Public Finance — 12 May 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-05-12
Quebec — Committees
Mais je me
tais immédiatement — je
reviendrai en période de questions — pour
laisser la parole à Daniel Leroux, du secteur du transport.
Le Président (M. Bernier) :
M. Leroux.
M. Leroux (Daniel) : Bonjour.
Le Président (M. Bernier) :
Bon matin.
M. Leroux (Daniel) : Mon nom est
Daniel Leroux, je suis chauffeur d'autobus. Je suis également le vice-président
du CPSTT, qui est le Conseil provincial du secteur du transport terrestre. Je
représente un regroupement d'au-dessus de
7 000 membres, tous des transporteurs urbains dans la province de Québec. Également,
parmi les sections locales du CPSTT,
on retrouve la
section locale 1983 que je suis vice-président également,
qui est le syndicat des chauffeurs d'autobus,
opérateurs de métro ou services connexes pour la Société de transport de la
ville de Montréal. Il y a le 3333, la
section locale 3333 qui est le
syndicat du Réseau de transport de Longueuil et le 5959 qui est la Société de
transport de Laval. Nous sommes directement concernés par le projet de
loi n° 38, très inquiets par le projet de
loi n° 38, d'où le dépôt du mémoire aujourd'hui.
Ça fait que je vais céder la parole tout de
suite à Pierre-Guy. Merci.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, allez-y.
M. Sylvestre
(Pierre-Guy) : M. le
Président, M. le ministre, Mme et MM. les députés, bonjour. Je vous
présente rapidement notre mémoire. Comme vous avez pu le constater, notre
mémoire est assez court. Il est divisé en trois sections : premièrement, on fait le lien entre le projet d'entente
de janvier entre la Caisse de dépôt et le gouvernement; par la suite, bien, on énonce nos critiques par
rapport au projet de loi n° 38; et, la dernière partie, on parle des
partenariats public-privé. Ne vous en déplaise, M. le ministre, là, nous, on
fait un lien entre le modèle d'affaires de la Caisse de dépôt et les PPP.
Dans l'introduction, bien, écoutez, ce qu'on a
compris de ce projet de loi là, c'est que, bon, dès la première annonce du
premier ministre, ce qu'il nous a dit, c'était qu'ils allaient confier la
réalisation de certains projets à la caisse
en rendant possible la modernisation des infrastructures tout en conservant une
marge de manoeuvre budgétaire pour la
réalisation d'autres projets d'infrastructure. Ce que le SCFP-Québec a compris
ici, c'est qu'on allait utiliser, là, le concept de hors-bilan. À notre avis, ce qu'il faut dire aux Québécois,
c'est que, si on construit des infrastructures publiques, bien c'est les Québécois qui vont les payer. C'est
beau d'un point de vue comptable, de dire qu'on fait du hors-bilan, mais
à quelque
part il y a une dette ou il y a un
service qui va devoir être payé. Donc, ça, c'est la première note, là, la
première remarque qu'on fait.
Deuxièmement, bien, ce qu'on a compris aussi du
projet de loi, c'était que c'était une nouvelle forme de partenariat public-privé, nouveau genre, avec un
investisseur institutionnel pour développer les infrastructures de
transport en commun. Je pense que c'est sans
surprise que vous comprendrez que le SCFP-Québec s'oppose donc fermement
au projet de loi n° 38 tel qu'il a été déposé dans sa forme actuelle.
Premièrement, pour le financement, bon, on a
compris aussi que, le modèle d'affaires de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, il pouvait y avoir des
partenaires dans le financement, des partenaires privés. Si c'était le
cas... Bon, on sait que le gouvernement
pourrait y participer, il pourrait y avoir aussi des partenaires privés, mais,
s'il y avait du financement privé... Même le premier dirigeant de PPP
Canada, M. John McBride, avait affirmé que «le financement des projets entièrement menés par le secteur
public coûte moins cher». S'il y a du financement privé, il va falloir que
le gouvernement dise aux Québécois qu'ils vont payer plus cher pour ce
financement privé là.
Si jamais il
n'y avait pas de financement privé, que c'était la Caisse de dépôt et le
gouvernement qui y participaient uniquement, à ce moment-là, ce qu'il
faudrait dire aux Québécois, c'est qu'il n'y a pas de partage de risques, on
veut faire affaire avec la Caisse de dépôt
pour transférer le risque à la Caisse de dépôt. Si le seul avantage ici de ce
partenariat-là est de transférer le risque à
la Caisse de dépôt, j'imagine qu'on va quantifier ce risque-là. Les méthodes pour
arriver à quantifier les risques sont
souvent assez obscures. D'ailleurs, un dirigeant de Partnerships BC avait
affirmé qu'ils avaient utilisé un
modèle de transfert de risques qui était tellement complexe que seulement
quelques personnes dans la province comprenaient les intrants et les
extrants. On espère que vous allez nous présenter les avantages, que vous allez
les quantifier, mais
qu'également vous allez être capables de nous présenter les méthodes qui ont
permis la quantification de ces avantages-là.
Je saute rapidement parce qu'on a peu de temps,
mais on a une préoccupation très importante par rapport à la tarification. Si
on maximise les revenus pour maximiser le rendement de la caisse, on ne peut
pas en même temps maximiser l'achalandage du
transport en commun. Ça, c'est une préoccupation très importante pour le SCFP-Québec.
Si on veut investir dans les transports en
commun et inciter les gens de la Communauté métropolitaine de Montréal à
prendre le transport en commun, on pense que l'objectif est incompatible avec
un objectif de rendement. Et ça, c'est une grande préoccupation.
Pour ce qui
est des relations de travail, comme vous retrouverez à la page 12 de notre
mémoire, eh bien, on a été surpris
d'apprendre... bien il y a des travailleurs qui ont appris qu'ils allaient
perdre leur emploi parce que le SLR sur le pont Champlain va remplacer les lignes d'autobus qui sont présentement
exploitées par le Réseau de transport de Longueuil. Ces gens-là, dans leur convention collective, ne sont
pas protégés, donc ils vont perdre leur emploi. Il y a également des
gens, probablement, à la Société de transport de Montréal qui vont être
affectés par le Train de l'Ouest.
Ce qu'on a compris, c'est que le projet de loi,
dans le fond, n'allait pas permettre des investissements en transport en commun qui allaient être
complémentaires à ce qui existe déjà mais qui allaient probablement le
remplacer. On a besoin de plus
d'investissement dans le transport en commun, ça doit se faire à travers le
ministère des Transports du Québec. S'il y a des problèmes avec les
échéanciers, le ministère des Transports du Québec a du mal à respecter les échéances ou a du mal à respecter les coûts qui
sont prévus, à ce moment-là, ce qu'on demanderait au gouvernement, c'est
de créer des nouvelles structures
d'incitatifs à l'intérieur même du ministère des Transports du Québec au lieu
d'aller faire affaire avec un
partenaire, même s'il est institutionnel... un partenaire qui est investisseur,
qui veut maximiser du rendement.
Il me reste quelques minutes, je pourrais
procéder à la lecture de nos recommandations. À la page...
Le Président (M. Bernier) :
Oui, vous avez deux minutes pour terminer.
Sylvestre (Pierre-Guy) : Il
reste deux minutes. Bon, bien, écoutez, je vais passer rapidement nos cinq
recommandations que vous retrouvez à la page 18 et 20.
Premièrement,
le SCFP-Québec rejette le projet de loi n° 38 car il en est un de PPP
nouveau genre et recommande au
gouvernement de laisser la Caisse de dépôt en dehors du secteur des transports
en commun, puisque celle-ci a comme mission
de maximiser le rendement de l'épargne des Québécois et non pas la prestation
des services publics. On sait que l'autre
mission, c'est aussi le développement socioéconomique, mais ici, bon, à
part la
captation de la plus-value foncière, on a très peu parlé, là, du
développement socioéconomique dans ce projet de loi là.
Pour la
deuxième recommandation, bien on recommande au gouvernement de travailler à
même son ministère des Transports du Québec, soit innover. Allez-y avec
des nouvelles structures d'incitatifs. Vous êtes capables de le faire, vous
avez été élus pour ça.
Troisième
recommandation : Il est indispensable que le gouvernement travaille avec
les sociétés de transport déjà existantes,
qui font un excellent travail. Je pense notamment à la STM, le RTL et la
Société de transport de Laval. Il faut les impliquer dans le projet, il
ne faut pas les mettre de côté tel que ce qui est prévu par le projet de loi.
Pour la
recommandation 4, bien on vous recommande d'augmenter les budgets alloués
aux sociétés de transport afin qu'elles puissent investir et promouvoir
le transport en commun.
Dernière
recommandation, bien on vous recommande que le gouvernement mène
systématiquement des études d'impact économique
des investissements en transport en commun et qu'il les intègre dans ses règles
de décision pour les projets à venir.
Autrement dit, si on investit dans le transport en commun, ce n'est pas
seulement pour que la Caisse de dépôt fasse un rendement mais bien pour
qu'il puisse y avoir un impact économique positif sur le PIB. Par exemple, quelqu'un qui va partir de la Rive-Sud, qui va
aller travailler à Montréal plus rapidement, plus efficacement, ça, il y
a un gain économique. C'est peut-être plus difficile à calculer qu'un rendement
financier, mais nous, on pense que, dans un projet de loi, il devrait y avoir à
tout le moins mention des impacts économiques positifs du transport en commun.
Président (M. Bernier) : Merci. Merci, M. Sylvestre. M. le
ministre, la parole est à vous, nous allons débuter nos échanges.
M. Leitão : Merci. Merci, messieurs,
d'être là. Bonjour à tous les collègues.
Donc, nous reprenons maintenant nos discussions
sur le projet de loi n° 38. Merci de votre mémoire. Vous soulevez une série de questions et vous vous dites
très inquiets de ce projet de loi là. Je comprends votre inquiétude. Je
pense par contre que cette inquiétude est
peut-être basée sur peut-être une compréhension du programme qui n'est pas la
même que la nôtre, donc je vais juste
essayer de ramener quelques points. Et on peut terminer... pardon, commencer
par votre dernier point, les gains
économiques, et là je vous dis que nous sommes entièrement d'accord avec vous.
Ces gains sont importants, très
importants. Et d'ailleurs un des groupes qui est venu la semaine dernière, la
Chambre de commerce du Montréal métropolitain, justement on a beaucoup
parlé des coûts de la congestion dans la grande région de Montréal et donc les gains qui peuvent être... qui doivent
être réalisés en diminuant cette congestion-là, en améliorant l'accès
des personnes de la Rive-Sud au centre-ville, des personnes de l'ouest au
centre-ville, etc. Donc, ça, ces gains sont très importants, et d'ailleurs
c'est pour ça en grande
partie que nous nous engageons dans cette voie-là.
Maintenant,
je pense que la question principale, si vous voulez, et vous l'avez mentionné,
c'est que vous considérez cet arrangement comme étant une nouvelle forme
de PPP. Je vous dirais que, oui, c'est un PPP, c'est un partenariat public-public. Justement, on ne fait pas ça avec
n'importe qui, on le fait avec la Caisse de dépôt et placement du Québec
qui, elle, est un
organisme public, et donc le rendement que la caisse obtiendrait une fois... si
on passe cette législation et si on va
de l'avant avec ces projets-là, le rendement que la caisse obtiendrait, c'est
un rendement qui va bénéficier à tous les Québécois, tous les déposants dans la caisse. Donc, la caisse n'est pas
un corps étranger à la société québécoise, elle est bel et bien une
entité publique.
La différence
qu'il y a dans le système que nous proposons, c'est qu'en effet ce projet-là se
ferait à l'extérieur de notre périmètre comptable, c'est-à-dire en
dehors de notre dette, parce que le grand problème, pour nous, c'est un problème d'endettement. Nous avons aujourd'hui
88 milliards de dollars prévus dans notre PQI, programme québécois d'infrastructures, sur 10 ans. De ce montant-là, il y a à peu près
7 milliards très directement dans le transport en
commun. Nous pensons que nous sommes à la
limite de ce qu'on peut faire en
termes d'endettement. Si on voulait donc ajouter ces deux projets dont
on parle, le Train de l'Ouest et le train du Sud, disons-le comme ça, il faudrait
déplacer d'autres choses dans le PQI ou il
faudrait remettre ces projets à beaucoup plus tard, donc, nous, notre objectif,
c'est de concrétiser ces projets-là le plus rapidement possible sans
compromettre tous les autres projets qu'il y a déjà dans le cadre du PQI. Donc, c'est pour ça qu'on le fait. Ça reste à
l'extérieur de notre périmètre comptable, c'est-à-dire ça n'affecte pas
notre dette, parce que la Caisse de dépôt
sera le maître d'oeuvre du projet ainsi que le propriétaire et l'opérateur de
ce système une fois qu'il sera mis en marche. Alors, nous pensons que
c'est une façon de faire, bon, qui est innovante et qui va contribuer à
accélérer ces projets-là qui sont nécessaires.
Une dernière
chose. Le processus de sélection, pourquoi on sélectionne projet A et pas
projet B, projet C, etc., ça, c'est une décision gouvernementale. Donc, vous avez mentionné — je pense que c'était vous,
M. Ranger — que la
caisse se substitue au gouvernement et qu'on a une espèce... une perte
d'autonomie, une perte de devoir d'action de la part du gouvernement. Ce n'est pas tout à fait comme ça parce que c'est à nous,
au gouvernement, à identifier des projets que nous jugeons utiles d'un point de vue d'intérêt public.
Après ça, nous demandons à la caisse, bon : Voulez-vous regarder
tel projet?, la caisse fait son analyse et
elle nous dit : Non, nous ne sommes pas intéressés, ça finit là, ou la
caisse dit : Oui, nous sommes
intéressés à telle, et telle, et telle condition, et ça reviendra à nous,
gouvernement, de dire : Oui, on est d'accord avec vos conditions, ou : Non, on n'est pas
d'accord, et donc on le fera d'une autre façon. Donc, à la fin, c'est
toujours le gouvernement qui a la décision ultime si on va de l'avant avec ça
ou pas, donc je ne pense pas qu'il y ait une perte d'autonomie.
Mais je vais m'arrêter ici. Je ne sais pas si
vous voulez réagir à ça ou si on passe la parole à mes collègues.
Le Président (M. Bernier) :
Je pense qu'on va demander à nos invités de réagir à ça. M. Sylvestre.
Sylvestre (Pierre-Guy) :
Bien oui. Écoutez, bien, merci pour vos réponses, qui sont intéressantes, mais par contre j'ai l'impression que le message que vous
envoyez à l'ensemble des Québécois est un message qui entretient une certaine confusion, parce que d'un côté vous nous
dites que la Caisse de dépôt et de placement, c'est du public... Oui,
c'est un investisseur, bon, on est les clients, on est les déposants, mais ce
n'est pas comme une société d'État comme Hydro-Québec ou la STM.
En plus, ce que vous nous dites, c'est que ça
nous permet de ne pas nous endetter, tout en nous disant que la Caisse de dépôt est le gouvernement. Donc, est-ce
que la dette est publique? Est-ce que ce que fait la Caisse de dépôt
nous appartient ou non? Est-ce que c'est complètement séparé?
L'autre chose où il y a une certaine confusion également,
c'est que la Caisse de dépôt est totalement
indépendante. La journée que la Caisse de dépôt va décider des tarifs pour le transport en commun sur le SLR du pont
Champlain, le gouvernement ne pourra pas intervenir... à moins que je me
trompe, mais, moi, c'est ce que j'ai compris de l'entente. Donc, quand on dit que la Caisse de dépôt est un investisseur public, ça, on est d'accord, mais, un organisme public où la démocratie
participative ou la démocratie citoyenne s'exerce, là il y a un pas à franchir,
bon, qu'on n'est pas prêt à franchir. Si vous voulez aller contester les
hausses de la STM, il y a moyen d'y aller, vous pouvez vous présenter au conseil d'administration de la STM, il y a moyen
de faire des pressions. Si vous voulez contester les hausses d'Hydro-Québec, c'est la même chose, vous pouvez vous
présenter à la Régie de l'énergie. Qu'est-ce qu'on va faire, qu'est-ce
que le citoyen va faire lorsque les tarifs
vont augmenter beaucoup trop rapidement? Donc, ça, c'est le premier aspect,
public.
Deuxièmement, bien, je vous dirais, quand vous
nous dites... Et M. Denis Coderre, d'ailleurs, s'est présenté comme un défenseur des régimes de retraite, là,
j'ai trouvé ça un peu surprenant. Ça, c'est mon opinion personnelle.
Mais, bref, M. Coderre nous disait : Un
dollar versé dans les tarifs, c'est un dollar qui va revenir aux Québécois.
Permettez-moi, là, de mettre un certain bémol sur cette affirmation-là. C'est
sûr que ça va aller dans le rendement de la caisse, ça, on est tous d'accord. Par contre, 1 $
d'augmentation de tarifs chez Hydro-Québec va retourner quelque part à la fin
de l'année dans les coffres de
l'État, bon, Hydro-Québec verse 2 à 3 milliards de redevances au
gouvernement du Québec, ça, c'est assez
direct, mais, sur le rendement, ça veut dire que ça va être sur la rente de
retraite qui va être prise, pour quelqu'un, par exemple, qui a 40 ans ça va être dans 20, 25 ans, et donc
c'est quand même assez loin, là. Donc, on augmente les tarifs une
journée; le bénéfice, on va l'obtenir mais dans quelques années.
y a aussi... Vous nous disiez tout à l'heure que, bon, c'est du public, la Caisse
de dépôt, mais, dans le tableau où est-ce que vous présentez les trois
modèles complémentaires pour la réalisation d'infrastructures publiques,
là — en
fait, ce n'est pas le gouvernement, mais
c'est... la Caisse de dépôt le met sur son site — pour ce qui est des sources de financement, et c'est également prévu dans
l'entente, bien la Caisse de dépôt va pouvoir avoir des partenaires privés
qui sont indépendants du gouvernement, c'est spécifié tel quel dans l'entente.
À ce moment-là... Là, vous me parlez de consortium
privé dans les PPP, mais, dans le modèle CDPQ, est-ce qu'on parle d'un
consortium public-privé? Est-ce qu'on n'est pas là en présence d'une
sorte de modèle novateur de PPP? D'autant plus qu'à la dernière ligne ce qu'on
a, là, c'est Propriété des actifs .
Dans le modèle CDPQ, il est écrit «CDPQ plus partenaires». Est-ce qu'on ne va
même pas plus loin
que le PPP? Est-ce que, là, ici, il ne s'agirait pas de privatisation
simplement? Parce que, si vous avez des partenaires privés qui possèdent
des actifs publics, des infrastructures de transport en commun, bien ici, on
s'entend, c'est la privatisation des services publics, et pour l'exploitation
des projets c'est la même chose.
Donc, je ne sais pas
exactement... Tu sais, on pourrait faire un débat sémantique sur la définition
des PPP. D'ailleurs, les PPP, c'est une
définition très large, vous avez toutes sortes d'acronymes. Vous avez des
«design-build-finance-maintain-operate»,
vous avez des «build-finance», vous avez des BOT, «build-operate-transfer», il
y a une pléthore de modèles de PPP.
Mais, sans faire de débat sémantique, moi, je voudrais vous demander... Pour
les sources de financement, il est écrit dans le tableau de la Caisse de
dépôt et de placement que vous allez pouvoir demander une subvention fédérale, et vous savez très bien c'est
quoi, cette subvention fédérale là, c'est la subvention qui est versée
aux projets en PPP et qui est gérée par PPP
Canada. Donc, si la Caisse de dépôt nous dit qu'il pourrait y avoir une
subvention fédérale... Et M. Sabia a
été... on lui a posé la question, il nous a dit que c'était parce que c'était
un modèle novateur. Bien, on aimerait au moins avoir certaines
clarifications par rapport au modèle. Est-ce qu'on est à mi-chemin entre la privatisation et le public? Est-ce que c'est du
public-public? Bon, un partenariat public-public, pour nous, bien ça
aurait dû être fait, par exemple, avec la
Société de transport de Montréal, là, à ce moment-là il n'y aurait pas eu
d'ambiguïté, mais ici on a certaines questions par rapport à ça.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, M. le ministre.
M. Leitão :
O.K., rapidement, qu'on puisse... Je prends bien note de vos questions.
Pour ce qui est de la
question des tarifs, quand la Caisse de dépôt va présenter au gouvernement,
donc, sa proposition, donc nous, on leur demande... nous sommes intéressés qu'on construise un lien ferroviaire
entre la Rive-Sud et le centre-ville de Montréal sur le nouveau pont
Champlain, la caisse va faire ses études, va proposer un modèle, un projet au gouvernement, et dans cette
proposition-là il va être très
clairement indiqué quels seront les tarifs et quel sera le processus
ou la mécanique pour une éventuelle mise à jour ou indexation de ces tarifs-là.
Donc, ça va être connu dès le départ, ce processus-là, et ça
va être au gouvernement à l'approuver ou pas. Donc, ultimement, le gouvernement étant élu par les citoyens,
c'est le gouvernement qui a le dernier mot là-dessus.
Pour
ce qui est de la dette, écoutez, ce qu'on permet de faire à la caisse, et c'est
dans son domaine, c'est de se trouver
des partenaires, oui, de trouver du financement. Donc, la caisse peut aller emprunter sur les
marchés, peut aussi aller trouver des partenaires en équité, des
partenaires minoritaires, parce que la caisse va toujours demeurer majoritaire dans ces projets-là ici, au Québec. Ça se pourrait
qu'elle trouve des partenaires en équité ou pas. Ça se peut évidemment qu'elle-même mette une certaine équité et qu'elle
emprunte le reste, puisqu'elle a d'ailleurs une cote de crédit qui est
même supérieure à celle du gouvernement.
Elle peut emprunter. Si elle décide d'emprunter un grand montant, elle peut le
faire à des termes qui sont certainement plus attrayants que ce que nous, on
pourrait faire.
Mais
ultimement, oui, la caisse va demeurer... donc le consortium va demeurer
propriétaire et exploitant de ce nouveau...
Donc, ça s'applique à des nouveaux projets de transport, pas aux projets
existants. Et ça devra s'intégrer de façon très directe avec le réseau
actuel de la grande région de Montréal.
Mais je laisserai
maintenant la parole à mes collègues, si vous voulez poser...
Le Président (M.
Bernier) : M. Ranger, vous aviez levé la main? Oui, je
vous reviens, les collègues.
Ranger (Marc) : Non, ça va.
Le Président (M.
Bernier) : Ça va? O.K. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis :
Merci, M. le Président. Bienvenue. J'aimerais parler d'un exemple dont on
entend assez souvent dans les nouvelles,
c'est le Canada Line. C'est une liaison ferroviaire rapide qui permet
d'effectuer le trajet entre l'aéroport international de Vancouver et le
centre-ville de Vancouver. La Caisse de dépôt s'est jointe à la société en
commandite formée par SNC-Lavalin pour bâtir et maintenir le Canada Line, et ça
a été fait en PPP.
que je trouve très intéressant... Ce matin, je suis allée voir c'est quoi, le
tarif, O.K.? Rappelons-nous une chose : la grande région de
Montréal, la grande région métropolitaine de Montréal a 4 millions
d'habitants, la grande région métropolitaine
de Vancouver a 2,3 millions d'habitants. Un aller de l'aéroport au
centre-ville de Vancouver sur la Canada Line, c'est 8,75 $. Je suis allée vérifier c'est quoi, le coût en
autobus entre l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau et le centre-ville de
Montréal, c'est 10 $. Maintenant, je suis citoyenne, je suis consommateur.
Quand je regarde ça, je dis : Mais pourquoi Vancouver peuvent se permettre
une ligne rapide ferroviaire entre l'aéroport et le centre-ville et Montréal ne
peut pas le faire?
Vous,
n'importe quoi qui est PPP, vous grimpez les rideaux. À Vancouver, les gens
peuvent faire ce voyage — et je parle maintenant du tarif
simple — à
8,75 $; à Montréal, on ne peut pas. On parle d'un train de l'Ouest depuis
très longtemps et on ne semble pas être capable de le réussir.
Face
à ça, comment pouvez-vous nous dire aujourd'hui que, la Caisse de dépôt, c'est
bien qu'eux, ils investissent à Vancouver pour que les citoyens de
Vancouver peuvent prendre avantage, et ici, au Québec, à Montréal, on ne peut
pas prendre le même avantage d'investissement par la Caisse de dépôt?
Le Président (M.
Bernier) : On n'a pas de rideau ici, Mme la députée.
Mme de Santis : Pardon?
Le Président (M.
Bernier) : On n'en a pas, de rideau. M. Sylvestre.
M. Sylvestre (Pierre-Guy) : Bien,
écoutez...
Le Président (M. Bernier) :
Ou M. Ranger.
Ranger (Marc) : Non, non. Je disais qu'on était bien assis, on ne
grimpe pas dans les rideaux.
Le Président (M. Bernier) :
M. Sylvestre.
M. Sylvestre (Pierre-Guy) : Bien,
premièrement, puis c'est écrit dans notre mémoire puis c'est partagé par l'ensemble du SCFP-Québec et même du SCFP
national — d'ailleurs,
si je ne me trompe pas, les travailleurs du Skyline... bon, du Canada Line sont syndiqués au SCFP — mais nous, on est pour ces projets-là, on
est pour ces projets, et c'est écrit, mais nous, on a des questions sur
le modèle d'affaires. C'est ça, c'est pour ça qu'on est ici, on a certaines
critiques sur le modèle d'affaires. Mais, du transport en commun, il est écrit dans
notre mémoire... on est pour ces projets-là et on en
voudrait encore plus.
Vous avez
comparé les tarifs, bon, de Vancouver par
rapport à Montréal.
Bien, nous, aussi, notre critique, en fait, nos préoccupations sont sur les mécaniques après. Par exemple, dans 10 ans, est-ce que vous pouvez me garantir que les tarifs à Vancouver seront les mêmes?
Et, si jamais il y avait un problème, parce que ça se peut, est-ce qu'il pourrait y avoir un contrôle démocratique? Donc, nous, nos
interrogations sont là-dessus. Ce que M. Leitão nous a dit, c'était que le gouvernement allait approuver ou non le projet qui allait être présenté par la Caisse de dépôt. Bien, j'imagine que ça,
c'est une entente qui va être sur 20 ou 30 ans ou plus, et donc on va
signer pour 30 ans pour une formule d'indexation puis pour un tarif en se disant que tout va bien aller.
Si jamais il y a des dépassements de coûts ou il y a des problèmes pour l'entretien, par contre, est-ce qu'on a des
garanties qu'il va pouvoir y avoir des contrôles démocratiques sur les
décisions par rapport aux tarifs?
Puis, l'autre chose, un petit bémol aussi sur la
présentation que vous avez faite sur le Canada Line, il y a eu quand même beaucoup d'argent public qui a été
versé au Canada Line, il y a eu des subventions. On nous dit que ça a
été compensé par les avantages, mais le problème avec les PPP, c'est que les
analyses de valeur ajoutée ou les «value-for-money
analysis», comme on dit dans le jargon, on ne peut pas les avoir, puis bien
souvent ce n'est pas transparent, tout
le processus, et donc on doit croire sur parole les décideurs qui sont privés,
là. Donc, c'était un peu, là, le bémol que j'avais à apporter par
rapport à Canada Line.
Mais on veut
vous dire aussi que le SCFP, on est pour les investissements en transport en
commun, c'est juste par rapport au modèle d'affaires. Nous, on pense que
les budgets de la STM devraient être augmentés d'une manière significative. On pense aussi que, s'il y a des
projets... le projet de Train de l'Ouest, ça doit être un projet qui est
complémentaire aux services qui sont déjà en place.
Puis je
terminerais peut-être juste avec une note par rapport aux PPP. Bien, comme
disait mon directeur adjoint, on est
très bien assis et on ne grimpe pas nécessairement dans les rideaux, on a fait
des analyses rigoureuses, mais, si on regarde le CHUM puis le CUSM, par exemple, bien je pense qu'on avait raison de
s'affoler un peu. Et puis aujourd'hui, bien, on regarde avec une... ex post, puis ce qu'on est capables de constater,
c'est que ça n'a pas été le succès qu'on nous avait annoncé à l'époque.
Donc, c'est pour ça qu'on s'était mobilisés.
Puis nous, on
croit au modèle d'approvisionnement traditionnel. On pense qu'il peut être
amélioré et on pense que c'est le
rôle du gouvernement de s'entendre avec ses employés, avec ses cadres au
ministère des Transports du Québec. Et c'est ça qu'on demande.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Mégantic... Oui. M. Ranger, oui. Vous voulez
ajouter?
M. Ranger (Marc) : Oui, cette fois-ci je lève la main. Mais
rapidement... Puis, en termes de tarification, c'est sûr qu'on a une
inquiétude parce que... je ne dirai pas le passé, mais, le présent étant garant
de l'avenir... On voit un peu partout des hausses de tarifs, on se dit :
Là, quel va être le contrôle?
Puis de vos
propos, M. le ministre, est-ce qu'il faut comprendre que sur toute hausse de
tarifs le gouvernement aurait un droit de veto et le dernier mot? Est-ce
que c'est ça qu'on doit comprendre?
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
Leitão : Alors, dans l'entente, quand la caisse va proposer sa
proposition, il y aura un mécanisme d'indexation des tarifs et pour la durée du projet, oui, et nous, on décidera en tant
que gouvernement. Si on peut apporter des changements à ce modèle-là, on
le fera, mais ultimement ce sera notre décision.
M. Ranger (Marc) : Parce qu'on fait aussi référence... Je comprends
que c'est des PPP, mais le pont de la 25, la 30 aussi, des hausses de
tarifs assez spectaculaires. En quelque part, le gouvernement y trouve son
compte parce qu'il y a des dividendes plus
importants. Ça fait que c'est pour ça qu'on se dit — puis on parle toujours du
contribuable : Est-ce qu'on n'est pas
en train, avec la Caisse de dépôt, de faire un leurre où on dit : C'est le
bas de laine des Québécois, puis on va maximiser
les rendements, mais, de l'autre, on va aller chercher encore de l'argent dans
les poches des contribuables?
Puis ce qui
nous a inquiétés, on a écouté il y a quelques jours M. Sabia déclarer
que... Bien, dans le fond, il est parti,
là, sur des développements où on pourrait faire des espèces de centres d'achats
dans les gares, du développement immobilier.
Ça commence à ressembler à de la spéculation, puis je ne pense pas que la
Caisse de dépôt soit du capital de risque.
On a déjà eu des mauvaises expériences dans le passé. Ça fait que c'est tout ça
qu'on se questionne sérieusement comme organisation.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
Leitão : Oui, c'est... Vous soulevez une question qui, à mon avis, est
au coeur du modèle, parce que ce n'est pas un PPP au sens traditionnel
des PPP, ce n'est pas ça du tout, c'est un partenariat avec une entité publique
qui va devenir... qui va non seulement
construire mais devenir propriétaire et va exploiter cette nouvelle ligne de
transport, ça ne s'applique pas aux existants. Ça se fait ailleurs, ça
se fait ailleurs de façon très, très efficace.
Et une grande
partie de la solution, si vous
voulez, une grande
partie de ce qui va pouvoir fournir un tarif qui soit raisonnable et en même temps rentable pour
l'exploitant, donc pour la Caisse de dépôt, c'est justement
la captation de la valeur mobilière.
Si cette captation-là était faite par n'importe qui n'importe comment, j'aurais
absolument les mêmes craintes que vous. Non, ce ne
sera pas de la spéculation. Et ce sera fait par des personnes... Ivanhoé
Cambridge étant une filiale de la caisse qui
connaît très bien le marché de l'immobilier, donc, ce ne sont pas des amateurs
qui vont se lancer dans ce genre
d'activité là. Et ça va se faire là où il y aura des stations. Donc, encore une
fois, c'est un nouveau tracé qui va être fait, ce sont des nouvelles
stations, et il y aura une entité qui a une grande expérience dans le
développement immobilier. On parle ici de la
station, on ne va pas se mettre à construire des maisons, des centres d'achats
autour, on parle de la station. Et
donc ce sont ces éléments-là qui vont contribuer à faire baisser les coûts de
construction et donc à améliorer la rentabilité des projets et permettre
des tarifs qui soient raisonnables, parce qu'on sait très bien que, si les
tarifs sont beaucoup trop élevés, il n'y a personne qui va prendre le train. Ça
aussi, c'est très clair.
Mais, les collègues, allez-y, là, je ne veux pas
prendre trop de...
Le Président (M. Bernier) :
Il reste une minute, M. le député de Mégantic.
M. Bolduc : Merci, M. le Président.
Bonjour, M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, collègues. Bonjour,
messieurs. Il me fait plaisir de vous voir ici aujourd'hui.
Écoutez,
je vais essayer de prendre un peu le problème dans l'autre sens. Vous dites à
la page 4, ici, malgré vos... vous
dites que vous êtes ouverts à conserver des modèles différents, mais ici vous
nous dites : «...le modèle utilisé doit être le mode d'approvisionnement traditionnel et les
projets doivent être menés par le ministère
des Transports du Québec...» C'est ce que vous dites. Ça a l'air absolu, votre
affaire. Pourriez-vous m'expliquer pourquoi, parce qu'on n'a pas de
temps, je m'excuse, là, pourquoi vous faites cet état de fait là?
Le Président (M. Bernier) :
30 secondes. M. Ranger? M. Sylvestre?
Sylvestre (Pierre-Guy) :
Bien, écoutez, on ne passera pas par quatre chemins. La Caisse de dépôt nous a dit qu'ils n'avaient
pas besoin de ces projets-là pour faire son rendement, mais par contre,
en commission parlementaire, ce qu'ils
nous ont dit aussi, c'est que, là, les
titres à revenu fixe, ça ne donnait
pas autant de rendement que prévu puis que, dans les prochaines années,
ils allaient devoir se rabattre sur des fonds d'infrastructure. On connaît les
régimes de retraite. On sait que les fonds d'infrastructure, c'est très, très,
très populaire.
Nous, on
pense que, les projets de transport en commun, l'objectif, c'est de maximiser
ce qu'on pourrait appeler l'utilité sociale, c'est de maximiser aussi
les retombées économiques, pas nécessairement d'aider la Caisse de dépôt et placement dans son rendement pour qu'elle
puisse un jour pouvoir payer des rentes de retraite. C'est pour ça qu'on
dit que le gouvernement doit diriger
lui-même à travers son ministère, parce qu'on élit nos représentants
démocratiquement pour qu'ils puissent prendre des décisions avec leurs hauts
fonctionnaires, et non pas de laisser ça à un investisseur institutionnel qui en fait a peut-être plus besoin
de notre aide qu'on le pense. Donc, c'est ça qu'on... Nous, on a
certaines inquiétudes par rapport à ça. Si
ça passe par le ministère des Transports du Québec, de toute façon, il va le
faire construire par une entreprise privée...
Le Président (M. Bernier) :
...M. Sylvestre, on va passer du côté de l'opposition officielle. M. le député
de Rousseau.
M. Marceau :
Oui, merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Peut-être parler un peu de
tarification encore une fois, parce
que j'ai entendu ce que le ministre a dit tout à l'heure et je dois vous avouer
que moi, je trouve qu'entre ce qui est dit puis ce qu'il y a dans la
documentation il y a deux mondes, là.
Dans
l'entente qui est disponible sur le site de la caisse, à la page 3, à
3.4.2, on nous dit — puis là
je vais vous le lire, M. le ministre,
aussi, là, on va avoir à débattre un jour — 3.4.2 : «L'établissement de la
tarification et du mode de collecte
des revenus ainsi que de leur évolution sont de la responsabilité de la caisse.
Le cadre tarifaire à long terme sera défini par la caisse au cours de la
phase de planification.» J'imagine qu'à ce moment-là peut-être le gouvernement
pourra intervenir, mais il n'en demeure pas moins que la première phase est
assez limpide, là : «L'établissement de la tarification et du mode de collecte des revenus
ainsi que de leur évolution sont de la responsabilité de la caisse.» Ça,
c'est dans l'entende.
Par ailleurs,
la loi, le projet de loi qui est devant nous, il est assez peu explicite sur la
question de la tarification. En fait,
à ma connaissance, puis peut-être j'en ai oublié un bout, là, mais, à part à l'article 11,
où on introduit l'article 88.10 dans
la
Loi sur les transports, on peut trouver les mots : «La caisse peut
fixer des tarifs pour l'utilisation de l'infrastructure de transport collectif
visée au premier alinéa.»
Alors, moi,
ma question très simple, c'est : Seriez-vous plus
rassurés ou seriez-vous... Existe-t-il un moyen de vous rassurer en
introduisant de façon beaucoup plus claire, beaucoup plus explicite le cadre de
fixation des tarifs dans le projet de loi? Est-ce que ce serait un élément qui
pourrait vous rassurer... ou même ça, ce ne serait pas suffisant?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sylvestre.
Sylvestre (Pierre-Guy) : Si
on parle uniquement de l'aspect de la tarification, bien c'est clair que là-dessus
ça nous rassurerait, mais on se demande comment le gouvernement pourrait
décider ou en fait mettre des contrôles sur la
tarification tout en prétendant que la Caisse de dépôt et de placement du
Québec est autonome. Donc, on se demande... Ça serait une acrobatie quand même difficile à réaliser. Est-ce qu'il
faudrait... Il faudrait peut-être un régulateur aussi. Bon, Hydro-Québec
a sa Régie de l'énergie. Est-ce qu'il faudrait une régie du transport pour
aller évaluer si les hausses de tarifs sont justes à la Caisse de dépôt? Bien
là, à ce moment-là, ça alourdirait peut-être inutilement le projet.
C'est pour ça
qu'on est un peu dans un cul-de-sac ici. Bon, s'il y a des amendements par
rapport à la tarification ou il
pourrait y avoir... si l'ensemble de la population était consulté et si
l'ensemble de la population, les syndicats, les groupes communautaires et la société civile en général pouvaient
participer à l'élaboration des tarifs année après année, cet aspect-là,
oui, on serait rassurés, mais on voit difficilement comment la Caisse de dépôt
pourrait prétendre être indépendante du gouvernement à ce moment-là. Donc, ça
va être une embûche, là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau : O.K. Là,
j'entends très bien ça. Et puis ça, je pense que c'est un point qui est valide,
là. Donc, vous dites : À moins de s'en
prendre à l'indépendance de la caisse, il n'y a pas véritablement moyen
d'encadrer la fixation des tarifs à travers le temps.
Le Président (M. Bernier) : M. Sylvestre.
Sylvestre (Pierre-Guy) :
Bien, écoutez, nous, si je peux juste revenir sur les modèles PPP, on ne
comprend pas pourquoi on va tout de suite avec une sorte de construction,
conception, financement, entretien, exploitation, on se demande pourquoi on n'a pas pensé à commencer par un
construction-financement. On dit qu'on veut maîtriser les coûts puis on veut s'assurer que les délais soient
respectés, alors pourquoi on ne donnerait pas à la caisse le mandat de
faire un construction-financement? La caisse
s'occuperait uniquement de la période de construction. Par la suite, la
tarification, bien ça reviendrait dans les
mains de l'État, et donc il pourrait y avoir un certain contrôle démocratique
autour de cette question-là.
On trouve ça
audacieux, on trouve qu'on va expérimenter, et puis peut-être qu'un projet plus
petit en construction-financement, ça
pourrait être une alternative qu'on pourrait tolérer. À ce moment-là, la
tarification resterait quand même dans les mains de l'État québécois.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député de Rousseau.
M. Marceau : O.K. Non, O.K.,
merci des bons points. L'autre chose que vous avez abordée que j'ai trouvée intéressante, c'est la question de la
transparence, puis effectivement le projet de loi est silencieux quant à...
bien, en fait, il n'y a pas un mot
sur la reddition de comptes, là. Effectivement, dans le passé, la reddition de
comptes, dans les PPP, a été plutôt limitée parce que justement il y
avait un partenaire privé, on peut comprendre, on peut admettre, mais là, si effectivement c'est public, bien là il va falloir
qu'il y ait les avantages du public qui viennent avec, là, parce qu'on ne
peut pas avoir... d'un côté c'est public, mais ce n'est pas transparent, il n'y
a pas de reddition de comptes.
Alors, en
tout cas, je voulais juste vous inviter à parler de ça un peu. Moi, il me
semble que c'est assez particulier, là, qu'on s'apprête à investir des
sommes aussi considérables et puis donner des pouvoirs aussi considérables sans
qu'en contrepartie il y ait une reddition de
comptes exemplaire. En tout cas, moi, il me semble... Mais je vous laisse
parler
Le Président (M. Bernier) :
M. Sylvestre.
M. Sylvestre (Pierre-Guy) : Une
bonne transparence garantit une bonne gouvernance. Il n'y a rien dans le projet de loi ni dans l'entente qui parle de la
reddition de comptes en tant que telle. On ne le sait pas, si on va avoir
accès aux analyses de valeur ajoutée. On ne
sait pas non plus quel va être l'avantage, qu'on pourrait quantifier en
millions de dollars, pour les Québécois, d'aller avec tel ou tel projet.
Présentement, on nous dit : La Caisse de dépôt va présenter des projets au gouvernement. On ne sait pas si on va
pouvoir avoir accès à l'ensemble des méthodes utilisées pour les quantifier.
D'ailleurs, pour Canada Line, c'est ce qui
est arrivé, là, il n'y a pas personne qui sait quels sont vraiment les avantages.
Puis c'est beau, les calculs d'actualisation, là, sur 30 ans, mais encore
faut-il savoir c'est quoi, le taux d'actualisation
qui a été utilisé. Il faut connaître aussi les hypothèses, par exemple, sur la
vétusté physique des infrastructures. Toutes ces hypothèses-là,
on doit pouvoir y avoir accès, et ni le projet de loi ni l'entente ne sont
clairs là-dessus.
C'est vraiment
une condition sine qua non. On pense que, s'il n'y a pas transparence, il n'y aura
pas une bonne gouvernance, et
d'autant plus qu'il y a beaucoup d'acteurs dans le transport en commun. La CMM a
son mot à dire, le MTQ a son mot à dire, la STM, le RTL. Là, on veut
ajouter un nouveau joueur. On est inquiets par rapport à la gouvernance. Et, s'il y a peu de transparence, à ce moment-là on pense qu'il y a peut-être des décisions qui ne seront pas optimales, là, qui vont être prises, qui ne seront
peut-être pas optimales pour l'ensemble des contribuables,
non pas sur le rendement de la
caisse. Nous, on est persuadés que la Caisse
de dépôt va faire un bon rendement,
là, ça, on en est persuadés. Par
contre, est-ce qu'il va y avoir un impact socioéconomique de ces investissements-là en transport
en commun? On n'est pas
persuadés de ça.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau : Donc, on s'entend, les éléments de transparence
puis de reddition de comptes sont grandement à améliorer dans ce projet
de loi là. On s'entend là-dessus?
M. Sylvestre (Pierre-Guy) : Tout à
fait.
M. Marceau : Parfait. Je vais
laisser M. le député de Sanguinet poursuivre.
Le Président (M. Bernier) : M.
le député de Sanguinet.
Therrien : Merci,
M. le Président. Alors, je vous salue tous. Merci pour votre présentation. Ça
soulève beaucoup de questionnements, je vais essayer... Combien j'ai de temps?
Therrien : O.K.,
bon, je vais essayer de faire mon possible dans les temps qui me sont
attribués.
Tantôt, vous
parliez du SLR. Je prends le SLR du pont Champlain. Si ça ne vous dérange pas,
on va prendre cet exemple-là, comme
ça on va mieux comprendre comment ça fonctionne au niveau du transport, du
système de transport en général. Je
ne suis pas un spécialiste là-dedans, mais, dans mon comté, dans Sanguinet, sur
la Rive-Sud de Montréal, bien c'est
sûr que nous, on est intéressés à ce qu'il y ait un SLR. Bon, à savoir si c'est
la Caisse de dépôt ou non, là, je ne pose même pas cette question-là.
Si on a le
SLR qui est financé, et produit, et géré par la Caisse de dépôt, ce qui va
arriver, c'est que... vous avez dit tantôt
que ça amenait peut-être de la concurrence avec d'autres réseaux et que ça
pourrait causer problème sur l'attraction de certains usagers, c'est ce que vous avez mentionné tantôt. Moi,
j'aurais une question par rapport à la complémentarité parce que, quand on réfléchit au SLR sur la Rive-Sud, on
parle beaucoup de complémentarité, on dit : Bien, ça va nous permettre... ça va devenir, si on veut, la colonne
vertébrale du système, de fluidité des passagers qui vont aller vers le
centre-ville. Par exemple, nous, on veut
construire un passage, là, de chez nous jusqu'à la 30 avec un genre...
possiblement un SRB, là, c'est l'axe
Taschereau, qu'on appelle, là. Mais là le problème qu'on a, si c'est la Caisse
de dépôt qui gère le SLR, c'est que
nous... bien le gouvernement va financer, genre, axe Taschereau à grands coûts,
ils vont peut-être faire des pertes parce que, s'ils ne faisaient pas de perte, ils le donneraient à la Caisse de
dépôt, il faut s'entendre, eux autres, ils donnent juste qu'est-ce qui est payant à la Caisse de dépôt, ça
fait que, là, tu dis : Le gouvernement va payer pour l'axe Taschereau
pour amener du monde dans le SLR, pour que
la Caisse de dépôt fasse son argent, parce qu'ils vont tirer de l'argent
davantage de l'investissement du public. Comprenez-vous ce que je veux dire,
là? J'imagine. Donc, on a un méchant problème, c'est que nous, on va subventionner, on va payer pour rentabiliser la
ligne du SLR. Puis c'est ça que... c'est là où on voit un problème important dans l'idée de morceler, si on
veut, le transport en commun puis d'en donner des bribes à un partenaire
qui n'est pas du ressort du gouvernement.
Si c'est la
Caisse de dépôt qui gère le SRL, est-ce qu'on ne pourrait pas exiger un montant
d'argent pour qu'ils puissent financer une
partie de l'axe Taschereau,
vu qu'ils vont retirer un retour sur investissement?
Le Président (M. Bernier) :
M. Sylvestre.
Sylvestre (Pierre-Guy) :
...je pense que vous avez parlé de cohérence de la planification des transports
en commun. Bien, c'est effectivement un
problème. Et présentement, bien, nos membres, justement, de la Rive-Sud, là,
qui travaillent au Réseau de transport de
Longueuil, ce qu'ils nous disent, c'est qu'il y a eu tout un système de voies
réservées qui a été mis en place, puis on ne
sait pas si les têtes dirigeantes se sont parlé pour se dire : Bon, on a
un système d'autobus, là, qu'on a planifié depuis des années, on a des
voies réservées, et puis là, bien, ils vont aboutir à un SLR.
Vous savez, avec la privatisation des services
publics, même si ici on parle d'un investisseur institutionnel public, là, c'est un peu la même logique derrière,
on va prendre les trajets qui rapportent beaucoup puis on va laisser le
reste au public. C'est ce qu'on observe,
entre autres, avec l'électricité. Par exemple, la distribution d'électricité,
souvent, bien, c'est les zones urbaines, là, bon, qui vont au privé,
puis les zones rurales vont au public.
Mais,
bref, qu'il y ait un retour, peut-être que la Caisse de dépôt pourrait verser
des dividendes à l'État québécois un peu
comme Hydro-Québec le fait. Donc là, c'est sûr que, s'il y a un dividende qui
est versé à l'État québécois, on voit l'impact d'une hausse de tarifs directement dans
les coffres de l'État, au lieu que ça se retrouve dans un rendement qui
va peut-être pouvoir payer une rente de retraite plus tard, ça pourrait être
plus direct.
Mais par contre,
encore là, on revient à la base, là, on pense que c'est vraiment le modèle
d'affaires qui est problématique. Si on veut
avoir plusieurs acteurs puis morceler le système
de transport en commun, on va se retrouver avec des problèmes de
cohérence, puis je pense que celui que vous avez soulevé là est intéressant.
Pour ce qui est des... Encore une fois, je reviens sur l'exemple du RTL. Il y a eu
un système de voies réservées qui a été mis en place, puis là ça va comme être... ça va être
court-circuité, si vous voulez, par ce SLR là. Puis nous aussi, on veut
un SLR, mais ce SLR là doit être complémentaire. Quand on regarde le projet de
loi, là, ce qu'ils font avec les sociétés de transport, c'est qu'ils les mettent de côté. Il faut absolument
les ramener, les consulter, parler avec eux ainsi qu'avec les travailleurs, ainsi qu'avec la
population, parce
que, ce que vous exprimez, en fait,
on n'est pas certains que la Caisse de dépôt est nécessairement au
courant de toute cette planification-là qui avait été faite.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Sanguinet. Deux minutes.
Therrien :
Deux minutes. Bien, écoutez, très, très rapidement, là, je voulais revenir sur
ce que vous avez dit tantôt, là. Vous parliez de fixer le tarif selon l'offre
et la demande, c'est ce qu'ils vont faire parce que c'est du privé — en tout cas,
privé, public, peu importe, là, on ne s'entendra pas là-dessus,
là — et,
bien, là c'est sûr qu'avec le système... Vous êtes économiste. Vous
parlez comme un économiste, là, vous êtes économiste. Donc, tu sais, on peut instaurer à
l'intérieur du marché, là, un système
où est-ce qu'on va récompenser les externalités positives à
travers les subventions, c'est une façon de financer le projet, subventions gouvernementales. L'autre possibilité pour financer le
projet, c'est tarification, évidemment, on va faire payer les gens qui vont
l'utiliser. Troisième possibilité, c'est captation de la plus-value fiscale. Bon, bien ça, ça veut dire que
c'est ce que la Caisse de dépôt va utiliser, et elle va se ramasser un
gain approximatif, en moyenne, de 7 %.
Moi, j'ai posé la
question à quelqu'un qui vous précédait et je n'ai pas été content de la
réponse, donc je recommence avec la même
question. Si on a ces sources de revenus potentielles là puis on a un 7 %
qui va dans la poche de la Caisse de
dépôt, moi, je me demandais pourquoi ce n'est pas le gouvernement qui fait tout
simplement le financement avec ces
sources de revenus là pour faire en sorte de rentabiliser le projet, de faire
un investissement... oui, d'emprunter, mais
d'emprunter pour justement un investissement payant, que le gouvernement, lui,
va pouvoir prendre cet argent-là, le financer,
l'autofinancer, puis en plus il pourrait l'utiliser pour arriver avec un tissu
de transport beaucoup mieux développé autour, qui rentabiliserait encore
davantage son projet. Pourquoi le gouvernement ne pourrait pas faire ça?
Et je vais vous dire
la réponse. Dites-moi votre réponse, puis après je vais vous dire ce que j'ai
entendu.
Le Président (M.
Bernier) : Vous avez 30 secondes, mais malheureusement...
Therrien :
Mais je vais lui dire pareil la... Gardez-moi trois secondes pour la réponse.
Allez-y.
Le Président (M.
Bernier) : 30 secondes.
M. Sylvestre (Pierre-Guy) : Bien, écoutez, je pense que c'est une question de
volonté politique. Lorsqu'on est législateur,
on peut modifier les lois comme on l'entend. Nous, on pense que c'est le
ministère des Transports qui devrait s'occuper de ça.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Sanguinet.
Therrien : Moi, je suis d'accord avec vous. De donner ce qui
n'est pas rentable au gouvernement, puis, ce qui est rentable, de le
donner à quelqu'un d'autre, moi, je trouve que c'est aberrant.
le dernier point, ce que la personne m'a répondu avant vous, c'est : On ne
fait pas confiance à l'État. Moi, je fais confiance à l'État, je suis de
ce monde-là, M. le Président.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le député de Sanguinet. M.
le député de Beauce-Nord pour le deuxième groupe d'opposition.
Spénard : Merci, M. le Président. Bienvenue, M. Ranger, de
même que vos collègues de travail. C'est fort intéressant. Plus ça va,
plus on en apprend. Je suis content d'avoir un mémoire écrit, je pense que
c'est le premier qu'on a, de mémoire.
Alors,
nous, on est, là... Puis je suis un peu... j'abonde un peu dans votre sens.
Lorsqu'on parle de protection du contribuable à court, moyen et long
terme, alors, je suis un peu d'accord avec vous puis je suis un peu en
désaccord avec le gouvernement, dans le
sens... En ce qui concerne la tarification comme telle, comment va-t-on faire
pour protéger le contribuable d'une
augmentation possible de la tarification quand on voit l'augmentation de
60 % en ce qui concerne le pont de
l'autoroute 30, de 17 % en période hors pointe et de 26 % en
période de pointe sur l'autoroute 25? Puis ça, on s'aperçoit que le gouvernement n'a pas aucun mécanisme pour
empêcher cette tarification-là ou ne veut pas intervenir... ou pourrait
intervenir probablement avec une loi spéciale, mais, encore là, c'est un
partenariat public-privé. Alors, moi, je me demande :
Comment peut-on s'assurer... Parce que, dans le fond, c'est tout le temps le
même qui paie, c'est tout le temps le contribuable,
à même son chèque de paie, qui paie. Comment peut-on faire pour protéger le
contribuable des possibles augmentations?
ça, c'est parce que... Et vous n'en avez pas parlé, puis j'aimerais vous
ramener à l'article 3 du projet de loi n° 38,
qui dit que «l'acquisition ou, selon le cas, la détention, par la caisse, d'actions
et d'autres titres est soumise aux restrictions
suivantes...» Alors, je vais, là, aux
choses... i, 2°a : «i. jusqu'à la fin de la quatrième année suivant la
mise en exploitation : 51 % de ces [titres] ou autres titres émis et
en circulation à tout moment.» Ça, c'est des actions détenues par la Caisse de dépôt. Ensuite : «ii. à compter de
la fin de cette quatrième année : 45 % de ces actions ou autres
titres émis et en circulation au moment de la mise en exploitation.»
Donc,
si je comprends bien, la Caisse de dépôt va être minoritaire. Alors, en étant
minoritaire, comment va-t-elle faire
pour décider de protéger le contribuable et d'appliquer une tarification qui va
respecter le budget? Alors, moi, ça, c'est ma grande question. Est-ce
que vous avez passé là-dessus, vous?
Le Président (M.
Bernier) : M. Sylvestre.
M. Sylvestre
(Pierre-Guy) : Bien, écoutez, je pense qu'on n'a même pas à aller dans
ces détails-là, mais je pense que ce que
vous soulevez est intéressant parce que la caisse peut même vendre, là,
l'ensemble de ses actifs. Si on a bien
compris le projet de loi puis l'entente, ça pourrait être à des intérêts
étrangers, là, à moins que je me trompe, là, mais, bref, il n'y a pas de restriction dans l'attente.
Donc, ça pourrait être complètement contrôlé par des entreprises
multinationales étrangères.
Mais
je pense qu'étant donné que la Caisse de dépôt et de placement du Québec est
indépendante, déjà, en partant, il
n'y a aucun moyen, pour le gouvernement, d'aller s'ingérer dans la tarification.
Une fois que le gouvernement — puis c'est ce qu'on a compris, là, de l'intervention de
M. Leitão — va avoir
accepté, pour les 30 ou 40 prochaines années, une formule d'indexation et une tarification de base x
ou y, eh bien, c'est terminé. Par la suite, bon, bien il va falloir
réouvrir un contrat avec notre partenaire public, et, à ce moment-là, ce sera
des batailles juridiques.
Donc,
nous, c'est comme ça qu'on le conçoit. Et, bien, comme vous le mentionnez, si
en plus ils sont minoritaires puis que les partenaires privés deviennent
majoritaires, bien, à ce moment-là, c'est clair que l'achalandage ou l'utilité
publique va être le dernier souci de ces consortiums.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Spénard :
...moi, à moins que je lise très mal, là, que je comprenne mal.
a parlé aussi beaucoup de... et ça, ça m'oblige un peu, là... de transparence,
on parle beaucoup de transparence. Et j'aime bien M. Michael Sabia, moi,
de la Caisse de dépôt, j'aime bien la Caisse de dépôt, mais la Caisse de dépôt est
avant tout une institution, et, même si on aime les personnes qui sont là, les
personnes ne sont pas éternelles. Et, lorsqu'on parle de transparence, on peut
avoir de la transparence, j'ai pleinement confiance à la présidence actuelle,
au vice-président, M. Dubé, j'ai confiance, vous comprendrez pourquoi,
pleine confiance, mais vous savez que les personnes passent, hein?
Alors,
comment fait-on, d'après vous, comment peut-on intervenir dans ce projet de loi
là pour avoir une pleine transparence?
Parce que vous savez que la caisse, elle peut nous dire : Bon, bien, ça va
être ça, mais ils prennent-u... Ils ciblent
qu'ils vont prendre à peu près entre 14 % et 15 % de rendement sur
cet investissement-là, c'est ce qui nous a été dit, c'est ce qui nous a été mentionné. Alors, comment
qu'on va s'assurer qu'ils ne prennent pas 25 %, qu'ils ne prennent
pas 30 % puis qu'ils ne tarifent pas... Comment qu'on va s'assurer de ça,
d'après vous?
Le Président (M.
Bernier) : M. Ranger.
Ranger (Marc) : Bien, c'est un peu le coeur de notre mémoire. Puis
quand... M. Therrien le disait tantôt. Nous
aussi, on a confiance. On peut challenger l'État. Les sociétés, les organismes
publics, on peut les challenger aussi. Le ministère des Transports doit jouer un rôle de maître d'oeuvre. Il y a
déjà des acteurs qui sont là qui sont imputables, et puis
malheureusement on le constate dans les différents projets de loi récemment, on
dirait que c'est un désaveu complet des structures en place pour aller
absolument se distancer puis trouver des nouvelles patentes pour être capable
de... Il n'y a pas de transparence.
Tantôt, moi, ce qui
m'inquiète... Puis je reviens sur un point. On parle de tarification, ça, c'est
central pour la population, parce qu'on
vient de réaliser que, sur papier, autant dans l'entente que dans le projet de
loi qu'on a là, ce n'est pas vrai que
le gouvernement a le dernier mot, il n'a pas le dernier mot, et, si
éventuellement l'exploitation est concédée ensuite au privé, on va
perdre tout contrôle, ça fait qu'il faut le dire aux contribuables puis à la
population, la vérité là-dedans, alors qu'on
a des joueurs en place, des acteurs en place qui peuvent assurer une cohérence.
Parce que, oui, si on rentre un autre joueur alors qu'on fait d'autres
développements d'infrastructure, qui va avoir le dernier mot sur la cohérence? Est-ce qu'on ne va pas favoriser plutôt
un modèle plutôt que l'autre? Je pense qu'il y a des gens, il y a des sociétés en place qui sont capables de faire cette
intégration-là. Au-delà de la philosophie, c'est pour ça qu'on est
contre ce projet de loi là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Beauce-Nord.
Spénard : Oui.
L'autre chose, vous avez apporté un élément intéressant que je n'avais pas
pensé. Si on veut s'assurer... Bien,
moi, d'après moi, la Caisse de dépôt est là pour peut-être suppléer au manque
de ressources au ministère des Transports présentement.
Puis, écoutez, avec les grands projets de construction qu'on a eus
dernièrement, bien on s'est aperçu que peut-être que le ministère des
Transports n'a pas l'expertise nécessaire pour agir dans ce sens-là.
Maintenant, j'ai trouvé ça
un élément intéressant. Pourquoi que la Caisse de dépôt ne s'occuperait pas de financement, de construction et ensuite de léguer
au gouvernement l'ensemble de la structure, pour la tarification et
tout, et de demander au gouvernement une
tarification pour avoir financé le tout? Comment vous voyez ça? J'aimerais ça
vous entendre parler un peu plus là-dessus.
Ranger (Marc) : Je laisserai Pierre-Guy compléter...
Le Président (M. Bernier) :
Vous avez une minute, M. Sylvestre.
M. Ranger (Marc) : Oui. Je le vais laisser compléter, mais c'est un
peu ce qu'on disait. On ne l'a pas écrit dans notre mémoire, mais à la limite ça pourrait être une option, que
rapidement l'exploitation soit confiée aux organismes qui sont en place
et... À la limite, ça pourrait être...
Sylvestre (Pierre-Guy) : Un
construction-financement, ce serait considéré comme un moindre mal, pour
le SCFP-Québec, c'est ce qu'on expliquait un
peu plus tôt, mais on pense encore que, le ministère des Transports, s'il
n'a pas l'expertise, bien il faut lancer une
stratégie de ressources humaines pour aller chercher cette expertise-là. Il
faut modifier les incitatifs à
l'intérieur du ministère des Transports du Québec. Nous, ça, c'est ce qu'on
pense qui serait l'idéal. Puis c'est inquiétant
si on nous dit qu'on n'a plus l'expertise au sein de notre ministère des Transports.
Allons chercher les meilleurs éléments,
allons chercher les meilleurs travailleurs, les meilleurs cadres, allons
chercher des gens qui croient en l'État québécois puis qui croient aux
infrastructures publiques. Maintenant, on va le répéter, on ne l'a pas écrit
dans notre mémoire, mais un construction-financement serait effectivement un
moindre mal.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Merci, M. Ranger, M. Leroux, M. Sylvestre. Merci aux
membres de la commission.
Compte tenu de l'heure, je suspends les travaux
de la commission jusqu'après les affaires courantes, où nous entendrons la
ville de Québec. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 2)
Président (M. Bernier) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Et bien sûr,
comme à l'habitude, je demande aux personnes dans la salle d'éteindre la
sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous allons
poursuivre les consultations
particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi
n° 38, Loi visant à permettre la réalisation
d'infrastructures par la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Nous avons le
plaisir, cet après-midi, d'ouvrir notre session de travail avec la ville
de Québec. Bienvenue, M. le maire, Régis Labeaume, accompagné de M. Jonatan Julien,
M. Rémy Normand et M. André Legault. Alors, bienvenue à la Commission
des finances publiques. Alors, sans plus tarder, la parole est à vous, M. le
maire.
M. Labeaume (Régis) : Alors, merci,
M. le Président. M. le ministre, Mmes et MM. les députés. D'abord, j'aimerais vous présenter les personnes qui
m'accompagnent : à ma droite, M. Jonatan Julien, vice-président du comité exécutif de la
ville, M. Rémy Normand, membre du comité exécutif et président du Réseau
de transport de la Capitale, et finalement, à ma gauche, M. André
Legault, directeur général de la ville de Québec.
D'entrée de jeu, je remercie le ministre des Finances ainsi que les parlementaires qui composent la Commission des finances publiques de me
permettre d'intervenir sur le projet
de loi n° 38 qui vise à
consentir au ministre des
Transports de conclure, avec l'autorisation
du gouvernement, une entente avec la Caisse de dépôt et de placement du Québec visant à confier
à cette dernière la gestion et la réalisation de projets ayant pour objet de nouvelles
structures de transport collectif.
Tout d'abord, permettez-moi de saluer les
efforts du gouvernement à reconnaître l'importance du transport collectif comme vecteur du développement
économique des villes en permettant la diversification de son
financement. En effet, nous ne pouvons
rester béats devant la pression qu'exerce la congestion automobile sur l'organisation
spatiale les villes, leur
attractivité, leur avenir et surtout sur la santé économique de celles-ci. Nous
devons tout mettre en oeuvre afin de soutenir la croissance urbaine dans
les secteurs les plus stratégiques et nous croyons que la composante forte de
la mobilité durable pour la région de Québec
réside en la réalisation d'un réseau structurant de transport en commun.
C'est pourquoi, depuis 2009, la ville de
Québec, avec la participation de Lévis, cherche à préserver pour l'avenir le
caractère prospère et attrayant de nos villes et de la région tout en se
distinguant par une approche intégrée de l'aménagement du territoire et des
transports.
En 2011, la ville de Québec rendait public son
plan de mobilité durable, et tout récemment, en mars dernier, elle déposait, de concert avec la ville de Lévis,
les résultats de l'étude de faisabilité tramway-SRB, c'est-à-dire
service rapide par bus. Bien que les
analyses nous aient amenés à conclure que le tramway est faisable sur le plan
technique et que son intégration est
harmonieuse, ses enjeux financiers sont, quant à eux, tout autres et commandent
d'opter pour des options moins coûteuses et tout autant attractives. Mon
collègue de Lévis, Gilles Lehouillier, et moi-même avons privilégié le service rapide par bus
comme solution optimale et la moins coûteuse d'ici 2041. À
titre d'information,
l'évaluation foncière des deux options,
tramway versus le service rapide par bus, représente une équation du simple au
double, soit 1 milliard de
dollars versus 2 milliards de dollars. Au-delà de 2040, la capacité
offerte par un système de tramway sera requise en plusieurs points du
réseau, aussi la planification du SRB entrevoit déjà que sa structure puisse
accueillir le tramway le temps venu.
Aujourd'hui,
nous en sommes à vouloir réaliser l'avant-projet en vue de concrétiser d'ici
2021 une première phase du réseau structurant, aussi c'est donc avec
beaucoup d'intérêt que nous saluons cette initiative gouvernementale de favoriser un nouvel outil de financement de transport
collectif. Ce nouveau levier original met à contribution le savoir financier québécois et contribuera, j'en suis
assuré, à doter le Québec d'infrastructures de transport collectif
essentielles à son essor économique.
Le projet de
loi modifie plusieurs lois. Bien entendu, il vient d'abord et avant tout
permettre à la Caisse de dépôt et placement
du Québec d'investir dans la construction et l'exploitation de nouvelles
infrastructures de transport collectif selon les besoins à combler et les objectifs d'intérêt public établis par le
gouvernement. Ce projet prévoit que c'est le ministre des Transports qui peut conclure une entente avec la
caisse concernant la gestion et la réalisation d'une nouvelle
infrastructure de transport collectif. Selon
le projet de loi, la caisse a pleine autorité sur le projet et peut fixer les
tarifs pour l'utilisation de l'infrastructure.
On vient y prévoir que le ministère des Transports aura le pouvoir
d'expropriation, pour le compte de la caisse,
sur tout bien requis pour la réalisation d'un projet d'infrastructure de
transport collectif. Également, il est précisé que le gouvernement définit les besoins à combler et
les objectifs d'intérêt public, et que c'est lui qui autorise la solution
à mettre en oeuvre parmi les différentes
options proposées par la caisse, et que par la suite la caisse a pleine
autorité sur le projet.
À la lecture du projet de loi n° 38,
nous nous interrogeons sur la place qui est réservée aux municipalités dans la définition d'un projet qui sera confié à
la caisse et la forme qu'il prendra. En fait, il est indéniable que les
infrastructures de transport collectif
auxquelles s'adresse le projet de loi concernent d'abord et avant tout le
transport collectif local. Rien dans
ce projet de loi ne vient faire le pont avec l'administration locale. Comment
peut-on répondre à un besoin local alors que le rôle des principaux
concernés que sont les villes n'y est pas prévu?
La manière
dont nous avons abordé l'analyse du projet de loi est simple : nous nous
sommes interrogés à savoir ce qui arriverait si le gouvernement
concluait que le projet de service rapide par bus proposé par les villes de
Québec et Lévis devait faire l'objet d'une entente entre le ministère des
Transports et la caisse.
Outre le fait
que nous ne connaissons pas les critères de sélection du ministère des
Transports pour proposer un projet à la caisse, notre premier constat en
est un de délai. On le sait, les besoins sont immédiats, il n'y a rien à redire
là-dessus, et c'est d'ailleurs l'un des principaux
éléments qui est ressorti au moment où le projet de SRB a été rendu
public : la population, les populations
de Québec et Lévis nous demandent d'accélérer le pas. Combien de temps prendra
le ministre pour apprécier si le
dossier sera soumis à la caisse? Et, si c'est le cas, combien de temps prendra
la caisse pour proposer des options, lesquelles, rappelons-le, devront,
selon le projet de loi, être validées par un expert indépendant? Combien de
temps prendra par la suite le gouvernement pour arrêter son choix sur les
options proposées?
En regard du
projet de SRB Québec-Lévis, je crois qu'il y a là matière à réflexion, et nous
serions rassurés de savoir très rapidement si le ministre des Transports
considère qu'il s'agit d'un projet destiné à une entente avec la caisse.
Notre
deuxième constat concerne les schémas d'aménagement et les plans d'urbanisme.
Nous avons clairement exposé que le
projet de SRB envisagé par les villes de Québec et Lévis et développé dans le
cadre de notre politique de développement
durable a un rôle important à jouer à cet égard. Advenant que le projet de SRB
soit un projet destiné à une entente entre le ministre des Transports et
la caisse, les options de cette dernière respecteraient-elles les orientations
des deux villes développées dans le cadre de ce projet?
Par ailleurs,
le projet de loi n° 38 prévoit que la caisse ait pleine autorité sur
chaque projet faisant l'objet d'une telle entente. On y précise qu'elle peut fixer des tarifs pour l'utilisation
de l'infrastructure de transport collectif concernée. On le sait, un
réseau de transport comporte des circuits déficitaires et des circuits
rentables. En ouvrant ainsi la porte à un nouvel intervenant, qui
inévitablement va s'aventurer dans les circuits rentables et les plus performants
du réseau, n'est-il pas dangereux de mettre en péril l'équilibre financier
fragile de nos sociétés de transport? Dans la mesure où la caisse
n'interviendrait pas dans un segment du réseau, comment alors tenir compte de
ce qui existe déjà?
Également, il est indéniable que l'intérêt pour
la caisse réside à un certain degré dans la contrepartie qu'elle pourrait obtenir dans le développement de sites à
potentiel de valorisation immobiliers. À cet égard, le projet de loi
permet au ministre des Transports d'acquérir
par expropriation, pour le compte de la caisse, les biens requis pour la
réalisation d'une infrastructure de
transport collectif faisant l'objet d'une entente dans le cadre du projet de
loi. Doit-on comprendre ici que
l'expropriation se limite aux biens compris dans l'emprise du réseau de
transport et ceux pour les gares ou les stations ou s'agit-il également des biens adjacents à l'emprise, permettant ainsi
à la caisse de capter la plus-value foncière le long d'un tracé, s'assurant ainsi un retour
satisfaisant sur ses investissements et l'offre d'un service de transport
collectif de qualité à un coût
raisonnable pour les usagers? Il faudrait être clair dès le départ et également
préciser par qui et comment l'emprise d'un nouveau circuit pourra être
délimitée.
Finalement, j'aimerais vous soulever un dernier
aspect technique. Le projet de loi précise que l'indemnité d'expropriation
serait fixée «sans tenir compte de la plus-value attribuable à l'annonce
publique [...] d'un projet d'infrastructure
de transport collectif». Nous croyons sincèrement que cette disposition légale,
que nous aimons, devrait pouvoir s'appliquer à tout nouveau projet de
transport collectif, peu importe qu'il soit développé par la caisse ou un autre
intervenant.
conclusion, la ville de Québec se réjouit de cette initiative de recherche de
nouvelles sources de financement pour
le transport collectif. Ces nouvelles contributions financières, s'ajoutant aux
contributions financières gouvernementales déjà
prévues, permettront la réalisation de nouvelles infrastructures de transport
collectif structurant pour l'économie du Québec.
Bien entendu, comme je l'ai souligné
précédemment, certains éléments auraient avantage à être précisés. Plus
particulièrement, il y aurait lieu de statuer rapidement sur le rôle des
municipalités ainsi que sur des critères qui permettraient
d'établir si un projet se destine ou non à ce nouveau mécanisme de financement.
Dans la mesure où un projet serait
visé, il serait utile de mieux en baliser le cheminement afin d'assurer des
délais de traitement raisonnables. Aussi, dans l'éventualité où un
projet ne constitue qu'un segment d'un réseau de transport collectif, il
m'apparaît essentiel de prévoir les mécanismes d'arbitrage qui permettront son
intégration à l'ensemble de celui-ci afin d'être cohérent avec la
partie déjà
existante.
Merci. Et nous sommes disponibles pour vos
questions.
Président (M. Bernier) : Merci. Merci, M. le maire. Nous allons
donc débuter nos échanges. M. le ministre, pour la
partie ministérielle,
oui.
Leitão : Merci, M. le Président. M. le maire, messieurs, merci d'être
là, merci de participer à cette commission parlementaire.
Vous avez
posé toute une série de questions. Je n'ai pas des réponses à toutes ces
questions-là, mais peut-être en termes
de début de discussion je dois vous dire, ce dont on parle ici, c'est donc un
nouvel arrangement avec la Caisse de dépôt
et placement du Québec pas seulement pour le financement de nouveaux projets
d'infrastructure, mais financement, et
opération, et maintien. Donc, c'est vraiment un modèle complètement différent
où la caisse est propriétaire de ce bien-là et va l'exploiter à l'avenir
et le financer, bien sûr.
Maintenant,
peut-être qu'au tout début du processus il y a une décision gouvernementale,
donc ça va être à nous, gouvernement,
d'identifier quels seraient les projets, dans un point de vue d'intérêt public,
les projets qu'il serait utile qu'ils soient développés de cette
façon-là, des nouveaux projets. Après ça, on demandera à la Caisse de dépôt
d'analyser la situation et de nous proposer
des scénarios, et puis ultimement le gouvernement va décider. Une fois que la
décision est prise, alors là la caisse prend le projet, le finance, le
construit, l'opère, etc.
Alors, pour, par exemple, la ville de Québec et
toutes sortes d'autres partenaires, le rôle, donc, avant que ce choix-là
gouvernemental soit fait, donc, c'est à la ville de parler au gouvernement, au
ministre des Transports en particulier et
les autres, faire valoir qu'il y a un projet que vous pensez qu'il serait utile
qu'il soit financé de cette façon-là. Donc, de la façon normale dont les
choses se passent, l'intervention de la caisse vient une fois que le
gouvernement a accepté qu'en effet l'ébauche
de projet qui est proposée par la ville de Québec pourrait être intéressante.
Donc, je vous dirais qu'à ce
moment-là, jusqu'à maintenant, il n'y a rien qui change, c'est encore la même
approche où le gouvernement, le ministère des Transports, en
collaboration avec les autorités régionales, essaient d'identifier quels
seraient les projets à financer.
Une deuxième
chose, et puis je laisserai à mes collègues peut-être le soin de continuer la
discussion avec vous, mais une
deuxième chose qui est très importante aussi... Parce qu'il me semble que
d'ores et déjà il faut qu'on garde les attentes à un niveau raisonnable.
Et par ça je veux dire le suivant : Nous avons déjà identifié deux projets
qui semblent être intéressants. La caisse,
bien sûr, n'a pas encore commencé à les analyser, parce qu'elle n'a pas encore
le droit de le faire, mais ces deux
projets-là sont évalués d'une façon très
sommaire, parce que l'étude n'a pas
été faite, à peu près à 5 milliards de dollars. Alors, c'est clair que, si jamais on va de l'avant avec ces
projets-là, ça prendra quand même un certain nombre d'années, et la
capacité de la caisse de faire d'autres projets en même temps qu'elle fait ces
deux-là, cette capacité est très limitée.
Le Président (M. Bernier) :
M. le maire.
Labeaume (Régis) : Écoutez, moi, dès l'annonce des projets
gouvernementaux avec la caisse, je vous dirais que j'avais l'impression
très, très nette que cela était fait pour Montréal et tant mieux, tant mieux
parce que Montréal a la densité de
population, je pense, pour rentabiliser, selon les critères financiers de
l'entreprise privée, ces voies-là de transport. Je ne crois pas à prime
abord que Québec ait la densité pour le faire.
Mais le
problème que nous avons, c'est celui-ci : nous, on est prêts à aller en
avant-projet, un avant-projet qui durerait
de 24 à 30 mois. Et ça nous pousse dans le dos, à Québec, parce que nous,
on est prêts, là. Ça fait deux fois qu'on fait une étude. On avait le
tramway, le gouvernement nous dit : C'est trop cher. On a refait nos
devoirs, donc service rapide par bus, mais là on est prêts.
Normalement, selon le projet de loi, le
gouvernement réfléchit, analyse, discute avec la caisse, qui réfléchit, analyse et qui, en plus de ça, va chercher
l'expertise d'un partenaire indépendant. S'il y a un plan pour le
gouvernement quant au système de transport
collectif à Québec, on aimerait le savoir maintenant. Savez-vous pourquoi? Et
je l'ai dit aux gens de la
caisse : Si tant est que c'est dans les intentions gouvernementales, je
préfère qu'on travaille l'avant-projet... qu'on travaille main dans la
main avec la Caisse de dépôt à partir de maintenant, je ne veux pas qu'on passe
24 à 36 mois à... — parce que, là, on est rendus... c'est en
finale, on va aller dans le détail du projet — prendre 26 à 30 mois à bâtir
notre projet, prêts à démarrer, et que là s'enclenche le processus
gouvernement, caisse, experts indépendants, puis là j'ai l'impression qu'on va en avoir pour deux, trois
ans encore. Je préférerais que vous nous dites : Vraiment, Québec
n'est pas... on n'envisage pas que la Caisse
de dépôt investisse dans un projet de transport collectif à Québec, et ça
ferait mon affaire. À partir de là,
je démarre mes choses, on discute ensemble et on va de l'avant. Sauf que, si on
travaille la patte en l'air, ça va être
compliqué. 24 à 30 mois pour définir les détails de notre projet, nous, on
est prêts à bâtir à partir de 24 à 30 mois, on est
prêts à bâtir, là, ça fait longtemps qu'on travaille là-dessus. Mais, si, à
partir du moment où je suis prêt à bâtir, on commence
la réflexion gouvernement, caisse, experts indépendants puis on revient au
gouvernement, ça va hurler quelque part, là. C'est ce que je veux vous
dire.
Et je ne
crois pas que nous ayons la densité, mais peut-être que la caisse pense
autrement. Et, si c'est le cas, bien travaillons
ensemble à partir de maintenant pour ne pas qu'on perde du temps. C'est à peu
près ce que je voulais vous...
Le Président (M. Bernier) :
M. le ministre.
M. Leitão : Le seul ajout que je
ferais à cela, c'est que ce genre de discussion devrait avoir lieu avec le ministre des Transports, parce que c'est dans sa
cour que ça se trouverait. Par la suite, ça viendrait au Conseil des
ministres.
Mais
l'avantage quand même du processus — nous sommes en train de discuter ici
d'éventuellement changer la loi pour que ça puisse se faire — l'avantage
de faire cela, c'est que ça va libérer... ça va créer de l'espace dans notre
PQI actuel...
M. Labeaume (Régis) : ...
M. Labeaume (Régis) : On
adore ça, ce bout-là.
Leitão : Merci. Donc, en faisant ça, ça libère un peu l'espace dans le
PQI actuel pour qu'on puisse faire d'autres types de projet qui
peut-être, je ne sais pas, mais qui peut-être prendraient plus de temps, c'est
tout.
Le Président (M. Bernier) :
M. le maire.
Labeaume (Régis) : M. le Président, si je peux me permettre, c'était dans notre réflexion. On se disait
que, si la caisse investit dans deux projets
majeurs au Québec... On est très conscients que ça libère des
sommes, par exemple, pour Québec,
qui pourrait ne pas être intéressant pour la caisse. Alors, on y voit là un
très gros avantage et on est vraiment des partisans de Montréal dans ce cas-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
M. Leitão : Parfait, on se comprend.
Est-ce que, les collègues, vous avez des...
Président (M. Bernier) : Merci. Je ne sais pas si vous allez continuer ce soir, M. le maire, à
être partisan, je ne sais pas si vous allez continuer ce soir à être
partisan.
M. Labeaume (Régis) : Je
suis, M. le Président, indifférent actuellement.
Le Président (M. Bernier) : Oui,
M. le député de Mégantic.
M. Bolduc : Merci, M. le Président.
Encore une fois, bonjour. Bonjour, M. le maire, votre équipe. Bonjour, les collègues.
Écoutez,
la question plus générale peut-être que vous faites,
puis je voudrais vous entendre là-dessus, c'est : Quand est-ce que
la ville devrait être impliquée avec le ministère des Transports et la
caisse s'il y a lieu qu'un projet pourrait être...
appelons-le tripartite? Est-ce que je comprends bien votre enjeu à ce
chapitre-là?
Le Président (M. Bernier) :
M. le maire.
Labeaume (Régis) :
Bien, écoutez, peut-être pour éclaircir ma pensée, vous avez un réseau qui
existe, qui a été payé par les taxes
des citoyens. Admettons que la caisse décide d'embarquer dans
un réseau de SRB à Québec. Je pense qu'elle
voudrait, par exemple, mettre la main en même temps sur les services
express existants à la ville qui sont payants pour assurer sa rentabilité, et, par exemple, on pourrait se
ramasser avec ce qui n'est pas rentable. Il y a un petit
problème parce que je sais ce que je
voudrais si j'étais la caisse, mais là je suis maire, c'est ça, mon problème,
je ne peux pas penser comme ça. Mais, ce faisant, et si la ville n'a
aucun mot à dire...
La ville est
fiduciaire du bien qui a été payé par les payeurs de taxes, alors je
trouve ça embêtant que la caisse mette la
main sur un bien, que le fiduciaire n'ait pas un mot à dire et que le citoyen
qui a payé n'ait pas un mot à dire, il me semble que d'une façon ou d'une autre on devrait intervenir. Si j'étais la
caisse, je ne voudrais pas avoir les villes dans les jambes. Puis je ne suis pas la caisse, moi, je suis le
maire de Québec. Comme je suis le maire de Québec, je suis fiduciaire du
bien et je suis fiduciaire des taxes qui sont payées chaque année, alors il me
semble invraisemblable qu'on ne puisse pas faire
intervenir la ville d'une façon ou d'une autre, et je vous dis que vous devriez
le faire, parce que, si ce n'est pas le cas, il y a des
gens qui vont hurler en bas. Alors, vous auriez avantage à impliquer la ville, parce que
les gens vont... tu sais, la population va se sentir peut-être, possiblement
dépouillée quelque part. Alors, je pense qu'il faut quand même impliquer la ville, même si je sais que c'est embêtant, là,
mais... En tout cas, chez nous, vous devriez le faire, vous devriez
le faire.
Président (M. Bernier) : M. le député de Mégantic.
Bolduc : Je comprends bien
votre implication, mais est-ce que vous avez eu une réflexion avec votre
équipe sur comment on pourrait... ou quelles
seraient des modalités? Puis là on parle d'un projet hypothétique parce que, là, on n'est pas là, là, O.K.? Vous comprenez bien, c'est ça,
qu'on est en train de discuter pour le cas de Montréal, c'est ça
effectivement que le projet de loi n° 38 discute.
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : On a eu des réflexions, mais il y a toutes
sortes de modèles. Moi, je ne pense pas que la caisse va payer le 5 milliards ou le 2, 3 milliards total pour
un projet. Elle va demander au gouvernement d'en payer une partie, elle paiera l'autre partie, mais elle en
possédera la totalité. Il y a toutes sortes de modèles là-dedans, hein, il y
a toutes sortes de modèles, c'est embêtant
d'y penser nous autres mêmes parce que tout est possible, ça dépend des
intentions du gouvernement. Mais,
lorsqu'on aiguise notre crayon puis qu'on se met à calculer, je vais vous dire,
pour que la caisse investisse
100 % des sommes requises dans un projet, par exemple, de transport
collectif ou de Train de l'Est ou de l'Ouest, ils sont aussi bien de
faire de grosses captations de plus-value foncière. Et, quand on parle de
captation de plus-value foncière, à mon sens, ça ne peut pas être seulement le
site des gares.
Par exemple, nous
autres, à la ville de Québec, notre plan de transport, c'est un plan de
développement pour densifier la ville, et
notre gros objectif, c'est de construire du côté sud du boulevard Charest.
Est-ce que la caisse... Moi, si j'étais
la caisse, je voudrais mettre la main sur tous ces terrains-là pour faire des
profits. Le projet de loi ne dit pas ça, mais, si j'étais la caisse,
moi, c'est ce que je voudrais. Alors, la question : Ça arrête où?
Alors,
tous les modèles sont possibles, mais ce dont je doute, c'est que la caisse va
mettre 2, 3 milliards au complet pour financer à 100 % un
projet en se contentant de la captation foncière du lieu des gares. Ça
m'étonnerait.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, M. le ministre.
Leitão : Peut-être je pourrais apporter une précision en ce qui
concerne ce que vous venez de dire et votre commentaire avant en termes
de l'expropriation et qu'est-ce qui est prévu.
Alors,
qu'est-ce qui est prévu en termes d'expropriation, c'est d'exproprier seulement
l'emprise, seulement ce qui est
nécessaire pour la construction de la voie, que ce soit un train ou quoi que ce
soit. Ce n'est pas prévu d'exproprier tout le reste autour, c'est juste ça. La captation de la valeur mobilière, ce
qui est prévu aussi, en fin de compte, c'est limité aux stations. Il
pourrait y avoir toutes sortes de choses à côté de la station, mais c'est
limité à la station.
Maintenant,
la Caisse de dépôt nous dit, et je trouve que c'est très raisonnable, qu'ils seront capables de livrer une infrastructure
efficace à un coût raisonnable pour les utilisateurs parce que les deux grands
déterminants des tarifs éventuellement, en
fin de compte, ce sont les coûts de construction, donc, si la caisse est
capable de construire, livrer à temps et
à budget cette infrastructure-là, ça, c'est déjà un long chemin parcouru dans
l'établissement des tarifs, la captation de valeur mobilière, ça va
aider, mais c'est surtout ce contrôle des coûts de construction qui... et par
la suite les coûts d'opération du système.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, M. le maire.
Labeaume (Régis) : Je vous dirais, sans être prétentieux, on
contrôle pas mal nos coûts, à Québec, vous allez le voir avec l'amphithéâtre. Je souhaite bonne chance
à la caisse, là, mais qu'est-ce qu'il advient si ça dépasse les coûts
puis ça doit être répercuté sur les tarifs, par exemple, hein?
Il y a un modèle qui
existe, puis la tarification... Moi, je n'ai pas de problème à partir du moment
où la caisse possède tout, ils s'organiseront avec les clients, mais la
pire des situations, c'est où la caisse a une
partie du réseau,
puis j'ai l'autre
partie du réseau pas
payante puis c'est moi qui endure les plaintes du client. En tout cas, je vous dis ça comme ça, mais
c'est important, ce que je vous dis, parce
qu'on ne peut pas être deux
propriétaires d'un réseau. Puis en plus de ça c'est la loi du 80-20, hein? Tu fais 80 % de ton argent avec 20 % de tes
circuits qui sont les circuits express, hein, puis 80 %, le reste,
bien ce n'est pas payant.
Alors,
il faut voir les modèles qu'il y a à l'extérieur, mais c'est sûr que le citoyen... Puis c'est pour ça que je vous dis que vous ne pouvez pas ne pas impliquer les
villes, parce que le citoyen va se préoccuper de la tarification, et lui, le citoyen, n'aura pas de porte-voix dans le dossier.
Comprenez-vous? Il élit un maire, des conseillers et il voudrait que ses représentants
aillent défendre ses intérêts, mais, si vous excluez les villes, qui va parler
au nom du payeur de taxes à la ville de Québec? Moi, je vous conseille vraiment,
pour ces raisons-là, d'impliquer la ville, parce que le citoyen va demander un
défenseur de ses droits quelque part. Et, tu sais, il ne faut pas qu'il se
ramasse dans la rue non plus, là, vous êtes mieux d'avoir un porte-voix.
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre.
Leitão : Juste rapidement,
juste pour répondre à ça, en effet, vous avez tout à fait raison, ce serait
impensable que cela ne se fasse pas comme
ça, et donc, dans l'entente qu'il y a entre le gouvernement et la caisse, c'est très bien établi que la caisse va procéder à une consultation avec les parties prenantes, donc le gouvernement mais aussi et surtout les municipalités et les sociétés de transport, pour que tout ça puisse se faire de façon
intégrée. Sinon, c'est clair que ça ne marchera pas.
Labeaume (Régis) : Est-ce que je peux être inquiet avec le mot
«consultation»? Entre consultation et implication, il y a une nuance. Mais je
vous le signale comme ça.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
de Santis :
Merci, M. le Président. Merci. Bienvenue. J'ai une question très
précise. Moi, je regarde les articles 4 et 5 du projet de loi qui disent que
les infrastructures publiques qui sont érigées et opérées par la
caisse en matière de
transport collectif ne seront pas portées au rôle, O.K.? Alors,
les infrastructures publiques de la caisse ne seront pas portées au rôle. Ça, c'est différent d'être
exempt des taxes foncières parce que, si on est exempt des taxes foncières, la
ville ou la municipalité a toujours
l'espoir d'avoir une compensation du ministre ou du ministère. Moi, parce
que je suis pour la
transparence, je veux savoir c'est quoi, votre opinion là-dessus.
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
M. Labeaume
(Régis) : Honnêtement, que l'emprise, par exemple, d'un tramway
ne soit pas portée au rôle, on ne vire pas
fou avec ça, sauf que les stations et les gares, où on peut monter en hauteur,
ça, nous, on voit de l'argent là-dedans puis on ne veut pas passer à côté. Mais, pour
l'emprise, écoutez, là, à un moment
donné tu ne peux pas tout
avoir, dans la vie, là, hein?
Le Président (M.
Bernier) : Mme la députée.
Mme de Santis :
Mais ce n'est pas seulement l'emprise, M. le maire, ce n'est pas seulement
l'emprise.
M. Labeaume
(Régis) : Oui, c'est seulement l'emprise.
de Santis :
La seule exception, c'est les constructions destinées à abriter des personnes,
des animaux ou des choses, O.K.?
M. Labeaume
(Régis) : ...c'est ce qu'on dit.
Mme de Santis :
Alors, ça, c'est l'exception.
Labeaume (Régis) : Bien, c'est-à-dire que, dans un système,
vous avez des stations puis une emprise, c'est ça qu'il y a. L'emprise n'est pas portée au rôle. La
station, avec tout ce qu'elle comporte d'immobilier, est portée au rôle. Voilà.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Mégantic.
Bolduc : Merci. M. le maire, vous posez... vous nous dites quelque
chose, selon moi, qui est très fondamental qui est en regard de... Ce que vous nous dites, c'est que la gare, elle
peut être exempte, puis avec l'emprise il n'y a pas de problème, mais, s'il y aurait un bâtiment ou
quelque chose de 20 étages par-dessus qui soit commercial, résidentiel
ou quoi que ce soit, ça, les villes ont un
intérêt très net parce que... Je ne sais pas où la définition de la captation
commence et où elle finit, mais j'aimerais vous entendre là-dessus.
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : Oui,
c'est assez simple. La gare, dans le projet
de loi, elle est sur le rôle, alors
on veut envoyer à la gare, à tous les
gens qui sont là un compte de taxes, c'est assez simple. C'est bien ça? C'est
ça. Ça loge des personnes puis des animaux.
Le Président (M.
Bernier) : Et des choses. Oui?
Bolduc : Donc, il y aura une clarification qui sera peut-être à
faire ici, qu'on note, parce que l'article ici n'est pas clair en égard avec le fait que la captation qui
aurait lieu sur un site de gare, par exemple, n'inclurait pas tout
l'ensemble de ce qu'il y aura là, là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
M. Labeaume
(Régis) : Je vous dirais que, même si ce n'est pas indiqué au
projet de loi, on garde une certaine crainte
à l'égard du fait que la caisse veuille aller faire de la captation foncière à
ce qui est parallèle à l'emprise, c'est-à-dire
construire le long du trajet. Moi, si j'étais la caisse, je voudrais ça, en
tout cas. Si j'étais eux, je voudrais ça. Comme maire, je ne veux pas, là, mais remarque qu'ils peuvent le faire,
pourvu qu'ils paient des taxes, là, tu sais, ça ne me dérange pas trop. Mais ça, si j'étais la caisse,
moi, je voudrais ça, je peux vous dire ça. Alors, je ne serais pas surpris
qu'elle le demande éventuellement parce que, quand vous aiguisez votre crayon,
ce n'est pas évident de rendre ces choses-là rentables. Alors, c'est peut-être là où que tu
peux dire au gouvernement : Moi, je serais... pour que ce soit rentable,
il faudrait que je mette la main sur
tant de terrains le long de l'emprise. Moi, c'est un truc que je pourrais prendre
si j'étais président de la caisse, en tout cas.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Oui, M. le député de Mégantic.
Bolduc : Une dernière question rapidement parce que je pense qu'on va
manquer de temps, là, je vais accélérer le processus. Le problème aussi, comment je dirais, donc, de la
coordination des tarifs entre la
partie qui serait propriété, disons, de
la Caisse de dépôt et la
partie qui est propriété de la ville, à un moment
donné il y a quelqu'un qui part de quelque part, qui se rend à un point puis
qui change de réseau, est-ce que vous avez des idées ou des points de vue à ce
chapitre-là?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : ...quand vous avez un système de transport
collectif moderne, c'est comme une épine dorsale. Il y a ce qu'on appelle le rabattement, c'est-à-dire que, pour
que les gens prennent ce moyen de transport là, il faut les amener jusqu'à cette épine dorsale là. Alors,
ce sont les voies de rabattement qui, elles, sont payantes. C'est juste
que, le samedi soir à 10 heures,
l'autobus qui s'en va dans le haut de Charlesbourg, vers Orsainville, là, il y
a deux personnes. Si la caisse ne le
prend pas puis elle le laisse à la ville, là, ça, ce n'est pas drôle parce que
ça coûte de l'argent, ça, mais il faut donner
le service pareil. Comprenez-vous? Alors, moi, si j'étais à la caisse, je
dirais : Je veux qu'on soit l'épine dorsale, je veux tous les
transports express, parce qu'ils sont très payants, puis en plus de ça deux,
trois terrains sur le long de l'emprise,
puis je pense que j'ai ma rentabilité. Moi, je ferais ça, en tout cas. Je ne
sais pas, peut-être parler de la proportion des express dans nos
revenus, peut-être, Rémy.
Le Président (M.
Bernier) : Alors, M. Normand.
Normand (Rémy) : Alors, la proportion des express, ce n'est pas ça qui
est le plus grand, c'est la
partie des Métrobus
qui est très, très, très achalandée et qui occupe une très, très grande
partie
du Réseau de transport de la Capitale avec
l'achalandage. Donc, la caisse pourrait être intéressée à prendre certains
tronçons seulement puis laisser le reste qui est moins rentable ou moins achalandé aux municipalités. Alors, c'est ce jeu
ou cet équilibre-là entre la
partie que la caisse pourrait être intéressée à prendre pour sa
rentabilité, pour les fins de sa rentabilité, et ce qui resterait aux
municipalités qu'il est important de prendre en considération à cette étape-ci.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Oui?
M. Labeaume (Régis) : Juste pour être clair, M. le Président, imaginez
ce cas-là où la caisse veut les meilleurs parcours, les parcours de rabattement, l'épine dorsale, veut laisser le
moins payant à la ville, et la ville ne peut même pas représenter les payeurs de taxes parce qu'elle n'a
pas voix au chapitre. Ça va donner quelque chose qui n'est pas joli, à
un moment donné, potentiellement.
Le Président (M.
Bernier) : O.K., merci. M. le ministre, une dernière
intervention.
M. Leitão :
Un dernier commentaire parce que je pense que c'est important. Il faut
comprendre aussi que ce modèle que nous
sommes en train de discuter ici s'applique à des nouveaux projets de transport
en commun. Donc, la caisse ne va pas
débarquer chez vous ou à Montréal, et prendre les morceaux qu'elle souhaite, et
puis laisser aux agences locales le soin de lui fournir des clients, ce
n'est pas comme ça que ça marche. C'est pour les nouvelles infrastructures,
nouveaux équipements.
Labeaume (Régis) : Bien, si vous me garantissez ça, ça va, mais
le SRB, c'est un nouveau moyen, c'est ça.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. Nous allons donc passer du côté de
l'opposition officielle. M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui, merci. Bonjour, messieurs. M. le maire. Bien
oui, c'est ça que j'aillais dire. Le SRB, c'est nouveau, M. le ministre,
alors ce n'est pas...
Juste une question
très simple, là. Je relisais, ça fait deux fois que je le relis, votre... À la
page 7 dans votre mémoire, vous parlez
de... vous vous demandez si l'expropriation, ça se limite aux biens compris
dans l'emprise ou bien si ça inclut les biens qui sont adjacents, là.
Est-ce que je comprends de ce qui est écrit là que vous trouvez comme moi que
l'article en question, l'article 9, dans le projet de loi, il n'est pas
clair? Est-ce qu'on s'entend là-dessus?
M. Labeaume
(Régis) : Attendez une seconde.
L'article 9...
M. Marceau : C'est l'article 9 dans le projet
de loi. Parce qu'en fait, moi, ça fait
plusieurs fois que le ministre nous dit que ça va se limiter aux gares,
qu'il n'y aura pas les terrains adjacents le long du tracé, puis je suis bien
prêt à le croire, sauf que moi, je relis
l'article 9, et puis tout ce qui est écrit, c'est «tout bien requis pour
la réalisation d'un projet».
Labeaume (Régis) : Bien, écoutez, c'est exactement ça...
Le Président (M.
Bernier) : M. le ministre... M. le maire, allez-y.
Labeaume (Régis) : Écoutez,
c'est exactement ça. Moi, je peux vous dire que, si j'étais la
caisse — je
vous dirai comment je procéderais — j'arriverais
puis je dirais au gouvernement : Il m'en manque un peu pour être
rentable, et donc j'aurais besoin d'un
certain nombre de terrains sur le long de l'emprise, et là j'aurais ma rentabilité.
Sincèrement, je ne peux pas vous dire que
j'ai un problème avec ça, là, je ne vous dis pas que ce n'est pas correct. Je
veux juste dire que, dans l'établissement de la rentabilité, s'il ne met pas la main sur les réseaux express
qu'on a, s'il n'y a pas suffisamment de densité, il va falloir
qu'il prenne son argent à quelque part.
Alors,
moi, je n'ai pas une objection de principe par rapport à ça, je dis juste
que, si j'étais président de la caisse, je le ferais. Mais là je suis maire de Québec, là, je ne suis pas en
affaires. Mais je n'ai pas une objection de principe, c'est juste que je
pense que c'est possible.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Rousseau.
Marceau : Je pense
qu'on se dit la même affaire. O.K., parfait. Donc, effectivement, peut-être,
pour la suite des choses, il faudrait peut-être préciser si c'est votre
intention, M. le ministre.
Juste
revenir à la question des circuits rentables. J'ai trouvé que c'était
un bon point, là, c'est un point qu'on n'a pas entendu puis c'est un point qui est intéressant parce qu'effectivement la question va se poser. Si
ce n'est pas à Québec à court terme
avec le SRB, là, on verra, ça va être totalement possible à... possiblement à
Montréal pour le SLR là-bas puis le Train
de l'Ouest, puis c'est clair, s'il y a un SLR, mettons, sur le pont Champlain,
qu'il y a un certain nombre de circuits rentables à Montréal qui vont
passer dans les mains de la caisse.
Juste
de façon hypothétique, est-ce qu'on peut imaginer qu'il faudrait, dans ce
cas-là, avoir des compensations du gouvernement
vers les sociétés de transport pour compenser les manques à gagner sur les
circuits rentables? Est-ce que ce serait un modèle qui...
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : Comme maire de Québec, je voudrais qu'ils
prennent la société au complet et ils la gèrent. Ce serait plus
équitable de cette façon-là, ce serait moins compliqué.
Encore
là, je n'ai pas d'objection. C'est juste que le pire des scénarios, c'est
qu'ils ont le «gravy», le meilleur, puis qu'il nous reste le petit lait,
là, tu sais. Alors, quant à ça, je préfère qu'ils prennent toute la société et
qu'ils gèrent toute l'affaire, les choses
seront claires. Mais je vous dis que je ne suis pas contre ça, c'est juste...
Ce qu'il faut éviter, ce sont les
situations ambiguës pour lesquelles il y a des répercussions financières pour
les payeurs de taxes, c'est-à-dire qu'on garde le moins bon.
Puis,
quand on dit nouveau, aussi, il faut bien voir que, dans une épine dorsale, il
y a des nouveaux parcours de rabattement. Ces parcours-là sont aussi
nouveaux puis ils sont payants, ceux-là. Rémy sait bien ça.
Marceau : En tout cas, ça pose une très bonne question, parce
que moi, je peux imaginer sans difficulté qu'à Montréal, le SLR, ça va drainer du monde, là, celui sur le pont
Champlain, là, c'est toute la Montérégie... enfin, une bonne
partie de
la Montérégie-Ouest qui va passer par là, le coin de mon collègue de Sanguinet,
puis qu'effectivement il va y avoir un
manque à gagner à quelque part, là. Alors, on va donner à la caisse un moyen de
faire des sous, d'avoir un projet rentable,
mais les payeurs de taxes, comme vous le disiez, vont être ceux qui vont
éventuellement devoir passer à la caisse.
Juste
revenir sur la tarification. Puis en fait vous avez... Le projet de loi,
présentement, là, il y a un
article qui dit ça, que, dans le fond, la Caisse de dépôt n'a pas à s'assujettir à la Loi
sur l'Agence métropolitaine de transport, sur les conseils intermunicipaux de transport dans la région de
Montréal et à la
Loi sur les sociétés de transport en commun, par
exemple, pour Québec, là, la
Loi sur les
sociétés de transport en commun. Trouvez-vous que c'est raisonnable qu'il n'y
ait pas de comptes à rendre ou qu'ils ne s'intègrent pas avec les autres
sociétés de transport?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : Bien, on revient toujours à la question de
l'implication, dans le dossier, de la ville et de la société de
transport. Ça me semble un peu invraisemblable...
Maintenant,
je comprends la caisse de ne pas vouloir avoir à négocier avec les sociétés de
transport. Moi, si je suis président
de la caisse, je suis d'accord avec l'article de loi, comprenez-vous, je suis
tout à fait d'accord. Je ne veux pas avoir la ville dans les jambes, je
ne veux pas avoir la société de transport.
quand on parle de tarification, je pense que ce serait plus équitable de
prendre toute la bouchée, c'est-à-dire la société au complet, puis de
tarifer en fonction de ça. Alors, tu ne peux pas avoir deux genres de
tarification parce que deux sortes de
personnes ne restent pas à la même place sur le territoire, alors c'est pour ça
que moi, je pense que, s'il doit y avoir un investissement à Québec...
on n'est pas Montréal, évidemment c'est plus gros, Montréal, mais, si vous venez à Québec, je vous dirais : Prenez toute
la bouchée puis essayez de tarifer en conséquence, tu sais, le bon et le
moins bon puis tarifer en conséquence. Je
n'aurais pas de problème non plus, remarquez, là, ça ferait ça de moins à
gérer, là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : Mais, entre vous et moi, je pense qu'on sait que ça
n'arrivera pas, là, donc...
M. Labeaume
(Régis) : Ça m'étonnerait.
M. Marceau :
Ça vous étonnerait puis moi aussi ça m'étonnerait. Donc là, il faut
savoir : Y a-tu un modèle, y a-tu une manière de modifier ce qui est
là-dedans réaliste, qui pourrait vous convenir, tout en laissant la société de
transport de Québec continuer à vivre puis en laissant la caisse prendre,
mettons, le bout le plus agréable, là?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
M. Labeaume
(Régis) : ...pense que ce n'est pas faisable dans une loi, on
ne peut pas régler ça par une loi. La loi est générale, et c'est normal. Ça va
être dans l'application de la loi.
Je ne sais pas
comment on peut faire ça dans une loi. Ça me semble impossible, je suis très
sincère avec vous. Je pense que ça va aller dans la... De toute façon, les
modèles vont être soumis à l'Assemblée nationale aussi, tout ça, alors il y a
des... Mais, dans une loi, je ne vois pas comment on peut aller bien, bien
loin, là.
M. Marceau :
Juste aller plus loin un peu : Pensez-vous que la ville de Québec devrait
être
partie prenante aux ententes qui lient
le gouvernement à la caisse? C'est-à-dire que présentement il y a un processus de consultation qui a été évoqué par le ministre des Finances, là,
mais pensez-vous que la ville de Québec, la ville de Lévis, le gouvernement du Québec
devraient être les trois organisations qui s'entendent avec la caisse, et non pas que ce
soit seulement le gouvernement du Québec? Est-ce que vous
croyez que vous devriez être à la table?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) :
Oui, il faut qu'on soit à la table parce
qu'on est fiduciaires, à quelque part, mais, encore là, tu sais, c'est le gouvernement qui est
responsable, là, c'est... Mais je n'ai pas de souci pour Québec parce que je
n'y crois pas beaucoup.
Mais
je trouve que c'est une très bonne idée que la caisse intervienne dans ces
projets-là. Et d'ailleurs ce que je vous
dis, c'est que, si ce n'est pas le cas de Québec, j'aimerais ça que la caisse
nous le dise rapidement pour ne pas qu'on retarde le projet. Alors,
c'est un peu bête, là, je... Et moi, j'ai rencontré les gens de la caisse, ils
sont venus nous voir. Je leur ai proposé
d'être assis le pupitre à côté du nôtre dans le bureau de projet, hein, puis
d'avoir un input potentiel s'ils ont des
choses à nous apprendre ou s'ils ont des questions à poser. Je préfère qu'ils
soient à côté puis qu'à la fin ils disent «non, on ne veut pas y aller» qu'ils ne soient pas à côté, qu'ils étudient le
projet puis que ça se renvoie la balle, ça prenne deux, trois ans. Je
préfère les avoir à côté de moi puis qu'à la fin du projet ils disent oui ou
non, ce serait pas mal moins compliqué.
Parce que je trouve que c'est une bonne idée que la caisse investisse dans ces
projets-là, puis surtout, si je suis très, très opportuniste, s'il va en
rester plus pour Québec, tu sais.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : ...juste avant de céder la parole à mon collègue,
pour l'instant ce que ça peut vouloir dire, dans le futur... Parce que, pour l'instant, il n'y a pas
d'argents qui sont prévus pour le SLR ou bien pour le Train de l'Ouest dans
le PQI, il n'y a pas de dollars en 2019 ou
en 2020, en tout cas pas que je sache, là. Ce que ça veut dire, c'est
simplement que les projets de Québec vont avoir moins de concurrence en 2019
puis en 2020, ce qui n'est pas mauvais.
M. Labeaume
(Régis) : On aime ça.
Le Président (M.
Bernier) : Oui, M. le député de Sanguinet.
Therrien :
Merci, M. le Président. Alors, je vous souhaite la bienvenue. Merci pour votre
témoignage.
Écoutez,
j'aurais... D'abord, je dois avouer que vous avez un peu frappé sur le même
clou que j'ai frappé tantôt quand je
parlais, justement, de l'épine dorsale, du fait qu'on prenne les projets
rentables, on donne ça à la caisse, et, les projets non rentables, vous vous organisez avec ça. Ça fait que ton
projet rentable va amener plus de dépenses dans tes projets non rentables parce qu'il faut nourrir
l'épine dorsale, il faut faire en sorte que le flux, tu sais, le flux de
passagers, d'usagers vienne justement utiliser ce moyen de transport là qui
serait payé par la caisse.
Mais,
juste avant d'amener cette réflexion-là, je dois vous avouer que vous m'avez
allumé une cloche. Puis je ne sais
pas si vous allez... J'aimerais ça que vous élaboriez là-dessus, O.K.?
Admettons que je suis la Caisse de dépôt et de placement, j'identifie un projet rentable, un beau projet rentable de
x millions, peut-être même 1 milliard ou deux, là, chez vous,
je discute avec vous, on parle de consultation avec les villes, je vous
dis : Écoutez, je vais arriver avec un investissement
de tant, votre valeur foncière de la ville va augmenter parce que j'amène de la
richesse autour de ce projet-là, vous
allez avoir des gains financiers. Moi, ce que je vous propose, c'est d'arriver
avec cette ligne-là, vous allez faire des gains financiers, et, moi, ce que je vous demanderais, c'est, à partir
de cette plus-value que vous allez ramasser à cause de mon projet à moi
sans que vous ayez investi quoi que ce soit, bien investissez dans, justement,
les ramifications pour m'amener du monde. Comment vous réagiriez si je vous
proposais quelque chose dans ce genre-là?
Le Président (M. Bernier) :
M. le maire.
Labeaume (Régis) : Ça se calcule. D'abord, notre objectif,
c'est d'avoir un réseau de transport collectif efficace pour le monde. Le
premier objectif, c'est d'en avoir un. Pour le reste, ça se calcule, il s'agit
d'aiguiser notre crayon puis voir ce que donnent les chiffres.
Je ne peux pas vous
répondre... En fait, nous, ce qu'on vous dit, c'est que l'arrivée de la caisse,
ça ouvre des possibilités qui n'existaient
pas, et, à partir de là, il y a toutes sortes de modèles financiers qui peuvent
être appliqués, dépendamment des
situations. Alors, ce que vous me dites là, c'est possible, mais il faudrait
qu'on le calcule. Tu sais, normalement, c'est statistique, c'est documenté, une épine
dorsale en transport collectif qui arrive dans une ville fait monter la valeur des propriétés qui sont adjacentes ou
environnantes. Ça se calcule. Alors, si, pour la ville, c'est
payant d'en laisser une
partie à l'opérateur, puis qu'au bout du compte il
y a un système de transport collectif qui est efficace, puis que finalement tout
le monde est gagnant, on est très ouverts, mais ça se calcule.
ne faut pas oublier aussi que, pour la ville, l'objectif, c'est d'avoir un système
performant, parce qu'au-delà
des chiffres il y a du monde qui veulent du service, en arrière, tu sais.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Sanguinet.
Therrien : Mais quand vous... Merci, M. le Président. Quand
vous parliez, justement, tantôt, là, d'inclure les villes dans la discussion, c'est-u quelque chose
comme ça à quoi vous pensiez au départ, de dire : On pourrait
justement irriguer le surplus fiscal qu'on
va faire pour, justement, créer pour votre population, vos citoyens, un système
qui dans l'ensemble serait plus efficace?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
M. Labeaume
(Régis) : Juste vous dire, on a des schémas d'aménagement qu'on
a votés, on a des règles d'urbanisme qu'on
s'est données, on a des plans de match pour densifier, alors ça me semble
invraisemblable qu'on veuille implanter
un système de transport collectif sans que nous, la ville, qui avons établi ces
règles-là en aménagement puis en urbanisme...
En passant, on est élus par les gens, c'est ce que les gens veulent. La
densification, moi, ça fait sept ans que j'en parle, puis les gens m'ont
élu. Alors, si le système n'est pas fait en fonction de ça, j'ai un problème.
Alors,
ce que je veux vous dire : Nécessairement, la ville doit être impliquée,
parce qu'il y a des choses quand même
à respecter sur le territoire existant. L'idée, ce n'est pas... Tu ne peux pas
demander à la ville de décider si, oui ou non, le gouvernement doit
faire un deal avec la caisse, mais elle doit être intervenante quelque part
parce qu'il y a des payeurs de taxes en arrière.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Sanguinet.
Therrien : Oui. Écoutez, vous parliez de densification,
tantôt, du SRB. J'imagine que, vous connaissant de réputation, là... Je ne vous connais pas
personnellement, mais vous avez quand même une bonne réputation, là. Vous
êtes quelqu'un de vigilant, c'est le moins
qu'on puisse dire, de proactif. Quand vous avez vu ça, là, que la Caisse de
dépôt s'en venait, justement, éventuellement dans des domaines où est-ce que ce
serait rentable, est-ce que vous avez fait des démarches, essayé de voir si dans votre région ou dans la ville de
Québec il y aurait des... Comme, tu sais, à Montréal ils ont dit : Bien, c'est le SLR sur le pont
Champlain, le Train de l'Ouest, on a quand même tout de suite identifié, là,
des éléments intéressants dans le transport en commun. Est-ce que ça a
été le cas chez vous? Est-ce qu'on levé, là, justement, le drapeau, dire :
Aïe! ça pourrait être intéressant?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : Écoutez, tout de suite on a pensé au seul
projet qu'on entrevoit à Québec, soit le système de transport collectif, puis on a discuté avec des gens de la caisse
pour comprendre quel était le processus d'évaluation, quel rendement qu'ils recherchaient, etc. Puis en même
temps on a déjà été des affaires ici, à la table, on comprend bien que l'idée, pour la caisse, d'investir dans des
infrastructures comme ça, ça stabilise les revenus avec des... Moi, je signe
encore des certificats... des emprunts à
1 %, là, alors je suis très heureux, mais celui qui investit trouve ça
moins heureux, là. Alors, je les
comprends de chercher du rendement à 5 %, 6 % mais stable pour 25
ans, là, tu sais, je comprends ça. Mais au total j'étais très heureux
parce que ça ouvre des possibilités qui n'existaient pas.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Granby.
Bonnardel :
Merci, M. le Président. M. le maire, messieurs, bienvenue.
le maire, vous soulevez un excellent point quand vous parlez de la possibilité
d'avoir un opérateur peut-être différent du RTC à Québec pour opérer un
futur SRB. Je pense qu'à Montréal il va y avoir la même problématique entre
l'opérateur, la caisse, qui veut des taux de rendement minimums de 7 %
pour assurer la pérennité de ceux qui déposent,
puis, de l'autre côté, bien, la STM, qui malheureusement, comme n'importe quel
transport collectif, n'est pas capable de faire ses sous année après
année, donc investissement du gouvernement.
Question fort simple,
là. Si vous... La façon que j'écoute les questions que mon collègue de Rousseau
a posées, qui vont un peu dans le même sens,
vous diriez : Oui, O.K., la caisse, c'est bien correct si vous venez
investir à Québec, mais vous n'opérez
pas en compétition au RTC. C'est un peu ça que vous dites, vous dites : Il
n'est pas question que je te voie chez nous être un compétiteur au RTC...
ou bien donc tu manges la tarte au complet.
Président (M. Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : Bien, il ne peut pas être... la compétition
ne peut pas exister, comme tel. Ce qui ne peut pas arriver, c'est qu'il y ait deux opérateurs, un
avec le menu fretin puis l'autre avec les autobus pleins d'argent, là, c'est
ça qui ne peut pas arriver. Alors, dans ces
conditions-là, on préfère qu'il prenne toute la bouchée et qu'il tarifie en
fonction de ça. Parce que, voyez-vous, si un
a une partie, l'autre a une partie, comment tu tarifies? Et, la tarification,
tu ne tarifies pas juste ton bout, puis il y a une autre tarification
sur l'autre bout, c'est une tarification qui part de chez vous puis qui t'amène à ton bureau, tu as des tarifications
mensuelles. Alors, tu ne peux pas avoir deux sortes de tarification, ça ne
se peut pas, là. C'est pour ça, moi, je
pense, qu'il ne peut pas y avoir deux intervenants là-dedans. En tout cas, à
Québec... Montréal, ça se peut, mais à Québec tu ne peux pas avoir deux
opérateurs. Ça me semble... Ça ne fait pas de sens.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Granby.
Bonnardel : J'ai hâte de voir si M. le maire de Montréal,
qui va être ici demain... Parce que c'est un maudit bon point que vous amenez là, là, à savoir... Moi, à
Montréal, je vois la même problématique, là, taux de rendement, parce
que, écoutez, dans les quatre dernières
années, la caisse, là, c'est 15 % qu'ils sont allés chercher, ils vont
peut-être demander 10 %, ils
vont peut-être demander 11 %, 9 %, puis de l'autre côté la STM qui,
comme n'importe quel transport, tire le diable par la queue à chaque fois. Donc, ça, vous dites : On repart à
zéro, là, on scrape le RTC puis on recommence au complet, là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) :
Bien, la prémisse, c'est qu'il n'y a pas un système de transport au Canada qui est
rentable, c'est un service que tu donnes, tu
paies pour donner un service, alors que, là, vous avez la caisse qui veut
investir et avoir une rentabilité. On appelle ça une antithèse, une antithèse, hein? Alors, je pense,
juste en le disant comme ça c'est clair, parce que ce n'est pas rentable, un service de transport collectif.
Alors, si vous avez un intervenant qui veut rentabiliser ça, il faut qu'il prenne ce qu'il y a de mieux. C'est
juste que ce qui n'est pas rentable va le devenir encore moins, tu sais,
ça ne marche... Puis là j'oublie toute la problématique de tarification.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Bonnardel :
Ça fait que vous seriez prêts à repartir le RTC à zéro. Vous dites :
Demain matin, si la caisse définissait que,
O.K., oui, on est prêt à avoir un SRB qui va être payant sur telle, telle
emprise, on va aller chercher le moins payant, le petit lait, comme vous
le dites, on repart le RTC à zéro puis on fait une nouvelle société, c'est un
peu ça que vous dites.
M. Labeaume
(Régis) : Oui, mais...
Bonnardel : Parce que la caisse dit : C'est un
partenariat public-public parce que la caisse, c'est public, c'est vrai
que c'est notre argent, c'est l'argent des répondants, puis, de l'autre côté,
bien là tu auras un opérateur qui sera nécessairement
la caisse, oui, puis le gouvernement qui va sûrement aussi investir
des millions de dollars, comme le fédéral voudrait aussi peut-être
mettre de l'argent là-dedans, là.
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
Labeaume (Régis) : Moi, je m'exprime en logique financière,
mais mon problème, c'est que, si je prends ça et j'offre ça au gouvernement, les gens qui m'ont élu vont dire : Ça
va être quoi, la tarification? Ils veulent que je les protège. Alors, moi, quand je vous parle de ça, c'est une
logique organisationnelle, c'est une logique financière, ce n'est pas
une logique politique nécessairement parce
que, mon problème, moi, je dois protéger l'usager, je dois le protéger en
termes de tarification. Mais, écoutez, ça
s'est fait ailleurs, ça doit se faire quelque part, là. Mais je veux juste dire
qu'on ne peut pas... tu sais, on ne peut se ramasser avec le petit lait
puis laisser le «gravy» partir, ça ne marche pas.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député de Granby, oui.
Bonnardel :
Une dernière question avant de laisser la parole à mon... Ça fait que vous
voyez le même problème, à savoir que ce qu'on pose comme question,
c'est que, d'un côté, le taux de rendement va peut-être amener des tarifs plus élevés que
la STM à Montréal, puis vous dites la même chose à Québec...
M. Labeaume
(Régis) : Ce n'est pas sûr, mais je vous disais qu'on ne se
posait pas la question parce que ça coûtait toujours de l'argent avant. Moi, je
trouve heureux qu'on se pose ces questions-là. C'est intéressant, se poser ces questions-là, parce
qu'avant c'est de l'argent qui n'était pas potentiellement disponible. Alors,
c'est sûr qu'on parle d'un nouveau
paradigme, c'est intéressant, mais ça s'est fait ailleurs. Il faut juste bien
étudier ce qui s'est fait ailleurs.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Granby.
Bonnardel : Dernière question. Vos études, là, vous dites
dans votre document qu'en mars dernier, là, vous avez déposé l'étude de
faisabilité. Est-ce que la caisse est
partie avec cette étude?
Le Président (M.
Bernier) : M. le maire.
M. Labeaume
(Régis) : Ah! si elle la veut, on va lui donner des copies avec
plaisir. Nous...
Bonnardel : Non,
mais vous... Excusez. C'est parce que vous avez dit avoir rencontré, je pense,
Christian Dubé. Est-ce qu'ils vous ont demandé ces études...
Labeaume (Régis) :
Oui, bien... Non, ils ont tous nos résultats, là. Normalement, c'est facile à
se procurer, tout est public.
Bonnardel :
Les études au complet? O.K.
Labeaume (Régis) :
Mais, nous, ce qu'on dit, c'est qu'on aimerait ça les avoir à côté de
nous a