les provinces ont leur rôle à jouer pour essayer d'adapter la réglementation fédérale à la
province. Comme je vous ai dit, du point de vue toxicologie, de l'analyse
des risques, on est à l'échelle... même au
niveau mondial, on est dans le top. Donc, je n'ai pas vraiment de difficulté à
dire qu'on est vraiment bons au niveau mondial, mais, comme je vous dis, au
niveau provincial, vous connaissez plus les effets locaux, donc c'est à
vous... les provinces peuvent prendre des mesures supplémentaires.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Ça veut dire que nos ministères sont quand même
assez spécialisés dans ces domaines-là, ce
qui fait en sorte qu'on est beaucoup plus... on est capables d'aller beaucoup
plus loin d'un point de vue national
au niveau de ces règlements-là, entre autres on a quand même le bel exemple au
niveau des néonics, qu'on demande vraiment la recommandation au niveau
d'un agronome.
Donc,
vous, est-ce que vous avez... Dans un avenir proche, c'est quoi, votre... à ce
niveau-là, au niveau des néonics, au niveau fédéral, vous prévoyez les
retirer du marché?
M. Bissonnette (Frédéric) : On a publié récemment une décision de
réévaluation concernant les pollinisateurs, donc les abeilles. Il y a plusieurs utilisations qui ont été retirées et
qui vont être retirées graduellement, donc, je ne me souviens plus de toute la liste, mais je crois que les
premiers... certains trucs qui sont... les abeilles sont attirées vers les
fleurs, donc ces produits-là... ces
utilisations-là vont être annulées dans un avenir prochain. On a une autre
analyse de risques, qui se passe présentement, sur les invertébrés, donc
la présence des néonics dans l'eau, c'est... On a reçu beaucoup, beaucoup, beaucoup de données au niveau national. Donc,
présentement, on est en train d'analyser les chiffres qu'on a reçus et on
prévoit publier notre décision finale à l'hiver, donc dans le coin de janvier,
février.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Merci. Merci, M. le Président. Ça me convient pour
l'instant.
Le Président
(M. Lemay) : Excellent, merci beaucoup. Donc, je passerais la
parole au député de Bourget.
M. Campeau :
Oui. Une autre question que j'avais : Quand vous parlez des nombres
d'inspecteurs, combien y a-t-il d'inspecteurs au Québec au niveau fédéral?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Je crois que c'est sept.
M. Campeau :
Ordre de grandeur, à peu près, là.
M. Bissonnette
(Frédéric) : C'est à peu près une dizaine.
M. Campeau :
Une dizaine, oui? Bien, il y a évidemment une collaboration avec le MAPAQ,
comme vous l'avez mentionné. Est-ce
qu'il y a un partage de données, justement? Le MAPAQ peut faire des analyses.
Est-ce qu'il vous partage les
données? Est-ce que vous partagez les données? En fait, est-ce que ça veut dire
que ça ajoute au nombre d'inspections ou c'est complètement indépendant?
M. Bissonnette (Frédéric) : C'est avec le ministère de l'Environnement que
les inspections se font, ce n'est pas avec le MAPAQ. Mais, oui, on partage nos
plans de travail. Premièrement, on ne veut pas aller deux fois à la même
place. S'il y a quelqu'un qui a déjà... si
l'inspecteur provincial y a déjà été, on ne veut pas y aller nécessairement.
Mais on partage nos résultats. Donc,
si on a trouvé une zone de non-conformité, on va communiquer avec la province.
Il y a certains projets, on travaille
ensemble. Mais c'est quand même des entités séparées. Donc, les gens se
parlent, mais ça reste quand même que les projets ne sont pas exactement
les mêmes.
M. Campeau :
Si j'ai une petite ferme moyenne, ça veut dire que je vais être visité à toutes
les années, ou huit ans, ou... Est-ce qu'il y a un ordre de grandeur ou
ça ne veut rien dire, ça?
M. Bissonnette (Frédéric) : C'est basé sur une analyse. Donc, si un
secteur... Par exemple, si on vient de prendre une réévaluation qui a retiré un
produit important de la production des bleuets, par exemple, donc il va y avoir
un programme qui va probablement
suivre, dans les années suivantes, concernant les bleuets. Donc, si le petit
producteur est un producteur de
bleuets, peut-être, statistiquement, il a plus de chances d'avoir une visite.
Mais est-ce qu'on visite chaque producteur? Probablement pas.
M. Campeau :
O.K. Je comprends. Donc, il y a la situation qui va faire en sorte qu'on ira
plus ou moins fréquemment. O.K.
M. Bissonnette
(Frédéric) : C'est ça.
M. Campeau :
Je comprends. Merci beaucoup.
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup. Donc, je passerais la parole à la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Bonjour. Merci. J'étais après écrire ma question.
Je me permets de pousser un peu la question de tout
à l'heure, au niveau du nombre d'entreprises, en ce sens, là, que je parlais d'un noyau
d'entreprises et j'étais curieuse de
savoir quelles sont-elles. Parce que vous avez parlé aussi, et on le sait, que les
normes aux États-Unis ne sont pas les mêmes qu'ici, et j'ose espérer qu'ici on est plus sévères, au Canada,
pour certains produits. Donc, est-ce
qu'il y a beaucoup d'entreprises des États-Unis qui
essaient de faire entrer leurs produits ici et que vous devez reclasser? Ou, en
tout cas, commençons par le nombre d'entreprises, là, qu'il y a...
M. Bissonnette (Frédéric) : Je n'ai pas le nombre exact, mais je crois que
c'est la moitié des produits homologués qui sont homologués par un noyau de quatre ou cinq compagnies, à peu
près. Vous en avez sûrement vu dans les médias. Je vais sûrement en oublier, mais il y a Syngenta, qui est basée
en Europe, il y a Bayer, qui est basée en Allemagne, il y a...
M. Brander
(Peter) : BASF.
M. Bissonnette (Frédéric) : ...BASF, qui est aussi en Allemagne. Il y en a
plein d'autres, des moyens, des petits. Mais la majorité, c'est les grosses multinationales, parce que
ça prend à peu près... si on les croit, là, ça prend un budget de
200 millions
de dollars pour homologuer un
pesticide conventionnel. Donc, c'est vraiment juste les grosses compagnies qui ont les
reins assez solides pour générer les données.
Tardif : Donc, peu importe le nouveau produit, là où je voulais
en venir, c'est ça, c'est que ça va venir de la même entreprise ou à peu
près. Souvent, ça va être la même, ou dans les quatre mêmes entreprises qui
sont...
Bissonnette (Frédéric) : Les gros vendeurs viennent...
Mme Tardif :
...majoritairement allemandes, là.
Bissonnette (Frédéric) : Oui.
Tardif : On parle au niveau
de la santé humaine, et ce que j'entends, ce que je lis, c'est qu'au niveau de la santé humaine on dit le
terme «acceptable», que le risque sur... au niveau... de santé humaine est
acceptable. Et, un humain étant assez
variable, à géométrie variable, on voit que, par rapport aux antibiotiques,
les personnes ont développé, là, des tolérances qui varient. Est-ce qu'un humain qui mange de la nourriture aux antibiotiques et de la nourriture
qui est bourrée de pesticides développe aussi, à la limite, cette tolérance-là,
mais qui fait que ça a des impacts quand
même sur sa santé, plus ou
moins variables dépendamment des gens et des âges des personnes?
M. Bissonnette (Frédéric) : Je ne dirais pas que les gens deviennent
tolérants. Comme dans le cas des antibiotiques, ce n'est pas vraiment
les gens, c'est des bactéries qui s'adaptent. Mais nos analyses de risques
prennent compte de la diversité de la
population. Donc, on prend la dose... comme dans des
toxicologies... Je vais essayer de l'expliquer simplement. On prend la dose à laquelle... aucun effet noté,
observé chez l'animal, et on ajoute un facteur d'au moins 100, allant jusqu'à
1 000.
Donc, la dose qui n'a connu aucun effet chez l'animal, la dose acceptable pour
l'humain est de 100 à 1 000 fois plus élevée... plus basse.
Donc, nos analyses sont faites justement pour essayer de protéger ça.
Certaines
de nos études se font... Chez l'animal, c'est avec des... pour vérifier l'effet
sur les foetus et les jeunes. Donc, on
a des études de plus d'une génération pour voir est-ce que ça a un impact sur
les générations suivantes. Notre schéma d'analyse de risques inclut la
diversité au niveau de la tolérance, si on veut, aux pesticides ou aux produits
chimiques.
Tardif : Et ce que j'entendais quand vous répondiez à mon collègue de
Bourget, c'est que nous sommes les premiers... Vous dites que le Canada
a des normes meilleures ou plus élevées qu'ailleurs à travers le monde.
M. Bissonnette (Frédéric) : Je ne dirais pas qu'on est premiers. Je dis qu'on
est dans les meilleurs. On est la même table qu'avec l'agence européenne de
sécurité des aliments. On est à la même table qu'avec l'EPA américaine. On est
à la même table qu'avec certains des États membres en Europe. On a rencontré la
France... ANSES, je ne sais pas comment qu'ils... c'est l'organisme qui
est responsable, en France. Donc, on se parle tous et on est très respectés au
niveau international. Au niveau de l'OCDE,
où ce qu'on génère les protocoles standard pour le monde, on est souvent un des
leaders. On est un de ceux, souvent, qui est le président du comité.
Donc, on est vraiment là au niveau international.
Le Président (M.
Lemay) : Parfait? À ce stade-ci, je céderais la parole à la députée
d'Abitibi-Ouest.
Blais (Abitibi-Ouest) : Merci, M. le Président. On sait que les
pesticides peuvent être dangereux, nuire à la santé humaine et
contaminer l'environnement s'ils ne sont pas utilisés convenablement. Est-ce
que vous avez un suivi chez la clientèle,
vous donnez un suivi, vous donnez de la formation pour voir si tout est bien
utilisé adéquatement, selon les dosages de ces choses-là?
Bissonnette (Frédéric) :
Bien, comme j'ai mentionné, on a un programme de conformité. On a aussi
développé un programme d'éducation en collaboration avec les provinces.
C'est les provinces qui sont responsables de donner la formation. Comme au Québec, je crois que... Encore
une fois, vous parlerez au ministère de l'Environnement, mais je crois que, pour être... Un fermier qui applique des
pesticides doit être certifié, donc doit avoir suivi la formation, et cette
formation-là est établie en collaboration
avec le fédéral. Donc, il y a vraiment une formation qui est faite. Et, côté
conformité, on a un programme. S'il y
a des plaintes, encore une fois, si on a fait une décision récente qu'on
s'attend que les gens ne sont
peut-être pas au courant, on va essayer de communiquer le plus possible et on
va envoyer des inspecteurs, encore une fois,
quand il y a des regroupements de producteurs, pour essayer d'expliquer
qu'est-ce qu'il s'est passé, qu'est-ce qui doit maintenant... comment un
pesticide particulier doit maintenant être utilisé.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Et
quelle est la durée de cette formation?
Bissonnette (Frédéric) : Je
ne le sais pas exactement. Je sais qu'il y a quelque chose comme
12 chapitres, mais je ne le sais
pas, sur le terrain, comment de temps que ça prend aux gens. Là, encore une
fois, probablement que le MAPAQ ou le ministère de l'Environnement
serait plus à même de répondre à votre question.
Mme Blais (Abitibi-Ouest) : Merci
beaucoup. Merci, M. le Président.
Président (M. Lemay) : Parfait. Avant de passer la parole au député du
Lac-Saint-Jean, j'avais juste une petite question de précision tout à l'heure. M. Brander, vous
avez mentionné les LMR, qu'ensuite l'Agence canadienne d'inspection d'aliments va vérifier, s'il y a un rappel à
faire. Les LMR, je n'ai pas trop saisi c'était quoi. Ça veut dire quoi, cette
définition-là?
Bissonnette (Frédéric) : C'est
les limites maximales de résidus, c'est lorsqu'un pesticide est appliqué dans
un champ... Parce qu'à partir de nos
études c'est : on vérifie qu'est-ce qu'il reste sur les feuilles ou sur la
partie qui est consommée, et, en
fonction de notre analyse de risques et de ce qui peut être retrouvé, on met un
maximum qui peut être trouvé sur la plante, et c'est l'Agence canadienne
d'inspection des aliments qui prend les échantillons et qui fait l'analyse.
Le Président (M. Lemay) : Merci pour
la précision. Le député de Lac-Saint-Jean, la parole est à vous.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
Combien... M. le Président?
Le Président (M. Lemay) : Environ
trois, quatre minutes.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : O.K.
Vous avez mentionné que, parfois, vous faisiez des visites sur les fermes. Est-ce que vous faites aussi des visites au niveau
des détaillants, des épiceries, prendre des échantillons? Et, au niveau des
frontières, tout ce qui rentre de l'extérieur, est-ce que vous faites des
visites, et à quelle fréquence vous les faites, et ça concerne quoi, entre
autres? C'est quoi que vous faites en termes de visites?
M. Bissonnette (Frédéric) : Donc, oui, on visite les détaillants, des grosses
chaînes, des petites chaînes. Encore là, s'il y a des plaintes... Mais il y a
des programmes... Parce que, dans les pesticides, il n'y a pas juste des
produits d'agriculture, il y a des
produits domestiques, il y a les insectifuges que les gens utilisent, il y a
des produits industriels, donc les pâtes et papiers en foresterie. Donc, les pesticides, c'est beaucoup plus que
ce qu'on parle aujourd'hui, là, à propos de l'agriculture. Donc, oui, on
vérifie... on fait des inspections avec les détaillants.
Au niveau de
la frontière, on est en collaboration avec l'agence... — c'est quoi, le nom, la CSA... — l'Agence des services frontaliers du Canada, je crois, donc c'est eux qui sont
responsables à la frontière, et, s'ils découvrent un pesticide qu'ils ne sont
pas sûrs s'il est homologué ou c'est clairement non homologué, ils nous font
une référence, et ils nous appellent
à Ottawa ou avec les bureaux régionaux, et, à ce moment-là, une décision est
prise est-ce que c'est homologué ou pas. Sinon, c'est retourné au
manufacturier ou c'est détruit. Donc, ça dépend vraiment de la circonstance.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : O.K.
Mais, de prendre des échantillons au niveau des aliments qui rentrent de l'extérieur, au niveau des aliments qui rentrent
de l'extérieur, est-ce que c'est vous ou vous faites affaire avec une autre
agence? Et à quelle fréquence vous prenez ces prélèvements-là des
aliments de l'extérieur? Parce qu'on sait qu'à l'extérieur du Québec il se produit beaucoup d'aliments qui est
consommé au Québec, et donc, on sait, les normes là-bas sont différentes
des nôtres, les normes sont beaucoup moindres que les nôtres au Québec.
Bissonnette (Frédéric) :
Donc, c'est l'Agence canadienne d'inspection des aliments qui est responsable
de ça. Eh oui, ce qui rentre, ce qui
est produit au Québec, au Canada, ce qui est produit au Mexique, États-Unis,
peu importe l'endroit, l'ACIA, c'est des programmes aléatoires, je
crois, où est-ce qu'ils vont prendre des échantillons et les analysent.
La fréquence,
je ne l'ai pas, ce serait à communiquer avec l'ACIA, justement, pour avoir le
pourcentage, mais c'est un nombre
assez important d'échantillons dont ils prennent. Puis, encore là, juste pour
clarifier, si quelqu'un exporte au Canada,
ils doivent rencontrer la norme canadienne. Donc, si une note LMR est plus
basse que celle du produit producteur, ils se doivent de rencontrer la
nôtre et non pas la leur.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Tout à fait, mais vous comprendrez que, pour ça, ça
prend des échantillonnages, tout ça, de ce qui arrive de l'extérieur, pour
pouvoir comparer puis pouvoir amener des ajustements si ça ne respecte pas les
normes. Donc, moi, c'est en termes
d'échantillonnages... Probablement que c'est fait des parties par milliard, je
suppose, quand
ils prennent des échantillonnages pour les résidus de pesticide, pour les
produits qui arrivent de l'extérieur, parce que c'est quand même important, ça aussi. Cet enjeu-là est important,
là, de tous les aliments qui arrivent de l'extérieur du pays.
Donc, vous n'avez pas les fréquences?
Bissonnette (Frédéric) : Je
n'ai pas le... Comme je vous dis, c'est une autre agence qui s'occupe de ça,
donc je n'ai pas les chiffres, mais je sais que le taux de conformité est quand
même relativement élevé, je crois qu'ils sont aux alentours de
96 %. Donc, 96 % des échantillons qu'ils ont rencontrent les limites
ou ils ne sont tout simplement pas détectables, donc ils n'ont rien détecté
dans l'aliment.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : O.K.
Est-ce qu'on a encore du...
Le Président (M. Lemay) :
20 secondes.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Bon. Bien, écoutez, merci beaucoup pour vos
informations. Donc, on vous remercie de votre temps.
Le Président (M. Lemay) : Merci
beaucoup. Donc, nous allons maintenant poursuivre les échanges avec une
représentante de l'opposition officielle, et, Mme la députée de Maurice-Richard,
la parole est à vous.
Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Merci beaucoup d'avoir
pris le temps de venir nous rencontrer.
C'est des travaux importants qu'on amorce au niveau de la commission, et on voulait
commencer avec les différentes agences,
ministères responsables de la réglementation justement pour pouvoir répondre à plusieurs de nos
questions. Donc, merci beaucoup.
J'ai une
rafale assez longue de questions, qui était assez longue avant que vous
commenciez, et j'en ai rajouté en vous
écoutant. Mais je vais aller assez simplement, assez rondement pour commencer. Combien il y a
de nouvelles demandes d'homologation
qui sont faites? Vous avez parlé de neuf tout à l'heure, mais je ne
sais pas si c'étaient les nouvelles qui sont demandées ou qui sont
acceptées. Ce n'était pas clair, là.
M. Brander (Peter) : C'est une
moyenne de neuf nouvelles demandes d'homologation chaque année pour des
nouveaux produits, pas l'addition de... Des fois, on a des produits existants
où des gens rentrent puis font une demande d'ajouter d'autre chose sur
l'étiquette, comme une autre peste qu'ils veulent aborder.
Montpetit : Parfait. Merci.
Il y a quelque chose qui m'a fait un petit peu tiquer dans votre présentation.
Vous avez mentionné — puis, bon, pas que j'en doute, là — que c'est très complexe d'étudier ou
d'analyser l'innocuité d'un pesticide.
Ça, on en convient tous, on est d'accord avec ça. Mais, de la façon que vous
l'avez présenté, c'était comme si, dans le fond, c'est un... En fait, ma
question va être assez simple, dans le fond. C'est : Est-ce que vous
utilisez le principe de précaution au
niveau de l'ARLA? Parce que, de la façon que vous avez mentionné... puis je vais vous laisser l'occasion,
justement, de nous le réexpliquer, de la façon que vous avez mentionné que c'est
complexe, qu'il y a des nouvelles études qui sortent régulièrement, ça donnait
l'impression que c'est une justification, dans le fond, pour être peut-être un
petit peu plus agressif sur... ou
passif, je vais le dire comme ça, sur les homologations. Donc, je veux juste
être sûre de bien comprendre. Est-ce
que dans le doute vous utilisez le principe de précaution ou dans le doute vous
vous reposez sur la recherche que vous avez, à la lumière de ce qu'elle
peut vous expliquer?
Bissonnette (Frédéric) : On
est très conservateurs. Donc, si on a un doute, on ne procède pas, on
n'homologue pas. Donc, peut-être que
certains... Si vous invitez des agriculteurs ou des groupes d'agriculteurs, ils
vont probablement vous dire qu'ils
nous trouvent très conservateurs. Donc, souvent, on n'est pas très populaires
des deux côtés, donc les groupes environnementaux ou avec les
producteurs.
Pas mal tout
le monde nous déteste, parce qu'on ne prend jamais une décision qu'ils, les
gens d'un secteur d'intérêt, supportent.
Donc, les agriculteurs trouvent qu'on est trop conservateurs, et, du côté des
groupes environnementaux, souvent on
trouve qu'on ne l'est pas assez. Mais, par défaut, si on n'est pas
confortables, ce n'est pas une question de... Lorsqu'on mentionnait la complexité, je veux dire, c'est
excessivement difficile à communiquer, la quantité d'informations qu'on doit
regarder. Ce n'est pas une excuse pour dire
qu'on utilise cette complexité pour excuser une décision, non. Si on n'est pas
sûrs, on ne la prend pas, on n'homologue pas le produit.
Montpetit : Mais c'est parce que vous avez... Je ne sais pas ce que ça
veut dire dans votre langage, «ne pas être
confortables», en termes de science, mais vous avez utilisé beaucoup dans votre
présentation préliminaire le mot «le risque», «un risque acceptable».
C'est quoi, un risque acceptable, selon l'ARLA?
M. Bissonnette
(Frédéric) : On utilise cette terminologie-là parce qu'en
science le risque zéro n'existe pas. Donc,
on ne veut pas faire accroire aux gens qu'il n'y a aucun risque, il y a
toujours un risque. De boire un verre d'eau, c'est un risque, on
pourrait s'étouffer. Donc, c'est juste pour donner une illustration.
Donc, le
risque acceptable, c'est : ça rencontre les normes canadiennes,
internationales. Donc, on s'attend... Avec toute l'information qu'on a, on ne
s'attend pas à ce qu'il y ait un problème ou qu'il y ait un risque inacceptable
pour la population. Donc, c'est vraiment pourquoi c'est difficile à
communiquer, en science, le risque zéro n'existe pas.
Mme Montpetit :
Donc, vous utilisez le principe de précaution quand vous avez une étude sur
laquelle vous avez des doutes. C'est ce que je comprends.
Bissonnette (Frédéric) :
Oui. Si on a des doutes, on rejette l'étude. Et, si c'est le produit au complet
qui dépend de l'étude, le produit est rejeté. Si c'est une utilisation
en particulier, l'utilisation est retirée.
Mme Montpetit : O.K. Ce que
j'aimerais que vous nous expliquiez, parce que je pense que c'est la
partie qui
nous... qui était la raison pour laquelle on vous avait retenu comme groupe au
départ, ce qu'on souhaitait comprendre comme
membres de la commission, c'est vraiment le processus d'homologation, de quelle
façon il fonctionne. À la lumière de
quoi vous prenez une décision, justement, qu'il y a un risque ou qu'il n'y a
pas un risque, que vous décidez d'homologuer? Comment vous fonctionnez? Avec quelles études vous travaillez? Avec
combien d'études vous jugez qu'épidémiologiquement c'est recevable? De
quelle façon précisément vous évaluez, dans le fond, les demandes qui vous sont
faites?
Bissonnette (Frédéric) : On
a plus de 200 types d'études, donc pas 200 études, 200 types
d'études, donc, que ça soit pour
vérifier le cancer, l'immunologie, la peau, les allergies, le développement
neuronal, la toxicologie aiguë et la toxicologie
à long terme. Donc, on a une batterie de tests qui est consistante avec ce qui
se fait à l'international. Donc, en
Europe, ils ont... C'est toutes des
approches au niveau de l'OCDE. Donc, tous les pays développés se sont mis ensemble pour
identifier la batterie de tests qui permettent de répondre à la grande, grande
majorité des questions.
Donc, on
considère tout ça avant de prendre la décision. Et souvent, lorsqu'on fait des
études de toxicologie, il y a un
aspect qui ressort plus que l'autre. Donc, un produit va peut-être être plus
toxique pour les applicateurs. Donc, on va focusser sur l'aspect qui semble être le plus problématique, et, si on
n'est pas confortables, on ne détermine pas une manière de protéger les applicateurs, par exemple, on ne
procéderait simplement pas à l'homologation de soit l'utilisation qui est
affectée ou du produit au grand complet. Je ne sais pas si je réponds à votre
question, mais...
Montpetit : Ça va
venir, ça va venir. De
toute façon, c'est... Non, mais c'est
parce qu'on veut comprendre comment vraiment vous travaillez. Donc, quand vous évaluez... Moi,
ce qui me questionne beaucoup aussi, c'est de voir les disparités qu'il
va y avoir, puis vous avez fait mention tout à l'heure des différences de
normes. Est-ce que ça ne vous questionne pas
de voir qu'il y a des normes, justement, qui sont beaucoup
plus sévères en Europe? Tu sais, on regardait le glyphosate, que vous venez de reconduire, qui ne l'est pas en Europe. Est-ce que
ça ne vous questionne pas? Qu'est-ce
qui fait qu'il y a des disparités? Qu'est-ce
qui fait, dans le fond, qu'un pesticide ou qu'un produit va être reconduit ici,
rehomologué, ne le sera pas en Europe?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Le glyphosate a été reconduit en Europe, juste
pour être clair, et ils l'ont reconduit pendant cinq ans, mais il a été
reconduit, et les fonctionnaires qui ont fait l'analyse de risques sont arrivés
passablement aux mêmes conclusions que nous.
C'est au niveau du... L'organisme décisionnel est un comité parlementaire au
niveau du Parlement européen, et
c'est eux qui ont décidé, parce qu'ils n'ont pas reçu la... Ils ont été avec
cinq ans. Mais les gens qui ont fait l'analyse de risques sont arrivés
aux mêmes conclusions que nous.
Donc, des
fois, la différence de normes, c'est une différence d'horaire. Donc, nous, on
homologue les produits à une certaine
date. En Europe, ils peuvent les homologuer plus tard. Donc, dépendamment quand
l'homologation a été faite, les normes
ont peut-être changé. Donc, si l'Europe a plus récemment pris une décision,
leurs normes vont peut-être être plus sévères que les nôtres, parce
qu'ils viennent juste de les vérifier et ils ont découvert qu'il y avait
quelque chose.
On a un programme
de revue spéciale que, si on identifie qu'une décision a été prise dans un
autre pays, qui nécessiterait de regarder de nouveau ce qui se passe au Canada,
on peut le faire. Donc, ça dépend vraiment c'est quoi, la justification qu'on
a eue. On a des contacts avec les Européens, avec les Américains, on peut
prendre le téléphone puis leur parler, donc souvent on peut avoir ces
discussions.
Et parfois
c'est tout simplement qu'il n'est pas utilisé de la même manière. Donc, comme
je l'ai mentionné plus tôt, aux États-Unis, la pression par les pestes est
beaucoup plus grande qu'au Canada. Souvent, les taux sont plus élevés
aux États-Unis. Donc, ils peuvent prendre des décisions de réduire les taux,
que... nos taux sont déjà plus bas que ce qu'ils proposent. Donc, c'est pour ça
que c'est un petit peu difficile à expliquer. Ça dépend vraiment... C'est du
cas par cas.
Montpetit : Mais
expliquez-nous, on est là pour ça. Moi, ce que je veux comprendre, c'est qu'il y a
vraiment des pesticides, à l'heure actuelle, qui sont
interdits ou qui sont restreints en Europe, qui ne le sont pas au Canada. Puis on reparlera des néonics, justement ce qui a été fait dans deux provinces... à tout le moins deux provinces, le Québec, l'Ontario. Je
pense qu'il y a peut-être d'autres provinces aussi. Donc, il y a quand même
un certain déphasage de l'ARLA par
rapport à des réglementations déjà provinciales, et là il
y a un déphasage... et je comprends,
puis on y reviendra, que vous allez
dans cette direction-là, mais il y a un déphasage aussi par rapport à certains
produits qui sont restreints, interdits en Europe également. Moi, je
veux juste bien comprendre qu'est-ce qui fait... Est-ce que vous travaillez
avec des études différentes? Qu'est-ce qui fait que vous n'analysez
pas... vous n'arrivez pas aux mêmes résultats?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Je vais donner l'exemple de l'Europe. Donc, les
fenêtres en Europe pour donner les données sont beaucoup plus restreintes
qu'avec l'ARLA. Donc, à l'ARLA, il y a plusieurs fenêtres auxquelles les données peuvent nous être soumises, alors qu'en
Europe les titulaires, pour une réévaluation, doivent donner toutes leurs
données au début, et, s'ils ne l'ont pas
encore parce qu'elle n'est pas prête, il va falloir qu'ils reviennent... qu'ils
vont prendre... L'Europe va prendre
la décision sans l'étude même si elle devient disponible au niveau du processus
scientifique, et ça peut amener une décision plus négative que nous. Des fois, les
protocoles ne sont pas les mêmes. Donc, au point de vue des
pollinisateurs, on a notre propre «framework»... — voyons, c'est
quoi? — cadre
réglementaire, qui, en Europe, est différent.
Donc, parfois, c'est de la manière dont ça a été abordé au niveau scientifique,
mais il y a aussi la question des horaires.
Justement, si quelqu'un... Vous entendez souvent parler au Canada des décisions
que les autres prennent avant nous,
mais je peux vous dire qu'on prend des décisions avant eux parfois. C'est juste
que vous n'en entendez pas parler, de celles-là. Donc, c'est
vraiment : il y a une question d'horaire.
Montpetit : Pour continuer justement, c'est ça, sur la question sur
les néonicotinoïdes, ce que je comprends, c'est qu'il y a trois
néonicotinoïdes qui vont faire l'effet d'une restriction, interdiction au
niveau fédéral.
M. Bissonnette
(Frédéric) : Il y en a trois qui sont ciblés, oui, je peux les
nommer...
Mme Montpetit : ...mêmes au
Québec?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Oui, oui,
c'est les mêmes : imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame, ce sont
les trois. Et on a déjà
publié les décisions, on avait... Lorsqu'on a commencé la réévaluation, le
sujet chaud scientifiquement et médiatiquement, c'étaient les
abeilles. Et les produits n'étaient pas dus pour une réévaluation, mais, étant
donné la quantité de sciences qui se
passaient, les décisions intérimaires qui se prenaient ailleurs, on a pris
l'initiative de devancer notre
calendrier et de commencer à regarder immédiatement
les néonicotinoïdes, donc faire une
réévaluation avant le temps. Et, du côté des
pollinisateurs, on a publié récemment la décision, je crois que c'est au mois
de janvier, où ce que certaines utilisations doivent partir et d'autres,
non.
Par après,
après qu'on a initié celle des pollinisateurs, il est venu à notre
attention : la présence dans les cours d'eau dépassait potentiellement les
normes. Donc, c'est là qu'on a commencé à regarder cet aspect-là, on a initié
ce qu'on appelle des revues spéciales
pour regarder cet aspect-là spécifiquement. Donc, on s'est comme ramassés avec
deux, trois projets simultanément, et c'est pour ça que c'est un petit peu
compliqué à expliquer. Normalement, quand qu'on fait une réévaluation,
on regarde l'ensemble du produit dans un seul projet. Dans le cas des néonics,
c'était vraiment... on est probablement rendus à six projets différents.
Mme Montpetit : Puis ils vont être...
juste pour qu'on comprenne aussi, ils vont être restreints ou interdits à
partir de 2019? À partir de 2021? Il y a comme différentes informations. Puis
c'est juste pour notre compréhension ici, autour de la table, c'est quoi, le
déroulement de tout ça exactement.
M. Bissonnette (Frédéric) :
Donc, dans le cas des pollinisateurs, certaines utilisations doivent carrément
être éliminées. Normalement, c'est dans l'intérieur d'un délai de deux ans que ça doit se faire.
Certaines utilisations ont été changées.
Donc, par exemple, ils ne peuvent plus appliquer après que... avant
que la plante... ou après la plante... dépendamment de la plante, que la
fleur est sortie. Donc, c'est vraiment pour limiter l'exposition à l'abeille.
Si l'abeille est supposée visiter à un certain moment, on va s'assurer qu'à ce
moment-là il n'y aura pas de néonic, présent dans la plante, qui pourra affecter l'abeille. Donc, c'est vraiment
spécifique, ça va à la... Chaque type de plante a été analysé séparément. Donc,
on n'a pas la même décision pour les pommes que pour le maïs, que pour les
raisins, ou quoi que ce soit. Donc, c'est vraiment spécifique à la
plante.
Mme Montpetit : Bien. Est-ce
que ça ne vous questionne
pas, justement... Tu sais, je comprends que, là, vous
nous dites que vous êtes vraiment en avant du train, en avant de la parade. Est-ce que
ça ne vous questionne pas, justement, que les
provinces au Canada décident, sur les néonics, entre autres, d'être plus... de réglementer plus rapidement? Tu sais, quand
vous me dites que vous avez un processus d'analyse qui... À... ça fait longtemps qu'on en parle, là, des néonics, quand même, puis des impacts sur les pollinisateurs. Est-ce que
justement ça ne démontre pas que, dans le processus
d'analyse, il y a un certain enjeu sur la rapidité
d'action?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Bien, les décisions qui ont été prises... Encore
là, vous parlerez au MAPAQ et le ministère
de l'Environnement. Ils ne bannissent
pas le produit, ils font exactement ce qui est permis sur l'étiquette, c'est
juste qu'ils demandent qu'un agronome certifie la pertinence du produit. Donc,
ce n'est pas vraiment une restriction au niveau de l'utilisation. Le maïs peut quand
même être traité de la même manière qui est permise au fédéral. Donc, il n'y a
pas une restriction à ce point de vue là. C'est vraiment spécifiquement dans quelles circonstances qu'il peut être utilisé. Et, du point de vue fédéral, on croit
que les provinces sont mieux... plus au courant des spécificités régionales
pour faire ce genre de décision là.
Mme Montpetit : ...ce n'était pas le sens de ma question.
Ce que je disais, dans le fond, c'est : Est-ce qu'il n'y a pas un décalage, justement? Ce que
vous allez mettre de l'avant, ça va être plus ou moins restrictif que la législation
qui est en cours?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Ça pourrait
être plus restrictif, ça pourrait être moins. Ça dépend vraiment
où est-ce que la science nous amène. Présentement, on a déjà publié une proposition, je crois que
c'était l'an passé, concernant les néonics,
de l'aspect des invertébrés dans l'eau, et on a proposé carrément
de canceller le produit au complet. Donc, présentement, notre proposition, c'est de retirer les néonics, la majorité
d'utilisations extérieures, les retirer du marché. Là, on
a reçu des données supplémentaires, on est en train d'en faire l'analyse. Ça va
peut-être, ou pas, changer notre décision. On va voir un peu plus tard, à la
fin de l'année ou début de l'année prochaine.
Mme Montpetit :
O.K. Vous avez commencé, d'entrée de jeu, là, votre présentation en parlant, justement,
de l'indépendance de la recherche, puis c'est un des thèmes, évidemment,
qui nous habite beaucoup dans nos travaux. Ça, j'aimerais avoir une
réponse assez précise aussi sur le type de recherche, la proportion de
recherches... l'utilisation de recherches
qui sont indépendantes versus de recherches qui sont utilisées par l'industrie,
est-ce que vous avec des données précises à nous présenter pour ça?
M. Bissonnette (Frédéric) : Je n'ai pas vraiment de données précises,
ça dépend des produits, parce que la quantité... Un peu comme j'ai dit dans mon allocution, l'intérêt
scientifique général pour publier va dépendre de l'intérêt
général de la molécule. On a des
pesticides qui sont peu ou pas utilisés, les chances qu'un chercheur fasse de
la recherche là-dessus sont plutôt minces. Donc, ça dépend vraiment.
Comme quelque chose comme le glyphosate, qui a capturé l'attention
médiatique, a eu beaucoup
plus de papiers. Les néonics, c'est la même histoire, donc il y a
eu beaucoup, beaucoup de papiers dans la littérature. Donc, je
ne peux pas vraiment vous donner une proportion. Tout ce que je peux vous dire
c'est : en analyse prémarché, donc
avant que le pesticide soit mis sur le marché, généralement il n'y a pas de
littérature, parce que la molécule est nouvelle, elle est brevetée, il
n'y a pas grand monde qui sont au courant de son existence, donc c'est... Au
niveau prémarché, c'est, généralement, essentiellement des études de l'industrie.
Du point
de vue de la réévaluation, lorsque ça
a fait plusieurs années que le produit est sur le marché,
dépendamment du pesticide, il peut y
avoir une certaine proportion de données, de la littérature. Mais, comme j'ai
mentionné, ce qu'on a de besoin
versus ce qu'on voit dans la littérature, ce n'est pas suffisant, il n'y a pas
assez... Souvent, ils vont étudier un aspect
bien spécifique dans la littérature, mais pas nécessairement tout. Les
études, aussi, on n'a pas nécessairement accès aux données brutes, on ne sait
pas s'ils l'ont utilisé de la manière que c'est supposé être utilisé. Je suis
scientifique, moi-même, et les papiers... il y a différentes qualités de
papiers, dépendamment du journal, ça n'a pas la même qualité.
Montpetit : Je comprends qu'il n'y a pas... vous l'avez mentionné, il
n'y a pas de recherche qui se fait à l'ARLA,
mais est-ce qu'il y a des programmes de recherche sur l'impact des pesticides
ou... justement pour aller... Est-ce que
vous pouvez... je ne sais pas, des programmes de recherche, au niveau fédéral,
où est-ce que vous, vous pouvez faire des
demandes pour soutenir une recherche indépendante par un programme x quand il y
a des questionnements plus pointus ou des inquiétudes qui sont soulevées
sur un produit ou un pesticide, par exemple?
Bissonnette (Frédéric) : Il y a de la recherche qui se fait au
fédéral, c'est surtout Environnement Canada, un
peu Agriculture Canada... Agriculture et agroalimentaire Canada. Oui, on peut
prendre le téléphone et les appeler, quand, par exemple, Environnement Canada fait des études sur la présence dans
l'eau... Ils ont fait des études avec certains pesticides et l'effet sur
les oiseaux. Donc, il y a certaines études qui se fait. Oui, si on a un besoin,
on va le communiquer, mais il faut comprendre que ce n'est pas dans notre
ministère, et c'est eux qui ont leurs propres priorités, donc, si on réussit à
se rendre sur leur liste de priorités, ils vont la faire, mais c'est... on n'a
pas le contrôle absolu de qu'est-ce qui se fait.
Montpetit : Vous n'avez pas cette voix-là, dans le fond, pour demander
qu'il y ait une loupe qui soit mise...
Bissonnette (Frédéric) : C'est une voie, mais ce n'est pas...
je ne veux pas le...
Montpetit : Non, non, je comprends. Une voix avec un x.
Je regardais votre
rapport annuel, dans lequel il était mentionné qu'au nom de la transparence,
bon, le nombre d'homologations en cours,
passées, c'est accessible au public. Je comprends qu'il y a aussi... en vertu
du règlement, il y a un rapport qui
est remis au ministre à chaque année sur les produits homologués offerts en
vente, mais les quantités, dans le fond, dans chaque province aussi.
Est-ce que c'est des données qui sont publiques?
Bissonnette (Frédéric) : Vous faites sûrement référence aux
ventes, donc le document sur les ventes.
M. Bissonnette (Frédéric) : Donc, on publie un rapport qui contient les
ventes de la plupart des pesticides. La
Loi sur les produits
antiparasitaires contient un aspect de protection des données d'affaires aussi,
«confidential business information». Donc,
si une seule compagnie a ce pesticide-là, on ne peut pas dire la quantité
précise, mais, lorsqu'il y en a plusieurs,
ce qui est le cas, généralement, des molécules les plus populaires, on donne
une
partie de... un estimé... pas un estimé,
mais on arrondit un peu le chiffre puis on le met dans le rapport, mais on ne
donne pas le chiffre exact. Et, non, la vente individuelle d'un produit spécifique n'est présentement pas... on
ne peut pas la communiquer parce que c'est protégé sous la
Loi sur les
produits antiparasitaires.
Mme Montpetit :
Est-ce que vous pouvez nous informer sur les variations qu'il y a d'une
province à l'autre? Est-ce que c'est une indication que vous pouvez nous
communiquer?
Bissonnette (Frédéric) : Je
n'ai pas l'information, ça dépend grandement des cultures. Comme dans l'Ouest,
c'est beaucoup plus des grosses cultures
comme le canola et le blé. Dans l'Est, il y a beaucoup plus... comme au Québec,
il y a plus de ce
qu'on appelle des usages limités, donc c'est plus difficile de communiquer. Il
y a des variations, mais je ne sais
pas comment les caractériser, c'est vraiment... On ne fait pas pousser les
mêmes choses dans différentes parties du pays.
Montpetit : Donc, je comprends que ni vous ni les élus concernés par
des réglementations n'ont l'information précise sur les ventes de
pesticides qui sont faites dans leurs provinces ou dans chaque province.
Bissonnette (Frédéric) : On
a des chiffres dans les provinces, mais on n'a pas d'entente avec la majorité
des provinces. On a essayé d'approcher
les provinces pour pouvoir partager les données puis on n'a pas réussi à avoir
une entente qui passait les avocats, si on peut dire.
Mme Montpetit : O.K. Ça va être tout
pour moi, monsieur. Merci.
Président (M. Lemay) : Parfait. Est-ce qu'il y a un autre collègue de l'opposition officielle qui... Ça
va? Parfait. À ce stade-ci, à ce moment-là, je vais passer la parole avec encore un nouveau bloc d'échange, avec une représentante du deuxième groupe d'opposition. Et, Mme
la députée de Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
la parole est à vous.
Mme Lessard-Therrien : Merci, M.
le Président. Avant de commencer,
j'aimerais clarifier juste, peut-être, une mécompréhension
de ma part. Quand vous avez commencé votre intervention, vous disiez que, quand
vous demandez les études, vous
demandez les études avec les données brutes pour pouvoir faire des comparables
avant d'homologuer un produit. Mais là ce que je comprends, c'est que l'ARLA,
vous n'avez pas d'équipe de recherche pour faire ces contre-vérifications-là.
M. Bissonnette
(Frédéric) : On a plusieurs
centaines de scientifiques qui peuvent analyser les données. On n'a pas de
chercheurs qui font des tests sur les animaux en laboratoire, par exemple, ou des tests en champ. Donc, ça, ce n'est pas nous qui fait ça, mais on a des scientifiques
dont l'expertise est la toxicologie,
et l'exposition professionnelle, et les sciences de l'environnement, et l'agriculture. Donc, on a des gens qui
ont étudié, avec des maîtrises, des doctorats, des Ph. D., dans ces
domaines, mais on ne fait pas les études nous-mêmes.
Mme Lessard-Therrien : Puis ces
gens-là, ils sont financés par l'ARLA ou par d'autres...
M. Bissonnette
(Frédéric) : C'est des fonctionnaires. Donc, c'est des employés
du gouvernement fédéral.
Mme Lessard-Therrien :
O.K. J'aimerais poursuivre un peu sur ce que ma collègue disait au niveau du
glyphosate. Vous parliez qu'il y avait peut-être une question d'horaire
qui faisait en sorte que vous n'étiez pas parvenu aux mêmes conclusions que ce
qui s'était passé en Europe. En même temps, les études qui ont été prises en
comparaison ne provenaient pas non plus des mêmes sources, tu sais. Selon ce
qui a été rapporté, davantage d'études provenaient de l'industrie quand on l'a étudié de la part de Santé Canada. On parle de
77 %. Est-ce que vous ne trouvez pas qu'il y aurait lieu d'avoir peut-être
une plus juste représentativité de ce qui se fait de la part de l'industrie
versus ce qu'il se fait dans le domaine public ou plus indépendant?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Premièrement,
pour le glyphosate, comme j'ai dit précédemment, les décisions sont les mêmes. On a la même décision en Europe, en
France, en Allemagne, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis. Tout le monde, tous les scientifiques
sont arrivés à la même conclusion que Santé Canada. Donc, l'Europe a simplement... a décidé de l'homologuer pendant
cinq ans et de faire une révision dans cinq ans. C'est la différence, mais,
point de vue analyse de risques, ils sont arrivés à la même chose que nous.
Les données,
l'approche que j'ai décrite, où est-ce que la majorité vient de l'industrie, on
ne le cachera pas, la majorité vient
de l'industrie, c'est la même chose partout dans le monde, même en Europe. Ils
ont la même problématique que nous, où les études dont on a besoin souvent ne
sont pas disponibles dans le domaine public. Il n'y a pas un noyau suffisant
de chercheurs. On ne se cachera pas, les
études qu'on demande, ce n'est pas sexy d'un point de vue de science, de
recherche scientifique. Les
chercheurs veulent souvent trouver quelque chose de nouveau, quelque chose
d'excitant. Répéter la même étude six
fois, ce n'est généralement pas quelque chose... J'étais chercheur avant. Ce
n'est pas quelque chose, en tant que chercheur,
que tu veux faire. Donc, on utilise tout ce qu'on peut du domaine public, mais
souvent ce n'est pas suffisant pour baser notre décision uniquement
là-dessus.
Mme Lessard-Therrien : Puis en
fait j'avais aussi d'autres questions par rapport... Évaluez-vous l'impact
toxicologique sur la santé et l'environnement des coformulants des matières
actives homologuées?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Donc, nous, on
a deux groupes d'étude. La matière active, c'est elle qui a la majorité des études vraiment poussées en toxicologie, mais
aussi on a des études sur ce qu'on appelle la préparation commerciale. Donc, le produit que tu peux acheter chez RONA ou
quelque chose, on a des études là-dessus. Mais la grosse majorité est sur les études de ce qu'on appelle l'ingrédient
technique. Donc, c'est vraiment la... C'est la molécule qui est la plus
toxique. Mais on considère les
effets, par exemple, des adjuvants. Donc, parfois, les produits sont mélangés
avec un surfactant qui permet au
produit de plus s'absorber sur la feuille, comme dans le cas d'un herbicide.
Donc, on a des études là-dessus, mais la majorité sont sur l'ingrédient
technique.
Mme Lessard-Therrien :
Puis c'est quoi, la proportion de la prise en compte de ces études-là. Tu sais,
par exemple, si vous faites plus
d'études sur la molécule x qui tendent vers une décision puis, après, que
vous avez... quand vous considérez, par
exemple, la multiplication des effets ou, tu sais, dans le produit tel qu'il
est utilisé, qui tendent vers une autre direction, mais que vous avez
moins d'études, comment vous jaugez la situation?
M. Bissonnette
(Frédéric) : Je n'ai pas
vraiment la proportion, là. Je ne suis pas venu avec le chiffre, mais par
contre je vais juste vous rappeler le...
L'ingrédient le plus toxique, c'est vraiment l'ingrédient technique, et on
rajoute des quantités assez
impressionnantes de facteurs de protection là-dessus. Ce qui peut aller jusqu'à
1 000 fois la dose qui n'a pas
d'effet chez l'animal. Donc, on prend la dose la plus élevée qui n'a pas
d'effet chez l'animal et on rajoute jusqu'à 1 000 fois une
dose de protection avant qu'on trouve ça acceptable chez l'humain. Donc, on
juge qu'avec les études qu'on a pour l'ingrédient
technique et pour la préparation commerciale combinées aux facteurs de
protection qu'on ajoute, c'est suffisant pour protéger la santé humaine
et l'environnement.
Mme Lessard-Therrien : Et
comment l'ARLA évalue la quantité totale utilisée au pays? Dans le fond, quand il y a un pesticide qui est utilisé, vous regardez
principalement la quantité ou vous avez une préoccupation par rapport au
nombre d'entreprises, au nombre d'agriculteurs, par exemple, qui peuvent
l'utiliser, puis la répartition géographique?
M. Bissonnette
(Frédéric) : On a accès à
des données qui nous disent : Si c'est utilisé sur le maïs, on peut
s'attendre à : telle proportion
du maïs va être traitée. Donc, on rentre ça dans nos analyses de risques. Si on
s'attend à ce que 100 % soient traités, on va rentrer ça dans nos modèles,
comme je discutais plus tôt, des modèles pour vérifier comment on peut s'attendre à ce qui peut se retrouver dans le
cours d'eau. On va rentrer ça dans notre... un gros modèle mathématique, ils
vont entrer quelle proportion va être traitée, et ça nous permet d'avoir
un chiffre à la fin.
Donc, on
vérifie ça. Et en même temps, avec les ventes, avec des données qu'on obtient
d'Agriculture Canada ou qui sont disponibles dans la littérature de
Statistique Canada, lorsqu'on fait une réévaluation, on le
revérifie : Est-ce que le chiffre est toujours correct ou est-ce
que ça a changé?
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup. Ceci complète ce bloc.
Alors, nous allons maintenant poursuivre les échanges avec un représentant du
troisième groupe d'opposition, et, M. le député de Bonaventure, la parole est à
vous.
M. Roy :
Merci, M. le Président. Salutations aux collègues. Merci, messieurs. Tout à
l'heure, vous avez dit que les gens ne vous aimaient pas. Moi, soyez
rassurés, je hais tout le monde égal, pas de traitement de faveur, O.K.?
Bon, moi,
j'ai quand même été voir la littérature. J'ai lu certaines choses. Ça fait
qu'on va en discuter. Il me reste cinq minutes, là.
Première chose, comme prémisse, là, je veux que la population
sache, que les agriculteurs sachent qu'on n'est pas là pour leur rendre la vie plus difficile, hein? Déjà que
la pression sur ces gens-là est extrêmement intense, donc, et que notre État, fédéral comme provincial, n'investit pas
comme il le devrait en soutien aux agriculteurs, ce qui les oblige parfois à
aller vers des protèges chimiques de
production agricole que sont, bon, les herbicides, etc. Et un des enjeux
fondamentaux de la commission, c'est sûr que ce sont les glyphosates,
hein? On parle de... c'est ce qui est utilisé en majorité, bon, dans les champs, etc. Je vais y aller avec mon
intervention, je vais terminer avec des questions, O.K.? Comme ça, on... puis
prenez des notes, si vous voulez.
Donc, en
avril 2017, l'ARLA a réautorisé les glyphosates pour 15 ans, soit
jusqu'en 2032, dans un contexte où, ma
collègue l'a souligné tout à l'heure, l'Europe l'a autorisé pour cinq ans. La
décision s'appuie, pour l'essentiel, sur des évaluations non publiées — en tout cas, selon ce que j'ai lu là,
là — qui
proviennent de l'industrie, mais qui seraient vieilles de 20 à
30 ans pour certaines. Donc, on parle de 125 références, dont 118 sont
issues de l'industrie. Bon.
Et ces
recherches-là ne seraient pas accessibles aux chercheurs. Les chercheurs ont
besoin de se valider entre eux. Donc, la problématique qui est
soulevée, selon la littérature que j'ai vue, c'est qu'on ne peut pas aller valider
les écrits des entreprises qui ont été fournis à l'ARLA pour homologuer ou
permettre l'homologation de leurs produits. On ne peut pas vérifier, donc on ne sait pas trop — bien,
vous allez me répondre tout à
l'heure, donc — et
ce, dans un contexte où, en parallèle, on
a les «Monsanto papers», bon, qui comptent des documents, déclassifiés dans
la foulée des poursuites aux États-Unis
contre les géants, qui parlent des milliers
de personnes qui auraient contracté un cancer non hodgkinien par l'utilisation du Roundup. Et ces documents déclassifiés nous disent que ça
fait état de fraude scientifique pour camoufler des dangers sanitaires.
Ça fait que, là, écoute, on jase, là, O.K.? Je ne veux pas... je vous fais juste... je fais
référence à la littérature, là. Le but du jeu, là, c'est de redonner confiance,
et ne pas perdre confiance, et de faire
en sorte que... Bon, c'est le but de
la commission, hein? Il y a toutes sortes d'allégations qui se
promènent, mais, moi, la littérature que je vois me parle de ces choses-là, et je n'invente rien, je pourrais vous montrer les picots. Donc, on a
cette épée de Damoclès là au-dessus de la tête, que sont les fraudes
scientifiques.
Vous dites que
la littérature n'est pas suffisamment étoffée. Pourtant, de 1975 jusqu'à 2017,
on parle de 2 400 références
scientifiques, dont 68 % publiées dans les 10 dernières années.
Pourtant, la décision de... l'ARLA a été chercher une douzaine de
références de 2007 à 2017 pour prendre sa décision sur la réautorisation de
l'utilisation du glyphosate sur 15 ans.
Autre
enjeu, le Centre international de recherche sur le cancer, bon, déclare comme
cancérigène probable le glyphosate, et,
aux États-Unis, dernières données, là, que j'ai eues tout à l'heure, on parle de 13 400 actions en cours par des personnes
atteintes d'un cancer non hodgkinien lié potentiellement à l'utilisation du
Roundup.
Donc,
écoutez, au Canada, on a eu une augmentation de 157 % de
l'utilisation depuis 1994, jusqu'en 2014. Bon, on a autorisé des centaines de produits... En 2014, on parle de
6 866 pesticides autorisés. Et vous avez soulevé aussi, tout à
l'heure, l'enjeu de l'utilisation des
produits avec d'autres produits qui pourraient faire en sorte que, bon, ça
change la donne au niveau
de l'évaluation de la dangerosité. Mais, écoutez,
bon, ça, c'est ce que j'ai lu, mais là on a un problème, parce que, si
des études fournies par...
Le Président (M. Lemay) : M. le
député, il vous reste environ 1 min 30 s, max, là.
M. Roy : O.K., je termine ça. Est-ce que vous seriez prêts à
permettre aux chercheurs indépendants d'avoir accès aux études fournies par les entreprises
privées, qui, théoriquement, sont considérées comme des secrets industriels,
mais, pour lever tout doute, permettre aux chercheurs indépendants d'y
avoir accès pour faire en sorte que la population soit rassurée?
Bissonnette (Frédéric) : On
a une salle de lecture, à Ottawa, où est-ce que n'importe quel citoyen
canadien, et étranger, je crois, peut
venir examiner toutes les études dans notre salle de lecture. Ils ne peuvent
pas partir avec, mais ils peuvent
venir lire l'ensemble de toutes les études qu'on n'a jamais
reçues sur le glyphosate. Donc, si un chercheur peut venir... Et il y en a eu, il n'y en a pas eu beaucoup,
mais il y en a eu, il peut... Les études sont disponibles, elles ne sont juste
pas disponibles dans le domaine public, les
gens doivent venir dans la salle de lecture pour y avoir accès, mais elles sont
ouvertes au public.
M. Roy : Est-ce que vous avez des comités éthiques qui
évaluent le travail des chercheurs et qui sont évalués par les pairs? Parce que la recherche, c'est l'évaluation
par les pairs, c'est comme ça que ça fonctionne dans tous les domaines. Dépose
une thèse de doctorat, là, si tes pairs ne l'évaluent pas, bien, elle ne vaut
pas grand-chose.
Bissonnette (Frédéric) :
Bien, Santé Canada a une politique sur la recherche en soi, là. Donc, nous, on ne
fait pas de recherche, mais, du point de vue des études, elles doivent rencontrer les protocoles standard de l'OCDE,
sinon elles sont rejetées. Et on a
accès à toutes les données pour les calculer nous-mêmes, donc il y a
un processus de vérification en place. Mais, oui, la majorité viennent
de l'industrie.
Président (M. Lemay) : Merci beaucoup. Ceci complète ce bloc
d'échange, M. le député de Bonaventure. Merci, M. Brander, M.
Bissonnette. Je vous remercie de votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends maintenant les travaux quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 58)
Président (M. Lemay) :
Alors, bonjour à tous. Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants du ministère de
l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Je vous rappelle que vous disposez d'un maximum de 45 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission.
Je vous invite donc à vous présenter avant de
débuter et ensuite poursuivre avec votre exposé. Merci.
M. Croteau (Marc) : Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, M. le Président, Mme
la vice-présidente, Mmes et MM. les autres membres de la commission, mesdames et messieurs, d'abord,
je vous remercie de nous avoir invités, avec mon
équipe, à vous présenter les actions du ministère de l'Environnement et de la
Lutte contre les changements climatiques dans le domaine des pesticides.
Je me
présente, je suis Marc Croteau, le sous-ministre de l'Environnement,
le sous-ministre du ministère. Je suis accompagné du sous-ministre adjoint au
Développement durable et la qualité de l'environnement, M. Jacob
Martin-Malus, ainsi que le
sous-ministre adjoint au Contrôle environnemental et à la sécurité des
barrages, M. Michel Rousseau. La chaise à ma droite sera occupée de façon à répondre à vos questions. J'ai avec
moi toute la batterie d'experts, agronomes, inspecteurs qui pourront
répondre à vos questions, Mmes et MM. les membres de la commission.
Comme
vous savez sans doute, au Canada, le domaine des pesticides est de compétence
partagée entre le gouvernement fédéral
et les gouvernements provinciaux et territoriaux ainsi que les instances
municipales. Le gouvernement fédéral contrôle notamment l'homologation,
la mise en marché et l'étiquetage des pesticides. Les provinces et les
territoires peuvent réglementer la vente,
l'utilisation, l'entreposage, le transport et l'élimination des pesticides
homologués. Ils ont aussi le pouvoir
de restreindre ou d'interdire dans leur champ de compétence l'usage des
produits homologués. Le ministère participe au Comité fédéral, provincial et territorial sur la lutte antiparasitaire
et les pesticides de Santé Canada, qui a pour mandat d'aider à renforcer les relations dans le domaine
de la réglementation. Ce comité propose également des orientations aux gouvernements quant aux programmes, aux politiques
et aux dossiers touchant la lutte antiparasitaire. Le Québec rejoint les préoccupations environnementales des
représentants de l'Ontario et des Maritimes avec ses mesures avant-gardistes.
Pour
leur part, les municipalités ont, dans plusieurs provinces, le pouvoir
d'établir une réglementation plus poussée, principalement au
chapitre de l'utilisation des pesticides en milieu
urbain, en tenant compte de leurs particularités locales. À
titre indicatif, nous possédons l'information
selon laquelle au moins 140 municipalités québécoises ont adopté des
règlements en matière de pesticides.
initiatives ministérielles axées principalement sur l'information, la
sensibilisation et la recherche de solutions de rechange à l'utilisation
des pesticides complètent la réglementation. Le ministère s'occupe également de
compiler l'information disponible. Il va
sans dire que les dimensions environnementales, économiques et sociales guident
les actions ministérielles en matière des pesticides.
Aujourd'hui,
l'usage des pesticides est tellement répandu que nous avons tendance à oublier
que ces produits sont d'abord conçus pour détruire et contrôler des
organismes jugés indésirables ou nuisibles. Ils sont utilisés notamment pour
des considérations économiques ou de productivité alimentaire.
L'application des pesticides peut être nocive
quant au... autant sur l'environnement que sur l'être humain. Les propriétés des pesticides qui conditionnent leur
devenir et leur comportement dans l'environnement, telles que la mobilité
et la persistance dans le sol, ont aussi un impact sur leur toxicité.
L'agriculture
est un secteur d'activité important pour l'essor de notre économie au Québec,
et nous sommes conscients que son
développement comprend de nombreux défis. Certains secteurs agricoles sont très
proactifs en intégrant depuis plusieurs
années des pratiques respectueuses de l'environnement. Par exemple, des
producteurs plus avant-gardistes tiennent des registres d'utilisation de
pesticides et sont accompagnés par des conseillers, ce qui leur permet d'appliquer
des pesticides seulement lorsque cela
est nécessaire. Ceux-ci ont démontré très tôt un intérêt à collaborer avec le
ministère dans le dossier des modifications réglementaires sur les
pesticides, puisque nous partageons, en fait, la même vision.
Toutefois,
force est de constater que des efforts plus considérables doivent être réalisés
par certains secteurs de production,
dont les grandes cultures, par exemple le maïs, et le soya, et les cultures de
pommes de terre. Pourtant, les cultures occupent une très grande superficie
agricole au Québec. C'est pour cette raison que nous l'encourageons à implanter
des stratégies innovantes d'intervention d'utilisation des pesticides. Le
gouvernement doit agir de manière à ce que l'utilisation systématique des pesticides
soit considérée comme une approche du passé.
Le ministère
maintient de bonnes relations avec les partenaires agricoles. Nous croyons
qu'un travail de collaboration avec
ceux-ci est déterminant pour atteindre les objectifs que nous poursuivons, à savoir
protéger la santé, les pollinisateurs et l'environnement.
Au Québec, la réglementation québécoise
s'applique aux pesticides homologués par le fédéral.
Comme l'a
précisé tantôt le représentant de Santé Canada, les pesticides sont mis en
marché au Canada à la suite d'un processus d'analyse qui vise à s'assurer que
leur utilisation ne représente pas un risque inacceptable pour la santé
et l'environnement si leur utilisation est faite selon les instructions qui
figurent sur leurs étiquettes.
Cependant,
nous devons être prudents avec ces substances. Nous pensons qu'une utilisation
contrôlée, et rigoureuse, et responsable des pesticides est la clé pour
limiter les risques qu'ils entraînent.
Il faut garder en tête notamment leur grand
nombre. On estime que 4 700 produits et 900 ingrédients actifs répondent à la définition de pesticide au Québec, même si seulement
1 200 produits et 370 ingrédients actifs sont effectivement vendus sur le territoire québécois.
De même, les pesticides ont des composantes
chimiques différentes qui peuvent influencer grandement leur toxicité et, par conséquent, leur niveau de risque pour la
santé et l'environnement. C'est pourquoi le ministère conjointement avec
le ministère de l'Agriculture et l'Institut
national de santé publique du Québec ont produit en 2007 un indicateur de
risque des pesticides du Québec, communément appelé IRPeQ. Il a été établi en
fonction des caractéristiques chimiques des produits. Par exemple, plus
un pesticide est toxique, plus l'indicateur lui accordera un poids relatif
élevé.
Cet outil
novateur reconnu sur la scène canadienne permet de caractériser les risques
pour la santé et l'environnement liés
aux pesticides et d'en suivre l'évolution à différents niveaux, notamment à
l'échelle d'une entreprise, d'un secteur, d'une région ou de la
province.
Le ministère
a choisi de concentrer ses efforts sur les pesticides plus à risque en milieu
agricole et en milieu urbain. On le
fait d'abord pour la santé, la santé de la population, la santé des
agriculteurs, la santé des pollinisateurs, des animaux et des plantes,
la santé de nos cours d'eau, la santé de notre planète.
Compte tenu
des quantités de pesticides vendues au Québec pour usage en agriculture et
rapportées dans le bilan des ventes, le
ministère se préoccupe du devenir de ces produits dans l'environnement et des
incidences possibles sur le milieu aquatique et la santé humaine.
En territoire agricole, la qualité de l'eau est
souvent affectée par les pesticides. Le ministère suit les pesticides dans les cours d'eau et l'eau souterraine depuis
le début des années 90. Au fil des ans, un réseau de base a été mis en
place près de certaines cultures
utilisatrices de ces substances. D'ailleurs, on a la carte qui démontre les
endroits où tout ceci est vérifié. Ce réseau est composé de 10 stations
d'échantillonnage permanentes réparties dans autant de cours d'eau drainant
des secteurs de maïs et de soya, de cultures maraîchères, de pommes de terre et
de vergers.
En plus de
ces 10 stations permanentes, un suivi rotatif de plusieurs autres cours
d'eau a été instauré. Ainsi, de 2012 à
2018, 43 autres rivières ont été échantillonnées afin d'avoir un meilleur
portrait spatial de la situation. Il s'agit de grands cours d'eau comme
les rivières Yamaska, Saint-François, Richelieu, et l'Assomption, ou de plus
petits tributaires. Le lac Saint-Pierre, où
se déversent plusieurs tributaires agricoles, a aussi été échantillonné.
Quelques photos sont présentées pour vous présenter une idée de
l'échantillonnage fait par le ministère.
La présence
de pesticides dans l'eau des puits de certains agriculteurs a été étudiée
également. Ici aussi, le suivi est orienté à partir de cultures. Au
début, dans les années 90, il s'agissait d'un projet ad hoc, d'abord dans
les zones en culture
de pommes de terre et de bleuetières. Mais, depuis 2012, une trentaine de puits
de particuliers sont échantillonnés chaque
année. Au total, depuis 2012, 208 puits de particuliers situés à proximité
des cultures ont été échantillonnés pour l'analyse des pesticides.
pesticides sont omniprésents dans les cours d'eau des zones en culture
intensive, notamment là où on trouve des cultures de maïs, de soya, des
cultures maraîchères ou de la pomme de terre. Tout au long de la période
estivale, on peut trouver plus de
30 pesticides dans un cours d'eau, jusqu'à 15 pesticides peuvent être
présents en même temps dans un échantillon d'eau.
Dans les
rivières drainant les cultures de maïs et de soya, comme les rivières Chibouet,
des Hurons, Saint-Régis et Saint-Zéphyrin, on trouve une vingtaine
d'herbicides, dont le métolachlore, l'atrazine et le glyphosate, détectés dans plusieurs... détectés d'ailleurs dans plus de
96 % des échantillons. De plus, de quatre à 10 insecticides, en
particulier les insecticides néonicotinoïdes, sont détectés dans plus de
90 % des échantillons.
Dans les cours d'eau des zones maraîchères et de
pommes de terre, on trouve aussi une multitude de pesticides, et les herbicides sont encore nombreux. Mais les
insecticides et les fongicides y sont plus variés que dans les zones de maïs
et de soya. En effet, dans les 10 cours
d'eau du réseau permanent, plusieurs pesticides dépassent les critères de
qualité de l'eau pour la protection
des espèces aquatiques. Historiquement, on trouvait des dépassements pour l'herbicide atrazine, mais, dans les dernières
années, ce sont les insecticides néonics qui dépassent le plus souvent les
critères de qualité de l'eau pour la
protection des espèces aquatiques. Dans quatre des 10 cours d'eau du réseau
permanent, les critères de qualité de
l'eau pour les néonics ont dépassé dans 100 % des échantillons et, dans trois autres cours d'eau,
ils dépassent dans au moins 93 % des échantillons.
pesticides ont également été détectés dans les 43 rivières échantillonnées
dans le cadre du suivi rotatif, sauf dans
la rivière Batiscan. Parmi ces rivières, quatre ne montrent aucun dépassement
de critères de qualité de l'eau pour la protection des milieux aquatiques. Ce sont les insecticides néonics qui
sont responsables de la grande
partie de ces dépassements de critères.
Même en
l'absence de dépassement des critères de qualité de l'eau, la situation
nécessite qu'on contribue de bien documenter
puisqu'il y a toujours plusieurs produits présents en même temps dans l'eau et
que les effets combinés de ces produits sont mal connus.
Des pesticides ont été détectés dans 84 des
208 puits de particuliers situés à proximité des champs de culture et échantillonnés depuis 2012. Il s'agit donc de
40 % des puits échantillonnés. Les concentrations mesurées sont faibles et
respectent largement les normes du Règlement
sur la qualité de l'eau potable ou les autres valeurs guides pour l'eau potable
établies par des organismes reconnus dans le
domaine de l'environnement ou de la santé publique. Néanmoins, leur présence
dans l'eau souterraine n'est pas souhaitable.
Notons que
les pesticides sont plus susceptibles de rejoindre les eaux souterraines dans
les zones où l'on trouve des sols
sableux, comme celles où l'on cultive la pomme de terre, ou encore dans les
zones de bleuetières. Dans les secteurs en culture de pommes de terre, jusqu'à 69 % des puits des particuliers
échantillonnés révèlent la présence de pesticides. Les produits le plus souvent
détectés sont les insecticides néonics et l'herbicide métribuzine. Dans les
zones de bleuetières, l'herbicide
hexazinone est détecté en faible concentration dans 40 % des puits
échantillonnés. Dans les zones agricoles où les sols sont fins ou argileux, comme ceux où l'on cultive le maïs et le
soya, l'eau souterraine est davantage protégée contre l'infiltration des contaminants. Dans ces
secteurs, ce sont environ 14 % des puits échantillonnés qui montrent la
présence des pesticides.
Depuis 1992,
le ministère publie un bilan des ventes de pesticides au Québec, qui fait état
de l'évolution des ventes de ces
produits tout en présentant une analyse générale et sectorielle des quantités
d'ingrédients vendus. Selon le plus récent bilan, qui représente les données de 2017, les ventes totales de pesticides
au Québec ont diminué au cours des trois dernières années mais demeurent quand même à plus de
4,1 millions de kilogrammes d'ingrédients actifs, soit
4 100 tonnes. Il s'agit d'une
augmentation de 2 % par rapport aux ventes de 1992. Le graphique affiché
démontre bien la progression au niveau de l'utilisation et la vente des
pesticides.
C'est le
milieu agricole qui accapare la très grande
partie des ventes totales, soit
près de 82 %. Ce sont principalement des ventes d'herbicides
utilisés pour la phytoprotection des productions végétales en champ et en
serre. En plus faible proportion, il y a l'utilisation pour le bétail et dans
les bâtiments agricoles.
Il est
important de ne pas analyser uniquement les ventes mais également les
indicateurs de risque. En 2017, les indicateurs
de risque pour la santé et pour l'environnement avaient diminué respectivement
de 14 % et de 3 % depuis le début de la compilation.
En milieu
urbain, nous suivons les ventes de pesticides destinés aux particuliers, à
l'entretien des espaces verts et à la gestion parasitaire. Les
pesticides utilisés à l'intérieur et à proximité des bâtiments résidentiels,
par exemple, peuvent constituer une source
d'exposition importante, en particulier pour les enfants en bas âge, qui ont
tendance à jouer sur le sol et à
porter les mains ou des objets à leurs bouches. Certains pesticides peuvent
être très persistants à l'intérieur, car ils sont alors protégés de la
pluie et du soleil et ne se dégradent pas facilement.
Malgré une
tendance à la baisse... malgré cette tendance à la baisse qui a été observée en
milieu urbain à la suite des interdictions sur les pelouses en 2006, une hausse
des ventes est observée depuis les dernières années. Des pesticides sont également vendus pour l'entretien des
corridors de transport routier, ferroviaire ou d'énergie, pour l'entretien des
terrains incultes, pour l'aménagement
et la protection des forêts et pour le contrôle des insectes piqueurs. C'est
une autre catégorie que nous suivons.
Au Québec, la
vente et l'usage de pesticides sont encadrés par la
Loi sur les pesticides et,
de façon complémentaire, par la Loi
sur la qualité de l'environnement. Ces lois et les règlements qui en découlent
sont administrés par le ministère. En
1986, le Québec s'est doté d'une politique pour une utilisation rationnelle des
pesticides, qui accompagnait d'ailleurs l'avant-projet de
loi sur les pesticides.
Sanctionnée en 1987 et modifiée en 1993, la
Loi sur les pesticides complète au
Québec l'encadrement légal du gouvernement fédéral.
Les lois sur les pesticides... la
Loi sur les
pesticides, pardon, poursuit deux grands objectifs : d'abord, éviter et atténuer les atteintes à l'environnement et à la santé, et réduire et rationaliser l'usage
des pesticides. Les moyens retenus afin d'atteindre ces objectifs
sont d'abord de promouvoir l'analyse, l'évaluation et la
maîtrise des incidences des pesticides, ce qui se traduit par des
interventions qui permettent d'approfondir la connaissance de ces produits et
de leurs effets.
Afin de contribuer à la création de solutions de
rechange et de favoriser le recours à ces solutions, plutôt qu'aux pesticides, le ministère s'implique dans le développement et la promotion d'outils d'information et de sensibilisation. L'outil SAgE,
l'outil SAgE Pesticides est un exemple. Récipiendaire du Prix d'excellence de l'administration publique en 2010, il a été élaboré conjointement par le ministère,
le ministère de l'Agriculture et l'INSPQ et permet de vérifier toutes les informations pertinentes sur chacun des pesticides. Il permet d'effectuer des choix
éclairés grâce à une meilleure connaissance
des risques pour la santé humaine et pour l'environnement liés à l'utilisation des pesticides. Il est utilisé par plusieurs
milliers d'usagers, dont les conseillers et les producteurs agricoles.
Le contrôle
réglementaire constitue l'un des moyens retenus afin d'assurer les
qualifications des intervenants et de fixer
des balises aux pratiques. Présentement, seules des dispositions pénales sont
prévues à la
Loi sur les pesticides en cas de contravention, contrairement
à la
Loi sur la qualité de l'environnement qui prévoit des sanctions
administratives pécuniaires.
Le ministère
intervient de différentes façons sur le terrain dans le secteur des pesticides.
Plusieurs programmes de contrôle encadrent ce travail pour s'assurer du
respect des exigences légales et réglementaires. Les programmes se traduisent par des inspections terrain et des inspections
hors site. En 2018-2019, par exemple, le ministère a réalisé
2 171 inspections sur le terrain et hors site dans le secteur des
pesticides.
Afin de préciser les modalités d'application sur
la Loi des pesticides, le gouvernement a édicté trois règlements d'application en 1988 : le Règlement sur les
pesticides, le Règlement sur les pesticides en milieu agricole et le Règlement
sur les pesticides en milieu forestier. Les
mesures réglementaires issues de ces trois règlements ont été intégrées
pratiquement intégralement dans un
seul règlement à partir de 1997, soit le Règlement sur les permis et les
certificats pour la vente et l'utilisation des pesticides.
Ce règlement
vient, en fait, régir la classification des pesticides suivant cinq niveaux de
risque pour l'environnement et la
santé des personnes. Les classes des pesticides permettent également d'établir
des exigences réglementaires au niveau du
risque que présentent ces produits. Ce règlement oblige aussi l'entreprise
concernée à être titulaire d'un permis pour le type d'activités auxquelles elle se livre selon les classes de
pesticides qu'elle utilise. Le règlement exige aussi que les titulaires d'un permis tiennent et conservent des
registres d'achat, de vente ou utilisation de pesticides, exige aussi que les
titulaires d'un permis déclarent et transmettent certains renseignements
contenus dans leurs registres. Et finalement le règlement oblige le vendeur ou l'utilisateur à être titulaire d'un
certificat qu'il obtient après avoir réussi un examen lié à son secteur d'activité. On compte d'ailleurs
830 entreprises de vente et 4 600 individus titulaires d'un
certificat de vente qui sont employés
par ces entreprises, 1 700 entreprises qui offrent des services
rémunérés d'application de pesticides ou qui utilisent des produits dans le cadre de leurs propres activités et
7 000 individus titulaires d'un certificat qui sont à l'emploi
de ces entreprises. De plus, 13 200 agriculteurs et aménagistes
forestiers sont certifiés pour l'application de pesticides.
Depuis 2001, le Règlement sur la qualité de
l'eau potable, découlant de la
Loi sur la qualité de l'environnement, prescrit des normes et des contrôles de qualité
pour l'eau destinée à la consommation humaine. Il oblige les responsables
de réseau de distribution à respecter
31 normes relatives aux pesticides. Le plus récent bilan de la qualité de
l'eau potable au Québec démontre que
des pesticides ont été détectés dans moins de 1 % de quelque
70 000 analyses réalisées par les laboratoires accrédités et que l'eau de 100 % des réseaux de
distribution respectait l'ensemble des 31 normes du Règlement sur
la qualité de l'eau potable.
En vigueur
depuis 2003 et modifié en 2018, le Code de gestion des pesticides encadre
l'entreposage, la vente et l'utilisation des pesticides. À l'entrée en vigueur
de ce code, en 2003, le Québec était le premier gouvernement au Canada à
interdire la vente et l'utilisation de certains pesticides homologués sur des
pelouses. 20 ingrédients actifs ont ainsi été interdits en raison
de leurs effets cancérogènes potentiels, qui étaient, à ce moment-là, le
critère retenu pour appuyer l'interdiction.
Cette
interdiction a contribué à sensibiliser les citoyens aux risques associés à
l'utilisation de pesticides dans leur milieu
de vie, mais elle a surtout contraint les citoyens et les entreprises
d'entretien des pelouses à se tourner vers des pesticides comportant moins de risques pour la santé. Cet
aspect est bien démontré dans le bilan des ventes de pesticides : les biopesticides, des pesticides à faible risque,
représentent 56 % des ventes domestiques en 2017, par opposition à 6 % en 2003.
Le code précise ainsi que les centres de la
petite enfance et les écoles primaires et secondaires doivent être exempts le plus possible de pesticides. Il vise
également à encadrer l'usage des pesticides les plus à risque en milieu
agricole, et je vais détailler davantage plus loin dans mon
intervention.
En 2011, le
ministère de l'Agriculture a lancé la Stratégie phytosanitaire québécoise en
agriculture 2011-2021, dont le
ministère de l'Environnement est partenaire. Le ministère de l'Agriculture
pourra détailler davantage tous les éléments qui découlent de cette stratégie. Soulignons qu'un des objectifs est de
réduire de 25 % les indicateurs de risque pour la santé et l'environnement à
l'horizon 2020-2021. Cet objectif a orienté nos actions réglementaires et
non réglementaires.
Lancée en
novembre 2015, la Stratégie québécoise des pesticides 2015‑2018 a été
présentée dans le contexte où on observait
une hausse importante depuis 2010 des ventes de certains autres herbicides
utilisés sur les pelouses, ce qui fragilisait le progrès réalisé dans ce secteur. L'augmentation des risques aussi
pour la santé et l'environnement des pesticides vendus en
2012 par rapport à ceux qui étaient vendus en 2006 et 2008 est venue encore une
fois motiver la mise en place de la stratégie.
observait aussi, souvenons-nous, une problématique importante de mortalité
d'abeilles. Des études scientifiques ont
confirmé une hausse de la mortalité des abeilles et le lien de cette hausse
avec une famille d'insecticides, les néonicotinoïdes,
qui sont utilisés, entre autres, pour l'enrobage des semences afin de protéger
les cultures contre les insectes nuisibles
présents dans le sol. Il faut dire que la problématique de la mortalité des
abeilles et de l'usage des néonics est un dossier très médiatisé depuis quelques années au Québec, au Canada et
ailleurs. Ces produits sont aussi hautement toxiques chez les
invertébrés aquatiques. Au Québec, plusieurs organismes ont demandé à ce moment
un meilleur encadrement réglementaire pour
réduire l'usage des insecticides de la famille des néonics. Considérant les
pollinisateurs, notamment les abeilles,
qui sont un maillon indispensable dans la reproduction des espèces végétales,
cette situation était tout à fait alarmante.
Afin
de réduire encore plus efficacement les risques associés à l'utilisation des
pesticides au Québec, le ministère avait
décidé de mettre en place un encadrement qui favoriserait l'adoption des
meilleures pratiques en matière d'utilisation des pesticides. La Stratégie
québécoise sur les pesticides 2015-2018 présentait les grandes
orientations et les objectifs qui ont guidé et qui guident encore les
actions du gouvernement. Les points forts de la stratégie : des objectifs
qui visent à protéger la santé de la population, les pollinisateurs et
l'environnement; une approche axée sur les pesticides les plus à risque; des actions adaptées aux différentes
clientèles visées, dont un accompagnement des agriculteurs; la mise en oeuvre
de mesures concrètes et inspirées des meilleures pratiques.
Dans cette stratégie,
le gouvernement s'est engagé à moderniser la
Loi sur les pesticides et à
réviser les deux règlements d'application en
deux séquences afin d'intervenir dans le secteur urbain et agricole. La
modification réglementaire en milieu
agricole a été priorisée parce que ce milieu est le plus grand utilisateur de
pesticides et parce qu'elle permettait d'obtenir
de plus grands gains environnementaux. Elle a été également mise en place pour
répondre aux recommandations du
Vérificateur général du Québec, qui avait un mandat sur les pesticides en
milieu agricole pratiquement au même moment que le lancement de notre
stratégie.
Le rapport que le
Vérificateur général a déposé en juin 2016 émettait d'ailleurs huit
recommandations, dont trois adressaient le
ministère de l'Environnement. Les trois recommandations adressées au ministère
étaient textuellement les suivantes : premièrement, dresser et publier en
temps opportun le portrait complet des pesticides vendus, y compris ceux utilisés dans les semences enrobées, ce qui
permettra un calcul plus précis des indicateurs de risque sur la santé de
l'environnement; deuxièmement, d'adopter un
plan d'action, accompagné d'un échéancier, qui vise à réduire, voire éliminer
les dépassements et ainsi à respecter les
critères quant à la qualité de l'eau, des cours d'eau, et mesurer les
résultats, et d'en rendre compte annuellement; et, troisièmement, de
renforcer l'encadrement de l'utilisation des pesticides, notamment par des mesures réglementaires et économiques,
afin de réduire leur utilisation et leurs impacts, tout en prenant en compte
les principes de la
Loi sur le développement durable, tels ceux de la
précaution, de la prévention et du pollueur-payeur.
septembre 2018, lors du dernier suivi de l'état d'avancement du plan
d'action ministériel, le Vérificateur général du Québec a conclu que des
progrès satisfaisants avaient été réalisés pour mettre en oeuvre les trois
recommandations placées sous notre responsabilité.
mars 2018, l'entrée en vigueur des modifications réglementaires en milieu
agricole a positionné le Québec comme chef de file dans la gestion des
pesticides dans ce secteur et a permis de donner suite à l'une des priorités de
la Stratégie québécoise sur les
pesticides. Un nouveau concept de justification et de prescription agronomiques
est désormais en place. En effet, les cinq pesticides les plus à risque,
atrazine, chlorpyrifos et trois néonics, sont interdits, sauf si leur
application est justifiée au
préalable par un agronome. Cette exigence vise aussi la mise en terre de
semences de huit cultures enrobées de ces trois néonics.
Québec, l'utilisation des néonicotinoïdes enrobant les semences est généralisée
en culture de maïs. Quant aux cultures
de soya, la moitié des superficies sont ensemencées avec ces produits. Il a été
démontré que l'utilisation systématique de ces semences enrobées n'est pas justifiée. Celles-ci sont souvent
utilisées de manière préventive, sans qu'aucun problème d'infestation de ravageurs de semis n'ait été
décelé. En milieu urbain, la vente et l'utilisation de tous les néonics sont
interdites pour l'entretien des pelouses, et ce, depuis le
1er avril 2019.
nouvelle approche d'accompagnement permet une plus étroite collaboration entre
l'agriculteur et l'agronome. Les agriculteurs sont davantage impliqués
dans la recherche de solutions afin de favoriser et d'adopter des méthodes
alternatives qui présentent moins de risque pour la santé et pour
l'environnement.
D'autres
mesures s'appliquent au secteur agricole : les producteurs doivent tenir
un registre de tous les pesticides appliqués; les détaillants doivent déclarer
au ministère de l'Environnement leurs ventes annuelles des cinq pesticides visés; les semences en