Culture and Education — 24 March 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CCE 2023-03-24
Quebec — Committees
Président (M. Fortin) : Bonjour! Bonjour, tout le monde. Je déclare la
séance de la Commission de la culture
et de l'éducation ouverte.
Nous sommes
réunis aujourd'hui afin de procéder à l'interpellation de la députée de
Saint-Laurent au ministre de l'Éducation sur le sujet suivant : les
angles morts du ministre de l'Éducation.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements ce matin?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, aucun remplacement.
Le Président (M. Fortin) : Merci.
Conformément à l'entente prévue pour la 43e législature, le deuxième
groupe d'opposition interviendra lors de la troisième et de la sixième séries
d'interventions. La séance ayant débuté à 10 h 01,
il y a consentement pour poursuivre au-delà de l'heure prévue? Oui? Oui, ça va.
Merci. Sur ce, Mme la députée de Saint-Laurent, la parole est à vous.
Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. M. le ministre,
bonjour, à l'équipe aussi qui vous accompagne. On a eu, d'ailleurs, l'occasion de se voir ensemble pas plus tard que
mercredi de cette semaine, lors de l'étude des crédits. Bonjour aux collègues députés. Bonjour à ma
collègue la députée de Mercier. Et merci aussi aux équipes qui m'accompagnent,
chère Alexandra, Florence et Mélissa, toujours bien présentes.
Alors, M. le ministre, vous avez présenté, le
26 janvier dernier, vos sept priorités en éducation : valorisation du français, voie rapide pour le brevet
d'enseignement, aide à la classe, projets particuliers plus accessibles,
formation professionnelle,
performance du réseau d'éducation et rénovation et construction d'écoles. Ça a
été vos sept priorités. Puis évidemment ce sont, je vous le dis très
franchement, des bonnes priorités.
L'enjeu que j'ai et que pourquoi je vous
interpelle encore une fois, c'est l'angle mort, et j'ose dire les angles morts.
Et l'un des premiers, et je sais que vous me voyez déjà venir, c'est au niveau
de la violence dans les écoles et aux abords
des écoles. Vous vous rappelez, j'ai fait une demande d'accès à l'information
pour voir si, dans les réseaux sociaux et ce qui est rapporté dans les
médias semaine après semaine, est-ce que c'est seulement une impression que
nous avons ou c'est une tendance qui se reflète dans les données.
Alors, la
demande d'accès à l'information a été envoyée aux 72 centres de services
scolaires et commissions scolaires du Québec. Plusieurs nous ont répondu, et
les chiffres, malheureusement, reflétaient ce que nous avions comme impression
et qu'il y a eu, entre 2018‑2019 et l'année de référence, 2021‑2022, une
augmentation dans plusieurs centres de
services scolaires un peu partout au Québec. Pensez notamment à Laval, on passe
du simple au double. Pensez aussi... prenons l'exemple... la Montérégie,
on passe du simple au double. Même dans le comté du premier ministre, son
centre de services scolaire passe du simple au triple.
Je vous ai demandé que nous prenions un moment,
nous, les élus, parce que nous avons des mécanismes qui nous permettent de
prendre des élus du gouvernement, de l'opposition officielle ainsi que des
autres partis pour qu'ensemble on fasse un travail de législateur et qu'on
s'attarde, sans partisanerie, sans objectif de pointer du doigt, mais dans un...
de compréhension et de comprendre cette tendance.
J'ai eu une rencontre de travail où,
malheureusement, on m'a lu une petite feuille et on m'a dit : On prend la
chose au sérieux, on est en action. Et je vais vous montrer c'était quoi,
l'action, là, si vous le permettez. Ça a été une publicité Instagram. La
publicité Instagram, je l'ai vue, puis, en somme, on peut voir une jeune fille
se fermer les yeux et, par la suite, un
adulte se fermer les yeux par rapport à la violence, et on dit : Regardons
la violence en face et parlons-en.
Il me semble que, si les élèves sont appelés à
en parler, de la violence, puis que les parents sont appelés à parler de la
violence, bien, nous, les adultes élus, on peut le faire, ce travail-là.
Il faut savoir, pour ceux qui nous écoutent, là,
un mandat d'initiative, là, ça n'engage pas de frais supplémentaires, on n'a
pas de prime supplémentaire, mais ça veut dire qu'on prend du temps. On fait
les choses dans l'ordre, on invite les
élèves, on invite les parents, on invite les enseignants, le personnel de
soutien, les professionnels de
soutien, en fait, la première ligne, hein, ceux qui voient réellement et, j'ose
dire, malheureusement, subissent, malheureusement, la violence dans les
écoles lorsque ça arrive. Comprenez-moi bien, ça n'arrive pas dans toutes les écoles. Malheureusement, ça arrive à certains
endroits, des endroits que c'est... malheureusement, les données démontrent
que c'est plus élevé, mais l'intensité, ça donne vraiment froid dans le dos.
Je vous ai demandé, par la suite, j'ai fait une
lettre ouverte. Je vous dis : Si les chiffres ne vous parlent pas, est-ce
que des exemples vont vous parler? Parmi les exemples, un élève, à la sortie
des classes, se fait tabasser par d'autres élèves à coups
de marteau. Une jeune fille, elle, reçoit tellement de coups qu'elle s'effondre
à terre. Tout ça est filmé, hein? Et je vous
dis très franchement, je ne comprendrai jamais que, pour des personnes, c'est
plus important d'avoir une vidéo choc que de prêter secours, je ne
comprendrai jamais ça.
Que deux jeunes garçons de 16 ans ont été
poignardés sur le terrain de l'école à la sortie des classes, et
malheureusement ces deux jeunes sont morts, mais que, tout récemment, un jeune
garçon, sur l'heure du lunch, une bataille éclate, se fait poignarder par un
couteau, une arme blanche, hospitalisé pendant plusieurs heures... Et le jeune
garçon, sa mère a rapporté ses paroles, il a vraiment eu peur, il a fallu faire
des transfusions, puis il est resté plusieurs heures aux soins intensifs. Bien,
si vous écoutez le témoignage des élèves qui a été recueilli par les
journalistes sur place, eux autres aussi disent : On a eu peur. Donc, la
violence a un impact non seulement sur ceux qui sont les premières victimes,
mais tous ceux qui l'observent autour, il y a un impact sur eux aussi.
C'est rendu que des jeunes ont créé des comptes
Instagram où est-ce qu'ils disent d'avance qu'est-ce qu'ils s'en vont faire.
Ils sont précis puis ils se... je vais le dire en français, se mettent en spectacle,
préparent la vidéo, et on entend la jeune fille : O.K., ça roule, et se
dirige vers une jeune fille attablée à la cafétéria de l'école pour lui asséner
une grosse gifle. Non seulement il y a le geste violent, mais l'humiliation sur
les réseaux sociaux qui suit.
Je vais être excessivement claire. Jamais vous
allez m'entendre dire que c'est la faute du ministre, jamais. Parce que ce
n'est... Jamais que je ne vais dire que ça, c'est la faute du ministre, parce
que ce n'est pas la faute du ministre. Mon objectif, ce n'est pas de pointer du
doigt, c'est de dire : Est-ce que, oui ou non, on est capables d'avoir une
discussion franche entre nous tous puis de se dire : On va prendre les
choses au sérieux?
Ça, vous comprendrez que, par la suite, j'ai
fait une demande aux corps de police partout au Québec. J'ai reçu les réponses
de plusieurs, incluant la Sûreté du Québec, mais aussi la police de Laval, la
police de Repentigny, Sherbrooke. Et les armes saisies... Et il faut savoir que
les armes, on passe de poivre de Cayenne, arme de... poing américain, canif,
couteau, couteau artisanal, mais carrément, au pire scénario, une carabine. Ça,
c'est aussi une autre tendance. Moi, je dis, là, que nous, on a une
responsabilité, c'est de prendre cette tendance-là au sérieux, de faire une
discussion réelle, trouver les meilleures pratiques puis s'assurer qu'on va
mettre les bouchées doubles ou triples pour s'assurer que, lorsqu'on dit :
Violence dans nos écoles, c'est tolérance zéro, ça ne sera pas un slogan, que
ça soit une réalité. Parce qu'aucun de nos jeunes ne va apprendre avec la peur
au ventre, puis aucun de nos enseignants ne va être capable d'enseigner avec la
peur au ventre, puis aucun personnel de soutien ne va vouloir continuer à faire
son travail d'éducateur spécialisé si lui-même a peur de recevoir un coup ou si
elle-même a peur de recevoir un coup, comme c'est arrivé dernièrement en
Outaouais.
On va parler aussi de d'autres choses, parce
qu'il y a aussi des bonnes affaires. J'ai déjà félicité le ministre. L'enquête générale sur les cas d'agressions
sexuelles, la façon qu'on dénonce, c'est une bonne chose. Là, vous pouvez
même le noter, M. le ministre, vous m'avez... m'entendre l'avoir dit. Je vous
ai même dit : Félicitations! Vous avez bien fait.
Maintenant, je vous ai demandé de vous adjoindre
les services d'une firme indépendante pour s'assurer qu'il n'y a pas d'apparence de conflit d'intérêts, parce
qu'après tout c'est le ministère de l'Éducation qui enquête, en quelque part, sur lui-même. Alors, adjoignons-nous le
service d'une firme indépendante. Et je vais vous demander plus tard, là, vous
pouvez en prendre note tout de suite, de nous assurer qu'on connaît le nom de
l'enquêteur aussi, là, pour savoir à qui on dénonce.
Je vais vous parler de la vétusté des écoles, la
qualité de l'air dans les écoles, mais, surtout, ici ce n'est pas un exercice qui se veut de pointage du doigt, c'est
de trouver ensemble des solutions parce que ça nous prend la collaboration
de tous pour que nos écoles roulent parfaitement comme il se doit, en toute
sécurité, en toute quiétude, pour tout le monde, partout au Québec. Merci, M.
le Président.
Président (M. Fortin) : Merci, Mme la députée. M. le ministre, vous avez
également 10 minutes pour vos remarques d'ouverture.
M. Drainville : Merci beaucoup, M.
le Président. Je vous salue. On a siégé ensemble pendant quelques années, ça a
toujours été très respectueux. J'ai beaucoup d'estime pour vous, M. le député
de Pontiac. Je salue mes deux porte-parole, si vous me permettez, mes deux
porte-parole, je... c'est très... ça se veut très respectueux parce que je sais que vous travaillez pour les mêmes
objectifs que moi, que nous, c'est-à-dire la réussite et le bien-être de nos
enfants, de nos élèves. Je salue, bien
entendu, mes collègues qui sont ici aujourd'hui, merci beaucoup, chers
collègues, d'être ici, et les équipes qui m'accompagnent, équipe du
cabinet et équipe sous-ministérielle également.
Quelques points sur la violence. D'abord, sur la
violence en lien avec la présence des armes, j'ai dit, il y a un instant, aux journalistes que j'étais extrêmement
inquiet de ce que j'ai vu ce matin dans le journal. Il y a déjà des moyens qui
sont en place. Chaque école doit avoir un plan de lutte, bien entendu. Les
policiers sont déjà présents dans certaines écoles. Il y a cette entente, là, qui a été financée par le gouvernement
du Québec en 2022 pour créer une équipe multidisciplinaire
d'intervention dans les écoles. Ça, c'est à Montréal. Il y a, bien entendu,
également le plan ou le programme PRES.
Alors, ça, c'est la Sûreté du Québec qui s'en occupe. Ça s'appelle, donc, PRES,
le Plan de réponse pour les
établissements sécuritaires, c'est en place depuis les événements de Dawson en
2008. Il y a plus de 1 500 écoles primaires
et secondaires publiques et privées qui sont déjà inscrites à ce plan-là, puis
c'est un plan, donc, qui vise à permettre aux écoles de se préparer si jamais
il y avait un incident, un événement violent au sein de l'école. Donc, il y a des exercices. La Sûreté du Québec est là pour
former, par exemple, le personnel scolaire à des exercices de confinement
barricadé.
Alors,
il y a déjà des moyens qui sont en place, mais, je le dis et je le redis, s'il
faut en ajouter, nous en rajouterons. Et j'ai dit également aux
journalistes tout à l'heure que nous sommes en train de préparer une stratégie
pour lutter contre la violence armée dans les écoles du Québec. J'ai demandé à
mes équipes de me revenir le plus rapidement pos