Labour and the Economy — 18 April 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2023-04-18
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue
et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre
leur sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques pour le projet de loi n°
19,
Loi sur l'encadrement du travail des enfants.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Martel (Nicolet-Bécancour) est remplacé par Mme Poulet
(Laporte).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous débuterons ce matin par des remarques préliminaires puis nous entendrons
par la suite les témoins suivants : le Conseil du patronat du Québec, la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante et la Fédération des chambres de
commerce du Québec.
Donc, nous avons une durée, pour les remarques
préliminaires, le gouvernement, de six minutes, l'opposition officielle, de
4 min 30 s, et le deuxième groupe de l'opposition,
1 min 30 s.
Donc, j'invite maintenant M. le ministre du
Travail à faire ses remarques préliminaires. M. le ministre.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. D'abord, vous dire que je suis extrêmement heureux d'être ici ce
matin, saluer mes collègues des partis d'opposition, notamment des comtés de
Bourassa-Sauvé et d'Hochelaga-Maisonneuve, tous mes collègues du parti
gouvernemental.
Comme c'est limité dans le temps, je vais aller
droit au sujet. Ce qui nous intéresse, c'est d'abord d'entendre des groupes qui
ont des préoccupations, des sensibilités. On a déposé, le 28 mars dernier,
un projet de loi pour mieux encadrer le travail des enfants, et je pense que
c'est un exercice qui est vital puis c'est une institution démocratique pour
laquelle j'ai énormément de respect. Donc, on s'invite tous à être attentifs à
analyser ce qui va apparaître dans les mémoires des différents groupes.
Mais d'abord se rappeler qu'on est ici pour
mieux protéger nos enfants et assurer leur réussite éducative. On a fait ce
projet de loi là après avoir consulté beaucoup de groupes de la société civile,
notamment au Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, les
associations patronales, les centrales syndicales, le Réseau québécois pour la
réussite éducative, l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés,
l'ordre des pédiatres aussi. Il y a énormément, sans oublier personne,
d'organismes et de groupements qui ont exprimé un intérêt.
Les mesures-phares qui découlent du consensus
issu du comité consultatif, c'est d'abord d'établir à 14 ans un âge
minimal d'admission à l'emploi. Il y a cependant des exceptions qui
apparaissent dans le projet de loi, des exceptions qui constituent des
prolongations de la vie familiale ou scolaire des jeunes. Et, parmi ces
exceptions-là, il n'y a rien qui constitue, dans les activités qui sont visées,
des risques importants pour la santé et sécurité de nos jeunes.
Donc, au-delà de ces exceptions, vous avez vu,
dans le projet de loi, il y a un pouvoir réglementaire du gouvernement pour
tenir compte de l'évolution des données qui seront compilées et des
connaissances en matière de travail des enfants. Il y a aussi un maximum de
17 heures par semaine durant l'année scolaire. Vous savez qu'au Québec il
y a une obligation de fréquentation scolaire jusqu'à 16 ans et
10 heures par semaine, c'est-à-dire du lundi au vendredi. On fait
exception, évidemment, des périodes où il y a plus de sept jours consécutifs
sans service éducatif, donc les congés, les périodes de relâche et les vacances
estivales. C'est des mesures-phares qui s'imposent.
Vous avez vu, encore ce matin, on en parle, dans
les cinq dernières années, il y a eu une augmentation significative du nombre
d'accidents de travail. On a aussi obtenu des données par une enquête récente
sur la santé psychologique des jeunes qui démontre que, dans le
secondaire I et II, à peu près 50 % travaillent, il y en a 20 %
qui travaillent plus que 15 heures par semaine et 40 % présentent des
symptômes d'anxiété. Donc, quand on parle de fatigue, de stress, de problèmes
de concentration, de troubles de sommeil, ça nous préoccupe fondamentalement
parce qu'il faut penser à l'avenir du Québec qui repose sur les épaules de
notre jeunesse, il faut la protéger en matière de santé, sécurité, intégrité
physique et psychologique, mais aussi il ne faut pas affecter leur persévérance
scolaire.
Donc, je suis convaincu qu'en travaillant de
manière constructive on est capables de faire en sorte qu'au Québec
on est respectueux, en harmonie avec les législations qui existent ailleurs et
celles émanant de la convention sur les droits de l'enfant, provenant de
l'Organisation internationale du travail, à laquelle le Canada et le Québec ont
adhéré.
Alors, merci beaucoup, Mme la Présidente. Puis
je suis fébrile d'entendre les groupes. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le ministre. J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle
et députée de Bourassa-Sauvé de faire ses remarques préliminaires.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. le ministre. Aujourd'hui, salutations à tous les
collègues, incluant le collègue député d'Hochelaga-Maisonneuve, et merci
également, donc, à tous les groupes, là, qui ont accepté de venir nous partager
leurs différentes perspectives, ceux qui sont présents, bon, avec nous
virtuellement ce matin, ceux qui se joindront à nous plus tard cette semaine et
à tous ceux ayant produit des mémoires et qui continueront d'en déposer au cours
des prochains jours afin que nous puissions nous acquitter de notre tâche de
législateurs avec rigueur.
D'entrée de jeu, M. le ministre, vous le savez,
nous en en avons discuté, et c'est assez public, donc, nous accueillons
favorablement l'esprit du projet de loi déposé. Nous l'avons mentionné, le
Québec accuse un retard assez important en matière d'encadrement du travail des
enfants, et l'actualité des 12 derniers mois nous prouve toute la
pertinence d'agir en cette matière aujourd'hui. Donc, c'est une bonne chose,
là, que nous puissions donc avoir obtenu un certain... un certain consensus de
différents acteurs de la société civile et de différents experts pour que nous
puissions franchir ce pas aujourd'hui. Mais évidemment, donc, nous pourrons
profiter des prochains jours afin de mieux formater le tout.
Et l'actualité des 12 derniers mois,
disais-je donc, nous a permis de constater l'importance d'avancer en ce sens
pour différents motifs, notamment la santé et sécurité des jeunes travailleurs.
Donc, on le sait, la CNESST rapportait une hausse annuelle de 36 % des
accidents de travail chez les personnes de moins de 16 ans au Québec
entre... entre 2020 et 2021, et surtout une hausse de 392 % des accidents
de travail chez les jeunes de moins de 14 ans durant la période de 2012 à
2021. Mais encore ce matin, avec les derniers chiffres de 2022, constatant une
hausse de 640 %, depuis 2017, des accidents de travail chez les moins de
14 ans, cela nous illustre encore une fois, donc, la pertinence du travail
qui s'effectue aujourd'hui.
On a aussi mentionné, et vous l'avez fait, M. le
ministre, l'importance d'encadrer le travail des jeunes pour la réussite
académique. Il y a certaines corrélations que l'on peut faire, indépendamment
des données, là, que l'on peut trouver sur le... entre... le lien qui existe
entre le nombre d'heures travaillées durant l'année scolaire et la réussite
éducative. Donc, ça nous mène donc dans cette perspective, là, de mieux
encadrer le travail.
Mais j'irais un peu plus loin, M. le ministre,
je suis aussi guidée par ces deux principes, mais également par celui de la
productivité à long terme de notre main-d'oeuvre. On le sait, le Québec accuse
un certain retard de productivité par rapport au reste des provinces
canadiennes, et mieux encadrer le travail des enfants, je crois, s'illustre
également, donc, à travers ce... cet objectif additionnel de nous assurer d'une
meilleure productivité à long terme de notre main-d'oeuvre, en plus de la santé
et sécurité, de l'intégrité physique des jeunes et de la santé mentale de
ceux-ci.
Comme société, nous n'avons pas le luxe de
sacrifier une génération, quoiqu'évidemment, donc, de façon bien dosée, et nous
entendrons donc certains groupes nous... nous le mentionner aujourd'hui, que...
Nous comprenons que le travail, donc, peut être un vecteur d'épanouissement, de
socialisation, de sens des responsabilités, dans certains secteurs d'activité
qui peuvent accompagner les jeunes, mais c'est surtout les différents principes
mentionnés ci-haut qui pourront guider notre action aujourd'hui.
Chez nous, à l'opposition officielle, notre
position est qu'à notre sens la situation actuelle, donc, du marché de l'emploi
est une... est la résultante d'un certain laxisme dans le dossier de la pénurie
de main-d'oeuvre et...
La Présidente (Mme D'Amours) : En
terminant.
Mme Cadet : Ah! voilà. En terminant,
à notre sens, les enfants ne peuvent pas être la solution à la pénurie de
main-d'oeuvre. Donc, nous aurons...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci...
Mme Cadet : Voilà. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe
d'opposition, le député d'Hochelaga-Maisonneuve, à faire ses remarques
préliminaires. La parole est à vous.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Salutations à tout le monde, à tous les collègues en particulier. C'est mon
septième projet de loi, je pense, avec le ministre du Travail. Je ne sais pas
si c'est le record à l'Assemblée, ici, là, de vis-à-vis
depuis... depuis un petit bout, mais ça va être aussi agréable que les
précédents, je suis convaincu de ça.
On accueille favorablement le projet de loi. À
Québec Solidaire, on l'a déjà dit, on l'appelait de nos voeux depuis quand même
plusieurs années. J'avais un stress avant de voir le contenu, j'avais la
crainte qu'on aille faire la théorie du fromage suisse avec des petits trous,
donc qu'on ait mis un âge, mais qu'on mette tellement d'exceptions que,
finalement, le fromage, il n'y avait plus rien dedans. Donc, c'est une des
choses que je vais vérifier, moi, dans le cadre de cette étude détaillée qui va
suivre, donc, après les présentations des groupes, est-ce qu'il n'y aura pas
trop de réflexes à vouloir rajouter des exceptions à la pelletée qui feraient
en sorte de rendre inopérant le fameux 14 ans. Donc, c'est une inquiétude
que j'ai.
L'autre inquiétude que j'ai, sur laquelle je
vais vouloir qu'on discute, c'est le fameux formulaire. Vous savez qu'en ce
moment sur le site de la CNESST il y a un formulaire, qui est un formulaire
type, là, pour signifier une autorisation parentale qu'un jeune de moins de
14 ans travaille dans une entreprise. Maintenant qu'il va y avoir moins de
jeunes de 14 ans qui vont le faire, ce formulaire-là va continuer à
exister. Ce que j'ai compris, c'est qu'il y aura maintenant un formulaire
formel, officiel de la CNESST. C'est une bonne chose. Mais ma compréhension,
c'est qu'il n'y a pas de centralisation de ce formulaire-là, et c'est quelque
chose sur lequel il va falloir qu'on se penche.
Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le député. S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons maintenant
débuter les auditions. Donc, je souhaite maintenant la bienvenue au Conseil du
patronat du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange entre les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre
exposé.
M. Blackburn (Karl) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. M. le ministre, chers députés du gouvernement de
l'opposition, c'est pour moi, vraiment, un privilège de m'adresser encore une
fois à vous ce matin. Comme l'histoire se répète, c'est toujours des moments
fébriles qui permettent, justement, de vivre cette possibilité avec vous ce
matin. Et j'aimerais remercier la commission parlementaire de l'économie et du
travail d'avoir invité le CPQ à partager, entre autres, ses commentaires dans
le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 19, la Loi
sur l'encadrement du travail des enfants.
Je suis Karl Blackburn, président et chef de la
direction du Conseil du patronat du Québec, et je suis accompagné de ma
collègue, Me Marie-Claude Perreault, vice-présidente Travail et affaires
juridiques du CPQ.
Notre organisation, créée en 1969, est une
confédération de près de 100 associations sectorielles et de plusieurs
membres corporatifs qui représente les intérêts de plus de
70 000 employeurs, de toutes tailles et de toutes les régions du
Québec, issus des secteurs privé et parapublic également. Le CPQ a pour mission
de se prononcer sur les politiques publiques susceptibles d'affecter les
entreprises tant au palier municipal, provincial que fédéral. Le CPQ intervient
également sur de nombreuses tribunes pour faire entendre la voix des employeurs
du Québec et de faire reconnaître leur contribution à l'amélioration du niveau
de la vie, de qualité de la vie des citoyens.
Le CPQ exerce, de manière constructive, une
influence considérable visant à améliorer les conditions de succès de ses
membres par la crédibilité et l'efficacité de ses interventions. Son engagement
continue à faire valoir leurs intérêts sur de nombreux fronts, son approche
favorisant un dialogue social et son support à une meilleure compréhension des
enjeux touchant les employeurs tels que la pénurie de main-d'oeuvre, le
développement économique, les enjeux publics et environnementaux.
D'entrée de jeu, le Conseil du patronat du
Québec appuie le dépôt du projet de loi qui découle d'une démarche de consensus
et de consultations de plusieurs parties prenantes. Avec le PL n° 19,
on vient renforcer la santé et la sécurité du travail des jeunes et l'équilibre
entre leur réussite scolaire et leur implication sur le marché du travail.
Nous sommes tout à fait d'accord avec le
principe que l'éducation doit toujours être la priorité. C'est un
investissement à long terme pour le jeune, mais aussi pour l'employeur. Bref,
c'est toute la société québécoise qui ressort gagnante lorsqu'un jeune décide
de rester sur les bancs d'école et qu'il continue à apprendre.
Rappelons que le Conseil du patronat est membre
du Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, le fameux CCTM. Ce
dernier a reçu un mandat par le ministre du Travail de déposer un avis sur la
question du travail des enfants et l'âge légal pour travailler. Nous avons pris
part à ces nombreuses discussions et avons déposé le rapport consensuel qui
propose plusieurs recommandations.
En guise de rappel, le CCTM recommandait
d'établir à 14 ans l'âge général d'admission à l'emploi, sauf pour des
exceptions qui pourraient être prévues par règlement, pour lesquelles il
devrait y avoir une autorisation parentale; établir à 17 heures par
semaine et à 10 heures, entre le lundi 6 heures et le vendredi 23 heures,
la limite d'heures que peut travailler un enfant soumis à l'obligation de
fréquentation scolaire durant l'année scolaire, à l'exception des périodes des
fêtes, de relâche et estivale; mettre en place des campagnes de sensibilisation
et d'information plus ciblées; s'assurer que la réglementation actuelle de la
CNESST reflète davantage le portrait statistique des lésions par secteur des
jeunes travailleurs; prévoir un préambule à la
section Travail des enfants de
la
Loi sur les normes du travail pour que les règles relatives au travail des
enfants s'interprètent toujours dans l'intérêt de
l'enfant et pour favoriser son développement et sa réussite scolaire; et
finalement
documenter davantage le travail des enfants assujettis à
l'obligation de fréquentation scolaire afin de mieux en cerner l'évolution,
notamment quant au nombre de travailleurs de ce groupe d'âge, leur âge et leur
secteur d'activité.
Je partage la volonté du ministre Boulet de
vouloir renforcer l'équilibre entre la réussite scolaire de nos jeunes et leur
implication sur le marché du travail. Je serai loin de vous surprendre en vous
disant que le CPQ est d'avis que ces recommandations doivent être entièrement
suivies.
Plus spécifiquement, le CPQ accueille
favorablement l'exception de l'interdiction de faire travailler un enfant en
deçà de l'âge de 14 ans lorsque le travail s'effectue dans une entreprise
familiale. Cette exception constitue une prolongation de la vie familiale. Elle
s'inscrit aussi dans l'intérêt de l'enfant, d'autant plus qu'elle permet de
former la relève entrepreneuriale.
Le CPQ se questionne toutefois quant aux
conditions d'application de cette exception. D'une part, nous questionnons
l'exigence que l'entreprise familiale compte moins de 10 salariés. Je suis
le fier fils d'un épicier et le petit-fils d'un épicier. J'ai eu le privilège
de grandir dans une entreprise familiale, et, pour moi, cette expérience m'a
bien formé, bien préparé à ma vie d'adulte, et elle comptait plus de
10 salariés. En limitant cette exception aux entreprises familiales
comptant moins de 10 salariés, nous nous trouvons à exclure un bon nombre
d'entreprises familiales, ce qui va à l'encontre de l'objectif visé par cette
exception.
Le CPQ s'interroge sur le fondement de cette
limite de moins de 10 salariés, considérant que la notion d'entreprise
familiale ne dépend pas du nombre de travailleurs. Une entreprise familiale est
plutôt le prolongement de la vie familiale d'un jeune, peu importe la grosseur
des effectifs.
Ainsi, le CPQ recommande que la limite de moins de
10 salariés soit retirée. Si cette limite est maintenue, la façon de
calculer le nombre de salariés au sein de l'entreprise devrait être précisée.
Cela porterait à confusion pour de nombreux employeurs. Par exemple, dans le
secteur agricole durant la période estivale, des fermes familiales embauchent
plusieurs travailleurs saisonniers, alors qu'en dehors de cette période elles
comptent moins de 10 salariés. Sur quelle période l'employeur devra-t-il
se baser pour compter le nombre de salariés au sein de l'entreprise? Devra-t-il
compter le nombre de travailleurs dans l'entreprise en haute saison, en basse
saison, effectuer une moyenne entre à la haute et la basse saison?
Par ailleurs, nous tenions à souligner que le
nombre de salariés au sein de l'entreprise n'a aucun impact sur la protection
de la santé et de la sécurité au travail des jeunes. Les modifications
législatives apportées au régime de santé et sécurité du travail et les
mécanismes de prévention permettent d'assurer la santé et la sécurité au travail
de tous les salariés, peu importe le nombre de travailleurs.
D'autre part, nous nous questionnons sur
l'exigence que le jeune de moins de 14 ans soit l'enfant de l'employeur,
l'enfant d'un administrateur de la personne morale ou de la société constituant
l'employeur ou l'enfant du conjoint d'une de ces personnes. De nombreux enfants
sont susceptibles de considérer l'entreprise de leurs frères, de leurs soeurs,
de leurs grands-parents ou celle de leurs conjoints de ces personnes comme une
entreprise familiale constituant un prolongement de leur vie familiale.
Le CPQ recommande que l'application de cette
exemption soit élargie à d'autres membres de la famille de l'enfant. Il serait
pertinent d'adopter la notion de parent prévue à l'article 79.6.1 de la Loi
sur les normes du travail, avec les adaptations nécessaires, ce qui répondrait
également au souci de cohérence législative.
Il serait pertinent, avant d'adopter les
dispositions du projet de loi visant à modifier la
Loi sur la santé et la
sécurité du travail, que des études plus poussées soient effectuées quant au
portrait statistique des lésions par secteurs des jeunes travailleurs. À la
lumière de l'analyse des résultats de telles études, nous bénéficierons de tout
l'éclairage nécessaire pour que des modifications à la
Loi sur la santé et
sécurité du travail répondent à la réalité, soient adaptées et ainsi que les
objectifs soient atteints.
Finalement, une attention devrait être accordée
au moment de l'entrée en vigueur du projet de loi. Une fois sanctionné, le
projet de loi prévoit un délai de 30 jours pour la transmission par les
employeurs de préavis de cessation d'emploi aux jeunes de moins de 14 ans.
Le ministère du Travail estime qu'entre... en 2022, entre 89 000 et
96 000 jeunes de moins de 14 ans occupaient un emploi. Il ne
faudrait pas que ces jeunes travailleurs aient, par exemple, à quitter leur
emploi en plein milieu de la saison estivale. Les dates de cessation d'emploi
devraient correspondre au début de l'année scolaire suivant la
section de la
loi.
Comme le disait Winston Churchill, il ne sert à
rien de dire : Nous avons fait de notre mieux, il faut réussir à faire ce
qui est nécessaire. Je vous remercie de votre attention. Et c'est maintenant un
plaisir, pour moi et Marie-Claude, de répondre à vos questions.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange de M. le ministre pour une durée de 16 min 30 s Donc,
M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Dans un premier temps, j'aimerais remercier M. Blackburn et
madame... Me Perreault. Le CPQ a effectivement été un acteur clé dans
l'atteinte d'un consensus au comité consultatif. Et vous avez toute notre
reconnaissance, hein, parce que vous savez à quel point le dialogue social est
important, et c'est devenu un enjeu, là, qui est quand même assez crucial, si
vous me le permettez. D'ailleurs, la pénurie de main-d'oeuvre a imposé un
certain nombre de pressions aux employeurs, et c'est un des éléments qui
justifie qu'il y ait plus de jeunes dans le marché de l'emploi, et
l'augmentation significative du nombre d'accidents de travail, et les
incidences, là, sur la persévérance scolaire.
C'est important pour moi
de rappeler, M. Blackburn, que les parents ont un rôle fondamental à jouer.
Évidemment, c'est une responsabilité partagée, il y a aussi les employeurs, il
y a aussi les écoles puis il y a aussi les enfants. Mais les parents, le projet
de loi raffermit d'ailleurs leur implication en prévoyant un formulaire par la
CNESST où apparaîtront les tâches, les heures de travail et les périodes de
disponibilité. Ça va permettre aux parents de donner un consentement qui est
beaucoup plus éclairé et un consentement qui va apparaître sur un formulaire
qui va être conservé chez l'employeur. Donc, le suivi et l'application vont
être considérablement renforcés. Donc, c'est important pour moi de le
mentionner et de préciser aussi que le 17 heures, c'est un maximum, le
10 heures, c'est un maximum. Encore une fois, les parents, grâce au
formulaire, vont pouvoir s'impliquer dans le nombre d'heures et dans la nature
des tâches. Et, dans le projet de loi, vous avez vu que les modifications à ce
formulaire-là vont devoir faire l'objet aussi d'un consentement.
Sur le... les exceptions, bon, vous... je pense
que vous le définissez bien, c'est des exceptions qui constituent généralement
la prolongation de la vie familiale ou scolaire. Vous vous attardez
spécifiquement à l'exception relative à l'entreprise familiale, pourquoi moins
de 10 salariés. Je vais vous poser une question, M. Blackburn :
Avez-vous une donnée sur le nombre d'entreprises, au Québec, qui ont moins de
10 salariés?
M. Blackburn (Karl) : Bien, d'abord,
merci beaucoup, M. le ministre, de nous permettre d'échanger avec vous sur cet
important projet de loi. Comme vous le savez, le Conseil du patronat du Québec
a assumé un leadership sur cet enjeu parce qu'on y croit, les employeurs du
Québec y croient également, et il serait injuste de faire porter sur le dos ou
sur les épaules des jeunes du Québec le fardeau de la responsabilité de la
pénurie de main-d'oeuvre. Alors, pour nous, c'est extrêmement clair de pouvoir
faire cette distinction et d'en assumer les conséquences.
Je vais demander à ma collègue Marie-Claude,
qui, elle, a participé à l'ensemble des consultations, des échanges avec les
différents groupes, de pouvoir apporter certains éléments à la question précise
que vous posez, mais, encore une fois, comme je l'ai mentionné dans ma
présentation, si je me base sur notre expérience personnelle, sur mon
expérience personnelle, il est clair que, dans les régions du Québec comme
partout ailleurs, les entreprises familiales avec un certain nombre d'employés
qui sont plus élevés que 10 sont extrêmement nombreuses. Malheureusement, je
n'ai pas la question précise à la question précise que vous posez et... par
contre, je vais demander quand même à Marie-Claude de pouvoir apporter des
éléments en lien avec les consultations, les rencontres et les échanges qui ont
eu lieu avec les collaborateurs du Comité consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre.
Mme Perreault (Marie-Claude) : Oui.
Bonjour, M. le ministre. Est-ce que vous m'entendez bien?
M. Blackburn (Karl) : Très bien.
M. Boulet : Oui, tout à fait.
Mme Perreault (Marie-Claude) : Parfait.
Merci. Alors, nous avons effectivement travaillé, au CCTM, pour mener à bien et
aboutir au consensus qui est devant vous et qui fait l'objet du projet de loi.
Nous avons eu des discussions sur la notion d'entreprises familiales, mais,
comme vous l'avez constaté, le consensus ne touche pas cette portion-là. Donc,
il y aurait lieu de se pencher davantage sur la nature de l'entreprise
familiale. Et, pour nous, compte tenu que nous la considérons comme étant un
prolongement de la famille, c'est la raison pour laquelle nous proposons de
nous rabattre sur la définition de «parent» à la
Loi sur les normes du travail,
qui vient préciser certains avantages que la personne peut avoir avec les gens
de sa famille à différents degrés. Donc, si c'est le cas dans la
Loi sur les
normes du travail, il y a une cohérence à soutenir le fait que l'entreprise
familiale doit être une entreprise qui est en lien avec ces mêmes degrés de
parents prévus à la
Loi sur les normes du travail. Donc, le 10 salariés,
pour nous, ne correspondait pas à une donnée connue ou à une définition connue
dans les dispositions législatives.
M. Boulet : ...Perreault, bien, il y
a l'article 4, là, de la
Loi sur l'équité salariale, là, qui s'applique
aux entreprises comptant plus de 10 salariés, et c'est une unité de mesure
qui nous apparaissait raisonnable pour déterminer le niveau de contrôle et de
supervision parentale. Encore une fois, c'est un élément qui est crucial. Et,
dans une organisation comme... ça peut être un casse-croûte, ça peut être une
crémière, ça peut être un petit restaurant, ça peut être un dépanneur, mais,
quand on parle de prolongation de la vie familiale, il faut que ce soit dans
une organisation qui permette ce contrôle-là ou cette supervision-là. Puis
n'oubliez pas que, dans le paragraphe in fine de l'article qui concerne les
exceptions, au-delà du consentement parental, ça requiert la supervision d'une
personne de 18 ans et plus.
Donc, c'est vraiment dans cette perspective-là
que ce soit une petite organisation. Et, selon les données que nous avons
recueillies, 75 % des entreprises au Québec ont moins de 10 employés.
Et, si on fait la déclinaison... puis c'est pour ça que je posais la question,
je n'ai pas le chiffre spécifique pour le nombre d'entreprises familiales en
bas de 10, mais c'est la vaste majorité. Puis il ne faut pas négliger, M.
Blackburn puis Me Perreault, la possibilité des grandes organisations où
c'est beaucoup plus désincarné, où la possibilité ou même l'expectative de
contrôle ou de supervision parentale est à peu près inexistante.
J'aimerais ça m'attarder, là, parce que je sais
qu'on est limités dans le temps... l'entrée en vigueur. Ce que je comprends, M.
Blackburn, bon, l'entrée en vigueur pour l'âge, c'est prévu dans le projet de
loi que ce soit en même temps que la date de sanction. Ce que vous me
mentionnez, c'est que, tenant compte du caractère saisonnier de certaines entreprises, vous souhaiteriez que la date
d'entrée en vigueur soit plus tard que la date de sanction pour permettre à ces
entreprises-là de faire travailler les jeunes de moins de 14 ans pendant
la période estivale dans les exceptions, on s'entend...
M. Blackburn
(Karl) :
s'entend.
M. Boulet : ...parce qu'en haut de
14 ans il n'y a pas... il n'y a pas de limite pendant la période estivale.
Est-ce que c'est bien... je vous ai bien compris, M. Blackburn?
M. Blackburn (Karl) : Tout à fait.
C'est exactement ce qu'on propose comme proposition. Et j'aimerais revenir
brièvement, M. le ministre, sur les exemples de secteurs que vous avez
énumérés, parce qu'effectivement 98 point quelques pour cent des
entreprises au Québec sont des PME, mais 75 % de celles-ci, c'est des
très, très petites entreprises. Mais il y a quand même une réalité qui existe.
La vaste majorité, sinon presque la totalité des épiceries, au Québec, sont de
propriété familiale. Alors, c'est dans ce contexte qu'effectivement... puis...
et pour éviter de tomber par secteur, parce que je le sais que de fonctionner
par exception, par secteur, n'est peut-être pas l'idéal, bien, je pense qu'il
faut avoir en considération que ces entreprises d'épicerie sont vastement
représentées par des entreprises familiales et qu'il y a plus de
10 salariés. Et c'est dans ce contexte que je vous invite à avoir cette
flexibilité ou cette ouverture par rapport à l'évolution ou à l'analyse de
celles-ci, par rapport au nombre d'employés.
Et la date d'entrée en vigueur, vous avez
raison, si on prenait l'exemple, par exemple, que votre loi serait adoptée le
12 juin, bien, malheureusement, autour de la mi-juillet, bien, tous les
jeunes qui n'ont pas 14 ans et qui ne sont pas dans les exceptions
devraient être mis à pied. Alors, dans un contexte de saine gouvernance, de
permettre à ces jeunes-là et aux entreprises de pouvoir finaliser leur travail
durant l'été, bien, pourquoi ne pas faire en sorte que cette loi soit en
vigueur, pour ces gens qui sont des exceptions, à partir de la rentrée
scolaire, par exemple? Alors, ça leur permettrait de finaliser leur été et
aussi, pour les entreprises, d'avoir un peu plus de temps pour se préparer.
M. Boulet : En même temps, vous
savez, M. Blackburn, je comprends bien votre point de vue, mais les
employeurs auraient 30 jours de la date de la sanction pour envoyer le
préavis de cessation d'emploi et pour assurer une protection à ces jeunes-là.
Ils pourraient bénéficier du même délai de congé qui est prévu, déjà, dans les
articles 82 et suivants de la
Loi sur les normes du travail. Donc, ça nous
pousse quand même dans le temps.
Mais vous dites : Il pourrait y avoir une
période de temps où ces employeurs-là seraient privés des jeunes de moins de
14 ans. Mais je vous rappellerai l'objectif de notre projet de loi, c'est
de protéger ces jeunes-là. Puis il y a un nombre de plus en plus préoccupant
d'accidents de travail. Donc, vous me dites : On pourrait, au moins pour
le premier été, les laisser travailler plus longtemps, que l'interdiction de
travailler en bas de 14 ans, sauf exception, soit mise en vigueur plus
tard, et risquer la santé et la sécurité de ces jeunes-là pendant la période
estivale. Est-ce que vous comprenez mon point? Qu'est-ce que vous répondez à
ça, M. Blackburn?
M. Blackburn (Karl) : Je comprends
totalement votre point, et d'ailleurs on y souscrit, M. le ministre, mais, si
le projet de loi avait été adopté en septembre, on n'aurait pas cette
discussion-là autour de la date d'entrée du projet de loi. Alors, c'est
vraiment une question de flexibilité d'opération. On souscrit totalement à
l'objectif, mais, dans un contexte où il est fort probable que des jeunes
soient déjà au travail le 1er juillet ou le 26 juin et que les délais
de l'application de cette loi ne sont pas encore finalisés, bien, pourquoi ne
pas donner, justement, la chance à ces jeunes et aux entreprises de pouvoir
passer à travers la période estivale et, ainsi, permettre aux jeunes de
finaliser leur emploi d'été, permettre aux entreprises de passer à travers
cette situation-là et d'avoir le temps de s'adapter? Je pense que ça amènerait
une portion de flexibilité, M. le ministre, dans l'objectif du projet de loi.
Mais ça ne remet en rien la volonté que vous
poursuivez, comme législateur, et la volonté que nous poursuivons, comme organisation,
de mieux encadrer le travail des jeunes. Comme je l'ai mentionné d'entrée de
jeu, et que Marie-Claude l'a également répété, nous sommes totalement derrière
le consensus qui a été établi au Conseil consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre, le fameux CCTM. Par contre, au niveau de l'application de
certains règlements, ne pourrait-il pas y avoir certains ajustements qui
viendraient peut-être, de beaucoup, pallier à des inquiétudes importantes dans
certains secteurs, comme par exemple le secteur des magasins d'alimentation? Je
le prends à
titre d'exemple parce que j'ai grandi dans ce secteur-là. Alors, ça
pourrait permettre, justement, d'avoir cette flexibilité qui pourrait nous
permettre de passer à travers la période estivale sans heurts et sans négliger
la santé et sécurité des travailleurs ni des jeunes, là, je pense qu'il faut
être bien clairs à ce niveau-là. Et, pour nous, la priorité, c'est l'éducation,
la formation, la santé et sécurité, mais peut-être avec certains ajustements.
M. Boulet : Oui, je comprends bien.
En même temps, je vous rappellerai, M. Blackburn, qu'on a tous reconnu
qu'il y a une nécessité d'agir et qu'il faille faire de notre mieux. Puis on
n'est pas les premiers de classe au Canada, on n'est pas les premiers de classe
à l'échelle internationale. Il y a un impératif de se conscientiser, de se
sensibiliser, l'ensemble des partenaires du marché de l'emploi, pour éviter...
Chaque accident de travail en est un de trop. Chaque événement traumatique qui
laisse des séquelles psychologiques est de trop. Et j'ai toujours un peu de la
misère à concilier ces impératifs-là avec des délais additionnels. Puis je
pense que, même en tenant compte du scénario le plus positif, 30 jours de
la date de la sanction, il y a quand même une période de temps raisonnable pour
permettre aux employeurs de s'adapter. Puis on peut aller à un préavis, comme
vous le savez, de cessation d'emploi qui peut aller à trois semaines, là.
Donc, ça nous amène, presque de façon concomitante, à un moment qui est quand même assez avancé dans la période estivale.
Vous avez vu, M. Blackburn, j'aimerais ça vous
entendre là-dessus, dans le projet de loi, la possibilité de conférer par la
CNESST une aide financière pour des activités de sensibilisation ou d'information,
de formation en matière de normes. Ici, ça interpelle particulièrement les
nouveaux articles qu'on adopterait sur le travail des enfants. Est-ce que vous
avez une remarque ou une observation qui pourrait concerner le rôle que le CPQ
pourrait jouer à cet égard?
M. Blackburn (Karl) : D'abord, on
salue effectivement cette possibilité qu'a la CNESST de pouvoir mieux
sensibiliser les entreprises, les employeurs, mais également les travailleurs.
Et, à
titre d'exemple, le Conseil du patronat pourrait certainement être un
vecteur de transmission de ces données d'information, de partage des outils
disponibles de la part du gouvernement et de la CNESST pour mieux rejoindre et
les employeurs et les travailleurs. On le dit souvent, la sécurité et la santé,
ce n'est pas simplement l'affaire des employeurs ou ce n'est pas l'affaire
simplement des travailleurs, c'est un équilibre entre... Tous et chacun ont
cette responsabilité d'abord envers eux-mêmes, mais envers leurs collègues.
Et, dans ce contexte, le Conseil du patronat
peut certainement jouer un rôle important, d'autant plus que la mission que
nous avons de bien représenter les employeurs au Québec, dans toutes les
régions du Québec, peut certainement permettre de rallier un nombre important
de celles-ci avec les nouvelles possibilités qu'offrirait la CNESST en termes
de soutien, d'information et de programmation pour accompagner les entreprises.
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes,
M. le ministre.
M. Boulet : Merci beaucoup, M. Blackburn.
Merci beaucoup, Me Perreault. Je sais le travail, je sais l'énergie,
l'intensité que vous avez mis dans ce projet de loi là. S'il est équilibré,
vous êtes une des parties prenantes. Merci beaucoup puis au plaisir de vous
revoir bientôt. Au revoir.
M. Blackburn (Karl) : Merci à vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le ministre. Maintenant, je cède la parole à la... députée, pardon, de Bourassa-Sauvé
pour une période de 12 min 23 s La parole est à vous.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Blackburn, merci, Me Perreault, pour votre présence
aujourd'hui et pour votre contribution au rapport du Comité consultatif du
travail et de la main-d'oeuvre. Merci également pour la transmission de votre
mémoire un peu plus tôt aujourd'hui, qui, essentiellement, donc, reprend, là,
plusieurs... plusieurs des thèmes du rapport du comité consultatif.
Avec les commentaires spécifiques que vous avez
énoncés dans votre présentation, je vous dirais, d'emblée, ma première question
est dans le même sens que celle... que la première question qu'a posée le
ministre au niveau... au niveau de l'impact. Parce que je lis dans vos
commentaires spécifiques, et vous l'avez mentionné également, M. Blackburn, que
l'exception aux entreprises familiales comptant moins de 10 salariés
reviendrait à exclure un bon nombre d'entreprises familiales. Je comprends que
vous n'avez pas nécessairement les chiffres en matière d'entreprises familiales
de moins de 10 employés. Vous avez mentionné l'exemple du secteur des
épiciers.
J'aimerais savoir, donc, si... bien, d'une part,
donc, si vous comptez documenter un peu plus cet élément-ci et si, d'autre
part, vous... donc, vous avez, donc, une certaine base, là, qui explique vos
commentaires au niveau, là, de l'exclusion d'un bon nombre d'entreprises.
M. Blackburn (Karl) : Bien, tout à
fait. D'abord, Mme la députée, ça me fait plaisir de vous rencontrer ici, en
commission parlementaire. C'est toujours un plaisir d'échanger avec vous. Comme
je l'ai mentionné tout à l'heure au ministre, bien évidemment, le Québec est le
paradis des PME. Il y a 98,5 % des entreprises qui sont des PME, donc
moins de 500 employés. Comme le ministre l'a mentionné, 75 % ou
76 %, à quelques virgules près, sont des très, très petites entreprises.
Alors, ça en couvre un très grand nombre. Quand on parle de très petites
entreprises, on parle de cinq entreprises et moins. Mais il reste quand même un
nombre important d'entreprises. Et le meilleur exemple qui me vient en tête, c'est
celui que je vous ai présenté tout à l'heure, celui du domaine de
l'alimentation. Alors, moi, j'ai grandi dans ce secteur-là. Je suis convaincu
que l'épicerie du coin auquel vous avez tous affaire dans vos villes ou dans
vos régions respectives est de propriété familiale. Alors, ces entreprises,
pour la vaste majorité, ont plus de 10 employés. Alors, vous voyez que ce
milieu de continuité ou de prolongement de la vie familiale qu'est une
épicerie, par exemple, bien, malheureusement, pourrait être pénalisé, d'une
certaine façon, avec ce projet de loi, sur le fait qu'elle ne serait pas
incluse dans les secteurs de 10 employés et moins, d'où mon appel à votre
clémence, d'une certaine façon, ou à votre flexibilité pour justement s'assurer
qu'on puisse bien définir ce qu'est l'entreprise familiale, non pas sur le
nombre d'employés, mais davantage sur ce qu'elle représente.
Mme Cadet : Merci beaucoup,
monsieur... M. Blackburn. Puis également, donc, au niveau de l'exigence
relative au nombre de salariés au sein de l'entreprise familiale, donc, vous
avez évoqué, donc, précédemment toute la question du milieu agricole. Je
comprends du ministère peut-être qu'ultérieurement, donc, ils pourront, donc,
apporter certaines précisions à cet... à cet égard, mais je... je comprends
que, sur le plan technique... la comptabilité, la manière, là, de... de
comptabiliser le... le nombre d'employés comprendrait, par exemple, dans le
secteur agricole, toute la question, donc, des
travailleurs... des travailleurs saisonniers, des travailleurs étrangers
temporaires. Donc, pouvez-vous, dans la perspective, là, de... de ce qu'on
pourrait appeler, donc, une base... une base de compréhension mutuelle, donc,
prenant pour acquis que... que le fait établi est que c'est... compterions
le... les travailleurs étrangers temporaires, là, dans la... le... le nombre
de... de travailleurs au sein de l'entreprise familiale, nous... nous détailler
un peu, là, l'impact dans... dans les milieux agricoles?
M. Blackburn (Karl) : Mais, d'abord,
peut-être, d'entrée de jeu, et je permettrai par la suite... je demanderais à
ma collègue Marie-Claude de pouvoir compléter, mais, encore une fois, prenons
quelques exemples. Nous avons tous des amis qui sont agriculteurs. J'en ai
plusieurs, moi, qui sont dans ce domaine-là. Ce n'est pas toujours facile dans
leur secteur d'activité. Et la majorité de l'année, souvent, ils n'ont pas 10 employés,
mais durant, bien évidemment, la saison haute, la saison des récoltes, la
saison des mises bas, il est clair qu'ils ont besoin de main-d'oeuvre
supplémentaire. Et, dans ce contexte, ils dépasseraient le seuil de
10 employés. Donc, ça viendrait également les pénaliser, si c'est cette
donnée qui est utilisée et non celle, par exemple, d'un secteur de basse
période d'activités. Donc, vous voyez qu'il y a là, dans certains cas, des...
malheureusement, des exemples qui risquent de fragiliser davantage des organisations
et ainsi peut-être exclure un nombre important de celles-ci dans la possibilité
de permettre, justement, que ce... cette entreprise familiale soit le
prolongement de la vie familiale.
Alors, je vous invite vraiment à avoir cette...
cette flexibilité, cette sensibilité j'oserais dire, pour certains secteurs qui
risquent d'être plus affectés que d'autres. Et on voulait éviter, justement,
de... de tomber dans le... dans l'exemple de certains secteurs, parce que,
malheureusement, pourquoi tel secteur et non l'autre, et on aurait aimé
davantage avoir une plus grande généralité. Mais lorsqu'on regarde, justement,
par ces secteurs qui sont extrêmement importants pour notre économie, qui sont
extrêmement importants pour notre société, que plusieurs de ceux-ci risquent
malheureusement d'être fragilisés avec cette limite du 10 employés... Et,
dans ce contexte, je vous invite à faire acte de prudence par rapport à cela.
Et je demanderais peut-être à Marie-Claude, qui,
elle, a assistée, comme je l'ai mentionné, aux consultations, aux différentes
présentations des différents groupes d'experts, d'ajouter des éléments en lien
avec cette donnée.
Mme Perreault (Marie-Claude) : Merci.
Bonjour, Mme la députée. Comme le ministre Boulet l'a mentionné tout à l'heure,
dans le fond, il faut s'assurer qu'il y ait un encadrement parental.
L'entreprise familiale, la santé et sécurité découlent d'est-ce qu'avec le
nombre x d'employés l'encadrement parental va être suffisant pour s'assurer que
le jeune puisse se développer. Alors, le 10 employés, je ne pense pas que
passer la barre du 11, 12 implique nécessairement l'absence d'encadrement
parental. Donc, je retiens ce que le ministre a dit tout à l'heure puis je...
j'y réfléchis depuis tantôt. C'est... c'est la notion qui devrait être
retrouvée dans le projet de loi, et non pas en termes de nombre de salariés,
mais plutôt en termes de capacité du milieu familial, des parents de s'assurer
d'une supervision adéquate et d'un encadrement nécessaire pour que le travail
soit efficace, sécuritaire et ne compromette pas la sécurité des enfants.
Mme Cadet : Merci beaucoup, Me
Perreault. Je fais du pouce... ce que vous venez dire parce que je pense que
la... le critère d'encadrement parental, ici, fait... fait consensus. Donc,
pour vous, si ça ne se définit pas ou si on ne cadre pas ça à travers un
certain nombre de salariés, comment seriez-vous en mesure de conjuguer le... le
besoin, le critère d'encadrement parental sur lequel on s'entend avec la
capacité, là, de supervision parentale?
Mme Perreault (Marie-Claude) : En
fait, s'il faut, à la fin de l'exercice, maintenir un nombre de salariés parce
qu'il s'agit là de la limite qui convient à tous, je pense qu'elle devrait, à
ce moment-là, être augmentée pour nous assurer de couvrir plus d'entreprises
familiales au Québec. Mais, à défaut, je pense qu'avec tous les mécanismes de
protection de santé et sécurité mis de l'avant par la réforme que le ministre
Boulet a menée à bien et dans laquelle nous travaillons à tous les jours on
voit bien que les systèmes de protection de la santé et sécurité, même des
jeunes, sont quand même très bien établis, l'encadrement est... est augmenté de
beaucoup depuis la réforme qui est mise en place. Alors, je pense que la
sécurité peut quand même, dans une entreprise familiale, être encadrée et
supportée par les mécanismes en place. Et, dans la mesure où c'est une
entreprise familiale, alors, si c'est une continuité de la famille, le jeune
pourrait travailler.
Mme Cadet : Donc, vous dites ici :
Si c'est une continuité de la famille, le jeune pourrait... pourrait
travailler. Et, si je comprends bien, donc, de votre côté, donc... donc, dans
le cadre de l'entreprise familiale, vous ne verriez pas nécessairement de... de
limite, là, c'est ce que... c'est ce que votre mémoire indique, là, donc, de
tout simplement retirer l'exigence ici. Mais, s'il y avait, par exemple, donc,
une autre manière de pouvoir régir, donc, la question de l'encadrement
parental, est-ce que vous auriez un certain chiffre en tête, là, qui
représenterait peut-être un peu plus la réalité, la réalité terrain, la réalité
de vos membres? Bon, M. Blackburn a parlé de la situation des épiciers,
mais est-ce qu'il y a des... il y a une espèce de cadre qui... qui vous
apparaîtrait raisonnable et qui concorderait avec cette exigence d'encadrement
parental là?
Mme Perreault (Marie-Claude) : Au
préalable, nous n'avons pas une donnée précise, au moment où on se parle, du
nombre d'entreprises familiales ayant plus de 10 employés. C'est une
donnée que nous pourrons aller chercher et transmettre au besoin, mais ce
nombre-là devrait faire en sorte d'englober l'ensemble des entreprises
familiales. Et je réitère que le critère de l'encadrement parental jumelé aux
nouvelles règles en matière de santé et sécurité font en
sorte que les jeunes pourraient travailler de façon sécuritaire.
Mme Cadet : Merci. Puis je vous
promets... de la dernière sur cette thématique-ci, à la page suivante de votre
mémoire, donc, vous nous parlez d'enlever l'exigence relative au lien de
parenté unissant le jeune et l'employeur. Puis, justement, je pense que c'est
un peu une variation sur le même thème, là, au niveau de l'encadrement, au
niveau de l'encadrement parental. Donc, comment est-ce que vous... vous conjuguez
cet... cet élargissement-là et la... la capacité de supervision une fois que
la... la définition de... de parent est un peu plus large?
Mme Perreault (Marie-Claude) : Mais
le point est que, si le législateur, dans la
Loi sur les normes du travail,
confère certains avantages avec la définition de «parent» tel que nous le
concevons, s'il y a une cohérence législative, les avantages aussi d'être dans
une entreprise familiale devraient correspondre à la même notion que nous
retrouvons dans la
Loi sur les normes du travail. Alors, c'est une donnée
connue, c'est une reconnaissance du législateur de certains bénéfices en lien
avec la définition. Donc, tenant ceci pour acquis ou avéré, alors le jeune
devrait pouvoir travailler dans l'entreprise familiale avec les mêmes liens de
parenté qui confèrent certains bénéfices en vertu de la
Loi sur les normes du
travail.
La Présidente (Mme D'Amours) : 18 secondes,
Mme la députée.
Mme Cadet : C'est terminé. Merci
beaucoup.
Mme Perreault (Marie-Claude) : Merci.
M. Blackburn (Karl) : Merci à vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Avant de continuer, est-ce que j'ai le consentement pour que le député de Jean-Lesage
remplace le député d'Hochelaga-Maisonneuve temporairement pour une
partie de la
séance?
La Présidente (Mme D'Amours) : Consentement.
Donc, maintenant, je cède la parole au député de Jean-Lesage pour une durée de
4 min 8 s. La parole est à vous.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci beaucoup pour votre présentation. J'aurais une
question à vous poser par rapport au formulaire que les parents d'enfants de
moins de 14 ans qui correspondent aux exceptions, là, d'interdiction de
travail doivent remplir. Le projet de loi, actuellement, prévoit que ces
formulaires-là vont être tenus dans un registre au sein des entreprises qui
engagent ces enfants de moins de 14 ans. Ne pensez-vous pas qu'il serait
plus intéressant de garder ces formulaires-là dans un registre à la CNESST pour
être capable de faire un suivi par rapport à ce qui se passe sans
nécessairement devoir envoyer des inspecteurs, là? On sait qu'il y a beaucoup
de règlements à faire appliquer au Québec, puis, souvent, il n'y a pas autant
d'inspecteurs ou d'inspectrices qu'on voudrait pour pouvoir assurer le respect
de toutes les réglementations. Là, on ajouterait une autre affaire à faire
vérifier par du monde. Qu'est-ce que vous pensez de l'idée de faire centraliser
ces formulaires-là à la CNESST?
Mme Perreault (Marie-Claude) : Bonjour,
M. le député. Alors, dans un premier temps, il y a beaucoup d'obligations
imputées aux employeurs, lesquels n'ont pas nécessairement à transmettre des
documents écrits aux organismes décideurs. Il y a vraiment beaucoup de
réglementation. Je pense que cette obligation-là, pour les employeurs, de... de
conserver le formulaire, les employeurs sont de bonne foi. Nous devons tenir
pour acquis que les employeurs sont de bonne foi. Et je ne pense pas que la
CNESST enverra des inspecteurs sur tout et sur rien. Pour bien connaître le
processus à la CNESST, siégeant sur le conseil d'administration, la CNESST va
agir en inspection, mais va agir aussi dans le cas de plaintes, et ça, c'est à
divers niveaux. Les employeurs n'ont pas à transmettre systématiquement le
programme de prévention, par exemple, ou transmettre une déclaration attestant
qu'ils sont conformes à la législation. Ils ont des obligations, ils en sont
bien conscients. S'il y avait un problème par une plainte, qu'elle soit
anonyme, identifiée, par une plainte d'un salarié, d'un syndicat ou voire
par... dans le cadre d'une inspection qui peut être tenue au sein d'une
entreprise, bien là, à ce moment-là, la question va être adressée.
D'exiger que les employeurs transmettent ça,
c'est beaucoup de gestion pour la CNESST elle-même. Et les employeurs vont
conserver comme ils ont l'obligation de conserver toutes les informations
personnelles des salariés, puis, au besoin, il y aura une vérification. Je ne
pense pas que la CNESST va devoir envoyer des inspecteurs pour s'assurer que
les employeurs vont respecter les dispositions législatives, parce que les
employeurs, de toute façon, veulent se conformer. Et nous serons le messager
aussi pour leur expliquer les tenants et aboutissants et leurs nouvelles
obligations.
M. Zanetti : Je comprends votre
confiance, là, mais c'est quand même une grosse affirmation, là : Tous les
employeurs veulent toujours respecter toutes les règles. Tu sais, je veux dire,
la majorité, je peux vous le concéder, mais, si c'était vrai, il n'y aurait pas
besoin de faire des lois, il n'y aurait pas besoin de faire des normes, et puis
il n'y aurait pas besoin de vérifier rien jamais, puis il
n'y aurait jamais de problème. Ça fait que c'est un peu... c'est un peu...
Peut-être que c'est candide.
M. Blackburn (Karl) : Mais, si je
peux me permettre, M. le député, là, vous étirez l'élastique un peu de l'autre
côté, parce que, là, c'est d'attribuer des responsabilités importantes aux
employeurs, qui sont le coeur même de notre société. De dire qu'un nombre
important d'entre eux seraient plus ou moins soucieux de la santé et sécurité
de leurs travailleurs, seraient plus ou moins soucieux de respecter les règles
qui nous gouvernent ici, au Québec, seraient plus ou moins soucieux de
respecter les lois, c'est de prendre un détour, un raccourci qui m'apparaît
dangereux dans le contexte de la discussion que nous avons.
Et vous venez de me piquer vraiment à vif parce
que moi-même, je suis un entrepreneur et...
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avons, M. Blackburn. Je vais... je vais être
obligée de...
M. Blackburn (Karl) : Soyons
prudents dans nos commentaires, soyons prudents dans nos commentaires. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci beaucoup. Je... je vous remercie, chers invités, de votre contribution
aux travaux de notre commission.
Je suspends des travaux quelques instants pour
permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
Mme Perreault (Marie-Claude) : Merci
beaucoup. Merci. Au revoir.
M. Blackburn (Karl) : Merci à vous.
Au revoir.
(Suspension de la séance à 10 h 46)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer votre... votre exposé.
M. Vincent (François) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je suis François
Vincent, je suis vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante, la FCEI. Je suis accompagné, à ma gauche, par
Clémence Joly, analyste des politiques, et, à ma droite, par Francis Bérubé,
directeur des affaires provinciales, qui ont participé à la rédaction du
mémoire, Aïsha Laperrière aussi, elle n'est pas avec nous aujourd'hui, je la
remercie et je la salue pour sa contribution.
La FCEI est le plus grand groupe de PME au pays
avec 97 000 membres au Canada et 21 000 au Québec. Nous vous
remercions grandement de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre des
consultations du projet de loi n° 19. Ce projet de loi vient baliser le
travail des jeunes et fait suite au consensus du Comité consultatif du travail
et de la main-d'oeuvre, le CCTM, dont nous avons contribué. Pour notre
organisation, il est important de souligner l'importance du dialogue social du
CCTM, qui a mené aux grandes orientations, grandes lignes du projet de loi que
nous... que vous étudions... que vous étudiez actuellement. La
partie
patronale, dont nous faisons partie, ainsi que la
partie syndicale ont discuté
et travaillé longuement afin d'obtenir ledit consensus.
Parmi les éléments clés de ce consensus, notons
d'abord l'idée de fond : mettre le bien-être de l'enfant au coeur de la
démarche. C'est d'ailleurs dans cet esprit que nous avons formulé nos
recommandations puis que nous avons établi notre réflexion pour contribuer à la
réflexion et aux travaux de votre commission et le mémoire que nous vous
présentons aujourd'hui.
Mais, avant d'entrer dans le vif du sujet, nous
croyons qu'il est important de parler de l'enjeu de la pénurie de
main-d'oeuvre. Il y a une décennie, rares étaient les voix qui exprimaient des
craintes, des appréhensions ou la nécessité de réglementer le travail des
jeunes. Bien que certains enjeux entourant le travail des jeunes demeurent,
ceux-ci se retrouvent manifestement dans l'espace public en raison de la grave
pénurie de main-d'oeuvre, la plus grave de l'histoire contemporaine du Québec,
qui a comme impact, pour 72 % des propriétaires de PME et 58 % de
leurs employés, de compenser le manque de personnel en travaillant plus
d'heures, 48 % des entrepreneurs qui sont contraints à refuser des ventes
et des contrats, et nous avons évalué les pertes économiques pour les PME à
11 milliards de dollars. Donc, le gouvernement du Québec doit
poursuivre et accentuer ses efforts pour aider les PME à relever la pénurie de
main-d'oeuvre, car d'autres effets négatifs mettront de la pression sur notre
société si on ne le fait pas.
Maintenant, pour vous aider dans vos travaux de
l'étude du projet de loi n° 19, nous vous partageons des données d'un sondage que nous avons effectué en février.
C'est une minorité de PME qui ont déjà embauché ou emploient actuellement des
jeunes de moins de 16 ans. Donc, c'est vraiment très bas parce qu'il y a
le «et/ou». Donc, ce n'est pas 34 % qui sont en emploi, il y en a déjà qui
ont embauché, mais on voulait avoir leur opinion sur la démarche puis comment
ils étaient impliqués auprès de ces employés-là lorsqu'ils en avaient un dans
leur entreprise. Mais de ceux qui ont embauché ou emploient un jeune, c'est
99 % qui affirment que la santé et sécurité de leurs employés sont une
priorité absolue, 97 % qui font preuve de proactivité pour s'assurer que
le milieu de travail contribue au développement et au bien-être du jeune,
89 % s'informent du succès du parcours et du parcours scolaire de leurs
jeunes employés. Donc, le rôle du législateur est crucial pour encadrer le
travail des jeunes, mais sans contrecarrer aussi leur réussite.
C'est d'ailleurs ce que la
partie patronale
avait écrit dans l'avis du CCTM. Je cite la page 15 de l'avis :
«Selon le groupe patronal, il existe beaucoup de situations qui doivent être traitées
au cas par cas. Il est donc difficile de solutionner l'ensemble de celles-ci
avec des politiques mur-à-mur. La législation devra donc pouvoir être flexible
afin de s'adapter à toutes ces situations. Certains enfants sont prêts dans
leur développement à travailler plus tôt, et cela peut être aidant pour eux,
alors que, pour d'autres, ce n'est pas le cas.» Fin de la citation.
C'est ici que la notion des exceptions rentre en
ligne de compte. D'ailleurs, ce sont 75 % des dirigeants de PME qui
demandent au gouvernement du Québec de prévoir des exceptions à l'interdiction
du travail des jeunes. Sur cette question, le projet de loi n° 19 prend la
bonne direction, mais, comme tout projet de loi, il est possible de
l'améliorer.
D'abord, il faut parler des entreprises
familiales. Parmi les exceptions déjà inscrites sont incluses les entreprises
familiales de moins de 10 employés. Mais pourquoi cette limite de
10 employés, Mme la Présidente? Certaines entreprises embauchent plusieurs
employés à temps partiel, comme on l'a entendu juste avant nous. Pour une
courte période de temps, ils peuvent passer sous... au-dessus du seuil établi,
mais, dans les faits, avoir trois ou quatre employés quotidiennement dans les
activités de leur entreprise. Le travail en entreprise familiale stimule
l'entrepreneuriat, le sens des responsabilités et la relève d'une activité qui
forge des liens au sein d'une même famille. Puis que se passerait-il pour une
entreprise qui est sous le seuil pour une
partie de ses enfants puis, après, ça
dépasse le seuil des employés, puis ne pourra pas avoir le même... le même
apport de ses enfants au sein de son entreprise? Selon la FCEI, la logique est
la même, et la notion du nombre d'employés devrait être retirée pour ouvrir
cette exception à toutes les entreprises familiales québécoises.
Il y a d'autres exceptions à l'article 13.
Par exemple, on y retrouve le droit de travailler dans un camp de vacances, de
livrer des journaux, de travailler sur un plateau de tournage. On pourrait se
demander quels risques différencient ces travaux comparativement à déchirer un
papier à l'entrée d'un cinéma, à servir un cornet de crème glacée, à placer des
canettes dans l'allée d'une épicerie ou à débarrasser les tables d'un
restaurant. Car, oui, il est possible que, pour certains jeunes, quelques
heures de travail à très faible risque durant les vacances d'été pourraient
contribuer de façon extrêmement positive à leur développement.
Nous nous sommes donc posé la question à savoir
comment régir le processus des cas exceptionnels. Enfin, comment trouver les
bonnes balises pour justement ne pas déconstruire ce qu'on vise à créer avec ce
projet de loi? C'est alors qu'on est revenus au principe même, dans notre
réflexion, du... de mettre le bien-être de l'enfant au centre de notre
réflexion puis de déterminer quels étaient les acteurs habilités à prendre de
telles décisions plutôt que de partir sur une notion de risque puis dire :
Bien, vous devriez ajouter cette entreprise, ce secteur. Non, vraiment,
qu'est-ce qui est bon pour l'enfant puis qui est le mieux placé pour être
capable de prendre une décision pour le protéger puis aider à son
développement?
Donc, on vous soumet trois scénarios que vous
pourrez débattre puis intégrer ou pas intégrer, c'est votre rôle de parlementaires
de le faire : envisager des dérogations sur la base d'un avis
professionnel de la santé, un psychiatre, un psychologue ou une infirmière, qui
suivrait l'enfant en particulier; envisager peut-être une dérogation sous
l'avis favorable déterminé par un établissement scolaire fréquenté par
l'enfant, conjointement avec l'accord de l'autorité parentale; puis il y avait,
troisième scénario, peut-être envisager l'établissement d'un comité de régions
composé d'intervenants qui sont aptes à prendre une décision, qui se
rajouterait, justement, là, pour justement être sûr.
Nous reconnaissons les compétences des
professionnels qui oeuvrent dans nos écoles, nos services de santé, nos
services sociaux et en les consultant sur le bienfait ou non d'une entrée plus
précoce sur le marché du travail. Mme la Présidente, ces professionnels, ce ne
sont pas juste une paire de bras, nous pensons qu'ils ont à coeur le bien-être
de nos enfants dont ils font le suivi. Il en va de même pour de nombreux
professionnels de la santé, que ce soit un médecin, une médecin ou un
psychologue. Aussi, les représentants des établissements scolaires
permettraient de garder le focus sur la réussite scolaire des jeunes.
Évidemment, les parents doivent aussi être impliqués dans le processus, parce
qu'on en parlait juste avant aussi, là, on ne pense pas que la majorité des
parents prennent des décisions dans le but — ...
M. Vincent (François) : ...une
minute — dans
le but d'aider le développement de nos enfants.
Pour parler de l'article 16, maintenant, ça
va obliger les employeurs à licencier les employés de moins de 14 ans
30 jours après la sanction, des enfants qui sont... des jeunes qui sont
déjà en emploi. Selon l'analyse d'impact réglementaire, cela représentera près
de 90 000 jeunes qui vont être licenciés. Nous comprenons qu'il y a
une nouvelle limite qui est établie, mais ces derniers sont déjà en emploi, ont
déjà leur routine, ont leurs amis au travail, ont leur
argent de poche. Puis là l'État, par l'intermédiaire de l'employeur, là, va
leur dire qu'ils ne peuvent pas faire ce qu'ils faisaient avant. Et, pour
certains, ce sera même fait quelques jours avant d'atteindre le 14 ans.
Ces milliers de jeunes vont se faire montrer la porte, ce sont les mêmes qui n'ont
pas pu pratiquer le sport ou voir leurs amis pendant une période de deux ans à
cause de la pandémie. Mais quelles seront les répercussions sur la perception
de ces jeunes, sur leur épanouissement, sur la définition de comment ils sont
perçus dans la société? C'est pourquoi on leur demande... juste pour eux, de
faire un processus de dérogation. Donc, ils auront la responsabilité de
demander une dérogation. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci. Nous avons fait notre 10 minutes. Maintenant, je suis prête à
entendre le ministre pour une première période d'échange de
16 min 30 s. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente.
M. Boulet : D'abord, merci,
M. Vincent, et à toute votre équipe, là. La Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante est estimée et a contribué, comme les autres membres
du Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, à soumettre des
recommandations à mon attention le 8 décembre dernier. Et j'étais fier que
la FCEI fasse
partie du consensus et que la FCEI reconnaisse la nécessité
d'agir pour mieux encadrer le travail des enfants, que la FCEI reconnaissance
l'importance de la santé et sécurité des enfants ou des jeunes en milieu de
travail. D'ailleurs, votre statistique, elle est remarquable : 99 %
des 87 000 membres se disent préoccupés par la santé, sécurité. Moi,
je vois ça tout le temps des deux côtés. Donc, il y a 1 %, à peu près
870 membres, qui ont dit que ce n'était pas nécessairement... Et moi, je
veux que tous les employeurs, tu sais... Puis je rappellerai le propos de
Churchill : Il faut faire le maximum. Il faut faire tout ce qui est mieux
pour le bien-être. Parce que j'aime bien votre concept du bien-être des
enfants, mais le bien-être des enfants, ça passe par leur sécurité puis leur
intégrité, notamment psychologique, et aussi leur persévérance scolaire. Si on
veut que le Québec de demain soit prospère, je le répète, je l'ai dit en
remarques préliminaires, il faut d'abord compter sur notre jeunesse, et c'est
une économie qui s'appuie beaucoup sur la connaissance et la poursuite du
parcours académique. Elle est vraiment essentielle.
Puis que vous ayez... que la FCEI ait participé
aussi au consensus sur le 14 ans, bien, tu sais, à partir du moment où tu
interdis en bas de 14 ans, il faut que ça entre en vigueur à un moment
donné. Puis, tu sais, ce qu'on a prévu dans le projet de loi, c'est quand même
la période tampon de 30 jours suivant la sanction et c'est la durée des
préavis qui sont, par ailleurs, prévus dans la
Loi sur les normes du travail.
Donc, il y a un potentiel d'un 30 jours suivant la date de sanction et
d'un trois semaines additionnelles avant que ça soit effectif. Mais il faut que
ce soit effectif un jour ou l'autre. On ne peut pas dire : On interdit,
mais on dilue tellement l'interdiction en retardant l'entrée en vigueur, puis,
pendant cette période-là additionnelle, bien, il va y avoir un accident de
travail de trop, puis il va y avoir un impact de trop sur la santé mentale de
nos... Je vous dis, moi, c'est mon approche.
Évidemment, je vais travailler avec les partis
de l'opposition, mais c'est important de mentionner que je suis aussi de ceux
et celles qui croient aux bénéfices du travail. Pour un jeune, c'est l'estime
de soi, l'acquisition de compétences, la valorisation. Et on voit, dans
l'étude, d'ailleurs, qui a été faite en 2016‑2017 sur la santé des jeunes du
secondaire, que, jusqu'à un certain nombre d'heures, c'est même positif. Le
niveau d'assiduité scolaire ou de réussite scolaire est plus important chez
ceux qui travaillent que chez ceux qui ne travaillent pas. Mais, à partir d'un
certain niveau, là, il y a un inversement de tendance, vous le savez, et là
c'est le sommeil, la concentration, la fatigue, la détresse. Moi, quand on me
dit que 40 %, ça, c'est l'étude plus récente du Dre Mélissa Généreux, des
jeunes de secondaire I et II qui vivent des symptômes d'anxiété et que
20 % travaillent plus de 15 heures, c'est des phénomènes sociaux qui
doivent nous préoccuper.
Ça fait que c'est important pour moi de redire
l'importance que le travail a et comporte. Puis, constamment, il faut que les
parents continuent d'assumer leurs responsabilités. Puis, je l'ai mentionné,
avec le formulaire, ça a raffermi l'engagement des parents. Avec le maximum de
17 et de 10 heures, ça a raffermi aussi la capacité des parents de
consentir de manière libre et éclairée. Et donc c'est ces raisons-là qui nous
incitent à respecter ce consensus-là, puis, encore une fois, je vous en
remercie.
Le 10, c'est important que les exceptions ne
dénaturent pas l'objet de l'interdiction. Puis, à moins de 10, c'est
généralement une organisation qui... qui est véritablement la prolongation de
la vie familiale. Je le répète, c'est des casse-croûte, c'est des dépanneurs,
c'est des crémières, c'est des petits restaurants, c'est des petites
entreprises agricoles familiales. Et il faut faire attention aux impacts, là,
légaux découlant de la discrimination fondée sur l'état civil. Plus on élargit
la notion d'entreprise familiale, plus il y a un risque d'atteinte à des droits
fondamentaux découlant de l'état civil. Je parle beaucoup, là, François, mais
j'aimerais ça vous entendre sur vos trois points. Parce que, pour moi, là, une
loi comme ça, là, il faut que ce soit simple. Si on rentre dans des
dérogations, on donne un niveau de complexité qui ampute la capacité de la
CNESST de s'assurer d'une bonne application. D'abord, le premier point,
dérogation sur avis de professionnel, pouvez-vous me donner un exemple concret?
J'aimerais ça, sur ce premier élément là, que vous me donniez un exemple
concret d'un avis d'un professionnel.
M. Vincent (François) : ...bon,
M. le ministre, d'un avis d'un professionnel. Exemple, j'ai un enfant qui est
suivi par un psychologue, il a des idées noires, il a un manque de motivation,
puis lui faire faire des petites tâches fait en sorte qu'il peut être
intéressé, il peut être raccroché au monde. Et là le psychologue, il dit :
Bien, lui, ça pourrait être intéressant de lui donner
cette voie-là. On ne veut pas ouvrir la porte de garage parce qu'on ferme la
porte d'entrée, M. le ministre. On veut justement que ça soit simple puis
éviter qu'on rentre dans un dédale puis dans un nombre supergrand d'exceptions.
Pourquoi, au Renaissance, un enfant va pouvoir aller travailler? Parce que
c'est un organisme à but non lucratif? Mais il ne pourra pas aller à l'épicerie
d'en face. Pourquoi? Elle est où, la logique, là?
Donc, nous, on s'est dit : On va essayer de
construire une logique qui va protéger l'enfant puis trouver les personnes qui
vont être capables de donner une bonne recommandation pour celui ou celle qui
est prêt. Ça se peut qu'il y ait un Dr Doogie qui existe au Québec. Il
faudrait lui donner la possibilité de pouvoir aller s'éclore par rapport à où
il est rendu. Donc, nous, c'est vraiment dans cette optique... dans cette
optique-là qu'on le fait, mettre des verrous pour créer un processus qui va
être fait au bien-être de l'enfant, pas pour satisfaire notre membership qui
aimerait ça avoir... qui aimerait ça ne pas voir l'État gérer dans la relation
entre le parent, et l'enfant, et l'entreprise.
Puis je peux vous dire, là, qu'on a fait un bon
pas, là. Je ne sais pas si vous regardez dans l'histoire de la FCEI jusqu'à
quel point on est allé demander quelque chose d'aussi précis, mais on a pris un
grand leadership ici parce qu'on croit au CCTM, on croit au dialogue avec les
syndicats, on croit à la possibilité de pouvoir établir les bonnes balises pour
notre société. Mais maintenant on pense que c'est perfectible.
Si je peux répondre aux différents éléments, je
ne prendrai pas trop... tant de temps que ça, M. le ministre. Le 1 %,
quand on prend la marge d'erreur, là, c'est 100 %. Quand on est 99 %,
là, dans une réponse de sondage, c'est à peu près ça.
M. Boulet : ...information.
Donc, c'est 100 %.
M. Vincent (François) : L'entrée
en vigueur, on ne demande pas une dérogation pour tous les enfants, on demande
la possibilité à ceux qui sont déjà en emploi de pouvoir faire la demande.
Puis, si j'ai un enfant de 13 ans et demi, là, qui va recevoir son
licenciement, mettons, le 14 avril, puis que finalement sa fête de
14 ans est le 18 avril, bien, il va pouvoir faire une demande de
dérogation. C'est juste du gros bon sens. On ne demande pas à tous les enfants,
on demande ceux qui sont là, là, puis qui ont vécu des chocs assez importants,
là, dans leur période d'enfance, où on construit notre définition de ce qu'est
la société puis est-ce que je suis inclus là-dedans, puis là on va... on
pourrait, tu sais, faire briser 90 000 rêves, là. Donc, c'est pour ça
qu'on... qu'on le soumet comme recommandation aujourd'hui.
M. Boulet : Deux éléments. La
dérogation, là, on entre dans une voie qui individualise le projet de loi. Tu
sais, on a un enjeu de société. Il faut, dans cette loi-là, s'assurer qu'il y
ait une protection équitable à l'égard de tous les enfants. Et, si je ne
m'abuse, la FCEI a quand même adhéré au consensus de 14 ans. Il faut que
le 14 ans ait un impact. Je le sais que le 13 ans et demi va être
impacté, mais, inévitablement, quand on met la barre à quelque part, il faut
que ça ait une retombée. En Ontario, c'est 14 ans. En
Colombie-Britannique, c'est 16 ans. Dans d'autres provinces, les âges
varient. Mais il faut, pour que ce soit une saine application, qu'on tienne
compte des réalités.
Puis, quand vous dites sur dérogation sur un
avis de professionnel, tous les professionnels, toutes les études puis les
sondages, parce que vous référez à votre sondage aussi, fréquemment, à la FCEI,
sont à l'effet qu'à partir de la 16e heure il y a un impact sur tous les
éléments que je mentionnais plus tôt : la fatigue, l'anxiété, le stress,
la détresse psychologique, la concentration, le sommeil. Puis souvent je
dis : Il ne faut pas rien que penser aux réclamations pour accident de
travail, parce qu'il y en a beaucoup, d'enfants qui ne réclament pas, qui
décident de laisser leur emploi ou qui ne font pas de réclamation ou il y a beaucoup
d'enfants qui ont des impacts et qui ne sont pas documentés. C'est pour ça que
le sondage du Dre Mélissa Généreux et son groupe de l'Université de
Sherbrooke, je le trouve percutant. Quand on dit que 40 % des jeunes de
secondaire I et II ont des symptômes d'anxiété. Ça fait que, moi, c'est
dans l'approche, M. Vincent, de garder ça simple. Puis le 10, le moins de
10, c'est simple d'application dans notre projet de loi, c'est au moment où le
jeune travaille. Donc, c'est sûr que ça requiert une certaine prévisibilité,
des éléments de gestion pour l'entreprise, mais elle le sait qu'elle compte
moins de 10.
J'aimerais ça vous amener sur... Parce que je
pense que je vais manquer de temps, là, mais c'est la troisième dérogation ou
troisième élément, vous référez à des comités régionaux. Quel est le but puis
comment ça fonctionnerait, ces comités-là, M. Vincent?
M. Vincent (François) : L'idée,
c'est de mettre un «layer», excusez l'expression, là, une couche
supplémentaire. Donc, le comité, ça pourrait être quelqu'un de l'association,
la présidence scolaire, un professionnel de la santé pédiatrique, une personne
de la CNESST, puis, ensuite de ça, bien, ils reçoivent les demandes de
dérogation et jugent si c'est pertinent ou pas. Donc, ça prend un effort
important. Le message, là, il est clair : 14 ans, fini. Mais, ensuite
de ça... Mais il y a quand même une
section d'exception, M. le ministre, là,
dans votre projet de loi. Puis dans la recommandation du CCTM, là, c'est marqué
aussi qu'il... La notion d'exception se retrouve, là.
Nous, on a vraiment voulu savoir ici, là... On
est sorti de la boîte pour trouver une façon de mieux protéger l'enfant
possible, mais de... mais de ne pas, d'une certaine façon... S'il y en a un
qui... qui... que c'est bien pour lui, comme vous disiez, parce que c'est pour
son estime de soi, pour sa valorisation, pour la question de compétences,
jusqu'à un certain nombre d'heures, c'est positif, là, puis là je vous cite, M.
le ministre. Bien, on a essayé de trouver... d'avoir une réflexion, de prendre
la meilleure décision possible, là, c'est vous autres qui êtes assis ici, nous
autres, on est assis là... On a vraiment voulu, c'est ça, essayer de mettre
l'enfant au sein... au sein de la réflexion sur...
La Colombie-Britannique, il y a la possibilité
d'aller chercher des licences pour aller en bas du 16 ans. Bien, donc, on dit, c'est 16, mais ce n'est pas 16. Sur la notion
des 10 employés, vous avez référé tantôt, avec les intervenants
précédents, à l'équité salariale. Ça, on parle d'un fardeau administratif et
réglementaire. On a mis... L'État a émis à 10 parce que le fardeau est
inversement proportionnel à la grandeur de l'entreprise. Donc, on se dit, on ne
va pas demander à une entreprise d'avoir un fardeau supplémentaire, parce que
c'est trop gros pour elle. Puis le coût de la paperasse, c'est important pour
l'État, puis d'aider les petites entreprises. Là, on parle d'un concept de
pouvoir intégrer ses propres enfants à l'entreprise familiale. Puis, parce que
ton entreprise a grossi, bien, «sorry buddy», toi, tu ne peux plus parce, bien,
tu es rendu à 11 employés.
M. Boulet : Oui, effectivement,
l'âge en Colombie-Britannique, M. Vincent, c'est 16 ans, mais ils
prévoient, dans leur loi, la possibilité de faire travailler des personnes entre
13 et 16 ans dans des activités qui sont déjà définies et comme étant à
risque faible pour la santé, sécurité, intégrité psychologique des jeunes. Puis
je comprends votre approche des comités régionaux puis je trouve que c'est
un... c'est un bel exercice de voir comment on peut accommoder puis coller à la
réalité du jeune.
Et je ne dis pas que la
Loi sur l'équité
salariale a été notre unité de mesure, je dis simplement qu'on a consulté puis
on a eu des discussions. Puis, en bas de 10, c'est des organisations
suffisamment conviviales pour s'assurer qu'il y a une gestion, qu'il y a un
engagement, qu'il y a une implication parentale et pour éviter aussi que les
grandes organisations, qui sont beaucoup plus éparpillées, puissent bénéficier
d'une exception. Puis il faut que l'exception soit la plus... Les exceptions
sont là pour s'interpréter restrictivement, hein, vous le savez,
M. Vincent, puis il faut s'assurer que l'exception ne dénature pas
l'interdiction.
Puis je reviens sur mon point. Moi, j'apprécie
que vous ayez adhéré à ce consensus-là de 14 ans. Puis, sur la notion de
licenciement, bien, vous le savez, hein, il y a des entreprises qui font des
licenciements, puis les jeunes vont bénéficier exactement des mêmes droits, des
mêmes bénéfices que n'importe quel travailleur québécois en vertu de nos lois
en ce qui concerne le délai puis l'indemnité à payer en cas de terminaison
d'emploi.
La Présidente (Mme D'Amours) : 30 secondes.
M. Vincent (François) : Pour la
réponse?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Vincent (François) : Une
précision que Francis m'a rapportée, là, on ne touche pas à la notion des
heures, là. C'est... Quand on formule le processus de... Tu sais, ce n'est pas
pour qu'ils puissent faire 72 heures semaine, là, ce n'est vraiment pas
ça, c'est pour leur donner la possibilité de peut-être y aller avant, là.
Admettons, ça pourrait être un jeune que sa fête tombe en septembre, puis tous
ses amis vont faire du travail d'été, mais lui, il va être pris à jouer au
Nintendo dans le sous-sol parce qu'il ne pourra...
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Merci Beaucoup, M. Vincent. Le temps étant maintenant écoulé, nous
passons maintenant au groupe d'opposition officiel, la députée de
Bourassa-Sauvé, pour une période de 12 min 23 s.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Et, merci, M. Vincent ainsi que toute l'équipe du FCEI d'être
avec nous aujourd'hui.
D'emblée, je reviens un peu sur vos commentaires
lors de votre exposé de 10 minutes. Concernant la pénurie de
main-d'oeuvre, je vous dirais que nous sommes vraisemblablement à la même place
par rapport à une problématique extrêmement, extrêmement importante au sein de
l'économie québécoise pour laquelle peu d'actions ont été mises sur pied. Et, à
mon sens, et je l'ai mentionné dans mes propres remarques préliminaires,
l'absence de mesures probantes et de mesures significatives pour endiguer la
problématique des raretés de main-d'oeuvre au sein de l'économie québécoise
nous mène à la problématique d'aujourd'hui, ce qui nous pousse à encadrer, et à
juste titre, le travail des enfants. Donc, merci d'avoir... de l'avoir de
nouveau mentionné lors de votre approche.
Et également je constate, à la lumière, là, du
mémoire, là, que vous avez déposé un peu plus tôt aujourd'hui, que... D'emblée,
je pense que, pour les éléments généraux... soient ceux qui se retrouvent au
sein du consensus du CCTM, donc que vous continuez d'y souscrire et que même
que les commentaires des membres de la... de la FCEI, là, qui se retrouvent de
façon anecdotique à la fin du mémoire, continuent même d'être dans ce sens,
donc, où l'on voit des commentaires qui ne... qui ne souhaitent pas aller en
deçà du seuil de l'âge de 14 ans et qui souscrivent tous à la limite du
nombre d'heures établi pour la santé et sécurité des jeunes, évidemment, pour
la priorisation de la réussite académique et la prévention du décrochage
scolaire.
J'irais peut-être de façon plus précise, de mon
côté, au niveau de votre
section Analyse et recommandations dans votre
mémoire, y aller peut-être recommandation par recommandation, en commençant par
la première, où vous nous demandez de reporter l'entrée en vigueur des articles
relatifs à la prévention en milieu de travail à des fins de documentation.
Donc, j'aimerais peut-être vous laisser... vous laisser, plutôt, décliner cette
recommandation-ci pour... pour mieux comprendre, là, ce qui justifierait le...
votre demande de report.
M. Vincent (François) : On
voulait vraiment s'assurer que l'information soit disponible puis qu'on
accompagne les entrepreneurs si on doit définir quels sont les risques
différents, quels sont-ils, ces risques-là, comment je
peux agir. Donc, c'est vraiment dans une optique d'accompagnement des
entreprises, pour faire ce qui est le mieux pour protéger la clientèle, les
personnes visées.
M. Bérubé (Francis) : ...rajouter,
par exemple, la CNESST, là, dans... au niveau de la nouvelle
Loi sur la santé
et sécurité, développe toutes sortes d'outils par rapport aux nouveaux éléments
qui sont considérés. Donc, ça permet aux entrepreneurs, en fait, de bien
s'arrimer à la réglementation. Un des éléments qui est sorti, au niveau du...
de l'avis du CCTM, c'est l'absence de données concrètes sur la situation du
travail des enfants. Donc, on pense que l'essentiel des PME non plus ne sont
pas mieux informées nécessairement que le législateur l'était ou... durant les
consultations qu'on a eues. Donc, il y a une nécessité de documenter cet
enjeu-là. Ce qu'on dit, ce n'est pas de ne pas mettre en vigueur ces articles-là,
mais c'est de donner les outils puis les informations nécessaires aux
entrepreneurs pour qu'ils puissent s'arrimer à cette... à cette nouvelle
obligation-là, parce que les informations actuelles sont très fragmentaires.
Donc, demain matin, tu sais, identifier c'est quoi, un risque pour un moins de
16 ans, la commission, la CNESST pourrait faire un travail de fond pour
outiller les employeurs par rapport à cet élément-là.
Mme Cadet : Donc,
essentiellement, donc, de mieux comprendre ce qui constituerait un risque, que
ce soit plus délimité, c'est ce que vous... c'est ce que... c'est ce que vous
voulez dire?
M. Bérubé (Francis) : Oui.
Exactement, oui.
Mme Cadet : Parfait. Merci.
Ensuite, je reviendrais peut-être sur la question... pardon, la question
suivante, à la page 10 de votre mémoire, puis vous l'avez mentionné, donc,
dans le... bon, le groupe... Lors, là, des échanges avec les groupes
précédents, on a longuement parlé de la question des restrictions, là,
relatives aux entreprises comprenant moins de 10 employés. Et nous... Et
nous nous sommes attardés, là, sur la question de la supervision parentale.
Évidemment, donc, ici, vous exprimez certaines réserves au niveau de ces
restrictions-ci. Bon, vous donnez quelques cas de figure fictifs et notamment,
donc, des exemples au niveau de l'embauche d'employés à temps partiel,
considérant le... à des fins, là, de... de mieux voir, là, comment est-ce que
c'est... nous pourrions, donc, effectuer notre travail, là, d'une manière
réaliste. De votre côté, comment, donc... Par exemple, donc, si les
restrictions, donc, étaient maintenues pour un nombre fixe d'employés, comment
comptabiliseriez-vous la question du temps partiel, là, que vous mettez en
oeuvre ici?
M. Vincent (François) : Bien,
je reprendrais peut-être la réflexion ou la recommandation du ministre de faire
ça simple, compréhensible. C'est pour ça qu'on demande d'enlever seulement le
10 employés. Donc, ça, c'est ce qui est le plus simple. Ça ne va pas
toucher les entreprises saisonnières. Puis on n'est pas les seuls à demander
cela, là. On était là, on est arrivé en avance, puis on a vu le Conseil du
patronat du Québec en faire sa demande. Je lisais mon fil de presse ce matin
puis j'ai vu que la Fédération des chambres de commerce du Québec le demandait
également. Puis, nous, ça fait
partie d'une des recommandations qu'on a. Donc,
on trouve que ça devient complexe puis ça peut créer certaines problématiques
pour une entreprise familiale et sa relève. Donc, on a dit : C'est quoi,
la solution plus simple? Bien, ce serait biffer «10 employés» dans le
projet de loi.
M. Bérubé (Francis) : Je peux
peut-être... Je peux peut-être ajouter. Bien, tu sais, entre, je ne sais pas,
moi, dans une entreprise dans le domaine de la construction, un des enfants,
des jeunes, vient aider à la comptabilité. Que l'entreprise ait 10 ou
12 employés, si la personne travaille dans le bureau avec ses parents puis
à classer des dossiers, je veux dire, fondamentalement, il n'y a aucune
différence. Le principe, c'est... En fait, c'est un... c'est un principe si...
Si un employeur avec son enfant veut l'initier un peu à son activité, l'amène
avec lui travailler quelques heures, je veux dire qu'il y ait 15, 20 ou
30 employés, fondamentalement, ça ne change absolument rien pour nous.
Mme Cadet : Le groupe
précédent, le Conseil du patronat, nous suggérait d'adopter la notion de parent
qui est prévue à l'article 79.6.1 de la
Loi sur les normes du travail.
Dans votre mémoire à vous, vous souhaitez également élargir la question du lien
de parenté, mais vous... vous établissez ça. Donc, il y a une question de
degré, deuxième, troisième, quatrième degré. Comment est-ce que vous, vous
êtes... En fait, est-ce que vous aviez d'une certaine base, là, pour... pour établir
ce lien-là? Puis est-ce que vous avez des données aussi, là, pour ce qui est de
la composition des entreprises familiales, qui soient arrimées à cette
recommandation?
M. Vincent (François) : Bien,
nous, on voulait trouver une façon, peut-être, de donner des expériences l'été.
Puis on s'est basé... C'est parti d'une expérience personnelle. Moi, j'ai passé
toute mon enfance à aller à Sainte-Séraphine travailler sur une ferme laitière.
J'étais... Je me levais à 5 h 30 du matin, j'allais avec mes cousins
chercher les vaches dans le champ, parce que, dans le temps-là, ils sortaient.
Ensuite, on nettoyait les enclos, on nourrissait les veaux, on allait chercher
les oeufs. Je n'étais pas là-bas à manger du popcorn puis à les regarder faire,
là, je le faisais avec eux. Puis on s'est dit : Bien, comment on peut
faire pour retrouver ça, tu sais, puis d'avoir l'encadrement familial quand
même, mais donner une expérience? Ça fait que c'est pour ça qu'on a soumis ça.
Mais on laisse ça à votre... à votre discrétion, là, on voulait juste trouver
une possibilité d'avoir des expériences, dans une famille, qui peuvent être
formatrices.
Mme Cadet : Et,
dans ce cas-ci, donc, avec cet élargissement-là, donc, comment est-ce que
vous... comment est-ce que vous conjuguez cette demande avec le principe
dans... le type d'encadrement parental, d'encadrement familial?
M. Vincent (François) : Bien,
quand tu t'en vas chez ton parent, tu sais... Tu sais, ce n'est pas parce que
tes parents qui... ne sont pas là que tu ne suis pas les... les consignes, là.
M. Bérubé (Francis) : Ça peut
être, par exemple, si... si c'est ton oncle, en fait, là. Mais, moi-même, j'ai
eu le même exemple, là, parce qu'à 12, 13 ans, j'allais... j'allais faire
les foins sur la ferme du cousin à mon père, mais, tu sais, essentiellement, il
était... il supervisait, mais... Mais c'est ça, tu sais, l'idée, c'est d'avoir
un lien avec une autorité, là, qui peut... qui est présente, naturellement, un
adulte, là, qui fait... qui est là. Moi, à l'époque, mon père était également
présent, là, mais, ultimement, l'idée, c'est de ne pas empêcher ce genre
d'activité là quand on est dans de la famille, en fait.
Mme Cadet : Merci. Puis
j'aimerais aussi, donc, vous entendre, à la page 12 du mémoire, donc là...
donc on a les différents scénarios, là, que vous proposez puis qu'on... Donc,
on voit un peu, donc, les questions qui ont déjà été posées, là, par le
ministre au niveau des demandes de dérogations et les... sur la base d'avis de
professionnels de la santé. Vous soulignez aussi que les autres provinces
canadiennes autorisent l'obtention d'un permis spécifique. Ici,
pourriez-vous... Pourriez-vous développer, là, l'espèce de parallèle que vous
souhaitez...
M. Vincent (François) : On
faisait référence à la Colombie-Britannique puis aux travaux légers, d'une
certaine façon, ou à faible risque. Mais, ensuite de ça, on s'est dit :
Est-ce qu'on parle dans une notion de faible risque? Qu'est-ce que le faible
risque? Est-ce qu'on ajoute des secteurs? Non, on va... On va revenir au
concept de mettre l'enfant, le bien-être de l'enfant, son développement, sa
réussite scolaire, son épanouissement au centre de notre réflexion puis bâtir
notre recommandation puis vous alimenter avec ça. C'est vraiment... C'était
vraiment... C'est vraiment ça.
M. Bérubé (Francis) : Tu sais,
si on résume, là, très simplement, là, dans le fond, là, tu sais, puis... Puis
moi, j'ai même un exemple personnel. Je ne l'ai pas raconté tantôt au ministre,
mais... Mais, moi... Moi, j'ai... Moi, personnellement, j'ai un enfant de
13 ans pour qui c'est bénéfique. Donc, en fait, bien, par rapport avec
un... un suivi en santé. Donc, c'est une des recommandations de peut-être faire
quelques heures. Donc, c'est... c'est bénéfique pour son... son développement,
mais des... des... des cas, je veux dire... Ultimement, l'idée, c'est juste
d'avoir un processus d'exception si un professionnel de la santé ou un
professeur puis l'autorité parentale, on met au centre les personnes qui ont
vraiment à coeur le bien-être de l'enfant. Donc, on veut... on ne va pas
chercher différentes exceptions. On dit : Il y a un processus. Quand on
est convaincu que c'est au bénéfice de l'enfant de travailler quelques heures
par semaine, là, bien, ouvrons la porte, en fait, pour cette possibilité-là,
tout simplement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
vous reste une minute, Mme la députée.
Mme Cadet : Oui. Moi, c'est
complet. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Lesage pour une période de
4 min 8 s. La parole est à vous.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Il y a certains intervenants, dans le cadre de... déjà, de ce
projet de loi là, qui ont dit, par exemple, qu'on devrait mettre plus d'exceptions
à l'interdiction du travail pour les jeunes, notamment pour le secteur de la
restauration. Alors, je veux savoir votre point de vue par rapport à ça. Est-ce
que vous seriez d'accord avec un élargissement de ces exceptions-là au secteur
de la restauration?
M. Vincent (François) : Bien,
là-dessus, on vous inviterait vraiment à écouter les différents secteurs visés
qui vont probablement avoir aussi des exemples quant à ce qui a été décidé dans
l'article du... du... du projet de loi. Puis ça aurait pu être une avenue aussi
de juste faire un
article comme quoi il allait y avoir des exceptions puis
redécider ensuite en processus de Gazette officielle avec un 45 jours.
Mais là il y a des exemples. Donc, c'est sûr que ces... que ces... que ces entrepreneurs-là
ou ces représentants-là vont le demander. Et je ne vous cacherai pas que...
que... que, nous, dans notre membership ou même dans notre couleur
organisationnelle, demander de réglementer, ça ne fait pas partie... ce n'est
pas... ça sort un peu de notre nature organisationnelle puis c'est pour ça
qu'on... qu'on a... qu'on a voulu mettre l'enfant au centre du processus, parce
que l'idée, ce n'est pas... L'idée, selon nous, ce n'était pas de... bien, il
faut trouver la possibilité que les enfants aillent travailler dans tous les
secteurs, c'est qu'est-ce qui est bon pour l'enfant à ce moment-là puis comment
on peut trouver les meilleurs critères pour, oui, réglementer puis dire :
Au Québec, c'est 14, puis il y a certaines exceptions, mais les exceptions,
c'est... c'est... il faut vraiment que ça soit fondé, appuyé par... par des
professionnels de la santé, par le secteur éducatif pour justement trouver les
meilleures voies pour le succès. Moi, j'ai quatre enfants. Toi, tu en as quatre
aussi, et il en a un. On a rédigé ce mémoire-là aussi dans une option de
trouver la meilleure façon pour que notre prochaine génération soit épanouie
puis, en même temps, puis... puis vous outiller à faire une belle réflexion.
C'est un gros projet de loi. Il y a beaucoup de
monde qui écoute. C'est un gros changement, mais maintenant on s'est dit qu'en
mettant l'enfant puis son bien-être au centre de la réflexion on pouvait ouvrir
la porte, d'une certaine façon, aux exceptions, mais ne pas faire un bar
ouvert. Vraiment de faire quelque chose selon ce qui est bon pour le jeune.
Puis ça revient aussi à ça, l'idée des 90 000 licenciements, c'est
parce qu'eux autres, ils l'ont vécue, déjà, leur expérience, ils ont peut-être
leur réseau d'amis, ils ont vécu deux ans de pandémie à ne pas pouvoir faire de
sport professionnel, puis on s'est dit : Ça va être quoi, leur... leur
réaction? Tu sais, on dit qu'on peut vivre des impacts négatifs du service à la
clientèle au travail, qu'il va y avoir un choc, un choc psychologique, puis ça
va être quoi, le choc psychologique de ces jeunes-là? Donc, ce n'était pas pour
tous les jeunes, c'est vraiment juste ceux qui sont déjà là. Donc, on a
vraiment essayé de sortir de la boîte puis vous outiller à avoir la meilleure
réflexion possible, parce que c'est ça que... on a foi en l'institution puis en
vous pour prendre la meilleure décision pour nos jeunes.
La Présidente (Mme D'Amours) : Deux
minutes.
M. Zanetti : Ah! deux minutes?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M. Zanetti : OK, parfait. Tout à
l'heure, il y avait... j'étais content de voir le ministre réagir de la même
façon que moi par rapport au sondage sur les 99 % des membres que vous
représentez qui trouvent... qui sont très préoccupés par rapport à la santé et
sécurité au travail. Puis là on se disait, bien, ça veut dire qu'il y en a
1 % qui le sont plus ou moins, préoccupés ou pas tant que ça, puis j'étais
content de voir notre ministre du Travail réagir à ça. Puis je me suis dit
peut-être qu'il serait intéressé aussi à avoir des noms, s'il y en a peut-être
à peu près 800, je ne sais pas si vous pourriez nous les communiquer, en tant
que bon citoyen corporatif.
M. Vincent (François) : Oui, oui,
oui.
M. Zanetti : Au ministre, là, pas à moi,
je veux dire, c'est la responsabilité du ministre, là.
M. Vincent (François) : Oui, puis
c'est probablement à cause de la formulation du libellé. C'est : «La santé
et sécurité de nos employés sont notre priorité absolue», donc la priorité
absolue, alors probablement qu'il y en a un qui a écrit... qui a répondu «ne
sait pas» ou «non», parce que, oui, c'est dans mes plus hautes priorités, mais
ce n'est pas ma priorité absolue. Puis on a vraiment mis ce mot-là parce qu'on
voulait avoir un... excusez-moi l'anglicisme, un «statement» les plus forts par
rapport à ça. Ça fait que moi, je suis persuadé que le 1 %, qui est la
marge d'erreur, en bas de la marge d'erreur, la marge d'erreur est de
4,4 %, ça fait que 1 % sur 4,4 %, c'est quand même bon, c'est
probablement pour cette raison-là qu'il a répondu. Puis on peut essayer de
trouver les réponses puis vous donner les noms puis vous mettre en
communication, ça me ferait plaisir.
M. Zanetti : Bien, moi, je
trouverais ça très intéressant, effectivement, je suis content de voir votre
ouverture. Je suis persuadé que le ministre du Travail va faire un très bon
usage de cette information-là pour protéger la jeunesse québécoise. Et je vous
remercie, Mme la Présidente, c'est toutes les questions que j'avais.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc, je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 34)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
bienvenue à la Commission de l'économie et du travail. Avant de commencer, je
souhaite la bienvenue à la Fédération des chambres de commerce du Québec. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé. Merci.
M. Milliard (Charles) : Alors,
bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés. Je me
présente. Donc, Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce
du Québec. Je suis accompagné de mon collègue et ami Alexandre Gagnon,
vice-président, Travail et capital humain. Je vous remercie de nous donner
l'occasion de comparaître aujourd'hui pour commenter le projet de loi
n° 19, un sujet particulièrement important pour notre organisation, pour
les entreprises québécoises et pour les électeurs, les citoyens, pour la
société en général.
Pour fins de mémoire,
puisque je crois que vous le savez déjà, la FCCQ regroupe à la fois
123 chambres de commerce sur l'ensemble du territoire québécois, mais on
est aussi une chambre de commerce provinciale avec 1 200 membres
corporatifs, alors on représente près de 45 000 entreprises sur
l'ensemble du territoire québécois.
Notre sujet du jour aujourd'hui a la rare
qualité d'intéresser tout le monde. Ce n'est pas donné à tous les projets de loi.
Alors, que ce soit pour des raisons sociétales, économiques, éducatives ou
familiales, chaque Québécois a quelque chose à dire, a une opinion sur le
travail des jeunes. Encore plus dans le contexte du marché du travail actuel,
qui a énormément changé dans les dernières années et qui met en lumière le
manque de travailleurs disponibles à l'emploi. La pénurie de main-d'oeuvre
offre quand même actuellement, tant mieux, quelques avantages pour les
travailleurs, qu'on pense à l'amélioration... l'amélioration notable des
conditions de travail offertes et une plus grande ouverture des entreprises
pour les bassins de travailleurs historiquement moins présents sur le marché du
travail, comme les jeunes. D'ailleurs, la hausse du taux d'emploi des jeunes
âgés de 15 à 24 ans place dorénavant le Québec au sommet du classement au
Canada et dans le sommet aussi à l'OCDE.
Cette situation a évidemment un côté plus sombre
puisque nous sommes nombreux, et on en fait partie, à se préoccuper des
répercussions potentielles d'une entrée trop rapide sur le marché du travail
pour la réussite scolaire de nos jeunes. Alors, étant membres, nous aussi, du
Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, nous avons contribué
activement aux travaux ayant mené à l'avis sur le travail des enfants qui a été
déposé en décembre dernier. Je tiens d'ailleurs en cette commission et
officiellement à féliciter le ministre d'avoir très largement repris les
principaux points de cet avis pour le projet de loi n° 19.
Rien ne l'obligeait. Alors, je le félicite puis je profite aussi de l'occasion
pour le rassurer, si besoin est, que notre engagement demeure clair à respecter
l'ensemble des consensus exprimés au sein de cet avis, et espérons que vous
aussi, vous serez soucieux de préserver cet équilibre entre les forces
patronales et syndicales qu'on a réussi à atteindre. Sur ce dossier, le
dialogue social fonctionne, il opère et il donne des résultats tangibles.
Alors, on ne laissons pas passer cette chance. Vous savez bien comme moi que ce
n'est pas toujours le cas dans tous les dossiers.
Alors nos positions ce matin s'inscrivent dans
la recherche de précisions sur des zones grises qui n'ont pas été examinées en
profondeur par le CCTM en raison des délais impartis. Alors, je vous parle
brièvement de quelques-unes de nos huit recommandations. Je débuterais
peut-être en parlant un peu de l'éléphant dans la pièce, ce que j'appellerais
l'importance des données probantes. Alors, soyons honnêtes, peu de données
existent quant à l'ampleur du travail des jeunes. Nous travaillons aujourd'hui
sur un projet de loi, alors que personne n'a de véritable portrait complet et
total de ce à quoi nous nous attaquons, et je vous donne deux exemples pour
illustrer mon propos.
Premièrement, les données sur l'emploi sont
généralement colligées, on le sait, par Statistique Canada avec son enquête sur
la population active. Cependant, cette enquête ne prend en compte que les
Canadiens de 15 ans et plus. Aussi, la dernière étude sur le travail des
adolescents du secondaire qui est disponible provient d'un rapport du MSSS qui
date de 2017 et qui, lui, utilisait des données de 2010-2011 qui déjà faisaient
état du peu d'informations disponibles.
Alors, afin de corriger la situation, nous
recommandons que le ministère du Travail, en collaboration avec le ministère de
l'Emploi et de la Solidarité sociale, se dote de moyens permettant de mieux
cerner la réalité du travail des Québécois de moins de 16 ans et que la
CNESST collige encore davantage de données probantes quant au portrait
statistique des lésions par secteur et type d'emploi des jeunes travailleurs.
Aussi, je vous dis ça avec un clin d'oeil : Passez un coup de fil aussi à
Ottawa, coordonnez notre action avec Statistique Canada permettrait de retirer
davantage de bénéfices statistiques et d'établir aussi des comparatifs à
l'échelle canadienne.
Alors, parlons maintenant de la flexibilité à
l'intérieur du cadre qui est discuté ce matin. Alors, d'emblée, je tiens à
souligner que nous souscrivons entièrement au besoin de limiter les heures de
travail lors de l'année scolaire afin d'encourager la réussite éducative,
alors, oui aux 17 heures par semaine et oui aux 10 heures du lundi au
vendredi. Cependant, nous croyons qu'une petite, une petite flexibilité est de
mise afin de permettre aux jeunes travailleurs de moduler leur disponibilité
d'offre de travail pour répondre à leurs horaires changeants, que ce soit à
l'occasion d'une période d'examens, d'un tournoi sportif à l'extérieur de la
ville, etc.
À cet effet, on recommande donc au gouvernement
de permettre de fixer les limites présentées dans le projet de loi en tant que
moyenne hebdomadaire similaire à ce qui est permis dans la
Loi sur les normes
du travail actuelle pour l'ensemble des travailleurs. Alors, une telle flexibilité
pourrait, par exemple, nécessiter la mise en place d'ententes écrites ou, par
convention collective, d'étalement des heures de travail sur une période
maximale, disons, de deux semaines qui respecterait les conditions
suivantes : donc, une semaine de travail ne pourrait pas excéder
20 heures, une semaine de travail du lundi au vendredi ne pourrait pas
excéder 12 heures, et le salarié ou l'employeur peut résilier cette
entente avec un préavis de deux semaines. On pourra en parler dans la période
de questions, si vous le voulez bien, mais cette souplesse permettrait un
espace de dialogue afin d'adapter l'horaire de travail des jeunes en fonction
des impératifs économiques, j'ajoute sportif ou personnel, sans les pénaliser
quant à leur capacité d'obtenir une rémunération.
Je veux vous parler aussi — je
crois que je suis le troisième à le faire ce matin — mais des entreprises
familiales. Alors, la liste des exceptions pour le travail des jeunes de moins
de 14 ans, nous sommes... nous semble globalement bien balancée, et je
suis d'accord avec plusieurs commentaires émis ce matin à l'effet qu'elles ne
doivent pas être trop larges parce qu'elles dénatureraient le propos général.
Cependant, nous comprenons, nous aussi, difficilement l'objectif visé par le
gouvernement en proposant des limitations au travail dans les entreprises
familiales. Il nous semble peu probable qu'un jeune soit plus à risque dans une
entreprise familiale de 20 employés, par exemple, que dans une entreprise
de 10. De plus, une telle mesure trouve peu d'application possible dans les
fermes familiales, qui embauchent des travailleurs saisonniers en été, mais qui
fonctionnent avec la cellule familiale en période de
travail réduit.
Alors, nous introduisons ici, à notre sens, une
confusion inutile qui pourrait être corrigée. Aussi, la
Loi sur les normes du
travail ayant comme portée les travailleurs répondant à la notion de salarié,
nous craignons qu'une limitation du travail au sein des entreprises familiales
ne fasse que diminuer les possibilités que ces jeunes travailleurs là,
justement, obtiennent des protections qui sont inhérentes au statut de salarié.
Alors, nous demandons donc officiellement le retrait de la limitation de moins
de 10 employés pour l'exception accordée aux entreprises familiales.
Dans un autre ordre d'idées, en se rappelant le
portrait incomplet sur lequel nous travaillons aujourd'hui à cause du manque de
données, il nous semble indispensable de prévoir ou de réfléchir à tout le
moins à un mécanisme d'exception à utiliser parcimonieusement afin de réagir
rapidement et facilement. Nous recommandons donc aux membres de la commission
de prévoir un mécanisme qui permettrait l'obtention d'une dérogation à la pièce
par la CNESST d'un poste de travail qui serait jugé sécuritaire, propice au
travail et au développement des jeunes de moins de 14 ans. Ce mécanisme
permettrait de reconnaître des circonstances particulières qui sont parfois
difficilement définissables au sein d'un texte législatif comme celui-ci. On le
voit depuis que le projet de loi est rendu public, il y a plein d'exemples de
situations particulières qui pourraient commander une action particulière
aussi, et on ne voudrait pas avoir à en revenir toujours sur le terrain
législatif pour répondre à ces questions-là.
Finalement, nous supportons les délais et
conditions prévues aux mesures transitoires. Alors, nous supportons les délais
et conditions prévues aux mesures transitoires, mais nous portons cependant à
votre attention que, pour certains milieux, les obligations en lien avec des
licenciements collectifs prévus dans la
Loi sur les normes du travail
pourraient être déployées, impliquant des préavis plus longs et des avis au
ministre pouvant rendre impossible la mise en vigueur de ces obligations avant
le début de la prochaine année scolaire. Alors, afin d'éviter toute confusion
et dans l'objectif du ministre d'implanter le tout rapidement, nous
recommandons de prévoir explicitement que les règles entourant les
licenciements collectifs ne s'appliquent pas en regard des fins d'emploi
survenues afin de respecter les obligations présentées dans ce projet de loi.
Alors, en conclusion, nous sommes devant un
texte législatif important et nécessaire qui, je pense, changera notre monde du
travail et, souhaitons-le, renforcera la persévérance scolaire. On pourra
assurément en parler dans la période de questions. Bien sûr, il est faux de
prétendre que tous nos membres sont complètement sereins face à ce projet de
loi là, entre autres dans le secteur de la restauration et de l'agriculture,
mais souhaitons que les prochains jours soient le témoin d'un dialogue actif
avec eux pour tempérer et répondre à leurs inquiétudes qui demeurent quand
même, disons-le, légitimes.
Et je termine en rappelant que le débat d'aujourd'hui
va bien au-delà de l'enceinte de la commission. Le gouvernement a la
responsabilité de tracer un cadre, mais le gouvernement ne remplace en rien le
pouvoir d'autres acteurs cruciaux dans le dossier, et j'ai nommé les parents.
Le ministre en a fait mention en introduction des travaux ce matin, discuter de
ce qui est bon pour nos jeunes pour assurer leur développement et leur
réussite, c'est bien de le faire autour de la table du Conseil des ministres,
mais c'est encore mieux de le faire autour de la table de la cuisine, à la
maison, en famille.
Alors, merci de votre écoute, considérations, et
ça nous fera plaisir d'échanger avec vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Je salue, bien sûr, M. Milliard, l'engagement clair de la FCCQ de
respecter le consensus auquel la fédération a contribué, bien sûr, et c'est
vrai que le dialogue social a donné des bénéfices intéressants. Je pense que
l'impératif de mieux protéger nos jeunes, d'assurer leur réussite éducative,
c'est des objectifs qui ont démontré qu'on était capables d'adhérer à des
intérêts communs.
Je dirais d'emblée, M. Milliard, sur la première
recommandation, un portrait global, il n'y a pas que l'étude des jeunes au
secondaire, là, qui date de 2016-2017, là, provenant de l'Institut de la
statistique, il y a bien sûr l'évolution du nombre d'accidents de travail ou de
maladies professionnelles qui sont fortement documentés par la CNESST. Il y a
eu beaucoup d'autres études aussi, jusqu'à celle faite par le Dre Mélissa
Généreux de l'Université de Sherbrooke, sur la santé psychologique, là.
Puis je reviens souvent sur la donnée, le 50,
20, 40, là, mais il y en a 20 %, secondaires I et II, qui travaillent
plus que 15 heures par semaine et qui, chez cette catégorie-là de jeunes,
il y en a 40 % qui ont des symptômes d'anxiété, mais le lien de causalité
n'est pas toujours clairement établi, mais, sur le portrait global et total, je
suis assez d'accord. Puis bien sûr que, moi, c'est mon intention. Évidemment,
on verra, là, mais ça n'a pas à être inscrit dans le projet de loi, mais de
travailler avec nos homologues à Ottawa, avec nos collègues ici, à Québec,
notamment du ministère de l'Emploi, pour mieux étoffer, pour avoir ce que vous
appelez des données probantes qui nous donnent un portrait total et global.
Moi, je suis tout à fait confortable avec ça.
Deuxième point que vous soulevez sur
l'étalement. Ce que vous dites, c'est que, comme tous les salariés, bon, on ne
doit pas aller au-delà de 40 heures par semaine, chez les enfants, on
respecterait, sur une période de deux semaines, le maximum de 17 heures,
mais ils pourraient faire une semaine, 20 heures, puis l'autre semaine,
13 heures. Puis, comme la moyenne est de 17 heures, si le
consentement est présent et que ça répond aux besoins de l'employeur, ça
pourrait être mis en place. Est-ce que c'est ce que vous mentionnez, M.
Milliard ou M. Gagnon, là?
M. Milliard
(Charles) : Exactement ça.
M. Boulet : Mais, M. Milliard, ce
qui me préoccupe là-dedans, puis tous les experts disent : Bon, le
travail, c'est bénéfique jusqu'à un certain nombre d'heures. Vous voyez jusqu'à
11 heures, c'est même positif, mais, entre 11 et 15 heures, là il y a
un inversement de la tendance. Et, à partir de 15 heures par semaine,
parce que, là, ça impliquerait qu'un jeune fasse, au-delà de ses heures d'école,
jusqu'à 20 heures-semaine, et ça, ça aurait un impact certainement, ma
compréhension, si je me fie aux études, sur son niveau de fatigue, d'anxiété,
de stress et de concentration. Parce que, si c'est une semaine où il est en
examen, M. Milliard, qu'est-ce qu'on fait? On dit : Non, il ne peut
pas le faire. Non, il ne peut pas avoir d'étalement. Est-ce que vous ne trouvez
pas qu'il risque d'y avoir une incompatibilité entre le nombre d'heures une
semaine et les responsabilités du jeune? Puis il n'y a pas que ses affaires
académiques, il faut qu'il joue, il faut qu'il s'amuse, il faut qu'il danse, il
faut qu'il fasse du sport. Ça commence... Est-ce que vous ne trouvez pas que,
là, on commence à noyer un peu le consensus du maximum de 17 heures?
M. Gagnon (Alexandre) : Si vous permettez...
M. Boulet : Vous avez mon opinion,
mais je veux la vôtre.
M. Gagnon (Alexandre) : On croit que l'intention est plutôt l'inverse. Donc, en
permettant une certaine flexibilité, c'est qu'on donnerait la possibilité au
jeune de dire : Moi, cette semaine, j'ai des examens, le 17 heures
qui est prévu originalement ne me convient pas, ne convient pas à mon horaire,
mais au fait que j'ai besoin d'étudier, au fait que j'ai besoin de donner
davantage d'attention à mon travail, mais je ne veux pas être pénalisé
économiquement. Donc, peut-être que, la semaine des examens, je vais réduire
mon nombre... de travail pour dire... et le remettre à 12 heures, et, la
semaine d'après, peut-être le monter à 20 heures.
M. Gagnon (Alexandre) :
Donc, c'est l'inverse, là, quant à nous, de la possibilité.
M. Boulet : Mais, M. Gagnon, en
termes d'application, là, on est en train de nous proposer qu'un jeune de
12 ans, 13 ans puisse consentir à un étalement qui lui permet de
respecter une moyenne de 17 heures, un plafond de 17 heures. Est-ce
qu'il va avoir la possibilité de donner tout le temps un consentement libre et
éclairé? Il a des examens, mais il a peut-être des activités sportives. Est-ce
qu'on ne risque pas de surexiger d'un enfant en lui demandant de consentir à
aller en haut de 17 heures comme maximum? Moi, c'est ma préoccupation,
mais je comprends... je comprends votre recommandation. Sur...
M. Milliard (Charles) : Est-ce que
je peux juste me permettre? Il y a un enjeu...
M. Milliard (Charles) : ...que moi,
j'appelle... j'appelle ça l'enjeu du bloc de quatre heures. C'est que, souvent
dans les commerces de détail, les pharmacies, les épiceries, souvent, les soirs
de semaine, c'est les «shifts» de quatre heures, donc de 17 heures à
21 heures, c'est quand même assez fréquent. Alors, cette idée-là d'avoir
une possibilité, exemple, de faire 12 heures... de faire huit heures, donc
deux «shifts» une semaine où, exemple, il y a des examens et, la semaine
suivante, bien, peut-être faire trois «shifts» de quatre heures, donc
12 heures, mais revenir, donc, à une moyenne de 10, ça permettrait de
répondre à certaines des inquiétudes. Et là je suis peut-être le premier à vous
en parler, mais je ne serai certainement pas le dernier cette semaine à vous
parler de la réalité des commerces de détail, qui, à cause des heures
d'ouverture et des heures d'école, se retrouvent avec cette question-là du
multiple de quatre.
M. Boulet : Oui, mais vous avez vu — d'ailleurs,
ça a été documenté par les médias ce matin — dans les commerces de détail,
il y a un nombre important... si on regarde l'ensemble des lésions
professionnelles, il y a un pourcentage extrêmement important qui provient des
environnements de travail dans ces secteurs-là, là, notamment le commerce de
détail et la restauration, puis je voyais que, par exemple, dans ces
secteurs-là, 46,5 % des lésions étaient des jeunes en bas de 14 ans.
Ça fait que je veux juste faire attention.
Puis des blocs de quatre heures, quand tu as ta
journée dans le corps, si je peux m'exprimer ainsi, c'est sûr que le quatre
heures additionnel, il a un impact, puis c'est ce qui est documenté par les
spécialistes. Parce que je ne suis pas un spécialiste, je ne suis pas un
médecin, mais les statistiques sont quand même là pour le démontrer, là, la
santé des jeunes du secondaire, la santé psychologique des 12 à 25 ans...
Mais je comprends votre recommandation.
Les familles, je pense que je me suis assez
exprimé, puis je pense que, M. Gagnon, on comprend bien aussi cette réalité-là,
il y a toujours la notion de discrimination fondée sur l'état civil, là. Plus
on élargit ce concept-là d'entreprise familiale, plus il y a un risque que le
jeune qui n'est pas bénéficiaire d'une entreprise familiale autour de lui
puisse alléguer que c'est fondé sur l'état civil. Ça fait qu'on a quand même
été prudents. Et le moins que 10, c'est quand même un environnement de
proximité où il y a un contrôle, où on prend pour acquis, parce que c'est
inhérent à la grosseur de l'entreprise familiale, qu'il y
a de la supervision, qu'il y a de la présence parentale, puis c'est quand même
une exception où il y a une personne adulte qui doit être présente puis
s'occuper du jeune.
Je voudrais, M. Milliard, vous entendre. La
dérogation à la pièce. Est-ce que, là, la dérogation à la pièce... Moi, je
prends pour acquis que les milieux de travail... puis je pense que la vaste
majorité des employeurs s'assurent d'analyser, d'identifier puis d'éliminer les
risques pour les travailleurs indépendamment de leur âge. Mais est-ce que les
dérogations à la pièce, là, ce n'est pas faire indirectement ce que vous ne
vouliez pas, par consensus, faire directement? C'est-à-dire, on va additionner
les dérogations à la pièce, puis là on va surcharger la CNESST dans sa capacité
de bien faire appliquer le projet de loi. J'aimerais ça, vous entendre
là-dessus, parce que je sais que vous êtes sensible à ça.
M. Gagnon (Alexandre) : Oui. Je peux-tu y aller, Charles?
M. Milliard (Charles) : Oui, vas-y,
Alexandre.
M. Gagnon (Alexandre) : Oui. Bon. En fait, quand... lorsqu'on parle de dérogation à
la pièce, évidemment, il n'y avait pas de consensus au CCTM quant aux
exemptions, hein? Donc, on n'est pas à l'encontre des consensus, premier point.
Mais, deuxième point, on parle de situations exceptionnelles spécifiques à un
jeune. Donc, parfois, par scadre très normé et accompagné, peuvent être insérés
dans un programme d'insertion sociale, par exemple. Donc, il y a des protocoles
qui existent qui permettent actuellement d'intégrer progressivement, bien
gérer, de façon très normée, ce type d'accompagnement là pour intégrer... pour
donner des outils à des gens qui ont de plus grands obstacles, disons, à persévérer
dans le cadre scolaire régulier. Donc, c'est ce genre d'exemption là qu'on
demande de regarder.
Et puis, de l'autre côté, il y a le constat que
le portrait, il a été décrié par nous, mais il a été décrié dans l'avis, il a
été décrié dans le rapport du MSSS. Les données sont peu présentes. Quoi qu'on
en dise, on ne sait pas combien de travailleurs, combien d'heures font les
jeunes exactement, dans quels milieux de travail, malgré un rehaussement du
nombre d'accidents, là, de travail, là, on le reconnaît, mais il y a un manque
de données qui nous oblige à dire : Regardons, donnons-nous cette soupape,
cette voie de sortie là pour se dire : Le cas échéant, où qu'on remarque
qu'on a fait une erreur, qu'on a fait... qu'on a peut-être oublié un petit
quelque chose da