Culture and Education — 30 April 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2015-04-30
Quebec — Committees
Par ailleurs,
le gouvernement souhaite que l'enseignement supérieur, en plus de
contribuer à l'élévation du niveau général
d'éducation de la société, participe à une meilleure adéquation entre la
formation et les besoins du marché du travail. J'ai eu l'occasion d'en parler lors de la présentation des crédits
budgétaires pour le volet de la formation professionnelle, mais c'est un
sujet qui est tout aussi important en matière d'enseignement supérieur. Il
s'agit d'une de mes grandes priorités comme ministre de l'Éducation, de
l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
Avec plus de
725 000 emplois à pourvoir entre 2013 et 2017, notre gouvernement est
déterminé à mettre en place les
conditions pour que nos entreprises puissent développer de nouveaux marchés et
contribuer à notre prospérité collective, et ce, tout en permettant à
nos jeunes de satisfaire leurs aspirations, de s'épanouir tant sur le plan
professionnel que personnel. Or, déjà, les entreprises québécoises font face à
une rareté de main-d'oeuvre qualifiée. Voilà pourquoi le ministère explore, avec ses partenaires,
différentes avenues visant notamment à intégrer davantage de stages en
entreprise dans les programmes de formation,
à élaborer des parcours variés en formation professionnelle et technique et à
rendre plus accessible la formation continue.
Ces mesures,
qui visent à assurer une meilleure adéquation entre la formation et l'emploi,
sont d'ailleurs en lien direct avec les recommandations du rapport final
du chantier sur l'offre de formation collégiale, le rapport Demers, rendu public l'automne dernier. J'ai la conviction
que nous devons faire évoluer le système d'enseignement collégial pour permettre aux établissements de relever les
nouveaux défis auxquels ils sont confrontés. Un groupe de travail
composé d'experts du ministère et du réseau
collégial travaille d'ailleurs activement à déterminer les principales actions
à mettre en oeuvre pour y arriver. Leur ordre de priorité est la façon
la plus appropriée de les réaliser. Ces actions sont devenues nécessaires,
considérant les mutations de la société et les nouveaux besoins de la
population étudiante.
Les besoins
du marché du travail évoluent, eux aussi, rapidement. Sur l'ensemble du
territoire québécois, ils se diversifient
de plus en plus. Il devient donc important de revoir notre façon de faire et de
mettre à profit les collèges pour adapter les programmes d'études aux
particularités régionales ou locales. Pour y arriver, nous comptons miser sur
le dynamisme des acteurs locaux et
régionaux, qui connaissent mieux que quiconque les besoins de leurs milieux.
Bien sûr, le réseau collégial et les
partenaires seront
partie prenante de la mise en oeuvre de ces changements qui
seront notamment apportés à l'offre de formation collégiale.
Un dossier
tout aussi structurant est également en cours du côté universitaire. Nous nous
penchons actuellement sur les suites à donner à ce rapport. Pour ce
faire, cinq chantiers de travail ont été mis en place et alimenteront nos réflexions. C'est le dossier sur le financement
des universités. En outre, pour soutenir le développement et la modernisation des établissements collégiaux et universitaires,
nous investissons également dans les infrastructures. Ces
investissements représentent, pour
l'enseignement supérieur, un montant de 5,7 milliards de dollars sur
10 ans. Pour 2015‑2016, il s'élève à 510 millions de dollars. En ce qui concerne plus particulièrement
l'enseignement supérieur, les investissements du plan quinquennal d'immobilisations 2015‑2025 sont
constants comparativement aux années précédentes. Ces investissements
contribueront à offrir des environnements d'enseignement et de recherche
sécuritaires et qui répondent aux besoins des usagers.
Il est important de soutenir le développement de
l'usage des technologies numériques dans les établissements d'enseignement collégial et universitaire. Il
s'agit d'une avenue prometteuse pour le réseau de l'enseignement
supérieur. Elle permettra l'implantation de
nouvelles méthodes d'apprentissage, encouragera la pensée en réseau et le
travail d'équipe, facilitera le partage d'information, des fichiers
ainsi que des outils, le tout au plus grand bénéfice de la population étudiante. Vous êtes en mesure de le constater,
des efforts importants seront déployés pour que nos collèges, nos
universités jouent plus que jamais un rôle de premier plan pour assurer l'essor
du Québec.
Fonds de
recherche du Québec, pour terminer. D'autre part, le ministère a également la
mission de développer et de soutenir
les actions liées à la recherche. Il accorde donc un soutien aux réseaux de
recherche, notamment par l'intermédiaire des trois fonds de recherche du
Québec : Nature et technologies, Santé ainsi que Société et culture. Ces
fonds ont notamment pour objectif de promouvoir et de soutenir financièrement la
recherche, la mobilisation des connaissances et la formation de nos
chercheurs. Le Québec a su se positionner comme un joueur important dans le
domaine de la recherche, et nos universités y contribuent.
Le ministère
travaille de concert avec la communauté de chercheurs et d'étudiants-chercheurs pour
augmenter la visibilité de ses équipes ici
comme à l'étranger. Pour faire en sorte que la recherche et l'innovation demeurent fortement associées,
les responsables du ministère maintiennent également des liens constants
avec ceux du ministère de l'Économie,
de l'Innovation et des Exportations. Voici une belle façon de permettre au Québec
de continuer de se distinguer à l'étranger.
En terminant, nous l'avons dit et
redit, une gestion saine, rigoureuse des dépenses publiques est plus que
nécessaire aujourd'hui. Tous les acteurs de la société
doivent y contribuer. C'est pourquoi le réseau de l'éducation doit lui aussi prendre les
mesures appropriées. Pour atteindre l'équilibre
budgétaire, des efforts supplémentaires s'imposent dans les réseaux de l'enseignement supérieur. Soyez
assurés que nous travaillerons donc étroitement avec nos partenaires pour que
ces efforts se fassent dans les intérêts des usagers.
mission de mon ministère est fondamentale. Le savoir constitue le moyen le
plus sûr de développer notre société. Le
savoir est émancipatoire, c'est pourquoi il est important de continuer
d'innover et de faire rayonner et évoluer ce savoir au Québec. Merci à
tous et à toutes de votre attention.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Joliette à faire ses
remarques préliminaires pour un maximum de 10 minutes.
Hivon :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, je tiens à souligner... — à
souligner! — à
saluer le ministre, bien entendu, ses collègues du parti ministériel,
mon collègue de la deuxième opposition et, bien sûr,
l'impressionnante et imposante équipe qui accompagne le ministre.
Je disais, lors de l'étude des crédits en culture,
que c'était incroyablement exigeant pour, bien sûr, les fonctionnaires,
les hauts fonctionnaires, toute cette étape
de la préparation de l'étude des crédits, et que, dans l'examen de la réforme
de nos institutions que nous pourrions
faire, nous pourrions aussi regarder comment peut-être rendre ça plus efficace pour que la haute fonction
publique et les gens de la fonction publique soient peut-être mobilisés à
meilleur escient pour la préparation de
l'étude des crédits, sachant ce que ça représente. Donc, je veux les saluer,
bien entendu, et les remercier à l'avance
de la collaboration qu'ils vont nous offrir aujourd'hui. Et je suis, de mon
côté, accompagnée du recherchiste de l'opposition
officielle, Jean-Philippe Rochette, et de la boursière de la Fondation
Jean-Charles-Bonenfant, qui est jumelée avec moi pour la présente session, Anne-Marie Pilote, donc... et saluer,
bien sûr, la présidente, qui va présider ces travaux avec son équipe
dans la plus grande impartialité et équité comme je la connais.
Donc,
simplement vous dire que je suis très heureuse d'avoir, bien sûr, cette
occasion aujourd'hui de questionner de
manière plus approfondie le ministre sur cet important, évidemment... cette
importante responsabilité qu'est l'enseignement supérieur, qu'est
également la recherche. Même si on en parle moins, on va pouvoir en parler
aujourd'hui. C'est une occasion unique, bien
sûr, pour nous, d'aller au fond des choses, d'avoir des réponses à nos
nombreuses questions, de voir,
surtout qu'on est face à un nouveau ministre, quelles sont ses intentions,
quelles sont ses visées, quelle est sa vision pour le domaine de
l'enseignement supérieur et de la recherche, car c'est sûr que c'est une
responsabilité énorme.
C'est
une responsabilité qui est au coeur, évidemment, de la société québécoise, de
l'avenir de la société québécoise que
de savoir comment on peut le mieux former notre jeunesse québécoise, les
étudiants, les gens qui retournent aux études, qui ont cette volonté de
vouloir parfaire leurs connaissances, qui ont cette volonté de prendre pleinement
part à la vie sociale du Québec et aussi à
l'économie du Québec, parce que, bien sûr, on le sait tous à quel point
l'enseignement, la formation,
l'enseignement supérieur est quelque chose intrinsèquement lié au dynamisme
économique, au développement de notre société québécoise. Donc, ce n'est
pas banal, ce qui se passe en ce moment dans le réseau de l'enseignement supérieur, et, bien sûr, on va avoir beaucoup de
questions sur les impacts de l'austérité et des compressions majeures
qui sont effectuées présentement. Donc, il y
a un 70 millions, dans le réseau universitaire, qui s'ajoute aux
200 millions de l'année
dernière, un 40 millions minimum
qui s'ajoute aux 40 millions pour le réseau collégial de l'année dernière.
Donc, évidemment, cela ne se fait pas sans impact, donc on va vouloir y
revenir.
Mais
ce qui nous préoccupe aussi beaucoup, c'est de voir où s'en va le ministre
et où s'en va son ministère
pour la suite des choses, parce qu'on pourrait dire que l'année dernière, au niveau de l'enseignement supérieur et de la recherche, a
été un peu l'année du rien. Il y a eu très,
très peu de gestes structurants, très, très
peu de gestes inspirants, très, très
peu d'orientations qui ont été données par le ministre
pour savoir où on voulait amener le réseau de l'enseignement supérieur, ce qu'on
voulait offrir aux étudiants, aux cohortes actuelles et futures. Il y a
eu bon nombre de dépôts de rapports, mais on n'a pas eu de suite, on n'a pas eu d'enlignement, on n'a pas eu d'orientation. Donc, pour nous, l'année qui vient de s'écouler est un peu l'année du rien, sauf une année d'extrêmes
et de compressions massives qui, déjà, ont laissé des traces importantes et qui
nous font craindre énormément pour la suite des choses.
ministre lui-même, lors de l'étude du quart des crédits, disait
qu'il était confiant que le réseau pourrait se relever. Quand le ministre
lui-même parle en ces termes, c'est dire qu'on est en train de mettre à terre
le réseau, et ça, c'est excessivement préoccupant quand on sait à quel point
c'est lié à l'avenir d'une société que les investissements et la vision en
matière d'enseignement supérieur et de recherche.
Donc,
Mme la Présidente, vous aurez compris que nous allons avoir beaucoup de
questions, et, de ce fait, nous allons maximiser le temps pour les
échanges, et je vais donc terminer ici mes remarques préliminaires.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Parfait. Merci beaucoup, Mme la députée de
Joliette. Alors, j'invite le porte-parole du deuxième groupe de l'opposition et
député de Chambly à faire des remarques préliminaires pour un maximum de sept
minutes. La parole est à vous.
Roberge : Merci, Mme la Présidente. Alors, j'en profite pour vous
saluer, évidemment, saluer ma collègue de l'opposition officielle et
toutes celles et ceux qui l'accompagnent, M. le ministre, l'équipe des députés
ministériels et évidemment
toute l'équipe en arrière, là, qui soutient le réseau, et qui aide à ce que le
réseau fonctionne, et qui aide à ce que les réponses soient données,
donc merci d'être là.
Je vais être
assez bref dans mes remarques préliminaires, mais je tiens à dire qu'il se fait
des belles choses dans le réseau
d'enseignement supérieur au Québec. C'est un réseau qui est assez jeune, quand
on se compare à d'autres nations, mais
c'est assez impressionnant, ce qu'on est arrivés à faire, à bâtir comme réseau,
compte tenu qu'on avait... on n'a pas un héritage de 100 ans ou
même de siècles, comme il y a en Europe, de réseau universitaire... qu'on soit
arrivés à ce niveau-là, je pense que c'est
assez remarquable, en plus, qui a été étendu sur notre territoire, autant le
réseau collégial que le réseau
universitaire, c'est un héritage qu'on a reçu. Ni moi ni le gouvernement
actuellement au pouvoir, qui est là depuis un an, on n'a bâti ce réseau-là. On arrive, il est là, et puis je pense
que notre mission, bien, c'est de consolider ce réseau-là, de poursuivre son déploiement parce qu'évidemment
on n'est pas arrivés à destination. On peut faire mieux puis on a le devoir de l'améliorer pour continuer de faire des
recherches qui vont nous amener à avancer puis évidemment, aussi, pour permettre à notre jeunesse puis à tous les gens
qui sont sur le marché du travail qui veulent de la formation continue
de continuer de s'actualiser puis d'atteindre les plus hauts standards.
Par contre,
je pense que, depuis quelques années, on constate que ce réseau dont on a
hérité, on n'est pas en train de le
consolider ou de le déployer : au mieux on stagne, au pire on recule. Et
c'est différent, là, d'une institution à l'autre, d'une année à l'autre,
mais, depuis quelques années, malheureusement, on ne prend pas soin, je pense,
avec tous les égards qu'il mériterait, de notre réseau d'enseignement
supérieur.
On peut se
questionner sur la façon dont les gens qui veulent manifester manifestent. Par
contre, leurs préoccupations sont
aussi les miennes et les nôtres. Je pense que ce qu'on a vu comme
manifestations ces derniers mois, puis
même je peux reculer jusqu'à 2012, ces dernières années, c'est des signaux
d'alarme qu'on est en train de s'attaquer à un réseau qu'on devrait bâtir et qu'on est en train, à tout le moins, de
fragiliser. Donc, ce qui s'est passé au niveau des grèves, des manifestations, des occupations, en ce
moment, qu'il y a sur les terrains de cégeps, je pense qu'il ne faut pas
regarder ça avec condescendance, mais il
faut écouter le cri d'alarme de ces gens qui, dans le fond, veulent défendre un
réseau.
Je vais
m'arrêter maintenant, mais je pense que ça donne le ton sur les questions que
nous poserons. Je vous remercie.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup, M. le député de
Chambly. Alors, on va passer maintenant aux blocs d'échange. Alors, je
passe la parole à la députée de Joliette pour une période de 26 minutes.
Hivon :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, d'entrée de jeu, j'aurais, en quelque
sorte, une question préliminaire. Lorsque le ministre a été nommé dans
ses nouvelles fonctions, c'est quelque chose qui est passé un peu inaperçu, mais il y a eu, en quelque sorte, une
fusion des deux ministères, qui sont redevenus une seule et même entité.
J'aimerais comprendre ce qui a motivé ce
choix de refusionner ces deux entités, donc, de l'Éducation et de
l'Enseignement supérieur et de la Recherche,
alors que son prédécesseur, M. Bolduc, avait lui-même dit lorsqu'il a été
assermenté et qu'il y avait eu un
genre de confusion par rapport à cette question-là : «Il est clair que
l'on reste avec deux ministères indépendants.» Une semaine après son entrée en fonction, Yves Bolduc dit avoir constaté
que les intervenants sur le terrain préfèrent avoir leur ministère propre pour les cégeps et les
universités. Et le ministre actuel n'est sans doute pas sans ignorer,
effectivement, que ça avait été vu comme une
grande avancée, puisque les missions sont quand même différentes. J'aimerais
comprendre ce qui a motivé ce choix et si cette volonté va se traduire dans un
projet de loi.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Blais : Oui. C'est clair, quand
on pose la question aux intervenants, ils préfèrent tous et toutes avoir leur ministère, hein? C'est-à-dire que, s'il fallait
écouter toujours les intervenants, il n'y aurait pas assez de personnes
dans cette Chambre, hein, donc de députés,
pour être ministre, parce qu'il y aurait une sursegmentation, hein, des
responsabilités gouvernementales. Disons que
ce n'était pas l'intérêt, là, du gouvernement actuel d'augmenter le nombre de
ministères, au contraire, si possible, de
faire des économies au niveau de la gestion, de l'administration, la
gouvernance du ministère. Et aussi,
parce qu'il faut bien l'avouer, là, il y a des liens étroits de continuité et
de besoin entre le niveau secondaire, par exemple, et le niveau
collégial et universitaire.
Donc, quand
on regarde les motifs — puis on n'a pas besoin de regarder très, très loin — pour lesquels il y a eu, disons, une séparation des deux ministères, hein,
c'était suite à un conflit dans lequel le gouvernement précédent avait annoncé son intention de s'occuper
particulièrement des universités, qui avaient été extrêmement malmenées à
l'intérieur de ce conflit-là; alors, je
pense entre autres aux dirigeants des universités. Donc, on avait vu un peu
comme un cadeau de consolation — j'étais à ce moment-là dans le monde
universitaire — qu'on
dise : Bien, voilà, on va maintenant créer un ministère pour vous. Mais il n'y a pas eu plus de
sous, il n'y a pas eu plus de ressources, etc. À vrai dire, il n'y a pas
eu de vision particulière, là, pour le développement du monde universitaire par
la suite. Donc, l'ensemble de ces raisons-là, un besoin d'économie — je ne
pense pas que la population veut qu'on multiplie les ministères — mais
aussi d'avoir une approche intégrée, hein, du réseau, là, qui a plaidé
naturellement pour un retour à la source.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Joliette.
Hivon : Comment le ministre explique-t-il, Mme la
Présidente, ce changement de cap en un an? Parce qu'à l'arrivée du
nouveau gouvernement on avait vraiment confirmé cette volonté de maintenir deux
missions distinctes, justement
parce que l'enseignement supérieur se trouve souvent négligé du fait qu'il est
dans cette grande boîte, donc, de l'Éducation. Et il n'a pas répondu à
ma question à savoir si ça requerrait des modifications législatives.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Blais :
Sur le dernier point, je vais vérifier sur les modifications législatives. Je
ne crois pas...
Pour
le moment, là, c'est difficile de répondre avec certitude. Alors, il y a,
disons, un quiproquo par rapport à l'outil qu'on va utiliser, si on va
utiliser un projet de loi ou pas. On pourra faire des précisions plus tard
là-dessus.
changement, je pense, le changement, c'était, évidemment, dans un contexte très
particulier. Vous vous rappelez du
départ de mon prédécesseur. Et je pense que c'était la volonté du gouvernement,
là, de renforcer les liens entre ces deux ministères. Les liens
existaient déjà. On se demandait pourquoi, finalement, il fallait maintenir une
séparation. Quand on regarde l'histoire du ministère de l'Éducation et de
l'Enseignement supérieur, essentiellement, là, ces composantes-là ont été
rattachées. Il y a eu quelques moments, cependant, là, quelques périodes où ça
a été distinct, mais je pense que c'est plus heureux, là, qu'il y ait ce
rattachement-là et qu'il y ait une collaboration beaucoup plus grande entre les
différents intervenants du réseau.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Joliette.
Hivon : Je dois
vous dire, Mme la Présidente, que je suis surprise qu'il y ait un tel
changement de cap en l'espace d'une
seule année pour une orientation qui est quand même aussi importante,
et je suis d'autant plus surprise qu'on n'est pas capable de me dire,
après maintenant plus d'un mois, s'il va y avoir... Il va devoir y avoir des
modifications législatives pour créer ces
deux structures parce qu'il a dû y avoir une modification législative pour
passer d'un à deux, donc c'est une
question qui m'apparaît quand même fondamentale, puis aujourd'hui j'aimerais bien
qu'on puisse nous revenir sur cette question.
Blais : ...en temps et lieu,
là. Je pense qu'on n'y reviendra pas aujourd'hui, probablement. Il y a encore un examen de cette question-là, essentiel, il me
semble, là, pour les gens qui nous écoutent, là. J'ai eu l'occasion de
rencontrer le milieu universitaire, là, le président du BI, je rencontre encore les recteurs, je crois, lundi, là, si je ne me trompe
pas. La semaine prochaine. Donc, l'essentiel, là, il n'y a personne, pas une
seule personne du milieu interuniversitaire qui m'a dit : Ah! vraiment, là, on a perdu quelque chose de très
important, là, c'était donc bon quand les deux ministères étaient séparés. Maintenant,
là, il y a des enjeux beaucoup plus importants que l'administration, que la gestion, que la gouvernance du ministère... On a des...
hein, vous avez, je pense, fait comme une introduction tout à l'heure. Il y a
des enjeux plus importants pour le réseau.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Joliette.
Hivon : Comme je
l'ai dit, Mme la Présidente, ça m'apparaissait une question préliminaire
assez importante en termes de
gouvernance publique et ça m'apparaît assez consternant qu'on ne soit pas
capable de nous dire aujourd'hui s'il va devoir y avoir des
modifications législatives. Puis je veux juste dire au ministre qu'il y a beaucoup
d'autres intervenants qui avaient manifesté
leur volonté que ces missions-là continuent à être indépendantes, bien qu'il y
a des liens, comme il y a des liens entre foule de ministères et
organismes dans l'ensemble de l'action gouvernementale. Donc, c'est quelque
chose qui avait été reçu très, très positivement il y a trois ans maintenant.
ne sais pas si le ministre pourrait nous déposer les économies qui sont
projetées du fait de la fusion et aussi les coûts qui sont encourus par ça, du fait qu'évidemment
on rechange une structure, on rechange... Vous savez, quand on a parlé du dossier PointQuébec, on nous a dit :
Ah... comment ça, ça entraînait des coûts parce que, bon, ça ne serait
pas exactement les mêmes adresses, la papeterie, et tout ça, donc ce même type
de changement là auquel on fait face.
Donc est-ce que ce
serait possible de nous déposer les économies anticipées et les coûts encourus
par cette volonté-là de fusionner les deux entités en une seule?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, Mme la députée, M. le ministre.
M. Blais :
Ça aurait été utile d'avoir la question, là, aux crédits, là, au préalable, là,
pour pouvoir présenter... mais l'essentiel, là, il me semble, l'essentiel de
l'enjeu, c'est un enjeu d'efficience, hein, ce n'est pas un enjeu, là, d'économie à court terme. C'est vraiment un enjeu
d'efficience, là. Ces réseaux-là ont des liens extrêmement importants. On ne
veut pas multiplier — il
me semble que la population nous comprend très bien là-dessus — les
ministères pour des raisons, disons, symboliques.
L'efficience, ça a été le principal argument pour faire ces changements.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Mme la députée de Joliette.
Hivon : Je
comprends que le ministre peut ne pas être en mesure de nous déposer ça
séance tenante, mais s'il est possible d'envoyer ces estimés-là à la
présidence, ce serait fort apprécié.
Blais : Sincèrement, il n'y a pas d'estimation de ça. L'enjeu n'était pas là. On n'a pas
dit : On va économiser, voilà, un demi-million de dollars si on le
fait, etc. L'enjeu, là, c'était ces réseaux-là, hein, ces réseaux-là, qui sont
des réseaux contigus, qui ont des missions complémentaires... elles puissent
interagir, ils puissent interagir.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Mme la députée Joliette.
Hivon : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, je note que ce n'est pas pour une question
d'économie.
Je vais maintenant passer à la question des
indemnités données à la haute direction. Bien sûr, le ministre a vu, tout comme
nous — et
je pense qu'il en a été tout autant indigné — la nouvelle, hier, comme quoi
le recteur de l'Université Bishop's, une université, donc, de moins de
3 000 étudiants — ce
qui veut dire une université avec une population étudiante plus petite que des
gros cégeps, donc, du Québec — venait de consentir, donc, une indemnité
bonifiée significativement pour son recteur, donc, une indemnité qui doublerait
au départ de son recteur pour atteindre plus de 620 000 $, et ça,
bien sûr, c'est sans tenir compte du fait que ce recteur a un salaire annuel de
280 000 $ par année.
J'ai noté avec satisfaction la réaction du
ministre hier. Je pense qu'on peut tous convenir, particulièrement dans le
contexte d'austérité actuel, avec des coupes de 270 millions dans le
réseau en deux ans, avec des services qui sont touchés, avec un déficit à
l'université de 2,4 millions pour l'année dernière, que c'est une hausse
complètement indécente.
Ceci dit, j'aimerais savoir ce que le ministre
entend faire pour empêcher que ce changement de conditions puisse avoir lieu.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Blais : Peut-être comprendre
pourquoi j'étais si choqué par ce que j'ai lu dans les journaux... J'attends,
maintenant, toujours de le vérifier, mais je pense que ce que j'ai lu dans les
journaux était tout à fait crédible. Donc, la raison pour laquelle j'étais
choqué, tout d'abord, bien sûr, on parle de la taille, je pense, avec raison,
du niveau de responsabilités, là, d'une université comme Bishop's, mais aussi
le fait qu'on est dans un contexte où on demande à tout le monde de faire des
efforts et on demande aussi, on ne le nie pas, là, au réseau universitaire,
collégial de faire des efforts. Et, quand on arrive avec ce type de situation là,
eh bien, ça a un effet, disons, ça a un impact... ça crée un schisme du point
de vue de la solidarité, là, entre les citoyens. Les citoyens ne comprennent
pas exactement ce qui se passe, pourquoi il y a ceux qui sont sensibles, et
ceux à qui on impose des règles, et ceux qui semblent, disons, vivre dans une
bulle différente.
Et la situation de Bishop's est d'autant plus
inquiétante que Bishop's fait des représentations auprès du gouvernement depuis
au moins un an, sinon davantage, pour qu'on les aide, par voie législative, à
sécuriser leur régime de retraite. Et en
plus ils nous disent : Vous savez, c'est très dur les compressions, on ne
sait pas comment on va réussir à y arriver. Donc, c'est la raison pour
laquelle j'étais choqué de ce que j'ai lu.
Maintenant,
j'ai demandé à parler non pas au recteur de Bishop's, mais au président du
conseil d'administration parce que
cette décision-là, elle vient du conseil d'administration, elle a été
nécessairement, là, mise en place par le conseil d'administration dans
un contrat initial ou un contrat secondaire. C'est ce que je veux vérifier avec
le recteur, essayer de communiquer avec lui, essayer de communiquer avec nous...
Blais : ...le président du C.A., pardon, et on doit lui parler,
peut-être dans les prochains jours; il est à l'extérieur du pays. Mais,
je le répète, cette situation-là, elle est inexplicable, en tout cas pour le
moment.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Joliette.
Hivon :
Parce qu'à nos yeux c'est vraiment un changement de conditions à la
rémunération, c'est vraiment de faire
quelque chose indirectement. Du fait qu'il est renouvelé, on vient, en fait,
doubler la prime en disant : Parce qu'il va faire cinq ans de plus, bien, dans le fond, il aura deux ans de prime
de séparation, donc ça paraît clairement comme une modification aux
conditions de traitement après mandat. Et le ministre n'est pas sans avoir,
parce qu'il y a un autre dossier dont on a
parlé, dont on va reparler, qu'il y a des règles maintenant claires qu'on a
mises de l'avant, à savoir que le ministre doit être informé, il doit
autoriser de tels changements.
Donc, ma
question est toute simple : Est-ce que le ministre s'engage, donc, à ce
que cette situation-là ne puisse pas avoir
cours et qu'elle soit corrigée au nom, je pense, aussi de la saine gestion des
fonds publics et du respect des règles, hein, du respect des règles,
tout simplement?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci. M. le ministre.
Blais : Alors, je vais répondre assez clairement, je crois, là. Oui,
je m'engage à prendre tous les moyens à ma disposition. Il faut comprendre que les universités — notamment pour celle-ci, mais les autres, au
fond, des universités à charte — qu'ils ont une autonomie de décision, mais
en même temps... Effectivement, là, nous avons maintenant une règle
budgétaire qui contrôle, hein, les augmentations, donc la rémunération globale
des dirigeants des universités. Il est possible
que cette règle budgétaire ait été enfreinte, comme ma collègue le dit, donc
c'est un des premiers éléments que l'on va vérifier, mais on va prendre les moyens à notre disposition, là, pour
corriger la situation, c'est sûr. Ces moyens-là ne sont pas infinis, il faut le reconnaître, hein,
donc... Les recteurs ne sont pas des employés du ministère de
l'Éducation, c'est des
dirigeants d'organisations avec qui nous collaborons. Mais cependant nous avons
un certain nombre de moyens et de règles budgétaires que... et nous
allons évaluer si on peut les appliquer dans ce cas-là.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Mme la députée de Joliette.
Hivon : Mme la Présidente, cela m'amène au dossier, évidemment, de la bonification, encore une fois, de la rémunération après mandat qui a été votée pour les hauts
dirigeants de l'Université Laval. C'est quelque
chose qui est sorti, qui a été rendu public, donc, par le quotidien
Le Soleil en décembre dernier. On en a parlé rapidement
lors de l'étude du quart des crédits.
Cette situation-là n'était toujours pas réglée la dernière fois, donc nous avons discuté avec le ministre. Clairement, dans ce
cas-ci, et son prédécesseur l'avait affirmé, il y a eu violation des règles,
car il y a eu bel et bien bonification
substantielle des règles d'après-mandat en faisant passer la période de trois à
six ans, sans compter qu'on a bonifié
aussi le pourcentage de rémunération après mandat. On est toujours sans
nouvelle, à savoir ce qu'il advient de cette violation des règles.
Donc,
est-ce que le ministre, aujourd'hui, peut nous dire que la situation est réglée
et que le conseil d'administration est revenu sur sa décision d'octroyer
en violation des règles, sans consentement du ministre, ces bonifications d'après-mandat?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : M. le ministre.
Blais : Alors, non cette situation-là n'est pas encore réglée. Alors,
oui pour l'essentiel, nous considérons... nous maintenons notre position, c'est-à-dire, je maintiens plutôt la position
de mon prédécesseur, hein, qu'il y a une infraction, à l'Université Laval, d'une règle budgétaire,
c'est-à-dire qu'on a essayé ou on essaie de faire indirectement ce qu'on
ne peut pas faire directement, et qu'on a
touché, donc, à la rémunération globale des cadres supérieurs de l'Université
Laval non pas aujourd'hui, mais plus tard. Donc, on a pris une décision
qui va les avantager plus tard, quand ils vont terminer leurs fonctions. Donc, notre position, et c'est celle de
mon prédécesseur, c'est que c'est une infraction à la règle budgétaire
et qu'il y aura des conséquences, comme il y a des conséquences pour d'autres
infractions aux règles budgétaires.
position de l'Université Laval, du président du conseil d'administration, jusqu'ici
est demeurée la même, que ce n'est pas une infraction. Ils maintiennent
qu'ils veulent aller de l'avant, on a jusqu'à 2017 pour s'entendre, là, parce qu'il n'y a aucune façon en ce moment, compte tenu
des règles budgétaires du ministère, d'intervenir en amont avant que les
événements... si les événements, bien sûr,
se produisent. Donc, on va suivre le déroulement des... disons, des
décisions, hein, de profil de carrière de
chacun des membres, cadres supérieurs de l'Université Laval, et, si nécessaire,
on appliquera des pénalités. On n'en
est pas là pour le moment, on parle de 2017 seulement, mais on maintient
l'échange. Et, à chaque fois qu'on
aura l'occasion d'avoir une discussion avec l'Université Laval sur une demande
ou une autre, on leur rappelle, hein, on leur rappelle qu'en ce moment
cet enjeu-là n'est pas encore réglé.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Mme la députée de Joliette.
Hivon : Est-ce que je dois donc comprendre que le ministre
se donne deux ans pour régler cette situation-là? Je l'ai vu plus rapide
sur la gâchette dans d'autres situations qu'il était.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : M. le ministre.
M. Blais :
Madame, à vrai dire, ça ne donne pas deux ans, ce sont les circonstances qui
donnent deux ans au ministre. La décision,
je pense, de mon prédécesseur a été rendue assez rapidement, elle a été
réitérée par mon prédécesseur par la
suite. Moi, je prends ce dossier-là, je le maintiens. Effectivement, les
événements nous donnent encore deux ans pour un règlement avec...
moindre coût, là, soit occasionné pour l'Université Laval.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Mme la députée de Joliette.
Hivon :
J'aurais une demande au ministre, ce serait de nous fournir l'évaluation du
montant de ce que ça représente, ces
bonifications-là. Et l'autre demande, c'est de faire preuve de leadership,
parce que je pense que c'est excessivement
grave ce qui s'est produit à l'Université Laval, comme c'est excessivement
grave ce qu'on a appris sur l'Université
Bishop hier. Ce sont des situations intolérables, qui sont une véritable gifle,
je crois, pour l'ensemble des gens dans
le réseau universitaire, qui, en ce moment, font énormément avec très peu, qui
doivent absorber des compressions, qui doivent faire des coupes dans les
programmes, fusionner des programmes, il y a des services aux étudiants qui sont diminués. Vous n'êtes sans doute pas sans
ignorer, compte tenu de votre passé à l'Université Laval, que tout cela
a occasionné beaucoup, beaucoup de
mécontentement, autant dans le corps professoral que chez les étudiants, de
voir un tel deux poids, deux mesures.
Donc, moi, je demande
au ministre du leadership parce que je pense que c'est important qu'il y ait un
signal clair qui soit envoyé pour que,
justement, des situations comme celle-là, comme celle de Bishop hier, ne se
reproduisent pas, et malheureusement ça ne
semble pas être le cas. On voit de telles situations se reproduire. Donc, nous
dire ce que ça représente comme coûts, pas obligé que ce soit
aujourd'hui, mais on aimerait avoir cette information-là. Et est-ce qu'il peut nous assurer que c'est quelque chose
sur lequel il va effectivement exercer du leadership et s'assurer que ça
ne prendra pas deux ans pour que ce dossier-là soit réglé, pour qu'un message clair
soit envoyé partout dans les hautes directions des universités?
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. M. le ministre.
M. Blais :
Bon, je pense que le leadership, il a été assumé par mon prédécesseur, je pense
qu'il avait répondu très clairement, là, à
la situation. Les mesures sont connues. Le conseil d'administration de
l'Université Laval est informé des
mesures qui pourraient être prises. Sur les coûts, maintenant, de la mesure, on
est en train de valider ces coûts-là. Il faut comprendre que c'est assez complexe parce qu'il y a une... il y a,
disons , un échantillon de possibilités, hein, c'est-à-dire selon
les choix que vont prendre les personnes qui terminent leurs fonctions. Est-ce
qu'elles vont prendre leur retraite? À ce
moment-là, zéro coût. Est-ce qu'elles vont rester à l'Université Laval pendant
une année, ou deux, ou trois? À ce
moment-là, effectivement, il y a des coûts, on peut les mesurer. Donc, ce qui
est très difficile, hein, c'est d'avoir avec assurance un coût exact. On peut faire des hypothèses, à la limite, une
hypothèse maximisante, hein, et une hypothèse minimaliste, et on est en train de valider ça avec l'Université Laval.
Moi, je l'ai déjà dit publiquement, je le répète : Les coûts sont quand même assez importants, et ça
mérite d'être connu. Donc, quand on aura plus d'informations là-dessus,
on pourra les rendre publiques.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Mme la députée de Joliette.
Hivon :
...pour se donner un échéancier, parce que, des fois, il y a de bonnes
intentions, mais, si c'était possible de
nous transmettre l'évaluation qui est faite d'ici la fin de la session, ce
serait fort apprécié, Mme la Présidente.
Je passe donc à un
autre dossier, celui de la démocratie étudiante. Donc, écoutez, avec les
événements et la mobilisation étudiante
qu'on a vus au cours des dernières semaines, des derniers mois, il y a une
question qui est revenue avec
beaucoup d'insistance à l'avant-scène, c'est celle de la reconnaissance et de
l'encadrement du droit de grève étudiant. C'est quelque chose sur quoi, nous, comme opposition officielle, nous
nous sommes positionnés au mois de mars en disant qu'il était temps qu'on se penche sur cette
question-là, et qu'on l'aborde de front, et que, oui, nous étions d'avis que
ce droit-là devait faire l'objet d'une reconnaissance, et que cela sous-tendait
un encadrement.
ministre n'est pas sans savoir que, dans la foulée des événements du printemps
2012, il y a eu beaucoup de voix qui ont réclamé la reconnaissance plus
formelle de ce droit-là qui est reconnu depuis plus de 50 ans de facto de manière informelle, et ce n'est pas, je dirais,
l'apanage de groupes de gauche, de droite, de centre. On a vraiment vu
des gens de toutes tendances demander cette
reconnaissance et cet encadrement à la lumière d'une judiciarisation de plus en
plus grande, à la lumière de conflits qui
placent les directions des établissements dans des situations souvent très,
très difficiles, des situations où la
démocratie étudiante aussi en pâtit alors que nous avons une loi en bonne et
due forme qui reconnaît la force de cette démocratie étudiante, des
associations étudiantes.
rappelle donc au ministre que le rapport Ménard venait faire cette
recommandation-là, qu'on a des gens aussi, donc, diversifiés comme spectre que des gens comme Josée Boileau d'un
côté, Michèle Ouimet, on a aussi Brigitte Breton, plusieurs éditorialistes. On a aussi des gens
comme Lise Ravary qui ont fait ces mêmes demandes. On a la Fédération
des cégeps, le recteur de l'UQAM, encore
tout récemment, qui le demandait, les associations étudiantes que sont la
FECQ, la CADEUL, la FAECUM. Donc, il y a une
demande très importante à cet égard-là, et j'aimerais savoir si le ministre
est prêt à considérer cette reconnaissance et cet encadrement du droit de grève
étudiant.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : M. le ministre.
Blais : Alors, non, pas du tout, pas du tout. Il y a plusieurs raisons
pour cela. Il faut comprendre tout d'abord qu'il y a des choses qui ont été reconnues de fait, là, il faut faire
très attention à ça. Je connais des comportements qui ont été reconnus de fait pendant longtemps et à
qui on a dit un jour : Ça suffit, il faut arrêter, il faut changer les
choses, là.
Donc, il faut bien
comprendre que... en tout cas, à notre connaissance, ce droit-là n'existe nulle
part dans le monde, alors on innoverait au Québec, ce serait toute une
innovation, hein?
D'ailleurs,
comprenons bien, ce qui est en jeu, ce n'est pas de reconnaître le droit de
manifester, ce n'est pas de reconnaître,
dans le cas des manifestants français, de dire : Nous sommes en grève. Donc, finalement,
les étudiants français boycottent,
s'en vont à l'extérieur : Nous sommes en grève. L'enjeu, ce n'est pas le
droit de manifester, bien
entendu, là. L'enjeu, c'est qu'on ne connaît
pas d'endroit dans le monde où une association étudiante reconnue comme telle, par une
loi, hein, a entre les mains un processus juridique qui définit les étapes à
franchir et qui lui permettrait d'empêcher une
partie de ses membres, de son association, d'étudier. On ne connaît pas ça nulle part dans
le monde. Je vous invite à... Parce
que ça existe peut-être,
qui sait? Hein, il y a des sociétés qui font des erreurs parfois. Ça existe peut-être,
mais il faut nous le dire. On n'a trouvé ça nulle part dans le monde. Pourquoi?
Parce que l'éducation, c'est un droit fondamental.
je reconnais, hein, j'en ai été le premier témoin pendant toutes mes années à l'université, je reconnais qu'il y
a eu des pratiques, il y a
eu une formidable confusion des gens là-dessus depuis au moins une quarantaine d'années. Et
je reconnais aussi qu'il y a un changement très clair dans la population sur
ces questions. Manifester? Oui. Empêcher l'accès
de façon sécuritaire à des locaux, à des établissements d'enseignement? Non. Ça, c'est la ligne de démarcation,
je pense, qui nous oppose. C'est normal qu'il y ait des oppositions en démocratie,
mais je pense que c'est vraiment la ligne de démarcation.
Présidente (Mme Rotiroti) : Le bloc est fini, Mme la
députée de Joliette.
Vous allez... l'occasion de revenir cet après-midi.
Alors, avant de passer
la parole au bloc du gouvernement, après vérification, je vous propose de
terminer nos travaux ce matin à
13 h 12 et celle de cet après-midi à 18 h 12. Est-ce que
j'ai le consentement? Parfait. Merci. Alors, je passe la parole
au député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci,
Mme la Présidente. M. le ministre, collègues de l'opposition, la députée de Joliette,
M. le député de Chambly, chers collègues du côté ministériel,
les membres du cabinet du ministre, l'équipe ministérielle. Bon, moi, j'ai le devoir, le plaisir de déclencher
la période des questions plantées. Je vais faire mon tout pour que ce
soit spontané, productif et fructueux.
Je propose
qu'on parle du rapport Demers sur le réseau collégial, une contribution très
importante, importante à l'avenir de
cette instance unique en Amérique du Nord, dont j'ai toujours cru qu'on peut
être très, très fiers. Dans un premier temps,
j'ai eu le plaisir de témoigner devant cette commission, et leurs délibérations
étaient très intéressantes, et les fruits de leurs délibérations et leur
rapport aussi. Et on parle d'un réseau, comme je dis, dont je crois qu'on peut
être très fiers. C'est un moteur de
développement régional, une instance qui donne des résultats très intéressants
et une innovation, bon, qui date
d'une bonne génération déjà, mais une initiative qui est très porteuse pour les
jeunes du Québec, qui, à la fois, leur offre
toutes sortes d'options très rigoureuses et intéressantes et aussi
l'opportunité de s'explorer, de se découvrir, de s'ouvrir à toutes
sortes d'autres possibilités.
Moi, mon
parcours date d'un certain temps, mais ça a été une période de deux ans très,
très clé dans ma vie, dans les années, il faut que je l'assume, 70, et
où, en plus de mes cours qui étaient très enrichissants, j'ai eu l'opportunité
de devenir le rédacteur du journal étudiant, ce qui m'a amené à étudier le
journalisme et à travailler comme journaliste au
Gazette , comme journaliste, comme la moitié, de toute évidence, des
nouveaux députés de l'Assemblée nationale, et aussi, même, si je me souviens bien, de participer et même organiser un
boycott ou deux dans mon temps. Mais, bon, on était dans une autre génération. Et tout cela pour dire que c'est une
expérience enrichissante. Et je crois que ça a continué de l'être et de
porter fruit à nos jeunes et à notre économie en général.
Mais, bon,
voilà un réseau qui est très diversifié par la taille de ses établissements,
par la situation de concurrence entre
certains d'entre eux, par le relatif
isolement d'un certain nombre, par le milieu économique dans lequel ils évoluent ou encore par la composition démographique de leur région, tout cela qui
rend intéressant et important d'examiner le réseau comme il faut.
La réalité du
cégep de ma région n'est certainement pas la même que celle de mes collègues,
bon, de Lotbinière, Sept-Îles,
Trois-Rivières, Chibougamau. Évidemment, les conditions régionales ont toutes
un impact sur le rôle du cégep du coin.
Les cégeps ont donc une certaine flexibilité sur les programmes offerts, ainsi
ils sont capables de répondre au marché du travail en s'assurant que leurs programmes collégiaux répondent aux
nouvelles exigences. Le rapport final du guide Demers, déposé en octobre 2014, fait plusieurs constats dans l'objectif
d'améliorer l'enseignement collégial. Le rapport fait état d'un certain nombre d'éléments importants à
noter. Dans un premier cas, la diminution de près de 22 000
étudiants du réseau collégial, entre 2013 et
2019, une autre illustration de notre défi démographique qui s'impose partout
et dont le gouvernement prépare les
réponses, surtout quand on parle de l'adéquation formation-emploi, mais on voit
les retombées de ce défi démographique dans ce réseau aussi.
Le rapport
parlait de la répartition inégale des étudiants sur le territoire québécois,
l'évolution rapide de la société québécoise et les besoins changeants du
marché du travail tel que je viens de le mentionner. Au total, plus que
450 000 emplois nécessitant une formation technique de niveau collégial
devront être comblés au cours de la période 2013‑2022.
Alors, évidemment, un examen de proche de nos façons de faire s'impose. Le
rapport Demers donne suite à ces réflexions avec des recommandations à
la fois intéressantes et, il faut le dire, audacieuses. À
titre d'exemple, de remplacer graduellement la compensation financière
accordée aux cégeps, dont l'effectif est en baisse, par un mode de financement par projets; de permettre aux collèges
de substituer un certain nombre de compétences dans le cadre d'un programme de diplôme d'études collégiales
techniques, le DEC; d'explorer le développement de nouveaux parcours de
formation; de convenir du rôle des partenaires et du ministère dans la gestion
de l'offre de formation continue pour répondre
aux besoins croissants en main-d'oeuvre; s'assurer que les collèges puissent
répondre aux besoins de formation de
base des candidats et candidates en programme d'AEC, en littéracie,
encadrement, soutien à la réussite. Bon, alors, il y a du stock dans ce
rapport, Mme la Présidente.
J'aimerais
inviter le ministre, dans un premier temps, j'aurai une question à suivre, mais
de nous dire comment il accueille les recommandations de ce rapport.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le député de D'Arcy-McGee. M. le ministre.
Blais : Donc, je dois dire que je les accueille positivement, comme
mon prédécesseur, d'ailleurs, a accueilli les recommandations du rapport Demers de manière très positive, à tel
point qu'il a mis sur pied un comité de travail, qui est coordonné par Mme Nicole Rouillier, qui
elle-même est une ex-directrice de cégep, du collège Marie-Victorin.
Alors, ce groupe de travail, constitué de six personnes... pardon, ce groupe
est subdivisé ensuite en six sous-groupes, qui travaillent sur les objets suivants : d'abord, un sous-groupe sur
les questions pédagogiques elles-mêmes, vous savez que le rapport Demers, je vais vous en parler tout à
l'heure, est en forte demande là-dessus pour, disons, donner un peu plus
de souplesse, là, au collège, dans le
déploiement de leurs programmes; la formation continue; l'enjeu de
l'internationalisation, pourquoi?, parce que l'internationalisation des
programmes peut permettre aux collèges — ça se fait déjà au Québec, même en région, il faut le souligner — d'aller chercher des nouvelles clientèles,
parce qu'en arrière-fond du rapport Demers, il ne faut pas se le cacher, il y avait l'enjeu ou le risque des
collèges en région qui subissent et qui vont subir, dans les prochaines
années, en tout cas, un glissement de leurs effectifs. Donc, il fallait aussi
trouver des solutions pour qu'on puisse stabiliser la situation du point de vue
financier, mais qu'on puisse leur permettre de faire des développements qui
sont des développements, là, auxquels ils ont un accès si on leur donne une
plus grande liberté d'action.
quatrième sous-groupe est sur le financement et sur la carte des programmes. Je peux vous dire que c'est
un enjeu clé, parce que tous ceux qui ont un
peu joué sur ces questions, la carte des programmes, c'est le pain, et le
beurre, et la survie,
dans certains cas, de certains collèges, notamment, et pas
exclusivement en région. L'offre de programmes au Québec,
dans les collèges, est fortement contrôlée pour différentes raisons, hein, des
bonnes raisons, et l'enjeu, c'est de savoir
s'il est possible de ou bien modifier a carte ou bien de libéraliser, disons,
indirectement ou directement, là, cette offre de programmes. Et je peux vous dire que, là-dessus, c'est un enjeu
extrêmement important. Il y va, à la fois, de la survie... dans
certains cas, la survie, c'est peut-être un grand mot, mais, en tout cas, du
développement, là, de certains collèges,
mais il y va aussi à la fois de l'adéquation entre la formation, là, et
l'emploi. Parce que, dans le fond, si des collèges ont en main, pour des raisons historiques, des
programmes qui n'ont peut-être pas lieu d'être situés, au point de vue
de la de la situation socioéconomique des
emplois, là, qui sont offerts ou les emplois potentiels, à tel endroit mais qui
devraient plutôt être tel endroit, parce que
la connexion avec le marché du travail serait plus grande, est-ce qu'on peut
faire évaluer, disons, l'héritage
historique, là, de la carte des programmes? Donc, vous comprenez que c'est un
enjeu important, mais c'est important
à la fois pour les collèges eux-mêmes, mais aussi pour notre développement
économique. Il faut s'assurer que les
programmes soient situés le mieux possible à l'endroit où le développement
économique qui se rapproche, là, de l'offre de formation, là, se fait.
deux autres sous-groupes, le sous-groupe sur la formation à distance, parce que
ça aussi, il y a une demande très
forte — moi, je
le sais par mon ancienne vie parce que j'ai participé beaucoup à des
développements en formation à distance — et le sous-groupe sur les
changements réglementaires et législatifs...
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de
D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Je comprends que le ministre ne va pas préjuger le
travail de ces groupes, mais je
l'inviterais, si je peux, à nous parler un petit peu de deux des
recommandations que, comme je dis, sont audacieuses, ça apporterait des
changements importants. Mais, quand on parle d'un autre système de financement,
finalement, de compenser les cégeps, surtout
en baisse, de façon différente, par bilan de programme par programme et
aussi par beaucoup d'inciter les cégeps à se réconcilier avec cette compétition,
des fois — même
en région, même à Montréal — entre cégeps et commissions scolaires quand
il s'agit de formation professionnelle et formation technique, il semble qu'on ait deux enjeux très importants dans
ces deux choses-là, cette problématique de financement et la concurrence.
J'aimerais inviter, Mme la Présidente, le ministre d'élaborer sur ces deux
sujets-là.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. M. le ministre.
Blais : Oui. Il y a une double concurrence au niveau de la formation
professionnelle. Notamment, il y a une concurrence,
disons, entre le niveau secondaire de formation et une concurrence... et le
niveau technique, bien entendu. Une
des raisons... ce n'est pas la seule, mais c'est une des raisons importantes
pour lesquelles on a décidé de réunir les deux ministères, pour faire en sorte qu'on trouve des solutions, là,
durables à cette concurrence dont, finalement, les élèves, aujourd'hui, en formation professionnelle sont les
principaux perdants, parce qu'ils ont parfois de la difficulté à s'y retrouver,
il faut bien le reconnaître.
ensuite, une autre concurrence entre les collèges eux-mêmes au niveau, bien
sûr, de l'offre de formation et la carte et ceux qui ont les privilèges
d'avoir, disons, entre les mains — pour des raisons historiques, pour des
raisons d'opportunité, là, simplement, ce
qu'on appelle une rampe de situation — un programme qui attire et ceux qui n'ont
pas à leur disposition, disons, les mêmes opportunités.
Ici,
c'est l'enjeu de la formation professionnelle. Et pourquoi le rapport Demers
insiste autant sur cet aspect-là et
pour, disons, le développement, là, notamment, des cégeps en région? C'est que
les entreprises, notamment les PME situées
en région sont en besoin de main-d'oeuvre qualifiée, hein? Quand on fait le
tour du Québec, on va voir les PME : Quelle est votre principale difficulté? C'est toujours étonnant :
main-d'oeuvre qualifiée. Même à des endroits du Québec où le chômage,
quand même, est un peu plus prégnant qu'à d'autres endroits, main-d'oeuvre
qualifiée, parfois un secondaire V professionnel ou encore, d'autres fois, une
technique.
Donc,
les entreprises du Québec, plus que jamais, sont prêtes à investir, à se
rapprocher du milieu de formation professionnelle,
à offrir, qui sait, des bourses à des étudiants, à offrir, qui sait, davantage
d'opportunités d'accueillir tôt dans
la formation, plus tôt que maintenant, des stagiaires. Donc, il y a une
opportunité, donc, de collaboration plus grande entre le réseau scolaire, et en particulier, mais pas exclusivement,
bien sûr, le réseau scolaire professionnel, et le milieu du travail pour des complémentarités qui
permettraient ou bien, dans certains cas, de faire des économies, parce que,
bien sûr, si une
partie de la formation de
plus en plus importante se fait en entreprise ou dans des organisations, vous n'avez pas besoin, hein, dans les cégeps ou dans les collèges, d'acheter des
machines coûteuses pour faire la formation — les machines les plus récentes, ça tombe
bien, elles sont en entreprise à quelques kilomètres, parfois, seulement, là,
du collège — mais aussi des nouvelles entrées d'argent, des
nouvelles entrées de possibilités qui vont directement dans les
poches des étudiants.
Donc,
ça, c'est tout l'enjeu. Et c'est la raison pour laquelle, à l'intérieur du
dernier budget du gouvernement, on a pris
l'engagement, disons, assez important, un changement, là, presque de paradigme,
d'augmenter, à l'intérieur de la formation professionnelle, la présence
les stages ou la durée des stages à l'intérieur de la formation. Aujourd'hui,
la durée moyenne ou la place moyenne des
stages dans une formation professionnelle est autour de 20 %. Notre
engagement, c'est de travailler à
l'augmenter progressivement pour atteindre 50 %, ce qui est un enjeu extrêmement important du point de vue,
hein, du curriculum, du point de vue de la façon dont la formation va être faite et du
rôle — et
ça, c'est important de le souligner — des enseignants.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci,
M. le ministre. Alors, M. le député D'Arcy-McGee, il vous reste 5 min 45 s.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. Dans un premier temps, je trouve ça très important et
intéressant d'entendre le ministre
parler de son optimisme que les entreprises vont être au rendez-vous. Parce que, souvent, dans mes rencontres
préalables en étant adjoint parlementaire au premier ministre pour ce qui a
trait à l'adéquation formation-emploi, on
entendait des groupes divers, leurs inquiétudes que ça continuait à travailler
en silo, que le monde de l'emploi ne parlait pas au monde l'éducation, que les entreprises, souvent, se plaignaient
soit de ne pas être équipées pour participer dans cette adéquation ou ne
se donnaient pas la tâche, s'attendaient à recevoir des employés tout à fait
prêts au travail quand il y a une formation
d'appoint, en milieu de travail, qui s'impose, même si les cégeps travaillent à
leur maximum. Alors, je suis encouragé d'entendre le ministre là-dessus.
Si je peux
inviter le ministre de parler d'une autre recommandation que j'ai mentionnée, parce que ça serait, en quelque part, un virage, il me semble, très
légitime, mais qui risque de ne pas être nécessairement facile pour les
cégeps... Quand on parle de l'idée d'aider surtout les candidats aux programmes
d'attestation d'études collégiales, les A.E.C., à se préparer et à maîtriser leurs capacités en ce qui a trait à la littéracie,
soutien à la réussite, et tout ça, c'est une mission, comme je dis, de ma lecture, tout à fait légitime et dont j'imagine que les cégeps vont être à la table, mais, quand même, un virage en quelque part...
J'aimerais avoir les commentaires du ministre là-dessus.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Oui. Merci, M. le député de D'Arcy-McGee. M. le ministre.
M. Blais : C'est sûr que...
La Présidente (Mme Rotiroti) :
En 3 min 50 s.
M. Blais : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Donc, c'est sûr que les collèges... tous les niveaux, hein, tous
les niveaux de formation, du primaire à l'universitaire, ont une obligation, je
dirais, morale, hein, de défendre la langue française
ou de faire en sorte que les élèves, que les étudiants la parlent le mieux
possible, l'écrivent le mieux possible aussi.
On doit tous faire des efforts dans ce sens. Moi, je me rappelle, dans mon
ancienne vie, je corrigeais assez sévèrement le français, et les étudiants me reprochaient... ils disaient : Écoutez,
non, ce qui compte, ce sont les idées, là, ce n'est pas mon français. Et je défendais toujours
le même principe, c'est qu'il n'y a pas la langue d'un côté et la pensée de
l'autre, hein? Alors, c'est une image qui
est souvent répandue, là, que les deux sont séparés. La pensée, c'est la
langue. Quelqu'un qui n'a pas le
vocabulaire qui est approprié, hein, ne peut pas formuler sa pensée, hein, donc
on ne sait pas si elle existe, il ne peut pas la formuler. Et en plus l'amélioration
du vocabulaire nous permet d'apporter des nuances et de nourrir la nuance à
l'intérieur de notre pensée. Donc, ça doit se faire à tous les niveaux et au
niveau collégial, certainement.
Je sais qu'il
y a eu des discussions, après le rapport Demers, sur la place de l'enseignement
du français ou quel type
d'enseignement, quelle approche pédagogique on devrait utiliser, notamment avec
les personnes qui sont en formation professionnelle,
qui n'ont peut-être pas un intérêt, disons, spontané pour la littérature
québécoise, par exemple, mais qui doivent
quand même, hein... on doit faire en sorte qu'ils soient des citoyens complets
et qu'ils aient les outils nécessaires de la langue française, là, pour
réaliser leur projet de vie professionnelle et leur projet de vie personnelle.
Donc, je suis
conscient qu'il y a eu des débats là-dessus. J'ai vu des spécialistes de
l'enseignement intervenir d'un côté
ou de l'autre, mais il faut réitérer qu'à tous les niveaux, hein, même au
niveau le plus élevé, le niveau universitaire, l'enjeu de l'enseignement, de la qualité du français est une priorité.
C'est une priorité, je pense, pour le Québec, compte tenu de sa fragilité, là, culturelle sur le
continent nord-américain, mais c'est une priorité pour chaque individu parce
que ça nous aide à penser autrement, ça nous aide à nuancer autrement, puis
c'est une nécessité pour l'émancipation, tant individuelle que collective.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le ministre. M. le député
de D'Arcy-McGee, il vous reste une minute, je ne sais pas si vous avez
un commentaire.
M. Birnbaum : Peut-être on peut
l'ajouter à notre prochain bloc? Merci.
Présidente (Mme Rotiroti) : Oui, pas de problème, merci
beaucoup. Alors, on va passer au bloc du deuxième groupe de l'opposition. Je voulais juste vous
assurer, M. le député, que votre temps qui n'a pas été utilisé pour vos
remarques préliminaires sera réparti dans vos blocs de cet après-midi.
Alors, je vous cède la parole, M. le député de Chambly.
M. Roberge : Pour combien de temps,
à ce moment-ci? Excusez-moi.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Ah! vous avez un bloc de 20 minutes.
Roberge : Merci beaucoup. Je vais m'attarder ce matin, pour commencer,
sur un sujet dont ma collègue a parlé tout à l'heure — elle
a parlé du sujet des grèves étudiantes, donc des mouvements de contestation et
de ce dont on a entendu parler au cours des derniers mois — peut-être
sous un angle différent. Je comprends vraiment, je comprends vraiment la colère de nombreux étudiants
universitaires en ce moment. Je comprends aussi la colère d'étudiants des
cégeps, mais je pense particulièrement aux
étudiants qui sont à l'université, parce que nous sommes en 2015, et donc
beaucoup d'étudiants qui sont aujourd'hui à l'université
étaient dans nos collèges, dans nos cégeps en 2012, hein, alors qu'il y
a eu ce grand bouleversement et ces
élections. Et donc, juste avant les élections, on a connu ce qu'on a appelé le
printemps érable. On peut l'appeler comme on veut, mais il y a eu des
bouleversements importants, et ça a brassé, et c'était face à un gouvernement libéral qui avait certains
défauts, certaines qualités, avait quelque chose, une qualité, par contre,
qui était de dire : On a un problème de sous-financement dans nos
universités. Ça a parti de là. La solution trouvée a été d'augmenter de façon très brusque les frais de
scolarité, mais ça partait quand même d'un constat qu'on avait un
problème de sous-financement dans les universités. Je pense qu'il faudra le
ramener plus tard dans la journée, ce problème du sous-financement qui était
reconnu en 2012.
Et les étudiants et beaucoup de gens de la
société civile ont arboré ce petit carré rouge pour dire... beaucoup voulaient, là, carrément la gratuité scolaire au
cégep et à l'université, ou à tout le moins un gel. Ils ont trouvé des
alliés, à cette époque-là, en 2012, au Parti
québécois. Beaucoup de gens au Parti québécois ont arboré ce carré rouge. Celle
qui allait devenir première ministre a
arboré un carré rouge, a tapé de la casserole. Et, pendant la campagne, on ne
l'a jamais entendu parler contre le
gel, on ne la sentait pas nécessairement engagée vers la gratuité, mais elle
était bien contente, là, de fédérer cette contestation.
Une fois au
gouvernement, on a entendu une phrase qui est devenue célèbre :
L'indexation, c'est le gel. Je ne pense pas que des étudiants, là, qui portaient le carré rouge et qui
manifestaient en 2012 avaient ça en tête, «l'indexation, c'est le gel»,
vraiment pas. Et je pense que beaucoup se sont sentis floués à cette époque-là.
Et, depuis ce temps-là, bien, c'est une
succession, peut-être, de mauvais
sentiments parce que, depuis ce temps-là, il y a eu dans ce
gouvernement-là des coupures dans les universités, et on en a eu encore et
encore.
Donc, quand
je dis : Je comprends la colère de nombreux étudiants dans les collèges,
aujourd'hui, qui voient leurs collèges,
des fois, précarisés, qui ont de la misère à remplir leur mission, puis qui
voient que, depuis trois ans... Disons qu'ils ont raison d'être cyniques. Ça les amène, dans certains cas — mais des fois ce n'est pas des
étudiants — on le
sait bien, à poser des gestes, par
contre, que je ne cautionne pas, que je ne cautionnerai jamais, que mon parti
ne cautionnera jamais non plus. Il
faut faire attention, là. La limite est très importante. Parce que, je le
réitère, le droit de protester, de s'exprimer, de faire des pétitions, des marches, le droit — j'ai presque le goût de dire «le
devoir» — de voter
et même d'investir les partis politiques,
c'est important. Même, je vous dirais, le droit de sécher ses cours, le droit
de ne pas aller à ses cours, écoutez, ce n'est peut-être pas la plus
sage des décisions, mais on a le droit de faire ça.
Je ne pense pas par contre qu'on a le droit
d'empêcher des gens de circuler, d'empêcher des gens d'étudier, d'empêcher des gens, eux, d'avoir accès à leurs
cours, hein? Puis ce n'est pas parce que nous, on veut s'exprimer pour
ou contre quelque chose qu'on peut empêcher
d'autres personnes d'étudier. Sauf que ça arrive, c'est arrivé cet hiver. On
pense à ce qui s'est passé au cégep du Vieux
Montréal, à ce qui s'est passé à l'UQAM, à ce qui s'est passé aussi à
l'Université Laval et dans d'autres
universités. Et je vous le dis, là : Je pense que ça va arriver l'automne
prochain aussi parce que cette colère-là dont je vous ai parlé, là, elle
ne s'est pas envolée. En tout cas, je ne vois pas pourquoi tout à coup les gens seraient satisfaits spontanément comme ça. Et
ma question pour le ministre, c'est : Puisque... Et je pense que lui
et moi, on partage cette valeur qu'est
l'éducation, de dire : Les jeunes ont droit à l'éducation, les étudiants,
en fait, jeunes et moins jeunes, peu
importe, ont ce droit à l'éducation. Mais qu'est-ce que le ministre entend
faire, alors, pour leur garantir ce droit à l'éducation?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le député de Chambly. M. le ministre.
Blais : Et ce droit à l'éducation, pour compléter, est d'autant plus
important que — et moi,
j'étais aux premières loges pour le
constater — les
grands perdants de ces conflits-là, de 2012 ou du passé, les grands perdants,
c'est toujours les étudiants les plus
faibles, ceux qui ont plus de difficultés, ceux qui ont besoin de tous leurs
cours, ceux qui ne passeront pas sans ça. Ça a toujours été les plus
grands perdants de ces conflits-là, donc, pour compléter.
Alors,
écoutez, les moyens à notre disposition, là, il me semble, sont les
suivants — si vous
avez des propositions, en tout cas,
je vais être très, très heureux de les entendre aujourd'hui, hein, si vous avez
d'autres propositions : tout d'abord, d'être clairs au niveau des principes, hein? Je pense que nous l'avons
été. Nous ne croyons pas à ce droit; il n'existe nulle part dans le monde, en tout cas dans la façon dont
les gens veulent l'entendre. Nous n'allons pas légiférer en la matière pour le reconnaître d'aucune façon, hein? Ensuite,
les rattrapages, hein, ou les cours de rattrapage nécessaires ne seront pas financés par les contribuables. Ce n'est pas
vrai que les contribuables ont payé une première fois et vont payer une
deuxième fois. Ensuite, c'est de rappeler, et je sais que c'est difficile pour
les établissements, mais c'est de rappeler qu'ils
ont tous les pouvoirs entre les mains aujourd'hui. Et, moi, il n'y a pas un
établissement qui m'a demandé plus de pouvoir, de légiférer pour
augmenter le pouvoir des établissements d'intervenir, hein? Ils reconnaissent
qu'ils ont le pouvoir d'intervenir. Ils ont un règlement des études, ils ont un
règlement disciplinaire et ils ont des règles de bonne conduite. Et ils peuvent même aller — et ils l'ont fait cette fois-ci, ils l'ont
fait dans le passé — à des
injonctions pour s'assurer, hein, que ça prenne fin et puis que l'accès
puisse être rétabli.
Pour le moment, personne ne m'a demandé d'autres
pouvoirs, là, que ceux qu'ils ont déjà entre les mains. Au contraire, ils veulent, hein, éviter d'être, d'une
certaine façon, mis en tutelle par le gouvernement ou mis en tutelle,
disons, sans le mot, là, dans une intervention
qui serait, disons, trop forte de la part du gouvernement. Mais, si mon
collègue a des suggestions, je serais très heureux de l'entendre.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Chambly.
Roberge : Je comprends qu'il
y a peu ou pas d'institutions qui ont appelé le ministre en disant : Nous
avons besoin davantage de pouvoirs. Peut-être
parce qu'il appartient au gouvernement d'être proactif dans cette situation,
parce que ça me semble un peu facile de
dire : Nous sommes pour le droit à l'éducation et advienne que pourra,
parce que c'est ce qui s'est passé
cet hiver. Écoutez, au-delà de dire que nous sommes en faveur...
Enfin, le gouvernement disait : Nous voulons que les étudiants étudient, et voilà, mais
il est à prévoir que, si rien ne change dans les consignes, dans les
lois, dans les structures, bien, rien ne changera non plus dans les façons de
manifester, dans les façons de s'exprimer et d'empêcher
d'autres étudiants, de bloquer l'accès, de faire du vacarme. Le ministre
sachant que le droit va être bafoué, comment peut-il se contenter que de
répéter toujours cette même phrase : Les étudiants ont droit à
l'éducation? Il me semble que ça manque de leadership.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : M. le ministre.
Blais : Je suis très
intéressé par la conversation, hein, donc, si mon collègue a des propositions à faire pour changer l'état
des choses... Je rappelle que tout ça découle d'une confusion des genres qui
dure depuis 30 ou 40 ans. Et je crois que 2012 a changé beaucoup la
teneur de cette confusion des genres.
Moi,
il y a une quinzaine d'années ou 20 ans, j'en suis venu à la conclusion
très personnelle, hein — et
j'étais un être isolé à ce moment-là — que
ça ne pouvait pas exister, ce droit-là. Et, en 2012, il y a des
personnalités... il y a des juges,
etc., qui disent : Mais, écoutez, ça n'a aucun sens, ça n'existe pas, où est-ce
que vous allez chercher ça? Et bien sûr je pense que cette idée, qui est
fondamentale, pour un jour passer à autre chose, un jour... cette idée, elle
progresse en ce moment au Québec. Je suis content, là, qu'il y a un parti maintenant
à l'Assemblée nationale, hein, qui appuie clairement cette idée-là.
Maintenant, ce qu'il
nous reste, c'est au niveau des moyens. Comment on peut faire progresser cette
idée-là et faire en sorte — vous
avez raison — que
les droits soient respectés? Pour le moment, ce que je vois, c'est que les établissements ont les pouvoirs nécessaires.
Vous me direz : Ils ne les utilisent pas. Est-ce que vous me suggérez
d'obliger les établissements à utiliser un
pouvoir d'injonction, de le faire de force? Je ne sais pas si c'est votre...
J'aimerais vous entendre là-dessus. Si c'est votre proposition,
j'aimerais l'entendre. Mais je peux vous dire... ou je suis à peu près
convaincu que ce n'est pas vraiment ce qui est attendu, là, de la part des
directions d'établissement et des recteurs et des rectrices.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. M. le député de Chambly.
Roberge : Oui, je veux
poursuivre sur le sens des mots, parce qu'il y a un petit peu plus de
15 ans, j'étais sur l'exécutif
national de la FEUQ, la Fédération étudiante universitaire du Québec, donc je
participais à tout ce que doit faire une
association étudiante, donc intervenir auprès du gouvernement, et aussi faire
des mobilisations, donner de l'information, puis on a utilisé, et je l'avoue, j'ai utilisé à tort ce terme de
«grève». Mais, «grève»... ce n'est pas parce qu'on utilisait le mot «grève» qu'il avait le sens qu'il a au sens
des lois du travail. Et, quand on dit : Ça fait tant de temps qu'on
utilise le mot «grève», il faut
l'utiliser encore aujourd'hui... Le terme «char», dans la Grèce antique, était
utilisé, puis c'était quelque chose tiré
par des chevaux. On utilise encore le mot «char» — excusez-moi le mot — puis on ne pense plus à des chevaux. Donc,
on voit bien que, hein, un mot peut être utilisé à travers le temps et changer
de sens.
D'ailleurs,
quand on faisait ce qu'on appelait à ce moment-là des grèves, ça voulait
dire : Ce jour-là, tout le
monde ensemble, allons manifester. Il
n'était pas question d'envoyer des gens dans l'université pour empêcher du
monde d'étudier parce que nos
militants, ils étaient dans la rue en train de manifester. On ne les envoyait
pas pour empêcher du monde d'étudier. Donc, là-dessus, on se rejoint.
Si je vous parle maintenant
d'autres intervenants... parce que, bon, les étudiants sont les étudiants et
sont aussi des fois des citoyens qui
manifestent, qui n'ont rien à voir avec des étudiants. Il y a aussi les
professeurs, en fait, les professeurs,
qui, eux, ont un devoir professionnel de faire leur travail, qui est
d'enseigner et d'encadrer les étudiants qui veulent suivre leurs cours. Ça
ne veut pas dire qu'ils sont d'accord avec tout ce qui se passe au gouvernement
puis qu'ils ne manifestent pas le
soir, qu'ils ne font pas des pétitions la fin de semaine, mais, au moment du
cours, ils veulent assister à leurs
cours, et il y a des gens qui sont payés pour le faire et qui voulaient le
faire. Ce n'est pas juste une question de paie, là, je pense que la
plupart sont même passionnés par ce qu'ils font, mais, dans certains cas — et ça
risque d'arriver cet automne parce que ça risque de brasser pas mal — il y a
des enseignants et des professeurs qui choisissent de ne pas donner leur prestation de cours aux étudiants
qui sont présents par solidarité avec les étudiants qui sont absents.
Sur ce sujet-là, quelle est la pensée et l'opinion du ministre?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le député. M. le ministre.
Blais : Alors, ça, formulé de la façon dont ça a été formulé par mon
collègue, c'est assez simple, c'est un bris de contrat, c'est un non-respect de contrat, c'est très clair, hein? On
peut appuyer moralement, politiquement les grévistes, mais on a
l'obligation de se présenter en classe et d'enseigner si les conditions, bien
sûr, on sera d'accord là-dessus, là, le
permettent. Et ça, je peux vous dire, encore une fois, j'étais aux premières
loges là-dessus, et les messages doivent être très, très, très clairs aux syndicats. Et les syndicats sont
conscients de cela, qu'un employeur peut intervenir si, à son avis, une
personne ne répond pas, là, aux conditions du contrat qui la lie avec cet
employeur-là.
Alors,
faisons très attention. Avoir appuyé moralement, politiquement, c'est une
chose, mais il y a une frontière qui ne
peut pas, qui n'a pas à être traversée, c'est de, comment je peux dire... Dans
le langage du droit du travail, respecter la ligne de piquetage par solidarité, là, avec le mouvement, ça, c'est
impossible. Examiner la situation, prendre en évaluation sa propre sécurité, la sécurité des étudiants qui
sont là, etc., la possibilité pour enseigner dans un cadre qui est
correct, qui est acceptable, ça, bien sûr,
c'est tout à fait normal, mais, pour des raisons politiques d'appui, ne pas
enseigner, ça, c'est totalement
inacceptable, et les employeurs sont très au courant, et les syndicats sont
très au courant de ça, donc c'est une ligne à ne pas franchir.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le ministre. M. le député de Chambly, il
vous reste cinq minutes.
Roberge : Merci. Le président de l'Assemblée nationale nous rappelle à
l'occasion qu'on ne peut pas faire indirectement
ce qu'on ne peut pas faire directement. Alors, quand vous dites qu'un
professeur ou un... un professeur, au cégep
et à l'université, ce sont des professeurs, ne peuvent pas refuser d'enseigner
pour des motifs politiques; par contre, ils peuvent le faire s'ils considèrent que les conditions pédagogiques
ne sont pas remplies. Je comprends, quand il y a une question de
sécurité, c'est une évidence, là, hein, s'il y a un feu, un tremblement de
terre, des choses comme ça. Par contre,
j'imagine que, s'il y a des criminels qui menacent les gens, il appartient à
l'institution de s'assurer de la sécurité des gens. Donc, normalement,
les conditions... il n'y a pas de danger à entrer dans une institution
d'enseignement au Québec. Enfin, je pense que c'est la base, donc écartons
cette raison-là.
Par contre,
il faudrait voir, il faudrait peut-être le préciser, ou le dire, ou l'écrire,
mais bien clairement, que le fait que
des étudiants sont absents de la classe volontairement, ça ne constitue pas un
motif pour dire que les conditions ne sont pas remplies. J'aimerais savoir si le ministre est d'accord pour dire
que le fait qu'il y ait 10 %, 20 %, 30 %, 40 %, je
ne sais pas quel pourcentage d'étudiants volontairement absents ne constitue
pas un motif pour dire que les conditions d'enseignement ne sont pas présentes.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci. M. le ministre.
Blais : Alors, oui, je comprends bien la question. Je pense que
l'exemple est encore plus clair lorsque ces 10, 20 ou 30 étudiants absents sont des boycotts volontaires, et
connus, et reconnus. C'est le jour où il y a de la confusion — et parfois,
je peux vous le dire, là, dans ces périodes-là, il y a de la confusion — notamment sur l'accès, sur les
possibilités, parfois sur l'inquiétude
d'étudiants, d'étudiantes d'être intimidés en franchissant les lignes ou quoi
que ce soit, que, là, je suppose qu'un professeur, bon, il faut lui
reconnaître, va juger de la situation. Mais, lorsqu'il s'agit de personnes qui,
volontairement, ont décidé de boycotter, passons à autre chose et, s'il vous
plaît, donnons notre cours.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Chambly, 2 min 38 s.
Roberge : Merci. Un autre
cas qui me préoccupe, parce que j'ai reçu des courriels, là, d'étudiants qui
m'ont transféré ces courriels-là cet
automne, où des professeurs, anticipant que, dans deux, trois jours il y aura
probablement des étudiants qui empêcheront
le cours de se donner, ont envoyé d'avance, comme ça, deux, trois jours, le
courriel à leurs étudiants en
disant : Bien, il risque d'y avoir levée de cours, les conditions ne
seront probablement pas remplies, je vous annonce que le cours n'aura vraisemblablement pas lieu, venez si ça vous
tente. Qu'est-ce que le ministre pense de ces gestes-là, qui me semblent
à moi contraires à l'éthique professionnelle?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci. M. le ministre.
Blais : Si le message est tel, là, que... et je n'ai pas de raison de
penser que c'est le contraire, là, je trouve que c'est un message assez confus, finalement, hein, c'est la confusion des
genres comme message. Cependant, on sait bien qu'au niveau
universitaire, compte tenu des technologies existantes, les enseignants sont
facilement en lien avec les étudiants et
parfois peuvent effectivement les prévenir qu'il y aura un examen ici, compte
tenu de la situation, l'examen sera repris
la semaine prochaine, etc. Donc, ce genre de communication là, je pense que
c'est légitime pour essayer de trouver des arrangements, là, à travers
la confusion. Mais je pense que la préoccupation de mon collègue, je vais la
nommer, là, c'est la préoccupation d'une
complaisance, hein, que des enseignants ne soient... bon, soient respectueux du
Code du travail, là, disons, en apparence, mais soient complaisants dans
les faits. Et ça, bien sûr, je ne pense pas que ça n'aide absolument personne. Et là on n'est pas au niveau
du Code du travail, mais on est au niveau de l'éthique professionnelle.
Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de Chambly, vous avez
45 secondes.
M. Roberge : Je vous remercie. Mais
effectivement c'est le terme qui peut être employé, vraiment, là, dans certains cas, là. Je ne veux surtout pas dire
qu'au Québec les professeurs sont complaisants, là, avec les mouvements,
etc., là. Je pense que la plupart sont très
professionnels, font leur travail très, très bien, puis sont bien formés pour
le faire, mais, dans ces cas-là, il
me semble qu'une... Je sais que les institutions ne le demandent pas à grand
cri, mais il me semble qu'un geste
clair du ministre ou même du premier ministre en disant qu'on refuse de telles
complaisances, il me semble que ça apporterait au débat quand c'est plus
clair et que le gouvernement envoie des messages clairs. Je vous remercie.
Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le député de Chambly. Alors, je passe la parole au côté du
gouvernement. Et, M. le député de Papineau, la parole est à vous.
M. Iracà : Alors, merci beaucoup,
Mme la Présidente. C'est encore, pour moi, un immense bonheur de poursuivre les études de crédits en éducation, un
sujet extrêmement important, hein? On le voit, d'ailleurs, par le budget,
c'est le deuxième ministère, en termes de
budget, le plus important. Puis il va de soi, c'est important parce que...
Pourquoi? On s'occupe de nos jeunes.
Alors, je
vous salue, Mme la Présidente, je salue mes collègues de la
partie
gouvernementale, le ministre, toute son équipe et je salue mes collègues
de l'opposition officielle et même la stagiaire qui accompagne. Alors, je salue
tout le monde. Puis c'est important parce que, quand on
dit de former les jeunes, c'est important que les jeunes, par l'entremise de
diverses organisations, puissent être impliqués par des stages et autres
formations. Ça forme les futurs politiciens
et politiciennes ici, à l'Assemblée nationale. Je ne veux pas lui mettre trop
de pression, là, mais, quand même, c'est en se baignant dans le milieu
politique qu'on apprend à faire les choses, et la législature, et l'adoption
des lois.
Alors, Mme la
Présidente, moi, il y a un sujet que je veux aborder, c'est les universités du
Québec et les missions régionales des
universités. Tout le monde sait qu'une société développée est une société
éduquée. Alors, c'est une priorité pour
une société qui veut faire en sorte que l'on développe le futur avec brio.
Alors, je pense qu'au Québec on veut faire ça, mais, pendant longtemps,
les universités québécoises n'étaient localisées qu'à Montréal et à Québec. À
partir de 1954, l'Université de
Sherbrooke — et mon
collègue pourra en témoigner ici, mon collègue de Sherbrooke, en arrière
de moi — a
été la première université francophone située en dehors de Montréal et de
Québec à être installée.
Cette
situation a changé avec la création du réseau de l'Université du Québec. À
l'heure actuelle, les universités membres
du réseau de l'Université du Québec permettent aux étudiants et aux étudiantes
de faire leurs études universitaires aux
quatre coins du Québec et dans une cinquantaine de villes à travers la
province. Ce sont environ 96 000 étudiants qui fréquentent les 750 programmes d'études,
premier, deuxième, troisième cycle, qui sont offerts par les établissements. Et je vais les nommer, Mme la Présidente, parce qu'il y en a que... c'est certain, quand on
vit dans une région, habituellement, on connaît notre université, mais on ne connaît pas nécessairement les
universités des autres régions; je pense que ce serait intéressant pour
le bénéfice de nos auditeurs. Alors, j'y vais en rafale : l'Université du
Québec à Montréal, l'UQAM; l'Université du
Québec à Trois-Rivières, l'UQTR; l'Université du Québec à Chicoutimi, l'UQAC;
l'Université du Québec à Rimouski,
l'UQAR; l'Université du Québec en Outaouais, UQO; l'Université du Québec en
Abitibi; l'Institut national de la
recherche scientifique; l'École nationale d'administration publique, l'ENAP;
l'École de technologie supérieure, et enfin la télé universitaire, pour les courageux qui sont capables d'apprendre
à distance. Pas sûr que j'aurais été capable, Mme la Présidente; moi,
j'ai besoin d'être là, j'ai besoin... Je suis très visuel, donc... et j'ai
besoin d'écouter et de sentir les gens qui
sont près de moi, mais je sais qu'il y en a qui sont capables, par l'entremise
de la télévision, d'apprendre à distance. C'est une bonne chose, là,
pour ceux qui sont capables de le faire.
Alors, ces
universités emploient 7 000 professeurs et chargés de cours ainsi que
près de 4 100 employés. C'est une richesse incroyable, ça donne accès à des services dans tout le
Québec, puis c'est important parce que nous, on a un grand territoire. Il y a d'autres situations
géographiques dans le monde ou d'autres pays dans le monde qui sont
beaucoup plus petits que nous en termes de
territoire, mais qui sont beaucoup plus nombreux en termes de population.
Alors, pour eux, évidemment, il y a
une facilité au niveau des structures, des infrastructures. Il n'y a pas cette
problématique-là de distance que nous
avons ici, au... Je dis «une problématique», c'est quand même un beau problème,
là. C'est quand même plaisant d'avoir
un grand territoire, de grands terrains, de grands espaces, de pouvoir acheter
plusieurs acres de terrain, de pouvoir
voyager, faire de grandes distances, mais ça occasionne aussi certains soucis,
dont celui, au niveau des infrastructures,
au niveau budgétaire, de faire en sorte qu'on installe un peu partout et on
donne accès à tous les citoyens à des
universités performantes. Alors, c'est quand même un défi que nous avons au
Québec que d'autres nations ou d'autres territoires n'ont pas dans le
monde. Alors, c'est un défi auquel je crois que le Québec s'est attaqué dans
les dernières années. Donc, grâce à des services de proximité ainsi que des
formules variées d'apprentissage, formation continue, formation à distance, l'Université du Québec permet d'avoir un accès au
savoir qui prend appui sur les besoins régionaux.
Je me souviens, moi, à l'âge de 21 ans,
quand je suis allé porter ma première demande pour être admis à l'université, j'étais en Outaouais. Écoutez, j'ai
appliqué, mon premier baccalauréat que j'ai fait, c'est un baccalauréat
en psychoéducation. D'ailleurs, je salue
tous mes anciens... bien, j'étais pour dire «anciens collègues», mais, quand je
me suis inscrit dans la cohorte en psychoéducation, on était juste deux
garçons, Mme la Présidente, le reste, c'était juste des filles. Alors, j'ai eu de très belles années universitaires et j'avais
une compétition, alors on était deux garçons. Ça a été de belles années,
mais, je dois vous dire, quand je suis allé porter ma demande à l'Université du
Québec en Outaouais, puis j'avais
21 ans, quand je suis allé là, ça ressemblait à un bloc-appartements, là,
c'étaient des vieilles briques brunes, il y avait une sonnette puis une
boîte à malle, imaginez-vous, une université, là.
D'ailleurs,
tout était brun à l'université, même les enseignants s'habillaient en brun. Je
veux dire, il faut le faire, là, des habits bruns, les enseignantes.
Alors, c'était rudimentaire, Mme la Présidente, on partait quand même de loin. Il y avait une cafétéria... bien, ce n'était
pas... c'étaient des tables brunes, là, les gens apportaient leur lunch, il n'y
avait pas de service de cafétéria. On pouvait fumer dans ce temps-là dans les
universités.
Alors, simplement
pour vous dire que... je vais avoir l'occasion de le dire, c'est que
l'Université du Québec en Outaouais a fait un bond incroyable, là, et
nécessaire, a fait un grand, grand bout de chemin parce qu'on y a investi beaucoup d'argent, et avec raison. Et, même si
j'ai connu ce temps-là... J'ai eu de belles années, là, j'étais content
puis j'ai fait mon premier bac là. Puis d'ailleurs je salue tous les
enseignants, tous les directeurs, les directrices, tous ceux qui travaillent à l'Université du Québec en Outaouais.
Je sais que c'est des gens extrêmement dévoués, des gens qui sont là souvent depuis plusieurs années, qui étaient là,
là, quand tout était brun aussi. Je les salue, des gens extrêmement
courageux, qui travaillent très, très fort
pour développer l'Université du Québec en Outaouais. Et je sais qu'il y a
plusieurs dossiers sur la table dont
les députés de la région, là... on travaille extrêmement fort, les cinq députés
de la région, pour développer de nouvelles facultés, dont la Faculté de
médecine à l'Université du Québec en Outaouais. On travaille très fort, en collaboration avec l'Université McGill, pour qu'il
y ait des échanges. Je sais qu'il y a déjà deux années qu'il se donne en
Outaouais, mais on aimerait que toute la formation universitaire en médecine se
donne à l'Université du Québec en Outaouais. On travaille très fort là-dessus
pour développer d'autres programmes.
Parce que mon
deuxième bac que j'ai fait c'est à l'Université d'Ottawa. Ce n'était pas
compliqué, on est dans le même pays,
Mme la Présidente. Je n'avais pas à traverser rien, là, juste le pont à pied.
Et même pas besoin de passeport, là. Tout allait
bien, c'est une belle collaboration. Ça se passait même en français,
imaginez-vous. Alors, j'ai fait mon deuxième bac en droit à l'Université
d'Ottawa, j'ai fait mon Barreau du Québec à l'Université d'Ottawa. Ça ne se donnait pas... Et je souhaite qu'éventuellement peut-être
mes enfants, ou peut-être plus rapidement que ça aussi, là, puissent étudier le droit à l'Université du Québec en
Outaouais. Je sais que ça se parle; il y aurait peut-être des choses à faire
pour une faculté de droit également. Je pense qu'on serait capables de la
donner et puis il y aurait une clientèle pour ça. Donc, il y a beaucoup de potentiel encore à développer avec nos Universités du
Québec. On a fait un bon bout de chemin, on a fait d'énormes efforts au niveau des infrastructures, au niveau des
disciplines que l'on offre, au niveau de la qualité de l'enseignement.
On a fait des bonds incroyables, mais probablement qu'il y a encore un bon bout
de chemin qu'on peut faire.
Créée en
décembre 1968 par une loi votée à l'Assemblée nationale, l'Université du Québec
poursuit une triple mission, selon la description qu'elle en donne sur
son site Internet. Et je pense que ça vaut la peine de mentionner ces trois missions-là extrêmement importantes des
Universités du Québec. Non seulement pour nous le rappeler à nous, mais
rappeler aussi à nos auditeurs comment l'aspect universitaire, dans une
société, est important.
Alors, je
vais nommer les missions — je vais prendre le temps et la peine de les lire : un,
«favoriser l'accessibilité à la
formation universitaire» aux trois cycles. Grâce à sa présence active sur
l'ensemble du territoire, qui couvre un grand territoire, plusieurs
kilomètres carrés, l'Université du Québec est en mesure d'offrir une
formation complète aux trois cycles et
accessible à tous ces étudiants par l'entremise de son réseau de 10
établissements universitaires déployés dans une cinquantaine de villes
et municipalités au Québec.
Deuxième
mission, «contribuer, par la recherche, au développement scientifique du
Québec», outre la formation universitaire, qui est la toute première
vocation de l'Université du Québec, le réseau se consacre activement, par la
recherche, au développement scientifique du Québec et à sa participation aux
circuits mondiaux de la recherche.
Alors, c'est quelque
chose qui se passe chez nous, mais ça a des répercussions mondiales. Hein, vous
savez, quand quelqu'un fait un
doctorat —je suis
certain que le ministre pourra nous en parler — il doit rédiger, publier. Il est
obligé de publier, là, ce n'est pas facile,
là. Mais c'est lu à travers le monde, les résultats de recherche. Et je peux
vous dire qu'il y a plusieurs
résultats de recherche, suite à des études au Ph. D. — doctorat — qui sont publiés à travers le monde, et
qui sont non seulement publiés, mais qui sont cités.
Il y a des
gens qui ont des Ph. D. au Québec
qui sont cités ailleurs dans le monde. C'est fantastique. Je ne sais pas
si le ministre a déjà été cité ailleurs dans
le monde, je suis sûr que oui, Mme la
Présidente, mais il y a
des gens qui lisent ça puis qui s'inspirent de ça pour poursuivre
d'autres recherches et qui arrivent éventuellement avec des avancées dans toutes sortes de domaines, en droit, en médecine,
en sociologie, en philosophie, et qui font avancer plusieurs modèles et
structures dans le monde. Alors, nous, on s'est servis de ces chercheurs-là de
d'autres pays pour faire avancer notre société
au Québec, mais je peux vous dire que, maintenant, il y a d'autres pays qui font l'inverse, qui se servent
de ce qu'on fait pour faire avancer leur société. Et c'est ça qu'il faut
faire : il faut donner ce modèle-là à nos jeunes, il faut donner
l'exemple, il faut faire en sorte que le Québec soit un leader au niveau de
recherche universitaire.
Ça, c'était ma parenthèse pour la deuxième mission.
Alors là, je vais vous expliquer la troisième mission : «Participer au développement des régions» du Québec
pour assurer la vitalité continue et le développement durable des régions. Le Québec a besoin de miser sur
des stratégies efficaces d'occupation de tout son territoire, faisant
intervenir la complémentarité entre ses régions et ses grands centres urbains.
L'enracinement des établissements de l'Université
du Québec dans leurs milieux d'ancrage permet d'y attirer et d'y retenir des masses critiques de chercheurs,
de professeurs et d'étudiants dans des domaines diversifiés,
correspondant à ses meilleurs atouts. Cet enracinement a favorisé la mise en
place de filières et de créneaux régionaux porteurs de développement et
invitants pour l'entrepreneuriat.
Alors, ces
trois missions extrêmement importantes, qui sont le leitmotiv des Universités du Québec chez nous, il faut se le rappeler, il faut se souvenir de ça, il faut se souvenir d'où
c'est parti, de plusieurs travaux et plusieurs personnes qui se sont données corps et âme pour établir une
richesse que l'on a ici, au Québec, qui, je pense, n'existe nulle part
ailleurs, en termes de grandeur de territoire, et aussi en essayant
d'atteindre une certaine uniformité dans ce grand territoire là. Hein, que l'on habite au Lac-Saint-Jean, en Abitibi, à Montréal, à Québec ou en Outaouais, bien, qu'on puisse
accéder à un enseignement universitaire de qualité... Alors, c'est un défi ici,
au Québec, avec ces trois missions que je viens de mentionner là, de faire en
sorte qu'on puisse accéder à des universités de qualité, compétentes.
Alors, j'ai
une première question, en ce sens-là, pour le ministre, peut-être : Comment jugez-vous les réalisations des universités du réseau de l'Université
du Québec? J'aimerais avoir son point de vue face aux réalisations des
Universités au Québec.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le député de Papineau. M. le ministre.
Blais : Alors, je vais
proposer de retenir un seul chiffre, si vous voulez bien : 558 000. 558 000, c'est le nombre de diplômes qui ont été décernés par l'ensemble du
réseau des Universités du Québec depuis la fondation. De ces
58 000, vous pouvez en déduire deux,
hein, parce que moi, j'en détiens, de mon côté, deux. Je comprends que vous en
détenez aussi, puis probablement d'autres personnes aussi qui détiennent de ces
diplômes.
Je pense que c'est
dans le deuxième volume du rapport Parent, si je me souviens bien, qu'on parle,
hein, du déploiement des Universités. Et
l'enjeu, c'était un enjeu de démocratisation, hein? Et l'élément le plus
important, il faut être honnête,
l'élément le plus important dans le rapport Parent, c'était le développement
d'une deuxième université francophone à Montréal, hein, qu'on va appeler
plus tard l'UQAM. De mémoire, mais, bon, on pourra me corriger, je pense qu'on voulait l'appeler... en tout cas, dans le rapport
Parent, on l'appelle l'Université Sainte-Marie ou quelque chose du genre.
Et bien sûr, donc, ça,
c'était extrêmement prioritaire qu'on augmente le nombre... l'accessibilité,
pour les francophones, au monde
universitaire en créant une nouvelle université.
Et ensuite, là, dans les mêmes pages,
si je me souviens bien, là, on parle des régions et on dit : Bien,
voilà, il y a déjà des universités à charte qui sont déployées dans les
régions, qui offrent une formation ici, à
Chicoutimi, à Trois-Rivières, à Hull, etc., et il faudrait voir à ce que ça
puisse se déployer et qu'éventuellement ça devienne — à
l'époque, en 1965, je pense, ce rapport — des universités autonomes de
premier cycle. Alors que la vision qu'on
avait à l'époque, ça devait être des universités de premier cycle, les temps
ont bien changé, les choses ont
évolué assez rapidement, on a mis sur pied... on a d'abord consacré un siège
social. Pourquoi un siège social? Tout simplement parce que l'expertise
en région, du moins à l'époque, n'était pas suffisante, hein, pour permettre ce
déploiement. Ensuite, les choses se sont
accélérées; dans les années 70, il y a eu l'UQAM et le déploiement du
réseau.
Moi-même, vous savez,
je suis un diplômé de l'UQAM. Dans mon propre cheminement, à l'époque, c'était
très important d'aller dans cette université-là. C'était un choix, j'avais été
accepté à l'Université de Montréal, mais je voulais
absolument aller à l'UQAM, là, pour différentes raisons. Je suis très heureux
de mon choix, même si, on l'a vu ce printemps,
c'est une université qui a été assiégée... bon, bafouée même, hein, par des
personnes, les étudiants et les non-étudiants, là. Et j'ai mentionné, à
l'époque, au recteur, comment, là, je pense que toute la communauté du Québec
était derrière, là, son institution pour qu'elle se relève le plus rapidement
possible.
Vous
avez insisté sur la question du développement régional. Alors, c'est clair que
les universités en région sont un vecteur important de développement
régional, tant sur le plan culturel que sur le plan scientifique et que sur le
plan économique. Le défi de ces institutions
maintenant, c'est un défi, bien sûr, de financement. On connaît la
démographie, on connaît la mobilité, là, de
la population québécoise, et il y a un enjeu important pour les petites
composantes... à l'UQAM, c'est un
autre enjeu, disons, on pourrait le traiter séparément... mais pour les petites
composantes. C'est la raison pour laquelle,
là, à l'intérieur du ministère... au ministère, pardon, on a un programme de
soutien particulier pour les universités, les petites composantes ou les petites universités en région pour faire
en sorte qu'elles puissent maintenir leur activité.
L'enjeu,
c'est le suivant : dans le monde universitaire, puis je connais assez bien
ça pour avoir géré des plus petits programmes et des plus gros
programmes, il y a toujours un avantage aux plus gros programmes parce que vous
avez toujours les économies d'échelle, vous bénéficiez des économies d'échelle.
Le dernier étudiant qui rentre dans la classe — on pourrait parler de manière
prosaïque — c'est
celui qui est le plus payant, sa valeur marginale est complète, est à 100 %, vos dépenses sont déjà effectuées.
Et c'est ce qui manque souvent dans les plus petites composantes, hein,
c'est d'avoir un nombre suffisant pour
financer les activités. C'est pour ça qu'on a ce programme, là, de péréquation
spécifique aux petites entités, pour pouvoir les appuyer.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Alors, le temps est écoulé.
Je vous remercie pour votre collaboration.
commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures, où elle poursuivra l'étude du
volet Enseignement supérieur et recherche. Et je vous avise que vous
pouvez laisser vos documents ici, dans le salon bleu, parce que la salle sera
sécurisée. Alors, merci et bon dîner.
(Suspension de la séance à
13 h 14)
Présidente (Mme Rotiroti) : Alors, rebonjour. La Commission
de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs cellulaires.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude du volet...
Enseignement supérieur et recherche, excusez-moi. Je vous rappelle qu'il y a eu le consentement, ce
matin, pour poursuivre nos travaux jusqu'à 18 h 12. Nous avons terminé nos
travaux, ce matin, par un bloc d'échange du groupe parlementaire formant le
gouvernement. Nous poursuivrons donc nos travaux avec le bloc d'échange des députés
indépendants, et je cède la parole à Mme la députée de Gouin pour une période
de 21 minutes.
David (Gouin) : Merci, Mme
la Présidente. Mes salutations à M.
le ministre, à l'ensemble des collègues.
Je voudrais profiter de ma courte période de
21 minutes pour me concentrer sur la question des cégeps. Alors,
selon l'OCDE, les sociétés qui se développent et créent de la valeur
sont celles qui investissent dans leur système d'éducation, plus
particulièrement au niveau qu'on appelle postobligatoire et dans le
développement du savoir, de la recherche et des technologies. De nombreuses retombées positives de ces investissements
en enseignement supérieur, la plupart quantitatives, sont bien documentées, et, au Québec, les cégeps
jouent un rôle fondamental dans l'atteinte de cet objectif de
scolarisation d'un grand nombre de jeunes.
Dans la récente étude
sur la contribution économique des cégeps et des centres collégiaux de
transfert de technologie, une étude publiée par la firme Secor-KPMG,
l'importance de l'apport du réseau collégial public pour la société québécoise
a été évaluée sous l'angle des bénéfices économiques qu'en retirent les
individus eux-mêmes, les employeurs, les
entreprises et la société québécoise en général. Quelques exemples. Au cours de
sa vie active, un détenteur de D.E.C. disposera en moyenne d'un revenu
de 31.6 % plus élevé que celui d'un diplômé du secondaire. En 2013, plus
de 16 000 diplômes ont été décernés à la formation technique
ordinaire et quelque 24 000 diplômes, toujours au collégial bien sûr,
à la formation préuniversitaire.
La répartition des cégeps sur l'ensemble du
territoire québécois, je pense, quelque chose qui nous tient à
coeur, contribue également à attirer des jeunes dans des régions plus
éloignées. Les jeunes sont intéressés par des programmes de formation spécialisée souvent en
lien avec la base économique régionale ainsi que par les perspectives d'emplois futurs qui y sont rattachés. Les jeunes
qui poursuivent leurs études en région ont plus de chances de s'y
enraciner et de contribuer à la création et
au succès des entreprises locales. Et dernier exemple intéressant : un
étudiant qui obtient son D.E.C. contribue, durant sa vie active, à des
entrées fiscales de 200 000 $
pour le gouvernement du Québec, ce qui représente un rendement quatre fois
supérieur à ce que coûte la formation de chaque diplômé.
Mais là, Mme
la Présidente, il y a un problème au niveau collégial, et c'est vraiment le
sous-financement. Ce réseau public et
qui se voulait gratuit pour les élèves est financé à hauteur de 88 % par
le gouvernement du Québec, et la loi oblige les cégeps à atteindre l'équilibre budgétaire chaque année.
Malgré cela,
on vit, encore cette année, des compressions dans le réseau collégial, compressions qui s'ajoutent à
six compressions budgétaires au cours des quatre dernières années. Le
total, finalement : 149 millions de compressions en cinq ans.
Parmi les
conséquences, en date du 30 juin 2014, 12 cégeps ont déposé des résultats
déficitaires. 29 des 48 cégeps ont
été contraints à réduire des services directement offerts aux étudiants en 2014‑2015.
Parmi ces réductions de services, on inclut
le soutien psychosocial et des services de santé, l'accès aux bibliothèques,
les services d'animation socioculturels et parascolaires. Et, de toute
évidence, avec les nouvelles coupes, il y aura d'autres services qui seront
atteints. Il est évident aussi qu'on va
augmenter les frais de toutes sortes qui sont exigés des étudiants. La
contribution moyenne, en 2014‑2015,
était de 297 $... près de 300 $, dans le fond, par étudiant, et,
cette année, ce sera de 324 $, presque 325 $. Plus que cela, je pense que c'est important de parler
des problèmes que vivent les cégeps. Et là les exemples sont nombreux,
je ne ferai pas le tour, bien sûr, des 48 ou
49 cégeps que compte le Québec, ce serait un peu long, mais je veux juste
rappeler quelques exemples.
Baie-Comeau, on nous dit, de façon fine en fait, que... vous comprenez, dans un
petit cégep, si on dit : On est obligés de couper un employé, en
fait on coupe un service aux étudiants; service psychosocial, service
d'infirmerie, c'est quand même important. Au
Saguenay—Lac-Saint-Jean,
quatre cégeps nous disent : Attention, on n'en peut plus, c'est le centre de documentation qui va y goûter à
Saint-Félicien; à Alma, on est déjà en déficit, on se demande comment on
va faire. À Rouyn-Noranda, on dit : On va être obligés de remercier du
personnel, ça risque de toucher, par exemple, du personnel de laboratoire, les travailleuses sociales, les infirmières.
Ça, c'est Rouyn-Noranda. À Valleyfield, on nous dit : Il n'y aura pas de budget équilibré au 30 juin,
c'est impossible, et vraiment il va falloir revoir l'organisation des
services, les heures d'ouverture des services, etc. Et on nous dit à
Valleyfield : On attend, pour l'an prochain, pour septembre, 230 étudiants
en difficulté, ce qui est important pour ce cégep... en difficulté ou avec des
handicaps. Alors, on a des professionnels
pour s'en occuper, mais, au lieu d'en rencontrer huit ou 10, étudiants par
jour, il faudra qu'ils en rencontrent plus.
Je ne sais pas exactement comment on fait pour donner des services de qualité
si on a trop de gens à rencontrer, des gens en difficulté à rencontrer
dans la même journée.
Tous ces
exemples sont éloquents et viennent nous dire que, quand on prétend que de
couper, que ça soit dans l'éducation
primaire et secondaire... Mais là on va se parler des cégeps. Quand on prétend
que couper, exercer d'autres compressions qui s'ajoutent à celles des
années passées, ça ne diminuera en rien la qualité des services, je dis, en
tout respect, au ministre que je pense qu'on
se trompe, je pense que ça ne se peut plus. C'est bien beau, dire : On va
couper dans les frais d'administration, mais déjà les services aux élèves sont
atteints.
Alors,
j'aimerais demander au ministre, après ces témoignages que je viens de rendre,
comment est-ce qu'il peut continuer
de dire que, normalement, là, les nouvelles coupes n'affecteront pas les
services aux étudiants et n'affecteront pas la qualité de
l'enseignement.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
Blais : Oui. Donc, je remercie ma collègue, là, pour ses questions,
là. D'abord, peut-être une mise au point au niveau de la question des déficits et des surplus, là. J'ai un
document — si je
comprends bien, je peux le déposer — sur la
situation financière des cégeps. 30 juin 2013-30 juin 2014, donc c'est
l'information qu'on a la plus récente sur les surplus ou les déficits accumulés
dans les cégeps. Alors, au 30 juin 2014, les surplus accumulés dans les cégeps
sont de 86 305 000 $. Donc,
je vais répéter : L'ensemble des cégeps du Québec, au 30 juin 2014,
les surplus accumulés sont de 86 millions
de dollars. Et donc l'année dernière, au 30 juin 2014, il y avait
seulement trois cégeps, au Québec, qui étaient dans une situation déficitaire : le premier pour
1 727 000 $, le deuxième pour 543 000 $, et le
troisième pour 511 000 $.
Donc, on est loin, très, très loin de la vision,
là, apocalyptique, là, je pense, qui vient d'être représentée. Ce document-là
pourra être déposé, Mme la Présidente, là, s'il est d'intérêt, là, pour les
membres de la commission.
Maintenant,
sur l'OCDE, là, j'y vais de mémoire, on pourra me corriger : le Québec...
Parce que, quand on veut se comparer, en général, on utilise, disons, la
partie budgétaire ou la valeur budgétaire que l'on consacre à l'éducation. Le Québec consacre 6,9 % du PIB à
l'éducation. C'est un pourcentage qui nous situe, là, dans la bonne moyenne, je
pense, des pays de l'OCDE...
Ah! on me donne... Donc, le Canada est à 6,7 %.
Le Québec est à... C'est bien ça? Le Québec est à 6,9 %. Donc,
nous mettons davantage, hein, en proportion du PIB, que le Canada
et davantage que les pays de l'OCDE. Je le dis parce
que c'est ma collègue, là, qui a débuté son intervention là-dessus, là : la
moyenne des pays de l'OCDE qui est consacrée
à l'éducation, c'est 6,3 %. Et, si on avait un peu de temps, bien, on pourrait ventiler un
petit peu ces sommes-là et on
verrait — en tout
cas, moi, c'est des chiffres que j'ai vus dans ma vie passée — que le Québec, en proportion, donc on
fait plus que la moyenne canadienne, on fait plus que la moyenne de l'OCDE.
Et, en plus, quand on regarde la
répartition entre le secteur primaire et secondaire et secteur collégial-universitaire,
on a tendance aussi à mettre beaucoup plus
d'argent au collégial-universitaire que dans le secteur primaire et
secondaire si on compare avec d'autres.
D'ailleurs, c'est un débat assez intéressant, là, parmi les spécialistes en
éducation, de savoir : Est-ce
qu'on ne devrait pas un peu diminuer les pourcentages et les efforts que l'on
met au niveau des études supérieures pour
en mettre un peu plus au niveau primaire et secondaire? Donc, je ne pense pas
qu'on est en situation apocalyptique.
Là où il y a une
inquiétude... et là je comprends qu'en ce moment — on en
parlait, hier, ici même — disons,
il y a des représentations qui sont faites
et des établissements qui nous disent : Écoutez, on ne peut pas tenir la
route, c'est fini, et le système va
s'effondrer très bientôt. Et, bien sûr, on crée des chiffres extrêmement
importants, mais à partir de rien, puisque les règles budgétaires n'ont
pas terminé d'être présentées aux établissements. Donc, c'est un peu une
fiction ou, je dirais plutôt, une représentation politique que l'on fait.
Quand
on regarde comment les choses vont concrètement se passer, on est au mois
d'avril en ce moment, il y a une première colonne, c'est la
représentation politique. Les établissements nous disent : On ne pourra
jamais passer au travers, 36, 38, 42 cégeps
seront en déficit. La deuxième colonne, elle existe, elle est plus intéressante
pour nous, c'est que c'est possible
effectivement que des cégeps, des écoles secondaires aussi, hein, ou des
commissions scolaires, pardon, soient
dans une situation où elles doivent pour un temps, hein, demander la
possibilité de faire un déficit. Ces déficits-là sont examinés par le ministère et, s'ils sont justifiés... et vous
comprendrez que, hein, nous avons des considérations, là, de fond là-dessus, mais, s'ils sont justifiés,
dans certains cas, on l'a fait dans le passé, il est possible de les autoriser,
surtout si on peut montrer que, très
rapidement, l'institution va revenir à flot. Donc, moi, je ne suis pas très
inquiet, hein, pour les cégeps en
général. J'ai une inquiétude particulière — on aura peut-être l'occasion d'en discuter
plus tard — pour les
cégeps en région qui vivent un déclin démographique, où, là, il y a
probablement un effort à faire plus important.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Merci, Mme la Présidente. Je remercie le ministre de
m'avoir... bien, d'avoir donné, je pense,
à tout le monde l'annexe sur la situation financière des cégeps, surplus et
déficits. Juste à vue de nez comme ça, en deux secondes, je me suis rendu compte qu'un seul cégep, John-Abbott, a,
à lui tout seul, un surplus de 10 millions. Ça fausse un peu la grosseur de l'ensemble des
chiffres parce qu'en fait il y a des tonnes de cégeps qui ont de très petits
surplus et il y en a d'autres qui sont en déficit.
Mais je ne veux pas
faire une guerre de chiffres ici. Je veux simplement essayer d'expliquer au
ministre que, lorsqu'on opère des compressions budgétaires — et on
est à la cinquième depuis quelques années — ça ne peut faire autrement
que d'avoir des impacts. Et je voudrais donner un autre exemple — et
celui-là je le connais un peu personnellement
puisque mon conjoint était professeur de cégep, donc les cégeps, c'est un
milieu que je connais assez bien — je voudrais vous parler des étudiantes et
étudiants en situation de handicap. Et là, moi aussi, j'ai mon petit graphique : ils étaient 1 303 en 2007, ils sont maintenant
11 337 en 2014. C'est une très
bonne nouvelle, en fait. C'est une très bonne nouvelle que des jeunes
qui ont un handicap ou différents types de maladies ou de problèmes puissent maintenant accéder au cégep. Il y a peut-être 30
ans, je ne suis pas certaine qu'on aurait vu ça. Alors, moi, je m'en
réjouis.
problème, c'est que, si on opère des coupes budgétaires puis on dit, en même
temps, aux cégeps : Il ne faut pas toucher aux services, alors je
ne sais pas exactement ce qu'ils vont faire, est-ce qu'il n'y a pas un
danger — et
je le demande très franchement au ministre, là — qu'on donne moins de services à ces
jeunes-là et qu'on mette en danger leur réussite scolaire, dont on devrait s'enorgueillir, en fait? Je pense
qu'on va tous être d'accord avec ça. Donc, est-ce que le ministre, s'il doit bientôt émettre des règles budgétaires,
va être particulièrement attentif à la situation des élèves vivant avec
une difficulté ou un handicap?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : M. le ministre.
Blais : Oui. Mais, disons, la marge de manoeuvre... Et, encore
une fois, la situation
est plus difficile pour les cégeps en
région. Mais c'est intéressant de savoir, là, que le conjoint de notre collègue
était ou est professeur de cégep... Parce que la marge de manoeuvre pour
les cégeps est très difficile, elle est beaucoup plus ténue que dans le cas des
universités, qui ont accès à différentes
sources de financement. La marge de
manoeuvre, elle repose en bonne
partie sur les enseignants, parce que
nous sommes, en ce moment, en représentations avec les enseignants du cégep
pour ouvrir des possibilités,
notamment au niveau de la charge de travail, notamment au niveau de la
mobilité. Et, si on veut permettre, hein,
la survie, dans les meilleures conditions possibles, des cégeps en région, nos
représentations sont à l'effet que les syndicats des professeurs de
cégeps acceptent, hein, certaines souplesses au niveau de la charge de travail
et aussi au niveau de leur mobilité. Là, ça
va être important de le dire parce que les cégeps ont peu d'accès à des sources
différenciées comparativement aux universités.
Donc, les
représentations que l'on fait en ce moment, dans la négociation, là, avec les
cégeps, ce n'est pas pour enlever de
l'argent en éducation, c'est pour faire en sorte que les concessions qui seront
faites, hein, par les syndicats nous permettent de réinvestir davantage
vers les élèves, le type de préoccupation, là, que ma collègue a. Donc, on est vraiment à ce niveau-là, du point de vue des
négociations, et, si jamais les syndicats progressent dans les demandes
que l'on fait, puis on pense que c'est des
demandes qui sont très raisonnables... Les effectifs dans les cégeps en région
vont diminuer d'à peu près 11 % dans
les prochaines années, c'est beaucoup, et, comme le financement, en bonne
partie, est lié, là, à la clientèle,
on a besoin d'un peu de souplesse, de la part des syndicats d'enseignants, pour
pouvoir créer des espaces, pour pouvoir créer de nouvelles formes de
revenus, tout en garantissant, bien sûr, la sécurité d'emploi.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Il me reste combien de temps?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : 5 min 32 s.
David (Gouin) : Merci. Donc,
Mme la Présidente, si je
comprends bien, en plus d'imposer des
compressions budgétaires aux cégeps, le ministre compte sur les enseignantes et
enseignants pour augmenter leur charge de travail et être plus mobiles — je ne
sais pas exactement ce que veut dire être plus mobiles — puis
c'est comme ça qu'on va combler le manque à gagner des compressions budgétaires.
Moi, je trouve... Je ne sais pas si le ministre a, dans son entourage, des professeurs de cégep — moi,
j'en ai un très proche, mais j'en ai plusieurs autres aussi — le ministre
sait certainement que les professeurs de cégep sont des gens qui
travaillent vraiment fort. Je suis prête à en témoigner n'importe
où, n'importe quand. Ce sont des gens qui
donnent plus que ce que la convention collective leur demande. Ce sont
des gens qui travaillent le soir à la
maison, le samedi et le dimanche, je peux vous le dire. Alors, franchement, je
ne connais pas les détails de la négociation actuelle, mais je doute
fort que l'on obtienne des professeurs de cégep d'en faire encore davantage
pour 0 % d'augmentation. Puis c'est comme ça qu'on comblerait le manque à
gagner des compressions budgétaires? Disons que je trouve ça un peu gros.
je rapporte la question que j'avais posée. Les régions, on va en parler bientôt
dans le deux minutes qu'il me restera. Le ministre est-il
particulièrement préoccupé aussi non seulement par les cégeps en région, mais
par toute la clientèle étudiante qui vit
avec un handicap ou une difficulté? Et là-dessus va-t-il être ferme avec...
comment je dirais, dans ses règles
budgétaires, donc s'assurant que ces jeunes reçoivent des services qui leur
permettent de réussir au cégep?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Blais :
Peut-être une question de clarification. Dans l'échange, là, donc je n'ai pas
dit que l'apport ou les concessions que l'on
demande aux syndicats de professeurs de cégep, c'est pour passer à travers les
compressions, hein? Ce que j'ai dit,
c'est pour passer à travers la diminution, hein, de la clientèle et des
effectifs étudiants dans les prochaines années, hein, compressions ou non, passer au travers ça, et donc... Et
l'enjeu, ce n'est pas autant la charge de travail... à moins qu'on ait une définition large de la charge
de travail, je l'admets, mais c'est la mobilité, donc tout simplement de
permettre à des enseignants, hein... pour
faire en sorte que des enseignants, pour lesquels il n'y a plus de jeunes dans
une classe, hein, bien, qu'ils puissent aller enseigner ou qu'on leur demande
qu'on puisse faire en sorte qu'ils enseignent dans
des endroits où il y a des élèves dans la classe. Hein, c'est vraiment ça,
là : en ce moment, les conventions collectives nous obligent à mettre en disponibilité, mais en
disponibilité avec rémunération, des professeurs de cégep qui pourraient
être, hein, extrêmement utiles à d'autres
endroits. Et un des enjeux importants et fondamentaux pour que les
cégeps puissent passer au travers en région encore une fois, c'est ce type de
mobilité. Puis je pense que la population comprend
très bien ce dont il est question : on ne veut pas toucher la sécurité
d'emploi, on ne veut même pas toucher la charge de travail, on veut s'assurer que les gens travaillent, mais,
s'il n'y a plus d'élève dans leurs classes, hein, c'est de faire en sorte qu'ils puissent le faire dans un autre
cégep et puis qu'ils puissent se réaliser professionnellement à cet
endroit.
Présidente (Mme Rotiroti) : ...M. le ministre. Alors, il vous
reste deux minutes, Mme la députée de Gouin.
David (Gouin) : Merci, Mme la Présidente. Justement, je voulais parler
de ce qui se passe dans les régions parce
que, oui, il y a clairement une réduction du nombre d'élèves, donc évidemment
réduction du financement. Mais pourtant,
pour être allée très, très souvent en région, avoir visité à peu près tous les
cégeps du Québec, je me suis vraiment rendu
compte que fermer un cégep, ça ne se peut pas. J'espère que là-dessus on est
d'accord. Je pense que oui; le ministre me fait signe que oui. Parce qu'un cégep, c'est plus que l'éducation
donnée à un certain nombre de jeunes. Ça, c'est déjà une raison d'être fondamentale. Un cégep, c'est un
pôle éducatif, c'est un pôle culturel, c'est un pôle économique. Et, pour les régions, je pense que c'est
particulièrement important; les liens des cégeps avec leurs communautés sont
encore plus forts que peut-être à Montréal.
Donc,
on ne peut pas fermer des cégeps, ça veut dire qu'il faut trouver des
solutions. À mon avis, ces solutions, encore