Culture and Education — 23 April 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CCE 2025-04-23
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
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28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
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Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation
Version préliminaire
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 23 avril 2025
Vol. 47 N° 63
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 94, Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation et modifiant diverses dispositions législatives
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h 30
12 h
12 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
Journal des débats
11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante-et-une minutes)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte. La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et...
La Présidente (Mme Poulet) : ...auditions
publiques sur le projet de loi no 94, Loi visant notamment à renforcer la
laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant diverses dispositions
législatives.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Lemieux (Saint-Jean) est remplacé par Mme Schmaltz
(Vimont); Mme Garceau (Robert-Baldwin), par M. Morin (Acadie); et Mme Gentilcore
(Terrebonne), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, ce matin, nous entendrons les personnes et les organismes
suivants : la Fédération des syndicats de l'enseignement et la Fédération
autonome de l'enseignement.
Alors, comme la séance a débuté plus tard
que prévu, est-ce qu'il y a consentement pour poursuivre nos travaux jusqu'à 13
heures?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Poulet) : Consentement.
Merci. Alors, je souhaite donc la bienvenue à la Fédération des syndicats de
l'enseignement. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes. Alors, par la
suite, on va procéder à une période d'échange avec les membres de la
commission. Alors, la parole est à vous.
M. Bergevin (Richard) : Bonjour,
Mme la Présidente, M. le ministre, mesdames messieurs les parlementaires.
D'abord, nous remercions la commission de nous recevoir de manière distincte,
en tant que principaux représentants des enseignants. Mon nom est Richard
Bergevin, je suis enseignant en sciences au secondaire et président de la
Fédération des syndicats de l'enseignement. La FSE-CSQ est la plus importante
organisation, représentant plus de 95 000 enseignantes et enseignants regroupés
dans 34 syndicats aux quatre coins du Québec. Je suis accompagné de Mme Karine
Nantel, enseignante de sixième année au primaire et première vice-présidente de
la FSE-CSQ, ainsi que de Me Sandy Royer et M. Sébastien Bouchard, tous deux
membres du personnel-conseil à la FSE. Nous tenterons, comme à l'habitude,
d'être respectueux et constructifs en portant la voix des enseignantes que nous
représentons.
Cette présentation et le mémoire de la FSE
sont complémentaires de ceux de la Centrale des syndicats du Québec, dont nous
faisons partie. Ainsi, comme vous le verrez demain, la CSQ se concentrera sur
les enjeux sociaux, notamment sur la laïcité. Du côté de la FSE, nous nous
limiterons aux enjeux enseignants. Avant d'aller dans le détail, nous aimerions
affirmer notre adhésion à l'objectif d'assurer des services éducatifs de
qualité et notre étonnement, voire notre déception par rapport aux moyens
proposés dans le projet de loi pour y parvenir.
Premièrement, le projet de loi est
présenté comme une réponse appropriée aux différents rapports qui ont découlé
des événements s'étant produits à l'école Bedford. Même si nous partageons les
préoccupations du ministre à ce sujet, les modifications proposées ne
correspondent pas, selon nous, aux constats et aux recommandations de ces
rapports. Deuxièmement, nous constatons qu'en matière de qualité des services
éducatifs, les outils d'intervention pour prévenir un cas similaire à l'école
Bedford... pardon, qu'un cas similaire à l'école Bedford se reproduise existe
déjà. D'ailleurs, le fait que les interventions du ministre aient permis de
rétablir la situation à l'école Bedford en témoigne. Troisièmement, le projet
de loi dépasse largement l'enjeu de la laïcité. Nous constatons qu'il comporte
des dispositions très contraignantes pour les enseignantes, sans rapport direct
avec la laïcité. Il est inconcevable à nos yeux d'apporter des modifications
aussi importantes aux encadrements de la profession enseignante dans le
contexte d'un débat polarisant comme celui de la laïcité. Quatrièmement, il est
tout aussi inconcevable que les changements à la profession enseignante aient
été élaborés sans impliquer les principaux intéressés, les profs, alors que la
loi les reconnaît comme des experts de la pédagogie. Cinquièmement, le projet
de loi ne répond pas aux besoins identifiés par le personnel enseignant quant à
la qualité des services éducatifs et aux problèmes prioritaires du réseau
scolaire, notamment la pénurie de personnel qualifié.
En tenant compte de tous ces éléments, la
principale proposition que nous faisons ici est de retirer du projet de loi les
articles qui portent sur l'enseignement. Il nous semble essentiel de séparer
les enjeux de laïcité des enjeux de nature professionnelle qui touchent
directement les enseignants. Ainsi, nous recommandons le retrait des articles
5, 6, 7, 15, 27 et 37 du projet de loi no 94, et nous soutenons l'organisation
d'une grande réflexion collective sur l'avenir de l'éducation et l'égalité des
chances au Québec.
Mme Nantel (Karine) : Bonjour.
De mon côté, je vous présenterai notre avis général sur les questions en lien
avec les droits et obligations des enseignantes et enseignants ainsi que la
qualité des services éducatifs.
D'abord, les droits et les obligations des
enseignants. Avec les modifications aux articles 19 et 22 de la
Loi sur
l'instruction publique proposées par le projet de loi no 94, le gouvernement
démontre un manque de confiance envers le corps enseignant du Québec.
L'article
19 de la LIP est modifié pour limiter l'autonomie professionnelle de
l'enseignant en y ajoutant des encadrements. Par ailleurs, les modifications à
l'article 22 de la LIP ajoutent l'idée de...
Mme Nantel (Karine) : ...conformer
à tout autre encadrement pédagogique applicable, un concept flou qui ouvre la
porte à l'interprétation et à l'arbitraire.
Chacune de ces modifications entraînera
des conséquences sur la capacité des enseignants à exercer leur expertise et
leur jugement professionnel et à s'adapter aux besoins des élèves.
Maintenant, la vérification des
planifications annuelles. Sachez que la FSE ne s'oppose pas à ce que les
directions d'établissement puissent demander aux enseignants d'avoir accès à
leur planification. Les dispositions actuelles de la LIP le permettent
d'ailleurs déjà. Cependant, nous dénonçons l'obligation de soumettre sa
planification dans une forme et un moment imposés, tout en respectant un guide
des bonnes pratiques du ministre. Cette modification des pratiques imposée
partout de façon uniforme dévalorise l'expertise pédagogique du personnel
enseignant, qui est tout à fait en mesure de choisir le format de la
planification de son propre travail. De plus, cet ajout aura pour effet
d'augmenter la tâche, forçant plus de 100 000 enseignants à effectuer ce qui
est appelé à devenir une formalité administrative énergivore.
Comme l'indique le rapport Bedford, la
vérification des planifications annuelles est non seulement inefficace pour
encadrer les enseignants avec des lacunes, mais elle est néfaste car elle
ajoute de la pression inutile à celles et ceux qui n'ont pas de difficultés. Le
projet de loi no 94 porte spécifiquement sur l'évaluation de tous les
enseignants et enseignants. Nous croyons que cette obligation imposée et
généralisée à tout le personnel enseignant ne permet pas d'encadrer les
pratiques qui posent problème et viendra mettre indûment de la pression sur
d'autres qui ne présentent aucune lacune.
Pourtant, la dernière chose dont le réseau
a besoin dans le contexte actuel, c'est d'ajouter inutilement de la pression et
de la bureaucratie. Déjà, dans plusieurs milieux, l'évaluation des nouveaux
enseignantes et enseignants, souvent non qualifiés, est difficilement
réalisable par les directions. Ajouter une obligation annuelle à près de 3000
directions et à plus de 100 000 profs implique de faire un choix. Alors, si
nous ajoutons une tâche, laquelle allons-nous retirer?
De plus, il nous semble contreproductif de
prioriser, lors de l'évaluation du personnel, la mesure de leur contribution au
projet éducatif. D'un côté, le projet éducatif est une responsabilité
collective de l'établissement. De l'autre, on viendra augmenter la pression
pour l'atteinte de statistiques de réussite, ce qui induit toute une série de
mauvaises pratiques déjà largement documentées par la science.
Ajoutons qu'il est incompréhensible qu'un
comité sur la qualité des services éducatifs soit mis en place dans chaque
centre de services sans qu'une majorité d'enseignants y siègent. Dans le même
ordre d'idée, il est inconcevable que le ministre impose des pratiques aux
experts de la pédagogie sans les impliquer. Si l'objectif souhaité est
réellement le rehaussement de la qualité des services éducatifs, nous croyons
que le ministère de l'Éducation devrait plutôt miser sur l'évaluation institutionnelle,
qui consiste à prendre en compte l'ensemble des variables d'un établissement
scolaire et ne pas cibler uniquement les enseignants. Cette suggestion rejoint
d'ailleurs la recommandation du Conseil supérieur de l'éducation.
Je voudrais terminer sur une note positive
en ajoutant qu'il est possible d'agir dès maintenant pour permettre de dénoncer
les problèmes importants, autant en termes de laïcité que de qualité des
services éducatifs. Nous vous invitons, M. le ministre, à modifier la
Loi sur
le Protecteur national de l'élève afin de permettre aux personnels scolaires
d'effectuer un signalement au Protecteur régional de l'élève visant à porter à
son attention une situation pouvant mener au non-respect des droits des élèves.
On estime d'ailleurs que cette possibilité pour le personnel d'effectuer un
signalement aurait fait une différence en favorisant une intervention plus
rapide dans le cas de l'école Bedford ou dans d'autres situations malheureuses
qui ont été largement médiatisées.
• (11 h 50) •
M. Bergevin (Richard) : Dans
le contexte actuel, tous les acteurs du réseau éducatif s'entendent sur la
nécessité d'agir face à la pénurie de personnel qualifié. Le projet de loi no
94 risque au contraire d'amplifier le problème de la pénurie en générant de la
démotivation et du désengagement des enseignants par l'ajout de contraintes
bureaucratiques. Si l'on veut véritablement améliorer la qualité...
M. Bergevin (Richard) : ...les
services éducatifs, des solutions existent et reposent notamment sur les
capacités novatrices des milieux plutôt que sur l'ajout de contraintes
nationales.
D'ailleurs, à très court terme, il serait
possible d'assurer et de pérenniser le financement de l'entente sur la rareté
du personnel enseignant. Les projets issus de cette entente nationale ont
permis de développer des solutions adaptées aux réalités locales qui ont eu un
effet significatif sur la pénurie et l'encadrement des élèves. Cette façon...
cette façon de faire nous semble extrêmement porteuse pour la suite des choses.
Plus globalement, nous nous apprêtons à
présenter au ministère nos priorités pour lutter contre la pénurie et nous
croyons qu'elles représentent elles aussi des améliorations notables à la
qualité des services éducatifs. Toutefois, cette nécessaire discussion sur les
services éducatifs ne doit pas se faire dans le cadre d'un projet de
Loi sur la
laïcité. Et c'est pourquoi, M. le ministre, nous insistons sur le retrait des
articles du projet de loi n° 94 qui y réfèrent.
Ensemble...
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, c'est tout le temps que nous avons. Le 10 minutes est écoulé.
Alors, on va procéder à la période d'échange avec le ministre. Alors, la parole
est à vous.
M. Drainville : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci pour votre participation et votre
présentation. Je comprends, là, que vous vous êtes séparé le travail entre la
CSQ et la FSE, mais, comment dire, il faut quand même discuter un peu de
laïcité, là. On va... faites-vous, on va quand même aborder les thèmes que vous
avez soulevés dans votre mémoire.
Mais sur la laïcité, je veux quand même
avoir votre position, là, comme fédération, là, parce que c'est vous qui
représentez les enseignants qui sont affiliés à la CSQ.
D'abord sur le visage à découvert, l'obligation
du visage à découvert, vous êtes d'accord avec ça ou pas?
M. Bergevin (Richard) : Pour
nous, la laïcité, c'est un grand consensus au niveau national. On considère que
c'est... c'est quelque chose auquel on adhère. Maintenant, pour les modalités
d'application, on a fait le choix de contribuer au mémoire de la CSQ, et donc
la CSQ va présenter demain l'ensemble des... de la perception que l'on en a,
auquel on adhère complètement. Donc, on pense que ça serait plus... ça serait
plus sain de leur laisser rendre... rendre compte de la position des
enseignantes et des enseignants à ce sujet.
M. Drainville : Non, je
comprends M. Bergevin. Mais vous avez une voix autonome à l'intérieur de la
CSQ.
M. Bergevin (Richard) : Oui,
oui.
M. Drainville : Je comprends
qu'il y a des enjeux peut-être un peu plus délicats, controversés, qui font
davantage débat. Mais il me semble que sur la question du visage...
M. Bergevin (Richard) : Oui.
M. Drainville : ...l'obligation
d'avoir le visage à découvert dans une classe au Québec.
M. Bergevin (Richard) : Oui,
je peux répondre à ça, simplement, là : Oui, on est d'accord.
M. Drainville : Sur le fait
que des personnes qui déclarent pratiquer une religion se voient accorder plus
de congés rémunérés qu'un employé qui ne pratique aucune religion. Là-dessus,
qu'est-ce que... est-ce que vous jugez que c'est acceptable que quelqu'un qui
déclare avoir une religion ait davantage de congés rémunérés qu'une personne
qui déclare n'avoir aucune religion?
M. Bergevin (Richard) : Pour
nous, on a laissé la CSQ prendre position là- dessus. Mais on considère que,
considérant que tous les enseignantes et enseignants sont égaux, ils devraient
avoir accès au même... au même nombre de congés annuellement, donc qu'ils ne
devraient pas en avoir de plus pour des conditions de cette nature.
M. Drainville : Très bien.
J'apprécie votre franchise et votre transparence, votre clarté sur... alors, je
vais m'arrêter là pour la laïcité par respect pour la décision que vous avez...
que vous avez prise.
Sur votre mémoire en particulier, bon,
d'abord, je me réjouis de vous entendre dire que la fédération ne s'oppose pas
à ce que les directions aient accès à la planification pédagogique. Ça,
j'apprécie cette position de principe. Maintenant, si je vous comprends bien,
vous dites : Le problème qu'on a, ce n'est pas tellement que nos
enseignants donc doivent remettre leur planification pédagogique, c'est qu'ils
devront le faire dorénavant en fonction du guide ministériel. Hein, c'est...
est-ce que je résume bien votre position? Mme, vous n'avez pas l'air certaine.
Mme Nantel (Karine) : En
fait, c'est... ce qui nous... ce qui cause problème pour nous, c'est d'avoir un
format unique au moment imposé par la direction qui devra s'appuyer
effectivement sur le guide que vous allez produire. Ça, pour nous, ça cause...
c'est un défi dans les... dans les milieux présentement, nous pensons que les
enseignants sont les mieux placés pour fournir leur planification annuelle dans
le format qu'ils auront déterminé selon le contexte, évidemment.
M. Drainville : Oui, vous
dites un format unique. À moins que vous me trouviez un passage du projet de
loi qui dit ça, là, puis je ne pense pas que vous allez le trouver.
M. Bergevin (Richard) : Le
projet de loi propose...
M. Bergevin (Richard) : ...un
format déterminé par la direction.
Une voix : Par la direction.
M. Drainville : «Le ministre
élabore, à l'intention des directeurs d'établissement, un guide proposant des
bonnes pratiques en matière de planification pédagogique et d'évaluation des
contributions des enseignants au projet éducatif.» C'est ce que dit le projet
de loi. Ce n'est pas... Vous dites : Un format unique. Moi, je vous dirais
que le guide va prévoir, je dirais, un cadre. Mais on ne va pas venir dicter,
là, dans le détail ce que cette reddition ou, comment dire, cette... Le fait de
remettre cette planification pédagogique, ça va se faire à l'intérieur d'un
processus à l'intérieur duquel il va y avoir de la souplesse, là. On ne va
pas... On ne va pas dicter une façon de faire. On va dicter par le guide un
certain nombre de choses. Mais, par la suite, regardez ce que ça dit, là :
«L'enseignant doit soumettre une planification pédagogique au directeur
d'établissement dans la forme et au moment déterminés par ce dernier.» Alors,
il va y avoir beaucoup de souplesse au niveau local, là. Vous comprenez?
M. Bergevin (Richard) : Oui.
Mais on laisse... on laisse dans les mains de la direction le choix. Tandis que
nous, ce qu'on considère, c'est que c'est les enseignantes et les enseignants
qui devraient choisir le format. Pourquoi? Parce qu'un enseignant de sciences
comme moi ne ferait pas la même chose, ne ferait pas nécessairement le même
type de planification qu'une enseignante de français ou un enseignant
d'anglais. Ça peut être différent dans le format. Alors, la direction n'a pas
nécessairement... ne ne va pas nécessairement choisir de faire... de faire
faire des planifications dans des formats qui sont très différents, considérant
que dans une école secondaire où il y a une centaine d'enseignants, bien, ça va
être plus facile de demander un format unique. Alors, on a des grandes craintes
sur comment ça va se répercuter dans les milieux.
Je comprends que le projet de loi ne
précise pas que ce sera un format unique, mais il précise que c'est la... ce
sera un format déterminé par la direction. Et, là-dessus, si on veut que ça
reste la... si on veut laisser l'enseignant choisir le format dans lequel il va
produire sa planification, puisque c'est lui, l'expert en pédagogie, bien, on
devrait l'écrire comme ça dans le projet de loi, dire que c'est l'enseignant
qui a ce dernier choix là.
M. Drainville : Oui, mais là,
M. Bergevin...
M. Bergevin (Richard) : Puis,
si la direction n'est pas satisfaite, bien, elle pourra toujours le mentionner,
puisqu'elle l'aura reçu.
M. Drainville : Oui. Mais là,
M. Bergevin, là, comment dire, la direction d'école doit exercer ses
responsabilités, là. À un moment donné, les directions d'école, elles ont un
rôle à jouer. Il faut qu'ils le jouent. Alors, moi, ce que je dis, c'est que le
projet de loi donne beaucoup d'autonomie à la direction d'école. Et puis la
direction d'école va s'asseoir avec l'enseignant, avec l'enseignante, et puis
il y aura une discussion sur la forme.
Maintenant, à la fin, vous avez raison de
dire que le projet... le projet de loi prévoit que c'est la responsabilité du
directeur ou de la directrice de l'école de demander à l'enseignant de
soumettre sa planification. Mais, ça, c'est normal. Vous... Je pense que
vous... On reconnaît quand même... Vous reconnaissez le... Vous voulez
l'autonomie des enseignants, j'en suis, mais vous voulez aussi des directions
d'école qui assument leurs responsabilités de direction d'école.
M. Bergevin (Richard) : Oui.
Tout à fait.
M. Drainville : Chacun...
comment dire, chacun sa...
M. Bergevin (Richard) : Chacun
a son rôle à jouer.
M. Drainville : Chacun son
rôle. Exactement. Exactement.
M. Bergevin (Richard) : Tout
à fait. Puis on est d'accord avec le fait que la direction puisse faire cette
demande-là, d'avoir la planification des enseignants. Mais, nous, on considère
que c'est aux enseignants à produire cette planification-là, avec toute
l'expertise pédagogique et tout le professionnalisme qu'ils peuvent y mettre.
M. Drainville : O.K.
M. Bergevin (Richard) : Et
cette planification-là, une fois qu'elle sera produite, si la direction a
des... considère que ce n'est pas suffisant ou satisfaisant, bien, la direction
aura tout le lieu de jouer son rôle de leader pédagogique et de demander des
améliorations ou des modifications. Et donc on pense qu'il faut garder l'enjeu
de l'expert de la pédagogie dans les mains de l'enseignant, et de la direction
comme étant juge de la valeur. Parce que c'est la direction, dans la
Loi sur
l'instruction publique, qui a la responsabilité de s'assurer de la qualité des
services éducatifs, bien, ce sera à elle à juger de la production de l'enseignante
ou de l'enseignant.
• (12 heures) •
M. Drainville : O.K. Je
respecte cette position. Je respecte cette position.
Sur le comité sur la qualité des services
éducatifs, là, bon, d'abord, je vous rappelle, là, c'est quand même important,
là, quand on regarde le rapport Bedford, là, il...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) M. Drainville : ...il y a une
bonne
partie du rapport qui porte sur la qualité des services éducatifs, là,
une vingtaine de pages, quatre recommandations qui portent là-dessus. Est-ce
que vous en avez contre le principe de l'existence même d'un comité comme
celui-là, ou vous en avez davantage sur la composition?
M. Bergevin (Richard) : Pour
nous, au départ, ce qu'on aurait souhaité par rapport à l'organisation de la
qualité... des services éducatifs, c'est qu'on ait des discussions préalables
au dépôt d'un projet de loi, parce qu'on pense qu'il y a beaucoup d'enjeux de
nature professionnelle qui concernent les enseignants, qui devraient être
discutés dans un forum qui est approprié à ça. Un projet de loi, on a deux
semaines pour se préparer, on a 45 minutes pour présenter, c'est limité comme
capacité à aller chercher le pouls des enseignantes et des enseignants sur le
terrain, d'être capable de ramener ça, d'organiser ça et d'être capable de
faire un échange complet avec le ministère de l'Éducation ou le ministre,
directement. Donc, on est limité dans cette capacité-là à faire le travail.
Alors, le comité, pour nous, dans un
premier temps, on pense qu'il n'a pas sa raison d'être pour l'instant, mais si
on était capable de construire quelque chose avec vous pour être capable d'y
arriver, bien, on pense que ça vaudrait la peine, au moins, d'en faire la
discussion. Parce qu'on n'est pas fermé à la discussion de... le travail sur
les services éducatifs, mais on pense que, présentement, on est un peu coincés
dans le processus, là.
M. Drainville : Dernière
question, puis là je vous demande, puis j'en suis conscient, là, de faire une
généralisation, mais je vous pose quand même la question : De façon
générale, l'évaluation des enseignants, est-ce qu'elle est faite par les
directions d'école ou pas? Et, si elle est faite, elle est faite dans quelle
proportion? Avec la vaste expérience que vous avez, est-ce que c'est dans
50 % des cas, 75 % des cas, est-ce que, dans la majorité des cas, l'évaluation
est faite ou n'est pas faite? Quelle est la réponse à cette question?
Mme Nantel (Karine) : Bien,
moi, j'aurais envie de vous dire qu'avec l'expérience des 18 années sur le
terrain, là, je peux vous dire que c'est à géométrie variable puis ça dépend du
contexte de chaque école. Vous savez, moi, j'ai enseigné pendant 13 ans en
sixième année. Il y a eu des années où on a changé de direction trois fois dans
la même année. Alors, vous comprendrez qu'il y a un contexte, ici, qui est plus
difficile, hein, il y a évidemment un roulement de personnel aussi. J'ai eu, à
l'occasion, à accompagner des gens qui sortaient de l'université et qui avaient
très peu d'expérience. Alors, c'est moi qui, souvent, les soutenais, sur mon
temps, avec des planifications.
Et évidemment les directions d'école n'ont
pas toujours le temps. Et c'est de prendre le temps de faire une évaluation
correctement. Une évaluation, ça doit être fait dans de bonnes conditions, et,
présentement, dans les milieux, M. le ministre, vous le voyez, là, dans votre
tournée d'écoles, il y a beaucoup, beaucoup de travail, et les ressources ne
sont pas toujours au rendez-vous, le soutien pour les enseignants,
professionnels et le personnel de soutien n'est pas non plus toujours au
rendez-vous parce qu'il y a une pénurie là aussi. Donc, ça crée beaucoup de
pression dans les milieux, et nous ne sommes vraiment pas certains que cette
réponse-là, de l'évaluation annuelle pour tous les enseignants et les
enseignantes, ça répond à un besoin des milieux.
Je pense qu'on pourrait cibler les gens
qui sont en insertion professionnelle ou les gens qui sont non légalement
qualifiés et à... leur apporter du soutien, à ces gens-là. C'est ça que les
gens ont besoin, dans les milieux, présentement, c'est de cette flexibilité-là,
M. le ministre.
M. Drainville : Il me reste
combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Poulet) : 26
secondes.
M. Drainville : Ah! bon,
bien, écoutez...
Mme Nantel (Karine) : ...une
grande réflexion en éducation, on aura l'occasion de s'en reparler.
M. Drainville : Mais je veux
quand même dire, dans les 20 secondes qui restent, que vous avez parlé de la
pénurie de personnel qualifié. Vous reconnaîtrez avec moi, quand même, que la
hausse de la rémunération, les aides à la classe, les nouveaux... la nouvelle
catégorie d'enseignants permanents, toutes ces mesures sont...
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Alors, on va poursuivre la discussion avec la députée
de Bourassa-Sauvé. Alors, la parole est à vous.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Bergevin, bonjour, Mme Nantel, M. Bouchard et Me Royer.
Merci beaucoup d'être avec nous pour votre exposé.
Souvent, donc, quand je commence ces
échanges-là avec les différents groupes, là, je nous ramène à ce qui nous amène
ici, autour de la table, donc, ça, le cas Bedford, puis ensuite le rapport sur
les 17 écoles. Et, évidemment, et vous le dites même au début de votre mémoire
puis vous l'avez réitéré en début d'allocution, tout le monde ici endosse les
principes de laïcité, tout le monde ici se dit, donc, face à Bedford, qu'il
fallait agir, face au rapport des 17 écoles, il fallait agir.
Maintenant, il y a le pourquoi, puis
ensuite il y a le comment. Et la question que je vous pose, d'entrée de jeu, c'est
de savoir : est-ce que, selon vous, ce qui se retrouve dans le projet de
loi, soit du côté de la laïcité ou soit du côté de la qualité des services
éducatifs, selon vous, donc, ça nous permet...
Mme Cadet : ...ça nous
permettrait d'empêcher un autre Bedford de se produire.
M. Bergevin (Richard) : Pour
nous, Bedford, c'est un moment particulier, c'est une situation très
particulière dans le système d'éducation au Québec. Ce n'est pas une généralité.
Alors, on a de la difficulté à prendre des décisions sur un cas particulier
pour généraliser à la grandeur du Québec, on ne pense pas que ce soit le choix
le plus adéquat, là, dans le contexte.
Pour nous, Bedford, ça pouvait... ça peut
se régler. La preuve, c'est que le ministre, avec ses démarches, a réussi à
régler la question. Le problème, c'est combien de temps ça a pris avant qu'on
puisse agir? Et la prise de parole des enseignantes et des enseignants,
protéger les lanceurs d'alerte devrait être une priorité actuellement et
permettre surtout le signalement au protecteur national de l'élève. C'est un
des éléments qu'on amène dans notre mémoire. Parce que d'être capable de
signaler qu'un droit d'élève n'a pas été respecté, ça permettrait au protecteur
national de l'élève de faire enquête. Premièrement, de discriminer les
bonnes... et les signalements farfelus et les choses qui sont plus sérieuses
sans qu'on cause préjudice à la carrière de quelqu'un. Et, en plus, ça
permettrait de faire... d'avoir une opinion externe au milieu de l'école, parce
que, quand on demande à la direction de faire enquête, il y a parfois des
interactions sur le climat d'école, sur l'interaction entre les individus qui
peuvent mettre des barrières à la résolution des problèmes de climat de
travail, tandis que si on demande à quelqu'un d'externe qui nous fait rapport,
qui nous fait des recommandations, mais ensuite de dire : non, on ne suit
pas les recommandations, c'est plus difficile. Alors, on pense que c'est une
voie qui serait à privilégier de permettre aux enseignantes et aux enseignants,
au personnel scolaire de signaler un problème de respect des droits des élèves
au protecteur national de l'élève... au protecteur régional, pardon, de
l'élève.
Mme Cadet : Merci. Donc,
c'est très intéressant ce que vous amenez comme position parce
qu'effectivement, donc, la
Loi sur le protecteur national de l'élève ne permet
pas au personnel scolaire de déposer une plainte. Donc, selon vous, vous
dites : il faut absolument que ce soit amendé. Allez-y.
M. Bergevin (Richard) : Si
vous me permettez, je vais faire une petite... une petite nuance, là. Dans le
contexte du protecteur national de l'élève, on parle de signalement. On peut
faire un signalement uniquement quand il y a des violences à caractère sexuel.
Nous, ce qu'on souhaiterait, c'est qu'on prend un mécanisme qui existe déjà
puis on fait juste élargir un peu la possibilité de faire un signalement, mais
pour des manquements aux droits des élèves, ce qui permettrait... ce qui aurait
permis à Bedford de... les enseignants qui sont allés voir la direction pour
dire qu'il y avait un problème, bien, auraient pu, de façon confidentielle,
signaler au protecteur régional de l'élève qu'il y avait un problème. Ce aurait
été en toute confidentialité. Ces gens là ne se seraient pas fait discriminer
par le groupe dominant et auraient... et on aurait pu aller plus loin dans le
processus. C'est même probable. Et si j'ai bien compris, là, dans les
mécanismes là, le protecteur régional parle parfois au protecteur national qui
va... qui pourrait soumettre au ministre un problème qui est de grande
envergure. Alors, ça permettrait... C'est un mécanisme qui existe déjà qui
pourrait être juste élargi, ça ne devrait pas être très compliqué d'un point de
vue administratif, mais ça permettrait de signaler des problèmes qui peuvent
être plus importants dans les milieux et éviter que ça dégénère, parce que le
problème de Bedford, c'est que ça a dégénéré pendant plusieurs années avant que
ça puisse être traité.
Mme Cadet : Merci. Merci
beaucoup de cette recommandation très enrichissante. Ensuite, dans votre
mémoire, donc, vous nous dites la nécessité d'un débat distinct sur ce qui
permet le rehaussement de la qualité des services éducatifs. On vous a
entendus, donc, dans votre allocution d'une dizaine de minutes... en gros,
donc, ce débat-là, le débat ici, qui est un peu... en fait, les dispositions
qui se trouvent au projet de loi n° 94, de façon parcellaire,
s'intéressent au débat sur la qualité des services éducatifs et, selon vous,
donc, tous ces éléments-ci devraient être tout simplement retirés du projet de
loi pour qu'on puisse avoir ce débat ailleurs, c'est bien ça?
M. Bergevin (Richard) : Exactement.
On pense que ce serait mieux de les retirer, de prendre le temps de faire les
discussions nécessaires pour être capable d'avoir une discussion sur les enjeux
de nature professionnelle avec les enseignantes et les enseignants, mais on
pense aussi qu'on est dus au Québec pour une grande réflexion sur le milieu de
l'éducation qui inclurait plus largement... Il y a des enjeux qui sont de
nature professionnelle, qui sont... qui doivent être traités par les
enseignantes et les enseignants, mais aussi, plus largement que ça, l'ensemble
de la société devrait s'impliquer dans une grande réflexion au Québec sur le
milieu de l'éducation parce qu'on pense qu'on est rendu là. On l'a fait dans
les années 60, on a refait un bout dans les années 90, on pense qu'on
y arrive. On a des problèmes importants dans le milieu de l'éducation qu'on a
de la difficulté à régler à la pièce, on devrait faire une réflexion sur le
rôle de l'école au Québec.
• (12 h 10) •
Mme Cadet : Mais je comprends
que, subsidiairement, donc s'il y avait, donc, un comité sur la qualité des
services éducatifs... tantôt, dans votre échange avec le ministre, je vous ai
entendu dire «construire quelque chose avec vous», on est prêt à construire
quelque chose avec vous. Qu'est-ce que c'est...
Mme Cadet : ...signifie pour vous,
en fait...
M. Bergevin (Richard) : Bien,
on pense que, si on prenait le temps de s'asseoir pour réfléchir aux services
éducatifs dans les écoles, être capable de regarder l'ensemble du portrait et
de proposer des solutions, on est capable de travailler avec l'ensemble des...
le gouvernement, le ministère de l'Éducation et les autres organisations
syndicales qui représentent les enseignants et le personnel scolaire, pour être
capable... et les directions d'école aussi, là, je n'exclus personne, mais de
faire la discussion pour être capable de construire quelque chose qui permet
d'améliorer les services éducatifs. Parce que les enjeux qui sont liés à la
pénurie de personnel, qui sont liés aux ressources qui sont consacrées à la...
aux enseignants non légalement qualifiés ou non formés, c'est des enjeux qui
sont majeurs actuellement dans les milieux, et c'est ceux-là qu'il faut traiter
en priorité.
Mme Cadet : ...je n'ai pas
beaucoup de temps. Le ministre vous demandait tantôt : Est-ce que vous
avez des enjeux au niveau de la composition? Donc, selon vous, est-ce que des
enseignants devraient faire
partie d'un tel comité?
Mme Nantel (Karine) : Absolument.
Pour nous, c'est incontournable. Ce que les enseignants et les enseignantes ont
besoin présentement dans les milieux, ce n'est pas des encadrements
supplémentaires, ce n'est pas de se faire dire qu'ils doivent remettre leur
planification. Si vous mettez une salle remplie ici d'enseignants et
d'enseignantes, ils vont vous dire que les enjeux, c'est des enjeux de temps,
c'est des enjeux de services pour les élèves en difficulté qui ne reçoivent pas
tous les services dont ils ont besoin. C'est un enjeu aussi de respect dans le
cadre de tous les acteurs. Donc, il faut impliquer tous les acteurs pour que
ces gens-là y adhèrent. Alors, on ne pense pas que davantage d'encadrements
vont permettre aux enseignants de plus s'impliquer, là. Les enseignants,
présentement, là, ce qu'ils ont l'impression, c'est qu'on les pointe du doigt
comme étant les coupables dans ça, alors que les enseignants au Québec, ce sont
la solution, ce ne sont pas ceux qui sont responsables.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on va poursuivre la discussion avec le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Oui, bonjour.
J'ai deux minutes 33, donc je pose une question bien vite. Ce que je trouve
important, moi, c'est qu'on soit capable d'estimer un peu la lourdeur de la
tâche qui va découler d'une exigence d'une évaluation annuelle des enseignants.
Vous en avez parlé, mais pouvez-vous me donner une idée encore plus concrète?
Vous avez dit, bon : C'est comme inégal, la façon dont c'est appliqué.
Puis là ce qui est paradoxal, c'est que, quand les directions changent, c'est
encore plus difficile d'évaluer. Là, on augmente les exigences, on va diminuer
la capacité, en même temps, des directions à rencontrer ces exigences-là. Une
bonne évaluation, là, ça prend combien d'heures, mettons, pour qu'on soit
capable de faire le calcul après ça, fois 100 000, puis etc.?
M. Bergevin (Richard) : Bien,
en fait, vous parlez des enseignants, des enseignantes et des... je n'irais pas
jusqu'à dire des spécialistes, mais quand même, on a beaucoup de bagage en
termes d'évaluation, puis, pour être capable de faire des bonnes évaluations,
il faut avoir des observations, il faut être capable de noter puis être capable
de transposer ça dans une évaluation puis une rétroaction. Donc, un minimum de
deux à trois heures par personne, ça, c'est le strict minimum qui devrait être
fait, une rencontre en début d'année, une rencontre en fin d'année puis une
rencontre en cours d'année, pour être capable de donner de la rétroaction.
Hier, j'entendais dans cette commission
qu'on parlait de peut-être donner une tape dans le dos, faire une petite
rétroaction rapide. Ce n'est pas une évaluation. Puis, si on ne veut pas une...
Si ce qu'on veut, c'est être capable de donner de la rétroaction aux
enseignants, bien, appelons ça comme ça, appelons... une rencontre à chaque
année, appelons ça une rétroaction, mais n'appelons pas ça une évaluation,
parce que faire une évaluation sur un coin de table, ça peut être plus
démobilisant que mobilisant.
L'autre aspect, c'est qu'il y a beaucoup
de travail à faire sur l'évaluation puis l'accompagnement des personnes en
insertion professionnelle. On parle des plus jeunes qui sortent de l'université
mais aussi de ceux qui arrivent en milieu de carrière qui viennent donner un
coup de main. Bien, nous, on pense que les directions devraient se concentrer
sur accompagner ces gens-là et les profs d'expérience qui ont du bagage, qui
sont capables de soutenir et d'aider ces gens-là, bien, qu'ils puissent être
mis à contribution. Et, de cette façon-là, on va améliorer de façon
significative à court terme les services éducatifs.
L'évaluation de tout le monde, tout le
temps, on ne pense pas que ce soit la meilleure solution. Et ce n'est pas parce
qu'on est contre l'évaluation, on n'a pas de problème avec ça, mais on pense
que ce n'est pas un bon usage des ressources de l'école actuellement.
M. Zanetti : J'ai combien de
secondes?
La Présidente (Mme Poulet) : Huit.
M. Zanetti : Bon, merci
beaucoup.
M. Bergevin (Richard) : Je
suis désolé.
M. Zanetti : Non, non, non,
mais... c'est bon. Mais c'est parce que ça en dit long, là. Mettons, trois
heures pour, mettons, une école où il y aurait 100 enseignants, c'est
300 heures.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Alors, c'est tout le temps que vous avez, M. le député. Ça va vite,
2 min 33 s, j'en conviens. Alors, maintenant, on poursuit les
discussions avec le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci. Bienvenue.
Revenons à l'essentiel de notre présence. Si ce projet de loi est une réponse à
ce qui s'est passé à Bedford, on va aller directement là où il y a un problème,
une relation avec des enseignants et des élèves. Ce qui est arrivé à Bedford,
ce ne sont pas vos membres, mais ça pourrait arriver dans une école représentée
par...
M. Bérubé : ...syndicat pour
les enseignants. Alors, moi, ma principale préoccupation, c'est la question de
la sanction. Si un enseignant ou une enseignante fait preuve de prosélytisme,
exclut des élèves de certaines formations ou des jeunes filles de sport, comme
le soccer, comme c'est arrivé, il faut qu'il y ait une sanction. Je comprends
que vous défendez vos membres, mais comment voyez-vous une sanction qui serait
appropriée à quelqu'un qui ferait, dans vos membres, une... de tels gestes,
comme on l'a vu à Bedford? Est-ce que vous avez réfléchi sur les sanctions?
Parce que moi, juste ça, ce serait une bonne réponse déjà. Si on veut ouvrir
sur la laïcité, je suis prêt à en parler, on va plus loin que le gouvernement
puis je nous trouve plus cohérents. Mais sur les sanctions, quel est votre état
d'esprit là-dessus?
M. Bergevin (Richard) : Présentement,
quand un enseignant ne respecte pas les conditions de travail ou la convention
collective ou la loi, il y a déjà des sanctions qui sont prévues, ils sont bien
organisés, structurés. Et nous, ce qu'on fait, c'est qu'on défend les droits
des membres, O.K.? Donc, les enseignantes et les enseignants ont le droit
d'être défendus, comme tout le monde dans la société, ni plus ni moins. Alors,
nous, on fait respecter les droits. Mais si un enseignant ne respecte pas la
loi ou ne respecte pas les règles de convention collective ou les demandes du
patron, il y a des sanctions qui sont déjà prévues.
M. Bérubé : O.K. La langue
parlée à l'extérieur des classes, le ministre, le gouvernement propose que ce
soit le français. On soutient cette mesure. Est-ce que vous êtes en accord?
M. Bergevin (Richard) : Nous,
on est en accord des... pour toutes les mesures qui vont améliorer la qualité
du français dans les écoles. Maintenant, les détails vont vous être livrés
demain par la CSQ.
M. Bérubé : O.K., le suspense
se poursuit. Quant à l'évaluation, je le dis au ministre et aux collègues, on
n'est pas pour plus de redditions de comptes. C'est souvent un problème avec ce
gouvernement, c'était le cas pour la langue, beaucoup de ce qu'on appelle en
anglais du «red tape». Pouvez-vous prendre le temps qu'il nous reste pour
exposer davantage en quoi ça devient un problème pour vous d'alourdir la tâche
des enseignants, enseignantes?
M. Bergevin (Richard) : Bien,
présentement, nos milieux sont en souffrance, nos enseignantes et nos
enseignants sont en souffrance parce qu'ils doivent faire plus qu'une tâche
régulière pour soutenir les gens qui arrivent dans les milieux. Le Vérificateur
général du Québec nous disait qu'il y avait 30 000 enseignants non
légalement qualifiés au Québec, des gens qui n'ont pas la formation nécessaire
pour être capable de soutenir...
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Je dois vous interrompre. Alors, c'est tout le temps que nous avons. Alors, je
vous remercie à vous quatre pour votre participation à nos travaux. On suspend
les travaux quelques instants, le temps que le prochain groupe puisse
s'installer.
(Suspension de la séance à 12 h 18)
(Reprise à 12 h 20)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on poursuit nos travaux. Je souhaite donc la bienvenue à la Fédération autonome
de l'enseignement. Vous disposez de 10 minutes pour votre exposé et, par
la suite, on va procéder à une période d'échange. Alors, la parole est à vous.
Mme Hubert (Mélanie) : Merci,
Mme la Présidente. M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires, merci de
nous recevoir. Je suis Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de
l'enseignement. La FAE regroupe neuf syndicats qui représentent près de
60 000 enseignantes et enseignants du préscolaire, du primaire, du
secondaire, de l'éducation des adultes et de la formation professionnelle. On
est présent dans sept régions du Québec dans lesquelles se trouvent les quatre
plus grands pôles urbains. Je suis accompagnée aujourd'hui de Mme...
Mme Hubert (Mélanie) : ...Annie-Christine
Tardif, enseignante et vice-présidente à la vie professionnelle, de Mme
Séverine Lamarche, avocate et conseillère, et de M. Yves Cloutier, conseiller à
la FAE.
Le p.l. 94 a été déposé le 20 mars.
Le jour même, on était ici pour commenter le projet de loi n° 89. Et, ce
matin même, un autre projet de
loi sur le régime de négociation a été déposé.
Notre employeur, le gouvernement, semble prendre l'habitude de légiférer pour
régler les problèmes auxquels il est confronté, plutôt que d'ouvrir le dialogue
avec les partenaires du réseau.
Le projet de loi n° 94 nous le
démontre, le gouvernement préfère sanctionner, imposer plutôt que négocier et
soutenir le personnel enseignant.
Ce projet de loi prend en parti le
professionnalisme enseignant. Sous couvert de laïcité, il contient des mesures
qui non seulement ne s'attaquent pas au bon problème, mais qui nuiront au
travail des profs.
Avec ce projet de loi, le ministre de
l'Éducation dédouble des encadrements législatifs existants. On réagit dans la
précipitation aux événements concernant l'école Bedford, qui, quoique
condamnables, restent quand même rares et isolés.
Tient-on tous les profs du Québec
responsables en lieu et place des directions et des centres de services
scolaires qui n'ont pas fait leur travail?
Le gouvernement s'attaque à la profession
enseignante, à la liberté d'expression, à nos droits fondamentaux. Il a
l'intention de recourir aux dispositions de dérogation, espérant ainsi se
soustraire au contrôle judiciaire. Ce faisant, il admet qu'il contrevient aux
chartes. Cette façon de faire est irréconciliable avec le principe de primauté
du droit, fondement d'une société libre et démocratique comme la nôtre.
C'est légitime de débattre sur la laïcité,
sur la place des religions dans la société, dans l'espace public. Mais, pour
nous, ce sont les institutions et l'État qui doivent être laïques, pas les
individus.
Quant à l'ajout de dispositions comme
l'obligation de visage découvert, l'interdiction d'utiliser des locaux à des
fins de prière, le refus d'adapter des programmes d'études pour motifs
religieux, soyons clairs, on pense que les modifications sont souhaitables et
cohérentes. Notre problème, c'est l'application de ces mesures, notamment en
raison d'autres encadrements qui existent et l'utilisation de la clause
dérogatoire.
Je vais céder la parole à Mme Tardif, qui
va intervenir sur la qualité des services éducatifs et sur le français.
Mme Tardif (Annie-Christine) : Mme
la Présidente, j'aimerais d'abord rappeler à quel point le réseau était fragilisé
quand le ministre de l'Éducation actuel a été nommé. Nous avions besoin d'un
leader qui valoriserait notre profession et lui fournirait le soutien
nécessaire.
Moins de trois ans plus tard, nous sommes
déçus et en colère. Durant son mandat, le ministre n'a fait qu'ajouter des
obligations qui n'apportent aucune amélioration concrète aux conditions
d'enseignement ni aux conditions d'apprentissage des élèves.
Concernant la qualité des services
éducatifs, y a-t-il un tel problème avec les services éducatifs dispensés par
le personnel enseignant qu'il faille déposer un projet de loi? Dans le cas de
l'école Bedford, les accompagnateurs ont principalement constaté et nommé
l'échec des gestionnaires à appliquer les encadrements existants. Pourquoi les
gestionnaires du réseau de l'éducation n'ont-ils pas agi lorsque c'était
nécessaire?
Dans le rapport de vérification des
17 écoles sous enquête, les vérificateurs ont écrit que «le programme de
formation de l'école québécoise était bien suivi dans les établissements, il
n'a donc pas été nécessaire pour eux de recourir aux pouvoirs qui leur étaient
conférés, car il n'y avait pas de problème.» Comment le ministre peut-il penser
que dupliquer les encadrements existants en y ajoutant des obligations et des
mesures de contrôle, par exemple l'évaluation annuelle et la remise d'une
planification, soit une réponse aux problèmes soulevés, alors que le problème
est l'application des encadrements?
Plutôt qu'ajouter une mesure générale de
contrôle revêtant un caractère abusif, pourquoi ne pas s'assurer d'une
meilleure compréhension des dispositions existantes et leur application par le
personnel de direction?
Mme la Présidente, je suis une enseignante
de première année et je vous amène pour quelques instants dans ma classe. Quand
l'année débute, bien sûr, je planifie. Je commence par enseigner les lettres de
l'alphabet, puis les sons, puis la phrase. Cela dit, même si je l'écris tel
quel dans ma planification, il se peut qu'en raison des besoins de mon groupe,
je doive m'adapter. Une planification, c'est dynamique. Parfois, on doit
prendre un pas de recul, parfois, on peut aller plus vite. Le ministre semble
vouloir contrôler l'autonomie professionnelle des profs. Il doit comprendre
qu'exercer cette autonomie, ce n'est pas faire ce qu'on veut, mais pouvoir
faire ce qu'il faut pour notre classe.
De plus, qui analysera les planifications,
et avec quel temps? Pour une petite école de 10 profs, on parle de 50 à
60 planifications à soumettre. Il faudrait aussi...
Mme Tardif (Annie-Christine) : ...que
le personnel de direction soit compétent dans toutes les matières et pour tous
les niveaux d'enseignement pour pouvoir en faire une analyse juste, ce qui est
impossible. C'est sans compter que la mise en forme de ces documents
nécessiterait un temps substantiel puisque le ministre souhaite nous imposer un
modèle précis. Bref, il s'agit de temps qui pourrait plutôt être consacré aux
services éducatifs et aux élèves.
Il en va de même pour l'évaluation du
personnel enseignant en lien avec sa contribution au projet éducatif. Sur quels
critères la direction d'un établissement se basera-t-elle? Sur les résultats
des élèves, sur le nombre de plaintes de parents reçues? C'est en étant sur le
terrain et non le nez dans des planifs et autres documents administratifs
qu'une direction peut soutenir le personnel enseignant et faire le suivi des
situations problématiques. Nous sommes d'avis qu'en raison du manque de temps
et de ressources il est impossible que chaque enseignante et enseignant soit
évalué sérieusement. Et tout ça renforcerait-il la laïcité dans nos écoles?
Non. Ça ne ferait qu'alourdir la tâche du personnel enseignant et des
directions. Il est clair qu'en prenant la voie législative, le gouvernement
cherche encore une fois à modifier unilatéralement des conditions de travail
qui devraient être dûment négociées. L'évaluation, notamment, est un sujet
important qui fait
partie de plusieurs ententes locales. Il n'est pas banal
pour un employeur d'exiger une évaluation annuelle standardisée à tous ses
salariés sans égard à la qualité de leur prestation de travail. Or, le
gouvernement clôt à toutes fins pratiques une discussion qui n'a jamais eu
lieu, préférant imposer que négocier.
Concernant l'attaque à notre liberté
d'expression et sur le français dans l'école québécoise, d'une part, par le
projet de loi no 94, le gouvernement cherche à appliquer un régime distinct au
personnel des CSS en matière d'utilisation du français. Par l'introduction de
l'article 301.1 à la LIP, les enseignantes et les enseignants devront utiliser
exclusivement le français sur les lieux de travail lorsqu'ils communiquent
oralement ou par écrit avec un autre membre du personnel. Cela s'applique même
s'ils ne sont pas dans l'exercice de leurs fonctions. Cet
article vise donc des
discussions d'ordre strictement privé. Les tribunaux ont jugé que
l'interdiction de parler dans la langue de son choix est notamment une atteinte
à la liberté d'expression, telle que protégée par les chartes. Par ailleurs, le
projet de loi no 94 prévoit que, dans la mesure où ils sont présents sur les
lieux de travail, les enseignants devront s'adresser aux élèves uniquement en
français en tout temps. Cette nouvelle norme a de quoi étonner quand on la
compare au code d'éthique prescrit récemment et qui semble moins strict que le
projet de loi no 94. C'est une autre illustration du dédoublement et de
l'incohérence entre les nouveaux encadrements et ceux qui existent déjà.
Les enseignantes et les enseignants
doivent composer avec des réalités humaines complexes et changeantes. Pour
résoudre les problèmes auxquels il est confronté, qu'il soit pédagogique,
relationnel ou autre, le personnel enseignant exerce son jugement
professionnel. Dans certains cas, pour les enseignants de langue seconde ou
tierce, par exemple, parler une autre langue que le français avec les élèves
dans les corridors est une pratique pédagogique importante. Le projet de loi no
94 leur interdira-t-il cette pratique pédagogique? Qu'en est-il des élèves
issus de l'immigration?
Mme Hubert (Mélanie) : Alors,
en conclusion, la FAE demande le retrait du projet de loi no 94 puisqu'il ne
réglera pas les problèmes identifiés. Le message envoyé ne valorise en rien le
personnel enseignant, pire, il indique qu'on doute de son professionnalisme. Ce
qui s'est passé à l'école Bedford est inacceptable, mais la situation a surtout
démontré une méconnaissance des encadrements par certains gestionnaires et un
manque de soutien du centre de services scolaire.
Comme le ministre, les profs veulent des
milieux d'apprentissage sains et sécuritaire, mais ils ont besoin de moyens,
pas d'une autre modification législative. Il conviendrait, à notre avis, de
mettre en place un plan d'action ministériel visant à s'assurer de
l'application adéquate des encadrements qui existent déjà. Les profs sont les
experts de la pédagogie qui font preuve d'un grand professionnalisme. Ils ont
besoin d'autonomie pour exercer leur jugement, et on invite le ministre à faire
preuve d'écoute en ouvrant un véritable dialogue avec nous. Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Alors, on commence la période d'échange. M. le ministre, la parole
est à vous.
• (12 h 30) •
M. Drainville : Bonjour.
Merci pour votre présentation et votre participation à cette commission. Vous
demandez le retrait du projet de loi, vous avez conclu de cette manière. Il y a
quand même des éléments importants dans le projet de loi, là, par exemple, le
projet de loi prévoit que le visage couvert est interdit en tout temps dans
toutes les écoles du Québec. Est-ce que vous êtes d'accord avec...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) Mme Hubert (Mélanie) : ...comme
je l'ai indiqué dans ma présentation, la FAE est au clair avec l'idée du visage
découvert. Il n'y a pas d'enjeu pour nous avec ça. Le problème en ce moment, c'est
les encadrements tels qu'ils sont prévus. À la loi 21, il est prévu deux
situations précises : question d'identification et de sécurité. En
dédoublant les encadrements comme on le fait actuellement, on crée de la
confusion. Quelle loi devra s'appliquer, sur quel encadrement on va se baser?
Et ça, ça va amener des difficultés d'application dans le réseau, et c'est de
ça dont on n'a pas besoin en ce moment, et c'est pour ça qu'on dit : En ce
moment, il existe des encadrements, travaillons à les mettre en application.
M. Drainville : Mme Hubert,
la loi 21 ne prévoit pas l'interdiction du visage couvert pour les élèves.
Elle ne prévoit pas l'interdiction du visage couvert pour les élèves. La loi 94
le prévoit. Alors, dans le cas 21, ce qu'on dit, c'est : Tu peux
porter le visage couvert, à moins qu'on te demande de découvrir pour des
raisons de sécurité ou d'identité. Bien, nous, nous faisons lever ces deux
conditions et nous légiférons pour que ce soit visage à découvert en tout
temps. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça, visage à découvert en tout temps?
Mme Hubert (Mélanie) : On n'est
pas en désaccord avec le principe. Le problème, c'est que la
Loi sur la laïcité
de l'État dit autre chose, et on va se retrouver à avoir de la difficulté à
appliquer un concept qui n'est pas écrit de la même manière dans deux lois
différentes. C'est ça, le problème, M. Drainville.
M. Drainville : Mme Hubert...
Mme Hubert, la loi 94, qui est devant nous, prévoit le visage à découvert
en tout temps. C'est très, très clair ça. Alors, je ne comprends pas pourquoi
vous voulez absolument créer un, comment dire, un malentendu? Utilisons un mot
poli.
Mme Hubert (Mélanie) : Il n'y
a aucun malentendu, la loi 94 ne modifie pas les articles de la loi 21
conséquents. Donc, il y aura deux applications de deux règlements parallèles.
M. Drainville : Mme Hubert,
la LIP sera modifiée en vertu du projet de loi. La
Loi sur l'instruction
publique sera modifiée et elle prévoit, cette loi si elle est adoptée, le
visage à découvert en tout temps pour les élèves. Est-ce que vous êtes d'accord
avec ça oui ou non? Ça fait trois fois que je vous pose la question. C'est
facile, là.
Mme Hubert (Mélanie) : Bien,
la réponse est aussi facile, la FAE n'a pas d'objection au visage découvert.
M. Drainville : Pourquoi vous
ne dites pas : On est en faveur?
Mme Hubert (Mélanie) : On est
en faveur, M. Drainville.
M. Drainville : Bon, merci.
Mme Hubert (Mélanie) : Le
problème, c'est la loi 21 qui dit autre chose.
M. Drainville : O.K.
Mme Hubert (Mélanie) : On
aura de la difficulté à appliquer dans les milieux. C'est ça qu'on dit.
M. Drainville : Bon. Bon.
Maintenant, le rapport sur les 17 écoles souligne le fait que quelqu'un
qui déclare avoir une religion a davantage de congés payés parce qu'il déclare
avoir une religion alors que quelqu'un qui n'a pas de religion a moins de
congés payés. Est-ce que vous êtes d'accord pour qu'on encadre les
accommodements de telle manière à ce que quelqu'un qui déclare une religion n'ait
pas davantage de congés payés que quelqu'un qui n'en déclare pas de religion? Est-ce
que vous êtes d'accord avec ça?
Mme Hubert (Mélanie) : On est
d'accord avec les lignes directrices qui existent déjà au gouvernement, les
lignes directrices qui étaient émises, et on parle des encadrements existants,
et ça en est un exemple, bien, en matière d'accommodements pour les congés, le
critère d'équité entre les corps d'emploi et entre les employés était très
clair. La notion de contrainte excessive, la notion qu'il n'y a pas de locaux
disponibles, la notion du manque de personnel, tout ça était déjà dans les
lignes directrices, alors nous sommes en accord avec les principes. On n'a pas
contesté les lignes directrices. On était en accord avec les lignes
directrices. Mais encore une fois, on dédouble les encadrements qui existent
déjà, et c'est déjà difficile d'appliquer ce qui existe. Nous, ce qu'on pense
en ce moment, c'est qu'on devrait mettre un plan d'action pour appliquer tout
ça qui est déjà prévu dans un encadrement ou un autre en ce moment.
M. Drainville : Oui. Donc,
vous êtes d'accord avec le visage découvert, vous êtes d'accord avec le fait
que les congés religieux doivent être mieux encadrés, mais vous demandez quand
même le retrait du projet de loi. Il y a des choses quand même importantes dans
le projet de loi avec laquelle vous souscrivez, là, même s'il faut un peu
insister pour obtenir cette... cette adhésion.
Mme Hubert (Mélanie) : On est
d'accord.
M. Drainville : Ça, je trouve
ça... je trouve ça... Honnêtement, il me semble que la FAE avait l'occasion de
venir devant cette commission puis dire : Là-dessus, là-dessus, là- dessus
et là-dessus, là, on est d'accord avec le projet de loi. Il me semble qu'il y
aurait... il y avait cette ouverture-là, cette possibilité.
Laissez-moi maintenant vous poser une
autre question, parce qu'il y a beaucoup de gens qui se la posent. Est-ce que
la FAE va finalement renoncer à contester la
Loi sur la laïcité de l'État
devant les tribunaux?
Mme Hubert (Mélanie) : M.
Drainville, on a rendu des comptes à nos membres. Nous avons entrepris des
démarches, et l'utilisation de la clause dérogatoire...
Mme Hubert (Mélanie) : ...pour
s'attaquer tous azimuts aux droits des gens, pour nous, on verra, en Cour
suprême, ce qu'ils auront à dire, puis il n'y aura... il n'y aura pas d'autre
réponse à ce sujet là, par déférence pour le tribunal, qui va nous entendre.
M. Drainville : Donc, vous
maintenez votre contestation de la loi n° 21?
Mme Hubert (Mélanie) : Oui,
tout à fait.
M. Drainville : Est-ce que
vous avez un mandat de vos membres là-dessus?
Mme Hubert (Mélanie) : Je
pense qu'on est en commission parlementaire pour discuter du projet de loi
n° 94. Puis j'aimerais ça qu'on reste sur le sujet M. Drainville.
M. Drainville : Bien, le
projet de loi n° 94 a pour objet principal la laïcité de l'État. Vous
contestez la laïcité de l'État.
Mme Hubert (Mélanie) : C'est
faux, c'est faux.
M. Drainville : Je vous pose
la question : Avec quel mandat... avec quel... quel mandat avez-vous
obtenu de vos membres pour contester la laïcité de l'État devant les tribunaux?
Mme Hubert (Mélanie) : Il est
faux de dire que la FAE s'oppose à la laïcité de l'État et de ses institutions.
Nous contestons devant les tribunaux la discrimination à l'embauche, la
discrimination en emploi, et nous avons contesté l'opération de dénombrement
qui avait lieu sur le dos des profs qui portaient des signes religieux à
l'automne qui a précédé l'adoption du projet de loi. Nous ne nous sommes jamais
opposés à l'ensemble du projet de loi n° 21, et encore moins à la laïcité
de l'État, que nous soutenons.
M. Drainville : Quand vous
parlez de discrimination, vous parlez de quoi, là? Les signes religieux?
Mme Hubert (Mélanie) : On
parle de la discrimination à l'embauche et on parle de la discrimination à
l'emploi pour les personnes qui portent des signes religieux.
M. Drainville : Vous
parlez... vous parlez, donc, de l'interdiction de porter des signes religieux?
Mme Hubert (Mélanie) : Absolument.
C'est ce critère-là qui a été contesté en cour, pas l'ensemble de la loi.
M. Drainville : O.K. Moi, les
dernières documents... les derniers documents que j'ai de la FAE, là,
concernant la laïcité, là, et concernant la consultation des membres de la
FAE... c'est un document, ici, conseil fédératif, daté du 13, 14 et
15 mars 2013, et c'est écrit qu'il y a eu une large consultation au
printemps 2011, auprès de vos membres. Près de 2 000 enseignants et enseignantes
ont participé à cette large consultation. Et le résultat de la consultation,
c'est que le congrès se prononce pour l'interdiction, aux représentants et
représentantes de l'État, de porter des vêtements ou accessoires affichant une
appartenance religieuse. 77,75 % des membres sont contre les
démonstrations d'appartenance religieuse.
Donc, vos membres, la dernière fois que
vous les avez consultés, ils étaient favorables à l'interdiction de porter des
signes religieux, et là vous nous dites que vous contestez, au nom de vos
membres, l'interdiction de porter des signes religieux. De là ma
question : À partir de quel mandat vous pouvez contester la position qui
est contraire à celle que vos membres vous ont donnée la dernière fois que vous
les avez consultés?
Mme Hubert (Mélanie) : Nous
avons consulté des membres, nous avons eu un mandat d'un congrès. Et la joie du
syndicalisme, c'est les débats qui suivent dans nos instances, et, à force de
débattre entre nous, les pensées évoluent. Et quand les gens ont saisi que ça
pouvait vouloir dire le congédiement et la fin d'emploi de personnes, les
débats ont mené à une décision, certes, serrée, parce que c'est un sujet qui
divise, chez nous comme ailleurs dans la société. Mais les membres, en congrès,
ont dit : Nous défendrons les droits acquis des gens qui portent les
signes religieux, et c'est ce que nous faisons depuis 2013. Et on a eu des
échanges répétés avec nos instances depuis ce temps, jusqu'en janvier, cette
année, puis on a...
M. Drainville : O.K., mais
vous reconnaissez, Mme Hubert... la position que vous avez prise contredit la
position que les membres vous ont donnée dans la consultation.
Mme Hubert (Mélanie) : Nous
nous sommes gouvernés avec la position de notre congrès, qui n'a pas été remise
en question depuis le congrès de 2013, qui a eu lieu peu après la consultation,
pour les raisons que je vous dis. On débat, on s'interinfluence et on ne reste
pas campés sur des positions. On se donne une chance de réfléchir ensemble.
C'est ça qu'on a fait en congrès.
M. Drainville : D'accord,
mais vous reconnaîtrez avec moi que la position du congrès n'est pas celle des
membres que vous avez consultés. Elle est la... elle est le contraire de la
position qui vous a été donnée lors de la consultation. Je trouve ça étonnant.
Mme Hubert (Mélanie) : Le
congrès...
M. Drainville : Puis non
seulement vous avez changé de position par rapport à ce que les membres vous
ont dit, mais vous prenez les cotisations de vos membres et vous allez contester
la laïcité de l'État devant les tribunaux.
La Présidente (Mme Poulet) : Monsieur
le... M. le ministre, s'il vous plaît, on s'en tient à la... au sujet, alors...
Mme Hubert (Mélanie) : Merci,
Mme la Présidente.
M. Drainville : Bien, on s'en
tient au sujet. Je m'excuse, là, la...
La Présidente (Mme Poulet) : Et
je vais vous demander maintenant de passer par la présidence pour vos...
M. Drainville : Oui. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Ça
allait bien, mais là on va passer... vous allez vous adresser à la présidence,
et, par la suite, je vais vous céder la parole.
M. Drainville : Je fais ça.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Alors...
M. Drainville : Alors, Mme la
Présidente...
La Présidente (Mme Poulet) : Merci,
M. le ministre.
• (12 h 40) •
M. Drainville : Merci.
Maintenant, sur la question... Alors donc, là-dessus, je pense avoir été clair,
et vous ne renoncerez pas, donc, à la contestation. Vous demandez le retrait du
projet de loi, on a compris ça. Maintenant, quand vous parlez de... quand vous
imputez l'échec de Bedford à la mauvaise...
M. Drainville : ...des
gestionnaires. Moi, je veux quand même vous rappeler, là...
La Présidente (Mme Poulet) : M.
le ministre, vous vous adressez à la présidence, s'il vous plaît, et, après
ça...
M. Drainville : Bien oui, Mme
la Présidente, je veux quand même vous rappeler... la page 51 du rapport
sur Bedford, le paragraphe 198, je cite : «Notons également que les
témoignages rapportent un parti pris en faveur du délégué syndical par les
intervenants au syndicat. Cette impression s'appuie aussi en
partie par l'appui
manifesté par Mme Bovet-St-Pierre, la présidente de l'alliance, dans les
reportages radiophoniques. De nombreuses lettres signées par de nombreux
enseignants ont été transmises à l'alliance afin que des interventions soient
effectuées auprès du délégué syndical. Ces lettres n'ont pas engendré des faits
tangibles. Au contraire, selon les témoignages, un intervenant de l'alliance
aurait plutôt conseillé à au moins un enseignant plaignant de changer d'école.
L'absence d'intervention aurait été justifiée par le fait que l'alliance
n'intervient pas pour les situations entre ses membres. Elle a demandé aux
enseignants plaignant de plutôt s'arranger avec le délégué syndical à qui
l'alliance transmettait toutes les informations. Ces informations... ces
interventions, dis-je, ont alimenté les problématiques de climat.»
Je vous rappelle que le délégué syndical
faisait
partie du clan dominant. Donc, les gens se plaignaient, vos membres se
plaignaient à l'alliance et l'alliance les retournait au délégué syndical qui
faisait
partie du clan dominant, et donc il faisait
partie du problème. Est-ce
qu'avec le recul, vous reconnaissez que les agissements de l'alliance...
La Présidente (Mme Poulet) : M.
le ministre, vous vous adressez à la présidence, s'il vous plaît...
M. Drainville : Est-ce que...
Est-ce que... Mme la Présidente, je m'adresse à vous, je pose la question.
Est-ce que vous reconnaissez...
M. Zanetti : Non, non,
excusez, mais, tu sais, c'est parce que vous êtes en train de ne pas s'adresser
à elle. Est-ce que, Mme la Présidente... est-ce qu'ils peuvent dire que...
M. Drainville : Mme la
Présidente...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse, je m'excuse. Alors, silence, s'il vous plaît, dans la salle. J'ai demandé
à ce que les interpellations se fassent directement par la... via la
présidence. Et ce que je demande...
M. Drainville : Mme la
Présidente, est-ce que Mme Hubert...
La Présidente (Mme Poulet) : M. de Jean-Lesage,
désolé, vous n'avez pas le droit de parole. M. le ministre.
M. Drainville : Mme la
Présidente, est-ce que Mme Hubert reconnaît que l'attitude et les
comportements de l'alliance, qui est un syndicat membre de la FAE, ont
contribué au problème de Bedford?
La Présidente (Mme Poulet) : Mme Hubert.
Mme Hubert (Mélanie) : Mme la
Présidente, d'abord, je ne suis pas l'alliance des profs et la FAE n'a pas
d'interaction avec les centres de services scolaires. Ceci étant dit,
l'alliance des profs n'a pas eu l'occasion de témoigner dans le cadre de
l'enquête de Bedford pour expliquer ses faits et gestes. Donc, il y a un moment
où on veut... je veux bien qu'on accuse les gens, mais d'abord, le syndicat n'a
pas eu l'occasion de s'expliquer, d'une part.
D'autre part, les gestes étaient
condamnables. Si l'alliance avait été au courant de l'ensemble de l'oeuvre...
et, à plusieurs reprises, l'alliance a demandé au Centre de services de
Montréal de lui communiquer des informations, ce qui est très difficile en ce
moment dans les relations entre le centre de services et le syndicat. Et M. le
ministre est au courant, Mme la Présidente, puisqu'on l'a rencontré cet
automne, et la présidente elle-même a demandé au ministre d'intervenir pour lui
permettre d'avoir de l'accès à de l'information, ce qui nous a été refusé
jusqu'à maintenant. On a est intervenu auprès du cabinet, on est intervenu
auprès de la sous-ministre et, à tout moment, on a appris les événements par
les médias au moment où c'était rendu public.
Alors, on veut bien collaborer, on veut
bien pouvoir participer à la recherche de solutions, mais, pour ça, il faut
nous considérer comme un interlocuteur valable dans le débat, et ce n'est pas
ce qui s'est passé en ce moment. Et rappelons quand même les conclusions à
Bedford, il y a des gestionnaires qui, pendant des années, ont laissé pourrir
un problème, et ce n'est pas le rôle du syndicat de mettre au pas les profs ou
les autres employés, c'est le rôle...
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup, c'est tout le temps que nous avons pour la banquette gouvernementale.
Alors, on poursuit les discussions avec la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour...
La Présidente (Mme Poulet) : Et
je vais vous demander aussi de passer via la présidence, s'il vous plaît.
Merci.
Mme Cadet : O.K., d'accord.
Merci, Mme la Présidente. Alors, je salue, Mme la Présidente, Mme Hubert,
Mme Tardif, Mme Lamarche et M. Cloutier. Donc, Mme la
Présidente, vous nous avez entendus poser cette question plusieurs fois, donc,
aux autres groupes. Je pense qu'ils m'ont entendu précédemment. Donc, d'entrée
de jeu, donc, j'aimerais savoir, donc, si le groupe considère que le projet de
loi qui a été déposé, les dispositions du projet loi n° 94,
telles que nous les connaissons aujourd'hui, nous permettraient d'empêcher un
autre Bedford de se produire.
La Présidente (Mme Poulet) : Mme Hubert.
Mme Hubert (Mélanie) : De
notre point de vue, non, parce que les encadrements existent déjà. Notre
mémoire fait état de tout ce qui existe déjà au niveau des centres de services,
au niveau du ministère, au niveau des directions. Le problème, c'est
l'application des encadrements existants. Et pour nous, c'est pour ça qu'on
dit : Laissons tomber le projet de loi et attaquons-nous de manière
urgente à comprendre pourquoi on a de la difficulté à appliquer...
Mme Hubert (Mélanie) : ...ces
mesures-là et appliquons-les, parce qu'on n'en veut pas, d'autre Bedford. Ça,
on est tous d'accord, là-dessus.
Mme Cadet : Merci. Hier, on a
entendu, Mme la Présidente, donc, des groupes nous dire donc qu'effectivement,
donc, il y avait un certain enjeu d'application. C'est ce que la FAE, donc,
vient de réitérer, il mentionne également dans son mémoire.
Hier, on nous parlait de l'utilisation de
la LIP comme un instrument de travail, là, plutôt qu'une loi-cadre. J'aimerais
savoir si c'est un peu leur interprétation. Et aussi, en fait, quels mécanismes
de la loi, donc, seraient les plus appropriés, donc, à mettre en œuvre,
considérant le fait que, selon le groupe, les dispositions, les encadrements
légaux déjà en vigueur, donc, nous permettraient de répondre à la situation,
La Présidente (Mme Poulet) : Mme
Hubert.
Mme Hubert (Mélanie) : On
n'est pas sûrs d'avoir compris la question. Si vous voulez, vous pouvez
reformuler?
Mme Cadet : Oui. Bien sûr. En
fait... Bien, en fait, quels mécanismes, là, de... quels mécanismes existent
déjà dans la loi, si on veut, là, qui nous permettraient de régler la
situation?
Mme Hubert (Mélanie) : Bien,
dans notre mémoire, il y a plusieurs éléments, là, qu'on peut vous nommer. Par
exemple, si des enseignants et enseignantes manifestent des difficultés dans la
classe, que ce soit au niveau de l'accès aux services, les planifications
inadéquates, tout ça, le rôle de la direction, c'est déjà d'encadrer les
enseignantes et enseignants. Et j'ai été présidente d'un syndicat local
longtemps, puis j'ai été là 12 ans, dans le syndicat. Quand les membres appelaient
pour dire : Est-ce que la direction a le droit de me demander ma planif?
La réponse était : Je suis désolée, mais oui, et, si la direction voit des
lacunes, elle est en droit de te demander, elle est en droit d'aller visiter
dans ta classe. Et ce n'est pas acceptable que ça existe.
Les processus disciplinaires existent
aussi. Donc, quand les gens ne se conforment pas aux attentes, qu'on les a
rencontrés, qu'on leur a expliqué ce qui ne fonctionne pas, il y a un processus
disciplinaire. Et il y a un principe, d'habitude, de gradation des mesures qui
peuvent aller jusqu'au congédiement. Si c'est grave, on peut même sauter
l'étape de gradation et aller directement à des mesures qui sont plus musclées.
Et il y a aussi l'article 26 qui a été renforcé récemment, où on peut
dénoncer tout acte dérogatoire à la profession, on peut suspendre les permis,
les révoquer, et ainsi de suite.
Donc, pour nous, ces mécanismes-là,
comment ça se fait que, pendant huit ans, dans une école, on n'a pas activé ces
mécanismes-là? C'est ça, la question qu'il faut se poser, et c'est à ça qu'il
faut s'attaquer. On pourra écrire les meilleurs projets de loi, si ça dort sur
des tablettes, et qu'on n'arrive pas à les mettre en application, le milieu
scolaire ne sera pas soutenu adéquatement.
Mme Cadet : Merci. Ça répond
exactement à la question que j'ai posée.
Le groupe précédent nous parlait de faire
en sorte que les membres du personnel scolaire puissent déposer une plainte au
Protecteur national de l'élève. Est-ce que vous vous êtes penché sur cette
recommandation-là?
Mme Hubert (Mélanie) : Honnêtement,
on ne s'est pas penché sur la question. Nous, ce qui nous préoccupe dans ça,
comme dans nos codes d'éthique, comme dans d'autres dispositions, c'est cette
idée de délation de collègues. Ça nous inquiète sur le climat que ça pourrait
créer dans les écoles. On a une grande préoccupation à ce niveau-là. Ceci étant
dit, je le répète, l'article 26 de la LIP permet déjà de signaler des
enseignantes ou des enseignants qui commettent des actes dérogatoires. Et,
encore une fois, je nous mettrais en garde par rapport au dédoublement de
structures. S'il existe une voix pour dénoncer cette situation-là, peut-être
qu'en créer d'autres amènerait une confusion et plusieurs portes ouvertes pour
résoudre les mêmes problèmes. Et, ça, ça peut être compliqué. On le vit
actuellement. Le Protecteur national mène des enquêtes par les protecteurs
régionaux, mais il y a des processus avec les policiers, parfois, ou la
protection de la jeunesse, en parallèle de mesures disciplinaires. Tout ça
devient extrêmement complexe à gérer.
Mme Cadet : Merci.
Planification. Donc, on a parlé, donc, de lourdeur. Puis aussi une autre... en
fait, une autre question que je me posais. Je me dis, bon, c'est une chose,
donc, il y a... il y a cet aspect-là au niveau de la lourdeur administrative
que ça amène, mais aussi je me dis la personne qui, sciemment, souhaiterait ne
pas respecter le programme éducatif auquel il est assujetti, est-ce que, selon
vous, il va véritablement mettre dans sa planification annuelle ces
éléments-là? Est-ce que vous pensez que c'est très utile, là, cet élément-là
qui se retrouve dans le projet de loi?
• (12 h 50) •
Mme Tardif (Annie-Christine) : Bien,
effectivement, si je compte ne pas enseigner une notion, que ce soit en
sciences ou éducation à la sexualité, qui semblent être ce qui était le plus
problématique, je n'inscrirai pas dans ma planification que je ne l'enseignerai
pas. Alors, une planification, ça demeure un document. La direction peut mettre
beaucoup de temps à vérifier si le document correspond aux encadrements
existants, mais ça ne demeure que des documents. Pour nous, la direction, elle
doit être sur le terrain, elle doit être présente, elle doit être à l'écoute,
elle doit être à l'affût et voir s'il y a des situations problématiques. Et
c'est là qu'elle doit mettre son temps pour accompagner et régler les
situations problématiques. Ce n'est pas en vérifiant si un...
Mme Tardif (Annie-Christine) : ...papier
correspond au programme.
Mme Cadet : Merci. Je vais
laisser mon collègue de l'Acadie compléter notre temps.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui.
M. le député de l'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente.
Alors, merci beaucoup pour votre présence en commission et votre mémoire. Vous
avez souligné, vous, en répondant à une question, que la situation, elle est
comme Bedford, elle avait duré pendant des années, il ne s'est rien passé. Le
groupe qui vous a... qui vous a précédé, la FSE, parlait de mieux protéger des
lanceurs d'alerte. Est-ce que vous avez réfléchi à cette question-là? Est-ce
que vous pensez que c'est un élément qui pourrait permettre à des gens de
divulguer ce qui se passe pour permettre, évidemment, une intervention plus
rapide?
Mme Hubert (Mélanie) : Bien,
il faut d'abord se rappeler, sous un autre régime, avec le ministre de
l'Éducation Roberge de l'époque, le ministre Roberge, à l'époque, nous disait
qu'il fallait les protéger et peut-être même enchâsser ça dans les conventions
collectives, et on a poussé dans ce sens-là. Et on a vu apparaître l'effet
inverse en ce moment. Bien, on est plutôt dans l'idée de recadrer les profs
dans leur devoir de loyauté. On vient de signer ou... en tout cas, ils viennent
de s'adopter dans les centres de services, des codes d'éthique qui vont plutôt
dans le sens de faire taire les gens et de porter atteinte à leur liberté
d'expression. Mais on voit... on a vu un changement au fil des dernières années,
parce que ce n'était pas ce que le prédécesseur du ministre actuel disait quand
il parlait des lanceurs d'alerte. Mais nous, on serait favorables à la
libération de la parole parce que, malheureusement, les centres de services, et
je le répète, ont de la difficulté à appliquer les encadrements et à régler les
situations problématiques.
M. Morin : Et, d'après vous,
quelle serait la meilleure façon de protéger ces lanceurs d'alerte?
Mme Hubert (Mélanie) : Bien,
d'abord, peut-être en retirant les codes d'éthique et autres encadrements qui
font en sorte qu'on limite leur droit de parole et, ensuite, enchâsser ça dans
les conventions collectives serait une bonne façon d'encadrer ce qui est permis
et pas permis notamment, par la négociation. C'est ça la clé, la négociation.
M. Morin : Oui, je vous
entends bien. Je vous remercie. Dans votre mémoire, vous soulignez également,
je suis à la page 19, qu'il semble y avoir des enjeux, des contradictions
ou, en fait, des éléments qui ne sont pas clairs entre la possibilité, par
exemple, d'enseigner une langue autre que le français et le projet de loi n°
94, évidemment, dans des écoles où on enseigne d'autres langues...
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Je m'excuse de vous interrompre.
M. Morin : ...Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
le temps... votre temps est écoulé. On va poursuivre les discussions avec le
député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. D'abord, je voudrais saluer nos invités puis souligner et féliciter
leur sang-froid vis-à-vis, je trouve, une attitude du ministre qui est peu
accueillante. C'est poli.
J'aimerais savoir. Quand on lit le rapport
Bedford, on réalise qu'il y a eu un grand roulement parmi les directions, qu'il
y a un grand roulement même parmi le personnel qui n'était pas issu du clan
majoritaire. Très clairement, ça a eu une influence importante sur l'absence de
suivi de tout ça, sur l'absence d'évaluation, sur... à chaque fois, il fallait
que quelqu'un reprenne le dossier du départ, les informations ne se
transmettaient pas. Qu'est-ce que... Ça, cette situation-là, le projet de loi
risque de l'empirer parce qu'on va augmenter les contraintes puis ne pas
augmenter les ressources qui permettraient aux administrations de faire des
suivis puis empêcher les situations comme à Bedford. Qu'est-ce que vous pensez
qui pourrait être fait pour soulager vraiment les écoles et être capable de
leur donner les moyens d'évaluer de façon plus serrée l'enseignement qui s'y
donne?
Mme Hubert (Mélanie) : Pour
nous, c'est le rôle des directions, d'abord. Donc, ça serait de regarder avec
les directions ce qui leur nuit, de quoi elles ont besoin en ce moment pour
mener à terme le travail. Nous faisons l'hypothèse qu'il y a des enjeux parfois
de connaissance parce qu'il y a beaucoup de jeunes directions, il y a de la
désertion, des problèmes de recrutement pour eux aussi. Donc, d'abord de faire
en sorte de s'assurer que tout le monde connaît les encadrements qui peuvent...
les leviers dont ils disposent, parce qu'il y en a beaucoup dans les différents
lois et règlements qui sont... qui sont à notre disposition, puis peut-être des
ressources, parce que, quand les directions changent, s'il n'y a personne de désigné
dans les centres de services pour pouvoir s'assurer de l'accompagnement de la
nouvelle direction, s'assurer que les informations, qu'est-ce qu'on met en
place dans les transitions... On fait l'hypothèse que ça prend du temps et ça
prend des ressources, donc. Mais, pour nous, quand on dit de mettre en place un
plan d'action ministériel, c'est un peu l'esprit de dire : Penchons-nous
sur comment on peut faire ces choses-là et appliquons-les, n'ajoutons pas de
nouveaux encadrements. C'est... La clé serait là, d'après nous. Des ressources,
ça serait probablement une bonne façon de faire.
M. Zanetti : Il ne doit pas
me reste bien, bien de temps.
La Présidente (Mme Poulet) : 20
secondes...
M. Zanetti : ...bon, bien, je
vous remercie.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on poursuit la discussion avec le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Je suis vraiment opposé à votre position sur le projet de loi. Je
suis même mets mal à l'aise que vous soyez en poursuite face au gouvernement du
Québec. J'ai voté pour la loi n° 21. Ceci étant dit, vous avez des
instances et nous avons des instances. Il ne m'appartient pas de questionner
votre prise de décision, ainsi je le ne le ferais pas.
Vous avez parlé tout à l'heure des
directions. Je présume qu'on parle des directions d'école, voire même des
directions de centres de services scolaires. Pouvez-vous préciser en quoi leur
rôle pourrait être précisé ou en quoi ils pourraient faire appliquer les règles?
Parce que le ministre a quand même des pouvoirs importants. Dans le cas du
centre de services scolaire de Montréal, la direction relève du ministre. Le
ministre peut même les nommer maintenant. Et je retiens que, dans le cas qui
nous occupe, Bedford, qui fait en sorte qu'on est ici, le ministre a maintenu
sa confiance à l'égard de la direction générale du centre de services scolaires
de Montréal. Alors, pouvez-vous préciser ce que vous entendez quant aux
responsabilités des centres de services scolaires et voire même des directions
générales qui sont à partir de maintenant nommés par le ministre?
Mme Hubert (Mélanie) : C'est
une des choses qu'on dénonçait dans un projet de loi précédent d'ailleurs,
cette concentration-là des pouvoirs vers le ministre, mais pour nous, c'est à
tous les niveaux quand on parle de la direction. Quand la direction d'école est
prise avec une difficulté puis qu'elle n'arrive pas à régler, elle se tourne
vers le centre de services scolaire, vers les ressources humaines, vers les
ressources éducatives. Elle a besoin d'avoir l'appui des gestionnaires au
niveau du centre de services scolaire, qu'on puisse déployer des ressources
humaines, financières, peu importe. Et malheureusement, souvent, les ressources
ne sont pas disponibles. Puis on connaît le contexte actuel, budgétaire
notamment, si on veut monter des formations où on a besoin de plus de monde, ça
se peut qu'on nous dise : on n'a pas les ressources. Donc, pour nous, ça
prend une volonté politique à tous les paliers du gouvernement pour que la
direction, dans son école qui est mal prise, quand elle se tourne vers le
centre de services, il y ait des gestionnaires qui sont en mesure de mettre des
choses en place et il y a un directeur général qui soit en mesure d'appuyer
tout ça, quitte à se battre avec le ministre après pour faire valoir les
besoins.
M. Bérubé : Qu'il le nomme.
Est-il possible que, dans certains cas, ça soit moins de trouble pour une
direction de regarder à côté que d'affronter le problème?
Mme Hubert (Mélanie) : Malheureusement,
on fait l'hypothèse que oui, faute de temps, faute de ressources, faute de
connaissance. C'est possible. Et c'est pour ça que nous on dit :
attaquons-nous à l'application des choses, ne créons pas des nouveaux
encadrements. On a de la difficulté à faire appliquer tout ce qui existe déjà.
M. Bérubé : …question, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Poulet) : Parfait.
Merci beaucoup. Alors, je vous remercie pour votre participation aux travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
Haut de la page
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 05)
La Présidente (Mme Poulet) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la Commission de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux. Nous poursuivons les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 94, Loi visant notamment à
renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et modifiant diverses
dispositions législatives.
Alors, cet après-midi, nous entendrons les
personnes et les organismes suivants : Association québécoise des cadres
scolaires, Association québécoise du personnel de direction d'école, Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse et maître Louis-Philippe
Lampron.
Alors, je vous souhaite donc la bienvenue
à vous quatre. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, et, par la suite, on procédera à une période d'échange. Alors, la
parole est à vous.
M. Parent (Jean-François) : Très
bien. Alors, Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés,
bonjour. Mon nom est Jean-François...
M. Parent (Jean-François) : ...Jean-François
Parent, je suis P.D.G. de l'Association québécoise des cadres scolaires. Je
suis accompagné de Mme Mélanie Boissel, directrice adjointe du Service des
ressources humaines au centre de services scolaire de la Capitale, Mme Karine
Labelle, directrice adjointe au service des ressources éducatives au CSS de
Marie-Victorin, et Me Josianne Landry, directrice adjointe et secrétaire
générale adjointe au service du Secrétariat général et des communications au
CSS des Mille-Îles. Précisons que l'Association québécoise des cadres scolaires
représente plus de 3 400 au sein des 72 centres de services scolaires
et commissions scolaires du Québec.
En introduction, l'AQCS salue les
intentions du projet de loi n° 94, soit de renforcer la laïcité dans le réseau
d'éducation tout en assurant des milieux sains et sécuritaires aux élèves. Nous
sommes également favorables à l'établissement d'un système scolaire public
fondé sur des valeurs démocratiques et québécoises.
Pour des fins d'application des différents
articles du projet de loi, il serait opportun de clarifier la source des
valeurs sur lesquelles repose ce projet de loi. Nous souhaiterions savoir s'il
fait référence aux sept valeurs nommées dans la Déclaration sur les valeurs
démocratiques et les valeurs québécoises exprimées par la Charte, ou encore aux
valeurs regroupées sous cinq clés dans le Guide pratique produit par le
ministère de l'Immigration, de la francisation et de l'intégration, ou encore
s'il fait référence aux situations énumérées au nouvel
article 18.1 s'adressant
à l'élève qui nous semble moins être dans le sens de valeur ici. Des précisions
seraient donc à propos pour les nombreuses personnes qui auront à appliquer,
dis-je, bien, ce projet de loi et à faire vivre les valeurs démocratiques et
québécoises aux élèves dans les établissements.
Nous recommandons également de clarifier
le libellé de l'article 258.0.3 pour éviter toute variante dans les
interprétations juridiques des directions d'établissement au regard de
considérations religieuses et des valeurs démocratiques et québécoises.
L'AQCS est en faveur des articles qui
rendent obligatoire le visage découvert pour les élèves et toute personne se
trouvant dans les locaux des établissements scolaires. Ces dispositions
préviendront des enjeux de sécurité et d'identification qui pourraient se poser
dans les milieux. Il serait pertinent de prévoir, dans la loi... excusez-moi,
dans la
Loi sur la laïcité, que la
Loi sur l'instruction publique, dis-je bien,
que le parent est considéré comme un usager au sens de la
Loi sur la laïcité qui
se présente à l'école pour le parent qui est interrogé en visioconférence, ce
parent devrait donc le faire à visage découvert. Par ailleurs, nous remarquons
qu'aucune sanction n'est prévue en cas de non-respect du visage découvert. La
seule possibilité de réprimande serait liée au code de vie d'un établissement.
Dans ce contexte, nous suggérons d'approfondir certaines pistes.
Nos remarques sont également analogues en
ce qui a trait à l'enseignement à la maison, afin que l'enfant et le parent
respectent l'obligation du visage découvert s'ils reçoivent des services d'un
CSS aussi se trouvent dans les locaux d'un CSS.
En complément, notre association constate
que lors de l'élaboration des contrats de location d'espaces, les CSS devront
ajouter une clause spécifiant que toute personne se trouvant dans ces lieux
devant avoir le visage à découvert. Considérant que les ententes régissant le
partage des infrastructures scolaires ne sont pas toujours établies par contrat
de location, notamment en cas de prêt gratuit, l'AQCS souhaiterait que soit
précisé si les municipalités sont concernées par cet article.
Au sujet de l'interdiction du port de
signes religieux par le personnel des CSS, l'AQCS estime qu'il sera complexe de
gérer les situations de droits acquis du personnel. La date de présentation du
projet de loi n° 94 et la date de référence prévue dans la
Loi sur la laïcité
de l'État entraîneront de multiples régimes d'application par les directions et
les services des ressources humaines, des CSS. Dans un souci de simplification,
nous suggérons que la notion de droits acquis soit conservée par l'ensemble du
personnel en fonction de la date de présentation du projet de loi, nonobstant
les changements professionnels qui pourraient survenir pour ces employés. Enfin,
nous recommandons qu'il soit précisé, à l'article 258.0.4, si les bénévoles
sont visés par les alinéas 3° et 4° de ce nouvel article.
• (15 h 10) •
Considérant l'intention manifestée dans le
projet de loi de resserrer la gestion des accommodements pour motifs religieux
en milieu scolaire, le nouvel
article 706 est nécessaire, selon nous.
Toutefois, nous sommes d'avis que le principal enjeu identifié concerne des
situations qui ne relèvent pas d'accommodements religieux autorisés. En effet,
les élèves qui s'absentent pour des fêtes religieuses ne demandent pas la
permission. Ce sont leurs parents qui motivent l'absence. Un accommodement
pourrait prendre la forme d'une reprise à un examen à la suite d'une absence
motivée. Nous croyons qu'un tel accommodement est applicable lors de toute
absence à l'école d'un élève.
Langue française, l'AQCS est favorable aux
dispositions sur la langue française prévue au projet de loi. Nous suggérons
même de ne faire planer aucun doute, toute personne effectuant une prestation
de service pour un CSS en présence ou non d'élèves est dans l'obligation de
communiquer en français.
À présent, abordons la question de la
planification pédagogique et de la supervision professionnelle des enseignants.
Bien que ces nouvelles dispositions constituent un levier pour rehausser la
qualité des services éducatifs dans certains milieux...
M. Parent (Jean-François) :
...nous sommes préoccupés par les ajouts aux responsabilités déjà importantes
des directions d'établissement et des services éducatifs. Nous proposons que la
planification pédagogique soit exigée par niveau et par département ou secteur
afin d'assurer une meilleure équité de services éducatifs offerts aux élèves.
Notre association voit d'un bon oeil l'intention du ministre d'élaborer un
guide de bonnes pratiques. Nous pensons que ce guide devrait d'abord s'adresser
aux enseignants et nous vous proposons d'y être associés.
L'évocation de l'évaluation des pratiques
des enseignants pave la voie à une réflexion sur la création d'un ordre
professionnel. Selon l'AQCS, la mise en place de cet organisme dégagerait le
ministre et des CSS de lourdes responsabilités qui leur incomberait en vertu du
projet de loi. Nous remarquons que plusieurs des dernières modifications à la
Loi sur l'instruction publique s'apparentent à des pratiques relevant d'un
ordre professionnel, soient les 30 heures de formation par deux ans, la
vérification de la bonne conduite et le respect d'un code d'éthique et de
déontologie. Bien que le Protecteur national de l'élève joue un certain rôle de
protection en accueillant les plaintes et en les faisant cheminer, ce dernier
ne se prononce pas sur les pratiques ou la compétence des enseignants. Notre
association recommande donc d'évaluer la possibilité de la mise en place d'un
ordre professionnel des enseignants.
La sous-section du projet de loi qui
prévoit la mise sur pied d'un comité sur la qualité des services éducatifs dans
chaque CSS a particulièrement retenu notre attention. Nous y voyons des enjeux
d'efficience parce que des services éducatifs et des services des ressources
humaines exercent déjà un rôle-conseil et une vigie en matière de qualité des
services. Le comité d'engagement pour la réussite éducative de chaque centre de
services scolaire est mandaté pour analyser et promouvoir les pratiques
éducatives pour la réussite des élèves. L'AQCS est donc moins à l'aise avec
l'instauration d'un comité sur la qualité des services éducatifs parce qu'il
engendrerait non seulement bureaucratisation, mais également une confusion des
rôles. Nous recommandons donc de tirer la nouvelle... de retirer, dis-je bien,
la nouvelle sous-section 7.1 du projet de loi.
En ce qui a trait à la création d'un code
d'éthique et de déontologie applicable aux membres des conseils d'établissement,
nous suggérons qu'un même code soit prescrit à l'ensemble des membres des
conseils d'établissement du Québec. Il serait important d'y indiquer que les
membres des conseils d'établissement doivent exercer leurs fonctions à visage
découvert et sans signe religieux. Ce nouvel outil permettra de donner des
leviers d'intervention lors de situations particulières. En ce qui a trait à la
gestion des dénonciations, les processus prévus devraient être de nature
administrative et relever des centres de services scolaires sans nécessiter de
suivi ministériel. Cela permettra d'éviter des délais et une bureaucratie
supplémentaires.
Par ailleurs, au sujet des modifications
proposées au Règlement sur les normes d'éthique et de déontologie applicables
aux membres du conseil d'administration d'un CSS francophone, nous tenons à
préciser que le mécanisme en place avec le comité d'enquête à l'éthique formé
d'un membre externe est efficace. Nous considérons qu'ajouter une étape
ministérielle alourdirait le processus.
De manière à assurer la subsidiarité, nous
recommandons de laisser le mécanisme actuel dans le champ de compétence des CSS
et de retirer l'obligation de transmettre un avis au ministre au statut de la
recevabilité.
En conclusion, l'AQCS est globalement
favorable au projet de loi n° 94 qui guidera les intervenants du réseau de
l'éducation, notamment les gestionnaires, pour faire respecter les valeurs
démocratiques et québécoises dans les milieux scolaires. Nos recommandations
visent une application harmonisée des dispositions du projet de loi et à
simplifier les processus, particulièrement en ce qui a trait à la gestion des
ressources humaines. Notre association offre sa pleine collaboration au
gouvernement afin d'aborder plus en détail les recommandations de ce mémoire.
La Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup. Alors, nous allons procéder à la période d'échange avec le
ministre. Alors, la parole est à vous.
M. Drainville : Merci,
Mme la Présidente. Bien, merci pour votre participation et pour le travail que
vous faites de façon générale au sein de nos centres de services scolaires.
C'est très souvent un travail de l'ombre, un travail dans l'ombre. Les gens ne
savent pas ce qu'ils vous doivent. Et donc ils vous doivent beaucoup, à vous les
cadres. Et donc je veux vraiment souligner le travail que vous faites. J'ai pu,
par... Je donne un exemple pour les gens qui nous écoutent, là, quand on parle,
par exemple, d'une affectation des enseignants au 8 août, comme on l'a
fait lors de la dernière rentrée scolaire, puis ça a fait une immense
différence, là, ça a permis d'embaucher plus rapidement des milliers
d'enseignants supplémentaires. Et donc ça a permis de donner aux élèves une
rentrée scolaire, à beaucoup d'élèves, une rentrée scolaire beaucoup plus
harmonieuse, c'est parce qu'il y avait des cadres qui ont travaillé très fort
pour affecter les enseignants, pour qu'à la fin août, au moment de la rentrée
scolaire, il y ait des enseignants dans les classes et puis...
M. Drainville : ...quoi,
c'était 97 % des postes qui étaient comblés à ce moment-là. Et je sais le
travail que les cadres ont dû accomplir pour respecter cette cible du 8 août.
Alors, je parle des cadres des ressources humaines, mais on pourrait parler des
cadres des ressources matérielles, qui travaillent sur les projets d'école, et
tout ça. Donc, les gens doivent savoir à quel point vous faites un travail
essentiel, et je vous en remercie.
Pour ce qui est de votre position, quand
vous parlez... Je vous ai bien compris, vous souhaitez qu'il y ait des
sanctions lorsqu'il y a non-respect de l'obligation du visage à découvert?
Est-ce que j'ai bien compris?
M. Parent (Jean-François) : Effectivement.
En fait, il y a deux éléments, il y a le visage à découvert lorsque l'élève fréquente
l'école puis il y a le visage à découvert lorsqu'il y a l'enseignement à
domicile. Lorsque l'élève fréquente l'école, c'est sûr qu'il y a le code de
vie, mais, souvent, en ce qui a trait au visage, ce sont les parents qui sont,
je vous dirais, derrière ça, en toute honnêteté.
M. Drainville : Lorsque
l'enfant a le visage couvert, dites-vous, c'est les parents qui sont derrière
ça. Oui.
M. Parent (Jean-François) : Oui,
c'est souvent ça. Et de sorte que le...
Des voix : ...
M. Drainville : Continuez,
continuez...
M. Parent (Jean-François) : C'est
beau, je vous en prie.
M. Drainville : ...je suis
capable de faire deux choses en même temps.
M. Parent (Jean-François) : Ça
va, il n'y a pas de problème. C'est que le code de vie, dans le fond, il est
opposable à l'élève, il n'est pas opposable aux parents. Et, dans certaines
situations, il faudrait peut-être réfléchir à comment je vais aller un petit
peu loin, là, ici, mais comment l'école pourrait, disons, peut-être retenir
certaines communications, ou encore ne pas transmettre un bulletin, ou encore
limiter les communications avec les parents. Donc, cet aspect-là, pour nous, a
quand même une certaine importance, parce qu'il va falloir appliquer ça,
éventuellement, et donc ça prend, selon nous, des sanctions.
M. Drainville : Mais, dans ce
cas-ci, si je vous comprends bien, ce seraient des sanctions à l'égard des
parents, c'est ça?
M. Parent (Jean-François) : Oui.
Effectivement, une sanction pour l'élève, oui, dans certains cas, mais, dans
certains cas, dans d'autres cas, pour les parents.
M. Drainville : Donnez-moi
des exemples de sanctions qui pourraient s'appliquer aux parents.
M. Parent (Jean-François) : Bien,
on pense plus aux questions qui ont trait, par exemple, à la remise des
bulletins, par exemple, la communication avec certains parents. Donc, c'est ce
qui nous vient à l'esprit. Maintenant, si on décidait d'aller là...
M. Drainville : Vous voulez
dire qu'une sanction, ça pourrait être, par exemple, obliger un parent à venir
à l'école pour chercher, mettons, le bulletin de l'élève, et, à ce moment-là,
par le fait même, on lui imposerait une rencontre, une discussion avec la
direction de l'école, par exemple?
M. Parent (Jean-François) : Ça
pourrait être ça. On...
Mme Labelle (Karine) : Si je
peux me permettre...
M. Parent (Jean-François) : Je
vous en prie.
Mme Labelle (Karine) : Parce
que, si on appliquait le code de vie, il faut savoir que c'est l'élève qu'on
priverait probablement de services éducatifs en le suspendant de ses cours.
Alors, on juge que ce n'est pas cette sanction-là qui serait la plus à même
d'opérationnaliser l'application de cet élément-là.
M. Drainville : Mais vous
comprenez, en même temps, la difficulté d'imposer des sanctions aux parents,
c'est...
Mme Landry
(Josiane) : Oui, tout à fait. Par contre,
je pense que c'est important de se dire qu'à partir du moment où on inscrit ça
dans une loi, il faut se donner les moyens de le faire appliquer. Si on souhaite
faire appliquer quelque chose, il faut tenir compte du besoin et de la
nécessité de l'élève d'avoir des services éducatifs. Donc, comment est-ce qu'on
peut avoir une gradation des sanctions qui visent l'élève mais également le
parent qui ne respecterait pas cette situation-là? Parce qu'on ne veut pas,
ultimement, que cet élève-là soit retiré de l'école et ne reçoive pas les
services éducatifs. Au contraire, on souhaite que l'élève demeure à l'école,
puisse être inclus et ainsi bénéficier des valeurs québécoises et
démocratiques.
Donc, il faut penser à des moyens
alternatifs de faire respecter cette obligation-là en trouvant des moyens pour
que le parent et l'enfant adhèrent, ultimement, à ce qu'on souhaite, et non pas
de s'assurer d'avoir quelque chose qui est inscrit dans la loi, qu'on n'a pas
les moyens de faire respecter.
• (15 h 20) •
M. Drainville : O.K., bien,
continuons un peu là-dessus, là, parce que je... tu sais, je suis très
conscient de l'aspect délicat de cet enjeu, mais, en même temps, je suis prêt à
l'aborder publiquement, y compris devant les caméras, parce que, comme je l'ai
dit hier, je pense... j'ai rappelé assez tôt dans mon mandat de ministre le
rôle des parents comme premiers éducateurs des enfants, en disant que l'éducation
commençait à la maison et que l'éducation des enfants, c'était un travail
d'équipe entre l'école et les parents, mais les parents sont les premiers
responsables de l'éducation de leurs enfants. Et puis, hier, d'ailleurs, on
parlait de... quelqu'un a fait référence à la publicité qui est diffusée
présentement, où on voit des... un...
M. Drainville : ...un papa et
une maman qui discutent et l'enfant qui écoute ce que les parents disent de
l'enseignant, et puis le message, c'est : Ils amènent à l'école ce qu'ils
entendent à la maison, là, je paraphrase, puis c'est une publicité, moi, dont
je suis très fier. Puis les réactions qu'on a eues étaient très positives. Et
donc je suis très ouvert, moi, à discuter du rôle des parents, y compris de
ceux qui, malheureusement, auraient une influence négative sur les... sur leurs
propres enfants et qui par... peu importe la raison, par leurs gestes ou leurs
non-gestes, contribueraient peut-être à priver l'élève de son droit à
l'éducation. Bon. C'est de ça dont vous parlez. Mais explorons, quand même, là.
Par exemple, le code de vie. Bon. Si vous
avez vu le projet de loi, le projet de loi prévoit que les règles de conduite
doivent prévoir les attitudes et comportements des élèves, notamment des
comportements dénués de toute forme de violence, d'intimidation, des
comportements qui seraient, par exemple, motivés par le racisme, l'orientation
sexuelle, et tout ça, tout ça, c'est interdit. Ils vont devoir respecter
l'égalité entre les hommes et les femmes, l'utilisation des médias sociaux. Est
nommé... Le code vestimentaire est nommé, les sanctions disciplinaires sont
nommées, mais aussi les règles de conduite qui pourraient prévoir le rôle des
parents dans la mise en œuvre, donc, de ces... de ce code de vie, dans le fond.
Puis je dois vous dire, je suis en
réflexion là-dessus, nous sommes en réflexion là-dessus, donc vous contribuez à
notre réflexion, mais, quand on pose la question : Comment on pourrait
sanctionner un comportement parental qui serait inacceptable?, ça devient assez
compliqué. C'est pour ça que je trouve votre idée d'obliger, par exemple, une
rencontre avec les parents... peut-être, peut-être. En même temps, peut-être
que je suis mal fait, mais, moi, quand l'école m'appelait pour me dire :
On aimerait ça vous rencontrer à propos de votre enfant, on en a trois, Martine
et moi, je... enfin, je considérais que ça faisait
partie de mon... ma
responsabilité de parent que de... envoye à l'école, tu sais, puis va voir ce
qui se passe, parce que visiblement il y a un problème. Ça fait que, pour moi,
ce n'est pas une grosse sanction que de me faire dire : Vous devriez venir
à l'école, et on a des choses à vous dire concernant votre enfant. Ça fait que
je...
Mme Labelle (Karine) : Bien,
la sanction, c'est de retenir le bulletin, qui est l'outil de communication
administratif, c'est de le retenir jusqu'à ce qu'on puisse avoir cette
conversation-là.
M. Drainville : O.K.
Mme Labelle (Karine) : Parce
que, sinon, le bulletin, il est accessible via les portails, là.
M. Drainville : Mais un
parent qui ne s'intéresse pas au comportement de son enfant ou qu'il s'en
balance après, mettons, des appels répétés de la direction... d'abord, ça
commence par la secrétaire, par la suite ou en même temps, l'enseignante, à un
moment donné, peut signifier par courriel ou autrement : Il y a des enjeux
avec votre enfant, la direction d'école éventuellement, puis, à chaque fois, le
parent s'en fout, je ne sais pas jusqu'à quel point le fait de retenir le
bulletin va le convaincre de...
Mme Labelle (Karine) : Ça va
finir par entraver la suite du parcours scolaire, parce que le bulletin est
nécessaire pour l'inscription, par exemple, au cégep, l'inscription... Il y a
différents impacts, là.
Mme Landry
(Josiane) : Je compléterais en disant que
peut-être que ce n'est pas le seul et l'unique moyen ou peut-être pas le bon
moyen. Nous, aujourd'hui, on souhaite réfléchir, on souhaitait déposer cette
réflexion-là avec vous parce qu'ultimement on ne souhaite pas que des enfants
soient suspendus ou révoqués de l'école parce qu'ils ne respectent pas cette
obligation-là dû à une pression de leurs parents. Donc, il faut trouver des
moyens. Et justement, vous l'avez nommé dans l'article 76, quels sont les
moyens que nous allons prévoir pour obliger les parents à jouer leur rôle?
Parce que vous le nommez, c'est le rôle du parent de se soucier de ce qui se
passe à l'école, mais comment allons-nous obliger les parents qui sont
récalcitrants à jouer le rôle qui leur est dévolu dans la
loi sur l'instruction
publique, mais également dans le Code civil, donc d'exercer leur autorité
parentale dans le sens qu'on le souhaite? C'est ça, la question, ultimement,
aujourd'hui. Parce que, si on écrit ça dans la loi et qu'on n'a pas de moyen
d'action...
M. Drainville : Non, je
comprends. Est-ce que vous avez d'autres suggestions sur comment on pourrait
inciter appelons ça fortement les parents à collaborer?
M. Parent (Jean-François) : On
est prêts à réfléchir, M. le ministre, puis à vous fournir quelques exemples si
c'est quelque chose qui vous préoccupe.
M. Drainville : O.K. O.K.
Bien oui, ça me préoccupe.
M. Parent (Jean-François) :
Alors, on pourrait s'engager à...
M. Drainville : C'est certain
que ça me préoccupe, parce que vous avez raison de dire que, dans certains cas,
ce n'est pas le choix de l'enfant, c'est le choix du parent, et le parent
impose ce choix à l'enfant. Puis vous avez raison de dire qu'à un moment donné
c'est l'enfant...
M. Drainville : ...qui va
subir les conséquences, qui va payer le prix de ça. Mais, en même temps, pour y
avoir longuement réfléchi, est-ce qu'on accepte dans une école du Québec que
des élèves soient voilées pendant toute la journée, qu'on ne puisse même pas
les identifier, ou qu'un enseignant dise : Écoute, j'en ai une couple dans
ma classe puis je ne sais pas laquelle est laquelle, parce qu'ils ne parlent
pas et ils ne s'adressent pas à moi parce que je suis un homme? Bien, pour moi,
c'est absolument inacceptable, là. Alors, oui, j'aimerais, si vous avez
d'autres suggestions.
Je vais vous dire franchement, une des
idées avec laquelle nous avons jonglé, puis ça fait encore
partie des
réflexions, c'est... le code de vie prévoit un certain nombre de règles. Est-ce
qu'on pourrait, par exemple, demander aux parents de souscrire au code de vie,
de s'engager à collaborer avec l'école pour respecter le code de vie de
l'élève, tu sais, une forme d'engagement moral, mais écrit?
M. Parent (Jean-François) : Mais
ils le font déjà fait.
Une voix : C'est fait dans
bien des cas.
M. Parent (Jean-François) : Ils
le font déjà.
M. Drainville : Alors, ça
pourrait être généralisé. Parce que, ça, c'est une autre chose que vous
demandez. N'est-ce pas? Vous