Health and Social Services — 3 June 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-06-03
Quebec — Committees
Comme je vous le mentionnais, nous sommes
heureux de venir devant vous encore une fois aujourd'hui pour discuter du projet de Loi édictant la Loi
favorisant l'accès aux services de médecine de famille. Je m'arrête là dans le
nom de la loi, le
titre de la loi,
mais je voulais quand même souligner que, depuis le début de la discussion, en ce qui concerne les médecins de famille,
on parle de l'accès aux services de médecine de famille.
Le 19 mars
dernier, nous étions devant vous pour vous présenter notre mémoire.
Lors de notre comparution, nous avons soulevé certains éléments, mais je
veux quand même relever ceux qui nous apparaissent les plus importants. D'entrée de jeu, nous reconnaissions qu'il y
avait un problème
d'accessibilité aux médecins de famille, problème qui n'était pas entièrement imputable aux médecins de famille, mais qui
existait, et, pour nous, c'était clair qu'il
y avait là un problème réel.
Deuxièmement, pour nous, le projet de loi n° 20, tel
qu'il était déposé, n'était pas une solution à l'accès. Pour nous,
l'approche totalitaire associée à des sanctions, de la coercition n'était pas
la bonne voie à suivre. Ce projet de loi risquait,
s'il était appliqué tel quel, de transformer le travail de médecin de famille.
Cette opinion, nous l'avons exprimée à plusieurs reprises sur toutes les
tribunes et nous la réitérons aujourd'hui.
Cependant,
lors de notre comparution, nous avons aussi proposé une autre voie, une voie
pour améliorer l'accès, une voie où
nous engagions clairement les médecins
de famille. Cet engagement vise principalement les éléments suivants, à savoir que chaque Québécois qui le désire aura le
plus rapidement possible un médecin de famille, que ces patients qui ont
un médecin de famille puissent rencontrer
leurs médecins de famille dans un délai raisonnable et qu'ils puissent voir ce
médecin de famille ou un médecin de famille
au besoin. Cet engagement se traduit par des engagements très précis, soit
un taux d'inscription de la population de
85 % et un taux d'assiduité, ce qui permet de mesurer l'accès à son
médecin de famille, de 80 %,
ainsi qu'un engagement de la fédération à travailler à déployer le plus
rapidement possible un réseau d'unités d'accès qu'on va appeler
aujourd'hui les GMF-réseau.
Pour
faciliter l'atteinte de cet objectif, nous proposions de favoriser le travail
des médecins de famille en cabinet en
modifiant l'application des activités médicales particulières pour faire que
l'on faisait du travail d'inscription et de prise en charge un des volets prioritaires après celui
des salles d'urgence. L'objectif était, à moyen terme, d'abolir progressivement
les activités médicales particulières. Nous proposions également une nouvelle
façon de gérer les plans d'effectifs médicaux
en établissement afin de s'assurer que le travail demandé aux médecins de
famille à l'intérieur des établissements était vraiment celui qui était nécessaire compte tenu des fonctions et
des compétences des médecines de famille. Par ailleurs, nous demandions un engagement du gouvernement pour
créer un environnement favorable à l'inscription et à la prise en charge
de patients, visant principalement les mesures suivantes, c'est-à-dire :
faciliter l'accès au dossier médical électronique,
assurer un support technique à la pratique en CLSC et en unités de médecine
familiale, obtenir une implication efficiente
des autres spécialistes dans les établissements, prévoir un accès rapide aux
consultations spécialisées et aux plateaux techniques et, finalement, de
privilégier le travail interdisciplinaire.
cours des derniers jours, avec le gouvernement, nous avons choisi cette voie.
Nous saluons ce choix, car ce choix,
c'est le bon choix, c'est la façon d'améliorer l'accès. La FMOQ et les médecins
de famille ne sont pas ici pour faire un
débat politique. Nous avons signé cette entente dans l'intérêt de nos patients
et nous croyons que la voie choisie est la meilleure pour eux. L'intérêt des médecins de famille du Québec est de
donner des soins de qualité, et, pour nous, à la FMOQ, notre objectif
est de donner aux médecins des conditions pour y arriver.
Malheureusement,
au cours des dernières semaines, il s'est dit beaucoup de choses et il s'en dit
encore beaucoup aujourd'hui sur les
médecins de famille, ce qui est souvent malheureux. Je suis ici, devant vous, à
votre demande pour discuter et
répondre à vos questions et je vais le faire avant tout dans l'intérêt des
patients que nous soignons et des médecins de famille que nous
représentons. Merci, M. le Président. Je suis disponible à partir de
maintenant.
Le Président (M.
Reid) : Merci. Vous avez pris un peu d'avance.
M. Godin
(Louis) : J'avais déjà parlé une première fois.
Président (M. Reid) : Oui. D'accord. Merci beaucoup. Alors,
maintenant, la parole est du côté ministériel. M. le ministre.
M. Barrette :
Sur un plan technique, est-ce que ça... Ça ne rajoute pas de temps sur la...
Le Président (M.
Reid) : Non, ça donne du temps pour faire l'étude.
M. Barrette :
Pour l'étude.
Le Président (M.
Reid) :
Article par article, oui.
Barrette : C'est parfait. C'est bon, c'est bon. Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, bienvenue, Dr Godin et vos collègues. Je vais commencer par réitérer
effectivement le côté historique de cette entente-là. Et, je l'ai dit à plusieurs reprises, je vais le redire
aujourd'hui, c'est une entente qui a d'historique... plusieurs aspects qui sont
historiques, notamment en ce qui a
trait à l'ampleur de l'engagement et à la quantification dudit engagement, et
je pense que, vous et moi, dans nos
expériences de vie respectives, pouvons dire qu'il n'y en a pas eu d'autre,
c'est la première. Et, à cet égard, je
pense, pour la population qui nous écoute, il est important d'insister sur
l'importance de cet engagement-là ainsi que, compte tenu de l'engagement, de l'importance des résultats qui vont
normalement se réaliser. On ne peut pas être sûr de tout dans la vie,
mais il y a un engagement qui est très ferme, qui va vers un bénéfice pour la
population.
Et, aujourd'hui, je
vais peut-être vous reprendre, Dr Godin, très gentiment, là, vous êtes ici
à la demande des oppositions. Nous, pour
nous, je pense que l'entente qui a été conclue est très claire, mais il y a un
jeu... Même si vous ne voulez pas,
comme vous l'avez dit dans votre introduction, faire de politique, vous allez
être obligé d'en faire un peu ou, du
moins, on va vous en faire faire, parce qu'on vous invite pour en faire. Mais
c'est correct aussi. C'est une commission où on a à étudier de façon détaillée un projet de loi, et libre aux
parlementaires de demander des informations supplémentaires s'ils le jugent approprié. Alors donc,
aujourd'hui, c'est une occasion pour vous, pour moi, pour les parlementaires
des oppositions de bien expliquer à la population et aux parlementaires
la nature de ladite entente.
Maintenant,
cette entente-là, elle ne survient pas par hasard. Elle arrive, et j'en
conviendrai, dans un contexte particulier qui a été, on peut dire ça, provoqué par le dépôt du projet de loi que
j'ai fait, que j'ai déposé et qui a généré un certain nombre de débats qui se sont conclus, à mon avis,
favorablement pour la population du Québec. C'est ce que je pense, et je tiens
encore une fois à le saluer. Ceci dit, ça remonte quand même à avant. Il y a un
cheminement, là, qui a nous a amenés
là. Ce n'est pas arrivé comme ça juste à cause du projet de loi n° 20,
c'est arrivé là parce qu'il y avait un contexte. Et, je dirais... Parce que, ça, j'irais peut-être un peu dans votre
sens, dans ce que vous avez déjà dit publiquement précédemment, il y a des discussions qui se faisaient auparavant et
il y a des discussions qui se sont faites, entre autres, sous le Parti
québécois, par exemple.
sait que cette histoire-là remonte... La pénurie réelle qui a déjà existé, ça
remonte aux années 90, on le sait tous, et on sait que, pour corriger ça... Hein, on sait que ces pénuries-là
ont été causées par le Parti québécois en mettant des médecins à la retraite, ça, c'est une chose, mais
surtout en diminuant les entrées en médecine à l'époque. On s'en rappelle
tous et toutes, ceux qui étaient dans le
milieu, il y a eu des diminutions d'entrées dans les facultés de médecine
ordonnées et exécutées par le Parti québécois qui ont, à toutes fins utiles,
c'est le bon mot, presque exécuté le système de santé. C'était son choix pour faire un équilibre
budgétaire. Et, pour revenir à une situation normale, bien, il fallait
réaugmenter les entrées en médecine,
ce qui a été fait par le premier ministre actuel lorsqu'il était ministre de la
Santé. Pas d'autres. C'est lui qui a fait ça. Aujourd'hui, les gens sont
Et il y a eu une situation budgétaire
particulière, hein, il y a eu la crise de 2007 et il y a eu des déficits, et
ainsi de suite, ça n'a été pas
facile. Et, à un moment donné, on s'en allait vers l'équilibre budgétaire, et
il est arrivé une situation où il y a
le Parti québécois qui a pris le
pouvoir et qu'il y a... même le Parti
libéral, je dirais, avant, le questionnement a été mis sur la table sur la problématique de l'équilibre budgétaire du Québec,
et les fédérations médicales, dont la
vôtre, ont été sollicitées pour participer à un retour à l'équilibre.
Pouvez-vous rappeler un peu comment ça s'était passé de 2012 à 2014? Surtout de
2012 à 2013.
Le Président (M.
Reid) : M. Godin.
M. Godin (Louis) : Effectivement, M. le ministre. D'abord, un, sur l'engagement que nous prenons, qui est historique, effectivement, c'est la
première fois que nous avons une approche de ce genre. Cet engagement-là que
nous prenons, nous y croyons beaucoup.
Si nous le prenons, c'est que nous sommes convaincus qu'il est réalisable. Naturellement, cette entente-là est
associée avec beaucoup de changements, notamment sur des changements au niveau
des activités médicales particulières qui ont fait qu'à un moment donné
on a choisi cette voie-là. Alors, comme vous le dites, où les effectifs médicaux nouveaux étaient à leur plus bas, on a
choisi de diriger les médecins vers les établissements, avec une situation qui
a eu des effets à moyen et à long
terme : on a pendant ce temps-là
souvent dégarni les cabinets privés. Ce n'est pas un élément nouveau pour nous, on discute de l'accès.
En octobre 2013, nous interpellions, à
ce moment-là, le ministère de la Santé avec un plan d'action pour améliorer l'accès, je vous dirais, qui se retrouve aujourd'hui, dans une bonne part, dans ce qui a été mis de l'avant.
Effectivement, toute la question par
rapport aux finances publiques, ce
sont des choses auxquelles on a eu l'occasion
de débattre. L'élément, dont vous faites
mention, c'est encore tout près, nous y avons participé. On se rappelle qu'à ce moment-là nous étions dans une période où les augmentations étaient relativement importantes et on nous avait interpellés, on nous avait demandé, à ce moment-là, de procéder à un étalement de la rémunération. Cet exercice-là
a été fait par notre fédération et par la Fédération des médecins
spécialistes de façon très, très sérieuse. Nous avions mis sur la table des propositions concrètes qui permettaient d'atteindre les objectifs
qui nous étaient demandés. Cependant, pour des raisons qui ne m'appartiennent pas et pour lesquelles je ne pourrais commenter,
on nous a, à un moment donné, indiqué que la discussion était terminée
et que les affaires allaient continuer telles qu'elles avaient été convenues et
négociées.
peut toujours dire que ces choses-là auraient dû être faites
avant, mais je dois rappeler qu'à ce
moment-là la Fédération des médecins omnipraticiens était
disposée à poser des gestes concrets. Et, il y a moins d'un an, nous
avons été à nouveau interpellés à
poser des gestes concrets par rapport à l'effort que nous pouvions faire comme médecins
pour rejoindre l'équilibre