Labour and the Economy — 20 May 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2025-05-20
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31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
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29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
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29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
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13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
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12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
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Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
Version préliminaire
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 20 mai 2025
Vol. 47 N° 107
Étude détaillée du projet de loi n° 89, Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de l'économie et du travail ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 89, Loi visant à considérer
davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out...
Le Président (M. Allaire) :
…merci de prendre quelques secondes d'ailleurs pour éteindre l'ensemble de vos
sonneries de vos multiples appareils électroniques, s'il vous plaît! M. le secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
Le Secrétaire
: Oui, M.
le Président. Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est remplacée par Mme Prass
(D'Arcy-McGee) et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M. Allaire) :
Parfait! Merci, M. le secrétaire. Si vous vous souvenez, lors de l'ajournement,
avant que M. le ministre perde la voix, nous étions à un amendement déposé par
la députée d'Hochelaga-Maisonneuve à l'article 111.22.3, qui est introduit
à l'article 4 du projet de loi. Alors, à ce stade-ci, puisque ça fait déjà
plus d'une semaine, je demanderais au député d'Hochelaga-Maisonneuve,
peut-être, de nous faire un petit rappel avec son argumentaire, là, lors du
dépôt de cet amendement. Donc, la parole est à vous.
M. Leduc : Donc, juste pour
être clair, M. le Président… merci. Bonjour, tout le monde. En fait, j'espère
que vous avez passé une bonne semaine de circonscription la semaine dernière.
Bonne fête des Patriotes, hier aussi, un peu en retard. Donc, si je me rappelle
bien, quand on s'est laissé, M. le ministre avait une voix qui me faisait
penser à mon… à ma propre adolescence, qui est en train de me tuer. Je constate
qu'il va mieux aujourd'hui. Je suis content de le voir. Je l'ai constaté
beaucoup plus tôt, bien sûr, ça fait comme presque un mois qu'on ne s'est pas
vus.
Donc, si vous me dites, M. le Président…
c'est qu'on avait abordé l'article quatre qui était, si mon souvenir est bon
dans la séquence d'adoption souhaitée par le gouvernement, sur lequel on
s'était entendu en ouverture, donc, comme un peu l'article un de l'étude
détaillée si on veut. On a commencé par lui puis il est décliné en de nombreux…
un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, 10, 11, 12, 13, 14 sous-articles.
Puis si… puis, encore une fois, je veux juste me faire confirmer que j'avais…
mon souvenir est bon, on les traverse un par un, mais l'adoption de l'article
quatre se fera à la fin de ces 14.
Le Président (M. Allaire) : …
M. Leduc : Wow! Excellent!
J'ai bien dormi hier soir, ça aide. Et là on était rendus au 111.22.3.
Le Président (M. Allaire) :
111.22.3.
M. Leduc : Ça fait qu'on avait
seulement fait… fini le 111.22.2.
Le Président (M. Allaire) :
Exact.
M. Leduc : 111.22.3. Parfait.
Et là j'avais déposé un amendement qu'on avait commencé à discuter, que je vais
donc relire pour…
Le Président (M. Allaire) :
Pour votre gouverne, il vous reste sept minutes, 10.
M. Leduc : Sur cet amendement?
Le Président (M. Allaire) :
exact.
M. Leduc : Merveilleux. Donc,
111.2.3 : À l'article 111.22.3 proposé par l'article quatre du projet
de loi, remplacer « disproportionné » par « grave et fondamental ».
Le… La logique ici, M. le Président, c'est
que le critère… les nouveaux critères que le ministre se donne pour un peu,
dans le fond, contourner la
loi sur les services essentiels avec son nouveau
système et en élargir la portée dans les faits, c'est… il change, il baisse la
barre parce que pour les services essentiels, il fallait avoir une barre, là…
il fallait rencontrer des critères assez élevés. Tandis que là, c'est assez
disproportionné, c'est assez… c'est assez large. Qu'est-ce qui décide? Qui
décide qu'est-ce qui est disproportionné? Tandis que grave et fondamental, on
est dans du très clair. Alors c'est cette zone de flou là sur laquelle, je
pense, on avait commencé à échanger, M. le ministre et moi, que je voulais
clarifier par mon amendement.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
• (9 h 50) •
M. Boulet : Oui. Merci, M. le
Président. Heureux de vous revoir en commission. Merci à tous les collègues et
à tous ceux et celles qui participent à la continuité dans l'harmonie de cette
étude détaillée du projet de loi n° 89. En fait, comme on l'a expliqué à
plusieurs reprises, puis je vais le faire de manière
sommaire, ce n'est pas
nous qui allons décider ce qui est disproportionné, c'est le tribunal
administratif du travail. Et donc c'est important pour moi de rappeler que le
gouvernement adopte un décret. Une des deux parties peut faire une demande au
tribunal administratif, qui est totalement impartial et indépendant, qui aura à
déterminer ce qui est disproportionné.
Vous parlez de barre, ce n'est pas de mettre
la barre plus haut ou plus bas. Comme vous savez, il y a des services
essentiels, c'est-à-dire dont l'interruption peut avoir pour effet de
compromettre ou de mettre en danger la santé et la sécurité publique.
Parallèlement, il y a des services à maintenir pour assurer le bien-être de la
population et c'est ce à quoi le concept de disproportionné réfère.
Et évidemment, c'est factuel, ça tiendra
des rencontres des circonstances qui sont mises en preuve, mais
disproportionné, c'est disproportion par rapport aux inconvénients que… dont on
peut normalement s'attendre ou dont la population peut normalement s'attendre
lors de l'exercice d'un droit de grève. Donc, c'est certain qu'il y aura une
démonstration à faire que la grève cause des conséquences qui dépassent ce qui
doit normalement être accepté dans le cadre d'un conflit de travail…
M. Boulet : ...et j'avais
précisé aussi à quelques reprises — Bonjour, collègue — que
«affecter de manière disproportionnée», il faut que l'effet sur la sécurité sociale,
économique ou environnementale de la population soit significatif. Et ça ne
peut pas être un simple inconvénient ou un simple désagrément. C'est sûr que,
quand il y a exercice d'un droit de grève, il y a des répercussions. Et,
cependant, il ne faut pas que ça aille jusqu'à être disproportionné. Quant à
l'application de ce concept-là, je le répète, c'est un tribunal administratif
qui va devoir l'appliquer à la lumière des faits démontrés. Puis c'est du cas
par cas.
M. Leduc : Vous avez
peut-être soit pris l'autobus à Québec récemment ou vu passer les autobus du
RTC. Il y a, encore maintenant, donc, plein de collants sur les autobus qui
parlent de la grève à venir dans le service d'autobus. Est-ce qu'une grève au
RTC, une nouvelle éventuelle grève RTC, on sait à quel point vous avez été
impacté par la précédente, vous en avez... vous l'avez utilisé beaucoup dans
vos entrevues, la dernière grève du RTC, là, qui remonte à 2023, est-ce qu'une
éventuelle grève de RTC serait une atteinte disproportionnée?
Le Président (M. Allaire) :
M. le ministre.
M. Boulet : M. le
Président, je vais reprendre les mêmes propos. Évidemment, il faut souhaiter un
règlement à l'amiable. Il faut souhaiter une entente de principe. Il faut
éviter les grèves potentielles ou les cessations concertées de travail qui
auraient lieu ce jeudi et ce vendredi. Le transport en commun fait
partie des
services publics qui sont inclus dans le Code du travail, et le régime de
service à maintenir pour le bien de la population est un régime qui est
parallèle. Donc, ce n'est pas possible pour moi de dire quel sera l'impact si
une grève se perpétue dans le temps et c'est le tribunal qui aurait à déterminer
si ça affecte le bien être de la population, c'est-à-dire si des services
minimalement requis doivent être maintenus pour assurer la sécurité sociale,
économique ou environnementale de la population et pour éviter qu'elle soit
affectée de manière disproportionnée. Donc, ce que je dis, c'est que
techniquement, légalement, ce régime de services parallèles à maintenir pour
assurer le bien être de la population pourrait s'appliquer. Mais ça dépend des
circonstances. Ce n'est pas lors de l'exercice, nécessairement, d'une grève,
que ça s'appliquerait. Il faut voir l'impact sur la population.
M. Leduc : Moi, je me
mets dans les souliers d'un employé de la RTC qui a vu vos entrevues sur la
question de votre projet de loi, qui a vu que vous utilisiez beaucoup l'exemple
de la grève du RTC pour justifier l'existence de votre projet de loi. Et là, je
regarde la grève à venir, puis je me dis : Bien, j'assume qu'il parle de
moi ici. J'assume qu'il parle d'une disproportion de l'exercice de ma grève sur
la population. Je ne peux pas croire que vous ne pouvez pas vous imaginer que
c'est ça qu'il pense.
M. Boulet : Bien, je
voudrais un peu rétablir les faits. On en a parlé de façon contemporaine de ce
projet de loi là potentiel de manière contemporaine à un conflit de travail,
mais les situations qui m'ont interpelé le plus... de la manière la plus aiguë,
c'est évidemment les services funéraires, c'est les enfants à besoins
particuliers, c'est le transport scolaire, le transport en commun. Tout ce que
je dis, c'est que le projet de loi n° 89, dans sa facture actuelle, ce
serait au tribunal à déterminer dans la mesure où il y a un décret et dans la
mesure où l'une des parties décide de saisir le tribunal, et les parties
auraient à négocier des services minimums à maintenir pour assurer le bien-être
de la population. C'est ce qu'il faut retenir. C'est un projet de loi qui vise
à considérer davantage les besoins de la population. Donc, je ne peux pas
m'exprimer sur un cas hypothétique ou même sur un cas réel. Ce n'est pas le
ministre. On veut que ce soit une décision apolitique.
M. Leduc : Bien sûr que
ce n'est pas le ministre personnellement, sinon vous feriez une loi spéciale
comme dans le bon vieux temps. Mais quand les juges...
M. Boulet : Est-ce que
c'est vraiment le bon vieux temps?
M. Leduc : Bien, c'est...
Tout est relatif, hein, M. le ministre. Je vous laisse apprécier si c'était
mieux avant.
M. Boulet : Ça vient de
vous.
M. Leduc : «Make Québec great again», certains diront. Mais les juges
du TAT, là, qui vont devoir appliquer votre nouveau système qui est, selon même
plusieurs experts, assez flou, notamment cette question-là de disproportion,
ils vont se baser sur quoi? Bien, ils vont aller voir les échanges qu'on a,
vous et moi, avec les collègues également, pour voir quelle est la fameuse
intention du législateur...
M. Leduc : ...ils vont avoir
des débats entre eux, mais ils vont vouloir aller voir qu'est-ce que le
législateur souhaitait dire par «disproportion», puis je ne peux pas dire que
c'est très clair, ce que vous leur donnez, comme enlignement.
M. Boulet : Ah! c'est on ne
peut plus clair, puis là je vais le lire, pour que ce soit clair. C'est
vraiment l'intention du législateur. C'est de déterminer si les effets sur la
population sont disproportionnés par rapport aux inconvénients dont on peut
s'attendre que la population subisse en raison de l'exercice du droit de faire
la grève. Donc, les deux éléments clés, c'est les effets sur la population et
les inconvénients. Je pense que c'est deux mots qui peuvent guider le tribunal
dans sa détermination quant à savoir s'il y a des services minimalement requis
à maintenir pour assurer le bien-être de la population. Je pense que c'est
quand même assez clair.
M. Leduc : ...que vous dites
ça, parce qu'on a eu plus tôt des échanges alentour du fait que quand le RTC
est allé plaider pour être intégré dans les services essentiels, ils n'ont pas
réussi à convaincre le TAT, au regard des arguments de l'autre partie,
notamment... bien, je pense que c'était la CSN, de la démonstration qu'il n'y a
pas eu... il n'y a pas eu d'émeute, que c'était au niveau des désagréments, un
conflit de travail au RTC à Québec, et non l'atteinte grave. Mais vous, vous venez...
Parce qu'il y avait comme deux critères, il y a désagréments puis l'atteinte
grave, puis vous, vous venez en glisser un au milieu, juste au milieu, juste
sur la ligne. C'est ça qui est ambigu.
M. Boulet : C'est un concept
d'équilibre. Puis, évidemment, c'est du cas par cas. Je ne peux pas me
prononcer sur des décisions qui ont été rendues par le tribunal administratif
dans des conflits antérieurs. Mais pour les services essentiels, je le répète,
c'est des services dont l'interruption peut menacer la santé ou la sécurité
publique. Ici, c'est les services minimalement requis pour protéger la
population, pour assurer les besoins de la population. Donc, le guide, il est
clairement exprimé dans le projet de loi.
M. Leduc : ...vous rajoutez
un deuxième palier intermédiaire, ça, c'est clair. Mais où se trace exactement
la ligne? Vous générez du flou avec ça.
M. Boulet : Mais ce n'est pas
intermédiaire. C'est des régimes parallèles. Et dans le cas des services
publics — parce que ça ne s'applique pas en santé puis dans la
fonction publique — c'est deux régimes qui sont parallèles. Il peut y
avoir des services essentiels et, de manière complémentaire, des services pour
assurer le bien-être de la population. Ça fait que ça prend un critère qui est
compatible avec ce que nous voulons faire, c'est-à-dire protéger la population.
M. Leduc : ...la direction de
la RTC, dès la semaine... dès cette semaine, donc, si la grève est déclenchée,
peut aller mobiliser la
Loi sur les services essentiels, puis, éventuellement,
quand la loi va être adoptée, il peut aller mobiliser la nouvelle loi aussi, en
même temps?
M. Boulet : Encore une fois,
je reviens sur la procédure. Ça prend un décret, et, à partir du moment où il y
a un décret gouvernemental, une des deux parties peut demander au tribunal
administratif de déterminer s'il y a des services pour assurer le bien-être de
la population qui doivent être maintenus. Donc, c'est cette procédure-là qui
est fondamentale, et c'est cette procédure-là qui rend tout ce qui est dans le
projet de loi objectif, et qui vise, ultimement, à protéger le monde.
M. Leduc : ...une des deux
parties. Mais pouvez-vous bien m'expliquer dans quel scénario la
partie
syndicale souhaiterait aller se faire assujettir par votre projet de loi?
M. Boulet : Bien, il y a des
situations... puis là je ne veux pas entrer dans des hypothèses, mais où le
syndicat pourrait décider de saisir le tribunal administratif pour déterminer
le niveau de services à maintenir, et s'il n'y a pas d'entente, tu sais, après
ça, les partis les négocient, collègue. C'est fait par les parties de
déterminer le niveau des services minimalement requis à maintenir.
M. Leduc : ...vous
affaiblissez le rapport de force des travailleurs, vous êtes conscient de ça.
• (10 heures) •
M. Boulet : Bien, écoutez, il
y a des situations... si on se décroche du transport en commun, il y a des
situations où il peut y avoir des lock-outs, il y a des situations où il peut y
avoir des grèves. Je pense que c'est équilibré. Puis vous l'avez vu, lors des
consultations particulières, certains groupes souhaitaient que nous allions
plus loin, d'autres groupes souhaitaient que nous retirions ce projet de loi
là. Moi, j'y voyais une démonstration que notre projet de loi est en équilibre.
M. Leduc : Tous les groupes
patronaux étaient contents, tous les groupes syndicaux étaient en colère. Il
n'y a pas d'équilibre, M. le ministre.
M. Boulet : Il y a des
groupes patronaux au-delà... Souvenez-vous du Dr Égide Royer. Je ne vois pas en
lui un groupe patronal...
M. Leduc : Bien, ce n'est pas
un groupe syndical non plus.
M. Boulet : ...mais pas du
tout. Puis si on avait entendu cinq fois...
Haut de la page
10 h (version non révisé
e) M. Boulet : ...des docteurs
Égide Royer, on aurait eu les mêmes conclusions. Si on avait entendu 10 fois
puis 15 fois des professeurs souhaitant... souhaité par certains partis d'opposition,
on aurait entendu les mêmes conclusions, les mêmes recommandations. Il y a eu l'Association
du transport urbain du Québec, il y a eu d'autres groupes aussi, l'Union des
municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités...
M. Leduc : Mais, c'est tous
des patrons, ça, M. le ministre.
M. Boulet : Mais faisons
entendre cinq docteurs Égide Royer, vous allez avoir les mêmes conclusions. Les
consultations particulières nous ont permis de conclure que ça demeurait un
projet de loi qui est en équilibre et qui n'a pas d'impact négatif sur le
rapport de force d'une ou de l'autre des partis.
M. Leduc : Moi, je l'aime
bien, le Dr Égide Royer, mais je ne suis pas sûr que c'est lui qui est supposé
être le juge de l'arbitre de l'équilibre en droit du travail de vos projets de
loi, là. C'est un drôle de rôle que vous lui attribuez.
Cela étant dit, on revient au fondamental,
qu'est ce qu'un syndicat a intérêt à aller mobiliser votre projet de loi dans
un lock-out? C'est quoi son intérêt d'aller faire ça? Je ne comprends pas.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : On pourra faire
du cas par cas, mais le Dr Égide Royer, il a été percutant quant à la
détermination de savoir s'il y a des effets disproportionnés par rapport aux
inconvénients dont on peut s'attendre que la population subisse. Encore une
fois, c'est une hypothèse. Pour les enfants à besoins particuliers, les enfants
atteints du trouble du spectre de l'autisme et les enfants en situation de
handicap, quant à l'impact d'une grève en éducation sur leurs apprentissages et
leur acquisition de compétences. La régression à laquelle il référerait, le
rattrapage des apprentissages et des compétences qui devaient être faits, c'est
quand même assez illustratif de la nécessité d'avoir un projet de loi de cette
nature-ci.
Maintenant, quel est l'intérêt d'un
syndicat? Proposez-moi des cas. Et ce ne sera pas moi qui va l'appliquer, je le
répète, c'est une des parties qui va saisir le tribunal et le syndicat pourra
le faire autant que l'employeur. Êtes-vous en train de me dire que jamais les
syndicats ne souhaiteront le maintien de services minimalement requis alors que
la grève se poursuit parallèlement? Si c'est ce que vous prétendez, on peut le
confirmer ou l'infirmer, mais, selon moi, le souci de maintenir des services
minimalement requis pour assurer le bien-être de la population, ce n'est pas
une exclusivité patronale, c'est aussi un souci syndical puis un souci des
travailleurs syndiqués, selon moi.
M. Leduc : C'est parce que
vous me présentez : les deux parties pourront mobiliser, comme si c'est
quelque chose que l'un et l'autre feraient de manière presque équivalente,
alors que vous le savez très bien, que, dans les faits, ça va être 99 % du
temps les patrons qui vont mobiliser ça pour casser une grève et casser les
effets de la grève. Vous le savez très bien, M. le ministre, je ne vous
apprends rien.
M. Boulet : Donc là, on est
rendu à 1 %, donc il y a des cas. Selon moi, c'est beaucoup plus que ça.
Mais les deux partis auront la liberté de saisir le tribunal et auront d'abord
et avant tout la marge de manœuvre de convenir entre elles de la nature, les
tenants et aboutissants de ces services à maintenir.
M. Leduc : Combien de fois dans
l'histoire des syndicats ont mobilisé la
Loi sur les services essentiels?
M. Boulet : Bien, dans le régime
sur les services essentiels, il y a eu des ententes entre les parties, en
santé, en services sociaux...
M. Leduc : Je parle de souhaiter
et de mobiliser... de vouloir être assujetti...
M. Boulet : ...dans la
fonction publique... Pardon?
M. Leduc : Moi, je ne parle
pas des ententes, là, je parle que le syndicat a dit : Oui, oui, on veut
être dans les services essentiels. Combien de fois vous avez vu ça, vous, M. le
ministre?
M. Boulet : Bien, c'est une
prétention que vous nous soumettez. Moi, je pense que les syndicats et les
syndiqués sont aussi soucieux de respecter la population, même lors de l'exercice
d'un droit de grève, encore plus aujourd'hui, on le sent continuellement. Il y
a beaucoup de grèves qui s'annoncent cette semaine, vous l'avez vu. Il y a la RTC,
il y a la construction résidentielle, il y a Poste Canada qui ne relève pas de
nous. Mais à chaque fois, j'entends les représentants syndicaux, puis ça fait
partie du discours public maintenant. On ne veut pas affecter la population, on
veut protéger le bien-être de la population. Je pense que ce n'est pas qu'un
souci patronal.
M. Leduc : ...c'est un souci
patronal?
M. Boulet : Oui.
M. Leduc : Mais on l'a eu,
cette discussion-là, là. Les professeurs d'Irénée-Lussier, là, l'école à
besoins particuliers, ils l'ont fait, la grève, ils l'ont voté, la grève, puis
ils étaient sur le trottoir, puis je leur ai parlé. Bien, ils souhaitent, eux
autres, l'amélioration des conditions de travail. Ils ne sont pas mal plus
inquiets des plus de 1 000 bris de services par année dans le réseau
scolaire que vous administrez comme gouvernement que les quelques jours de
grève qui se passent très rarement dans le réseau scolaire, c'était l'exception,
la grève, il y a deux ans.
M. Boulet : Ça, c'est un
autre débat, mais c'est une déclaration qui confirme que les syndicats puis les
syndiqués ont une préoccupation commune...
M. Boulet : ...avec les
employeurs dans bien des dossiers de conflits de travail. Merci.
M. Allaire : 30 secondes.
M. Leduc : Bien, vous l'avez
vu, le mémoire de la FAE. Ils ne sont pas contents pantoute, là, de ce que vous
faites. Ils sont inquiets que vous allez leur priver d'un moyen de se faire
entendre par le gouvernement.
M. Boulet : La FAE se
préoccupait du maintien de certaines conditions de travail. Là, nous, on parle
d'un conflit anticipé ou un conflit de travail réel.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : ...le RTC, qui
commence sa grève cette semaine, si la loi est adoptée, qu'est-ce qui se passe?
Est-ce que vous allez faire un décret?
M. Boulet : J'ai... Moi, je
ne ferai pas d'anticipation de comment la loi pourrait s'appliquer. Je le
répète, s'il y avait un décret, la balle est dans le camp des parties.
M. Leduc : ...pour faire le
fameux décret? Sur la disproportion, vous autres aussi?
M. Boulet : Bien, sur... ça,
je l'ai répété souvent, sur des consultations, des recommandations, sur des
avis. Le décret n'est que la mise au jeu. Après ça, c'est les parties qui
décident si elles s'entendent sur le niveau de service. Et c'est une des
parties qui peut demander au tribunal de le déterminer.
M. Leduc : ...la ligne
ouverte à Maurais Live, là, qui va déterminer si vous faites un décret ou pas?
Ça va-tu être votre boîte courriel? Ça va-tu être les appels au bureau?
M. Boulet : Je n'ai pas de
commentaire, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Bien, c'est une
vraie question, là. Vous, vous allez devoir faire un décret. Vous allez...
Allez-vous vous baser vous-même sur le critère, que vous inventez, de
disproportion?
M. Boulet : J'ai répondu à cette
question-là à plusieurs reprises.
Le Président (M. Allaire) : Malheureusement,
ça met fin à cette période d'échange concernant l'amendement qui a été déposé
par la députée d'Hochelaga-Maisonneuve, à moins que l'opposition officielle
souhaite intervenir. Ça va? Donc, nous allons procéder à la mise aux voix de
l'amendement. Est-ce que cet amendement est...
Une voix : ...
M. Allaire : Par appel
nominal, M. le secrétaire, s'il vous plaît. Merci.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc : Pour.
Le Secrétaire
: M. Boulet
(Trois-Rivières)?
M. Boulet : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire
: M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
Le Secrétaire
: M. Caron
(Portneuf)?
M. Caron : Contre.
Le Secrétaire
: M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
Martel
: Contre.
Le Secrétaire
: Mme Prass
(D'Arcy-McGee)?
Mme Prass : Contre.
Le Secrétaire
: M. Allaire
(Maskinongé)?
Le Président (M. Allaire) : Abstention.
L'amendement est donc rejeté. On en revient donc à l'article quatre, qui
introduit 111.22.3. J'ai compris que le député d'Hochelaga-Maisonneuve avait un
autre amendement.
M. Leduc : Je vais demander
une suspension pour en rédiger aussi un autre, s'il vous plaît.
M. Allaire : Parfait. Il n'y
a pas de problème... (panne de son) ...quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 08)
(Reprise à 10 h 17)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
nous allons reprendre les travaux. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, vous
souhaitez déposer un amendement. La parole est à vous.
M. Leduc : Oui, M. le
Président. Merci. Je vais le lire. À l'article 2.3, proposé par
l'article 4 du projet de loi, Insérer, avant «disproportionné», le mot
«hautement».
Donc, on vient encore une fois essayer de
corriger ce qui est, à mon avis, quelque chose, une intervention du ministre
qui génère du flou. Alors, on se rappelle qu'il y a un échelon assez élevé
de... je veux dire, de seuils... un seuil assez élevé dans la
Loi sur les
services essentiels. Et que, dans la jurisprudence, d'ailleurs celle de... on a
fait évoquer... qu'on a évoqué à l'instant puis qu'on a évoqué il y a quelques
semaines, celle du RTC, on avait compris, là, qu'il y avait clairement un...
soit des désagréments de base qui ne sont pas agréables pour personne, mais qui
ne sont pas justifiables pour limiter les droits et libertés, dont celui du
droit d'association duquel découle le droit de grève, mais que là, en générant
du flou alentour de disproportion, ce n'est pas clair, c'est quoi la
disproportion, ce n'est pas clair quand ça s'applique, ce n'est pas clair qui
choisit ça. Bien, c'est-à-dire, là on sait que c'est les tribunaux, mais en se
basant sur quoi, en se basant sur quelle jurisprudence. Il va falloir qu'ils
l'inventent au fur et à mesure. Alors, on dit que si on rajouterait le mot
«hautement disproportionné», mais là on évite un peu de flou. Il en reste
encore pas mal, à mon avis, mais on en évite un peu. Puis je vais vous lire
un extrait, tu sais, M. le ministre aimait beaucoup citer M. Égide Royer, que
j'apprécie beaucoup, moi aussi, mais on a aussi... puis on a eu la chance
d'avoir eu des experts en relations industrielles, en droit du travail. Il y a
un important mémoire de Mélanie Laroche, Patrice Jalette et Gregor Murray qui a
été déposé. Ils sont venus d'ailleurs ici, là, dans cette salle, nous parler du
projet de loi. On n'a pas eu le temps, je pense, de plonger dans la notion de
disproportion dans les quelques minutes qu'on a avec eux et elle, mais à la
page 16, il y a un segment intéressant que je vais vous lire à l'instant,
ça dit : «Depuis l'introduction par le projet de loi d'un critère de
proportionnalité est confuse et probablement inapplicable si la disproportion
vise à comparer et à soupeser des libertés individuelles d'association et celle
du droit à la sécurité dans le cadre d'un conflit, même de nature privée, les
tribunaux ont déjà, avec les chartes, tous les outils nécessaires pour y
parvenir. Si cette disproportion vise plutôt à soupeser les enjeux et les
impacts d'un conflit, comment alors mesurer le désagrément à la sécurité
environnementale, sociale ou économique vécue par la population en les mettant
en rapport avec les objectifs poursuivis par cet arrêt de travail? Il s'agit
d'un problème de mesure bien réel, car il faudrait aussi considérer les
bénéfices produits pour l'ensemble de la population par l'amélioration des
conditions de travail des groupes en conflit et potentiellement des services
qu'ils assurent. Par exemple, il n'est pas rare que dans les secteurs offrant
des services publics, les points litigieux menant au conflit sont animés par un
désir des travailleurs d'améliorer les services à la population ou d'en éviter
la dégradation. Dans le même esprit, un conflit dans le secteur privé peut
viser à empêcher un employeur à délocaliser une
partie de ses activités qui
seraient susceptibles d'affecter la place des opérations locales dans la chaîne
des valeurs mondiales, ce qui n'irait pas sans conséquences pour la communauté
locale. De telles considérations seront-elles prises en considération dans
l'évaluation de la proportionnalité? En dépit de nos expertises et nos
expériences en matière de relations de travail, il ne nous est pas possible de
déterminer comment on peut affecter de manière proportionnée ou disproportionnée
la sécurité économique, sociale ou environnementale. Plusieurs années ponctuées
d'essais, d'erreurs, de malentendus et de décisions du TAT sont probablement
nécessaires au développement d'une interprétation fonctionnelle de ces notions
floues. Le TAT dispose déjà d'une attitude pour élargir ou rétrécir la notion
de service essentiel à la lumière des normes sociales de sa propre
jurisprudence. Les parties à ces conflits sont libres de lui faire valoir leurs
arguments au moment d'arrêter la définition des services essentiels dans chaque
conflit. Notre régime de relations de travail étant déjà soumis à un contrôle
étatique important et un tel degré d'intervention de l'État étant inhabituel au
regard des normes internationales, il ne nous apparaît pas approprié pour le
Québec de se distinguer et de s'isoler davantage au plan international».
• (10 h 20) •
J'aimerais savoir ce que pense le ministre
de cet extrait du... de l'intéressant mémoire de Mme Laroche,
M. Jalette.
Le Président (M. Allaire) :
...M. le ministre.
M. Boulet : Merci, M. le
Président. Évidemment, on pourrait décortiquer. On ne nie pas d'ailleurs
l'exercice du droit de grève. On veut juste que ce droit de grève là soit
exercé de manière équilibrée avec les besoins de la population. Puis je vous
entends souvent dire : Les grèves peuvent provoquer une amélioration des
conditions de travail, peuvent provoquer une amélioration des services. On ne
nie pas ça. D'ailleurs, ce nouveau régime là de services à maintenir pour assurer
le bien-être de la population ne constitue pas une négation de l'exercice de
droit de grève. Je le répète souvent, c'est un équilibre entre l'exercice de ce
droit de grève là et l'assurance de protéger la population, d'assurer le
bien-être de la population.
Je reviens à votre amendement. Vous
rajoutez un adverbe qui va complexifier l'interprétation, alors que le guide
que j'ai partagé avec vous sur l'interprétation du concept disproportionné
m'apparaît assez clair avec les termes «effets et inconvénients» Là, hautement
disproportionné, là vous venez rajouter un adverbe qui, à mon avis, n'a aucune
utilité. Puis je vous rappellerai que ce n'est pas le législateur qui a à
déterminer, c'est un tribunal indépendant et impartial, c'est le Tribunal
administratif du travail — vous les connaissez, je sais que mon
collègue leur fait confiance — qui aura à déterminer s'il y a un
niveau de service minimalement requis à maintenir pour assurer le bien-être de
la population.
Donc, de rajouter des mots, pour moi, c'est
rendre ça plus complexe pour son interprétation ou son application. Donc,
c'est... à mon avis, ce n'est pas pertinent ou utile.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Quand les experts
en relations industrielles disent : «Plusieurs années ponctuées d'essais
d'erreurs, de malentendus et de décisions de TAT seront probablement
nécessaires au développement d'une interprétation fonctionnelle de ces notions
floues.» Ils sont dans l'erreur, selon vous?
M. Boulet :
La définition est
assez précise. Ce qui est important, puis e l'ai répété à plusieurs reprises,
c'est de conférer au tribunal une marge de manœuvre. On ne peut pas amener le
tribunal dans un entonnoir. Il faut qu'il soit en mesure d'apprécier les faits,
la valeur probante des personnes qui pourraient avoir à témoigner devant le
Tribunal administratif du travail et déterminer si les effets sur la population
sont disproportionnés par rapport aux inconvénients dont on peut s'attendre que
la population subisse, en raison de l'exercice de droit de faire la grève.
Donc, pour moi, j'ai tout dit, là, M. le Président.
M. Leduc : Avez-vous eu une
conversation avec des représentants du TAT par rapport à votre projet de loi?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Leduc : Moi,
personnellement, non.
M. Leduc : Les gens de votre
cabinet alors?
M. Boulet : Pas à ma
connaissance.
M. Leduc : Est-ce que ça
aurait été souhaitable que vous ayez des conversations avec les représentants
du TAT par rapport à votre projet de loi?
M. Boulet : Pas, selon moi. On
constitue, tout le monde ensemble, le pouvoir législatif. On détermine du
contenu d'une loi. Le Tribunal administratif du travail, je le répète, il est
impartial et indépendant. Les juges de ce tribunal-là auront à interpréter et à
appliquer le projet de loi. Donc, c'est... Moi, de mon côté, je n'ai pas eu à
intervenir auprès du TAT, ce que je ne fais jamais, moi, personnellement, ou
mon cabinet lors de l'élaboration d'un projet de loi.
M. Leduc : Je vous donne un
exemple. Je siège également sur la commission sur le temps d'écran qui achève
bientôt ses travaux d'ailleurs. Et, quand il a été question d'interdire le
cellulaire dans les écoles, bien, j'ai eu le réflexe d'appeler des associations
de direction d'école, parce que là ça s'enlignait pour une interdiction en
septembre à la rentrée, puis je demandais : Est-ce que c'est réaliste?
Est-ce que ça peut fonctionner dans un délai aussi court, si on dépose le
rapport à la fin du mois de mai, la directive est adoptée à la mi-juin, puis
vous devez rendre ça effectif pour septembre? Là, j'ai eu un retour très
critique de ce délai-là. Évidemment, l'école étant fermée, les écoles-écoles
étant en pause durant l'été, ça ne marchera pas. Je vous raconte tout ça, M. le
ministre, pour vous dire qu'après ça je suis revenu avec mes collègues en
commission pour dire : Bien, moi, j'ai des mauvaises nouvelles, si c'est
ça qu'on veut faire, le délai ne fonctionne pas. Et c'est de cette
conversation-là et de cette vérification-là de l'effectivité de ladite mesure
sur le terrain qu'avec mes collègues on a discuté, puis l'idée est venue de la
part gouvernementale...
M. Leduc : ...qu'avec mes
collègues on a discuté, puis l'idée de... est venue de la part
gouvernementale... de la
partie gouvernementale de dire : Bien, peut-être
qu'on est mieux de faire un rapport tout de suite, pas attendre le rapport
général puis le déposer à la mi-juin, mais de le faire tout de suite... on
était, quoi... on était fin avril, début mai, comme ça la directive du ministre
pourrait être adoptée dès maintenant puis ça va donner quelques semaines
supplémentaires aux directions d'école pour le rendre pratique.
J'ai fait un grand détour, M. le ministre,
pour vous dire que, là, vous inventez un nouveau système, vous implantez des
critères, selon les experts en droit du travail et en relations du travail, qui
sont extrêmement flous, puis vous êtes en train de me dire que vous n'avez eu,
ni de près, ni de loin, ni vous, ni votre cabinet, aucune forme de conversation
avec les gens qui vont être pognés pour appliquer ça.
Le Président (M. Allaire) :
M. Boulet : Il y a une
distinction qui est fondamentale, collègue. Les associations de directions
d'école ne constituent pas des tribunaux. Le Tribunal administratif du travail
a l'expertise pour appliquer. D'ailleurs, vous le savez, il y a une direction
des services essentiels... il y a une division des services essentiels,
excusez-moi, auxquels ce régime parallèle là de services minimalement requis à
maintenir pour assurer le bien-être de la population... Donc, l'expertise est
là, c'est un tribunal. Faites-moi pas, s'il vous plaît, la comparaison entre
une consultation de partenaires, ici l'association des directeurs d'école,
auxquels vous faites référence, et un tribunal indépendant et impartial. Non.
Puis je nie. Puis je ne pense pas que le ministre ait à discuter avec un
tribunal administratif indépendant et impartial du contenu du projet de loi.
M. Leduc : Ça fait que c'est
toujours votre intention d'avoir la date d'application du projet de loi dès la
sanction. Donc, le TAT n'aura absolument aucun délai pour se concerter puis
préparer potentiellement une lecture commune et une compréhension commune de
votre projet de loi.
Le Président (M. Allaire) :
...ministre.
M. Boulet : Bien, ça... Bon,
il faut... il faut tenir compte de la réalité humaine et organisationnelle. Le
TAT connaît le contenu du projet de loi, a écouté les consultations
particulières, c'est ce que je présume, et se prépare. Et on verra au moment de
l'adoption de l'article sur la sanction et la mise en vigueur du projet de loi.
On va s'assurer... Au TAT, ils s'assurent de prendre les moyens pour être en
mesure de respecter l'application de ce projet de loi là.
Puis, comme je l'ai partagé aux collègues,
combien de fois ça va s'appliquer? C'est une procédure d'exception. Ça va être
utilisé de façon parcimonieuse. Je reprends souvent les mêmes termes pour
éviter la confusion littéraire, mais ce n'est pas une loi qui va s'appliquer à
toutes les semaines. C'est, encore une fois, un décret qui remet la balle dans
les mains des parties, puis c'est une des parties qui va saisir le Tribunal
administratif du travail. Moi, je dirais, c'est un peu aller au-delà de ce
qu'on peut attendre, là. Tu sais, ce n'est pas... Ne pensez pas que ça va
s'appliquer dans tous les conflits de travail. Il y a des critères qui sont
quand même assez précis à appliquer, là, mais qui vont, encore une fois,
laisser la marge de manœuvre nécessaire au tribunal.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Bien sûr que je
fais la différence entre le TAT et les écoles, M. le Président, ça va sans
dire. L'exemple que je servais au ministre, c'était pour dire que j'avais fait
la démarche de consulter le milieu, ce que je comprends, il n'a pas fait pour
le TAT, en particulier... Ce n'est pas n'importe quelle loi, là, vous inventez
un nouveau système, vous faites du droit nouveau, certains pourraient dire,
puis vous inventez des nouvelles notions, là. C'est quand même du lourd ici,
là. Vous n'êtes pas en train de modifier deux, trois articles dans les normes
du travail. Ça, il n'y a personne qui va trouver ça compliqué à appliquer au
TAT. Mais ce que vous faites en ce moment, je suis pas mal sûr que ça a généré
toutes sortes de discussions à la machine à café du Tribunal administratif du
travail en disant : Oh boboy! Comment on va faire ça? Comment on va avoir
une compréhension commune de cette affaire-là?
• (10 h 30) •
M. Boulet : Bien, «Oh
boboy!»... Le cabinet, le ministre ne discute pas dans le moment où on élabore
le projet de loi, mais les gens de mon ministère ont des communications pour
s'assurer, puis le TAT est en mesure de s'organiser pour être capable
d'appliquer le projet de loi, une invention.
En fait, c'est du droit nouveau, ça, j'en
conviens. Il faut avoir l'audace de faire du droit nouveau. Il faut avoir
l'audace de protéger la population qui est... puis là j'utilise le mot avec
circonspection, mais ne puisse pas être prise en otage dans... par des conflits
de travail. Tout le monde en a vécu, des conflits de travail, que ce soient des
lock-out ou des grèves, qui ont fait mal au monde. Ce n'est que l'objectif de
ce projet de loi là, purement, simplement.
Donc, le TAT va s'associer au plan
organisationnel, à l'application de ce projet de loi là. Et moi, je suis
convaincu que les...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) M. Boulet : ...ce projet de
loi là. Et moi, je suis convaincu que les discussions avec les gens de mon
ministère et du TAT se sont bien déroulées. Mais ce n'est pas la première fois
que vous soulevez ça. Probablement que vous avez eu des discussions avec des
personnes du Tribunal administratif du travail qui vous ont fait part d'appréhension.
Si c'est le cas, partagez-les avec nous.
M. Leduc : C'est ce que je
fais en ce moment, M. le ministre.
M. Boulet : Bien, dites-nous à
qui puis qu'est-ce... c'est quoi, l'appréhension.
M. Leduc : Ah! vous voulez la
source, vous voulez la source.
M. Boulet : Bien oui. Vous
prétendez sans confirmer puis sans justifier.
M. Leduc : Bien, première
chose, je n'ai pas parlé à personne directement, mais j'ai des intermédiaires
bien informés.
M. Boulet : ...
M. Leduc : J'ai des
intermédiaires bien informés, M. le ministre. J'ai des antennes partout dans le
monde du travail. Vous le savez que j'en ai dans le milieu syndical, ça, ce n'est
pas une surprise pour vous.
M. Boulet : Des antennes?
M. Leduc : Des antennes. J'en
ai aussi dans d'autres milieux. Peut-être ça vous surprend, M. le ministre.
M. Boulet : Vous en avez du
côté patronal.
M. Leduc : J'en ai partout,
j'en ai partout.
M. Boulet : Vous êtes un homme
capable d'équilibre, collègue d'Hochelaga-Maisonneuve. On se connaît assez pour
que je puisse le dire.
M. Leduc : C'est vrai. Je
souhaite que ça soit ça que vous reteniez de mon intervention ici aujourd'hui, M.
le ministre.
Blague à part, si vous... je vous sens
sensible à mon argument du délai d'application qui ne sera pas simple. Je ne
suis pas sûr que les... l'ensemble des juges du TAT sont branchés avec nous
depuis le début de cette commission pour voir qu'est-ce qui se passe dans ce
projet de loi là. Cela étant dit... peut-être que des gens le font à leur
place, je ne le sais pas, mais seriez-vous ouvert à un délai d'application,
notamment en raison de cette réalité-là que le TAT doit se saisir de vos
concepts nouveaux et avoir une discussion puis une compréhension globale avant
que ça s'applique, idéalement?
M. Boulet : Non, absolument
pas. Ça prend une première cause. Est-ce que la première cause va venir trois
mois, six mois, neuf mois, un an? Peut-être jamais. Souhaitons-le. Notre
objectif avec nos services d'amélioration du climat de relation de travail puis
nos conciliateurs-médiateurs font en sorte que la grande majorité des conflits
de travail sont évités. Malheureusement, il y a encore une augmentation. Vous
avez vu, avec les données de Statistique Canada, on a battu un record en 2023,
qui a été battu en 2024, en termes du nombre de conflits de travail. Ça fait que
moi, je pense que ça pourrait prendre une première cause pour permettre au TAT
d'avoir à interpréter et appliquer les concepts qui sont dans le p.l. 89.
M. Leduc : ...très bien que
ces chiffres-là sont dopés artificiellement par le secteur public, qu'on compte
différemment les accréditations dans le secteur public. Ça fait que, oui, oui, ça
a l'air d'être une explosion, mais c'est juste à cause de la grève du secteur
public.
M. Boulet : Malheureusement...
M. Leduc : En termes de
jours-grève, là, l'explosion n'est pas particulièrement impressionnante, là.
M. Boulet : Malheureusement,
je suis en désaccord avec ça. Les chiffres compilés par le ministère du Travail,
il y avait des regroupements d'accréditations par secteur, et, malgré ça, dans
les cinq dernières années, on s'est rendu, en 2024, à 288 conflits de travail
ou... 288. On était à 230 en 2023, 176 en 2022, 171 en 2021 puis 34 en 2020,
puis ça, c'est en regroupant les accréditations.
Et, collègue, vous le savez, quand on
applique le Code du travail, un conflit, c'est par accréditation syndicale.
Vous savez que l'accréditation multiétablissement, ça n'existe pas au Québec.
Donc, si je me fie au Code du travail...
si je me fie aux données de Statistique Canada, qui respectent le libellé du Code
du travail, donc c'est par accréditation syndicale... et il y a eu beaucoup
plus de conflits, puis on s'est rendu, en 2024, à 759 en 2024, 691 en 2023, puis
c'est là que c'était un record. Puis, en... 759, le record a été battu en 2024.
Il y a quand même une multiplication de
conflits. Puis le calcul ou la méthode de calcul du ministère, elle est
respectueuse de ce que je viens de vous donner. Mais, peu importe le calcul, il
y a eu une augmentation quand même phénoménale. Et ça ne prend pas un record de
conflits de travail pour faire mal à une population, ça prend quelques
conflits, puis on peut faire mal quand même de façon disproportionnée.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Bien, je n'ai pas
les mêmes chiffres que vous, là, sur le ministère du Travail. Vos... Votre
ministère, là, ce n'est pas 600, là. On est à peu près 300, 350, là, je n'ai
pas le chiffre exact, mais c'est le ministère du Travail, c'est les nombres de
conflits. Puis c'est sûr que, si vous prenez des arrêts... des années, pardon,
où est-ce qu'il y a eu des conflits de travail dans le secteur public, ce qui
est quand même somme toute relativement rare, des grèves massives du secteur
public... bien, c'est sûr que vous allez pouvoir dire : Oui, ça augmente,
ça augmente. Bien oui, c'est sûr, vous avez une grève dans le secteur public,
c'est sûr que ça augmente. Puis on se rappelle, on l'a eue, la conversation. Le
vrai graphique important, c'est celui-là, c'est la hausse...
M. Leduc : ...de l'inflation.
Et c'est ça qui fait en sorte qu'il y a une hausse des conflits de travail.
C'est que là, il y a un rapport de forces favorable aux travailleurs, parce
qu'il y a une inflation, parce qu'il y a une pénurie de main-d'œuvre. Puis là,
c'est un des rares moments... Parce que c'est toujours un balancier, hein?
C'est un des rares moments où les travailleurs peuvent dire : Bien là, il
y a une pénurie de main-d'œuvre, il y a de l'inflation, bien, je vais aller me
battre un peu plus, peut-être, pour couvrir l'inflation avec une hausse de
salaire que mon boss n'est pas capable de mettre sur la table, parce que, lui,
il veut protéger les taux de profit pour ses investisseurs. Puis il n'est pas
capable de trouver l'équilibre entre les profits pour ses investisseurs puis
les salaires pour ses employés. C'est normal, dans ces situations-là, qu'il y a
une hausse de conflits de travail. Parce que ça... Parce que l'inverse va
arriver aussi. Si on retombe dans des scénarios avec du taux de chômage dans le
tapis, bien là, ça se peut qu'il y en ait pas mal moins, de grèves. Les gens
ont peur de perdre leur emploi, parfois, avec raison. Mais... Ça fait que vous
prenez avantage d'une situation, d'un balancier qui tourne comme pour tout
réformer le système, alors que vous le savez très bien que le balancier va
revenir de l'autre bord tôt ou tard.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Bien, je suis
assez d'accord avec une
partie de votre argumentaire. Il y a des contextes, il
y a des conjonctures. Mais chaque conflit de travail a sa conjoncture qui lui
est propre. Ça dépend des secteurs d'activité, ça dépend des entreprises, ça
dépend du contexte et de l'historique dans chaque organisation ou dans chaque
entreprise. Il n'en demeure pas moins qu'au-delà de l'inflation, au-delà de la
pandémie, il y a quand même eu une augmentation. Puis je ne veux pas
m'accrocher tant à la quantité. Je veux juste que vous compreniez bien la
nuance. Les chiffres du ministère, c'étaient 288 en 2024. Mais il y avait des
regroupements d'accréditation. Statistique Canada, c'étaient 759. En 2023,
selon le calcul du ministère, c'étaient 230, et 691 selon Statistique Canada.
Mais ça ne prend pas 691, ou 22, ou huit conflits. Ça prend un conflit qui
affecte le bien-être de la population. C'est ça qui nous intéresse. Et
souhaitons que ce soit appliqué le moins fréquemment possible.
Je le répète, c'est tellement prudent
comme projet de loi, je pense. Puis je suis convaincu que c'est équilibré puis
que, dans la mesure où c'est appliqué parcimonieusement puis dans le respect
des décisions rendues par les tribunaux, moi, je pense que ça va n'être que
bénéfique pour la population du Québec. M.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Si on est pour
parler du chiffre, là, c'est comme si, cette année, avec les quelques jours de
grève qui a eu lieu dans le réseau des services de garde, des CPE, il y en a
400 qui sont affiliés à la CSN, 400 accréditations distinctes, si j'ai
bien compris. Ça va dire que, dans vos chiffres, l'année prochaine, quand on va
faire le bilan de 2025, boum! Ah! il y aura une augmentation fulgurante des
nombres de conflits de travail au Québec, 400 conflits de travail supplémentaires!
Bien, attends une minute, là. C'était un conflit de travail sur un réseau.
C'est juste qu'ils sont comptés parce qu'ils sont 400 accréditations. Ça
fait qu'après ça on peut bien sortir des chiffres pour dire : Oui, oui,
oui, ça explose, ça explose, mais dans les faits...
M. Boulet : Je le répète,
puis je l'ai expliqué, les calculs du ministère regroupent les accréditations.
Le 288, c'est après regroupement. Et, je le répète, ce n'est pas tant le nombre
que l'impact qui nous préoccupe. Qu'il y en ait de moins en moins, je le
souhaite. Ce n'est pas parce qu'il y aurait moins de conflits que le projet de
loi perdrait de sa pertinence. C'est éviter tout conflit qui fait mal au
bien-être de la population.
M. Leduc : Comment ces
gens-là sont supposés d'améliorer leurs conditions de travail si vous leur
réduisez la portée du dernier outil qu'ils possèdent?
M. Boulet : Je n'ai pas
d'autre commentaire. Le droit de grève s'exerce malgré l'application tant du
régime de services essentiels que du régime de services minimums à maintenir.
M. Leduc : ...s'exerce avec
moins d'impact. Si vous faites traverser votre nouveau système, là, une grève x
ou y, là, je ne veux pas aller sur le détail dans ce cas-ci, là, puis vous leur
dites : Vous êtes... Vous impose... Vous... Je vous assujettis à travers
un décret, la
partie patronale vous mobilise devant le tribunal, il juge que
c'est disproportionné.
(Interruption)
M. Leduc : Oh! on a de la
visite. Bonjour, tout le monde!
Le tribunal juge que vous êtes
disproportionné puis là impose ou en tout cas voit à une négociation de...
mettons, on jase, là, 50 % de tâches, mais, votre grève, elle est
ineffective à 50 %. Ça ne va pas débloquer, bien, bien, à la table de
négo, si vous êtes à 50 % en grève.
• (10 h 40) •
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Leduc : Vous avez négocié
assez longtemps pour reconnaître ça.
M. Boulet : C'est, je le
répète, puis ce sera mon dernier commentaire, un équilibre entre l'exercice
d'un droit qui est constitutionnellement reconnu et la protection de la
population, le maintien des besoins de la population. C'est un équilibre. Le
droit de grève peut tout de même s'exercer. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) : Moins
de 10 minutes, M. le député. Allez-y.
M. Leduc : Merci. Quand ça
fait, là, six mois, un an, 18 mois que vous êtes en négo, que votre
convention collective, elle est terminée depuis l'équivalent de ce temps-là,
puis que ça bloque toujours à la table...
M. Leduc : ...pour toutes
sortes de raisons, mais ça bloque. Puis là, vous dites, là, vous êtes devant
votre assemblée syndicale, vous dites : Aïe, chers collègues, là, on ne
sait plus quoi faire, on ne sait plus quoi dire. La
partie patronale ne veut
pas nous entendre, le rapport de force est au point faible. Qu'est-ce qu'il
leur reste pour essayer de faire bouger le système, faire bouger leur réalité,
que ce soit dans le privé ou dans le public, là, peu importe, qu'est-ce qu'il
leur reste? Il leur reste la grève. Mais s'il leur reste une moitié de grève,
ou un quart de grève, ou éventuellement un huitième de grève, bien, il ne leur
reste plus grand-chose. Vous n'allez pas leur dire : Allez mettre des
pantalons d'armée puis mettre des collants partout, ça l'air que ce n'est pas
ça, la chose à faire, là.
M. Boulet : Vous êtes en
train de me dire qu'une grève devrait pouvoir s'exercer indépendamment des
impacts sur la population. Parlez-moi des services funéraires, parlez-moi de
dignité humaine, parlez-moi de régression des enfants lors d'un conflit de
travail. Je pourrais vous en donner, des exemples, mais vous êtes en train
d'essayer de déclarer qu'une grève peut s'exercer indépendamment de ces impacts
parce que ça confère un meilleur rapport de force aux syndicats. Je le répète,
c'est un projet de loi qui recherche, qui est à la quête d'un équilibre entre
un droit et des besoins.
M. Leduc : Personne n'aime ça,
la grève. On l'a eue, cette discussion-là, M. le ministre. J'ai été
organisateur syndical, j'en ai organisé, des grèves. Personne n'aime ça. Nous,
on n'aime pas ça comme organisateur syndical, les travailleurs n'aiment pas ça
comme travailleurs, c'est difficile, faire la grève, être dehors sous la pluie
battante au mois de mars, pluie froide. Avoir une petite boîte à lunch pour
manger, avoir son coat pour faire son 4 heures pour avoir une maigre paie
de grève. Personne n'aime ça. Personne ne se lève le matin pour dire :
Yes! Une autre journée sur le trottoir pour faire la grève. Personne n'aime ça.
Ça fait que je ne sais pas d'où vient
cette idée-là, là, que les gens recherchent cet état de grève. Ça n'existe pas,
ça, personne n'aime ça. Ils le font pourquoi, par contre? Parce qu'ils sentent
que c'est la dernière chose qui leur reste. Ils sentent que leur patron ne les
respecte pas, pour toutes sortes de raisons, à tort ou à raison, mais c'est la
dernière chose qui leur reste. Vous, vous me dites que c'est comme si ne je me
souciais pas de ce qui se passe dans l'impact des autres personnes. Ce n'est
pas vrai. Les services essentiels sont là pour ça. Si vous voulez qu'on la
rouvre, la
Loi sur les services essentiels, ouvrez là, on va en jaser. Puis
vous le savez, les syndicats sont même prêts à la rouvrir puis en jaser avec
vous. Ils vous l'ont proposé en disant : Retirez le 89, là, vous allez
trop loin avec ça, mais on va rejaser des services essentiels. S'il y a des
affaires, là, des virgules qu'on peut aller corriger, pour certaines personnes,
ils sont ouverts à ça, ils vous l'ont proposé. Mais ne venez pas nous dire que
ça ne nous intéresse pas, ça nous intéresse certain.
M. Boulet : On est... Les
virgules auxquelles vous référez, identifiez-les. Ceci dit, moi, ce que je
comprends de votre discours, c'est que, respecter les besoins de la population,
ça ne peut pas se faire dans la mesure où ça dilue l'impact d'une grève. Je
vous rappellerai qu'en santé, même s'il y a maintien des services essentiels
avec un critère qui est plus sévère, la grève a un impact puis vous le savez.
On ne vise pas à empêcher l'exercice d'un droit de grève. Le critère n'est pas
le même.
Les services essentiels, c'est des
services dont l'interruption, vous le savez, menace la santé ou la sécurité de
la population. Ici, c'est le bien-être de la population qu'on recherche. Ça ne
dilue pas la grève, ça ne dilue pas l'impact de la grève. C'est ça que je veux
partager avec vous. C'est pour ça que c'est un équilibre qui est important. En
santé, il y a des services essentiels, en services sociaux, dans la fonction
publique. Ici, on s'intéresse aux services publics, puis dans le privé
notamment. Puis, en éducation, dans les CPE, il y a des impacts potentiels et
réels, puis ça ne sera pas à nous à déterminer c'est quoi, est-ce que ces
impacts-là répondent aux critères prévus dans le projet de loi. C'est un
tribunal indépendant et impartial.
Mais ce que je veux surtout vous faire
comprendre, c'est qu'on ne veut pas diluer, on veut... ce n'est pas contre les
syndicats, ce n'est pas contre la grève, c'est pour la population, c'est pour
le respect de la population qu'on fait ce projet de loi.
M. Leduc : Bien, c'est les
deux, nécessairement, M. le ministre. Vous pouvez bien dire que c'est pour la
population, puis je vous crois, là. Tu sais, je ne pense pas que vous vous
réveillez la nuit en disant : Je veux écraser les syndicats et je veux
juste aider la population. Mais, concrètement, ce que ça fait, si vous
amenuisez la grève, vous nuisez objectivement aux travailleurs.
M. Boulet : Est-ce que vous
tenez le même raisonnement pour les services essentiels? Je ne suis pas
d'accord.
M. Leduc : Bien, justement,
les services essentiels, on les a inventés pour justement venir faire cet
équilibre-là, qu'on a voté ensemble d'ailleurs, au début de l'ancienne
législature, en 2019, qu'il y a eu le test des tribunaux...
M. Leduc : ...puis moi, je
vous le dis, on serait prêts à la rouvrir puis à en rediscuter, de certains
éléments de cette loi-là, mais vous, vous dites : Non, non, non, j'invente
un nouveau système, des nouvelles catégories, des nouveaux concepts, je ne
laisse pas de temps au TAT pour se les approprier, ce n'est pas clair quand
est-ce qu'on va l'appliquer ou pas. Je le dis que ça ne s'appliquera quasiment
jamais. Mais, en même temps, pas capable de dire si la grève, par exemple, du
RTC va être assujettie ou pas. On est... on nage dans une drôle de situation,
que vous générez.
Ce n'est pas comme s'il y avait des
services... Les services publics qui vont mal au Québec, là, ce n'est pas à
cause des grèves, M. le ministre... ou M. le Président, en fait, je dois
m'adresser à vous. Les services publics qui vont mal au Québec, c'est à cause
de la gestion gouvernementale. Je vous épargne le débat ici, on le fera au
salon rouge, tantôt, à la période des questions. C'est un autre débat. Mais ce
qui ne va pas bien au Québec dans les écoles, ce qui ne va pas bien dans les
hôpitaux, ce n'est pas à cause de la grève, ce n'est pas à cause des menaces de
grève. Ce n'est pas ça, le problème. Ça fait que vous arriviez avec un projet
de loi comme ça, décrié, là, comme la pire chose dans le droit du travail
depuis 20 ans par l'ensemble du mouvement syndical, sans nuances, puis par
l'ensemble des experts en droit du travail, sans nuances... Vous n'avez pas...
Il n'y a pas d'experts du droit du travail ou de légistes qui sont venus nous
dire que c'était une bonne chose, votre affaire. Ils sont tous venus dire que
ce n'était pas bon.
Vous utilisez ad nauseam M. Égide Royer
comme... vous tenez à lui, là, comme par la... vous le saisissez comme
quelqu'un qui vous... qui vous sort de l'eau, parce qu'il est... c'est comme
lui qui vous permet de dire : Oui, il y en a au moins un qui m'a dit que
c'était une bonne affaire. M. Égide Royer, en tout respect, n'est pas un expert
en droit du travail, il est un expert en éducation. Quelle surprise qu'il nous
dise qu'il y a un impact sur les enfants quand il y a une grève en éducation.
Bien, j'espère, c'est une vérité de La Palice, évidemment. Lui, il la connaît
encore plus, il étudie en éducation depuis des années. Je l'apprécie beaucoup,
je l'ai entendu sur plein de projets de loi. On est chanceux de l'avoir au
Québec, M. Royer.
Mais là on est en train de jouer
l'équilibre du droit... du fragile équilibre du droit du travail au Québec sur
l'opinion de M. Égide Royer, qui ne connaît pas le droit du travail, qu'on n'a
pas eu le temps de traiter là. On peut le refaire. On pourrait le reconvoquer
ici, M. Royer, s'il est disponible, pour qu'on parle de droit du travail.
J'aimerais ça qu'il rencontre les professeurs puis le personnel scolaire
d'Irénée-Lussier, dans ma circonscription, voir ce qu'ils en pensent, eux
autres, de la limitation éventuelle de leur droit de grève. Ils ont
certainement une opinion, aussi, sur la qualité des services puis le soutien
qu'ils reçoivent de l'État puis du ministère de l'Éducation dans le... dans le
rendement des services qu'ils donnent, dans l'accessibilité des services qu'ils
donnent aux enfants à besoins particuliers.
C'est pour ça que je vous invite, M. le
ministre, à prendre le pas de recul, de voir que ce que vous avez généré, en
plus de toute l'action dans la société civile, dont la regrettable
manifestation devant votre résidence, que je pense qu'il fallait décrier puis
que nous avons fait ensemble, il n'y a rien de bon qui sort de ça, il n'y a
rien de bon qui sort de ça. Puis ce que j'aimerais vous inviter à faire, c'est
d'entendre cet appel-là de la part, notamment, du milieu syndical, de
dire : O.K., peut-être que j'ai... je visais... j'avais des bonnes
intentions, mais je visais quelque chose, puis c'est tombé à côté de la cible,
visiblement, je suis en train de briser la bonne entente patronale-syndicale au
Québec, peut-être que je suis mieux de prendre un pas de recul, de rediscuter
avec eux des ajustements qu'on pourrait faire à la loi des services essentiels.
Puis savez-vous quoi? Vous avez un autre
p.l. qui est déjà déposé, le n° 101. J'imagine qu'il
y aura des auditions d'ailleurs, bientôt, avant la fin de la session
parlementaire. Il est très possible de rajouter des éléments dans le 101 pour
venir toucher à la
loi sur les services essentiels. C'est un p.l. omnibus,
c'est fait pour ça.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Leduc : La séquence est
très... est très logique devant nous, là. Si on retire le n° 89,
on se donne quelques jours, quelques semaines, peut-être même l'été, si on
veut, pour discuter avec les groupes patronaux et syndicaux sur des amendements
qu'on pourrait faire sur les services essentiels. On revient en septembre, même
à la mi-août, si vous voulez, on peut revenir à la mi-août, si vous voulez,
puis on commencerait l'étude détaillée du n° 101,
puis on corrigera ça. Mais on retirera le n° 89.
• (10 h 50) •
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Ah! je n'ai pas
d'autre commentaire.
M. Leduc : Bon, je vais juste
dire que mon collègue n'aimerait pas ça qu'on revienne à la mi-août. Il me
chuchote à l'oreille qu'idéalement on reviendrait plus en septembre. J'aimerais
ça que vous preniez en compte son opinion.
M. Boulet : ...est-ce que tu
lui as donné un coup de coude?
M. Boulet : Je ne sais pas ce
que vous en pensez, chers collègues, parce qu'on... il faut tous qu'on soit là
si on est là à la mi-août.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député, vous pouvez poursuivre.
Une voix : ...
M. Leduc : Faire la grève? Pas
sûr, pas sûr que c'est dans notre condition de travail, comme députés, de faire
la grève, je ne suis pas sûr que ce serait une bonne idée.
Une voix : ...
M. Leduc : Ah! lui? Lui, il
peut faire la grève... il a déjà signé sa convention. Ce serait un peu... ce
serait un peu compliqué à suivre à ce niveau-là. Mais, M. le ministre, cette
idée-là de suspendre le n° 89 et de revenir avec une
modification aux services essentiels sur le n° 101,
il n'y a rien à faire avec cette idée-là? Mais c'est une piste raisonnable, il
me semble, non?
Le Président (M. Allaire) :
Vous pouvez poursuivre, M. le député... M. le ministre.
M. Boulet : Ce qui est
raisonnable, c'est d'avoir déposé un projet de loi, d'avoir permis des
consultations particulières, d'avoir permis à un Égide Royer, alors qu'il
aurait pu y en avoir plusieurs, d'avoir permis à plusieurs professeurs,
alors...
M. Boulet : ...et puis
n'en avoir qu'un qu'avoir permis à des associations dans différents secteurs
d'activité de s'exprimer et de faire des recommandations. C'est ça le
parlementarisme sain permet un certain dialogue. Les centrales syndicales sont
venues, ont demandé simplement, purement, le retrait du projet de loi. Je n'ai
pas entendu devant nous, à moins que j'aie écouté, aucune recommandation des
centrales syndicales. Ce n'est pas ce qu'on appelle un dialogue qui est sain,
qui est respectueux du parlementarisme. Moi, tout ce que je dis, c'est qu'on
étudie les recommandations, on fait une étude détaillée. Vous proposez et vous
avez d'ailleurs présenté des motions préliminaires, vous proposez des
amendements. Moi, j'ai toujours été ouvert au dialogue. Ce projet de loi, il
est selon moi fondamental pour protéger la population, encore une fois, qui ne
constitue nullement une négation d'un droit, mais un impératif de protéger la
population suite à l'exercice d'une grève ou d'un lockout, tout simplement. Le
projet de loi n° 101 est une autre pièce législative qui ne s'intéresse
pas aux services essentiels, qui ne s'intéresse pas à la mise en place d'un nouveau
régime parallèle de maintien de services pour assurer le bien-être de la
population.
Le Président (M. Allaire) :
Merci. M. le député.
M. Leduc : Évidemment
qu'il ne touche pas à ça parce que vous le traitez dans le 89. C'est la logique
même. Il pourrait très bien traiter autre chose, le 101. Vous avez vous-même
voulu qu'il touche à plusieurs lois et ce n'est pas un problème. Ça existe dans
un omnibus. C'est très bien. Il y aura bien du contenu là-dedans, puis on en
discutera en temps et lieu, mais ça se fait très bien. Vous n'auriez même pas
besoin de déposer un autre projet de loi si d'aventure on voulait retirer le
89. Vous me dites : On n'a pas... on n'a pas reçu de proposition
syndicale. On ne refera pas l'histoire sur quand est-ce que vous l'avez évoqué,
cette idée-là ou pas. On ne refera pas l'histoire de ça, on l'a déjà fait.
Cependant, ils l'ont dit en sortant de votre rencontre statutaire avec le
premier ministre et vous, du 1ᵉʳ mai, que vous vous êtes faite à chaque
année. C'est une tradition, une belle tradition d'ailleurs pour l'écosystème de
droit du travail au Québec. Le 1 er mai, le premier ministre et
le ministre du Travail, ils rencontrent les centrales syndicales. Quand ils
sont sortis, ils ont fait un point de presse puis ils ont dit : On a
proposé au gouvernement de retirer le 89, de travailler sur les services
essentiels, puis de revenir avec quelque chose d'autre. C'est une proposition
constructive. Est-ce qu'ils auraient dû le faire plus tôt dans le processus? On
laissera les gens juger. Mais vous n'allez pas me dire qu'ils n'ont pas fait de
proposition.
Le Président (M. Allaire) :
30 secondes. M. le ministre.
M. Boulet : Pas de
commentaire, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) :
M. le député, 30 secondes. Vous pouvez poursuivre.
M. Leduc : Bien, c'est
dommage, M. le Président, parce que ça serait quelque chose d'assez utile à
faire. Pis je pense que le ministre est assez soucieux de chercher le consensus
social pour constater qu'il l'a échappée, celle-là, en matière de consensus
social. C'est parti sur de mauvaises bases, mais ce n'est pas fini. On peut
récupérer, on peut récupérer la situation. On peut trouver une piste
d'atterrissage pour tout le monde. Malheureusement, on est encore ici, puis on
va l'être pour plusieurs heures visiblement.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres interventions concernant
l'amendement? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à sa
mise aux voix?
Une voix : Par appel nominal.
Le Président (M. Allaire) :
Par appel nominal, M. le secrétaire, s'il vous plaît. Merci.
Le Secrétaire
: Pour,
contre, abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc : Pour.
Le Secrétaire
: M. Boulet
(Trois-Rivières)?
M. Boulet : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire
: M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
Le Secrétaire
: M. Caron
(Portneuf)?
M. Caron : Contre.
Le Secrétaire
: M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
Martel
Contre.
Le Secrétaire
: Mme Prass
(D'Arcy-McGee)?
Mme Prass : Contre.
Le Secrétaire
: Et M. Allaire
(Maskinongé)?
Le Président (M. Allaire) :
Abstention. L'amendement est donc rejeté.
On en revient donc à l'article 4 qui
introduit 111.22.3. Donc, oui, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Bien, oui, M.
le Président, j'en ai plusieurs des déposés.
Le Président (M. Allaire) :
Effectivement.
M. Leduc : On peut y
aller avec le 26.
Le Président (M. Allaire) :
Parfait. On va l'afficher. La parole est à vous. Peut-être, prendre le temps de
le lire, s'il vous plaît. Et vos explications. Merci.
M. Leduc : Merci. Donc, à
l'article 111.22.3 proposé par l'article 4 du projet de loi, retirer
«sociale».
Alors, dans le fond, on garde l'article
tel quel et dans... comment je disais ça, dans l'énumération plutôt des trois
critères, donc, à savoir, sécurité sociale, économique, sociale, on biffe
sociale.
Le Président (M. Allaire) :
Vos commentaires? Des arguments?
M. Leduc : Ah! Bien,
c'est parce que, là, M. le Président, on a eu des échanges sur
«disproportionné» pour mieux comprendre l'intention du ministre, mais il faut
qu'on en ait un aussi sur ces critères-là. Sécurité sociale, moi, ça me semble
extrêmement flou. Qu'est-ce que ça veut dire? Qu'est-ce que le ministre entend
par sécurité sociale? Il faut qu'on comprenne précisément son intervention, sa
vision de ce que ça veut dire et qu'on en débatte.
Le Président (M. Allaire) :
Merci, M. le député. M. le ministre, vous savez qu'on...
Le Président (M. Allaire) :
…suspendre quelques instants, ou ça va?
M. Boulet : Oui, on… si on…
Oui…
Le Président (M. Allaire) :
Parfait. Nous allons suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 56)
(Reprise à 11 heures)
Le Président (M. Allaire) :
Alors, nous allons reprendre les travaux. M. le ministre, je vais vous céder la
parole.
M. Boulet : Oui, merci, M. le
Président. En fait, je suis un peu étonné de cet amendement, surtout de mon
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, parce que le mot social a une valeur
significative. C'est comme si on voulait se soustraire de la… du caractère
impératif de protéger la sécurité sociale de la population. Il y a des arrêts
de travail qui peuvent avoir des répercussions…
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) M. Boulet : ...en matière de
pauvreté, d'isolement, d'insécurité alimentaire. Et vous nous disiez que vous
aimiez bien le Dr Royer. Il y en a d'autres aussi qui pensent comme lui. Mais l'atteinte
au développement d'un enfant ou l'atteinte au développement d'une personne, ça
fait
partie de la sécurité sociale. On ne veut pas limiter ça à la sécurité
économique ou environnementale de la population, c'est sa sécurité à notre
population, votre population dans son ensemble et sous tous ses aspects. Donc, ça
m'étonne, mais, bon, je comprends que c'est votre droit aussi le plus
fondamental de présenter des amendements.
Le Président (M. Allaire) :
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Dans le fond, moi, si j'ai bien compris, les trois éléments que vous
mettez dans votre article, à savoir sécurité sociale, économique ou
environnementale — hein, ce n'est pas un «et» que vous utilisez, c'est
un «ou» — ça doit être une des trois, ou deux des trois, ou les
trois.
M. Boulet : Ce sera au
tribunal à l'interpréter, mais oui, vous... ça peut être sécurité sociale,
économique ou environnementale, il n'y a pas une addition, c'est social, ou
économique, ou environnemental. C'est libellé comme ça, puis vous le savez, je ne
sais pas pourquoi vous me posez cette question-là.
M. Leduc : Mais c'est ça,
mais je veux juste que ce soit très clair. Donc, ça peut être une seule des
trois
M. Boulet : Et donc, le
social, venant de vous, c'est quand même surprenant que vous nous proposiez par
amendement de l'enlever, alors que c'est un enjeu dans plusieurs des conflits
auxquels j'ai fait référence dans les derniers mois.
M. Leduc : Donc, ça peut être
une seule des trois.
M. Boulet : Mais c'est écrit
comme ça. Oui.
M. Leduc : Mais c'est ça.
Parce qu'au début, vous veniez de dire, ça va être au tribunal de
l'interpréter, mais ça, je ne suis pas sûr que c'est interprétable, là.
M. Boulet : Non, non, mais le
tribunal va interpréter des mots puis va interpréter des prépositions aussi, là.
On dit sécurité sociale, économique ou environnementale, donc tout, oui.
M. Leduc : C'est bon. Donc, c'est
une... ça peut être une seule des trois, deux des trois, ou les trois, peu
importe.
M. Boulet : Oui. Bien, ça, ce
sera au tribunal à le juger, mais dès qu'il y en a une qui est présente, il y a
une incidence sur la sécurité... ça peut être la sécurité sociale.
M. Leduc : Exact. Mais, pour
juste être clair puis c'est ça que je voulais vous entendre dire, c'est que ce
n'est pas comme un seul critère, là, social, économique, environnemental, c'est
trois critères distincts qui sont...
M. Boulet : Je ne sais pas pourquoi
vous me poser la question, ce n'est pas écrit social, économique et
environnemental, c'est social, économique ou environnemental. Tu sais, ce n'est
pas...
M. Leduc : Donc, trois
filières bien différentes.
M. Boulet : ...il n'y a pas
une conjugaison, il n'y a pas une addition d'adjectifs.
M. Leduc : Parfait. C'est
clair. On clarifie des choses ici. Il y a des affaires qui restent floues.
M. Boulet : Vous le saviez
que c'était clair, mais vous voulez me le faire répéter.
M. Leduc : Mais moi, je
pensais que c'était ça aussi, mais vous me le confirmez, puis c'est à ça que ça
sert une étude détaillée.
Donc, filière sociale, on parlera d'économique
environnementale tantôt, mais filière sociale, sécurité sociale. C'est donc
possible que quelqu'un, une association patronale 99 % du temps, à mon
avis, vienne plaider que ce soit une atteinte à la sécurité sociale. Qu'est-ce
que c'est, à vos yeux, M. le ministre, la sécurité sociale?
M. Boulet : Bon, je viens de
le mentionner et je ne tomberai pas dans le piège de fragmenter le critère. Il
faut que le critère soit interprété puis appliqué dans son ensemble. Donc, c'est
des services pour éviter que ne soit affecté de manière disproportionnée, je
comprends que vous l'avez d'ailleurs dans votre texte, de manière disproportionnée,
la sécurité sociale, économique ou environnementale de la population, notamment
celle des personnes en situation de vulnérabilité. Donc, il ne faut pas me
faire interpréter comme si ce n'était que la sécurité sociale prise isolément,
c'est l'ensemble du critère, puis je sais que votre collègue nous écoute bien
aussi.
M. Leduc : Oui, il vous
confirme qu'il nous écoute bien. Mais c'est parce que là, j'essaie de
comprendre votre définition sociale, sociale, c'est pas mal large, là. Qu'est-ce
qui n'est pas là-dedans? Il y a moyen... et j'ai l'impression de trouver un
angle social à peu près tous les conflits de travail au Québec.
M. Boulet : Moi, je répète
que le texte est suffisamment clair pour conférer une marge de manœuvre suffisante
au tribunal. Tu sais, le tribunal va tenir compte de l'équilibre entre l'exercice
du droit de grève et le maintien des services pour assurer le bien-être de la
population. Puis ne détachez pas chacun des concepts du mot disproportionné, c'est
les effets disproportionnés par rapport aux inconvénients dont on peut s'attendre
que la population subisse en raison de l'exercice du droit de grève. C'est
cette sécurité sociale là...
M. Boulet : ...économique ou
environnemental qui est affecté de manière disproportionnée.
M. Leduc : ...M. le ministre,
mais l'échange et le jeu qu'on a ici, là, c'est que, moi, je plaide que, vous,
c'est un buffet ouvert, «all you can eat», dans votre façon d'approcher le
droit du travail avec votre projet de loi. Puis vous me dites : Non, non,
non, ce n'est pas ça pantoute. C'est très précis puis ce n'est pas tout le
monde qui va être... Tu sais, il va falloir que ce soit un exercice rigoureux. O.K.
Essayons-le un peu cet exercice rigoureux là, parce que j'essaie de voir...
Est-ce que vous êtes capable de me convaincre que «social», ça ne veut pas dire
100 % des conflits de travail? Est-ce qu'il n'y a pas moyen de trouver un
angle social à 100 % des conflits de travail au Québec?
M. Boulet : Là, vous me
demandez d'interpréter ou d'appliquer. Les termes sont clairs. Il y a des
dictionnaires qui définissent les mots «social», économique» ou
«environnemental». Moi, j'ai référé à la pauvreté, à l'isolement, à
l'insécurité alimentaire, à l'atteinte au développement d'une personne. Moi, je
pense que c'est suffisamment de guides pour aider le tribunal à l'appliquer en
fonction des faits mis en preuve, de la valeur probante des témoins et en
respectant l'approche téléologique. Il faut tenir compte du sens puis de la
portée de ce projet de lo là.
M. Leduc : Je regarde une
définition de sécurité sociale dans l'Encyclopédie canadienne, ça dit :
«La sécurité sociale désigne l'ensemble des mesures destinées à maintenir,
protéger et améliorer les conditions de vie essentielles.»
M. Boulet :
La définition,
moi, je trouve que c'est respectueux de l'économie générale de ce projet de loi
là, de son objectif fondamental de protéger la population.
M. Leduc : Là, on parle des
conditions de vie essentielles. C'est un mot que vous n'aimez pas, ça,
«essentiel», parce que ce n'est pas le mot que vous reprenez, «des services
essentiels». On n'est pas en train de faire un tour... la route tourne, là.
M. Boulet : C'est une
définition, c'est une définition. Absolument pas.
M. Leduc : Absolument pas,
quoi?
M. Boulet : Bien, ce n'est pas
la même définition. Ce n'est pas les mêmes mots. Ce n'est pas la même approche.
Des voix : ...
M. Boulet : L'adverbe que
vous utilisez réfère à des politiques publiques de sécurité sociale, grossesse,
maladie et autres. Tu sais, ici, on pense plus, je le répète, là, l'approche
téléologique, selon le sens et la portée de l'économie générale de ce projet de
loi, c'est la sécurité sociale de la population, éviter qu'elle soit privée de
services qui la pousse à l'isolement, à la pauvreté, à l'insécurité
alimentaire, à la régression de ses apprentissages. C'est comme ça que le
Tribunal administratif du travail va l'interpréter, l'appliquer en utilisant
des guides comme ceux que je viens de mentionner.
Maintenant, c'est bien, bien académique,
c'est bien, bien théorique, la discussion qu'on a, c'est véritablement en
fonction des faits mis en preuve. Les faits mis en preuve, c'est ça la base qui
doit nous intéresser. Parlez-moi de faits, puis on les soumettra, si une des
parties le décide, au Tribunal administratif du travail.
Le Président (M. Allaire) :
Merci. M. le député.
M. Leduc : C'est intéressant,
parce que là on plonge, on a de la matière ici. Vous m'avez donné quatre
choses, vous m'avez donné pauvreté, isolement, insécurité alimentaire,
apprentissage. J'assume que ce n'est pas une liste nécessairement exhaustive.
M. Boulet : Non, c'est des
exemples.
M. Leduc : On pourrait avoir,
mettons, le logement là-dedans.
M. Boulet : Je ne me
prononcerai pas là-dessus. C'est difficile de se prononcer sur un mot en
faisant abstraction des faits mis en preuve. Il faut analyser chaque cas
d'espèce en déterminant les inconvénients sur la population, sur le respect du
bien-être de la population, que ce bien-être-là ne soit pas affecté de manière
disproportionnée. Vous comprenez très bien la globalité du concept. Maintenant,
n'essayez pas de me faire embarquer dans l'interprétation ou l'application,
c'est ce que vous souhaiteriez que je fasse, mais je ne le ferai pas. C'est un
processus qui est apolitique.
• (11 h 10) •
M. Leduc : Je ne suis pas
d'accord avec votre dernière affirmation. On en a déjà discuté là, là. Quand
vous les assujettissez, vous faites un acte politique, mais ça, on fera le
débat une autre fois. Vous mentionnez pauvreté, isolement alimentaire,
apprentissage, intéressant, ça commence à donner un peu de matière à ce que ça
veut dire, pour vous, le mot «social». Je prends, encore une fois, par
exemple... mettons, l'exemple des CPE. CPE, là on s'est entendu qu'il n'y aura
pas d'application dans la négo en cours, les CPE. D'ailleurs, j'ai bien hâte de
voir le résultat de leur assemblée de ratification de l'entente de principe,
mais il y en aurait une potentielle pour une nouvelle séance. Je ne sais pas
trop, la convention va être signée pour combien d'années...
M. Leduc : ...trois, quatre
ans. Dans trois, quatre ans, un nouveau gouvernement, un nouveau ministre du
Travail, une nouvelle grève des CPE, là ils pourraient être assujettis. Mais
est-ce qu'un service de garde... ça a-tu un lien avec la pauvreté? Mettons,
oui. L'isolement, pas tant. L'insécurité alimentaire, moyen. Apprentissage,
oui, un peu. Ça fait que... Mais l'accès à un CPE... Il y a des centaines... Il
y a des centaines de familles qui n'ont pas d'accès à un CPE. Eux, est-ce
qu'ils vivent nécessairement de la pauvreté, de l'isolement, de l'insécurité
alimentaire et des notions d'apprentissage? Est-ce que... Comment on tranche
ça, là?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Je n'ai pas de
commentaire, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Bien, ça veut dire
que leur sécurité sociale est compromise s'ils n'ont pas accès à une place en
CPE, parce qu'ils ont... parce qu'ils n'ont pas accès à de l'apprentissage, ils
sont en isolement?
M. Boulet : ...
Le Président (M. Allaire) : M.
le député, posez votre question autrement.
M. Boulet : ...sur
l'amendement.
M. Leduc : Pardon?
Le Président (M. Allaire) : Je
vous invite à poser la question autrement. Le ministre n'a pas de commentaire.
Allez-y.
M. Leduc : Oui, oui, oui.
C'est parce que je n'ai pas compris. M. le ministre a dit quelque chose, puis
je n'ai pas entendu.
M. Boulet : Je n'ai pas
d'autre commentaire. Je pense que j'ai expliqué notre position par rapport à la
soumission d'amendement.
M. Leduc : Parce que je suis
allé lire la définition dans le Grand Dictionnaire terminologique de l'Office
québécois de la langue française, et là, dans «sécurité sociale», ça dit la
chose suivante : «Définition : Ensemble de mécanismes de prévoyance
collective qui permettent de prémunir les personnes et les familles contre les
difficultés financières ou la hausse des charges causées par les risques
sociaux.» Là, on est dans une définition de sécurité sociale, puis là ils
donnent plus de détails : «La sécurité sociale se divise en quatre grands
secteurs : l'assurance sociale, les prestations universelles, l'aide
sociale, la garantie de revenu.» Là, on est plus dans une logique de programmes
sociaux, d'intervention de l'État, de dépenses de l'État. Ça fait que... Est-ce
que, mettons, les CPE, ça cadre là-dedans, dans la définition d'un programme de
sécurité sociale?
M. Boulet : Je n'ai pas
d'autre commentaire. J'ai dit que je n'allais pas dans le champ de
l'interprétation ou de l'application qui appartient à un tribunal impartial et
indépendant. Donc, malheureusement, j'ai répondu à la demande d'amendement.
Notre position est clairement... est claire.
M. Leduc : Mais vous allez
immanquablement devoir le faire, M. le ministre, parce que, quand vous allez
décider d'assujettir un groupe à la loi, c'est parce que vous pensez qu'il y a
une chance raisonnable que le tribunal acquiesce à l'argumentaire patronal de
dire : Oui, oui, la sécurité sociale, économique ou environnementale est
en jeu ici. Par définition, quand vous les assujettissez, vous prenez une
position. Vous ne la tranchez pas, vous laissez au tribunal, c'est très bien,
c'est votre système, vous l'avez conçu ainsi. Mais vous... en les intégrant
dans ce système-là, c'est : vous pensez qu'il y a une chance raisonnable
que ça soit le cas?
M. Boulet : Mon collègue est
encore une fois en train de fragmenter le critère, de l'isoler : Vous
allez l'appliquer dès que la sécurité sociale est en jeu. C'est faux.
Lisez : «services minimalement requis pour éviter que ne soit affectée de
manière disproportionnée» cette sécurité. Donc, et je le répète, ce n'est pas
le ministre qui va l'interpréter ni l'appliquer. Il faut que ça demeure une
décision apolitique. Donc, je n'ai pas d'autre commentaire.
Le Président (M. Allaire) : ...le
terme «faux» est au lexique. Je vous demanderais de le retirer, peut-être, je
vous donne l'opportunité de le changer. Allez-y.
M. Boulet : Je le retire avec
gré.
Le Président (M. Allaire) :
Merci. M. le député.
M. Boulet : Désolé.
Le Président (M. Allaire) :
Allez-y.
M. Leduc : Application rigoureuse
du lexique par M. le Président.
M. Boulet : Ah! c'est correct.
M. Leduc : Je vais faire
attention moi aussi pour la suite.
M. Boulet : ...le mot «vrai».
C'est...
M. Leduc : Bien, parce que je
ne peux pas dire que ce n'est pas vrai.
M. Boulet : Oui. C'est
«inexact», hein, qui est mieux, hein?
M. Leduc : «Inexact», exact.
M. Boulet : O.K.
M. Leduc : Donc, quand je dis
que vous allez devoir faire vous-même un certain état des faits puis une
certaine appréciation des faits en fonction de votre critère, en décidant d'assujettir
ou pas tel ou tel conflit, c'est ce qu'on appelle en droit du prima facie. Vous
allez dire : Oui, oui, à sa face même, ce dossier-là a des chances d'être
interprété du bord souhaité par la
partie patronale, qui vous sollicitera sans
aucun doute dans ce contexte-là pour que vous l'assujettissiez. Vous faites une
forme de lecture de la situation. Ce n'est pas neutre. Le fait d'assujettir un
groupe, ce n'est pas un acte neutre. On s'entend là-dessus.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Mais je n'ai pas
d'autre commentaire. J'ai exprimé ma position clairement sur l'amendement. Là,
on revient, parce que, depuis le début de la journée, j'ai expliqué à plusieurs
reprises l'économie générale du projet de loi, c'est quoi les objectifs,
comment ça va s'appliquer. Donc, je n'ai pas d'autre commentaire.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : Bien, c'est
triste...
M. Leduc : …parce que je
pensais que vous auriez un peu plus de vigueur dans la défense de votre nouveau
système. On dit depuis tantôt : vous faites du droit nouveau, vous
défendez-le, votre droit nouveau. Moi, je trouve qu'il a des grosses
faiblesses. Puis J'essaie de pointer du doigt les grosses faiblesses de votre droit
nouveau. Vous me dites : je n'ai pas d'autre commentaire. Ce n'est pas
banal, dire le droit… c'est quoi, la sécurité sociale.
Là, vous m'avez donné quelques exemples.
Parfait, discutons-en, mais c'est tout? Deux minutes, puis après ça, on passe
au prochain. Bien, je suis désolé, moi, je pense que vous intervenez
suffisamment dans le droit de grève puis dans le droit d'association protégé
par la Charte québécoise des droits et libertés, pour qu'on justifie quelques
échanges quand même supplémentaires sur ce que ça veut dire une attaque de ce
genre-là et basée sur, donc, une disproportionnalité alléguée à la sécurité
dite sociale.
Je regarde la liste des conflits en cours,
là, sur le site du ministère du Travail. Grèves et lock-out en cours, il y en
a… mon Dieu! des… quelques-uns, mais ils ne sont tous... Je pense qu'il y en a
qui ne sont pas nécessairement en ce moment ou qui ont peut-être… qui ont
peut-être terminé. Bon, regarde, j'en ai une dans ma circonscription, le Parc
olympique, professionnels, métiers, bureau. Parc olympique, ça relève-tu de la
sécurité sociale, ça? Si le Parc olympique est fermé, c'est-tu de la sécurité
sociale, les gens qui n'auront pas accès nécessairement, mettons, à un festival
de musique? Il y avait un festival de musique en fin de semaine. Est-ce que la…
est-ce que la Sécurité sociale est affectée?
Le Président (M. Allaire) :
Poursuivez, M. le député.
M. Leduc : Le Parc olympique
reçoit des événements de toute nature. Il y a des colloques, il y a des
sommets. L'autre jour, il y avait le sommet de l'est, bien important, là, pour
la suite des choses dans l'est de Montréal. Une préoccupation, je sais, qui
touche votre gouvernement et nos collègues de l'Est de Montréal. On travaille
tous ensemble là-dessus. Bien, si on n'est pas capable de tenir le sommet de
l'est parce qu'il y a une grève, ça a-tu un impact social sur l'est de
Montréal? Je pose la question au ministre, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) :
Vous pouvez poursuivre. M. le député, vous pouvez poursuivre.
M. Leduc : Non? Donc, je…
M. Boulet : Je n'ai pas de
commentaire à faire. Vous… Je l'ai mentionné, je ne vais pas aller dans le
champ d'interprétation ou d'application d'une loi. J'ai donné des guides. Le
reste, ça dépend des faits mis en preuve, ça dépend du contexte de chaque
conflit.
M. Leduc : Mais comment ça va
marcher d'abord? Parce que pour un conflit X, là, mettons les traversiers. Non,
mais ça va s'appliquer demain matin, là, on l'a dit, la RTC s'en va en grève
cette semaine. Les CPE, on ne le sait pas ce que ça va donner, ils vont-tu
avoir grève générale? on ne le sait pas. Puis il y a d'autres conflits, là,
puis là vous… ça peut s'appliquer très rapidement, là, on adopte la loi
aujourd'hui, vous allez faire un tour au lieutenant-gouverneur la semaine
prochaine, puis voilà la loi est appliquée, là. Ce n'est pas… ce n'est pas
utopique, mon affaire, là.
M. Boulet : …c'est une
annonce.
M. Leduc : On peut… on peut
tout régler rapidement, si on s'entend, M. le ministre, sur des affaires.
Est-ce que, par exemple, la société de traversiers, là, qui fait la grève peut
aller… vont vous… Comment ça va marcher? Ils vont vous solliciter. Vous n'allez
pas être tout seul dans votre bureau en disant : Bon, qui j'assujettis ou
pas? Ce conflit-là… il va y avoir des pressions politiques qui vont se faire
sur vos collègues, soit du conseil de ministres directement vos collègues des
circonscriptions touchées, et peut-être potentiellement directement vers vous. Ça
fait que, quand ils vont venir vous plaider leur cas, là, les associations
patronales pour dire : Aïe! vite, vite, vite, vous devriez appliquer,
assujettir tel groupe en conflit. Ils vont vous plaider un peu leur cas. Ils
vont vous dire : Nous, on trouve que ça affecte la sécurité sociale,
économique. Vous, vous allez avoir une appréciation de leur argumentaire. Vous
n'êtes pas le juge, ce n'est pas vous qui allez trancher, mais quand ils vont
venir vous dire : il faut l'assujettir, ce groupe-là, vous allez regarder
le… vous allez bien les entendre, vous allez faire quelque chose avec leur
plaidoyer.
• (11 h 20) •
M. Boulet : Il faut que
j'intervienne. Mais je vais essayer d'éviter, là, parce que la procédure, je
l'ai maintes fois répétée, et la décision d'assujettissement, elle n'est pas
gouvernementale, elle appartient au tribunal, je le répète, après avis,
consultations, recommandations, le gouvernement peut adopter un décret. Après
ça, ça appartient aux parties. Et si une des parties saisit le tribunal, le
tribunal aura à déterminer si un traversier ou la société est assujetti ou non.
C'est simplement du cas par cas, Accréditation par accréditation. Ce n'est pas…
Puis j'ai notre collègue du Parti québécois s'est maintes fois exprimé sur la
place publique, notre collègue de Matane. On en a parlé la dernière fois, mais
c'est le tribunal qui va assujettir. Ce n'est pas le gouvernement qui va
dire : C'est assujetti au régime. Ça pourrait s'appliquer si les critères
sont rencontrés. Et encore une fois, ce sera une question de preuve, ce sera
une question d'impact sur les besoins de la population.
Le Président (M. Allaire) :
Merci. M. le député.
M. Leduc : Dans la
loi sur les
services essentiels, là, si quelqu'un voulait… vous aviez donné des pouvoirs à
la... au TAT pour pouvoir l'interpréter puis l'élargir. On avait des…
M. Leduc : ...là-dessus. Puis
vous l'avez fait. Quand ça a été le cas, mettons, pour le RTC, là, il y a un an
ou deux maintenant, c'est l'employeur qui a fait la démarche pour dire :
Je voudrais assujettir mon service, mon entreprise à la
Loi sur les services
essentiels pour x, y raisons, puis après ça, un débat. Mais la démarche de
l'assujettissement, c'est l'employeur qui la fait. Là, vous vous mettez, vous,
comme ministre puis comme gouvernement avec la volonté de faire un décret pour
assujettir quelqu'un dans le périmètre de la loi. Mais vous allez recevoir un
plaidoyer pour faire ça.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Mais, je le
répète, ce n'est pas un décret qui assujettit. C'est un décret qui permet à une
partie de demander au tribunal. La procédure est simple. Et, la détermination
des services minimums à maintenir pour assurer les besoins de la population, ça
va être les parties qui vont le faire. À défaut d'entente, le tribunal va, un,
décider si les critères sont rencontrés puis, deux, si les critères sont
rencontrés, va accompagner les parties ou déterminer la nature des services à
maintenir.
M. Leduc : Bon. Je m'excuse.
J'utilise un mauvais terme. C'est pour ça qu'on ne se comprend pas, le ministre
et moi. Assujettir, c'est bel et bien le TAT. Mais, vous, votre décret, il
désigne.
M. Boulet : Bien oui.
M. Leduc : Bon. Voilà. Mon
erreur. Je me corrige. Ça adresse néanmoins un acte politique, qu'on l'appelle
«assujettir» ou «désigner». Mais je vais... je vais me discipliner pour
utiliser le bon terme que vous utilisez vous-même dans votre projet de loi, M.
le ministre.
Donc, «le gouvernement peut... puis là on
est à 111.22.4, on y arrivera probablement tantôt... peut, par décret, désigner
une association, accréditer un employeur à l'égard desquels le tribunal peut
déterminer». etc. Puis quand vous allez avoir à désigner ou pas un milieu de travail,
ma question reste la même : L'employeur va vous faire un plaidoyer?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Mais je ne suis
pas d'accord. Puis là, on est... on n'est pas sur l'article de désignation, là.
On n'est pas sur l'article de décret, là. C'est une demande d'amendement de
biffer le mot «social».Ça fait que, sur cet amendement-là, mon opinion était
exprimée.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : ...tout à fait
pertinent, parce que moi, je soumets qu'à «sécurité sociale», votre critère est
trop flou puis qu'il va être utilisable bien que trop facilement par
l'association patronale qui va souhaiter que vous la désigniez pour pouvoir
éventuellement être assujettie - vous voyez, je retiens ma leçon - par le
tribunal. C'est pour ça que je trouve qu'il faut... il faut réduire la portée
de vos critères, parce que sinon, vous allez avoir des plaidoyers tellement
larges, tellement flous : Oui, oui, c'est bon, on désigne, prochaine étape.
Qu'est-ce... Qu'est-ce qui vous mobiliserait... Qu'est-ce qui vous empêcherait,
suite à ce qu'un patron vous demande d'être désigné, à justifier un refus?
Comment vous justifieriez à la Société des traversiers : Non, non, on ne
vous désignera pas tel que vous nous l'avez demandé? Sur quoi vous allez vous
baser pour dire non?
Le Président (M. Allaire) : M.
le député, poursuivez.
M. Boulet : Pas d'autre
commentaire.
M. Leduc : Bien, vous allez
vous baser sur le fait que vous considérez que ça ne remplit pas de manière
plausible les critères qui sont là. On s'entend, ce n'est pas... vous n'allez
pas inventer des nouveaux critères pour dire : Non, non, on refuse votre
proposition de désignation. On est... On n'est pas en train de dire que vous
allez inventer des nouvelles règles, vous n'allez pas non plus faire un pile ou
face, on s'entend là-dessus. Pour désigner ou pas un groupe, vous allez... vous
allez faire l'analyse sérieuse de dire : Ça rentre-tu potentiellement dans
ces critères-là.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : C'est important
de dire «potentiellement» parce que le tribunal pourrait décider de ne pas
assujettir en considérant que les critères ne sont pas rencontrés. Et c'est une
décision qui serait respectée comme toute décision judiciaire au Québec. Donc,
ça confirme le caractère apolitique de la désignation. Et ça ne s'applique pas
qu'en cas de grève. Ça s'applique en cas de lock-out. Parce que, il y a des
lock-out où ça pourrait être l'inverse, que le lock-out a un impact sur la
rencontre des besoins de la population, là. Il y a chaque cas d'espèce qui doit
être analysé par le tribunal.
M. Leduc : Donc, une
entreprise X... Vous n'aimez pas ça qu'on utilise des cas concrets, allons-y de
manière anonymisée, si on peut dire ça. Une entreprise X un service public X
vous approche puis dit : Moi, je considère... puis c'est pour ça qu'on
fait l'exercice pour chacun des mots, que la grève en cours dans mon secteur
touche «social», ça ne toucherait pas «économique» ou «environnemental», ça
touche «social», j'aimerais ça que vous puissiez la désigner puis que j'aille
faire mes plaidoyers au TAT. Qu'est-ce qui vous mobiliserait éventuellement à
dire non sur le critère social? De dire : Non, je ne vous désigne pas, je
ne trouve pas que votre démonstration ou que votre conflit potentiellement
serait... pas dénonçable, mais serait assujettissable en sécurité sociale?
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Je vais répondre
une fois là-dessus. Vous tentez de banaliser la désignation qui est dans un
décret gouvernemental. Un gouvernement, ça agit de manière rigoureuse et
ordonnée après...
M. Boulet : ...avoir fait une
analyse d'impact, après avoir consulté, obtenu des avis puis des
recommandations et aussi être à l'écoute d'une population. Or, il ne faut pas
banaliser cette décision-là. Ce n'est pas le gouvernement qui va dire : On
désigne purement et simplement. C'est sûr qu'il faut tenir compte de la réalité
factuelle, de l'impact du conflit, son contexte, sa durée, et le décret est
adopté par le gouvernement. Après ça, ça ne lui appartient plus. C'est les
parties. C'est le gouvernement qui désigne deux parties qui, après ça, auront à
déterminer si elles saisissent le Tribunal administratif du travail, puis ça
peut être le syndicat ou l'employeur. Donc, là à je l'explique, là, je sais que
peut-être je vais avoir à le réexpliquer, mais c'est comme ça qu'un décret
gouvernemental est adopté.
M. Leduc : On s'entend
là-dessus. Votre explication est claire. Ma question est la suivante... Ce
n'est pas... Aller chercher une désignation du Conseil des ministres, ce n'est
pas un formulaire qu'on remplit : Bonjour. Je m'appelle Untel, je veux une
désignation. Merci. Bonne journée. Ce n'est pas : Demandez, vous recevrez.
Il y a une possibilité que vous refusiez une désignation basée sur le critère
social.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : J'ai répondu à la
question...
M. Leduc : Bien, pas celle-là,
non.
M. Boulet : Mais oui, mais ce
n'est pas une demande de désignation, puis le gouvernement décide si oui ou
non... Un décret gouvernemental, je le répète, c'est analysé de manière
rigoureuse. Il y a des impacts, il y a des conséquences. Et ce qui est prévu
dans la p.l., ce n'est pas qu'une
partie demande d'être désignée ou que les
parties doivent être désignées, c'est un décret gouvernemental. Point final.
Le Président (M. Allaire) : M.
le député.
M. Leduc : C'est déjà ça qu'on
vient de vivre, il y a quelques mois, avec la motion du Parti québécois sur les
Sociétés des traversiers. C'était écrit noir sur blanc, ils voulaient être
assujettis à la
Loi sur les services essentiels d'abord, comme ça se faisait
par motion sans préavis. Puis ensuite on aurait eu le débat sur le fond, mais
c'est évidemment ça qui va arriver, M. le ministre. On l'a vécu, il y a
quelques mois, ça va être public. Vous ne pensez pas que les partis
d'opposition ne vont pas s'en servir d'ailleurs, dans leurs régions
respectives, pour dire : Je réclame que le conflit soit assujetti à la Loi
sur le bien-être, etc. Ça se peut que ça vienne de vos propres rangs, ça va
être des journaux régionaux, ça va être des éditoriaux. Ce ne sera pas discret,
là, M. le ministre, ça va être public, ça va être des débats publics.
Bien, j'aimerais juste, si je peux
synthétiser ma question là-dessus, puis on passera au prochain appel, M. le
ministre, mais confirmez-moi que ça sera possible, pour vous et votre
gouvernement, ou quelconque gouvernement, mais la question s'applique à vous et
votre gouvernement, de refuser une demande de désignation par décret.
M. Boulet : Je n'ai aucun
problème à le confirmer si une
partie de manière futile, dilatoire ou pour des
raisons x, y et z, qui ne sont pas compatibles avec l'économie générale du
projet de loi. Un gouvernement, ça n'agit pas sur demande, ça agit après
analyse rigoureuse et tenant compte de l'ensemble des répercussions d'un conflit.
Point final.
M. Leduc : On va conclure sur
ce segment-là avec la réponse intéressante du ministre. Merci.
Le Président (M. Allaire) : Parfait.
D'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
procéder à la mise aux voix de cet amendement par appel nominal. S'il vous
plaît, M. le secrétaire.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc : Pour.
Le Secrétaire
: M. Boulet
(Trois-Rivières)?
M. Boulet : Contre.
Le Secrétaire : Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
Le Secrétaire
: Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
Le Secrétaire
: M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
Le Secrétaire
: M. Caron
(Portneuf)?
M. Caron : Contre
Le Secrétaire
: M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
Martel
Contre.
Le Secrétaire
: Mme Prass
(D'Arcy-McGee)?
Mme Prass : Contre.
Le Secrétaire
: M. Allaire
(Maskinongé)?
Le Président (M. Allaire) :
Abstention. L'amendement est donc rejeté. Alors, on revient toujours à
l'article 4, qui introduit 111.22.3. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
nous avions déjà reçu des amendements. Est-ce que vous poursuivez avec un amendement?
Allez-y, la parole est à vous.
• (11 h 30) •
M. Leduc : On va attendre
qu'il s'affiche. Ça, c'était... Très bien.
Article 111.22.3 proposé par
l'article 4 du projet de loi, retirer «économique». Donc, même séquence
que tantôt.
L'article se relirait en retirant «économique». On a eu la
discussion sur le social. On a compris un peu plus ce que... le ministre,
pardon, entendait. On a évoqué la pauvreté, l'isolement, l'insécurité
alimentaire, les notions d'apprentissage, donc, quatre... pas des critères,
bien sûr, c'est trop fort comme mot, mais quatre éléments qui caractérisent ce
qu'il croit être... mais ce qu'il voit comme étant la sécurité sociale.
J'aimerais maintenant qu'il m'explique qu'est-ce que c'est, selon lui, la
sécurité économique.
Le Président (M. Allaire) : M.
le ministre.
M. Boulet : Est-ce qu'on peut
suspendre?
Le Président (M. Allaire) :
Pas de problème. Nous allons suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 31)
Haut de la page
11 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 11 h 36)
Le Président (M. Allaire) :
Alors, nous allons reprendre les travaux. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
vous souhaitez poursuivre?
M. Leduc : Bien j'avais
posé une question au ministre, à savoir c'est quoi selon lui, la sécurité
économique?
Le Président (M. Allaire) :
M. le ministre.
M. Boulet : C'est aussi
des éléments concordants avec la sécurité sociale. Ça peut faire référence à de
la pauvreté, à de l'insécurité alimentaire, à l'isolement. Il y a quand même
une connotation économique à la capacité de se rendre au travail, à la capacité
de gagner son salaire. Tu sais, c'est un... c'est des éléments de cette nature-là.
Puis sécurité économique, c'est, encore une fois, un terme qui doit être
interprété dans l'ensemble de la disposition, que la sécurité économique ne doit
pas être affectée de manière disproportionnée par un conflit de travail. C'est,
encore une fois, très, très simple, ce projet de loi là. Si on veut le
complexifier, on peut tenter de le faire. C'est une marge de manœuvre qui est
conférée à un tribunal de déterminer des services minimums à maintenir pendant
l'exercice d'un droit de grève ou d'un droit de lockout. Ce n'est pas plus
compliqué que ça. Ça fait qu'on a beau essayer de faire un débat de
sempiternelle discussion sur la signification des mots, je le répète, les mots
sont là pour conférer une marge de manœuvre suffisante pour adhérer, pour
respecter la qualité de la preuve, la valeur probante des témoignages. C'est du
cas par cas. Il faut protéger la population contre ces enjeux-là.
Le Président (M. Allaire) :
Merci. M. le député.
M. Leduc : Merci. Peut-être
un petit peu moins de matière que tantôt. Là, on dit se rendre au travail, capacité
de gagner son salaire. On a repris insécurité alimentaire. Parce que, je
répète, on le clarifié tantôt, là. M. le ministre m'a dit qu'il faut le prendre
dans son ensemble, le 111.22.3. Oui et non, dans le sens que, bien sûr, il faut
le prendre dans son ensemble, mais on peut aussi le prendre de manière isolée. Vous
me le confirmiez tantôt, là, que ça peut être un seul de ces trois critères-là.
Certain que c'est ça que... Mon objectif aujourd'hui, c'est de bien comprendre
chacun de ces trois critères, parce qu'il peut isolément mener à la désignation
et l'assujettissement. Donc, se rendre au travail, là, on comprend. Ça, c'est
assez clair, mais en même temps c'est assez clair. On vient... On vient de
vivre... Bien, je ne sais pas s'ils sont dans la liste. Ils ont-tu fini leur
grève eux autres, les ingénieurs du gouvernement? Ils sont en... Ils ont fait
un conflit de travail. On les entendait l'autre jour, là. Ils étaient à l'entrée
de la guérite, avec leurs flûtes et leurs drapeaux. Eux, ils signent, à ma
connaissance, tous les devis et les plans pour les constructions de routes, notamment,
du Québec. Grève des ingénieurs. Plus de plans, plus de construction de routes
pour un certain délai. Est-ce que ça, ça affecte la capacité de se rendre au
travail si on n'a plus de routes qui se construisent parce qu'on n'a pas d'ingénieurs
qui signent leurs plans et devis?
M. Boulet : La grève est
suspendue. En ce qui concerne les ingénieurs, c'est la fonction publique, ce n'est
pas soumis à notre régime de maintien de services. C'est bon.
Des voix : ...
M. Leduc : Ça, c'est services
essentiels.
M. Boulet : Exactement.
M. Leduc : Ce n'est pas
dans les... On avait le débat, là, de qui est dans les deux régimes...
M. Boulet : Tout à fait.
M. Leduc : Puis eux
autres sont dans... Ah bon, parfait.
M. Boulet : Puis on a même
un amendement pour bien préciser, là, toutes les entités qui ne sont pas
visées, notamment par...
M. Leduc : Ça sera donc...
M. Boulet : ...le projet
de loi n° 93.
• (11 h 40) •
M. Leduc : Parfait. Donc,
cet exemple-là ne s'applique pas à la situation. C'est ça qui clarifie.
Merveilleux! Donc, se rendre au travail est ce que, mettons, à part des
transports collectifs, ça veut dire quoi? Qu'est-ce qui pourrait être un autre
travail ou une autre entreprise?
Une voix : ...
M. Leduc : J'allais dire
le REM, le transport collectif.
M. Boulet : Bien, le
transport scolaire, ce que vous avez vécu aussi beaucoup dans le comté de
Sherbrooke, à Montréal, puis Mauricie et dans plusieurs comtés aussi.
M. Leduc : Mais ce n'est
pas pour se rendre au travail, ça, M. le ministre.
M. Boulet : Le transport scolaire,
le transport en commun, c'est tous les services publics, là. La collecte de
déchets, c'est des services à l'égard desquels s'appliquerait le nouveau régime
de maintien des services minimums.
M. Leduc : Mais se rendre
à l'école, ce n'est pas se rendre au travail. Le transport scolaire, moi,
j'étais...
M. Boulet : Ce n'est pas
ce que... Ce n'est pas ce que je dis. Ce qui est important de retenir, c'est
que...
M. Boulet : ...un impact
social peut aussi être un impact économique, puis un impact économique peut
aussi être un impact social. C'est pour ça qu'il ne faut pas découper de façon
mathématique ces deux termes-là, sécurité sociale, sécurité économique. Je sais
que c'est le «ou», mais ce n'est pas parce que c'est économique que ce n'est
pas aussi social. On se comprend?
M. Leduc : Mais ça peut ne
pas l'être, sinon vous auriez fait un seul mot.
M. Boulet : Ça pourrait, ça
pourrait. Mais généralement il y a une... il y a quand même une certaine
symbiose. Mais pas tout le temps, vous avez raison.
M. Leduc : Bien, c'est ça que
je veux qu'on comprenne bien, parce que, sinon, vous auriez écrit
«socioéconomique» en un seul mot. Ce n'est pas ça que vous avez fait.
M. Boulet : Bien non, bien
non, c'est social ou économique.
M. Leduc : Bon. Mais votre
volonté, c'est de faire une distinction entre les deux. Oui, ça peut être les
trois, on l'a dit tantôt, ça peut être les trois, ça peut être deux sur trois,
ça peut être social, environnemental, environnemental, économique, juste,
social. On s'entend là-dessus. Puis il y a probablement, la plupart du temps,
des gens qui vont trouver... qui cochent plus une case quand ils vont vous
faire leur plaidoyer pour que vous les désigniez. Mais moi, j'essaie de
comprendre «économique». Là, vous me dites... tantôt, c'était se rendre au
travail, mais là vous incluez le transport scolaire, donc c'est du transport
général, finalement.
M. Boulet : Non, c'est dans
les services publics qui sont mentionnés au Code du travail.
M. Leduc : Je ne vous parle
pas de ça, je vous parle de ce que ça inclut, la notion de sécurité économique.
Vous dites : Le transport scolaire, c'est dans la sécurité économique?
M. Boulet : Je ne veux pas
cibler aucun secteur. Quand vous me demandez : C'est quoi, la sécurité
économique? Je réfère aussi à des éléments de sécurité sociale, comme