Culture and Education — 27 August 2019 (42nd Legislature, 1st Session)

CCE 2019-08-27

Quebec — Committees

Culture and Education — 27 August 2019 (42nd Legislature, 1st Session)

CCE 2019-08-27

Quebec — Committees

Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements

pour ce mandat?

Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Labrie (Sherbrooke)

est remplacée par Mme Dorion (Taschereau) et Mme Hivon

(Joliette), par M. LeBel (Rimouski).

Président (M. Ciccone) : On

m'indique qu'il y a consentement pour les remplacements suivants pour

toutes les séances de cette semaine.

La Secrétaire :

M. Asselin (Vanier-Les Rivières) sera remplacé par M. Allaire

(Maskinongé) et Mme Grondin (Argenteuil), par M. Thouin (Rousseau).

Le Président (M. Ciccone) : Oui, Mme

la députée de Verdun.

Mme Melançon :

Nous allons, bien sûr, donner notre consentement, mais ce que nous

souhaiterions du côté, aussi, gouvernemental,

c'est que la collaboration puisse aller dans les deux sens pour ce genre de

collaboration dans les différentes commissions.

Le Président (M. Ciccone) : Merci,

Mme la députée de Verdun.

avant-midi, nous entendrons la Centrale des syndicats du Québec, la Fédération

professionnelle des journalistes du Québec, l'Association des

journalistes indépendants du Québec et l'Association des médias écrits

communautaires du Québec.

Maintenant,

je souhaite la bienvenue aux représentants de la Centrale des syndicats du

Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre

exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter

ainsi que les personnes qui vous accompagnent et à procéder à votre

exposé. La parole est maintenant à vous.

Mme Éthier (Sonia) :

Merci, M. le Président. M. le Président, membres de la commission, je vous

remercie beaucoup de permettre à la CSQ de

présenter son point de vue sur l'avenir des médias. Je vous présente

Mme Nicole de Sève, conseillère au dossier, et moi-même, Sonia

Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec.

Vous le savez

sûrement, la CSQ représente 200 000 membres et compte 10 fédérations, 240

syndicats affiliés en fonction de

leurs secteurs d'activité et, en particulier, nous représentons le Syndicat des

employés en radio-télédiffusion de Télé-Québec.

Donc, la CSQ

tient vraiment à souligner l'initiative de cette commission, qui est non

partisane et qui est vraiment très

importante, parce que l'écosystème dans lequel évoluent l'ensemble des médias

est plus que transformé, on le sait, on le voit, par... cette semaine,

les nouvelles technologies de l'information.

Donc, comme

vous avez pu le constater à la lecture du mémoire, nous avons choisi de

consacrer presque exclusivement notre mémoire aux enjeux entourant

Télé-Québec, parce que c'est notre télévision publique nationale et aussi pour

son rayonnement en région. D'ailleurs, nous

connaissons quand même bien Télé-Québec, puisque nous y sommes

intéressés depuis plusieurs années, et on

croit que son unicité réside dans sa mission d'éducation, de culture et

d'information totalement différente

des réseaux privés. Donc, on réitère que le gouvernement a la responsabilité de

protéger la seule chaîne publique québécoise,

dont la voix permet à l'ensemble de la population de participer à tous les

grands débats qui la concernent. Et c'est un élément que nous avions dit, en 2004, dans notre mémoire, lorsqu'il y

a eu la consultation du groupe de travail chargé de l'examen de

Télé-Québec.

Puisque vous

avez pris connaissance du mémoire, nous allons quand même aborder les éléments

qui nous semblent les plus importants

et on va vous faire part de nos recommandations. Premièrement, dire que

Télé-Québec, c'est une petite et une grande télévision publique nous

amène à faire trois constats qui sont vraiment très importants. L'auditoire de Télé-Québec est en hausse. Entre autres, on sait

que Télé-Québec a rejoint 3,8 millions de téléspectateurs en moyenne

chaque semaine et donc 51 % des

francophones. Et rappelons aussi que 75 % des émissions sont offertes sur

le site Internet telequebec.tv, lancé en 2004, et on y retrouve quand

même 963 000 visiteuses et visiteurs par mois, et ce site est le cinquième

site télévisuel le plus visité.

D'ailleurs, dans son rapport annuel, le

diffuseur public précise qu'en tant que média public francophone

multiplateforme Télé-Québec doit être présente sur toutes les plateformes

numériques pour répondre à son mandat d'accessibilité

sur le territoire. D'ailleurs, dans une entrevue radiophonique, la ministre de

la Culture suggère une piste de réflexion

très intéressante, qui est d'utiliser la plateforme numérique de Télé-Québec

pour diffuser de l'information, en disant que celle-ci est sous-exploitée, et ça rejoint, vous allez voir, une de

nos demandes. Et rappelons qu'en 2018, dans le cadre de la nouvelle politique culturelle, l'ancien

gouvernement a octroyé 13,7 millions de dollars à Télé-Québec sur trois

ans pour accroître la diffusion de

contenu audiovisuel sur la plateforme telequebec.tv. Donc, une première

recommandation, c'est que nous tenons

à souligner cette contribution supplémentaire, qui a été bienvenue pour Télé-Québec, et on demande

aussi au gouvernement du Québec d'assurer à l'ensemble du réseau de Télé-Québec le financement qui lui est

nécessaire pour lui permettre de se développer adéquatement.

Donc, un autre

élément important, depuis 2014, on retrouve sur le site Web du diffuseur La

Fabrique culturelle , qui est un média à

100 % numérique. Et, comme vous le savez sûrement, on y retrouve

1,1 million de visites d'internautes, plusieurs membres et des demandes de branchement. C'est donc une

plateforme unique qui constitue un canal d'information culturelle régionale, parce que vous savez que

nous sommes dans 10 régions, 10 régions, plus précisément, et ce qui

est bien important, c'est que ça contribue à la vitalité économique des

régions.

Mais

il y a quand même une certaine problématique, c'est qu'il y a

340 000 ménages qui n'ont pas accès à Internet, malgré le

programme Branché qui avait été lancé en 2016, et il y a seulement neuf projets

qui ont été acceptés sur les 82 soumis.

Donc, une deuxième recommandation, c'est qu'on pense que le gouvernement

devrait peut-être accélérer le financement

de ces projets en attente dans le cadre du programme Branché afin de permettre

à toutes les régions d'avoir accès à

Internet. Et on a aussi une autre recommandation, qu'on invite le gouvernement

à déposer un plan qui vise à déployer un service de haute vitesse

performant dans toutes les régions du Québec et de discuter avec les MRC qui

sont intéressées par ce projet.

Malgré

la présence dans les 10 bureaux régionaux, on sait bien que, les citoyens,

il y a un droit, je dirais, fondamental, mais qu'ils ont le droit de se reconnaître et de revendiquer une

présence à l'écran à travers leur fenêtre nationale. Donc, on l'avait mentionné à la page 7 de notre

mémoire, cette absence se vérifie aujourd'hui, on le sait, et risque de se

faire sentir encore plus, parce que

les hebdomadaires régionaux de la presse écrite sont durement touchés, et ça

laisse craindre à des déserts médiatiques, que plusieurs régions ou

localités n'auront accès à des nouvelles qui les concernent.

se rappelle, hein, que les géants du Web, par une concurrence, on va dire,

déloyale, ont déjà entraîné la fermeture de 28 % des journaux régionaux, et ça continue, et ça, depuis 2010,

donc on est inquiets. Et les problèmes vécus par Le Groupe Capitales

Médias illustrent l'ampleur du problème, et on pense que le gouvernement doit

trouver des solutions qui sont durables. Et

on prend un petit moment pour exprimer notre solidarité envers les

travailleuses et travailleurs qui traversent cette période. Et on veut quand même saluer le geste du gouvernement

pour l'aide ponctuelle apportée. Et il faut trouver collectivement des

solutions, mais c'est vraiment à court terme qu'il faut le faire.

fait, on croit que Télé-Québec ne peut pas remplacer ces médias, ça, c'est bien

important de le noter, mais elle peut

contribuer à maintenir une vitalité d'information dans toutes les régions.

Peut-être devrions-nous consacrer plus d'efforts à la production d'émissions d'affaires publiques ou de

bulletins d'information régionaux. C'est une question qu'on peut se

poser ici. Donc, une autre recommandation,

on invite le gouvernement à réfléchir à accorder un mandat d'information

régionale à Télé-Québec. Donc, c'est une réflexion qu'on soumet.

Sur la question du

financement, on sait que les dépenses, à Télé-Québec, sont plus importantes que

les revenus. Il y a eu, dans le rapport

annuel, un déficit, un manque à gagner de 4 millions. Et, malgré l'aide

supplémentaire qui a été apportée,

c'est un pas dans la bonne direction, mais c'est insuffisant. Pour nous, il

faut un financement qui est stable et récurrent. Est-ce que le

gouvernement pourrait faire plus? On pense que oui. Et donc on a quelques

petites solutions, c'est-à-dire qu'on invite la commission... le gouvernement

d'investir une

partie de la taxe de vente du Québec perçue par Revenu

Québec — puis

je pense qu'il y d'autres organisations qui ont aussi soumis ces

propositions — auprès

des grandes compagnies comme Amazon, etc.,

dans des mesures aux médias québécois, particulièrement Télé-Québec, et

aussi... Et, à l'image de ce qui se fait dans certains pays européens, est-ce

que le gouvernement du Québec pourrait étudier la possibilité d'obliger les gros joueurs de l'information à payer des

impôts et des redevances à l'État du Québec pour contribuer au

financement des médias québécois? On sait que le fédéral a fermé la porte à

cette possibilité, mais on croit que le gouvernement

du Québec pourrait faire preuve d'un courage politique afin de permettre aux

médias régionaux de continuer leur mission.

Donc, en conclusion,

ce que je pense qu'il est important de retenir, c'est la pérennité de Télé-Québec,

son développement régional, en assurer le financement. Et rappelons-nous

aussi qu'une information de qualité, c'est aussi le gage d'une démocratie

en santé. Et je le rappelle... je l'ai dit au départ, mais que Télé-Québec,

c'est un bien collectif, et le gouvernement a la responsabilité de protéger la seule chaîne québécoise

dont la voix permet à l'ensemble de la population de participer à tous les

débats.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous sommes maintenant

rendus à la période d'échange, et on commence avec la

partie gouvernementale

pour 15 minutes, avec le député de Beauce-Sud.

M. Poulin : Merci beaucoup, M. le

Président. Je vous salue. Merci également

pour votre présence en commission parlementaire ce matin. Merci de nous parler également

de Télé-Québec. On ne répétera jamais

assez l'importance de cette télévision

québécoise, l'importance de la financer, de la soutenir, également de tenir des

émissions d'affaires publiques, vous l'avez

bien signifié. Depuis déjà plusieurs années, à Télé-Québec, on a assisté à un

tournant qui est fort intéressant, où on retrouve de nouvelles émissions

d'affaires publiques qui brassent, qui remettent en question, et qui, je crois,

font bouger le Québec, et offrent surtout une programmation de grande qualité

aux Québécois.

Évidemment,

il faut investir dans Télé-Québec. Le nerf de la guerre, on l'a vu, là, depuis

déjà plusieurs jours, le nerf de la

guerre, ça demeure l'argent. Alors, il faut investir des sommes financières qui

sont importantes, je pense qu'on l'a fait également dans le dernier

budget, mais tout part aussi de la projection qu'on souhaite donner à

Télé-Québec.

Avant,

peut-être, de venir à ma question, vous nous avez parlé d'Internet haute

vitesse. Effectivement, c'est très important.

Le gouvernement du Québec va proposer un plan, au cours des prochaines

semaines, des prochains mois, qui va viser

à répondre à ce souhait d'avoir Internet haute vitesse le plus rapidement

possible dans toutes les régions du Québec, donc, qui va nous permettre, effectivement, de consommer à son maximum

des médias québécois. Donc, ça, c'est un élément fort important sur

lequel on est déjà au travail. Ça aurait dû être fait depuis longtemps, mais,

pour l'instant, on agit.

Et je veux

vous parler du mandat, que vous proposez, d'information régionale du côté de

Télé-Québec, dans un moment où, oui,

on souhaite une diversité d'information dans les différentes régions, mais à un

moment où on a déjà des médias

régionaux privés, dans les régions du Québec, qui vivent des moments aussi

extrêmement difficiles. Vous avez fait référence,

tout à l'heure, à Capitales Médias. Alors, j'aimerais avoir votre vision sur

une cohabitation entre un nouveau modèle d'information publique en région, où Radio-Canada se trouve déjà, et le

fait qu'on a déjà des joueurs privés mais également des hebdos coopératifs, que ce soit du Web, de la

télé, de l'écrit, et là d'en ajouter un autre, tout dans cette optique du souhait

d'avoir une pluralité d'information, de la

diversité d'information, d'avoir plus de joueurs qui se retrouvent dans la

même région. Mais comment vous verriez cette

cohabitation-là, qui ne pourrait pas nuire à des joueurs en place qui ont déjà

des défis?

Mme Éthier

(Sonia) : Bien, écoutez,

ce que je disais tout à l'heure, il ne

faut absolument pas qu'on installe

une compétition. Ça,

c'est vraiment important dans le traitement que la commission

va devoir traiter, dans les réflexions que vous allez avoir, il n'est pas question d'entrer en compétition. Je pense

qu'il peut y avoir une complémentarité, et Télé-Québec peut assurément avoir un rôle à l'intérieur de toute

la question de l'information.

M. Poulin : Est-ce

que, dans ce rôle-là, vous voyez quelque chose d'extrêmement précis? C'est

sûr que les bulletins de nouvelles régionaux quotidiens demeurent très importants. Ça se fait en complémentarité, souvent, avec le

quotidien du coin, parce qu'on sait que, quand même, pour remplir un bulletin de nouvelles de 30

minutes à tous les jours, ou de 45 minutes, ou d'une heure, ça nous prend du contenu, ça nous prend de la nouvelle,

donc ça nous prend des journalistes qui vont sur le terrain, qui creusent la nouvelle, qui, par exemple, dans une région comme le Saguenay—Lac-Saint-Jean, ont à couvrir un large territoire.

Alors, ça prendrait des ressources assez importantes, parce

que l'objectif, ce serait de le faire

mais de le faire bien, de ce que je comprends de ce que vous me dites.

Mme de

Sève (Nicole) : Il y a une

différence entre dire : Nous allons avoir une chaîne de télévision

publique qui ferait de l'information quotidienne... Il peut y avoir différentes hypothèses qui sont

développées, exemple un bulletin d'information régional et local qui pourrait être hebdomadaire ou mensuel, ce n'est pas... ou bien

des émissions d'affaires publiques qui mettent

en jeu des enjeux régionaux. On a déjà eu Droit de parole , mais ce n'était pas

très local et régional. Il peut y avoir cette mission-là qui est confiée...

Si on a été

capables de créer Espaces autochtones , c'est parce qu'il y avait une population qui était tout

à fait oubliée dans l'appui

journalistique au Québec. Bien, si on est capables de le faire et de rendre

enfin... parce qu'ils vont avoir enfin leur premier bulletin francophone hebdomadaire à compter de l'automne, bien,

pourquoi on ne le ferait pas pour l'ensemble de la population qui vit dans des régions où... Je

m'excuse, mais moi, j'ai commencé, quand j'étais très jeune, au Clairon

de Saint-Hyacinthe , mais je sais que la plupart des hebdos... ou des

hebdos, même, de quartier dans plusieurs villes ont disparu. Il n'est plus question de ce qui se passe. Mes

marchands ne savent pas à qui s'adresser. Ce n'est pas vrai qu'ils vont

tous annoncer dans la La Voix de l'Est , La Tribune ou

quoi que ce soit. Donc, qu'est-ce qu'on fait pour faire rayonner pas simplement la nouvelle nationale, mais la nouvelle

régionale, les enjeux régionaux, qu'ils soient économiques, qu'ils soient

sportifs, qu'ils soient culturels? Et c'est pour ça qu'elle a sa place, je suis

convaincue.

Maintenant,

le modèle est à travailler avec Télé-Québec. Mais, si on a été capables de

développer ce créneau-là en matière

de La Fabrique culturelle et d'être capables de développer et de faire

connaître nos artistes qui sont partout en région, on est capables de le faire pour l'ensemble des

autres médias d'information sans écraser personne, parce que, de toute

façon, il y en a la majorité qui sont déjà

morts. Alors, pourquoi ne pas utiliser ce que nous avons peut-être de meilleur,

qui est notre télévision publique?

M. Poulin :

Bien, Mme Éthier et Mme de Sève, elle était là aussi, mon

interrogation, à dire : Si on ajoute un nouveau joueur, de quelle façon on peut y trouver bien sa

place sans que ça enlève quelque chose aux autres? Puis, je pense, vous mettez le doigt sur un bobo hyperimportant. Les

«success stories», si vous me passez l'expression en anglais, qui

existent déjà à la télévision québécoise,

avons-nous la possibilité de les déplacer davantage en région, qu'ils parlent

davantage des régions? Notre Tout

le monde en parle , à Radio-Canada, ils ne se sont pas bien, bien déplacés

dans les régions au cours des dernières années, puis Dieu sait que c'est un succès à la télévision québécoise.

Alors, de faire parler les régions dans nos émissions de télévision

québécoises actuelles, je pense qu'il y a des incitatifs que nous devrions

créer pas seulement à Télé-Québec, mais

également dans les grandes chaînes de télévision, à dire : Parlez-nous

plus des régions et mettez en valeur cette information régionale là.

Je me souviens d'une émission à Radio-Canada, La

petite séduction , qui se promenait dans les villages du Québec puis

qui mettait en valeur les trésors de nos villages au Québec, et il en faudrait

plus, de ça, il en faudrait plus, de moments où on peut mettre en valeur ce qui

se passe dans nos régions. Alors, je pense, vous avez bien raison, puis effectivement Télé-Québec doit être un partenaire précieux.

En vous remerciant, je vais céder la parole à un de mes collègues.

Le Président (M.

Ciccone) : Je reconnais maintenant le député de Saint-Jean.

M. Lemieux :

Merci, M. le Président. Évidemment, vous l'avez dit d'entrée de jeu, votre mémoire

est beaucoup concentré sur

Télé-Québec, mais j'ai aimé entendre ce que vous avez dit par rapport aux

raisons pourquoi vous en arrivez là

et la description que vous faisiez, entre autres de la région autour de

Saint-Hyacinthe, des médias écrits. Et c'est un peu ça que je voulais vous entendre nous dire, dans la

mesure où, aussitôt qu'on parle de Télé-Québec puis d'information, tout

le monde pense au passé. On est en 2019,

vous réclamez de l'Internet pour tous, partout, tout le temps, à haute vitesse,

parce qu'on veut faire pas nécessairement ce

qu'on a connu dans le passé en termes de contenu et de production télévisuelle,

mais je vous ai entendues répéter ce qu'on a

entendu de la ministre, la semaine dernière ou la semaine d'avant, qui parlait

d'une plateforme de contenu écrit aussi.

Quelqu'un me soulignait récemment qu'il y a probablement plus de contenu écrit

sur la plateforme de radiocanada.ca/info que...

sinon nulle part ailleurs, que dans beaucoup d'autres plateformes de médias

écrits. Donc, il y a une espèce de convergence des contenus en ce moment.

Expliquez-moi ce que vous avez en tête. Et je

comprends que vous êtes la

partie syndicale, là, O.K.? D'ailleurs, Télé-Québec

vient nous voir mercredi après-midi, on va pouvoir leur demander à eux. Mais,

de votre point de vue, ces contenus-là régionaux, locaux auxquels vous rêvez,

ce serait quoi?

Mme Éthier (Sonia) : Bien, je pense que Mme de Sève a bien répondu, tout à

l'heure, sur la spécificité que Télé-Québec peut avoir. Et moi, j'insiste sur le fait qu'il y a une question de

démocratie, d'expression de la démocratie par rapport à ce que

Télé-Québec peut faire et sa mission première, hein, mission première, on l'a

dit tout à l'heure : éducation, culture, information.

Et je pense que les citoyennes et citoyens des régions doivent et peuvent avoir

accès à ce qui se passe au niveau régional

pour exprimer leur... en toute démocratie. Par exemple, quand il y a des

élections, s'il n'y a pas de médias écrits ou s'il n'y a pas de possibilité pour les citoyens de connaître ce qui se

passe dans leur région, bien, je pense que ça pourrait être un aspect

qui pourrait être abordé par Télé-Québec, là.

M. Lemieux : Justement... À

moins que vous ayez quelque chose à rajouter, madame?

Mme de

Sève (Nicole) : Vous parlez de... Il y a un exemple,

moi, qui me vient en tête. Quand entendons-nous parler du secteur des pêcheries sur les grands médias

télévisuels? Rarement, sauf quand il

y a une crise de la morue ou bien

non qu'on n'est pas capables de sortir nos

bateaux pour la pêche au crabe, nos crabiers. Il me semble que ça, ça peut

être intéressant, dans une région, de

poser l'ensemble des enjeux, qui peut être même repris, après ça,

sur la scène nationale, mais d'essayer de voir, dans le quotidien, qu'est-ce

que ça veut dire, la crise des pêcheries, comment ça peut se résorber. C'est

dans ce sens-là où il y a des enjeux.

À part Montréal, là, il y a des enjeux au

Québec. Je suis une petite fille de Montréal, ça fait que je n'ai pas de problème

de le dire, mais il y a des enjeux qui sont sérieux dans le développement économique,

dans le développement culturel. La vitalité

des cégeps en région, tout ce qui se fait au niveau de la culture dans

nos cégeps, qui n'est jamais

repris. C'est bien beau, le Rideau vert,

c'est bien beau, La Cordée, c'est bien beau, mais il y a

des choses qui se passent. C'est dans ce

sens-là où il peut y avoir cet agenda politique qui nous permet de fouiller certaines questions

qui vont aller chercher le coeur des

gens. Ils vont savoir qu'on parle de Maria, de Carleton ou d'ailleurs.

Puis ça, c'est important, mais on n'en entend jamais parler. On va parler...

oui, quand ils vont sortir le bateau, puis quand ils vont rentrer, puis les

quotas, mais il y avait

d'autres choses à discuter dans ces enjeux-là.

Donc, ça peut

être un exemple. Je ne parlerai pas au nom de Télé-Québec, mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a... l'imagination au pouvoir, ça peut faire des

merveilles.

M. Lemieux : J'ai presque envie de vous dire que vous prêchez

à un converti, mais en même temps je voudrais vous entendre davantage sur

votre vision de ce que ce serait... Et je comprends très bien que ce n'est pas

vous qui faites la programmation. Mais les

arguments, là, sur la montréalisation des ondes, déjà hier, en une

demi-journée, on en a empilé pas mal.

Puis je suis d'accord avec vous par rapport aux besoins que les régions ont de

parler au reste des Québécois, mais ils ont besoin de se parler entre eux aussi. Ils ont besoin de savoir c'est

quoi, les faits, pour être capables d'en discuter dans une grande émission d'affaires publiques et une tribune, dont

vous parliez tout à l'heure, qui ressemble à La Fabrique culturelle , j'en suis, mais il faut qu'on commence

par savoir ce qui se passe chez soi. Est-ce que c'est ça, votre vision? Est-ce

que vous voulez que Télé-Québec participe à la dissémination de

l'information de base dans les régions aux régions?

Mme de

Sève (Nicole) : J'aurais envie de vous répondre, monsieur, que, si

jamais vous allez dans ce sens d'élargir le mandat de Télé-Québec, il y a plusieurs intervenants, au Québec, qui

vont être heureuses et heureux de s'asseoir pour discuter de ce que... Mais ce n'est pas aujourd'hui que je vais vous

dire comment ça va se faire, de toute façon, je n'ai pas cette capacité-là, mais on peut s'asseoir et de

voir. Et à ce moment-là, là, vous pouvez asseoir vos MRC, vous pouvez

asseoir plein d'actrices et d'acteurs, vos

réalisateurs qui sont déjà dans le champ, qui sont déjà dans le milieu et de

voir ça serait quoi. Et on peut y aller progressivement, on ne va pas

transformer ça du jour au lendemain.

Mais je pense qu'aujourd'hui on ne peut pas...

même vous, vous ne seriez... vous ne pourriez pas le faire. Donc, essayons de dire : L'acceptez-vous, l'élargissement

du mandat, comme gouvernement? Si vous l'acceptez, si vous le passez, à

ce moment-là, on va se rasseoir, groupe de travail, puis on va avancer, puis on

peut avancer très vite.

M. Lemieux :

On va en reparler avec Télé-Québec demain, puis je ne veux pas aller trop loin

dans le dossier par rapport à la

direction et pas le syndicat. N'empêche qu'en 2011 le rapport Payette, qui

était probablement le dernier rapport conséquent

par rapport à ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, proposait d'étudier

la faisabilité d'une plateforme d'information

interrégionale. J'ai presque envie de dire que c'était très visionnaire, à

l'époque parce que c'est un peu ce dont

on est en train de parler en ce moment. D'ailleurs, en 2012, ils ont travaillé

là-dessus puis ils ont effectivement publié un projet relativement concret, à l'époque. Vous opinez du bonnet, vous

le connaissez aussi bien que ce que j'ai pu en lire moi aussi. Sans

dire : Oui, c'est ça que ça prend, c'est l'esprit de ce que vous voudriez

voir, je pense, je veux savoir.

Mme de

Sève (Nicole) : Encore une fois, je vous répète que, oui, il y a des

choses qui étaient très intéressantes dans le rapport Payette. Moi, je nous invite, si vous prenez cette

orientation-là, que nous nous assoyons et nous regardons comment nous

pouvons le développer.

M. Lemieux :

Vous avez parlé de démocratie tout à l'heure. Effectivement, c'est un

leitmotiv. Il n'y a pas personne qui

vit, ces jours-ci, sans savoir que l'information est reliée à la démocratie. Le

problème de ceux qui viennent nous voir, c'est qu'ils ont besoin de retrouver une marge de manoeuvre financière. Ce que

je conclus de ce que vous nous dites, c'est qu'il faut élargir le

mandat, mais ça va prendre des gros moyens pour aller avec aussi.

Mme Éthier

(Sonia) : C'est

incontournable pour nous, puis je pense qu'on... Je lisais le rapport de Daniel

Giroux, de l'Université Laval, qui... il y

avait un élément qui était très important sur le soutien financier des

gouvernements , puis je pense que ça vaut la peine de se rappeler que

l'information, ce «n'est pas un bien comme les autres — là,

je le cite. D'abord parce [que ça] contribue au dynamisme de la vie démocratique

d'une société [...] qu'elle tisse des liens de nature diverse entre les

personnes qui la composent.»

Et il y a

plusieurs caractéristiques qui sont importantes, parce que les frais encourus

par la collecte de nos nouvelles, son

traitement, sa diffusion, c'est le même coût si on diffuse pour 10 000 ou

pour 100 000 personnes. Et là ce qui apparaît de plus en plus, je dirais, déterminant dans le

paysage, c'est que les nouvelles, lorsqu'elles sont publiées, échappent au

contrôle...

Le Président (M. Ciccone) : En

terminant, s'il vous plaît.

Mme Éthier (Sonia) :

Pardon?

Le Président (M. Ciccone) : En

terminant, s'il vous plaît.

Mme Éthier

(Sonia) : Oui, bien, c'est

ça, c'est que je pense que le gouvernement devra se questionner sur est-ce qu'on investit davantage, parce que c'est une

question de démocratie puis je pense qu'il y a... une société serait

gagnante à ce que les gens puissent connaître...

Le Président (M. Ciccone) : Merci.

Mme Éthier (Sonia) :

...oui.

Le Président (M. Ciccone) : Merci.

Je dois respecter le temps, malheureusement. Merci beaucoup.

Mme Éthier (Sonia) :

Parfait.

Président (M. Ciccone) : Je

cède maintenant la parole, pour près de 10 minutes, à l'opposition officielle,

soit à la députée de Verdun. Allez-y.

Mme Melançon :

Bien, moi, vous étiez sur une lancée, je vous laisserais quelques minutes, en

tout cas, une ou deux minutes si vous voulez terminer, parce que, là, je

vous ai sentie pressée vers la fin. Est-ce que vous aviez d'autres choses à

ajouter? Parce que c'était quand même intéressant.

Éthier (Sonia) : Bien, ce

que je disais par rapport au questionnement sur l'information qui n'est pas un

bien, hein, comme d'autres biens... et c'est tout à fait dans l'intérêt du

gouvernement, et des citoyennes, et des citoyens que, justement, les citoyens puissent exercer leur démocratie, prendre

connaissance des enjeux régionaux qui les concernent pour être capables

de se les approprier puis de s'exprimer aussi.

Alors, est-ce

qu'on peut penser que le gouvernement laisse passer la parade, entre

guillemets, et puis... on l'a salué tout

à l'heure, là, le 5 millions qui a été rapidement prêté, là, pour qu'on

puisse continuer. On pensait de poursuivre jusqu'en décembre, ça ne sera malheureusement pas possible.

Mais c'est vraiment très... Puis là, en plus, je regardais, ce matin,

dans les médias, le gouvernement du Québec a dépensé 3,7 millions en

publicité sur la plateforme du géant Web, 12 % en 2018‑2019, mais 9 % l'année précédente. Alors là, il y a une

question à se poser : Est-ce qu'on peut continuer comme ça? Est-ce qu'il n'y aurait pas des éléments qu'on

pourrait... des gestes que le gouvernement pourrait poser pour encourager

les médias régionaux pour être capable de les sauver puis sauver cette

démocratie, nécessaire aux citoyennes et citoyens?

Mme Melançon : Merci. Je

voulais que vous puissiez aller jusqu'au bout de votre idée, donc, merci.

Je vais avoir

quelques questions en rafale pour vous, si vous permettez. D'abord sur

l'exemplarité de l'État, hein, on a

voté une motion, à l'Assemblée nationale, et j'ai posé la question à différents

groupes hier, à savoir est-ce que vous avez fait certains calculs, de votre côté, à savoir où va se

retrouver l'équilibre. Est-ce qu'on doit, comme élus, demander à

l'Assemblée nationale ainsi qu'au

gouvernement des publicités? On ne peut pas complètement ignorer les grands

joueurs du Web, mais en même temps ça

prend aussi l'équilibre. Et je voyais les différents tableaux, là, qui nous

montraient l'explosion, justement, où on

utilisait peut-être trop ces géants du Web. Alors, je ne sais pas si vous, vous

avez fait un calcul en pourcentage à ce que cela représente. J'ai posé différentes questions, plusieurs m'ont dit

non, là. Ce n'est vraiment pas une trappe, c'est juste pour savoir si

vous l'avez regardé.

Mme Éthier (Sonia) :

Nous n'avons pas fait ce travail-là.

Mme Melançon : D'accord. J'ai

trouvé ça intéressant, à l'intérieur du mémoire, vous parlez des 10 bureaux

régionaux. Donc, il y a quand même des régions où il n'y a pas de bureaux

régionaux, actuellement, donc où il pourrait y

avoir un désert, dont on parlait hier, un certain désert médiatique. Est-ce que

vous pouvez me cibler là où il n'y en a pas et là où on devrait en

avoir? Et, dans un deuxième temps, est-ce que vous avez calculé combien est-ce

que ça pourrait représenter... combien on a besoin pour arriver à peu près là

où vous nous amenez? Est-ce que vous l'avez chiffré?

Mme Éthier

(Sonia) : Absolument pas,

non, on n'a pas chiffré toute cette question, là. Au fond, ce qu'on

voulait faire, c'est d'amener des pistes de réflexion pour la commission, pour

réfléchir, pour trouver des solutions.

Mme Melançon : Parce qu'il faut réfléchir un peu à l'extérieur de la boîte, hein, on l'a dit assez souvent, là. Je pense que, le modèle, on est arrivés à une fin en

soi, là. Si on est tous là en commission, c'est qu'on voit qu'on a besoin de nouveaux modèles d'affaires, on a besoin de

réfléchir. Alors, je vais réfléchir à

l'extérieur de la boîte avec vous ce

matin. Par exemple, puis je le lance comme ça, là, en toute

réflexion avec vous, si on mettait Tou.tv, Illico... si tout le monde pouvait se regrouper sous un même chapeau pour tenter, justement,

d'être attrayant pour la population pour pouvoir se retrouver avec, bien sûr,

des vitrines plus régionales, sous un chapeau qu'on pourrait identifier comme

étant Télé-Québec, est-ce que vous pensez que c'est quelque

chose qui est faisable?

M. de

Sève (Nicole) : Vous êtes

rendue pas mal loin dans votre réflexion, dans les fusions d'organigrammes

et d'organisations. Tou.tv se

retrouve sur le site de Radio-Canada, Illico, à ce que je sache, c'est privé, et Télé-Québec,

c'est notre seule télévision publique. Une proposition comme la vôtre m'inquiète, dans le sens que... est-ce qu'on risquerait

de perdre, justement, cet aspect, qui est

extrêmement important, qui fait que Télé-Québec est une télévision

publique? Ça, ça m'inquiète. Pas

fermée, mais, encore là, j'aurais envie de dire qu'on met un peu la charrue en

avant des boeufs, pour prendre une

belle expression québécoise, dans le sens que, si vous acceptez, comme commission parlementaire, de recommander qu'il y ait, oui, un élargissement du mandat de Télé-Québec

et qu'on soit capables de... dans des formules, je pense que, là, à ce

moment-là, il pourrait y avoir ces ouvertures-là, parce que ces mesures...

Je vais

prendre un exemple. Moi, j'étais de la négociation pour le Régime québécois d'assurance parentale. Quand on me demandait combien c'était pour chiffrer, je

leur disais : Voulez-vous, on va reconnaître les principes, le congé

pour les mères, les pères, puis après les

actuaires vont aller à la Régie des rentes puis vont le calculer. Bien, je vous

fais la même proposition : Pouvez-vous être capable de regarder un

principe, un élément qui fait que, oui, et maintenant, après ça,

prendre à des groupes qui ont l'expertise de

dire combien ça va coûter, combien de taxes, combien on va imposer la masse

salariale, si on ferait un fonds, déjà...

C'est dans ce sens-là que... Vous nous posez des questions de mise en oeuvre,

et nous ne savons même pas si la commission va recommander quelque chose,

ça fait que c'est un peu ça.

Mme Melançon : Je vais vous

interrompre quelques secondes, là.

M. de Sève (Nicole) : Pas juste

vous, là.

Mme Melançon : Je pense qu'on

est tous là pour réfléchir ensemble.

M. de Sève (Nicole) : Oui, mais

pas aller aussi loin.

Mme Melançon : On en profite, mais je ne veux pas imputer à

quiconque ou... je ne veux pas aller là-dedans, je ne faisais que lancer

une idée. On vient de dire qu'il fallait réfléchir à l'extérieur de la boîte,

chose que je faisais.

Je vais

revenir à Mme Éthier, alors. Je lisais bien, à l'intérieur, aussi, du mémoire, en page 9, sur Netflix, vous êtes donc d'accord avec l'idée qu'on puisse faire un

fonds dédié avec le nouvel argent qui entre, actuellement, au gouvernement,

si j'ai bien saisi, là, la portée, en page

9, là, de votre mémoire. Donc, vous, vous êtes d'accord avec un fonds dédié.

Moi, j'étais un petit peu plus large lorsque j'ai fait la proposition, là, je voyais vraiment un fonds pour et la culture... Parce que,

dans le fond, là, on a un contenant, puis le contenant, bien, c'est les

Facebook, c'est les GAFA, on va se le dire comme ça. Le problème, c'est le contenu, et là, actuellement... et c'est dans

le droit d'auteur. Il est là, le problème, là, c'est sur le droit d'auteur, tant pour... Là, on parle des médias,

moi, je le voyais un peu plus large, parce que le contenu québécois...

tout est dans tout. Mais vous, vous étiez un peu plus directe. Pouvez-vous

aller plus loin dans votre idée, s'il vous plaît?

Mme Éthier

(Sonia) : Bien, sur la proposition qu'on a faite, je pense qu'à la base ce qu'on se disait, c'est que,

sur la question de la taxe de vente du Québec — c'est à ça que vous référez — qui est prélevée, bien, à la base, est-ce

qu'on peut répondre à cette

question-là? Si le gouvernement accepte de prendre une

partie de ce qui est

prélevé pour investir dans les médias, dans les médias et dans Télé-Québec...

bien, premièrement, oui ou non? Si c'est oui, combien? Et on va régler

une

partie du problème, parce que je pense

que c'est une source de revenus qui... c'est faisable. Je ne pense pas que ça,

c'est une volonté politique, c'est faisable, ça peut se faire.

Puis ensuite, bien, l'autre possibilité que nous

disions, c'était de percevoir des impôts, là, sur les grands joueurs, parce que...

Je regardais aussi, il y a quand

même 74 % de la part que se partagent Facebook, Google sur

6,8 milliards en publicité au

Canada. Ce n'est quand même pas rien, tout ça, là, ce n'est pas rien. Ça fait

que je pense qu'il y a des gestes à poser,

il y a une... Ça, ça part de la volonté politique. Et une fois que ça, ça sera

fait, moi, je pense que, quand on a des revenus supplémentaires, bien, il reste qu'après il y a bien des choses qu'on peut

faire puis qui vous seront soumises en commission, ici, par les

différents intervenantes et intervenants.

Le Président (M. Ciccone) : Je

reconnais la députée de Saint-Laurent. Il vous reste 26 secondes.

Mme Éthier (Sonia) :

Oh! j'aurais dû parler moins.

Mme Rizqy : Mme Éthier, je

l'ai fait, le calcul, avec mes collègues, juste avec une taxe GAFA de 3 %,

c'est 20 millions. J'aimerais vous

entendre rapidement. Il y a une réforme collégiale — je sais que, le principe, on est

d'accord, Mme de Sève, mais il

faut aussi trouver des solutions, après ça, pour le long terme — réforme collégiale... l'Université de

Washington a créé un nouveau cours qui

s'appelle «Calling Bullshit», c'est pour aider aussi les citoyens à comprendre

c'est quoi, de la vraie information, puis

voir ce qui est de la désinformation. Dans notre réforme collégiale, est-ce que

ce serait souhaitable?

Le Président (M. Ciccone) : Mme la

députée, il ne reste plus de temps, malheureusement.

Mme Rizqy : Bien, est-ce qu'on

peut avoir un oui ou un non, avec consentement, ou une courte réponse, avec

consentement?

Président (M. Ciccone) :

Oui? O.K., on rajoute du temps, on a un consentement. Une réponse rapide, s'il

vous plaît.

Mme Éthier (Sonia) : Bien, je ne saurais pas quoi vous répondre sur la question de la

réforme collégiale, mais à votre...

Mme Rizqy :

...formation de la citoyenneté, est-ce que, justement, on est rendus là, avec

tellement de désinformation, qu'on

pourrait faire ce que l'Université de Washington a fait et créer un nouveau

programme de trois crédits qui, justement, s'appelle «Calling Bullshit»?

Mme Éthier

(Sonia) : Je pense que ça va

être aux gens du réseau collégial de répondre, mais, sur le fond de ce

que vous dites, sur la question de la désinformation...

Le Président (M. Ciccone) : En

terminant, s'il vous plaît, en terminant.

Mme Éthier

(Sonia) : ...je suis tout à

fait d'accord, parce que, là, les gens s'informent sur Facebook, c'est

quand même... il y a une prise de conscience à faire.

Président (M. Ciccone) :

Merci. Merci beaucoup. Je reconnais maintenant la députée de Taschereau pour

une période de 2 min 30 s.

Mme Dorion :

Merci, M. le Président. J'ai 2 min 30 s, je vais essayer d'aller

vite. Bon, on parle de plus en plus, à travers

le monde, d'impôt sur les grands joueurs du numérique, d'imposer leur chiffre

d'affaires qui est fait chez nous. Ils font des centaines de millions chez nous, ne paient aucun impôt, et cet

argent-là, qui serait récurrent puis qui grandirait en même temps que la révolution, qui arriverait dans nos

coffres... la révolution numérique, excusez-moi, qui arriverait dans nos

coffres pourrait nous permettre de financer les médias à long terme,

l'information au Québec à long terme.

Moi, en ce

moment, je suis plutôt inquiète de la non-position du gouvernement ou des

députés, aussi, du gouvernement dans

cet enjeu-là. On ne les a pas entendus parler de cette question-là. On a

entendu beaucoup de gens, en commission, venir nous dire : C'est une des options qui est à regarder puis qui est

très importante. Au fédéral, c'est la même chose, ils sont complètement

sur le neutre. Même eux, ils le disent : Ah! pas tout de suite... Ah! il

faut voir... bon.

Puisqu'il

s'agit quand même de la sauvegarde puis de la vie de notre culture, de notre

information locale, de ce qui anime notre identité — c'est

beaucoup plus large, l'information touche à beaucoup plus que juste

l'information elle-même — qu'est-ce qu'on fait si le fédéral refuse de

bouger, refuse, sur le long terme, de faire quoi que ce soit? Est-ce que

ça pourrait être une bonne idée de tenter de

rapatrier, comme ça s'est fait à d'autres époques... Aujourd'hui ça nous

apparaît bien extraterrestre, mais c'est des

mobilisations qu'on pourrait faire lever, de rapatrier tous les pouvoirs en

communications, en culture, de façon

à dire : Bien, nous, notre spécificité dans le monde, on va avoir tous les

pouvoirs pour la protéger. J'aimerais avoir votre avis là-dessus.

Mme de Sève (Nicole) : Je pense

que, dans l'état actuel des relations fédérales-provinciales, rapatrier tous

les pouvoirs, c'est un peu beaucoup. Par contre, si on est capables d'aller

chercher des ententes très significatives sur la main-d'oeuvre, de rapatrier des pouvoirs,

notamment, en ce qui concerne l'immigration, je suis convaincue qu'on peut

faire des pas de géant sur la culture,

d'autant plus que, comme vous l'avez si bien dit, c'est un créneau de notre

identité et qui est extrêmement

important pour la population québécoise. Ça vaut la peine de tenter le coup. Il

peut y avoir une mobilisation citoyenne.

Il y en a eu, du temps du gouvernement Harper, des mobilisations citoyennes

pour sauver Radio-Canada, si vous vous

souvenez, très fortes. Donc, il y a moyen, sûrement, de pouvoir augmenter les

pouvoirs. Je ne suis pas certaine que, dans le cadre actuel, on pourrait

tout rapatrier, mais je pense qu'on est capables. Sinon, bien, faisons à notre

tête, soyons maîtres chez nous.

Président (M. Ciccone) :

Merci beaucoup. Je reconnais maintenant le député de Rimouski pour une

période de 2 min 30 s.

M. LeBel :

On ne peut pas commencer sur des meilleurs mots, «maîtres chez nous», ça

commence bien. Tout le monde ici,

autour de la table, se dit nationaliste de ce temps-ci, là, tous les partis

politiques sont devenus des nationalistes. Bien, si on est vraiment nationalistes, il faut aller revendiquer à

Ottawa ces mesures-là, rapatrier nos pouvoirs. C'est une question d'identité, c'est une question de

culture, c'est une question de langue, c'est beaucoup plus large que l'avenir

des médias, à mon avis.

Sur l'avenir

des médias, peut-être aussi... Moi, je vous fais une parenthèse, les

salles de presse ont certaines responsabilités déjà aujourd'hui. J'ai beaucoup de témoignages de journalistes en région qui

veulent vendre leurs topos au national,

puis ça ne passe jamais. Ils essaient bien de parler des crabiers puis du

bateau, mais à

part le traversier Matane-Godbout, il n'y a rien qui passe au national. Et il y a

une responsabilité aussi des grands médias de laisser, de temps en temps, leurs journalistes en région

prendre un peu de place aux nouvelles nationales. Puis on concentre beaucoup...

Le Journal de Québec ,

maintenant, on aime le hockey, M. le

Président, Le Journal de Québec , on va voir Les Remparts, mais bien rare qu'on

voit l'Océanic ou les Saguenéens, on parle

des Remparts. Pourtant, c'est des équipes de hockey dans nos régions, qui font

partie de notre identité aussi en région. Le

Théâtre les gens d'en bas, au Bic, ils sont en grandes difficultés,

actuellement, on se bat. Mais, si ce théâtre-là était ici, à Québec, on en entendrait

parler, il ferait la première page des journaux, mais là on est en

région, on en entend moins parler. Ça fait que c'est hyperimportant, là, ce que

vous dites.

Et je reviens

rapidement, Télé-Québec, effectivement, il y a quelque

chose à faire avec ça, plusieurs

en parlent. Hier, quelqu'un nous parlait des mutuelles de services, parce

qu'un peu comme disait mon collègue, là, Télé-Québec, il faut

qu'il prenne de la place en région, mais il faudrait qu'il ait une façon de

concerter avec les médias qui sont déjà en région. Si Télé-Québec pourrait aller chercher ce qui se passe aussi avec les

médias en région puis les propulser au niveau national, il y aurait

peut-être quelque chose à faire. Moi, Télé-Québec, O.K., mais avec une certaine

concertation, quelque chose de nouveau qu'on pourrait faire avec les médias qui

existent déjà en région.

Le Président (M. Ciccone) : En 30

secondes, s'il vous plaît.

Mme Éthier

(Sonia) : C'est une

excellente conclusion. Il faut qu'il

y ait une concertation, puis, on le

disait tout à l'heure, il n'est pas question, dans les solutions

ou les propositions qu'on fait, de remplacer les médias qui

existent. Oui, effectivement, il pourrait y avoir une belle

concertation, puis c'est une excellente idée.

Mme de Sève (Nicole) : Prenez

juste l'exemple de Radio-Canada, qui va aller chercher des journalistes dans d'autres médias écrits et qu'ils font témoigner

dans des émissions et tout, on peut le faire dans une région, on peut le

faire avec l'antenne régionale, qui va

prendre les gens du quotidien ou des gens d'hebdos et de dire, sur cette

question-là... c'est possible.

Président (M. Ciccone) :

Merci. Merci beaucoup. Je reconnais maintenant Mme la députée de Marie-Victorin pour

deux minutes.

Mme Fournier : Merci

beaucoup. Je trouve que votre proposition est extrêmement intéressante lorsque

vous mettez le doigt sur la nécessité d'assurer la diversité de

l'information partout dans nos régions. Donc, il n'est pas question de remplacer, mais bien d'assurer la diversité. Puis

ça me fait penser que, dans plusieurs pays scandinaves, comme la

Norvège, la Finlande, c'est exactement ce

qu'ils ont fait pour assurer la vitalité des médias en région. Lorsqu'il y

avait très peu de médias dans une

région donnée, le gouvernement, par exemple le gouvernement suédois, le

gouvernement norvégien, a décidé de

subventionner un joueur public pour venir l'ajouter dans l'équation et ainsi

donc assurer la diversité des médias. Donc, ça me faisait vraiment

penser à ce qui se fait là-bas.

Maintenant,

on a beaucoup parlé du futur, de l'avenir de Télé-Québec, mais est-ce que vous

avez des membres... est-ce que vous représentez des membres, à la CSQ,

qui sont à Télé-Québec? Et quel est l'état actuel des choses?

Mme Éthier (Sonia) : Bien, oui, on l'a dit, d'entrée de jeu, on

représente le syndicat des employés de Télé-Québec, qui sont environ 460 travailleuses et

travailleurs, là. Et, bien sûr, Télé-Québec, on le sait, a des difficultés

financières, a été aidé par le

gouvernement, mais je pense qu'il faut que Télé-Québec continue de vivre, que

le gouvernement continue de le faire rayonner. Comme on disait, c'est la

télévision publique qui nous appartient, et je pense que tous ces travailleuses

et travailleurs mettent la main à la pâte pour faire en

sorte que Télé-Québec rayonne. Et d'ailleurs combien de Gémeaux ont été

remportés par la qualité de ce qui se fait? Puis ça, bien, ça passe par les

travailleuses et travailleurs. Merci.

Le Président (M.

Ciccone) : Alors, merci beaucoup. Merci beaucoup pour votre

contribution à ces travaux. Surtout, merci, Mme de Sève, pour votre grande

passion. Merci beaucoup.

Je suspends les

travaux pour quelques instants.

(Suspension de la séance à

10 h 20)

Le Président (M.

Ciccone) : Merci. Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants

des fédérations professionnelles des

journalistes du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour

votre exposé, puis nous procéderons à

la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à

vous présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent et à

procéder à votre exposé. La parole est maintenant à vous.

M. Giroux

(Stéphane) : Alors, merci, M. Ciccone. Mon nom est Stéphane

Giroux, et je suis président de la Fédération professionnelle des journalistes

du Québec. Je suis accompagné par notre directrice générale, Catherine Lafrance. Et on devine que vous avez pas mal tous

lu notre mémoire, alors je ne le lirai pas intégralement ce matin. Je

vais résumer les points et ensuite porter attention sur les événements des

derniers jours.

Notre organisme

existe depuis 50 ans. Il s'agit d'un OBNL qui regroupe environ 1 800

journalistes au Québec, répartis dans plus de 250 médias écrits et

électroniques. Pour vous donner une idée, 35 % de nos membres viennent de la presse écrite. La FPJQ est une association

professionnelle qui s'est donné le mandat de défendre la liberté de presse

et le droit du public à l'information. Nous

intervenons chaque fois que cette liberté nous semble menacée, que ce soit à

cause de facteurs économiques, de situations

politiques ou de contextes juridiques. Nous sommes régulièrement appelés à agir

quand nos membres se font refuser l'accès à

des assemblées publiques ou qu'ils ne peuvent obtenir des documents publics,

pour ne nommer que ces exemples. La FPJQ

distribue aussi une carte de presse, qui est reconnue à travers le monde. Pour

l'obtenir, nos membres professionnels

doivent démontrer qu'ils travaillent de façon régulière pour une ou plusieurs

entreprises de presse et doivent s'engager à adhérer et à respecter

notre code de déontologie.

a beaucoup été question des médias dans la crise que l'on connaît mais peu des

journalistes. Alors, je vous invite donc

à vous poser cette question : Qu'est-ce que c'est, un journaliste? Et

voici comment on vous répond, à la FPJQ : C'est quelqu'un qui exerce une fonction de journaliste,

la personne qui travaille à la diffusion d'informations ou d'opinions

sur des questions d'actualité dans une optique d'intérêt public, au service des

citoyens et non pas d'intérêts particuliers. Cette définition est, à notre sens, importante, parce que, si on ne sait pas

ce que fait un journaliste, on ne comprend pas bien pourquoi il faut

défendre le ou les médias pour lequel ou pour lesquels il travaille. Si on ne

comprend pas bien qu'un journaliste travaille pour le public et seulement pour

lui, le but de l'exercice auquel nous nous adonnons aujourd'hui est futile.

FPJQ a été témoin, depuis un demi-siècle, de grands changements dans le monde médiatique, mais la

crise dans laquelle des journaux sont

plongés n'a aucune mesure avec tout ce que nous avons vu jusqu'ici. Un rapport

du Forum des politiques publiques au Canada a recensé la fermeture

de 225 hebdos et 27 quotidiens depuis 2010. C'est des centaines

de postes de travailleurs de l'information qui ont disparu durant cette

période, et c'est sans compter la menace qui pèse sur les quotidiens du Groupe Capitales Médias. Il faut

endiguer la saignée, stopper cette érosion de l'information avant que

des régions entières du Québec ne se retrouvent dans une espèce de trou noir.

Pour ce faire, alors, nos recommandations sont les suivantes.

Nous demandons à

Québec de mettre sur pied une aide pour plusieurs types de médias, qu'ils

produisent de l'information quotidienne ou

hebdomadaire, numérique ou imprimée, que leur modèle d'affaires repose sur

l'abonnement ou la gratuité des contenus.

Cette aide pourrait prendre la forme d'un crédit d'impôt pour les entreprises

de presse semblable à celle annoncée dans le dernier budget fédéral.

Nous

demandons une réduction de l'effort financier imposé aux journaux, notamment en

diminuant la compensation exigée dans la valorisation des matières

résiduelles, le recyclage.

Nous

demandons au gouvernement du Québec qu'il fasse pression sur Ottawa pour que

des redevances pour la presse productrice de contenu journalistique

soient exigées aux entreprises du GAFA. J'espère qu'on n'a pas besoin de

répéter que veut dire «GAFA».

Nous demandons au

gouvernement québécois qu'il fasse pression pour qu'Ottawa amende ses lois sur

le droit d'auteur pour contraindre les

géants du Web à respecter les droits d'auteur en obligeant les plateformes en

ligne qui publient du contenu journalistique à conclure des ententes

avec les auteurs de contenu.

Nous

demandons au gouvernement québécois qu'il revendique auprès d'Ottawa la gestion

des droits d'auteur et des redevances qui y sont associées au nom de la

souveraineté culturelle du Québec.

Nous

demandons à toutes les municipalités du Québec qu'elles recommencent à publier leurs

avis publics dans les journaux

régionaux et, évidemment, on demande à Québec de les contraindre à le faire.

Nous demandons la même chose au gouvernement, qu'il soit provincial ou

fédéral.

Sur l'urgence d'agir, les quotidiens et les

hebdos ne peuvent tout simplement pas lutter à armes égales avec Google et Facebook. Ils font face à un ennemi

1 000 fois plus puissant qu'eux. Notre mémoire, à l'instar de plusieurs

autres, démontre la

profondeur de la crise dans laquelle sont plongés les journaux, mais c'est

l'actualité des derniers jours, quand Le Groupe Capitales Médias a annoncé qu'il se plaçait sous la protection de

la

Loi sur la faillite, qui prouve hors de tout doute l'urgence d'agir. La fermeture de ces six

quotidiens, si elle devait se réaliser, représenterait la disparition de la

moitié des quotidiens de langue

française au Québec. Imaginons un instant ce qui arriverait si le seul journal

pour la région de l'Outaouais fermait

ses portes, même chose pour Trois-Rivières, Granby, Sherbrooke et, évidemment,

Saguenay, la perte de couverture journalistique en région serait

catastrophique pour ces communautés, et l'effet domino de ces fermetures.

Je pense au Soleil ,

qui assure une présence dans l'Est du Québec et la Gaspésie, où on ne retrouve

aucun quotidien. J'ai moi-même

commencé ma carrière en Gaspésie en écrivant pour Le Soleil . Les

réactions ont été nombreuses depuis cette annonce. Certains remettent en

question le modèle d'affaires des journaux et se demandent, par exemple,

pourquoi les contribuables devraient payer

pour soutenir une presse qui n'est plus financièrement viable. La réponse est

simple : Parce que le prix à

payer pour la société québécoise serait énorme. Le prix à payer, c'est la

disparition des sources d'information, la fin, dans certaines régions, de l'essentielle pluralité des voix dans

une démocratie en santé et le retour à l'obscurantisme. En région, ce

sont souvent les journalistes de la presse écrite qui couvrent les assemblées

des conseils municipaux, qui s'intéressent

au travail des élus, par exemple. Sans eux, les décisions seraient prises

derrière des portes closes sans que les citoyens n'en soient avisés.

C'est la porte ouverte à des petites dictatures, on en a vu.

Oui, la

presse a besoin de l'aide de l'État en ce moment. Elle est loin d'être la seule

industrie dans cette situation. L'avionnerie

s'est aussi tournée vers le gouvernement, les industries culturelles le font régulièrement,

pour ne parler que de ceux-là.

Plusieurs voix s'élèvent déjà pour laisser entendre que, si la presse est

subventionnée par l'État, elle devient un outil de propagande. Bien, il n'en est rien. Donnons l'exemple de

Radio-Canada, qui est financée en

partie par le gouvernement fédéral, et son service de l'information est l'un

des plus crédibles et respectés au Canada. La majorité des grands médias

adhèrent à un code de déontologie très

strict, qui les met à l'abri de toute influence extérieure. Et je vous rappelle

la description des journalistes que nous avons faite un peu plus tôt,

les journalistes travaillent pour le public, seulement pour le public, et des

mécanismes existent pour protéger et assurer l'indépendance journalistique. Je

vous remercie.

Président (M. Ciccone) :

Merci beaucoup, M. Giroux. C'est maintenant le temps de passer, justement,

à la

partie gouvernementale pour une période de 15 minutes. Je

reconnais le député de... voyons, Beauce-Sud. Merci.

M. Poulin : Merci, M.

le Président. Je pense que vous ne

l'oublierez plus d'ici la fin de la semaine ou la fin de la journée, du

moins.

Merci à la

FPJQ d'être avec nous aujourd'hui, fort apprécié. Félicitations pour votre

campagne, également, que vous avez mise en place sur les réseaux sociaux, qui

vise justement à mettre de l'avant le travail qui est fait par

nos hebdos locaux, entre autres,

mais, bien sûr, par les quotidiens et la presse dans son ensemble. Il ne suffit

pas non plus de prendre une photo puis

de la mettre sur les réseaux sociaux, on s'entend. Il faut poser des gestes, et

je pense que ces gestes-là devaient être posés il y a plusieurs années, doivent l'être aujourd'hui et devront l'être dans le futur. Alors, sachez que vous avez une

oreille attentive des élus de l'Assemblée nationale également pour le futur.

On a beaucoup

de questions, du côté de la

partie ministérielle,

alors je vais faire très vite. Vous avez parlé d'indépendance des médias, du droit des auteurs, on pourra y revenir,

mais je veux parler de votre relation avec les patrons de presse, compte tenu du fait que vous avez à lutter

pour s'assurer qu'on puisse avoir des salles de nouvelles qui sont

remplies, des salles de nouvelles qui visent

une destination, qui est celle de donner le plus d'informations possible aux

citoyens. On veut également protéger

le journalisme d'enquête, on veut s'assurer qu'il y ait plus de ressources qui

y soient accordées mais, au même

moment, on ne veut pas délaisser la nouvelle quotidienne, qui est très

importante, entre autres dans les régions.

Donc, quelle

est votre relation avec la majorité des médias de presse au niveau de la façon

dont on peut mettre en place nos

salles de rédaction? Parce qu'on parle beaucoup des revenus dans le cadre de

cette commission parlementaire là, et c'est

important, mais l'investissement, qui, pour plusieurs, peut être considéré

comme une dépense — moi,

j'aime mieux parler

d'investissement — il faut

aussi en parler, alors le fait qu'on investit dans une salle de nouvelles, ce

que ça rapporte, pas juste en termes de publicité, mais ce que ça

rapporte en termes de crédibilité, également, de l'information. Alors, actuellement, quelle est votre relation avec les

principaux médias pour la place des journalistes dans les salles de

nouvelles et s'assurer qu'on puisse en avoir le maximum?

M. Giroux (Stéphane) : Je vais

laisser Mme Lafrance répondre.

Mme Lafrance

(Catherine) : Merci,

Stéphane. Merci. On n'a même pas besoin d'appuyer sur le bouton. C'est

bien, ça se fait tout seul.

Bien,

écoutez, première des choses, nous, à la FPJQ, évidemment, on ne fait pas d'ingérence,

on ne se mêle pas d'administration des salles de rédaction des entreprises de presse, des modèles

d'affaires. On n'a ni les compétences ni l'intérêt pour le faire. Cependant, notre relation — pour

répondre à votre question — avec

les entreprises de presse et les grands

patrons, patronnes d'entreprise de presse, elle est excellente. Plusieurs

sont membres chez nous, d'ailleurs. Pourquoi? Parce qu'on travaille tous dans le même but. Le but, c'est de faire de

l'information la meilleure information possible pour le public québécois, et c'est ce qu'on a à coeur

aussi. Donc, on défend non seulement le droit du public à l'information

mais la qualité de l'information.

Et non

seulement la relation des patrons d'entreprise de presse, elle est bonne avec

nous, mais les patrons d'entreprise de

presse se parlent. Ils ont de bonnes relations entre eux. Évidemment,

vous vous en doutez bien, ils sont tous dans la même industrie, malgré la compétition et malgré ce

qu'on peut croire vu de l'extérieur. Cependant, ils sont tous bien

conscients que,

écoutez, pour reprendre, si vous voulez, un exemple ou une allégorie avec

ce qui se passe dans l'actualité en ce moment, la forêt brûle, et il est temps d'endiguer ça, il est temps de contrôler

tout ça. Je pense que les patrons de presse ont à coeur, d'abord et avant tout, l'information. Ce sont des

gens qui sont impliqués dans le milieu de l'information. Beaucoup sont d'anciens journalistes. Ils ont toujours fait de l'information toute leur vie, pour la

plupart. C'est ce qu'ils défendent d'abord et avant tout avant de

défendre des intérêts financiers.

Bien sûr, ils

ont ça à coeur, mais je ne suis pas sûre qu'en ce moment ça soit leur seule

préoccupation. Je pense qu'ils veulent tous éviter les fermetures et ils

veulent tous conserver, continuer à embaucher des journalistes. Et, dans le

meilleur des cas, idéalement, d'ici quelques années, ils aimeraient tous

réembaucher des journalistes. Parce que je vous rappelle qu'au Québec, au cours des dernières années, il s'est perdu

des dizaines et des dizaines, voire des centaines d'emplois de journaliste dans la province, dans toutes les

régions. Il y a des régions qui sont moins bien desservies maintenant qu'elles l'étaient il y a encore quelques années, et ça, c'est terrible.

C'est terrible pour les travailleurs, pour les emplois mais pour la population

d'abord et avant tout.

Donc, je

pense que tous s'entendent pour dire qu'il faut, oui, sauver la presse mais il

faut que la presse ne soit plus sur l'espèce

de respirateur artificiel sur lequel il est branché depuis des années. Il faut

que la presse soit viable. Il faut qu'elle soit prospère. Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas se mettre à penser à une

certaine prospérité? Le Québec, la société

québécoise et les Québécois méritent une presse écrite en santé, en santé

financière, en santé et méritent que tous les territoires soient couverts et que des journalistes puissent

travailler partout, parce que, comme on le dit et on le répète, les

journalistes travaillent pour le public. J'espère que ça répond à votre

question. J'ai débordé un peu.

M. Poulin : Non, mais fort

intéressant. Merci beaucoup. Je vais céder la parole à l'un de mes collègues de

la

partie ministérielle.

Le Président (M. Ciccone) : Merci.

Je reconnais le député de Sainte-Rose.

M. Skeete : Merci

beaucoup, M. le Président. Merci et bienvenue. Je pense que vous êtes bien placé,

M. Giroux, pour parler de la réalité

des médias anglophones, j'aimerais ça vous entendre. Comment ça se compare, les

médias d'expression anglaise, versus

la situation, l'état des faits ou l'état actuel, là, des

médias francophones et anglophones? S'il y a un écart, j'aimerais ça l'entendre. Et aussi comment vous

voyez cette crise-là dans l'optique, justement, où est-ce que les GAFA, bien, vraiment,

sont plus traditionnellement en anglais? Donc, on pourrait penser que les

médias anglophones sont plus vulnérables par cette compétition plus

internationale, j'aimerais ça vous entendre.

M. Giroux

(Stéphane) : Bien, les

médias anglophones au Québec font face aux mêmes problèmes que les

médias francophones. Le problème est

universel à travers le Canada, à travers l'Amérique du Nord. Au Québec,

puis je me fie, évidemment, au fait que j'ai travaillé dans quelques médias

anglophones, quelques médias francophones, ça se rejoint beaucoup.

La différence, c'est que, du côté anglophone, ces médias-là doivent en plus

faire face à la diminution constante de la communauté anglophone.

The Gazette , à Montréal, comparé à

ce que c'était il y a 25, 30 ans, c'est tout mince, là. Ils peinent à

faire une couverture adéquate parce que les ressources, les budgets ne sont

plus là. Ils appartiennent, évidemment, à des intérêts financiers importants où peut-être que le... ils voient l'avenir

différemment. Je pense au Sherbrooke Record , où j'ai publié mes premiers textes il y a 33 ans. À l'époque, c'était un grand

quotidien, même si le tirage était très mince. Maintenant, c'est un tout petit journal qui en arrache chaque année.

Je parlais à l'éditrice, l'autre jour, qui disait : On n'est jamais sûrs

si on va être là l'année prochaine. En

Gaspésie, il y a un tout petit hebdo qui s'appelle The Spec , qui existe

depuis au-dessus de 40 ans. Eux

autres, ils survivent presque uniquement par abonnements, par des nostalgiques,

et ils reçoivent des dons, ils reçoivent

de la publicité locale mais, encore là, eux autres ne savent jamais, d'une

année à l'autre, s'il va être encore là. C'est pour ça que, du côté anglais, c'est plus complexe. On le sait, eux

autres, c'est la perte de marché publicitaire et la décroissance

démographique qui les affectent encore plus.

M. Skeete :

Pour résumer, au Secrétariat des relations avec les Québécois d'expression

anglaise, on met beaucoup d'emphase

pour réduire l'exode des Québécois d'expression anglaise du Québec. Donc, si

d'un côté le gouvernement agit concrètement

là, compte tenu des résultats de cette commission, on serait en mesure,

peut-être, d'aider aussi la communauté anglaise et les médias

anglophones.

M. Giroux

(Stéphane) : Ah! absolument. La FPJQ défend la presse, le journalisme

au Québec, qu'il soit francophone ou anglophone. Et d'ailleurs...

Mme Lafrance (Catherine) : Et

même la presse ethnique.

M. Giroux

(Stéphane) : Plusieurs de nos membres représentent la presse ethnique.

Les communautés culturelles, bien souvent, ont des journaux au Québec,

et ceux qui respectent notre code de déontologie font partie, évidemment, de

notre organisation.

M. Skeete : ...merci beaucoup.

Je cède à mes autres collègues.

Président (M. Ciccone) :

Merci beaucoup. Je reconnais maintenant le député de Maskinongé. À vous la

parole.

M. Allaire : Merci,

M. le Président. Hier, la question me brûlait les lèvres — finalement, je pense, vous étiez

vraiment la bonne organisation pour recevoir

cette question-là — moi, je m'interroge beaucoup sur la santé du

métier de journaliste, actuellement.

On le sait, plusieurs intervenants nous l'ont dit aussi hier, c'est une crise

qui était quand même prévisible, là. Déjà,

il y a 10 ans, il y avait des signes avant-coureurs. Il y a eu, au cours

des 10 dernières années, beaucoup de réorganisations, probablement engendrées par l'employeur, des concessions qui ont été

demandées, d'ailleurs, aux journalistes pour un peu, probablement, en prendre un peu plus dans leur

cour, là. On parlait des journalistes-orchestres, là, hier. Est-ce qu'il y

a eu beaucoup de journalistes qui ont quitté

la profession par eux-mêmes dans les... Vous en avez peut-être abordé un peu

tantôt... vous l'avez abordé tantôt, là,

mais j'aimerais que vous alliez un petit peu plus loin là-dedans, donc, pour

nous démontrer est-ce que, vraiment, le métier de journaliste, là, a

perdu une certaine expertise, là, au cours des dernières années.

M. Giroux

(Stéphane) : Énormément,

énormément. Je n'ai pas de chiffre à vous donner, mais la plupart des

grandes salles de nouvelles au Québec

ont offert des forfaits, des packages, là, de mise à la retraite pour leurs

employés les plus séniors, qui, par

définition, coûtent plus cher. On engage des jeunes de plus en plus de façon

précaire, des petits contrats à court

terme, pour une fraction des salaires qui ont déjà existé dans le milieu. Les

revenus, les conditions de travail qu'on connaissait dans les

années 80, c'est fini. Il y a eu une époque où — bon,

hier, les représentants de La Presse en ont parlé — la

semaine de quatre jours était la norme. Ça fait des années que c'est fini, ça.

Les salaires stagnent depuis très longtemps.

On est chanceux, dans nos renouvellements de convention collective, si on

réussit à avoir le coût de la vie. On essaie

de garder nos acquis. Il y a de moins en moins de journalistes syndiqués. Les

salaires sont bas. Le salaire moyen, c'est 50 000 $ par année. Ce n'est pas mauvais mais, pour un

journaliste qui a passé quatre ans à l'université... À un moment donné, on veut se marier, on veut avoir des enfants, on

cherche une stabilité. Il y en a beaucoup qui sont tentés de quitter le métier. Et

je vais laisser Catherine compléter là-dessus, parce que je crois...

Mme Lafrance

(Catherine) : Je ne veux vraiment pas t'interrompre.

M. Giroux

(Stéphane) : Oui. Mais ce

qu'il faut retenir, c'est que... Oui, je connais beaucoup de gens qui ont

quitté la profession. C'est souvent des

jeunes, hein? Ils ont fait quelques années, cinq, six ans, ils sont toujours en

bas de l'échelle, ont toujours

très peu de séniorité, et puis ils sont dans la jeune trentaine, puis on les

voit, ils quittent, ils deviennent attachés politiques, attachés de

presse, responsables des communications dans le privé. Il y

en a beaucoup, de ça. Toutes des professions nobles,

mais ultimement ils ne font plus de journalisme pour l'intérêt public.

Mme Lafrance

(Catherine) : Est-ce que je pourrais compléter?

M. Giroux

(Stéphane) : Je vais laisser Catherine compléter, oui.

Mme Lafrance

(Catherine) : Je suis

vraiment désolée. Je voulais juste compléter, parce qu'évidemment nous,

dans nos bureaux de la FPJQ, on voit les

membres, on leur donne leur carte de presse, on connaît un peu leur historique,

si vous voulez, de carrière, là. Et,

oui, effectivement, Stéphane a raison, c'est assez effroyable de voir les

changements dans la profession. Et,

quand on parle des journalistes, peut-être qu'on devrait dire aussi «travailleurs de

l'information», parce qu'il y a des

journalistes qui ont quitté mais il y a des photographes qui ont quitté le

métier, il y a des caricaturistes qui ont quitté le

métier. Ça a un effet domino sur toutes les strates, si vous voulez, de cette

profession-là.

a un impact aussi sur les journalistes pigistes, qui sont peut-être

plus nombreux qu'ils l'étaient avant parce

qu'il est de plus en plus difficile

d'obtenir un emploi stable. Certains le font par choix, mais d'autres le font

parce qu'ils n'ont pas le choix non

plus. Le salaire médian, le salaire moyen des pigistes a baissé. C'est devenu

presque impossible maintenant, au Québec,

de vivre quand on est pigiste. Je pense que... et là je ne donnerai pas ma main

au feu, là, mais je pense que le salaire est à peu près

22 000 $ par an, le salaire moyen pour les pigistes au Québec, et ce sont

souvent des gens qui travaillent énormément.

Ce n'est pas parce qu'ils ne travaillent pas beaucoup mais c'est parce que le

prix au feuillet, bien, c'est devenu presque

dérisoire. Les conditions sont de plus en plus difficiles

pour tous les types de journalistes, si vous voulez, et de travailleurs

de l'information.

Le Président (M.

Ciccone) : ...le député de Saint-Jean, il vous reste

1 min 50 s.

M. Lemieux :

Oupelaïe! Merci, M. le Président. Je ne peux pas m'empêcher de remarquer une

phrase de votre mémoire, parce que j'enchaîne sur ce que vous disiez,

Mme Lafrance : «Pendant que les postes de journalistes

disparaissent, le gouvernement concentre son aide aux infrastructures

numériques. La question qui se pose, c'est : À quoi serviront ces

infrastructures quand il n'y aura plus de journalistes pour les alimenter?»

En fait, vous avez,

en bons journalistes que vous êtes, travaillé beaucoup en questions et un peu

en réponses aujourd'hui. Vous avez posé la

question : Qu'est-ce qu'un journaliste?, vous avez fourni la réponse. Vous

avez posé la question, puis je

voudrais revenir là-dessus, M. Giroux : Pourquoi payer pour ces

services-là? En fait, la question est double, parce que les gens, maintenant, ne paient plus ou, en tout cas,

généralement parlant, là, on donne l'information. Donc, dans le fond, ce qu'on va faire ou ce qu'on attend que le

gouvernement fasse, c'est de payer pour le public qui ne paie pas pour avoir l'information en espérant

que ça s'améliore.

Mais il n'y a pas

vraiment de bonne solution, parce qu'il n'y a pas encore de bon modèle

d'affaires, jusqu'à preuve du contraire.

Vous avez dit tantôt que ce n'était pas dans votre cour, les modèles

d'affaires, mais, de votre point

de vue, qu'est-ce qu'il faut qu'on fasse pour que les

citoyens du Québec, qui ont droit à l'information en vertu de

l'article 44 de la charte, aient plus

d'information, aient encore une aussi bonne, sinon une meilleure information

partout sur le territoire?

Le Président (M.

Ciccone) : En 30 secondes, s'il vous plaît.

M. Lemieux :

Woups! Excusez-moi.

M. Giroux (Stéphane) : Alors, très rapidement, l'information n'est pas

gratuite. Les gens pensent que parce qu'ils lisent un grand

titre sur leur téléphone cellulaire, c'est gratuit. Elle

doit être payée. Et, comme on l'entend depuis hier, le fait est que des

géants comme Google, Facebook, ramassent notre contenu...

Le Président (M.

Ciccone) : En terminant.

M. Giroux

(Stéphane) : ...le distribuent gratuitement, et puis on n'est pas

rémunérés au bout du compte.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci beaucoup, M. Giroux. Je reconnais maintenant la

députée de Saint-Laurent pour une période de 10 minutes.

Mme Rizqy :

Bonjour. Bonjour, Mme Lafrance, M. Giroux, bienvenue. Tantôt, vous

avez dit : Il faut sauver la presse. Puis moi, j'ai envie de

dire : Il faut sauver la démocratie, notre pilier. Et, si vous... Vous

autres aussi?

M. Giroux

(Stéphane) : Il ne peut pas y avoir de démocratie s'il n'y a pas de

presse libre.

Mme Rizqy :

Exactement. Puis ça, c'est le plus haut tribunal, aussi, du Canada qui l'a dit.

Et on est en train de réfléchir, oui,

à des solutions immédiates, parce qu'il y a urgence d'agir, le feu est pris. On

peut faire cette commission puis on

va la faire, mais en attendant il y a quand même une mise à jour économique

puis il y en a un, pompier, il s'appelle le ministre des Finances. C'est lui, là, qui a la capacité, là, lors de sa

mise à jour économique, de dire : Non seulement, oui, on fait une aide immédiate, mais non seulement ça, on

peut avoir une taxe GAFA immédiate pour le Québec. On est autonomes. On

a notre propre Agence de revenu du Québec, où est-ce qu'on peut collecter les

géants du Web, puis immédiatement il y

aurait des entrées d'argent. On peut le faire dès la mise à jour économique,

qui arrive au mois de novembre. On peut aussi s'assurer d'avoir des

redevances. Tout ça, c'est quelque chose qu'on est capables de faire, et on ne

pourra pas attendre.

Mais

je veux aussi... Hier, on en a parlé, des chiffres puis de la fiscalité. Moi,

j'ai envie aussi de voir un peu plus au court et moyen terme, parce qu'éventuellement nous, on va écrire un

rapport. En Éducation et en Enseignement supérieur, il y a des questions qui se posent au niveau

collégial. Vous avez préparé 30 secondes avant d'y croire. Dans la réforme

collégiale, pensez-vous qu'on pourrait

réfléchir à ce que ce cours entre dans le cursus obligatoire? Parce que,

clairement, clairement, il y a de la

désinformation. La vitesse, là... l'infobésité, c'est un nouveau terme, parce

qu'il y a tellement d'information que les gens ne sont même plus capables de savoir le vrai du faux, et on gobe de

l'information sans nécessairement vérifier si elle vient même d'une

source fiable.

M. Giroux

(Stéphane) : La désinformation, les fausses nouvelles, c'est

probablement la pire catastrophe du XXIe siècle

dans la démocratie, et c'est un petit peu à la lumière de ça qu'on a lancé le

programme 30 secondes . C'est une des grandes réalisations de la FPJQ. Maintenant, oui, j'aimerais ça que

ce soit enseigné, pas juste au collégial, au secondaire puis, si c'était

juste de moi, au primaire, parce que la désinformation commence très tôt.

une des grandes raisons pourquoi le grand public est rendu méfiant envers la

presse, n'est plus trop sûr si on doit nous

croire, nous faire confiance, c'est justement parce que les gens, là, ils

consultent leurs nouvelles non pas dans un journal reconnu mais sur leur page Facebook. La page

Facebook, là, l'algorithme, il n'est pas programmé en fonction de ce qui

est vrai, de ce qui est faux, il est

programmé en fonction de vos croyances. Alors, les gens reçoivent des avis, des

«updates», puis on ne sait jamais, c'est

tellement bien fait maintenant, là, que c'est à s'y méprendre. Vous et moi, on

sait faire la différence, on a une

formation, mais quelqu'un à la maison qui a perdu l'habitude de lire son

journal avant d'aller travailler le matin, peut-être que cette

personne-là ne le sait pas. Moi, j'ai des gens dans ma famille, très, très bien

éduqués, qui viennent me voir : J'ai

entendu dire telle affaire, c'est-u vrai? Je suis, là : Non, où tu as vu

ça? Puis là je regarde le titre. Ah! là, je vois ce qui s'est fait, je vois la manipulation qui s'est faite. Puis les

gens qui font de la déformation, qui font de la... eux autres, bien, ils

sont tout aussi habiles, ils vont aller dire : Non, non, c'est les médias

traditionnels qui font de la propagande, c'est eux autres qu'il faut se méfier.

C'est

parce que nous autres, on a une formation pour bien le faire, un code d'éthique à suivre et puis, évidemment,

on doit montrer patte blanche à chaque fois

qu'on publie quelque chose. On a un conseil de presse qui nous force à

respecter nos normes déontologiques. C'est pour ça que, selon nous, un programme

comme 30 secondes devrait faire

partie d'un curriculum à l'école.

Catherine aimerait compléter.

Lafrance (Catherine) : Je

veux juste vous dire et vous annoncer que ce formidable programme,

30 secondes — je prêche pour notre paroisse,

évidemment — eh bien,

il connaît un tel succès qu'on est en train de travailler sur une version, justement, pour des adultes et

éventuellement on travaillera sur une version aussi pour, enfin, tous les

adultes, pour les gens un peu plus âgés

aussi, parce que c'est toutes les couches de la société qui est frappée par ce

phénomène de, je dirais,

désinformation mais aussi de manque de connaissance des médias. Alors donc, on

travaille là-dessus, et je pense que plus cette formation sera donnée

d'une façon ou d'une autre, mieux ça sera.

Et je voudrais juste reprendre ce que

vous disiez à propos de l'énoncé économique. Oui, l'argent est le nerf de

la guerre, et on est ici, entre autres, pour

parler de ça, bien sûr, mais je vous rappelle que, dans notre campagne qu'on a

lancée très récemment, dont il a été

question il y a quelques minutes, ce qu'on dit, nous, à la FPJQ, c'est :

C'est toute la société qui doit

soutenir ses journaux, toute la société. Je pense aux municipalités qui, depuis

plusieurs années, ont cessé de publier les avis dans les journaux. Pour les municipalités, c'est une infime

partie

de leur budget, je pense que c'est moins de 2 %. Pour un journal, c'est un sérieux coup de main. Il faut

que les municipalités recommencent à publier leurs avis dans les

journaux. Il faut que le gouvernement du Québec publie dans les journaux ses

avis, ses publicités. Il faut que le gouvernement fédéral le fasse également. Il faut que l'entreprise privée le fasse. Il

faut que toute la société se mette à comprendre que, si elle n'encourage pas les journaux, bien, ils vont

mourir. C'est comme vouloir avoir un restaurant de quartier, un restaurant

au coin de chez soi, puis jamais ne vouloir

y aller, bien, il ne va pas pouvoir continuer à exister, ce restaurant-là.

Donc, tout le monde doit mettre la main à la pâte et tout le monde doit

soutenir les journaux.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci. Je reconnais maintenant la députée de Verdun.

Mme Melançon :

Merci beaucoup. Alors, bonjour à vous deux. Merci d'être là. Moi, j'ai décidé,

bien sûr, de joindre votre mouvement.

On a été plusieurs à le faire. Et, non, ce n'est pas uniquement de prendre une

photo et de dire que je soutiens mon

journal mais c'est aussi de pouvoir mettre de la publicité dans les journaux,

c'est une façon de soutenir nos journaux locaux. Et sachez que c'est en ce sens où moi, j'ai voulu le faire, que

plusieurs élus l'ont fait. Et j'invite vraiment l'ensemble de la population à prendre une photo, bien sûr,

avec leurs journaux, et dire qu'ils le soutiennent, et le lire, et le dire.

Alors, voilà, je voulais simplement faire ce point.

C'est

très intéressant, la campagne 30 secondes, de savoir aussi qu'on va

élargir le tout, parce que, oui, c'est vrai que souvent on peut s'y méprendre, et savoir qu'on va y aller avec les

adultes. J'espère qu'on pourra, du côté de l'Assemblée nationale, tenter

de vous aider là-dessus, parce que c'est vraiment... c'est de l'éducation, de

l'éducation grand public. Alors, bravo pour ça!

Mme Lafrance

(Catherine) : ...

Mme Melançon :

J'ai passé le message, voilà. Je veux revenir. Hier, on a entendu plusieurs

syndicats qui nous disaient : Oui, on a

besoin d'investissements qui viennent de l'État, justement, pour revoir, dans

le fond, le modèle économique des

médias mais que ces investissements-là viennent avec des obligations. Et je me

lance et je vous pose la question, parce qu'il a déjà été question pour les journalistes d'avoir un statut, un

ordre professionnel aussi pour pouvoir, justement, rassurer. Vous parliez de méfiance, tout à l'heure,

M. Giroux. Est-ce que la FPJQ, là-dessus, a une nouvelle réflexion? Parce

que je me rappelle, là, ça fait presque huit, neuf ans, là, où cette

discussion-là avait eu lieu. Où est-ce qu'on en est, de votre côté?

M. Giroux

(Stéphane) : Écoutez, la question a été largement débattue lors de la

sortie du rapport Payette au début de

la décennie. Le principe semble intéressant à certains égards si c'est pour

distinguer ceux qui se collent ou non à un code déontologique. Mais, si le gouvernement ou un organisme non

journalistique a son mot à dire sur notre façon de travailler, c'est non. C'est pour cela que les détenteurs de

la carte de presse, par exemple, de la FPJQ, jouissent d'une bonne

réputation, parce qu'ils doivent se

soumettre à des critères sérieux et rigoureux. C'est pour ça... selon nous,

faire

partie d'un organisme reconnu

auquel les grandes organisations de presse sont déjà impliquées est un rempart suffisant. Mais je vais

être honnête avec vous, la question continue à diviser, même parmi nos

membres.

Quant à un ordre

professionnel, là, c'est beaucoup plus difficile. Un ordre professionnel comme

ceux qui représentent les médecins, avocats,

ingénieurs, c'est absolument incompatible avec la liberté d'expression telle

que garantie par la Charte des droits et libertés. On ne peut pas

s'imaginer un monde où la liberté d'expression, d'opinion, de faire des reportages, de contester le gouvernement serait

tributaire d'une permission d'un organisme de contrôle. Un journaliste

qui dérange se ferait réduire au silence si,

tout à coup, l'organisme de contrôle devenait politisé. C'est impensable puis

juridiquement impossible, alors c'est pour ça que la question n'est même

pas soulevée dans la plupart des pays occidentaux.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci. Il reste 10 secondes, Mme la députée.

Mme Melançon :

Oh! zut de zut! J'aurai d'autres questions, principalement sur le recyclage, où

on va devoir aussi, bien sûr... On

veut prendre les GAFA, là, on veut leur parler. Bien, Amazon est souvent

ignoré, avec le suremballage, les boîtes de carton, on va devoir en

reparler.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci. Merci beaucoup. Je reconnais maintenant la députée

de Taschereau pour 2 min 30 s.

Mme Dorion :

Merci. J'ai lu votre mémoire, qui est superintéressant, puis on appuie

beaucoup, beaucoup des suggestions que vous faites là-dedans, qui sont

intelligentes et à suivre absolument.

Mais

j'ai une autre question, et là je ne veux pas vous mettre mal à l'aise, c'est

vraiment une question que beaucoup de

gens, surtout dans ma génération, se posent, et j'aimerais avoir des réponses à

leur donner. Il y a eu une baisse de confiance envers les journalistes dans les dernières années. Il y a beaucoup de

monde qui disent : Moi, je ne consomme même plus ça, je ne crois

plus à ça. Sur le blogue de la FPJQ, il y a Jean-François Cliche qui écrivait à

ce sujet puis qui disait : «Cette confiance,

nous l'avons collectivement laissé s'étioler au fil des décennies, même si

notre métier en dépend.» Et on ne s'en parle pas entre journalistes,

comme si on n'avait pas de pouvoir d'action là-dessus.

Là, la confiance du public, moi, je la

vois comme plus que jamais nécessaire, surtout s'il faut financer une

partie de la vie médiatique avec des fonds

publics. Est-ce que la FPJQ ou les journalistes se posent la question entre

eux, à savoir est-ce qu'on a une responsabilité dans cette

désaffection-là du public? S'il y en a une, est-ce qu'on fait

partie aussi du problème? Et, dans les deux cas, est-ce qu'on peut

faire

partie de la solution puis comment pour regagner la confiance du

public, qui est vraiment nécessaire à notre démocratie?

M. Giroux

(Stéphane) : Je peux répondre. Dans le fond, effectivement, il y a eu

une érosion. Durant les années 80, en télévision, dans l'écrit, il y a eu une espèce de virage vers ce qui

rapporte financièrement pour les entreprises de presse plutôt que la qualité. Ça devenait plus payant de

mettre quatre journalistes sur les faits divers que de mettre un

correspondant à Washington, mettons. Et puis on ajoute à ça l'arrivée de

l'Internet, des médias sociaux, qui a ouvert la porte à la désinformation, les gens se mêlent, et puis là on

se retrouve dans une situation où, effectivement, les gens ne sont plus

trop sûrs s'ils peuvent faire confiance ou

non. Oui, on se pose la question sur la crédibilité, et ça me fait plaisir de

vous annoncer aujourd'hui que ça va être le thème de notre congrès au

mois de novembre, à Saint-Sauveur.

Le Président (M.

Ciccone) : En terminant, s'il vous plaît.

M. Giroux

(Stéphane) : Et puis évidemment les députés, s'ils ont des doutes, là,

ils sont invités à participer.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci beaucoup. Je reconnais maintenant le député de

Rimouski pour 2 min 30 s.

M. LeBel :

Oui, bonjour. «Québec demande à Ottawa qu'il impose aux entreprises du GAFA»,

«Québec fasse pression sur Ottawa afin d'amender les lois», «Québec revendique

auprès d'Ottawa la gestion des droits d'auteurs». Qu'est-ce qu'on fait si

Ottawa n'écoute pas?

M. Giroux

(Stéphane) : Écoutez, Ottawa, en ce moment, est dans la même situation

que plusieurs autres pays qui font

face à ce problème-là. Puis je pense qu'à l'international ce qu'on découvre,

c'est qu'il y a une certaine... hein, qui bouge en premier? On vient de voir que la France s'est décidée à agir. Le

président américain dit : Bien, si vous faites ça à mes GAFA, moi,

je vais taxer votre vin. Il y a des enjeux qui dépassent malheureusement ça,

mais ce serait bien le fun que quelqu'un se réveille, à Ottawa, parce que le

gouvernement à Ottawa, qu'il soit conservateur ou libéral, ils ont laissé tout

couler il y a une dizaine d'années.

M. LeBel :

Est-ce que vous seriez fiers de nous si la commission, de façon unanime, on

s'entend pour revendiquer tous ces droits-là qu'on devrait avoir d'Ottawa?

Si on s'entendait dans une déclaration unanime, tout le monde, qu'on demande à

Ottawa de bouger, vous seriez fiers de nous?

M. Giroux

(Stéphane) : Je pense que ça va faire

partie de votre travail et de

votre message.

M. LeBel :

On va essayer. On va essayer de vous rendre fiers.

M. Giroux

(Stéphane) : L'histoire du Québec s'en est...

M. LeBel : Moi, j'ai juste un commentaire, puis c'est un peu

en lien avec ce que ma collègue vient de dire, on écoute les bulletins de nouvelles maintenant,

il y a une grande

partie des bulletins de nouvelles que ce n'est pas des

topos, c'est des commentateurs qui viennent nous dire quoi penser. Moi,

j'aimerais mieux avoir un topo de temps en temps dans mes régions puis de décider moi-même qu'est-ce que

j'ai à penser avant de me le faire dire par un commentateur. Vous ne

trouvez pas qu'il y a

un problème là? De plus en plus, c'est comme ça, tu ouvres le topo, tu as cinq

minutes de discussion avec un commentateur. Il me semble... Il

n'y a pas un problème là?

M. Giroux

(Stéphane) : La question

est intéressante et puis... J'ai participé à une étude, il y a

quelques années, avec le syndicat

Unifor, puis on avait fait l'analyse du coût des reportages, et le fait est,

là, qu'une enquête journalistique peut coûter jusqu'à 10 000 $

et peut-être même 100 000 $ sur les gros dossiers...

Le Président (M.

Ciccone) : En terminant, s'il vous plaît.

M. Giroux

(Stéphane) : ...et puis une

chronique, ça ne coûte rien, ça ne coûte rien. Alors, des fois il y a

des médias à court de budgets pour faire du journalisme d'enquête...

Le Président (M.

Ciccone) : Merci beaucoup, M. Giroux.

M. Giroux

(Stéphane) : ...vont faire du commentaire.

Le Président (M. Ciccone) : Merci. Je reconnais maintenant

la députée de Marie-Victorin pour une période de deux minutes.

Mme Fournier : Merci. C'est superintéressant, puis je voulais justement

faire du pouce sur ce qu'ont dit, avant moi, les collègues de Verdun, Taschereau et Rimouski

concernant toute cette question-là de la confiance, puis je pense que ça

a un lien avec la place de plus en plus grande de l'opinion dans les médias. Et

la députée de Verdun faisait référence au statut

de journaliste, qui a déjà été discuté dans les années passées, mais je vous

soumets bien humblement que je crois que c'est une

partie de la solution, dans le sens qu'il y a beaucoup de gens

qui perdent confiance dans l'information parce que c'est devenu difficile pour le citoyen de distinguer ce

qui est de l'opinion versus ce qui est une information rigoureuse,

vérifiée, écrite par des journalistes qui,

eux, suivent un code de déontologie auquel ne sont pas tenus des chroniqueurs

ou des blogueurs, par exemple, qui

n'ont pas le statut de journaliste ou qui ne sont pas journalistes. Donc, vous

ne croyez pas que ça pourrait être, disons, une idée à réétudier dans ce

contexte-là, par exemple, à votre congrès du mois de novembre?

M. Giroux

(Stéphane) : On peut certainement en parler, mais vous voyez tout de

suite le problème, où il y aurait deux

statuts de journaliste : un pour ceux qui font de l'opinion, qui ont

certaines responsabilités, d'autres, ceux qui font de la nouvelle, qui ont d'autres responsabilités. Moi,

j'ai toujours l'inquiétude de : Un instant, j'ai la liberté de presse,

j'ai le droit d'écrire ce que je

veux, où je veux, quand je veux, comment je veux. C'est là, là. Je veux dire,

la liberté de la presse, la liberté

d'expression, c'est un des plus grands dons de la démocratie, ça peut être mal

utilisé. Moi, j'ai toujours dit : Ça serait le fun si les journaux étaient un petit peu plus sérieux dans la façon de

séparer bien précisément ce qui est

la nouvelle, ce qui est l'information, mais ce n'est pas si simple que

ça, tu sais.

Le Président (M. Ciccone) : En

terminant, s'il vous plaît.

Mme Fournier :

Mais le citoyen au coeur de ça, je pense qu'il a besoin de davantage d'outils

pour distinguer les deux parties de l'information.

M. Giroux (Stéphane) : L'éducation,

l'éducation.

Président (M. Ciccone) : Merci beaucoup. Merci beaucoup de votre présence. Votre contribution est

inestimable pour cette commission.

demanderais cependant au groupe de l'Association des journalistes

indépendants du Québec de prendre place rapidement, car nous avons

quelques minutes de retard.

Je suspends pour quelques instants.

(Suspension de la séance à 11 h 4)

Le Président (M. Ciccone) : On

prend place rapidement, s'il vous plaît. Merci beaucoup.

Je souhaite maintenant

la bienvenue aux représentants de l'Association des journalistes indépendants du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de

10 minutes pour votre exposé. Je vous invite donc à vous présenter ainsi

que les personnes qui vous accompagnent et à procéder à votre exposé. La parole

est à maintenant vous.

Mme Brassard-Lecours (Gabrielle) :

Bonjour. Gabrielle Brassard-Lecours, présidente de l'Association des

journalistes indépendants du Québec et journaliste indépendante. Je suis

d'ailleurs une récipiendaire de la bourse de 30 secondes,

du programme qui a été exposé juste avant moi. Donc, voilà, merci beaucoup de

nous recevoir à la commission.

À l'instar de

nos collègues, donc, de la fédération des journalistes professionnels du

Québec, et ceux de la Fédération nationale

des communications, à laquelle nous sommes affiliés, et de la plupart des

groupes qui défilent devant vous cette semaine, on partage les

inquiétudes quant à l'avenir des médias, comme nous le démontre aussi la

récente crise chez Le Groupe Capitales

Médias. Nous partageons également plusieurs des solutions qu'ils proposent pour

sortir de l'impasse.

Pour vous

mettre en contexte, l'Association des

journalistes indépendants s'est fondée à Montréal en 1988. Elle défend l'indépendance des journalistes face aux

pressions économiques et politiques qui s'exercent sur le métier et elle

participe, par ses actions et son discours

public, au renouvellement des perspectives sur le journalisme indépendant et

l'évolution des pratiques journalistiques contemporaines.

Il était

important pour nous aujourd'hui de témoigner de la réalité particulière des

journalistes indépendants dans cette crise,

dont mon collègue va vous parler dans quelques instants. Sachez toutefois que

les journalistes pigistes indépendants sont

de plus en plus nombreux. Même quand ils travaillent à temps plein dans les

médias, ils sont souvent sur des sièges éjectables. Ils sont aussi présents autant à Montréal que partout dans

la province. Les pigistes sont d'ailleurs parfois les seuls correspondants régionaux qui alimentent nos médias

nationaux. Et les journalistes de l'AJIQ sont aussi des professionnels

au même

titre que tous les autres journalistes qui répondent à un code

déontologique et travaillent avec rigueur et éthique. Il y a d'ailleurs de

nombreux journaux et magazines qui dépendent largement des pigistes pour leur

contenu.

M. Van

Vliet (Simon) : Bonjour. Simon Van Vliet, vice-président de

l'AJIQ. Donc, les conditions de travail des journalistes pigistes comme Gabrielle, et moi, et les membres de l'AJIQ

sont caractérisées par une très grande précarité. Mais, à une certaine époque pas

si lointaine, des journalistes de renom quittaient leurs postes salariés et

syndiqués pour devenir pigistes.

C'est le choix qu'a fait notamment René Lévesque en 1956. Et beaucoup de

gens, à cette époque-là, choisissaient la

liberté et l'autonomie professionnelle que confère le statut de pigiste pour

développer, avancer leur carrière, pouvoir faire plusieurs choses différentes, pas être dépendants d'un seul employeur.

Et c'est ce qu'on pourrait appeler l'âge d'or de la pige, là, où on avait beaucoup d'opportunités, des

bons tarifs, des contrats décents. Ça, ça s'est poursuivi, disons,

jusqu'au tournant des années 80, puis, à partir de là, on a vu un virage

brutal vers la précarisation du statut et des conditions de travail des

journalistes indépendants.

Aujourd'hui, dans certaines rédactions, c'est

30 % à 50 % des effectifs de la salle de rédaction qui sont des surnuméraires, c'est-à-dire des pigistes qui sont

sur le «payroll», si vous me passez l'expression, mais qui n'ont aucune

sécurité d'emploi, qui sont à contrat à la

semaine, au mois. Et pour les autres, bien, sauf quelques rares exceptions, là,

les tarifs qui sont pratiqués dans

l'industrie ont stagné depuis le début des années 80, ce qui fait que les

pigistes ont vu leurs revenus diminuer d'à

peu près 30 % en 30 ans, entre les années 80 puis le début des

années 2010. Et la tendance à la précarisation s'est accélérée

grandement dans les années 90‑2000 et préfigurait à bien des égards la

crise que le milieu connaît depuis une dizaine d'années dans son ensemble.

Il faut dire

que l'absence d'un cadre de négociation collective désavantage très nettement

les journalistes indépendants, qui

n'ont pratiquement aucun pouvoir de négociation individuel face aux grands

groupes de presse. D'autant plus que le marché québécois, tant dans le

secteur de la presse écrite, des quotidiens, les hebdos, les magazines que dans

la presse audiovisuelle, en

radiotélévision... sont contrôlés par des oligopoles qui profitent de leur

position dominante pour imposer des contrats

abusifs, pour maintenir des contrats

au strict minimum, ce qui pousse bien des pigistes à diversifier leurs activités,

notamment en prenant des contrats à côté, parfois dans des zones déontologiques

plutôt floues, et surtout de faire plus avec moins en moins de temps.

Depuis le

tournant des années 2000, la plupart des éditeurs de périodiques au Québec

exigent de la part de leurs collaborateurs

pigistes des cessions complètes de droits sans aucune autre rémunération qu'un cachet de première publication souvent déjà minime. Parfois, on demande même de renoncer aux droits

moraux dans les contrats, et, sans signer ces contrats-là, on ne peut pas collaborer. Donc, c'est ce qu'on appelle

les contrats d'adhésion, c'est non négociable. Et donc cette espèce de spoliation là des journalistes indépendants par

les entreprises de presse, à bien des égards, est très similaire

à celle qu'on connaît avec les Google, Amazon et Facebook, qui reprennent,

sans payer, des contenus produits à grands frais par des entreprises

de presse. Et c'est la même réalité qui fait que les entreprises

de presse sont aujourd'hui au bord de la faillite pour certaines et que de nombreux journalistes

indépendants peinent à joindre les deux bouts en travaillant à la pige, et

c'est pour ça que ma collègue va maintenant vous parler de l'enjeu du

financement des médias.

Brassard-Lecours (Gabrielle) :

Alors, il y a plusieurs propositions qu'on a entendues ici depuis le début des

travaux de la commission ainsi que la

solution qui est... une des solutions qui est envisagée pour Le Groupe

Capitales Médias, qui ne sont pas

nouvelles à celles de l'AJIQ. La plupart des médias indépendants et beaucoup

de médias communautaires qui sont...

qui survivent, certains depuis 30 ans, d'autres qui sont plus récents, qui

se sont formés sur le Web, se forment dès le départ en coopérative ou en organisme à but non lucratif non seulement pour des raisons économiques, mais pour des raisons évidentes d'indépendance,

qui est une valeur cruciale et indissociable de notre métier de journaliste.

Si la

syndicalisation des journalistes est venue assurer l'indépendance des salles de rédaction par la mise en place de conditions favorisant le respect de la déontologie

journalistique, la protection syndicale n'a jamais complètement éliminé la possibilité pour les propriétaires de s'immiscer dans les salles de nouvelles. En

2013, une étude du Conseil de presse du Québec soulignait d'ailleurs

que la convergence d'intérêts commerciaux, publicitaires et corporatifs au sein

des grands groupes de presse menace l'indépendance journalistique. Il semble évident, et depuis longtemps,

que l'unique modèle actionnaires-publicitaires

ne fonctionne plus pour les médias. Il est impératif de repenser l'économie

complète des médias. Aucun média ne devrait être la propriété d'un seul

individu ou d'une poignée d'actionnaires.

Mais, dans

cette foulée, à notre avis, il est essentiel de pouvoir bénéficier d'une

aide de l'État, que ce soit sous forme d'aide récurrente au fonctionnement ou pour des projets spéciaux. Cette aide étatique doit être équitable

et ouverte à tous les médias. En France, une enveloppe budgétaire dédiée

aux médias est assurée, peu importe le gouvernement au pouvoir. D'autres initiatives innovatrices existent aussi, comme le site Web

jaimelinfo.fr, qui réunit plus d'une centaine de médias que le public peut financer à la carte. Même chose aux

États-Unis, avec la très récente apparition de civil.co, une

plateforme qui héberge des rédactions

de partout dans le monde, financée par le public via une cryptomonnaie interne,

ce qui permet la décentralisation complète de la plateforme. La mise en

place de programmes de financement calqués sur ceux destinés au secteur culturel permettrait non seulement aux médias traditionnels de traverser la crise actuelle, mais également de favoriser l'émergence de nouveaux médias qui explorent des modèles

économiques, techniques et éditoriaux qui offrent de nouvelles voies au

journalisme indépendant de qualité.

M. Van

Vliet (Simon) : Ce modèle-là

du système culturel, il existe depuis des décennies. Il est

déjà en application dans certains

secteurs de l'industrie des médias, dont la production télévisuelle et

cinématographique, les périodiques, les médias communautaires. Ce système-là

existe depuis plus de 50 ans et n'a jamais donné lieu à des ingérences politiques

notables, même pour les sociétés d'État, qui sont financées en majeure

partie directement par l'État.

C'est pour ça qu'on suggère de

reproduire cet écosystème de financement là dans le système...

dans l'écosystème des médias et, pour cela, donc, de reconnaître les

médias d'information comme des organisations culturelles qui peuvent être admissibles

à du soutien similaire aux industries

culturelles et aux organismes artistiques. Plus spécifiquement, on peut

s'inspirer de la mécanique qui existe

en créant des programmes balisés et normés sous forme de soutien au

fonctionnement mais aussi aux projets pour les organismes à but non lucratif, de crédits d'impôt, de prêts, de garanties de prêt pour les organismes à but lucratif et

des mesures directes de soutien pour les

journalistes indépendants sous forme de bourses de recherche, de création, de

formation, de production, comme c'est le cas pour les artistes.

Le Président (M. Ciccone) : En

terminant, s'il vous plaît.

M. Van

Vliet (Simon) : Enfin, ça

fait 15 ans que le modèle de la négociation collective a été évoqué, d'abord dans le rapport Bernier en 2003, ensuite dans le rapport Payette en 2011. Cette

idée-là de s'inspirer de la

loi sur le statut de l'artiste, c'est ce

qu'on prône, à l'AJIQ, depuis 30 ans. Merci de le considérer.

Président (M. Ciccone) :

Merci. Merci beaucoup. Je reconnais maintenant le député

de Beauce-Sud pour une période de 15 minutes.

M. Poulin : Merci beaucoup, M.

le Président. Merci pour votre présentation fort intéressante. Très intéressant

également, quand on parle d'indépendance des médias, donc, de vous entendre particulièrement

sur ce volet à

titre de journalistes indépendants.

J'ai plusieurs

questions, je vais essayer d'y aller de façon assez courte. Au niveau de la rémunération des journalistes indépendants, pour les gens qui nous écoutent à la maison, vous avez dit

que, depuis le début des années 80, ça a stagné, alors, ça, ça ne date pas d'hier. On peut penser à quoi, en termes de rémunération? Certains sont rémunérés au mot, d'autres

au texte, d'autres à l'ampleur de l'exclusivité. Donc, j'aimerais que vous nous

dressiez un portrait de la rémunération que vous avez.

Mme Brassard-Lecours

(Gabrielle) : Bien, c'est un

des gros problèmes pour les journalistes pigistes, c'est qu'en ce moment,

au Québec, il n'y a pas de tarification de base, donc c'est vraiment

à la carte et c'est vraiment selon l'entreprise pour laquelle on

travaille.

On peut vous

donner un exemple. Par

exemple, Le Devoir , qui a le même tarif depuis à

peu près 25 ans, paie, par

exemple, 50 $ pour un texte de

500 mots. Vous comprenez que ce n'est pas beaucoup, hein? C'est ça. Donc,

ils paient 50 $ pour... oui,

c'est ça, 500 mots... 250 mots, donc 100 $ pour un texte, ce qui

n'est pas assez pour vivre. Donc, vous comprenez qu'il faut qu'on multiplie beaucoup les contrats pour pouvoir payer la

vie avec ça. Il y a les magazines, il y a certains magazines qui paient un petit peu, par exemple 125 $ au

feuillet — un

feuillet, c'est 250 mots ou 1 500 caractères — mais ce n'est vraiment pas le cas dans les médias en général, là. C'est très

fluctuant, ce qui fait que c'est difficile de... Le portrait est très, très inégal, de la tarification. Et justement

c'est pour ça qu'on prône un peu un statut plus balisé qui nous permettrait

au moins d'avoir un tarif de base, peu importe pour qui on travaille, et l'AJIQ

travaille beaucoup en ce sens-là.

M. Van

Vliet (Simon) : Si je peux ajouter, donc on a Le Devoir à

50 $ du feuillet, là on est dans la moyenne de ce qui se fait en presse écrite quotidienne. Il y a

des endroits où ça va descendre jusqu'à 35 $ du feuillet, parfois même

moins. Parfois, c'est un forfait unique pour

un texte, peu importe le nombre de mots, parfois avec une photo, qui n'est pas

rémunérée. On peut avoir des publications, surtout des publications

scientifiques ou des publications spécialisées, qui vont aller jusqu'à

135 $, 150 $ du feuillet. Ça, c'est en presse écrite.

photographie de presse, là, c'est tout un autre secteur où, là encore, il y a

une très grande disparité : parfois on paie les photos, parfois on ne les paie même pas, parfois on demande à un

photographe professionnel d'en faire mais parfois on demande au journaliste, qui n'est pas photographe,

de simplement fournir une photo prise avec son téléphone. Et, dans le domaine de la radiotélédiffusion, là, souvent on

est soit dans des tarifs horaires sous forme de surnuméraire, ou à

contrat, ou carrément à forfait, avec des forfaits à la journée, des forfaits à

la semaine.

Donc, on a

une disparité énorme qui fait que c'est très dur, surtout pour les journalistes

qui débutent dans le métier, de

savoir qu'est-ce qu'il est raisonnable d'exiger. Parce qu'évidemment la

question de la rémunération, elle n'est jamais abordée dès la commande par le client ou quand on soumet une proposition

au client. On soumet une proposition : Ah oui, ça vous intéresse? Parfait. Puis là c'est seulement

en cours de route que, là, il faut finir par poser la question : Mais

c'est combien que vous payez? Puis là

souvent on a la mauvaise surprise de réaliser qu'on va travailler deux jours,

une semaine sur un projet qui va nous

rapporter 200 $, 500 $ si on est chanceux. Alors, c'est vraiment ça,

l'enjeu de base, la rémunération, clairement.

M. Poulin :

Et j'imagine que, dans la valorisation du métier de journaliste, il doit être

extrêmement difficile, auprès de vos membres, de dire : Justement,

toi, tu demandes combien?, versus un autre, puis de quelle façon on peut

négocier, puis en même temps offrir un certain standard en lien avec la

rémunération. Donc, ça doit être extrêmement difficile.

Et comment vous faites pour naviguer, à l'ère de

l'exclusivité? On a vu des médias québécois remercier des journalistes s'ils partageaient leur voix, par

exemple, avec d'autres médias qui sont en compétition. Alors, vous,

comment vous faites pour réussir à naviguer, à l'ère de l'exclusivité? On comprend

que votre texte est exclusif. Lorsque vous le vendez, vous vendez également une exclusivité, vous vendez une nouvelle, en tout cas, du moins, le plus souvent possible. Mais comment vous faites pour réussir à tirer votre

épingle du jeu puis à convaincre les directeurs

d'information que, même si, dans deux ou trois semaines, ils vont vous

lire dans un autre média, peut-être sur un autre sujet... Alors, comment vous

faites pour traverser le temps de l'exclusivité?

M. Van

Vliet (Simon) : Bien, il y a beaucoup de règles implicites,

évidemment, il n'y a aucune règle formelle. Mais ce qui est certain, c'est que beaucoup du développement de carrière des

journalistes indépendants se fait sur une base de relation de confiance avec les rédactions, ce qui

fait que, si on propose un sujet à une rédaction, bien, on attend

minimalement d'avoir une réponse de ce

média-là avant de le proposer ailleurs. On peut aller jusqu'à dire : Si

vous ne le prenez pas, je vais aller

le proposer à quelqu'un d'autre. C'est une question de confiance, à ce

moment-là, de dire : Bien, moi, je suis confiant de pouvoir

continuer à avoir des contrats avec cette entreprise de presse là. Il s'agit

seulement de faire preuve d'un certain jugement

et de s'assurer de nouer des relations avec les rédactions avec lesquelles on

collabore. Puis ce n'est pas facile parce qu'il y a énormément de pression dans les rédactions, il y a énormément

de roulement aussi, avec toutes les coupures de postes qu'il y a eu, ce qui fait que c'est très, très

difficile. Puis c'est vraiment une question de parfois marcher sur des oeufs,

parfois se retenir de proposer quelque chose

à une entreprise de presse concurrente de peur de perdre les contrats plus

réguliers qu'on a avec une autre entreprise. C'est un travail

d'équilibriste sur un fil très précaire.

Mme Brassard-Lecours

(Gabrielle) : Ce qu'il faut

ajouter aussi, c'est qu'il y a plusieurs entreprises qui comprennent bien cette clause d'exclusivité là et qui exigent

qu'on cède la totalité de nos droits d'auteur. C'est-à-dire qu'ils achètent

notre texte pour 100 ans sur toutes les

plateformes, «forever», qu'on ne peut pas du tout, du tout vendre ailleurs,

tout ça. Donc, ça aussi, c'est difficile, parce que ça fait qu'on ne

peut pas, là, justement, proposer ailleurs.

Puis souvent

les pigistes qui ont du succès, là, disons, bien, ils tirent leur épingle du

jeu, par exemple, en proposant un

sujet mais en proposant des angles différents à plusieurs médias. Donc, comme

ça, ils peuvent un peu rentabiliser le même

sujet mais pas tout à fait avec le même angle. Mais ça, c'est dans le cas où,

justement, on ne se fait pas demander de céder nos droits d'auteur. Et nous, on conseille souvent à nos membres

de ne pas accepter ce genre de contrat là, mais en même temps ils ont besoin de manger, ils ont

besoin de vivre, donc on se retrouve dans un cercle vicieux qui est un

peu difficile. Puis c'est pour ça qu'on

revendique un peu d'avoir un statut un petit peu plus affirmé, là, pour qu'on

puisse se protéger un peu de ça.

M. Van

Vliet (Simon) : Parce que, dans la réalité, si je peux me permettre,

c'est seulement les journalistes les plus privilégiés qui peuvent se permettre de refuser de céder leurs droits,

qui peuvent se permettre de renoncer à collaborer avec un média, parce qu'ils savent qu'il va y en avoir

d'autres. Mais la plupart des jeunes journalistes qui commencent n'ont

pas ce luxe-là de dire non à des clauses abusives comme celle de renoncer à ses

droits d'auteur.

M. Poulin :

Puis vous êtes des entrepreneurs aussi, alors l'objectif, c'est que... Quand on

a un contrat, si on dit non une fois, ils risquent de ne pas nous

rappeler, par la suite, puis ils disent : Arrange-toi, c'est ça?

Mme Brassard-Lecours

(Gabrielle) : Exactement. Donc, c'est un jeu d'équilibre où on veut

cultiver un peu nos bonnes relations avec les rédactions. Donc, c'est

ça, on navigue...

M. Poulin : Peut-être que je vois une opportunité pour

vous — avant de

céder la parole à mon collègue — parce qu'on a beaucoup parlé de niches et l'importance d'avoir des niches

extrêmement précises. Évidemment que, s'il y aurait une direction de dire : Sur une masse

salariale, il y a des crédits d'impôt dans les salles d'information, et tout

ça, c'est sûr que, là, on entre dans quelqu'un qui est embauché, si on

parle de la masse salariale. On pourrait définir par la suite le journalisme en tant que tel, qui pourrait être,

donc, les journalistes à la pige, et tout. Mais, dans un volet où on veut

des niches en région, où on veut plus

d'exclusifs, on veut plus de journalistes d'enquête, on veut plus de médias

d'information en région qui couvrent

des sujets extrêmement précis, est-ce que vous voyez une opportunité pour les

journalistes indépendants de s'inscrire rapidement dans ce volet-là et

qui pourrait aider vos membres, d'une certaine façon?

Mme Brassard-Lecours (Gabrielle) :

Vous voulez dire une niche spécialisée?

M. Poulin : Si le gouvernement, dans sa façon dont on

souhaite que l'information soit communiquée, donc qu'il y ait plus de médias de niche ou encore, du moins, de

sujets de niche... est-ce que vous voyez une opportunité pour les

journalistes indépendants d'avoir des sujets très précis qui pourraient être

supportés davantage?

Mme Brassard-Lecours

(Gabrielle) : Bien, je pense que, oui, ça pourrait être une option,

dans la mesure où on a plusieurs de nos membres qui sont déjà un peu

spécialisés, là, c'est-à-dire qui ont des enjeux avec lesquels ils se sentent plus à l'aise de... ils ont des sujets qui leur

tiennent plus à coeur que d'autres, donc, j'imagine que ça pourrait être une

option. En même temps, je vous dirais que, par exemple, l'aide fédérale qui est annoncée en ce moment

n'aidera pas les médias qui sont nichés, justement, spécialisés, donc ça

va être un peu...

M. Poulin : ...prendre un média qui existe déjà et

l'amener vers certaines niches ou l'amener vers certains volets qui ne

sont pas suffisamment apportés, entre autres les régions du Québec.

Mme Brassard-Lecours (Gabrielle) :

Bien, ça veut dire que ce serait plus intéressant, si c'était à un niveau individuel, que pour des médias indépendants, qui

seraient obligés, un peu, de transformer leur mission, si vous voulez.

Mais, à un niveau individuel, oui, j'imagine que ça pourrait être une option.

M. Van

Vliet (Simon) : C'est qu'il

y a deux grands modèles pour vivre de la pige : c'est soit on se

spécialise puis on devient la

personne de référence que les médias vont appeler s'il y a des sujets à faire

en agriculture, en agronomie, en sciences,

mais l'autre modèle, c'est d'être un généraliste, mais là on se retrouve à

travailler un peu dans les platebandes des médias

généralistes, qui ont déjà leur personnel, et donc on a les restants, si on

veut, on a les cahiers spéciaux, on a les commandes

que les gens réguliers n'ont pas le temps de faire ou refusent de faire parce qu'ils ont des clauses de conscience dans leur contrat que, comme

pigistes, on n'a pas. Donc, c'est ça, la réalité des journalistes indépendants

qui ne se spécialisent pas, c'est que ça leur laisse très peu d'espace pour

développer leur marché, si je peux dire.

M. Poulin :

Merci beaucoup. Je laisserai la parole à...

Le Président (M.

Ciccone) : Merci beaucoup. M. le député de Saint-Jean, vous avez la

parole.

M. Lemieux :

Oui. Quatre minutes, c'est ça?

Le Président (M.

Ciccone) : 4 min 3 s.

M. Lemieux :

Trois secondes?

Le Président (M.

Ciccone) : Oui, quatre minutes.

M. Lemieux : Quatre minutes. Merci, M. le Président. Vous

avez beaucoup parlé de vos conditions de travail, de rémunération. Je voudrais parler de la réalité

terrain, parce qu'à la page 3 de

votre mémoire vous dites : «Si les journalistes indépendants vivent des difficultés liées à la

précarité et aux contrats inéquitables dans les grands centres, la situation

est pire en région.» Et là je pensais que ça voulait dire avec les médias

régionaux, mais vous rajoutez : «Pourtant les journalistes indépendants

des régions représentent une force pour nos médias concentrés à Montréal.»

réalité au quotidien pour la majorité, là, de vos membres, c'est qu'ils

travaillent en région pour Montréal ou pour les grands centres ou ils

travaillent en région pour les médias régionaux?

Mme Brassard-Lecours

(Gabrielle) : Bien, ils travaillent en majorité pour les médias qui

sont concentrés à Montréal, parce que

souvent, en région, il n'y a qu'un seul journal, qui a déjà un peu ses

employés. Donc, oui, c'est sûr qu'il collabore,

là. Par exemple, on a des membres en Abitibi, on en a deux, trois, qui

collaborent régulièrement avec Radio-Canada en Abitibi mais ils alimentent aussi, tu sais, un peu Radio-Canada

national quand c'est nécessaire et ils témoignent souvent... Ils alimentent beaucoup les médias qui sont à

Montréal, parce que souvent les médias concentrés à Montréal n'ont pas

de correspondant en région ou très peu, donc

ils font un peu les deux, mais c'est aussi parce que les opportunités de

travail, s'ils se concentrent seulement sur les médias de leur région, sont un

peu limitées pour les journalistes indépendants.

M. Lemieux :

On a parlé de gruyère et de désert médiatique à certains endroits sur le vaste

territoire québécois, et ce n'est pas parce

qu'il n'y a pas de monde dans ces vastes territoires là. Je vous signale que je

suis député de Saint-Jean. Saint-Jean-sur-Richelieu,

100 000 personnes, 11e ville au Québec, on a deux hebdos et une

station de radio musicale, donc, et

la montréalisation des ondes fait en sorte qu'on n'en voit pas, de médias de

Montréal. M. le député de Rimouski et moi, on partage la même opinion là-dessus. Mais, dans votre cas, ce

territoire-là, il vous appartient. Le problème, c'est vos clients, parce que vous êtes capables de le couvrir, vous

êtes suffisamment nombreux pour le couvrir, c'est juste qu'il n'y a pas

personne pour acheter votre matériel.

Mme Brassard-Lecours

(Gabrielle) : ...puis ça, bien, c'est lié à l'enjeu plus large de la

montréalisation générale de l'information, là, qui a bien de la misère à

sortir de la métropole, et tout ça. Donc, c'est sûr que, par ricochet, bien, ça

atteint aussi les journalistes indépendants.

M. Lemieux :

Mais on s'entend... je ne sais pas si on va s'entendre, mais la nature

médiatique étant ce qu'elle est, la montréalisation

des ondes, on ne remettra pas le génie dans la bouteille, là, ça, c'est pas mal

réglé. Mais est-ce qu'on peut produire

plus et mieux de contenus régionaux, au moins, pour les régions et

interrégional? Après tout, l'Internet, ça marche des deux bords, hein?

Mme Brassard-Lecours (Gabrielle) : Bien, tout à fait, puis nous, à l'AJIQ, en

général, on prône le travail collaboratif. Donc, c'est pour ça qu'on

fait appel... on encourage nos membres à vendre le plus de sujets possible au

plus de médias régionaux, nationaux,

montréalais, tout ça. Donc, moi, je pense qu'une des solutions aussi à une

partie de la crise, c'est le travail collaboratif, là. On n'est plus à

l'époque où on peut travailler en silo. Puis, si on pouvait sortir un peu du

modèle actionnaires-publicitaires puis qu'on

se batte pour tirer notre bord de la couverte... ça serait très bénéfique de

pouvoir travailler beaucoup plus ensemble, justement, interrégionaux,

avec Montréal. Ça nous paraît essentiel de sortir d'un carcan individualiste,

là, à travers cette crise-là.

Le Président (M.

Ciccone) : En terminant, s'il vous plaît.

M. Van

Vliet (Simon) : Bien, il a été question, là, de donner un rôle

régional à Télé-Québec, par exemple. C'est certain que les pigistes en région pourraient être une source

d'information importante pour une espèce d'agence de presse régionale

que Télé-Québec pourrait devenir. Ça, ce serait très intéressant, relativement

à faible coût.

M. Lemieux : C'est la question

que je n'ai pas le temps de vous poser. Merci.

Le Président (M.

Ciccone) : Merci beaucoup. Je reconnais maintenant la députée de

Verdun.

Mme Melançon :

Merci beaucoup d'être présents aujourd'hui. On va tenter de mettre un peu de

viande autour de l'os, parce que,

dans le fond, c'est très intéressant, puis vous arrivez justement avec une

nouvelle idée avec le statut de l'artiste, et, moi, c'est un peu plus là-dessus, là, où je voudrais nous guider

ensemble. L'attractivité, donc, au milieu journalistique, on en a parlé un peu plus tôt ce matin et hier aussi

avec un professeur d'université, et on comprend qu'avec la diminution

des conditions socioéconomiques que vous

vivez, 30 % en 30 ans, là, ce n'est pas rien, là, on va se le dire. Je

pense que de savoir et d'expliquer aux gens qu'il n'y a pas vraiment

d'encadrement sur votre métier, c'est assez surprenant, surtout lorsqu'on fait

le choix, comme vous le disiez un peu plus tôt, de devenir journaliste

indépendant.

Vous savez qu'avec la politique culturelle,

donc, qui a été déposée par l'ancien gouvernement et qui a été bien acceptée, je vais le dire comme ça, là, par le

nouveau gouvernement, il y a les deux lois sur le statut de l'artiste qui

doivent être réouvertes. J'imagine que ce

que vous souhaitez aujourd'hui, et c'est ce que j'entends, c'est qu'on puisse

introduire dans ces lois-là... parce

qu'une fois que les lois sont faites et sont fermées, c'est difficile de les

rouvrir, mais là, comme on doit les réouvrir avec la nouvelle politique

culturelle, j'imagine que votre souhait, c'est que vous puissiez intégrer ce

statut de l'artist

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCCE 2019-08-27
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions cce-42-1 journal-debats CCE-190827
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifier5cfd15c323c8cf9ce419cbc9203ab3f9728a7c22

Source file is stored in the law ingest library (html).