Institutions — 22 January 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2014-01-22
Quebec — Committees
séparation de l'État et de la religion doit aussi se manifester dans les locaux
de décision publique au gouvernement, dans
les municipalités, les palais de justice. La présence de crucifix ou de statues
ostentatoires devrait être interdite. Les prières avant les réunions n'auront pas leur place. Il faudra respecter
la neutralité. Le crucifix à l'Assemblée nationale devrait être enlevé
et placé dans un endroit représentant le patrimoine religieux. Cela devrait
faire
partie de cette loi.
accommodements religieux seront balisés par le principe de l'égalité entre les
femmes et les hommes. Il faut également arrêter de se plier à des
exigences religieuses en matière d'alimentation. La certification halal ou
casher implique le versement d'une somme
perçue par les mosquées ou synagogues. Nous contribuons ainsi à subventionner
des religions sans le vouloir. C'est une pratique abusive à proscrire.
Le niqab et la
burqa, quant à eux, devraient être interdits sur tout le territoire québécois.
Ce ne sont pas des vêtements, ce sont
des prisons de tissus. C'est le déni de la femme. Aucun homme ne s'est abaissé
aussi bas. C'est une pratique
totalement inacceptable partout dans le monde entier. Comment voulez-vous
identifier quelqu'un, vous sentir en sécurité
ou communiquer? Aucune communication possible lorsque vous rencontrez ces
fantômes ambulants. Voir sans être
vu. Ces personnes sont sans visage, sans nom, sans identité. Nous ne savons pas
à qui nous avons affaire. C'est le refus de notre style de vie, c'est le refus catégorique de s'intégrer à notre
société. C'est le rejet de la société d'accueil. N'oublions surtout pas que des femmes dans le monde sont
obligées de les porter pour sauver leur propre vie. Si nous n'interdisons
pas cela ici, dans un pays libre, évolué et démocratique, c'est que nous
cautionnons ces dérapages contre les femmes.
Le voile est
un symbole de l'intégrisme. Les femmes voilées sont des alliées, des complices
des intégristes. La première action
des intégristes, c'est le voilement des femmes. On utilise les femmes et leurs
voiles pour promouvoir une idéologie sexiste et pour manifester une
présence musulmane. Cacher sa chevelure et son cou pour ne pas exciter les hommes est une coutume absolument en désaccord
avec une société égalitaire. De plus, le voile n'arrive pas seul, c'est un forfait comprenant la charia, la ségrégation des sexes,
la polygamie, les mariages arrangés, les mariages forcés, la répudiation, le crime d'honneur, les mutilations
génitales féminines, l'hyménoplastie, le certificat de virginité, l'avortement
sélectif des filles.
Ce projet de
loi ne réglera pas tout. Nous aurons du travail d'éducation auprès de ces
immigrants et immigrantes. Certaines lois et plusieurs organismes
devront s'ajuster à ces nouvelles données.
Quand on
quitte son pays, on doit s'adapter aux valeurs présentes dans le pays
d'adoption avant son arrivée. On ne doit pas transposer ici les retards
de notre pays d'origine en matière d'égalité entre les femmes et les hommes.
L'État n'a
pas à s'incliner devant les exigences personnelles de religieux intégristes.
Aucune concession pour le privilège
de travailler au service de l'État. Le personnel travaillant pour l'État ne
doit pas montrer seulement apparence de laïcité mais bien une réelle
laïcité. Si nous vivons dans un État laïque, nous devons le montrer partout.
Les écoles et les services de garde seront régis
par les principes de laïcité. Les signes ostentatoires religieux devraient être interdits dans tout le système
éducatif : les services de garde éducatifs à l'enfance privés et publics,
les écoles primaires et secondaires
privées et publiques, les cégeps et les universités, de la part du personnel,
et des élèves, et des étudiants et étudiantes. Les signes ostentatoires
religieux influencent et même imposent une vision du monde. Il faut protéger les enfants de ce prosélytisme. Le cours
d'éthique et de culture religieuse devrait être retiré des écoles. Un système
scolaire laïque ne présente aucune religion et laisse cette responsabilité aux
ministres des différentes religions.
Les subventions aux écoles religieuses devraient
être nulles. D'ailleurs, devraient-elles exister, ces écoles religieuses? Toutes
les écoles doivent suivre le programme du ministère de l'Éducation. Tout le
système scolaire doit affirmer les valeurs
québécoises de laïcité et d'égalité. Les privilèges accordés aux
enseignantes et enseignants musulmans concernant
les congés payés supplémentaires pour des fêtes religieuses devront être abolis.
Aucune démonstration d'appartenance
religieuse ne doit être tolérée dans les établissements scolaires. Les locaux de prière de toutes sortes n'ont
pas lieu d'exister.
Quant au
retrait, je suis totalement contre. Toutes les institutions de l'État doivent
être soumises à cette loi. Peut-être qu'une
année ou deux de transition seraient acceptables, c'est tout. Pour les
intégristes qui refuseront toujours d'enlever leurs voiles ou autres
signes ostentatoires religieux, ce n'est pas le nombre d'années qui les feront
changer d'idée.
On proclame
haut et fort l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est une valeur
inscrite dans les chartes. Très bien.
Mais, quand vient le temps de concrétiser cette valeur, plusieurs semblent
avoir des difficultés. C'est bien beau de le dire, mais il faut le vivre. Il y a l'égalité de droit mais aussi
l'égalité de fait. Devant les religions, plusieurs perdent leurs repères, leur sens critique disparaît tout à coup.
Disons-le : Toutes les religions sont misogynes. Nous avons le droit de
critiquer les religions, toutes les
religions. Nous ne devons pas donner préséance à la liberté de religion au
détriment de l'égalité entre les femmes et les hommes.
À tous ces
grands hommes et grandes femmes qui font passer des considérations telles
que «c'est son choix», «c'est sa religion» avant l'égalité entre les
hommes et les femmes, je veux vous dire ceci : Si ces coutumes et
traditions sont bonnes pour ces
femmes, c'est aussi bon pour toutes les femmes, en somme — pour moi aussi. Sinon, pourquoi? N'y
aurait-il pas là une inégalité?
Le Québec est un État en avance concernant
l'égalité entre les femmes et les hommes, voudrait-on régresser maintenant? Pour avoir milité durant toutes ces
années, je veux continuer à avancer, je
veux continuer à avancer avec toutes ces femmes qui ont quitté leurs
pays pour venir nous rejoindre.
La laïcité
permet de respecter la diversité : croyants et croyantes de toutes
religions, agnostiques et athées. L'État,
et ses institutions, est l'espace où toutes et tous se rencontrent. La laïcité
est un enjeu majeur pour l'avenir de notre société.
Nous ne voulons pas d'une régression mais d'une évolution. Bien sûr, tout ne
sera pas réglé avec cette loi, la laïcité est un cheminement qui se
continuera.
Au nom de la tolérance, nous ne devons pas
cautionner des pratiques contraires aux valeurs québécoises. Certaines pratiques sont contraires au progrès et à
l'égalité. Nous devons démontrer du respect envers notre société
et les valeurs sur lesquelles elles reposent. À quoi ressemblera notre société
dans 20 ans?
Le Président (M. Ferland) :
…à peu près 30 secondes, madame, pour conclure.
Mme Dionne (Carole) : Que léguerons-nous
à nos enfants et petits-enfants? Merci.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, Mme Dionne. Maintenant, nous allons à la période d'échange. Alors, M. le ministre, la parole est à vous.
Drainville : Merci, M.
le Président. Merci, Mme Dionne, pour
votre mémoire et votre présentation. D'abord,
je veux juste apporter quelques
petites précisions. Dans votre mémoire, à la page 5, vous faites référence au
retrait, vous dites : «Quant au
retrait, je suis totalement contre.» Vous avez constaté, j'en suis certain,
que le projet de loi n° 60 a remplacé
le retrait par une période de transition un
peu comme celle que vous suggérez. Donc, j'imagine que ça doit vous rassurer.
C'est un changement que nous avons fait
d'ailleurs après la consultation que nous avons menée sur Internet, là, sur le
site Nosvaleurs.qc.ca, là, 26 000 personnes qui sont venues se
prononcer. Donc, c'est un des changements qui a découlé, donc, de cette
consultation.
Par ailleurs,
j'étais très content de vous entendre dire, dans votre présentation, que la
laïcité permet de respecter toutes
les religions. Vous avez tout à fait raison. C'est exactement l'esprit qui nous
habite, c'est l'esprit qui nous motive. On souhaite effectivement, à travers ce principe de laïcité, à travers
cette neutralité religieuse de l'État, dire à tous nos concitoyens : Peu
importe le choix que tu fais, peu importe que tu décides d'avoir une religion
ou de ne pas en avoir, l'État doit te
respecter. Donc, c'est l'égalité, dans le fond, des citoyens que l'on assure
avec la laïcité et, à travers cette égalité des citoyens, c'est
également l'égalité des croyances et des non-croyances qu'on assure.
C'est ce qui
nous fait dire que le projet que nous proposons assure, ou protège, ou renforce
même la liberté de religion et la
liberté de conscience, parce qu'il dit justement : Peu importe le choix
que vous faites, chers citoyens, je vais vous respecter, et c'est au nom de ce respect-là, justement, que moi, comme État, je m'impose de ne pas
manifester quelque croyance
religieuse que ce soit pendant les heures de travail. C'est dans le
prolongement de ce principe de neutralité qu'on
dit que celui ou celle qui travaille au sein de l'État doit garder pour lui,
doit garder pour elle ses convictions religieuses pendant les heures de travail. C'est justement
parce qu'on dit : La personne qui fait affaire,
l'usager, le parent, l'enfant, peu
importe, le citoyen qui fait affaire à l'État, il ne souhaite pas
avoir un croyant ou une croyante qui lui donne un service. Il souhaite avoir quelqu'un de compétent qui
rend son service public et qui le fait dans la neutralité la plus complète
possible.
Donc, si je comprends bien, sur tout ça, on est
pas mal d'accord?
Mme Dionne (Carole) : Absolument.
Drainville : Bon. Maintenant, j'aimerais bien vous entendre sur un des
arguments qu'on entend souvent, et notamment de nos amis et collègues du Parti libéral, qui disent : La neutralité, elle doit s'incarner dans les institutions, mais elle ne doit pas s'incarner dans les personnes qui travaillent au
sein de l'État. Évidemment, c'est un point de vue qui nous démarque de leur position. Encore une
fois, je respecte la position de l'opposition libérale, mais je pense que
c'est une erreur que de dire que la
neutralité ne doit s'incarner que dans les institutions. Parce que, pour les
gens qui nous écoutent, pour le
citoyen, l'État, ce n'est pas un concept abstrait : l'État, c'est le
fonctionnaire, l'État, c'est l'enseignante, l'État, c'est l'éducatrice, l'État, c'est la policière, l'État, c'est le
juge, l'État, c'est l'infirmier, l'infirmière. C'est ça, l'État. Alors,
si on dit : L'État est neutre, bien, il faut que ça paraisse. C'est le
principe que je défends depuis le début.
Mais comment vous réagissez, vous, quand vous
entendez des personnes dire : Ah, non, non! On est pour la neutralité mais en autant que ça ne paraisse pas.
On est pour la neutralité, mais il faut garder ça au niveau des institutions.
Mme Dionne
(Carole) : C'est sûr que je ne
suis pas d'accord avec ça. Il faut que la neutralité soit incarnée dans les personnes. Si j'arrive dans un service où il y
a quelqu'un qui porte un turban, un autre, un voile, je vais avoir de la
misère à penser que c'est un État laïque.
C'est clair qu'il faut que ça soit incarné dans les personnes. Puis moi, je
vais même assez loin, je vais dans
les garderies publiques et privées et dans les écoles publiques et privées, et
je vais jusqu'à l'université, parce
que je... C'est clair qu'il faut que ça s'incarne à quelque part, sinon ce
n'est pas un État laïque. Et, comme j'ai été dans l'enseignement pendant
plusieurs années...
M. Drainville : Combien
d'années, madame?
Mme Dionne (Carole) : 37 ans et
demi.
M. Drainville : 37 ans
et demi?
Mme Dionne (Carole) : J'ai de
l'expérience dans le domaine.
M. Drainville : Vous avez
fait quoi pendant ces...
Mme Dionne (Carole) : Au primaire.
M. Drainville : Vous étiez
enseignante au primaire?
Mme Dionne (Carole) : Enseignante au
primaire.
M. Drainville : Dans quel
coin du Québec?
Mme Dionne (Carole) : À Charlesbourg,
pendant plusieurs années, mais j'ai enseigné ailleurs aussi.
Drainville : O.K.
Alors, ce n'est pas une question que je prévoyais vous poser, mais vous me
donnez l'occasion de le faire.
Dites-nous un peu pourquoi c'est important, en particulier, d'assurer la
neutralité religieuse des enseignants et
enseignantes par rapport à l'enfant. Pourquoi… Parce qu'encore une fois il y en
a qui disent : Ce n'est pas nécessaire, de faire ça. Ce n'est pas nécessaire, d'aller là. Ce n'est pas
nécessaire que l'enseignante soit, comment dire… qu'elle ne puisse pas afficher ses convictions religieuses.
Ça n'a pas d'impact ou ça a un impact tellement minime qu'on ne s'en
occupe pas. Comment vous réagissez quand vous entendez cet argument-là?
Mme Dionne
(Carole) : Je suis tout à fait en
désaccord avec cet argument-là. Je pense que, pour les enfants dans les écoles, les enseignantes et enseignants, on
est des modèles. Et vous ne verrez pas un homme, un enseignant arriver avec son voile, juste la femme. Et, pour moi,
c'est un outil d'asservissement des femmes, c'est un étendard de l'islam
politique, alors imaginez que je suis tout à fait contre le fait qu'on
ait des personnes voilées dans les écoles.
Pour
les enfants, comme les enseignantes et enseignants sont des modèles, ils vont
poser des questions à ce sujet-là. Même
moi, quand j'arrivais avec un nouveau vêtement, ils venaient me parler puis ils
me disaient s'ils aimaient ça ou s'ils
n'aimaient pas ça. Donc, quand ils vont voir arriver l'enseignante avec son
voile, ils vont poser des questions. Qu'est-ce qu'elle va leur répondre? Bien, elle va leur répondre : Bien, nous
autres, les femmes, dans notre religion, on doit porter ce voile-là, on doit cacher ses cheveux et son
cou. Elle va donner des explications. Les enfants vont trouver que c'est assez
spécial que... Il va voir sa mère à la
maison, peut-être, qui n'en a pas, de voile, qui est d'une autre religion. Il
arrive à l'école, il voit cette
personne-là avec son voile, il va commencer à poser des questions à sa mère aussi pour savoir pourquoi,
elle, elle ne porte pas ça. Il va
apprendre le sexisme avec ça, parce
que c'est juste les femmes qui
portent ce vêtement-là. Alors, il y a la ségrégation sexuelle qui
arrive.
Dans les
garderies où il y a des activités aussi avec les garçons et les filles, à un moment donné qui me dit que cette
enseignante-là qui accepte la ségrégation sexuelle dans sa vie ne fera pas la
même chose avec les enfants qui sont là, à la garderie, des activités pour les garçons, des activités
pour les filles, qu'il y ait une séparation entre les garçons et les filles? Et les enfants, s'ils voient leur
enseignante avec le voile, ou ça peut être un autre signe religieux, mais on
parle surtout du voile ici, ils vont
trouver que c'est normal à la longue de voir quelqu'un porter un voile, que
c'est acceptable, le sexisme, que
c'est acceptable, cette ségrégation-là, que c'est acceptable, le rôle inférieur
des femmes. Parce qu'on sait très
bien que, dans l'Islam, les femmes
sont un… même dans les mosquées, se retrouvent en arrière. Donc, on ne peut
pas dire que c'est l'égalité entre les
hommes et les femmes. Et il y en a d'autres aussi qui, dès qu'ils vont voir
arriver un homme, vont replacer le
voile. Alors, on voit la différence de relation qu'il y a quand il y a
un homme ou quand il y a une femme.
Puis il y en a même qui ne serrent pas la main des personnes.
Alors, c'est un peu spécial. Donc, les enfants qui sont jeunes, qui
n'ont pas le sens critique développé, il me semble qu'ils vont être mêlés à un
moment donné.
Drainville : Par
ailleurs, un autre argument qu'on
entend assez souvent, c'est de dire : La neutralité politique puis la neutralité religieuse, ce
n'est pas la même chose. C'est correct, c'est acceptable, la neutralité politique.
C'est acceptable donc d'interdire le port de signes politiques pour les
fonctionnaires, comme c'est prévu dans notre loi présentement, et on vit très
bien avec ça, hein, disent-ils, là.
Mais, ah, la neutralité religieuse, ça, non. Ça, ce n'est pas la même chose. La neutralité religieuse, là, dès
qu'il est question de liberté de religion, là on ne peut pas
l'aménager, on ne peut pas l'encadrer
de quelque façon que
ce soit. Et donc il ne peut pas y
avoir d'interdit en matière de neutralité religieuse. Mais par contre un
interdit en matière de neutralité politique, ah, ça, c'est acceptable.
Et, moi, mon
sentiment, c'est que, quand tu parles de neutralité politique,
tu parles de liberté d'expression. Puis je ne pense pas que la liberté
d'expression est moins importante que la liberté de religion. Et donc je dis à
ceux qui sont favorables à la neutralité politique,
y compris à l'interdiction de porter des signes politiques, je leur dis :
Bien, écoutez, si vous êtes d'accord
pour que la liberté d'expression puisse être aménagée pendant les heures de
travail, pour les fonctionnaires, de telle
façon à ce qu'ils soient tenus de garder pour eux, de garder pour elles leurs
convictions politiques, pourquoi ça ne devrait pas s'appliquer en termes de
neutralité religieuse également? Vous avez entendu cet argument-là, je
suis certain.
Mme Dionne (Carole) : Oui, j'ai entendu
M. Drainville : Qu'est-ce que
ça vous inspire comme réflexion, vous?
Mme Dionne
(Carole) : Bien, moi, je pense
que, si on veut un État laïque, c'est une limitation raisonnable de
permettre… de ne pas permettre d'avoir des signes religieux ou des signes politiques,
comme c'est déjà accepté, là…
M. Drainville : Pour le
travail.
Mme Dionne
(Carole) : …pendant les heures de
travail, c'est ça. C'est qu'on oublie que c'est seulement dans le cadre des heures de travail puis dans le
service à l'État. Ailleurs dans la
société, dans le public, ce sera permis. Je trouve que c'est une
limitation raisonnable.
Drainville : De façon
générale, comment vous trouvez le débat jusqu'à maintenant? Parce que, vous
l'avez dit, il y a des personnes qui
vous accompagnent, c'est des gens de votre coin, de Charlesbourg, des amis, des
collègues, des anciennes collègues ou…
Mme Dionne
(Carole) : Ce sont des amies et
d'anciens collègues. Et on fait
partie d'une même association de
retraités depuis qu'on est à notre retraite.
Drainville : Alors,
dites-nous un peu… Donc, si je comprends bien, vous parlez en votre nom
personnel, mais vous parlez aussi un
petit peu en leur nom. J'imagine que vous en avez discuté avec elles. Vous vous
êtes peut-être fait une couple de
réunions, une couple de rencontres autour d'un café, de quelques biscuits pour
voir un peu comment vous alliez construire votre mémoire. Est-ce que ce
que je me trompe ou…
Dionne (Carole) : Disons que ce mémoire-là…
D'abord, c'est sûr que mes amies et mes collègues
connaissent ma façon de penser, ce
n'est pas d'aujourd'hui que je milite. Et j'ai écrit mon mémoire seule
chez moi, et je leur ai envoyé une
copie, et j'ai demandé aux personnes qui étaient intéressées de m'appuyer — j'ai
une liste de personnes qui m'ont appuyée. Elles ne sont pas toutes présentes ici ce
matin, mais j'ai demandé à d'autres de venir m'appuyer si elles étaient d'accord
avec mon mémoire. Donc, celles qui sont ici sont sûrement d'accord avec mon
mémoire.
M. Drainville : Puis pourquoi c'était à ce point important
pour vous d'intervenir? Parce que vous auriez pu rester chez vous puis
garder pour vous tout ça, là, mais pourquoi… pourquoi…
Mme Dionne
(Carole) : Impossible!
M. Drainville :
Impossible?
Mme Dionne (Carole) : Impossible pour moi de rester chez moi et de laisser passer ce
débat-là, parce que, moi, ça
fait depuis les années 70-80 que je milite pour l'égalité hommes-femmes
dans des mouvements féministes. Et, pendant certaines années, j'ai délaissé parce
que, bon, j'ai eu un enfant, je
travaillais. Mais, quand le débat sur les accommodements raisonnables a recommencé, j'ai repris le bâton de la pèlerine
et j'ai décidé de m'impliquer. J'ai présenté un mémoire à la commission
Bouchard-Taylor. Je suis venue ici pour la loi n° 94 également. Et je continue. J'espère que c'est la dernière
fois, que ça va se passer, que ça va
aboutir, ce projet de loi là, c'est ce qu'on souhaite ardemment, et même qu'on
utilise la clause dérogatoire, s'il le faut.
Moi,
je suis fatiguée d'entendre des gens du Barreau et des gens des commissions de
la personne dire qu'on ne peut rien
faire. Je pense que, les élus, on a voté pour ces personnes-là, elles sont
supposées nous représenter, et elles ont le pouvoir d'abroger, d'amender les lois, les retirer, s'il le faut, faire
des ajouts. Moi, le gouvernement des juges, je suis fatiguée de ça, le
cas par cas, je suis fatiguée de ça, et je veux qu'on aille au-delà du droit.
Cette loi-là, je trouve que c'est une loi
majeure, puis on doit arrêter de tergiverser puis la faire voter le plus tôt
possible. Puis j'espère qu'elle soit adoptée. Et j'espère que les autres
partis politiques également arrêtent de faire du, comment je dirais… qu'on
prenne ce qui est là, qu'on ajoute ou
qu'on… Mais il y a des choses très importantes sur lesquelles on peut
s'entendre, ça, c'est clair, qu'on soit de n'importe quel parti.
M. Drainville :
Bon. Vous parlez des juges, vous m'avez entendu dire qu'ils ont un rôle
absolument essentiel et primordial
dans toute démocratie. Mais c'est bien clair que les lois, dans une démocratie,
sont votées par les députés, par les
représentants de la population. Et je pense que c'est important — vous me donnez l'occasion de le
redire : La Charte des droits et
libertés du Québec, on la change dans le projet de loi, on modifie la Charte
des droits et libertés pour justement affirmer
les grands principes de neutralité, de laïcité qui n'y apparaissent pas
actuellement. Ça, c'est incroyable, ça : ça n'apparaît nulle part dans les textes législatifs actuellement que
l'État québécois est un État laïque. Alors, ça, on l'inscrit dans la Charte des droits et libertés. On inscrit
dans la charte les fameuses balises également qui vont servir de fondement
juridique pour la suite des choses.
Donc,
le texte de la charte, si le projet de loi est adopté, on l'aura modifié, et
donc on se sera donné les fondements juridiques,
on aura changé la règle de droit justement pour nous permettre de faire ce
qu'on veut faire notamment en matière d'accommodement, notamment en
matière d'égalité entre les femmes et les hommes.
Avez-vous vu les
commentaires de M. Pelletier, Benoît Pelletier, l'ancien ministre libéral, qui
dit : «Ceux qui adoptent à l'égard de
la charte des valeurs une approche strictement légaliste commettent une erreur.
[...]ils s'en remettent d'une façon
un peu trop fataliste et volontaire à des juges», etc. C'est un point de vue,
dans le fond, que vous partagez, vous trouvez que l'approche strictement
légaliste, ce n'est pas une approche qui est suffisante.
Mme Dionne (Carole) : Non. Je pense qu'il
faut ajuster les instruments
juridiques à la réalité d'aujourd'hui. Et je veux
être gouvernée par des représentants de la population, pas des juges. Les parlementaires font les lois, les juges les appliquent.
Donc, le peuple choisit ses lois, et les juges suivent. C'est pour ça que le
Barreau, il évalue selon les lois qui sont présentement. Mais, si on les
change, il va falloir qu'ils changent leurs points de vue.
M. Drainville : J'aimerais terminer sur la question
du crucifix. Si je vous comprends bien, vous proposez de le déplacer du salon bleu, là où sont votées les
lois, à un autre endroit du parlement. Nous, on est prêts à y aller, on est
prêts à s'asseoir avec les autres partis. Une fois que la charte aura
été votée, on est prêts à s'asseoir avec les autres partis et à discuter de cette possibilité donc de le
déplacer, on est prêts à aller de l'avant avec ça. Mais, pour le moment, on
semble être les seuls. Il y a Québec
solidaire aussi, je pense, qui serait favorable à ça. Mais, ce que je comprends, le Parti libéral, hier, a été très clair, il ne souhaite pas déplacer
le crucifix. Et, la CAQ, je ne le sais pas trop, je pense qu'ils sont probablement
ouverts à une discussion là-dessus. Je pense que c'est…
M. Drainville :
Bien, ce sera l'occasion, Mme la députée de Montarville, de nous réitérer votre
position à ce moment-là. Je suis désolé, je ne veux surtout pas, comment
dire, mal véhiculer votre position. Alors, vous pourrez apporter les
précisions tout à l'heure.
Alors, là-dessus,
pourquoi vous souhaitez qu'il soit déplacé, justement?
Mme Dionne (Carole) : Encore là, si on est un État laïque, ce serait assez spécial d'avoir un
crucifix, qui d'ailleurs n'est
pas là depuis le début, hein, c'est seulement depuis le temps de Duplessis. Et
sa signification, c'était de montrer l'accord entre le religieux et le
politique. Alors, ça n'a plus sa place là, c'est clair.
Mais je trouve qu'on demande encore
aux Québécois, aux catholiques en fait, de faire encore un
effort d'accepter que le crucifix
soit enlevé de l'Assemblée nationale. Je
pense que les autres religions ont
aussi un pas à faire pour enlever des signes religieux.
M. Drainville :
Juste une toute dernière question. Les gens qui vous accompagnent…
Le Président (M.
Ferland) : Il vous reste à peu près 20 secondes, M. le
ministre.
M. Drainville : Oui. Les gens qui vous accompagnent, est-ce qu'il y a, parmi elles, des enseignantes, des anciennes enseignantes?
Mme Dionne
(Carole) : Oui. La plupart.
M. Drainville :
O.K. Je vois que vous êtes… O.K. Exactement. Alors, je trouve ça intéressant.
Mais merci beaucoup, Mme Dionne. On sent que vous êtes une femme de caractère.
Disons que, hein, on a senti ça. Merci, là.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le
ministre. Alors, maintenant
nous allons aller du côté de l'opposition
officielle, et je reconnais la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Weil :
Bonjour, Mme Dionne. Merci d'avoir pris le temps de participer à cette commission.
On entend beaucoup de points de vue, et c'est toujours intéressant d'entendre
les points de vue et les préoccupations surtout des citoyens et citoyennes. Je
mettrais l'accent sur les citoyennes québécoises.
Premièrement, quand vous parlez du voile à la page 5, le voile, est-ce que
vous parlez du voile simple sur la tête? Je pense que tout le monde s'entend que, la burqa, le niqab, le tchador, tout le monde est très préoccupé par ça. Mais est-ce que vous parlez du voile simple sur la tête?
Mme Dionne
(Carole) : Le hidjab.
Mme Dionne
(Carole) : Oui.
Weil : D'accord.
Bon. Alors, vous dites : «Les femmes voilées sont des alliées, des
complices des intégristes.» Vous dites de plus que «le voile n'arrive
pas seul. C'est un forfait comprenant la charia, la ségrégation des sexes, la polygamie, les mariages arrangés, les mariages
forcés, la répudiation», et j'en passe. Est-ce que vous avez des amies
ou des collègues qui portent le voile
qui vous fait dire ça, ou des cas particuliers sur le terrain qui vous fait
dire que ces femmes qui portent le voile sont des alliées, des complices
des intégristes?
Mme Dionne (Carole) : La première chose que les intégristes font, c'est le voilement des
femmes. Même si la jeune fille de
20 ans… Parce que j'en vois, des jeunes filles de 20 ans qui
ont un voile, le hidjab, elles ne sont peut-être
pas conscientes de ce symbole sexiste.
Weil : Ne pensez-vous
pas que c'est vraiment un gros manque de nuances que de dire que ces femmes,
par choix de conviction... Parce que
j'ai eu beaucoup de conversations avec des femmes qui portent le
voile, et il y en a qui viennent
ici nous le dire : C'est une conviction personnelle. Vous ne pensez pas
que ça manque de nuance de dire que c'est des complices de l'intégrisme
et des intégristes?
Mme Dionne (Carole) : Si vous allez... Si vous regardez la télévision, si vous avez pris
certaines émissions, si vous allez
sur le Web, regardez… je ne nommerai pas personne ici, là, mais
des filles jeunes qui portent le voile, le hidjab, et qui se retrouvent dans des mouvements
intégristes. Elles ne le disent pas, mais, quand tu vas fouiller un peu dans
les informations, tu le retrouves. Il y en a même qui se retrouvent dans
des regroupements qui ont milité pour la charia. Alors, c'est assez spécial.
Weil : Ma prochaine question : Comment est-ce que d'interdire de
9 heures à 5 heures le port de ce signe règle les problèmes qui vous préoccupent? Quelles
sont les actions concrètes que le projet de loi n° 60 propose pour contrer
exactement tout ce que vous dites, donc la
charia, les mariages arrangés, la polygamie, la répudiation, etc.? Donnez-moi
un exemple dans le projet de loi n° 60,
part l'interdiction de 9 heures à 5 heures, en quoi ça règle les
problèmes qui vous préoccupent?
Mme Dionne (Carole) : Je l'ai dit dans mon mémoire, c'est que ça ne règle pas tout. C'est un
départ, c'est une base pour dire que
notre société, désormais, sera laïque, et dans ses institutions. C'est une
limitation qu'on demande. Le voile ne
sera pas interdit ailleurs. Et ça ne réglera pas tout. C'est un début, et il va
falloir s'y mettre pour régler un paquet de choses, que j'ai nommées
dans mon mémoire.
pense qu'on oublie la famille Shafia, on n'en parle pas. Et ce n'était pas
arrivé ailleurs, dans le monde entier, loin de nous, c'est arrivé ici, au
Québec. Et je suis sûre et certaine que, si on était au courant de tout ce qui
se passe, on serait très surprises.
Mme Weil :
Alors, vous êtes consciente qu'il n'y a pas un membre de cette famille qui
portait le voile? C'est pour ça que
je vous dis : Des mesures structurantes, je suis tout à fait, tout à fait
d'accord — d'ailleurs,
on a annoncé des mesures hier,
nous — tout à
fait d'accord. Et le Conseil du statut de la femme a écrit un excellent rapport
sur cette question — si
vous avez l'occasion de le lire, c'est vraiment très bon — propose
des mesures très concrètes. Mais vous voyez le problème? C'est que, souvent, c'est invisible, ce n'est pas
nécessairement... En tout cas, je vous pose la question : Est-ce
que vous êtes consciente que personne dans la famille Shafia ne portait le
voile?
Mme Dionne
(Carole) : Sauf qu'on voulait les
faire vivre d'une façon de leur pays d'origine. Et elles s'étaient rebiffées contre ça. C'étaient des jeunes qui
voulaient vivre comme les Québécoises, parce qu'elles étaient au Québec.
C'est sûr que le projet de loi n° 60 ne
règle pas tout. Il va falloir... Je ne sais pas s'il faudrait peut-être former
un comité qui va suivre l'évolution de tout ça, mais je pense qu'il va
falloir y avoir des actions de prises.
Puis moi, je voudrais vous dire, ici, que le
Parti libéral ne va pas très loin dans ses refus d'avoir des signes ostentatoires. Et il y a une chose qui me chagrine
énormément, même si je n'ai pas d'atomes crochus avec le Parti libéral, je suis très déçue de voir que Mme Fatima
Houda-Pepin, qui était une Marocaine d'origine et qui avait sûrement des bonnes
idées pour faire avancer le dossier, maintenant n'est plus là.
Mme Weil : Vous me permettez
de répondre? Il reste combien de minutes?
Le Président (M. Ferland) :
Oui, il n'y a aucun problème.
Mme Weil :
Évidemment, c'est pour ça... Hier, on a travaillé avec Mme Houda-Pepin, qu'on
respecte beaucoup. On a travaillé en
collégialité pour justement identifier de vraies mesures, vraies mesures. On
s'est beaucoup inspirés, je vous le dis, du rapport du Conseil du statut
de la femme.
Il y a
beaucoup d'experts au Québec en la matière. Vos préoccupations exactes, c'est
d'aller sur le terrain. Donc,
seriez-vous d'accord qu'on fasse un peu l'état des lieux, qu'il y ait vraiment
un groupe de travail qui fasse l'état des
lieux? Parce que, je vous le dis, pensez
qu'une interdiction va nous amener à la racine du problème
que vous soulignez... La famille Shafia, c'est l'exemple vraiment
parfait. Alors, pensez-vous que ça prendrait, donc, des recherches sur ces questions
identifiées, qu'on ne voit pas du
tout dans le projet de loi n° 60, hein, en passant? Il n'y
a pas cette notion de
neutralité religieuse.
D'ailleurs,
les experts et le Conseil du statut
de la femme disent : Attention!
C'est culturel, c'est culturel, et que ceux
qui confondent les deux, ils ne vont pas vraiment s'attaquer aux vrais problèmes
qui préoccupent, et je le comprends, toutes
les femmes, je pense tous les Québécois, pas juste les femmes. Les hommes et les femmes
sont préoccupés par ce que vous
dites, tout le monde. Il y a unanimité
là-dessus. Et on veut s'assurer qu'on soit capables… Là, je vous entends
tout à fait, hein, je vous entends. Alors, je pense qu'il y a un consensus sur
ces éléments-là, d'aller vraiment contrer l'intégrisme.
Mais, en passant, c'est une question fort
complexe, donc je vous demande une question bien simple : Est-ce qu'il y
aurait lieu de faire l'état des lieux?
Mme Dionne
(Carole) : Je n'ai rien
contre ça, sauf que ça n'empêche pas de passer… d'accepter la loi… le projet
de loi n° 60 qui va instaurer la
laïcité et la neutralité de l'État. On fait ça, qui est la base, et après,
comme je l'ai dit dans mon mémoire,
ce n'est pas fini, ça continue, on n'arrête pas là. Alors là, à ce moment-là,
ça serait très important d'avoir une situation d'ensemble de ce qui se
passe sur les différents sujets.
Président (M. Ferland) : Maintenant, je reconnais la députée de
Bourassa-Sauvé. Il reste un 7 min 30 s, à peu près. Vous
avez amplement de temps, Mme la députée.
Mme de Santis :
J'ai seulement une question, merci, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y.
Mme de Santis :
Bonjour, Mme Dionne.
Mme Dionne (Carole) : Bonjour.
Mme de Santis :
Merci d'être venue, d'avoir préparé… et être ici pour présenter votre mémoire.
C'est toujours très important d'avoir l'expression de tous les citoyens
du Québec.
Moi,
j'aimerais référer à ce que le ministre des Relations internationales, de la
Francophonie et du Commerce extérieur
a écrit en 2007 dans son livre Nous : «Le voile, franchement, je
m'y suis habitué, et ce qu'on met sur la tête ne devrait pas soulever l'ire nationale. On a plus urgent.» J'aimerais
rappeler que ça a été dit par des ministres aujourd'hui au gouvernement.
Mais,
moi, ce que je veux poser comme question est la suivante. La plupart de votre
argumentaire est fait sur la base de
l'égalité hommes-femmes. Je suis tout à fait d'accord avec cela, pour moi c'est
très, très important qu'on respecte l'égalité
hommes-femmes, mais je vous pose la question suivante : Moi, je suis
chrétienne, catholique et mon mari aussi, on s'est mariés à Saint-Viateur, à Outremont, et, si moi, je porte une
croix, et lui, il porte une croix, où est l'argumentaire? Et donc est-ce que cette croix indique que je ne
suis pas égale à mon mari ou que lui n'est pas égal à sa femme? Parce
que votre argumentaire est basé là-dessus. Alors, est-ce que vous pouvez
répondre à ma question?
Mme Dionne
(Carole) : Bien, vous venez
de le dire vous-même que votre mari peut porter la croix et vous
aussi, tandis que, le voile, c'est seulement la femme qui le porte.
Mme de Santis : Mais la charte des valeurs ou ce projet de loi propose que ni lui ni moi ne pouvons porter la croix.
Mme Dionne
(Carole) : Seulement
quand vous êtes dans la
section de l'État. En dehors, vous pouvez porter tous les
signes que vous voulez, sauf peut-être la burka puis le niqab.
Et je
voudrais rajouter quelque chose, parce
qu'on dit qu'il y a des femmes… J'ai entendu ça comme argument :
Les femmes vont perdre leur travail si on leur demande… on les oblige à enlever
leurs voiles à leur travail, si elles travaillent
pour l'État. J'ai réfléchi à ça et je me suis posé la question. D'abord, une
femme qui porte un voile dans un service de l'État, qu'on lui demande de
l'enlever, si elle préfère se soumettre au dogme religieux… Et ça, soit dit en passant, le voile, selon plusieurs, n'est pas un
symbole religieux et n'est pas obligatoire
tout le temps. Bien, si elle refuse de
l'enlever, c'est qu'elle s'autoexclut elle-même. Parce
que, si on fait des règles, tu dois
les respecter, les règles. Quand j'enseignais,
moi, je ne pouvais pas m'habiller comme je voulais quand je venais à l'école,
il fallait que j'aie un minimum de
vêtements, je ne pouvais pas arriver en costume de bain à l'école. Je trouve
que, dans certains cas, il y a un entêtement. C'est une conviction radicale, je trouve que c'est du fanatisme. Jamais
je ne croirai qu'on ne peut pas enlever un voile pour aller travailler.
Mme de Santis : Est-ce qu'enlever la croix d'une bonne soeur qui
travaille dans les hôpitaux, ça, ce serait acceptable ou pas, d'après vous? Parce qu'il y a encore des religieuses qui sont dans les hôpitaux, et je
crois que ces soeurs, ces religieuses
tiennent à leurs croix, un bon nombre d'elles. Donc, on leur demande d'enlever
la croix ou de travailler. Mais je respecte votre point de vue.
Mme Dionne
(Carole) : Je pense
que c'est la même chose pour tous les signes religieux, que ce soit la
croix ou…
Mme de Santis :
La soeur ne devrait pas porter sa croix. O.K.
Mme Dionne
(Carole) : De toute façon, des religieuses qui travaillent, il n'y en a pas énormément,
là, puis il y en aura de moins en moins.
Mme de Santis : Merci
beaucoup.
Président (M. Ferland) : Merci. D'autres… Il n'y a pas d'autre intervention du côté…
Alors, maintenant, je me dirige vers le deuxième groupe.
Alors, Mme la députée de Montarville, la parole est à vous.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme Dionne. Merci. Merci pour votre mémoire, que j'ai lu. Je vous ai écoutée et je vous
ai entendue, alors on se comprend. Et d'ailleurs je voudrais saluer les
gens qui sont avec vous.
D'entrée de
jeu, lorsqu'on a commencé cette commission parlementaire, on a notre position à
la Coalition avenir Québec, mais on a
spécifié qu'on était ici pour apprendre et pour entendre les gens. Alors,
j'aimerais vous dire… On parlait tout
à l'heure du crucifix, il s'est dit beaucoup de choses — je disais en boutade au ministre qu'il avait
manqué un bon point de presse — je vais vous préciser notre position.
D'ailleurs, c'est paru dans un
article du Journal de Québec il y a
quelques semaines, malheureusement je n'ai
pas la date de la parution, je pourrais vous la trouver, si vous la voulez.
Mais, dans l'article, on me cite, et
nationale qui tranchera. Cependant,
chaque parti a des représentants à ce bureau. Et, nous, ce que nous avons dit,
c'est… initialement, nous disions que
le crucifix devait rester dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, puisque,
pour nous, c'est un signe de notre
patrimoine culturel, historique et religieux. Cela dit, nous avons dit que nous
sommes ici pour entendre les gens. Si
la majorité des Québécoises, des Québécois nous dit : Mettons-le ailleurs,
pour nous, c'est important, alors moi, je dis tout simplement : Bien, écoutez, si les gens veulent qu'on le
déplace, on le déplacera. Alors, vous voyez que ce n'est pas une question de vie ou de mort pour nous, et on
est là pour entendre les gens. Alors, je veux que ce soit bien clair et bien
précis.
Et, à cet
égard-là, rappelez-vous, il y a quelques mois — parce qu'on parle de la charte depuis le
mois d'août, alors août, septembre,
octobre, novembre, décembre, janvier — au tout début, il y avait d'ailleurs des
sondages à l'effet que les Québécoises, les Québécois, préféraient
qu'ils demeurent là. Et même M. le ministre, à cette époque, le Parti québécois avaient d'ailleurs cette position de le
garder là. Alors, vous voyez que ça évolue. C'est un discours, puis on écoute la population, les gens. Et je tiens à le
spécifier : On est ici pour vous entendre, pas juste écouter pour écouter,
mais entendre.
Cela dit, donc, j'ai lu votre mémoire,
je comprends ce que vous dites. Lorsqu'on parle des signes religieux, vous êtes
pour l'interdiction de tout signe religieux à la grandeur de l'appareil de
l'État, je vous comprends bien, et même plus, mais, pour les besoins de la cause,
c'est le projet de loi qui parle, ici, de l'appareil gouvernemental. Vous savez
que M. le ministre nous parle de signes religieux ostentatoires, non
ostentatoires, qu'il permettra certains signes mais non d'autres à partir du moment où ils sont ostentatoires. Moi, j'aimerais
entendre votre position là-dessus. Puis, la nôtre, bien, je vais la réitérer, dans la mesure où on
dit : Bien, M. le ministre, vous vous compliquez un petit peu la vie, peut-être
les interdire, point, ce serait plus simple. Qu'est-ce que vous en
pensez?
Mme Dionne (Carole) : Disons que, pour ce point-là, je pense comme vous. Je ne vois pas
pourquoi qu'on pourrait porter un
petit signe ou un plus gros, il n'y
en a pas, de signe ostentatoire, il n'y en a pas! Jamais je ne croirai que, pendant les heures de travail, on n'est
pas capable de mettre… à moins que tu le places sous tes vêtements, ça, on ne
le verra pas. Mais moi, je ne veux pas en voir, de signe.
Mme Roy
(Montarville) :
Voilà. Bien, on dit la même chose, on s'entend là-dessus.
Mme Dionne
(Carole) : Oui.
(Montarville) : Il ne faut pas les voir. Cela dit, dans l'application… Parce que,
le projet de loi, ce qu'il prévoit, effectivement, c'est : signes ostentatoires, non
ostentatoires. Donc, à partir de ce moment-là, on va édicter les règlements,
qu'on ne connaît pas encore, qui définiront à partir de combien de centimètres
une croix est trop grande, trop petite. Bon. Dans l'application, parce
que c'est ça que le ministre veut faire pour le moment — moi,
je veux qu'il se simplifie la vie, mais on
verra s'il l'entend, lui aussi — dans
l'application, vous qui avez été dans le domaine de l'éducation toute votre vie, si c'est la
position du ministre, si le ministre ne bouge pas à cet égard-là, comment ça va
s'articuler? Vous qui avez vécu dans les
écoles, comment ça va marcher? Comment les gens vont se mettre à
définir ou à appliquer ce qui est
ostentatoire ou non ostentatoire? Comment anticiperiez-vous l'application de
ces qualificatifs-là dans vos écoles?
Mme Dionne (Carole) : Je pense que le plus simple, c'est de ne pas… de ne permettre aucun
signe ostentatoire. Ce n'est pas la grosseur qui est importante, là.
Mme Roy
(Montarville) :
Autrement…
Mme Dionne
(Carole) : Sinon, ça devient compliqué.
Mme Roy
(Montarville) :
Ça devient compliqué, hein?
Le Président (M.
Ferland) : Sur ce, le temps étant écoulé, Mme la députée de
Montarville…
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, madame. Merci.
Président (M. Ferland) : …je vais reconnaître maintenant le député
de Blainville pour à peu près
le même temps que la députée de Montarville. Allez-y, M. le député.
M. Ratthé : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Dionne. Écoutez,
d'entrée de jeu, parce
qu'à
titre de député indépendant,
souvent, on ne fait pas vraiment de conférence de presse, on n'est pas très
entendu, notre vote peut sembler peser
peu dans la balance, mais des fois il peut être important, alors je vais
indiquer au ministre, puis je pense que je ne l'ai jamais fait, que moi, je serais d'accord à ce qu'on retire le
crucifix du salon bleu et qu'on le place ailleurs, avec tout le, j'allais dire, respect patrimonial qu'on lui doit,
l'historique. Alors, je suis assez confortable avec ça, même très d'accord.
Je vous dirais même que je suis également
d'accord à ce que les élus ne portent pas aucun signe. Je sais que vous ne le
mentionnez pas, mais je pense comprendre que
ce serait pour vous, là, inacceptable que des élus portent aussi des signes
ostentatoires. Je pense qu'il faut donner l'exemple.
Mme Dionne (Carole) : Exactement. Je trouve que ça serait incongru de voir à l'Assemblée
nationale, dans un État laïque, des
personnes qui portent des signes ostentatoires, à l'Assemblée nationale. Ça
serait assez spécial. Inacceptable même, que je dis.
Ratthé : Je vais aborder un petit thème avec vous, qui est peu
souvent soulevé — puis je
n'ai pas beaucoup de temps — mais ça revient souvent. Plusieurs personnes
nous ont dit soit qu'on devrait revoir le cours d'éthique et de culture religieuse, soit qu'on devrait le
transformer peut-être plus en étude des religions. Vous, vous dites : On
l'abolit carrément. Et on le voit souvent dans les mémoires, mais on en
a peu parlé en commission parlementaire, j'aimerais peut-être que vous
élaboriez un petit peu davantage. Est-ce que vous parlez d'une disparition
complète? Il y en a qui nous disent :
Ça devrait être au secondaire puis ça devrait être transformé. Et d'autres, ils
disent : C'est le deuxième cycle. Je voudrais vous entendre
là-dessus.
Mme Dionne
(Carole) : Bien, moi, ce que je
dis, c'est que, si on est dans un État laïque, dans une école laïque, on ne parle pas de religion. On laisse ça aux
ministres de culte dans les églises, les synagogues, les mosquées. On avait, autrefois, quand moi, j'enseignais, un cours d'éducation
morale. Moi, j'étais une enseignante exemptée d'enseignement religieux. J'enseignais l'éducation morale, dans
une
partie de ma tâche. Et c'était un excellent cours. Alors, à un moment
donné, on a tout mis dehors, puis on a
rentré le cours d'éducation et de culture religieuse où, au lieu de parler
seulement de la religion catholique,
on s'est mis à parler de toutes les religions. Alors, pour moi, ce n'est pas
une déconfessionnalisation des écoles, on a encore des religions dans
les écoles.
Puis je
parlais à une de mes amies qui a des jeunes enfants qui vont encore à l'école,
et elle me dit : Ils entendent encore
parler de Jésus puis de tout ça. Elle me parlait, puis je l'écoutais, je me
disais : Mon Dieu! C'est encore l'enseignement religieux, ça.
Alors, moi,
de mon côté, on enlève complètement. On entre, par exemple, un cours d'éthique.
Ça, c'est important, un cours
d'éthique. C'était ça qu'on avait dans notre cours d'éducation morale qu'on a
mis aux rebus et qui était un excellent cours.
M. Ratthé :
Vous êtes claire sur votre position en ce qui concerne les professeurs. Vous
allez plus loin, vous dites : Les
élèves, même, ne devraient pas porter de signe. Est-ce qu'il n'y a pas, là, un
réel… À partir du moment où ce sont, par
exemple, des universitaires, des gens au collégial, est-ce que, là, on ne vient
pas brimer le droit de la personne? Parce qu'ils ne travaillent pas pour l'État. Là, on va beaucoup plus loin, là.
Vous nous dites : Les élèves ne devraient pas. Est-ce qu'on ne va pas soulever justement le point de vue
de dire : Bien, un instant, là! Je suis libre, moi, comme citoyenne,
citoyen, de porter ce que je veux?
Mme Dionne (Carole) : Bien, c'est parce
que, quand tu vas au cégep ou que tu vas à l'université, c'est des institutions qui sont subventionnées par l'État.
Donc, je me dis : Quand tu vas dans une institution de l'État, tu ne
portes pas de signe religieux. C'était ça, ma position, que ce soit à
l'université ou au cégep, la même chose.
M. Ratthé : Rapidement, en
terminant, j'imagine, M. le Président…
Le Président (M. Ferland) :
10 secondes, à peu près.
M. Ratthé : 10 secondes.
Vous dites : Ce n'est pas grave sur les heures de travail, là, c'est
facile de faire ce compromis-là. Mais il y a deux vêtements que vous
dites : Ça, on ne devrait pas en voir du tout.
Mme Dionne (Carole) : Exact.
M. Ratthé :
Donc, vous allez jusque-là en disant : Sur tout le territoire du Québec,
là, que ce soit le hidjab ou le niqab, là, et la burqa, ça ne devrait
pas être porté.
Mme Dionne (Carole) : C'est une honte
mondiale! C'est incroyable.
M. Ratthé : Merci, Mme
Dionne.
Président (M. Ferland) : Alors, sur ce, je vous remercie beaucoup, Mme Dionne, ainsi
que les gens qui vous accompagnaient également.
Alors, sur
ce, je vais suspendre quelques instants afin de permettre aux représentants du groupe les Syndicalistes et progressistes pour un Québec
libre de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 25)
Président (M. Ferland) : Alors, la commission va reprendre ses travaux. Maintenant,
nous allons recevoir les
représentants du groupe les Syndicalistes et progressistes pour un Québec
libre, en vous demandant de vous présenter, ainsi que les personnes qui
vous accompagnent, tout en vous rappelant que vous disposez de 10 minutes
pour votre présentation, suivie de l'échange avec les parlementaires. Alors, la
parole est à vous.
Laviolette (Marc) : Merci, M. le Président. Je me présente, je suis Marc Laviolette. Je suis
le président du club politique
SPQ libre. Je suis accompagné, à ma gauche, donc à votre droite, par Pierre
Dubuc, qui est le secrétaire du conseil d'administration, et par Louise
Mailloux, qui est membre du conseil d'administration aussi du SPQ libre.
Brièvement,
le SPQ libre, c'est un club politique, et on est environ 400 membres, qui regroupe
des syndicalistes et des
progressistes souverainistes, sociodémocrates. On est indépendants des partis politiques
et des organisations syndicales aussi. Et notre but, c'est de
favoriser l'implication des progressistes et des syndicalistes dans la politique
active. Nos 400 membres militent au Parti québécois. Ça fait que c'est
comme ça qu'on se définit, comme groupe politique.
je vais passer la parole à Louise Mailloux, qui va faire l'exposé de notre
mémoire, puis je vais conclure. Elle va me laisser un peu de temps à la
fin de sa présentation.
Le Président (M. Ferland) :
Mme Mailloux, la parole est à vous.
Mme Mailloux (Louise) : Merci, M. le
Président. M. le ministre, Mmes, MM. les députés, bonjour.
Alors, le SPQ libre accueille favorablement le
projet de loi n° 60 qui traduit une volonté politique de rétablir l'autorité du gouvernement en matière de
laïcité au Québec, une autorité que l'on avait abandonnée jusqu'à maintenant aux mains des juges et des
tribunaux.
Depuis plusieurs années, des ajustements
concertés pour des motifs religieux se font dans nos institutions publiques. C'était d'ailleurs le souhait le plus
cher exprimé dans le rapport Bouchard-Taylor, que les demandes à caractère
religieux n'empruntent pas la voie juridique
mais bien plutôt celle de la conciliation, c'est-à-dire du règlement au
cas par cas, balisé par les chartes,
des ajustements réalisés sur place, dans les milieux de travail, loin des
médias, par des gestionnaires à qui
on a pris soin de donner une formation préalable les disposant favorablement aux
accommodements religieux. C'est ce que l'on a appelé la formation à
l'interculturalisme, véritable cheval de Troie pour une offensive antilaïque.
Il n'est pas anodin que, dans la version abrégée
du rapport Bouchard-Taylor, sur les cinq recommandations prioritaires, trois d'entre elles se rapportent à
l'interculturalisme et recommandent une formation à celle-ci, c'est-à-dire à la primauté des chartes, pour les gestionnaires, les agents de l'État
et les intervenants dans la sphère citoyenne. Fait à souligner, Bouchard-Taylor accorde une importance
capitale à la formation du personnel des écoles en raison de leur rôle
de socialisation.
Par ce projet de loi, le gouvernement se réapproprie son autorité politique
que le Parti libéral avait abandonnée au
pouvoir juridique, tout en obligeant les gestionnaires des institutions publiques et leurs employés à respecter des règles claires
concernant la présence du religieux dans l'espace civique.
C'est un pas
immense qui tourne le dos à Bouchard-Taylor, à sa laïcité ouverte et à son
approche multiculturaliste. Ce projet de loi représente une avancée significative vers une laïcité républicaine
respectueuse de ce qui nous unit en tant que citoyens du Québec, une laïcité soucieuse d'offrir à chacun les
mêmes droits et qui redonne à notre nation le droit de décider de son
avenir.
Le SPQ libre
se réjouit d'un tel virage et considère que ce projet de loi constitue une
étape urgente et essentielle pour freiner l'intrusion du religieux à un
moment de notre histoire où les flux migratoires, particulièrement ceux en
provenance du Maghreb, nous ramènent un islam qui s'accommode mal de la
laïcité.
La laïcité
n'est pas une question théorique que l'on pourrait régler définitivement
à un moment de notre histoire. C'est
un processus vivant, parce qu'historique, qui appelle à des ajustements
constants entre l'État et les Églises. Ce projet de loi en est un.
Alors, le SPQ
libre appuie le projet de loi n° 60 dans son intégralité. Toutefois, nous
considérons que ce projet de loi
demeure un minimum. C'est pourquoi nous proposons d'élargir sa portée en y
ajoutant les recommandations
suivantes :
Considérant
qu'un État laïque doit être neutre d'un point de vue religieux et qu'il ne doit
pas favoriser une ou des religions;
Considérant
que les privilèges financiers accordés aux religions sont l'expression d'une
époque révolue, étant celle d'une étroite collaboration entre l'Église
et l'État;
Considérant le principe voulant que l'argent
public soit pour le bien public;
Nous
demandons au gouvernement : de mettre fin au financement des institutions
privées confessionnelles — écoles, établissements préscolaires et garderies en milieu
familial — également
de mettre fin aux exemptions fiscales dont bénéficient les organismes de
bienfaisance à caractère religieux.
Maintenant,
sur le voile. Le voile, il est lié à l'intégrisme. Alors, le Parti libéral du
Québec prétend que le projet de loi,
voulant notamment interdire le port de signes religieux ostentatoires, rate sa
cible, puisque, selon eux, le problème, ce n'est pas le voile islamique
mais plutôt l'intégrisme.
D'abord, le voile n'est pas une simple tenue
vestimentaire. Si c'était le cas, il n'occasionnerait pas autant de controverses et autant de violence vis-à-vis les femmes partout dans le monde. Ce voile est un
étendard politique, il est l'emblème
d'un islam qui veut imposer une théocratie et remplacer les droits humains par
la charia. En l'imposant aux femmes
et aux fillettes, les islamistes souhaitent donner un maximum de visibilité à
l'islam et nous habituer ainsi à sa présence.
C'est pourquoi il est essentiel pour eux de pouvoir introduire ce voile dans
nos institutions publiques, particulièrement dans les
garderies et les écoles, qui sont le lieu de passage obligé de chaque citoyen.
Refuser de voir dans ce voile une signification
politique ne nous aidera aucunement à comprendre comment pensent et agissent les islamistes qui s'activent
au Québec depuis de nombreuses années déjà. En
revanche, de pouvoir le disqualifier de nos institutions publiques
constituerait une victoire cruciale et décisive face à ces intégristes.
L'ouverture à
l'autre, c'est aussi s'ouvrir à sa façon de penser. Il importe donc de bien
comprendre ce à quoi nous faisons face.
Nous
considérons qu'un État laïque a le devoir de protéger la liberté de
conscience des enfants et que l'école laïque doit faire la promotion de l'identité citoyenne, non de l'identité
religieuse, afin de garantir aux enfants un espace libre de toute pression familiale ou communautariste.
Nous demandons donc au gouvernement d'interdire le port de signes religieux
ostentatoires pour les élèves des écoles publiques.
Concernant
le voile intégral : Parce que ce voile fonde l'inégalité des sexes et symbolise
l'oppression des femmes, parce qu'il instaure une ségrégation des sexes
et qu'il enferme à jamais les femmes musulmanes à l'intérieur de leur communauté, les empêchant
ainsi physiquement et psychologiquement de s'intégrer à la société québécoise, parce qu'il est l'étendard de l'islam politique, parce qu'il fait outrage à toutes les femmes et qu'il constitue une atteinte
fondamentale à leur dignité, parce qu'il signifie la mort sociale, la perte d'identité sociale qui est liée au
principe de dignité de tout être humain
et qu'il signifie à toutes les femmes du Québec, musulmanes ou non, que
l'espace public n'est pas leur place et que, pour s'y aventurer, elles
doivent masquer leur identité et disparaître sous un linceul, par respect pour
les droits universels des femmes, quelle que
soit leur culture, nous demandons donc au gouvernement d'interdire sur
tout le territoire du Québec le port du voile intégral. Maintenant, M.
le Président, je cède la parole à mon collègue.
Le Président (M.
Ferland) : …M. Laviolette, la parole est à vous. Il reste à
peine deux minutes.
M. Laviolette (Marc) : C'est bon, je vais en avoir assez dans ma
conclusion, M. le Président. On a beaucoup parlé du rétrécissement des libertés
religieuses dans le débat. Moi, je tiendrais juste à souligner : Il y a
aussi la liberté de conscience.
je pose la question suivante à la commission, d'abord
en rappelant qu'au Québec il y a 22 %
de la population qui ne croit pas en
Dieu, puis il y a 18 % qui ne le savent pas — sondage CROP de l'an dernier, La Presse — ça fait que… Qu'est-ce qu'on dirait si un professeur, ou
quelqu'un dans une garderie, ou quelqu'un qui travaille aux soins intensifs
dans un hôpital se promène avec un chandail
qui dit : Dieu n'existe pas? Je veux dire, c'est sa liberté de conscience,
il la met de façon ostentatoire
devant tout le monde. Je serais curieux d'entendre ceux qui règlent ça au cas
par cas comment ils répondraient à cette question-là. C'est une autre
des raisons pourquoi c'est bon d'être mur à mur : aucun signe ostentatoire
religieux ou même la liberté de croyance.
fait que cette question-là a peu été abordée, mais ça existe. Au Québec, c'est
40 % de la population qui est non
croyante, là. On ne parle pas d'immigration, là. Et ça fait que c'est un peu la
conclusion. C'est pour ça que le plus simple,
c'est tout simplement d'interdire et de consacrer la séparation de l'État
d'avec les croyances religieuses. Voilà.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. Laviolette.
Maintenant, nous allons à la période d'échange. Et, M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Drainville :
Voilà. Très bien. Merci beaucoup. Merci à vous trois. Oui, M. Laviolette, vous
ne me posez pas la question, mais je
peux vous dire que ce tee-shirt-là, en vertu de la neutralité religieuse, ne
serait pas permis justement parce que
c'est associé à une conviction religieuse. Donc, ce ne serait pas possible de
le porter si le projet de loi était voté.
Vous me permettez,
vous me donnez la chance de le préciser, je pense que c'est important que les
gens le sachent : Quand on dit que
c'est la neutralité religieuse, c'est les convictions religieuses de façon
générale, les croyances et les
non-croyances également. Donc, l'athéisme, à ce moment-là, n'aurait pas
davantage de droit de s'afficher
qu'une autre religion. Bon.
Maintenant, je veux revenir évidemment à votre
mémoire. D'abord, Mme Mailloux, dans votre mémoire, vous dites : «C'est un pas immense — en parlant du projet de loi n° 60 — qui tourne le dos à Bouchard-Taylor...»
Pouvez-vous nous préciser comment, comment est-ce que ce projet de loi
n° 60 tourne le dos à Bouchard-Taylor?
Mme Mailloux (Louise) : Alors, grande question. Le rapport Bouchard-Taylor, on pourrait dire
que c'est une stratégie, finalement,
qui a été mise en place pour permettre l'intrusion du religieux dans les
institutions publiques. Et il faut se
souvenir qu'il recommandait la laïcité ouverte. Alors, une laïcité ouverte à
quoi? Une laïcité ouverte aux religions dans les institutions publiques.
Et les aspects clés de cette approche-là, c'est
qu'on privilégie ici l'approche juridique. Dans le rapport Bouchard-Taylor, on dit vouloir protéger les
droits, et on ramène constamment les gens à la question des chartes. Maintenant, on dit bien aussi, dans le
rapport, qu'on ne souhaite pas que les demandes d'accommodement se rendent à
chaque fois en Cour suprême et on préférerait des ajustements concertés,
c'est-à-dire des ajustements qui se règlent sur
place, dans les milieux de travail, dans les écoles, dans les hôpitaux, bon, un
peu partout dans les institutions publiques,
donc de gérer la chose au cas par cas, et que les décisions soient prises, ici,
par des gestionnaires, et que — et là on spécifie bien — ces
gestionnaires-là doivent au préalable avoir suivi une formation, une formation évidemment qui va faciliter les demandes
d'accommodement religieux, une formation qui va être aussi donnée par des
experts, que vous aurez sûrement l'occasion
d'entendre dans cette commission, alors des experts qui sont des spécialistes
de la rhétorique multiculturaliste, des universitaires et des gens qui
recommandent aussi l'utilisation d'un guide.
si vous regardez... Il y a un rapport qui a été déposé en novembre 2007 au
ministère de l'Éducation, le rapport
Fleury, qui était un rapport sur la question des accommodements en milieu
scolaire et où on dit qu'il y a 78 % des demandes d'accommodement qui
sont faites pour des motifs religieux. Et une des grandes recommandations du
rapport Fleury, c'est qu'on élabore un guide qui servirait aux gestionnaires,
encore une fois pour favoriser, donc, les demandes
d'accommodement religieux. Et la source d'inspiration de ce guide, c'est le
Conseil scolaire de Toronto. Alors, quand
on sait à quel point Toronto est multiculturel, quand on sait qu'à Toronto on a
un guide, par exemple, qui va accommoder...
qui va donner des exemptions dans les cours de natation en période de ramadan
pour ne pas, par exemple, que les
élèves avalent de l'eau, alors quand on sait l'ouverture que ça crée et qu'on
dit, les experts nous disent : On devrait s'inspirer de ça, alors
Bouchard-Taylor, c'est tout ça.
Le projet de
loi n° 60 nous dit quoi? Le projet de loi n° 60 nous dit : Ce ne
sera pas l'approche juridique qu'on privilégie,
on se réapproprie le pouvoir politique, et c'est l'État qui va définir des
principes et qui va dire aux gestionnaires... L'État va prendre ses responsabilités, elle ne laissera pas aller la
chose aux gestionnaires et elle va dire aux gestionnaires : Voici, il y a des critères pour accommoder. Voici,
ça doit respecter telle et telle chose. Alors, c'est vraiment quelque chose,
autrement dit, qui
nous sort du cas par cas. Et c'est quelque chose qui va permettre de freiner de
façon objective l'intrusion du religieux dans les institutions
publiques.
je me rapporte à ce qu'a annoncé hier M. Philippe Couillard, en conférence
de presse, quand il a parlé de la position du Parti libéral, il a dit
quoi? En substance, il ramène Bouchard-Taylor, c'est-à-dire il dit : Les
chartes sont incontournables, il va
falloir élaborer un guide — alors,
on se demande qu'elle va être la source d'inspiration pour ce guide — élaborer un guide, les gestionnaires vont se
servir de ce guide-là pour gérer les demandes d'accommodement au cas par cas. Alors, la position, ici, du Parti
libéral, c'est ni plus ni moins que faire du neuf avec du vieux, c'est-à-dire
ils nous disent, en substance : Les
accommodements se font, à l'heure actuelle, sur place, dans les milieux, et
c'est comme ça que ça va continuer de se faire. Il n'y a rien de nouveau sous
le soleil, si ce n'est qu'ils vont même plus loin que Bouchard-Taylor,
en disant que, même pour ce qui est du port de signes religieux chez les
personnes en position d'autorité, comme les juges, les policiers, etc., là
aussi, ça va être jugé au cas par cas. Donc, autrement dit...
M. Drainville :
Si vous me permettez, Mme Mailloux — gardez votre fil, là, mais je veux juste
insérer une petite parenthèse — ce que je comprends, puis les gens d'en face
pourront nous le préciser, mais, dans le cas du cas par cas pour les agents avec pouvoir coercitif, ça ne concerne
que les policiers, policières et les agents de détention. Les juges, même,
ce que je comprends, c'est qu'il n'y a
aucune restriction pour les juges. Donc, ils pourront me corriger si je me
trompe, mais il y avait une entrevue
avec le député de Fabre, ce matin ou hier soir... hier soir, et c'était très
clair que, dans leurs propositions,
il n'y a aucune restriction possible pour ce qui est des juges. C'est
uniquement — en tout
cas, c'est ce que je comprends — pour les policiers, policières et les agents
de détention, où, là, ils pourraient porter un signe religieux, mais ils vont devoir faire une demande
d'accommodement, là. Bon. Mais, pour les juges, ce que je comprends,
c'est : Ils peuvent
porter un signe religieux en tout temps, comme c'est le cas d'ailleurs pour
tous les autres agents de l'État.
Mme Mailloux
(Louise) : Ah bon! Alors, disons que, pour aujourd'hui...
M. Drainville :
C'est ce que je comprends. On verra bien si j'ai bien compris.
Mme Mailloux
(Louise) : O.K. Maintenant, il y a quand même quelque chose que le Parti
libéral apporte de nouveau, c'est une volonté de lutter contre l'intégrisme.
Et, hier, M. Couillard a dit que l'intégrisme, au Québec, ça mériterait d'être
étudié et documenté.
Alors,
je me permets donc de contribuer, de déposer déjà un premier document à cette
commission pour commencer à documenter l'intégrisme — d'autant
plus que Mme Houda-Pepin a quitté. Alors, je vous distribue donc ici une...
Est-ce que quelqu'un...
Le Président (M.
Ferland) : ...du dépôt du mémoire... du document en question,
là, et non de...
Mme Mailloux
(Louise) : Oui, c'est une photo.
Le Président (M.
Ferland) : Considérez-vous... Vous pouvez le remettre à...
Alors, merci.
Mme Mailloux (Louise) : Alors, je laisse aller la photo. Donc, c'est une photo qui a été prise
en août 2012 à une rencontre du
député de Mercier, Amir Khadir, donc, de Québec solidaire, alors deux semaines
et demie avant les élections de 2012,
donc, Québec solidaire qui est allé rencontrer l'Association Bridges, une
association qui est dirigée par un imam qui officie au Centre communautaire musulman de Montréal, une mosquée où
on fait prêter aux petites filles le serment du voile. Bon.
Alors,
qu'est-ce qu'on voit sur la photo? Parce que ce n'est pas tout le monde qui a
la photo entre les mains. On voit,
d'un côté, des hommes, d'un côté de la salle, avec Amir Khadir à l'avant et, à
gauche... et, à droite, rassemblées, de
l'autre côté, on voit des femmes voilées qui font partie... donc, qui assistent
à cette rencontre. Alors, ici, vous avez une photo qui en dit long sur les principes de la charia. Premier
principe : le voilement des femmes. Deuxième principe : la ségrégation des sexes. Il y a eu, il y a quelques
semaines, l'Université York, à Toronto, qui a choqué bien des Québécois.
Eh bien, ça, ça s'est passé à Montréal en
août 2012, et c'est un des députés de cette Assemblée, de l'Assemblée
nationale, qui était présent à cette rencontre.
fais circuler aussi... Je vais remettre à la commission une photo, ici, de
l'imam Sbeiti, lors de la cérémonie du voile.
Président (M. Ferland) : ...on va aller chercher le prochain
document. Alors, bien, vous comprendrez qu'on les distribue en même
temps aux groupes parlementaires...
Mme Mailloux
(Louise) : Oui, oui, oui.
Président (M. Ferland) : ...et qu'ils deviennent... ils sont
publics présentement, mais ils l'étaient, je crois, ce que je comprends,
sur Facebook .
Mme Mailloux (Louise) : Oui.
Le Président (M. Ferland) :
Vous pouvez remettre...
M. Drainville : Alors, quelle
conclusion vous tirez de ça, Mme Mailloux? On voit la photo, là, on voit
effectivement que les femmes sont d'un côté et les hommes sont de l'autre.
Donc, vous parlez de ségrégation…
Mme Mailloux (Louise) : C'est la photo
qui parle d'elle-même, M. le ministre.
M. Drainville : Oui, oui,
bien sûr, bien sûr. Et vous nous...
Mme Mailloux (Louise) : De voiles aussi.
Drainville : Oui.
Oui, effectivement, il semble que toutes les femmes soient voilées, là, sur la
photo en tout cas. Est-ce que...
Président (M. Ferland) : M. le ministre, avant... On a une
seule copie. On va en faire des copies pour l'ensemble des membres de la
commission.
Mailloux (Louise) : Et ce qu'il
faut comprendre de ça, M. le ministre, c'est qu'on a, ici, Amir Khadir qui
cautionne une telle assemblée. Et ce qu'il faut savoir aussi, c'est
que la porte-parole de Québec
solidaire dans la circonscription de Bourassa-Sauvé, à Montréal-Nord, celle qui est passée à Tout le monde en
parle , Dalila Awada, dont l'imam
Sbeiti est son imam, alors elle fréquente l'Association Bridges et elle
y prend régulièrement la parole. Alors, ce qu'il faut
comprendre ici, c'est qu'on a Amir
Khadir qui cautionne la ségrégation
des sexes. Pour un député de gauche, il me semble que ce n'est pas tellement
progressiste.
Drainville : Là, si vous me permettez, Mme Mailloux, la représentante de… la députée de Gouin n'est pas
présente ce matin, et je tiens à le noter
parce que je pense qu'elle souhaitera probablement réagir à un moment donné.
Donc, je veux juste, pour les gens qui nous écoutent, là, qu'ils soient
conscients du fait que la députée de Gouin nous accompagne parfois dans nos travaux, et, ce matin, elle n'est pas là.
Puis habituellement, d'ailleurs, on n'est pas supposé de noter l'absence
des… mais, M. le Président, vous comprenez l'intention de mon intervention…
Le Président (M. Ferland) :
Effectivement. Et je vous demanderais…
Drainville : …c'est
juste de noter qu'éventuellement je pense bien que les gens de Québec solidaire
qui écoutent voudront donner leur réaction à ce propos que vous tenez.
Je le fais, je dirais, par fair-play, là.
Mailloux (Louise) : Mais on
aurait bien aimé la présence de Mme David pour qu'elle puisse commenter
la photo de son… cette photo-là.
Drainville : Et donc
on tire de tout ça une conclusion. Laquelle? C'est-à-dire que vous dites :
Il y a déjà, au sein de notre
communauté québécoise musulmane, des groupes qui, ouvertement, dans des
assemblées publiques, séparent les hommes des femmes. Ça, pour vous,
c'est…
Mme Mailloux (Louise) : Bien, c'est
qu'il y a déjà des associations qui sont présentes ici et qui… C'est une association qui s'adresse à des jeunes, des jeunes
musulmans qui sont de l'âge entre 18 et, je ne sais pas, moi, à peu près
25 ans, et qui les éduque en fonction
des valeurs islamiques, et dans le but évidemment de faire boule de neige,
c'est-à-dire d'être prosélyte.
Drainville :
Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vont dire : Le projet de loi
n° 60, la charte, ce n'est pas vrai que ça lutte contre
l'intégrisme? Moi, je soutiens le contraire. Moi, je dis que le projet de loi
n° 60, c'est un outil indispensable de
lutte contre l'intégrisme, non pas qu'il ait été conçu à cette fin, mais je
pense qu'un de ses effets, c'est de
lutter contre l'intégrisme justement parce qu'il affirme que l'État doit être
non religieux, alors que les intégristes, de façon générale, souhaitent un État religieux, un État qui a une religion
d'État. De façon générale, les intégristes sont très friands d'accommodements
déraisonnables religieux, déraisonnables parce qu'ils y voient une façon de faire
avancer leur agenda religieux, de
créer des exceptions, des précédents qui vont éventuellement se transformer en
normes. Donc, c'est une façon pour
eux d'élargir, je dirais leur, comment dire… de mettre en oeuvre, sur le
terrain, dans l'application, dans le fonctionnement des institutions et
des services publics, un agenda politique.
Puis, je dis
aussi qu'en affirmant l'égalité hommes-femmes comme valeur absolument non
négociable, incontournable, au
Québec, on freine également, on affaiblit également les intégristes, parce que,
de façon générale, les intégristes, on ne peut pas dire que c'est des
grands partisans d'égalité hommes-femmes. Bon.
Alors, ça, c'est mon point de vue,
mais j'aimerais vous entendre là-dessus. Parce que, comme vous le savez, il y a,
autour de cette table, des personnes, que je
respecte évidemment, mais qui ne sont pas du même point de vue que moi
sur le projet de loi n° 60 versus l'intégrisme.
Le Président (M.
Ferland) : M. le député… Ah! député… M. Laviolette. Parce qu'il
y a un comté…
M. Laviolette
(Marc) : Merci. Merci, M. le Président. La grande force du projet de
loi n° 60, c'est qu'il ne déguise pas
la laïcité en courant d'air, c'est-à-dire : ce n'est pas juste la laïcité
de l'institution. Dans les faits, en empêchant les signes religieux ostentatoires, dont le voile en est un, eh bien, je
veux dire, il heurte. C'est pour ça qu'on entend beaucoup de gens dire : C'est contre ma liberté
religieuse, il heurte. Parce qu'il faut bien se le dire, si tu es prêt à perdre
ton emploi pour garder ton voile,
bien, si ce n'est pas de la… c'est deux choses, soit que tu as des craintes,
des menaces dans ton milieu familial,
ou c'est de l'intégrisme, ce n'est pas bien, bien compliqué. Ça fait que ça,
c'est la grande force, c'est qu'en
d'autres mots, ce projet de loi là, les bottines suivent les babines, c'est-à-dire que, dans les
faits, de façon matérielle, les agents de l'État, ceux qui
appliquent les lois, ils sont neutres, O.K.? Ils ont droit à leur religion, ils
garderont ça pour chez eux s'ils veulent, mais, dans les faits, ils sont
obligés de se conformer à ça. C'est pour ça que c'est à la fois simple et en même temps ça donne les effets de lutte contre l'intégrisme. Parce qu'écoutez… Puis toutes les religions,
d'ailleurs, M. le ministre, causent
des problèmes aux femmes, oppriment les femmes, tu sais. Et là, je veux juste
rappeler, là, il faut aussi dire aux jeunes filles…
M. Drainville :
Toutes les religions ont leurs intégristes aussi, il faut le dire, les ont ou
les ont eus, on s'entend, hein?
M. Laviolette (Marc) : Oui, mais, regardez, M. le ministre, je vais vous
lire de quoi, là : «Il faut aussi dire aux jeunes filles que leurs toilettes inconvenantes peuvent être pour les
garçons une occasion de pécher. Elles doivent savoir que les garçons sont d'une nature plus excitable
et que la vue d'une jeune fille insuffisamment vêtue peut leur donner des
pensées coupables — O.K.? Des indications pour se guider. Les
manches doivent descendre au milieu du bras, au-dessus du coude. Si elles sont en dentelle ou en tissu
transparent, il faut qu'elles aient une doublure. Les jupes doivent couvrir
les genoux, les robes, cacher la courbe des seins et les autres parties du
corps.»
M. Drainville :
Ce que vous avez cité, c'est quoi, ce document? On ne voit pas.
M. Laviolette (Marc) : Le livre de la Famille chrétienne , 1961.
Quand on dit : Toutes les religions… Ça fait que le voile… Vous
pensiez que je lisais le Coran, là, hein? Non, non.
Des voix :
Ha, ha, ha!
M. Laviolette (Marc) : Non, non, c'est le livre de la Famille
chrétienne . Oui, 1961, ça ne fait pas longtemps, ça. Quand les libéraux ont commencé la Révolution
tranquille puis qu'on a laïcisé nos écoles, nos hôpitaux, puis tout ça, là,
ça nous a permis de mettre ça de côté. C'est
pour ça que le peuple québécois appuie la charte, parce qu'on a connu la chape
de plomb de la grande noirceur puis de
l'Église qui écrasait tout. Mais toutes les Églises sont pareilles. Ça fait
qu'au moins qu'on continue notre révolution tranquille comme on l'a
commencée puis qu'on poursuive dans la laïcisation qu'on a commencée dans les années 60 et dont la
déconfessionnalisation des commissions scolaires est le dernier chapitre. Ça
fait que ça aide quand on dit «aucun
signe ostentatoire» à lutter contre toutes ses formes… Parce que les signes ont
un sens, je veux dire, et un sens qu'on refuse au nom de l'égalité des
hommes et des femmes. Voilà.
Le Président (M.
Ferland) : M. le ministre.
M. Drainville :
Oui. Là, ce que je comprends… Mme Mailloux, dans votre présentation tout à
l'heure, vous avez réitéré ce qu'il y a dans le mémoire, c'est-à-dire
vous parlez d'une interdiction générale du voile intégral au Québec. Est-ce que vous nous parlez donc d'une
interdiction comme celle qui existe en France, on parle de la même chose, là?
Mme Mailloux (Louise) : En France, ça existe depuis 2010. Et c'est quelque chose de carrément
inacceptable. Écoutez, hier, Philippe
Couillard disait : Bon, le tchador, le niqab — qui est le voile intégral dont je vous
parle — la
burqa, à cause de ce que ça symbolise
au niveau de l'oppression des femmes, ce n'est pas défendable dans les
institutions publiques. Bien, je veux dire, sur la rue, ça symbolise la
même chose, je pense que ce n'est pas plus défendable.
le message que ça envoie, comme je dis bien, à toutes les femmes du Québec,
qu'elles soient musulmanes ou non, bon,
peu importe, à la moitié de l'humanité, la moitié des Québécois, le message que
ça envoie, c'est que la place publique, ce n'est pas pour toi. Puis, si tu t'aventures ne serait-ce que pour
aller au dépanneur, bien, il va falloir que tu te caches. C'est une atteinte à la dignité. Qu'on arrête de
dire que c'est juste une affaire d'identité, puis de communication, puis de
sécurité.
on disait aux gens qui sont Noirs, qui sont Juifs, qui sont Arabes :
Aussitôt que vous sortez de la maison, vous devez vous cacher sous une toile, une tente, tout le monde crierait au
racisme, ils diraient : Voyons donc, c'est inacceptable. On le fait avec des femmes et on vient nous parler
des chartes puis de droits fondamentaux. C'est une insulte profonde et ça ne cadre vraiment pas avec notre histoire et
les acquis de la révolution féministe, que les femmes québécoises ont faite,
les hommes à leurs côtés.
Drainville : Mais vous comprenez que le projet de loi
n° 60 ne va pas là.
Mme Mailloux (Louise) : Non, non, non, je sais, le projet de loi n° 60, il limite ça aux
institutions publiques. Et nous, on dit :
Ce n'est pas suffisant, c'est bien, mais il faut aller plus loin. La symbolique est la même, l'indignité est la
même, l'outrage est le même.
Le Président (M.
Ferland) : M. Laviolette.
M. Laviolette (Marc) : Oui. Comme on dit dans notre mémoire, la laïcité,
c'est un processus vivant, O.K.? Et on l'a
vu dans notre Révolution tranquille, sur la question de la laïcité, ça
avance. Mais celle-là est particulièrement odieuse, hein, et il faudrait vraiment
qu'on s'y rende.
M. Drainville : Parlez-nous, en terminant — il me reste trois minutes — parlez-nous un peu des enfants dans
les écoles, dans les garderies... Comment?
M. Drainville :
Ah! Excusez-moi. Voilà, oui, les enfants. Les enfants, parce que moi, je pense
que c'est un élément très important du
projet de loi. La liberté de religion, elle est protégée, en ce qui nous
concerne, elle est même renforcée par
la neutralité religieuse de l'État. Mais il ne faut jamais oublier la liberté
de conscience aussi des usagers. Et, dans les usagers, il y a les
élèves, et, dans les élèves, il y a les enfants. Et moi, je pense que c'est un
élément très important, ça, du projet, et
c'est la raison d'ailleurs pour laquelle nous avons décidé, dans le champ
d'application, comment dire, d'y
inclure les écoles primaires et secondaires publiques, mais d'y inclure
également les garderies CPE et les garderies privées subventionnées, les
enfants...
Le Président (M.
Ferland) : En 30 secondes environ, à peu près.
Mme Mailloux
(Louise) : 30 secondes?
Le Président (M.
Ferland) : Oui. Allez-y, oui.
Mme Mailloux
(Louise) : Bien, moi, je pense qu'effectivement il faut interdire aux
employés de... à tous ces niveaux-là dans le
milieu de l'éducation, particulièrement dans les garderies, ils sont en
position d'autorité. Ce n'est pas la
peine d'avoir fait un doctorat en pédagogie pour savoir toute l'autorité morale
que peut avoir une éducatrice. Maintenant, moi, j'irais plus loin au
niveau des écoles... bien, moi, nous, nous irions plus loin, c'est-à-dire on
dit : Même dans les écoles, les élèves
ne devraient pas porter de signe religieux ostentatoire. Ce que je vous ai
donné... J'ai documenté, là, la cérémonie
du serment, alors des petites filles, à Montréal, de sept, huit, neuf ans qu'on
amène à porter le voile et à faire le serment de le porter toute leur
vie parce que c'est Allah qui l'ordonne...
Président (M. Ferland) : Je dois malheureusement vous
interrompre. On va aller du côté du parti de l'opposition officielle, et
je reconnais le député de LaFontaine, je crois?
Le Président (M.
Ferland) : Alors, la parole est à vous.
Tanguay : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bon matin.
Merci d'être avec nous ce matin. J'aurai des questions pour vous trois : Mme Mailloux, M. Laviolette et M.
Dubuc. Peut-être des petites questions au départ, en rafale, peut-être
au président, M. Laviolette.
Lorsque
l'on voit l'expression où le... Votre organisme est connu sous le nom de SPQ
libre, «PQ», corrigez-moi, si j'ai tort, mais c'est pour «Parti
québécois»?
M. Laviolette
(Marc) : Il est comique, lui.
M. Tanguay :
Non, non, je vous prie de répondre.
M. Laviolette
(Marc) : Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre.
Tanguay : Oui. Ah! O.K. Et vous avez dit un peu plus tôt que
vous aviez 400 membres, et les 400 membres militent au Parti
québécois?
M. Laviolette (Marc) : Bien, ils militent, ça dépend. Il y en a qui sont
sur des exécutifs, d'autres sont bénévoles dans les organisations. On encourage nos membres à s'impliquer en
politique active au Parti québécois. Parce que nous sommes souverainistes et on pense que le Parti
québécois est un parti de masse, 90 000 membres, et que, si on veut
faire la souveraineté, c'est par le Parti québécois que ça va passer.
M. Tanguay : Et
vous dites que l'un de vos objectifs, et confirmez-le-moi ou non, mais
justement c'est de militer au sein des instances et de faire avancer
donc vos idées au sein des instances du Parti québécois?
M. Laviolette (Marc) : Oui, mais on est indépendants du Parti québécois,
nous, on n'est pas... On peut avoir un point
de vue qui peut être critique. On peut avoir un point de vue qui est nouveau.
On n'est pas liés par les décisions du parti. On est un club... On est
un organisme sans but lucratif.
Tanguay : O.K. Et vous mettez la liste de votre conseil
d'administration. Vous avez Robert Dean, ex-ministre du gouvernement de René Lévesque. Vous avez
également Alain Dion, président du Parti québécois Rimouski, Louis-Philippe Sauvé, comité des jeunes du Bloc
québécois. Vous avez également beaucoup de représentants, beaucoup de
liens avec les gens des syndicats : Michel Parent, président du Syndicat
des cols bleus regroupés de Montréal, Sylvain
Charron, membre de l'exécutif du Syndicat des débardeurs du port de Montréal,
également Sylvain Martin, directeur québécois des TCA. Pourquoi c'est
important, ce lien entre le Parti québécois et le syndicat, dans votre action?
M. Laviolette (Marc) : Écoutez, si vous voulez faire une commission
parlementaire sur le SPQ libre, ça va nous faire plaisir. Je pensais
qu'on parlait du projet de charte sur la... Les membres du conseil
d'administration, c'est des syndicalistes et
progressistes, puis ce n'est pas des juniors non plus, c'est tout simplement...
c'est comme ça. Mais moi, je ne vois pas le rapport qu'il y a avec la
charte, là.
M. Tanguay :
Avez-vous un malaise à répondre à cette question-là, M. Laviolette?
M. Laviolette (Marc) : Non. Mais c'est parce que je veux débattre sur
la charte. On peut en parler à l'extérieur
si vous voulez. Ou, si vous voulez faire une commission
parlementaire sur le SPQ libre, ça va nous
faire… Je vous encouragerais à lire
notre livre, d'ailleurs. On a publié un livre, SPQ Libre – Dix ans de
lutte au Parti québécois , là. Ça coûte 20 $. Si vous voulez
savoir qu'est-ce qu'on fait dans le PQ, ça va être parfait.
Tanguay : Oui. C'est
important de savoir justement ce que vous faites dans le PQ, le lien également
avec les syndicats.
M. Laviolette (Marc) : Oui. J'en ai une copie dans ma valise. Si vous
voulez, je peux vous en vendre un après, là.
Tanguay : Merci.
Merci de l'offre. Et c'est important, je pense, de savoir ça. Puis corrigez-moi
si j'ai tort, M. Laviolette, mais,
quand en titre, en page 3, on lit : «Le SPQ libre appuie le projet de loi n° 60 dans son intégralité», je pense que
c'est important de savoir qui vient nous dire ça, là. Vous ne croyez pas?
M. Laviolette (Marc) : Ah oui! Mais je pense qu'on n'est pas les seuls à
avoir dit ça, là. Et il y a bien du monde au Québec qui pense ça, là. Nous, on le dit. Et puis il y a
des membres du Parti québécois puis il
y a des non-membres du Parti
québécois qui disent la même affaire. Je ne vois pas c'est quoi, là.
M. Tanguay :
O.K. Mais je pense qu'il y a des gens à la maison qui sont à même de…
M. Laviolette
(Marc) : On ne s'est pas commandés. Non…
M. Tanguay :
…à même de comprendre le lien. J'aimerais…
M. Laviolette (Marc) : Vous en parlerez à mes collègues
du Parti québécois. Je pense qu'il n'y a personne au
PQ qui nous dit quoi penser et quoi dire. Ils savent tous qu'on est assez
grands pour faire ça. Ça fait que…
Tanguay : Puis, au
sein des instances du Parti québécois, ces idées, avez-vous eu l'occasion de les
défendre?
M. Laviolette (Marc) : Tout à
fait. Il y a eu une motion d'appui
unanime au dernier conseil national. Donc, on n'était pas tout seuls
dans notre gang à appuyer cette démarche-là que le ministre Drainville fait
avec son projet de loi n° 60. Je pense que c'est tout à fait correct, là. On est bien contents. Il a eu une «standing
ovation». Le monde l'apprécie beaucoup, notre ministre. Il fait bien ça.
M. Tanguay :
Avez-vous d'autres commentaires élogieux au ministre?
M. Laviolette (Marc) : J'en ai des moins élogieux envers le Parti libéral au cas par cas. Ça, c'est compliqué en mautadit, par exemple.
M. Tanguay :
Ça, je pense qu'on vient de l'établir, M. Laviolette.
M. Laviolette
(Marc) : Oui. O.K. Parfait.
M. Tanguay : Vous dites à la page 2, et je vous
cite : «C'est ce que l'on a appelé la formation [de] l'interculturalisme, véritable cheval de Troie
pour une offensive antilaïque.» En quoi l'interculturalisme est une offensive
antilaïque?
Mme Mailloux (Louise) : Parce que
l'interculturalisme, c'est du multiculturalisme déguisé. Parce que,
si vous lisez bien et si vous écoutez
bien ce que dit, par exemple, M. Gérard Bouchard sur cette question-là,
il dit bien qu'il faut revenir aux chartes, les chartes qui défendent
des valeurs fondamentales, et il ne faut surtout pas laisser la parole aux diktats de la majorité. Bon. Alors, les
chartes, qu'on soit en Ontario ou
qu'on soit au Québec… La charte canadienne, qui est constitutionnelle, qui est au-dessus d'une charte québécoise que
nous pouvons, ici, amender au Québec, mais la charte canadienne, elle est constitutionnelle. Elle vaut autant pour le
Québec que pour la Colombie-Britannique ou l'Ontario. Alors, de ce point de vue là, l'interculturalisme,
ça veut dire quoi si, de toute façon, on se base sur la charte canadienne,
ici comme en Ontario, pour gérer les
demandes d'accommodement au cas par cas? Alors, de ce point de vue là, c'est un
véritable cheval de Troie parce que,
finalement, on se sert, ici, du multiculturalisme pour introduire le religieux
dans nos institutions publiques.
Tanguay : Et là vous me perdez, Mme Mailloux. Très clairement,
l'interculturalisme au Québec, même au sein du Parti québécois, c'est un élément qui fait un très, très large
consensus. Et c'est la première fois, honnêtement, là, la première fois
où je le vois lié au multiculturalisme.
je vais vous citer, à un colloque sur l'avenir de Montréal, l'actuel député de
Bourget, ministre du Tourisme, 27 novembre 2010, qui disait
ceci : «Nous avons donc d'importants chantiers devant nous pour réussir
l'intégration harmonieuse des immigrants au
Québec : la prédominance du français, l'adhésion aux valeurs communes et
la mise en place d'une politique de citoyenneté fondée sur
l'interculturalisme.» Fin de la citation.
même Mme Marois, dans un communiqué de mai 2008, et ça n'a jamais été
démenti, faisait la promotion du concept d'interculturalisme. Elle
disait, je la cite, le 23 mai, dans un communiqué, 2008 : «Pour nous,
il s'agit d'une approche d'intégration à laquelle nous adhérons depuis
longtemps.»
Honnêtement,
Mme Mailloux, ce matin, là, vous m'avez complètement perdu en disant,
contrairement à l'extrême consensus que… Vous dites ce matin que
l'interculturalisme, c'est du multiculturalisme déguisé.
Mme Mailloux
(Louise) : Eh bien, je suis bien contente que…
Président (M. Ferland) : Juste avant de répondre, je veux juste
corriger un… Parce que le député de Bourget n'est pas ministre du Tourisme. Il faut faire attention. Vous avez
mentionné qu'il était le ministre du Tourisme.
M. Tanguay :
…merci, M. le Président. Ministre de la Culture.
Président (M. Ferland) : Et voilà. Alors, on revient à la
culture du projet de loi n° 60. Alors, Mme Mailloux… Oui, M.
Laviolette.
M. Laviolette (Marc) : Oui. Je suis bien content d'entendre le député
soulever ça, parce qu'il vient de comprendre lui-même que le SPQ libre,
ce n'est pas le Parti québécois. Voilà.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci pour les clarifications. Mme Mailloux.
M. Tanguay :
Mme Mailloux, sur le fond.
Mme Mailloux (Louise) : Sur la question de l'interculturalisme au Québec, c'est quelque chose
qu'on a adopté comme position… Parce
qu'il faut se rappeler qu'aucun gouvernement du Québec n'a signé, n'a entériné
la charte canadienne et la politique
du multiculturalisme. Alors, c'est comme une façon de nous dire que nous, ici,
au Québec, on est différents. Mais,
quand on regarde… Alors, on peut donner les différentes définitions de ça. Le
Conseil du statut de la femme n'a évidemment pas la même définition de
l'interculturalisme que M. Bouchard. Mais, quand on regarde fondamentalement au niveau de l'usage qu'on en
fait, c'est du multiculturalisme déguisé. Alors, s'il y a des élus qui pensent
encore que l'interculturalisme est fort différent, il serait peut-être le temps
de regarder ça d'un peu plus près.
Tanguay : J'aimerais maintenant m'adresser à M. Dubuc, M.
Pierre Dubuc. Vous êtes directeur de L'Aut' Journal . L'Aut'
Journal , journal pour lequel vous êtes le directeur, a publié, le
31 décembre dernier, une lettre de Pierre Godin, qui est l'auteur et biographe, là, de René Lévesque, sous
le
titre L'Islamisation d'une société commence toujours au
sommet, chez les élites . Et je vais citer un extrait de sa lettre, et je
le cite : «Chez nous, la liste des "nein" politiciens à la charte des valeurs est
impressionnante : Philippe Couillard, Justin Trudeau, Thomas Mulcair,
Denis Coderre, Stephen Harper, [et] il y a encore, mais là on reste
pantois, nos quatre imams de la souveraineté : Jacques Parizeau, Lucien
Bouchard, Bernard Landry et Gilles Duceppe.» Fin de la citation.
Comment recevez-vous
cette déclaration de M. Godin, publiée dans votre journal?
Le Président (M.
Ferland) : ...à vous la parole.
Dubuc (Pierre) : Premièrement, c'est M. Godin qui a signé l'article, ce
n'est pas moi. Et, deuxièmement, bien, je
pense que les positions de ce qu'il appelle les imams de la souveraineté, c'est
des positions qu'on critique aussi; on est souvent en désaccord avec M.
Parizeau. Mais, sur cette question-là, on partage l'avis de M. Godin.
M. Tanguay :
Vous partagez l'avis de M. Godin?
M. Dubuc (Pierre)
: Bien oui, on est critiques face aux positions qui ont été émises. On
défend le projet de loi n° 60, c'est la charte.
M. Tanguay :
Et, si vous partagez sa position, pouvez-vous étayer… en quoi les Parizeau,
Bouchard, Landry font-ils fausse route dans leur compréhension, lorsqu'ils
disent que ça s'est toujours fait, cette approche, de façon graduelle et consensuelle et que, là, on divise la
population comme jamais? En quoi vous n'êtes pas d'accord avec ça?
M. Dubuc (Pierre)
: Bien, on divise la position... la population, si je regarde les derniers
sondages, il semble qu'il y a une très forte
majorité. Donc, il y a toujours des divisions, sur n'importe quel enjeu. Et je
pense qu'on est dans un processus de compléter la réforme qui avait été
entreprise sur la laïcité.
je pense que M. Guy Rocher… je l'écoutais, l'autre jour à la télé, et puis il
rappelait qu'on a pris des mesures qui étaient quand même coercitives
sur la question de la laïcité, par le fait même, avec la création des cégeps,
avec la création des écoles polyvalentes,
qui, finalement, étaient des institutions laïques, contrairement aux écoles
privées, aux collèges privés qui
précédaient. Et donc, par le fait même, on imposait une laïcité. On l'a fait à
différents niveaux, et puis là on est à une autre étape. Écoutez, on
peut avoir des désaccords avec M. Bouchard, Parizeau sur ces questions-là.
Tanguay : Sur une proposition que vous faites, vous voulez
interdire le hidjab, qui est, évidemment, pour les gens à la maison, visage découvert, mais qui est le
foulard sur les cheveux. Vous voulez l'interdire sur tout le territoire
du Québec. Comment vous mettriez ça en application? Vous voulez l'interdire où?
Mme Mailloux (Louise) : M. Tanguay, vous vous mélangez encore, là. Attention, là. Le hidjab,
c'est le simple voile, d'accord? Et
la position que l'on défend, c'est la même que celle du projet de loi
n° 60, c'est-à-dire que ce voile-là, il doit être interdit pour
tous les employés de la fonction publique. D'accord?
Maintenant,
nous, on va plus loin. On dit : Il devrait aussi, le voile, être interdit
pour les élèves — les
élèves, c'est les fillettes et les
jeunes filles — des
écoles primaires et secondaires, des écoles publiques. Ça, c'est une chose.
Mais, pour ce qui est de l'espace
public, les centres commerciaux, les restaurants, le métro, les choses comme
ça, bien, évidemment que c'est permis. Là, il faut bien distinguer
l'espace civique citoyen de l'espace public.
Tanguay : Parfait. Je vous remercie pour la précision, c'est
important, effectivement. Vous dites également… et vous avez mentionné,
Mme Mailloux, un peu plus tôt : Le flux migratoire nous ramène l'islam.
Vous savez que le Québec, mis à
part les ententes internationales et les
regroupements familiaux, le Québec est totalement maître de son immigration.
Donc, là-dessus, vous dites : Le flux migratoire nous ramène l'islam. Que
proposez-vous sous cet aspect-là? Je veux juste comprendre votre pensée.
Mme Mailloux
(Louise) : Ce que nous proposons, et ça va dans le sens du projet de loi
n° 60, c'est-à-dire une laïcité ferme
et authentique, et que les gens qui souhaitent venir vivre au Québec savent
qu'ils vont se retrouver dans un pays, entre guillemets... ou, à tout le
moins, dans une province qui est laïque, et que, les citoyens du Québec, c'est conforme à leurs souhaits, c'est-à-dire d'avoir
une laïcité partout dans les institutions publiques. Alors, il s'agit d'être
fermes et puis de dire clairement aux nouveaux
arrivants qu'ici, au Québec, c'est ce qu'on veut et c'est comme ça qu'on va
vivre.
Tanguay : Et comment, à part modifier... Parce que vous savez
que, suite à la commission Bouchard-Taylor, le gouvernement précédent avait modifié le document qui est signé par
les nouveaux arrivants, à l'effet de dire : Bien, l'égalité hommes-femmes... voici les points
fondamentaux de la société québécoise, ce qu'est la société québécoise et
canadienne, et tout ça. Donc, à part
d'ajouter cet élément-là d'information, est-ce que vous imaginez d'autres
choses pour contrer cette action-là?
Mme Mailloux (Louise) : Non, il s'agit... Bien, je veux dire, si la loi est adoptée,
le projet de loi est adopté, ça va être...
Ce qu'on demande, là, ce n'est pas une signature pour les gens qui viennent
ici. Dans le projet de loi, par
exemple, sur l'interdiction du port de signes religieux
ostentatoires, alors, ça va être comme ça pour tous les employés de l'État. Alors,
on est bien... on est rendus bien au-delà d'une signature. Moi, c'est de ça
dont je vous parle.
Tanguay : Et de quoi
parlez-vous, justement, à part de les informer, si d'aventure la loi
était adoptée, à part de les informer
sur cet interdit de port... Comment pensez-vous vous rassurer en disant : Bien,
le flux migratoire nous ramène l'islam… C'est votre affirmation. Comment
allez-vous vous en assurer, à part que de publiciser le fait, si la loi était
adoptée, qu'il y aurait un interdit, là? Comment pouvez-vous répondre à cette
menace-là dans l'immigration?
Le Président (M.
Ferland) : M. Laviolette.
Laviolette (Marc) : C'est
que, dans les faits, je veux dire, la loi n° 60 va s'appliquer. Ça va
vouloir dire que le... L'islam peut
venir au Québec, sauf qu'ici, au Québec, l'État est séparé de la religion.
Donc, si tu veux travailler dans le
secteur public, tu ne pourras pas porter ton voile. Si tu viens au Québec,
selon notre position, puis ce n'est pas la position qu'il y a dans le mémoire, mais la burqa puis
les... ça ne sera pas permis. Donc, ce n'est pas juste une signature, c'est
que, dans les faits, si tu veux,
bien, c'est de même que ça va se passer. Donc, tu vas le savoir avant
d'arriver. C'est tout à fait correct.
M. Tanguay : O.K. Dernière
question avant de laisser la parole à mon collègue de Mégantic-Compton. Vous
parlez de préserver nos acquis sociaux, politiques, culturels et historiques.
Au Parti libéral du Québec, on veut que le crucifix
reste au salon bleu de l'Assemblée nationale. Vous ne considérez pas que ce
crucifix-là fait
partie d'un aspect notamment patrimonial, culturel,
historique?
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y, M. Laviolette. Oui.
Laviolette (Marc) : Bien,
moi, je pense que le crucifix devrait sortir du salon bleu. Qu'on le garde au
parlement comme aspect patrimonial,
je n'ai aucun problème avec ça, mais, je veux dire, c'est assez... On
dit : On est un État laïque qui
sépare la religion de l'État, et, la salle dans laquelle les lois se votent, il
y a un signe religieux particulier, qui est celui de la religion
catholique. Je veux dire... Et d'ailleurs l'apparition historique du crucifix à
l'Assemblée nationale, c'est Duplessis qui a
mis ça là pour être bien sûr que ça soit bien clair que l'Église puis l'Union
nationale, ça marchait ensemble.
Ça fait que, donc, il faut que ça sorte, oui, de
l'Assemblée nationale. J'ai été surpris que le Parti libéral soit accroché
encore là-dedans, là. En tous les cas.
Président (M. Ferland) : Alors, maintenant, je reconnais le
député de Mégantic-Compton. Mais il reste environ une minute, M. le
Président.
Bolduc
(Mégantic) :
Mégantic, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) :
Ah! O.K.
Bolduc
(Mégantic) : Au Québec, il y a... Bonjour. Au
Québec, il y a environ 138 écoles privées confessionnelles en 2012, 85 % catholiques. Dans ma région, il
y a beaucoup de ces écoles-là, dont, par exemple, le séminaire Salésien,
catholiques. Est-ce que vous suggérez que l'on coupe toutes ces subventions-là
puis qu'on ferme ces écoles-là?
Le Président (M. Ferland) :
M. Dubuc.
M. Dubuc
(Pierre) : Bien, on ne ferme pas les écoles. Si les écoles...
si les gens veulent des écoles privées, qu'ils paient pour les écoles privées, comme ça se fait en Ontario, comme ça se
fait dans le reste du Canada, comme
ça se fait aux États-Unis, mais qu'il n'y ait pas de subvention publique aux écoles privées
religieuses, et même, moi, je dirais, aux écoles privées en général, mais, disons, on parle des questions
religieuses. Et je pense que, sur les questions des écoles religieuses,
c'est même dans le programme du parti, en plateforme électorale du Parti
québécois. Alors, je pense que ça devrait être fait. Et, si les gens… bon, ils
iront à l'école publique.
Bolduc
(Mégantic) :
Merci.
Président (M. Ferland) : Alors, sur ce, il ne reste plus de temps. Alors, je reconnais la
députée de Montarville.
Mme Roy
(Montarville) : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, Mme Mailloux, M. Dubuc, M. Laviolette. Je vais en profiter, du fait que vous êtes un
mouvement syndicaliste, pour vous poser une question sur l'application — et
vous me voyez venir, là, avec mes gros
sabots — l'article 10, l'application de cette charte-là. Il y a
une sanction, alors une employée
qui est congédiée parce qu'elle refuse d'enlever son voile, pour les besoins de
la cause, là. Son syndicat va la
défendre. Comment est-ce que vous vivez avec la contradiction entre le fait
d'appuyer à 100 % le projet de
loi en tant que syndicaliste mais, d'un autre côté, avoir les
obligations d'un syndicat, qu'il défende ses employés?
Le Président (M. Ferland) :
M. Laviolette.
Laviolette (Marc) : Bien,
écoutez, moi, je n'ai pas de problème avec ça. Ça fait 40 ans que je suis
syndicaliste. Et tous les
syndicalistes savent que les lois sont d'ordre public. Et puis, je veux dire,
il faut que tu respectes les lois, là. Et,
s'il y a dans des conventions… Une convention collective peut prévoir des droits
supérieurs à la loi, mais elle ne peut pas prévoir des droits
inférieurs.
On a une
obligation de représentation en vertu du Code du travail, mais ce n'est pas sur
le fond. C'est-à-dire, il ne faut pas
être négligent, il faut faire une enquête sérieuse. Et puis le grief appartient
toujours au syndicat, hein, dans notre régime
de droit du travail. Donc, s'il y a quelqu'un qui est congédié parce qu'elle a
refusé de porter le voile… D'abord, il y a une progression en termes de
mesures disciplinaires. Là, on ne se réveillera pas le lendemain matin avec un congédiement, on va pouvoir monter ça. Et il faut
s'assurer, dans notre enquête, que c'est bien pour ça et que ce n'est pas
un prétexte, tu sais,
que c'est bien parce qu'elle ne respecte pas la loi n° 90. Dans les
discussions qu'on va avoir… Le projet
de loi n° 60, pardon. Dans les discussions qu'on va avoir là… C'est comme
je disais tantôt, quelqu'un qui refuse d'enlever
son voile, qui est prêt à perdre son travail pour son voile, pour sa religion,
c'est deux choses. Puis, dans nos enquêtes,
dans les discussions préalables, on va le voir : soit qu'elle subit des
pressions indues dans sa famille, ce qui se peut très bien, ou c'est de
l'intégrisme.
Mme Roy
(Montarville) :
Et, pour vous, c'est impossible qu'elle le porte pour des questions
identitaires?
Laviolette (Marc) :
Regardez, si… Non, elle peut le porter, mais, quand tu es rendue à être prête à
perdre ton indépendance économique pour un signe religieux, bien, c'est
de l'intégrisme, ça, madame. Et on combat ça.
Mme Roy
(Montarville) :
Dans l'application de la loi, ce sera effectivement, sur le terrain, les représentants
syndicaux qui devront justement s'occuper des griefs. Qu'est-ce que vous
anticipez? Comment voyez-vous ça dans l'application?
Laviolette (Marc) : Ça va
être probablement comme toutes les autres affaires, il va y avoir
une cause type, là. Puis, d'où elle
va venir, je ne sais pas. Elle peut venir des syndicats, mais il y a
assez de monde qui ont annoncé qu'ils… Tu
sais, quand on a eu le débat sur la charte au Canada, là, avec le
rapatriement de la Constitution, il y
avait un gros débat, ils disaient : On va avoir un gouvernement des juges, tu sais? Il y a beaucoup de monde dans la société, surtout certaines
élites, qui vivent dans la crainte non pas
de Dieu mais des juges de la Cour
suprême. Il va y avoir une cause
type, là, puis on va suivre ça.
Moi, écoute,
je ne peux pas parler pour l'ensemble du mouvement syndical, je parle comme
syndicaliste. Moi, c'est… Si c'est
vraiment pour non-respect de la loi, là, je veux dire, il n'y a
même pas… c'est un grief non fondé, point à la ligne.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci, Mme la députée. Maintenant, je reconnais le député de Blainville.
M. Ratthé : Merci, M. le Président. Mme Mailloux, M. Laviolette, M. Dubuc, je pense
que vous avez bien campé au départ,
là, qui vous êtes : vous êtes un club politique qui regroupe des gens
convaincus, politiquement parlant, militants évidemment, hein? Et vous
avez bien… notre collègue libéral a…
Une voix : Bien enquêté ça.
M. Ratthé : …bien enquêté ça, c'est ce qu'on a pu voir. Mais,
à mon avis, il y a sûrement des gens qui vont venir ici, qui sont aussi militants libéraux ou
militants de n'importe quel autre parti politique. Mais moi, je vais profiter de votre présence,
parce que, je trouve curieux, ce matin, on ne vous a pas posé la question…
Souvent, mes collègues libéraux posent
la question suivante. Et je trouve qu'ils ont manqué une belle opportunité ce
matin, parce que vous êtes des gens qui
font du militantisme, vous êtes convaincus, vous êtes impliqués en politique.
Et j'entends souvent… On dit souvent aux
gens qui sont un peu défavorables ou qui ont une position défavorable, que je
ne juge pas, face au projet de loi, surtout au fait d'enlever un signe
religieux, on compare ça à la neutralité politique, à l'affichage, par exemple,
de signes politiques. Le député de
LaFontaine dit souvent : Est-ce que vous pensez vraiment là que c'est la
même chose de ne pas porter un
écusson du PQ versus de demander à quelqu'un de ne pas porter un signe
ostentatoire? Moi, je voudrais vous entendre
là-dessus. Parce qu'il y a des gens, évidemment, qui disent : Non, non, ce
n'est pas du tout pareil, les convictions
religieuses, convictions politiques. Votre point de vue là-dessus, sur la
neutralité politique versus la neutralité religieuse.
Mailloux (Louise) : Moi, je
pense qu'il faut aborder la chose du point de vue de l'usager, c'est-à-dire que
l'État s'adresse à des citoyens, d'accord? Et donc, autrement dit, il ne
s'adresse pas à des péquistes, à des libéraux, à des catholiques, ou à des musulmans, on est au-delà. Le service de
l'État, c'est : on est au-delà des particularismes et religieux et politiques, ce qui n'empêche pas
les employés d'avoir des affinités pour tel parti politique, de militer dans un parti politique, ou de se rattacher à telle
Église, ou etc., d'avoir telle croyance. Mais, du point de vue de l'usager, on
doit être impeccable, c'est-à-dire offrir
une apparence de neutralité quand on est un employé de l'État. Alors, de ce point
de vue là, qu'on soit sur le terrain politique ou sur le terrain religieux, du
point de vue de l'usager, c'est du pareil au même,
et c'est ça, ici, qui doit importer. Quand un gouvernement légifère sur la
laïcité de l'État, il n'est pas en train…
il est en train, autrement dit, de se poser la question : Est-ce qu'on
veut, oui ou non, donner un service laïque à nos citoyens?
M. Ratthé :
Je vous pose la même question que j'ai posée au groupe auparavant. Je ne crois
pas que le projet de loi — et plusieurs personnes l'ont mentionné — là, vienne brimer la pratique religieuse ou,
du moins, le droit à la liberté à la
religion quand on demande à quelqu'un qu'entre 9 heures et 5 heures
il ne porte pas de signe religieux. Par contre, vous comme d'autres groupes nous disent : On
devrait aller beaucoup plus loin, on devrait dire aux élèves de ne pas porter
de signe religieux. Et là je pense
que pourraient s'élever des drapeaux, dire : Écoutez, là, on est vraiment
dans la liberté de religion, on n'est plus dans le
service à la clientèle, justement. Est-ce que ce n'est pas s'exposer à des
critiques qui vont dire que,
justement, on va trop loin, qu'on brime la liberté religieuse, la liberté
d'expression? Parce que, là, on est vraiment à l'élève, l'étudiant,
l'universitaire, entre autres, qui fait un choix, hein, c'est un adulte.
Mme Mailloux (Louise) : Et vous avez
dû remarquer qu'on a dit : Interdiction du port de signes religieux
ostentatoires pour les élèves des écoles primaires et secondaires, ce qui
exclut évidemment tous les autres...
M. Ratthé : Collégial et
universitaire.
Mailloux (Louise) :
Collégial et universitaire. Pourquoi pour les élèves? Parce qu'une école
laïque, ce n'est pas n'importe quoi.
Autrement dit, un État laïque met en place des écoles laïques. Ça veut dire
quoi? Ça veut dire… je parlais de
citoyenneté tout à l'heure, ça veut dire une école où les élèves se retrouvent,
justement, et on les socialise pour devenir
des citoyens du Québec. On leur donne des valeurs communes. Alors, autrement
dit, c'est une éducation. Une éducation
laïque, c'est une éducation qui doit aller au-delà, encore une fois, des
particularismes religieux. Maintenant, il faut voir aussi l'école laïque
comme étant une protection pour ces mineurs-là…
Le Président (M. Ferland) :
Mme Mailloux, malheureusement…
Mme Mailloux (Louise) : …ces
enfants-là. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) :
…malheureusement, je dois vous arrêter — j'ai un travail ingrat.
Alors, merci, M. le député. Alors, je vous remercie, Mme Mailloux, M.
Laviolette, M. Dubuc.
Et j'informe
les membres de la commission que vous pouvez laisser vos documents ici, la
salle sera sécurisée.
Et, sur ce,
je suspends la commission. La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 29)
Le Président (M. Ferland) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend donc ses travaux. Cet après-midi,
nous entendrons l'Association humaniste du Québec, Mme Jocelyne Robert et
M. Ghyslain Parent. J'invite donc les
représentants de l'Association humaniste du Québec à
nous présenter leur mémoire, en vous mentionnant que vous disposez d'un
délai de 10 minutes pour la présentation de votre mémoire, et suivra, après
ça, l'échange avec les parlementaires. Alors, à vous la parole, en présentant
la personne qui vous accompagne.
M. Virard (Michel) : Le micro fonctionne?
Le micro fonctionne?
Le Président (M. Ferland) :
Oui. Oui, oui.
M. Virard (Michel) : Merci. M. le
Président, Mmes, MM. les députés, merci de nous avoir invités. Je suis Michel Virard, président de l'Association
humaniste du Québec, un organisme de bienfaisance reconnu dont la
mission est le développement de la pensée critique au sein de la population
du Québec. Notre association veille également à défendre les droits des libres
penseurs athées et agnostiques, des personnes sans affiliation religieuse
déclarée, et qui représentent le second
groupe de conviction religieuse en importance au Québec avec, au dernier
recensement, plus de 400 000 personnes. L'AHQ a été fondée en
2005 par Bernard Cloutier, ingénieur, Normand Baillargeon, professeur, et
moi-même.
En dépit de
la Révolution tranquille et de la déconfessionnalisation du réseau scolaire,
les athées et agnostiques du Québec
sont toujours considérés, par tous les paliers de gouvernement, comme des
citoyens de seconde catégorie, la préséance étant toujours donnée
implicitement aux citoyens ayant ou prétendant avoir une foi dans une divinité.
Par exemple, plusieurs conseils municipaux
forcent les athées à révéler leurs convictions intimes en public, ce qui, sous
d'autres cieux, serait considéré
comme une faute très grave mais continue d'être considéré, ici, comme allant de
soi. Autre exemple, les
assermentations où les greffiers continuent de proposer un livre sacré en dépit
de la loi et forcent donc la personne assermentée
à révéler, là encore, sa conviction intime en public. Autre exemple, les propos
publics d'un fonctionnaire au
ministère de l'Éducation déclarant que, si le cours éthique et culture
religieuse ne mentionne pas les athées, c'est parce que le terme est trop négatif. Plus récemment, la
décision du Directeur de l'état civil de ne pas nous permettre de célébrer
des mariages humanistes reconnus par l'état
civil, tels que ceux pratiqués par d'autres organisations à caractère
religieux, est, là encore, la manifestation d'une discrimination
discrète mais efficace.
Nous avons donc décidé de joindre nos forces
avec d'autres mouvements et nous avons ainsi cofondé le Rassemblement pour la laïcité, désormais célèbre avec plus de
61 610 signatures en faveur de la charte de la laïcité à
12 h 20 aujourd'hui. Depuis
2010, nous avons produit plusieurs documents de travail sur la laïcité. La
dernière mouture a été réalisée par Lyne Jubinville, ici présente.
Jubinville est informaticienne et secrétaire de l'Association humaniste. Le
mémoire dont vous avez pris connaissance, Pour
un État véritablement laïque, est en très grande
partie l'oeuvre de Daniel
Baril, porte-parole de l'AHQ, anthropologue,
auteur et codirecteur, avec Daniel Turp, de l'ouvrage collectif Pour une
reconnaissance de la laïcité au Québec . Je lui laisse la
parole. Daniel.
M. Baril (Daniel) : Merci. Vous notez, M. le Président, qu'il y a eu erreur dans la
présentation des personnes à l'ouverture de la commission.
Le Président (M.
Ferland) : C'est quoi, l'erreur?
M. Baril
(Daniel) : Les noms que vous avez mentionnés ne sont pas nous.
Président (M. Ferland) : Ah! je n'ai pas mentionné de nom, j'ai
demandé de vous présenter et les personnes qui accompagnent. Je n'ai
mentionné aucun nom.
M. Baril
(Daniel) : D'accord.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, il n'a pas pu y avoir d'erreur. Allez-y,
monsieur.
M. Baril (Daniel) : L'Association humaniste du Québec appuie globalement les objectifs du
projet de loi n° 60 et ses
principales dispositions, notamment l'interdiction des signes religieux
ostensibles de la part de tous les employés de tous les organismes
publics.
note que le projet de loi parle de restreindre les signes religieux à
caractère démonstratif. Or, on aurait préféré peut-être qu'ils interdisent
tous les signes religieux visibles, comme c'est le cas, par exemple, en France. Ça nous a apparu plus
conforme à la laïcité, peut-être plus simple d'application. Mais on
conçoit… on accepte qu'il s'agit, ici, d'un compromis acceptable de
n'interdire que les signes ostentatoires, donc les signes visibles peuvent être
autorisés par la loi.
À peu près
tout a été dit, là, jusqu'à maintenant, sur les différents arguments à l'appui de cette
interdiction. On voudrait quand même attirer l'attention sur certains
des arguments qui ont été insuffisamment défendus, à notre avis. Notamment, il
s'agit de défendre, de protéger la liberté de conscience de l'usager d'un
service public, dans le cas du service
public, dans le cas de la laïcité, qui a préséance sur la liberté d'expression
religieuse de l'employé. On a dit, on a entendu plusieurs fois que l'interdit des signes religieux
privilégie les religions discrètes ou les athées. On ne comprend pas d'où vient un tel argument, qu'on a même vu
dans le rapport Bouchard et que Le Jeune Barreau a défendu. En fait, il nous apparaît que c'est l'inverse. C'est la
permission d'afficher ostensiblement ses convictions religieuses qui privilégie
les croyants qui décident de s'afficher de
telle sorte. On crée une surenchère. Tout
le monde peut afficher ostensiblement
ses convictions, y compris les
croyants discrets, y compris les athées. Alors, on demande, nous, la même
petite gêne à tout le monde.
L'identité
profonde. Est-ce que l'identité profonde construite sur des référents
religieux est plus profonde, plus sincère,
plus authentique que l'identité construite sans référence religieuse? Alors, on
ne voit pas pourquoi la première serait plus fondamentale en droit que
la seconde. C'est indéfendable philosophiquement et psychologiquement.
En droit international.
On a dit que la charte proposée risque de se heurter au droit international,
même le Barreau a ça dans son mémoire, en
disant que la démonstration n'a pas été faite. Il y a de la jurisprudence internationale
sur le sujet, de la Cour européenne des
droits de l'homme, qui autorise l'interdit de signes religieux au nom de la
laïcité. On a des exemples, on a une
annexe à notre mémoire à ce sujet.
On a par contre
plusieurs correctifs à proposer, notamment sur la définition de la laïcité. On
trouve que le caractère n'est pas
suffisamment affirmé dans le projet de loi. Il est mentionné dans le préambule,
on y fait allusion dans l'article 1,
mais on a l'impression que la laïcité est conçue comme un élément intrinsèque
de l'État. Alors, ce n'est pas le cas.
On propose un amendement, une reformulation du préambule et un nouvel
article 1 qui dirait que l'État est laïque, il faut l'affirmer clairement dans un
article de la
loi, et, en vertu de ce caractère, légifère indépendamment des religions et des croyances religieuses. Nul ne
peut porter atteinte à cette laïcité, qui s'étend également aux institutions
publiques et services publics.
Là-dessus,
l'article 1 nous pose problème. On ne voit pas pourquoi on mentionne, là,
dans l'affirmation de la laïcité, là… on
ajoute les éléments emblématiques du patrimoine culturel et du parcours
historique du Québec. On craint que
ça puisse servir à maintenir des pratiques contraires à la liberté de
conscience, comme les prières dans les assemblées municipales.
On pense que
l'interdit des signes religieux dans les milieux scolaires devrait également
s'étendre aux élèves. Vous avez entendu ce
matin, là, des cas où on fait jurer à des jeunes filles de huit ans qu'elles
vont porter le voile à la vie. On a
d'autres exemples de ce type-là. En fait, il y a même de l'intimidation entre
élèves qui portent ou qui ne portent pas le voile dans les écoles.
Alors, on voudrait donner un environnement éducatif, à ces élèves, exempt de
toute pression de convictions religieuses, parce que les religions, en fait,
enseignent des choses qui sont contraires aux valeurs qu'on retrouve dans nos
chartes des droits et libertés.
On pense
également que la loi devrait recourir à la clause dérogatoire, ça a été
mentionné, on le répète, parce que, d'une
part, la Constitution canadienne n'a pas le principe de la laïcité dans ses
articles. Non seulement elle ne l'a pas, mais elle est fondée, dans le préambule, sur la reconnaissance de la
suprématie de Dieu et, en fait, elle est interprétée en fonction du multiculturalisme
canadien, et toute la jurisprudence va dans ce sens. Alors, on craindrait, là,
de perdre un cinq ans ici si la clause n'était pas incluse dans le
projet.
y a plusieurs omissions également, et on propose que se crée un comité de
travail, une table quelconque qui aurait
pour fonction de ramasser tout ce qui a été laissé en plan. Parce que la
laïcité, ça ne se limite pas au seul interdit des signes religieux de la
part des fonctionnaires, il y a mille et une autres choses. On comprend que
l'ensemble de la question ne pouvait pas être réglée dans une seule et même
intervention. C'est un long processus, c'est une question complexe et qui est
toujours à remettre au goût du jour. On le voit en France, le débat se
poursuit. Donc, un comité qui verrait à faire
le tour de la question, ça pourrait... Ce qu'on énumère ici, dans notre
mémoire, rejoint un peu ce que Guy Rocher proposait hier, c'est-à-dire
un conseil de la laïcité qui pourrait avoir pour mandat d'examiner tout ce qui
reste.
Et une des
principales omissions dans le projet, c'est qu'on ne règle pas la question des
prières municipales. Même si la cause est
portée devant la Cour suprême, rien n'empêche le gouvernement de légiférer et
de mettre clairement, dans le projet
de loi, un article, qu'on propose ici : «Les organismes publics ainsi que
l'Assemblée nationale ne peuvent tenir
d'activités