CRC — 24 March 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2015-03-24
Quebec — Committees
y a aussi beaucoup de tabous qui entourent cette question-là, puis ça, ce n'est
pas propre aux femmes immigrantes,
d'ailleurs, des tabous qui s'accompagnent également de la difficulté de
dénoncer et également la difficulté de dénoncer
qui est souvent en lien avec la peur de la stigmatisation et du racisme. Il y a
une grande méconnaissance des lois et
des droits relativement à cette question-là. Et évidemment il y a des types
d'agression sexuelle ou de violence sexuelle dont nous devons tenir compte et qui sont évidemment... certaines sont
plus importantes que d'autres, et notamment par rapport à la catégorie
des femmes réfugiées, par exemple, ou des revendicatrices de statut de réfugié.
Alors, comme le Québec a des pouvoirs en
matière d'immigration, il peut sélectionner aussi des réfugiées directement
dans des camps de réfugiés — c'est ce qu'on appelle les réfugiées
sélectionnées — qui
souvent sont installées en région pour, disons, conforter la politique de régionalisation de l'immigration,
et ce sont souvent des femmes qui viennent de pays en conflit où le viol
est une arme de guerre très souvent, de plus en plus, dans les conflits
actuels, et également elles sont passées par des camps de réfugiés. Et on sait
aussi que, dans les camps de réfugiés, même si c'est sous l'égide du haut
commissariat aux réfugiés, au HCR, il reste que la... enfin, disons,
l'administration de ces camps de réfugiés fait que les agressions sexuelles au
sein de ces camps sont souvent une monnaie courante qui est dénoncée largement,
d'ailleurs.
Il y a aussi, à
travers les mariages forcés que peuvent subir certaines femmes par tradition
dans certaines communautés et également par
le fait que le parrainage mène et encourage ce type de pratique
traditionnelle... ça instaure et ça
maintient ce qu'on appelle le viol conjugal. Et évidemment, de façon plus
large, on a aussi les mutilations génitales. Et je vais, en deuxième partie, laisser la parole à Zenab
Sangare, qui va pouvoir parler de ce phénomène-là et de dire effectivement comment les femmes... des femmes
immigrées excisées elles-mêmes se penchent sur cette question et elles
ont exprimé leurs besoins. Donc, ça sera l'occasion pour elle de vous en
parler. On a aussi des statuts d'immigration qui
sont en lien direct... comme je l'ai mentionné, par exemple, dans le
parrainage, qui sont en lien direct parfois avec ces situations-là, comme le statut de revendicatrice
de statut de réfugié, de réfugié, de parrainé. Ce sont des statuts sur
lesquels tout de suite on devrait être questionnés. On devrait se questionner
sur le vécu en matière d'agression sexuelle des femmes qui viennent sur ce
statut.
Il y a aussi certains
éléments à prendre en compte. C'est aussi l'état des organismes qui assurent
l'accueil, l'établissement et l'intégration des personnes immigrantes. C'est
que ces organismes-là n'ont pas pour mandat ni de prévenir ni d'intervenir en matière d'agression sexuelle, et c'est là où
les femmes immigrantes sont les plus nombreuses à aller. C'est là. Elles
fréquentent beaucoup plus ces organismes qu'elles ne fréquentent les organismes
de femmes, du mouvement des femmes, malheureusement.
Et l'autre élément
qui nous paraît important dans l'état des lieux, c'est qu'il y a une absence de
collaboration entre ce type d'organismes,
c'est-à-dire les organismes qui font l'accueil et l'intégration des personnes
immigrantes, et les organismes qui travaillent en agression sexuelle.
Donc, ces deux types,
ces deux secteurs ne se parlent pas beaucoup, ne travaillent pas beaucoup
ensemble. Il y a certainement des
initiatives de temps en temps qui sont valables, mais c'est très peu fait, et
donc les femmes immigrées, du côté des organismes, elles n'ont pas les ressources
en matière d'agression sexuelle, dans les organismes qu'elles fréquentent le plus. Et, dans les organismes qui
s'occupent des agressions sexuelles, on ne reçoit pas suffisamment de
femmes immigrées qui sont susceptibles de vivre ce genre de situation.
Pour ce qui est des
mesures qui ont été proposées, nous voulons juste relever certaines mesures qui
nous paraissaient très intéressantes, la 2, également la 6, et aussi le fait
qu'on déplore par contre le fait qu'il n'y a pas de formation prévue auprès des intervenants des organismes qui font
l'accueil et l'établissement et puis aussi on voudrait souligner aussi
que la mesure 21, qui n'a jamais été mise en pratique, mise en oeuvre... nous
le déplorons également, mais nous déplorons
également le fait que, par exemple, le programme Action diversité du MIDI a
disparu. C'était un des seuls
programmes, justement, qui permettaient de financer des projets liés à la
violence faite aux femmes, de la part du ministère de l'Immigration, puis, au niveau du Secrétariat à la
condition féminine, c'est sûr que le programme À égalité pour décider n'a rien à voir, mais le programme
Initiative de partenariat, lui, n'a pas l'air aussi de se pencher sur des
questions liées à l'immigration, et ça, je le souligne de façon précise. Les
autres mesures sont toutes intéressantes, cependant il y a toujours la question... que ça soit la campagne, que ça soit les
pamphlets de sensibilisation, ce qui est important, c'est que vraiment on tienne compte aussi des femmes
immigrantes allophones ou qui sont souvent moins francisées que les
hommes. Les statistiques les... je ne veux pas vous en sortir, là, mais les
statistiques démontrent bien que les femmes maîtrisent beaucoup moins le
français et souvent aussi beaucoup moins l'anglais, parmi les nouveaux
arrivants.
Alors,
au niveau des recommandations, nous, nous insistons particulièrement sur le
fait que pour le prochain plan d'action
il serait important tout autant de reconnaître l'expertise des organismes en
agressions sexuelles que les organismes qui s'occupent de l'accueil,
établissement et intégration des personnes immigrantes, parce que ces
organismes, ce sont eux qui reçoivent la
majorité des femmes immigrées, et ils sont bien placés également pour
contribuer à enrichir la politique et
le plan d'action; l'importance aussi de financer des structures... disons, des
structures régionales qui permettent le travail en collaboration entre
le secteur des agressions sexuelles et le secteur de l'immigration. C'est
absolument nécessaire que ça travaille ensemble. Je ne veux pas aller dans les
détails, là, sinon je ne vais pas laisser de temps à mon amie...
Une voix :
Je vais brièvement vous parler de...
Chouakri (Yasmina) : Non, non, attends deux minutes, je veux juste
ajouter encore quelque chose, c'est l'importance aussi de dégager un
budget pour mieux définir, mieux documenter aussi...
Le Président (M. Picard) : ...s'il
vous plaît.
Chouakri (Yasmina) : ... — oui — bon, et puis d'assurer des formations aux
intervenantes. C'est vraiment des choses très, très importantes. Puis je
laisse la parole... Non, c'est fini?
Le Président (M. Picard) :
Madame pourra intervenir lors...
Mme Chouakri (Yasmina) : Elle pourra
le faire pendant la période...
Le Président (M. Picard) :
C'est ça, durant les interventions avec les parlementaires.
Mme Chouakri (Yasmina) : Décidément,
c'est toujours la même chose. Désolée.
Le Président (M. Picard) :
Mme la ministre, la parole est à vous pour 22 minutes.
Mme Vallée : Merci. Alors,
merci beaucoup, mesdames, pour votre présentation.
Évidemment, vous abordez un enjeu qui est très
important. On a, lors des consultations, discuté de différents dossiers qui touchaient les femmes qui étaient
doublement stigmatisées, et les femmes des communautés culturelles ont
des défis qui leur sont propres.
On n'a pas eu
la chance d'en parler. Dans votre présentation, vous avez abordé un petit peu
la question de toutes les violences
faites aux femmes, faites aux filles, vous avez parlé des excisions, notamment,
des mutilations génitales. J'aimerais
un petit peu vous entendre, parce qu'il s'agit là, oui, d'une violence qui est
souvent taboue, dont on parle peu. Comment
amener les femmes, les familles à dénoncer ce type de pratique, à aller
chercher le soutien nécessaire auprès de la communauté et à sensibiliser aussi la communauté de l'impact de ces
violences-là? Parce que je sais que bien souvent on a tendance... et il
faut toujours faire bien attention aux mots utilisés, mais moi, je vais
toujours me souvenir d'une intervention, et
je crois que ma collègue d'Hochelaga-Maisonneuve était présente à cette présentation que nous avions eue au réseau
des femmes parlementaires de l'APF, où on nous disait et on nous martelait
qu'aucune culture ne pouvait justifier les atteintes à l'intégrité physique des
femmes, des filles. Et c'est encore, malgré tout, un sujet tabou, et les femmes
n'osent pas en parler, n'osent pas dénoncer.
Alors,
comment on peut aider les femmes à dénoncer et à parler de cette forme de
violence là, qui est aussi, souvent, méconnue ici, au Québec, par les
intervenants, par les intervenantes, par les corps policiers?
Sangare (Zenab) : Merci, Mme la ministre. C'est depuis 2013 que le
RAFIQ — Zenab
Sangare — s'est penché
sur les violences basées sur l'honneur, et un comité qui se rencontre deux fois
par mois a été mis sur place, et ce comité compte une dizaine de femmes.
La majorité des femmes sont excisées, sont des victimes potentielles aussi, et ensemble on a... D'abord, nos premières séances,
c'étaient des témoignages de femmes victimes, et puis ensuite on s'est mis d'accord, on a préconisé... ou fait des
recommandations de sensibilisation, dans les familles, les communautés à
risque. Comme, si je prends la Guinée, par exemple,
on a désigné une femme qui peut aller dans certaines familles guinéennes qui sont à risque à sensibiliser les
parents qui quelquefois amènent les enfants en vacances en Guinée et
puis les font exciser, bien que ça soit illégal au Canada, ici.
Mme Vallée : Donc, je
comprends que vous arrivez, vous identifiez des familles. Et comment se fait
cette intervention-là auprès des familles?
Comment vous abordez cette question-là? Puis est-ce qu'il est possible
d'identifier, préalablement à un voyage, les familles? Comment vous abordez la
question?
Sangare (Zenab) : Bien, au préalable, on sait que dans certains pays
africains où les 90 % des femmes sont excisées et qu'il y a des milliers de filles qui pourraient être
excisées dans les années à venir... donc on sait que... bien que ça soit un sujet tabou, mais les gens, comme c'est le
poids des cultures et des traditions, même étant au Canada, ils pensent
toujours qu'ils peuvent et qu'il le faut, il faut amener les enfants pour les
faire exciser, les filles surtout, juste pour faire
honneur à la famille, parce que tu... Même ta fille étant née au Canada, ici,
mais quelquefois tu peux l'amener en vacances
dans ton pays d'origine et que ça serait mal vu dans ton pays d'origine que les
filles qui viennent du Canada ne soient pas excisées. Ça ne fait pas...
Mme Vallée : C'est une
pratique qui est encore courante, qu'on retrouve encore...
Mme Sangare (Zenab) : ...interdit
dans beaucoup de pays africains, mais ça se pratique, malheureusement.
Mme Vallée : Comment amener
les victimes de telles pratiques à dénoncer, une fois qu'elles reviennent au Québec? Quel genre d'accompagnement on peut offrir
ou est offert ou qu'est-ce qu'il serait utile de mettre en place pour que ces jeunes filles là ne soient pas laissées à
elles-mêmes lorsqu'elles reviennent de leurs vacances, qu'on puisse les
aider, qu'on puisse dénoncer aussi les adultes qui ont permis de tels actes?
Mme Sangare (Zenab) : Nous, notre
comité, on préconise plus l'information, la sensibilisation, prévenir, intervenir sur la question afin de mettre à jour
et rendre abordable... Nous préconisons de documenter la question afin...
Un instant. Nous préconisons de documenter
la question afin de la mettre à jour et la rendre abordable et compréhensible
pour toutes les femmes concernées en
développant des outils de sensibilisation accessibles à toutes les femmes et
les filles. Il faut également assurer une
sensibilisation des professionnels de la santé et des services sociaux pour
desservir cette population spécifique ainsi que l'ensemble de la population
afin d'éviter la stigmatisation aussi.
Mme Vallée : Donc, je comprends
que vous travaillez beaucoup, beaucoup la prévention, l'éducation, mais pour les femmes qui souhaitent... et les filles
qui souhaitent dénoncer, est-ce que vous avez développé des liens avec les organismes
qui viennent en aide aux victimes d'actes criminels? Je pense au réseau CAVAC,
aux CALACS. Est-ce qu'il y a eu de l'information et de la
sensibilisation de faites auprès des intervenants et des intervenantes?
Chouakri (Yasmina) : Bien,
si vous permettez, je vais répondre. Je voudrais juste dire que, dans le
cas des mutilations génitales, c'est un peu comme pour toutes les violences
basées sur l'honneur, c'est très difficile pour les femmes de dénoncer, pour diverses raisons, et notamment,
notamment le fait qu'elles ne sont pas assurées de qu'est-ce qui va leur arrivera après.
dénonciation, ça veut dire quoi? Ça veut dire se couper de sa communauté, c'est
perdre tous les liens familiaux, communautaires qu'on a déjà. Et
d'ailleurs c'est pour ça que c'est important, par exemple, que les
organismes... et c'est en voie actuellement
d'être fait au Québec par le travail que nous, nous menons, à la TCRI, sur les
violences basées sur l'honneur, par
exemple, en ayant mis en place un comité intersectoriel mais aussi qui permet
de définir toutes les étapes par lesquelles une victime potentielle doit
passer et comment elle peut être protégée. Il y a aussi tout le travail que
fait Le Bouclier d'Athéna, par ailleurs, qui
fait qu'on arrive à... mais, pour l'instant, par exemple, on n'a pas encore
défini des maisons d'hébergement qui
seraient susceptibles de pouvoir, en ayant toutes les conditions réunies,
recevoir une femme qui a dénoncé...
d'assurer sa protection complète et de lui permettre aussi de se définir dans
l'avenir, d'avoir un projet de vie. Parce
que quitter complètement son milieu, se retrouver sans rien... Ça, les femmes,
là, elles ne dénonceront pas si elles n'ont pas la garantie de cette
confidentialité totale, de cette sécurité totale et de ce projet de vie, qui
leur permet de se dire : Si je le fais,
bien je peux par la suite me retrouver, bien, à pouvoir faire autre chose dans
ma vie en vivant en toute sécurité.
Très souvent, c'est des femmes qui vont devoir changer de ville, changer
d'école si elles sont dans des écoles secondaires ou au cégep. Même à
l'université, ça arrive aussi.
Alors donc,
c'est ça, les conditions de la dénonciation. Et c'est pour ça que je parle de
l'importance que le secteur de
l'immigration et le secteur qui travaille sur les agressions sexuelles ou même
sur les violences faites aux femmes de façon générale puissent faire
faire ce travail de collaboration, parce que les intervenants et intervenantes
qui y travaillent, même malgré tout le
travail qui est accompli par les organismes d'accueil, d'établissement et
d'intégration des personnes immigrantes,
ils font un travail extraordinaire. Mais, ceci dit, les intervenants,
intervenantes ne sont pas préparés sur ces questions-là, ne sont pas
formés, ils ne connaissent pas suffisamment les ressources existantes.
Et, de la même façon, au niveau du secteur
violence faite aux femmes au Québec, du secteur communautaire, il y a aussi une méconnaissance des réalités des
femmes immigrées et de leurs besoins, de l'évolution. Vous savez, dans
les statuts d'immigration, les politiques changent constamment, il y a des
changements qui ont des impacts directs sur la vie des femmes. Alors, tout ça, il faut que ces deux secteurs
travaillent ensemble enfin, parce qu'il faut arriver à ce que les nouveaux arrivants aient l'heure juste, dès leur
arrivée, en matière de loi, en matière de droit, en matière de
ressources existantes.
Il y a des
femmes réfugiées qui arrivent qui ont vécu des agressions sexuelles et qui ne
savent même pas qu'elles vont avoir
des gros problèmes d'intégration, et on ne va jamais comprendre pourquoi elles
ne s'intègrent pas, ces femmes. Ça va même aller jusqu'à une incapacité
d'apprendre la langue, pour vous dire. Et ces femmes-là, tout simplement parce qu'elles ont vécu des choses qu'elles ne...
elles ne savent même pas qu'elles peuvent aller exprimer ces situations
et dire qu'est-ce qui s'est passé, etc. En tout cas, bénéficier au moins d'une
intervention adaptée à leurs besoins qui leur permet,
justement, de dépasser tous ces obstacles, toutes ces situations de violence
qu'elles ont vécues avant d'arriver.
Alors, moi, je pense qu'il est de la
responsabilité du Québec, du fait qu'il s'engage à recevoir des personnes réfugiées, d'avoir aussi les outils pour aussi
accueillir ces personnes-là dans les meilleures conditions et les préparer
à mieux s'intégrer. Je ne considère pas que c'est quelque chose d'énorme à
faire. C'est vraiment ce travail en commun à faire entre le secteur immigration
et le secteur violence faite aux femmes.
Mme Vallée :
En fait, si je peux vous rassurer, je... le travail, du moins, se fait en
étroite collaboration avec ma collègue
ministre responsable du MIDI. J'entends très bien ce que vous nous dites. Ce à
quoi vous faites référence, parce que
vous mentionnez qu'il est important d'offrir aux femmes de l'information,
d'offrir aux femmes les moyens, l'information
sur les formes d'aide, l'information sur les droits... Je sais que Le Bouclier
d'Athéna fait ou a un certain nombre de publications par lesquelles il
vulgarise des concepts.
Mme Chouakri (Yasmina) : ...d'Athéna
ne peut pas répondre à tous les besoins.
Mme Vallée : Non, je
comprends, je comprends, madame. Est-ce que vous voyez là, dans votre
suggestion, une espèce de trousse qui devrait être remise aux réfugiés, aux
femmes qui arrivent au Québec qui ont le statut de réfugié? Comment les rejoindre? Parce que certaines vont vers les
organismes communautaires. Certaines ont le réflexe... ou on les réfère, mais on n'arrive pas à rejoindre
toutes les femmes, malgré la bonne volonté. Alors, quelle serait la
façon d'assurer de rejoindre celles qui sont les plus vulnérables? Parce que
les plus vulnérables, c'est souvent celles qui sont isolées, qui se retrouvent seules chez elles souvent dans un milieu
de violence et dans un contexte de violence et qui ne savent pas comment rejoindre... Alors, est-ce que
ça devrait prendre la forme d'une trousse d'information? Est-ce que ça
devrait prendre la forme d'un accompagnement? Comment faire pour rejoindre ces
femmes?
Chouakri (Yasmina) : Il faut regarder les portes d'entrée. Les portes
d'entrée des nouvelles arrivantes, c'est
les organismes dont je parlais, puis c'est là qu'il faut absolument former des
intervenants pour que ces intervenantes et intervenants puissent savoir
où diriger les femmes systématiquement, de leur donner de l'information
notamment en termes de prévention, parce que ce n'est pas dans leur rôle de
faire de l'intervention.
Et, ensuite,
ce qui va permettre, justement, à ces intervenants et intervenantes... ensuite,
de diriger les victimes vers les
bonnes ressources. Moi, je pense que c'est fondamental, parce que c'est la
porte d'entrée. Puis il faut faire attention aussi, peut-être, aux trousses. Je ne dis pas que c'est une mauvaise
idée, au contraire, mais je crois que ça doit se faire, parce que, quand les nouveaux arrivants arrivent,
hommes et femmes, on leur donne déjà pas mal de documents d'information, etc. Et ils sont dans des
situations où il faut régler des éléments liés à la survie : logement,
scolarisation des enfants, s'inscrire au
cours de français si nécessaire, aller chercher un travail. Donc, c'est
vraiment sur ces éléments-là que les
immigrants sont axés quand ils arrivent. Ils ne sont pas axés sur d'autres
problématiques. Et je crois que c'est pour ça que ce sont ceux qui les rencontrent le plus longtemps
possible... que ces gens-là soient préparés à leur donner de
l'information, évidemment, possiblement, des documents, possiblement des
ateliers, mais qu'eux-mêmes soient formés aussi à ça, parce que ce n'est pas le cas aujourd'hui. Et on peut avoir affaire à
des intervenantes ou intervenants, pas dans tous les cas, mais pour qui la définition, comme pour les
personnes immigrantes... ne sont pas la même du tout qu'au Québec, et ça
crée des situations vraiment extrêmement
difficiles, même à l'égard des hommes qui ne savent pas que, par exemple,
avoir des propos sexuels des immigrants, parce que ça se fait dans certains
pays d'origine... ou des attouchements, des simples attouchements, ce n'est pas
considéré comme des agressions sexuelles. Or, je pense qu'il faut donner
l'heure juste assez vite.
Mme Vallée : Mon collègue de
D'Arcy-McGee avait une question.
Une voix : M. le député de
D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Chouakri, Mme Sangare, merci beaucoup pour votre
exposition. C'est des problèmes qui sont très frappants.
Vous avez parlé surtout de l'importance
d'apporter de l'information et de l'entraide auprès des gens qui l'ont besoin, mais par l'entremise des groupes qui sont
sur le terrain, et tout ça, et vous parlez, entre autres... vous ne
l'avez pas mentionné dans vos remarques,
mais le problème que plusieurs des documents, même quand ils sont disponibles,
ne sont pas dans une langue qui est
souvent comprise. Est-ce qu'il y a des partenariats à privilégier où votre
table, à
titre d'exemple... où les
leaders des communautés d'origine qui sont déjà installés ici peuvent être
multiplicateurs? Comment vous pouvez
être catalysatrice dans ces deux besoins — d'information et de l'accompagnement — dans
les sujets dont vous avez parlé? On parle de besoins très criants.
Mme Chouakri (Yasmina) : Bien, écoutez,
nous, on regroupe les organismes qui s'occupent de l'accueil, l'établissement et l'intégration des personnes
immigrantes, donc c'est ça, ce qu'on appelle les portes d'entrée des
nouveaux arrivants, et ce qu'on appelle les
nouveaux... c'est sur cinq ans. Alors, je pense que c'est vraiment une période
dans laquelle on peut faire beaucoup de choses. Et, d'un autre côté, on
regroupe aussi des organismes... on va dire, de différentes communautés culturelles qui sont membres, et je
pense qu'il y a des très bonnes initiatives qui peuvent émaner même des
communautés. Je pense qu'il faut aussi encourager ça. Et, d'un autre côté, effectivement,
il y a, au sein du secteur du mouvement des
femmes, tous les organismes qui travaillent en violence qui ont aussi des
regroupements, que ce soit, par exemple, la FEDE, qui est la Fédération
des maisons d'hébergement, ou le regroupement des CALACS. Ce sont des regroupements
qui, eux, travaillent sur la question de la violence faite aux femmes ou des
agressions sexuelles plus particulièrement et qui se penchent aussi... Ce sont
des regroupements qui se penchent depuis un certain temps sur la question des
femmes immigrées.
Alors, il y a un travail qui a déjà commencé
quelque part, mais, en même temps, il reste beaucoup de choses à faire. Je
pense que matcher des organismes, faire en sorte qu'il y ait des organismes de
part et d'autre au niveau régional — et
c'est pour ça que je parlais de structure de secteur — qu'il
y ait des comités permanents, par
exemple, des sous-comités ou des petites structures, là, qui
rassemblent, de façon continue, par
exemple, des représentants aussi
bien du secteur communautaire, de
l'immigration ou des organismes que du secteur des violences faites aux femmes,
qui font que les deux s'alimentent régulièrement et avancent sur cette
question pour donner les meilleurs résultats... et moi, je suis convaincue que
ça permettrait non seulement aux organismes de mieux référer vers les
ressources existantes, parce qu'il y a des
ressources en violence au Québec qui sont extraordinaires, mais cependant ça
pourrait permettre, justement, de
faciliter le passage des femmes vers les ressources qui les intéressent plus particulièrement
parce que des deux côtés on va
adapter les choses, que ça soit du côté du secteur des femmes... enfin, du
secteur d'intervention auprès des femmes victimes de violence en faisant en sorte, par exemple, qu'elles changent
certaines pratiques, qu'elles améliorent certaines pratiques pour faire
en sorte que les femmes immigrées puissent se reconnaître aussi et également du
côté du secteur des organismes
communautaires, de l'immigration. C'est aussi d'être mieux sensibilisés à la
question puis savoir quoi faire quand
on a une femme victime et non pas mettre ça sous le tapis — ça
se fait souvent comme ça — plutôt
aller la référer au bon endroit.
Moi, je pense
que, oui, il y a des possibilités de travailler ensemble et d'arriver à des
choses qui sont plus porteuses pour les femmes, en tout cas.
Le Président (M. Picard) : Il
reste une minute.
Birnbaum : Bon, bien,
écoutez, on est dans un contexte où il y a plein de besoins et pas assez de
ressources, peu importe le sujet, et voilà le sujet d'une importance très, très
réelle.
Je veux
revenir à la question très terre à terre de la traduction. Y a-t-il des
ressources au sein de la communauté peut-être pour aider à rendre
disponibles des documents importants dans une langue d'origine?
Sangare (Zenab) : Bien, actuellement, rien n'a été fait sur cette question au Québec, ici, et, vu que
c'est un sujet tabou, c'est même difficile même pour ces femmes d'en parler,
même au pays. Donc, le comité, il a fallu mettre beaucoup d'efforts dedans pour
amener ces femmes-là d'abord à témoigner. Et c'est un gros travail. Les faire
parler, c'est difficile, mais
ensemble on a trouvé des solutions. Et elles sont prêtes aussi à aider d'autres
femmes pour qu'on trouve des moyens à
ne pas, au moins, envoyer les enfants qui sont nés ici dans les pays pour les
faire exciser, et trouver un moyen aussi... comment abolir cette
pratique dans les pays.
Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve pour une période de
13 minutes.
Poirier : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, mesdames. Je vais faire du pouce sur ce
que la ministre a dit tout à l'heure, nous avons participé effectivement à une rencontre au niveau de la Francophonie,
et, lors d'une de ces rencontres, nous avons eu le témoignage d'une
femme d'un organisme de la Côte d'Ivoire qui avait décidé de partir en croisade
dans les villages avec un imam, et que l'imam puisse expliquer qu'il ne
s'agissait pas — l'excision
ou l'infibulation — d'une
pratique religieuse, et que, finalement, ça n'avait pas lieu d'être. Et la réussite de ce
projet-là était vraiment sur le fait qu'une femme pouvait parler aux
femmes et que l'imam allait parler aux hommes, et il y avait
là une espèce de complicité sur le
terrain pour défaire le mythe. Et l'enseignement que ça m'a donné, c'est qu'effectivement
il faut parler aux deux, même chez nous. En
janvier dernier, pas en janvier cette année mais en janvier 2013, nous
avons eu ici un séminaire où même les femmes de la Suisse sont venues nous
dire : Notre gros problème maintenant, c'est l'excision sur les tables de cuisine en Suisse. Alors, on n'est pas à
l'abri de ça chez nous, ici même, où des petites filles qui sont amenées vers les pays d'origine... ça se
pratique à Montréal. J'ai le groupe style coop Afrique avec qui je
partage beaucoup de rencontres, je dirais, où on vient faire
témoigner des femmes et je me rappelle très
bien une jeune femme du Togo qui est venue témoigner pour dire : Mes
parents veulent absolument m'envoyer là-bas, et elle avait au moins le
soutien de son ami de coeur, qui lui disait : Si tu y vas, moi, je ne te
marierai pas. Alors, ça avait réglé la chose. Mais ce n'est pas la dynamique.
Je prendrais aussi à témoin le film Crimes
d'honneur , de Raymonde Provencher, pour lequel elle n'a pas été capable de trouver de cas au Québec parce que
personne ne voulait parler, et pourtant c'est au Québec, c'est la
famille Shafia qui a été un des plus gros
cas de crime d'honneur en tout cas... ou pour lequel il y a eu, finalement,
procès, mais ça a été la première
fois au Canada où on vraiment mis sur la place publique l'existence des crimes
d'honneur. Alors, la violence sur l'honneur, parce que, pour moi, la
violence sur l'honneur, ça inclut les mutilations génitales, ça inclut tout ce
qui se fait au niveau un peu de la
persécution des jeunes filles par le milieu familial dans lequel elles
vivent... et je sais que le Bouclier
d'Athéna a eu, justement, suite à l'affaire Shafia, une somme d'argent de
la part du gouvernement fédéral
pour agir, mais ce n'est pas juste un groupe qui peut agir au Québec, en quelque
part. Et il y a une espèce de voile qu'on se
met dans le visage pour faire semblant que ça n'existe pas. L'infibulation, là,
ça existe à Montréal, là, je veux dire, ça se pratique, là, on a des filles qui y passent, là.
C'est absolument incroyable que des pratiques barbares comme ça
puissent se pratiquer ici, au Québec.
Vous abordez
un sujet qui me préoccupe beaucoup, qui est, entre autres, le viol de
guerre et surtout les femmes réfugiées
de ces viols de guerre. On le sait, que le viol est une arme de guerre dans
bien des pays. Selon vous, et je ne veux pas de pourcentage, là, je ne veux pas qu'on le quantifie, mais, au niveau des femmes réfugiées, quels types de service on va offrir particulièrement
à ces femmes qui viennent d'un milieu où la guerre a lieu?
Si je me
rappelle bien, on a des communautés syriennes, là, qu'on va accueillir dans les
prochains mois. Est-ce qu'on
est prêtes à recueillir ces femmes syriennes là qui peut-être, dans certains
cas, ont été, justement, des victimes de
viol? Lorsqu'on fait, justement, un pont vers un pays en guerre et qu'on offre, justement,
un statut de réfugié à ces gens-là, est-ce qu'il y a des services que l'on met, mais particulièrement pour les
femmes, particulièrement pour les femmes qui auraient pu être
victimes de viol, justement, collectif? Alors, je suis très précise, là, mais
je veux qu'on aille un peu se donner de l'information, là, que vous nous
partagiez ce que vous vivez sur le terrain.
Mme Chouakri (Yasmina) : Moi, ce que
je voudrais dire concernant ce que nous avons fait, à la TCRI, premièrement,
c'est très difficile d'affirmer l'importance de ces phénomènes-là, leur étendue
parce que ce n'est pas documenté, il
n'y a pas eu de travail fait là-dessus,
et on entend parler de ceci, de cela, de cas, ça reste encore très
vague. Et c'est un besoin justement de documenter un peu mieux cette situation-là.
Tout ce que je peux vous dire, à la TCRI, en
2011 nous avons fait une tournée dans sept régions du Québec pour recenser les besoins des femmes immigrées
dans différentes régions et nous avons rencontré... parce que,
là, il y a les réfugiées
syriennes effectivement qui ont commencé à venir, mais on a aussi... moi, j'ai
rencontré... Dans le cadre de cette tournée, on avait rencontré des femmes qui
venaient de l'Irak, et c'étaient des femmes, la plupart du temps... bien, c'était notamment à Victoriaville,
c'est là que j'en ai rencontré un bon groupe, et il y avait énormément
de difficultés. L'organisme qui est
le comité international des Bois-Francs, qui s'occupe de l'accueil des
immigrants dans la région, avait beaucoup de difficultés à répondre aux besoins. Ces femmes-là, c'étaient
toutes des femmes monoparentales qui étaient passées par des camps de réfugiés, qui avaient des jeunes enfants, qui
ne savaient pas... dont le conjoint ou le mari avait été tué ou avait disparu, on
ne sait pas, on ne sait pas trop, et ce sont des femmes qui avaient, presque
toutes, des problèmes de santé. Et
moi, je pense que, de
la même façon qu'on en parle, d'ailleurs, quand il s'agit des forces militaires, des stress post-traumatiques, ces femmes-là, quand elles arrivent
dans un pays où elles sont en sécurité... et pas seulement les femmes, les hommes, je pense que ça peut être un
élément qui va freiner leur intégration. Le fait qu'on ne reconnaisse pas, par exemple,
qu'elles peuvent avoir un vécu de violence ou de violence sexuelle... déjà, la
notion même de conflit, on sait que ça
entraîne ce qu'on appelle des stress post-traumatiques et qu'il y a
un besoin de suivi psychologique, mais je
pense que, dans les cas des femmes, par exemple, qui peuvent avoir été
victimes de violence sexuelle, il y a quelque chose de plus aussi qu'il faut
traiter.
Moi, il y a
un organisme qui m'a parlé d'une femme qui fréquentait de temps en temps l'organisme mais avec énormément de difficultés, qui n'avait
aucune capacité de suivre les activités, d'aller en cours de francisation, et
il a fallu qu'un lien de confiance se crée,
mais, cette femme-là, ça a pris cinq ans pour qu'elle parle du fait qu'elle
avait été victime de viol, et ce
n'est qu'à partir de ce moment-là, où elle a pu être suivie, que tout s'est
réglé pour elle, c'est-à-dire qu'elle a pu tout simplement aller en cours
de francisation, commencer à chercher du travail, que ça vie commençait,
en fait. Et ça, on ne peut pas le nier, malheureusement, on ne peut pas le nier, c'est une réalité. Et je pense
que, bon, c'est là où il faut faire quelque chose, c'est à ce moment-là.
On ne peut pas se dire qu'on fait venir des réfugiés, puis paf!
Pour ce qui est des réfugiés syriens, c'est absolument
la même chose. C'est démontré que tous les réfugiés syriens qui sont actuellement dans les camps de réfugiés marient leurs filles de façon
précoce, et, notamment, ça, c'est documenté, même pour la Jordanie, par exemple. Et pourquoi? Pour obtenir de l'argent, pour pouvoir faire
vivre la famille. C'est-à-dire qu'on
donne en mariage leurs filles de 12 ans à des personnes âgées de Jordanie qui
les prennent en seconde ou troisième
épouse, et les familles le font, mais elles ne le font pas... et c'est là
peut-être que j'apporterai des nuances, parce que ce n'est pas une
pratique barbare. Ce n'est pas des familles qui l'auraient fait «anyway». Pas
du tout. Ce sont des familles qui le font
parce qu'elles n'ont pas d'autre choix pour s'en sortir, socioéconomiquement
parlant, y compris étant dans un camp
de réfugiés, parce que, dans un camp de réfugiés, ça ne veut pas dire qu'on a
toute la protection, et parfois, même
pour avoir des produits de base, il faut avoir une monnaie d'échange. Et c'est
souvent comme ça que ça se passe avec les différents employés qui
travaillent au sein des camps de réfugiés.
Bien, je ne sais pas si j'ai répondu à
l'ensemble de la question, mais est-ce que je...
Mme Poirier : Je reviendrais
plus... quand je parlais de «barbares», c'est plutôt les mutilations génitales
dont je parle. Si on parle du Québec, en
tant que tel, de la pratique de mutilations génitales au Québec, est-ce que
quelqu'un a documenté, est-ce que les
universitaires ont documenté, est-ce que quelqu'un a écrit là-dessus, a fait
des enquêtes, en tant que tel? Parce
que, je reviens, là, à Crimes d'honneur , au film, on n'a pas été capable
de trouver de témoignages au Québec. On a dû trouver des témoignages à
Toronto, et c'est un film québécois, là.
Chouakri (Yasmina) : En Ontario, ils sont beaucoup plus avancés sur
cette question-là, et on encourage la dénonciation, mais on a les moyens
d'aider les femmes qui vont dénoncer.
Ce n'est pas
le cas au Québec. Ce n'est pas le cas. Il n'y a aucun élément de sécurité
apparent qui est défini, aucun moyen de sécurité clair, et net, et
défini, c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire aux femmes : Écoutez, si vous
le faites, là, dites-vous bien que vous ne risquez rien, c'est fini. Ce n'est
pas assuré. La confidentialité n'est pas encore assurée complètement, parce que ça, c'est un travail, en plus, multipartenarial.
Ce n'est pas un seul organisme qui peut faire ça, c'est vraiment un travail en partenariat pour
faire en sorte qu'on définisse tout un processus pour la victime. Et,
quand les femmes finissent par savoir qu'elles ont cette possibilité,
croyez-moi qu'il y a toujours des forces de changement au sein des communautés et il y a des femmes qui sont
prêtes à le faire, mais elles ne sont pas prêtes — moi, je pense qu'elles ont tout à fait raison — et elles ne sont pas prêtes à le faire à
n'importe quel prix, parce que, si ça veut dire qu'après c'est
l'exclusion totale, bien, écoutez... Si elles se retrouvent aussi dans une
maison d'hébergement où il n'y a aucune sensibilité
à la diversité puis qu'on va sortir des propos à la femme du genre : C'est
dans votre culture de vivre comme ça, croyez-moi
que ça ne marchera pas, parce que... et c'est ça qui empêche aussi la
dénonciation. Moi, je suis convaincue... Et il y a aussi le fait que les
jeunes dans les secondaires et les cégeps ne sont pas assez sensibilisés. Je
pense que, s'il y avait de la
sensibilisation importante au niveau des jeunes, elles seraient préparées plus
tard à se dire : Eh bien, écoute, ça,
effectivement, ce que je vis, c'est une violence basée sur l'honneur, puis je
ne l'accepte pas, parce que je sais aussi qu'il y a des ressources et je
peux me faire aider. Donc, c'est un peu ça qui...
Président (M. Picard) : Merci. Je cède maintenant la parole à
Mme la députée de Mirabel pour une période de neuf minutes.
D'Amours : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, chers
collègues. Mesdames, merci beaucoup de
votre mémoire que vous nous avez déposé. J'aurais une question : Votre
clientèle, en pourcentage, là, des gens que vous recevez ou que vos
organismes reçoivent... votre clientèle est au Québec depuis combien de temps,
à peu près?
Mme Chouakri (Yasmina) : Bien, les
organismes qui font l'accueil, l'établissement et l'intégration, donc, qui sont partenaires du MIDI reçoivent les
immigrants dans les cinq premières années. C'est dans les cinq premières
années qu'ils ont droit et accès aux services dans ces organismes-là.
Par contre, bien, à la TCRI, on a aussi d'autres
types d'organismes qui sont membres, on a des organismes en employabilité, on a des organismes de communautés
culturelles qui... On a aussi des organismes de femmes immigrantes qui sont membres de la TCRI. Donc, on a toutes
sortes d'organismes. Moi, j'ai beaucoup parlé des organismes qui font l'accueil des personnes immigrantes, parce que c'est la
porte d'entrée, c'est la porte d'entrée des immigrants. Et, les femmes immigrantes, on a fait un sondage en 2010‑2011
pour vérifier... Effectivement, on a découvert, effectivement, que la majorité des personnes qui fréquentaient
ces organismes étaient des femmes. Alors, on aurait pu penser : Oh!
c'est chouette, c'est bien, elles sont impliquées, mais en réalité elles sont
beaucoup plus nombreuses là parce qu'elles ne sont pas en emploi, justement.
Mme D'Amours : M. le Président...
Le Président (M. Picard) : Allez-y.
Mme D'Amours : Est-ce que la langue
fait
partie d'un handicap majeur pour ces parents-là?
Mme Chouakri (Yasmina) : Pour les...
Mme D'Amours : Pour les parents,
pour les femmes, les hommes.
Mme Chouakri (Yasmina) : Ah! bien, certainement,
parce que les femmes, souvent, n'ont pas la priorité. Même si elles viennent comme résidentes permanentes, souvent ce n'est
pas elles en premier qui vont y aller, puisque c'est souvent l'homme qui va avoir la priorité pour retourner en
formation, aller apprendre le français. Mais ça n'empêche pas que c'est déjà bien, parce qu'auparavant c'était beaucoup plus court,
la durée, pour aller prendre des cours de français. Maintenant, c'est possible de le faire sur une
plus longue période puis c'est possible aussi de prendre des cours de français
à temps partiel ou à temps plein.
Cependant,
encore une fois, les femmes immigrantes se retrouvent souvent dans des rôles
traditionnels et même encore plus
traditionnels que dans le pays d'origine parce qu'elles sont aux prises aussi
avec les questions relatives aux jeunes
enfants, à la garde des enfants. Et vous savez qu'arrivées au Québec... Ce
n'est déjà pas facile pour les femmes québécoises
de trouver des places en garderie à prix abordable, mais, pour les femmes
immigrées, c'est encore plus difficile parce qu'il faut qu'elles
comprennent les rouages, etc. Voilà.
D'Amours : Est-ce que ces gens-là, pour vous, là, avec votre expertise
et selon votre expérience, là, que vous avez à rencontrer tous ces gens-là... Moi, j'aimerais ça vous entendre.
Vous les qualifiez comment, les gestes, surtout sur les... posés sur les
petites filles, là, qui sont excisées? Vous les qualifiez comment, ces
gestes-là, vous?
Chouakri (Yasmina) : Inadmissibles, inconcevables, tout ce que vous
voulez. Mais je ne veux pas porter de jugement.
Pourquoi? Parce que ça va les empêcher de changer aussi. Alors, je me dis,
c'est inacceptable, c'est inacceptable. Et je vous dirais que c'est pour ça que c'est dommage. Parce que moi,
j'ai discuté une fois avec un père africain qui m'a dit : Ma fille
m'a dit : Papa, si jamais un jour je suis excisée, je te mènerai en cour.
Et sa fille, elle était ici, à l'école au secondaire,
elle avait peut-être 12, 13 ans. Ça veut dire que les jeunes filles, les
filles, quand elles sont sensibilisées tôt sur ces questions-là, eh
bien, elles ne vont jamais laisser faire.
Le poids de la famille, le poids des traditions,
dans certaines cultures, dans certaines sociétés d'origine, fait que... Le problème, c'est qu'il ne faut pas... Si
on porte un jugement, ils vont plutôt se rétracter plutôt que d'avancer
sur la question. Mais tout ce que je sais, c'est que, quand on regarde les
conséquences de l'excision sur la vie des femmes, sur la santé des femmes, ne serait-ce qu'à ce niveau-là, c'est
inacceptable. C'est une pratique patriarcale qui est forte encore, et,
quand on regarde... même quand on dit à des sociétés... En Égypte, ça s'est
fait, il y a des imams qui ont annoncé officiellement
à la population comme quoi ce n'était pas prévu dans la religion, c'était faux
de penser que ça avait un lien avec la religion, mais les Égyptiennes
continuent à se faire exciser. C'est ça. Alors donc...
Sangare (Zenab) : Et même que, les femmes de mon comité, parfois,
quand je leur demande : Pourquoi vous
avez accepté?, elles se disent : Oui, c'est la même question que je me
pose : Pourquoi j'ai été excisée? Et puis je pose la question : Est-ce que tu aurais... ça à ta
fille? Elle va me regarder, elle dit : Non, jamais de la vie. Elles n'ont
pas de mot pour décrire ce qui leur est arrivé. Surtout, celles qui ont
subi ça à 13 ans, 14 ans, c'est difficile pour elles. Et pour le...
Sangare (Zenab) : ...oui,
qu'elles rencontrent ici des fois, quand elles vont consulter à l'hôpital, la
façon dont l'infirmière la regarde... et, puisqu'elle a quelque chose qui manque là, elles sont frustrées, elles se
demandent : Pourquoi on m'a fait ça?
Mme D'Amours : J'ai encore du temps?
D'Amours : Quels sont les gestes... pas le matériel, pas les
dépliants, les consultations, mais des gestes qui
pourraient faire en sorte que cela n'arrive pas, que ces petites filles, qui
sont excisées... Est-ce qu'il y a des mises en garde, des mesures, des connaissances, des lois qu'ils devraient
obligatoirement apprendre? Est-ce que ça pourrait venir de
leurs communautés? Est-ce qu'on pourrait dire que c'est une obligation envers
ces communautés-là de faire des gestes concrets?
Mme Chouakri
(Yasmina) : C'est certain, c'est certain, mais, en même temps, il faut
que les communautés, certains leaders au
moins puissent être sensibilisés à la question, connaissent eux-mêmes les lois, et les
pratiques, et les ressources et tout
ce qui existe, parce que, quand, dans une communauté, les personnes ne
connaissent même pas... ne savent même pas que, justement, c'est
criminel, par exemple, de commettre ça... et il y en a qui le savent aussi,
mais qui ne mesurent pas l'importance du
geste, puisque... Et ça, c'est prouvé, qu'il y a
des familles qui vont retourner, pendant les vacances d'été, avec les petites filles ou les jeunes filles... ils
vont les faire exciser puis revenir après. Et là il va y avoir un pacte après entre les parents et la fille,
c'est... La fille, elle sait que, si jamais elle dénonce ses parents, ses
parents vont se retrouver à devoir
répondre à la justice. Donc, ici, là, il
y a quelque chose à faire. Mais
moi, je pense qu'il faut beaucoup miser... il faut faire
confiance aux femmes qui l'ont été puis qui ne veulent pas que leurs enfants le
soient aussi. Ça, il y a beaucoup de cas comme ça, et, ces femmes-là, il faut
essayer de les récupérer parce
qu'elles connaissent les
mécanismes à l'intérieur des communautés, comment ça se passe et comment agir.
je crois qu'aussi il
faut insister sur la connaissance de
la loi et sur le fait que c'est un acte criminel et donc qu'il faut mieux faire connaître ça pour dire : Écoutez,
si c'est pratiqué, c'est grave, et voilà, voilà ce qui peut se passer, parce
que...
Et je pense que, là-dessus, rappeler aux gens, même s'il y en a qui le
savent mais qui se disent : Oh! de
toute façon, ça ne va pas se savoir, donc je ne risque rien...
Le Président (M.
Picard) : En terminant.
Mme Chouakri
(Yasmina) : ...de se poser des questions.
Le Président (M. Picard) : Merci. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques. Trois minutes.
Massé : Merci, M. le Président. Bonjour, chers collègues. Bon matin. Bonjour,
Mme Sangare. Bonjour, Mme Chouakri. Merci beaucoup de votre apport à notre réflexion et surtout à faire en sorte que ça ne
se passe plus jamais. On sait que ça
va prendre du temps, mais je pense que vous avez soulevé quelques pistes. Vous comprendrez, j'ai trois minutes, alors
je vais concentrer.
On a entendu ici très
clairement : Cours d'éducation aux relations égalitaires et à la sexualité
de la petite enfance — et là certains disent «jusqu'au secondaire,
ça ne serait peut-être pas mauvais, cégep, université» — dans lesquels on pourrait nommer
clairement les droits, on pourrait aussi ouvrir aux réalités des femmes
immigrantes qui arrivent. Alors, je me dis,
il y a peut-être là une piste que nous, on pourrait garder à la fin. J'entends
aussi : Confidentialité totale, sécurité
totale, projet de vie assuré. C'est quelque chose, et vous venez juste de
mettre le doigt dessus. C'est évident que, si je dénonce que j'ai été excisée et ça veut dire que mes parents vont
faire face à la justice, je vais avoir des impacts, moi aussi, alors. Et j'aime beaucoup entendre aussi
que les femmes qui vivent la situation sont probablement celles qui vont
nous amener les meilleures solutions.
Vous
avez nommé très clairement dans votre mémoire : Ça va prendre de
l'investissement financier, on n'a pas le choix. Alors, là-dessus, je vous laisse probablement les 30 secondes
qu'il me reste pour que vous nous en parliez clairement.
Chouakri (Yasmina) : Ah mon Dieu! Mais je pense que — notre mémoire le dit bien dans les recommandations — ça serait intéressant vraiment de budgéter,
par exemple, et de prévoir de la formation des intervenants et intervenantes des organismes qui font
l'accueil, l'établissement. C'est fondamental, comme je l'ai dit, c'est la porte d'entrée.
Et je crois que, dans
une optique de partenariat entre le secteur communautaire, l'immigration et le
secteur en violences, il y a possibilité de collaborer pour qu'il y ait une sensibilisation là-dessus
de la même façon que ça doit se faire au niveau des intervenantes du
mouvement des femmes en violence pour qu'elles comprennent mieux les réalités
des femmes immigrées aussi, parce qu'il y a encore des difficultés, et notamment
en région, je le précise. Il y a aussi la sensibilisation
au sein des communautés peut-être à faire relayer par des membres de ces communautés-là,
où l'excision, par exemple, se pratique — ça serait important aussi — puis
la connaissance des agressions sexuelles — attention
ici : où commence une agression sexuelle, où est-ce qu'elle s'arrête,
parce que c'est très différent d'une société à une autre, et on peut avoir des
incompréhensions sur ces questions-là, qui sont... Et il y a...
Mme Chouakri
(Yasmina) : Oui. Il y a même des femmes qui, elles-mêmes immigrantes,
n'ont même pas conscience qu'elles subissent une agression sexuelle du fait
que... Voilà. Merci beaucoup. Désolée du dépassement.
Le Président (M.
Picard) : Merci beaucoup. J'ai besoin du consentement, parce
qu'on a excédé un petit peu notre horaire. Donc, ça va pour tout le monde. Il
faut bien consulter les gens. Je vous remercie pour votre apport aux travaux de
la commission.
Et la commission
suspend ses travaux jusqu'après les affaires courantes, soit vers
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 1)
Président (M. Picard) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des relations avec les citoyens
reprend ses travaux. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires
et de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le document intitulé Rapport sur la mise
en oeuvre du Plan d'action gouvernemental 2008‑2013 en
matière d'agression sexuelle.
J'aurais
besoin d'un consentement pour permettre à Mme la députée de Montarville de
participer à nos travaux pour la fin de la journée.
Président (M. Picard) :
Nous entendrons cet après-midi les organismes suivants : la Concertation
des luttes contre l'exploitation sexuelle, Pour les droits des femmes du
Québec et la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes.
Je souhaite
donc la bienvenue au groupe la Concertation des luttes contre l'exploitation
sexuelle. Vous disposez d'une période
de 10 minutes pour faire votre présentation. Va s'ensuivre un échange avec
les parlementaires. Dans
un premier temps, je vous demanderais de vous présenter et de faire votre
exposé. La parole est à vous.
Mme Legault-Roy (Éliane) : Merci.
Merci à vous de nous recevoir aujourd'hui. Comme vous l'avez dit, nous
représentons la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle, un organisme
qui célèbre cette année ses 10 ans
d'existence. L'organisme rassemble 50 groupes membres, 150 membres individuels,
tous et toutes désireuses et désireux
d'offrir une alternative à la prostitution aux femmes. Notre travail se décline
en trois principaux volets, soit les services directs aux femmes ayant
un vécu en lien dans la prostitution; la sensibilisation et la formation; ainsi
que les changements sociojuridiques.
Nous
travaillons au quotidien aux côtés et auprès de femmes qui ont vécu dans leur
chair la violence des hommes envers les femmes. Ainsi, une bonne part
des recommandations contenues dans notre mémoire et que nous ferons aujourd'hui sont tirées de la recherche-action Connaître les besoins des femmes
dans l'industrie du sexe pour mieux baliser les services ,
une recherche basée sur des questionnaires et entretiens réalisés auprès de
109 femmes ayant un vécu en lien dans l'industrie du sexe.
Entendre
l'expertise de la CLES, c'est une occasion unique d'entendre ces femmes, et des
centaines d'autres que nous
rencontrons chaque année, qui sont trop souvent écartées des différentes
initiatives de lutte contre la violence des hommes envers les femmes.
Nous le
constatons chaque jour, la violence des hommes envers les femmes constitue un
continuum dans la vie des femmes, un
continuum de violence qu'elles vivent parce
qu'elles sont des femmes. Ce continuum comprend la violence conjugale, les agressions sexuelles, le
harcèlement, l'inceste, le mariage forcé et l'exploitation sexuelle. Une de ces
formes de violence spécifiques, la violence
sexuelle, repose sur une volonté des hommes d'avoir accès au corps et à la
sexualité des femmes et sur un refus obstiné
de reconnaître aux femmes un droit de dire non. L'agression sexuelle, telle
qu'elle est définie dans le plan d'action gouvernemental... en fait,
nous sommes d'accord avec la définition qui a été donnée, mais nous constatons qu'elle échoue à mettre en lumière le
caractère genré des agressions sexuelles. En ce sens, nous préférerions
une définition similaire à celle proposée par le Regroupement québécois des
CALACS, qui souligne que les agressions à caractère sexuel constituent un moyen
de contrôle sur la vie des femmes afin de les maintenir dans des rapports de
force inégaux.
L'autre visage de la violence sexuelle,
l'exploitation sexuelle, repose sur les mêmes bases, c'est-à-dire une conviction qu'ont les hommes d'avoir un droit
d'accéder au corps et à la sexualité des femmes, et ce, sans tenir
compte de leur droit de dire non. Nous proposons
que le plan d'action de même que le gouvernement du Québec se dotent
d'une définition semblable à la nôtre, qui
est elle-même inspirée de celle de l'ONU. Nous définissons donc l'exploitation
sexuelle comme une pratique par laquelle une ou des personnes obtiennent une
gratification sexuelle, un gain financier ou un avancement en usant de la sexualité d'une personne ou d'un groupe de
personnes. L'exploitation sexuelle comprend la prostitution et la
pornographie dans toutes leurs déclinaisons.
Nous avons
présenté dans notre mémoire deux éléments sur lesquels la domination masculine
peut compter afin de normaliser la violence sexuelle envers les femmes,
soit la culture pornographique et la culture du viol.
culture pornographique constitue le fait de vivre dans une culture dans
laquelle la porno a infiltré nos vies, nos pratiques sexuelles, nos
standards de beauté et nos attentes envers nos partenaires. C'est un fait que
les images pornographiques ont envahi
l'espace public et que la porno elle-même est plus que jamais accessible grâce
à l'omniprésence d'Internet. Dans la porno, le pouvoir des hommes est
sexualisé, et la violence envers les femmes est vue comme un fantasme bénin déconnecté de la réalité. Pourtant,
les femmes y sont soumises à des pratiques entièrement axées sur la sexualité masculine, sont humiliées et victimes de
violence, et ce, même dans la porno la plus «mainstream». De nombreux éléments cruciaux du continuum de la violence envers
les femmes sont expressément véhiculés dans les films et renforcés dans les films pornographiques, tels que le viol,
les agressions, l'esclavage, l'exploitation sexuelle et la sexualisation
des enfants. Les films pornographiques
contribuent également à déshumaniser, à humilier les femmes et les filles et à
véhiculer des
stéréotypes racistes. Bref, cette culture pornographique renforce non seulement
chez les hommes l'idée qu'ils ont un droit
d'accès constant au corps des femmes, mais contribue à faire pression sur les
femmes et les filles d'être effectivement disponibles, de dégager une
image pornographique et d'être disposées à endurer tout ce qui leur est
demandé.
L'autre élément qui
contribue à normaliser la violence sexuelle, la culture du viol, décrit une
tendance à minimiser, voire à nier l'expérience du viol et à vouloir
réhabiliter, voire excuser les agresseurs. Plusieurs éléments sont généralement... sur lesquels tout le monde
s'entend pour décrire la culture du viol sont la mise en doute du refus
de la victime, qui est aussi appelé viol gris — donc, c'est le
non-consentement de la victime qui est constamment remis en cause; il y a le «victim shaming», ou le transfert
de la responsabilité du viol, soit le fait de blâmer les victimes pour
les agressions qu'elles subissent; la déresponsabilisation des agresseurs, ce
qui fait en sorte que les agresseurs se voient excuser leurs écarts de conduite sous différents prétextes, dont des
besoins naturels incontrôlables; et finalement la notion de «don't get
raped» plutôt que «don't rape», c'est-à-dire qu'on fait également porter le
fardeau aux femmes de la prévention du viol plutôt que de demander aux hommes
de ne pas les violer.
Ces cultures du viol
et cultures pornographiques ont de grands impacts sur la façon dont nous
concevons et nous vivons la violence
sexuelle. Ces cultures laissent croire aux hommes mais également aux femmes que
des dernières veulent avoir des
relations sexuelles avec les hommes quand ceux-ci le veulent et comme il leur
plaît et que, s'il arrive que la
femme semble ne pas vouloir, il suffit d'insister. À force de flouter les
lignes, les femmes elles-mêmes en viennent à ne plus reconnaître la valeur de leur non et à ne plus reconnaître la
violence qu'elles vivent. Elles se remettent elles-mêmes en doute,
banalisent la violence qu'elles subissent et taisent leur mal-être et leur
malaise — une
situation bien pratique pour les agresseurs.
culture pornographique et la culture du viol ont également un important impact
sur la façon dont est perçue l'exploitation
sexuelle. Comme nous l'avons vu, la question du consentement flou, comme dans
la notion de viol gris, est soulevée
pour défendre le client dans la prostitution
qui ne fait rien de mal, puisque la personne prostituée a consenti. Ce supposé consentement est également utilisé pour
dérober la personne prostituée du statut de victime de violence sexuelle
et détourner le regard de la société de la
violence que représente l'achat d'actes sexuels. Pour plusieurs, le fait que la
personne prostituée consente à la relation sexuelle en acceptant argent ou
autre suffit à la rendre légitime. Nous croyons que le consentement ne s'achète pas. Le fait que, dans la plupart des cas, les
personnes exploitées sexuellement ne consentiraient pas à la relation sexuelle s'il n'y avait pas
d'argent en jeu ou le fait qu'elles ne désirent pas l'autre personne
démontrent bien qu'il ne s'agit pas là d'un consentement libre et plein.
Finalement, comme on
a vu, le «victim shaming», le fait que les femmes exploitées sexuellement en
sont les porte-étendards. Non seulement on
entend parfois qu'elles ne peuvent être victimes de viol, les personnes
prostituées, mais on entend aussi que, comme
c'est leur choix ou que, comme c'est un métier comme un autre... bien la
responsabilité revient sur leurs épaules
d'avoir fait ce choix. Puisque c'est un choix, comment pourraient-elles s'en
plaindre ou être perçues comme des
victimes légitimes de violence? Tout comme dans la culture du viol, il s'agit
encore une fois de détourner l'attention
du choix et des gestes de l'agresseur — ici,
du client — pour
s'intéresser plutôt à la validité et aux choix de la victime. L'agresseur en matière d'exploitation
sexuelle est excusé par les mêmes besoins naturels, pulsions incontrôlables
évoqués plus haut. On souligne le caractère
respectable de monsieur, le refus de sa femme. On dit : Au moins,
comme ça, il ne viole personne. Ainsi, si on ne peut violer certaines femmes,
on a recours à l'exploitation sexuelle d'autres.
M. Matte (Diane) : Donc, vous l'avez vu, agression sexuelle et exploitation sexuelle, pour
nous, sont deux faces d'une même médaille : la violence sexuelle,
et toutes les deux sont des outils de la domination patriarcale.
Dans le cadre de
cette commission, je voudrais insister plus particulièrement sur l'importance
de se doter, en conformité avec la politique
sur l'égalité, qui date de 2006 et qui reconnaît la prostitution comme une
forme de violence envers les femmes,
effectivement d'une définition commune de l'exploitation sexuelle qui ne peut
pas en aucun cas ignorer la prostitution et la pornographie sans
distinction d'âge, qui en sont les deux principales expressions. C'est d'autant
plus important qu'il y a effectivement une
tendance à vouloir parler d'exploitation sexuelle comme si c'était distinct
de la prostitution, alors que, dans la vie des femmes, c'est, pour toutes
sortes de raisons, une seule et même chose.
Donc, pour nous,
entre autres, quand on regarde le bilan du deuxième plan d'action en matière
d'agression sexuelle, on croit que
l'inefficacité que certaines mesures ont pu démontrer, entre autres, dans la
partie prévention découle, entre
autres, de ce manque de cohésion à la fois dans la définition mais à la fois
aussi dans les projets ou la coordination des projets qui ont été soumis. On a financé 82 projets, mais l'ensemble de
ces projets-là part dans toutes les directions, comme on pourrait dire, et manque honteusement... ou
gravement, en fait, de cohésion et de cohérence. Donc, il est important,
pour nous, que la cohérence des mesures qui
vont être mises de l'avant dans un nouveau plan... que celles-ci prennent en
compte l'expertise des quelques groupes qui
travaillent auprès des femmes étant ou ayant été victimes de l'exploitation
sexuelle.
On parle évidemment,
dans notre mémoire, de l'importance de la similarité des besoins des femmes
victimes de violence sexuelle, qu'elles soient victimes d'agression sexuelle ou
d'exploitation sexuelle. On n'aura pas le temps d'entrer dans les détails, mais c'est clair que la violence sexuelle a
un impact important dans la vie de toutes les femmes, et on parle de
conséquences autant de l'ordre physique que de l'ordre psychologique.
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
M. Matte (Diane) : Oui. Et c'est clair que ces conséquences-là font en sorte que les
femmes, malheureusement, se sentent
responsables d'avoir été exploitées sexuellement. Et on compte tout
particulièrement, dans les prochains mois, sur l'importance de l'application de la nouvelle
loi sur la protection des
collectivités et des personnes victimes d'exploitation sexuelle qui vient d'être adoptée au fédéral, pour
souligner l'importance, effectivement, que cette loi soit appliquée au
Québec en cohérence avec la politique d'égalité de 2006.
Le Président (M. Picard) : Merci. Je cède maintenant la parole
à Mme la ministre pour une période de 17 minutes.
Mme Vallée :
Merci beaucoup, mesdames, de votre présentation. Ce qui me frappe, c'est à quel
point pour vous il est clair que toute la question de l'exploitation sexuelle
est une
partie intégrante de la notion de l'agression sexuelle. Je vous pose la question parce qu'on en a parlé au même
titre qu'on a parlé
du lien qui existait entre les violences conjugales et l'agression sexuelle, puisque, dans certains cas
évidemment, il y a de l'agression sexuelle dans un couple, dans
certaines situations, et puis il faut en parler, il faut le souligner.
Vous
arrivez avec une notion bien définie à l'effet qu'effectivement, même dans le
cadre de la vie d'une prostituée, cette femme-là, elle est sujette à
être victime d'une agression sexuelle, et il faut pouvoir le dire, il faut
pouvoir le reconnaître puis il faut pouvoir
le souligner. Donc, il y a un lien important. Est-ce que vous croyez qu'il est
opportun... Parce qu'on travaille sur,
évidemment, un plan d'action en exploitation sexuelle. Croyez-vous qu'il serait
plus à propos d'avoir un grand plan
d'action qui aborde différents volets de l'agression sexuelle ou croyez-vous
qu'il est quand même opportun d'avoir
un plan d'action en matière d'exploitation sexuelle et un plan d'action en
matière d'agression sexuelle?
M. Matte
(Diane) : Comme on dit d'entrée de jeu, il est un peu difficile de
faire ce choix-là.
D'une
part, c'est clair que, depuis plusieurs années, des féministes ici, au Québec,
et ailleurs dans le monde parlent de
l'importance d'avoir, d'abord et avant tout, une loi contre la violence envers
les femmes, et, pour nous, ce serait le plus fondamental d'avoir une
loi-cadre qui affirme et oblige, évidemment, toutes les structures
gouvernementales, dans ce cas-là, de
reconnaître et d'agir pour contrer... et pour soutenir les femmes qui sont
victimes d'une violence parce qu'elles sont
femmes, que ce soit une violence physique ou une violence sexuelle. Après ça,
comment on le divise, effectivement, dans
les plans d'action, ça peut varier, ça peut se défendre d'en avoir seulement un
comme ça peut se défendre d'en avoir plusieurs.
Ce qui est surtout important, et je pense qu'on n'est sûrement pas les
premières à le dire, c'est qu'il manque désespérément de ressources, autant de ressources physiques que de
ressources financières, pour contrer l'expansion... surtout si je pense à la question de
l'exploitation sexuelle, l'expansion de l'exploitation sexuelle, le soutien aux
femmes qui sont victimes de l'exploitation sexuelle et le soutien aux femmes
qui souhaitent sortir de l'industrie du sexe ou qui souhaitent sortir de la
prostitution.
donc, au-delà d'un plan et au-delà du papier sur lequel sera écrit ce plan-là,
ce sont des budgets, du nouvel argent que nécessite le... La volonté
politique doit se transférer en volonté concrète et financière de soutenir des
ressources qui, effectivement, travaillent au niveau de la prévention et au
niveau du soutien aux femmes, incluant la sortie de la prostitution. Mais la loi... c'est clair que c'est un débat qu'on peut
avoir, mais, pour moi, une loi-cadre contre la violence envers les
femmes... la France l'a fait, la Suède l'a fait, j'aimerais bien que le Québec
le fasse.
Vallée : Vous avez, comme plusieurs organismes, là, parlé de la
question du consentement. Bien, en fait, puis vous l'abordez d'une façon qui est très intéressante et dont il faut
parler, c'est le droit de la femme de dire non, c'est ça, et un non, c'est un non, et peu importe la relation que
la femme entretient avec l'agresseur; c'est-à-dire, que ce soit le
conjoint, que ce soit le client, c'est non, c'est non.
quelle façon pensez-vous qu'on devrait aborder la question du consentement dans
un prochain plan d'action?
M. Matte (Diane) : En fait, peut-être, justement, ce n'est pas par hasard qu'on a utilisé
plutôt la terminologie du droit de dire non, parce que c'est le
corollaire du droit de dire non des femmes.
femmes doivent être d'abord convaincues qu'elles ont ce droit-là, et, dans une
culture pornographique, une culture du viol, c'est ce droit-là qu'on met
en question à un très jeune âge, malheureusement, le droit de dire non à une relation sexuelle. Et ça, c'est sans compter
le fait que, malheureusement, on vit toujours dans un pays où il n'y a
pas un gouvernement ou une école où il n'y a
pas d'éducation sexuelle, et c'est très clair que les femmes doivent savoir,
aussi petites soient-elles, qu'elles ont le
droit de dire non à une relation sexuelle, et, de l'autre côté, on doit
accepter ou dire effectivement aux
garçons qu'il y a une obligation de respecter le fait que quelqu'une ou
quelqu'un, peu importe, ne veut pas avoir de relation sexuelle avec toi.
Parce qu'encore une fois la culture pornographique, la culture du viol créent le mythe que les besoins sexuels des hommes sont
plus grands que ceux des femmes, que leurs pulsions sont irrépressibles
et que, s'ils ne réussissent pas à avoir ce
qu'ils veulent dans l'heure qui vient, ils vont être obligés effectivement
d'agresser sexuellement ou de payer une
femme pour avoir accès à un rapport sexuel. Donc, il faut défaire tous ces
mythes d'une masculinité... ou d'une
sexualité masculine dominante, en fait. Et donc, pour nous, la notion de
consentement doit... et de sous-jacent à ça, évidemment, c'est de
reconnaître qu'à l'intérieur d'une agression sexuelle on parle de rapports
sociaux inégaux entre les femmes et les hommes.
autre inquiétude, vous avez peut-être remarqué, c'est toute la question du
danger de la symétrisation. Le grand défaut
du dernier plan d'action, c'était justement qu'on met tout sur le même pied
d'égalité; toutes les formes d'agression sexuelle. Oui, il y a des hommes qui peuvent être agressés sexuellement,
oui, il y a des garçons qui peuvent être agressés sexuellement, oui, il
y a des personnes, à cause de leur orientation sexuelle, qui peuvent être
agressées sexuellement, mais la violence des hommes envers les femmes, dans une
société où les inégalités sociales, économiques, politiques sont toujours présentes, malheureusement, malgré
tout le travail qu'on a pu faire — hein, nos cheveux blancs le
démontrent bien — demeure effectivement une réalité, et on
doit camper très bien les agressions sexuelles dans une compréhension
des rapports sociaux de sexe, et après ça les actions qui vont en découler vont
être beaucoup plus limpides, selon nous, que ce qui était possible dans le
dernier plan d'action.
Mme Vallée : Je comprends votre
préoccupation. Toutefois, on a eu aussi des groupes qui nous ont fait part... et je pense que les études démontrent que
les victimes sont, oui, majoritairement des femmes, mais il y a aussi
beaucoup d'enfants, et, à l'intérieur de ce groupe-là,
bien, il y a des jeunes garçons qui sont victimes d'agression sexuelle. Et
l'agression sexuelle, c'est un rapport de force entre deux personnes, c'est un
rapport de domination qui n'est pas plus acceptable
à l'égard d'une femme qu'à l'égard d'un homme. Il y a probablement une
orientation différente, suivant qui est la victime, qu'on peut aborder, qu'on peut étudier, mais je vous avoue
bien honnêtement que, pour moi, une agression sexuelle demeure
inacceptable, point, qu'elle soit à l'encontre d'une femme ou à l'égard d'un
homme.
Maintenant,
je comprends très bien que, dans le contexte notamment de l'exploitation
sexuelle et de la prostitution, bien il y a la dynamique hommes-femmes
qui doit être étudiée, mais là-dessus je vous avoue que je demeure à être convaincue de ne pas aborder les agressions envers
les enfants, ne pas aborder les agressions envers les membres de la communauté LGBT, qui sont des victimes aussi de
par leurs différences. En fait, je pense, ce qui ressort beaucoup des
consultations et de ce que nous avons entendu, c'est que ce rapport de force
là, bien souvent il est là en raison de la différence
de l'autre, et la différence de l'autre semble donner raison à certaines
personnes qui vont se dégager de toute responsabilité en portant atteinte
à l'intégrité de l'autre, et ça, c'est préoccupant.
Maintenant,
je suis très sensible aux enjeux que vous avez soulevés quant au consentement
et à la prédominance d'une
pornographie qui semble être normale, qui semble faire
partie d'une société
moderne. Ça, c'est préoccupant, oui. Et ça m'amène aussi à l'autre
élément dont je voulais... Croyez-vous que, dans ce mode-là, dans cette
mode-là, où la pornographie est disponible, elle est disponible sur le Web,
est-ce que vous trouvez qu'il y a une banalisation aussi de la violence
sexuelle?
M. Matte (Diane) : Tout à fait.
Mais, pour revenir à l'autre élément, je pense que, oui, effectivement, il faut
reconnaître qu'il y a une diversité dans qui sont les victimes des agressions
sexuelles.
Mais le
prisme qu'on vous propose de prendre, c'est de regarder qui agresse les femmes,
les enfants, et ce sont très
majoritairement des hommes. Et, en prenant effectivement le regard de rapports
sociaux de sexe, ça permet aussi de regarder la violence sexuelle envers
les enfants en ayant ça en tête et en s'adressant effectivement... même si
c'est un anglicisme, en s'attaquant de façon
plus spécifique, à ce moment-là, sur cette idée que, dans une culture
patriarcale, une culture où la domination masculine est érotisée dans la
pornographie, elle est justifiée dans la culture du viol, ça nous appelle, comme société, à dire effectivement : Que ce soit une femme, que ce soit un homme, que ce soit une
personne trans ou homosexuelle, lesbienne,
agresser sexuellement, imposer son pouvoir sur une autre personne est
inacceptable, mais qu'il y a un lien entre effectivement comment les
femmes sont vues et... comment les rapports sociaux, en fait, et les rôles, les stéréotypes. Je pense
que, les hommes qui se permettent d'agresser sexuellement des enfants, il y a
de fortes chances qu'ils ont aussi
des rapports avec les femmes qui sont colorés par l'idée qu'ils ont le pouvoir,
que c'est eux qui détiennent le pouvoir puis qu'ils peuvent décider effectivement
s'ils veulent avoir, s'ils veulent acheter... ce soir, ils veulent acheter une femme, demain ils veulent
agresser un enfant, la semaine prochaine ils vont regarder de la porno,
ils vont consommer de la porno infantile sur le Web.
Mais pour nous ça tient de même... c'est ça,
c'est un prisme par lequel on vous invite à regarder toutes les formes d'agression sexuelle, parce que sinon, si
on les regarde comme des réalités distinctes l'une de l'autre et juste
des rapports de pouvoir entre deux
individus, on se coupe de la responsabilité et la signification collective de
l'existence de la violence sexuelle, qui a un impact sur l'ensemble des
relations entre les femmes et les hommes et qui a un impact sur l'ensemble de l'accès à l'égalité pour toutes les
femmes, petites filles y comprises. Donc, c'est important de regarder
par ce prisme-là, en fait.
Maintenant, par rapport à la violence sexuelle
dans la porno...
Legault-Roy (Éliane) : Pour
revenir, oui, à la question comme quoi la violence sexuelle était
érotisée... oui, tout à fait, là, je pense que dans le mémoire on donnait
plusieurs exemples, c'étaient des éléments de films pornographiques tout à fait «mainstream», les meilleurs vendeurs, puis tous
les exemples que je nommais étaient, donc, dans les 100 meilleurs vendeurs pour le mois de février puis c'étaient
des films qui glorifiaient l'exploitation sexuelle d'enfants, des films
qui parlaient de violence, justement, de donjon ou d'esclaves, des choses comme
ça. Donc, vraiment, oui. Puis il y a des films qui disaient... dans le titre,
il y avait «violation of someone», donc «le viol de telle femme». C'était
là-dessus que reposait le film. Donc, ça, c'est ce qui est très populaire.
Donc, on ne
parle pas de films de niche que des gens bizarres ou pervers vont regarder,
c'est ce qui est le plus accessible, ce qui est partout. C'est sûr que
ça a un impact sur la vision qu'ont les jeunes garçons qui en plus vont se tourner vers la pornographie souvent comme étant
une forme d'éducation sexuelle, puisqu'ils n'en ont pas d'autre. Donc,
c'est sûr que, si ça, c'est ce qui est présenté comme étant érotique ou
attirant, ça a un impact certain sur la sexualité entre les hommes puis les
femmes.
Mme Vallée : Dans votre mémoire, vous faites appel à des
campagnes qui devraient s'adresser aux hommes. Donc, oui, il y a les femmes
qu'on doit rejoindre, mais on doit rejoindre les hommes. J'aimerais ça vous
entendre un petit peu sur
votre approche sur ce qui devrait être fait face à ceux qui sont, pour la
majorité, des agresseurs.
M. Matte (Diane) : De s'adresser aux
agresseurs directement?
Mme Vallée : Aux agresseurs.
M. Matte (Diane) : En fait, la
proposition, ou la campagne sociétale telle qu'on la voit, elle s'adresse... en
fait, c'est une invitation d'arrêter de
juste regarder ou de considérer que le problème de la violence sexuelle ou la
violence envers les femmes en général est un problème de
femmes. Ce n'est pas un problème de femmes, ce n'est pas un problème que les femmes doivent régler, c'est un
problème qu'on doit au minimum régler ensemble et idéalement que les hommes s'interpellent et fassent... qu'ils soient effectivement mis dans une situation où ils doivent se sentir concernés, pas
juste, eux, de ne pas violer, mais de ne pas laisser d'autres hommes violer,
puisque ce sur quoi les hommes... Qu'on parle
d'agression sexuelle ou d'exploitation sexuelle, les hommes, les agresseurs
comptent, d'abord et avant tout, sur le silence de la victime, parce
qu'elle va avoir peur, pour toutes sortes de raisons que vous connaissez, que
vous avez entendues, et le silence des hommes autour de cet homme qui a agressé
ou qui achète des services sexuels, c'est ce silence-là... et évidemment
l'impunité.
Là, on n'a même pas parlé du traitement
juridique ou du traitement judiciaire des agressions sexuelles ou de l'exploitation
sexuelle. C'est clair que le message, à l'heure actuelle... puis je pense que
la campagne Agression non dénoncée le démontrait très bien, les femmes
considèrent qu'elles n'ont rien à recevoir de soutien de la part de... que ce
soit d'un collègue, que ce soit d'un homme dans leur entourage, ou des hommes en
général, ou de la société ou du système judiciaire, pour se sortir de la situation
dans laquelle elles sont, et, pour nous, c'est ça qui est dramatique.
Et je pense qu'il faut vraiment faire un saut
qualitatif, il faut arrêter de regarder les femmes, puis de faire des
programmes pour les femmes, et
d'inciter les femmes à dénoncer... et de plutôt regarder qu'est-ce qui ne marche pas dans le système
judiciaire, qu'est-ce qui fait que les hommes se sentent capables d'agresser
aussi souvent et aussi impunément que ça, et travailler effectivement à
déconstruire les mythes qui sous-tendent la culture pornographique et la
culture du viol, c'est notre plus grand
devoir. Et, à travers la campagne sociétale, il ne s'agit pas de dire :
Les hommes sont tous des violeurs ou sont tous des gros méchants, mais
de faire bien comprendre... et il y a des messieurs ici qui pourraient
peut-être nous aider, ou d'autres, à,
effectivement, comment joindre les hommes. Mais c'est très clair que le
problème qu'on a, le plus gros problème qu'on a à l'heure actuelle,
c'est que les hommes n'entendent pas ce que les femmes disent.
Mme Vallée : En fait, j'étais
pour vous demander si, en matière de prévention, on avait les mêmes approches
pour ce qui est de contrer l'exploitation sexuelle puis l'agression sexuelle.
Est-ce qu'il y a des moyens différents qui devraient être utilisés?
Le Président (M. Picard) : En
30 secondes, madame.
M. Matte
(Diane) : Il y a sûrement
des moyens différents, mais, en même temps, comme elles ont une source
commune, je pense que, si on s'attaque à la source commune, on va avoir tout ce
qu'il nous faut.
Président (M. Picard) : Merci, Mme Matte. Je cède la parole à
Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve pour une période de 10 minutes.
Mme Poirier : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. Vous nous parlez d'une... ailleurs il y a une loi
sur la violence envers les femmes. Nous, on
est dans un plan d'action. Selon vous, est-ce qu'on devrait se doter
d'une loi au lieu d'un plan d'action?
Peut-être qu'il en découlerait un plan d'action, effectivement. Et je reviens
avec la proposition de ce qu'on
discute ici : Est-ce que cette
loi sur la violence envers les femmes ne
pourrait pas justement être le parapluie de ce qu'on appelle les
violences conjugales, les violences sexuelles et l'exploitation sexuelle?
Est-ce que cette loi-là ne pourrait pas être justement ce parapluie d'accueil?
M. Matte (Diane) : Oui. Par contre,
comme on attend le plan d'action contre l'exploitation sexuelle depuis
longtemps, je dirais : Faisons le plan d'action contre l'exploitation
sexuelle et commençons à travailler sur une loi. Je pense qu'un ne doit pas
venir avant l'autre, là.
Je pense que,
là, on a besoin d'un autre plan d'action en agression sexuelle, on a besoin
d'un plan d'action, de lutte contre l'exploitation sexuelle, mais je
pense que ce serait très, très intéressant de regarder comment on peut arriver
à construire et adopter à l'Assemblée nationale une loi-cadre contre la
violence envers les femmes. Entre autres, la Suède
s'est dotée d'une loi qui s'appelle La paix des femmes et qui a un contenu très
intéressant; la France, la même chose, même
s'ils ont... Il y a toujours des choses à améliorer dans les lois, là, mais
l'esprit est là, et effectivement ça change la façon dont on regarde la question de la violence des femmes, parce
qu'elles sont femmes, et ça change aussi les actions à la fois du
gouvernement, mais à la fois de toutes les institutions, les organismes, les
individus dans la société. Ça donne une poigne beaucoup plus importante qu'un
plan d'action.
Poirier : La CLES fait la promotion de ce qu'on appelle
l'approche abolitionniste. Je vais lire le document que vous m'aviez
déjà transmis, qui est l' Appel du 13 novembre , qui est finalement une
déclaration à être signée par des parlementaires. Et je la lis pour le bénéfice
de tout le monde.
Alors :
«C'est par la loi qu'avancera l'abolition de la prostitution. La prostitution
est une violence qui touche en particulier les personnes les plus
vulnérables. Elle est un obstacle à l'égalité entre les femmes et les hommes.
Elle est majoritairement le fait de réseaux
mafieux et de la traite des êtres humains. Le seul modèle ayant fait ses
preuves est le modèle abolitionniste,
qui vise à réduire la prostitution et à permettre aux personnes prostituées de
s'en sortir. L'ambition de ce modèle
n'est pas seulement de réduire la prostitution sur son territoire. La seule
action efficace est une action concertée et conjuguée au niveau
régional, voire international. [Et] pour ces raisons, nous, parlementaires de
différents pays, demandons
une harmonisation des législations nationales et des politiques
publiques pour l'abolition de la prostitution, c'est-à-dire :
lutter résolument et systématiquement contre le proxénétisme et la traite des
humains; dépénaliser ou décriminaliser les
personnes prostituées; renforcer les droits des victimes de proxénétisme et de
traite et accompagner les personnes souhaitant sortir de la
prostitution; responsabiliser les clients et interdire l'achat d'actes sexuels;
interdire toute forme de publicité directe ou indirecte d'offres de services
sexuels; mettre en place des politiques d'éducation à la sexualité et de prévention de la prostitution; promouvoir des
recherches sur la prostitution...» Et là il y a un engagement des
parlementaires.
partir de cette déclaration, est-ce que cette déclaration-là pourrait faire
l'objet justement du cadre de la loi, en tant que tel, ou du plan
d'action?
M. Matte
(Diane) : Oui. Par contre, évidemment, nous vivons dans un système
fédéral, le Code criminel relève du fédéral,
donc c'est clair que la loi, pour ce qui est de criminaliser le proxénétisme,
criminaliser l'achat d'actes sexuels,
c'est... En fait, c'est la nouvelle loi que nous avons au fédéral, donc la
loi... Si on adoptait au Québec une loi contre la violence envers les femmes, évidemment ça n'aurait pas d'impact sur
le Code criminel, mais ça permettrait tout de même, je crois, de cadrer l'action. Au-delà de l'action
gouvernementale, en fait, comme vous savez, les lois ont des effets
normatifs aussi, hein, et c'est pour ça
qu'on les adopte, entre autres, et je crois que ça serait un outil qui pourrait
avoir effectivement... Puis il y a certains des éléments de la
déclaration qui peuvent être là. Ce qui est de nature, effectivement, des cours
d'éducation sexuelle, le travail sur la publicité, le travail plus en amont, de
prévention, ce sont tous des éléments qui pourraient faire
partie effectivement
d'un plan d'action sur l'exploitation sexuelle et, éventuellement, d'une loi
sur la violence... ou contre la violence envers les femmes.
Mme Poirier :
Comment voyez-vous... Parce que — on le sait, vous nous le dites — on
est dans une culture pornographique. Comment on limite ça? Comment on contrôle
ça, la culture pornographique?
Legault-Roy (Éliane) : Une excellente question. Je pense que d'abord,
avec la nouvelle loi, entre autres, sur la prostitution, la nouvelle loi
au criminel, il y a, entre autres, un élément sur la publicité pour des
services sexuels. D'abord, le fait que ça ne
soit pas omniprésent dans l'espace public, le fait de pouvoir acheter les
services sexuels d'autrui, ça contribue à diminuer la sollicitation
constante qu'on a dans ce qu'on lit, dans ce qu'on regarde, tout ça.
Je sais qu'il y a des
mesures qui pourraient être prises — mais je ne suis pas tout à
fait au fait si ça a déjà été tenté,
là — par
rapport à l'affichage pour tout ce qui est club de danseuses érotiques, tout
ça, des publicités de femmes nues. Ça pourrait être légiféré, je crois.
De la même façon aussi, il n'y a pas vraiment de norme... en fait, il n'y a pas
d'organisme régulateur au niveau des publicités quant à savoir si elles sont
sexistes, si elles sont hypersexualisées, s'il
y a exploitation du corps de la femme à des fins non pertinentes dans une
publicité. Tout ça, c'est tous des éléments qui, au-delà d'une norme
sociale forte par, justement, des lois mais également par des cours d'éducation
sexuelle, peuvent faire en sorte qu'on ne
vive plus dans l'omniprésence de femmes qui sont dans des positions
pornographiques qui semblent disponibles à
la sexualité qui est uniquement axée vers le désir, le regard masculin. Donc,
tout ça, ça pourrait être des éléments qui aideraient.
Mais évidemment,
aussi, la pornographie, on l'a incluse dans l'exploitation sexuelle, donc, il
faut aussi lutter contre la production de pornographie, je pense, au Québec
puis au Canada. Si on a ce pouvoir-là, la diffusion puis la production de pornographie, si on la voit comme
une forme d'exploitation sexuelle, il n'y a pas de raison qu'on la laisse
se propager, puis se produire, puis se vendre puis s'annoncer publiquement
partout.
M. Matte
(Diane) : Mme Poirier, peut-être, pour ajouter : il y a des pays
qui sont allés beaucoup plus loin évidemment
par rapport à la question d'essayer de s'assurer que la pornographie sur
Internet, plus particulièrement, ne soit
pas aussi accessible. L'Angleterre a instauré des processus par lesquels,
plutôt que de faire en sorte... Parce que, vous avez probablement remarqué, ceux qui ont des téléphones cellulaires...
on reçoit même, via nos téléphones intelligents, des propositions aussi, là, de consommation de
pornographie. Et, à mon souvenir, ce que l'Angleterre a fait, c'est qu'elle
a inversé l'obligation : les compagnies n'ont pas le droit d'envoyer de la
pornographie, à moins que la personne qui a l'appareil donne son accord. Donc,
d'inverser le processus, dans le fond. Parce que, là, présentement, tout le
monde le reçoit, que tu le veuilles ou non.
Et ça fait en sorte que tu es obligé, toi, de faire l'appel, de dire :
Oui, je veux recevoir de la pornographie sur mon téléphone. Ça a changé tout
à coup le genre de combien de personnes recevaient de la pornographie. L'Islande est allé beaucoup
plus loin encore en restreignant sur son territoire par je ne sais quel
moyen, parce que je suis loin d'être technologique, l'entrée même des sites
pornos sur leur territoire, là.
Mais je pense qu'on
peut commencer plus humblement. Commençons par questionner en fait l'existence
de cette culture pornographique là, puisque
l'industrie du sexe, l'industrie de la porno, qui est multi, multi,
multimilliardaire, nous l'a vendue et rendue tout à fait banale.
Poirier : Lorsqu'on parle de la définition de l'agression sexuelle,
vous incluez un peu ce qu'on a vu avec le regroupement des CALACS justement en introduisant qu'est-ce qui était
exploitation sexuelle mais en le ventilant, je dirais.
Mme Poirier : Qu'est-ce qu'on
fait avec les danses à 10 $?
M. Matte (Diane) : Bien, les danses à 10 $, depuis le 6
décembre 2014, sont illégales. Les danses à 10 $ sont des achats d'actes sexuels. Et donc, pour moi, il faut
s'assurer que, sur le territoire québécois, comme dans toutes les autres
provinces canadiennes, on criminalise l'achat d'actes sexuels. Donc, selon moi,
on devrait s'attaquer...
Mme Poirier :
...message pour la ministre de la Justice.
M. Matte (Diane) : ...on devrait s'attaquer rapidement aux salons de massage dits
érotiques, où ce sont les bordels de
l'an 2000. Ils pullulent à Montréal, pas juste à Montréal, mais à travers le
monde, malheureusement, c'est la place, au point où il y a des... vous avez peut-être vu ça passer, il y a des
clubs de danseuses qui commencent à se plaindre parce qu'eux autres ont moins de clientèle et ils sont
obligés de fermer parce que les salons de massage prennent toute la
place. Quant à nous, les deux ne devraient pas exister, mais c'est...
Président (M. Picard) : Merci, Mme Matte. Je cède maintenant la
parole à Mme la députée de Montarville pour une période de sept minutes.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames, pour votre mémoire intéressant, mais triste. Extrêmement triste de constater que des
femmes doivent se prostituer pour vivre, parce que c'est peut-être pour
certaines un choix, mais pour plusieurs elles n'ont pas le choix.
Grande tristesse. Cela dit — vous soulevez plusieurs questions, mais
c'est les réponses qui sont difficiles — qu'est-ce qu'on fait? Quand vous avez dit : Il faut travailler à déconstruire
le mythe qui sous-tend la porno... Puisque, tout comme vous, je considère que ce qu'on trouve sur
Internet depuis les dernières années est absolument épouvantable, mais
c'est de ça que plusieurs, malheureusement, se nourrissent, et même ils
commencent très jeunes, on fait quoi? Vous avez déjà amené des pistes de
solution, donc je ne vais pas vous rembarquer là-dessus, parce qu'il me reste
cinq minutes, mais, depuis 10 ans — l'organisme existe depuis 10 ans — vous travaillez avec une trentaine de
groupes qui oeuvrent auprès des
travailleuses du sexe. Nous, on a constaté depuis quelques jours que, depuis 10
ans, il n'y a pas grand-chose qui s'est amélioré au niveau des
agressions sexuelles.
Dans
le milieu de la prostitution, plus précisément, quel constat fait-on au fil des
10 dernières années qui se sont écoulées? C'est pire? Il y en a plus?
Les femmes dénoncent-elles? Qu'est-ce qui se passe?
M. Matte
(Diane) : Bon. Par définition, la prostitution ou l'industrie du sexe,
même si tout le monde sait où est-ce que
c'est — particulièrement,
les hommes savent très bien la trouver — en même temps, c'est très difficile
d'avoir des chiffres sur combien de femmes
sont dans la prostitution, combien d'hommes consomment de la prostitution, la
réalité en fait de... C'est ce qu'on a
essayé de faire avec notre recherche, que je vous invite à consulter,
minimalement pour la question de
comment les femmes... la réalité des femmes dans la prostitution, ce qui les a
amenées là, ce qui les maintient dans la prostitution et les besoins
qu'elles ont pour en sortir.
a aussi fait un portrait de l'industrie du sexe en 2013 avec nos moyens de
petit organisme communautaire, et on est
obligés de constater qu'effectivement, d'une part, l'industrie du sexe, elle
est partout sur le territoire québécois, elle n'est pas juste à
Montréal, elle prend diverses formes et elle est de plus en plus banalisée.
Elle rentre évidemment par... Un outil comme
Internet leur a permis de faire une expansion énorme, parce qu'effectivement
ils ont coupé quelquefois les intermédiaires, bien que souvent même les
femmes qui se présentent comme indépendantes sur les sites d'agences d'escortes
sont plus ou moins indépendantes.
Mais
donc il y a effectivement des outils où on peut affirmer, même si on n'a
pas des chiffres absolus, que c'est une industrie qui est en
expansion. Et, à cause de l'inaction, je dirais, ou du manque de volonté politique
pour affirmer que l'achat d'actes
sexuels est incompatible avec l'égalité entre les femmes et les hommes ou
l'égalité sociale entre différents groupes
sociaux, on est devant une situation où l'industrie du sexe essaie de se faire reconnaître comme un
marché comme n'importe quel autre, légitime, un travail comme un autre.
On utilise la terminologie de travail. Les centres
de femmes avec qui on a discuté... et les femmes avec qui on travaille au
quotidien, oui, elles vont utiliser le terme qu'«elles s'en vont au travail» parce
que c'est ça qu'elles font, mais
elles ne sont pas des travailleuses
du sexe, elles sont, d'abord et avant tout, des femmes qui ont peu de choix dans leur vie, malheureusement, et qui
ont effectivement des ressources où elles ont eu recours, évidemment...
où on leur proposait l'industrie du sexe pour se sortir de la situation dans laquelle elles étaient. Donc, c'est très important effectivement de
reconnaître qu'on n'est pas devant une industrie comme n'importe quelle
autre.
(Montarville) : Revenons aux agressions sexuelles.
Elles en sont victimes au même
titre que toute autre femme et elles ont
dans une position de vulnérabilité avec un client. Portent-elles plainte? Si
non, pourquoi?
M. Matte
(Diane) : Bien, premièrement, c'est important de dire que certaines
femmes considèrent qu'elles se font violer
par chaque client, parce qu'il faut voir que le désir n'est pas présent dans
l'acte tarifé, l'acte sexuel tarifé. La situation, c'est que tu es devant une personne qui a besoin de l'argent
puis tu as, de l'autre côté, une personne qui impose ce qu'elle veut à
cette personne-là. Donc, les femmes se retrouvent avec toutes sortes de
situations, mais je vous dirais que
99,9 % des femmes vous diraient que, si elles pouvaient être ailleurs,
elles le seraient... à n'importe quel client qui est devant elles. Et donc c'est important
effectivement de voir combien cette notion d'exploitation sexuelle est
intimement liée à l'agression sexuelle. Ce
n'est pas toutes les femmes qui vont le nommer comme une agression sexuelle,
mais plusieurs le vivent, et surtout, je dirais, celles qui en sont
sorties et regardent l'impact que la prostitution a eu sur leur santé physique,
leur santé psychologique et leur relation avec une autre personne après, entre
autres, leur relation sexuelle, elles disent pas mal toutes : Ça
ressemblait pas mal à un viol payé tout le temps, tout le temps.
Ceci dit, effectivement, quand il y a
des situations d'agression sexuelle et que, les femmes, leur premier
réflexe, c'est d'aller... en fait, peu vont
vouloir aller à la police, parce qu'habituellement, dépendamment du contexte,
elles vont surtout se remettre du rouge à lèvres, remonter leurs bras
puis effectivement passer à autre chose, et quelques-unes vont décider de sortir, mais surtout elles sont
invitées à oublier ce que... parce que sinon elles seraient incapables de
faire le prochain client, puis, dépendamment de la situation dans laquelle
elles sont, elles n'ont pas le choix de le faire, le prochain. Donc, c'est très compliqué pour les femmes de dire qu'elles
ont été agressées sexuellement. Et là on ne parle même pas d'aller à la police. C'est très compliqué
d'aller à la police, pour les femmes. Vous vous imaginez, vous avez
entendu toutes... la semaine dernière et cette semaine, combien les femmes font
face à des préjugés pour avoir été agressées sexuellement parce qu'elles ont
accepté de monter chez un gars, elles ont accepté de prendre un verre, elles ont accepté... peu importe. Bien, les femmes dans
la prostitution, on prend pour acquis qu'elles voulaient. Il a payé, le
monsieur, il a le droit d'avoir ce qu'il veut, et, s'il ne t'a pas payée ou si,
en plus, il t'a agressée, il t'a battue, il t'a violée, il t'a déchiré les entrailles, bien peut-être que c'était de ta
faute. Et c'est visible, c'est visible dans ce que les femmes nous
disent, ce que les policiers leur disent, les commentaires qu'elles entendent
des policiers, c'est visible dans la façon
dont les femmes sont traitées dans le système judiciaire. Si vous avez
l'occasion d'aller à un procès, d'assister à un procès où un proxénète est mis en accusation, c'est affreux d'entendre
les questions de l'avocat de la défense sur cette femme-là et combien on
la place dans une situation où elle est vue comme étant celle qui est la responsable
de la situation. Donc, ça demande énormément de courage pour les femmes d'aller
à la police, énormément de courage.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci. Merci beaucoup.
Président (M. Picard) : Merci, Mme Matte. Maintenant, je
cède maintenant la parole à Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Trois minutes.
Mme Massé :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames, pour votre présentation.
Vous
avez amené, en réponse à la question de la ministre et dans votre mémoire,
cette idée de voir tout ce qui est rapport d'exploitation, un rapport de
force, d'exploitation sexuelle, et tout ça, à travers le prisme des rapports
sociaux inégaux entre les hommes et les femmes.
Ici,
à quelques reprises, plusieurs personnes, dont notamment les gens qui
travaillent avec les hommes qui ont été soit victimes dans leur enfance
ou même comme adultes ou qui sont des agresseurs, sont venues nous dire qu'il
ne fallait pas genrer, parce qu'en genrant
on allait échapper quelque chose, dont notamment la violence dont sont
victimes... ou les agressions dont sont victimes ces hommes-là, alors que vous,
vous dites : Non, non, non, au contraire, c'est qu'en prenant ce
prisme-là, si j'ai bien compris, on va même aider à comprendre.
Alors,
j'aimerais ça que vous m'en parliez un peu plus. Et, puisque je n'aurai pas le
temps de revenir... Vous l'avez souligné, on a besoin de ressources,
alors allez-y là-dessus aussi.
M. Matte
(Diane) : En fait, ça serait intéressant de s'asseoir avec ces
groupes-là puis de voir quelle... Parce que,
pour nous, et j'espère que c'est clair dans notre mémoire et dans notre
présentation, ce qui est important, c'est de commencer à regarder et à
questionner qui sont les agresseurs, pourquoi agressent-ils. Donc, le côté
genré, c'est du côté des agresseurs qu'on le
veut. Je ne veux pas non plus qu'on regarde juste... et qu'on regarde juste les
victimes puis qu'on dise : Ah!
c'est les femmes qui sont victimes. Parce que ce que ça donne à ce moment-là,
c'est qu'on regarde... comme on est dans
une société patriarcale, on regarde quelle responsabilité la victime porte. Ça,
on en a assez, là. Ça fait assez longtemps qu'on fait ça, là. Ça n'a pas
marché. Non seulement ça n'a pas marché, mais ça permet encore plus d'impunité
de la part des agresseurs. Regardons les agresseurs.
comme je le disais, la majorité des hommes qui agressent des enfants, que ce
soient des filles ou des garçons, sont des hommes. Donc, parlons
de : Comment se fait-il que, dans une société qui se dit pour l'égalité, on
génère des hommes qui pensent qu'ils ont le
droit d'agresser des adultes, des hommes, des enfants? Et, pour nous, c'est là
le prisme. Ce n'est pas effectivement... Puis je comprends qu'ils
veulent... puis c'est sûr qu'ils ont besoin de ressources, ils ont besoin
d'avoir des groupes qui travaillent plus particulièrement avec la question des
enfants.
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
M. Matte (Diane) : Ce n'est pas cet aspect-là qu'on questionne, mais c'est l'analyse qu'on
porte sur l'agression sexuelle, qui, pour nous, est garante des
solutions qu'on va apporter. Merci.
Le Président (M.
Picard) : Merci. Mme Legault-Roy, Mme Matte, je vous remercie
pour votre apport aux travaux de la commission.
Je suspends quelques
instants afin de permettre aux représentants du prochain groupe de prendre
place.
(Suspension de la séance à
16 h 28)
Le Président (M. Picard) :
Nous reprenons nos travaux en recevant le groupe Pour les droits des femmes du Québec. Nous accueillons Mme Michèle Sirois,
présidente, et Mme Guilbault, la vice-présidente. C'est bien ça? Vous disposez d'une période de
10 minutes pour faire votre présentation. Vont s'ensuivre des échanges avec les
parlementaires. La parole est à vous.
Mme Sirois (Michèle) : Merci. Merci
de nous accueillir à cette commission parlementaire, c'est important pour nous.
Pour les
droits des femmes du Québec, qu'on va appeler PDF Québec, est un organisme
citoyen féministe mixte et non
partisan et qui rassemble plus de
300 membres. Pour PDF Québec, une véritable démocratie ne sera possible
qu'à la condition de réaliser pleinement
l'égalité entre les hommes et les femmes. Nous avons bien regardé le rapport
qu'on devait étudier, et nous avons vu que c'était un rapport qui était
très touffu que le gouvernement a produit, et on ne peut que constater que de
nombreux efforts ont été investis depuis le premier plan d'action en 2001.
Quand on
observe la réalité, on constate que plusieurs progrès ont été accomplis mais
qu'il reste encore beaucoup à faire
pour éradiquer le grave problème des agressions sexuelles. Les chiffres sont en effet
effarants. Par exemple, le rapport révèle qu'il y a, en 2012, plus de 5 000 infractions
sexuelles enregistrées par les corps policiers. Ces chiffres ne sont que
la pointe d'un immense iceberg, comme l'a
montré la campagne des agressions non dénoncées à l'automne passé. Pour
ce qui est du sexe des victimes des
infractions sexuelles, le rapport est
très clair dans les chiffres qui sont donnés, 83 % des victimes sont des filles et des femmes, et,
concernant les agresseurs, 97 % des auteurs présumés sont de sexe
masculin. Ces chiffres se répètent année
après année. La persistance de ces agressions est un frein constant au
bien-être et à la pleine égalité des
femmes. On peut se poser la question : Comment se
fait-il qu'il y ait encore autant d'agressions sexuelles? Un début de
réponse : peut-être qu'il y a, au sein de certains groupes et pour
certaines personnes, un assentiment tacite, une sorte d'omerta qui protège les agresseurs. C'est notamment le cas de la
problématique de l'inceste. Même si l'inceste comporte des conséquences dévastatrices sur les plans
physique et psychologique, il reste caché à cause du mur de silence qui
entoure ce type d'abus sexuels. Nous aurions
apprécié que cette problématique soit abordée dans le rapport.
Malheureusement, ce n'est pas le cas. S'il y
a autant d'agressions sexuelles, c'est aussi que les agresseurs sentent qu'il
est encore acceptable de démontrer sexuellement leur domination sur une
femme. Cette domination découle d'un sentiment de supériorité des hommes sur les femmes, sentiment qui est entretenu
par la culture mais qui est aussi parfois justifié par des préceptes religieux.
On peut se
demander aussi comment il se fait que les victimes d'agression sexuelle
révèlent si peu leurs agressions, et
souvent très tardivement, comme on l'a vu avec l'affaire Ghomeshi et, tout
récemment, avec les accusations contre l'entraîneur
de ski Bertrand Charest. Les victimes, quant à elles, parlent enfin, mais
tardivement, mais surtout elles disent, quand elles parlent, qu'elles craignaient de ne pas être crues.
D'ailleurs, nous voulons souligner que l'usage abusif du terme «présumées victimes» par les médias... ce
terme démontre le climat de suspicion qui entoure les victimes
d'agression sexuelle. Cela n'aide en rien à dévoiler ces crimes.
Il faut
vraiment agir, agir, effectivement, car nulle femme n'est à l'abri d'une
agression sexuelle. Il faut mettre encore plus d'efforts pour
transformer radicalement notre vision des rapports hommes-femmes, un rapport
qui est à la base même des agressions
sexuelles. Pour cela, PDF Québec recommande d'agir sur deux plans :
premièrement, pour faire évoluer les
mentalités, ce qui est davantage développé dans le plan d'action; par contre,
il faut aussi agir sur un certain nombre
de politiques, de lois, de règlements et de façons d'organiser notre société.
Cet aspect-là, c'est des mesures plus structurantes puis moins
développées dans le rapport. Nous avons remarqué ça.
Au niveau des mentalités, entre autres, PDF
Québec endosse totalement les objectifs du plan d'action quant à la promotion
des valeurs fondamentales. À ce chapitre, plusieurs mesures sont intéressantes,
mais leur effet semble marginal, presque annulé par certaines pratiques qui les
contredisent. Exemple, la mesure 1, qui dit de «soutenir la promotion des
rapports égalitaires entre les filles et les garçons au sein du réseau des
services de garde», bien c'est accompagné
effectivement de près de 200 000 $ qui ont été dépensés entre 2008 et
2014 pour une formation, un vidéo, une
grille d'analyse portant sur le sexisme des jouets. Mais qu'apprend-on il y a
une semaine? C'est qu'il y a encore des garderies qui organisent des activités, une journée pour les filles et
les garçons avec des activités complètement différentes : des
frisettes et manucures pour les filles; les garçons : sciences à l'horaire
et films d'action. Ces activités et discours sexistes sont très éloignés de la
promotion des valeurs égalitaires, donc il reste beaucoup de choses concrètes à
faire et à vérifier aussi.
Deuxièmement, au plan des politiques, des lois,
des règlements, il est impérieux que les organisations et les ministères développent une plus grande cohérence.
Prenons l'exemple du cours éthique et culture religieuse. Ce cours comporte
un volet éthique avec lequel nous sommes tout à fait en accord, mais il
comporte aussi un volet de culture religieuse où on s'interdit de critiquer
l'infériorité des femmes dans les religions. On est loin, à ce moment-là, des
objectifs du plan d'action, qui est de favoriser l'égalité entre les hommes et
les femmes. De même, nous demandons à ce qu'il y ait plus de cohérence,
exemple, dans le ministère de la Famille... devrait s'assurer que la pratique
de ses mandataires ainsi que les documents et les activités des différents
services de garde qu'il subventionne respectent en tout temps les principes et
les valeurs d'égalité.
PDF Québec fait aussi plusieurs recommandations
afin de renforcer l'imputabilité des organisations et des ministères. Cette
imputabilité devrait aussi s'appliquer aux organismes sportifs. Ceux-ci, là,
devraient appliquer tant... ils devraient
être imputables tant au plan de la promotion des valeurs d'égalité que de
l'aide apportée aux victimes et à la dénonciation des agresseurs. Il
devrait y avoir, donc, la même imputabilité pour les cégeps ou pour les
universités.
Il y a aussi la
question de la prostitution, qui n'est pas abordée dans le rapport et qui
pourtant est une source d'agressions
sexuelles très forte. Alors donc, nous aimerions d'abord dire que nous avons
accueilli avec grande satisfaction le projet de loi C-36, adopté par le gouvernement
fédéral à l'automne 2014, ce projet de loi, donc, C-36, qui a
décriminalisé les femmes prostituées et
pénalisé les personnes à qui profite le crime, c'est-à-dire les clients et les
proxénètes. Nous nous sommes encore
davantage réjouis de la déclaration de la ministre de la Justice, Mme Stéphanie
Vallée, à l'effet que la nouvelle
loi sur la prostitution serait mise en
application. Voilà ce qui va aider, pour nous, vraiment à créer un climat qui va diminuer les conditions, va diminuer les
agressions sexuelles. Prévenir, c'est aussi dépister, dépister les
victimes et dépister aussi les potentiels agresseurs.
À cet aspect-là, vraiment, le plan d'action est très faible au niveau du
dépistage, alors nous demandons qu'il y ait plus de politiques, qu'on travaille
davantage cet élément-là.
Nous
demandons également un plan de sensibilisation de la population. Il y a
quelques jours est apparu dans les médias
qu'en Ontario la première ministre, Mme Wynne, a annoncé un plan de
41 millions sur trois ans pour lutter contre la violence sexuelle.
Eh bien, nous demandons la même chose pour le Québec, au moins la même chose.
Alors, c'est un plan, disait-elle, cette
première ministre, pour modifier les comportements et remettre en question les
normes sociales, que la violence sexuelle est enracinée dans la
misogynie et que ce sont des comportements acquis qu'il faut prévenir.
Puisqu'ils sont acquis, on peut faire quelque chose, qu'ils ne s'installent
pas.
Notre mémoire
également parle, à plusieurs endroits, de la situation des femmes les plus
vulnérables. Entre autres, nous voulons
parler du cas des femmes autochtones et des néo-Québécoises également. Les
femmes autochtones, les données montrent qu'elles sont très vulnérables
et elles sont dans une situation grave. Plus de 1 200 femmes autochtones seraient disparues. PDF Québec
voudrait que le gouvernement soit particulièrement sensible à la
situation dramatique de ces femmes, tout comme le rapporteur de l'ONU qui l'a
fait a demandé qu'il y ait une commission d'enquête
pour qu'on fasse ressortir quelles sont les conditions objectives dans
lesquelles sont les femmes autochtones, qui fait qu'il faut faire attention de ne pas mettre de coupures, savoir où
on doit investir pour pouvoir améliorer... diminuer les agressions
sexuelles.
Le Président (M.
Picard) : En terminant, s'il vous plaît.
Mme Sirois (Michèle) :
Nous aimerions enfin dire qu'il y a une convention de l'ONU pour l'élimination
de toutes les formes de discrimination à
l'égard des femmes. Le Canada a signé cette convention internationale, le
Québec l'a entérinée. Et qu'est-ce que ça
dit? Nous voulons que PDF Québec recommande de ne jamais invoquer de
considérations de coutumes, de traditions ou de religion lorsqu'on intervient
en matière d'agression sexuelle, que ce soit au niveau de l'intervention psychosociale, judiciaire ou
correctionnelle. L'État devrait voir à assurer la sécurité de toutes les
femmes, de quelque origine qu'elles soient.
Le Président (M.
Picard) : Merci, Mme Sirois. Je cède maintenant la parole à Mme
la ministre pour une période de 14 min 30 s.
Mme Vallée :
Merci beaucoup, mesdames, merci de vos recommandations. Votre mémoire est quand
même substantiel, et vous abordez différents
enjeux. J'ai pris plusieurs notes lors de votre intervention. J'aimerais vous
entendre davantage sur la question de l'imputabilité que vous demandez aux
cégeps, aux universités, le rôle que les maisons d'enseignement ont à jouer, parce que
vous avez fait référence, dans votre présentation, au plan d'action qui a été
déposé il y a deux semaines par mon homologue de l'Ontario. Effectivement, dans le plan d'action, on aborde la question des initiations
sur les campus et de la sécurité des femmes sur les campus.
Est-ce que c'est un
peu à ça que vous faites référence? Et qu'est-ce que vous voyez, si c'est le
cas? Comment devrions-nous aborder cet enjeu-là?
Mme Sirois (Michèle) : Bien, on peut voir que, dans le plan d'action, on
parle beaucoup de sensibilisation, de mesures, donc, pour faire comprendre que ce n'est
pas beau d'agresser, mais on voit qu'il y a une culture du viol — ça a fait
assez scandale à plusieurs reprises — ça revient, supposons, au
niveau des initiations dans les universités ou dans les cégeps. Bien, je pense qu'il va falloir penser comme il est
arrivé à l'université en Nouvelle-Écosse, où on est passé au stade de menace de renvoi d'étudiants. Je pense que, ça, il va
falloir sensibiliser mais qu'il va falloir vraiment prendre des mesures où on va dire comme message général
à tout le monde que les agressions, c'est non.
Alors donc, on voit
que 97 % des auteurs d'agression sexuelle sont des hommes et que là-dessus
il y a 21 %... un homme sur cinq, c'est
un jeune garçon, un mineur. Donc, il faut vraiment envoyer des messages que,
un, les dénonciations, c'est la
dénonciation d'un crime et qu'il va y avoir des mesures, et pas juste de parler
à quelqu'un, mais dire : Oui, il y aura des mesures et des mesures
juridiques, légales également.
Mme Guilbault
(Diane) : Si je peux me permettre d'ajouter quelque chose par rapport
à l'imputabilité. En fait, pour l'ensemble des organisations — on
parlait aussi des associations sportives — c'est qu'actuellement on a l'impression que c'est comme délégué, c'est à un
autre niveau, un autre étage que ça se passe, et puis, si l'université
ou le cégep a fait sa campagne de
sensibilisation, elle dit : J'ai joué mon rôle, mais on pense qu'elle
devrait... Les institutions devraient être davantage responsables et, si
elles savent qu'il y a des choses qui se passent sur le campus, qu'il y a des actes d'agression qui se passent comme ça,
elles ont une responsabilité, à la limite, une responsabilité civile — je ne suis pas juriste, là — mais donc une réelle responsabilité, et qu'elles ne peuvent pas
s'en laver les mains sous prétexte que c'est l'association sportive ou
la fraternité sur le campus qui a organisé cette activité. Donc, c'est dans ce
sens-là qu'on parle de l'imputabilité en termes de responsabilité.
Mme Vallée : Et de mettre en
oeuvre une politique de tolérance zéro.
Mme Guilbault
(Diane) : Exactement, et de l'appliquer réellement avec des
conséquences.
Mme Sirois (Michèle) : J'aimerais
ajouter également que dans le passé, à cause du fait qu'il n'y avait pas
d'imputabilité, il y a beaucoup d'institutions qui mettaient beaucoup plus
d'énergie à protéger la réputation et qui camouflaient la réputation de leur
institution ou de leur organisme et qui camouflaient... et c'est comme ça
qu'après 20 ans... C'était la situation dans les collèges religieux, hein, les
écoles, les pensionnats, on a camouflé... beaucoup d'autochtones, beaucoup d'orphelins de Duplessis ont témoigné combien
ils étaient victimes. Eh bien, ça, cette culture de l'impunité des
institutions, il va falloir que... On demande que ce soit, dans un futur plan
d'action, une priorité.
Mme Vallée : Dans un autre
ordre d'idées. Vous êtes une organisation féministe, vous prônez les rapports
égalitaires, évidemment. Comment voyez-vous la participation des hommes ou
l'implication des hommes dans la lutte aux agressions sexuelles?
Mme Guilbault (Diane) : PDF Québec
est une organisation mixte. Alors, pourquoi c'est mixte? Ça a été des
discussions, parce que c'était quand même assez nouveau, mais c'est parce que,
si on veut changer les rapports sociaux, il
faut que les hommes s'impliquent réellement. Donc, les hommes ont un rôle à
jouer. Tout à l'heure, même nos prédécesseures, là, la CLES, le
mentionnaient.
C'est que les
hommes sont, parfois volontairement, parfois involontairement, peut-être des
fois inconsciemment, mais complices des agressions qui se commettent. Tous
les hommes ne sont pas des agresseurs. La majorité des hommes ne sont pas des agresseurs. C'est un peu le même
principe que l'association Zéromacho, là, qui a commencé au Québec,
où c'est des hommes qui sont contre la prostitution, donc, des hommes qui ont
un rôle à jouer pour faire en sorte que les rapports d'égalité entre les hommes
et les femmes soient la responsabilité et des hommes et des femmes. Et on pense
que les hommes peuvent jouer un rôle très actif auprès des jeunes hommes évidemment
comme modèles mais aussi dans le discours et
dans la façon de rejoindre les préoccupations des autres hommes. Mais leur
premier rôle est notamment sur le plan de la complicité, c'est-à-dire
que, quand ils sont au courant et qu'ils ne dénoncent pas, ils participent au
maintien de cette culture de domination des hommes sur les femmes.
Alors, oui,
c'est un rôle très important que les hommes maintenant doivent prendre en
charge pour vraiment faire changer les mentalités, parce que, quand on
considère que les agresseurs, c'est quand même 97 % des hommes, bien il y a quand
même un problème pas chez les femmes,
mais chez les hommes, donc dans la culture masculine. Et les hommes sont
les meilleurs peut-être pour parler et faire comprendre que les femmes arrêtent
de s'époumoner puis se le disent entre elles
et que les hommes enfin se sentent responsables pour agir en faveur de
l'égalité et eux aussi, ils vont y gagner au change. Peut-être, nos petits-enfants, nos petites-filles ne
penseront pas en marchant dans la rue le soir que peut-être que l'homme qui marche en arrière
d'eux va les agresser. Si on est dans une culture d'égalité, ce climat
d'insécurité va énormément diminuer.
Mme Sirois (Michèle) : J'aimerais
aussi ajouter qu'à PDF Québec, justement, il y a beaucoup d'hommes qui sont venus tout spontanément nous appuyer, parce
que c'est justement l'impact, le travail à long terme qui s'est fait
par rapport aux femmes qui nous ont précédés, là. Le féminisme a fait
comprendre qu'il n'y a pas juste les femmes qui vont bénéficier de ça mais que
c'est aussi les hommes qui vont être gagnants. Donc, c'est ça, le sens un peu
qu'il y a derrière... l'idée qu'il y a dans
le manifeste de l'organisme Zéromacho. Écoutez, c'est à travers 56 pays dans le monde...
organismes ont signé le manifeste de Zéromacho, parce que les hommes ont
réalisé que c'était tout à fait leur intérêt et
que ces hommes-là sont aussi des pères de petites filles. Alors, c'est facile
de dire : Ah! c'est pour les autres, mais, quand c'est ta petite
fille, quand c'est ta soeur, quand c'est ta nièce avec laquelle tu as un
attachement, les hommes ont pris conscience
que ce n'est pas juste un problème individuel, mais que c'est un problème
collectif, et ils ont le goût de s'engager.
Et on voit vraiment qu'il y a... comme il y a des jeunes pères qui s'occupent
de leurs enfants, qui prennent des congés de paternité, eh bien, on voit
que chez les hommes il y a un changement. Et là-dessus le rapport montre qu'il
y a eu beaucoup d'efforts pour enlever les stéréotypes sexistes.
Mme Vallée : Également, sur
un autre ordre d'idées, vous avez misé... ou vous demandez que des mesures plus musclées soient mises en place pour dépister
non seulement les agresseurs potentiels, mais également les victimes.
Est-ce que vous avez des idées de mesures
qui devraient être mises en place? Est-ce que vous avez imagé ce que
pourrait éventuellement contenir un plan d'action qui aurait cette orientation?
Mme Sirois (Michèle) : Entre autres,
en Ontario, le plan qui vient juste de partir, là, il y a une publicité qui montre... elle fait actuellement... elle vient de
partir, cette publicité, elle est actuellement virale sur les réseaux sociaux, et ça montre que tous les citoyens sont impliqués. C'est-à-dire qu'un peu comme Parents-Secours on a compris que c'est dans le milieu de la proximité que les citoyens, ils
doivent être conscients que, un, on ne peut pas détourner les yeux, deux,
on est responsables, que c'est un crime et qu'on a cette responsabilité-là. Je
pense que, quand les citoyens comprennent que tous
et toutes, dans notre quartier, dans les bars où on va, dans les endroits où on
est dans notre collège... eh bien, qu'on a une responsabilité citoyenne, que ce n'est pas juste une question de
condition féminine, c'est une question de condition humaine. Alors, je pense que, oui, c'est une chose
qui doit être travaillée et qui doit avoir un... En tout cas, nous, on
serait intéressés, c'est sûr, de travailler
sur un futur plan dans lequel on pourrait voir justement des mesures
concrètes. Mais un organisme comme Zéromacho en est un, élément.
Donc,
précisément, je pense aussi qu'il faut travailler sur le fond, c'est-à-dire les
rapports égalitaires entre les hommes et les femmes, parce que les agressions
viennent d'une mentalité, font
partie d'une culture générale où les femmes sont dominées par des hommes. Alors donc,
il faut changer les mentalités, mais il faut changer, donc, avec des
mesures, oui, des mesures où on va signifier aux gens que... tolérance zéro. Un
peu comme sur la route les gens qui assistent à un... qui sont de
non-intervention à personne, hein... il y a un accident, tu n'es pas intervenu,
tu vas avoir un problème, tu dois intervenir. Et la même chose pour les
agressions sexuelles : si tu es témoin, tu dois intervenir.
Mme Vallée :
Parce que vous avez vraiment fait un grand tour d'horizon de la question. Vous
l'abordez sur plusieurs angles. Quels
seraient, selon vous, les trois incontournables? Si vous nous dites : Aujou