Health and Social Services — 7 February 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CSSS 2025-02-07
Quebec — Committees
(Dix heures trois minutes)
Président (M. Provençal)
: Alors, bon matin à tous. Je déclare la séance de
la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte.
La commission
est réunie afin de procéder à l'interpellation du député de Pontiac au ministre
de la Santé sur le sujet suivant : La dégradation et la
déshumanisation des soins de santé après sept ans de gouvernement caquiste.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Rivest (Côte-du-Sud) remplace Mme Blouin (Bonaventure);
Mme Prass (D'Arcy-McGee) remplace Mme Caron (La Pinière); et M. Paradis
(Jean-Talon) remplace M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, madame. Conformément à l'entente
prévue pour la 43e législation, l'opposition
officielle interviendra lors des première, troisième, cinquième et sixième
séries d'interventions, et le député de Jean-Talon lors de la quatrième
série d'interventions.
Comme la séance a débuté quelques minutes en
retard, je demanderais votre consentement pour qu'on soit sûrs d'avoir notre
bloc de deux heures pour l'interpellation. Consentement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Sur ce, M. le député de Pontiac,
vous avez la parole pour 10 minutes.
Fortin : Merci, M. le Président. Merci... merci aux
collègues qui ont accepté l'invitation, ce matin, de venir débattre de l'état du réseau de la santé et des
services sociaux, qui ont accepté de venir s'entretenir sur ce qu'on a... ce
qu'on a annoncé comme... comme sujet, c'est-à-dire la dégradation et la
déshumanisation du réseau en ce moment. Et
la dégradation, M. le Président, ce n'est pas nous qui avons, tout seuls, fait
ce constat. Il y a 5 %, 5 % des Québécois qui pensent
qu'aujourd'hui les services se sont améliorés en termes de santé et de services
sociaux depuis que la Coalition avenir Québec est arrivée au pouvoir. La
déshumanisation des soins, ce n'est pas nous qui avons amené ce concept-là. C'est le Protecteur du citoyen qui, lui-même, a fait le constat qu'il y a de
moins en moins d'humanité. Et ça, ce
n'est pas, M. le Président, je le répète, parce que le ministre aime bien
répondre à nos questions en disant que c'est une critique envers le
personnel, ce n'est pas une critique envers le personnel du réseau de la santé,
bien au contraire. La plupart des critiques
qu'on amène nous viennent du personnel du réseau de la santé, qui nous demande
d'intervenir face à des situations qu'il voit et qu'il juge
inappropriées.
Aujourd'hui, M. le Président, je considère que
le ministre de la Santé doit des réponses aux Québécois. Il doit des réponses aux patients d'abord et avant
tout, aux gens qui comptent sur les services de santé et de services sociaux,
il doit des réponses aux contribuables québécois, il doit des réponses au
personnel qui oeuvre dans le réseau de la santé et il doit des réponses aux
gestionnaires du réseau de la santé.
Quand je vous dis que le ministre doit des
explications aux patients, c'est que ce sont eux qui vivent des situations
particulièrement difficiles ces jours-ci. Et ma collègue... ma collègue
responsable des services sociaux, là, en
fait, depuis plusieurs semaines, la démonstration éloquente et elle va
continuer de le faire aujourd'hui avec des exemples bien précis, des gens les plus vulnérables qui
comptent sur l'État québécois et qui ne... qui n'ont pas, à la hauteur de leurs
attentes, à la hauteur de leurs besoins, les services qui leur avaient été
promis. Et souvent, M. le Président, vous allez l'entendre aujourd'hui, là, bien, ces situations-là, elles sont à
arracher le coeur, parce que c'est, effectivement, malheureusement, la
clientèle la plus vulnérable qui passe à la trappe en premier en période de
compressions.
Et c'est vrai pour les services sociaux, mais
c'est vrai pour nos soins de santé également. En ce moment, les compressions demandées par le ministre de la Santé
font en sorte que, dans certaines régions, on va fermer les urgences. À
Trois-Pistoles, il y a eu manifestation, hier, de citoyens, d'élus locaux, de
personnel de la santé qui sont outrés de l'orientation gouvernementale qui vise
à fermer l'urgence de nuit.
On le voit pour les soins à domicile. Moi, ça
fait assez longtemps que je suis ici, M. le Président, que je me souviens
lorsque la Coalition avenir Québec était dans l'opposition, et elle dénonçait
le fait que des gens qui avaient deux bains
par semaine avaient un bain par semaine. Bien, aujourd'hui, nous, ce qu'on entend,
c'est qu'il y a des gens qui sont
incapables d'avoir des services. Ils nous disent : On avait des services,
on n'en a plus. On entend ça, M. le Président. On considère ou on est en train de couper des
services de mammographie, M. le Président, à l'hôpital de Rimouski. Les services de mammographie, hein, on fait état de
notre grand plan de prévention au gouvernement, bien, la mammographie, c'est souvent ça. C'est de la prévention. En
Mauricie, on coupe des kinésiologues, et l'explication du ministre de la Santé se résume simplement à : Ah! bien, vous
savez, on a besoin de gens qui travaillent la fin de semaine et la nuit.
Kinésiologue, ça ne travaille pas la
nuit. En Mauricie, on donne la directive aux gens de vider les poubelles en
partant. M. le Président, on ne vous demande pas à vous puis à moi de
vider les poubelles en partant de l'Assemblée nationale.
Mais le bout du bout, M. le Président, c'est des
patients atteints de cancer, ce qu'on a appris cette semaine, des patients
atteints de cancer qui n'ont pas le suivi nécessaire parce qu'on coupe et on ne
remplace pas le personnel administratif qui est supposé les aider à naviguer à
travers le système, à obtenir les suivis, les prochaines étapes de leurs traitements, de leurs tests. Ça, c'est de la
déshumanisation. Quand les gens ne sont pas capables d'avoir cette aide-là, ce
suivi-là lors des moments les plus difficiles de leur vie, c'est de la
déshumanisation.
Quand on dit
que le ministre de la Santé doit offrir des réponses aux contribuables, c'est le
cri du coeur du mari de la dame décédée dans la chambre 814, là,
hein, on l'a tous entendu : J'ai payé des impôts toute ma vie pour qu'on finisse ici, des gens qui paient des impôts, qui
pensent qu'il y a un contrat social entre eux puis le gouvernement, et, quand ils ont besoin du gouvernement, quand...
lorsqu'eux ont rempli leur
partie du contrat social, le gouvernement arrive à
devoir remplir la sienne, et il n'est pas au rendez-vous.
Quand on dit que le ministre de la Santé a des
comptes à rendre au personnel... Personnel, là, c'est autant les médecins, que
les infirmières, que les gens qui font le ménage, que les technologues, que les
travailleurs sociaux, les préposés, les gens
qui travaillent dans les cuisines, en administration, peu importe, M. le
Président, là. Ces gens-là, ils ne
savent pas où donner de la tête. Leurs postes sont coupés, et on leur
dit : Bien, faites-vous-en pas, on va afficher d'autres postes
éventuellement. Oui, mais là, là, qu'est-ce qui se passe dans leur vie à eux,
là, M. le Président, des gens qu'on appelait nos anges gardiens? Ils voient des
postes d'infirmières coupés puis, pendant ce temps-là, ils voient qu'au ministère, bien, tout continue comme d'habitude.
Ils voient qu'on crée une agence, Santé Québec, à grands frais, mais
qu'eux leur poste, il est aboli. C'est vrai que le ministre de la Santé a pris
l'approche inverse que celle qui serait recommandée
par beaucoup de Québécois, c'est-à-dire moins d'infirmières, plus de
fonctionnaires. Ça ne tient pas la route, ça, M. le Président. Alors, ces gens-là veulent savoir ce qui s'en vient
de leurs postes pour leurs patients. Ils veulent savoir ce qui s'en
vient au cours des prochains mois.
Les gestionnaires, M. le Président, les
gestionnaires, ils ne comprennent pas dans... la directive du ministre de la Santé. Alors, si, à la fin de la journée, M.
le Président, on arrive à une chose, si on arrive à une chose, d'ici la fin de
l'exercice qu'on a, qui serait d'avoir un peu de clarté pour les gens qui
prennent des décisions sur les services offerts à la population en ce moment, ce serait déjà ça. Ce serait déjà une
avancée. Parce qu'aujourd'hui ces gens-là, ils ont vu, ils ont entendu l'appel de la P.D.G. de Santé Québec,
qui dit : Il faut couper 1,5 milliard. Ils ont vu les chiffres
déclinés par région, la Côte-Nord qui doit couper 130 millions
parce que c'est le déficit projeté, l'Outaouais qui doit couper 97 millions, alors que tout le monde sait que
c'est déjà sous-financé par 200 millions, le CIUSSS de... le CISSS de
l'Abitibi qui doit couper 96 millions. Ce n'est pas une grosse
population, en Abitibi. On leur demande de couper 96 millions de leur
budget. Ça, c'est ce qu'ils ont entendu.
Après ça, ils ont entendu le ministre de la
Santé dire : Bien, on va jeter du lest, on n'a pas vraiment demandé des
coupures de 1,5 milliard. Mais, immédiatement après, ils entendent le
premier ministre, ils entendent le ministre de la Santé réitérer qu'il faut
revenir à l'équilibre d'ici la fin de l'année fiscale. Alors, ils ne savent
plus où donner de la tête. Ils lisent dans le journal, M. le Président, qu'il
pourrait y avoir des cibles particulières pour ces régions-là, la Côte-Nord,
l'Abitibi, l'Outaouais, des régions où c'est peut-être plus difficile, mais
c'est tout ce qu'ils entendent.
Et ils
sortent sur la place publique en disant : On a fait des coupures, on
n'arrivera pas au bout, on ne se rendra pas à la commande, et ils demandent de
l'aide au ministre de la Santé. Ils demandent une orientation au ministre
de la Santé, hein? Quand il a créé Santé
Québec, le ministre nous a dit : Moi, je vais donner les orientations.
Bien là, aujourd'hui, là, le P.D.G.
du CISSS de la Gaspésie, il demande au ministre : Comment je fais pour
arriver à mes objectifs? On m'a demandé
de couper 44 millions, j'en ai coupé 10, le reste, je ne le sais pas,
comment y arriver, il va falloir qu'on nous le dise. C'est comme ça
qu'il l'a évoqué : Il va falloir qu'on nous le dise.
Alors, est-ce que, d'entrée de jeu, le ministre
peut être clair sur le montant des compressions? Est-ce que c'est 1,5 milliard ou c'est moins? Est-ce
qu'il peut nous donner, région par région, des cibles précises? Et est-ce qu'il
peut donner une orientation, comme il
avait promis de le faire, aux P.D.G., qui se disent aujourd'hui :
Qu'est-ce que je dois faire de plus, parce que moi, je ne trouve pas?
C'est ça qu'on demande au ministre de la Santé.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le député. M. le ministre,
je vous cède la parole pour 10 minutes.
Le Président (M. Provençal)
: 10 minutes.
M. Dubé : Dix. 1-0. O.K. Merci.
J'avais compris...
Alors, bonjour, tout le
monde. Bonjour à mes collègues qui sont ici ce matin pour m'accompagner. Merci.
Merci, en fait, pour les députés de
l'opposition, de... Moi, j'ai toujours pensé, puis, je pense, je vous l'ai dit
souvent, que j'ai déjà été dans l'opposition
puis je respecte ce travail-là que vous faites parce que... Puis c'est drôle,
parce que, vous l'avez dit hier,
grâce aux informations qu'on a dans... maintenant dans nos tableaux de bord,
vous avez accès à l'information et vous êtes capables de regarder les
choses qui ne vont pas bien et de nous poser les bonnes questions. Puis je
pense que ça a le mérite d'avoir accès à
cette information-là puis d'être transparent. Ce que j'aimerais, des fois,
c'est qu'au lieu de juste insister sur ce qui ne va pas c'est de mentionner ce
qui va bien ou ce qui s'améliore. Mais ça, je comprends, puis on a
chacun... on a chacun nos rôles là-dedans.
Maintenant,
où j'ai un petit peu de misère avec la terminologie de «déshumanisation»...
Puis je pourrai en parler un petit peu plus tard avec mes collègues, justement,
de revenir sur des exemples de choses qu'on a faite