CAT — 15 May 2001 (36th Legislature, 2nd Session)
CAT 2001-05-15
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36 e législature, 2 e session
(22 mars 2001 au 12 mars 2003)
Le mardi 15 mai 2001 - Vol. 37 N° 11
Consultations particulières sur la problématique de la violence dans le hockey mineur
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Table des matières
Remarques préliminaires
M. Norman MacMillan
M. Rémy Désilets
M. Roger Paquin
Auditions
Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FEEPEQ)
Association des directeurs de police du Québec (ADPQ)
Mme Hélène Canuel
Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ)
Autres intervenants
M. Yvon Vallières, président
M. Roger Paquin, président suppléant
M. Benoît Laprise
M. Claude Cousineau
M. Normand Duguay
* M. Mario Sévigny, FEEPEQ
* M. Jean-Pierre Gariépy, ADPQ
* M. Lorrain Audy, idem
* M. Gilles Courteau, LHJMQ
* Témoins interrogés par les membres de la commission
Note de l'éditeur:
La commission a aussi siégé en matinée pour l'étude des crédits du ministère des Affaires municipales et de la Métropole. Le compte rendu en est publié dans un fascicule distinct.
Journal des débats
(Neuf heures cinquante-neuf minutes)
Le Président (M. Vallières): À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la commission de l'aménagement du territoire reprend ses travaux. Le mandat de la commission pour cette séance est d'entendre... d'entreprendre, plutôt, des consultations particulières sur la problématique de la violence au hockey mineur.
Avant de débuter la séance, je vais vérifier s'il y a des remplacements d'annoncés. M. le secrétaire.
Le Secrétaire: Oui, M. le Président. M. Gagnon (Saguenay) est remplacé par M. Désilets (Maskinongé).
(10 heures)
Le Président (M. Vallières): Bien. Merci. Alors, je veux vous souhaiter à tous la plus cordiale bienvenue à nos travaux, à cette première séance de quatre séances qui seront tenues d'auditions publiques concernant la problématique de la violence dans le hockey mineur. Également, la commission se réunit donc à l'occasion d'un mandat pris à l'initiative des parlementaires des deux côtés de la Chambre. Un mandat d'initiative est pris, donc, à la majorité des voix des groupes parlementaires formant la commission et non pas à la demande du gouvernement.
Je pense que c'est une précision que je veux donner, parce que beaucoup de gens se demandaient si c'était le gouvernement qui convoquait cette commission. C'est les parlementaires entre eux qui ont décidé de le faire, de leur propre initiative.
Et, en raison évidemment du menu législatif important qui est déféré pour étude devant la commission de l'aménagement du territoire, la commission entreprend un tel mandat pour la première fois depuis sa création, un mandat d'initiative. La commission, malgré son appellation commission de l'aménagement du territoire, a compétence, comme on le sait, en matière de loisirs et de sport. C'est ce qui fait que nous tenons ces auditions. Les consultations particulières débutent donc aujourd'hui et nous mèneraient ultimement, les membres de la commission, à faire part au gouvernement de nos observations, de nos conclusions et/ou de nos recommandations.
Alors, après la période des remarques préliminaires qui seront allouées, d'ailleurs 15 minutes de chaque côté de cette Chambre, nous pourrons par la suite entendre les différents groupes qui sont venus nous rencontrer. Alors, en avant-midi, nous devrions rencontrer la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec et l'Association des directeurs de police et pompiers du Québec. Et, en après-midi, après les affaires courantes à l'Assemblée, la commission entendra, dans l'ordre: M.
Jacques Demers, ex-entraîneur du Canadien et journaliste, à RDS, je crois; Mme Hélène Canuel, qui est une résidente de Rimouski et qui est représentante de groupes de parents; et finalement au cours de cette journée les représentants de la Ligne de hockey junior majeur du Québec.
Remarques préliminaires
Alors, à ce moment-ci, je vais donc débuter par quelques remarques préliminaires. Pour 15 minutes, j'irai peut-être vis-à-vis le parrain, celui qui nous a demandé, comme commission, de nous réunir aujourd'hui, si vous n'avez pas d'objection, le député de Papineau, qui sera suivi du député de Saint-Jean et du député de Maskinongé. Dans l'autre ordre cependant, en ordre inversé. Alors, M. le député de Papineau, la parole est à vous pour les 15 prochaines minutes.
M. Norman MacMillan
M. MacMillan: Merci beaucoup, M. le Président. J'aimerais en profiter pour remercier la commission de l'aménagement du territoire et mes collègues de l'Assemblée nationale d'avoir accepté d'avoir le mandat d'initiative sur la violence sur le hockey. En somme, c'est un gros merci. Je pense que les Québécois et Québécoises sont intéressés par le sujet, et sûrement, dans les trois jours et les quatre séances que nous allons avoir, sûrement que nous allons avoir la chance de parler du problème de la violence du hockey.
Nous sommes tous réunis ici aujourd'hui et pour les prochains jours dans le but de faire le tour de la problématique et de trouver des solutions au problème de la violence dans le hockey mineur, donc chez nos jeunes, nos enfants. Je vous avoue que c'est un sujet qui me trouble profondément depuis plusieurs mois et qui m'a amené à une réflexion profonde sur le sujet.
Si je regarde la question dans son ensemble, je serai porté à vous dire qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un problème de société étant donné tous les bouleversements et changements que nous avons connus, ne serait-ce que depuis les débuts des années quatre-vingt. Un problème de société, oui, et également un problème d'éducation.
Je m'explique sur le fait de cibler la société en général. En fait, ce que je veux dire se rapporte principalement à tous ces changements de mentalité et moeurs que notre société a connus dans les dernières décennies. L'évolution d'une société, bien qu'elle amène surtout des changements majeurs positifs, fait également en sorte que tous ces bouleversements ont également des effets qui, à long terme, se reflètent de différentes façons.
Prenons, par exemple, la famille. Quand on parle de jeunes et d'enfants, on ne peut faire autrement que de remonter en haut de la pyramide et de se référer à la famille. Bien sûr, si on parle de famille traditionnelle, on a encore à l'esprit le père, la mère, les enfants. Dans la réalité de tous les jours cependant, ce n'est pas tout à fait cela, vous en conviendrez avec moi. Statistiquement parlant, un mariage sur deux débouche sur une séparation ou un divorce. Le résultat, ça implique donc que les enfants se retrouvent au sein d'une famille dite éclatée, monoparentale ou reconstituée.
Comme l'on vit dans une société de modèles, eh bien, nos jeunes sont à la recherche de modèles. C'est d'abord à la famille que l'enfant s'identifie. C'est là qu'il apprend ce qu'est l'autorité, le respect, la discipline, le sens des responsabilités et toutes les valeurs sur lesquelles repose une société. C'est aussi au sein de la cellule familiale qu'il fait son éducation.
Le rôle des parents est primordial et constitue une lourde responsabilité. C'est à eux qu'incombe la tâche de transmettre des valeurs sûres à leurs enfants et d'amorcer leur éducation. La famille est aussi, pour un jeune, un symbole de sécurité. C'est d'abord dans la famille que l'enfant puisera tous les éléments qui constitueront sa personnalité. C'est également dans sa famille que le jeune est en droit d'attendre tout le support et l'encouragement dont il aura besoin tout au long de sa vie. Les parents sont les premiers modèles et premiers éducateurs des enfants.
Nous savons tous que, si c'est dans sa famille que l'enfant doit se sentir le plus en sécurité, c'est malheureusement aussi dans sa famille qu'il sera confronté pour la première fois avec la violence, ce qui ne devrait pas être. Le rôle de la famille est bien déterminé.
La prochaine entité à laquelle l'enfant s'identifiera et perfectionnera son éducation, c'est l'école, là où le rôle des enseignants prend également toute son importance. Ce sont eux qui, à la suite des parents, continueront d'inculquer et d'enseigner les valeurs à nos enfants. C'est à l'école que les jeunes devraient retrouver ce que ses parents lui ont appris et dont il a besoin, soit l'autorité, le respect de soi et des autres, la discipline, le sens des responsabilités, etc.
C'est également à l'école que l'enfant apprendra à identifier ses forces, ses goûts personnels, tant en ce qui a trait aux matières scolaires qu'aux activités parascolaires, que ce soit sur le plan culturel ou sportif. Malheureusement, de plus en plus, c'est à l'école que l'enfant sera à nouveau confronté à cette réalité de la vie qu'est la violence dans notre société.
Depuis quelques années, l'école est au centre d'un nouveau climat de violence qui se traduit de plusieurs façons, ici je fais bien sûr référence au taxage, le problème des gangs, à la drogue, etc., qui engendrent la violence sous différentes formes. L'école est l'une des bases de notre société et constitue le deuxième élément de réflexion majeur sur lequel, comme société, nous devrions nous attarder sérieusement afin de bien identifier ce qui contribue à alimenter la violence et surtout à sensibiliser tous les intervenants afin de trouver des solutions définitives pour régler ce problème.
Je crois que nous sommes tous d'accord ici pour identifier clairement l'importance du rôle et des parents et des enseignants dans la vie des jeunes. La famille et l'école sont les premiers éléments dans la vie d'un enfant qui lui permettront de se créer des modèles. Les parents et les éducateurs sont donc les premiers responsables de la perception que l'enfant aura de la société en général.
Nous sommes tous concernés, puisque la majorité d'entre nous sommes parents, et c'est à nous, les adultes, de réfléchir sur la société d'aujourd'hui et de travailler tous ensemble à sensibiliser tous les intervenants qui sont concernés dans l'encadrement et l'éducation de nos enfants et de mettre en oeuvre tous les outils qui sont à notre disposition pour y arriver.
Les enfants sont dotés d'une capacité d'assimilation incroyable. Il en est ainsi pour tout, que ce soient les habitudes de vie, les matières scolaires et les loisirs. Et l'une des meilleures façons de le faire est par le jeu. Les enfants ont besoin de se détendre, de jouer, de s'amuser. Au gré de leurs goûts personnels, ils développeront des affinités dans certaines disciplines, et bien sûr beaucoup de nos jeunes s'identifient au hockey sur glace.
Le hockey est encore l'un des sports préférés chez les garçons et adopté de plus en plus par les filles. Le hockey se veut d'abord et avant tout un jeu et également un sport d'équipe. Le hockey mineur se divise en deux niveaux: le niveau d'apprentissage, la participation, et le hockey de compétition, l'élite. Au départ, dès le plus jeune âge, les enfants inscrits au hockey mineur ont identifié cette discipline par choix personnel, parce qu'ils aiment le jeu de hockey et qu'ils veulent s'amuser. Amuser les enfants par le jeu de hockey devrait être le but premier à atteindre par les associations du hockey mineur.
Bien sûr, pour apprendre le jeu de hockey à nos jeunes, nous devons faire appel encore une fois à des éducateurs, les entraîneurs. Vous serez sûrement d'accord avec moi pour dire que, pour enseigner à nos enfants, il faut d'abord accorder une grande importance au développement des entraîneurs pour qu'ils deviennent compétents. Le rôle premier d'un entraîneur en est un d'éducateur. Les entraîneurs se doivent d'enseigner le jeu de hockey en développant l'enseignement de base, en expliquant les règlements, la technique, etc. L'entraîneur, à
titre d'éducateur, doit également épouser son rôle de leadership, inspirer le respect de l'autorité au sein de son équipe, faire respecter la discipline, leur donner également le sens des responsabilités et le respect de leurs coéquipiers.
Qu'on le veuille ou non, le rôle de l'entraîneur est étroitement lié à celui des parents et des enseignants à l'école. Dans le même ordre d'idées, l'entraîneur devient pour le jeune un modèle au même
titre que ses parents et ses professeurs à l'école. De là, la nécessité d'associer les parents et de les sensibiliser au rôle de l'entraîneur auprès de leur enfant. À ce titre, l'entraîneur a donc la responsabilité de se démarquer par son intégrité, son honnêteté et sa compétence afin de répondre aux attentes des jeunes. De plus, l'entraîneur se doit d'être, en plus de son rôle d'éducateur, un administrateur, un orienteur et, à l'occasion, de remplacer le père de famille absent ou parfois même disparu. Il ne faudrait pas oublier de nous situer dans le contexte des associations de hockey mineur qui sont constituées et qui agissent sur la base du bénévolat.
L'on peut diviser en deux niveaux les groupes de jeunes qui sont inscrits au hockey mineur: cinq ans à 13 ans et 14 ans et plus. Dans les deux cas, les objectifs devraient être les mêmes: tous les jeunes devraient pouvoir s'amuser en jouant au hockey. Ils sont là pour apprendre le jeu de hockey et pour travailler en équipe. L'encadrement et la communication sont des atouts pour réussir à atteindre les objectifs fixés. Quand un jeu n'a pas fonctionné, l'entraîneur se doit d'expliquer pourquoi ça n'a pas marché et redonner la chance aux jeunes de se reprendre.
(10 h 10)
Gagner à tout prix n'est pas l'unique but du jeu de hockey. Donc, en ce qui a trait au rôle des entraîneurs, une meilleure formation ou un programme, un meilleur encadrement, Fédération de hockey sur glace, Association de hockey mineur, et mettre à leur disposition de bons outils, code d'éthique, le rapport Therrien, des règlements, des vidéos, Franc Jeu.
Maintenant, les arbitres. Quand on parle de violence au hockey, là on ne peut passer sous silence le rôle primordial que joue sur la glace les officiels. Ce sont les arbitres qui ont le contrôle sur la glace, ils se doivent donc de se faire respecter par les joueurs, d'imposer leur autorité et de faire respecter les règlements et la discipline pendant la partie. L'arbitre doit appliquer les règles de jeu et s'assurer de leur respect. Mais tout cela doit se faire en étroite collaboration avec tous les intervenants, que ce soit les entraîneurs, les joueurs et les parents.
Si plus tôt je vous faisais remarquer toute l'importance que le parent représente pour l'enfant et le rôle primordial qu'il doit jouer auprès de son enfant, le parent doit également être assez compréhensif pour accepter que, à partir du moment où son jeune fait
partie d'une équipe et que des personnes responsables sont en charge de cette équipe, il se doit alors de se faire discret et de déléguer en toute confiance son autorité aux entraîneurs et respecter les décisions qui sont prises, surtout ne pas les contester devant son enfant. Le parent devrait mettre de côté son émotivité et son impulsivité lorsqu'il se présente à l'aréna avec son enfant, et automatiquement bien des gérants d'estrades disparaîtraient des gradins. Dans le même sens, les parents se doivent de respecter les officiels et les décisions rendues lors des parties.
Si les adultes donnent l'exemple et respectent le leadership de l'arbitre qui est en charge de la partie, les enfants prendront exemple sur eux leur modèle et accepteront plus facilement les décisions des arbitres et les respecteront davantage.
Tout le monde ici sera d'accord pour dire que finalement, si chacun prend sa place et joue son rôle dans les limites qui lui sont permises, tout le monde sera plus heureux, les enfants les premiers. Il sera facile de blâmer les parents par leur mauvaise influence sur les enfants ou encore certains arbitres pour leur mollesse à l'occasion de certaines parties et même l'absence d'un organisme pouvant régir le sport du hockey, une sorte de régie. Nous ne sommes pas ici seulement pour critiquer, mais plutôt pour trouver des solutions à cette problématique qu'est la violence dans le hockey mineur.
Jusqu'ici je crois avoir ciblé quelques-uns des éléments qui font
partie intégrante de cette situation malheureuse que nous connaissons dans le hockey mineur, mais il y a une autre composante qu'il ne faudrait pas négliger, qui a sûrement sa part de responsabilités dans cette situation qui nous préoccupe tous et qui fait lien avec tout ce dont on a parlé auparavant: quoi de plus important pour un jeune que de s'identifier à quelqu'un pour lui qui représente l'idéal, ce qu'on appelle une idole. Les parents sont les premiers modèles pour leur enfant.
La famille est le premier endroit privilégié où les liens se créent et constituent à jamais le premier modèle que l'enfant aura des valeurs de la vie. Suite à la famille, c'est à l'école que l'enfant devrait retrouver la sécurité d'un noyau familial. C'est là aussi que les enseignants représenteront pour l'enfant l'autorité, le respect des autres, de la discipline et le sens des responsabilités.
Puis, quand l'enfant aura manifesté son intérêt pour le sport, à leur tour les entraîneurs et les arbitres serviront de modèle, et c'est à l'aréna qu'il poursuivra son éducation en matière de respect de l'autorité et de la discipline, le respect des autres et des règlements, son sens des responsabilités.
Mais, en même temps que toutes ces personnes occuperont une place privilégiée dans sa vie, le jeune s'identifiera aussi à des modèles, des idoles, que ce soit dans le milieu culturel, sportif ou autre. Personnellement, je crois qu'une idole pour un jeune, c'est beaucoup plus qu'un gilet ou un certain numéro dans le dos, que ce soit le 99, le 66 ou le 10. En ce qui concerne ici aujourd'hui, les athlètes professionnels constituent des modèles très importants pour nos jeunes.
Aujourd'hui, les médias électroniques étant présents partout les enfants reçoivent à chaque jour, que ce soit par les journaux, la radio, et surtout la télévision, des messages de nos athlètes professionnels. Pour le jeune qui aspire à une carrière professionnelle, l'athlète devient l'idole idéale pour un jeune, et c'est une responsabilité énorme que les joueurs professionnels ont envers cette clientèle que sont ces jeunes joueurs en devenir, l'apprentissage des jeunes joueurs par l'exemple des hockeyeurs professionnels comprenant leur comportement sur la glace, que ce soit au niveau de participation mais surtout au niveau de compétition.
J'aimerais croire que nos athlètes professionnels sont conscients de cette influence qu'ils ont sur notre jeunesse québécoise. Et cette influence joue dans les deux sens, les jeunes assimilent très facilement tous les messages transmis par les professionnels, qu'ils soient positifs ou négatifs. L'on dit souvent que l'enfant apprend par exemple, de dire, c'est y répondre, idole comme Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Gretzky, Mario Lemieux.
Conclusion, M. le Président. Après avoir fait un peu le tour de la question, j'en arrive maintenant à la fin de ma réflexion sur le sujet. Après avoir identifié tous les acteurs qui jouent un rôle important dans la vie de nos enfants, de nos jeunes et de nos futurs athlètes professionnels, pour quelqu'un d'entre eux, et après avoir identifié la majorité des causes qui selon moi conduisent à la violence au hockey, je suis maintenant entièrement disponible et disposé à entendre et surtout porter une oreille attentive à tous les commentaires des différents intervenants que nous recevrons dans les prochains jours.
Je crois que nous sommes tous ici présents ce matin, les deux formations politiques, nous sommes tous ici pour un seul et même but: trouver des solutions et mettre en place les outils nécessaires pour permettre à nos jeunes de pratiquer le plus beau sport au monde, et ça, dans les meilleures conditions possibles. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Vallières): Merci, M. le député de Papineau. M. le député de Maskinongé, je comprends que vous avez la parole pour sept à huit minutes, suivi de votre collègue le député de Saint-Jean.
M. Rémy Désilets
M. Désilets: Oui. Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, ça ne sera pas tellement long, le temps de vous dire que les remarques préliminaires vont être effectivement dites par mon collègue de Saint-Jean. Mais, moi, je tenais à vous remercier d'avoir accepté ma présence sur le comité aujourd'hui.
Étant un ancien éducateur physique et entraîneur, votre mandat d'initiative m'interpelle au premier point, et je tenais à être ici, à être présent, pour voir la suite des événements puis essayer d'aider à la mesure de ma hauteur... dans la mesure de mes possibilités, de votre écoute et d'écoute des personnes qui vont venir nous écouter... intervenir tantôt. Je tenais à être ici aujourd'hui. Je laisse la parole au député de Saint-Jean.
Le Président (M. Vallières): M. le député de Saint-Jean.
M. Roger Paquin
M. Paquin: Merci, M. le Président. On est réuni ici, dans les jours qui vont venir, pour examiner une question sociologique qui a des effets sur notre jeunesse et sur notre façon d'envisager même nos relations comme société. Sous prétexte d'étudier le hockey mineur, au bout du compte, on est bien conscient qu'il s'agit là d'un phénomène sociologique. Et, M. le Président, le hockey, qui est un sport magnifique de vitesse, de finesse, de robustesse et qui présente à plusieurs égards des valeurs esthétiques, même lorsqu'on voit des parties qui sont bien jouées, le hockey est pourtant un sport malade, un sport qui n'est plus autosuffisant.
Le baseball se joue en jouant au baseball, le football, en jouant au football, même si c'est robuste, même si c'est viril. Mais le hockey a besoin du pugilat pour se mettre en valeur, et, lorsque le sport majeur, le sport national, le sport principal, le lieu où se fabriquent les idoles pour notre jeunesse est malade, eh bien, je pense que ça l'a des conséquences sur ce qui s'ensuit. Je rejoins bien sûr, dans ces remarques préliminaires, la totalité des propos qui ont été énoncés par mon collègue de Papineau, mais je voudrais rappeler un certain nombre d'éléments.
D'abord, pourquoi est-ce que c'est si important que le sport soit sain pour la jeunesse? Parce que... Bon, il y a le fameux lieu commun, qui dit: Un corps sain, un esprit sain, un esprit sain dans un corps sain. Bien sûr, et le sport est idéal pour développer ça. Mais qu'est-ce qu'un esprit sain dans un corps sain? Ce n'est pas un corps meurtri par des coups inutiles.
Ce n'est pas un esprit non plus où on perd la notion de respect, où on... chez un jeune qui est en processus d'insertion sociale, où les valeurs que l'on véhicule c'est la solution des problèmes par la violence, où un jeune qui est en recherche d'identité voit ses idoles dans plusieurs cas... Et ses idoles, ce n'est pas seulement ceux qui jouent au hockey, c'est parfois le parent qui est dans l'estrade, c'est parfois l'entraîneur qui a un ascendant très important sur le jeune. Donc, quel est le message envoyé par les idoles à ce jeune en fabrication d'identité?
Et évidemment il y a toutes les habitudes que l'on prend à cette époque-là de sa vie et qui vont nous façonner pour le restant de notre existence.
(10 h 20)
Donc, lorsque la virilité d'un sport ou sa robustesse deviennent de la rudesse, deviennent un exutoire aux frustrations, deviennent des formes de violence, ça cesse d'être un jeu. Et il y a ce qui se passe dans les parties, il y a ce qui se passe dans la préparation des parties, puis il y a aussi ce qui se passe dans l'aréna, le comportement civique des gens qui assistent au sport.
Si le jeune est impliqué dans le sport, c'est qu'il valorise ce type d'activité physique là et, si ceux qui comme lui valorisent cette activité-là et qui sont partout dans les estrades ont un type de comportement, eh bien, il veut être de ce groupe, et à ce moment-là il adopte les mêmes comportements, pas seulement à l'aréna, mais dans la vie scolaire et dans la vie de tous les jours. Et c'est là qu'on voit apparaître et émerger de façon assez importante un modèle de résolution de problèmes par la violence ou par la rudesse ou différentes formes d'éléments.
Il faut voir aussi qu'il y a une forme insidieuse de la violence, dont on parle ailleurs et qu'on ne rattache pas vraiment, mais qui dans le fond est une forme de violence aussi très grave: l'abus sexuel, qui est fait par souvent quelqu'un qui est une idole du jeune, et le message que ça peut envoyer. Mais ce n'est pas la forme la plus fréquente.
La forme la plus fréquente, c'est cette constante présence de la rudesse excessive, et à ce moment-là le jeune voit comme un modèle de solution à ses problèmes de frustration des formes de violence: à ses complexes, à ses problèmes d'identité, des formes de violence; à sa volonté de s'insérer dans un groupe, des formes de violence; à sa fabrication d'identité, des formes de violence; à tout règlement des différends dans sa vie, des formes de violence.
Alors, c'est peut-être excessif de dire qu'il n'y a que du mauvais, parce que bien sûr le hockey, on pourrait en parler en montrant toutes ses bonnes facettes. Mais ce qui nous interpelle comme parlementaires, M. le Président, c'est que la violence au hockey mineur, c'est majeur. C'est quelque chose qui est signifiant, qui interpelle notre société.
Et je pense que, à l'occasion des travaux que nous allons faire, nous allons pouvoir interpeller... à travers les renseignements que nous allons glaner des protagonistes, des professionnels et des spécialistes, nous allons aussi pouvoir les interpeller et les amener à réfléchir avec nous sur cette réalité sociale. On est là pour les jeunes quand on est dans le sport mineur. C'est un bel engagement. Quand on travaille pour la jeunesse, c'est quelque chose de noble, de beau. Que faisons-nous avec cette responsabilité dans l'exercice que nous en faisons?
Voilà comment on interpelle tous les joueurs du domaine du hockey mineur là-dessus.
M. le Président, c'est une problématique qui interpelle notre société à cause de paramètres comme ceux-là. Je ne veux pas abuser du temps parce que, à cause des travaux que nous avons dû faire antérieurement, nous avons pris un certain retard, donc je vais limiter mes propos.
Mais il demeure que je voudrais qu'il soit bien posé clairement que, d'entrée de jeu, ça nous a fait plaisir de nous associer, du côté du groupe parlementaire qui forme le gouvernement, à des préoccupations que depuis longtemps exprime le député de Papineau au fait qu'il nous faut ensemble réfléchir à cette question-là, écouter les protagonistes et interpeller la société, peut-être dégager quelques pistes et enfin proposer des solutions, le cas échéant.
C'est pourquoi, M. le Président, c'est avec beaucoup d'intérêt que, de ce côté-ci, nous allons participer à cette réflexion et que nous tenions à la présence de notre collègue qui est un spécialiste des questions du sport, le député de Maskinongé, au sein de notre équipe. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Vallières): Merci, M. le député de Saint-Jean. Alors, je vais vous proposer qu'on puisse, au cours de la prochaine heure, entendre le prochain organisme qui est la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec.
Nous disposons d'une heure, donc 20 minutes de présentation par l'organisme ou les individus ? à chaque fois qu'on aura à rencontrer des groupes, ce sera comme ça ? et 40 minutes d'échanges réparties également ou équitablement entre les deux formations politiques, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois, et occasionnellement les interventions du président, qui est aussi un ex-enseignant, éducateur physique, période de deux ans, courte période, mais qui a beaucoup d'intérêt sur le sujet également.
Auditions
Alors, c'est maintenant lancé. La parole appartient maintenant à M. Mario Sévigny pour les 20 prochaines minutes. M. Sévigny.
Fédération des éducateurs et éducatrices
physiques enseignants du Québec (FEEPEQ)
M. Sévigny (Mario): Alors, bonjour, messieurs, dames et d'entrée de jeu je tiens à vous remercier de nous avoir permis d'être ici aujourd'hui pour vous livrer essentiellement quelques messages. Nous sommes extrêmement concernés par la violence dans le sport au Québec, la violence en général dans notre société. Notre Fédération a d'ailleurs publié, il y a quelques années, en 1993, un mémoire, un dossier présenté à la Table ronde sur la prévention de la criminalité, au ministère de la Sécurité publique, et ça s'intitulait La contribution de l'éducation physique à la prévention de la violence et de la criminalité au Québec . On verra le lien tout à l'heure.
Mais essentiellement je suis de ceux qui croient qu'il n'arrive jamais rien pour rien. Et comme ça, parler de la violence maintenant, dans le contexte actuel, c'est un élément intéressant. C'est un élément intéressant que les élus du peuple québécois se questionnent sur ce qui se passe à ce niveau-là. D'abord, parce qu'il y a des messages qui sont extrêmement interpellants. La réduction, par exemple, des jeunes, la réduction majeure du nombre de jeunes qui jouent au hockey, ce n'est pas pour le fun, il y a des raisons à ça, on en verra quelques-unes.
Et on verra aussi également que la violence au hockey est un sujet intéressant du point de vue médiatique. C'est toujours agréable d'en parler, d'en discuter, de philosopher. Mais, quand c'est le temps de passer aux actes, quand c'est le temps d'aller au fond des choses, malheureusement et malgré les nombreuses études et le temps qu'on pourrait y passer on fait vite. Par exemple, cette commission, nous l'avons préparée, cette intervention, en deux mois. Mais on pourrait travailler sur la violence au hockey depuis déjà 10 ans, 20 ans pratiquement, et signaler que toutes les interventions qui ont été faites dans le passé ne sont pas nécessairement actualisées.
Donc, nous sommes venus ici aujourd'hui d'abord pour passer des messages, mais essentiellement aussi également parce qu'on souhaite réellement que ce gouvernement, peu importe le parti qui sera au pouvoir, donc que nos élus entament une série d'actions et de processus qui modifieront les comportements violents dans l'ensemble du monde du sport, à partir du sport modèle, ciblé, le plus médiatisé au Québec qui est le hockey.
Alors, d'entrée de jeu, quand on m'a demandé de préparer cette présentation, par pur hasard, j'étais avec mon fils, et on décide un vendredi soir d'aller au hockey. J'ai introduit ça dans mon texte parce que je voulais me replonger dans l'atmosphère, parce que vous allez comprendre que, avec mes responsabilités de président, je ne vais pas trop souvent au hockey ces derniers temps. Et j'adore le hockey. Même si je n'y ai pas joué de façon très compétitive, c'est un jeu que j'aime beaucoup, que j'enseigne par ailleurs, et auquel je donne plusieurs notes positives en termes d'intérêt pour le développement de la personne.
Malheureusement, ce jeu est en train de se détruire, et c'est nous qui le détruisons. Ce n'est pas le hasard, ce n'est pas les accidents liés au sport, ce n'est pas à cause de l'épaisseur de la surface glacée, ni de la vitesse des nouveaux patins, ni de la force des hockey, c'est à cause des humains qui interviennent sur la surface et autour de la surface que nous avons une problématique sociale.
Fort heureusement l'être humain est libre et intelligent au Québec, et ailleurs d'ailleurs, mais pas toujours libre, mais ici, au Québec, relativement libre, il a la liberté de choisir de jouer ou non. Et c'est lui, ce jeune, qui depuis des années vient vous dire, nous dire, nous interpeller et nous dire qu'on a manqué notre coup, qu'il y a quelque chose qui ne marche pas. Et plus ça va, moins ça marche. Alors, plus ça va, vous êtes interpellés, le milieu du hockey est interpellé. Il existe des solutions. Elles sont intéressantes. Il faut aller beaucoup plus à fond dans l'étude des pistes qu'on amènera ici ce matin.
Alors, j'étais avec mon fils, nous allons au hockey. C'est les Voltigeurs contre Shawinigan, séries éliminatoires qui se préparent, c'est juste avant les séries éliminatoires. Un match de hockey standard. Mon fils joue au hockey, il aime le hockey. Ça m'embête un peu parce que je ne voulais pas qu'il joue à l'origine parce que je trouve ça trop violent, ça va vous étonner. Mais je considérais que ce n'était pas mon choix personnel et je considérais que, à cet âge ? il a sept ans ? il n'y aurait pas encore trop de violence et que peut-être on pourrait s'en tirer.
Alors, on va au junior majeur, ça lui fait extrêmement plaisir, vous comprendrez, on était un vendredi soir, pas d'école le lendemain, et on assiste à un match, un beau match de hockey, bien parti. Et puis ça a dégénéré. Vous avez ça dans le texte. Je ne le lirai pas au complet, mais essentiellement il y a eu des bagarres, et je me suis interrogé parce que j'étais là pour me retremper philosophiquement dans la violence pour ne pas venir redire ce qu'on a déjà dit, pour ne pas tourner en rond. On n'a pas le goût de tourner en rond, on n'est pas ici pour le fun.
(10 h 30)
Essentiellement, j'avais envie de rire devant la réaction de la foule face à cette violence gratuite ? j'y reviendrai tout à l'heure d'ailleurs, ça fera
partie d'un texte ? mais je regardais essentiellement mon fils, comment il réagissait. Et on a des valeurs, chaque parent a des valeurs, chaque famille. Et, mon fils et moi, on partage souvent sur la violence dans le sport parce qu'on la rejette, parce qu'on n'aime pas se faire frapper, parce qu'on n'aime pas les gens qui 0930frappent, parce qu'on pense que la violence est absolument pas constructive, pour personne.
Et, dans ce match de hockey, il y en a eu, comme dans la majorité des matches de haut niveau, pour toutes sortes de raisons que d'entrée de jeu plusieurs vont justifier, voire même dans les règlements. Je regardais mon fils et je me disais: J'espère que tu ne te feras jamais frapper dans le jeu que tu aimes tant, de façon délibérée. J'espère que jamais des êtres humains auront le goût de te casser le nez, de te mettre K.-O., de t'empêcher de jouer par l'intimidation et la violence. Ça, c'est ce que je ressentais en dedans.
Par pur hasard, et vraiment le destin est particulier, le match va en prolongation. Beaucoup d'accrochages, il est rendu 11 h 30 le soir. Ça vous donne une idée que ça a joué pas mal physique, puis il y a eu beaucoup d'arrêts de jeu à la fin, troisième période. Et on décide de partir deux minutes avant la fin de la prolongation, puisqu'on veut éviter toute la foule qui sort, pour être un peu en avance. Et, en quittant l'aréna, en passant dans les couloirs, on se fait lancer, moi et mon fils, une bière à la tête ? il y avait beaucoup d'atmosphère.
Et je me retourne vers l'endroit où j'avais ciblé que la bière avait été projetée ? évidemment, c'était juste le liquide ? et il n'y avait pas beaucoup de monde à cet endroit-là, c'était assez évident que c'était un secteur précis.
Et l'humain est drôle, on est drôle, hein? Quand il y a de la violence, quand il y a du sang, quand il y a de la bagarre, quand il y a quelqu'un qui souffre, on se précipite. S'il y a un incendie au coin de la rue, il va se ramasser 200 personnes dans le temps de le dire pour voir l'incendie. Si quelqu'un se coupe une jambe en sortant d'ici, de l'Assemblée nationale, puis ça se met à saigner partout, il va y avoir plein de monde.
Dès qu'il y a un acte de violence, dès qu'il y a une personne saisie d'une certaine souffrance, il y a une réaction automatique, et ça attire les gens, comme les gladiateurs il y a 2000 ans qui attiraient les foules au Colisée de Rome. Aujourd'hui, nos gladiateurs sont sur une surface glacée, et parfois ça déborde. Comme dans le temps. Ça a vraiment pas changé, j'imagine, je n'étais pas là, mais à ce que j'en ai lu.
Essentiellement, j'ai regardé mon fils et je me suis posé la question: Quel serait le geste que je devrais faire? Est-ce que je devrais ressentir de la colère? Honnêtement, j'en ressentais pas. De la honte, oui. J'avais devant moi des êtres humains, des hommes et des femmes, essentiellement des humains, des Drummondvillois et des gens de Shawinigan pour la grande majorité. Certains avaient consommé de la bière et lançaient de la bière en direction d'un enfant de sept ans.
Évidemment, ils ne visaient peut-être pas mon fils, ils visaient peut-être moi, ils ne visaient peut-être pas personne, ils lançaient ça pour rire. Peu importe l'intention, essentiellement, nous avons subi cette violence. Je n'ai même pas eu le temps de réagir; officiers de la paix, agents de sécurité, police, et c'est parti, et en grand nombre, se sont précipités.
Évidemment, probablement que tout le monde s'attendait à ce que je grimpe dans les estrades, que je veuille sauter sur quelqu'un. Ça fait
partie du phénomène de la violence. La violence génère la violence. L'espèce humaine nous le prouve avec ses guerres depuis des milliers d'années, et on attribue ça à la défense de soi-même. Alors, pour me défendre d'avoir reçu une bière, aurait-il fallu que je saute sur un spectateur, que je le moleste, que je le frappe? Bien non, j'avais là mon fils, et c'est pas le modèle que je veux lui apporter.
Mais pourtant, quand qu'on me parle de la bagarre au hockey ou de la violence sur la glace, on me la justifie tout le temps en disant: C'est dû à l'intensité du jeu, c'est dû à l'intensité du moment, c'est dû à la nécessité de la robustesse d'un jeu. Écoute! Tu ne peux pas recevoir une mise en échec violente sans te revirer de bord puis avoir le goût de te défendre. C'est impulsif. Faux!
Quand l'être humain frappe un autre être humain avec une intention préméditée d'agir sur son corps, pas sur la rondelle, là, sur son corps, c'est une intention et ça devient de la violence, et ça devient un choix, un choix qu'il a pris librement et qui enlève la liberté de l'autre, parce que lui va subir ce choix-là. Et ça va devenir un jeu d'intimidation et un accroissement de violence.
Et j'amènerai donc la réflexion... J'oublie l'histoire, parce que je ne veux pas trop en parler, de ça, ce n'est pas dans l'essence, mais ça illustre quand même que, par pur hasard, j'ai vécu plusieurs formes de violence dans cette soirée-là, et ça m'a permis d'interpeller certaines études, certaines choses et de les mettre en relief, et de voir que ça existe encore également.
Alors, comme vous le savez, la violence, c'est un phénomène qui n'est pas lié juste au hockey, elle est dans tous les milieux. Et, malheureusement, le milieu sportif en général, et le monde du hockey en particulier, la tolèrent. Mais doit-on tolérer la violence ou doit-on la combattre? Pour moi, la réponse est évidente, mais pas pour l'ensemble du milieu. On va toujours dire: Oui, on doit la combattre. Le dire, c'est une chose, le faire également, c'en est une autre. Et faire semblant qu'on veut la combattre et ne pas le faire, c'est le pire message, le pire héritage qu'on peut laisser à nos enfants. Et on le fait depuis 25 ans, ça, en passant.
Pour la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec, la FEEPEQ, il est clair que nous devons la combattre avec tout l'arsenal nécessaire. Nous sommes contre toutes les formes ? toutes les formes ? de violence et nous sommes, par ailleurs, des agents d'intervention qui, par nos actions professionnelles, sommes engagés dans une lutte à finir ? c'est une lutte à finir ? pour faire reconnaître l'importance d'agir sans violence dans cette société qui est la nôtre.
Jamais un éducateur physique ou une éducatrice physique enseignant, à ma connaissance, ne tolérerait une bagarre dans ses cours d'éducation physique. Je ne dis pas qu'il n'y en a jamais eu. Je dis que, quand il y en a, de la violence dans nos cours, on intervient systématiquement: d'abord, pour la contrer et, deuxièmement, pour éduquer, pour que ça change, essentiellement.
Notre mission sociale ne laisse aucun doute à ce sujet. Si vous voulez bien éventuellement lire la documentation qui s'appelle Le temps de l'engagement, que j'ai ici, de la page 24 à 30. Je ne le lirai pas au complet, soyez sans crainte, j'ai peu de temps. Mais simplement vous dire que l'éducation physique, entre autres, a une mission d'éducation de la personne, je vais juste citer quelques lignes: « Si l'intervention éducative... » D'ailleurs qui existe dans le monde du hockey, je le précise. Si j'en parle, c'est parce que c'est dans le monde du hockey.
Il y a aussi de l'éducation dans le monde du hockey, et c'est d'ailleurs là-dessus qu'on va chercher toute la noblesse de ce sport, tout ce qu'on peut y acquérir de sain et de positif.
Donc, « si l'intervention éducative est au coeur de notre profession, la personne doit être au centre de toutes nos activités professionnelles. L'homme est un être de raison ? je veux insister là-dessus ? capable de choix, donc de liberté. Cette liberté en fait est un être en devenir, capable d'autoactualisation. Le but primordial de l'éducation physique n'est pas uniquement de développer un niveau adéquat de la personne ou différentes dimensions de la personne, elle vise également à doter la personne de valeurs, de connaissances, d'habilités et de comportements qui augmentent sa liberté et favorise son autoactualisation » .
Je vais un petit peu plus loin: « L'éducation physique doit être au service de la personne ? le hockey également. Elle doit favoriser chez l'individu la prise en main de son développement intégral. Elle doit également l'aider à développer et à maintenir ou à recouvrir un niveau optimal de santé physique, mentale et sociale. Elle doit finalement le rendre sensible aux conditions de son environnement physique et social. »
Alors, est-ce qu'on est sensible aux conditions de notre environnement social quand on frappe délibérément quelqu'un, que ce soit pour lui enlever une rondelle ou parce qu'il nous a préalablement bloqué le chemin, ou dans l'essence du jeu? La réponse, c'est non. Ça, c'est sûr, c'est évident.
Un petit peu plus loin, je cite encore: « En effet, une des grandes valeurs des pratiques corporelles est leur capacité d'influencer directement et simultanément non seulement une, mais plusieurs dimensions de la personne. Utilisées adéquatement, elles créent des situations favorables au développement du corps, de l'intelligence, de l'estime de soi, du sens moral, des relations interpersonnelles, de l'autonomie et de la responsabilité dans un climat de plaisir et de confiance. »
Quand je vous ai entendu tout à l'heure, monsieur, j'ai été interpellé parce que ce que vous avez dit, c'est cette phrase-là, pour moi. Essentiellement, tout votre message, c'est dit en une toute petite ligne: On voudrait sur la glace avoir des êtres humains qualitatifs, heureux ? plaisir ? responsables, en développement, qui vont devenir autonomes. Et, malheureusement, on a créé un contexte où c'est pas ce qui se produit. À qui la faute? J'en parlerai tout à l'heure. C'est pas d'ailleurs ma mission ici.
Nous avons donc, nous, publié des réflexions sur la violence en général. Je vous interpelle à les lire éventuellement. Il y a des pistes de solution dans ça. Quand on voudra être sérieux, il y en a des très bonnes; ça sera à vous de voir si vous avez les ressources pour les mettre en place.
n (10 h 40) n
Je vais plus loin. On a, à l'époque ? dans une
annexe ici ? présenté ? ça vient des éducateurs physiques, ce n'est pas un hasard ? le programme Franc Jeu. Le programme Franc Jeu, essentiellement, est un programme qui réduisait la violence au hockey. Alors, on parle d'un sujet qui nous concerne a priori. Et, dans le tableau 1 de cette annexe, on dit ici, par exemple, que, après une saison dans le pee-wee CC, on avait obtenu une moyenne de pénalités par match, par équipe, de 4,5 minutes au lieu de 5,7 sans Franc Jeu. Donc, on voyait déjà une piste de solution ici qui donnait un résultat concret. Donc, quand je dis « passer à l'acte » , c'est ça.
Donc, les éducateurs physiques avaient ici un moyen. C'en est un, hein? Puis il pourrait être nettement amélioré parce que c'était toujours fait dans des temps courts, toujours fait un petit peu vite. Mais, essentiellement, est-ce que tous les jeunes d'aujourd'hui jouent à Franc Jeu au hockey? Bien, la réponse c'est non et c'est même majoritairement non. Et pourtant on a la preuve que ça fonctionne; les études le démontrent. On va dans la bonne direction avec ça, mais on le fait pas.
Donc, essentiellement les discours et les voeux pieux sont là; le monde du hockey s'enorgueillit de dire qu'ils veulent être contre la violence, mais, quand c'est le temps de passer aux actes, d'actualiser les outils pour que cette violence diminue, on ne le fait pas ou on ne le fait pas systématiquement ou systémiquement.
Je vais plus loin: Comment se fait-il, par ailleurs, que le hockey soit constamment en décroissance au Canada? La réponse est complexe, mais elle cache quelques vérités toutes simples. On veut rendre complexe des choses qui parfois sont très simples. D'abord, le modèle de la Ligue nationale offre un spectacle de plus en plus dégradant et violent ? c'est évident. Le relevé statistique des joueurs blessés à cause d'actes prémédités démontre clairement que cette violence a un coût élevé. Parlez-en aux Canadiens de Montréal. Parlez-en à Washington, il y a deux ans.
Prenez la liste du journal... Il y a plus d'espace dans le Journal de Montréal tous les jours juste pour parler des blessés de la Ligue nationale de hockey qu'il y en a pour parler de toutes les valeurs positives du développement du hockey que ça peut apporter à un jeune, à un enfant. Juste la liste des blessés, prenons cet espace-là, puis parlons des valeurs positives que le hockey peut apporter à un jeune, ça va être pas mal plus sain. Bien, ça va vous donner une idée de ce que le violence amène dans ce sport.
Parce qu'il y en a, des blessures, qui sont reliées à des accidents, il faut comprendre, c'est un jeu effectivement physique et rapide. Majoritairement, c'est malheureusement pas le cas, c'est plus que le tiers qui sont dus à des actes prémédités, et ça, c'est terrible.
Deux, les gestes violents sur la glace seraient sévèrement punis au criminel. Je donnais un exemple. Si ça peut vous donner une idée, M. McSorley qui a frappé à la tête de M. Brashear à la Ligue national de hockey, c'est un modèle pour les jeunes, ça a été médiatisé au maximum et c'est allé en Cour. Il a effectivement été condamné pour voies de fait. Là, je vois une piste de solution qui est envisagée au niveau légal parce qu'on vient ici toucher à l'image sacro-sainte du modèle ultime, c'est-à-dire la Ligue nationale de hockey.
Le Président (M. Vallières): ...
M. Sévigny (Mario): Seigneur, faut que je roule! La réaction populaire face à la violence est parfois étonnante. Jacques Brodeur nous le démontrait, s'il y a un bagarre dans l'enceinte, tout le monde se lève ou majoritairement, en passant majoritairement les hommes. Ce qui se passe dans la ligue semi-professionnelle de hockey au Québec nous le démontre également ? j'accélère parce qu'il me reste pas beaucoup de temps, j'ai été un petit peu trop lent.
La qualité de l'encadrement est également remise en question. On demande à des parents bénévoles ? parfois pas des parents en plus ? qui ont à peu près 12 à 15 heures de formation... Vous laissez à ces gens-là la vie et l'avenir de vos enfants au niveau des valeurs, au niveau de l'éducation dans les arénas. Vous avez plus de soins pour votre automobile; vous demandez à un garagiste expérimenté, avec beaucoup d'heures de formation. Vous avez plus de soins pour vos dents, plus de soins pour vos bobos. Mais, pour vos enfants, c'est un coach, il est dans le club, il est dans l'organisation, c'est beau.
Quand est-ce qu'on va mettre des personnes compétentes, qui ont 3 000, 4 000 heures de formation en intervention par rapport à un jeune, qui auront choisi des valeurs ciblées.
Vous avez parlé d'objectifs tout à l'heure, sont-ils si clairs? Non. Non, parce que, si on le demande à 25 entraîneurs différents: C'est quoi, ton objectif? On n'aura pas la même réponse, pas un. Malheureusement, il ne me reste pas beaucoup de temps, mais enfin.
Alors, j'aimerais aussi parler qu'il y a des écoles du Québec où il y a de moins en moins de hockey et de hockey cosom. Il y a un problème là d'accessibilité. La violence est aussi un problème qui est répertorié dans les écoles. On n'en veut pas, de violence dans les cours d'éducation physique, donc on joue plus au hockey ou, si on joue, on modifie les règlements. Nous, on peut le faire.
Si on peut le faire dans une école, si, moi, je peux faire du hockey avec mes élèves puis avoir du plaisir, pas de violence et d'acquisition d'éducation, faire évoluer ces humains-là, comment se fait-il que je ne peux pas le faire dans un aréna, dans une structure organisée où il y a des ressources beaucoup plus grandes?
Le problème d'accessibilité des surfaces glacées est un autre problème relié à ça. Nous... Moi, je reste... J'ai une école. J'enseigne à côté d'un aréna. Cette année, le temps qu'on a eu de glace pour nos élèves? Zéro minute. Zéro minute. Il est sur notre propre terrain, cet aréna-là. Problème municipal, scolaire, problème d'accessibilité, problème de ressources humaines et de gestion humaine.
Les cours d'éducation physique, vous le savez, sont en diminution au Québec. Ça ne va pas aider à lutter contre la violence. Toutes les études démontrent que l'éducation physique est une très bonne façon de lutter contre la violence. Les ressources dans le sport scolaire, les activités intramurales du réseau de l'éducation sont aussi à la baisse. On n'a même plus les moyens d'acheter des casques pour nos élèves puis des hockeys. Alors, on pense à trouver des sports qui ne coûtent pas cher; c'est pour ça que le soccer est en hausse d'ailleurs puis que le hockey est en baisse.
Le nouveau programme d'éducation physique et à la santé mis en place... M. Vallières, je peux-tu avoir trois ou quatre minutes additionnelles?
Le Président (M. Vallières): Oui, avec deux minutes, parce que c'est des échanges qui deviennent importants par la suite. Deux minutes.
M. Sévigny (Mario): Oui. Alors, le nouveau programme d'éducation physique et à la santé parle de saines habitudes de vie. C'est ça que le nouveau programme du ministère de l'Éducation va mettre en place. C'est une belle occasion ici d'aller éliminer les bagarres, d'éliminer les blessures reliées à des actes volontaires, ce que j'appelle « les actes graves » . Je trouve ça grave qu'un jeune veuille blesser un autre jeune pour gagner ou pour n'importe quelle autre raison.
L'implication des règles du jeu doit être aussi remise en question. Elle doit être nécessairement plus constante. Par exemple, quand on a des enfants de six, sept ans, mettre un arbitre là puis les tableaux indicateurs puis mettre les points puis les scoreurs, je pense qu'on n'est pas dans la bonne direction. On est complètement dans le champ, en fait. C'est écrit dans le texte, je vous le lirai.
Quelques recommandations rapidement:
Il faut mettre les pressions à la bonne place et commencer par les mettre en haut;
Secundo, il faut appuyer un mouvement PEP qui demande plus de temps pour l'éducation physique et, en conséquence, de pouvoir réintroduire des programmes de hockey qualitatifs dans l'école. Qualitatif, ça veut dire sans violence avec des valeurs précises et prédéterminées en collaboration avec Hockey Québec, pas de problème;
Favoriser l'application de Franc Jeu;
Mettre de l'insistance sur l'esprit sportif;
Modifier les règles. Vous savez que le hockey, c'est le seul sport qui donne des avantages à celui qui enfreint les règles. Prenez l'exemple du désavantage numérique où, par exemple, pendant deux minutes, l'équipe qui a été fautive, donc qui a fait quelque chose de pas correct, elle a maintenant le droit de lancer de l'autre bord sans que l'arbitre siffle un hors-jeu. On lui donne un avantage dans les règlements. Ils vont jouer juste à quatre, mais en même temps on leur donne l'avantage de pouvoir dégager sans être sifflés hors jeu. C'est incroyable!
Sans les règles, on avantage, par rapport au règlement standard, quelqu'un qui a une faute. C'est le seul sport au monde que je connais qui fait ça;
Vous savez aussi qu'on pourrait appliquer sur la glace les mêmes lois que dans la société en général. On l'a vu avec McSorley, mais on pourrait le voir chez les jeunes. On pourrait le voir dans les arénas du Québec. On pourrait mettre des règles beaucoup plus strictes;
Il faudrait aussi mettre l'emphase, évidemment vous l'avez vu, sur l'équité et sur le plaisir de jouer;
Il faudrait retirer les arbitres chez les plus jeunes et retirer les modèles. Ces modèles ne sont pas bons. On le dit depuis 20 ans que les modèles ne sont pas bons, mais on les maintient. Il faudrait là se poser une question;
Accentuer l'acquisition des saines habitudes en mettant des pressions sur les villes, entre autres, pour l'accessibilité et contrer le phénomène de diminution...
Le Président (M. Vallières): Bien, M. Sévigny, dans les réponses aux questions tantôt, peut-être que vous pouvez revenir dans vos messages, puisque les députés meurent d'envie de vous questionner.
M. Sévigny (Mario): D'accord. Avec plaisir.
Le Président (M. Vallières): Je vous remercie de votre présentation. D'abord, peut-être vous indiquer que, concernant la formation des entraîneurs, je suis sûr qu'il y a de mes collègues qui vont revenir là-dessus. Moi, j'ai peut-être une petite question rapide à vous poser au début. Puisqu'on sait que, dans le hockey, ça commence à très bas âge, entre autres, au niveau prénovice, au niveau novice, on parle de jeunes de moins de sept ans ou de sept, huit, neuf ans, quel est votre point de vue d'éducateur, de praticien dans le fond, par rapport aux compétitions qu'on organise à ces niveaux-là?
On a retrouvé en filigrane, là, dans certains mémoires, la possibilité de dire que, pendant ces premiers groupes d'âge là, qu'il n'y ait pas de compétition, mais qu'on s'adresse plutôt au développement d'habilités chez ces jeunes-là, profiter de cette période-là. Notre collègue de Papineau parlait tantôt que c'est une période où les jeunes apprennent beaucoup. Ils ont beaucoup de capacité d'adaptation, d'apprentissage. Donc, est-ce que, comme éducateur, vous pensez que ça serait une voie, entre autres, au niveau de ces premiers groupes d'âge là d'intervention?
M. Sévigny (Mario): Essentiellement, la première question qui doit être posée, c'est: À quel âge faut-il introduire le concept du modèle qui est en haut? Or, le modèle qui est en haut est construit exclusivement sur la victoire, la victoire à n'importe quel prix. Par exemple, la Ligue nationale en ce moment, séries éliminatoires, tu vas jouer blessé, il faut que tu te sacrifies. Il faut que tu sacrifies ton corps d'être humain pour la cause.
Vous savez que les joueurs de hockey meurent de six à sept ans plus jeunes que l'ensemble de la population? Vous savez ça? Il y a des études qui démontrent ça. Quand vous faites... votre enfant, vous l'inscrivez dans le hockey, déjà vous lui enlevez cinq, six, sept ans de sa vie plus tard. Ça, c'est automatique. S'il se rend jusqu'au bout, il va mourir plus jeune. C'est une moyenne. Savez-vous pourquoi? Parce que, très rapidement dans le système, on introduit les modèles, les valeurs du modèle qui est en haut.
Très, très rapidement, on met le jeune dans des situations de tournois, dans des situations de compétition, dans des situations où l'individu et le résultat priment sur le développement de la personne.
n (10 h 50) n
Donc essentiellement... Ma réponse, c'est: Essentiellement, le plus tard on va introduire les concepts de « victoire à tout prix » ou tout ce qui est relié à ça ? et toutes les études le démontrent ? le plus on pourrait introduire des valeurs de développement de la personne qu'il faudrait d'ailleurs définir, parce qu'elles sont, oui, théoriquement définies, mais pas pratiquement, pas...
Tout le monde dit: Oui, on est pour; la victoire, non, oubliez ça; ce n'est pas vrai ici, ce n'est pas important, mais on organise un tournoi pour des sept ans puis on remet des médailles aux trois meilleurs, et puis on organise des voyages, et puis on fait... etc. Mais de quoi parle-t-on dans la chambre? De quoi vous pensez que, les enfants de 7, 8, 9 ans, ils parlent? De la passe réussie, du plaisir de jouer? Non, ils parlent de la victoire, de la défaite. Ils parlent du nombre de points. Les parents sont bien, hein? Il y a des parents dans la chambre: Ça a fini combien?
L'entraîneur de mon fils, cette année, jamais il n'a répondu à une question du genre: Ça a fini combien, coach? Parce qu'il y a un enfant qui crie: Ça a fini 4-3, l'autre: Non, 4-2. Le coach dit: Non, on ne sait pas, ça n'a aucune importance, on a juste perdu ou on a juste gagné.
Essentiellement, on accorde beaucoup trop d'importance à la victoire et à la défaite très tôt dans le système de développement du hockey au Québec et, essentiellement, je dirais même dans l'ensemble des sports. Et, oui, plus ce sera retardé, ça, plus on décidera de mettre ça tard, plus il y aura du développement de la personne. Mais, quand il y a ce développement-là, il y a des systèmes parallèles qui se développent. On l'a vu avec l'intercross, on pourrait le voir avec d'autres dossiers. Il y a des jeunes qui essentiellement vont vivre d'autres expériences beaucoup plus gratifiantes et eux vont poursuivre. Tant qu'ils ne seront pas confrontés au système ultracompétitif, ils vont poursuivre.
C'est ce qui est en train de se passer au hockey au Québec. Si les arénas sont encore louées, là, c'est pas trop, trop par le système compétitif, c'est plus par des systèmes alternatifs qui sont en train de se créer, des gens qui veulent jouer au hockey pour le plaisir, des ligues, par exemple, non-contact qui existent de plus en plus, des ligues d'adultes. Majoritairement masculin encore, mais il y a tendance, là... Le hockey féminin est en train de se développer puis il amène une belle dimension à cette lutte contre la violence. C'est intéressant, le jeu est le même, hein?
Juste un peu moins vite théoriquement à cause des différences musculaires, mais, essentiellement, l'approche développée, on verra comment ce sera. Ça répond à votre question?
Le Président (M. Vallières): Oui, merci. Plusieurs demandes d'intervention. M. le député de Maskinongé. J'ai débuté les remarques préliminaires tantôt avec le député de Papineau. Puis on va y aller par alternance et non pas par bloc de temps de 20 minutes, 20 minutes. On pourra faire le total à la fin. M. le député de Maskinongé.
M. Désilets: Merci, M. le Président. M. Sévigny, j'aurais le goût de vérifier avec vous, là... Comme éducateur physique, moi, j'avais plusieurs jeunes qui jouaient dans les ligues organisées civiles et j'en avais aussi... Lorsque j'avais les cours d'éducation physique, les jeunes jouaient puis ils avaient du plaisir chez nous. Mais ce qu'on entendait régulièrement dans les cours: ils aimaient le sport, le sport civil parce qu'ils pouvait aller se battre puis patati patata. Ils se défoulaient là-dedans.
Chez nous, dans le gymnase où on jouait au hockey ? puis dans le gymnase parce qu'on jouait à l'intérieur, mais on jouait aussi à l'extérieur, pas à l'aréna, mais sur une glace extérieure ? mais il n'y avait pas de violence, il n'y avait pas de contact. Puis les mêmes bases de tactiques de jeu au hockey, on s'en sert au basket, au handball, pas au football quoique occasionnellement, mais surtout au basket, on le retrouve régulièrement. Et, dans le sport national, basket, football encore et puis handball, on voit rarement de batailles. Comment expliquer que le hockey, il y a tant de violence puis si peu dans d'autres activités sportives, là, de ce niveau-là?
M. Sévigny (Mario): Il y a trois volets à la question. La première, c'est évident que l'encadrement n'est pas le même. Si tu veux te battre au football, vas-y, mais tu vas voir ce que ça va coûter puis ça va coûter très cher, puis très vite.
Au hockey, si tu te bats: cinq minutes au cachot. Tu peux être même chanceux, s'il y a une petite mêlée, ça se peut que tu te battes, tu donnes trois, quatre coups de poing en dessous de la table puis tu n'auras peut-être rien. Tu peux donner un coup de hockey, arracher la tête à quelqu'un au hockey, puis ça se peut que tu n'aies rien, mais ça se peut que tu aies de quoi. Mais t'essaieras d'arracher la tête à un joueur de football, t'essaieras d'arracher la tête à un joueur de soccer, t'essaieras de faire ça dans différents autres sports, les sanctions vont être terribles, à un point terribles que les personnes qui sont très violentes sont retirées des autres sports. Ils s'en vont ailleurs.
Essentiellement, dans le hockey, les personnes qui sont relativement violentes, donc les bagarreurs ? parlons de ceux-là, parlons juste de ceux-là, ne parlons pas des coups vicieux, parlons juste de ça ? ils sont montés en épingle. Ça devient des héros dans certains cas, des protecteurs du citoyen parfaits, des protecteurs du joueur de hockey parfaits. C'est le héros. C'est l'intimidation. Il y a des équipes qui ont gagné plusieurs victoires en utilisant l'intimidation.
Donc, dans ton cours d'éducation physique, Rémy, c'était le deuxième volet, quand, toi, tu enseignais le hockey, j'imagine, ou l'ensemble des éducateurs physiques, essentiellement, même le bon joueur qui a du talent, des habilités, tout ce qu'il y a là, c'est qu'il est gratifié par ses pairs. Il est bon, il réussit plus de passes, plus de buts, il est plus habile, etc. Donc, il reçoit beaucoup de revalorisation interne.
Quand il arrive sur la surface glacée avec beaucoup plus d'opposition, donc avec des gens plus de son niveau, dans un niveau où la victoire, c'est important, mettons dans le BB, AA, etc., là, c'est plus dur de ressortir. Puis il veut ressortir, parce qu'il a peut-être encore le rêve de la Ligue nationale ou autre, alors il ouvre la machine. On parle ici d'intensité, etc. Et puis là il faut qu'il se démarque et puis, comme on a glorifié la bagarre...
Dans les arénas, le monde, ils se lèvent puis ils applaudissent quand il y a une bagarre. Puis, si c'est à Drummondville puis que c'est le gars de Shawinigan qui saigne sur la glace, la monde à Drummond, ils sont fous comme des balais. Puis, si c'est le gars de Shawinigan qui est debout puis le gars de Drummond qui est sur la glace, le monde crie chou comme des fous. Quand on est en mars, c'est comme les gladiateurs de l'époque, on perd un peu notre discernement.
Et là, lui, le jeune, il est sur la glace, il a 16, 17 ans, il vient de donner une volée à quelqu'un, de l'envoyer K.-O. à terre, peut-être de ruiner sa vie. En passant, il y en a qui en sont morts. Il y en a d'autres qui ont eu des commotions cérébrales majeures. On vient de perdre Eric Lindros pour... Mais là ce n'était pas à cause d'une bagarre, mais plusieurs commotions. Mais, chaque fois qu'il reçoit un coup de poing, c'est cumulatif, en passant, hein? Les cellules que tu détruis, ça ne revient pas la semaine prochaine. Ça fait que le nombre de bagarres, plus il y en a, pire que c'est. Les conséquences s'accumulent.
Et, essentiellement donc, Rémy, M. Désilets, ces personnes qui reçoivent ces coups et qui les donnent, ils ont besoin... Ça devient comme très glorifiant de le faire pour celui qui gagne, pour les meilleurs, pour ceux qui frappent plus fort, pour ceux qui font plus mal. Mais, dans ton cours, il est glorifié par d'autres choses, par la réalisation d'objectifs, par marquer un but. Sur la glace, il n'est pas capable d'en marquer, lui. Alors, voilà une nuance majeure pour tes élèves.
Et on a tendance à observer de plus en plus, dans l'éducation moderne... Parce que l'éducation physique évolue, hein? Ça, je vais vous dire ça, l'éducation physique d'aujourd'hui, ce n'est pas ce que c'était voilà 20 ans. C'est moins axé sur le sport, plus sur le développement de la personne. Alors, c'est sûr qu'il y a des valeurs qui sont dans les règlements. Par exemple, quand, moi, ils jouent au hockey, ils n'ont pas le droit au lancer frappé, parce que l'objet pourrait faire mal à quelqu'un. Je dénature un peu le jeu, mais je développe plus la personne.
Alors, la personne peut aller jouer dans une patinoire extérieure par la suite, avec ses collègues, ses amis, puis pouvoir reproduire. Il n'y a pas de blessure. Il n'y en a plus, de blessure, on les élimine. Même les blessures accidentelles, on les réduit de façon systématique.
Si, dans une année ou deux, j'ai un ou deux élèves blessés, je vais être très déçu. J'en veux pas, de blessure. Donc, on va organiser en conséquence. Au hockey, on n'a pas cette préoccupation-là. On a mis des armures à nos gladiateurs, ils devraient pouvoir s'en tirer vivants. Allez voir un enfant de sept ans comment il est équipé, là. Lancez-le dans la bande à toute vitesse, ça va rebondir, mais, à un moment donné, ça fait mal. Il y a là toute une notion dont il faudrait parler, mais ce n'était pas le but de mon intervention ce matin.
Le Président (M. Vallières): Très bien. Merci, M. le député de Maskinongé. M. le député de Papineau.
M. MacMillan: Merci, M. le Président. D'abord, félicitations, M. Sévigny, pour vos recommandations. On voit vraiment que vous avez mis du temps, et vous l'avez réfléchi. C'est malheureux, quand vous avez assisté à la
partie de hockey, qu'on vous ait arrosé avec de la bière, mais on pourrait en discuter tantôt. Je ne veux pas rentrer ça, il y a d'autres points importants que je veux.
Moi, quand j'ai lu votre mémoire, il y a trois choses qui m'ont frappé ou que j'ai retenues vraiment, qui seraient des pistes de solution. Il y a l'éducateur physique, les entraîneurs. Tantôt, quand vous avez mentionné 12 heures à 15 heures de cours pour un entraîneur, vous avez absolument raison que... J'ai ça... La semaine prochaine, avec Hockey Québec, on en discutera sûrement. Et le temps que vous réclamez, j'aimerais ça que vous élaboriez un peu le temps réclamé.
Moi, j'ai eu la chance, quand je jouais au hockey, quand j'allais à l'école, on avait des équipes de hockey entre les écoles. Il y avait les français, les protestants, les catholiques. Puis on se rencontrait le jour, puis, le soir, on jouait junior ensemble. Alors, on formait les équipes, puis je pense que c'était la base... En tout cas, dans ce temps-là, quand il y avait des équipes dans les différentes écoles dans la région, avec les professeurs d'éducation physique du temps... C'étaient les Frères de l'instruction chrétienne chez nous qui nous donnaient beaucoup de temps, soit le midi, soit à 16 heures, pour qu'on s'amuse en jouant au hockey. Je pense que c'était très important.
Mais vous réclamez plus d'heures en éducation physique. On sait que, depuis sept, huit ans, qu'il y a eu des coupures dans les... à tous les niveaux jusqu'au cégep. Même, au cégep, je pense qu'il n'y en a plus du tout, d'éducation physique. Alors, j'aimerais ça que vous élaboriez. Pas dans 20 minutes, je ne veux pas que vous parliez 20 minutes de temps là-dessus, mais allez directement au point des pistes de solution que, nous, comme partis politiques, des deux côtés, ou de mandat d'initiative qu'on a ici, qu'on pourrait recommander à qui de droit, comment on pourrait augmenter les cours puis comment le faire pour vraiment qu'il y ait des résultats au bout de la ligne.
Et un autre point que, si on n'a pas le temps, pourrait être discuté, là, c'est... Je ne veux pas en discuter, mais que vous suggérez ou recommandez d'offrir des ateliers aux parents. C'est très, très bon, ça. Ça, on va le... En tout cas, moi, je vais le recommander plus tard à qui de droit.
Alors, pour l'éducation physique dans les écoles, M. Sévigny.
Le Président (M. Vallières): Oui, M. Sévigny.
M. Sévigny (Mario): Alors, d'abord, pour qu'un être humain ait des acquisitions de compétences et des transformations dans son corps, dans son esprit et dans ses valeurs sociales, au niveau de l'éducation physique, la norme internationale, c'est 240 minutes par semaine. Nous, le mouvement PEP et la Fédération ? pas juste nous, Sports-Québec, il y a un paquet d'autres organismes ? on a demandé au gouvernement présent de mettre 150 minutes d'éducation physique qui... ajoutez, en passant, le volet santé, qui s'appelle l'éducation à la santé. Ça, c'est une demande officielle qui a été acheminée à M. Legault.
Dans le cadre des décentralisations des pouvoirs aux conseils d'établissement, il laisse ce pouvoir-là théoriquement aux écoles. Mais, ça, c'est théorique seulement. Dans les faits, les écoles n'ont pas les ressources financières qui vont avec.
n (11 heures) n
Donc, essentiellement depuis 20 ans, l'éducation physique diminue dans les écoles et est remplacée par toutes sortes de matières: l'anglais, etc. Et le discours de fond de ça ? en passant, c'est des gens relativement sédentaires qui ont pris ces décisions-là, et très argumentées, d'ailleurs ? le discours de fond, c'est: Ta santé, puis l'éducation physique, puis ton corps, tu les développeras chez vous. Comme si on ne pouvait pas développer l'informatique chez nous, ou l'anglais chez nous, ou le français chez nous, ou n'importe quelle autre matière chez nous.
Mais l'argumentaire de fond, dans toutes les autres matières, depuis 20 ans, ça a été: Quand ça va mal en français, on ajoute du temps en français; quand ça va mal en maths, on ajoute du temps en maths; quand ça va mal dans les matières de base, on ajoute du temps.
Mais, quand ça va mal en éducation physique, quand on s'aperçoit que les Québécois sont le peuple à peu près le plus sédentaire sur la planète, celui qui a les coûts de santé les plus élevés par rapport au PIB en ce moment, celui qui est en train de s'autodétruire financièrement par rapport aux problèmes de santé, quand on s'en aperçoit, qu'est-ce qu'on fait pour réagir? On coupe l'éducation physique. C'est ce qui s'est passé depuis 20 ans. Ça fait depuis plus de 20 ans, votre parti... M.
Côté, à l'époque ministre de la Santé, avait demandé à la ministre de l'Éducation, Mme Robillard, d'augmenter le temps d'éducation physique pour réduire les coûts de la santé. Il y a plusieurs études qui le démontrent. C'est déposé, ça. On a fait des recommandations au premier ministre à cet effet. Puis ça, c'était le Parti libéral, et c'est la même chose avec le Parti québécois.
Essentiellement, si la santé et l'éducation ne sont pas ensemble dans ce dossier-là, ça ne marchera jamais. Et les coûts sociaux sont tellement élevés qu'on s'en va vers une faillite technique. Vous avez juste à regarder ce qui se passe avec le système de santé. Et tantôt on perdra la majorité de nos services. C'est pour ça que les médecins nous appuient, c'est pour ça que la majorité du monde nous appuie, parce qu'il n'y a personne qui peut être contre la vertu.
Mais, essentiellement, si je veux revenir au hockey et à la violence, le fait qu'on ait diminué beaucoup le temps d'éducation physique... Prenez l'exemple du secondaire. Au total, mes élèves à moi, les élèves normaux ? je ne parle pas de ceux qui ont pris des projets spéciaux, là: concentration, option... des choses semblables ? il y en a quelques-uns, des enfants privilégiés au Québec encore. Il y a encore une école à Montréal, Pierre-de-Coubertin, ils ont une heure d'éducation physique tous les jours, les enfants. Ils ont des meilleures notes en anglais, en français, dans tout ce que vous voulez.
Il y a toutes sortes d'études au Québec. À Trois-Rivières, il y en a eu une aussi, également, qui nous prouve que, si on leur donne plus d'activité physique et d'éducation physique, encadrées, de qualité, ils auront des meilleurs résultats scolaires dans l'ensemble des matières. Mais les gens ne veulent pas se rendre à l'évidence. C'est peut-être pas aussi politiquement rentable, on ne le sait pas.
Mais je vous réponds clairement: on a 125 heures à peu près, sur cinq ans, d'intervention auprès du jeune, réelle, là, active. En 125 heures, il faudrait que je lui enseigne, disons, une quarantaine de différentes activités physiques ou sportives, ou même de masse, le sensibiliser aux plaisirs, aux vertus de la saine alimentation, aux vertus des saines habitudes de vie ? et ça, c'est dans le nouveau programme ? mais on me réduit mon temps. Et on me demande après: Pourquoi ça n'a pas marché? Pourquoi qu'il arrive au secondaire V, qu'il ne fait plus d'activité physique? Pourquoi qu'il ne bouge plus?
Pourquoi qu'il ne fait plus de sport collectif? Puis pourquoi il ne va pas prendre des marches, à 15 ans, avec sa mère dans le sentier de vélo qu'on vient de faire, etc.? À
part le 30 % de jeunes qui sont moins sédentaires... ces 30 % là, ils sont chanceux, chanceux, chanceux. Ils sont soit dans des réseaux alternatifs, Pierre-de-Coubertin est un exemple; mes élèves, moi, que j'ai en concentration sport sont un exemple ? sport et santé, ceci étant dit.
Les parents, par exemple... si, vous, vous êtes actif physiquement, votre femme aussi, vous arrivez du travail un peu fatigué, mais vous récupérez mieux parce que vous êtes plus actif, vous allez faire des activités physiques, vos enfants voient ces modèles-là. Donc, ça, ça a une chance de faire qu'il y aura encore 30 % de gens qui seront actifs. Mais c'est en décroissance constante, aux États-Unis également. C'est un problème national aux États-Unis, mais pas encore ici, mais ça s'en vient. Ça s'en vient, on va réfléchir à fond là-dessus.
Et, si vous ne nous donnez pas le temps et si vous ne mettez pas les gens qui ont les compétences pour développer ces enfants-là, vous paierez le prix. Et le hockey, lui, il subit les contrecoups parce que, quand on coupe l'éducation physique en temps, mon 125 heures, si on le baisse à 100, puis c'est ça qui arrive en ce moment... en ce moment, il y a des écoles qui ont coupé l'éducation physique pour l'an prochain au primaire, plus. Alors, j'ai moins de chances de passer des valeurs, comme la non-violence. J'ai moins de chances de les faire intervenir. Puis là, bien, il faut que je sacrifie des activités.
Puis le hockey cosom, à
titre d'exemple, qui est un des modèles de développement du hockey, par la suite ? parce qu'on n'a pas souvent les arénas ? bien, on l'enlève. Puis le hockey également. On n'a pas le temps! Alors, je ne peux pas développer quelqu'un au hockey en cinq heures ou en six heures par année pendant deux ans. Alors, il y a encore quelques collèges privés qui ont une patinoire dans la cour puis, après l'école, ils en font. Il y a encore un peu de sport scolaire.
Le gouvernement a coupé tous les budgets, pratiquement, pour le sport scolaire; les écoles aussi, dans le contexte des coupures. Chez nous, il y avait 13 équipes sportives, on est rendu trois. Le principe, la nouvelle loi de notre nouvel employé qui s'occupe de ça: l'utilisateur-payeur, il faut faire de l'argent avec le sport. On va louer ça à la ville. Puis souvent ils vident notre gymnase. Bien souvent. Ça me fait bien de la peine. Ça, c'est une des parties de votre question.
Pour ce qui est des parents, la deuxième facette. Écoutez, l'éducation, vous l'avez dit d'entrée de jeu tout à l'heure, ça commence à la maison, ça se poursuit à l'école, et ça se poursuit toute la vie. Puis le citoyen moderne d'un Québec moderne, qu'il soit souverain par le Parti québécois ou qu'il soit national dans le gouvernement canadien, si on veut être dans les meilleurs au monde, dans la mondialisation, on a besoin d'êtres humains sains, on a besoin d'êtres humains qui vont reproduire des valeurs pour leurs propres enfants éventuellement.
Il faut donc intervenir au niveau du parent, parce que l'échelle des valeurs des parents, là, par rapport au hockey est complètement déconnectée. Ceux qui sont dans le hockey, il y en a une majorité qui pensent encore à leurs enfants dans la Ligue nationale, puis il y a l'autre gang qui sont contre la violence. Ça fait des oppositions dans les arénas, même des bagarres, des chicanes entre parents. Puis, essentiellement, le message du développement du jeune, il ne passe pas. Mais c'est pas juste au hockey, hein. Mais, entre autres, au hockey.
J'en connais, je suis parent, moi, au hockey, j'ai rien reçu du club de hockey mineur, un document sur les valeurs ou un document sur l'importance qu'on accorde à tel ou tel type de comportement de ma part. On ne m'a jamais garanti que mon enfant aurait un encadrement sain, on m'a jamais garanti rien. Moi, je suis là parce que je suis chanceux. Puis je suis allé même dans la chambre à plusieurs reprises, puis j'ai même aidé le coach, puis j'ai posé des questions. À un moment donné, je suis arrivé avec un pad, j'ai dit: Tiens, regarde, je te le donne.
À un moment donné, je suis arrivé, j'ai dit: Qu'est-ce qui arrive s'il y a quelqu'un qui se blesse? Il est arrivé une blessure à un petit jeune dans une autre équipe, tout le monde se regardait. J'ai des cours de secourisme, je suis sauté sur la glace, je suis allé aider le jeune, les coachs m'ont dit merci. On est dans une organisation structurée où il se dépense des milliers de dollars, des millions de dollars, puis on ne se pose pas les questions aussi fondamentales que ça.
Donc, je pense qu'il faut intervenir au niveau du parent pour faire appel à sa liberté de choix puis qu'il lui fasse choisir le type de hockey qu'il veut parce que, quand il y aura 200 parents qui diront à deux ou trois ou cinq coachs ou trois, quatre administrateurs qui sont là pour leur gloire personnelle que ce qu'il y a sur la glace puis ce que son enfant vit, c'est pas ça qu'ils veulent puis que, si ça ne fait pas, ils vont créer un produit parallèle, ça va changer la game, puis positivement.
Essentiellement, on peut le faire, nous, de force, par des lois, par des modifications de réglementation, ou on peut le faire par la sensibilisation à la base. Et ça se fait dans tous les sports. Ça répond à votre question?
Le Président (M. Vallières): Oui. Ça va aller, merci. Oui, on a d'autres demandes d'intervention. M. le député de Papineau, toujours, oui.
M. MacMillan: Oui, s'il vous plaît. Il existe chez nous, dans ma région, l'Outaouais, à certaines écoles sports-études, hockey, golf, soccer, en tout cas... Vous ne pensez pas, quand on parle d'augmentation ou de réclamer plus de temps en éducation physique, que peut-être qu'on pourrait penser, mais pas dans un avenir rapproché, parce que... mais qu'au niveau du sports-études, un peu comme aux universités des États-Unis qui ont des bourses d'études, etc., et qui ont le programme hockey puis qui sont suivis, études, pratique... pas juste ça, aussi la philosophie d'avoir du plaisir, et tout.
Je ne sais pas si, au point de vue de l'éducation, on pourrait pas à un moment donné penser à avoir sports-études, pas juste dans le hockey, mais dans tous les sports, le golf, le soccer, etc., mais que ça pourrait se développer à en finir... par région peut-être, qu'il y aurait un niveau comme midget, midget AAA qui existe aujourd'hui dans une ligue.
Puis c'est juste en vous écoutant que ça m'a passé par la tête, qu'à cause que, le jour, il pourrait y avoir sports-études mais qu'à quatre heures l'après-midi, il y aurait une équipe d'élite régionale, côté d'éducation, qui pourrait gérer ça, au lieu d'avoir des midgets AAA qui appartiennent... J'ai déjà été propriétaire d'une équipe midget AAA qui coûte beaucoup de sous, puis c'est du bénévolat, puis peut-être pas assez bien encadré au point de vue d'instructeurs.
Alors, pensez-vous pas que ce serait peut-être une piste de solution à regarder que les écoles deviendraient un endroit de formation pour les sports au Québec?
n (11 h 10) n
M. Sévigny (Mario): Bien, d'abord, je vous dirai que les écoles, c'est le seul endroit de formation pour le sport au Québec, je vais vous dire ça d'entrée de jeu parce que les gens qui se ramassent dans le sport civil un petit peu plus tard, ils ont commencé quelque
part les habiletés motrices de base. Enlève-la, toute l'éducation physique au Québec, là, puis il va y avoir une baisse des fédérations sportives, puis une augmentation de la sédentarité, puis ça va être de l'ordre de 25 à 30 % dans l'espace de quatre, cinq ans. Puis c'est ça qui fait un petit peu reculer le gouvernement, je pense qu'on n'existerait déjà plus, hein. Mme Robillard, en 1993, avait proposé la disparition de l'éducation physique collégiale. On s'est battu beaucoup puis on a réussi à récupérer 75 % de ce temps-là.
Mais, essentiellement, le sports-études, c'est malheureusement orienté vers le développement d'athlètes d'élite. Moi, je propose... Votre idée, je la retiens. On pourrait avoir effectivement sports-études, ça existe dans à peu près tous les sports, en passant; maintenant, c'est la voie de l'avenir, parce qu'on n'a plus les ressources. Alors, on utilise l'école un peu comme un aléatoire, une espèce d'échappatoire. Malheureusement, sports-études n'est pas encadré par des professionnels éducateurs physiques entraîneurs. Ce n'est pas toujours le cas.
Et, malheureusement, sports-études n'est pas offert à tout le monde. Il s'adresse à des personnes généralement assez riches. Ça coûte cher. Essentiellement, utilisateur-payeur, le parent doit payer, etc.
Deuxièmement, il s'adresse à des clientèles prédéterminées et choisies en fonction de leur habileté et de leur talent. Donc, on ne développe pas des êtres humains; on en prend des déjà développés, meilleurs que les autres, et on essaie de les monter en épingle. Et on les monte où? Vers le modèle ultime, la Ligue nationale de hockey. Puis, quand ils sont rendus là, on les ramène pour dire: Regardez, notre projet sports-études, il marche, on a un joueur qui a monté dans la Ligue nationale. Donc, il y a là...
Non, demandez-moi pas de généraliser ça, c'est le contraire. Oui, qu'on ait un sports-études pour développer l'athlète d'élite, oui, mais on pourrait créer des programmes de développement de la personne, études-sports, sports et santé, dans lequel effectivement le hockey deviendrait, comme vous l'avez dit, une situation de plaisir et de loisir, mais on serait ici... même de mettre en relief différents ministères pour forcer une réalité fort simple: À quoi ça me sert de vous développer, vous, pour faire de l'alpinisme s'il n'y a pas de montagnes, pas de cordes, pas de murs?
Ça me donne quoi de vous développer à jouer au hockey si, en même temps, les municipalités font disparaître 60 % des patinoires extérieures et que l'ensemble des arénas intérieurs ne sont pas accessibles? Ça me donne quoi? Quand je vais arriver pour avoir l'aréna, je ne l'aurai pas parce qu'il va être réservé aux AAA, etc.? Puis, moi, je veux avoir du fun avec ma gang, parce que maintenant je joue au hockey depuis 10 ans, parce que j'ai été dans un sports-santé-études-hockey, puis je n'ai pas de place pour aller jouer. Alors, je peux-tu retourner jouer dans la rue?
Connaissez-vous beaucoup de monde de 35 ans qui jouent au hockey dans la rue? Vous n'en verrez pas beaucoup.
Mais la piste est intéressante, il faudrait, à mon avis, la développer très sérieusement, et ça fait appel au ministère de l'Éducation. Et là c'est très problématique, oui.
Le Président (M. Vallières): Bien. Alors, peut-être pour continuer sur le même sujet, parce que je sais qu'à quelque part dans votre mémoire vous nous indiquez que la structure du hockey mineur qui est basée essentiellement sur le bénévolat fait en sorte que les entraîneurs n'ont pas souvent la formation requise pour développer des saines habitudes de vie chez les jeunes hockeyeurs.
Ma question est la suivante: À partir du moment où cette structure essentiellement basée sur le bénévolat dévie vers une autre forme de travail ou d'entraînement avec les jeunes, évidemment on parle d'un coût qui peut être considérable, je pense, compte tenu... Si on considère que la structure actuelle est vraiment axée sur le bénévolat, est-ce que vous voyez une implication financière du gouvernement du Québec de façon importante au niveau donc du hockey au Québec et en particulier du hockey mineur?
M. Sévigny (Mario): Je vais répondre de deux façons à cette question-là. D'abord, si je prends le hockey systématiquement, je vous dirai qu'il ne s'agit pas ici que chacun des entraîneurs, par exemple pour un enfant de cinq ans, soit un éducateur physique qui a 4 000 heures de formation, qui soit à temps plein pour s'occuper de cet enfant-là. Je pense qu'il y a des structures intelligentes à placer, je pense qu'on peut augmenter la qualité...
Par exemple, tous les coachs du hockey mineur qui coachent le niveau de mon fils, par exemple, il y a des décisions qui se prennent là, des décisions administratives qui modifient le bonheur des enfants. Mon fils jouait avec son cousin, c'est presque deux frères jumeaux, ils sont venus au monde en même temps, c'est deux amis. Ils jouent pour le fun. Ils ont sept ans. À un moment donné, il y a quelqu'un, un saint des saints, qui est arrivé et qui a dit à mon fils: Toi, tu es trop bon, tu viens de monter de gang. Il a sept ans, il joue avec des neuf, 10 ans.
Là, il est un peu moins bon, mais il n'est plus avec son ami, son cousin. Son cousin a lâché le hockey. Il a quitté. Il ne joue plus, c'est fini. « Je ne suis plus avec Raphaël. » Il ne joue plus. Il a sept ans.
Alors, essentiellement, s'il y avait, par exemple, un éducateur physique centré sur le développement de la personne, en charge de ce groupe d'entraîneurs là ? ça s'appelle, ça, des éducateurs physiques entraîneurs ou des éducateurs physiques kinésiologues. Il y en a différentes sortes, il y en a quatre sortes... bien, ces gens-là pourraient dire à la structure administrative: Il y a des priorités préalables, puis il y a des temps pour certaines choses et des temps pour d'autres. On me dit: Il faut développer les habiletés techniques.
Je peux vous dire ? je les ai vus, les entraînements, cet hiver ? que c'était plutôt drôle. Si c'est ça, développer des habiletés techniques, si c'est ça, toute la compétence après 30 ans de notre sport national qu'on a amené dans les écoles puis qu'on a amené sur la glace, j'ai de très sérieuses questions à me poser. Et puis on a toutes les compétences scientifiques, on a tous les éducateurs... on est une armée d'individus qui ont ces compétences-là puis qui restent chez eux, qui ne sont pas là, qui ne veulent pas être là. Ils ne veulent pas être associés à ça.
Quelques-uns s'y associent, heureusement; heureusement, il en reste.
Et donc, essentiellement, premier volet: Quels sont les coûts de société? Juste en économies sur les blessures récurrentes du monde du sport ? parce que au départ c'est 200 millions ? mettez 4, 5 millions là-dessus, vous allez avoir un encadrement de pas mal meilleure qualité. Juste sur le choix des personnes qui vont gérer et organiser la structure de vos objectifs et de valeurs, vous allez sauver en soins médicaux bien avant... Cinq ans plus tard, vous allez récupérer 10 fois votre investissement. D'ailleurs, on le sait, c'est 1 $ d'investi pour 7 de récupération, dans ce domaine-là.
C'est la même chose à l'école. C'est exactement la même chose dans la société par ailleurs. Si vous et tous vos collègues vous étiez 10 % plus actifs, on sauverait 1,5 milliard par année au Québec, 1,5 milliard. Savez-vous comment ça coûterait pour que tous les jeunes du Québec soient moins sédentaires, plus actifs? 200 millions de dollars au gouvernement du Québec pour mettre le 150 minutes d'éducation physique. En fait, c'est 181 millions, mais, avec tous les frais afférents, 200 millions. Alors, l'État pourrait mettre 200 millions, récupérer 1,5 milliard en cinq ans.
On fait ça année par année par année; au bout de 20 ans, j'aime autant vous le dire, on va avoir pas mal d'argent à investir en éducation puis pas mal d'argent à investir au hockey. Je pense qu'on va être capable de leur payer leurs équipements, puis là les pauvres auront accès au hockey, les gens moins aisés pourront avoir accès au hockey parce qu'on aura de l'argent.
C'est comme un cercle vicieux dans lequel on est. Moins la qualité de l'encadrement est là, plus qu'il y a de blessures, plus que ça coûte cher. Plus ça coûte cher, plus qu'il y a de l'abandon, plus qu'il y a du monde dans la rue, plus qu'il y a de problèmes, plus qu'il y a toutes sortes de choses, décrochage... Tout va ensemble, hein. Parce que le hockey, il a des belles vertus, entre autres sentiment d'appartenance. Ça devient une seconde famille quand tu montes un peu dans la structure. Ça serait le fun qu'il y ait des bonnes valeurs là.
Le Président (M. Vallières): Bien. Alors, on retient qu'il n'y a pas juste la facture. Il y a les avantages que ça représente qu'il faudrait calculer aussi. M. le député de Maskinongé.
M. Désilets: Oui, merci, M. le Président. Tout d'abord, j'aimerais ça entendre, si c'est possible, tantôt vos conclusions. Vous n'avez pas eu le temps d'élaborer. Je ne sais pas si vous en avez parlé un peu, mais j'aimerais aussi savoir de vous... Vous parlez de diminution des contraintes financières liées à l'utilisation des arénas. Sous quelle forme de mesures? Comment ça pourrait se faire avec soit des liens école-civil ou civil-aréna, pour soit...
C'est parce que je n'ai pas compris, dans votre document, si c'était relié strictement aux cours, à l'enseignement de l'éducation physique ou à l'ensemble, que la ville diminue les coûts pour permettre une plus grande utilisation, démocratiser finalement le sport, le hockey. C'est cette espèce d'orientation que j'aimerais connaître, dans le fond.
M. Sévigny (Mario): Oui. Ça fait longtemps que toutes les études démontrent, puis là récentes assez évidentes, que le hockey est un sport qui de plus en plus va s'adresser aux riches. D'abord, parce que la structure vers la compétition de haut niveau commence très jeune. Ça fait que, si tu es rendu dans le bantam, tu n'est pas encore dans le deux lettres ou le trois lettres, tu as lâché ça. Puis, si tu es dans le deux lettres ou le trois lettres, c'est 2, 3 000 par année, et puis, ça, c'est pour payer justement l'infrastructure essentiellement, puis un peu le maquillage autour de l'infrastructure.
Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il y a des écoles qui sont près d'arénas puis qu'il y a des glaces extérieures, puis ça ne coûterait pas des milliards en recouvrir un certain nombre, puis qu'il y ait... Je prends un exemple. Nous autres, notre aréna est là, mais il y a un stationnement à côté, puis il y en a un autre, puis il y a de la place en masse. On pourrait faire deux patinoires extérieures. On pourrait prendre la surfaceuse de l'aréna puis passer sur les trois, la surface serait sécuritaire.
Parce que, essentiellement, quand tu donnes un cours d'éducation physique, tu veux que ce soit sécuritaire. Bien, essentiellement, il faut que tu aies accès. Bien oui, il y a des coûts à l'accessibilité, M. Désilets, il y a des coûts à l'accessibilité qui sont essentiels. Si tu ne rends pas le processus accessible, tu es aussi bien de le retirer, le processus, et c'est ce qui se passe dans le monde de l'éducation.
Le hockey est en disparition parce qu'on a choisi mutuellement, collectivement, par pure réflexion personnelle de l'ensemble des éducateurs physiques, on a commencé à retirer le hockey de nos cours depuis déjà 15 ans parce qu'on n'a plus d'arénas. Il faut se battre avec une ville pour avoir accès à une heure de glace. Une heure! Mais là tu ne peux pas structurer un cours, tu peux rien faire, un peu peut-être de social sur l'heure du midi sur une patinoire.
Développer des êtres humains? On ne peut pas faire ça. Moi, je ne peux pas en tout cas dans ma ville, parce qu'on est cloisonné dans des ministères avec, tous, le même principe. À quelque
part là, la structure, elle existe, puis on s'en sert pas comme du monde. Puis, comme elle peut être plus rentable avec certaines clientèles, on la rentabilise, « business as usual » , mais on ne développe pas des êtres humains de qualité avec ça.
n (11 h 20) n
Et on n'a pas démocratisé le hockey pendant les 20 dernières années, il s'en va à la baisse. Et je vais vous dire quelque chose, je vais vous annoncer quelque chose d'un peu triste, c'est irréversible. Si vous n'êtes pas capable de démocratiser le hockey, il va disparaître, comme la crosse a disparu. Elle va revenir là, mais c'est cyclique, mais elle va encore disparaître. Si vous n'êtes pas capable d'enlever la violence dans le hockey, il va disparaître.
Parce que les gens sont plus intelligents, plus informés, plus éduqués qu'il y a 30 ans, puis les parents, même les mères monoparentales, les hommes pères monoparentaux, il y en a moins, puis les couples standards, de moins en moins veulent que leurs enfants souffrent. Puis la concurrence est terrible. Voilà 20 ans, là, un jeune, il avait rien que le hockey. Aujourd'hui, il y a Nintendo, il y a l'Internet ? c'est le gouvernement, d'ailleurs, qui lui a mis dans les mains, merveilleux! ? il y a la mondialisation en avant de lui.
Il a tout, le vidéo trois dimensions, la TV est à la veille de sortir la TV pour lui parler. Pourquoi qu'il sortirait de chez eux pour aller manger trois, quatre coups de hockey en arrière des mollets puis deux, trois coups de coude dans la face? Il n'y a pas de raison, la concurrence est trop vive.
Donc, M. Désilets, il faut changer ça. Et c'est pour ça que c'est important, cette commission parce que si vous arrivez à influer suffisamment les personnes qui décident dans le monde du hockey, entre autres la Fédération québécoise de hockey, hein, il n'y a rien qui empêcherait le Québec de dire: Nous autres, une game de hockey, ça vaut 25 points en partant, plus les points que tu scores puis moins les points que tu vas te faire scorer. Puis, à chaque fois que tu as une punition, tu perds cinq points. Si tu as cinq punitions dans la game, tu as zéro point.
Il n'y a rien qui empêcherait des systèmes de développement de la personne où on mettrait en place quelque chose qui enlèverait tous les aspects rébarbatifs du hockey. Aïe! Là, on en aurait des joueurs de hockey, je peux vous dire ça, moi. Je peux vous dire qu'ils n'arrêteraient pas à 12 ans parce que, là, ils vont tomber bientôt dans la mise en échec puis qu'ils sont tannés de planter à pleine face sur la glace. Ça n'arrêterait plus.
Là, il y aurait juste quelques accidents de temps en temps ? qu'est-ce que tu veux, c'est un sport de mobilité ? et vous verriez le hockey atteindre des sommets incroyables, surtout si, en même temps, les municipalités, le MEQ et le ministère de la Santé intervenaient pour créer une véritable disponibilité du réseau.
Parce que le hockey, c'est un milieu très fermé, très fermé, avec des valeurs parfois, mon Dieu, pas tellement centrées sur les valeurs d'avenir, la mondialisation, hein? Puis je serais curieux de voir quelle image le Québec aurait de la mondialisation avec une initiation de gars de 16 ans dans une chambre de hockey d'Europe. Pas sûr que c'est le genre de valeurs que je veux que mon enfant vive, essentiellement.
Donc, il faut définir davantage nos valeurs, il faut rendre le réseau accessible, il faut rendre l'école... il faut remettre le hockey dans l'école québécoise, et ça ne se fera pas si vous ne changez pas les valeurs. Ça, c'est sûr, c'est sûr. Il faut que la Fédération québécoise de hockey vienne se placer avec les éducateurs physiques puis qu'on applique des concepts comme Franc-Jeu, celui je vous ai parlé tout à l'heure, puis on pourrait en inventer des beaucoup plus géniaux, là.
Hein, on se met les bonnes personnes, elles sont là, ces personnes-là existent, on les assoit ensemble puis on leur donne les ressources. Ça va vous coûter quelques quarantaines de milliers de dollars, là, vous allez changer la société québécoise par rapport au modèle principal de son sport principal. C'est tout. Quand les Canadiens auront compris ça, quand on sera 400 000 à jouer au hockey, merveilleux, hommes et femmes.
Le Président (M. Vallières): M. Sévigny, c'est super intéressant, ce dont vous nous entretenez. Cependant, on a des limites dans le temps et on vous remercie beaucoup d'être venu nous rencontrer, et c'est très enrichissant pour les parlementaires. C'est un très bon début pour notre commission. Nous allons suspendre quelques instants, le temps de voir la Fédération des... pardon, l'Association des directeurs de police et pompiers du Québec s'approcher. Merci.
M. Sévigny (Mario): Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 23)
(Reprise à 11 h 25)
Le Président (M. Vallières): À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, la commission reprend ses travaux. Alors, je souhaite la plus cordiale bienvenue à l'Association des directeurs de police et pompiers du Québec. Alors, je demanderais à M. Larose de s'identifier, de même que la personne qui l'accompagne. Et vous disposez de 20 minutes, puis ensuite un échange d'une quarantaine de minutes avec les membres de la commission. La parole est à vous.
Association des directeurs
de police du Québec (ADPQ)
M. Gariépy (Jean-Pierre): D'abord, M. le Président, je vais me présenter, Jean-Pierre Gariépy, président de la l'Association des directeurs de police du Québec. Vous comprendrez que la semaine dernière, il y a eu des élections à l'intérieur de notre Association et M. Larousse s'est retiré. Alors, je suis le nouveau président et je suis accompagné de M. Lorrain Audy qui est le directeur général de l'Association des directeurs de police du Québec.
Alors voici, M. le Président, nous avons répondu à une invitation du secrétaire de la commission, M. Louis Brault, pour participer à ces débats-là ici et, si vous me permettez, je vais davantage situer l'Association des directeurs de police afin que tout le monde alentour de la table comprenne bien notre rôle et ce qu'on fait. Alors, l'Association est composée d'environ 450 membres et nous représentons 120 corps de police, les 120 organisations municipales au Québec, mis à
part le SPCUM et naturellement la Sûreté du Québec.
Tous les autres membres associés sont des gens naturellement qui gravitent autour du domaine policier. L'Association a 75 ans d'existence cette année et elle se donne comme mission de représenter l'ensemble de ses membres et de contribuer à l'amélioration de la sécurité publique ainsi qu'à l'évolution de la profession, de l'organisation policière au Québec. Alors, c'est essentiellement l'Association son rôle.
Au niveau de la présentation d'aujourd'hui sur le hockey mineur, l'ADPQ a collaboré il y a quelques années avec la direction des loisirs et du sport du ministère des Affaires municipales dans le dossier de la prévention des abus sexuels et du harcèlement en loisir et en sport de même que dans le filtrage des bénévoles oeuvrant auprès des équipes du sport et de loisir et il a naturellement découlé de ça des politiques et des procédures qui sont établies aujourd'hui et qui viennent, au niveau du filtrage des bénévoles, permettre aux organisations policières à travers le Québec d'aider les différents organismes bénévoles à faire un filtrage auprès de ces gens.
Vous comprendrez donc que le peu de temps que nous avons disposé pour préparer toutefois le mémoire d'aujourd'hui, ça ne nous aura pas permis d'avoir une étude très exhaustive terrain. On n'a pas visité toutes les arénas naturellement et assisté à toutes les compétitions et on n'a pas compilé d'énormes statistiques, mais vous allez voir un petit peu plus tard que des statistiques, il n'en existe pas beaucoup, pratiquement peu.
D'ailleurs, sur ce point, Hockey Québec a sûrement plus de données que la police, car les incidents signalés sont inscrits dans les statistiques selon les crimes, voies de fait et menaces, et c'est pas nécessairement spécifié que c'est à cause du hockey mineur.
De toute façon, on sait que la violence à l'intérieur des arénas est souvent banalisée et le peu de fois où on appelle la police et qu'on se rend sur les lieux, bien c'est souvent réglé entre les gens, alors qu'on soit bien que, si cette violence était survenue sur la rue, ça ne serait pas passé de la même façon et ça se serait terminé ou soldé par des accusations au criminel contre quelqu'un, un belligérant.
On a donc consulté pour aujourd'hui une vingtaine de services policiers municipaux dispersés un peu partout sur le territoire québécois. La moitié d'entre eux n'avaient pas touché le problème de la violence au hockey mineur; parmi les autres, nous en avons convoqué six à une réunion afin d'échanger sur les informations recueillies. Les différentes régions qui ont été consultées sont celles de l'Outaouais, des Basses-Laurentides, Laval, Lanaudière, la Montérégie et les Bois-Francs.
Les personnes qui se sont présentées et qu'on a consultées étaient de tous les niveaux policiers, c'est-à-dire autant les policiers agents, constables, sergents, lieutenants, capitaines et des directeurs adjoints ou des directeurs de service, et provenaient de corps de police de municipalités qui avaient au-delà de 50 000 habitants et qui avaient minimalement trois arénas à l'intérieur de leur municipalité.
Tous les policier consultés avaient une bonne expérience du domaine du hockey, soit comme parent ou comme joueur ou comme administrateur ou coach ou des choses comme ça. Donc, ils connaissaient bien le sujet.
Les commentaires que nous venons livrer à la commission de l'aménagement du territoire sont ceux à la fois de policiers et de Québécois pour qui le hockey est toujours le plus beau sport au monde, mais qui se dégrade, comme on le voit, et qui semble perdre des adeptes de plus en plus.
n (11 h 30) n
Nous avons identifié des problématiques et on touche sept points: les points que l'on a regardés sont d'abord au niveau de l'arbitrage, ensuite celui de la boisson, le financement dans le hockey mineur, les responsabilités qui sont dévolues aux gérants d'aréna, aux responsables de ces lieux, au niveau des instructeurs, au niveau des parents, et finalement le rôle de la police.
Avant de passer à ces problématiques, nous aurions quelques commentaires à formuler sur la violence au hockey en général. Un exemple de février 2000: Marty McSorley, des Bruins de Boston, a asséné un coup de bâton à la tête du joueur Donald Brashear, des Canucks de Vancouver. On a tous vu ça à la télévision, comment c'est tombé sur la glace. McSorley a été accusé à la cour criminelle. Si c'était pas une première, c'était pas loin d'être une première, qu'un joueur de hockey de la Ligue nationale soit accusé.
C'est pas écrit dans notre mémoire, mais, je me souviens, il y avait un joueur ici, de Québec ? son nom m'échappe ? il avait été frappé aussi violemment, commotion cérébrale sévère, un joueur d'avant des...
Une voix: Marc Tardif.
M. Gariépy (Jean-Pierre): Marc Tardif, c'est bien ça, c'est bien ça. Je pense, Marc Tardif avait fait l'objet d'une sauvagerie aussi violente que celle que McSorley a faite à Brashear. Bon, enfin, une accusation criminelle a été portée contre un joueur de hockey. Mais remarquez que, dans son cas à lui, ça n'a pas semblé avoir des effets escomptés: il est revenu sur la glace après ses suspensions, puis les premières choses qu'il faisait, c'était d'essayer d'assommer tout le monde à l'entour de lui. Et en quelque part, dans le monde du hockey, on voit ce bonhomme-là comme un héros.
Alors, c'est ridicule en quelque part qu'on agisse comme ça, mais on a fait du hockey... On a deux types d'étoiles: tu as le champion joueur de hockey qu'on reconnaît bien, des Guy Lafleur, etc., et on a finalement le « goon » , qui est aussi la vedette du club parce qu'il est capable d'assommer tout le monde.
Il n'y a pas longtemps, moi-même, une expérience ici, à Québec. Je suis au Loews Concorde, et on voit le club de hockey Les Citadelles, et c'est des gens qui ont, bon, dans la vingtaine avancée un peu, là, et ils bloquaient les portes. Ils étaient après s'amuser, eux. Ils allaient prendre leur autobus. Ils s'amusaient à bloquer les portes. J'essayais d'entrer, moi, mais là ils étaient après jouer. Et j'imagine que dans mon regard je n'avais pas envie de rire du tout, de voir... Je veux entrer à l'hôtel, moi, puis eux, là, ça n'en finit plus de jouer dans les portes.
Alors, il y en a un d'eux qui voit que je n'ai pas l'air bien, bien content, et... Oh! Le monsieur, il est fâché, là. Là, il est bien fâché puis il se pense sur la glace. Mais c'est pas la glace, là. S'il fallait qu'il pose un geste, ça n'aurait pas été comme sur la glace, là on aurait eu des accusations criminelles de portées contre quelqu'un. Mais c'est de voir l'attitude de ces gens, ces enfants-là... Ils sont rendus à 20 et quelques années puis ils ont une attitude d'enfants, d'adolescents.
Ils sont en pleine rue, et, le comportement de la glace, ils l'amènent même à l'extérieur sous prétexte d'un vedettariat, sous prétexte qu'ils jouissent d'une espèce d'immunité. Alors, ça, ça démontre le caractère du hockey où il en est rendu.
Au niveau de l'arbitrage, maintenant, si on les prend un par un, les éléments dont on voulait vous parler, il existe des arbitres compétents et bien formés, c'est bien entendu qu'il y en a. Mais il y aurait encore plus à faire si l'arbitrage était mieux encadré et mieux supervisé. On dit que le jeune qui se lance dans cette carrière est premièrement mal rémunéré et peu supporté. Nous croyons que le poste de superviseur des arbitres a été abandonné dans plusieurs régions faute d'argent, faute de volontaires et faute de personnes dédiées comme nous avons connues dans le passé.
Ce rôle de superviseur est essentiel afin que les arbitres soient évalués et encadrés. Alors, on pense qu'à ce niveau-là il y a besoin d'une supervision au niveau des arbitres, et je pense qu'on devrait leur expliquer cette situation de violence qui existe et cette tolérance zéro qu'on veut atteindre.
Entre un sport qu'on dit physique... Le football est aussi physique que le hockey. On ne retrouve pas cette même violence gratuite au football que l'on retrouve au hockey. Pourtant, ce sont bien des hommes de 240, 260, 300 lbs de 6 pi 6, 6 pi 7, ils se rendent dans le corps mutuellement, mais on ne voit pas cette violence de jeter les gants, d'enlever le casque et de se mettre à se battre puis avoir un deux minutes de punition ou un cinq minutes ou un 10 minutes de mauvaise conduite à un moment donné, puis on sort de là héros d'avoir frappé ou d'avoir mis knock-out son adversaire.
On ne voit pas ça dans un sport aussi violent qu'on appelle le football. Pourtant, dans le hockey, on semble le tolérer.
Alors, au niveau des arbitres, cette supervision-là devrait avoir un plus grand sens qu'il ne l'a actuellement, et on devrait avoir... mettre de l'argent. Je pense qu'il y a besoin d'avoir... qu'on injecte de l'argent dans la formation et la supervision des arbitres. On dit: Sans supervision, les arbitres se réfèrent à leur modèle de la Ligue nationale ? qui est un très mauvais modèle, soit dit en passant ? et qu'ils vont selon la foule, le pointage et la popularité du club ou de la vedette qui est après jouer sur la glace.
Avec un superviseur du travail des arbitres, celui qui est influençable et qui prend des mauvaises décisions pourrait être privé d'officier quelques parties. Je pense que l'arbitre devrait aussi être mis à contribution dans ce sens-là. Enfin, avec un bon superviseur, on dit que les arbitres seraient répartis selon les catégories de joueurs et les enjeux entre les équipes. Un arbitre devrait être en mesure d'arrêter une
partie quand des parents spectateurs commencent à s'injurier, se battre et s'en prendre à lui verbalement.
Je suis aussi directeur de ville de Laval, comme j'ai mentionné tantôt. À Laval, au cours de la dernière saison on a eu une très mauvaise publicité dans nos arénas. Il a commencé à y avoir des bagarres entre parents à un point extrêmement inquiétant où le service de police a été mis à contribution avec des organismes du milieu pour faire cesser cette violence-là. Et pourtant jamais il n'y a eu d'accusation. Je vous dis: Jamais il n'y a eu d'accusation criminelle contre qui que ce soit, parce que, quand on arrivait sur les lieux, bien... Bon, les policiers arrivaient, les parents arrêtaient de se battre.
Bon, il y en a un qui saignait, puis tout ça, mais là il n'y a plus personne qui ne sait plus rien, alors il n'y a plus personne qui veut porter plainte. Sauf que le fait est là. Quel message les jeunes sur la glace ont-ils eu? Qu'est-ce qu'on a laissé comme message à ces jeunes-là? Puis, quand ils sont arrivés à la maison, la police, elle n'y était plus, puis là ils sont arrivés dans le salon, et le père ? je suis persuadé ? s'empressait de dire à son fils ? il avait peut-être une prune quelque part ou une jointure amochée ? de dire, bien là il avait réglé le compte d'un autre parent ou d'un autre...
Et c'est comme ça que ça se passe. Dans une ligue qui est semi-professionnelle, toujours à Laval, on voit une ligue extrêmement populaire qui n'attire les foules que par la violence. Et je l'ai dénoncé personnellement l'an passé. Ça n'a pas de bon sens, on est intervenu massivement à l'aréna du quartier Saint-Vincent-de-Paul, et il y avait des gens armés. Là, il y a eu des arrestations et là on a porté des accusations contre des gens. On est rendu armé dans un aréna. Quelqu'un nous dirait: Bien oui, mais ce type-là, c'était un... il faisait
partie du groupe des motards criminalisés. Oui, c'est vrai. Sauf qu'on est rendu dans une enceinte de sport où on est censé aller s'amuser, et il y a des spectateurs qui viennent armés et ont l'intention de s'en servir à l'intérieur d'une enceinte sportive. Là, là, ça perd tout son sens, et à quelque part, oui, effectivement, on ne peut pas laisser... Je pense que nous avons, nous, un rôle comme policiers et on doit venir ici en quelque part sonner la cloche pour dire: Il faut faire quelque chose. Ça l'a comme plus de bon sens, là.
C'est plus parce que c'est du hockey. on n'est plus dans le temps des gladiateurs, parce que ça se passe dans une enceinte, tout est permis parce que ça se passe dans une aréna, on doit tout se permettre. Non, je regrette.
Si une même violence se passait ? je ne sais pas, moi ? où il y a des piscines olympiques puis les jeunes sont après pratiquer le sport du plongeon ? à
titre d'exemple, là ? bien là ce serait terrible, ça ferait la manchette des journaux puis tout serait arrêté. Parce que c'est le hockey, il y a une tolérance beaucoup plu