Institutions — 26 April 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-04-26
Quebec — Committees
(Quinze heures sept minutes)
Président
(M. Bergeron) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande
à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude du volet Conseil exécutif des crédits budgétaires du portefeuille
Conseil exécutif pour l'exercice financier 2017‑2018.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Boucher (Ungava) est
remplacé par Mme Ménard (Laporte); M. Rousselle (Vimont) est
remplacé par M. Billette (Huntingdon); M. St-Denis (Argenteuil), par
M. Tanguay (LaFontaine); Mme Hivon (Joliette) est remplacée par
M. Lisée (Rosemont); M. Marceau (Rousseau), par M. Bérubé
(Matane-Matapédia); M. Jolin-Barrette (Borduas) est remplacé par
M. Legault (L'Assomption); et Mme Roy (Montarville) est remplacée par
M. Bonnardel (Granby).
Président
(M. Bergeron) :
Merci. Comme nous avons débuté nos travaux à 15 h 8 et qu'une période
de trois heures doit être consacrée à l'étude de ce volet cet après-midi, y
a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, soit
jusqu'à 18 h 8?
Président
(M. Bergeron) : Consentement. Nous allons débuter par
les remarques préliminaires puis nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'environ
20 minutes, incluant les questions et réponses. La mise aux voix
des crédits sera effectuée ce soir, à la fin de l'étude de ce volet. Il y a une
période de 20 minutes réservée au gouvernement
pour les remarques préliminaires, 12 minutes pour l'opposition officielle
et huit minutes pour le deuxième groupe
d'opposition, qui m'a déjà signalé qu'il préférait répartir le temps des
remarques préliminaires sur les deux blocs qui leur sont octroyés cet
après-midi.
Alors, sans plus tarder, j'inviterais le premier
ministre à nous faire ses remarques préliminaires.
M. Couillard : Merci, M. le Président. Je voudrais d'abord, bien
sûr, vous saluer de même que le personnel de la commission. Je salue
également les collègues parlementaires de notre groupe ministériel, bien sûr,
et également les collègues parlementaires de
l'opposition, de même que les personnes qui m'accompagneront au cours de ces
échanges et toutes les personnes de la fonction publique qui sont avec nous
aujourd'hui.
Je voudrais
d'abord aborder l'occasion... me saisir de l'occasion, pardon, pour aborder la
question relative aux nominations du Conseil des ministres et celles
requérant l'approbation des deux tiers des membres de l'Assemblée nationale. On s'entend tous pour dire qu'on compte
sur une fonction publique de très grande qualité, qui s'acquitte de ses responsabilités avec professionnalisme et
neutralité. C'est un héritage précieux à préserver. Cependant, les joutes
partisanes sont telles que, parfois, les
commentaires sont formulés sur le choix de certains titulaires, qui remettent
en cause leurs compétences à exercer
les fonctions qu'ils occupent, et ça a des conséquences négatives, bien sûr,
pour le bon fonctionnement des organismes. Ça peut miner la confiance
des citoyens envers le gouvernement et l'administration publique.
Dans ce
contexte, il nous est apparu opportun de poursuivre les gestes déjà posés en
matière de transparence et ainsi apporter un certain nombre de
changements évolutifs aux procédures de nomination.
Au cours des
prochains mois — donc, ça
devrait commencer à l'automne — et de manière progressive et
efficace, en débutant par des tribunaux
administratifs, le gouvernement agira afin de modifier les processus de
nomination. De façon plus
particulière, dans un souci de transparence et d'accessibilité, on retrouvera
sur une même plateforme numérique les informations
touchant les postes disponibles, les exigences requises et les processus de
concours ou de sélection applicables.
De même, afin
d'atteindre une meilleure représentativité des composantes de la société du
Québec au sein de la haute fonction publique et des organismes, un plan
d'action sera établi afin d'assurer, pour l'ensemble des titulaires nommés par le gouvernement, bien sûr, l'atteinte
de la parité entre les femmes et les hommes, la présence de gens des
Premières Nations, des Inuits, des anglophones et de personnes issues de
minorités ethnoculturelles.
ailleurs, en ce qui a trait aux nominations requérant l'approbation des deux
tiers des membres de l'Assemblée, on
a pris acte de la proposition formulée par notre collègue le député de Borduas et on a déjà expliqué pourquoi certains aspects de
cette proposition nous apparaissaient plus difficilement applicables.
Cependant, toujours dans le même souci
d'améliorer les processus, nous avons proposé que le candidat ou la candidate à
la direction de l'une ou l'autre des organisations visées puisse préalablement
être rencontré privément par chacun des
chefs des groupes parlementaires et/ou leurs représentants. On croit que cet
ajout à notre processus permettra d'avoir
une meilleure idée de la valeur du candidat ou de la candidate proposée. Je
comprends qu'on a eu des discussions entre
formations politiques sur cette question, je crois que les discussions vont
bien, mais ça témoigne de notre volonté d'améliorer nos échanges à cet
égard.
Alors, c'est
l'occasion également, bien sûr, de dresser un bilan du plan d'action
gouvernemental et de présenter la vision de l'action à venir. On peut
déjà voir les fruits de l'action en cours grâce à la richesse générée par la
création d'emplois, les investissements en
région, l'innovation, la réduction du fardeau fiscal, les investissements
importants dans les priorités qui leur sont chères... qui nous sont
chères, comme la santé et l'éducation.
28 mars, le ministre des Finances déposait un troisième budget équilibré
consécutif confirmant la bonne santé économique
et financière du Québec. On note pour 2016 une croissance du PIB réel de
2 % au Québec, la plus forte hausse de l'activité économique depuis
la sortie de la récession en 2010, et une performance de notre économie
supérieure à celle du Canada, qui est à
1,4 %, et celle des États-Unis à 1,6 %. Et ça s'est accompagné d'une
création d'emplois très vigoureuse : de janvier à décembre 2016, il
s'est créé 90 800 emplois au Québec, la plupart à temps plein et dans
le secteur privé, et c'est chez nous qu'il
s'est créé le plus d'emplois au Canada en 2016, soit 40 % de tous les
emplois créés au pays, et, bien sûr, le taux de chômage a atteint un
plancher historique.
Pour les
ménages québécois, ça veut dire quoi? Ça veut dire une hausse marquée du revenu
disponible de 4,5 %, maintenant, clairement une augmentation de
leur pouvoir d'achat; une croissance des ventes au détail la plus forte depuis
2010; une hausse de l'investissement non résidentiel de 1 % après trois
années de baisse, comme ailleurs, et c'était
le cas. Ces résultats sont le fruit des initiatives que nous déployons depuis
2014 afin d'assurer un environnement favorable
à la croissance et à la création d'emplois. Chaque ministre, bien sûr, aura
l'occasion de détailler les particularités de sa mission.
Comment crée-t-on la richesse? D'abord, en
continuant nos efforts pour l'éducation, de la petite enfance à l'enseignement supérieur, mais, bien sûr, en
stimulant l'innovation. Ainsi, la stratégie québécoise de la recherche et
de l'innovation sera rendue publique dans les prochaines semaines. Des
initiatives additionnelles sont déjà prévues dans plusieurs secteurs de pointe, par exemple : la bonification du
financement des fonds de recherche du Québec, que beaucoup ailleurs nous envient; la création d'une grappe en
intelligence artificielle pour faire de Montréal un pôle d'excellence de
calibre mondial, ce qui est déjà reconnu; la
stratégie des sciences de la vie, qui sera dévoilée très bientôt, elle
apportera un soutien additionnel aux
entreprises du secteur; et bien sûr le renforcement de notre appui au projet de
modernisation et d'innovation du secteur manufacturier.
En matière d'investissement, on a annoncé la
poursuite, jusqu'en 2020, du congé fiscal pour grands projets d'investissement et, bien sûr, l'autre crédit
associé à l'électricité, tarif industriel, qui a déjà été annoncé et qui
fonctionne bien.
Enfin, afin de promouvoir l'entrepreneuriat au
Québec, mentionnons les mesures suivantes : le plan pour que l'économie québécoise soit davantage une économie
de dirigeants, dévoilé le 21 février, afin de favoriser les
transferts familiaux et la présence au
Québec de sièges sociaux; le plan d'action gouvernemental en entrepreneuriat,
incluant un programme d'expérimentation en milieu scolaire.
Et on
souhaite également, bien sûr, intensifier les interventions en faveur des
régions, par exemple, avec la création du Fonds d'appui au rayonnement
des régions, et une nouvelle stratégie pour assurer l'occupation et la vitalité
des territoires ainsi que la mise en oeuvre des ententes visant à reconnaître à
Québec le statut de capitale nationale et à Montréal
celui de métropole. Il faudrait, bien sûr, ajouter les sommes prévues pour les
secteurs forestier, agroalimentaire, la
protection de l'environnement et des ressources renouvelables, le tourisme et
l'industrie culturelle. Enfin, de nouveaux gestes seront posés dans le
cadre de la Stratégie maritime et du Plan Nord.
On réduit
également le fardeau fiscal des particuliers, où on a prévu une baisse d'impôt
générale en bonifiant le montant
personnel de base dès 2017. Et, en plus d'abolir complètement la taxe santé
depuis le 1er janvier de cette année, on devance le remboursement de la cotisation payée en 2016 pour les
contribuables gagnant moins de 134 000 $, donc les contribuables de la classe moyenne. Ces mesures
s'ajoutent à des allégements implantés depuis 2015 : le bouclier
fiscal, la bonification des primes au
travail et du crédit d'impôt pour travailleurs d'expérience, par exemple. Au
total, ça représente 7 milliards de dollars d'allégements sur six
ans.
redistribue la richesse normalement, bien sûr, dans les priorités sociales et
économiques du Québec, comme la réussite
éducative. En mars 2016, on avait annoncé un investissement de
500 millions pour accroître la réussite éducative, du primaire à l'enseignement supérieur. À cela se
sont rajoutés 110 millions en octobre. Et concrètement ces efforts
ont notamment permis d'embaucher 900 personnes additionnelles en services
directs aux élèves et de réaliser plus de 2 300 nouveaux projets de
rénovation d'écoles aux quatre coins du Québec.
Et on donne encore plus d'impulsion à cet
effort, cette année, par des investissements additionnels afin de mieux
accompagner les enfants, les élèves et les étudiants : un soutien aux CPE
et aux garderies subventionnées par la mise
en place d'actions visant à faciliter la transition vers l'école; une
amélioration des interventions auprès des enfants en milieu défavorisé,
l'intégration d'enfants handicapés dans les services de garde.
Et pour les gens du
primaire et secondaire, l'argent neuf verra à les accompagner dans leurs
parcours avec le programme Partir du bon pied, implanté dès le préscolaire et
la première année afin de dépister les élèves qui sont en troubles
d'apprentissage, un programme d'embauche d'accompagnateurs pour prêter
main-forte... des professionnels pour prêter
main-forte aux élèves en difficulté d'adaptation en priorité dans les milieux
défavorisés, et pour les classes de la
deuxième à la sixième année du primaire, on souhaite qu'un professionnel tel
qu'un orthopédagogue puisse s'ajouter dans chaque école.
ressources en services directs viendront soutenir les élèves fréquentant les
écoles secondaires et les centres de formation professionnelle et
d'éducation des adultes, confrontés à l'intimidation et la toxicomanie. Les
groupes communautaires en alphabétisation recevront un soutien important.
en matière d'enseignement supérieur, j'en profite pour saluer la nomination de
Mme Sophie D'Amours au poste de
rectrice de l'Université Laval, je viens de lui parler, adresser mes
félicitations. Bien sûr, on dit que c'est la première femme rectrice, mais c'était surtout la meilleure
candidate pour occuper le poste, et il faut se réjouir de sa nomination.
On aura certainement l'occasion de la
recevoir ici à l'Assemblée nationale. Donc, en enseignement supérieur, on a
ajouté des investissements de
1,5 milliard. Le financement général des établissements est rehaussé pour
améliorer la qualité de la formation
et l'accompagnement. Ça veut dire quoi? Dès septembre, 500 professeurs et
professionnels et 2 500, à terme, sur cinq ans.
outre, on va aider les collèges et les universités à définir leurs priorités
afin de renforcer leur influence sur le développement socioéconomique,
la création de partenariats et de pôles régionaux. On va également aider le
milieu de l'enseignement supérieur à
répondre aux besoins du marché du travail, par exemple, avec les centres
collégiaux de transfert technologique.
On va pérenniser la mission de Forces Avenir, faire des jeunes des atouts pour
nos régions, avec un appui de 7,5 millions, et on continue les
investissements majeurs pour les infrastructures des écoles, des cégeps et des
universités.
Afin
de répondre rapidement au consensus s'étant dégagé au Rendez-vous national de
la main-d'oeuvre, tenu en février dernier, on agit auprès des jeunes en
renforçant l'orientation scolaire et professionnelle, notamment afin de
promouvoir les métiers en demande auprès des entreprises en embauche et le
maintien en emplois de travailleurs, notamment
ceux issus de la diversité, et, pour une meilleure intégration des femmes sur
le marché du travail, bien sûr, auprès des personnes immigrantes qui
fréquentent un cours de français à temps complet, en bonifiant l'allocation de participation hebdomadaire à ces formations et
également en bonifiant le soutien de la francisation au travail, en
favorisant l'accès aux études à temps
partiel en formation professionnelle et technique et l'amélioration de l'accès
à la formation continue.
mesures en santé et services sociaux, à ce jour, prévoient un nouveau service
de prise de rendez-vous en ligne avec
un médecin de famille, Rendez-vous santé Québec — il en sera question très bientôt — qui sera implanté graduellement dans chaque région. Et pour les patients qui ne
sont pas encore inscrits auprès d'un médecin, les supercliniques sont
déjà en déploiement. Il y aura d'autres annonces au cours des prochains jours.
ressources additionnelles annoncées permettront aux Québécois d'avoir accès à
des services là où les besoins sont
les plus criants, par exemple, en formant plus d'infirmières praticiennes
spécialisées, en les implantant dans le réseau, en réduisant les délais
d'attente dans les hôpitaux, en facilitant l'accès aux chirurgies et aux tests
diagnostiques, en ajoutant du personnel
soignant dans les CHSLD et en soins à domicile, en soutenant les personnes
atteintes du trouble du spectre de l'autisme et en misant sur la
prévention, bien sûr, aussi.
continue à miser sur le soutien aux personnes et aux collectivités dans le
besoin avec un troisième plan d'action qui
sera déposé plus tard cette année, troisième plan d'action du gouvernement en
matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion
sociale. L'objectif du plan, ce sera de sortir plus de
100 000 personnes de la pauvreté, notamment des personnes seules et des couples sans enfant. Et, à plus
court terme, on souhaite améliorer les conditions de vie des personnes les
plus démunies. Les jeunes de 16 à 29 ans verront leur implication sociale
valorisée. Les sommes seront investies pour la construction de 3 000 nouveaux logements sociaux,
communautaires ou abordables dans toutes les régions. On continue l'adaptation et la rénovation à domicile privé
avec RénoRégion. On bonifie l'aide aux personnes les plus vulnérables
grâce au soutien accordé aux organismes
communautaires en santé et en services sociaux, avec un soutien ciblé aux
personnes et aux collectivités dans le
besoin, les communautés autochtones particulièrement, les victimes d'actes
criminels. Également, des sommes additionnelles sont prévues pour
contrer la maltraitance envers les personnes aînées et à lutter contre
l'intimidation, l'homophobie et la transphobie.
On défend les intérêts
du Québec sur la scène canadienne et internationale. Et surtout, devant les
tendances protectionnistes actuelles, la mise sur pied de l'Accord économique
et commercial global entre le Canada et l'Union européenne représente pour nous une occasion à saisir et sur laquelle on
va vouloir, bien sûr, travailler avec nos partenaires des milieux économiques. Il faut rappeler que
12 000 PME du Québec font affaire aux États-Unis. Il y a clairement
des enjeux forestiers, des enjeux agricoles,
des enjeux sur l'Accord de libre-échange nord-américain. On vient d'avoir
encore des commentaires du président américain aujourd'hui. On souligne
également que grâce, à la conclusion récente de libres-échanges canadiens, nos
entreprises profiteront d'un accès élargi aux contrats publics dans tout le
pays.
prend acte des droits compensateurs, bien sûr, établis dans le secteur
forestier, on a eu l'occasion de faire part de notre réponse à ça, et je pense que ça a très bien été accueilli dans le
milieu. Et pour soutenir le rayonnement international du Québec, on pourra bien sûr parler de la
politique de relations internationales du Québec, qui bénéficiera de
100 millions en cinq ans. Le Québec et sa diplomatie, bien sûr, sont de
plus en plus visibles et présents à l'étranger.
Alors, oui, madame...
M. le Président — pardon — on
continue de faire ce que nous avions dit qu'on ferait. On respecte nos
engagements. On investit dans les priorités des Québécois : la santé,
l'éducation et l'économie. On accompagne la jeunesse vers la réussite. On prend
en charge les plus vulnérables. On réduit le fardeau fiscal des familles. On
travaille pour les régions du Québec. On défend les intérêts du Québec et on
est à l'écoute surtout des Québécoises et des Québécois et de leurs véritables
besoins. Merci, M. le Président.
Président
(M. Bergeron) : Je vous remercie, M. le premier
ministre. Il vous restait encore 7 min 40 s, qu'on va répartir sur les blocs du gouvernement. On
apprend que l'opposition officielle ne se prévaudra pas de ses remarques
préliminaires. On va donc entreprendre dès maintenant les échanges par blocs.
On va commencer avec un bloc de l'opposition officielle. M. le chef de
l'opposition officielle, la parole est à vous.
M. Lisée :
M. le Président, je vous remercie. M. le premier ministre, M. le secrétaire
général du gouvernement et collègues
de l'Assemblée nationale et de la députation ministérielle, M. le chef du
deuxième groupe de l'opposition, chers collègues, et merci à tous les
fonctionnaires qui sont là et qui préparent et font tourner l'État de façon, la
plupart du temps, remarquable.
Mais je sais
qu'aujourd'hui beaucoup de Québécois ont été remis dans un contexte qui reste
trouble, le contexte des années Jean Charest, et je sais que le
premier ministre préférerait tourner la page, et je tiens à lui dire que tous
les Québécois aimeraient tourner la page.
Mais encore faudrait-il qu'on sache ce qu'il y a sur la page avant de la
tourner. Et je me suis rendu compte
qu'il n'y a jamais eu d'occasion où le premier ministre, qui était ministre
senior du gouvernement de
M. Charest, a pu directement répondre à quelques questions factuelles qui
aideraient à remplir la page pour pouvoir la tourner. Alors, j'aimerais
lui donner cette occasion-là.
Lorsqu'il
était ministre du gouvernement Charest, ministre senior, évidemment, il savait
que M. Marc Bibeau était responsable
du financement. On sait, par le témoignage de Robert Benoît, que
M. Bibeau confessait un à un les candidats et les députés pour leur dire qu'il fallait ramasser
beaucoup d'argent. Alors, pourrait-il, le premier ministre, nous
raconter quelle est la nature des rapports qu'il a eus, lui, personnellement
avec M. Marc Bibeau?
M. Couillard : D'abord, je vais
répéter que...
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Merci, M. le Président. Je vais répéter que
l'action de notre gouvernement, je crois, est sans tache, et bien sûr on sera prêt à répondre à quoi que ce
soit qui sera présenté au cours de cette commission et après. C'est
important de le répéter. Effectivement, les
éléments qui touchent les dernières années, qui sont de nature publique
actuellement, on aura l'occasion de les discuter, mais il ne faut surtout pas
donner l'impression à la population qu'on parle d'éléments contemporains.
Maintenant,
je profite de l'occasion et de la déclaration de mon collègue pour lui
mentionner... comme il a parlé de
M. Robert Benoît, qu'il a cité en Chambre, mais il a oublié de citer
un bout de la déclaration de M. Robert Benoît — c'est certainement involontaire — à la question de Michel Auger de
Radio-Canada qui lui demandait si, depuis notre arrivée à la tête du parti, il y avait eu un changement. Et
la réponse a été : «Oui, un changement radical.» Et la réponse par la
suite, a été : «Le Parti libéral est
nettement sur une bonne lancée.» Je l'invite à aller voir les paroles, le
verbatim de M. Auger. Je
l'indique. C'est bien, on doit tous faire ça avec ça avec nos partis
politiques, mais je voudrais que cet élément soit connu.
Alors, moi,
comme tout le monde qui était au gouvernement à l'époque, je connaissais
M. Bibeau, mais je n'ai pas eu
d'interaction personnelle avec lui sur le financement. La personne qui avait
les interactions avec les députés, en ce qui nous concerne, c'était Mme Trépanier, qui me disait : Bien,
écoute, il y aurait cet événement dans tel comté, il faudrait que tu
sois présent à telle heure, tel jour. Ce que je faisais, comme on faisait tous,
d'ailleurs, à l'occasion. Mais M. Bibeau ne dirigeait pas mes activités de
financement.
Président
(M. Bergeron) :
M. le chef de l'opposition officielle.
M. Lisée : Je remercie
le premier ministre pour sa réponse. Maintenant, M. Benoît était très
frappé du changement de culture qui avait
lieu au Parti libéral depuis l'arrivée de MM. Charest et Bibeau, et ce
qu'il a appelé une culture de
l'argent, et du fait qu'il fallait ramasser 10 millions de dollars par
année pendant les années où vous étiez ministre, et qu'il ne savait pas
à quoi servait cet argent.
Est-ce que,
vous qui participiez à l'ensemble des activités du Parti libéral du Québec de
l'époque, vous voyiez cet argent être dépensé, et savez-vous à quoi
servaient 10 millions de dollars par année?
M. Couillard : Écoutez, moi, je n'étais absolument pas associé à
l'administration du parti et à l'organisation du parti, je me concentrais sur mes responsabilités ministérielles puis ce
que je pouvais faire pour aider mes collègues dans les comtés. C'est ce
que je faisais, comme tout le monde.
Maintenant, il y a eu plusieurs élections
générales. Il y a eu, je suppose, des façons qui ont été rendues utiles d'utiliser ces sommes-là. Mais, moi, je ne peux
pas vous dire vraiment à quoi ces sommes-là ont été utilisées en détail
parce qu'à mon arrivée comme chef il n'y avait pas grand-chose dans les
coffres, dans les caisses. Il a fallu qu'on rebâtisse, comme il est en train de faire avec sa formation politique, qu'on
rebâtisse une santé financière. Et je
rappelle que tous les partis font rapport annuel public au DGE. Donc,
s'il fait l'historique des états financiers publiés, publics, il pourra
probablement avoir réponse à sa question.
Mais je veux revenir
sur la déclaration de M. Robert, parce que je vois qu'il n'y fait pas
allusion dans sa question, alors je vais
citer exactement la question de M. Auger : «Sous M. Couillard,
est-ce que la culture a changé?» Réponse : «Radicalement. Le Parti
libéral du Québec est sur une bonne lancée à cet égard.» J'en suis content et
on va continuer comme
ça. On a posé plusieurs gestes. On a bien sûr adopté un code
d'éthique. On est encore, je crois, le seul parti qui l'a fait. On a
changé la constitution. On a démocratisé les institutions du parti. On implique
nos militants dans les orientations politiques.
Et je dois dire,
encore une fois, que la venue du nouveau mode de financement populaire avec un
maximum de 100 $ par personne, moi,
j'en suis très, très heureux. Ça nous rend la pratique de la politique beaucoup
plus agréable que de faire des
événements, là, avec plus de monde, avec des montants plus importants. Moi,
j'en suis très, très content, et ça fait en sorte qu'on n'a plus besoin
vraiment, maintenant, dans aucun de nos partis politiques, d'avoir des
personnes spécifiquement — à
moins qu'il le fasse encore de son côté, mais probablement qu'à 100 $ ce
n'est pas nécessaire — responsables
de susciter du financement. On le fait dans nos comtés, je le fais avec nos
bénévoles, comme tous les collègues le font.
Et la façon dont on le faisait avant, bien, c'est également la façon dont le
Parti québécois, la CAQ, l'ADQ, avant, le faisaient.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition.
M. Lisée :
M. le Président, je pose des questions courtes, alors j'aimerais avoir des
réponses courtes, sauf s'il veut nous raconter des choses qu'on ne sait
pas, qui sont en lien avec nos questions.
Maintenant,
donc, vous dites que, bon, il est acquis que 10 millions de dollars par an
étaient recueillis et dépensés, ces années-là. Vous ne savez pas, vous
n'avez pas vu, vous n'avez pas d'idée...
M. Couillard :
Je ne peux pas confirmer ce chiffre-là.
M. Lisée : ...de la façon dont ça a été dépensé. Ce sont des
sommes considérables, le triple de ce qu'on dépense généralement. Mais
on vous a demandé, vous, personnellement, comme les autres ministres du gouvernement,
de ramasser 100 000 $ par personne. Votre gouvernement n'a pas
reconduit cette pratique parce qu'elle met les ministres dans une
situation précaire au niveau de l'éthique.
Mais
je serais curieux de savoir, lorsque ça vous a été dit, quelle a été votre réaction?
Est-ce que vous aviez un malaise?
Est-ce que vous avez refusé? Est-ce que vous avez parlé? Est-ce que vous avez
dit que ça ne devrait pas exister?
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je suppose que ma réaction a été comparable à celle des ministres
des gouvernements du Parti québécois
lorsque notre collègue — et je le dis sans méchanceté, là, c'est un état de fait — dirigeait le financement au Parti québécois où, lorsqu'il y avait des
objectifs de style 90 000 $, 95 000 $ qui étaient donnés
aux ministres, c'était la même chose.
Alors, dans les
commentaires des oppositions, on a comme l'impression qu'on veut indiquer aux
Québécois qu'il y a juste un parti politique
qui procédait de cette façon. L'ensemble des partis politiques avaient des
objectifs de financement. L'ensemble
des partis politiques avaient des objectifs qui variaient selon le fait qu'on
avait des députés ou des ministres, y
compris le Parti québécois, y compris d'autres partis politiques également.
Alors, c'est comme ça que les choses se pratiquaient à l'époque.
Est-ce
que c'était idéal? Non. Je l'ai déjà dit. Moi, je suis très heureux de dire
aujourd'hui que tout nos collègues députés,
quel que soit leur statut, premier ministre, ministre, député, ont le même
objectif de financement, que cet objectif est réalisé par les bénévoles
dans les circonscriptions et que ça fonctionne très bien comme ça.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition.
Président
(M. Bergeron) : M. le député de...
M. Tanguay :
LaFontaine.
Président
(M. Bergeron) : ...LaFontaine.
M. Tanguay : Merci
beaucoup, M. le Président. Très rapidement. Et j'ai laissé... mais je pense que le ton est
très bon, il est important
de le souligner. J'ai laissé le chef de l'opposition et le premier ministre répondre, mais, sur cette ligne de question, la pertinence,
article 211, doit être, en crédits, appliquée de
façon très large, soit, quoique doit avoir un lien direct avec l'étude des présents crédits — puis
la jurisprudence est très éloquente à cet effet-là — et
avoir un lien avec un élément de programme.
il ne s'agit pas des crédits du Parti
libéral du Québec, ou du Parti québécois, ou de la Coalition avenir
Québec. Et je vous appelle, M. le Président, et je conclus là-dessus, à peut-être ramener notre chef de l'opposition sur
l'objet du débat aujourd'hui.
Président
(M. Bergeron) : M. le député de Matapédia-Matane.
M. Bérubé :
L'intervention est clairement une mesure dilatoire. J'aimerais, parce que c'est
sur notre temps, qu'on permette au chef de l'opposition de poser ses
questions une fois dans l'année, lors des crédits du premier ministre.
Président
(M. Bergeron) : De toute façon, je
rappelle à tous les collègues que la règle de la pertinence doit être
interprétée de façon large et qu'il a été choisi par les différentes formations
politiques de ne pas faire porter la discussion
sur des éléments de programme mais sur une discussion large. Alors, on va
poursuivre. M. le chef de l'opposition.
M. Lisée :
Bon, très bien. Le premier ministre est mal informé. C'est normal, ce n'est pas
dans son parti. Non, jamais des
ministres du Parti québécois n'ont eu d'obligation de ramasser
100 000 $ par année. Les comtés de ministres et de députés avaient des objectifs, mais les
ministres non. Et donc, de sa réponse, je conclus que, lorsqu'il a été invité
à ramasser cet argent, il a trouvé que c'était normal. Peut-être pensait-il que
c'était normal ailleurs.
quelques mois avant la démission de l'alors ministre de la Santé, on a appris
que le premier ministre Charest recevait un salaire jusque là secret de
75 000 $ par année. Est-ce que le premier ministre était alors au
courant de ça? L'a-t-il appris en même temps
que les Québécois et les membres du Parti libéral? Quelle était son opinion sur
ce salaire secret du premier ministre Charest?
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, juste brièvement, écoutez, je n'invente pas, là, il y a eu des
déclarations de notre collègue : «Chaque
année, je devais ramasser 80 000 $.» On parle du Parti québécois, là,
on ne parle pas du Parti libéral du Québec. Alors, M. le Président,
restons... je ne crois pas que l'ensemble des députés avaient le même genre
d'objectif, là. On pourra certainement faire des recherches là-dessus.
Alors,
M. le Président, là, on a fait ces conversations-là déjà. On connaît la
situation maintenant du financement, elle
n'a plus rien à voir avec la situation de l'époque, et ce n'est plus
d'actualité. Les bénévoles dans ma circonscription font le financement populaire. Je suis très
content d'avoir des dons de 5 $, de 15 $, de 25 $, et il n'y a
aucun lien, il n'y a aucun lien entre le financement et les contrats du
gouvernement, bien sûr.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition.
M. Lisée :
Bien, pour le bien de ceux qui nous écoutent, j'essaie d'établir la force du
réflexe éthique du premier ministre au moment où ces questions
difficiles lui étaient posées comme membre d'un gouvernement qui flirtait avec le manque d'éthique, et, pour l'instant, je n'ai
pas de réponse qui me permet de dire qu'il avait un très grand réflexe
éthique sur le 100 000 $, sur le 75 000 $ lorsqu'il a
appris que ça avait été un secret pendant 10 ans, que le premier ministre
recevait cet argent-là. Était-il satisfait? Était-il fâché? Était-il inquiet?
Est-il intervenu?
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard : Alors, j'ai appris, moi, au même moment où ça a été annoncé
publiquement, cet élément-là. Vous savez
que dans d'autres provinces, la même chose s'est produite également. À ma
souvenance, la pratique a été interrompue.
Pour
devancer les questions de mon collègue, quand je suis devenu chef de
l'opposition... pas chef de l'opposition, chef du Parti libéral du
Québec, avant d'être élu à l'Assemblée nationale, comme j'avais rompu tous mes
liens professionnels, et je n'ai pas de
fortune personnelle, je ne m'en plains pas, c'est comme ça, j'ai demandé au
parti de payer une rémunération qui a
pris fin le jour où j'ai été élu comme député d'Outremont. Donc, je n'ai touché
que mon salaire de député et de chef
de l'opposition officielle, et actuellement de premier ministre. C'est
important de le dire à la population qui nous écoute.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition.
M. Lisée :
Donc, on n'a pas de réaction, on n'a pas d'opinion sur ce qui a été vu par des
Québécois comme étant un grave manquement, du moins à la transparence.
juin 2008, l'ancien ministre de la Santé devient libre, un homme libre.
D'ailleurs, il utilise sa liberté pour écrire un texte maintenant célèbre sur le financement fédéral de la santé qui
n'est pas exactement cohérent avec la position du gouvernement libéral
de l'époque. C'est sa liberté, il la prend. Mais, au moment où il devient
libre, il y a un énorme débat au Québec sur
la nécessité d'une commission d'enquête sur la corruption dans la construction
et le financement des partis politiques. Les éditorialistes, Sylvie Roy,
le Parti québécois, puis les policiers, les ingénieurs, le Barreau et même la FTQ—Construction, mais pas l'actuel chef de la
deuxième opposition, réclament tous une commission d'enquête et la
demandent, et c'est le geste du moment. Nous n'avons pas trouvé la moindre
trace d'une déclaration de l'actuel premier
ministre dans ce grand débat national où il réclamait lui-même aussi, avec
d'autres, la tenue de cette commission d'enquête. Pourquoi?
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard :
Bien, c'est inexact. Je l'ai dit à la campagne au leadership lorsque je me suis
présenté à la direction du parti, que je
considérais que la commission aurait dû être déclenchée plus tôt, et ça, je le
maintiens. À l'époque qu'il mentionne, je n'ai pas souvenir des titres de l'époque, mais ce
n'est pas ça véritablement qui était, à ma souvenance, l'actualité
quotidienne, ce n'était pas aussi marqué que ça l'a été dans les années qui ont
suivies, 2009, 2010, 2011. Et je répète ce
que j'ai dit lors de la course à la direction, moi, je pense qu'il aurait été
salutaire de déclencher la commission plus précocement.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition officielle.
M. Lisée :
Donc, on comprend bien qu'une fois que la commission a été déclenchée et que ce
n'était plus un enjeu, et que ce
n'était faire ni preuve d'audace ou de courage que de la demander, il a dit
qu'elle aurait dû avoir lieu avant...
M. Couillard :
Ce n'est pas ça que j'ai dit.
Lisée : ...mais au moment où tout le monde la demandait et que
même certains membres du Parti libéral osaient prendre la parole pour le demander, ils étaient bien seuls, il n'y a
aucune trace où, par réflexe éthique, l'ancien ministre de la Santé que vous étiez, qui avait retrouvé sa
liberté de parole, aurait pu aider à ce débat en disant, avant qu'elle ne se
tienne : Oui, il faut qu'elle se tienne.
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard :
Bien, ça tombe bien, je me souviens très bien de cette période, moi, je ne me
mêlais pas de politique. Le seul élément où
je suis intervenu à
titre d'ancien ministre de la Santé et d'ancien médecin
également, c'est lorsqu'on m'a demandé de commenter sur les questions
relatives au système de santé canadien et québécois, parce que je trouvais que c'était mon expertise
professionnelle. Mais il constatera, là, à la revue générale de la presse, que
je n'ai fait aucun commentaire politique puis aucune critique, en passant,
envers mes anciens adversaires. Je me suis gardé totalement en dehors du jeu partisan que je pensais d'ailleurs à
l'époque avoir quitté pour de bon. Les événements en ont décidé autrement, mais je n'avais absolument pas
l'intention de m'insérer dans un débat politique partisan après mon
départ.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition officielle.
Lisée : Alors, vous arrivez à la tête du Parti libéral, et là,
beaucoup de gens pensent que vous allez faire comme Claude Ryan, lorsqu'il est arrivé après
Robert Bourassa, et faire une rupture, et dire : Il y a un avant et il y a
un après, et mettre des gens à la
porte, et dire qu'il y avait des choses qui s'étaient passées avant qui ne
devaient plus se passer. Mais vous
n'avez pas fait ça. On ne vous a pas entendu dire que des post-it pour des
juges, vous étiez contre, qu'un salaire
caché, vous étiez contre, que ce que
M. Tomassi a fait, vous étiez contre, qu'une commission
d'enquête, il fallait la déclencher beaucoup plus tôt. C'est ce que vous avez dit, c'est la
seule chose qu'on retrouve. Et, lorsque M. Charest, à la commission Charbonneau, a été mis au défi... c'est-à-dire... Je reprends. Il y avait, de la part de la commission, la volonté de
mettre en preuve un enregistrement téléphonique qui parlait d'un chèque de 3 000 $ qui aurait été encaissé par M. Charest.
Vous étiez chef du Parti libéral, et votre
avocat a fait en sorte que cette information ne soit pas publique pendant un
an. Pourquoi avez-vous demandé à votre avocat de faire en sorte de taire
cette information pendant un an?
M. Tanguay :
M. le Président...
Président
(M. Bergeron) : M. le député de LaFontaine.
M. Tanguay :
Et je vous remercie de me reconnaître, comme c'est mon droit, quand je fais un
rappel au règlement. En quoi la
dernière question du chef de l'opposition a-t-elle un lien, quel qu'il soit,
avec les crédits 2017‑2018 du Conseil exécutif? Aussi large soit la
pertinence, il doit y avoir un lien avec les crédits du Conseil exécutif.
Président
(M. Bergeron) : À mon sens, le chef de
l'opposition a expliqué la raison pour laquelle il posait ce genre de
questions. Alors, j'invite le premier ministre à bien vouloir répondre à la
question.
M. Couillard : Alors, je n'ai aucun souvenir d'avoir fait quelque demande que ce soit
à ce sujet-là, clairement. Par contre,
quand je suis devenu chef du Parti libéral, effectivement, j'ai donné le signal
qu'il fallait moderniser notre parti et le mener vers une nouvelle époque. Ça a été la première chose que j'ai
faite, d'ailleurs, lancer des travaux sur un nouveau règlement général, une nouvelle constitution du
parti, un code d'éthique, profiter du nouveau mode de financement pour vraiment concentrer notre activité sur les idées,
sur l'élaboration de projets pour le Québec, pour les régions. C'est ce
que je fais d'ailleurs, maintenant. J'étais
en Mauricie, il y a quelques jours, dans un colloque avec nos militants. Et on
a parlé de quoi? On a parlé de
l'avenir de la Mauricie, de l'avenir du Québec, des priorités. C'est ça, le
rôle d'un parti politique, c'est
toujours comme ça que j'ai vu ça. C'est à ça que ça doit servir. Et j'en
profite encore une fois pour saluer le geste collectif qu'a posé l'Assemblée nationale. Je pense que c'était le Parti
québécois qui l'avait initié. C'est une bonne idée qu'on ait modifié de façon très significative les
règles de financement. Et tout le monde s'en félicite aujourd'hui. Il
fallait faire ça. Ça nous permet de nous concentrer, comme chefs de parti, sur
ces enjeux-là, les enjeux d'idées et de projets pour le Québec, ce que je fais
maintenant.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition, pour un peu
moins de deux minutes.
M. Lisée : Alors, le
premier ministre dit qu'il ne se souvient pas de cette affaire, mais au
moment...
M. Lisée : Au moment
de...
M. Couillard : Ce n'est pas ça
que j'ai dit. Un instant, M. le Président!
M. Lisée : Bien, vous avez dit que vous ne
vous souvenez pas d'avoir demandé à l'avocat du Parti libéral d'intervenir.
M. Couillard : Bien oui,
citez-moi comme il faut, citez-moi comme il faut.
M. Lisée :
D'accord. L'avocat du Parti libéral est intervenu sans votre connaissance de
son intervention pour ne pas divulguer.
Mais ça a été divulgué. Et le jour où ça a été divulgué, M. Charest, dans
un communiqué, a clamé son innocence. Vous
aviez le choix d'affirmer que ses affaires ne vous regardaient pas et que
M. Charest pouvait se défendre tout seul. Vous avez décidé de faire
le contraire, vous présenter devant les journalistes, affirmer avoir parlé à
M. Charest et clamer son innocence.
Pourquoi
considériez-vous que c'était votre devoir de protéger Jean Charest lorsque vous
saviez qu'il y avait un certain
nombre d'allégations, fondées ou non, qui pouvaient ternir sa réputation et que
vous tentiez, dites-vous, de tourner la page?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je pense qu'il était tout à fait correct
qu'un ancien premier ministre du Québec s'exprime, clame son innocence, ce qu'il a encore fait,
d'ailleurs, il y a quelques jours. Il a tout à fait le loisir de le faire. On
lui doit quand même minimalement un peu de respect, hein? Et j'aimerais
également dire que, lorsque nous étions au caucus du parti, et que M. Charest dirigeait le parti, les seules
interventions que je me souviens de l'avoir entendu faire sur le financement politique portaient sur la nécessité
absolue de respecter la loi électorale. Il nous répétait ça mois après
mois, après mois. Et ça, c'est important de le dire.
M. Lisée : Vous le
croyiez?
M. Couillard : Est-ce qu'il
croyait ses anciens chefs, le chef de l'opposition officielle?
M. Lisée :
Il n'y a pas d'enquête de l'UPAC systémique sur des... sur une organisation...
sur ce qui est en train de se faire sur la vice... l'ancienne
vice-première ministre du gouvernement auquel ils participaient.
M. Couillard : Mais comment
sait-on qu'il n'y a pas d'enquête de l'UPAC? Qui l'a informé de ça?
M. Lisée : Est-ce que
vous êtes au courant qu'il y a une enquête de l'UPAC? Nous savons parce
qu'aucun d'entre nous...
M. Lisée :
Je vais répondre à la question. Aucun d'entre nous n'avons eu de perquisitions,
comme ça a été votre cas. Les gens
qui ont participé à notre financement n'ont pas été perquisitionnés, comme
c'est le cas de M. Bibeau. Et le chef
de cabinet du premier ministre, dont on vient de savoir maintenant qu'il a un
contrat de Marc Bibeau, est-ce que ça, c'est quelque chose qui
l'inquiète?
M. Couillard : Répétez la
question.
M. Lisée :
Le chef de cabinet... Il y a une déclaration de votre chef cabinet, là, qui
vient de sortir et qui affirme qu'il a
eu, avec M. Bibeau, des liens professionnels avec un mandat confié à BCP
consultants. Est-ce qu'il est au courant de ça?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, non seulement je suis au courant, mais il y
a une déclaration qui vient d'être émise. Alors, je vais me faire un
plaisir de la relire, s'il le veut. Je ne sais pas combien de temps il reste à
notre bloc. On pourra...
Président
(M. Bergeron) :
Bien, techniquement, il n'en reste plus, alors on a déjà commencé à entamer
le prochain. Alors, la question est de savoir : Voulez-vous poursuivre maintenant?
voix : Non, non, attendre au prochain.
Président
(M. Bergeron) : Très bien.
Président
(M. Bergeron) : Voulez-vous compléter votre réponse, M. le
premier ministre?
M. Couillard : Oui, bien, je vais lire la déclaration de M. Dufresne. Alors : «Déclaration
du chef de cabinet du premier
ministre. À la suite de l'actualité
récente concernant le président et chef de la direction du développeur
immobilier Les centres d'achats Beauward ltée, Marc Bibeau, le chef de cabinet
du premier ministre, Jean-Louis Dufresne, tient à apporter les précisions
suivantes, par souci de transparence.
«Avant ma nomination
à
titre de chef de cabinet de M. Couillard, en décembre 2013, j'ai occupé
le poste de vice-président principal chez BCP Consultants durant une
période de 17 ans. J'indique que la société Beauward, et non pas M. Bibeau, a
confié un mandat d'affaires publiques, conseils en communications, rédaction de
documents de communication, veille média, à BCP Consultants et non pas
M. Dufresne, à partir de 2010. Je n'ai eu avec M. Bibeau que des liens professionnels relatifs à la réalisation
du mandat confié à BCP Consultants. Depuis mon départ de
BCP Consultants, je n'ai eu
aucun contact avec M. Bibeau. Toute autre interprétation quant au rôle
de BCP Consultants et de ma responsabilité professionnelle dans
l'exercice de ce mandat ne serait pas conforme aux faits.»
Alors,
c'est un peu différent de la façon dont mon collègue a présenté la chose.
Ce n'était pas M. Dufresne qui avait personnellement un contrat avec
M. Bibeau, c'était l'entreprise de M. Bibeau qui a retenu les
services de BCP Consultants, comme ça
se fait couramment, comme il y a d'ailleurs... il y a un chroniqueur bien
connu qui a dit hier qu'il avait également fait des travaux de consultation
et personne ne met en doute sa crédibilité. Comment peut-on reprocher à
quelqu'un d'exercer sa profession? C'est très curieux comme...
Président
(M. Bergeron) : Alors, on va poursuivre un peu plus tard. Maintenant, la parole est à la députée de Laporte
pour le bloc du gouvernement.
Mme Ménard : Merci, M.
le Président. Alors, à mon tour de
saluer, de vous saluer, M. le
Président, de saluer le premier
ministre, les deux chefs de l'opposition, mes collègues, côté ministériel, et
bien sûr mes collègues, côté de l'opposition.
Alors, M. le
Président, j'aimerais aborder le sujet des petites et moyennes entreprises.
D'ailleurs, le premier ministre a effleuré
le sujet lors de ses remarques préliminaires. Alors, récemment, je prenais
connaissance de différentes données
sur le sujet et, comme on le sait tous, les PME jouent un rôle économique et
social pour les États. Des travaux de recherche
réalisés depuis les dernières années 2000 par l'Organisation de coopération et
de développement économique, l'OCDE,
démontrent que les entreprises de création récentes et à forte croissance sont
plus nombreuses dans la tranche des PME
que dans celle des grandes entreprises et elles sont aussi responsables de la
majorité des créations nettes d'emplois. Elles génèrent beaucoup d'innovations, contribuent davantage à
l'augmentation de la productivité. Elles utilisent plus de méthodes de
protection de la propriété intellectuelle et sont orientées vers les marchés
d'exportation. Alors, elles contribuent aussi à dynamiser les secteurs
industriels, et bien sûr les régions géographiques.
Selon
le registre des entreprises de Statistique Canada, et ça date de
décembre 2015, le Québec comptait un peu plus de
257 000 PME avec employés, lequel représentait 20,5 % du nombre
total des PME au Canada. La presque totalité,
98,1 % de celles-ci, était de petite taille, c'est-à-dire comptaient de un
à 99 employés, et près de la moitié était concentrée dans cinq
industries : le commerce de détail, la construction, les services
professionnels, techniques et scientifiques,
les soins de santé et de l'assistance sociale, et les services d'hébergement et
de la restauration. D'ailleurs, quand je parle d'hébergement et de la
restauration, il s'agit de PME du secteur de l'industrie touristique, et on en
compte 30 000, de ces entreprises, et au Canada, il y en a 120 000.
Puis on sait que l'industrie, bien sûr, touristique, l'industrie touristique
est un secteur très important et compte beaucoup dans l'économie du Québec.
Alors,
la PME au Québec fait
partie d'un secteur des plus importants, et notre
gouvernement a agi et continue d'agir
en soutenant l'entrepreneuriat, qui est essentiel pour la concrétisation des
intentions d'entreprendre pour faciliter et soutenir la relève des entreprises. L'entrepreneuriat contribue au
dynamisme de l'économie par le renouvellement des entreprises et
des emplois qui constituent le tissu industriel.
D'ailleurs,
nos efforts commencent déjà à porter fruit, puisque le journal Les Affaires publiait en octobre 2016 un
article
intitulé : Le Québec au tableau d'honneur de l'entrepreneuriat mondial , et dans lequel il est écrit que le Québec
fait
partie du peloton de tête des pays
industrialisés en ce qui a trait à l'esprit entrepreneurial de sa population.
Alors, je pense qu'il y a de quoi
être fier, M. le Président et M.
le premier ministre. On a raison
d'être fiers. Lors du dernier budget, plusieurs mesures ont été
annoncées qui, bien sûr, favoriseront l'entrepreneuriat. Et j'aimerais vous en
nommer quelques-unes. Alors, il s'agit tout
d'abord de 8 millions qui a été mis pour la mise en place du Fonds pour
les femmes entrepreneures. C'est en
partenariat avec Femmessor Québec et en collaboration avec d'autres investisseurs.
Et on parle d'un total de
19 millions de dollars qui est maintenant disponible pour soutenir l'investissement dans les projets d'entreprise détenue par une ou des
entrepreneures.
Ensuite, il y a un
trois millions de dollars sur cinq ans qui a été annoncé pour soutenir la stratégie
Innovation, partenariat et entrepreneuriat de l'Université de Sherbrooke. En stimulant la collaboration avec l'industrie, l'université va favoriser la création
d'entreprises innovantes dans des secteurs stratégiques tels que, bien sûr, les
technologies de l'information, le transport, l'énergie et la santé.
Il y a aussi la
prolongation jusqu'au 31 décembre 2019 de l'échéance des prêts sans intérêt
accordés pour le financement du fonds local d'investissement géré par les MRC.
Alors, c'est une autre mesure qui est très importante pour nos régions.
Je vous fais part de ces mesures, mais il ne
faut pas oublier non plus les mesures annoncées dans le budget 2015‑2016, qui
étaient de 15 millions pour le Fonds InnovExport, qui est un nouveau fonds
de capital de risque qui appuie la création
d'entreprises innovantes visant les marchés mondiaux. Il y avait aussi... On
avait annoncé 2 millions par année
pendant trois ans pour étendre à toutes les régions les services de transfert
d'entreprises et pour financer le projet Réseau M 2.0, qui est du mentorat, pour les entrepreneurs, de la
Fondation de l'entrepreneurship. Et, en passant, cette entente est sur le point de se réaliser. La mise
aussi en place d'un allègement fiscal, le premier ministre en a fait
part tantôt, lors du transfert d'une entreprise entre personnes liées
dans les secteurs primaire et manufacturier.
Alors, je vous mentionnais, il y a un instant,
que... je vous parlais plutôt, il y a un instant, du Fonds InnovExport, qui appuie la création d'entreprises
innovantes visant les marchés mondiaux. On sait que l'exportation des
biens et services représente près de 46 % du produit intérieur brut au Québec.
Alors, c'est essentiel à la croissance économique. Alors, nous avons... Les entreprises peuvent déjà d'ailleurs
bénéficier de plusieurs programmes et services pour appuyer leurs démarches à l'international. Et je vais vous parler de quelques
mesures qui peuvent les aider à appuyer leurs démarches. Il s'agit du
programme d'exportation PEX, qui vise à soutenir les entreprises dans leurs
efforts de développement de marchés étrangers. Ce sont 30 millions
supplémentaires pour une somme totale finalement de 127 millions de
dollars sur quatre ans, qui seront disponibles à travers ce programme.
Il y a aussi un appel, un premier appel de
projets qui a été lancé en novembre...
Mme Ménard : C'est bon,
n'est-ce pas? Qui a été lancé en novembre 2016, afin d'appuyer les entreprises
du secteur de l'aérospatial dans leur projet
d'acquisition stratégique hors Québec. Je vois le chef de la deuxième
opposition qui est ravi de cette annonce-là, n'est-ce pas?
Mme Ménard : Oui, il a
l'air très heureux, oui, il a l'air très heureux.
Président
(M. Bergeron) :
Mme la députée.
Mme Ménard : Et, à ce
niveau-là, on parle d'un montant de 1 million de dollars par année, qui
sera dédié au secteur de l'aérospatial par le PEX, c'est-à-dire le programme
que je vous parlais, d'exportation.
Aussi,
j'aimerais vous mentionner que, depuis le 1er janvier 2017, les grandes
entreprises innovantes, qui commercialisent
un produit dérivé développé au Québec peuvent bénéficier d'un allègement fiscal
représentant 88,1 millions de
dollars au cours des quatre prochaines années. Les entreprises désirant
bénéficier d'une vitrine technologique pour faire la démonstration en temps réel de leurs produits
ou procédés peuvent le faire à travers le programme Créativité Québec.
Naturellement, le programme a été bonifié de 6 millions de dollars, et
c'est sur deux ans.
Mme Ménard : Deux ans,
deux ans. Alors, plusieurs autres mesures, monsieur...
M. Tanguay :
Pouvez-vous dire aux collègues d'arrêter d'interpeller la députée de Laporte,
la seule à avoir la parole ici, s'il
vous plaît? Puis je vise le chef du deuxième groupe d'opposition, qui ne semble
pas intéressé par les crédits.
Président
(M. Bergeron) :
Alors, chers collègues, je vous prierais d'être attentifs aux propos des
collègues qui ont la parole, et, dans le cas présent, la députée de Laporte. Je
vous écoute attentivement.
Mme Ménard : Merci, M.
le Président. Et d'ailleurs je pouvais le constater que vous m'écoutiez. Alors,
je reprends. Plusieurs autres mesures ont été mises en oeuvre... qui seront
mises en oeuvre... Je suis...
Mme Ménard : Ça me
dérange, ça me dérange vraiment!
Alors, il y a
plusieurs autres mesures qui seront mises en oeuvre, M. le Président, dans les prochains mois, et je parle d'une somme supplémentaire de 3 millions sur deux ans,
qui sera dédiée à même le PEX, à l'appui des entreprises afin d'utiliser le commerce
électronique comme stratégie de pénétration des marchés extérieurs. Alors, le
soutien octroyé dans le cadre, toujours, du PEX pour l'embauche d'un
spécialiste, et c'est important, cette mesure-là, on parle de l'embauche d'un spécialiste à l'exportation, qui
passera de 20 000 $ à
30 000 $ pour une année, afin de permettre aux entreprises de
se doter d'une ressource compétente au développement de marchés. Alors, c'est
une mesure qui est très importante.
Un autre
geste qui sera posé, c'est que le ministère de l'Économie, de la Science et de
l'Innovation, en collaboration avec
le ministère des Relations internationales et de la Francophonie, verra
augmenter le nombre d'attachés commerciaux dans le réseau du Québec à l'étranger, et certains développeront une
spécialisation sectorielle. Alors, cette mesure permettra, bien sûr, de
faciliter l'accès des entreprises aux grandes chaînes d'approvisionnement sur
les marchés étrangers et d'accroître leur
compétitivité. Alors, bref, notre gouvernement agit sur plusieurs fronts pour
accompagner et pour favoriser l'essor de nos PME afin qu'elles puissent
croître et conquérir de nouveaux marchés.
Alors, j'ai
pris beaucoup de temps, M. le premier ministre... M.
le Président. J'ai pris beaucoup
de temps. Mais avant de vous passer
la parole si vous le désirez, je voudrais vous faire mention d'un communiqué
qui avait été fait suite au budget par la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, la FCEI, le 28 mars dernier. Et ça mentionnait,
et je le cite : «C'est un budget
responsable et répondant à plusieurs priorités des chefs de PME qui a été présenté
aujourd'hui à Québec par le ministre
des Finances. Ce budget
comporte des investissements dans trois des grandes priorités
identifiées par les propriétaires de PME, l'éducation et la santé, le remboursement
de la dette et les baisses d'impôt aux particuliers. Aussi, même si nous aurions espéré en voir un peu plus du côté baisse d'impôt aux PME, le gouvernement maintient
le cap sur les réductions au Fonds des services de santé, une importante taxe
sur la masse salariale, ce qui est une bonne chose», a affirmé Martine Hébert,
qui est vice-présidente principale de la FCEI.
Alors, voilà ce que j'avais à dire sur les PME. Bien
sûr, il y a eu plusieurs autres mesures, M. le Président. 20 minutes, ce n'est pas assez pour toutes
les annoncer, les répéter, les réitérer. Alors, peut-être le petit quatre
minutes qu'il reste, peut-être un petit mot du premier ministre sur les PME.
Président
(M. Bergeron) :
Alors, M. le premier ministre, brièvement.
M. Couillard : Merci. Félicitations à ma consoeur pour son éloquence sur les questions
économiques et les petites entreprises! Très, très
rapidement, parce
qu'il ne reste que quatre minutes,
trois minutes et demie, l'économie du Québec, c'est une économie qui a certaines caractéristiques. D'abord,
c'est une économie de PME, surtout en région. Il faut toujours
le rappeler. Oui, on a des grandes entreprises,
tant mieux, mais on a également beaucoup, beaucoup de PME, une économie tournée vers les exportations, compte tenu
de la petite taille de notre marché domestique, d'où l'importance des problèmes
internationaux qu'on rencontre actuellement
et peut-être dans l'avenir. Mais également une économie qui, sur le plan
de l'entrepreneuriat, a accusé un certain
retard depuis des années. Si on regardait le nombre d'entreprises qui démarrent
au Québec, la durée de vie des entreprises au Québec, on est toujours — c'est
le genre de comparaison qu'affectionne notre collègue de la deuxième
opposition — moins
bien qu'ailleurs au Canada. Mais il y a un vent de changement actuellement,
notamment chez les jeunes. L'indice entrepreneurial chez les jeunes Québécois a
fait un bond très, très important. Et on le ressent très bien lorsqu'on va dans
nos régions, comme en Mauricie récemment, lorsque j'étais à Shawinigan et à Trois-Rivières, lorsqu'on a vu les
incubateurs, les accélérateurs d'entreprise, les jeunes entrepreneurs
qui sont là, ça nous donne matière à être très, très confiants pour l'avenir.
Comment
est-ce qu'on accélère ce mouvement? D'abord, par l'éducation, en général, mais,
spécifiquement, la réintroduction d'un cours d'économie de base
financière dans nos écoles, d'après moi, est un point très, très utile. Également, les fameuses écoles d'entrepreneuriat.
Tout le monde parle de l'école de Beauce, on la connaît très bien, mais il y en a d'autres également au Québec qui voient
le jour actuellement, comme chez nous, à Dolbeau-Mistassini, il y a une école d'entrepreneuriat qui est en formation,
spécifiquement pour les travailleurs forestiers qui veulent fonder leur
entreprise et la faire croître. Et il y a
des initiatives semblables dans beaucoup d'autres régions. Et je pense qu'il
faut... On va les encourager. Il faut continuer à les encourager.
Lorsque je rencontrais et lorsque je rencontre
les entrepreneurs dans mes tournées, je leur demande toujours quels sont les plus grands défis sur lesquels ils
aimeraient que le gouvernement se penche. Et c'est toujours les mêmes réponses. C'est d'abord la question de la lourdeur
administrative et de la paperasserie. On a fait des progrès importants.
Il faut en faire d'autres. On a fait des
progrès importants. Également l'imposition. Alors, on a baissé le taux des PME
de 8 % à 4 % dans le secteur
manufacturier et dans le secteur primaire. Le secteur primaire en passant,
c'est qui? C'est les agriculteurs, c'est les entreprises forestières,
les entreprises de pêcheries, il faut l'expliquer, et le manufacturier, bien sûr, on sait très bien de quel type d'entreprise
on parle. Et toute la question de la fiscalité, bien sûr. Alors, les taxes
sur la masse salariale particulièrement
était quelque chose qui était tout le temps mentionné. C'est pour ça qu'on a
entrepris une trajectoire décroissante de la
partie fonds de santé des taxes sur la masse salariale et de l'impôt sur les
entreprises, qui va, à terme, en 2020, placer la fiscalité des
entreprises du Québec à égalité avec celle de l'Ontario, qui est toujours notre
point de comparaison le plus important.
Transfert
familial, également, problème de génération, problème démographique. Les
annonces récentes, d'abord en
agriculture puis à l'ensemble des secteurs, avec le plan sur le maintien de
l'économie de propriétaire au Québec, ça, ça va nous permettre d'être
plus actifs et de permettre qu'il y ait moins d'entreprises délocalisées ou
vendues à l'extérieur du Québec lors du changement de génération. Donc, on est
vraiment sur les enjeux fondamentaux, structurels que les entrepreneurs nous ont présentés. Et j'ai
confiance que ça va... ça a contribué déjà à une meilleure vigueur de
l'économie, une meilleure vigueur de la
création d'emplois. Et il faut continuer. Il faut continuer sur les mêmes
thèmes, allègement de la charge fiscale et administrative des entreprises, bien sûr, aide à
l'exportation, aide à la modernisation. Notamment, dans le
manufacturier, il y a des sommes importantes qui sont rendues disponibles, et
ce qui fait très plaisir, c'est de voir ces sommes fonctionner.
Par exemple, le plan sur le manufacturier que
notre consoeur a annoncé, qui est maintenant de 825 millions, il y avait déjà plus de 400 millions qui ont
été engagés sur des vrais projets, des vrais emplois, des vraies
modernisations, la robotisation, l'automatisation,
la modernisation des usines. Je le vois moi-même dans mes visites, et pas
seulement dans les grands centres,
également dans les entreprises de région. J'étais près de Rivière-du-Loup
récemment à visiter une entreprise de portes et fenêtres, qui s'appelle
Miralis, et ils ont largement automatisé les processus, notamment de peinture
et de sablage des fenêtres.
On pense que
l'innovation, c'est juste pour l'aéronautique puis les grandes entreprises des
villes. C'est également pour nos PME,
et on est là pour les aider dans ce domaine-là et continuer à rendre l'économie
du Québec au moins aussi performante que les autres et même plus
performante que les autres.
Président
(M. Bergeron) : Je vous remercie, M. le premier
ministre. On va maintenant entreprendre le premier bloc du deuxième groupe d'opposition. M. le chef
du deuxième groupe d'opposition, vous aviez manifestement hâte de
prendre la parole. C'est maintenant votre tour.
M. Legault : Merci, M.
le Président. Donc, je veux vous saluer. Je veux saluer le premier ministre, le
chef de l'opposition officielle, les collègues, les fonctionnaires qui sont
avec nous aujourd'hui.
Je voudrais
d'abord revenir sur des transactions avec la Société immobilière du Québec et
d'autres organismes. Donc,
évidemment, on parle de crédits, de contrats, de baux. Il y a cinq mois, au
mois de novembre dernier, l'émission Enquête de Radio-Canada
avait révélé qu'il y avait eu deux transactions avec des proches du Parti
libéral : Franco Fava, Charles
Rondeau, Marc-André Fortier, William Bartlett et George Gantcheff. Et, à
l'époque, bon, la population était très préoccupée de ces transactions
et la CAQ avait déposé une motion à l'Assemblée nationale pour donner un mandat
à la Vérificatrice générale, un mandat spécial
pour étudier ces transactions. Or, à l'époque, le premier ministre et tous
les collègues libéraux avaient voté en faveur de la motion.
aujourd'hui, TVA, avec Le Journal de Montréal , nous révèle qu'il y a eu
40 transactions avec 25 organismes différents, incluant encore
une fois la Société immobilière du Québec, la SAQ, la Société de l'assurance
automobile du Québec, en tout cas,
25 organismes, 40 contrats, 40 baux avec un autre proche du
Parti libéral, que le premier ministre connaît
très bien, que son directeur de cabinet connaît très bien aussi, M. Marc
Bibeau. Or, La CAQ a déposé une motion ce matin, qui est à peu près la
même qu'on avait déposée au mois de novembre, pour donner un mandat spécial à
la Vérificatrice générale pour voir si ces
40 transactions ont été faites dans les règles de l'art, à la valeur du
marché, et, à notre grande surprise, le premier ministre et ses
collègues libéraux ont refusé d'appuyer cette motion. Puis même, durant une question, le premier ministre a
dit : Bon, on préfère laisser la Vérificatrice générale, qui a toujours la
latitude de faire les enquêtes qu'elle veut, faire les enquêtes qu'elle veut.
Donc, il a refusé un mandat spécial.
Or, le
premier ministre a assez d'expérience pour savoir qu'il y a toute une différence
entre dire : Je laisse à la Vérificatrice
générale la possibilité d'enquêter sur ces 40 transactions, ou : Je
donne un mandat spécial, comme on l'avait fait dans le cas des deux
transactions avec la Société immobilière du Québec. Donc, je ne sais pas
pourquoi le premier ministre a accepté quand
il s'agissait d'une enquête de Radio-Canada, là, il refuse étant donné que
c'est TVA, Journal de Montréal . Pourtant, on parle de 40 transactions.
40 transactions, c'est quand même beaucoup, entre autres des sociétés des alcools. On sait comment c'est
important, une société des alcools, dans un centre d'achat, ça fait
marcher le centre d'achat. Évidemment,
M. Bibeau en a beaucoup, de centres d'achat, mais il n'est pas tout seul
au Québec à avoir des centres d'achat... a 40 contrats.
Je voudrais savoir... parce que je pense que les
Québécois... Là, ça fait deux jours qu'on entend parler de Marc Bibeau, aussi de Jean Charest. Le premier
ministre essaie de tourner la page, dire : Moi, je n'ai rien à voir là-dedans,
sauf que ces contrats-là, il y en a
plusieurs qui ont été signés en 2015, en 2016, donc c'est sous le premier
ministre actuel. Donc, je voudrais
savoir pourquoi le premier ministre...
Qu'il me donne juste un argument, là. Pourquoi il refuse notre motion puis de donner un mandat spécial à la
Vérificatrice générale pour enquêter sur les 40 transactions avec Marc
Bibeau?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, on a
discuté déjà aujourd'hui de cette question puis on aura l'occasion d'y revenir.
On n'a rien à cacher. Ce n'est pas une question relative à la même situation à
laquelle il faisait allusion initialement. Les premiers éléments qu'il a mentionnés, on avait des allégations précises
de prix au-dessus du marché, d'autres allégations que je ne répéterai
pas, qui, clairement, nécessitaient un mandat spécifique compte tenu de la
nature des allégations qui étaient là.
Dans le cas des contrats en question — d'ailleurs,
où il n'y a aucune influence de mon gouvernement, sur la signature de ces
contrats-là, absolument aucune — on a une situation où il y a une firme
externe qui a été mandatée pour enquêter
là-dessus, il le sait très bien, je lui ai dit, la firme Raymond Chabot. Mon
collègue le président du Conseil du trésor,
qui, je crois, actuellement, même, est en crédits puis probablement répond aux
mêmes questions de son collègue sur le même sujet, a déposé l'étude.
Alors, ce qu'il a constaté, c'est que la grande majorité des baux qui ont été
évalués par RCGT, la firme en question, il
n'y avait pas d'écart significatif, ou même en dessous du prix du marché, ou,
lorsqu'il y avait un écart, il s'expliquait
par des questions de transfert de propriété et autres, là, sur lesquelles il
n'est pas nécessaire de revenir.
Mais moi, je n'ai pas d'objection, là,
à ce que la Vérificatrice générale vérifie tout ça, mais, je répète, à
moins qu'on m'indique qu'il est impossible à
la Vérificatrice générale de faire le travail... Je ne sais pas, peut-être que
le collègue a des renseignements qui
pourraient me montrer que c'est impossible pour elle de faire ça. Elle est dans
la même organisation, actuellement, autour des enjeux qu'il a lui-même
mentionnés. Il n'y a absolument rien qui l'empêche d'étendre son mandat. Elle nous écoute, elle va lire les
paroles. Je répète, il n'y a absolument rien qui l'empêche d'étendre son
mandat à l'examen de ces questions-là.
Cependant, je vais
quand même lui faire part d'un élément, et je pense que, comme ancien homme
d'affaires, il va être sensible également...
La SQI est en négociation constante pour les loyers avec les propriétaires
immobiliers. Alors, elle ne veut pas
nécessairement, pour des fins de négociation, que les détails des arrangements
qu'elle fait en termes de prix locatif au pied carré, d'amélioration
locative... elle ne tient pas à ce que ces éléments-là soient étalés sur la
place publique pour de simples questions de concurrence et de confidentialité
des transactions.
Maintenant,
encore une fois, moi, je n'ai pas de problème à ce que la Vérificatrice
générale profite de son séjour à la SQI pour regarder ces éléments-là.
On n'a absolument rien à cacher là-dedans. Moi, je n'ai aucune connaissance de
la façon dont ces baux-là ont été négociés ou signés, et, si elle veut le
faire, qu'elle le fasse, tant mieux.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef du deuxième groupe
d'opposition.
M. Legault :
Oui. J'ai de la misère à suivre le premier ministre. Il me dit qu'il n'a pas
d'objection, mais il s'oppose à ce
qu'on donne un mandat à la Vérificatrice générale. Et il faut comprendre que la
Vérificatrice générale peut garder les informations confidentielles,
donc il n'y a pas de problème avec la compétition ou quoi que ce soit.
premier ministre sait que les Québécois, les citoyens sont cyniques à l'égard
de toute la classe politique. Et là on a une situation où Marc Bibeau,
pendant plusieurs années, ramassait 10 millions de dollars par année pour
le Parti libéral et le même Marc Bibeau fait 40 transactions avec des
organismes qui relèvent du gouvernement. Il me semble qu'il y a comme une évidence, là. Je ne le sais pas, là, ça regarde mal,
hein, et je me dis : Si le premier ministre avait un petit peu de leadership, il me semble qu'il aiderait à
combattre le cynisme en disant : Je vais prendre les devants puis, oui,
je vais accepter la proposition de la CAQ de
donner un mandat spécial pour regarder les 40 transactions. D'ailleurs, j'ai
comme l'impression que la pression va se
bâtir dans les prochains jours, puis, comme il l'a fait souvent, il va finir
par changer d'idée, mais là j'essaie de lui sauver quelques jours de
frustration.
Donc,
je voudrais qu'il me donne un argument — parce que je n'en ai pas entendu un
encore — pourquoi
il refuse de donner un mandat spécial à la Vérificatrice générale pour
regarder 40 transactions, 40 baux avec Marc Bibeau. Tout le monde le sait au Québec, là, c'était le grand argentier, le
meilleur ami de Jean Charest. S'il veut vraiment tourner la page sur Jean Charest, prendre ses distances,
pourquoi il refuse de donner ce mandat spécial à la Vérificatrice générale?
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard : Non pas que je refuse qu'elle fasse son travail là, je suis tout à fait
d'accord à ce qu'elle fasse son travail
là. Je veux demander deux choses à mon collègue. Poursuivons les échanges. Il y
aura des périodes de questions. On pourra en parler même privément, lui
et moi, s'il le veut. Il y a une étude qui a été déposée, Raymond Chabot Grant Thornton. Est-ce qu'il peut me dire qu'est-ce
qu'il manque dans les trouvailles de
Raymond Chabot, sur lequel il voudrait plus d'éclaircissements? Les
quelques baux... D'ailleurs, on me dit ici que les quelques baux qui ont
suscité des questionnements représentent 2,7 % des baux révisés par Raymond Chabot.
La grande majorité des baux, bien sûr, sont absolument sans problème, et les réponses de la SQI ont été jugées
satisfaisantes et adéquates par Raymond Chabot pour expliquer tous
les écarts.
Alors,
moi, je l'inviterais — je ne sais pas s'il l'a fait — à lire le rapport de Raymond Chabot Grant
Thornton, d'échanger avec nous, avec moi.
Qu'est-ce qu'il manque dans ce rapport-là? Qu'est-ce qu'on pourrait communiquer
sans nuire à la confidentialité? Et surtout,
surtout, je n'ai pas entendu de réponse encore, mon Dieu! qu'est-ce qui
empêche la Vérificatrice générale, aujourd'hui même, d'annoncer qu'elle va
étendre son examen à ce secteur-là?
Président
(M. Bergeron) : M. le chef du deuxième groupe
d'opposition.
M. Legault :
Bien, la réponse est assez facile. La Vérificatrice générale pourrait enquêter
dans les commissions scolaires, dans
les hôpitaux. Il n'y a pas de limite, là. Elle est très occupée, la
Vérificatrice générale. Il faut lui donner des mandats spéciaux. Mais,
bon, je comprends que le premier ministre préfère être encore une fois en
réaction plutôt que de montrer du leadership.
voudrais amener un autre dossier, un autre ami libéral, Marc-Yvan Côté.
Marc-Yvan Côté a été banni du Parti libéral
du Canada en 2005, banni pour financement illégal. Or, selon un courriel, puis
je sais que le premier ministre l'a vu puisque
c'est lui qui l'a écrit, il a demandé à Marc-Yvan Côté, en 2009, donc quatre
ans plus tard, de le remplacer dans un souper-bénéfice. C'est dans le
courriel. Ensuite, il lui a envoyé un mot de remerciement en disant :
«Merci, Marc-Yvan, de m'avoir remplacé au
pied levé. J'espère que ça s'est bien passé.» Est-ce que le premier ministre
pourrait nous parler un peu de ses liens personnels avec Marc-Yvan Côté?
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je ne peux
pas croire que le collègue ne sait pas de quoi il parle là, là. On ne parle pas
de financement politique, là. On n'est pas là du tout, du tout, là. On est dans
un souper-bénéfice sur une rivière de Charlevoix. C'est de ça dont il s'agit. Alors, je
ne sais pas s'il veut laisser croire à la population qu'il est en train de
parler d'un événement de financement
politique, mais ça n'a strictement, strictement rien à voir. M. Côté est resté
membre du parti jusqu'en 2014. On
connaît l'histoire, on connaît les développements récents. La justice aura à
faire son travail. Mais je ne suis pas tout à fait heureux de la façon
dont il présente l'histoire qui est relative au courriel de 2009, qui n'a absolument
rien à voir ni avec la politique ni avec le financement.
Président
(M. Bergeron) :
M. le chef du deuxième groupe d'opposition.
M. Legault : Bien, je pense que ça montre... c'est la
proximité entre le premier ministre et Marc-Yvan Côté. Je veux dire, quand on demande à quelqu'un
de nous remplacer dans un souper-bénéfice de chasse et pêche, c'est parce qu'on se connaît un petit peu.
L'année dernière, au même endroit, durant l'étude
des crédits, j'avais demandé au premier ministre si Marc-Yvan Côté avait été impliqué dans le financement
de sa course au leadership, et je vous lis la réponse, le premier ministre m'avait dit : «La réponse, c'est non. Il n'a pas été impliqué non
plus dans ma campagne à la direction du parti. J'ai déjà eu l'occasion
de le dire publiquement à de nombreuses reprises et je voudrais le répéter encore
une fois aujourd'hui.» Point final.
Or, quelques
mois plus tard après l'étude de
crédits commencent des rumeurs sur
une rencontre qui aurait eu lieu au tout
début de la course au leadership du Parti
libéral entre le premier ministre actuel et Marc-Yvan Côté, et là le premier ministre, tout à coup, change sa version et il nous
dit : «J'ai rencontré Marc-Yvan Côté pour lui demander de ne pas
s'impliquer dans ma course au leadership.» J'ai de la misère, M. le Président,
à croire ça, moi. J'ai de la misère à croire
que Marc-Yvan Côté, banni du Parti libéral du Canada pour financement illégal,
que le premier ministre lui-même, en personne,
est allé rencontrer Marc-Yvan Côté plutôt que de déléguer ça à un de ses
assistants, à un membre de son équipe. Il a pris le temps, supposément, d'aller rencontrer en personne Marc-Yvan
Côté pour lui dire : Je ne veux pas que tu m'aides dans ma course au leadership. Comment le premier
ministre explique-t-il qu'il a fait ça lui-même, qu'il est allé
rencontrer une personne bannie à vie du
Parti libéral du Canada lui-même, là? Pourquoi il n'a pas délégué ça à
quelqu'un d'autre?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je suis très surpris. Le collègue devrait
me féliciter pour ça. J'étais à l'époque un candidat qui avait probablement quatre personnes autour de lui
pour faire sa course à la direction. Je ne sais pas s'il a déjà fait...
Oui, il a déjà fait des courses à la direction. Quand on commence, là...
M. Couillard : Non? Ah! vous avez débarqué. Il avait débarqué
juste avant. Il a mis le pied dans l'eau puis il a dit : Woups! non, non, je n'y vais pas. Bien, quand tu
n'as personne autour de toi, bien, tu fais les choses toi-même. Et moi,
au contraire, puis le député ne sera
peut-être pas d'accord avec moi, mais je tenais à ce que M. Côté l'entende
directement de ma bouche. Je tenais à ce qu'il l'entende directement de ma
bouche. Je n'ai jamais fait mystère, moi, que je connais M. Côté. Il y a bien du monde qui connaît
M. Côté à Québec. Mais je voulais qu'il l'entende directement de ma
bouche, que je ne voulais pas qu'il participe, ce qu'il n'a pas fait.
Je vais répéter. M. Côté n'a pas
participé à ma course à la direction et il n'avait ni mandat ni autorisation
pour le faire.
Président
(M. Bergeron) :
M. le chef du deuxième groupe d'opposition.
M. Legault :
Mais comment se fait-il... Quand je lui ai posé la question à la même date,
l'année passée, est-ce que Marc-Yvan
Côté a eu des liens dans la course au leadership, il m'a répondu : La
réponse, c'est non. Il ne m'a jamais parlé d'une rencontre.
M. Couillard : Mais non...
M. Legault : Ça, c'est
sorti par la suite, quand il a commencé à y avoir des rumeurs d'une rencontre
entre Marc-Yvan Côté et le premier ministre.
Moi, je voudrais savoir, là, qui a organisé cette rencontre-là entre Marc-Yvan
Côté et lui. Qui a organisé la rencontre?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Je suis vraiment... En tout cas, je ne suis pas
surpris parce que c'est la façon de faire du collègue, on le sait. Il
n'y avait pas de rumeurs, personne ne parlait de ça.
M. Couillard : Non, personne ne
parlait de ça. Et puis c'est moi-même qui a décidé d'appeler M. Côté, puis
je pense que j'ai bien fait de le faire, dans les circonstances qu'on connaît, avec
ce qu'il y avait eu à la commission Charbonneau, avec tous les autres éléments qui ont
suivi et que je ne connaissais pas à l'époque, mais qui ont suivi, bien
sûr. C'est, au contraire, entièrement à mon
honneur d'avoir fait ça et je suis très heureux de l'avoir fait. Maintenant, la
réponse donnée à l'époque est la même aujourd'hui. M. Côté n'a joué
aucun...
Président
(M. Bergeron) : ...
M. Couillard : ...rôle — merci,
M. le Président — dans
l'organisation de ma campagne à la direction et il n'avait aucun mandat, aucune autorisation pour le faire.
Il semble avoir correspondu avec une association de comté. Ce n'est pas
ce que j'appelle organiser une campagne au leadership, et je ne peux pas
empêcher les gens de me soutenir. Même le collègue,
s'il avait voulu me soutenir à l'époque, je l'aurais accepté. Oui, je pense que
j'aurais dit : Oui, c'est une bonne idée. Mais peut-être qu'un jour il aura l'occasion de vivre dans son
propre parti une course à la direction et il va savoir que les candidats, les premières journées, n'ont pas
grand monde autour d'eux. C'est ça qui est intéressant, d'ailleurs, dans
l'exercice. Et même, dans cette période, je
tenais à avoir le contrôle moi-même du message, et, au lieu de me le
reprocher, il devrait me féliciter de l'avoir fait.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef du deuxième groupe
d'opposition.
M. Legault :
On n'a pas la même façon de faire de la politique, M. le Président. Écoutez,
là, jamais, moi, je n'aurais accepté de rencontrer quelqu'un d'aussi
toxique que Marc-Yvan Côté, jamais je n'aurais pris la chance même d'être vu en compagnie de Marc-Yvan Côté. Et je m'excuse
de le dire aussi crûment, mais je trouve que c'est un manque de
jugement. Si c'est vrai, là, qu'il l'a rencontré pour lui dire : Ne
participe pas à ma course au... si c'est vrai, vous allez me permettre d'avoir
des gros, gros doutes, hein, des gros doutes. Mais je voudrais qu'il me donne
un argument...
Président
(M. Bergeron) : Je vous invite... Attention, M. le chef
du deuxième!
M. Legault :
Là, je fais attention, là, je fais très attention, mais je voudrais savoir
pourquoi le premier ministre a accepté de
rencontrer lui-même quelqu'un d'aussi toxique que Marc-Yvan Côté, banni à vie
du Parti libéral du Canada? Pourquoi
a-t-il accepté, là, d'être tout seul avec lui? Pourquoi il n'a pas délégué ça à
quelqu'un... Bien, remarquez, il aurait pu le déléguer à Jean-Louis
Dufresne. Ils se connaissaient déjà, les deux. Il aurait pu demander à
Jean-Louis Dufresne : Peux-tu... Ah
non! ça, c'était Marc Bibeau, excusez. Je me mélange entre Marc Bibeau puis
Marc-Yvan Côté. Mais je reviens sur
Marc-Yvan Côté. Pourquoi a-t-il accepté de faire ça lui-même? Il me semble
qu'en politique, là, on ne fait pas ça, on ne va pas s'asseoir avec des
gens comme ça.
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je vais laisser le collègue à ce qu'il dit. Je pense que c'était
au contraire important que je donne moi-même le message et que je n'ai
aucun soupçon que le message n'ait pas été transmis exactement comme je voulais
qu'il le soit.
Maintenant,
je retrouve ici un
article qui parle de la Gaspésie, qui parle de relations du
collègue — parce
que je vais utiliser la même méthode,
je vais lui faire goûter un peu la médecine qu'il me sert — avec un monsieur qui a été arrêté par
l'UPAC, qui est devant les tribunaux, et je cite le collègue, je fais comme
lui, là, la même chose : «Je pense que monsieur
est un candidat intéressant. On a passé toute la journée et la soirée d'hier
avec lui. C'est un ami. Je le connais depuis le temps du Parti
québécois. C'est un gars dynamique», etc.
Alors,
ça, c'est la médecine que le collègue me sert régulièrement. Je veux juste lui
en donner une petite dose. Puis, par la suite, on pourrait parler de son
année à la direction du financement du Parti québécois. Les sommes dues actuellement au DGE, quel rôle a-t-il joué, lui,
dans les sommes illégales qui, actuellement, font l'objet de demandes de
remboursement? Je ne crois pas qu'il n'ait joué aucun rôle. Je n'ai aucun doute
sur son intégrité. Je lui montre juste ce
que sa méthode de travail produit et je l'invite à changer de façon de faire,
d'écouter les gens, d'écouter les réponses, de prendre la parole de ceux qui parlent. Et moi, je vais continuer à me
gouverner comme ça avec lui. Alors, j'ai juste voulu lui donner un exemple de ce qu'on peut faire
lorsqu'on prend des faits, puis qu'on les étire, puis qu'on les colle, puis
qu'on les présente de façon tendancieuse. Alors, je viens de présenter un fait
qui le touche lui-même, qui est un fait tendancieux.
De la façon dont je l'ai présenté, j'ai fait exprès parce que c'est ça qu'il
fait. C'est ça qu'il fait, lui, dans la même situation.
Président
(M. Bergeron) : M. le député de Matapédia-Matane.
M. Bérubé :
Le premier ministre cite un texte. Est-ce qu'il pourrait déposer le document?
Parce qu'on n'a aucune idée du nom de la personne.
Président
(M. Bergeron) : M. le premier ministre,
voulez-vous déposer le document auquel vous avez fait référence?
M. Couillard :
Oui. On donnera une copie non annotée au collègue.
Président
(M. Bergeron) : D'accord. Très bien.
M. le chef du deuxième groupe d'opposition, il reste à peine une minute.
M. Legault :
Oui, oui. Bien, M. le Président, on attend le punch, là, hein? Le premier
ministre, là, est en train de créer
un suspense, là, mais on veut savoir c'est qui. Pourquoi il est toujours en
réaction? Pourquoi? Je ne me souviens pas d'avoir rencontré quelqu'un comme Marc-Yvan Côté, moi, puis je n'aurais
pas accepté de rencontrer quelqu'un comme Marc-Yvan Côté. Le premier
ministre, lui, il dit que c'est lui-même qui a voulu aller rencontrer Marc-Yvan
Côté. L'année passée, il nous avait dit
exactement le contraire. Allez voir les galées, là, l'année passée, jamais il
n'était question qu'il avait eu une
rencontre avec Marc-Yvan Côté. Tout à coup, il a eu une rencontre avec
Marc-Yvan Côté, mais ce n'était pas pour avoir de l'aide, c'était pour
lui dire de ne pas aider.
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre, en quelques secondes.
M. Couillard : Bien,
malheureusement pour le collègue, le monsieur, c'est un M. Roussy qui est
devant les tribunaux pour la même chose que
M. Côté, pour la même accusation. Alors là, il vient de se planter pas à
peu près. Je l'invite à fouiller dans
ses souvenirs. Mais je veux juste lui rappeler qu'il faut être délicat dans la
façon dont on présente les faits. Je
lui ai donné un exemple d'une façon de présenter les choses qui est injurieuse
pour lui, mais je voudrais qu'il se comporte de la même façon à mon
endroit.
Président
(M. Bergeron) :
Merci.
M. Legault :
Quand même, là, parce qu'il y a des accusations graves, là. M. Roussy
n'était pas banni à vie d'aucun parti. Il était même maire, si je me
souviens bien, en Gaspésie. Donc, j'essaie de voir le lien, Marc-Yvan Côté puis
M. Roussy. Il n'y en a pas? Ah bon! Excusez.
M. Couillard : C'est le même
procès.
M. Legault : Donc, ce
n'est même pas sérieux.
M. Couillard : Non, M. le
Président, j'ai dit : C'est le même procès.
Président
(M. Bergeron) : Très bien. Alors, on va maintenant
entreprendre le deuxième bloc du gouvernement. Mme la députée de Verdun.
Mme Melançon :
Merci, M. le Président. Alors, à mon tour de saluer tout le monde, les gens,
bien sûr, de ma formation politique, mon premier ministre, les députés
et les chefs des oppositions. Je veux saluer aussi, bien sûr, les gens qui accompagnent tous ces travaux. Je veux
vous dire un beau bonjour. Merci d'être présents, merci d'être avec nous
et merci du travail que vous avez fait,
parce que... Pour avoir été moi-même dans la fonction publique, je salue le
travail que vous faites et l'ardeur que vous y mettez parce que, pour préparer
les documents qui sont demandés et par les oppositions
et, bien sûr, par le gouvernement, je sais le nombre d'heures que vous y avez
passé et je vous en remercie.
Il s'agit de
ma première étude des crédits. Donc, c'est dans mes premiers exercices et,
comme je suis nouvelle députée,
depuis le 5 décembre dernier, et fière députée de Verdun, je veux juste
vous dire... Moi, je vais revenir en 2017 et je vais revenir à l'étude des crédits. Et la chose à laquelle je
souhaite discuter avec vous, c'est de transport collectif.
Alors, le transport collectif, c'est un vecteur
important dans la lutte contre les changements climatiques. Le gouvernement du
Québec s'est donné des cibles, et une cible de réduction de 37,5 %, sous
le niveau de l'année de référence de 1990, à atteindre, et ce, avant 2030. Je
salue la cible parce que je suis la maman de deux jeunes enfants, Elizabeth, qui a six ans, et Christophe, qui a
10 ans — qui aura
11 ans le 1er mai d'ailleurs — et, comme maman, moi, ça m'interpelle parce que la santé de la planète,
c'est pour ceux qui vont nous suivre, c'est pour nos enfants, nos petits-enfants,
et je sais que ça préoccupe aussi les gens de Verdun et les gens de l'ensemble
du Québec, on doit le dire.
Dans le plan
économique du Québec, qui a été présenté par notre collègue ministre des
Finances le 28 mars dernier, le gouvernement a annoncé une hausse
de 1,5 milliard de dollars dans le transport collectif. Et je fais
référence ici au fascicule de transport
collectif qui a été déposé la journée du budget, un fascicule vraiment
fascinant et dans lequel on apprend beaucoup de choses.
Moi, la chose sur laquelle je veux discuter avec le premier ministre, ça va être le REM et la ligne bleue. Et là, quand je dis ligne bleue, je vois déjà un
immense sourire dans le visage de notre collègue de Jeanne-Mance—Viger,
qui, elle, n'est pas avec nous aujourd'hui, mais qui a travaillé très dur pour la ligne bleue avec les collègues
de l'est. Et là j'ai le collègue de LaFontaine qui est là, qui a travaillé avec beaucoup
d'ardeur à réaliser ce qui se retrouve dans le fascicule. Alors, comme députée de
Verdun, et donc comme députée de l'île de Montréal, c'est deux dossiers qui me préoccupent énormément, sur lesquels on a
applaudi très fort, je dois le mentionner, au salon bleu — parce
qu'à ce moment-là on avait le droit d'applaudir — et, pour moi, le principal élément en
transport collectif, c'est toujours de ramener ça à l'environnement,
bien sûr, mais aussi à nos collectivités.
Et donc le
REM, je tiens à le souligner, c'est un métro léger électrique qui va relier le
centre-ville de Montréal et la Rive-Sud,
et la façon de relier tout ça, bien, c'est en passant par l'île des Soeurs, et
l'île des Soeurs se retrouve en plein coeur de la belle circonscription de Verdun. C'est aussi un relais entre
l'Ouest-de-l'Île, la Rive-Nord, mais aussi de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau
jusqu'au centre-ville. Et on doit se doter de ce genre d'infrastructure moderne
parce que, dans toutes les grandes
villes, lorsqu'on arrive et qu'on sort de l'aéroport, on a besoin d'un
transport digne de ce nom pour se rendre vers le centre-ville, qui va
faciliter notre arrivée vers les grands centres, et le REM va permettre
vraiment au Québec de se démarquer et d'offrir à ceux qui viennent nous visiter
un lien privilégié entre le centre-ville et l'aéroport.
Le projet du REM, c'est 67 kilomètres. C'est 27
stations qui seront accueillies avec, je peux vous le dire, beaucoup
d'effervescence à Montréal puisque les gens ont besoin de transport collectif.
Actuellement, et je lisais ça à quelque part, juste ici, les coûts de
congestion à Montréal, c'est immense. Lorsque je lis... Toujours dans le
fascicule, à la page 7, donc on dit :
«En milieu urbain, la congestion routière coûte cher aux individus ou aux
entreprises, en plus d'être un irritant important.» Ça, c'est ceux qui
sont venus à Montréal dernièrement. «Dans la région de Montréal, les coûts socioéconomiques de la congestion étaient estimés
à près de 1,9 milliard de dollars en 2013.» Donc, inutile de vous
dire à quel point les gens attendent un outil comme celui-là de transport
collectif.
Le REM, c'est
le plus grand projet de transport collectif que le Québec a connu dans les 50
dernières années, et, pour moi, les
résidents de l'île des Soeurs — parce qu'il y aura une station à l'île des
Soeurs, à la pointe nord — attendent ça avec beaucoup d'impatience, parce que l'île des
Soeurs, pour ceux qui sont déjà venus, disons qu'avec les travaux du
pont Champlain actuellement... sont un peu enclavés et rêvent eux aussi de
pouvoir, autre que l'autobus, utiliser un autre moyen de transport en commun.
M. le Président, en écoutant Tout le monde en
parle dimanche, juste avant l'entrevue de notre collègue de Jean-Talon, qui a été merveilleux, j'ai écouté
avec attention les témoignages de MM. de Gaspé Beaubien et Yves Jasmin.
Et moi, je n'ai pas vécu Expo 67 puisque je n'étais pas au monde. Je suis
contente de le dire parce que je ne suis plus considérée
encore dans les jeunes députés, mais, quand même, pas si vieille, pas si
vieille. J'ai senti vraiment l'immense fierté
de ces deux hommes-là. Et ce que je voudrais dire au premier ministre, M. le
Président, c'est que j'en suis venue à une conclusion. Dans quelques
années, c'est un sentiment de fierté aussi grand, sinon plus, qui va nous
habiter en voyant les résultats du REM. Ce legs, ce sera celui du premier
ministre du Québec et du député de Roberval.
La Caisse de
dépôt, donc, c'est elle qui va réaliser le projet, et l'échéancier, là, est
prévu... début des travaux pour l'automne
2017 et une mise en service pour 2020. Il y a la ligne bleue, je le disais en
introduction, toujours dans l'optique de mieux desservir nos concitoyens
mais aussi, surtout, de répondre à nos cibles environnementales. Le
gouvernement a annoncé des sommes qui ont
été réservées au PQI pour 2017‑2027 pour assurer le financement du prolongement
de cette ligne bleue, un prolongement de 5,5 kilomètres, donc, qui
va porter la ligne bleue jusqu'à Anjou.
Les collègues de l'est de Montréal, comme je le
disais tout à l'heure, ont travaillé avec les gens, bien sûr, des Finances, les gens des Transports pour pouvoir
développer. Puis comme députée de Verdun, moi, j'ai vu qu'est-ce que ça
change dans la vie des gens. Et là je regarde le député de LaFontaine, puisqu'à
Verdun nos concitoyens sont plutôt choyés,
il y a trois stations de métro à Verdun, et je sais à quel point les gens qui
vivent à proximité de ces stations de métro se disent choyés. Alors, le projet à lui seul va permettre une réduction
des émissions à effet de serre de 24,6 tonnes en période de pointe, ce qui n'est pas une petite
chose. L'échéancier, pour celui-là, est de 2021 et mise en service pour
J'ai lu, dans
la revue de presse, qu'Équiterre, à la suite du budget en transport
collectif... et là je ne ferai pas tout le fascicule avec vous, mais Équiterre disait : «C'est très, très, très
positif — trois
"très". On est heureux de ce qu'on voit. On pourrait parler d'un budget de transport collectif
comme on n'en a jamais vu au Québec depuis au moins une décennie. On confirme les investissements dans trois projets
majeurs : le REM...» C'est très long, la phrase est longue, mais
pour vous dire qu'Équiterre est fier de ce
qu'on a fait, je suis fière aussi de voir ce qu'on a fait avec le transport
collectif, et là, comme élue de Montréal, je le rappelle, je suis
vraiment... j'applaudis haut et fort.
M. le premier
ministre, il y a certaines personnes, et on l'a entendu, ont dit : Bon,
bien, transports collectifs, ça coûte cher,
ce sont des dépenses. Moi, je suis plutôt d'avis de dire que c'est un
investissement extraordinaire pour les concitoyens du Québec. Et je vois que vous êtes d'accord avec
moi, M. le Président, je vous en remercie. C'est un atout, donc, pour
les citoyens et pour l'environnement.
J'aimerais
que le premier ministre puisse nous donner une idée des retombées économiques,
donc, que cela va pouvoir comporter d'avoir le REM, la ligne bleue, de
pouvoir nous indiquer... Il doit y avoir des emplois reliés à ça. Parce que le Parti libéral du Québec, c'est le
parti de l'économie, et on le voit. Et je sais qu'il y a des collègues qui
vont en parler un peu plus tard, mais je
sais qu'on a travaillé, je le répète, avec les gens de finance, avec les gens
de transport, avec les gens de
Montréal aussi, je tiens à le rappeler, et pour l'Île-des-Soeurs, pour Verdun
et pour tous nos comtés, tous ceux qui sont périphériques, je sais que
ça va faire une très, très grande différence. Alors, voilà, M. le Président.
Président
(M. Bergeron) :
Merci. M. le premier ministre.
M. Couillard : Merci. Merci, M. le Président. Effectivement,
bien, notre collègue du deuxième groupe d'opposition parle souvent que ça prend une nouvelle
Baie James au Québec. Bien, elle est là, elle est là, la nouvelle Baie
James du Québec. C'est un projet de
5 milliards de dollars, le projet lui-même, environ 3,5 milliards,
3,7 milliards de retombées économiques, 34 000 emplois
directs et indirects, 1 000 emplois permanents après la mise en
service. Alors, c'est un projet vraiment emballant.
Puis c'est bon de faire la comparaison avec Expo 67 parce que c'est
l'époque où le métro a été créé également, puis, depuis la création du
métro, on n'a pas vu un investissement aussi important.
Mais il y a plusieurs éléments d'innovation
qu'il faut mentionner autour de ce projet-là, d'abord la modalité électrique elle-même, qui sert à réduire nos
émissions de gaz à effet de serre, on parle de plusieurs tonnes de moins,
milliers de tonnes de moins de gaz à
effet de serre, mais également le mode de financement. On oublie trop souvent
de mentionner que ce projet, qui est
maintenant dirigé par la Caisse de dépôt, a été rendu possible lorsque le
gouvernement a décidé de légiférer pour permettre à la Caisse de dépôt d'investir dans les
infrastructures au Québec. On était dans une situation assez illogique où on se promène dans le monde entier et
ailleurs au Canada, comme à Vancouver, puis on voit des infrastructures financées et gérées par la Caisse de dépôt et
placement du Québec, puis curieusement, au Québec, ce n'était pas
permis. Assez curieux, comme situation, là.
Je me disais : Qu'est-ce qu'il y a dans notre eau, dans notre air qui
empêcherait la Caisse de dépôt de faire ça?
Puis l'autre
bénéfice de le faire, c'est que ça nous permet de réduire... Il faut qu'on
investisse aussi. Entendons-nous, le
gouvernement du Québec fait un investissement, puis on s'attend au même
investissement de la part du fédéral. Bien,
ça nous permet de dégager des marges pour faire d'autres projets. Parce qu'il y
a aussi la ligne bleue qui est très importante,
vers l'est de Montréal, bon, puis il y a le SRB à Québec. Mais on voit
qu'actuellement la communauté de la région
de Québec veut reprendre la discussion sur la meilleure façon d'améliorer le
problème de congestion. Tant mieux. Mais
c'est ça qui nous permet de faire tous ces projets. Sinon, il n'aurait pas été
possible, avec les modes de financement traditionnels, de lancer tous
ces projets-là de front. Alors, ça va être, je crois, très, très intéressant
pour l'avenir.
Puis pour
l'avenir on peut envisager... déjà, il y a des connexions avec le métro qui
sont prévues, on peut envisager d'autres
interconnexions. J'étais dans les Basses-Laurentides récemment, et, dans les
Basses-Laurentides, l'enjeu de la mobilité est absolument capital. Si on
dit aux citoyens : Quel est le gros problème ici... Je n'ai pas vu ça
beaucoup ailleurs. Puis on parle de
congestion ici, à Québec, mais, dans la région du nord de Montréal, des Basses-Laurentides,
le problème de la mobilité est un enjeu très, très important pour les citoyens,
et on parle beaucoup des axes routiers de contournement et des voies de
connexion entre le REM, les trains de banlieue et le métro.
Alors, il y a là, je crois, possibilité de
développer un projet très structurant pour le nord de Montréal et les Basses-Laurentides. On va le faire tout en faisant
la ligne bleue puis en espérant qu'on va pouvoir travailler rapidement
avec la ville de Québec, la ville de Lévis et la communauté pour pouvoir aller
encore plus loin.
Mme Melançon : Merci. Merci
beaucoup, monsieur...
Président
(M. Bergeron) :
Mme la députée de Verdun, vous poursuivez ou...
Mme Tremblay : ...peux
commencer, et je compléterai lors de la prochaine intervention.
Président
(M. Bergeron) :
Mme la députée de Chauveau.
Mme Tremblay : Merci beaucoup, M. le Président. Et je tiens à
saluer le premier ministre, mes collègues, les collègues de l'opposition
également et tous les gens qui participent, ici présents, aux crédits
budgétaires.
Alors,
j'aimerais aborder le sujet concernant la Loi accordant le statut de la
capitale nationale à la Ville de Québec. Vous savez, en campagne électorale, en mars 2014, mon équipe s'était engagée
à réviser la relation entre le gouvernement du Québec et les municipalités. Je dis bien «mon équipe» puisqu'à ce
moment-là, moi, je n'étais pas encore en politique. Je suis arrivée en politique uniquement en juin 2015,
bien que c'est une idée que je partageais. On voulait favoriser une plus
grande autonomie des villes dans la prise de décision et des responsabilités
qui reflètent la réalité du XXIe siècle.
Et, lors de
son discours inaugural, le premier ministre a réitéré cet engagement, et je
cite, il a dit : «Nous désirons refonder
le partenariat entre Québec et les municipalités, bannir le terme
"créature" et envisager l'avenir sur la base de deux ordres de
gouvernement qui ont leurs responsabilités propres et qui travaillent ensemble
au service du même contribuable.» Et je peux
vous dire, M. le Président, que ce n'était pas un engagement pris en l'air
puisque, dès notre arrivée au gouvernement, notre gouvernement s'est
appliqué à réaliser cet engagement, à redéfinir, donc, les relations entre Québec et les municipalités, notamment en
modifiant les façons de faire, donc, depuis le 21 avril 2015, les MRC
et les organismes équivalents qui ont
de nouvelles responsabilités en matière de développement économique locales,
régionales, rurales.
Et le
8 juin 2016, le premier ministre du Québec, le ministre des Affaires
municipales, le ministre responsable de la Capitale-Nationale et le maire de la ville de Québec ont signé une
déclaration sur la reconnaissance du statut particulier de la capitale nationale. Et, cette même journée, le
ministre des Affaires municipales présentait le projet de loi n° 109,
Loi accordant le statut de capitale
nationale à la Ville de Québec et augmentant à ce
titre son autonomie et ses
pouvoirs, donc, projet de loi qui a
été adopté le 9 décembre dernier. On peut dire que c'était un projet de
loi qui a été très bien accueilli. Voici d'ailleurs quelques citations.
Le maire de
Québec, qui a dit, le 8 juin : «Jamais on n'est arrivés à ça. Ça fait
35 ans. Les ministères ne voulaient pas donner un statut
particulier à Québec. Moi, j'appelle ça un exploit, ce qu'on vient de vivre. Ça
prend un premier ministre qui suit aussi.»
Même le chef
du Parti québécois, qui était nouvellement en poste à ce moment-là, disait, le
3 novembre dernier, qu'il
voyait... donc, ce qu'il disait concernant le projet de loi n° 109, il
disait notamment que la... il saluait la disposition qui fera graduellement
passer le Fonds pour le développement économique de la capitale de
7 millions à 25 millions d'ici 2022. Alors, c'est même le chef de
l'opposition officielle qui disait ça à ce moment-là.
Il y a
également l'UMQ qui s'est réjouie de l'adoption du projet de loi n° 109,
l'Union des municipalités du Québec qui
mentionnait, dans un communiqué émis le 9 décembre dernier... on
mentionnait que «cette pièce législative marquait un tournant important
pour l'avenir économique, social et culturel du Québec».
Il y a aussi
Alain Aubut, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, qui
disait que «cette annonce était
attendue par la communauté d'affaires depuis longtemps», qu'elle «positionne la
ville de Québec comme point d'ancrage des actions gouvernementales».
il y a même le député de La Peltrie, lors des consultations particulières
du 14 novembre dernier, qui mentionnait : «C'est avec plaisir
qu'on accueille le projet de loi de la capitale nationale. Donc, de notre côté,
on l'accueille assez favorablement.»
Je sais que le temps est écoulé, je vais revenir
plus tard sur la question. Merci beaucoup, M. le Président.
Président
(M. Bergeron) :
Souhaitez-vous intervenir, M. le premier ministre?
Président
(M. Bergeron) : On va revenir dans le prochain bloc?
Excellent. Alors, on va maintenant passer au deuxième bloc de
l'opposition officielle. M. le chef de l'opposition, la parole est à vous.
M. Lisée :
Merci, M. le Président. Je voudrais revenir rapidement sur l'annonce que le
premier ministre a faite en début de
ses remarques préliminaires sur la nomination aux deux tiers. Nous allons
étudier avec intérêt les propositions qu'il nous fait, mais j'étais surpris
de ne pas l'entendre dire qu'il voulait proposer que le commissaire à l'UPAC
soit également désigné aux deux tiers de l'Assemblée nationale. Pourquoi?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : D'abord, on a eu
cette discussion, vous vous souvenez que, dans les recommandations de la commission Charbonneau, c'est une recommandation
qui a été écartée, hein, pour plusieurs raisons. Il faudrait demander au
commissaire, à l'époque, pourquoi ils l'ont fait.
Moi, j'y vois
une question d'ordre de gouvernement. Il s'agit d'un pouvoir particulier, c'est
le pouvoir exécutif, et de mêler le
législatif au pouvoir exécutif, je n'ai pas d'exemple... Je ne connais pas
d'exemple ailleurs dans le monde où un
directeur de service de police est nommé de façon séparée de l'exécutif d'un
gouvernement. À moins qu'il puisse m'en indiquer des exemples, je n'en connais pas, je n'en connais pas. Ce
n'est pas la même chose que le Vérificateur général, la Protectrice du
citoyen.
Je pense que là-dessus on peut également
toujours avoir des conversations. Et, à ce que je me souviens, je ne crois pas que le collègue ait regretté le fait
qu'on ait renouvelé le mandat de M. Lafrenière. Je crois qu'on était
d'accord ici sur le fait qu'il fallait renouveler le mandat de
M. Lafrenière, personne ne s'y est opposé.
Mais je pense qu'il y a une discussion de fond à
avoir là-dessus, qui dépasse la simple question politique aujourd'hui, là, sur la question des séparations
des ordres de gouvernement et qui fait quoi. Il faut toujours bien
garder un rôle quelconque au pouvoir exécutif dans un gouvernement
démocratique.
Président
(M. Bergeron) :
M. le chef de l'opposition.
M. Lisée :
Oui. Bien, je vais répondre à la question du premier ministre. Est-ce qu'il y a
un cas? Oui. Le premier policier, aux
États-Unis, c'est-à-dire le directeur du FBI, est proposé par l'exécutif mais
ratifié par le législatif. Le législatif peut refuser, pour ses propres raisons, la proposition de l'exécutif, et
il arrive que le FBI enquête sur l'exécutif, ça arrive souvent. Et donc
l'importance que le directeur du FBI — et on l'a vu récemment — soit
au-dessus de tout soupçon est reconnue par nos voisins américains.
Dans ce
cas-ci, le premier ministre n'ignore pas que l'UPAC enquête sur son propre
parti en ce moment. C'est un fait, on
ne peut pas le démentir. Et alors la question est de savoir si le commissaire à
l'UPAC, maintenant, ou le prochain, est
nommé seulement par le gouvernement libéral ou ratifié par les deux tiers de
l'Assemblée nationale. Pour le respect de nos institutions, ça fait une
différence. Et je pense que, dans la situation actuelle en particulier, le
premier ministre et l'Assemblée nationale auraient intérêt à pouvoir dire que
le commissaire de l'UPAC est nommé aux deux tiers de l'Assemblée.
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je pense, en tout respect, que la
comparaison avec le modèle américain n'est pas justifiée. Ce n'est pas
du tout le même système démocratique, le même système gouvernemental. On ne
peut pas... Et tous les titulaires de presque tous les postes importants
passent en assemblée, en commission parlementaire, avec des débats partisans. On ne veut pas voir ça au Québec.
On risque de faire de cette nomination-là un événement partisan en soi,
où chacun va essayer de pousser une candidature ou une autre. Je ne crois pas
que ça aide à quoi que ce soit.
Je ne pense
pas que le fait d'avoir nommé M. Lafrenière de la façon traditionnelle, si
je peux m'exprimer ainsi, nuise à son
travail. De toute évidence, il le fait, son travail, avec son équipe, et ce
sera la même chose pour ses successeurs. Mais je pense qu'il y a lieu, peut-être,
d'avoir un peu plus de réflexions sur la question.
Président
(M. Bergeron) :
M. le chef de l'opposition officielle.
M. Lisée : Écoutez, le premier
ministre et moi divergeons d'opinion. Je pense qu'on est dans une crise de confiance majeure des citoyens
québécois envers l'éthique de nos gouvernements, de nos élus, de notre fonction
publique, de la police, et on doit aller
plus loin, faire preuve d'audace. On a une démonstration à faire, et je dirais
que le premier ministre et son parti ont une démonstration encore plus
grande à faire, et c'est une occasion manquée. Mais je l'invite à
continuer à y réfléchir.
Je voudrais,
dans ce deuxième bloc, revenir sur un autre sujet, celui de l'impact des
décisions budgétaires de son gouvernement ces dernières années. Lorsque le premier ministre s'est présenté devant les électeurs, il a dit que le Parti
québécois, qui proposait une augmentation de budget de 3 % par année pour
la santé, c'était risible. Ça ne marchera pas,
a-t-il dit. Ça ne peut pas marcher. Il faut que ça soit 4 %, et avec nous
ce sera 4 % par année. Alors là, il va me présenter un tableau montrant que ça monte chaque année.
Mais, comme il le disait en campagne électorale, il ne suffit pas que ça
monte. Si ça ne monte pas assez, ça ne marche pas.
Et là ce
qu'il a fait en 2014‑2015, il n'a pas monté de 4 %, il a monté de
3 %; et en 2015‑2016, il n'a pas monté de 4 %, il a monté de 1,5 %; et en 2016‑2017, il n'a pas monté de
4 %, il a monté de 2 %. Alors, oui, ça a monté. Mais, comme il l'expliquait en campagne électorale, ça ne
suffit pas de monter. Si on monte de moins que 4 %, ça ne marche pas,
pour le citer. Et ça ne marche pas au point
que, cumulativement, il a donc enlevé au ministère de la Santé près de
3 milliards de dollars cumulativement,
dans ces trois années-là, en ne respectant pas sa promesse d'augmenter chaque
année de 4 %.
Alors, au
début, le premier ministre nous a dit : Inquiétez-vous pas. Il n'y aura
aucun impact sur les services. C'est dans son budget. Après avoir vu les
chiffres laissés par l'administration précédente, même après avoir vu ça, il a
dit : Ne vous inquiétez pas, même si je
ne respecterai pas ma promesse de 4 %, il n'y aura pas d'impact sur les
services. Ensuite, il a dû se rendre
à l'évidence qu'il y avait un impact sur les services. Et là, dans un deuxième
temps, il a dit : C'est la faute des
réseaux. Nous, on pense que ça ne devrait pas avoir d'impact, mais c'est la
faute des réseaux. Et, dans un troisième temps, bien, devant l'évidence absolue, bien là, il a dit : Bien
oui, ça fait mal, bien oui, ça fait mal. Mais il a dit : Écoutez,
c'est pour leur bien, c'est pour leur bien.
Et là je vais
citer le premier ministre, parce qu'au lendemain du dépôt du rapport de la
Protectrice du citoyen, qui donnait la liste des exemples de misère
humaine réelle subie par des citoyennes et des citoyens du Québec et de la gravité de l'impact des compressions sur la vie de
nos aînés, de nos enseignants, de nos étudiants, il a dit ceci, le
premier ministre, je cite : «Les
discours sur les personnes vulnérables, les discours sur la solidarité, avec
des finances publiques déséquilibrées
et un endettement chronique, ce n'est que du vent. Ça ne veut rien dire pour la
population.» Alors, ça ne veut rien dire pour la population.
Bien, la population qui a été... qui ont payé le
prix pour le non-respect de la promesse du premier ministre d'augmenter de 4 %, le non-respect de sa
promesse qu'il n'y aurait pas de coupe dans les services, bien, c'est trois
ans d'attente pour avoir accès à un programme préscolaire pour un enfant
autiste, alors que ça devrait se faire en moins de neuf mois; ce sont, dans un CHSLD, des soins d'hygiène insuffisants,
des repas retirés avant que les résidents aient fini de manger, des résidents privés d'appareils
auditifs ou de lunettes, des résidents attachés ou qu'on empêche de
circuler. Ça, c'est le rapport de la
Protectrice du citoyen après enquête. Elle a rencontré ces gens-là, hein :
«C'est un couple âgé, dont les deux membres souffrent de diabète et de
maladie inflammatoire, qui s'inscrit à un guichet et se fait signifier que le délai d'attente sera de deux ans. 10 mois plus
tard, le délai est porté à trois ans pour monsieur et quatre ans pour
madame. Cinq mois plus tard, on leur dit
qu'il n'est plus possible de fixer un délai d'attente. Étant donné leur état de
santé, ils auraient pourtant dû avoir accès à un médecin de famille très
rapidement.»
Alors, le
premier ministre est-il en train de nous dire qu'il nous avait dit : Si ce
n'est pas 4 %, ça ne marche pas, et
qu'il n'a pas fait 4 %, et que ça n'a pas eu d'impact dans les services,
que c'est pour le bien de ces personnes qu'il a agi comme il a agi?
Président
(M. Bergeron) :
M. le premier ministre.
M. Couillard : Bien, je
remercie beaucoup mon collègue parce qu'il me donne l'occasion de reparler de finances publiques, puis c'est un sujet qui
devrait l'intéresser plus particulièrement, mais qui intéresse plus
particulièrement, certainement et généralement, la population qui nous écoute.
Alors, effectivement, on est arrivé, cette année, à plus de 4 %
d'augmentation. Donc, cet engagement-là est tenu maintenant.
M. Couillard : Bien, lisez les
crédits, vous verrez.
M. Couillard : Ah! Le collègue est déçu qu'on est arrivés à
4 %. Mais la question est : Pourquoi on n'a pas pu être avant à 4 %? Question intéressante, question
très, très intéressante. Parce que, quand on est arrivé au gouvernement,
il faut se rappeler, et je sais qu'il n'aime
pas ça, mais c'est factuel, il y a eu dépôt d'un budget électoraliste sans
crédit. Pas de crédit.
Quand on ne dépose pas de crédit, il y a juste
une raison pour ça, c'est que les crédits ne ferment pas, comme on dit dans la
machine. Ça ne marche pas, on n'est pas capables d'expliquer les finances
publiques, on se dit : On va faire
l'élection, on va être réélus, puis ensuite on bricolera quelque chose pour que
ça fonctionne, puis on fera les coupures après. Alors, ça, c'était le
message de départ de la campagne électorale de 2014.
Arrivés là,
on a demandé une évaluation à des économistes indépendants — j'espère qu'il ne remet pas en cause
leurs compétences — M. Godbout
et M. Montmarquette, et également au Vérificateur général, qui ont
dit : Il y a un immense trou dans les
finances publiques avec un gros bloc de 5 milliards plus 2 milliards
de reconductions de programmes, qui fait 7 milliards. Bien, il
n'est pas content, mais c'est ça, la réalité.
M. Lisée :
Montrez, déposez le chiffre.
Président
(M. Bergeron) : M. le chef de l'opposition, s'il vous
plaît!
M. Couillard : Maintenant, malgré le fait qu'il n'aime pas ça entendre ça, lorsqu'on
parle d'austérité avec une courbe de
dépenses publiques comme ça en santé et services sociaux, si vous montrez ça,
nulle part dans le monde... les gens vont dire : Bien non, vous ne
parlez pas d'austérité, là, les dépenses ont augmenté chaque année.
L'austérité,
c'est comme on a vu dans les années 1990, il était là, où lorsqu'on a
réduit pendant deux ou trois ans consécutifs...
réduit le budget. Alors là, on aurait vu une chute. Ce n'est pas ce qui est
arrivé. On a réussi à maintenir la croissance,
lente, mais la croissance quand même. Et parce qu'on a réussi à rétablir
l'équilibre budgétaire, ça a pris les efforts
de tout le monde, de tout le monde, les réseaux, la population, bien sûr, de
l'administration publique, on a maintenant, enfin, véritablement les moyens de nos ambitions, les
moyens de faire face à des défis comme le protectionnisme américain.
Alors,
quand je dis que les discours de solidarité sans finances publiques saines,
c'est du vent... Et je le répète : C'est facile de dire qu'on croit à la solidarité. Le Parti québécois,
dans l'opposition, parle à gauche puis agit différemment au gouvernement. Alors, on peut le dire, très bien.
Mais, quand on est en déficit chronique, que les agences de crédit nous menacent de nous décoter, tu n'as plus les moyens
du tout — puis je
ne parle même pas de la séparation du Québec, là, je parle des finances publiques comme elles sont
actuellement — on n'a
même plus les moyens de continuer à donner la même somme l'an prochain,
à la santé, que l'année précédente. C'est là où on en était.
Et je rappelle
également pour mémoire à notre collègue que, lorsqu'on est parti en campagne
électorale, les trois partis ici, on a tous
dit à la population : Nous allons rétablir l'équilibre budgétaire. Je ne
me souviens pas qu'il y ait autre
chose qui ait été dit de la part du Parti québécois. Alors là, soudainement,
ils ne sont pas au gouvernement, on rétablit l'équilibre budgétaire,
puis là on est critiqués pour avoir fait exactement ce qu'on avait dit qu'on
ferait. J'aurais préféré qu'on ait juste...
Nous,
on avait calculé, avec le cadre financier qui avait été publié par le
gouvernement sortant, on avait calculé qu'il
y avait environ 1,3 milliard de dollars d'effort à faire, ce qui est, je
ne dirais pas facile, mais faisable sur deux ans en gardant les taux de
croissance dont il parlait. La bonne nouvelle, maintenant, c'est qu'on est
capable de faire face à ça avec des taux de
croissance en éducation et en santé, exactement comme ceux qu'on avait
annoncés. Parce que, nous, quand on dépose un budget, on a des crédits
et on est capables de dire exactement aux réseaux de santé et éducation, non
seulement pour la prochaine année, mais les prochaines années après : Voici
les sommes dont vous disposerez.
rappellerais que notre collègue, M. le Président, a déposé un cadre budgétaire
faisant état de cinq ans de déficit équilibré. Alors, cinq ans de budget
équilibré, on n'a pas vu ça souvent au Québec. Qu'il lise le budget, il le
verra. D'ailleurs, les agences de crédit, je crois, vont saluer ça très, très
positivement. Alors, en même temps qu'on a réussi à préserver la croissance des
budgets des grands réseaux...
M. Couillard : Bien, je suis encore dans mon temps, et je vois qu'il s'impatiente,
mais je suis encore dans mon temps. En même temps qu'on a réussi à
conserver la croissance des grands réseaux — plus lente, j'en conviens,
mais la croissance — on a réussi à continuer à baisser notre
dette et ne pas tout envoyer ça sur la carte de crédit de nos enfants. Et, lorsque ces enfants-là vont être les
gouvernants du Québec, ils auront encore plus les moyens que nous parce
qu'on aura diminué le poids de la dette avec
le Fonds des générations, notamment, qu'on a continué à financer pendant la
période de retour à l'équilibre.
Alors
je pense qu'au contraire c'est un très bel exemple de bonne gestion des
finances publiques. Est-ce qu'on aurait
préféré ne pas avoir à faire ça? Bien sûr, on aurait pu dire : Bien,
regardez donc, monsieur, madame les Québécois, on a trouvé 7 milliards de trou, mais on faire
comme si ça n'existait pas, on va continuer à dépenser, on va enfoncer le
Québec bien comme il faut dans le trou, on
va se faire décoter puis on regardera bien après comment nous et nos enfants,
on réglera ça. Alors ce n'est pas le
genre d'administration publique qu'on a voulu offrir aux Québécois et aux
Québécoises. Je pense qu'ils le comprennent, je pense qu'ils
l'apprécient également.
Et la même courbe que
j'ai donnée en santé, je peux la donner en éducation, je peux la donner dans
les investissements en infrastructures. En
fait, c'est un bel exemple de retour contrôlé, difficile, mais contrôlé à
l'équilibre budgétaire. Et au lieu de nous
le reprocher, le collègue devrait nous en féliciter. Parce que c'est tous les
Québécois, y compris lui, tous
nos enfants, y compris les siens, qui vont bénéficier du fait qu'on a
maintenant des finances publiques saines,
une dette sous contrôle et qu'on est capables d'avoir plus de liberté dans nos
choix et également, M. le Président, de faire face à l'incertitude, incertitude actuellement des accords de commerce qui nous amènent à intervenir pour
l'industrie forestière. Quand tu as 7 milliards dans le trou, tu n'as pas
cet argent-là. On est capables de le faire maintenant.
va y avoir, un jour ou l'autre, M. le
Président, une autre récession, c'est
le cycle économique prévisible.
On s'est redonné les moyens et la marge de manoeuvre pour faire face
éventuellement à une autre récession. Comment? Non seulement en rétablissant l'équilibre budgétaire en réduisant la dette,
mais en créant une