Institutions — 17 February 2026 (43rd Legislature, 2nd Session)
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
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28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
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27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 17 février 2026
Vol. 48 N° 14
Consultation générale et auditions publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
10 h (version non révisée)
(Dix heures deux minutes)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour,
chers collègues. Bienvenue en ce charmant mardi matin. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouvertes. La commission
est réunie afin de poursuivre la consultation générale et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec. Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Bachand (Richmond) est remplacé par M. Bernard
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue); Mme Haytayan (Laval-des-Rapides), par M. Thouin
(Rousseau); Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac), par M. Sainte-Croix
(Gaspé); Mme Schmaltz (Vimont), par M. Lévesque (Chapleau); Mme Massé
(Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Le Président (M. Bernard) : Merci,
Mme la secrétaire. Notre horaire est chargé. Alors, nous entendrons ce matin M.
Daniel Turp, suivi du Bureau de la coopération interuniversitaire, Entente
Québec, M. Simon Guillemette et M. Roméo Bouchard et M. Christian Lapointe. M.
Turp, bonjour, bienvenue à cette présentation. Donc, vous disposez de huit
minutes pour faire votre présentation auprès des collègues. Merci, et à vous la
parole.
M. Turp (Daniel) : Alors,
merci, M. le Président, chers membres de la commission, M. le ministre de la
Justice, mesdames et messieurs. Je tiens à remercier d'abord la Commission des
institutions pour son invitation à comparaître dans le cadre de ces auditions
publiques sur le projet de loi constitutionnelle sur le Québec de 2025, le
projet de loi n° 1.
Je vous ai fait parvenir, le 24 novembre
dernier, un mémoire ainsi qu'un document complémentaire dans lequel j'ai
procédé à une intégration des 10 recommandations de modifications que j'ai
formulées relativement à la
partie 1 du projet de loi n° 1, qui propose d'édicter
la Constitution du Québec.
Le Québec ne détient pas, en matière
constitutionnelle, une identité distincte. Les dispositions de sa Constitution
provinciale contenues dans la Loi constitutionnelle de 1867, y compris celles
qui ont été récemment adoptées unilatéralement par l'Assemblée nationale, ainsi
que les lois fondamentales qu'elle a adoptées, ne révèlent pas d'identité
constitutionnelle propre au Québec. Et aux fins de promouvoir l'émergence d'une
telle identité, j'ai toujours été d'avis, comme l'a été l'ancien vice-premier
ministre du Québec et mon mentor, mon collègue, mon ami le regretté Jacques-Yvan
Morin, qui aimerait certainement être des nôtres aujourd'hui, que le Québec
devait avoir sa propre Constitution. Et j'ai notamment présenté, ici même, à l'Assemblée
nationale, et certains s'en souviendront, en ma qualité de député de Mercier, un
projet de Constitution québécoise, le projet de loi n° 196.
Et, dans le temps qui m'est accordé par la
commission, je compte formuler une remarque générale sur le processus d'élaboration
et d'adoption d'un projet de Constitution du Québec, de mettre l'accent sur
cinq des 10 recommandations que j'ai formulées et de faire connaître mes vues
sur le projet de
loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec.
Remarques générales sur le processus d'élaboration
et d'adoption du projet de Constitution du Québec. J'estime qu'il aurait été
éminemment souhaitable qu'un plus important processus de consultation ait lieu
en amont de la présentation du projet de loi n° 1. J'ai le sentiment que
le ministre aurait sans doute voulu...
M. Turp (Daniel) : ...initier
un tel processus au début de la présente législature plutôt qu'à quelques mois
de la fin de celle-ci. Il n'en demeure pas moins que l'adoption d'une
Constitution et la création d'un Conseil constitutionnel feront avancer, selon
moi, le Québec. L'adoption de lois fondamentales ont fait avancer le Québec. Le
Parti libéral du Québec a fait avancer le Québec par l'adoption de la Charte
des droits et libertés de la personne. Le Parti québécois a fait avancer le
Québec par la Charte de la langue française, et la Coalition avenir Québec a
fait avancer le Québec en adoptant la
Loi sur la laïcité de l'État, et, à mon
avis, on ferait avancer à nouveau le Québec si une loi fondamentale globale,
une Constitution du Québec, était adoptée par un vote transpartisan des membres
de cette Assemblée nationale.
Recommandations un, deux, cinq, huit et
10. Je ferai de brefs commentaires sur cinq des 10 recommandations. Je
tiens à mettre donc l'accent sur ces recommandations. La première,
l'Institution d'une nationalité québécoise. Le projet de constitution du Québec
omet d'inclure les dispositions sur une nationalité québécoise. Le Québec forme
une nation, et l'institution d'une nationalité québécoise contribuerait, selon
moi, à conférer à toutes les personnes qui habitent le Québec un sentiment
d'appartenance à cette nation, y compris les personnes qui choisissent le
Québec comme terre d'adoption et souhaitent s'y intégrer.
L'ajout de chapitres sur les nations
autochtones et la communauté anglophone. L'une des graves lacunes de ce projet
de constitution du Québec est l'absence de reconnaissance des droits collectifs
des nations autochtones et de la communauté anglophone. Les références faites
aux nations autochtones et à la communauté anglophone dans le préambule sont
nettement insuffisantes. Je suis d'avis que des droits collectifs de ces
nations et communautés doivent être enchâssés dans la future constitution du
Québec, et je pourrai préciser d'ailleurs, durant la période d'échange, comme
je le fais dans le mémoire, lesquels droits collectifs devraient ainsi être
enchâssés.
L'ajout d'un
chapitre sur le Conseil
constitutionnel dans la Constitution du Québec. J'exprime mon accord avec
l'idée de créer un Conseil constitutionnel du Québec, mais il est surprenant
que l'institution de cette nouvelle instance n'occupe pas une place de choix
dans le texte même du projet de Constitution du Québec. Et je propose dès lors
d'insérer un nouveau
chapitre relatif au Conseil constitutionnel dans ce projet
de Constitution.
L'inclusion de formules spéciales de
modification. Il est essentiel, selon moi, que la Constitution du Québec
dispose de formules spéciales de modification que requiert sa nature en tant
que loi suprême. Sans formule spéciale de modification, la Constitution du
Québec ne sera qu'une loi quasi constitutionnelle et pourrait être abrogée par
un simple vote majoritaire de l'Assemblée nationale. Et je propose donc deux
formules spéciales de modification, l'une par résolution au 3/5 des députés.
Cela pourrait aussi être aux deux tiers ou par résolution adoptée à majorité
des membres du Parlement, ratifiée par référendum.
Dernière recommandation que je veux
souligner, la recommandation 10, dans mon mémoire, l'ajout d'une
disposition de souveraineté parlementaire. Devant la possibilité que les
tribunaux et, en dernier ressort, la Cour suprême du Canada cherchent à
assujettir la Constitution du Québec à la Charte canadienne des droits et
libertés, j'estime qu'il convient de soustraire les dispositions de la future
constitution du Québec à tout contrôle et à toute invalidation, au nom de la
Charte canadienne des droits et libertés, en y ajoutant une disposition de
souveraineté parlementaire.
Sur le projet de
loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec, dans mon mémoire, je me disais réserver la
possibilité de formuler, lors des auditions publiques, donc, aujourd'hui, des
recommandations sur cette
partie deux, laquelle propose d'édicter une
loi sur
l'autonomie constitutionnelle. Après mûre réflexion, je recommande à la
commission de retirer la
partie deux du projet de loi numéro un, car elle
contient une disposition qui sème avec raison la controverse, s'agissant de
l'article cinq sur l'interdiction de contestation constitutionnelle, ou si un
article fait double emploi avec la législation existante, c'était l'article
neuf sur la clause de souveraineté parlementaire, de dispositions qui sont des
aveux d'impuissance, comme les articles 23 et 24 sur la représentation du
Québec au sein du Sénat et de la Cour suprême du Canada ou qui ne sont pas
nécessaires, à mon avis, pour préserver et accroître l'autonomie
constitutionnelle du Québec. Un tel retrait pourrait d'ailleurs contribuer à
faire émerger un consensus plus large autour du projet de constitution du
Québec et de lois sur le Conseil constitutionnel.
En conclusion, pour les personnes de
convictions indépendantistes comme moi-même, je le suis, je le répète, le
projet de constitution du Québec, que l'Assemblée nationale est aujourd'hui
invitée à adopter est d'ailleurs susceptible d'être transformé en constitution
transitoire d'un Québec souverain et ouvrir la voie à un processus
d'élaboration par une véritable Assemblée constituante d'une constitution...
M. Turp (Daniel) : ...permanente
pour le Québec. D'ici là, il s'avérerait opportun de doter enfin le Québec de
sa propre identité constitutionnelle et d'une constitution du Québec qui
commencerait à esquisser ce qui en serait, pour reprendre une autre belle
formule de Jacques Yvan Morin, «à la fois le miroir et le portrait idéal».
Merci, M. le Président.
• (10 h 10) •
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Turp, pour la clarté de votre exposé. Nous allons maintenant
débuter la période d'échange. M. le ministre, à vous la parole pour une période
de 9 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Professeur Turp, merci beaucoup de participer aux travaux de la
Commission des institutions sur le projet de loi n° 1,
loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec. D'entrée de jeu, je voudrais vous
demander : Est-ce que le projet de constitution que nous avons devant
nous, là, malgré les critiques qui sont soulevées, est-ce que s'il est adopté,
il va faire avancer le Québec?
M. Turp (Daniel) : Oui.
M. Jolin-Barrette : OK. Et
vous avez dit, à la fin de votre intervention, en faisant référence aux gens
de... qui ont des allégeances souverainistes, que ce projet-là n'est pas en
opposition avec le projet de souveraineté du Québec.
M. Turp (Daniel) : J'ai
toujours été de cet avis que le Québec devrait avoir sa propre constitution et
que, quel que soit son statut politique, il devait avoir une constitution pour
avoir une identité et, d'ailleurs, l'opposer à l'identité constitutionnelle
qu'on lui a imposée, surtout avec la loi constitutionnelle de 1982. Et donc,
pour moi, un souverainiste, au lendemain de... d'une élection d'un gouvernement
d'un parti souverainiste qui formerait le gouvernement, il y existerait une
constitution qui pourrait être transformée, dans une certaine mesure, pour
devenir la constitution provisoire dans l'attente de cet... de ce... d'un
processus qui amènerait, effectivement, la constitution d'une assemblée
constituante citoyenne ou une assemblée constituante, parce que je crois que
c'est la formule optimale pour adopter une constitution d'un Québec souverain,
par opposition à une constitution à droit constant, bien qu'on peut penser que
cette constitution, le projet qui est là, n'est pas tout à fait à droit
constant.
M. Jolin-Barrette : OK, donc,
je comprends, selon votre analyse, que si le Québec décide de demeurer dans la
fédération canadienne, le projet de constitution que nous avons, c'est une
avancée. Si...
M. Turp (Daniel) : C'est une
avancée, mais à condition que des modifications importantes lui soient apportées,
parce que je considère... il y a 10 autres... il y a 10 modifications que je
vous propose, il y en a cinq, il y en a d'autres, et je crois que, tu sais,
même mon adhésion, là, va dépendre un peu du sort que vous allez réserver à mes
propositions de modifications, et à celles, là, d'autres personnes, d'autres
collègues, d'autres groupes qui se sont présentés devant vous.
M. Jolin-Barrette : Et donc,
je comprends aussi que si le Québec décide d'élire un gouvernement
souverainiste et de choisir la souveraineté, ça sera un début aussi pour une...
pour une constitution transitoire dont le peuple québécois souhaitera se doter
éventuellement. Donc, il y a beaucoup d'éléments qui se retrouvent dans la
constitution. Il y a des innovations, je vous dirais, il y a beaucoup
d'éléments qui se retrouvent, comme vous avez dit tout à l'heure, déjà dans les
lois existantes, qui sont des lois fondamentales et importantes pour l'État
québécois.
M. Turp (Daniel) : Oui, puis
des lois fondamentales, je le répète, qui ont été... adoptées par les trois
partis qui siègent ici, à l'Assemblée nationale. Là, ce que vous proposez,
c'est une loi fondamentale globale, tu sais, votre loi des lois ou la loi
suprême, c'est ce qui n'existe pas. Et je crois qu'on est rendus là, au Québec,
on a fait progressivement des lois fondamentales qui nous mènent à l'idée
d'adopter la loi fondamentale plus globale que serait une constitution du
Québec.
M. Jolin-Barrette : Qu'est-ce
que vous pensez du fait qu'on vient, dans la constitution, établir clairement
des droits collectifs pour la nation québécoise? Droit à la laïcité, langue
française, égalité entre les femmes et les hommes, puis on dit : Bien, ils
concourent à la protection des libertés individuelles. Je vous donne un exemple,
sur la laïcité, c'est à la fois un droit collectif, mais c'est aussi un droit
individuel, le droit d'avoir accès à la laïcité de l'État dans différents
paramètres. Même chose pour l'égalité entre les femmes et les hommes, le fait
de dire : Bien, écoutez, s'il y a un conflit avec la liberté de religion,
au Québec, on fait le choix collectif que l'égalité entre les femmes et les
hommes prime sur la liberté de religion. Qu'est-ce que vous pensez de... de
cette architecture-là qu'on vient inscrire?
M. Turp (Daniel) : J'étais
surpris, probablement heureusement, de retrouver un
chapitre sur les droits
collectifs. Pourquoi? Parce que dans l'état actuel de la législation, il n'y a
pas de droits collectifs, sinon que par des références dans les préambules de
deux lois qui ont été adoptées pendant la présente législature, si je me
rappelle bien. Alors, donc, là, on a un catalogue de droits collectifs, et je
crois que c'est...
M. Turp (Daniel) :
...souhaitable qu'au Québec on décide qu'il y ait des droits collectifs qu'on
va aménager, dont on va aménager l'exercice avec les droits individuels. Sur la
laïcité, cependant, je vous ferai remarquer qu'il y a un autre projet de loi
qui laisse entendre qu'on va abolir le droit individuel à des institutions laïques,
l'actuel projet de loi numéro n° 9. Alors, moi...
M. Jolin-Barrette : C'est en
train d'être...
M. Turp (Daniel) : Bien, tant
mieux, parce que je crois, vous le savez, qu'éventuellement un individu ne
pourrait pas nécessairement invoquer l'article sur le droit collectif... aux
institutions laïques, parce que ce n'est pas un droit individuel, mais... Alors
donc, là, j'espère que vous allez maintenir ce droit à la fois au plan
individuel et au plan collectif.
M. Jolin-Barrette : OK. Peut-être
deux dernières questions parce que je souhaite passer la parole à mes
collègues, je vais les poser en rafale mes deux questions ensemble. Donc, je
veux avoir votre avis sur la pertinence du Conseil constitutionnel et pourquoi
c'est important de se doter du constitutionnel. Et deuxième question, les
droits collectifs de la nation québécoise, c'est une innovation, mais ça
existe, les droits collectifs. Pouvez-vous nous confirmer ça, exemple, par
rapport aux nations autochtones qui, au Canada, on reconnaît des droits
collectifs? Donc, ce n'est pas une hérésie de venir consacrer des droits
collectifs pour la nation québécoise.
M. Turp (Daniel) : Ce n'est
pas une hérésie, mais, tu sais, dans les textes, il n'y a pas de droits
collectifs de la nation québécoise, ils ne sont pas enchâssés comme tels, tu
sais. Je vous le rappelle, il y a deux seules références aux droits collectifs
dans la législation, c'est dans des préambules de deux lois. Alors donc, c'est,
à mon avis, heureux et utile de les enchâsser et de les... de faire un
catalogue de droits collectifs, et ça, je suis très... je suis très favorable à
ça. Pour le Conseil constitutionnel, moi, je trouve aussi que c'est une idée
heureuse, parce qu'on va pouvoir, l'Assemblée nationale, nommer nos propres
conseillers, choisir les meilleures personnes qui seraient peut-être des
personnes qu'on ne nommerait jamais à la Cour suprême du Canada, puis...
M. Jolin-Barrette : ...ça?
M. Turp (Daniel) : Oui, oui,
oui. Il y avait déjà M. Morin qui s'était fait dire... il y avait une clause
Morin, je pense, dans l'accord de Charlottetown, l'accord du lac Meech, puis on
disait : Bien, on ne fera pas ça, parce qu'il y aurait un risque que M.
Morin soit nommé à la Cour suprême du Canada. Mais donc, sur ce conseil
constitutionnel, je vous l'avais dit, il y a une chose que ça comblerait aussi
comme lacune, c'est que... vous savez qu'il y a une association des cours
constitutionnelles francophones dans... tu sais, ça existe, il y a
51 membres de cette association... Puis là on n'est pas là, le Québec
n'est pas là, puis la Cour suprême du Canada est là, par exemple, hein, puis
elle a présidé cette association. Alors donc, ce serait, parmi tant d'autres
bonnes raisons, une raison d'instituer un tel conseil constitutionnel.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le ministre. Nous allons maintenant...
M. Lemieux : ...
Le Président (M. Bernard) :
OK! OK. Excusez-moi, M. le député, à vous la parole. Oui, allez-y. Vous
disposez de 1 min 50 s.
M. Lemieux : Vous êtes tout
pardonné, M. le Président. Merci beaucoup. Professeur émérite Turp, content de
vous retrouver. On s'est croisé quelques fois, parce que vous êtes un habitué
des consultations, mais on avait passé une longue journée ensemble à l'occasion
du 250e anniversaire de l'Acte de Québec, où l'organisme, auquel vous
participez plus que moins, était en train de faire une espèce de bilan de la
Constitution au Québec. C'était bien avisé, il y a un an et demi de ça, puis on
est en plein dedans. Là où je veux aller avec ça, c'est qu'à ce moment-là il y
en avait... il y en avait pour tous les goûts. Ce n'était pas un gâteau qu'on
faisait, mais la recette était différente selon qui était qui, qui faisait quoi
dans la vie, qui était prof, qui ne l'était pas. Tous les modèles étaient sur
la table. Le gouvernement dépose celui-ci. On parlait d'hérésie tout à l'heure,
je comprends, là, qu'il pourrait y avoir un conseil... pas un conseil, mais il
pourrait y avoir, comme par exemple, constituons de l'Institut du Nouveau Monde
avait fait. Il y a plein de façons de faire. Il n'y en a pas de mauvaise, dans
le fond, en autant qu'on aboutit avec une constitution.
M. Turp (Daniel) : Ça dépend
du contenu de la Constitution, mais, quand même, tu sais, le processus, ça
compte, mais, à la fin, ce qui compte, c'est son contenu. Puis il faut que ce
soit une Constitution qui, si on choisit de le faire à droit constant, comme ça
semble être principalement l'objectif du gouvernement, bien, on a repris, dans
le projet de constitution, ce qui est à droit constant, en ajoutant les droits
collectifs puis un conseil constitutionnel. Alors, j'ai le sentiment que ce
serait un départ heureux lorsqu'il s'agit de se donner une première
constitution.
M. Lemieux : Un bon début.
Merci beaucoup pour...
M. Turp (Daniel) : Ça dépend
du contenu final...
M. Lemieux : ...merci beaucoup
pour...
M. Turp (Daniel) : ...je vous
le dis, là, moi, là, regarde, je vais réserver...
M. Turp (Daniel) : ...ma
position en fonction du contenu final qui va être présenté à l'Assemblée pour
vote, là.
• (10 h 20) •
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. Turp. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. M.
le député de l'Acadie, vous disposez de sept minutes, sept secondes.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour. Rebonjour, professeur Turp. Merci d'être avec nous.
Merci pour votre... votre mémoire et vos explications additionnelles. Dans
votre mémoire, vous faites référence au texte et aux réflexions du professeur
Jacques Yvan Morin, que j'ai eu l'immense privilège de côtoyer, d'échanger, de
constitution, mais aussi de Morin d'Amérique, parce qu'on était de la même
grande famille des Morin d'Amérique. Et ce que je retenais de ses écrits...
d'ailleurs, vous le soulignez dans votre... Dans votre texte, je ne crois pas
trahir sa pensée en disant que dans un projet de constitution dont il faisait
la promotion, il accordait une place aux droits fondamentaux des Autochtones,
Premières Nations, Inuits.
Dans le projet que nous propose le
gouvernement, on retrouve des références aux Premières Nations. C'est dans le
préambule. Comme vous le savez comme moi, le préambule fait
partie de la loi,
mais il est là pour expliquer, donner enfin des grands thèmes. Rien, rien dans
le texte de loi. Et vous avez peut-être regardé les audiences de la commission
jusqu'à maintenant, mais, quand on a reçu des membres des Premières Nations,
ça, c'est mon évaluation à moi, mais ça ne s'est pas très bien passé, à mon
avis.
Alors, qu'est-ce qu'on pourrait faire?
Qu'est-ce que vous suggérez? Parce que je pense qu'une constitution doit unir
les gens, ne doit pas les diviser. Qu'est-ce que vous suggérez qui devrait être
fait pour faire en sorte qu'on puisse reconnaître ces nations qui sont sur le
territoire du Québec?
M. Turp (Daniel) : Alors,
j'ai... j'ai proposé, j'ai formulé ma... deux articles sur ce qui devrait être
reconnu comme droit collectif aux nations autochtones, aux Premières Nations et
à la nation inuite. Et ce que je propose que l'on fasse, c'est qu'un peu à
droit constant... qu'on reprenne les droits qui ont été énoncés dans la motion
de 1984 et avec l'ajout de 1985 pour ajouter les Malécites, qu'on avait oubliés
en 1984. Et d'ailleurs il y a une série de droits collectifs à l'autonomie
gouvernementale, et je trouve que cela, ça devrait être enchâssé dans le texte
de la Constitution. Je propose aussi, vous l'avez peut-être noté, d'indiquer
clairement, d'intégrer dans la Constitution les normes de la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Je crois que ça, ce
serait un geste très apprécié par les nations autochtones qui se sont battues
puis qui ont réussi à faire adopter cette déclaration aux Nations Unies. Et je
crois que ce sont des choses qui combleraient la lacune, la grave lacune de ce
projet.
M. Morin : Oui. D'ailleurs,
sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones,
qui a fait l'objet d'un très large consensus après des années et des années de
travail, personnellement, j'y vois là un canevas, une base pour construire
quelque chose avec les Premières Nations, qui, quant à moi, devraient être
incluses dans un texte législatif qui parle à une Constitution québécoise. On
ne parle pas uniquement... parce que, quand on regarde le préambule, là, on
parle de leur... on parle de leur culture. Mais, dans la Déclaration des
Nations-Unies, c'est beaucoup plus large que ça. On parle de la gestion de leur
territoire, de l'essor économique des Premières Nations. Puis je pense que, si
on veut construire un Québec de demain, il faut absolument dialoguer avec eux
là-dessus. C'est quoi... Quelles sont vos réflexions là-dessus?
M. Turp (Daniel) : Je crois
que le Québec doit être exemplaire. Le Canada ne s'est pas... et fait aidé et
apprécié quand il a voté contre cette déclaration, il a voté contre cette
déclaration et il leur a pris de nombreuses années avant qu'il n'y souscrive.
En souscrivant, il disait : Ah, c'est juste une déclaration. Ça n'a pas de
valeur obligatoire. Il y a finalement une législation fédérale. Il y en a aussi
une... une en Colombie-Britannique, et là le Québec serait exemplaire si non
seulement il souscrivait, il énonçait qu'il est en accord avec cette
déclaration, mais qu'il incorporait ces dispositions dans une Constitution
québécoise. Et je crois que cette exemplarité ferait du Québec, tu sais, une
nation qui, très concrètement, accepte de dialoguer d'égal à égal avec les
nations autochtones...
M. Morin : ...je vous
remercie. L'autre élément sur lequel insistait le Pr Jacques-Yvan Morin, c'est
la place, évidemment, et les droits fondamentaux à l'usage de la langue
anglaise et de la communauté anglophone. Là encore, dans le document, on... il
y a une référence à la communauté, aux institutions de la communauté
anglophone. C'est un préambule. Les anglophones ont contribué à l'essor de la
société québécoise et y contribuent encore, ils vont le faire aussi. Est-ce
qu'on ne devrait pas leur accorder une place au sein de... dans le texte plutôt
que dans un considérant?
M. Turp (Daniel) : Oui, et
j'ai rédigé un
article qui va dans ce sens-là et qui enchâsserait les droits
collectifs de la minorité nationale, donc anglophone du Québec, à la gestion
des institutions scolaires, ce qui existe, qui serait de droit constant, plus
une reconnaissance de certains droits individuels appartenant aux personnes
qui... à la communauté anglophone. Je crois que ce serait aussi important. Ça
comblerait une lacune.
Je vous... J'ajouterais, par exemple, vous
allez peut-être l'avoir vu dans mon mémoire, en parlant et en pensant à
Jacques-Yvan Morin, que, dans l'avant-projet de loi qu'il avait rédigé à la demande
de René Lévesque... si vous ne l'avez pas lu, je vous recommande quand même la
lecture des 100 articles du projet... d'avant-projet de Constitution du Québec
que M. Morin avait remis à René Lévesque le 21 mai 1985. Il proposait aussi
d'enchâsser les droits économiques et sociaux. M. Morin était un grand, grand
partisan de la reconnaissance constitutionnelle des droits économiques et
sociaux. Et moi, je propose, tu sais, de modifier un des articles du projet de
Constitution pour constitutionnaliser les droits économiques et sociaux, qui ne
sont même pas quasi constitutionnalisés dans notre actuelle Charte des droits
et libertés de la personne. Il avait essayé, M. Morin, en 1975, devant son
vis-à-vis, Jérôme Choquette, le ministre libéral de la Justice, mais on n'avait
pas accepté cette proposition de quasi constitutionnaliser les droits
économiques et sociaux. Là, on a l'occasion, non seulement de les quasi
constitutionnaliser mais de les constitutionnaliser.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition. M. le député de Maurice-Richard, vous disposez de
2 min 23 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci, M. Turp, très intéressant, votre mémoire, un certain
nombre aussi de rappels historiques importants. Et puis aussi on a reçu toutes
sortes de groupes, que ce soient les Premières Nations, qui étaient très, très
en colère, mais aussi les groupes de minorité anglophone. Et je pense que vos
propositions sont vraiment constructives.
Peut-être revenir sur la clause de
souveraineté parlementaire. Est-ce que vous êtes d'accord pour l'utiliser
contre la Charte québécoise des droits et libertés?
M. Turp (Daniel) : Bien, ce
n'est pas nécessaire, parce que, tu sais, la charte québécoise va subsister. La
charte québécoise contient sa propre clause de souveraineté parlementaire.
Alors donc, il va y avoir... en tout cas, un futur conseil constitutionnel va
devoir aménager les rapports entre la Constitution et les droits qui y sont
enchâssés et la charte elle-même. Alors donc, je crois que ce n'est pas
nécessaire de faire quoi que ce soit à ce sujet-là, mais pour la charte
canadienne, c'est important.
M. Bouazzi : Oui, ça, je vous
entends, mais, actuellement, pour la loi qui est citée dans la Constitution, la
loi n° 21, donc, sur la laïcité, l'intégration, le français, toutes ces
lois-là utilisent la dérogation à la Charte québécoise des droits et libertés.
Vous, vous dites : Arrêtons de déroger.
M. Turp (Daniel) : Bien,
écoutez, puisque je propose qu'il y ait une clause de souveraineté
parlementaire dans la Constitution elle-même pour qu'elle échappe à la charte
canadienne, il va devoir... notre conseil constitutionnel va devoir toujours se
poser la question de la constitutionnalité des lois, mais avec la Charte des
droits et libertés de la personne qui est... qui serait maintenant
constitutionnalisée.
M. Bouazzi : Qu'elle soit
constitutionnalisée, c'est une chose, mais qu'on y déroge est une autre. Donc,
vous, vous dites : Est-ce qu'on... J'ai du mal à vous suivre. Je comprends
pour la fédérale, pas de problème, votre point est clair. Sur la québécoise,
particulièrement, aujourd'hui, là, nous, on pense que la laïcité et les droits
fondamentaux des Québécoises et Québécois peuvent très bien cohabiter.
Aujourd'hui, il y a une clause qui déroge à la Charte québécoise des droits et
libertés pour pouvoir appliquer la version de laïcité du gouvernement, ou de sa
compréhension de la défense de la langue française, ou de sa compréhension de
ce que c'est que l'intégration au Québec. Est-ce que, oui ou non, on devrait
continuer à déroger à la charte québécoise et donc utiliser cette clause-là par
rapport à la charte québécoise? Oui ou non? C'est tout simple...
• (10 h 30) •
M. Turp (Daniel) : ...oui,
parce que, pour moi, sur cette question, les limites...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) M. Turp (Daniel) : ...on
apporte à certains droits fondamentaux, par exemple...
Le Président (M. Bernard) :
M. Turp (Daniel) : ...à la
liberté de manifester sa religion. Ce sont des limites qui peuvent être
décidées...
Le Président (M. Bernard) :
M. Turp (Daniel) : ...par l'Assemblée
nationale.
Le Président (M. Bernard) : Désolé,
M. Turp, de vous interrompre, mais la période de temps qui vous est allouée est
terminée. Alors, merci beaucoup de votre présence ici.
Je suspends les travaux quelques instants
pour qu'on puisse accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
(Reprise à 10 h 33)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour.
Merci. Nous allons maintenant entendre le Bureau de coopération
interuniversitaire. Vous disposez donc de huit minutes pour votre exposé, puis,
par la suite, nous procéderons aux échanges avec les groupes parlementaires.
Alors, Mme D'Amours, M. Blanchette, à vous la parole.
M. Blanchette (Christian) : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés et personnes
qui vous accompagnent, bonjour. Donc, Christian Blanchette, recteur de l'Université
du Québec à Trois-Rivières et président du Bureau de coopération interuniversitaire,
le BCI, et Mme D'Amours, rectrice de l'Université Laval.
Le BCI représente 20 établissements
universitaires du Québec. Sa mission est de favoriser la concertation entre les
administrations universitaires, de promouvoir leurs intérêts communs et de
faciliter le partage de services et de bonnes pratiques au sein du réseau
universitaire québécois. Quelques-uns des rectrices et des recteurs membres ont
déjà soumis un mémoire dans le cadre de cette consultation et ont eu la chance
de s'exprimer. Et nous souhaitons d'abord souligner que nous partageons toutes
et tous, au sein du BCI, une même lecture de l'enjeu... des enjeux du projet de
loi n° 1.
D'entrée de jeu, nous tenons à souligner
que nous ne... que nous sommes tous témoins que ce projet de loi suscite,
depuis le début des audiences, de nombreuses critiques, des recommandations de
modifications majeures et même des appels à son retrait.
Malgré ce contexte,
les membres du BCI ont quand même tenu à contribuer à cet exercice de réflexion
en présentant les principaux éléments de réflexion et recommandations sur
lesquels ils et elles sont tous d'accord, en fait, son impact sur les
universités.
Si vous ne deviez retenir qu'une seule
idée aujourd'hui, c'est que les membres du BCI déplorent que le projet de loi
n° 1, tel qu'il est présenté, n'inclue pas les deux principes fondamentaux qui
rendent possible l'accomplissement de la mission universitaire, soit la liberté
académique et l'autonomie universitaire.
Avant d'aller plus loin, je pense que ces
principes méritent d'être précisés. La liberté académique est le droit des
membres de la communauté universitaire d'exercer librement et sans contrainte
doctrinale une activité contribuant à la mission universitaire. Elle comprend
notamment la liberté d'enseigner, de recherche, de création et d'expression
dans le respect des normes de rigueur scientifique. Ce principe a été reconnu
par le gouvernement dans la
Loi sur la liberté académique dans le milieu
universitaire, adoptée en 2022, et la motion adoptée à l'unanimité en 2020 par
l'Assemblée nationale. Elle donnait son appui indéfectible à la liberté
académique en soulignant qu'il est essentiel que les...
M. Blanchette (Christian) : ...établissements
d'enseignement soient des lieux d'échanges, d'analyses sur les phénomènes
sociaux qui ont forgé l'époque contemporaine, même s'ils sont inconfortables.
Si la liberté universitaire est une condition nécessaire à l'accomplissement de
la mission de l'université, elle n'est pas suffisante en soi. L'autonomie
universitaire est tout aussi capitale. L'autonomie universitaire, c'est la
capacité des établissements à définir et à mettre en œuvre leurs orientations
académiques, leur structure et leurs règles internes, en cohérence avec leur
mission et leurs réalités propres. Cette autonomie est essentielle pour
garantir l'interdépendance des choix pédagogiques et scientifiques sur lesquels
reposent la production de savoirs crédibles et la formation d'un esprit
critique. Considérant l'importance cruciale de ces deux principes pour les
universités, les membres du BCI ont été surpris de constater que ces derniers
ne se trouvent... ne trouvent pas leur place dans la future constitution. C'est
pourquoi nous nous présentons aujourd'hui dans cette commission et que nous
demandons, un, d'inscrire la liberté académique et l'autonomie universitaire
comme principe inattaquable dans la constitution du Québec, et deux, d'exclure
les établissements universitaires de l'application des articles qui les
empêcheraient de défendre leur mission et leurs droits devant les tribunaux.
Inscrire la liberté académique et
l'autonomie universitaire dans ce texte de loi, c'est permettre aux universités
québécoises de remplir leur mission, de former, de produire des connaissances
par la recherche et de servir la collectivité. Ce sont les deux conditions
fondamentales qui permettent aux universités de le faire. Malheureusement, dans
l'état actuel, le texte de projet de loi n° 1 ne
permet pas d'assurer cette protection, plus encore, certaines de ces
dispositions fragilisent concrètement la capacité des universités à remplir
leur mission. Le projet de loi intègre pourtant plusieurs libertés et droits
fondamentaux qui visent à affirmer l'identité nationale et à assurer l'autonomie
du Québec, mais la liberté académique et... l'autonomie universitaire sont
manquantes, alors qu'elles devraient plutôt bénéficier du même statut
fondamental que les autres principes que le gouvernement a choisi d'inscrire
dans le projet actuel.
En n'intégrant pas ces principes au projet
de loi constitutionnelle, le gouvernement envoie le message que la liberté
académique et l'autonomie universitaire ne méritent pas la même protection. Il
fragilise l'université québécoise. Pourquoi ces deux principes sont-ils
importants? Les universités ne sont pas des institutions publiques comme les
autres. Elles sont des lieux de production de savoirs, de savoirs nouveaux,
d'analyses basées sur des données probantes issues de la recherche
scientifique, de débats non partisans, libres et ouverts et d'innovations à la
fine pointe de la connaissance. Elles peuvent, bien sûr, indisposer, mais elles
forment ainsi des citoyennes et des citoyens avisés et critiques, éclairent la
prise de décision publique et forment des leaders instruits dans tous les
domaines d'activité et accompagnent, par des expertises de pointe, différents
milieux de vie et de travail, et contribuent activement au rayonnement du
Québec à l'international. Elles travaillent, par leurs équipes de recherche et
de formation, sur des solutions aux défis d'aujourd'hui et de demain, tout en
étant des moteurs sociaux et économiques essentiels. Elles le font grâce à une
autonomie qui leur permet d'être rigoureuses, proactives et innovantes. Elles
participent à la vitalité démocratique et au progrès économique et social au
bénéfice de l'ensemble de la société.
Pour continuer sur cette voie, il faut
préserver les conditions qui rendent cela possible. Ces conditions reposent sur
les deux principes que nous avons mentionnés plus tôt. Ensemble, ces principes
créent un environnement propice à une pensée libre, à l'innovation et à la
critique sociale. Inclure les principes de liberté académique et d'autonomie
universitaire, c'est reconnaître pleinement le rôle essentiel que jouent ces
établissements dans la définition et l'affirmation de la nation québécoise. Ce
rôle est fondamental et largement reconnu. Les universités ont été les témoins
et les parties prenantes des grands bouleversements qui ont façonné le Québec.
Elles ont contribué et démocratisé l'accès à l'éducation supérieure et
participé à la scolarisation de la population québécoise. Elles sont le lieu
principal où la place du français, comme langue de savoir et de recherche,
s'est consolidée. Elles incarnent des espaces où s'étudie, se développe et se
transmet la culture québécoise tout en favorisant le dialogue interculturel.
Elles... elles ont produit les connaissances qui ont façonné la plupart des
politiques publiques, elles ont contribué à positionner le Québec comme un
acteur majeur dans la francophonie internationale, et elles sont toujours des
ambassadrices de l'identité québécoise à l'étranger.
Finalement, il est important de rappeler
que nos demandes sont aussi portées par d'autres...
M. Blanchette (Christian) : …organisation
du milieu de l'enseignement supérieur. En fait, nombreux sont ceux qui ont fait
le choix, un peu partout sur la planète, d'inclure le principe de liberté
académique et d'autonomie universitaire dans leur constitution. En intégrant
ces principes. Le Québec se joindra à un mouvement mondial qui valorise la
pensée critique et la protection de la recherche libre et ouverte produite dans
des institutions universitaires. C'est un véritable mouvement international
auquel le Québec devrait se joindre. Merci.
• (10 h 40) •
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Blanchette. Nous allons maintenant procéder aux échanges avec les
parlementaires. M. le ministre, vous disposez donc d'une période de
9 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme la rectrice, Mme D'Amours de l'Université Laval, M. le
recteur, M. Blanchette, de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Bien, je
note bien votre... votre souhait d'inclure la liberté académique à l'intérieur
de la Constitution. D'ailleurs, M. Cloutier également nous a fait les mêmes
représentations, puis j'ai une ouverture à ce niveau-là.
Par contre, M. Blanchette, dans votre
allocution, vous disiez : «Le projet de constitution fragilise les
universités.» J'aimerais mieux comprendre ça parce qu'en quoi le projet de loi
n° 1, s'il était adopté, viendrait compromettre le principe de liberté
académique et de liberté pédagogique concrètement?
M. Blanchette (Christian) : Écoutez,
je pense, prenons l'article 17, dans l'annexe.
M. Jolin-Barrette : 7?
M. Blanchette (Christian) : 17.
M. Jolin-Barrette : 17.
M. Blanchette (Christian) : 17,
qui fait en sorte que le Parlement pourrait inviter les… les organisations
publiques à ne pas participer à des travaux parlementaires fédéraux, à
l'élaboration de règlements fédéraux et toute conduite qu'il juge appropriée et
fait en sorte que les recteurs et les rectrices soient les personnes qui
doivent empêcher ce dialogue. Nos professeurs contribuent aux… aux débats
publics, aux débats publics à l'échelle canadienne autant qu'à l'échelle
québécoise et internationale, et ce règlement nous empêcherait de pouvoir
justement jouer notre rôle pleinement.
M. Jolin-Barrette : Mais les
professeurs pourraient toujours aller en commission parlementaire. Ils sont
souverains, les professeurs. L'idée, derrière l'article 17 et 18,
relativement aux institutions québécoises, parce que je pense que vous êtes
d'accord avec moi, autant dans le réseau des UQ que des universités à charte
comme l'Université… Laval et les autres universités. Vous êtes des institutions
proprement québécoises qui disposez d'importants fonds de l'État québécois. On
parle, je pense, le ministère de l'Enseignement supérieur, c'est plus de
10 milliards par année. Donc, c'est l'argent des contribuables québécois.
Alors, je pense que ça prend une cohérence de l'État québécois, malgré l'indépendance
des universités, l'indépendance du savoir, l'indépendance de la recherche, et
j'en suis. Cependant, ça prend quand même une cohérence aussi dans la
distribution des fonds fédéraux qui sont une compétence québécoise. Vous êtes
d'accord avec moi que l'éducation, c'est une compétence qui relève de l'État
québécois?
M. Blanchette (Christian) : Oui,
mais la recherche est une… est une compétence qui est partagée, et on agit en
recherche et on soutient la recherche de nos professeurs d'une manière quotidienne.
Il y a des exemples, d'autres exemples.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
juste une précision?
M. Blanchette (Christian) :
Oui?.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que la posture du BCI ,c'est de dire : Bien, écoutez, nous on est
constitués en vertu de la compétence québécoise, mais accessoirement ça
justifie de passer outre, dans le fond, notre compétence principale, puis parce
que le fédéral a des fonds de recherche, donc on devrait complètement ne pas
être assujettis, supposons, à la cohérence québécoise pour… pour faire en sorte
que l'argent supposons qui est à Ottawa, bien, soit en fonction des besoins des
universités. Parce que, exemple, en matière de recherche, là, je pense qu'on
l'a vu dans plusieurs universités, là, le gouvernement fédéral impose ses…
son... le multiculturalisme canadien, oriente les choix de recherche, vous
force même à engager des professeurs en fonction de l'ethnicité. Est-ce que,
ça, vous êtes à l'aise que le gouvernement fédéral impose sa doctrine
multiculturelle, impose la bien-pensance canadienne à l'intérieur de nos
universités, qui transforme par le fait même et oriente la recherche?
Mme D'Amours (Sophie) : Bien,
ce qui est… ce qui est discuté actuellement par mon collègue, c'est le fait que
vous...
Mme D'Amours (Sophie) : ...vous
nous avez présenté dans votre réponse, là, une interprétation par rapport à ce
que... ce qu'il faut comprendre par rapport au texte présenté, c'est-à-dire que
les chercheurs ne sont pas l'institution, ils sont autonomes, eux peuvent
présenter leur point de vue. Alors, qui est l'institution? Les recteurs, Les
vice-recteurs sont tous des professeurs, sont tous des personnes qui ont mené
de la recherche, portent des travaux constamment et qui sont sollicités partout
dans le monde pour leurs opinions. Et, au gouvernement fédéral comme ailleurs,
nos invitations portent très largement sur des enjeux de recherche, très
largement sur des enjeux de recherche qui sont souvent en adéquation à des
défis. C'est vrai ici, au Québec. Quand le Québec a des défis ou des
opportunités, les universitaires sont invités indistinctement, le recteur ou la
rectrice, le vice-recteur. Donc, il y a... il y a... il y a une question là, à
savoir : Qui est l'institution dans ce contexte-là?
Et la mission de l'université, c'est
d'éclairer, c'est d'apporter l'éclairage que nous possédons. Il n'est pas
unique. Il y a... il y a plein de monde dans la société qui ont des
contributions à présenter, mais nous, on passe notre vie, là, matin, soir, fin
de semaine, constamment à chercher, à faire avancer la connaissance, à
répertorier la connaissance et à la partager. C'est ça, notre travail. Donc,
c'est sûr qu'on peut sortir ou identifier des éléments qui sont plus
problématiques, mais l'enjeu même de la liberté et de l'autonomie, c'est de
faire en sorte que les universités puissent mettre sur la table l'état des
connaissances sur tous les sujets, même des sujets qui nous embêtent. Puis vous
avez soulevé des sujets qui embêtent, pour lesquels la société canadienne et québécoise
se posent des questions constamment. Est-ce que c'est une bonne idée, pas une
bonne idée? Jusqu'où l'équité doit aller? Comment on doit faire? Quels sont les
meilleurs processus? Et ça fait
partie de notre travail que de... que
d'éclairer la société. Donc, je pense que c'est ça, l'enjeu.
L'autre enjeu par rapport aux exclusions,
pour nous, c'est l'article 5 qui ne permet pas aux universités, aux
institutions de poursuivre ou d'aller en cour sur des sujets ou en lien avec la
mission universitaire, elles sont attaquées. Et, quand on regarde l'histoire
récente aux États-Unis, c'est le seul rempart qui reste aux universités
américaines, sinon elles sont complètement sous contrôle de l'État. Et, quand
je dis ça, ce n'est pas le contrôle de l'État par les ressources. Les États
définissent les ressources, définissent les usages. Les universités doivent
faire avec ces ressources. C'est clair, ça. Mais, de façon libre, elles sont
capables de mener des recherches, de défendre des... leurs missions à l'échelle
nationale et, aux États-Unis, elles sont obligées de le faire actuellement.
Donc, la Constitution, puis je ne suis pas constitutionnaliste, donc là je
parle vraiment avec le coeur d'une citoyenne, doit protéger contre des
situations futures qui pourraient être malveillantes.
M. Jolin-Barrette : Juste
pour vous rassurer, je ne crois pas... Bien, allons-y par étapes, là.
L'article 5 auquel vous faites référence n'est pas dans la Constitution,
il est dans la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle. Ça, c'est le premier
élément qui est important de souligner.
L'article 5 n'empêche pas les
universités de contester. Par contre, ce qui est prévu, c'est que les
universités ne pourraient pas utiliser, exemple, les transferts pour contester
certaines lois, notamment la Charte de la langue française. Est-ce que les
universités ont un enjeu avec la Charte de la langue française? La
loi sur
l'intégration nationale. Est-ce que les universités ont un enjeu avec le fait
qu'on accueille les personnes immigrantes? On souhaite qu'ils s'intègrent dans
la société québécoise en français... québécoise. La
Loi sur la laïcité. Est-ce
que les universités ont un enjeu avec la
Loi sur la laïcité, le fait qu'on...
les personnes en situation d'autorité ne portent pas un signe religieux, que
toutes les religions sont sur un pied d'égalité, que c'est notre vivre-ensemble
québécois, la Constitution du Québec, le... Si jamais, en plus, on met la
liberté académique dans la Constitution, je vois mal comment les universités...
Alors, c'est les lois qu'on vient dire : Bien, écoutez, vous pouvez les
contester, mais vous n'utiliserez pas l'argent des Québécois pour les...
M. Jolin-Barrette : ...alors,
quand on dit : On enlève la capacité d'ester en justice, il faut... il
faut venir préciser les choses, il ne faut pas faire dire à l'article 5 ce
qu'il ne dit pas. Et, vous savez, dans le cadre de cette commission-ci, on a
beaucoup parlé des États-Unis, notamment sur la question du droit à
l'avortement, et on m'a sans cesse plaidé à l'effet qu'on est tellement mieux
protégés au Canada...
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : ...qu'aux
États-Unis à cause de notre système juridique.
• (10 h 50) •
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le ministre. Le temps est malheureusement écoulé. Je cède maintenant la
parole au porte-parole... le deuxième groupe d'opposition. Vous disposez d'une
période de 9 minutes 30.
M. Morin : L'opposition
officielle?
Le Président (M. Bernard) : Oui,
pardon, excusez-moi, l'opposition officielle. Je me suis trompé de ligne.
M. Morin : Ça va. Merci. Merci,
M. le Président.
Le Président (M. Bernard) : À
vous, à vous, M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci beaucoup.
Mme D'Amours, M. Blanchette, merci, merci d'être avec nous. Bien, continuons
justement à parler de l'article 5. Et c'est exact que l'article 5, dans le
projet de loi n° 1, ne se retrouve pas dans le document qui s'appelle Loi
constitutionnelle. Ça se retrouve dans la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle
du Québec. Dans les faits, est-ce que ça change grand-chose? Je ne sais pas ce
que vous en pensez, mais, moi, c'est... en tout cas, ça m'apparaît... ce n'est
pas dans la Constitution, mais, quand même, il y a une intention claire du
gouvernement. Et ce que dit M. le ministre, c'est... c'est exact, l'article 5
n'empêche pas d'ester en justice, sauf que ça limite drôlement la provenance de
fonds pour aller ester en justice, par exemple, et ça, il faut le dire.
L'autre élément, parce que les universités
sont visées par l'annexe un, c'est écrit : «Le Parlement du Québec peut,
dans une loi, déclarer que celle-ci ou l'une de ses dispositions protège la
nation québécoise ainsi que l'autonomie constitutionnelle et les caractéristiques
fondamentales du Québec», qui, par ailleurs, ne sont pas définies. Donc,
éventuellement... Parce qu'évidemment, quand on adopte des lois, on les adopte
autant que possible pour longtemps, hein? Donc, moi, j'aimerais vous entendre
là-dessus, parce que, si on empêche les organismes, au moyen de sommes
provenant du fonds consolidé du revenu, d'autres sommes provenant d'impôts, de
taxes, de droits, de sanctions prélevés en application de lois du Québec pour
contester le caractère opérant ou l'applicabilité constitutionnelle, si jamais
le Parlement du Québec adoptait une loi qui, selon vous, contreviendrait à la
mission même des universités, les fonds, vous allez les trouver où si vous
voulez ester en justice? Et quels pourrait être l'impact sur la mission même de
l'université et, évidemment, ce qui est aussi fondamental, toute la question de
l'autonomie des établissements universitaires puis de la liberté académique?
M. Blanchette (Christian) : Vous
soulevez beaucoup de bonnes questions, et la définition de ce que sont les
fonds et la provenance des fonds des universités est un élément clé. M.
Cloutier avait signalé... avait posé la question : Est-ce que les droits
de scolarité des étudiants québécois sont des fonds venant du Québec? Les
universités reçoivent principalement leur financement de l'État public, un
financement venant de la recherche qui est du financement qui est dirigé vers
des projets de recherche. Il reste la philanthropie, il reste les droits de
scolarité des étudiants internationaux. Pour nous, c'est assez peu bien...
c'est assez peu défini.
Un des éléments importants dans notre
message sur l'autonomie universitaire, entre autres, c'est que, dans bien des
cas, l'intention du parlementaire, il est noble, mais quelques fois... en fait,
dans bien des cas, ces lois-là sont interprétées et, dans leur interprétation,
elles peuvent amener des défis. Écoutez, la souveraineté numérique pourra être
déclarée d'intérêt national, ce qui nous amène à pouvoir réfléchir à ce qui est
en train de se passer, où on a une
loi sur la gestion de la gouvernance des
ressources informationnelles des organismes publics, les universités en font
partie. Et, dans cette loi-là, la grande question, c'est : Quelles sont
les données? Est-ce que les données sont des données gouvernementales? On pose
la question : Est-ce que les données de recherche sont des données
gouvernementales? Si elles le sont, elles peuvent être accessibles par la Loi
d'accès à l'information, et ce qui fait que tous nos protocoles de recherche en
santé, en santé mentale, là où il y a des sujets humains, où on s'engage à
limiter l'accès aux données recueillies et autorisées par le participant, bien,
soudainement, cette loi-là est mise à mal. Si la logique est maintenue...
M. Blanchette (Christian) : ...de
l'interprétation de la loi jusqu'à son adoption, bien, les universités, c'est
d'intérêt national, ne pourraient pas, selon ce qui est dans le projet de loi,
contester le fait que les données de recherche ne devraient pas être des
données publiques. C'est un débat qu'on a depuis quatre ans, présentement, et
on espère résoudre ça bientôt, parce que la loi va entrer en vigueur dans
quelques années et ça pourrait mettre à mal la recherche québécoise avec... en
santé, en santé mentale, en gestion, là où il y a des participants humains.
Mme D'Amours (Sophie) : ...petit
bout sur le financement des universités puis les ressources qui pourraient être
utilisées pour contester une loi. C'est clair que les universités québécoises
n'ont pas tous le même... ne profitent pas tous d'une diversité égale de
revenus, hein? Donc, on a des universités plus grandes, qui ont des revenus
plus diversifiés, avec des capacités, plus autonomes que d'autres. Donc, déjà
là, on créé une différence entre des universités qui pourraient se défendre...
que d'autres qui ne pourraient pas le faire, là, dans les... dans le contexte
actuel, donc.
Mais toute la question, dans le fond,
qu'on soulève ici, c'est cette question du rôle des universités, puis j'y
reviens parce que je pense que c'est ça qui est le fondamental dans la
conversation actuelle. Les universités au Québec ont contribué de façon
importante, significative au Québec d'aujourd'hui, par... M. Blanchette le
disait tout à l'heure, contribuent au développement des institutions québécoises.
Le système éducatif qui est le nôtre, il fait l'envie de plusieurs dans le
monde. On a eu la commission Parent. C'est au cœur de notre identité, c'est au
cœur du développement de notre culture, de notre capacité de développement. La
preuve a été faite de l'innovation, etc. C'est un pilier de la démocratie
québécoise. On forme les citoyens, les citoyennes, ils passent, en grande
partie, dans nos universités, ils sont exposés au monde puis au rôle qu'ils
doivent jouer dans la société.
Donc, pour nous, de ne pas retrouver dans
la Constitution cette liberté puis cette autonomie nous inquiète. Je vais vous
lire ce qui est écrit dans la Constitution suisse : «La liberté de
l'enseignement et de la recherche scientifique est garantie.» Ce n'est pas très
long. Ça dit beaucoup. C'est important parce que c'est un pilier démocratique.
Puis, dans le fond, les commentaires que
l'on fait par rapport aux articles auxquels on pense qu'on ne devrait pas, les
universités, être assujetties, ils sont en lien avec l'effet qu'ils pourraient
avoir à deux égards. D'abord, quand on dit : Les universités ne devraient
pas utiliser les fonds publics pour aller critiquer de façon juridique, là,
aller en cours contre l'État sur des projets de société, notamment ceux qui les
concernent, bien, qu'on ait l'argent ou pas, on contribue à affecter la
réputation des universités, parce que ce discours-là, il vient mettre dans la
tête des gens que les universités ne travaillent pas pour eux, utilisent des
ressources contre eux, etc. Donc, je pense qu'il faut être clair par rapport à
cet élément-là, parce que ce n'est pas ça, l'intention, je pense, autant du
législateur que des universités, dans ce débat-là, mais il faut mettre des
conditions où les universitaires peuvent jouer leur rôle et contribuer à
l'avancement du Québec. Et ça peut passer, puis on le voit ailleurs, par le
fait de devoir se défendre et défendre la mission universitaire et les contours
de cette mission universitaire, parce qu'elle peut être interprétée à
différents moments de l'histoire, de façon différente. Alors, quelques pays,
mais... bon, on nomme souvent la Suisse comme étant un État démocratique, le
libellé dans leur Constitution est le suivant, c'est l'article 20 : «La
liberté de l'enseignement et de la recherche... de la recherche scientifique
est garantie.»
M. Morin : Je vous remercie.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup, M. le député. Merci beaucoup, Mme D'Amours et M. Blanchette.
Le temps étant maintenant... voyons,
épuisé, alors nous allons suspendre les travaux pour passer au prochain groupe,
pour leur présentation. Merci beaucoup...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Le Président (M. Bernard) :
...votre présence et votre contribution.
(Suspension de la séance à 11 heures)
(Reprise à 11 h 03)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour!
La commission va poursuivre ses travaux. Nous avons maintenant le plaisir d'entendre
le groupe Entendre Québec. Bienvenue, Mesdames et M., ici à l'Assemblée
nationale, ce matin. Nous disposons... Vous disposez de 8 minutes pour votre
présentation, et, par la suite, nous allons procéder aux échanges avec les
groupes parlementaires.
Pour les collègues, il y a la
traduction simultanée, donc, si nécessaire, vous pouvez l'utiliser. Puis, pour
faciliter aussi la traduction, je vous invite à parler un peu plus lentement.
So, is
Bonnycastle, welcome, and it's up to you, and present all your people that are joining
Mme Bonnycastle
(Dale) : Merci beaucoup. Je suis... à la retraite et présidente de
conseil de l'administration Entendre Québec. Nous sommes ici pour vous
présenter un résumé de notre mémoire et souligner certains éléments que nous
estimons essentiels à vos délibérations. Pour des raisons d'accessibilité, tant
que pour les membres de notre délégation, que pour la communauté que nous
représentons, nous poursuivrons notre présentation en anglais. Merci beaucoup.
I am joined today by
Andrea Lepore, board member, teacher of the deaf. Glenn Washer board member,
and our executive director, Heidy Wager.
Our organization Hear
Québec has been operating for forty-five years by and for people living with
hearing loss, we are a registered charity and are governed and led by the
community that we serve. Now advocacy is not our usual mandate, we are not
lawyers, we are not constitutional experts, our core work is based on support,
accessibility and community connections. We appear before you because we
represent a population that will be directly affected by this legislation. And
since hearing loss is very prevalent and yet largely invisible, the risks for
this population are often underestimated.
In this province alone, there are
approximately one million people slightly more than ten presented the
population that live with a permanent hearing loss, that can lead to...
Mme Bonnycastle
(Dale) : ...disability. This makes it one of
the most prevalent and widespread physical impairments in the province. And the
numbers are rising because, as the population ages… the degree of hearing loss
increases. 32% of the people over the age of 65 live with hearing loss. By the
age of 75, that number will double. Hearing loss is invisible, and it is
misunderstood because it is not just a loss of volume, it is a loss of clarity.
With hearing loss, speech sounds can be distorted, the message is incomplete,
and words and sounds are easily confused.
Hearing technology helps
a great deal to amplify sound, but it does not restore speech discrimination,
especially in a complex environment. So, with hearing loss, listening becomes
work. It's your job. Communication will slow down, and mental fatigue can be
very significant. In hospitals and public services, where there is noise,
distance, stress, understanding can easily break down. Hearing loss is not just
a medical condition, it is a barrier to communication, to access and to safety.
When communication is not accessible, exclusion is not accidental. It is built
into the system. Over time, that exclusion erodes dignity. It will impair
informed consent and decision making, especially in those critical high stress
moments. And sadly, it restricts full participation in our society. Thank you
very much.
Le Président (M. Bernard) :
Merci beaucoup pour votre échange. Cher collègue, on va procéder aux échanges.
Je vous invite à parler un peu plus lentement parce que les gens, avec leurs
difficultés auditives, ne peuvent... ne peuvent pas porter des casques de
traduction. M. le ministre, à vous la parole, pour une période de
9 min 30 s.
Des voix : ...
Mme Wager (Heidy) : ...
Le Président (M.
Bernard) : ...sorry about that.
Mme Wager
(Heidy) : …yes. No, we'll all be speaking for
approximately two minutes.
Le Président (M. Bernard) :
No. Go ahead.
Mme Wager
(Heidy) : Okay. Perfect.
Le Président (M.
Bernard) : I'm really sorry about that.
Mme Wager
(Heidy) : Go ahead.
Lepore (Andrea) : M. le Président, Mesdames et messieurs les membres
de la commission, merci de nous recevoir aujourd'hui. I appear
before you today on behalf of my lived experience with hearing loss, the
children and families I serve in Montreal, as a teacher of the deaf, and adults
with hearing loss across Québec, particularly within the Anglophone community.
Research in Canada shows a clear and consistent pattern, when communication
access is reduced to hearing loss… due to hearing loss and or language
barriers, health and social outcomes worsen. While Québec specific rates for
communication barriers are not published separately, provincial data shows that
nearly half of people with hearing loss report unmet needs for technical
communication supports such as hearing aids and hearing assistive technologies.
It is also reported that communication barriers occur most often in person with
health professionals or over the telephone, still the primary access point for
health and social services.
The consequences can be
immediate and serious and are documented in research circles. My own hearing
loss and cochlear implant journey has revealed just how fragile communication
access can be, even within the context of hearing health services. Critical
information has been delivered to me through phone calls I could not reliably
hear or recorded messages with no alternative format. Appointments have been
rushed, accommodations have been inconsistent. Repeatedly, the responsibility
to adapt has fallen on me, and over time, these barriers have compounded
increasing my stress and diminishing my trust in the systems designed to
provide care.
Lived experience is not
anecdotal. It is expertise and policy that does not meaningfully reflect lived
experience risks doing harm. This is why genuine public consultation with
those… with those directly affected are essential when shaping new law. In my
18 years as a teacher of the deaf with Résonance Montréal, I have seen what
happens when communication barriers are removed, when children with hearing
loss and their families are supported in their strongest language, outcomes are
overwhelmingly positive. Families engage, decisions are informed, children meet
milestones, and trust builds between home, school and clinical teams. But I
have also seen the opposite. When children and families must navigate health
and social services in a language that is not their own, misunderstandings
increase, information is lost, and services are delayed…
Mme Lepore
(Andrea) :
...at
times, concerns are misinterpreted or misdiagnosed. The result is not just
frustration; it is developmental delay and long-term impact. Simply put, people
do better when they understand and feel understood. Protecting language and
communication access for people with hearing loss is not preferential
treatment. It is sound, evidence-based practice that supports better outcomes
and reduces strain on the system. Bill 1 has the opportunity to move forward
without excluding the needs of minorities. Let's remember that when we all
equally access information and public services, make self informed decisions
and fully belong, we all create, contribute to a safer, stronger and greater
Québec.
Thank you.
• (11 h 10) •
M. Washer (Glenn) : M. le
Président et membres du comité, merci pour l'opportunité de vous en parler
aujourd'hui. I'm not here only as a member of the English
community, but as a person who is hearing impaired and as the child and
grandchild of people whose hearing loss profoundly shaped their lives and their
access to care, dignity and belonging in Québec. My mother and my grandparents
were unilingual English speakers who lost their hearing as they aged. What they
lost alongside it was not only sound, but confidence, independence and safety.
Medical appointments became sources of anxiety rather than reassurance.
Instructions were misunderstood; questions went unasked because communication
itself felt like an obstacle. The isolation that followed was not evitable, it
was systemic.
For people with hearing loss,
language access is not abstract. It is functional, it is clinical, it is a
difference between understanding and confusion, between compliance and risk.
When health services are not available in a language a patient fully
understands, the consequences are immediate. A person with hearing loss works
even harder to follow conversations, to read lips, to piece together meaning.
Remove linguistic accessibility and the risk multiplies. Diagnoses can be
misinterpreted, treatment plans may not be followed correctly, consent may be
given without full comprehension. These are the daily realities of many seniors
and persons with disabilities. My elderly... for elderly individuals, this loss
of clarity directly erodes autonomy. My grandparents increasingly dependent on
others not because they were incapable, but because the system was
inaccessible. When a patient cannot confidently communicate with their care
provider, independence slips away, confusion replaces choice. That is not a...
Le Président (M. Bernard) : Really, really sorry, Mr. Washer, but the allocated time...
M. Jolin-Barrette : ...
Le Président (M. Bernard) :
...OK. You can proceed. Merci, M. le ministre.
M. Washer
(Glenn) : ...There is also a cost to the
system itself. When communication fails, care is delayed or repeated,
conditions worsen before they are properly addressed, emergency rooms see
patients who might otherwise have been managed earlier and more safely.
Accessibility is not an added expense; it is preventative care. Equally
concerning is the risk of inconsistency if constitutional protections for
English language health services are weakened or left ambiguous, institutions
will interpret their obligations unevenly. Access will depend on geography,
discretion or institutional culture, then on rights. That creates inequity,
particularly for vulnerable populations. As a recognized disability community,
denying or diluting accessible communication, whether through language,
interpretation or accommodation, runs counter to Québec's own commitments, as
well as federal and international standards that affirm the right to equitable
access to health care. This is not about privileging one community over
another. It is about ensuring that Québec's constitutional framework protects
the safety, dignity and autonomy of all its residents, including those who have
disabilities already placing them at risk. For people like my mother and my
grandparents, and for people like myself, these protections are essential.
Merci.
Mme Wager (Heidy) : ...
Le Président (M. Bernard) :
Yes. Go ahead, thank you.
Mme Wager
(Heidy) :
Perfect.
Thank you. Just to summarize, you've heard today that hearing loss is one of
the most common physical disabilities in Québec. Nearly 1 in 10 Quebeckers live
with it. It affects comprehension, safety and the ability to understand complex
medical information, especially in high sensitive situation. Hearing aids
amplify sound, they do not ensure comprehension. Comprehension depends on
accessible communication practices and services. When hearing loss intersects
with language barriers, risks escalate. Misdiagnosis, medication errors, delay
in treatment, these are predictable consequences when communication safeguards
are reduced. When access is left ambiguous, care begins to deepen, and
geography,
interpretation, and institutional discretion conditions worsen. Emergency
rooms start to absorb preventable crises...
Mme Wager
(Heidy) :
...this
is not cost saving, it's cost shifting. We do not stand alone, the English
speaking community organizations across Québec have called for Bill 1 to be
refined. For English speaking minorities living with disability, vulnerability
is layered, which is why our submission included precise legislative language
to help clarify protections and prevent unintended harm. To strengthen... the
strength of any law is measured by how well it anticipates and protects those
who are most vulnerable to unintended consequences. We have seen what happens
when systems fail to anticipate foreseeable risk. During the early months of
COVID, seniors paid the price of delayed actions. The human cost was
devastating and the reputation impact for Québec was significant. There is
already a measurable gap between legal guarantees and the lived reality. The
Community Health Social Service Network recently reported on health care access
for English speaking seniors confirms persistent barriers, and we hear the same
concerns from our members every day. If Bill 1 doesn't reinforce language
principles without clear protecting English access in health and social
service, this gap will widen and the consequence will not be theoretical, it
will be felt in delayed care, avoidable errors and diminished patient safety.
We're not asking for new rights, we are asking for existing protections to be
explicitly informed so that safety, equity and dignity are not left up to
interpretation. Laws are meant to protect the most vulnerable, not expose them
to greater risk. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bernard) :
Thank
you very much for the presentation. And once again, I really want to apologize
to interrupting you. Merci, M. le ministre, pour avoir cédé du temps,
donc, nous allons procéder aux échanges, vous avez 5 min 30 s, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président, alors, Mme Wager, Mme Bonnycastle, Mme Lepore et M. Washer,
bonjour, pour le groupe Entendre Québec, merci beaucoup pour contribution aux
travaux de la commission. Maybe, I want to reassure you about
the fact that Bill 1 do not change anything about the right of the English
community, about health services. And I think we have been already clear about
that with all the legislation that we have been table since 2018. Even
when I did Bill 96, I write it down in the Bill 96, at
section 22.5, «les
dispositions de la présente
section n'ont pas pour effet d'empêcher
l'utilisation d'une autre langue que le français dans les cas suivants :
Pour l'application de l'article 18 de la
loi sur la gouvernance du système de
santé et services sociaux ou de l'article 15 de la
loi sur les services de
santé et des services sociaux pour les Inuits ou les Naskapis».
So when we did that
before, it was to be clear that nothing changed about the health services for
the English speaking community. Alors, lorsque
Le ministre Dubé a adopté la
loi sur la
gouvernance du système de santé et de services sociaux, il est venu réinscrire
ça, également, à l'article 18 : «Toute personne d'expression anglaise a le
droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et des services
sociaux compte tenu de l'organisation des ressources humaines, matérielles et
financières des établissements qui fournissent ces services et dans la mesure
où le prévoit le programme d'accès visé à l'article 415 ». Donc, le droit
n'a pas changé, il ne changera pas non plus avec le projet de loi 1. So I really want to be clear : There is nothing in the Bill 1,
even in the Constitution, that we are... tabling, that nothing affects the
rights to be served as the law... show it right now. Donc, je veux
vraiment être très, très clair, puis j'espère vous rassurer à cet effet-là, que
toutes les dispositions du projet de loi 1 n'entrent pas en conflit, et
d'ailleurs, les dispositions de la Charte de la langue française, notamment
l'article 22.5, prévoient que c'est déjà une loi qui est prépondérante, donc,
en termes de sécurité juridique, toutes les balises sont là pour réaffirmer que
les membres de la communauté anglophones qui souhaitent être servis en anglais
dans les paramètres fixés par la loi peuvent avoir accès à ces services-là.
Donc, j'accueille vos préoccupations, vos craintes également, mais je tiens à
vous rassurer qu'il n'y a absolument rien qui change avec le projet de loi 1.
Donc, j'espère vous rassurer, puis je vous remercie beaucoup d'être venus en
commission parlementaire pour réaffirmer aux parlementaires surtout, et j'ai
une très grande sensibilité relativement...
M. Jolin-Barrette : ...à ça.
Lorsque l'on vieillit et qu'on a des pertes auditives, effectivement, c'est
encore plus complexe parce que, un, on est inquiet pour notre santé, nos
proches sont inquiets, et on veut comprendre c'est quoi, le diagnostic et les
pathologies, la maladie, notre médication aussi. Puis on le sait qu'avec les
personnes âgées, c'est d'autant plus important, un, de prendre le temps, mais
que la compréhension relativement à notre état de santé, c'est fondamental.
Alors, on est extrêmement sensibles à ça.
Donc, je vous le réitère, dans la... dans
le projet de loi n° 1, il n'y a absolument rien qui change relativement à
ça. Les droits des gens de la communauté anglophone de recevoir des services de
santé en anglais sont maintenus, comme le prévoit déjà actuellement la loi.
Alors, merci beaucoup pour votre présence en commission.
• (11 h 20) •
M. Washer (Glenn) : ...
M. Jolin-Barrette : Oui.
M. Washer (Glenn) : ...le
ministre pour vos commentaires. Ils sont bien appréciés.
We do believe however,
according to our understanding, we are not… we are not lawyers and therefore
perhaps not as expert as yourselves and others, but I think the foundational… a
foundational law, as I understand the Constitution should be, ideally should be
standalone and so anticipate foreseeable risks and thereby try to protect the
most… vulnerable, and not leave them exposed to
interpretation. It's… It's
appreciated, as you said, the laws that you mentioned do incorporate the
language of protection, but since our understanding is that all laws, future
and present, will refer to a foundational document such as the… a Constitution,
changes to future… changes to laws that exist could occur without guiding
language that is as specific as we are suggesting. And that is the foundation
of our concern.
Jolin-Barrette : OK. Bien, écoutez,
j'accueille votre suggestion avec... avec ouverture. Mais pour la question de
l'interprétation, disons-le-nous maintenant, c'est très, très clair,
l'interprétation qu'on donne à la Constitution. Il n'y a rien qui affecte les
droits de la communauté anglophone d'avoir accès aux services de santé en
anglais dans la mesure prévue par la loi. Merci beaucoup pour votre
présentation.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. le ministre. Nous procédons maintenant avec le porte-parole du deuxième...
de l'opposition officielle. Je vais l'avoir. Excusez-moi. M. le député de
l'Acadie, à vous la parole.
M. Morin : Merci, merci, M.
le Président. Ms. Bonnycastle, Ms. Wager, Ms. Lepore and Mr.
Washer, thank you for being with us in the Commission today. Thank you for your
brief that was filed and for your testimony this morning.
I was listening carefully
to what the Minister said. However, when I read your document, correct me if
I'm wrong, but my understanding was that, I mean, there is a right, but even if
there is a right on your day-to-day life, you don't have access to those
services. Am I… Am I hearing you correctly? OK. And so, can you, for the
commission, for the benefit of the commission and those who are listening to
us, can you expand a bit more on that? What are your challenges on your
day-to-day life? And, after that, how can we correct that or secure your right
more specifically, knowing what you have to cope with every week?
Mme Wager
(Heidy) :
…basis
in the office, we receive calls from our members and they are struggling with
receiving services in their first language and understanding the services that
they are receiving. Sometimes they do receive it in English and they still face
the communication barriers, like Andrea explained, even within the hearing
health field. And so, when a crisis is happening and they don't have direct
support in their first language, there's often delays, misunderstandings,
misdiagnosis, misunderstandings around medication and treatment plans. And
that's what we're hoping… They're living that right now. And it's… We see it a
lot. We've seen it through our partners in the English community that have
studied this for seniors' access, and we face it on a day-to-day basis with
members calling us and asking us for support to help them navigate the system.
So, I think it's something that we clearly see in our day-to-day lives and what
has been documented by other community organizations, especially in the
vulnerable communities where seniors with disabilities have double-layered
accessibility issues.
M. Morin :
That could increase the stress that
these people have to cope with?
Mme Wager
(Heidy) :
Yeah.
M. Morin : Can you please…
Morin : …tell us more about that.
Une voix : Yes, go ahead.
Mme Lepore
(Andrea) : I just wanted to comment on the
compounding factors that there is, the issue of language, but also
understanding, especially when you have a disability, like a hearing loss, to
understand in another language, it makes it that much more difficult, even if
you might quite understand the second language that you have, just when you
don't have the visual supports, for example. So, when I went through my
cochlear implantation process, it was… my experience was wonderful with the
hospitals, the doctors. But when you have the primary access points, like with
the telephone and the recorded messages and all of that, it's a very stressful
situation for whether you're French or English, not being able to have access
that improves the comprehension like a visual access or another support that… I
mean, there are many that we could talk about, but it's not being able to
access a language through an auditory means or having that difficulty.
And so, one compounds the
other and it is just easier obviously in a first language to understand the
services and the people that you communicate with in these situations. So, I
think like the main point is that it's overall, it's an accessibility issue as
well with people with disabilities and people with hearing loss and and not so
much always language, but they compound each other. And so, just being able to
have the proper supports as we go and access these services.
M. Morin : I listened carefully…
Mme Lepore
(Andrea) : …please let me know if I didn't
answer the question…
M. Morin : No, no, no, you did, but I listened carefully to what the Minister
said about the fact that this bill tabled by the Government will not have any
impact on your rights, and you have the rights to have your services in your
own language. However, when I read your document and I'm referring to the
beginning of your document, there's no page. But it says here, and I will read
it in French, it's written in French: «De plus, les audiogrammes et rapports
d'évaluation auditive sont uniquement fournis en francais.»
And this seems
inconsistent with what the Minister just said about the access to service in
your own maternal tongue. So, that's your reality.
Mme Wager
(Heidy) : Yes. In the office we often see
members that come in and they sit with myself and Dale, who will help them
interpret their audiogram in English for them, because they will only… they are
only allowed to receive it in French. And so, most of our members are seniors,
they don't have access to digital translation services and things of this. So.,
they come into the office, they sit one-on-one. Dale does literally the whole
pretty much explanation of the audiogram to them. This is really important for
them to understand what their actual disability is and how to then treat, and
how they can then gain accessibility. It's so uniquely different for each
person. And so that is something that we do on practice almost every week in
the office is interpret that.
M. Washer
(Glenn) : I recently had another audiogram
done for myself and it is a very thorough document. It is in French
only, mais, en plus, c'est un document très technique. Alors, il faut avoir des
experts qui peuvent expliquer. Alors, une fois, c'est plus technique, c'est, en
français et, en plus, on manque l'habilité d'entendre proprement.
M. Morin : And in the bill the rights, if I call it that way, of the English
community, it's only in a «whereas» right at the beginning of the
preamble,
it's not even a
section of the act. I understand from your document that you
would like to have a
section in the Constitution that will guarantee that you
can have access to medical services in English. Am I correct, this is one of
your recommendations?
Mme Wager
(Heidy) : Yes, this is our members' biggest
concern. And so, their biggest fear is not being able… to be able to make
informed consent and understand what they're being treated for in health and
social services. It's their basic fundamental concern. And so, if this is already
the point of the law, then reinforcing the language only reinforces their
ability to receive that service.
M. Morin : Thank you. Thank you very much.
Le Président (M.
Bernard) : Thank you. Merci. Thank you very
much for your presentation, and all the explanations.
Je suspends maintenant
les travaux pour quelques minutes, le temps...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) Le Président (M. Bernard) : …que
le prochain groupe puisse s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 30)
(Reprise à 11 h 33)
Le Président (M. Bernard) : Bonjour.
Nous allons maintenant entendre… pardon, M. Simon Guillemette.
Bonjour M. Guillemette. Vous disposez d'une
période de 8 minutes pour présenter votre exposé puis, par la suite, nous
allons procéder aux échanges avec les parlementaires. À vous, M. Guillemette.
M. Guillemette (Simon) : Je
pense donc je nuis. Quand Le Couac avait reformulé cette pensée de Descartes,
il avait bien compris que le «je suis» était bien souvent défini par les forces
externes de l'oligarchie. La pensée est donc l'ultime acte de dissidence pour
nuire à cette force homogénéisante.
Le ministre s'est permis de penser pour
nous, de définir qui nous devrions être. Il me répondra certainement, comme il
l'a fait à plusieurs lors de ses soi-disant consultations, que cela est son
rôle comme représentant de la volonté des Québécois.
Dans un court texte intitulé Le
gouvernement du peuple , John Oswald, alors acteur de la Révolution
française, exprime bien tout le problème, et je cite : «J'avoue que je n'ai
jamais pu réfléchir sur ce système de représentation sans m'étonner de la
crédulité, je dirais presque la stupidité avec laquelle l'esprit humain avale
les absurdités les plus palpables. Si un homme proposait sérieusement que la
nation pissât par procuration, on le traitait de fou, et cependant, penser par
procuration est une proposition que l'on entend non seulement sans s'étonner,
mais qu'on reçoit avec enthousiasme.» Fin de la citation. Heureusement,
plusieurs ont continué de penser, de refuser cet état de fait et de faire
dissidence.
Ce n'est pas pour plaire au ministre
souverain de son projet de loi, comme on a pu le constater lors de la
consultation. Le souverain accepte bien mal qu'on remette son travail en
question, que ce soit froissé par les oppositions, il n'hésite pas à attaquer
la légitimité de ses présentateurs, à faire ses règlements de comptes avec le
Barreau du Québec ou les commissions scolaires anglophones, de rire alors que
quelqu'un répond à sa question ou de porter son attention ailleurs alors… lorsqu'un
intervenant discute des autres membres de la commission et tout cela, s'il
prend pas le temps de faire du «mansplaining» aux femmes avec sa constitution concernant
l'avortement.
Le Président (M. Bernard) :
M. Guillemette… désolé de vous interrompre, mais je vous prie, s'il vous plaît,
d'être respectueux de vos propos, envers les parlementaires et M. le ministre.
M. Guillemette (Simon) : Oui.
En somme…
Le Président (M. Bernard) : Choisissez
vos mots, s'il vous plaît.
M. Guillemette (Simon) : Pas
de problème. En somme, nous sommes bien loin d'une écoute ou même un intérêt de
la part du ministre. Je dois même dire qu'à son égard, il pourrait être gêné de
l'attitude de notre gouvernement.
Mon écoute des consultations m'a permis de
mieux comprendre l'opposition entre les citoyens et le ministre. On ne parle
pas la même langue. Pour nous «constitution» veut dire acte fondateur, un
contrat social entre les citoyens et le gouvernement. Pour le ministre, c'est
plutôt une loi omnibus pour le renforcement du statu quo et les lois les plus
critiquées des derniers mandats, une cerise sur le sundae des avancées
caquistes. Pour nous, démocratie, c'est le pouvoir citoyen…
M. Guillemette (Simon) : ...la
capacité de prendre notre place, d'agir collectivement pour notre société. Pour
le PL1, c'est plutôt la souveraineté parlementaire, renforcer le pouvoir des
élus en limitant la contestation et le contre-pouvoir. Pour nous, le peuple
québécois est pluraliste, forme une multitude, sa force est dans sa diversité.
Pour le PL1, la nation est homogène, défendue par l'État du Québec, les
minorités reléguées à des simples considérants. Pour nous, la charte québécoise
est une protection contre l'arbitraire du pouvoir, un joyau, une fierté pour le
gouvernement. C'est plutôt un bâton dans les roues, un luxe qu'il peut
arbitrairement mettre de côté.
Le but du ministre est de consolider le
pouvoir de l'oligarchie provinciale pour faire la guerre à l'oligarchie
fédérale, une chicane de clocher entre élites. Le but des oppositions civiles
est de faire valoir qu'on veut du pouvoir, on veut prendre notre place, on veut
participer collectivement à faire avancer le Québec. On regarde avec espoir
vers l'avant; le ministre regarde avec envie en arrière. Le ministre se refuse
de voir une nation pluraliste, bienveillante, solidaire, démocratique et bien
plus forte qu'une assemblée non représentative qui nourrit le cynisme et le
désengagement.
Je mets donc l'emphase sur une seule de
mes recommandations : Qu'une assemblée constituante non partisane soit
mise en place pour le mandat de présenter une nouvelle constitution pour le
Québec. Ne pas le faire est d'autant plus bizarre qu'elle contrevient à deux
articles du PL 1, soit l'article 17, «L'État tient la... sa
légitimité — pardon — de la volonté du peuple qui habite son territoire.», et
l'article 14, «Le peuple québécois a le droit inaliénable de choisir
librement le régime politique et le statut juridique du Québec.»
Le... vous a demandé le respect de son
droit inaliénable de choisir librement son régime politique. Les présentations
qui ont été faites ici démontrent bien la volonté du... de revoir l'ensemble du
PL un et l'absence de légitimité morale du gouvernement dans ce dossier.
Jusqu'à hier soir, là, devait s'arrêter ma présentation faute de temps que je
devais partager avec un autre intervenant. Surprise! Il s'est désisté. Me voilà
avec le double du temps pour m'exprimer devant vous. Ce qui me permet d'ajouter
que, contrairement à vous, je ne suis pas rémunéré pour réfléchir et suivre ce
dossier et tout autre aspect de la vie politique, comme les autres se sont
souvent présentés devant vous. Quand la société civile s'exprime devant vous,
vous devez reconnaître le coût d'une telle action. Ce n'est pas simple de
présenter un mémoire, de pouvoir se présenter devant vous pour en faire une
présentation succincte, de rester calme face à des cassettes déjà
préenregistrées ou d'éviter vos questions qui pourraient détourner nos propos.
C'est pourquoi il devrait être de votre devoir d'écouter et d'agir en respect à
ce temps investi dans nos réponses. Si les citoyens prennent du temps sur leur
famille, leur sommeil, leur week-end et leur travail, c'est qu'ils croient
vraiment à leurs propos et à une chance de jouer un rôle.
Les états généraux ont... ont été...
bien... pardon. On m'a demandé pourquoi je me présentais en commission
parlementaire. On m'a déjà trahi deux fois, le gouvernement, en présentant une
demande... mon opinion citoyenne. On m'a offert de prendre ma place pour
réformer les institutions démocratiques du Québec, on a titillé mon intérêt
pour le pouvoir citoyen et l'organisation politique, mais, que ce soient les
États généraux sur la réforme des institutions démocratiques ou la commission
parlementaire spéciale sur la Loi électorale, les rapports sont sur les
tablettes et n'ont pas été écoutés, ils prennent la poussière. Pourtant, ça
fait deux consultations populaires et pédagogiques bien plus grandes que
celles-ci. Dans ces deux cas, le problème était le même, l'oligarchie y voyait
une perte de pouvoir. La multitude avait profité de ces occasions pour dire
qu'elle en avait assez. Vous connaissez le dicton populaire, je n'irai pas plus
loin.
Le gouvernement s'apprête à trahir une
troisième fois l'ensemble des citoyens qui y ont réfléchi et investi du temps
dans ces diverses consultations en n'incluant aucune de leurs propositions
précédentes de réformes démocratiques. Le travail de milliers de citoyens est
encore laissé de côté. Il y a quand même trois belles conclusions dans les
consultations de la part de l'ensemble des participants. La première, il y a
encore des citoyens qui sont prêts à se tenir debout et se faire entendre. La
sagesse populaire, la participation et la lutte continuent. La deuxième, la
multitude souhaite encore que notre système politique corresponde à la
démocratie. La solution n'est pas simple, mais nous devons... pour le
vivre-ensemble, de prendre le temps de la rechercher ensemble.
Finalement, nous gardons une volonté
populaire pour maintenir les grands idéaux de la Révolution tranquille, la
dignité humaine, un système de santé universel, une éducation gratuite et de
qualité et une répartition des pouvoirs avec les municipalités et les régions.
Trois conclusions encourageantes pour le futur. Autant d'absents du PL1,
celui-ci devrait être retiré.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
M. Guillemette. J'aurais pu vous interrompre à quelques occasions, mais, dans
les prochains échanges, je vous invite à ne pas imputer de motifs indignes aux
parlementaires et d'être respectueux. M. le ministre.
• (11 h 40) •
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, bonjour, M. Guillemette. Merci de participer aux travaux de la
commission parlementaire sur le projet de loi un, et je salue l'ensemble des
citoyens qui prennent du temps comme vous, justement pour partager...
M. Jolin-Barrette : ...j'ai
votre opinion. Je pense que les membres de la commission parlementaire
apprécient le fait que vous ayez déposé un mémoire puis que vous preniez du
temps pour venir nous donner votre opinion aujourd'hui.
Je vous dirais aussi que je suis assez
d'accord avec vous sur les rapports qui dorment sur les tablettes. Puis,
justement, on en a reçu un, rapport, le rapport sur les enjeux
constitutionnels, qui a été présidé par Sébastien Proulx, l'ancien ministre libéral,
Guillaume Rousseau, également, professeur de droit à l'Universite Sherbrooke,
avec des... deux professeures d'université, à l'Université du Québec en
Outaouais, Amélie Binette et Catherine Mathieu, professeure de droit à l'UQAM,
on avait également...
Une voix : Luc Godbout.
M. Jolin-Barrette : ...Luc
Godbout, professeur de fiscalité à l'Université de Sherbrooke, et Martine
Tremblay, qui a été cheffe de cabinet de René Lévesque et de Pierre-Marc
Johnson, qui a été sous-ministre également, qui nous ont remis un rapport de 42
recommandations sur les enjeux constitutionnels québécois et des appels à
l'action à l'intérieur de ce rapport-là, notamment le fait de doter le Québec
d'une constitution. Alors, c'est la démarche que le gouvernement du Québec a
prise, et c'est la Constitution que nous avons au jeu présentement, qui fait
l'objet des consultations les plus larges que nous avons eues au cours des
dernières années. Donc, l'objectif, c'est d'entendre les citoyens, de prendre
également acte de vos recommandations. Alors, je peux vous assurer qu'on est
très ouverts à l'écoute, très ouverts aux suggestions, très ouverts aux
propositions, puis, très certainement, on va prendre en considération votre
mémoire et les propositions que vous nous faites.
Donc, je ne sais pas si vous vouliez
ajouter quelque chose avant que je cède la parole à mes collègues.
M. Guillemette (Simon) : Moi,
ce que je veux juste dire, c'est qu'effectivement c'est un débat
constitutionnel qui se fait, mais, à l'écoute des présentations, à peu près
50 % des gens qui sont venus vous présenter, c'était contre l'article 29,
pour ne pas le nommer, qui, en fait, en soi, légitimement, ne devrait pas être
partie d'une constitution. Et le reste, ça a été sur l'ensemble du... la Loi de
protection... de droit... la deuxième partie, particulièrement l'article 5. Je
pense qu'on est tous conscients qu'on n'a pas ou très peu parlé du pouvoir, de
la réorganisation de l'État. Ça n'a jamais été
partie du... Ça ne fait pas
partie... On n'a pas vraiment parlé de constitution, on a parlé d'une loi
omnibus, des droits civils qui sont... qui devraient être ajustés avec une
constitution. Donc, on n'a pas... le débat n'a pas été fait dans ce sens-là non
plus. C'est malheureux, mais je pense qu'il y a des éléments qui auraient dû...
qu'on aurait dû discuter.
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, je cède la parole, mais, en réponse à votre intervention, je pense que
vous avez fait une bonne analyse des travaux de la commission à l'effet
qu'effectivement c'est l'article 29 de la première
partie du projet de loi, qui
est dans la Constitution, l'article 5, également, de la
Loi sur l'autonomie
constitutionnelle qui a suscité le plus de réactions. Cela étant, les
consultations étaient ouvertes à l'ensemble de la population québécoise, et
ceux qui se sont inscrits ont fait valoir ces deux points-là. Alors, on est à
l'écoute relativement à ces points-là, aux autres points également. Mais vous,
aujourd'hui, vous soulevez d'autres points en lien avec le projet de loi n° 1,
puis on va les prendre en considération également, vos commentaires et vos
suggestions. Alors, merci beaucoup pour votre participation.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Et il reste
combien de temps, M. le...
Le Président (M. Bernard) :
Cinq minutes 24, monsieur.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
M. le Président. M. Guillemette, bonjour. Je ne suis tellement pas d'accord
avec vous, mais, en bon journaliste, je vais me battre à vos côtés pour que
vous ayez le droit de le dire. C'est ça, le journalisme, et c'est ça, la
démocratie. Alors, vos commentaires sont non seulement les bienvenus, mais ils
sont importants parce qu'ils savent... ils servent de contrepoids à l'opinion
d'un peu tout le monde, parce que vous provoquez, puis, en provoquant, ça fait
réagir, et c'est une très bonne chose. N'empêche que, dans votre mémoire, il y
a des recommandations à laquelle je voudrais... à une ou deux auxquelles je
voudrais m'attarder. Et j'ai mon collègue aussi qui vous poserait des
questions, mais commençons par le commencement.
Quand vous parlez de retirer le principe
de souveraineté parlementaire et puis vous proposez de le remplacer par je ne
sais pas quoi, il y a... au fond de ça, il y a la question des droits, et vous
y avez fait référence dans votre réponse au ministre, les droits collectifs
puis les droits individuels, c'est... c'est deux choses, les droits
fondamentaux puis les droits collectifs. Dans la... le projet de constitution,
le ministre introduit beaucoup, ou en tout cas un certain nombre, de droits
collectifs. Pour vous, est-ce que ça sonne une cloche? Est-ce qu'il y a quelque
chose qui permettrait justement de mieux gérer le Québec si les Québécois et la
nation qu'ils forment ont des droits collectifs? Ça ne donnerait pas une
meilleure vision des choses, une meilleure approche...
M. Guillemette (Simon) : ...bien,
écoutez, je ne suis pas un expert en droit, je ne suis pas un expert juridique.
Il y a quelque chose qui me titille là-dedans, c'est que, d'une part, il faut
que quelqu'un prenne position par rapport à ces droits-là, puis, de ce que j'en
comprends, les droits collectifs sont bien souvent une extension des individus,
des droits individuels, et je pense que... C'est pour ça que c'est des droits
fondamentaux. Et c'est toute l'ambiguïté de notre belle langue française, que
droits veut aussi dire droits fondamentaux veut aussi dire l'ensemble de la
loi. Et je pense que c'est bien de vouloir protéger le français, par exemple,
on va prendre cet exemple-là, ou la laïcité, que vous présentez comme un droit
mais qui est plus une organisation civile, c'est bien, mais, en réalité il y a
d'autres... les droits fondamentaux sont prioritaires.
M. Lemieux : Mais vous avez
raison sur une chose, dans tous les droits collectifs, il y a un droit
fondamental au fond de l'affaire. C'est une nouvelle... pas une nouvelle façon
de voir, mais c'est une nouvelle façon de l'expliquer dans la Constitution. En
tout cas, moi ça m'a... pas passionné, mais ça m'a intéressé de voir comment, à
l'avenir, on pourrait considérer la nation, mais c'est un débat qui est ouvert,
et vous en faites partie. Alorsm bienvenue dans le... dans le jeu.
Dites donc, mon collègue a une question,
mais je veux juste savoir, avant de partir, quand il s'agit de réforme du droit
de scrutin, vous, vous mettriez ça dans la Constitution avec tout le reste,
c'est ça, réforme du droit du scrutin, régime parlementaire, système
parlementaire, tout ça, vous voulez faire un grand tout, c'est ça?
M. Guillemette (Simon) : Bien,
je pense que le rapport des états généraux était assez clair là-dessus, et les
gens se sont reconnus dans ça, qu'effectivement le système parlementaire est
problématique. Il n'y a pas de vraie séparation de pouvoirs entre l'exécutif et
le législatif. On a un souverain élu, essentiellement, qui peut décider, par sa
force de sa... majorité, qui est problématique, où le parti gouvernemental a
été élu avec une trentaine de pour cent de... au pouvoir puis il contrôle
70 % de l'Assemblée nationale, puis il peut faire ce qu'il veut. Vous
contrôlez 100 % du débat politique puis 100 % de ce qu'il y a de
disponible. Merci.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
M. le député de Chapleau, il vous reste 1 min 30 s.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Rapidement, merci beaucoup, M. Guillemette, de
votre présence en commission. Vous avez présenté quelques concepts, puis ça va
être rapide, là, j'aimerais peut-être avoir votre définition de ces concepts
puis voir là où vous vous situez. Donc, j'en comprends, là, puis de l'échange
que vous avez eu avec mon collègue de Saint-Jean, au niveau de notre système
démocratique, notre système électoral, vous le remettez en question puis vous
ne considérez pas légitime le fait qu'on ait ce système représentatif. Du
moins, vous sembliez, dans votre présentation, là, remettre en question même
l'élément représentatif en démocratie. Est-ce que c'est le cas?
M. Guillemette (Simon) : Bien,
écoutez, pour... C'est d'appeler ça une démocratie, qui est problématique... ce
n'est pas une démocratie que d'avoir le droit de voter aux quatre ans, puis,
après ça, bien, on subit ce qui se passe puis qu'on a de la misère à se faire
entendre. Je comprends, mais le processus pour une commission parlementaire,
j'ai choisi celui-là, plutôt que de prendre la rue et de manifester, parce que
c'était à mon niveau, c'était plus simple. Puis, loin de Québec, c'est
difficile pour moi de me présenter là puis de me faire entendre. J'ai profité
du moment pour pouvoir le faire, en ayant les capacités, mais on doit avoir un
rôle à jouer, les citoyens l'ont déjà demandé, ce n'est pas juste mon point de
vue.
Puis je n'ai pas un système parfait, mais,
justement, à plusieurs reprises, on a demandé un système électoral qui
représentait mieux les diversités politiques... des droits d'initiative
populaire, des accès à des référendums, une constituante pour créer une
Constitution. Ça a été fait avec les États généraux, ça a été fait ailleurs, ça
a été...
Le Président (M. Bernard) :
...désolé, M. Guillemette, désolé, M. le député, le temps est maintenant
écoulé. Nous allons continuer avec... du côté de l'opposition officielle, vous
disposez d'une période de 6 min 45 s.
• (11 h 50) •
M. Morin : Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, M. Guillemette, merci d'être avec nous en commission
et merci pour le document que vous avez déposé. Au début de votre échange avec
M. le ministre, j'écoutais M. le ministre qui disait : Bien, justement, on
a des rapports, on ne les laisse pas sur les tablettes, on agit, en faisant
référence au rapport Proulx et Rousseau, mais, justement, dans le rapport
Proulx et Rousseau, une des recommandations, c'était à l'effet de créer un
comité transpartisan qui allait rencontrer l'ensemble des Québécois et des
Québécoises pour éventuellement revenir avec des... évidemment, des
propositions qui auraient fait probablement un plus large consensus. J'aimerais
avoir votre opinion là-dessus. Est-ce que vous pensez que ce serait une façon
plus efficace et qui diviserait moins la population, mais...
M. Morin : ...plus les gens.
M. Guillemette (Simon) : C'est
sûr que si vous demandez aux gens ce qu'ils désirent avoir au sein de leur
constitution, de leur contrat social face au gouvernement, ça va amener plus de
légitimité. Je pense que ça ne devrait pas être transpartisan. Malheureusement,
les partis politiques, vous avez vos petites chicanes internes entre vous
autres, puis c'est correct, ça fait
partie de la game. Mais ça a été mentionné
à quelques fois dans cette commission, que c'est de permettre au
gouvernement... c'est de mettre une limite au gouvernement et au pouvoir. Ça
fait que ça ne devrait pas être ceux qui font le pouvoir qui devraient être
juges et parties dans ce domaine-là.
Je pense qu'une constituante choisie au
hasard parmi les citoyens du Québec, un peu comme l'institution... l'Institut
du Nouveau Monde est venu vous présenter même... ici même, en commission parlementaire,
ils l'ont déjà fait, d'impliquer ces gens-là. Moi, je serais bien plus
intéressé non pas de garder votre droit de réserve, mais j'aimerais ça savoir
ce que le Parti libéral, ce que le Parti québécois, Québec solidaire voudraient
présenter comme constitution. Là, présentement, vous jouez le jeu avec la
Constitution qu'on a présentement, mais j'aimerais bien savoir ce qu'il devrait
être inclus dans vos parties, et peut-être que la vision serait différente.
M. Morin : Bien, en fait, la
vision est clairement différente, et, pour ce faire, je vous inviterai à aller
lire la motion que nos militants ont approuvée concernant une constitution du
Québec. Le Parti libéral n'est pas contre l'idée, mais, évidemment, il y a la
manière.
Pour revenir à votre mémoire, la
recommandation numéro 9, et ça, moi, je ne me souviens pas de l'avoir vu
avant aujourd'hui. Dans les exemples de droits pour promouvoir l'inclusion,
vous suggérez le droit à l'accès Internet. Alors, comment ça s'articulerait?
M. Guillemette (Simon) : Bien,
écoutez, je pense qu'on finance déjà beaucoup les compagnies de télécom à
travers la province pour qu'ils fassent du déploiement dans des régions un peu
plus éloignées. Certains députés doivent en faire une présentation, quasiment,
à leurs membres pour leur dire que : Moi, je n'ai pas d'accès Internet
haute vitesse. Et je trouve ça quand même spécial que... En 1960, on a fait la
nationalisation de l'hydroélectricité parce que c'était nécessaire à notre
développement économique puis à l'unification de la province, d'une certaine
façon. Bien, on est à l'ère du numérique, l'économie du savoir et des
communications, pourquoi s'empêtrer? Justement, ça pourrait être un très bon
droit que de dire : On se donne le droit d'avoir un accès Internet
valable, fonctionnel partout au Québec puis qu'on peut prendre en charge ce
pouvoir-là aussi, à la limite. Mais...
M. Morin : Et donc, si je
vous comprends bien, est-ce que c'est le gouvernement qui donnerait le service
à l'ensemble des citoyens ou qui faciliterait l'accès dans certaines régions?
J'essaie juste de voir comment, pratico-pratique, ça s'articulerait.
M. Guillemette (Simon) : Écoutez,
pratico-pratique, pour moi, j'irais vraiment avec Télécom Québec au même
titre
qu'on a Hydro-Québec. C'est sûr que ça va peut-être faire rechigner quelques
personnes, mais il faut encourager cette prise-là, il faut qu'on aille à un
accès. On paie, au Canada, des services Internet puis de télécommunications les
plus chers au monde. Mes parents, ils faisaient des voyages l'hiver au Mexique,
ça leur coûtait 5 $, l'équivalent de 5 $, puis ils avaient accès à
leur cellulaire partout aux États-Unis puis au Canada. Moi, ça m'en coûte
80 $, là, puis... comme, ça n'a pas de sens. Ça fait qu'on devrait pouvoir
promouvoir la communication, là.
M. Morin : Je vous remercie.
Autre élément dans votre mémoire, vous parlez... vous faites aussi une
référence à l'article 29 de la Constitution qui protège la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Je comprends
que vous souhaitez que ce soit enlevé. D'ailleurs, il y a un très grand nombre
de groupes, si ce n'est pas la très grande majorité, qui l'ont demandé. Vous
suggérez le droit à la santé. Si, à la place de vouloir protéger la liberté des
femmes d'avoir recours à une interruption de grossesse, l'État garantissait
l'accès à des soins de santé, parce qu'il y a plusieurs médecins qui nous ont
décrit que l'accès à l'interruption volontaire de grossesse, au fond, c'est un
soin de santé, est-ce que vous pensez que ce serait une avancée?
M. Guillemette (Simon) : Je
pense que oui, puis de... la santé, c'est beaucoup plus large que cette
question-là. Les gens qui sont venus vous parler pour les droits de services en
fin de vie, ça l'inclut aussi, c'est aussi un service de santé. Et puis je
pense que ça doit être... c'est encore au cœur de notre identité, oui.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup, M. Guillemette. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) :
Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition, et vous disposez d'une période de 2 min 15 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci beaucoup, M. Guillemette. Vous êtes...
M. Bouazzi : ...la preuve
qu'ouvrir les commissions à la sagesse des citoyens vient aussi nous ouvrir des
horizons et je vous en remercie. J'ai déjà été de votre côté à vous, du côté de
la société civile, et je sais ce que ça coûte comme... comme temps, comme
énergie et j'espère vraiment que ça ne sera pas vain. Vous avez fait référence
au fait que, dans notre système, l'équilibre de pouvoir est déjà assez... assez
faible, étant donné que l'exécutif et le législatif, une fois qu'on a une
majorité, est en fait la même chose. Et donc il ne reste plus que le législatif
pour tenir tête à des abus de pouvoir. Est-ce que vous pouvez me parler de,
justement, comment est-ce que vous voyez l'effervescence démocratique entre
deux élections d'un point de vue de la société civile?
M. Guillemette (Simon) :
Écoutez, comme... je vais... je vais répéter, je n'ai pas de solution miracle
et je ne voudrais pas parler pour l'ensemble des Québécois, mais c'est sûr que,
pour moi, des conseils citoyens qui pourraient donner non pas un mandat de
représentation, comme vous avez actuellement, mais... d'avoir un rôle à jouer
avec leurs députés pour qu'ils aillent exprimer. Je n'aime pas beaucoup
l'exemple, mais vous allez la comprendre, mais Gabriel Nadeau-Dubois, lors
des... des grèves étudiantes, il n'avait pas un mandat d'aller faire ce qu'il
voulait, il était... avec les assemblées étudiantes qui décidaient c'est quoi,
ses paroles. Ça pourrait être un rôle qu'on donne à notre député d'aller nous
représenter.
Ça pourrait être des initiatives
populaires, un droit de rappel, il y en a en Alberta. L'Alberta semble être
chère à notre gouvernement comme étant une source d'exemples. Bien, l'Alberta a
un droit de rappel, puis on peut décider de... de reti