Culture and Education — 24 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-24
Quebec — Committees
(Onze
heures quarante-trois minutes)
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, votre attention, s'il vous plaît! Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de
l'éducation ouverte.
La Commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 96, Loi
sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. M. Chassin (Saint-Jérôme) sera remplacé par M. Lévesque
(Chapleau); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par M. Barrette (La Pinière); Mme Dorion
(Taschereau), par Mme Ghazal (Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, Mme la secrétaire. Donc, aujourd'hui, nous
poursuivons l'étude de l'amendement du
ministre, qui vise à modifier l'article 88.0.3 introduit par
l'article 58 du projet de loi. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Oui...
La Présidente (Mme
Guillemette) :
L'article avait été lu, si je ne... Oui, l'article
avait été lu.
Jolin-Barrette : Là, on est rendus à 88.0.4, on a eu une discussion
sur l'amendement.
La Présidente (Mme
Guillemette) : On est sur l'amendement, oui.
Jolin-Barrette : C'est ça.
La Présidente (Mme
Guillemette) : ...est-ce qu'il y a des interventions? Oui, Mme la
députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci,
Mme la Présidente. Donc, c'est ça, hier, on avait une discussion avec...
j'avais une discussion avec M. le ministre sur son amendement et sur la
proposition que Québec solidaire faisait par rapport au financement des cégeps.
Et je me rappelle que le ministre me disait qu'on n'était pas dans un projet de
loi sur le financement des cégeps, mais qu'on est dans un projet de
loi sur la
protection de la langue. Mais les deux sont quand même liés, puisque
l'amendement et l'article qu'on a ici, devant nous, dont on discute, parle des
places qui sont réservées, du plafonnement de places dans les cégeps. Et donc
c'est tout à fait normal et tout à fait justifié.
Donc,
écoutez, je ne vais pas... J'ai eu une longue discussion, hier, avec le
ministre, puis j'avais un sous-amendement à son amendement, qui a été
déposé. Je ne sais pas par contre s'il est déjà sur Greffier.
La Présidente (Mme
Guillemette) : On va suspendre quelques instants, le temps de
vérifier.
(Suspension de la séance à
11 h 45)
La Présidente (Mme
Guillemette) : Donc, nous reprenons les travaux avec le
sous-amendement à l'article 58 de Mme la députée de Mercier. Est-ce qu'il
y a des interventions? Mme la députée.
Mme Ghazal : Oui.
Bien, en fait, là, je dépose un sous-amendement. Là, il est écrit comme
amendement. Je ne sais pas si on a mis la bonne version...
La Présidente (Mme Guillemette) : ...au
niveau de la technique, là, ça fait que... Mais c'est vraiment un sous-amendement
que vous déposez.
Mme Ghazal : Oui,
c'est ça, exact.
La Présidente (Mme Guillemette) : Tout
à fait.
Mme Ghazal : C'est
parce qu'on n'aurait pas pu... sinon je n'aurais pas pu déposer un amendement.
C'est un sous-amendement à celui du ministre.
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
est inscrit comme ça au Greffier. C'est juste que, là, il y a des petits
problèmes au niveau de l'informatique.
Mme Ghazal : O.K., donc, je vais le
lire... Très bien, je comprends.
La Présidente (Mme Guillemette) : Vous
pouvez y aller.
Mme Ghazal : Donc je vais le lire
et, partout où c'est écrit «amendement», je vais lire «sous amendement», donc,
pour clarifier. Alors, le... Bien, écoutez, là, je ne sais pas, je vais lire ce
que j'ai devant moi, puis après ça, vous me parliez... si c'est recevable, et
tout ça. C'est vraiment un sous-amendement.
Donc, l'amendement à l'article 88.0.4
introduit par l'article 58 du projet de loi est modifié par l'ajout, à la
fin, de l'alinéa suivant :
«Le ministre de l'Enseignement supérieur, de la
Recherche, de la Science et de la Technologie doit revoir graduellement le
financement des établissements offrant un enseignement collégial francophone et
anglophone afin que, d'ici 2032, il corresponde davantage au poids
démographique respectif des francophones et des anglophones.»
Donc, ce que ça fait, ça, cet amendement-là...
Puis le ministre avait déjà cette information-là, je me rappelle, hier, où il
était au courant, puis on a eu la discussion hier, puis donc je ne prendrai pas
énormément de temps, sur le fait que, oui,
il peut très bien vouloir plafonner les places, et geler l'augmentation, puis
qu'il n'y ait plus aucune augmentation de ces places-là, aux cégeps
francophones, mais ça a quand même des effets pervers que ça vient créer,
comme, par exemple, l'élitisme. Ça va devenir beaucoup plus prestigieux... et
ça l'est déjà, puis ça ne va faire qu'empirer la situation actuelle du prestige
des cégeps anglophones, puisque les places, pour les francophones et les allophones
qui veulent aller au cégep en anglais, vont
être limitées. Et là on va... ces cégeps-là vont continuer encore plus,
écrémer, à prendre la crème de la crème des étudiants francophones et
allophones, et les cégeps francophones, si on n'augmente pas leur financement,
pas uniquement... et qu'on ne revoit pas... si on n'augmente pas leur
financement, bien, elles vont être moins,
disons, attrayants et attractifs pour les étudiants, même si on augmente leur
nombre et, par le fait même, le financement.
Ce qui est très, très important pour nous, à
Québec solidaire, et c'est même écrit dans notre programme, c'est d'équilibrer
le financement du réseau collégial au Québec et aussi universitaire — mais
là, je vais juste parler du cégep puisqu'on
est dans cette... c'est le sujet de la discussion maintenant, dans le projet de
loi — pour
que ce financement-là soit proportionnel au poids démographique de la
population... des populations francophones et anglophones. Donc, normalement,
notre position ne serait même pas que ça soit 17,5 %, il faudrait que...
Si on se fie aux chiffres et à la composition des anglophones, au Québec, elle
est à 8 %. Le financement et même le nombre de places devraient être à
8 % dans les cégeps anglophones, aujourd'hui, au Québec.
Évidemment, on ne peut pas, d'un claquement de
doigts, faire tous ces changements-là. Ça prend du temps. Il faut aussi revoir
le financement, le mode de financement, pour arriver à cet équilibre-là. Il
faut qu'il y ait des discussions, aussi,
avec les différents acteurs du milieu universitaire... pas universitaire, mais
des cégeps, collégiaux, etc. pour arriver à ça, et ça prend du temps.
D'où le fait que mon sous-amendement mentionne qu'il faudrait qu'on revoie
«graduellement le financement des établissements des cégeps francophones et
anglophones pour que, d'ici 2032, il corresponde au poids démographique
respectif» de ces deux communautés, francophones et anglophones, en 2032. Selon
les prévisions, même les anglophones, peut-être, là, vont être réduits, et
peut-être que ça serait même moins que 8 %. Mais c'est à ça qu'il faut
travailler pour arriver à cet équilibre-là, alors que, selon les données du
ministre, même en 2032 — moi,
je les avais demandées hier, mais elles étaient aujourd'hui publiées — on va
arriver, quoi, à 11 % pour les cégeps anglophones.
Et ce que je veux aussi mentionner et vraiment
souligner : ça ne veut pas dire qu'on veut réduire le financement des
cégeps anglophones. En ce moment, le financement, la façon qu'il est fait, il
est fait par étudiants, par nombre d'étudiants. Il faut qu'il soit revu. Et
même, à la limite, on pourrait augmenter le financement des deux réseaux, parce
que c'est ça qu'il faut, il faut revoir et
il faut corriger le sous-financement chronique qui a été fait à cause des
dernières années, notamment, de l'austérité libérale, il faut le revoir
et augmenter le financement, même, des deux réseaux, mais toujours en
s'assurant de garder cette proportion en fonction du poids démographique des
francophones et des anglophones.
Donc, c'est ça, le sens de mon sous-amendement
qui vient peut-être corriger ou faire en sorte que ce ne sera plus seulement à
17,5 %, comme le désire le ministre, sans aucune augmentation, mais qu'il
soit même relatif au poids démographique. Voilà.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, Mme la députée. Monsieur... Oui, j'ai le
député de Matane-Matapédia qui m'a demandé la parole.
M. Bérubé : Mme la Présidente, le
sens de mon intervention d'hier, c'était justement pour que les cégeps puissent
accueillir les ayants droit. Si on avait disposé de cette question-là, cet
enjeu-là du financement ne se poserait pas. À Dawson, par exemple, 42 %
d'allophones. Ils n'ont pas d'affaire là, pas avec la philosophie qu'on s'est
donnée avec la Charte de la langue française. À la rigueur, pas plus les
francophones. Ils sont 25 %. Donc, ça voudrait dire qu'on finance à
25 % un collège comme Dawson. L'ajustement va se faire.
J'aimerais
ça qu'on ait, pour bien étudier l'amendement, une liste des cégeps qui
obtiennent trop de financements, avec le montant qui y est rattaché,
selon l'évaluation de Québec solidaire. Mais ce qu'on pourrait faire aussi,
c'est donner des points différemment aux collèges : un ayant droit, ça
vaut 1; quelqu'un qui ne devrait pas y être, ça vaut moins de points. Et c'est
peut-être là que les cégeps vont décider de ne prendre prioritairement que des
ayants droit. C'est une solution possible.
Donc, moi, je veux bien parler du financement,
mais j'aimerais savoir qui en a trop, c'est quoi, le trop. Parce que je sais
qui n'en a pas assez, il y en a un, cégep, dans mon comté. Donc, je trouvais
que notre solution d'hier réglait ça, mais la différence, c'est qu'au lieu
d'affronter des étudiants puis les conséquences négatives qui nous
disent : Oh! vous avez voté pour ça, bien... Il y a moins de directeurs de
cégeps, c'est pas mal moins médiatisé. Donc, je veux comprendre quel cégep en a
trop, il descendrait de comment puis comment on y arriverait. Parce que, moi,
avec la proposition qu'on a faite hier, elle va dans le sens de ce que Québec
solidaire souhaite, ils vont être ajustés exactement au même montant :
c'est 25 % d'ayants droit, bien, c'est 25 % de financement, pas plus
que ça. Merci.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Alors, l'amendement de la députée de Québec
solidaire est un peu complexe, je vous dirais, parce que, dans le fond, les méthodes de financement actuelles, c'est
financé, notamment, par étudiants. Donc, nous, ce qu'on dit... Et la
structure de financement relève du ministère de l'Enseignement supérieur.
Alors, nous, ce qu'on dit : Le financement,
c'est les règles administratives du ministère de l'Enseignement supérieur qui
s'appliquent. Ce qu'on fait dans le cadre
du projet de loi, c'est qu'on vient mettre un plafond du nombre de places dans
les établissements collégiaux anglophones.
Votre amendement, si on fait le raisonnement
intellectuel d'amener à ça, là, c'est comme si, dans le fond, on venait sous
financer les établissements collégiaux anglophones, parce que votre financement
veut être rattaché aux ayants droit, à la proportion d'ayants droit. Donc, on
ne fera pas ça, là. Dans le fond, l'étudiant qui est admis à l'intérieur d'une
place dans un établissement collégial anglophone, même s'il n'est pas un ayant
droit, le Collège va se voir financer la place mais à l'intérieur du plafond, à
l'intérieur de la fréquentation scolaire, actuellement. On ne commencera pas à couper la place... couper le
financement de la place qui est à l'intérieur du volume d'étudiants
autorisés.
Par contre, si le volume, il est dépassé, là, on
va le voir un petit peu plus loin, ça ne sera pas financé. Donc, ça, c'est
important. Dans le fond, les places qui sont accordées dans le 17,5 %,
elles sont toutes financées, que vous soyez un ayant droit, que vous soyez un
allophone ou un francophone. Mais, dans le réseau francophone également, c'est
financé par étudiants. Mais, bien entendu, le réseau francophone va grossir, donc,
nécessairement, il y aura plus de sommes
dans le réseau francophone parce que les places supplémentaires vont être
financées dans le réseau francophone puis le financement va être donné
en conséquence.
Donc, il n'est pas question de revoir le
financement dans le cadre du projet de loi n° 96. Les
règles de financement relèvent du ministère de l'Enseignement supérieur, et
c'est à eux à établir les règles de financement.
Mme Ghazal : ...le nerf de la
guerre, c'est le financement, et personne n'en parle, pas plus... L'amendement
du député de Matane-Matapédia ne parlait pas du financement. On parle du nombre
de places, où est-ce qu'on les déplace, où est-ce qu'on les met. Mais le
ministre me dit : Bien, on n'est pas dans le bon projet de loi pour en discuter.
Mais c'est parce que, si on veut protéger le français, il faut revoir le
financement des cégeps aussi, au lieu de laisser toute la même logique
actuelle, là, qui veut que ça soit le financement par nombre d'étudiants, ce
qui fait que les cégeps, à cause du sous-financement chronique...
Je le répète,
je ne peux pas en faire abstraction. Ce n'est pas pour faire... de ne pas
plaire aux députés qui sont ici, du Parti
libéral, c'est parce que c'est un fait, et on ne peut pas ne pas travailler
avec ce qu'on a en ce moment. Et c'est ça qui est arrivé avec les cégeps. Les cégeps, partout en
région, s'arrachaient les étudiants pour pouvoir avoir du financement.
Ils allaient les chercher n'importe où pour parler... puis leur donner aussi,
des cégeps francophones, des programmes en anglais.
Donc, moi, je peux faire abstraction de ça puis
faire comme si ça n'existait pas, mais ça a un impact sur la langue d'étude des
étudiants puis qu'est-ce qu'ils vont choisir, puis qu'est-ce qui va être
vraiment attractif, quel cégep va être plus prestigieux, où les étudiants vont
vouloir aller étudier là. Et cette logique-là, elle doit être remise en
question. La logique actuelle du financement doit être remise en question. On
n'est peut-être pas dans le bon projet de loi, mais moi, je travaille avec les
moyens que j'ai. Mais les deux, le financement et la langue, la protection de
la langue, sont foncièrement liés. Moi, je ne peux pas faire comme si ça
n'existait pas.
Et, en même temps, moi, ce que je fais, c'est un
sous-amendement pour dire qu'il faudrait arriver à cet équilibre-là, et je mets
un temps, 2032. Là, le... Et je ne remets pas en question... je n'enlève pas le
17,5 % pour maintenant, mais l'objectif, c'est de travailler pour qu'il
soit réduit. Le ministre fait le pari, avec des prévisions et des calculs qui
ne sont pas dans la loi... ni même le terme, jusqu'à quand cette... le
17,5 %, sans aucune augmentation, va continuer. Jusqu'à quand? Jusqu'à
2032? Jusqu'à 2035? Jusqu'à 2040? Ici, il y a une cible qui est mentionnée dans
la loi pour dire que c'est vers ça qu'il faut travailler. Puis oui, après ça,
il faut travailler à revoir le financement. Peut-être pas ici, mais il faut que
ça soit fait aussi, en même temps.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...proposition
de la députée de Mercier, là, c'est de faire en sorte d'appliquer la
loi 101 aux cégeps en 2032.
Pratico-pratique, la résultante, c'est ça, là. Parce que vous dites : Dans
le fond, on va financer... en 2032,
on va financer les cégeps anglophones uniquement basé sur le nombre d'ayants
droit dans les cégeps anglophones.
Jolin-Barrette : Bien oui, sur le poids relatif, c'est ça que ça
amène, votre amendement. Donc, ce que...
Mme Ghazal : Juste
pour être sûre...
Jolin-Barrette : Mais je veux juste terminer, là. Ce que ça fait, là,
c'est qu'en disant : Bien, en 2032, on va financer en fonction du poids
relatif des membres de la communauté anglophone, donc ça veut dire que, même
s'ils vont avoir 17,5 % des places, ils ne seront pas financés à hauteur
de 17,5 % parce que la population maternelle de langue anglaise est de huit
point quelques pour cent. Alors, votre financement devrait être seulement de
huit point quelques pour cent. Nous, ce n'est pas ça qu'on dit, on dit :
Il y a un gel de places, ils vont être financés pour ces places-là, comme dans
le réseau francophone, en fonction de tête de pipe par étudiant.
Mme Ghazal : Moi,
ce que je dis, c'est que la tarte...
Mme Ghazal :
Non, mais je veux compléter la discussion avec le ministre. La tarte, le
ministre la voit comme : C'est ça, la tarte, et c'est dans ce paramètre-là
avec lequel on va travailler, et c'est tout. Et c'est sûr que, si on dit :
On n'agrandit pas la tarte du financement des cégeps, puis que, là, les cégeps
anglophones, selon le sous-amendement, d'ici 2032... si, par exemple, la
communauté anglophone est encore à 8 % en 2032, ça va être 8 % de la
même tarte, oui, c'est sûr que ça va être réduit.
Jolin-Barrette : Bon...
Mme Ghazal :
Moi, ce que je dis... Non, mais attendez. C'est des mathématiques. Moi, ce que
je dis, c'est qu'il faut aussi agrandir la tarte en même temps. Là, je ne peux
pas l'écrire, là, je travaille avec les moyens que j'ai, je ne peux pas
l'écrire dans un amendement, ici, parce que c'est tout un travail. Je pourrais
peut-être, à la limite, si le ministre est d'accord qu'il faut revoir le
financement pour agrandir la tarte. Et peut-être qu'à terme, si on croit
vraiment à notre réseau collégial, et qu'on veut le financer comme il faut,
puis qu'on veut que les étudiants, ils aillent partout au Québec puis qu'ils
aillent dans tous les programmes dont ils rêvent, ils ne soient pas obligés de
venir à Montréal s'ils sont, par exemple, en région éloignée, puis que ça soit
intéressant d'aller dans les cégeps francophones, sans augmenter les frais de
scolarité, évidemment, bien, il faut agrandir cette carte-là, augmenter le
financement, et ça... On pourrait même augmenter le financement des cégeps
anglophones. L'important, c'est de garder la proportion du poids démographique.
C'est ça, la logique.
Donc, si le ministre
est d'accord, on pourrait... et puis là il ne peut pas sous-amender mon
sous-amendement, mais, si on est d'accord, on peut trouver un moyen, on
pourrait écrire dans la loi qu'il faudrait revoir... Je ne sais pas si ça se fait,
pour les juristes, moi, je ne suis pas juriste ni avocate. On pourrait dire,
écrire dans la loi : Il faut aussi revoir le mode de financement des
cégeps en consultation avec tous les partenaires.
Jolin-Barrette : Juste un point, là. C'est un peu confus, Mme la
Présidente, la proposition, là. Nous, le choix que nous faisons, là, il est
très clair, c'est que l'État n'est plus à la remorque des choix individuels des
individus. Donc, ce ne sera pas le choix individuel d'un individu qui va dicter
la politique linguistique de l'État au niveau des établissements collégiaux.
Ça, c'est très clair. C'est le choix que nous faisons.
Donc, il y a un
maintien de libre choix, mais je donne un exemple. Quand mes collègues d'en
face, au niveau du Parti libéral, reviennent sur l'agrandissement de Dawson,
c'était en fonction des choix individuels des individus qui choisissaient
d'aller dans un cégep anglophone. Donc, ça, c'est une approche individualiste
de choix qui était fait pour répondre aux besoins d'un choix individuel. Là,
l'État québécois décide de dire : On gèle le nombre de places dans les établissements collégiaux anglophones, et
la progression qui va survenir sera attribuée au collégial francophone.
Mais les règles de financement associées au nombre d'individus... Ils sont
financés en fonction du nombre d'individus qu'ils reçoivent. On ne peut pas se
retrouver dans une situation où...
Prenons le cas de
Dawson. Avec votre proposition, ça voudrait dire, supposons qu'ils ont
8 000 étudiants, faisons un chiffre rond, avec votre proposition,
vous dites : Bien, on regarderait qui va à Dawson, donc, tous ceux qui ne
sont pas des ayants droit qui vont à Dawson, on ne les financerait pas. Alors,
ce n'est pas le choix que nous faisons. Dans le fond, le collège va être
financé en fonction du nombre d'étudiants qu'ils accueillent, qu'ils soient
anglophones, francophones ou allophones. Donc, ils vont conserver, mais avec un
maximum de 8 000 places. Puis ils ne pourront pas accueillir plus de
gens. S'ils accueillent plus de gens, ils ne sont pas financés.
Mais par contre
prenez le cégep du Vieux Montréal, supposons, à côté, qui a
5 000 places cette année, supposons,
qui est financé pour ses 5 000 places. Mais, si, au cours des
prochaines années, il y a un facteur d'accroissement puis il est rendu,
dans 10 ans, à 6 000 places, bien, les 6 000 places
vont être financées.
Je donne un
exemple : au Vieux Montréal, vous avez des étudiants qui sont
francophones, allophones ou anglophones. On ne commencera pas à ne pas financer
toutes les places qui sont dans l'établissement public, qui sont offertes puis
qui sont autorisées, là. C'est pour ça que votre amendement, en termes de
financement, de venir enlever du financement en termes de places par élève...
pardon, par étudiant, n'est pas cohérent avec ce que nous souhaitons faire par
rapport au plafonnement.
Dans le fond, c'est pour
ça que je vous dis : C'est comme si vous appliqueriez la loi 101 au
cégep, mais en termes de financement. Ultimement, c'est ce que ça amène, votre
amendement, puis ce n'est pas le choix qu'on fait. Nous, on dit : On
plafonne en fonction de la fréquentation scolaire.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. J'ai le député de Matane-Matapédia qui avait une intervention,
puis...
Mme Ghazal : Je vais terminer. Je
n'aurais pas d'autre intervention. Je vais juste terminer là-dessus. En fait,
le rôle des politiques publiques, c'est d'orienter les choix puis c'est ce
qu'aussi le gouvernement fait avec son plafonnement. Moi, ce que je dis, c'est
qu'il faut revoir le financement, que ça ne soit pas uniquement, uniquement par
tête de pipe, par le nombre d'étudiants, qui est d'autre chose, parce que ça
existait avant que le premier ministre actuel, quand il était ministre de l'Éducation,
puis qu'il fasse le changement de financement, puis que ça soit fait par nombre
d'étudiants, il y avait d'autres façons de financer. Je ne dis pas qu'il faut y
retourner, il faut trouver d'autres façons pour financer. Puis, c'est ça, c'est
le choix de financement qu'on fait qui peuvent, après ça... qui vont orienter
les choix individuels, mais avec des objectifs ciblés. Et c'est ce que je mets
dans la loi, des objectifs pour arriver à une proportion
qui soit égalitaire, et qui soit juste, et équilibrée entre les francophones et
les anglophones. Je m'arrête là-dessus. Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la députée. M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Oui. Mme la Présidente,
j'ai une position personnelle comme député depuis des années quant aux écoles privées au secondaire. Ce n'est pas une
position de mon parti. Si c'était juste de moi, le Québec ne financerait
pas un sou des écoles privées, comme en Ontario, comme au Nouveau-Brunswick. Je
sais où je prends l'argent puis je sais où est-ce que je l'envoie. Je la prends
du privé, je l'envoie au public. Là, j'ai un impact validable, vérifiable.
Dans ce cas-ci, je ne sais pas qui perd de
l'argent au profit de qui. Ça serait intéressant de le savoir. Parce que Dawson
a, je ne sais pas, moi, 20 millions de trop, puis il s'en va où? Il s'en
va-tu au cégep de Matane ou à un cégep à Montréal? Je ne le sais pas. Mais, ce
que je trouve intéressant, c'est un enjeu qu'on n'a pas souvent abordé avec les
institutions anglophones au Québec, la minorité la plus choyée au Canada,
rappelons-le, qui a toutes ses institutions. Si
les francophones hors Québec avaient la moitié de ce qu'ont les anglophones au
Québec, je peux vous dire qu'il y aurait davantage d'espoir.
Ceci étant dit, prenons l'exemple évoqué par la
députée du financement selon le nombre de personnes. Bien, Dawson a été créée
initialement pour ne desservir que la communauté anglophone. Le problème, c'est
que ça occupe 25 %. Moi, je suis bien prêt à les financer pour 25 %,
mais ça, c'est pas mal plus sujet à brasser le pommier que ce que j'ai proposé
hier. Ça veut dire que... qui ferait la job de ne plus choisir de francophones
et d'allophones?
Le directeur. Il dirait : Moi, je suis financé pour
25 %, ça fait que je peux en avoir pour 8 000, d'anglophones ayants
droit, puis, les francophones puis les allophones, je ne vous prends pas parce
qu'ils ne me les paieront pas. C'est ça, le poids. Les étudiants allophones
sont réputés... tu sais, appartenir à la communauté francophone et poursuivre
leur cursus. C'est ce que je dis. Dawson, 42 % des nouveaux arrivants,
c'est des allophones. On leur a dit, au primaire et au secondaire : Étudie
en français, participe à la grande aventure québécoise, mais, rendu au cégep,
c'est activités libres, chacun pour soi. Ça ne marche pas. C'est ça que Guy
Rocher est venu nous dire.
Alors, moi, je veux bien qu'on regarde le financement,
si ça permet d'ajuster selon la clientèle historique. Puis, la clientèle
historique, la députée a raison, s'ils ne desservaient que cette clientèle-là,
ça aurait un impact sur le financement. Ils perdraient de l'argent.
Marianopolis, John-Abbott, nommez-les, ils perdraient de l'argent. Pourquoi
Dawson est à 8 000? Parce qu'il y a des décrets systémiques où ils ont
besoin de 1 000 places de plus. On leur accorde temporairement, ça
devient permanent, un autre 1 000 places, un autre 1 000
places. S'il y avait, cette année, par exemple, 10 000 étudiants
supplémentaires qui faisaient leur première demande avec d'excellents résultats
à Dawson, ils feraient quoi? Ils demanderaient un décret pour 10 000 de
plus? Ça ne finira jamais.
Il y a une façon d'y arriver. À 8 000, là,
ils sont capables de bien fonctionner, à 5 000 aussi. Qu'ils arrêtent
d'accueillir des gens qu'ils ne devraient pas accueillir. Ils ont été créés,
originellement, dans leur charte, là, pour desservir la communauté anglophone.
Mais là, maintenant, la majorité de leurs étudiants, c'est des allophones. Ça
fait qu'ils disent aux allophones : Si tu es bien gentil, là, la
loi 101, là, tu sais, allez apprendre le français au primaire puis au
secondaire, mais ici, là, vous n'entendrez plus parler de ça, puis embarquez
dans la gang. Alors, si c'est le sens de la motion de Québec solidaire, moi,
j'embarque.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien,
écoutez, je n'ai pas d'autre chose à dire.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Parfait.
M. Jolin-Barrette : Parce que,
lorsqu'on se retrouve dans la situation du financement, c'est les règles de
financement applicables qui s'appliquent. L'objectif du projet loi n° 96 ne révise pas le financement qui irait à... la
responsabilité du ministère de l'Enseignement supérieur. C'est plutôt le
plafonnement des places.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys. Mme
la députée.
Mme David : Écoutez, Mme la
Présidente — merci — je ne
sais pas par où commencer, là, je ne sais pas par où commencer, mais j'entends
des choses tellement inquiétantes, et injustes, et fausses, et tout ce que vous
voulez.
D'abord, quand on dit «sans augmenter les droits
de scolarité», je rappellerais à la députée de Québec solidaire qu'il n'y en a pas, de droits de scolarité au
cégep, nulle part, au cégep public, nulle part. Alors, si l'étudiant décide
d'aller en région, il ne va pas payer plus
cher que si... Et non seulement ça, on a mis des bourses, que la CAQ a continué
à mettre parce que c'était très bon. On l'avait même annoncé chez vous,
je pense, Mme la Présidente, parce que vous venez de Roberval. Et j'étais au
cégep de Roberval pour annoncer, à Saint-Félicien, des bourses, oui. Eh bien,
c'était une bonne raison parce qu'il y avait technique de soins des animaux,
quelque chose comme ça, et on annonçait le premier million de dollars pour
avoir des bourses, justement, et des bourses pour que les étudiants des grandes
villes aillent en région, que tout soit payé : le déplacement, le loyer,
le ci, le ça — toutes
les misères du monde à faire déplacer les étudiants.
Les étudiants, là, il faudrait qu'ils aillent
beaucoup plus en région, on est tous d'accord. Puis ils peuvent y aller. Puis
il y a des places dans les cégeps en région. Puis je l'ai dit, les cégeps en
région sont superbien équipés, tellement que ce sont des hôpitaux de réserve, à
Jonquière ou à Chicoutimi, au cas où il y ait une pandémie, au cas où il y ait
besoin de lits. Il n'y a pas ça à Dawson. Ils sont dans des armoires à balais,
les mannequins simulateurs. On ne va pas mettre des patients là, ils sont dans
des armoires à balais, puis il faut qu'ils les sortent au fur et à mesure qu'il
y a un cours puis qu'ils les rentrent parce que, là, il va y avoir un autre
cours, puis c'est... ils sont entassés comme des sardines.
Alors, quand j'entends des choses sur : il
n'y a pas d'étudiants dans les cégeps en région, il n'y a pas d'argent pour les
cégeps en région, bien là, je vais faire une fleur à la CAQ. Je n'ai pas bien
le goût d'en faire, ce matin, avec qu'est-ce qui s'est passé hier, mais je vais
dire que l'argent a continué à exister pour un certain nombre de programmes,
entre autres pour des cégeps en région. Pourquoi? Parce qu'ils ont décidé de
financer le FABRES. Là, ça ne vous dit rien, puis je fais exprès d'être un peu
ésotérique. Le FABRES, là, c'est passé du FABES au FABRES — puis
là je vais regarder la caméra parce que... tous les cégeps qui nous regardent,
là — le
FABES est devenu le FABRES. Il y a un «R». Ça, c'est le mode de financement.
On parle de financement. Je vais en parler, de
financement. Le FABES est ce qui, depuis 50 ans, encadre le financement
des cégeps. Alors, c'est les salaires des professeurs, c'est les salaires qu'on
peut donner en effectifs étudiants, etc. Ça, c'est le pain et le beurre, de
l'argent qu'on envoie aux cégeps. On a changé le FABES pour ajouter un «R»,
FABRES. «R» pourquoi, Mme la Présidente? Région et recherche. Pourquoi? Parce
qu'il faut aider les cégeps en région. Puis la CAQ a continué ça. C'est un
rapport de Mme Hélène P. Tremblay, qui était avec deux autres D.G. de
cégeps. Et ce rapport-là a été bien accueilli. C'est moi qui l'avais demandé en
disant : Il faut revoir le modèle de financement des cégeps. Pourquoi?
Parce que les régions ont besoin de plus d'aide. Il faut trouver des façons. Il
faut les rendre plus attrayants. Il faut
donner des programmes exclusifs. Puis on y arrive, tranquillement, pas vite, on
y arrive. Et, là-dessus, je pense qu'il y a eu une belle continuité. On
ne m'accusera pas de partisanerie, là. Je dis : Il y a eu une belle
continuité entre le travail qui était commencé jusqu'en 2018 puis le travail
qui a continué.
Alors, ça, là, quand on dit : Les cégeps en
région meurent de faim, les cégeps en région, ils ne meurent pas nécessairement
de faim, mais ils meurent d'envie d'avoir plus d'étudiants. Puis il faut
continuer, essayer d'aller en chercher plus. Puis, ça, le député de
Matane-Matapédia a raison. Puis il y a des programmes, à Matane, formidables,
en vidéo puis en... Ils ont une créativité formidable. Il y a un programme qui
s'appelle TACH à Baie-Comeau.
Mais moi, quand j'allais accueillir les
étudiants internationaux, parce que j'y allais à chaque année, à l'aéroport,
leur dire bonjour, l'autobus les attendait, ils s'en allaient direct à
Baie-Comeau, ils s'en allaient direct à Jonquière, à Art et technologie des
médias. Tout le monde connaît ça. Il y a des enfants de députés qui sont allés
là. Il y a peut-être même des députés qui sont allés là. Il y a le programme
Tourisme d'aventure, à Gaspé, qui est superpopulaire. Puis il y a des
programmes, à Matane, extraordinaires aussi en vidéo, et tout ça. Et toutes ces
régions-là, bien, elles sont attirantes pour ça. On voudrait que nos urbains y
aillent plus, c'est vrai. Mais de dire, par exemple, que les étudiants peuvent
aller tant qu'ils veulent à Dawson ou à Vanier, faux, c'est faux. Ce n'est pas
vrai. C'est un choix individuel de postuler, le ministre a raison, pas d'être
accepté. Voyons donc! On est acceptés en fonction des places disponibles.
Puis, quand le député de Matane-Matapédia
dit : S'il y en a 1 000 de plus, le ministre, on signe où pour qu'il
y en ait 1 000 de plus? Bien, voyons donc! Ça ne se passe pas comme ça.
C'est des devis que la ministre autorise...
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le député, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys va terminer. Je vous donnerai
la parole après le député de La Pinière. Merci.
Mme David : Alors, ce sont des devis
que la ministre autorise, et j'expliquais au ministre, hier, responsable de la
Langue française, que ce sont des devis souvent par région. Le RCMM, le
regroupement régional des collèges du Montréal métropolitain, s'entendent entre
eux. Ce n'est pas toujours facile, mais ils s'entendent entre eux. Puis j'ai
dit qu'ils ne s'entendaient pas entre eux en fonction de divisions
linguistiques, mais ils s'en parlent entre eux pour dire... puis là ils proposent au ministre... puis le ministre dit :
O.K., toi, ton devis, c'est 9 615 dans tel cégep, 7 600, etc.
Et là les cégeps essaient de... espèrent avoir le plus d'étudiants possible,
parce que, oui, il y a un financement par étudiant, mais les régions ont plein
de mesures spéciales dans le fameux modèle FABRES pour les aider, des mesures
que n'ont pas les cégeps des régions urbaines.
Alors,
je voudrais empêcher ou, disons, corriger un certain nombre de légendes
urbaines sur le fait que les cégeps anglophones vont se développer comme des
fous tant qu'ils veulent puis qu'ils ont de la place. Mais ils n'ont plus une
seule place. C'était dans ce sens-là, notre proposition, nous, de dire :
On va maintenir quelques années la quantité d'étudiants dans ces cégeps-là,
anglophones. De toute façon, ils m'ont dit : Mme la députée, on n'est pas
capables d'en prendre un seul de plus, on n'a pas d'espace, de toute façon.
Puis on est corrects, puis, à Vanier, ils sont corrects. Mais savez-vous où
est-ce qu'ils pratiquent le piano quand ils étudient en musique à Vanier? Ils
étudient dans des containers. Des containers. Petite porte, c'est en métal,
puis là ils jouent leur piano. Parce que, quand on étudie en musique dans un cégep,
là — j'ai
visité, entre autres, à Jonquière ou à d'autres endroits — ils
sont... il y a des belles installations, vraiment, pour faire du jazz, et tout
ça, mais, dans certains cégeps, dont les cégeps anglophones, bien, ça peut être
beaucoup plus restreint. Alors, ce n'est pas le grand luxe.
Et l'étudiant peut
faire le choix individuel, oui, de postuler, mais il ne peut pas faire le choix
individuel. Moi, je veux entrer en médecine, je vais entrer en médecine; moi,
je veux aller en pharmacie, je vais aller en... Ce n'est pas de même que ça
marche, la vie, Mme la Présidente. Tu postules, tu espères être accepté, puis
tu fais trois, quatre choix de cégeps. Puis là il y a les cégeps d'admission au
premier tour, puis les cégeps d'admission au deuxième tour, puis au troisième
tour, puis au quatrième tour. Parce que, souvent, le cégep ne se remplit pas du
premier coup. Les meilleurs sont pris, qu'ils soient anglophones, francophones.
Je peux vous parler
du cégep Bois-de-Boulogne. Puis j'ai 20 minutes puis je pense que je vais
les prendre, mes 20 minutes, pour remettre un certain nombre de pendules à
l'heure. Alors, Bois-de-Boulogne est un des cégeps très forts en sciences,
cégep de premier tour en sciences. Les étudiants savent que, s'ils vont à
Bois-de-Boulogne, ils ont des chances. Et c'est-tu anglophone,
Bois-de-Boulogne? À ma connaissance, c'est un cégep francophone. Cégep
Ahuntsic, cégep Édouard-Montpetit, des cégeps formidables, cégeps de premier
tour. Puis après ça, une fois le premier tour, ils disent : Ah! il nous
reste 1 000 places, 800 places. Alors là, deuxième tour, on
prend ceux dont c'est peut-être le deuxième choix, puis après ça troisième
choix, puis quatrième choix jusqu'à ce que les places soient remplies.
Est-ce qu'on peut
encore trouver d'autres façons de mettre plus d'étudiants dans des cégeps en
région? Vous venez de régions. Vous le savez, le problème, il n'est pas juste
pour le collégial, il est là pour avoir de la main-d'oeuvre. Il est là... On veut des familles. On veut... Et,
s'il y avait tout ça, oui, les régions, si elles étaient aussi pleines que, je
ne sais pas, dans les années 40, 50, 60, ça serait formidable. Puis on a
créé un réseau de cégeps pour donner l'accès à l'enseignement supérieur.
Maintenant,
parlons d'accès à l'enseignement supérieur. La... Ce qui est, disons, de
postuler, dans l'amendement de la collègue, c'est qu'on change
complètement le système et qu'on ne paie... pour les effectifs étudiants, des
étudiants qui seraient admis mais qui auraient le statut d'anglophones, mais on
ne paierait pas pour les autres. C'est totalement incohérent, totalement
incohérent. Et, là-dessus, je suis obligée d'être d'accord avec le ministre,
qui dit : On ne changera pas ce modèle de financement là. De toute façon,
ce n'est pas son travail à lui d'aller jouer dans le mode de financement. Je ne
suis pas sûre que sa collègue de l'Enseignement supérieur serait très contente.
Je ne suis pas sûre que le ministre de la Santé aimerait ça, qu'on aille
changer toute son architecture du système de santé parce qu'on décide que c'est
de la langue française : Puis, «by the way», les hôpitaux anglophones...
Parce qu'il y en a qui ont proposé ça, là. Il y a des chercheurs qui proposent
que ce qui est proposé en ce moment au prorata de la population anglophone, ça s'applique aux hôpitaux aussi puis
aux universités parce que, là, ils ont beaucoup de... ils ont de
l'argent, etc. Combien de premiers ministres sont allés se faire traiter dans
des hôpitaux anglophones puis ils ont dit : C'est génial, c'est très bon,
très compétent? De toute façon, ils parlent très bien français pour l'immense
majorité des hôpitaux. Le ministre... ex-ministre de la Santé pourrait en
parler.
Alors là, on s'en
vient vraiment assez exagérés, et ça m'apparaît dangereux de dire : On va
financer seulement des étudiants avec leur certificat de naissance puis leur
statut d'ayants droit. Si on les accepte dans un cégep, qu'ils soient
anglophones ou francophones, ce qu'on a voulu depuis le rapport Parent... — on
parle de Guy Rocher, j'ai lu la biographie de Guy Rocher, j'ai parlé à Guy
Rocher — ce
qui est important, c'est l'accessibilité universelle pour tous les Québécois,
Québécoises, quel que soit leur couleur, leur âge, leur langue, leur race.
Alors,
l'accessibilité, ce que ça veut dire, c'est qu'on a un modèle de financement
qui va avec ça, qui permet l'accessibilité. On a créé le réseau des UQ pour ça,
pour mettre de l'accessibilité en région au niveau universitaire, pour mettre
de l'accessibilité en région par les 46 cégeps partout en région. Ça,
c'est de l'accessibilité. C'est un modèle québécois que tout le monde nous
envie en Amérique du Nord parce qu'il n'y a pas cette accessibilité ni de
droits de scolarité, le cégep est gratuit, je le répète. C'est quand même
formidable. Ils ont juste quelques frais afférents. Bien, l'Ontario, là, il y a
bien des jeunes qui aimeraient ça, avoir ça, parce que ça coûte extrêmement
cher.
Alors, quand on dit
qu'il faut changer le modèle de financement, financer juste les anglophones
pour les cégeps anglophones, moi, je trouve que c'est une iniquité qui est
absolument terrible, et ça nuit beaucoup à l'accessibilité.
Maintenant, qu'on
décide qu'il y a tant d'étudiants dans les cégeps, ça, ça s'appelle un devis
anglophone. Qu'il puisse être différent de francophone, on est en train d'en
discuter, mais de dire qu'on ne financera pas ou qu'on va financer la moitié
seulement d'un étudiant, mais c'est quoi, ça? Il y a les bons étudiants, qu'on
finance à 100 %, puis il y a les autres, qu'on finance à 50 %,
30 %, 25 %? Ça m'inquiète beaucoup.
Une voix :
C'est incroyable.
Mme David :
Je pense que le mode de financement qu'on a actuellement, il est correct. S'il
n'était pas correct, les gens s'en plaindraient énormément.
Ce n'est pas ça
qu'ils veulent, changer le mode de financement. Ils veulent que tout le monde
ait un mode de financement équitable, accessible, qui tient compte de certains
paramètres, dont les régions. Effectivement, ça a été rajouté
de façon très claire dans le dernier rapport qui a été fait sur le financement
des cégeps, et puis, donc... et financer des programmes exclusifs. Si vous
demandez aux cégeps en région, là, c'est ça qui est important.
Une voix :
Demandez-le-moi, je vais vous le dire.
Mme David :
Puis le député de Matane-Matapédia le sait. Ça prend des programmes exclusifs.
Ça prend des programmes qu'il n'y a pas nécessairement à Montréal. L'étudiant
dit : C'est tellement bon, ATM, là, Art et technologie des médias. Moi, je
veux être journaliste. Je vais aller à Jonquière, même si je viens de Montréal,
de Québec, de Sherbrooke. Ça, ça s'appelle des programmes exclusifs importants
et qui attirent les étudiants. Mais c'est difficile en région. Ça l'était, ça
l'est, ça risque de le demeurer. Il faut trouver des bonnes façons. Mais de
dire que les cégeps anglophones ne doivent avoir que des étudiants
anglophones... D'abord, où on va mettre les autres étudiants? On va... Disons
que c'est le 8 %. On enlève, disons, 6 000 étudiants,
5 000 étudiants à Dawson...
Une voix :
Des cégeps francophones.
Mme David :
...4 000 à Vanier, il faut les mettre quelque part demain matin, tous ces
étudiants-là, ils vont déborder, on attend 25 000 étudiants. Donc,
une approche qui est quand même un peu plus réaliste parce qu'à un moment
donné... parlons de réalisme aussi dans cette réflexion-là. Je pense que
changer le modèle de financement ou dire qu'il y a les étudiants financés à
100 % puis d'autres à 50 %, ça m'apparaît plus que discutable, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la députée. M. le député de La Pinière et ensuite ce sera M. le
député de Matane-Matapédia. M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
J'ai vu que votre doigt, à un moment donné, avait fait une courbe pour
l'octroi de parole. Merci, Mme la Présidente. Je vais être bref. Je ne prendrai
pas 20 minutes, mais je vais dire ce que j'ai à dire. Québec solidaire,
là, c'est un parti radical. Et la proposition, le sous-amendement qui est
déposé ici, là... Moi, je déteste les choses, en politique, qui ne sont pas
nommées et... je déteste ça.
Alors, le ministre a
raison, cet amendement-là, c'est un amendement de loi 101 avec une date.
Je préfère la position du député de Matane-Matapédia parce que, lui, c'est
clair, c'est tout de suite. Pas de subtilité. Il n'en veut pas. Tout de suite,
merci, bonsoir.
Québec solidaire, là,
c'est croche. Il n'y a pas d'autre mot. Puis, en plus, madame...
La Présidente (Mme
Guillemette) : ...
M. Barrette :
Oui, vous avez raison, Mme la Présidente. Je peux le retirer, ça ne me
dérange absolument pas.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Juste un petit rappel à l'ordre, M. le député de
La Pinière.
M. Barrette :
Ça ne me dérange absolument pas, mais, au moins, je vais l'avoir dit.
Et l'autre affaire,
Mme la Présidente, quand, en plus, on utilise l'argument : Oui, mais, nous
autres, nous sommes purs parce que nous demandons une augmentation du
financement, bien oui, mais, quand bien même le financement global est
augmenté, là, quand on ramène tout à la proportion, c'est la loi 101
pareil. Ça ne changera rien.
Alors, l'enjeu ici,
là, ce n'est pas bien, bien compliqué, là. Et ça me fait rire, parce que le
commentaire totalitaire de... Les politiques publiques sont faites pour
orienter les choix des gens, là... C'est ça qui a été dit, Mme la
Présidente : Les politiques publiques sont faites pour orienter les choix
des gens. Bétail, allez par là parce que j'en ai décidé ainsi. Bien non. Alors
là, ici, l'enjeu, là, c'est de... oui ou non, allons-nous continuer à permettre
à des gens, particulièrement les francophones, d'avoir le choix?
Ce qui a été proposé
par le ministre en matière de choix, on l'a débattu hier. J'ai fait la
mathématique. Bien là, ce qui est présenté à matin là, ça fait dur en titi, Mme
la Présidente. C'est radical, avec des arguments fallacieux. Alors, je peux
vous dire une chose, là, puis je vais arrêter là, je vais être d'accord avec le
ministre, là, puis je peux vous assurer qu'on va voter avec enthousiasme contre
cet amendement-là.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Contre le sous-amendement, M. le député.
M. Barrette :
Je m'excuse, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Guillemette) : M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : On
s'y habitue. Ce sera une autre collaboration entre le gouvernement et
l'opposition.
Mme la Présidente,
d'entrée de jeu, j'ai accordé à la députée de Marguerite-Bourgeoys, qui a été
ministre, un argument d'autorité. Et là j'étais bien attentif à une vision
très, très claire. Force est de constater que c'était particulièrement confus,
en tout respect, et je vais donner des exemples. J'ai rarement été aussi confus
à qui j'accordais la crédibilité d'avoir été ministre du ministère de
l'Enseignement supérieur.
D'abord, prenons le cas de Dawson. Ce n'est pas
la première fois que Dawson fait une demande en disant : J'ai trop de
demandes, je ne veux pas les envoyer ailleurs, je veux les garder.
M'accordez-vous un décret pour cette année? Je veux faire
des rallonges. Oui, mais, à terme, le ministère ne leur dit pas : Vous les
abandonnez. Donc, elles s'additionnent. C'est comme ça qu'on est arrivé à
8 000.
Dans le cas de l'agrandissement prévu sous le
gouvernement libéral et ensuite sous la CAQ, c'est 800 étudiants. Ça,
c'est Richard Filion, l'ancien directeur général de Dawson et du cégep de Gaspé
autrefois, qui nous l'a dit candidement, c'est pour ajouter des étudiants. Bien
sûr, si tu continues d'en ajouter, tu as moins de place.
Moi, j'ai fait une sortie, comme député, il y a
plusieurs années, avec le cégep de Matane, parce que, dans les cégeps
francophones aussi, on le faisait, on permet d'augmenter le nombre d'étudiants
parce qu'ils ont de la demande. On ne leur dit pas : Il y a des
alternatives d'aller en région. On va vous financer ça. Vous allez vivre une
expérience à Matane, à Rimouski, à Rivière-du-Loup, à Sept-Îles, à Baie-Comeau
que vous allez apprécier. Non. Ils gardent leur premier choix puis ils
augmentent le nombre. Donc, ces rallonges deviennent permanentes, et ça crée de
très, très gros cégeps et plusieurs cégeps qui sont sur le bord de n'être plus
viables au nombre d'étudiants. Ça, c'est la réalité.
Donc, le gouvernement libéral, des rallonges, il
en a accordé beaucoup. Je vais sortir la liste tout à l'heure. Ce n'est pas la
première fois. Alors, oui, les D.G. cognent à la porte : Moi, j'aimerais
ajouter 200 étudiants, je les ai déjà puis je sais ce que je vais faire
avec. Est-ce que je peux faire l'aménagement de mon cégep? Le ministère peut
dire non, sauf que l'expérience me démontre qu'il a à peu près tout le temps
dit oui. Alors, ce n'est pas tout à fait ce que la ministre a dit...
l'ex-ministre a dit tout à l'heure.
Ce que la députée solidaire dit — puis
là on se retrouve davantage qu'hier, si je comprends bien : Regardons le
financement des collèges, 40 % des étudiants sont des allophones, donc ce
n'est pas des ayants droit. Quand on a créé ces cégeps-là, c'est pour les
anglophones, la communauté anglophone, rien de plus, rien de moins. Là, ils ont
pris l'habitude, eux aussi, d'accueillir ces étudiants. C'est pour ça qu'ils
ont plus de financement. Ils ont monté, puis on peut voir l'évolution des
chiffres. Il y a un intérêt, il y a un engouement. Puis les premiers allophones
qui y vont invitent leurs frères, leurs amis, leurs voisins en disant : Je
suis passé par là, tu devrais venir. Tu es venu jouer au basket, tu as vu
comment c'était. Tu as vu la formation, les ateliers. Alors, il se crée de
l'émulation comme ça.
Si on continue d'accepter, ça ne finira jamais.
À un moment donné, Dawson demandera d'avoir 10 000 étudiants puis une
autre rallonge. Un gouvernement qui ne sera pas celui du Parti québécois, mais
qui en sera un autre qui croit à ça, va continuer de leur accorder. Ça ne
finira jamais.
Quand la députée a dit tout à l'heure : On
va les mettre où, les étudiants? Bien, dans des collèges francophones. Il y en
a à Montréal puis il y en a dans le 450. Puis des étudiants qui voyagent pour
avoir un cours collégial, ça existe — puis ce n'est pas plus loin
Matane-Montréal que Montréal-Québec, c'est la même distance, je l'ai mesurée — avec
des incitatifs. Puis, sinon, ça va toujours avec le même jeu : Je veux
aller à ce cégep-là. Mais ils sont déjà 8 000. 8 001, juste moi. Mais
il y en a beaucoup, des «juste moi», puis on l'accorde parce qu'on accorde à
des francophones ce droit-là qui n'était pas prévu à l'origine des collèges.
Mais le pire, ce n'est pas les francophones,
c'est les allophones. Je termine là-dessus. Un des grands gains de la
loi 101, c'est que leur parcours scolaire est en français au primaire et
au secondaire, et ça donne des résultats admirables sur la connaissance de la
langue. Ça aide à l'intégration dans la société. Ça aide aussi à penser en
français. C'est important, ça, rêver, penser, imaginer son futur, ce qui
n'empêche pas de parler trois, quatre ou cinq langues, ce que je valorise,
évidemment. Moi-même, je ne me débrouille pas si mal en langues.
Mais ce n'est pas ça, l'enjeu. C'est une
institution publique, le collège, financée à très forts pourcentages de fonds
publics. On peut faire le choix de dire : Certains francophones vont y
aller. Bon, il y en a moins qu'avant, mais il y en a quand même certains. Ça va
être lesquels? Ça va être les meilleurs puis ceux qui sont plus près de
Montréal. Parce que ceux qui sont loin des collèges anglophones, il va falloir
qu'ils payent le gîte, le logis. Il va falloir que papa, maman viennent les
porter avec les boîtes au début de la session. Je le sais, comment ça marche,
là. Ils n'y iront pas. Donc, ça va favoriser une certaine classe. C'est pour ça
que je pense que le gouvernement serait mieux de ne pas en inviter pantoute. Il
n'y en a pas, de prix à payer là-dessus.
Là, j'ai réalisé aujourd'hui que le Parti
libéral n'est plus en faveur de la loi n° 96. J'ai lu
ça sur Twitter. J'espère que la cheffe a averti ses deux députés. Elle n'appuie
plus le projet de loi parce qu'elle trouve qu'il va trop loin. Alors là, moi,
je sentais, depuis le début, qu'il y avait une volonté d'améliorer ou de
diminuer la portée du projet de loi pour que ce soit le moins problématique
possible pour la communauté anglophone. Ça expliquait notamment la présence de
certains députés.
À partir de
maintenant, là, je vais regarder les interventions en disant : Ce parti-là
ne votera pas pour la loi n° 96. Donc,
qu'est-ce qui va les guider pour la suite? Est-ce qu'ils veulent qu'il soit
adopté dans cette session? Est-ce qu'il y a quand même des choses qu'ils
veulent qui soient dans le projet de loi mais eux ne se lèveront pas pour
l'adopter? Ça, ça va me guider aussi pour analyser les interventions et les
propositions.
En ce qui nous concerne, on a plus envie de
faire la chose inverse, de ne pas voter pour un projet de loi puis lui donner
l'importance qu'il n'a pas. Je réfléchis à ça présentement. Quand je serai prêt
à vous le dire, je vais vous le dire. Mais ça se peut que le gouvernement soit
seul, un peu comme le ministre, comme nationaliste à la CAQ, à adopter son
projet de loi.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la
Présidente, le député de Matane-Matapédia fait un bon point. Là, on sait que le
Parti libéral va voter contre le projet de loi. C'est ce que la cheffe de
l'opposition officielle a dit. Ce qui me surprend, par contre, c'est la
position du député de Matane-Matapédia, parce que, dans le projet de loi
n° 96, malgré qu'il n'y a pas de toutes les volontés
du député de Matane-Matapédia, il voterait contre un projet de loi qui va
améliorer les protections associées à la langue française. Alors, je vais le
laisser expliquer sa position, dans le futur, si jamais il vote contre...
M. Bérubé : C'est de la bouette.
M. Jolin-Barrette : C'est de la
bouette?
M. Bérubé : C'est ridicule.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, sérieusement, en termes de crédibilité, là, on voit la position du
député de Matane-Matapédia qui cherche quelque chose à attraper, ce sur quoi
affirmer, mais ça lui glisse des mains, ça lui glisse des mains. Et
manifestement il constate que, dans le projet de loi n° 96,
il y a plusieurs mesures qui font avancer le français. Puis je l'invite, par la
suite, à aller expliquer aux Québécois pourquoi il va voter contre un projet de
loi qui améliore le statut du français, même si ce n'est peut-être pas le
projet de loi qu'il aurait déposé, Mme la Présidente. Mais ça voudrait dire,
Mme la Présidente, beaucoup de choses de la part du Parti québécois. Ça va
au-delà de l'entendement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : M. le Président, la
Coalition avenir Québec, en matière de défense linguistique, pour reprendre les
termes qu'il utilisait lui-même à mon endroit, c'est une conversion très
tardive et intéressée, électoralement parlant. Dans tous les forums où ils
discutent des positionnements pour la prochaine campagne, ils parlent de
ça : Il faut que ça soit adopté, on est le parti de la langue. Ils ont
fait la même récupération que la laïcité, un projet de loi qui était pas mal
moins intéressant que le nôtre, pas mal moins intéressant, mais il voulait
passer pour une forme de héros, tu sais, là-dessus. Ça n'a pas marché
longtemps.
En matière de langue, je le mets au défi d'aller
voir les partenaires du Québec français puis lui demander ce qu'ils pensent de
ce qu'il a fait hier. Le Mouvement Québec français lui a répondu aujourd'hui.
C'est assez cinglant. Je pense qu'il va en avoir pour un bout de temps à s'en
remettre.
Pourquoi, nous, on cautionnerait un projet de loi
qui choisit volontairement de regarder ailleurs des enjeux très importants?
Nous, au Parti québécois, on n'a personne à convaincre de l'importance de la
langue. Vous autres, vous avez manifestement beaucoup de monde à convaincre. Ce
n'est pas dans votre ADN, vous ne connaissez pas ça vraiment, ces enjeux-là.
Respectez ceux qui connaissent ça puis qui les ont fait, les batailles, qui ont
fait les batailles puis qui les ont gagnées, qui ne s'autoproclament pas
eux-mêmes comme étant des gens qui font des choses historiques, ils attendent
que ce soit des tiers indépendants qui le disent, qui auront marqué l'histoire
parce que c'est des gens courageux qui ont mis leurs sièges en jeu, quand leurs
convictions allaient à l'encontre des positions de leur gouvernement. Ça
devrait faire réfléchir le ministre, ça, qui est obligé d'avaler une autre
couleuvre, avec la langue.
Moi, je l'invite — je le sais qu'il a un
petit rictus, là — je
l'invite à penser à c'est quoi, son rôle de nationaliste dans ce gouvernement-là, qu'est-ce que ça veut
dire. Il reste que, d'être ministre, c'est assez pour l'occuper. Mais là-dessus,
là, il est passé à côté de l'essentiel, je le maintiens. Il peut penser ce
qu'il veut de ma formation politique, c'est très bien, il peut le faire, mais, comme
le disait Sacha Guitry : «Ceux qui parlent contre nous, s'ils savaient ce
qu'on pense d'eux, ils diraient bien pire.»
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci...
M. Bérubé : Mme la Présidente, j'ai
presque terminé. Elle est intéressante, la proposition de Québec solidaire,
puis d'ailleurs elle devrait se poser dans un ensemble de secteurs. Si on
finançait les francophones et les anglophones, à Montréal, en matière de santé,
au prorata, vous auriez des surprises. On aurait un deuxième hôpital dans l'est
de Montréal, je vous le garantis. On aurait de grandes surprises. La communauté
anglophone québécoise est la minorité la plus choyée du Canada. Qu'on me dise
le contraire. Alors, à partir de ça, Dawson n'est pas sur le bord de fermer ses
portes. Qu'elle fasse ce pour quoi elle a été créée, desservir la communauté
anglophone.
Et le point le plus important, en terminant,
c'est qu'on accepte, nous, d'avoir investi énormément de temps, d'énergie,
d'amour pour que des jeunes immigrants apprennent le français au primaire, au
secondaire, puis ensuite de regarder ailleurs en disant : Au collégial,
c'est vous qui décidez, puis ça peut être l'anglais, il n'y a aucun problème.
Puis on finance ça avec nos fonds publics, on finance cette assimilation. S'il
trouve que c'est glorieux, le ministre, ce projet de loi là, en oubliant
nommément ça, puis quand il a les chiffres puis qu'il nous dit respecter la
science, dans d'autres domaines, je trouve que ça ne vaut pas la peine de
l'appuyer. Et c'est ma position. Mon caucus tranchera.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la
Présidente, merci. Bien, écoutez, le député de Matane-Matapédia aime beaucoup
citer Guy Rocher. Je vais vous le citer. Il dit, en consultation,
M. Rocher, il dit : «Premièrement, j'appuie le projet de loi
n° 96 pour deux raisons. La première, c'est que je trouve que ce projet de
loi s'inspire des mêmes sources que celles des sources qui ont inspiré la
loi 101, il y a déjà un peu plus de 40 ans, et que ce projet de loi,
comme la loi 101, cherche à établir le français
comme langue officielle et langue commune sur l'ensemble du paysage québécois,
que ce soit l'administration, l'enseignement, le monde des affaires, etc. C'est
donc dans ce sens-là que je pense que ce projet de loi demeurera historique.»
Guy Rocher qui ça.
«Deuxièmement, j'appuie ce projet de loi parce
qu'il crée quatre institutions que je trouve extrêmement importantes, et cette
partie de la loi me paraît extrêmement importante, quatre institutions qui vont
contribuer, dans l'avenir, c'est ce qu'on espère, à l'application de la loi,
c'est-à-dire l'Office de la langue française, le ministre et son ministère, le
Commissaire à la langue française et Francisation Québec. Ce sont quatre
organismes auxquels j'accorde beaucoup d'importance parce que je sais
d'expérience que ce sont des organismes qui seront les moteurs, les agents de l'application de la loi dans les années à
venir, à la condition, bien sûr, qu'ils recevront l'appui financier à l'appui
des ressources humaines de la part du
gouvernement et l'appui du pouvoir politique. C'est certain, c'est toujours la
condition.»
Alors, voyez-vous, appuyer le français, là, au
Québec, là, ce n'est pas toujours d'être dans la division comme le Parti
québécois. Appuyer le français, c'est de faire le pont entre les différents
membres de la société québécoise. Et ce que nous faisons, ce sont... nous
développons des solutions concrètes et pragmatiques qui vont avoir une incidence.
Le Parti québécois, lui, préfère s'emmurer dans la solution du grand soir.
Nous, on agit concrètement.
M. Bérubé : Mme la Présidente,
est-ce que le ministre a entendu, ce que les gens sont venus nous dire en
commission parlementaire sur les cégeps en français? Le seul, je pense, qui est
contre, c'est lui et son groupe de parlementaires.
C'est lui qui divise. On avait un momentum pour le faire. Il n'est même pas
capable de vendre ça à son gouvernement. Il rit, mais ce n'est pas drôle
pour son avenir, là. Il n'est pas capable de vendre ça à son gouvernement.
C'est quoi, l'avenir du nationalisme, dans ce gouvernement-là? Ce n'est pas
avec lui.
M. Jolin-Barrette : Pas avec
moi, non?
M. Bérubé : Non, ça ne sera pas
avec vous. Ça peut être dommage pour lui mais dommage surtout pour la langue.
Ça ne passera pas par lui. C'est une occasion manquée. Guy Rocher, la mesure
sur les cégeps, c'est une mesure majeure. Bien sûr, qu'il est d'accord avec
d'autres mesures qui ont moins d'impact, mais elle est majeure. C'est pour ça
qu'il est venu ici. Quand il s'est inscrit, là, c'était pour parler de ça. Je
le sais, puis assurément.
Quand il dit : Le Parti québécois, c'est le
grand soir, la loi 101 s'est faite dans un régime canadien; la
loi sur la
réforme des institutions démocratiques, sur le financement politique. Regardez
la liste des réalisations du Parti québécois, ça s'est fait dans un régime
fédéral. Mais on pourrait aller bien plus loin, si on contrôlait tous les
leviers, les leviers législatifs, financiers, signer nos traités
internationaux.
On peut rire
de ça. On peut être habité par d'autres symboles. Le ministre, par exemple,
probablement, est davantage ému avec... du fait de prêter serment à la
reine que de penser à la souveraineté du Québec. C'est son choix. Mais moi, je
trouve qu'en ce qui me concerne le combat pour la langue il y a des occasions
fortes. C'est arrivé en 1990, après l'échec
du lac Meech, il y avait une volonté de dire : On devrait gérer la langue.
C'est arrivé dans les années 80. Là, il y a un momentum, il y a un projet de loi, ne passons pas
à côté, soyons fiers tous ensemble de la législation qui va sortir,
faisons la meilleure loi possible. Je vous l'avais dit, depuis le début :
Si vous vous accotez sur les libéraux pour savoir si c'est consensuel, ce n'est
pas un bon étalon. Là, ils viennent de vous lâcher. Bon, ça fait que vous avez
déçu les libéraux.
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
vous reste deux minutes, M. le député.
M. Bérubé : Moi, à date, vous me
décevez pas mal aussi. Revenez sur le dossier des cégeps en français, puis là
on va être enthousiastes. Moi, je sais qu'au bout de la ligne, là, vous voulez
être debout, puis là vous allez applaudir, puis là vos collègues vont vous dire :
bravo!, puis là vous allez traverser chez le lieutenant-gouverneur, là, vous
allez prendre un angle de photo pour ne pas
trop qu'on voie le lieutenant-gouverneur, vous allez signer ça une heure après,
puis là, là, on va attendre les chroniques qui disent que j'étais un superman
de la langue... Non, elle a déjà eu lieu, celle-là.
Ce n'est pas ça qu'il faut faire. La victoire,
c'est pour tout le Québec, pas pour un parti politique, pour tout le Québec.
Puis, moi, c'est ça que j'aimerais avoir, comme bataille pour les prochaines
années. On envoie un message clair, ce n'est pas ce qu'il y a de plus
populaire, mais je pense que Guy Rocher a raison, et d'autres :
Assujettissement du réseau collégial. Là, on a quelque chose qui va nous
survivre, qui va être là beaucoup plus loin que nous dans la politique, puis ça
va marcher. Convaincu. C'est mon souhait, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la
Présidente, on a des approches différentes, vraiment différentes. Parce que,
vous savez, pour moi, le nationalisme, là, c'est de faire tous les gains qui
sont possibles et ne pas s'emmurer dans un dogmatisme, de faire avancer les
compétences du Québec à chaque moment. Puis comme ministre de la Justice, c'est
ça que je fais, je peux vous dire, comme Procureur général, dans les différents
dossiers, lorsqu'on va à la cour. C'est également le cas dans le dossier de la
langue.
Oui, le député de Matane-Matapédia a bien beau
dire : C'est nous autres qui ont plus à coeur la langue française. Tu
sais, dans l'échelle des valeurs, là, ce n'est pas vraiment mesurable, à
part
la conviction profonde que nous avons, propre à chaque individu. Et je ne doute
aucunement que le député de Matane-Matapédia a à coeur la défense du français
puis de la Charte de la langue française, il est reconnu pour ça, puis je
partage son amour pour la langue. Mais on met les mesures en place pour agir,
ce qui n'a pas été fait depuis les 25 dernières années.
Moi, j'invite le député de
Matane-Matapédia à le dire clairement que, dans le projet de loi n° 96, le
fait de rendre les droits linguistiques exécutoires... Expliquez-moi ça comment
ça se fait que vous n'avez jamais fait ça. Expliquez-moi ça comment ça se fait,
là, que vous vous levez, là, à l'Assemblée, là... Puis vous avez réclamé, là,
la motion, puis vous êtes l'auteur, puis vous nous l'avez dit à plusieurs
reprises, là, de la motion «Bonjour! Hi!», O.K.? Vous avez dit : Il faut
qu'au Québec, là, on accueille en français. Puis tout le monde a dit oui,
d'être servi puis d'être informé en français dans un commerce. Comment ça se
fait que, durant toutes ces années-là où votre formation politique a été au
pouvoir, donc on parle de 18, 20 ans environ, là, 20 ans sur les
43 dernières années, comment ça se fait que vous n'avez jamais rendu les
droits linguistiques exécutoires? Expliquez-moi ça? Nous, on fait des
applications concrètes, on donne des droits aux travailleurs, de dire : Le
travailleur québécois a le droit de travailler en français au Québec. O.K.?
Comment ça se fait que vous ne lui avez jamais donné les moyens de faire
respecter son droit? Comment ça se fait que c'est nous qui le faisons, dans le
projet de loi n° 96? Vous étiez où? Qu'est-ce que
vous faisiez, à part des discours? Qu'est-ce que le Parti québécois, Mme la
Présidente, faisait, ces années-là? Où était-il?
Je comprends que les discours, c'est important
dans la vie politique. Mais, au-delà des discours, c'est les actions qui sont
importantes. Mme la Présidente, moi, là, je ne veux pas avoir... d'une machine
à perdre, Mme la Présidente, à perdre sur le statut du français. Ce que je
veux, c'est que le français progresse, fasse des gains au Québec puis au
Canada. Puis on va s'arranger pour que ça arrive. Les entreprises de
juridiction fédérale, là, le député de Matane-Matapédia est résigné, il
dit : La solution du gouvernement ne fonctionnera pas, ça ne marchera pas.
Bien, c'est sûr que, si, dans la vie, on part de même puis on dit : On
n'ira pas défendre nos compétences, on ne se donnera pas les moyens législatifs
pour agir puis pour encadrer les entreprises de juridiction fédérale, c'est sûr
que ça n'arrivera pas, hein? Ça n'arrivera pas. Mais si, par contre, on le
fait, on légifère puis on défend nos compétences, bien, ça va arriver. Mais
c'est sûr que, si on reste assis, deux mains en dessous nos fesses, puis qu'on
fait juste des discours, pas grand-chose qui va bouger.
Alors, voyez-vous la différence d'approche?
Donc, je reconnais au député de Matane-Matapédia qu'il veut défendre la langue
française, je le remercie pour son appui, son dévouement, son engagement en
faveur de la langue française, que je reconnais, qui est sincère et légitime,
et des membres de sa formation politique. Il est tout aussi sincère et intègre
de notre côté. La différence, c'est dans l'application. Comment est-ce qu'on
fait pour s'assurer que les choses arrivent puis que ça change, Mme la
Présidente? Elle est là, la différence fondamentale...
Bérubé : Non, il y
en a une autre.
M. Jolin-Barrette : ...entre notre
formation politique et la sienne.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre.
Bérubé : Mme la
Présidente...
Présidente (Mme Guillemette) :
M. le député de La Pinière, il reste une minute au député de Matane-Matapédia,
et je vous cède la parole après.
Bérubé : Vous ne
voulez pas manquer ça.
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le député de Matane-Matapédia, une minute.
M. Bérubé : Donc, ça serait les
discours, de notre côté, versus l'héritage du ministre qu'on attendait depuis
tant d'années. Il fallait qu'il arrive à l'Assemblée nationale pour que ça
arrive. Je remercie les électeurs de nous l'avoir envoyé pour l'Assemblée
nationale.
Je le mets au défi de nous dire, maintenant, au
«je», pourquoi lui est contre la mesure de français au cégep? Pas «notre
gouvernement», pas «nous», lui. Je le mets au défi. Et, s'il le fait, je
m'engage à financer une organisation communautaire dans sa circonscription,
1 000 $. Alors : Pourquoi je suis contre? Il y a le mouvement
nationaliste qui a hâte de vous entendre là-dessus. On a le temps.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, on ne fait pas du marchandage, et j'invite...
M. Jolin-Barrette : Et j'invite le
député de Matane-Matapédia à... s'il souhaite investir dans un organisme
communautaire de ma circonscription, qu'il le fasse, je pense que ça serait un
beau geste de solidarité de sa part. Et la position du gouvernement...
Bérubé : La vôtre.
M. Jolin-Barrette : ...elle est très
claire, et elle a toujours été...
M. Bérubé : La vôtre, la vôtre.
Jolin-Barrette : ...et elle a toujours été la même, et je pense que
c'est extrêmement important...
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le député, s'il vous plaît! C'est le ministre qui a la parole.
M. Jolin-Barrette : C'est
extrêmement important de faire ce que nous faisons, en mettant un gel de
places, comme l'amendement que nous avons déposé hier.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. M. le député de...
M. Bérubé : ...qui va le suivre
longtemps.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député de Matane-Matapédia. M. le député de La Pinière, la parole est à
vous.
Barrette : Vous voyez, là, si on était allés de l'avant avec
notre proposition d'il y a quelques jours, là, on aurait pu invoquer l'article 35 pour cruauté
intellectuelle politique, là. La torture du ministre par le député de Matane-Matapédia.
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le député, s'il vous plaît! Il n'y a que le député de La Pinière qui a la
parole présentement.
M. Barrette : Vous avez remarqué ça?
Ça ne le dérangeait même pas, parce que c'est amusant, parce qu'on n'a pas la
réponse.
La Présidente (Mme Guillemette) : Allez-y,
M. le député.
M. Barrette : Bien, si le ministre
veut répondre au député Matane-Matapédia sur le «je».
M. Jolin-Barrette : Bien, je viens
de répondre.
M. Jolin-Barrette : Je viens de
répondre.
M. Barrette : La phrase n'a pas
commencé par «je».
M. Jolin-Barrette : Mais j'aime
mieux être inclusif et avoir un «nous» inclusif.
M. Bérubé : ... essaie de te croire,
Simon.
M. Barrette : Moi, c'est correct,
moi, là, je ne suis pas dans l'échange. Je trouve ça juste amusant. Non, mais
il faut qu'on s'amuse, quand même, en commission parlementaire.
Maintenant, pour le député de Matane-Matapédia
et aussi pour le ministre, avant qu'il nous envoie sarcastiquement plein de
commentaires, là, je m'en vais lire — juste une petite seconde, Mme
la Présidente — ce
que notre cheffe a dit, c'est très clair et c'est rapporté comme ça
aussi : «Le projet de loi n° 96 va trop loin, et, dans sa mouture
actuelle, on ne peut pas l'endosser.»
Comme le député de Matane-Matapédia ainsi que le
ministre ont une capacité intellectuelle suffisamment développée, et je fais un
commentaire positif, je pense qu'ils peuvent comprendre ici le sens du mot
«dans sa mouture actuelle». Bon, c'est la raison pour laquelle il y a des
travaux parlementaires, ce n'est pas dur à comprendre, ça, vraiment pas dur à
comprendre. Et nous, évidemment, bien, on n'a pas une bonne position... on ne
fait pas partie, nous autres, des radicaux solidaires, là, on n'essaie pas de
passer par la porte d'en arrière pour faire une affaire ou une autre, là, on
n'est pas comme ça.
Alors, Mme la
Présidente, je trouve que... Et ce qui m'amuse là-dedans aussi, Mme la
Présidente, c'est que j'ai déjà entendu des collègues nous dire :
Bien là, on n'est pas sur l'amendement, on n'est pas sur ci, ta, ta, ta, en
voulant dire : On perd notre temps. Là, on en a perdu pas mal, de temps,
là, mais c'est amusant. Alors, tant mieux, Mme la Présidente.
Je veux juste poser
une question au ministre, puis après ça, là, si le ministre veut voter, là, je
n'ai aucun problème, personnellement, à moins que ma collègue ait un problème,
là. Un des problèmes qu'il y a, dans toute étude détaillée, dans tout projet de
loi, ce sont les surprises. Là, j'écoute les échanges du ministre. Comme, hier,
on a eu une surprise, on a eu la surprise de l'amendement, alors personne ne
l'avait vu venir comme ça. Il n'est pas nécessairement contraire à la
philosophie de la CAQ, mais il vient faire quelque chose de plus qui était non
annoncé, qui était l'impossibilité de croissance, puis qui, elle, n'est pas
assez suffisante, là. Cette impossibilité-là, là, elle n'est même pas bonne pour les radicaux solidaires. O.K., au moins, leur
opinion est claire, même si elle est très, très facile à battre, là. Nous, on a trouvé que c'était une surprise
négative, dans une optique où on dit : Bien là, dans la mouture actuelle,
là... Bon.
j'écoute les échanges avec le député de Matane-Matapédia. Et c'est intéressant
parce que, veut veut pas, là, en écoutant
ça à répétition, parce que ce n'est pas la première fois que ça se passe... Et
j'ai même souligné la qualité oratoire du député Matane-Matapédia et la précision de sa pensée, quoique des fois
il y a des coins qui sont tournés un petit peu rond, comme affirmer que
nous allons voter contre, alors que c'est écrit que très clair, dans le tweet
de la cheffe, que c'est «dans la mouture actuelle».
Est-ce que, là... Et là il peut parler au nom de
son gouvernement ou à son nom personnel, là, est-ce qu'on peut s'attendre
aujourd'hui, là, est-ce que le ministre
s'engage aujourd'hui... Ma question est très simple, puis la réponse devrait
l'être, et franchement
transparente : Est-ce que le ministre s'engage aujourd'hui à faire en
sorte que, lorsqu'on votera sur le projet de loi n° 96, il n'y aura
pas la surprise d'inclure les cégeps dans la loi 101? Il peut-tu prendre
cette position-là aujourd'hui?
M. Jolin-Barrette :
Votre question, c'est : Est-ce qu'on va étendre la loi 101 au
cégep?
M. Barrette :
Oui, c'est ça... Non, ma question, elle est plus précise. Oui, c'est ça,
pour le sujet. Maintenant, ma question est : Ça, ce sujet-là, est-ce qu'on
a l'assurance, aujourd'hui, qu'il n'y aura pas de manoeuvre de dernière
seconde, et, quand on va se lever en Chambre, là, le ministre ne sera pas
arrivé avec, à la dernière minute : Nous incluons la loi 101 au cégep
ou le cégep à la loi 101?
M. Jolin-Barrette :
Bien, je ne peux pas être plus clair de ce que j'ai dit, notamment hier et
depuis toujours, à l'effet que la position du gouvernement est de mettre un
plafond et de laisser le libre choix.
M. Barrette :
Puis c'est correct, mais...
Jolin-Barrette : C'est ce que nous faisons. Et l'amendement... Et je
suis un peu surpris, Mme la Présidente, parce qu'on nous dit : Ah! on est
surpris de l'amendement. Voyons donc! Vous m'avez présenté hier un
article de
journal, imprimé, qui date de juin 2021, qui dit qu'on va faire un gel dans les
cégeps anglophones. Là, là, vous me dites, à matin : On est surpris. Vous
n'êtes pas surpris, vous le saviez.
M. Barrette :
Ce n'est pas la même chose, Mme la Présidente...
M. Jolin-Barrette :
Bien oui, c'est la même chose. Juste une précision, Mme la Présidente...
Mme Ghazal :
J'ai le droit de suspendre puisqu'il y a un vote. Oui, s'il vous plaît.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Il y a un vote, donc nous devons suspendre
parce qu'il y un vote.
M. Barrette :
Mme la Présidente, il n'y a pas de problème.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député de La Pinière. Ce sera votre tour immédiatement au retour.
(Suspension de la séance à
12 h 54)
La Présidente
(Mme Guillemette) : Donc, la commission reprend ses travaux.
Mais, compte tenu de
l'heure...
La Présidente
(Mme Guillemette) : S'il vous plaît! S'il vous plaît!
Compte tenu de
l'heure, je suspends... la commission suspend les travaux jusqu'à
14 heures. Donc, bon appétit, tout le monde. Merci.
(Suspension de la séance à
13 heures)
La Présidente (Mme Guillemette) : Votre
attention, s'il vous plaît! La Commission de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux.
Nous sommes à l'étude
détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la
langue officielle et commune du Québec, le français.
Lors de la suspension, ce matin, de nos travaux,
nous étions à l'étude du sous-amendement, à l'article 58, de Mme la
députée de Mercier. Et je vais céder la parole au député de La Pinière.
M. Barrette : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Ce matin, quand on s'est quittés, j'avais abordé un sujet qui
faisait suite aux multiples échanges qui avaient eu lieu entre la... Québec
solidaire, avec sa proposition que je considère assez radicale, et le Parti
québécois, et je disais au ministre la chose suivante, je vais le redire pour
situer les gens.
Quand on regarde le déroulement des travaux et
quand on regarde ce qui s'est passé hier, en ce qui a trait à l'apparition d'un
amendement qui allait plus loin que ce qui était évoqué précédemment, alors
j'ai dit au ministre : Bien, quelque part, il y a bien des gens qui sont
très inquiets que, dans la dynamique actuelle qu'il y a entre les formations
politiques... que le ministre arrive à la dernière minute, parce qu'il a le pouvoir
de faire ça... qu'il arrive avec une... je ne dirais pas «une manoeuvre», là,
parce que le ministère n'aimera pas le mot, mais avec une procédure, on va
dire, d'abord, là, qui vient imposer la loi 101 au cégep. Bon, puis là le
ministre nous dit : Non, non, non, vous voyez bien dans le projet de loi,
actuellement, que ce n'est pas ça.
O.K., bien, c'est parce que, jusqu'à hier, à peu
près 17 heures, là, on voyait bien qu'il y avait une croissance, par
exemple, de l'effectif en fonction de la croissance de la population dans le
réseau anglophone. Puis hier, à 17 heures, grosso modo, ça s'est fermé, la
porte s'est fermée de façon, disons, surprenante. Bon, c'est sûr que ça peut
faire plaisir à des formations politiques plus radicales, c'est une vision peut-être
plus orange des choses, mais c'est là pareil, ça s'est passé puis ça pourrait
se passer encore.
Alors, Mme la Présidente, j'ai dit la chose
suivante au ministre : Comme ça ressemble à un scénario... Ah oui! je me
rappelle avoir dit aussi que le ministre, lui, dans le choix qu'il avait fait
des groupes à être consultés en consultation publique, là, ceux qui venus, son
choix, de sa formation, c'étaient tous du monde qui sont venus lui reprocher de
ne pas faire ça. Alors, peut-être que le ministre serait enclin à écouter ces
gens-là qui sont relayés avec beaucoup d'énergie et de conviction par le député
de Matane-Matapédia. Et j'ai dit au ministre : Si vous n'allez pas faire
ça, pourquoi ne pas le dire maintenant : Notre formation politique, on
s'engage à ce que, d'ici au vote, incluant le jour du vote, il n'y a pas de
manoeuvre, procédure, geste qui amènerait à ça, nous n'allons pas appliquer la
loi 101 au cégep? Est-ce qu'il pourrait faire cet engagement-là?
Et là, nous
avons fait une pause, et nous revenons de la pause, et la question que je pose,
c'est : Il a-tu une réponse?
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, la position du gouvernement, elle est très claire, et ce, dès que
j'ai déposé le projet de loi, notre
intention et notre volonté est de plafonner le nombre de places dans les
établissements collégiaux anglophones. C'est ce que nous avons fait. Et
d'ailleurs ce n'est pas une surprise pour personne, l'amendement d'hier soir,
considérant le fait que la ministre de l'Enseignement supérieur avait annoncé
elle-même un gel, en juin 2021.
Donc, pour nous, c'est très clair que le choix
que nous faisons n'est pas d'étendre la loi 101 au cégep, mais plutôt
d'avoir un plafonnement du nombre de places et de limiter le facteur de
croissance des établissements collégiaux anglophones. Il n'y a pas de surprise
là-dedans, Mme la Présidente, c'est ça, la position du gouvernement, ça l'a
toujours été. Le PQ voudrait que j'applique la loi 101 au cégep, j'ai dit
non; on a voté, hier, non là-dessus. Québec solidaire,
eux, c'est sur la formule de financement, qui aurait pour effet d'appliquer la
loi 101 au cégep également. Vous, c'est : On laisse ça comme
c'était puis comme que c'est.
Mais d'ailleurs, manifestement, j'ai constaté
que votre cheffe a indiqué très clairement que votre formation politique allait
voter contre le projet de loi. Alors, on se retrouve dans une situation où le
Parti libéral est, encore une fois, comme en 1977, en train de dire aux
Québécois : La protection de la langue française n'est pas importante, et
on ne veut pas qu'il y ait des outils législatifs pour la protéger. C'est le
message que je reçois aujourd'hui, là, de la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne
puis de la cheffe de l'opposition officielle.
Je trouve ça très malheureux, je trouve ça très,
très, très malheureux que la cheffe du Parti libéral fasse encore, à nouveau,
une erreur historique. Le choix qu'elle fait, à
titre de cheffe, il est
malheureux et il doit être dénoncé. Plutôt que de se ranger du côté de la
défense du français, elle décide de dire : Non, le Parti libéral, encore
une fois, ne déploiera pas ses énergies à défendre la langue française. C'est
le choix de la cheffe, c'est le choix de la cheffe. Je ne dis pas que le député
de La Pinière est d'accord avec ça, mais, comme on dit, c'est le choix de la
cheffe.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. M. le député.
M. Barrette : On se croirait dans
une épicerie, le choix du président.
Barrette : Effectivement.
Alors, Mme la Présidente, normalement, je ne prendrais pas de temps, s'il n'y
avait pas des faits à rectifier, alors je vais les rectifier. Bon, je l'ai dit
ce matin, j'ai même dit que je faisais mon intervention pour ne pas enjoindre
le ministre à ne pas faire ce genre de commentaire là. Alors, je vais le
redire. Je n'ai pas besoin de le relire, c'est facile à se rappeler, le
ministre devrait s'en rappeler, ma cheffe, la cheffe de notre formation, a
dit : «Dans sa mouture actuelle». Ce sont les mots prononcés, ils sont sur
Twitter, ce n'est pas subtil : «Dans sa mouture actuelle».
Ça ne veut pas dire que c'est une position définitive, ça veut dire : dans
sa mouture actuelle. Donc, il y a un intérêt, pour nous, comme formation
parlementaire, à continuer à travailler sur la mouture, c'est aussi simple que
Maintenant, Mme la Présidente, le ministre nous
dit qu'on va voter comme en 1977. Je suis allé voir le vote, puis ça m'a
beaucoup surpris. Parce que, vous voyez, j'étais jeune, en 1977, j'avais
21 ans, alors je ne comptais pas les votes, ce n'était pas... Vous savez,
à 21 ans, on ne regarde pas ça, là. Bien, peut-être que le...
M. Barrette : Bien oui, je
comprends, je savais qu'il allait dire ça, et ça ne me surprend pas. Je l'ai
dit à la période des questions, ce matin, le
ministre a un intérêt, sur l'histoire parlementaire, très prononcé. C'est un
compliment, ce n'est pas une critique. Alors, ça ne me surprend pas qu'il me
réponde ça, qu'à 21 ans il regardait ça. Mais la formation qui est
l'ancêtre de la CAQ, l'Union nationale, a... l'Union nationale a voté
totalement contre.
Et j'ai constaté quelque chose, Mme la
Présidente, qui m'a beaucoup intéressé, c'est qu'au Parti québécois, qui se
présente toujours comme étant le porte-étendard unanime et tous... contre
tous... tu sais, ce n'est pas les trois mousquetaires, c'est les
72 mousquetaires, là, il y a quand même 20 personnes qui n'étaient
pas là, là, sur 72, je pense, qui n'ont pas voté. C'est beaucoup, c'est
25 % de leur...
M. Jolin-Barrette : En 1977.
M. Barrette : Non, non, non, il y a
20 personnes qui n'ont pas voté, qui n'ont pas enregistré leur vote.
M. Jolin-Barrette : En 1977.
M. Barrette : Qu'est-ce que j'ai
dit?
M. Jolin-Barrette : En 1972.
M. Barrette : Je m'excuse, Mme la Présidente,
c'est un lapsus, parce que j'ai effectivement le 26 août, de mémoire, 1977.
Alors, les travaux étaient repris, là, techniquement, et l'ancêtre de Québec
solidaire, l'Union nationale, pas avec le chef... pas Québec solidaire, mais de
la CAQ... Mais j'aime ça le dire.
M. Jolin-Barrette : Juste pour un
peu d'histoire politique, dans le fond, quand le député de La Pinière
dit : Les travaux avaient repris, c'est parce qu'à l'époque ils ont siégé
tout l'été sur le projet de loi, et donc le calendrier parlementaire était
distinct que... celui que nous connaissons aujourd'hui. Un point d'information
pour le député de La Pinière, oui, je m'intéresse depuis fort longtemps aux
questions importantes qui gouvernent notre société puis notre nation puis je
trouve que ça devrait être valorisé.
M. Barrette : Bien, je n'ai pas
de problème avec ça.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, M. le ministre. M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Merci. Alors
donc, le parti qui était l'ancêtre de la CAQ, ou du moins on pourrait le
qualifier... la muse, hein, beaucoup de gens font le lien entre un chef de
parti célèbre de l'Union nationale, dans le passé, bien, ils ont voté contre.
C'est quand même étonnant, l'Union nationale qui était nationaliste, dans une
certaine, pas mal, mesure, ils ont voté contre.
Et le Parti québécois, j'aimerais bien ça... Je
ne comprends pas, là, pour une affaire aussi historique et importante, qu'il y
en ait eu 20 qui n'étaient pas là, là. C'est 25 % de son électorat, à
l'époque. C'est étonnant. Moi, je trouve ça étonnant. Il y en a eu aussi dans
l'autre gang, là, juste quatre. Alors, que s'est-il passé? Est-ce qu'on peut
présumer que les gens qui ont voté... qui n'étaient pas là, ils étaient contre?
Qui sait? Ça veut dire qu'il y aurait 25 % du PQ de l'époque qui avait été
contre, mais pas mal toute l'Union nationale, qui était aussi avec les libéraux
et le Parti créditiste. Mais ça, c'est une autre affaire. Alors, ça, c'est
juste pour le point de forme historique, là.
Alors donc, Mme la Présidente, ce n'est pas
bien, bien compliqué, nous, on regarde ça puis on fait cette demande-là au
ministre simplement parce que, si c'est si clair, pour le ministre, que ça
n'arrivera pas, bien, pourquoi ne pas le dire maintenant? Parce que, nous, si
c'est si clair, on est heureux. Mais, comme on a eu une surprise...
Le ministre a encore dit, là, que nous autres,
on avait ce qu'on voulait, on avait ce qu'on voulait parce qu'on avait un
montant fixe puis qu'il y avait un plafonnement. Il dit : Le Parti
libéral, vous étiez d'accord avec le plafonnement. Mais on n'a jamais dit qu'on
était d'accord avec un plafond qui baissait. C'est comme dans les films de
science-fiction ou les films de peur de série Z, là, où les murs se rétrécissent,
et la personne, dans la dernière seconde, va réussir, par un pouvoir
quelconque, à sortir de là. Malheureusement, dans la vie parlementaire, on
n'arrive jamais à sortir de là. Alors, on n'a jamais dit ça, nous autres là,
là, on n'a jamais dit qu'on était en accord avec un plafond qui baissait.
Alors, nous, on était d'accord avec un plafond qui suivait la croissance de la
population.
C'est sûr que, les
positions radicales de Québec solidaire, qui passent par le financement pour
faire la loi 101 en 2032... Je l'ai dit tantôt, je l'ai dit tantôt, Mme la
Présidente, j'aime bien mieux les positions claires, même si je ne suis pas
d'accord, de Matane-Matapédia qui dit : C'est maintenant, bang! puis c'est
ça que je veux, plutôt que de passer par toutes sortes de
circonvolutions, là, radicales pour arriver à la même affaire en 2032. Mais ça,
Québec solidaire, on est habitués.
Moi,
je me rappelle Jean-François Lisée, dans la dernière campagne électorale, qui
avait sorti le manifeste, là, qui est
disparu, depuis, de l'Internet, où Québec solidaire prenait possession,
essentiellement, de tous nos REER pour pouvoir faire je ne sais pas
quoi. Je veux dire... Mais, tu sais, ça, c'est le parti qui... Je suis sûr
qu'ils n'aiment pas ça se faire dire qu'ils
sont radicaux. Mais, quand je pense à Québec solidaire, je pense toujours à
Amir Khadir puis ses souliers, quand il se promenait devant un magasin
puis il garrochait ses souliers pour toutes sortes de raisons de politique
étrangère.
Mais,
Mme la Présidente, je digresse, là. On est en dehors, évidemment, du projet de
loi. Alors, je demande encore une
autre fois au ministre : Qu'en pense-t-il? Ne devrait-il pas... Qu'est-ce
qu'il y a de si risqué de dire ça, là, de s'engager?
La Présidente
(Mme Guillemette) : Merci, M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, je pense avoir répondu à la question, déjà, préalablement,
en disant que la position gouvernementale, elle était claire, et ce, au moment
où on a déposé le projet de loi et avec les indications de la ministre de
l'Enseignement supérieur. Et on donne suite à ça très clairement. Alors, notre
position est à l'effet d'amener un plafond au niveau du collégial anglophone et
de ne pas avoir de facteur de croissance. Ça ne peut pas être plus clair que
ça, alors... Et hier j'ai même voté contre un amendement qui étendait la
loi 101 aux cégeps. Donc nous, on maintient le libre choix.
Autre point. Là, je
comprends que ça préoccupe beaucoup le député de La Pinière, le fait que ses
REER soient à l'abri du contrôle de Québec solidaire. Je le comprends. Donc,
ses REER pourront être convertis en FERR, dans quelques années, et je crois
qu'il pourra les conserver. Donc, le voilà rassuré.
Et pour ce qui est de
l'Union nationale, écoutez, en 1976, là, ce n'était pas l'équipe historique des
bleus, hein? C'était rendu le PQ. Mais là l'équipe des bleus, c'est la CAQ.
Vous, c'est l'équipe des rouges, puis l'équipe des rouges, bien, c'est ça, des
fois, ils prennent des mauvaises décisions, comme celle de la cheffe de
l'opposition officielle, aujourd'hui, de dire qu'on n'appuiera pas le projet de
loi n° 96, de renoncer à tout le travail qui a été
fait par la députée de Marguerite-Bourgeoys, avec les amendements qui ont été
apportés, avec une volonté sincère de la députée de Marguerite-Bourgeoys de
faire avancer la défense du français. On constate que la cheffe de l'opposition
officielle, elle, pour on ne sait quelque raison, informe son caucus que son
caucus va voter contre le projet de loi. Je trouve ça bien malheureux, bien
malheureux.
Puis surtout, aussi,
moi, je ferais attention, si j'étais le député de La Pinière, parce que...
lorsqu'il dit : La CAQ, la CAQ, la CAQ. Il en a fait partie, Mme la
Présidente. Puis, savez-vous quoi, aujourd'hui, je le sens nostalgique,
honnêtement, je... Comment je pourrais dire? Vous savez, ça arrive parfois
qu'on a des regrets mais on a de la difficulté à se les avouer. Puis, dans, parfois... ce que je pourrais qualifier
d'acharnement, un peu, ou d'une vindicte à l'endroit du gouvernement, je sens un désir profond et sincère,
au fond du député de La Pinière, de dire : Bien, oui, je me suis
trompé, je n'aurais pas dû aller avec le
Parti libéral, je ne me reconnais pas, ce n'est pas ma famille politique, je
n'aurais pas dû faire ça.
Alors je comprends,
puis j'ai beaucoup d'empathie pour ça. Puis j'accueille ces propos, j'accueille
avec bienveillance, je le dirais, donc, cette position-là. Puis malheureusement
on ne peut pas refaire l'histoire. C'est sûr qu'en rétrospective, peut-être, le
député de La Pinière pense que ça n'a pas été un bon choix, en 2014. Mais il
peut savoir que, nous, pour nous, ça n'a pas changé grand-chose, puisqu'on
l'apprécie toujours autant. Puis on accepte que les gens puissent faire des
erreurs, puis on accepte l'erreur du député de La Pinière dans son choix de
carrière.
Qu'est-ce que vous
voulez que je vous dise, Mme la Présidente? Nous, on est cohérents avec la
politique linguistique qu'on met en place. Le Parti libéral avait dit qu'il
était pour la défense du français. Là, ils nous ont annoncé, par le biais de la
cheffe de l'opposition officielle, qu'ils étaient contre un renforcement des
mesures pour protéger le français, pour freiner le déclin, en annonçant... et
ça pour l'agrandissement du cégep de Dawson, Mme la Présidente, là. C'est ça,
là, le coeur, là, de la politique linguistique du Parti libéral. Ils veulent
que Dawson s'agrandisse, puis c'est pour ça qu'ils vont voter contre le projet
de loi n° 96.
Je trouve ça
malheureux, parce qu'il y a tellement de mesures dans le projet de loi. On peut
être contre une mesure, dans le projet de loi, mais là vous prenez le bébé et
vous le jetez avec l'eau du bain. C'est un choix qui est fait par le Parti
libéral, un choix déplorable, comme en 1977. Écoutez, en 1977, là, ils étaient
d'accord avec la Sun Life, là. Puis là, aujourd'hui, ils disent : Ah! on
est d'accord avec la loi 101, tout ça.
Le député de Matane
Matapédia parlait de la profondeur des convictions, tantôt. Est-ce que, pendant
ces quarante quelques années là, c'est une véritable conviction, la défense du
français, pour le Parti libéral du Québec? Je comprends que le député de La
Pinière, il est mal à l'aise avec la position de sa cheffe. Et honnêtement, Mme
la Présidente, le député de La Pinière n'a rien à perdre, parce qu'il nous a
annoncé qu'il terminait son mandat. Puis il a bien servi le Québec pendant huit
ans, comme député, comme ministre, il a fait des efforts, je crois, sincères,
comme tout le monde qui occupe des charges ministérielles.
Jolin-Barrette : Louables. Puis, je dois dire, ça n'a pas dû être
facile non plus, parce qu'il voulait mettre en place d'importantes réformes, et
là il se retrouve dans une situation où il aurait certainement une très grande
liberté de dire : Je vais voter pour la défense du français, je vais voter
pour le projet loi n° 96. Libérez-vous de vos
chaînes, libérez-vous des libéraux, M. le député de La Pinière, vous avez cette
possibilité-là. Libre à vous. Il n'y aura aucune conséquence, aucune. Puis
savez-vous quoi, je pense que tous les parlementaires ici vont dire... vont
vous féliciter d'avoir fait vos propres choix. Puis on sait que vous êtes
capable de le faire.
La Présidente (Mme
Guillemette) : Merci, M. le ministre. Je rappelle qu'on est sur le
sous-amendement de Mme la députée de Mercier.
Barrette : ...à quel point j'aime les échanges avec le député
de Matane-Matapédia. J'aime plus ça quand le député de Matane-Matapédia torture le ministre, parce que, comme le député
de Matane-Matapédia connaît bien les gens qui sont en face de lui, parce qu'on sait qu'il y a une espèce de filiation
quasiment biologique, là, génétique entre les deux formations, je le sais que le député de Matane-Matapédia
vise dans le mille. Puis ça, ça me fait toujours plaisir de voir ça.
Et là il y a un autre principe, en psychologie,
Mme la Présidente, qui est celui de la projection. Alors là, le ministre,
ici, vient de faire beaucoup, beaucoup, beaucoup de projection. Je l'apprécie.
Il y a un fond là-dedans qui est bien correct, là. Il me fait des compliments,
mais il exprime ses souhaits. Je comprends aussi qu'il souhaite que je revienne
chez eux. Je le comprends. C'est une invitation cordiale, mais on n'est pas là,
là, Mme la Présidente. Prenez-le pas mal, vous personnellement, là, mais on
n'est pas là.
Mais puisque nous sommes chaleureusement dans la
même conversation et dans la même description, je retiens aussi qu'il a dit
qu'il était le bleu de l'époque, là. Ça fait que, donc, c'est comme s'il nous
confirmait, là, qu'il y avait vraiment une filiation avec l'Union nationale
puis Maurice, tant qu'à faire, là. Tu sais, écoute, c'est une admission, là,
qui venait des tripes, là. Quand il nous a dit ça, là, que : C'est nous,
aujourd'hui, l'Union nationale. Alors, c'est correct. On l'avait compris, là,
celle-là.
Mais revenons à l'amendement ou, du moins, à la
question que j'avais...
La Présidente (Mme Guillemette) : Le
sous-amendement.
M. Barrette : Le
sous-amendement. C'est vrai, je n'arrête pas, hein? Mais soyez attentive, je
vais en refaire encore, faites-vous-en pas. Alors bon, donc, le ministre, là...
parce que dans les choses que je dois préciser, le ministre nous dit, il l'a
encore dit, là : C'est ce que vous vouliez. Non. Le ministre nous a encore
dit : C'était clair, au dépôt du projet de loi. Non, ce n'était pas clair,
au projet... au dépôt du projet de loi, qu'il allait y avoir un plafonnement
dont le plafond — c'est
un pléonasme, mais permettez-le-moi — allait baisser. Ce n'était
pas clair, ça. À moins que nous autres, on soit absolument analphabètes
politiquement, là. Ce n'est pas écrit dans le projet de loi : Nous allons
mettre un plafond, parce que vous êtes d'accord avec, puis on va le faire
baisser. Ce n'est pas ça, là.
Alors là, le ministre, lui, prend tout le temps
cet argument-là. Ça fait que j'espère qu'il ne sera pas surpris si je lui
dis : Bien, s'il ne s'engage pas puis il ne veut pas, bien, c'est
peut-être qu'on a raison d'être un petit peu paranoïaques puis se dire :
Dans le fond, on est peut-être dans une grande pièce de théâtre où on s'est
arrangés avec les radicaux solidaires et le Parti québécois pour arriver, à la
fin, Mme la Présidente, puis dire : Regarde, on fait tout ça, ce show-là,
mais inquiétez-vous-pas, à la fin, on va mettre les cégeps dans la
loi 101. Est-ce que je me trompe? Est-ce que je vois, dans les yeux du
ministre, que c'est ça, leur plan?
M. Jolin-Barrette : Juste
une question de compréhension et d'appréciation : Est-ce que, pour le
député de La Pinière... est-ce que toute personne qui a été membre de
Québec solidaire est un radical?
M. Barrette : Je vois
exactement où il voit... où il veut aller. La réponse, c'est non. Il fut un
temps où Québec solidaire était composé d'une personne sensée et puis d'une
personne radicale. La personne sensée est
partie et la personne radicale aussi,
et sont arrivées de nouvelles personnes.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Attention... On fait attention à nos propos, s'il vous plaît.
M. Barrette : ...faire
attention, là.
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
vous reste 20 secondes, M. le député.
M. Barrette : J'ai terminé, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci
beaucoup.
M. Barrette : S'il veut, le
ministre, que je continue, je peux continuer, mais je pense avoir été assez
clair.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci
beaucoup, M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Assez
clair. Et l'histoire nous a enseigné que, parfois, le Parti libéral du Québec a
fait des bons choix, de bons choix. En 1988, là, quand l'arrêt Ford de la Cour
suprême survient, là, le Parti libéral avait fait un bon choix d'utiliser la
disposition de souveraineté parlementaire. Malheureusement, en 1993, ils ont
fait un mauvais choix. Mais ça peut arriver,
parfois, que, dans cette formation politique là, il y a des moments de
lucidité. Ça peut arriver. Honnêtement, il faut les saisir au moment
opportun puis bien les encapsuler, là, parce qu'ils ne sont pas fréquents.
Mais j'avais espoir, dans le cadre du projet de
loi n° 96, que ce moment de lucidité là serait
présent. Vous m'en voyez déçu, Mme la Présidente, avec l'annonce de la chef de
l'opposition officielle, aujourd'hui, qui a fait son choix, qui a fait son lit
contre la défense et la protection de la langue française, en n'appuyant pas le
projet de loi n° 96.
Honnêtement, c'est un
projet de loi pragmatique qui touche toutes les sphères de la société et qui
aura un impact durable sur le déclin du français, au-delà de ne pas avoir agi,
en 2014‑2018 , malgré les indicateurs linguistiques que vous aviez, comme on
dit, vous avez une chance de vous reprendre, puis là, la cheffe de l'opposition
officielle dit : Non. Non, je ne veux pas agir sur la question du
français. Je trouve ça triste, Mme la Présidente, vraiment triste.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre. Je cède la parole au député de Matane-Matapédia pour
50 secondes. M. le député, et ensuite ce sera Mme la députée de Mercier.
M. Bérubé : Mme la Présidente,
tout à l'heure, le ministre a dit que... il parlait de Dawson. Dawson, c'est
une conversion récente de la part de la CAQ.
Est-ce que ça devrait être suspect? Est-ce qu'on devrait se questionner? Ils
viennent d'avoir cette réflexion-là. Je le reprends à son propre jeu. Ils
viennent de décider en se disant : Bon, il faut jeter du lest.
Quant au député de La Pinière, qui
questionne la présence des députés ou non selon les votes importants, je lui ferai remarquer, à lui, le médecin, que, lors de
la loi n° 52, du vote de mourir dans la dignité, 22 de ses
collègues ont voté contre cette
loi-là, et que le Parti libéral continue d'en faire la promotion. 22. Zéro au Parti québécois. On a tous voté pour.
Alors, je tiens à le noter pour sa gouverne.
C'est une loi importante. Ils s'en font les fiduciaires, comme la loi 101.
Je veux bien croire que c'est des convictions personnelles, mais ça teinte, ça
teinte ce parti-là au plan moral, au même
titre que le Parti conservateur du
Canada. Merci.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député.
La Présidente (Mme Guillemette) : Il
ne vous reste plus de temps, M. le député.
M. Bérubé : ...réaction.
La Présidente (Mme Guillemette) : Prochain
20 minutes. Donc, Mme la députée de Mercier.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme Guillemette) : Oui.
M. Jolin-Barrette :
L'article 213
s'applique-tu ici?
M. Jolin-Barrette : Sûrement,
suite à une intervention.
La Présidente (Mme Guillemette) : Sur
un droit de réplique?
M. Jolin-Barrette : Oui.
J'aimerais poser une question au député de La Pinière.
La Présidente (Mme Guillemette) : S'il
y a consentement. On peut tout faire avec le consentement.
M. Jolin-Barrette : Consentement.
M. Barrette : ...pas consentement.
M. Jolin-Barrette : J'aimerais
savoir ce que pense le député de La Pinère de l'intervention du député de
Matane-Matapédia.
M. Barrette : Mme la
Présidente, est-ce que j'ai le temps? Est-ce que je peux répondre?
La Présidente (Mme Guillemette) : Et
il n'y avait plus de temps.
La Présidente (Mme Guillemette) : Mais
là, si M. le ministre a posé une question...
Une voix : C'est ça, la règle.
M. Jolin-Barrette : Oui, la
règle, il faut que tu acceptes. Il faut qu'il accepte de répondre à la
question.
M. Barrette :
Non, non, j'accepte de répondre. Je vais répondre avec plaisir.
La Présidente (Mme Guillemette) : Mais,
M. le député de La Pinière, je vous dirais, une réponse courte, s'il vous
plaît.
M. Barrette : Elle va être
courte. Alors, Mme la Présidente, tout le monde, au Parti québécois, là, tout
le monde incluant le député de Matane-Matapédia, décrivent ce moment-là,
décrivent ce moment-là comme étant un moment monolithique de courage du plus
grand parti du Québec, le Parti québécois. Il y en avait quand même 25 %
qui avaient moins de courage, là.
Maintenant, pour ce qui est de l'aide médicale à
mourir...
M. Jolin-Barrette : ...Lady
Gaga?
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le ministre, s'il vous plaît.
M. Barrette : Alors, Mme la
Présidente, pour ce qui est...
La Présidente (Mme Guillemette) :
J'ai dit une réponse courte.
M. Barrette : Oui, oui. Pour ce
qui est de l'aide médicale à mourir, là, c'est un sujet qui est un sujet...
c'est le sujet par excellence de tous les sujets, qui est individuel. Et qu'il
y ait eu un vote libre, Mme la Présidente, c'était la chose à faire. C'était la
chose à faire parce que, je vais faire un parallèle, là, qu'il y ait, ici, des
gens qui croient au bon Dieu puis qu'il y en a d'autres qui n'y croient pas,
là, jamais l'un ne va convaincre l'autre. C'est personnel. Ça n'a rien à voir.
L'autre, c'est politique. Ça a tout à voir avec une formation politique. Et,
dans ce moment-là, là, le courage exprimé, décrit, rappelé ad nauseam par le Parti
québécois, il n'était pas très, très uniforme.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci. Une discussion très
intéressante, mais je nous ramènerais au sous-amendement de Mme la
députée de Mercier, à qui je vais céder la parole.
Mme Ghazal : Oui. Merci, Mme la
Présidente. J'ai...
Mme Ghazal : Oui,
merci. J'ai l'impression de rentrer dans une conversation entre petits gars,
hein? Les femmes, nous, on est quand
même pas mal sages, hein, dans cette commission puis... Mais ce n'est pas
grave. C'est tout à fait normal.
Moi, ça me réjouit qu'on qualifie mon amendement
et mon parti de radical parce que je connais très, très bien mon français, et,
radical, ça veut dire «qui tient à l'essence, au principe d'une chose, d'un
être; qui vise à agir sur la cause profonde» de ce que l'on veut modifier. Et
c'est exactement ce que sont les propositions de Québec solidaire. On veut agir
sur les causes profondes. On veut les corriger de façon... à long terme, pas
juste à courte vue.
Et, si je reviens à mon sous-amendement, c'est
exactement ce qu'il essaie de faire. Si on veut protéger le français au Québec,
si on veut que les jeunes aillent au cégep en français puis que ça soit
attractif, et non pas une... et non pas une obligation, bien, il faut voir le
financement. Et c'est exactement ce qu'il amène.
Et je veux juste corriger le ministre par
rapport au... quand il dit que ce qu'on veut, c'est appliquer la loi 101
dans 10 ans. Appliquer la loi 101, ça veut dire qu'on arrête le libre
choix. Ça veut dire que les jeunes n'ont pas le droit d'aller dans les cégeps
anglophones.
Avec ma proposition, c'est... ça serait toujours
possible, un peu comme la proposition du ministre, mais, au lieu d'arrêter à
17,5 % puis après ça réduire les pourcentages, notre objectif est
d'arriver au poids démographique de la
communauté anglophone au Québec qui va au cégep en anglais. Les allophones et
les francophones auront toujours le droit d'aller dans les cégeps
anglophones. Donc, il n'y aura pas une interdiction. Donc, ce n'est pas
appliquer la loi 101 au cégep, ni aujourd'hui, ni dans 10 ans, ni en
2032. Donc, voilà. C'est radical parce que ça va à la source, à la racine.
D'autres personnes pourraient dire, qui étaient
contre la réforme Barrette — excusez-moi
de l'appeler comme ça, c'est sa marque de commerce — d'autres personnes qui
étaient contre la réforme Barrette, la qualifier de radicale. Radicale, ça
serait un compliment à donner à cette réforme. Parce qu'elle a été extrémiste,
elle a été nuisible pour le Québec, et elle l'est encore aujourd'hui, et on en
paie le prix, elle n'est pas radicale du tout. Québec solidaire est radical
parce qu'on va à la source des choses. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
Mme la députée de Mercier. Donc, M. le ministre, oui.
M. Jolin-Barrette : Je prends
acte que Québec solidaire se déclare radical. Alors, alors...
M. Jolin-Barrette : ...alors, je
veux que ça soit enregistré au procès-verbal, Mme la Présidente. La députée de
Mercier affirme que sa formation politique est radicale, l'était, l'est
présentement, le sera. Alors, je suis sans mot.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci.
Mme Ghazal :
Pour un ministre de la Langue française qui ne va pas à la racine des mots
puis ce qu'elles veulent dire, je suis déçue. Je suis vraiment déçue. Radical,
c'est dans le sens de la définition que je l'ai mentionnée, et je suis déçue
qu'il trouve que ce n'est pas...
La Présidente
(Mme Guillemette) : Je nous ramènerais au sous-amendement, s'il
vous plaît, de la...
Mme Ghazal :
On est en train de qualifier le sous-amendement.
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, c'est quand même important parce que, pour les locuteurs
de langue française... Je comprends que la députée de Mercier indique dans quel
sens elle veut qu'on entende le terme «radical» et la définition qu'elle lui
donne, mais le public...
Mme Ghazal :
Pas que je lui donne, la définition.
M. Jolin-Barrette :
...la population entend très bien également. Et je vais laisser la
population comprendre ce qu'ils comprennent de la langue française, c'est que Québec
solidaire se déclare radical.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. D'autres
interventions? Mme la députée.
Mme Ghazal :
Mme la Présidente, bien, ce n'est pas la première fois. On a déjà donné la
définition de «radical». Ça veut dire aller
à la source des choses. Et, dans le sens que, moi, là, je parle aussi en plus
de mon amendement, je comprends que le ministre trouve que mon
sous-amendement est plus... va plus loin, si on prend le mot qui est utilisé
dans la population, est plus radical que ce qu'il amène dans la loi 101.
Donc, pour protéger le français, nous allons plus loin que la CAQ. C'est ce que
je comprends du ministre, et je suis d'accord avec lui.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Merci. Donc, d'autres interventions sur le
sous-amendement? S'il n'y a pas d'autre intervention, est-ce que le
sous-amendement de Mme la députée de Mercier est adopté?
Mme Ghazal :
Vote par appel nominal.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Vote par appel nominal. Mme la secrétaire,
s'il vous plaît.
Secrétaire : Veuillez répondre pour, contre ou abstention.
Mme Ghazal (Mercier)?
Secrétaire : M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette :
Contre.
La Secrétaire :
M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Contre.
Secrétaire : M. Émond (Richelieu)?
Secrétaire : M. Allaire (Maskinongé)?
Secrétaire : Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
Secrétaire : M. Poulin (Beauce-Sud)?
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
Le Secrétaire : M. Barette (La
Pinière)?
Le Secrétaire : Et madame... pardon,
Mme Guillemette (Roberval)?
La Présidente (Mme Guillemette) : Abstention.
Donc, l'amendement est rejeté.
Nous allons maintenant passer... bien,
retourner, en fait, à l'amendement de M. le ministre.
Mme David : Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Guillemette) : Oui.
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Il me semble que ça
fait des lunes qui ont passé avant qu'on retourne à ça. Donc, est-ce qu'on peut
savoir le temps qu'il nous reste à chacun? Parce que j'avoue que, moi-même, je
suis un peu perdue. Alors, votre... Mme Cameron va vous aider.
La Présidente (Mme Guillemette) : Quelques
minutes.
M. Jolin-Barrette : ...sur
l'amendement.
La Présidente (Mme Guillemette) : Sur
l'amendement, oui.
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys,
25 secondes.
Mme David : C'est ça que je pensais.
O.K. Puis le député de La Pinière?
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le député de La Pinière, 5 min 5 s.
Mme David : Ah! c'est ça. O.K.
La Présidente (Mme Guillemette) : Mme
la députée de Mercier, sept minutes et... Donc, 5 min 25 s, M. le
député de La Pinière.
M. Barrette : Alors, je peux y
aller?
La Présidente (Mme Guillemette) : Je
vous cède la parole.
M. Barrette : Merci, Mme la
Présidente. Vous savez, quand je reproche... Je l'ai dit ce matin, moi, j'aime
les choses qui sont précises et je déteste les imprécisions en politique et les
manigances. Dans le dictionnaire, Mme la Présidente, le mot «radical» peut être
utilisé comme adjectif et il peut être utilisé comme nom. Et, quand moi, je
l'utilise et que je parle des radicaux solidaires, évidemment, radicaux, c'est
un nom, et solidaires, c'est un adjectif. Et l'adjectif, bien sûr, ça fait
référence aux racines, aux sources, l'essence d'une chose, ce genre de chose
là, mais le nom «radical», Mme la Présidente, je vous donne la définition du
dictionnaire, en politique, ça veut dire : «partisan du radicalisme,
doctrine des partis radical et radical-socialiste, par exemple;
politique : partisan de l'extrême gauche politique aux États-Unis», par
exemple, ça s'applique bien ici; «chimie :
partie fondamentale ou
inchangée d'un composé chimique».
Je suis, comme le ministre, content.
J'enregistre aussi ma satisfaction de constater que la députée de Mercier
considère son parti comme étant composé de gens radicaux, comme dans le sens du
dictionnaire, radicaux solidaires.
Mme la Présidente, alors j'aurais un amendement
à... sous-amendement. Merci. Vous voyez, je vous l'avais prédit, que j'allais
le refaire. Je pense qu'il est sur Greffier.
La Présidente (Mme Guillemette) : On
va vérifier. Est-ce qu'il est sur Greffier, madame la... Oui. Donc,
l'amendement est déjà déposé sur Greffier. Je vous laisse nous le présenter.
M. Barrette : Oui, avec plaisir, Mme
la Présidente. Alors,
article 58. L'amendement proposé à
l'article 88.0.4 de la Charte de la langue française, introduit par l'article 58 du projet de
loi, est modifié par l'insertion de l'alinéa suivant :
«Le ministre doit, au plus tard le (indiquer
ici la date qui suit de trois ans celle de l'entrée en vigueur de
l'article 88.0.4 de la présente loi) et par la suite tous les cinq ans,
faire rapport au gouvernement sur les effets et la mise en oeuvre de [...] 88.0.4
et de la présente section.»
Alors, l'article tel
qu'amendé se lirait donc ainsi :
«Lorsqu'il détermine un [effet] total
particulier pour une année scolaire, le ministre s'assure que, pour cette année
scolaire, l'ensemble des effectifs totaux particuliers des établissements
anglophones n'augmente pas et n'excède pas la moindre des proportions suivantes
de l'ensemble des effectifs totaux particuliers de tous les établissements
anglophones et francophones :
«1° — de... pas «de», le «de» n'est
pas là — 17,5 %;
«2° la part de l'ensemble des effectifs totaux
particuliers pour l'année scolaire précédente des établissements anglophones
sur l'ensemble des effectifs totaux particuliers de tous les établissements
anglophones et francophones pour cette même année scolaire.
«Le ministre doit, au plus tard le (indiquer ici
la date qui suit de trois ans celle de l'entrée en vigueur de
l'article 88.0.4 de la présente loi) et par la suite tous les cinq ans,
faire rapport au gouvernement sur les effets et la mise en oeuvre de
l'article 88.0.4 et de la présente section.»
Alors, explications, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Guillemette) : Allez-y.
M. Barrette : Alors, on est dans un
article qu'on a déjà commenté. Je vais utiliser un mot que le ministre aime,
nonobstant tout ce que le ministre nous a dit à date, nonobstant tout ce qu'il
nous a dit, il n'en reste pas moins que le dépôt de projet de loi a été
présenté d'une certaine manière, a été amendé hier, et cet exercice-là, à
l'intérieur de cet article-là, est un exercice mathématique. Alors, il
m'apparaît tout à fait raisonnable qu'il y ait une évaluation périodique qui
soit faite, non pas une évaluation que je dirais... La visée de l'amendement,
là, n'est pas de faire une évaluation politique, même si ça peut mener à de la
politique, mais au moins de faire, au moins, au moins, je dis «au moins», pas
«exclusivement», une évaluation numérique, quantitative de l'évolution du
dossier.
Je vous rappellerai que je suis intervenu
précédemment, puis je n'ai pas eu de réponse précise à ça, définitive, du
moins, sur qu'est-ce qui allait arriver, par exemple, au devis d'un
établissement dans le sous-groupe des cégeps anglophones, par exemple. Il va y
avoir plein d'enjeux, Mme la Présidente, qui vont découler de ça. Ça va avoir
un effet, cette affaire-là. Le ministre va être content, là, du commentaire que
je fais là. Il va avoir un effet. Il veut un effet. Là, il va le qualifier, là,
ça, c'est normal, ça fait
partie du jeu parlementaire.
Alors, il m'apparaît normal qu'on puisse
rapidement... et, si on peut mettre en vigueur le projet de loi maintenant pour
la prochaine rentrée scolaire, parce qu'un peu plus loin, c'est ce qui est
prévu dans le projet de loi, je pense qu'il est tout à fait raisonnable d'exiger
d'avoir une première évaluation des effets de tout ça dans trois ans et aux
cinq ans, tout simplement.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le député. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, bien,
en fait, vous savez, c'est déjà prévu par le projet de loi que le Commissaire à
la langue française qui va être désigné aux deux tiers de l'Assemblée nationale
va faire le suivi. Donc, les articles 195 et 197 de la Charte de la langue
française qui sont introduits par l'article 113 du projet de loi prévoient
déjà que le commissaire va vérifier l'état des effectifs déterminés en vertu
des articles 88.0.4 et 88.0.5 et de leur respect par leurs établissements
concernés. Donc, ça, c'est à l'article 197 du projet de loi. Puis le
commissaire peut faire d'office les vérifications et les enquêtes qu'il juge
utiles à l'exécution de ses fonctions. Il peut faire une telle vérification ou
une telle enquête à la demande du gouvernement ou de l'Assemblée nationale.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci,
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Donc, le...
M. Barrette : Oui. Mme la
Présidente...
La Présidente (Mme Guillemette) : Allez-y.
M. Barrette : ...je n'ai pas de
problème avec les explications du ministre, je veux juste faire une
vérification, parce qu'il fait référence à l'article... il a dit...
M. Jolin-Barrette : 113, qui sont...
Dans le fond, l'article 113 introduit les articles 195 et 197 de la
Charte de la langue française pour les pouvoirs attribués au commissaire, et
notamment à 195... 197.3°, paragraphe 3°, on voit déjà que le commissaire doit
se pencher là-dessus. Donc, il produit annuellement...
M. Barrette : Mais, j'ai de la
misère à suivre, là, c'est 113 du projet de loi?
M. Jolin-Barrette : Oui,
l'article 113 du projet de loi.
M. Barrette : Mais là
l'article 113 est celui qui dit :
L'article 177 et le
titre IV? Ce n'est pas le bon, là, que je devrais avoir, là.
M. Jolin-Barrette :
Donc, l'article 113 introduit une série d'articles. Donc,
l'article 177 et le
titre IV de cette charte, comprenant les
articles 185 à 198, sont remplacés par ce qui suit, donc les mesures de
redressement.
Ensuite, quand vous
allez un petit eu plus loin, à la page suivante, vous tombez dans le
titre IV, Commissaire à la langue française,
chapitre I, Nomination,
chapitre II, Fonctions, pouvoirs et immunité. Ensuite, là, vous tombez à
l'article 195 et, supposons, l'article 197. 197, paragraphe 3° :
«Il fait état des effectifs déterminés en vertu des articles 88.0.4 et
88.0.5 et de leur respect par les établissements concernés.»
Et à 195, si on
revient, 195, paragraphe 3°... 193, oui : «...le
commissaire...», excusez-moi, alinéa 2, 193, deux : «...le commissaire
peut informer le public sur toute question relative à la langue française.»
Également, il peut faire des enquêtes sur «le respect des dispositions de la
section II du
chapitre VIII et du
chapitre VIII.1 [et] du
titre
Donc,
vous, ce que vous voulez, ça serait un rapport aux cinq ans, mais le
commissaire, annuellement, va pouvoir faire un suivi de la situation...
bien, en fait, va devoir faire un suivi en vertu de 197. Puis, à 195, c'est son
pouvoir habilitant de faire des enquêtes.
La Présidente
(Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. M. le député.
M. Barrette :
Mme la Présidente, je demanderais un consentement de suspendre juste pour
faire le tour ça, pour être sûr que je ne rate rien.
La Présidente