CAT — 4 October 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2016-10-04
Quebec — Committees
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux : Bien, moi, j'ai compris des prises de position, par exemple, du maire de Sorel-Tracy, qui croyait être capable de négocier des ententes sans recourir notamment
à l'éventualité, dans des circonstances exceptionnelles, au besoin de demander au gouvernement de considérer la possibilité de nommer un mandataire spécial. Mais il n'y a rien dans ce projet de loi, lorsqu'on sera arrivés dans ces articles
concernant le mandataire spécial, qui ne l'y oblige, à demander une telle chose. Donc, je pense qu'il aura tout le
loisir de continuer à négocier comme il l'a toujours fait. Ça, c'est la
première chose que j'ai à dire là-dessus.
La deuxième
chose, c'est qu'étant donné qu'il y a plus de 1 000 municipalités au
Québec il est possible qu'il y en ait
qui disent : Nous, on a une préférence pour un certain type d'encadrement
plutôt qu'un autre type d'encadrement, mais, à travers leurs grandes associations — et ils ont des débats à l'interne — les grandes associations ont souhaité qu'il
y ait un régime de négociation propre
au secteur municipal qui soit distinct de celui qu'on a à l'heure actuelle, et
c'est ce qu'on a devant les yeux.
M. Ouellet : Merci, M. le
ministre. Je vais arriver avec un exemple concret, hein, M. le ministre, si
vous me permettez, parce qu'à travers les différentes recherches
qu'on a faites pour voir de quelle façon le nouveau droit du travail s'appliquerait dans le milieu municipal, on se
rend compte que, dans certains cas, on crée beaucoup, beaucoup, beaucoup de
nouveaux problèmes, alors qu'on avait une situation de consensus. Et je
veux peut-être attirer votre attention, M. le ministre, sur ce qui avait été discuté et, dans certains
cas, même largement entendu... ce qui est du rapport Thérien-Morency, qui faisait consensus au sein de différents
groupes, que ce soient les municipalités, mais même les policiers et pompiers,
pour améliorer le cadre de négociation, mais surtout la durée avec laquelle on
devait faire face pour arriver à une résultante
satisfaisante pour les deux parties. Alors, quand on regarde ce que
Thérien-Morency proposait et on regarde ce qu'il y a dans le projet
de loi, dans certains cas, on est un petit peu enlignés, mais, dans d'autres cas, nous sommes à l'opposé.
Alors, si
vous permettez, M. le ministre, je vais déposer un amendement.
Et on va vous expliquer pourquoi on pense
qu'on pourrait voir à l'application... surtout ceux et celles touchant les policiers
et pompiers, mais l'exemple que je vais
vous apporter, c'est du côté des pompiers. Alors, si vous permettez, M. le Président, j'aurais un amendement à
l'article 3 :
L'article 3 du projet de loi n° 110
est modifié par l'insertion d'un deuxième alinéa :
«Le règlement des différends impliquant des
pompiers à temps partiel est exclu du présent chapitre.»
Le Président (M. Auger) :
Merci. Je vais suspendre les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 10 h 8)
Le Président (M. Auger) : Nous
allons reprendre nos travaux avec l'amendement à l'article 3 du député de René-Lévesque,
avec vos explications.
M. Ouellet : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, pourquoi exclure les pompiers temporaires? Ce qu'il faut comprendre, c'est que, dans plusieurs municipalités du Québec, effectivement, le travail de pompier n'est pas un travail
à temps plein. On a besoin, pour compléter l'équipe, de gens à temps partiel
qui viennent porter support à l'équipe complète.
Alors, ce sont des hommes et des femmes qui agissent à
titre de pompiers à
temps partiel qui font ça en plus d'un
autre travail. Donc, ce ne sont pas des gens dédiés à temps plein, nécessairement,
au dossier. Et puis là, dans le projet
de loi en question, on traite de la situation des pompiers comme étant un tout en soi, donc des
pompiers ayant un statut et un
travail régulier. Alors, on pense plus que nécessaire et opportun de les
exclure. Et pourquoi? Bien, parce que, d'une part, effectivement, ça touche les
plus petites municipalités.
D'ailleurs, le ministre annonçait, en fin de semaine, à la
FQM, des sommes pour aider les MRC et les municipalités pour
faire des études sur les fusions de leurs services parce que, partout sur le territoire,
il y a des municipalités qui n'arrivent plus
à assurer un service de sécurité pompier proprement dit avec les coûts qui s'y
rattachent, et puis ils sont en train
de revoir un peu leurs schémas de couverture avec des villes centres, notamment. Je vous donne l'exemple, un peu, chez nous, à Baie-Comeau, là, où est-ce que
différentes municipalités ont commencé à signer des ententes avec la ville centre pour une meilleure couverture
de leurs services.
Alors, on
touche ici, là, dans le projet de loi, effectivement, des gens qui sont à temps partiel et donc qui
vont vivre une période de changement.
Et cette période de changement là, avec les fusions de services, va effectivement amener un changement de statut dans certains cas. Si ce sont des
municipalités qui prennent en charge un service, bien, certains pompiers à temps partiel pourraient devenir effectivement pompiers à temps plein parce
qu'on va grossir le service, on aura
plus long à couvrir, mais, dans d'autres cas, on va garder un statut de pompier
à temps partiel parce que la situation va le commander de cette
façon-là.
Pourquoi c'est important aussi? Parce que, dans
la loi actuellement, dans le cas d'une convention collective d'un à trois ans, il y a une période de maraudage
ou ce qu'on peut appeler le changement d'allégeance syndicale, qui permet
une période entre 60 et 90 jours aux
différents salariés de changer d'accréditation syndicale. Alors, si on applique
concrètement le projet de loi comme on le voit, donc on donne 120 jours à
la négociation, dans le cas des policiers... pardon,
dans le cas des pompiers à temps partiel, bien, entre 60 et 90 jours, on
va décider quel sera le syndicat qui va nous représenter, et par la suite pour nous amener aux 120 jours. Vous
avez rapidement compris, M. le Président, qu'il nous reste 30 jours
pour arriver à une entente avec l'employeur, ce qui est beaucoup trop peu pour
nous.
Deuxième
chose aussi, il y a plusieurs de ces conventions collectives là qui arrivent à
échéance. Il y en a tout près de 17
qui se terminent tout près du 31 décembre, il y en aura une douzaine aussi
à renouveler. Donc, il y aura assurément un grand travail à réaliser auprès des différentes
instances syndicales qui représentent leurs membres pour renégocier les conventions et qui touchent effectivement les
pompiers temporaires... partiels, et je pense qu'il faut prendre le temps de
bien regarder ça. Et, s'il faut faire un
régime transitoire, M. le Président, nous serions plus qu'avisés et intéressés
d'en discuter avec le ministre et de
l'inclure un peu plus loin dans les dispositions finales du projet de loi pour
prévoir, effectivement, un régime transitoire au statut des pompiers à
temps partiel.
Le Président (M. Auger) : Oui. M.
le ministre.
M. Coiteux : Je ne comprends pas la raison d'un tel amendement.
D'abord, dans l'état actuel des choses, là, dans le droit du travail,
dans le Code du travail qui s'applique aux policiers et pompiers, à l'heure
actuelle, il n'y a aucune distinction entre
les temps-pleins et les temps-partiels, alors pourquoi il devrait y en avoir
une dans le nouveau régime? Je ne comprends pas.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Blainville.
M. Laframboise : Bien, honnêtement,
j'aimerais mieux qu'il travaillerait à un amendement pour le régime transitoire, s'il y avait à en avoir un, que
d'apporter cet amendement-ci à l'article 3, parce
que l'objectif, ce serait... Si on
l'apporte là, à l'article 3,
si on l'exclut, ça, ça veut dire que les pompiers à temps partiel vont être
régis par le Code du travail. Donc là, ça veut dire qu'il y aura
une réglementation différente parce
que... Le collègue
de l'opposition officielle a raison, il
y a un grand changement, là, puis,
dans les notes explicatives, là, c'est clair : «Ce
chapitre remplace le
régime de relations de travail prévu
aux articles 94 à [99] du Code du travail. [Donc,] ces articles sont
d'ailleurs abrogés», donc là, à quelque part, là, on a un régime de
relations de travail qui est différent de ce qu'on a toujours vécu.
Si on exclut
les pompiers à temps partiel, là, qu'est-ce que ça veut dire? Il faut les
réintégrer, puis ça va être le Code du travail qui va les régir? Mais je
comprends ce qu'il veut, là. Je comprends que le délai de 90 jours pour
les accréditations syndicales, entre 60,
90 jours, le délai de 120 jours... Moi, les délais, là, tantôt, on
aura une discussion à un autre tantôt du projet de loi par rapport aux
délais, mais, si on a vraiment besoin, pour une catégorie de travailleurs,
d'une période transitoire dans le
projet de loi, bien là peut-être apporter, à l'endroit voulu, cette... parce
que ça arrive, dans des projets de loi, où il y a une période de
transition pour certains.
Encore là, il
faut que je sois vraiment, vraiment convaincu, là. Vous allez avoir du travail
à faire. Mais il y a une chose qui
est sûre, quant à moi, ce n'est pas à l'article 3 que cet amendement-là
devrait être déposé parce que ça aurait comme message que les pompiers à temps partiel ne seraient pas soumis
aux mêmes... tu sais, en tout cas, redeviendraient sous le Code du travail, alors qu'on veut faire un
régime différent. Ça, je pense que ce message-là, il ne faut pas qu'il soit
fait. Par la suite, bien, à temps partiel,
il faut comprendre que plusieurs... la grande majorité des municipalités qui
ont des pompiers volontaires qui peuvent être considérés comme des
pompiers à temps partiel, ils n'ont pas de convention collective, ils n'ont pas
de...
Bon, il y en
a quelques-uns qui sont visés, là, mais, si vous dites 17, 18, là, peut-être
que vous avez raison, parce que vous,
vous avez... les syndicats vous donnent les informations, là, qu'on n'a pas,
mais, à quelque part, j'aimerais mieux, encore une fois, une mesure transitoire, là, ailleurs dans le projet de
loi qu'avoir un amendement tel qu'il est présenté. Donc, on sera contre
cet amendement-là.
Le Président (M. Auger) :
Réactions, commentaires, M. le ministre?
M. Coiteux : Pas de commentaire
particulier.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Oui, bien, je suis content d'entendre mon
collègue, effectivement, de Blainville nous indiquer qu'il existe une
situation particulière qui touche les pompiers à temps partiel.
La pertinence
d'en discuter à l'article 3... Bien, il est évident pour nous que, si on
veut se prévaloir d'un régime transitoire — et c'est ce que le
comité Thérien-Morency nous disait le 14 février 2013 et ce que tout le
monde s'est entendu — ça prenait des mesures transitoires pour les
conventions collectives des pompiers à temps partiel, ça prenait un temps ou un moment pour qu'on puisse faire
l'arrimage parce que, je l'explique, là, ce n'est pas une situation d'employés
qui sont temporaires versus permanents,
c'est une situation où est-ce que ce sont des hommes et des femmes qui font un
travail de façon partielle, donc, dans une
autre
partie de leur vie, ils sont ailleurs en train de faire un autre genre de
travail, et on a besoin de ce type de statut là, de ces pompiers à temps
partiel là pour venir couvrir l'offre qu'on a à avoir et surtout la couverture
qu'on a à offrir en matière de sécurité incendie, donc c'est... Et c'est sûr
que, quand on arrive à l'article 3 et qu'on dit : Bien, on biffe l'ensemble des dispositions du Code du
travail de 94 à 99.11, bien, c'est pour ça qu'on va en discuter là. Si on a à
faire des changements, il faut d'abord mettre une première pierre à cet
endroit-là pour dire : Dans le
cas des policiers... dans le cas des pompiers à temps partiel, il y a là une
situation qui mérite qu'on s'y arrêt