Labour and the Economy — 18 October 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2016-10-18
Quebec — Committees
(Dix heures trois minutes)
Président (M. Cousineau) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ça va? Parfait? Oui. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission de l'économie et du travail ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 53, Loi actualisant la
Loi sur les décrets de
convention collective en vue, principalement, d'en faciliter
l'application et de favoriser la transparence et l'imputabilité des comités
paritaires.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. LeBel (Rimouski) remplace M. Leclair (Beauharnois); M. Traversy
(Terrebonne) remplace M. Therrien (Sanguinet); et M. Picard
(Chutes-de-la-Chaudière) remplace M. Lamontagne (Johnson).
Président (M. Cousineau) : Merci. Nous entendrons cet avant-midi
les organismes suivants : l'Association de la construction du Québec, qu'on a déjà devant nous, la Corporation
des concessionnaires d'automobiles de Montréal et la Corporation des
concessionnaires d'automobiles de Québec.
Je vous donne
le temps pour la durée de l'audition, c'est 45 minutes. Il y a un exposé de 10
minutes pour les gens qui nous
visitent, une période d'échange de 32 minutes et puis, bon, sans député
indépendant, on a 16 minutes pour le gouvernement,
9 min 30 s pour l'opposition officielle et
6 min 30 s pour le deuxième groupe d'opposition.
Donc, je
souhaite la bienvenue aux gens de l'Association de la construction du Québec.
Alors, la personne qui va prendre la
parole en premier, bien, je vous demande de présenter les gens qui vous
accompagnent, et vous avez 10 minutes pour votre exposé. Merci.
Mme Bertrand (Manon) : M. le
Président, Mme la ministre, membres de la commission, je me présente, Manon
Bertrand, entrepreneure et présidente de l'Association de la construction du
Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui de M. Luc Bourgoin, directeur général
de l'Association de la construction du Québec, Me Pierre Hamel, directeur des
affaires juridiques et gouvernementales, et M. Jean-Philippe Cliche, qui est
économiste à l'ACQ, au bout de la table.
Je voudrais d'abord remercier la commission de
nous donner l'opportunité de présenter nos commentaires et recommandations
visant le projet de loi n° 53, à l'égard duquel l'ACQ est favorable. Il
s'agit pour nous d'un projet de loi important qui s'inscrit dans la stratégie
gouvernementale visant à moderniser et mieux encadrer l'ensemble des activités
assujetties par la
Loi sur les décrets de convention collective.
Je vais
laisser à M. Bourgoin le soin de vous expliquer plus en détail les motifs qui
entourent notre appui à ce projet de
loi, mais aussi de vous communiquer les autres initiatives gouvernementales qui
devraient être mises en place pour prévenir le phénomène de collusion et
corruption. Je cède donc la parole à M. Luc Bourgoin. Merci.
Bourgoin (Luc) : Merci. M. le Président, Mme la ministre, membres de
la commission, comme nous l'avons mentionné en introduction de notre
mémoire, l'ACQ appuie la démarche du gouvernement visant la modernisation et l'encadrement des activités assujetties par la Loi
sur les décrets de convention collective. Ce pan de l'industrie
québécoise constitué d'un bon nombre de PME
mérite qu'on y accorde une attention particulière et surtout que l'ensemble des
activités des différents comités paritaires
se déroulent en toute transparence et que les membres et dirigeants soient
imputables.
L'ACQ favorise l'implantation de mesures
éthiques organisationnelles en entreprise. Elle travaille, d'ailleurs, activement à la promotion et l'implantation du
programme d'intégrité en entreprise qu'elle a développé avec le CIRANO ainsi qu'à la mise sur pied d'un organisme
indépendant de certification. Elle ne ménage ni efforts ni temps pour
permettre aux entreprises qui ont l'intégrité
à coeur qu'elles puissent l'afficher. Dans ce contexte, l'ACQ est d'avis que
les modifications proposées par l'ajout des articles 22.3 et 31.1 à la
loi actuelle constituent des dispositions charnières du projet de loi.
La mise en
place par chaque comité paritaire d'un site Internet sur lequel les
informations importantes à propos de l'administration
des décrets seront divulguées constitue en 2016 un outil incontournable pour
permettre aux employeurs et aux travailleurs notamment de consulter
l'information pertinente relative aux décrets visés, à la santé financière du
comité ou du régime de retraite et du régime d'assurance concerné.
Également, le
message clair lancé par le ministère à l'effet que les comportements empreints
de mauvaise foi, arbitraires ou discriminatoires, de même que les actes
de négligence grave à l'endroit des salariés et des employeurs assujettis à un
décret ou susceptibles de l'être ne seront plus tolérés constitue, selon nous,
des balises importantes et nécessaires au bon développement du modèle
québécois.
Comme, par
ailleurs, nous le mentionnons dans notre mémoire, si la transparence et
l'imputabilité sont nécessaires afin
de moderniser le modèle sur lequel repose la loi actuelle, il convient de
s'assurer que les membres des différents comités sont bien renseignés sur les rôles et responsabilités et qu'ils ont les
outils appropriés pour les exercer. Ainsi, la formation obligatoire des membres des comités, des
gestionnaires et permanents des comités paritaires nous apparaît un
élément pertinent dans la poursuite des objectifs du gouvernement.
Une telle
formation est d'ailleurs mise en place par le gouvernement lui-même pour les
administrateurs publics afin,
notamment, de les sensibiliser sur les dispositions du Règlement sur l'éthique
et la déontologie des administrateurs publics,
qui poursuit des objectifs similaires à ceux du projet de loi. Ayant moi-même
siégé sur un tel comité, je témoigne de la plus-value qu'aurait apportée
une telle formation initiale pour tous les représentants siégeant sur ces
comités.
D'autre part,
les administrateurs faisant
partie des décrets des différents comités paritaires
confient le mandat de la gestion
quotidienne des décrets à la permanence, tout comme ils confient les
inspections en entreprise pour s'assurer de la conformité des employeurs assujettis au décret, de la perception des
montants relatifs à la gestion du décret, du régime d'assurance ainsi
que du régime de retraite des employés. Or, le virage entrepris en matière de
décrets de convention collective nécessite, selon nous, le développement d'une
formation complète également à l'intention des permanents oeuvrant au sein des
comités paritaires.
Des mesures de transparence et d'imputabilité
conjuguées avec un pouvoir d'intervention accru constituent un encadrement
complet et, nous le répétons, nécessaire pour éviter les abus et autres
problèmes qui peuvent apparaître dans le cadre de l'application des différents
décrets de convention collective.
Quant au pouvoir d'intervention, nous ne devons
pas perdre de vue que l'objectif principal de la loi est la négociation de conventions collectives de travail sur des bases sectorielles et
industrielles. À cet égard, le mécanisme de la libre négociation doit
être préservé. C'est pourquoi nous émettons une mise en garde dans notre
mémoire quant à l'utilisation d'un tel pouvoir. Il doit être utilisé
judicieusement, sans devenir une porte de sortie pour l'une ou l'autre
des parties à la négociation pour refuser d'arriver à une entente, comptant sur l'intervention du ministre
pour dénouer toute impasse de négociation et, partant, éviter ainsi de
porter la responsabilité des termes d'un accord négocié.
Somme toute,
bien que l'ACQ soit convaincue que le projet
de loi aidera la gouvernance et la transparence des
comités paritaires, nous devons, tout de même, faire le constat que les opérations quotidiennes du Comité conjoint
des matériaux de construction, sur lequel
j'ai eu l'opportunité de siéger et sur lequel siège aujourd'hui mon collègue M. Cliche, se déroulent bien et que ce
comité est géré de manière responsable, compte tenu des moyens dont il dispose
et des responsabilités qui lui incombent en
lien avec la gestion des décrets. Nous pouvons vous affirmer qu'à l'intérieur
des limites et des défis que le paritarisme peut apporter au niveau de
la gestion du comité des décrets, l'ACQ a toujours agi avec intégrité et dans
l'intérêt supérieur des employeurs qu'elle représente.
En terminant, la Commission de l'économie et du
travail a entendu la semaine dernière le témoignage de Mme Danielle Beaulieu, directrice du Comité conjoint des matériaux de
construction. Nous croyons opportun d'apporter à la connaissance des membres de la commission que l'ACQ ne
partage aucunement les propos qu'elle a tenus devant vous et que Mme Beaulieu a d'ailleurs remis sa démission la
semaine dernière à la rencontre du comité. Merci de votre collaboration
et de votre attention.
Président (M. Cousineau) : Merci, M. Bourgoin. Alors, il n'y a pas d'autres personnes qui prennent
la parole, et nous allons passer immédiatement à la période d'échange avec les parlementaires. Mme la ministre, pour 16 minutes.
Mme Vien : Bonjour, chers collègues. Bon matin à chacun et à
chacune. Merci, Mme Bertrand, d'être ici avec votre brigade. On est
contents de vous revoir, on a eu l'occasion d'échanger il n'y pas si longtemps
que ça.
J'ai quelques petites questions en rafale à vous
poser. Évidemment, il y a été beaucoup question, au cours des dernières rencontres qu'on a eues avec d'autres
groupes, sur les directives que pourrait émettre la ministre
pour en arriver à une saine gouvernance dans les comités paritaires. Selon vous, qu'est-ce que devraient
contenir ces directives-là, étant entendu que je comprends que vous
m'invitez à la prudence quant au type d'interventions, ce que vous qualifiez d'interventions qui pourraient être trop grandes.
Mais, ceci étant dit, sur le contenu, de toute évidence, là, il y a
des gestes à poser. Que devraient
contenir les lignes directrices pour en arriver à une bonne gouvernance ou à
une meilleure gouvernance?
Bourgoin (Luc) : Écoutez,
on l'a mentionné dans notre mémoire qu'on est tout à fait d'accord, on appuie les mesures qui
accordent un pouvoir accru au ministre et au gouvernement, un pouvoir d'intervention. Par contre,
on émet certaines réserves, comme je
le disais tout à l'heure, parce
qu'on considère que c'est important de favoriser le dialogue et la négociation libre, bien, entre les différentes
parties pour arriver finalement à un accord qui est mutuellement
acceptable, donc finalement... puis
mutuellement acceptable, et qui tient compte aussi de la réalité des enjeux de
l'industrie. Et il faut préciser que
les parties ont développé des outils à travers les années, une expérience, une
expérience pertinente, et ils sont capables maintenant de négocier de
façon efficace pour arriver à des résultats qui sont quand même très
intéressants.
évidemment, ce qui nous inquiète aussi, on a une certaine inquiétude, c'est que
ce qu'on ne voulait surtout pas et ce
qu'on voulait éviter, c'est qu'une
partie ou l'autre décide, en raison du
pouvoir accru du ministre, de s'asseoir sur sa position puis de dire : Bien, je vais
attendre qu'il y ait une décision ministérielle, puis je n'ai pas vraiment de
pression pour agir plus rapidement ou qu'il y ait une intervention qui soit
faite après qu'une entente ou qu'une convention collective... qu'il y ait une entente qui soit conclue entre les parties
puis qu'il y ait une intervention par la suite. En fait, ce qu'on ne
veut pas, c'est une déresponsabilisation des parties prenantes qui sont
impliquées dans le décret.
Mme Vien :
M. Bourgoin, moi, je vous parle de bonne gouvernance, là, tu sais, je ne vous