Culture and Education — 24 April 2025 (43rd Legislature, 1st Session)
CCE 2025-04-24
Quebec — Committees
Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation - Assemblée nationale du Québec
sur les médias sociaux, Facebook, X, Youtube
Députés
La présidente
Les députés depuis 1764
Coordonnées des députés
La fonction de député
Fonctions parlementaires des députés
Composition des commissions
Indemnités et allocations
Cercle des femmes parlementaires
Cercle des jeunes parlementaires
Cercle des ex-parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec
Fondation Jean-Charles-Bonenfant
Fondation des parlementaires québécois Cultures à partager
Travaux parlementaires
Calendrier hebdomadaire des travaux
Journal des débats
Index du Journal des débats
Règlement et autres règles de procédure de l'Assemblée nationale
Propos non parlementaires
Assister aux travaux
Travaux de l'Assemblée
Toutes les séances
Documents déposés
Projets de loi
Cheminement des projets de loi
Registre des votes
Travaux des commissions
Liste des commissions
Mandats en cours
Documents déposés
Rapports et documents de réflexion
Exprimez votre opinion!
Pétitions
Signer une pétition électronique
Consulter une pétition présentée à l'Assemblée
Lancer une pétition
Suivre le cheminement d'une pétition
Consultations publiques
Comment participer à une consultation
Liste des consultations publiques
Commenter un sujet à l'étude
Présenter un projet de loi d'intérêt privé
Vidéo
En direct et webdiffusions à venir
Archives des travaux et activités parlementaires
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Activités de presse
Activités spéciales et institutionnelles
Députés
Le Canal de l'Assemblée
Émissions et capsules promotionnelles
Espace jeunesse
Commander un extrait
Calendrier
Ouvrir
En direct
Calendrier détaillé
_date_du_jour
Aujourd'hui
_heure_en_cours
En cours
Activités du jour
Exposition(
s) Drapeau(
x) sur l'hôtel du Parlement
L'utilisation du calendrier requiert que Javascript soit activé dans votre navigateur.
Pour plus de renseignements
L'ABC de l'Assemblée
Visiteurs
Restaurants
Actualités et salle de presse
Bibliothèque
Publications
Éducation
Diplomatie
Histoire
Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation
Travaux parlementaires
Journal des débats
Index du Journal des débats
Travaux de l'Assemblée
Registre des votes
Travaux des commissions
Administration publique
Agriculture, pêcheries, énergie et ressources naturelles
Aménagement du territoire
Assemblée nationale
Culture et éducation
Économie et travail
Finances publiques
Institutions
Relations avec les citoyens
Santé et services sociaux
Transports et environnement
Mandats en cours
Rapports et documents de réflexion
Cheminement des projets de loi
Projets de loi
Documents déposés
Dépôts du jour
Calendrier hebdomadaire des travaux
Mots clés
Type de documents
Tous les documents
Documents déposés
Feuilletons et préavis
Journaux des débats
Mémoires
Procès-verbaux de l'Assemblée
Projets de loi
Rapports et documents de consultation des commissions
Type de travaux
Travaux de l'Assemblée et des commissions
Travaux de l'Assemblée
Travaux des commissions
Commission de la culture et de l’éducation
Commission de la santé et des services sociaux
Commission de l'administration publique
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
Commission de l'aménagement du territoire
Commission de l'Assemblée nationale
Commission de l'économie et du travail
Commission des finances publiques
Commission des institutions
Commission des relations avec les citoyens
Commission des transports et de l'environnement
Sous-commission de la réforme parlementaire
Période
De</b> et <b>À</b> sont remplis, le résultat se situe entre les dates indiquées.<br/>
Si seul le champ <b>De</b> est rempli, le résultat se situe entre la date indiquée jusqu’à aujourd’hui.<br/>
Si seul le champ <b>À</b> est rempli, le résultat se situe avant la date indiquée.
" class="champsDate choisirDate BulleInfo PeriodeFin" />
La date de début doit précéder la date de fin.
Session
Toutes les sessions
Session en cours - 43e législature, 3e session (5 mai 2026 - )
43e législature, 2e session (30 septembre 2025 - 8 avril 2026)
43e législature, 1re session (29 novembre 2022 - 10 septembre 2025)
42e législature, 2e session (19 octobre 2021 - 28 août 2022)
42e législature, 1re session (27 novembre 2018 - 13 octobre 2021)
41e législature, 1re session (20 mai 2014 - 23 août 2018)
40e législature, 1re session (30 octobre 2012 - 5 mars 2014)
39e législature, 2e session (23 février 2011 - 1 août 2012)
39e législature, 1re session (13 janvier 2009 - 22 février 2011)
38e législature, 1re session (8 mai 2007 - 5 novembre 2008)
37e législature, 2e session (14 mars 2006 - 21 février 2007)
37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
36e législature, 2e session (22 mars 2001 - 12 mars 2003)
36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
35e législature, 2e session (25 mars 1996 - 21 octobre 1998)
35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
34e législature, 3e session (17 mars 1994 - 17 juin 1994)
34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
34e législature, 1re session (28 novembre 1989 - 18 mars 1992)
33e législature, 2e session (8 mars 1988 - 9 août 1989)
33e législature, 1re session (16 décembre 1985 - 8 mars 1988)
32e législature, 5e session (16 octobre 1984 - 10 octobre 1985)
32e législature, 4e session (23 mars 1983 - 20 juin 1984)
32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
30e législature, 3e session (18 mars 1975 - 19 décembre 1975)
30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
29e législature, 3e session (7 mars 1972 - 14 mars 1973)
29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
13e législature, 4e session (11 janvier 1916 - 16 mars 1916)
13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
12e législature, 1re session (2 mars 1909 - 29 mai 1909)
11e législature, 4e session (3 mars 1908 - 25 avril 1908)
Partager
Diagramme de l'Assemblée
En direct sur le Web
Journal des débats de la Commission de la culture et de l’éducation
Version préliminaire
Retour à la liste des séances du Journal des débats
43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
jeudi 24 avril 2025
Vol. 47 N° 64
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 94, Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation et modifiant diverses dispositions législatives
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h 30
12 h
12 h 30
14 h
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
Journal des débats
11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante-quatre minutes)
La Présidente (Mme Dionne) : Bonjour
à tous et à toutes. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte. La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet
de loi n° 94, Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau
de l'éducation et modifiant diverses dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire
: Oui, Mme
la Présidente. Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Morin
(Acadie) et Mme Gentilcore (Terrebonne); par M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
Mme la secrétaire. Donc, ce matin, nous entendrons les personnes et les
organismes suivants : la Centrale des syndicats du Québec et l'Association
montréalaise des directions d'établissement scolaire. Comme la séance a
commencé vers... il est présentement 11 h 44, est-ce qu'il y a
consentement pour poursuivre au-delà des travaux vers 12 h 55?
Consentement?
Des voix : ...
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
je... je souhaite, pardon, la bienvenue à la Centrale des syndicats du Québec, donc,
représentée par M. Éric Gingras, président; M. Éric Pronovost, président de la
Fédération du personnel de soutien scolaire; M. Jacques Landry, président de la
Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec;
ainsi que Mme Marie-Sophie Villeneuve, conseillère.
Donc, bienvenue à cette commission. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour nous faire part de
votre exposé, et ensuite on procèdera la période d'échange avec les membres de
la commission.
M. Gingras (Éric) : Bien, merci
beaucoup. Donc, vous l'avez dit, en compagnie de mes collègues de deux
fédérations de la CSQ, je vous rappelle que la CSQ, une organisation
représentant plus de 225 000 membres, notamment plus de 115 000,
notamment dans le réseau de l'éducation. Et donc simplement un rappel, hein, nos
engagements à la CSQ sont clairs, en faveur de la qualité des services
éducatifs, réussite éducative des élèves. C'est au cœur de l'ADN de la CSQ, et
nous sommes pour la laïcité, la neutralité religieuse de l'État, la légalité...
l'égalité, pardon, femmes hommes, et ça, depuis des décennies. On vous rappelle
que le réseau de l'éducation, hein, c'est un réseau qui est porté à bout de
bras pour des services de qualité, de façon quotidienne, et c'est une grande
fierté pour le Québec. Bien sûr, c'est comme ça qu'oeuvrent l'ensemble des
membres qu'on représente. Et fait à noter, là, on appuie entièrement les
objectifs poursuivis par le gouvernement avec ce projet de loi et on réitère
notre... notre entière collaboration en fonction de ça.
Et on rappelle, par contre, qu'aujourd'hui
on est bien ici de façon pragmatique, notamment pour deux choses, pour
notamment demander une pause de certaines mesures afin d'analyser les
répercussions et les effets négatifs potentiels et, tout ça, dans la mesure
justement que les travailleuses et travailleurs vont être en mesure d'être
consultés sur ces mesures-là et que ça sera vraiment pour atteindre les
objectifs qui sont fixés. Je vais laisser mes collègues continuer.
M. Pronovost (Éric) : Bonjour,
mon nom, Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien
scolaire, représentant 43 000 membres uniquement du personnel de soutien
scolaire dans tout près de 25 centres de services scolaires. On veut vous
parler de deux sujets aujourd'hui qui nous touchent plus particulièrement,
entre autres, l'impact du projet de
loi sur la pénurie et...
M. Pronovost (Éric) : ...et
aussi la conduite exempte de considérations religieuses.
Vous savez, dans un premier temps,
l'impact du projet de
loi sur la pénurie, bien, nous sommes en accord avec les
objectifs du projet de loi. On veut que nos jeunes et nos membres puissent être
à l'école sans subir de pression religieuse, bien entendu. Il y a une pénurie
particulièrement importante de personnel de soutien scolaire, on le sait,
surtout pour celui qui œuvre en service direct à l'élève, entre autres au
niveau du manque de services pour les élèves en difficulté, l'incapacité aussi
à respecter les ratios dans les services de garde. On ne vous cachera pas notre
inquiétude sur l'impact qu'aura ce projet de
loi sur l'augmentation globale
probable de la pénurie. Donc, nous demandons le moratoire, clairement, sur
l'interdiction des signes religieux.
Subsidiairement, si vous n'allez pas de
l'avant avec le moratoire, nous souhaitons vous proposer des solutions. Vous
avez voulu protéger les droits acquis du personnel scolaire. L'intention du
législateur est claire à ce sujet. Tel que rédigé, des gens qui occupent un
poste de remplacement, qui changent de poste, qui appliquent pour une promotion
ou qui subissent une mise à pied l'été perdront ce droit acquis. Nous sommes
convaincus que l'intention du législateur n'est pas de priver le réseau de
l'éducation de l'expertise de ceux qui y travaillent actuellement. Il faut
trouver un équilibre entre l'atteinte de la laïcité et le respect des droits et
libertés fondamentaux des gens.
Quelques chiffres pour appuyer un peu au
niveau de la précarité. Vous savez, trois techniciens, techniciennes en
éducation spécialisée sur cinq ne sont pas avec un statut de salarié régulier à
temps plein et trois éducatrices, éducateurs en milieu scolaire ou préposés aux
élèves handicapés sur quatre ne sont pas avec un statut non plus, de salarié
régulier à temps plein.
Dans un deuxième temps, la conduite
exempte de considérations religieuses, on s'inquiète sur le fait que nos
membres pourront se faire imposer une sanction disciplinaire parce qu'ils ont
souhaité respecter les convictions des élèves ou de leurs collègues. Exemple,
adapter le menu de la cafétéria en n'offrant pas de porc ou en offrant des
choix alternatifs, est-ce que les cuisinières et les cuisiniers seront sujettes
à une mesure disciplinaire s'ils offrent un menu différent? On souhaite, tout
comme vous, la laïcité dans nos écoles, mais ce doit être facilement applicable
au quotidien.
Vous avez fait beaucoup en peu de temps
pour mettre en place des mesures pour assurer le respect, prévenir la haine, la
violence et l'intimidation, sincèrement, et on vous en remercie, mais il faut
être conscient que toutes ces mesures-là n'ont pas eu le temps entièrement
d'atterrir et d'être déployées dans les milieux. Il faut considérer l'ensemble
de vos mesures et non de la voir chacune d'elles en silo. Vous constaterez
alors que vous avez déjà probablement tout en main pour arriver à vos
objectifs.
Mais, si vous souhaitez tout de même
poursuivre, nous vous suggérons de modifier la cause des droits acquis afin de
ne pas aggraver la pénurie de personnel de soutien scolaire et de faire en
sorte que le personnel scolaire ne se voit pas imposer de sanctions pour avoir
respecté les droits et libertés des gens qui entourent l'école. Merci.
• (11 h 50) •
M. Landry (Jacques) : Bonjour,
à
titre de président de la FPE, je représente 13 000 membres
professionnels de l'éducation répartis dans 69 des 72 centres de services
scolaires et commissions scolaires, autant dans les milieux francophones,
anglophones que dans le Nord sur les commissions scolaires crie et Kativik.
Nos principales préoccupations, d'abord,
elles concernent l'article 301.1 qui stipule que l'on doit uniquement
utiliser le français. Il précise que cela s'applique pour les fins d'emploi
autant à l'oral qu'à l'écrit. Il est également spécifié que l'article ne
s'applique pas lorsque la santé ou la sécurité publique l'exige ou s'il s'agit
d'une langue autochtone. À la lecture du projet de loi, il n'est pas clair pour
nous que ce soit suffisant comme garantie, particulièrement pour les élèves
HDAA.
Pour nous, il y a des inquiétudes. Est-ce
que des exceptions s'appliqueront pour les élèves à besoins particuliers,
spécialement pour ceux qui sont issus de l'immigration? Qu'en sera-t-il d'un
enfant autiste ou d'un autre présentant une déficience intellectuelle pour des
fins d'évaluation et d'intervention? Par exemple, une orthophoniste qui doit
pouvoir entrer en contact avec l'élève pour évaluer son trouble du langage, il
se peut que la seule langue commune au début soit l'anglais ou que, même, on
ait recours à un interprète.
On souhaite une exemption pour tous les
actes de nature professionnelle, dans le respect de l'autonomie, qui est déjà
encadrée par différents ordres liés aux professions des professionnels. Ils
peuvent juger nécessaire d'utiliser une autre langue dans le cadre de leurs
fonctions. Nous n'apprendrons rien à personne en spécifiant que plus on agit
tôt au moment de l'intervention, plus on a des chances que l'intervention soit
appropriée. Il faut que le professionnel ait donc l'autonomie nécessaire pour
décider quelles seront les mesures appropriées. Et je rappelle qu'en plus,
souvent, les élèves qui ont des difficultés de cet ordre ont des comorbidités
puis que ça complique vraiment l'évaluation...
M. Landry (Jacques) : …et tout
ça. Puis on pense qu'il faut qu'il y ait la marge de manœuvre pour pouvoir
juger chaque professionnel. Donc, on pense que, dans ce cas-là, ce type
d'accommodement serait tout à fait raisonnable et indiqué.
Un autre aspect sur lequel on désire
attirer votre attention, c'est des ententes locales qui ont été signées et
négociées au fil des ans. Au fil du temps, les employeurs ont convenu
d'ententes sur un certain nombre de jours chômés payés. Ces ententes n'ont
jamais causé de préjudice et ne sont pas associées à rien de particulier, c'est
des ententes pour tout le monde. Donc les jours… c'est ça, sont libres. Puis,
dans un contexte, comme l'indique le tableau de bord de l'éducation, où il y a
déjà une multitude de postes vacants, 12 % en psychoéducation, 15 %
en psychologie, 14 % d'orthophonie, on pense que l'attraction et la
rétention sont des enjeux prioritaires. Conserver nos employés devient…
primordial. Les priver de droits acquis serait un bien mauvais message à leur
envoyer. Merci de votre attention.
M. Gingras (Éric) : Et
finalement, en conclusion, la CSQ aussi aimerait amener quelque quelques autres
éléments, notamment, faisons écho aussi à nos collègues de la FSE, une de nos
fédérations qui était hier en commission parlementaire, et nous réitérons
l'idée de retirer les articles cinq, six, sept, 15, 27 et 37, le temps de
réfléchir ensemble, de trouver des solutions. On est davantage de l'ordre de
relations de travail. On est davantage de l'ordre d'éléments qui touchent
davantage les milieux que d'aspects de laïcité.
On sait que ce n'est pas la volonté du
ministre, là, de jouer avec la dévalorisation, mais c'est un peu ce que ça
fait, c'est-à-dire qu'on prend ce qui se passe dans certains milieux et dans un
milieu en particulier. On le répand pour l'ensemble du Québec. Et donc ça, ça
fait qu'on cherche à généraliser un cas exceptionnel avec un projet de loi de
cet ordre-là. Donc, bien sûr, nous demandons de retirer les articles que j'ai
nommés.
Autre élément important. Vous savez, dans
le projet de loi, on parle de valeurs québécoises, de conduites exemptes de
considérations religieuses. Des termes qui sont extrêmement… qui portent
extrêmement à l'interprétation. Et dans ce sens-là, on pense que le droit ne
définit pas bien ces enjeux-là et on pense qu'on devrait revoir ça. Dans un
premier temps, retirer la formule de conduite exempte de considérations
religieuses, le temps de réfléchir à ça et deuxièmement, d'amender celui du
respect des valeurs démocratiques et de valeurs québécoises dont l'égalité
entre hommes et femmes et de la laïcité de l'État pour le remplacer par le respect
de valeurs démocratiques, de droits de libertés tels que garantis par la Charte
des droits et libertés de la personne, dont l'égalité entre hommes et femmes et
la laïcité de l'État.
Et on termine en vous rappelant à la CSQ
que pour parler de tout ça et de tous ces autres enjeux là, il n'y a rien de
mieux qu'une grande réflexion en éducation, qu'on n'a pas faite maintenant
depuis des décennies, on se demande encore pourquoi on ne ferait pas ça. Merci.
La Présidente (Mme Dionne) :
Merci infiniment pour votre exposé. Nous allons débuter cette période
d'échange. Donc, M. le ministre, je vous cède la parole pour une période de
10 minutes 45.
M. Drainville : Donc, j'ai
jusqu'à quelle heure, vous dites? Midi…
La Présidente (Mme Dionne) :
Vous avez 10 minutes, 45, donc…
M. Drainville :
12 h 06, à peu près, 12 h 05 O.K., excellent. Merci. Merci
beaucoup pour votre présence et votre participation. Allons-y avec des éléments
très concrets, d'abord, là, l'interdiction du visage couvert, l'interdiction du
voile intégral, là, dans les classes pour tous les élèves. Est-ce que vous êtes
pour ça?
Une voix : Oui.
M. Drainville : Pas de congé
religieux supplémentaire parce que tu déclares avoir une religion. En d'autres
mots, un employé qui pratique une religion et qui a droit présentement à plus
de congés payés qu'une personne qui ne déclare pratiquer aucune religion. On
veut mettre fin à cette iniquité. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?
M. Gingras (Éric) : Bien, je
vais laisser mon collègue répondre en partie, à votre question pure et simple,
la réponse, c'est que nous sommes d'accord avec le fait qu'il n'y ait pas plus
à un qu'à l'autre. Mais la réalité des milieux, dans beaucoup de nos milieux,
amène aussi une autre réalité. Je te laisse.
M. Landry (Jacques) : Bien,
ce qu'on a actuellement, c'est des ententes locales qui spécifient un nombre de
journées, dans ces ententes-là, il y a des journées flottantes. Donc, peu
importe ta religion, au bout de la ligne, tout le monde a le même nombre de
journées. Nous, on souhaiterait que ce type d'entente là puisse continuer à
vivre. Puis ça n'avantage pas une personne par rapport à une autre. On parle de
journées flottantes à ce moment-là.
M. Gingras (Éric) : Tout le
monde les a et tu peux la prendre pour des raisons religieuses comme tu peux la
prendre pour d'autres raisons.
M. Drainville : Puis on parle
de combien de congés flottants en général? Parce que vous parlez bien
d'ententes locales, là? Ça fait qu'on parle de quoi, trois, quatre congés?
M. Landry (Jacques) : Trois,
habituellement…
M. Drainville : ...et ce que
vous décrivez, c'est-à-dire des personnes qui vont choisir de prendre un, ou
deux, ou trois congés flottants pour des raisons religieuses, si telle est leur
volonté, c'est un phénomène ou une pratique que vous observez dans tous les
centres de services scolaires ou est ce qu'il y a des façons différentes de
gérer ça?
M. Landry (Jacques) : Chaque
centre de services scolaire a ses propres ententes. Donc, ce n'est pas uniforme
partout, mais, dans des milieux, ça existe, c'est trois jours, puis les gens
les prennent au moment où ça leur convient.
M. Drainville : Donc, dans
certains milieux, ça fonctionne comme ça, mais pas nécessairement dans tous les
milieux.
M. Landry (Jacques) :
Exactement.
M. Drainville : Et vous
seriez d'accord pour que ça fonctionne comme ça dans tous les milieux.
M. Landry (Jacques) : En
fait, nous, ce qu'on dit, c'est qu'il y a des ententes qui ont déjà été
négociées dans ces milieux-là. Pourquoi on ne pourrait pas laisser les ententes
qui ont cours depuis des années avoir cours toujours, tout simplement?
M. Drainville : Oui, je sais,
mais dans les milieux où ça ne fonctionne pas comme ça et donc dans des milieux
où on donne très généreusement des congés rémunérés pour les personnes qui ont
une religion et qui souhaitent partir en congés religieux rémunérés, là où ça
se fait, vous êtes d'accord pour que ça s'arrête?
M. Landry (Jacques) : Bien,
nous, ce qu'on dit, c'est que, peu importe que tu sois dans une religion ou que
tu n'es pas dans une religion, tu as le même nombre de journées.
M. Drainville : O.K. Correct.
Sur le recours à la clause de souveraineté parlementaire. Est-ce que le recours
à la clause de souveraineté parlementaire ou clause dérogatoire est ce qu'elle
est légitime, selon vous, M. Gingras?
M. Gingras (Éric) : Comme
vous l'avez mentionné lors du projet de loi n° 21, on pense que ça peut amener
certains questionnements. Donc, on soumet l'idée qu'elle est utilisée
abondamment. Et ça, ça peut être questionnant. Alors, on vous donne le même
message aujourd'hui.
M. Drainville : Abondamment
ou trop abondamment?
M. Gingras (Éric) : Bien là,
je vais vous laisser définir, M. le ministre, trop abondamment, un peu trop
abondamment. On trouve que... On vient souvent en commission parlementaire, je
dois vous avouer, et ces temps-ci encore plus que d'autres fois, c'est correct.
M. Drainville : ...
M. Gingras (Éric) : Oui, c'est
toujours plaisant. Ceci étant, on fait juste dire qu'il y a quand même un enjeu
là. Maintenant, comme on l'a fait pour p.l. n° 21, la souveraineté
parlementaire, on la respecte, mais on doit quand même mentionner que ça,
utilisé un peu trop, bien, peut amener certaines questions que nous nous
posons.
M. Drainville : Je pense que
ça ne donne rien de trop vous questionner là-dessus, vous allez me donner la
même réponse.
M. Gingras (Éric) : Fort
probablement.
M. Drainville : J'ai
l'impression que c'est une réponse que vous avez pratiquée déjà, ça fait que...
M. Gingras (Éric) : Je
pratique toujours mes réponses, M. le ministre.
M. Drainville : C'est inutile
d'insister. Là, je veux vraiment qu'on parle de signes religieux. Est-ce que
vous êtes d'accord pour dire qu'un signe religieux envoie un message religieux.
• (12 heures) •
M. Gingras (Éric) : Écoutez,
le message, nous, on vous l'a mentionné dès le départ, on a un message
pragmatique O.K.? Alors, oui, on est d'accord avec la laïcité de l'État, oui,
on est d'accord. On était d'accord avec le consensus Bouchard-Taylor qui a été
agrandi au fur et à mesure, touchant les enseignantes, les enseignants, etc.
Puis là, oui, c'est vrai, mais, en même temps, il existe une clause grand-père,
donc ces signes religieux là sont encore présents.
Nous, ce qu'on vous dit aujourd'hui, de
façon très pragmatique, c'est : avez-vous réfléchi aux effets d'étendre...
M. Drainville :
L'interdiction.
M. Gingras (Éric) : ...l'interdiction.
Merci. L'interdiction des signes religieux dans le réseau, notamment, comme mon
collègue l'a présentée. Et elle est là la question. Parce que, vous savez,
quand on questionne le personnel dans les milieux, ils sont d'accord avec la
laïcité, ils vont vous répondre ça, mais la deuxième... ou probablement leur
première question, c'est : Oui, mais ça va être quoi l'effet pour nous
dans le milieu? Et je comprends les valeurs et je comprends tout ça, mais les
aspects qu'amenait mon collègue, notamment du personnel de soutien, bien, c'est
ça que les gens se questionnent quand ils sont précaires, etc. Puis ça,
là-dessus, je peux te laisser continuer.
M. Pronovost (Éric) : Oui, M.
le ministre, tout à l'heure, quand je disais dans mon explication que, dans le
fond, ça risque de porter atteinte aux services qui sont rendus aux élèves puis
aux parents, bien, tu sais, donner le choix entre avoir des gens qui portent un
signe religieux et qui sont qualifiés, ou encore ne portent pas de signes
religieux mais qui ne sont pas qualifiés, comprenez-vous que ça cause une
certaine incertitude puis une pression sur le réseau? Vous pensez quoi? C'est
quoi qui est le mieux pour les élèves? Quel est le plus grand risque pour les
élèves, bien entendu. Vous savez, la liberté de croyance, souvent, on peut...
on ne peut l'imposer à personne, on ne peut pas l'imposer à personne, mais
est-ce qu'une personne sera pénalisée car elle croit à quelque chose de
différent? Et c'est là que ça crée une lourdeur clairement à l'intérieur de la
structure. Et vous savez...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) M. Pronovost (Éric) : ...donne
un exemple, le technicien en éducation spécialisée qui devra aller chez les
gens... parce que, parfois, on a des intervenants qui doivent se rendre à la
maison, et là on...
M. Drainville : ...
M. Pronovost (Éric) : Oui, c'est
ça, exactement, l'enseignement, mais ça peut être aussi un technicien en
éducation spécialisée qui peut se rendre pour aller porter certaines choses, on
le voit régulièrement, et là, si on est devant une mère qui a un voile ou là on
va lui demander de l'enlever, donc vous comprendrez qu'on vient plus loin avec
ça, on est dans l'intrusion un peu. Et ça aussi ça crée une certaine pression
sur les gens qui vont intervenir dans les milieux.
M. Drainville : M. Pronovost,
si c'est un voile intégral, oui, la personne devra le retirer, mais le voile, le
hidjab, par exemple, là, non? Je veux juste préciser ça, là. Je ne veux pas que
les gens pensent que, si jamais une professionnelle ou une TES se rend dans une
résidence où il y a de l'enseignement à la maison, oui, l'obligation de retirer
le voile intégral est prévue dans la loi, mais pas... dès qu'elle a le visage à
découvert, ce sera légal, O.K.
M. Pronovost (Éric) : Mais,
ce que je voulais dire, c'est que ça crée une pression, M. le ministre, quand
même, sur ceux qui vont aller intervenir quand même à l'intérieur de la maison
des gens.
M. Drainville : Je comprends.
Je comprends, M. Pronovost, mais comme vous le savez bien, là, un projet
de loi, c'est un équilibre. Moi, je vais vous dire, je vous sens hésitant à
répondre à ma question, alors je vais... moi, je vais vous donner ma réponse.
Un signe religieux envoie un message religieux, c'est clair. Et donc si tu es
pour la laïcité, il me semble qu'il faut que cette laïcité soit visible, et
donc il faut qu'elle se traduise par un code vestimentaire. Et donc c'est pour
ça que nous on décide d'étendre l'interdiction des signes religieux à l'ensemble
du personnel scolaire.
Parce que, oui, comme le dit le rapport
Bedford ou le rapport sur les 17, dis-je bien, il y a un enjeu de cohérence
présentement, c'est-à-dire qu'il y a des enfants qui développent un lien de
confiance avec des personnes qui ne sont pas nécessairement des enseignants.
Vous êtes très bien placés pour en parler, M. Pronovost. J'ai moi-même
vécu une situation très proche de moi, là, pour ne pas parler de mon fils, là,
qui a développé un lien de confiance très, très fort et très, très grand avec
les éducatrices du service de garde. Et, de tout son parcours au primaire, c'est
cette personne-là qui a sans doute eu le rapport le plus fort avec mon fils et
je pense que c'est le cas de beaucoup d'enfants. Il y en a d'autres, ça va être
une TES, il y en a d'autres, ça va être un ou une professionnel, je m'adresse à
vous, M. Landry.
Et donc le rapport sur les 17, ce qui le
dit, c'est que si l'argument, c'est le rapport d'autorité, le rapport de
confiance entre l'adulte et l'enfant, bien, on ne peut pas dire que ce rapport
d'autorité, ce rapport de confiance se limite au rapport qu'on a avec un
enseignant ou une enseignante. Le rapport d'autorité, on peut l'avoir avec d'autres
adultes au sein de l'école et c'est pour ça qu'on élargit l'interdiction en
matière de signes religieux. C'est pour des raisons de cohérence notamment,
comme nous le recommandait le rapport sur les 17.
Maintenant, quand vous parlez de pénurie.
Expliquez-moi, là, on donne un droit acquis, alors, en quoi est-ce que le
projet de loi pourrait contribuer, selon vous, à exacerber le problème de
pénurie? Expliquez-moi la logique, là.
La Présidente (Mme Dionne) : Il
reste 10 secondes.
M. Pronovost (Éric) : Bien,
en 10 secondes, je vais vous dire, la pénurie est déjà très omniprésente.
Les nouvelles personnes qui vont vouloir venir travailler à l'intérieur des
centres de services scolaires...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Je suis désolée, c'est malheureusement tout le temps qu'on avait. Je
cède la parole à Mme la députée de Bourassa-Sauvé, porte-parole de l'opposition
officielle, pour huit minutes.
Mme Cadet : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bonjour. Bonjour, messieurs. Bonjour, Mme Villeneuve, merci
beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Vous l'avez dit, donc, d'ailleurs, j'aimerais
vous remercier, donc, pour le travail que vous faites, parce que c'est un
système, vous disiez, qui était porté à bout de bras, puis j'aurais voulu
ajouter : à bout de bras par des femmes surtout, et vous nous arriver
aujourd'hui avec une approche pragmatique et surtout, donc, basée sur l'impact,
donc, du projet de
loi sur la pénurie.
Le premier... voyons, le premier ministre,
le ministre de l'Éducation est en train de vous questionner là-dessus, c'était
d'ailleurs la première question que moi, j'avais pour vous, à savoir, donc,
vous, quand vous regardez ce projet de loi là, est-ce qu'il est déposé
notamment... bien, en fait, particulièrement en ce qui a trait, donc, au
recrutement du personnel de soutien scolaire, du personnel professionnel? Vous
avez parlé un peu plus tôt du respect des ratios dans les services de garde,
que c'est une préoccupation pour vous. Est-ce que vous, vous êtes...
Mme Cadet : ...votre analyse
s'est penchée sur qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire pour votre réseau de
vous priver de femmes potentielles qui viendraient ajouter leur expertise à
votre réseau.
M. Pronovost (Éric) :
D'entrée de jeu, dans mon explication, tout à l'heure, dans ma prémisse, je
disais qu'il y avait énormément... il manquait énormément de gens déjà dans le
réseau. Et si, en plus — je vais compléter ma réponse — si,
en plus, on arrive avec cette lourdeur-là et on vient ajouter une prérogative
qui va empêcher clairement des gens de peut-être appliquer et travailler dans
les centres de services scolaires. Et là c'est le service direct à l'élève,
c'est le service direct aux enfants qui en ont besoin, qui peut être diminué.
Déjà que nous sommes en pénurie, mais une pénurie qui est causée aussi par la
précarité d'emploi. Donc, 75 % des membres qu'on représente sont encore
précaires. Donc vous comprendrez qu'à partir de ce moment-là, la solution peut
se trouver à l'intérieur des rangs, mais on ne le fait pas.
Autre chose que je voulais vous dire,
c'est que l'accès à la promotion aussi, hein, à l'intérieur, à l'intérieur du
réseau, on va faire quoi? Quand quelqu'un va arriver puis il va vouloir avoir
une promotion, est-ce qu'on va recommencer? Est-ce qu'il devra enlever ses
signes religieux parce qu'ils les possédaient avant? Il n'y a rien de clair
là-dessus. Il faut absolument qu'on travaille en collaboration avec le
ministère là-dessus, parce qu'entre ce qui se passe sur le terrain et ce qu'on
décide, parfois, il y a un écart. Et c'est là que c'est important de venir
chercher, là, ces spécificités-là qui sont importantes, qui sont importantes
pour les gens et qui sont valorisantes aussi pour les gens qui y travaillent.
Mme Cadet : Merci. Oui.
M. Gingras (Éric) : J'aimerais
juste ajouter deux choses pour compléter ce que mon collègue disait... rappelle
que c'est un moratoire qu'on demande. Parce qu'à votre question qui
disait : Est-ce qu'on a réfléchi, est-ce qu'on a... Mais, nous, on pense
que c'est au ministre de nous dire quels seront les effets réels dans les
milieux. Et on ne peut pas comparer notamment la clause grand-père, pour les
enseignantes, les enseignants, où il y a, même s'il y a des roulements, même
s'il y a des départs, il y a beaucoup moins de roulement que dans le personnel
de soutien de mon collègue, et donc ça va augmenter, justement, cette
pénurie-là. Mais ce qu'on demande au ministre, c'est, prenons le temps de
regarder quels seront les effets, et là ce n'est pas ce qu'on fait.
• (12 h 10) •
Mme Cadet : Oui,
effectivement, et, nous, comme élus, on n'a pas reçu d'analyse d'impact
réglementaire, donc, on n'a pas la réponse à cette question-là. Puis ce que
vous venez de dire, bien, moi, ça m'amène à ma prochaine question, la prochaine
que j'avais pour vous, qui était justement, donc, de m'expliquer, de nous
expliquer, comme parlementaires, comment est-ce que ça fonctionne. Parce que,
vous l'avez dit, donc, pour les enseignants, il y a une relative stabilité dans
le corps d'emploi, mais au niveau, donc, du personnel de soutien, il peut y
avoir, donc, des aménagements. Je comprends qu'au même au sein du même centre
de services scolaire, donc, parfois, le personnel va pouvoir se promener, qu'il
va y avoir des ajustements à la tâche. Là, on a une clause grand-père qui est
assignée à... Certains de vos prédécesseurs ont dit assignée au poste et pas la
personne, donc, je vais réutiliser le même terme, en tout cas, je le trouve
clair. Donc, vous, là, comment la rédaction de cette clause grand-père là,
comment est-ce qu'elle pose des défis à votre réseau, considérant la réalité
des mouvements de personnel?
M. Gingras (Éric) : Bien,
c'est sûr que mon collègue va avoir... a été très éloquent dans ses exemples
puis il pourra toujours revenir avec ça. Mais lorsqu'on a des mises à pied
cycliques, lorsque les gens sont appelés à quitter, pas nécessairement par
choix, mais à cause de cette pénurie-là, bien, comment... C'est quoi, la clause
grand-père quand tu as une mise à pied cyclique? Je vais te laisser continuer avec
d'autres exemples, Éric.
M. Pronovost (Éric) :
D'autres exemples, j'ai des statistiques quand même qui sont éloquentes. Quand
on parle qu'en individu, là, dans le réseau, présentement, des techniciens, techniciennes
en éducation spécialisée, on a 29 600 individus, mais on a l'équivalent de
11 300 personnes équivalents temps plein. Donc, j'ai un problème, j'ai un
problème parce que ça ne balance pas. Même chose pour les éducatrices en milieu
scolaire, j'ai 38 000, 39 000 personnes en individuel, mais j'ai
10 011 éducateurs, éducatrices équivalents temps plein. Donc là, ce que ça
fait sur le réseau, c'est que ça met énormément de pression. Et les gens, là,
quand il y a de la précarité, bien, on l'associe directement à la pénurie de
main-d'oeuvre, parce que les gens... Tout coûte plus cher. Les gens décident
d'aller ailleurs, décident d'aller travailler pour un autre emploi, mieux
rémunéré, plus d'heures.
Donc, le choix n'est pas difficile à
faire, mais on est en train malheureusement de nous éviter d'offrir des
services encore meilleurs que ce qu'on offre présentement, avec du temps de
qualité pour pouvoir réaliser nos interventions.
Mme Cadet : Oui, puis,
j'imagine, parfois, il y a du cumul de postes aussi. Donc, une telle
disposition dans le projet loi, ça rendrait ça beaucoup plus difficile pour
vous à opérationnaliser sur le terrain concernant le cumul de postes.
M. Pronovost (Éric) : Beaucoup
plus difficile. Puis, vous savez, entre...
M. Pronovost (Éric) : ...ceux
qui peuvent porter des signes... tu sais, garder leurs vêtements versus
d'autres, les nouveaux arrivés, comment on va gérer ça sur le terrain? Comment
on va travailler aussi là-dessus? Ça va être très compliqué dans le réseau, et
c'est pour ça que nous, bien, comme mon collègue M. Gingras l'a dit, c'est un
moratoire qu'on veut pour pouvoir en discuter, pouvoir jaser, ne pas rien
prendre de décisions trop rapides et qu'on n'ait pas le temps de travailler
adéquatement puis qu'on... et de le mettre en place. Ça, c'est ça qui est
important.
Mme Cadet : Sur la question
des congés, je vous ai entendu tantôt, vous nous disiez essentiellement :
En ce moment, avec les ententes locales, donc, il y a des journées flottantes
qui sont négociées. Donc, oui, c'est négocié par centre de services scolaires,
là, par définition, c'est local. Mais, de façon générale, l'équité qui est
visée, parce que, comme vous, on est en accord avec les objectifs... mais, au
niveau du moyen qui est apporté par le ministre, ce que vous dites, c'est d'arrêter...
Il y a déjà cette équité-là qui existe sur le terrain.
M. Landry (Jacques) : Oui,
c'est ce qu'on vient dire, là, c'est... Puis c'est de milieu en milieu. Puis,
des milieux où c'est... où ça a lieu, ça fait déjà plusieurs années que ça
fonctionne comme ça puis ça a toujours fonctionné comme ça. Puis il n'y a pas
de... il n'y a pas de problème, là. Ça va de soi, là.
M. Gingras (Éric) : Et, à
l'image... et peut-être à l'image de l'ensemble du projet de loi, les endroits
où c'est le cas, où il y a une iniquité, c'est peu nombreux. Là, ce qu'on fait
avec ça, c'est qu'on ratisse encore une fois à la grandeur du Québec, donc on
enlève les endroits où ça va bien, où il n'y a pas de problème et...
Mme Cadet : Alors, justement,
là-dessus, parce que j'ai très peu de temps, le projet de loi a été déposé en
raison du cas Bedford. Est-ce que vous pensez que ce projet de loi empêcherait
un autre Bedford de se produire?
M. Gingras (Éric) : Ce projet
de loi là aide à la laïcité, amène des éléments intéressants, mais rien en lien
avec Bedford qui aurait pu être réglé, qui devait être réglé en relation de
travail ou avec les différents mécanismes qui existaient déjà.
Mme Cadet : Oui. Il me reste
encore un petit peu de temps. Je reviens donc sur les autres aspects qui ne
concernent pas la laïcité, parce qu'en fait vous, vous demandez le retrait de
ces dispositions-là. Donc, tout ce qui concerne donc l'évaluation des
enseignants, la planification, donc, vous, vous vous dites : En fait,
c'est... C'est parce que c'est déjà le cas sur le terrain ou parce que ça amène
des dédoublements, un alourdissement?
M. Gingras (Éric) : Mes
collègues de la FSE, la vice-présidente, le président, hier, ont été très
éloquents, ont très bien placés ça...
La Présidente (Mme Dionne) : Je
suis désolée, c'est tout le temps qu'on...
M. Gingras (Éric) : Ça existe
déjà.
La Présidente (Mme Dionne) : Désolée,
je dois intervenir. Je cède maintenant la parole à M. le député de
Matane-Matapédia pour une période de deux minutes 40 s.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. On assiste dans notre société à
un retour du religieux. Au plan personnel, ça appartient à la spiritualité de
chacun, mais il y a la sphère publique. Puis on a une responsabilité comme élu
de s'assurer de la laïcité, de son application des grands principes.
Évidemment, il y a des gestes qu'on peut faire. Par exemple, sur les lieux de
prière, on n'a pas eu besoin de légiférer, le ministre a envoyé un avis à tout
le monde puis ça a été suivi. Par exemple, vous indiquez qu'on pourrait mieux
appliquer ce qui existe comme règle présentement puis on n'aurait peut-être pas
besoin de légiférer pour atteindre les objectifs du suivi de Bedforf. Parce que,
si on se concentre uniquement là-dessus, comment faire en sorte que ça ne se
reproduise pas?
Je vais poser une question plus générale.
Moi, ce retour du religieux, notamment dans la sphère publique, il m'inquiète.
Ma question. Est-ce que vous le constatez et qu'est-ce que vous êtes prêt à
faire de plus pour garantir la laïcité? Est-ce que quelque chose que votre
syndicat est prêt à faire de plus pour contribuer avec nous, les
parlementaires, à ce qu'on préserve la liberté de conscience et la laïcité de l'école?
M. Gingras (Éric) : Demander
un moratoire.
M. Bérubé : Sur?
M. Gingras (Éric) : Sur le
port des signes religieux, c'est ce qu'on fait, O.K., à... pour dire ce sera
quoi, l'impact. Parce qu'on comprend ce qu'on tente de faire. On est d'accord
avec les objectifs. Par contre, bien que vous vous questionniez sur la montée
du religieux, la présence du religieux, nous, on se questionne sur nos
problèmes dans notre réseau, sans quoi, je suis certain, vous questionnez
aussi. Et, lorsqu'on pense que ce qui est sur la table, présentement, pour la
laïcité, va avoir des impacts négatifs dans un réseau qui n'a pas besoin
d'impacts négatifs.
M. Bérubé : Je suis très
sensible à ça. Par exemple, la question de l'évaluation, je trouve que c'est trop,
ce qu'on demande. On n'a pas besoin d'ajouter ça. Ça, je suis sensible à ça.
Mais, de façon générale, comme vous prenez position sur toutes sortes d'enjeux,
est-ce que vous êtes prêts à faire quelque chose de plus de votre propre
initiative pour réaffirmer la laïcité et que vous comprenez le... je dirais la
bataille qu'on mène, soit les parlementaires qui veulent s'assurer de ça? C'est
le cas du ministre puis et c'est mon cas aussi.
La Présidente (Mme Dionne) : En
30 secondes, M. Gingras.
M. Gingras (Éric) : Écoutez,
je dois vous... je dois vous dire que j'ai peine à comprendre qu'est-ce qu'on
peut faire de plus que se présenter ici, à être d'accord avec les... se
présenter ici, être d'accord avec les objectifs, dire que c'est louable, c'est intéressant,
mais il faut quand même, certains, se questionner sur les impacts d'autres
choses qui ne sont pas de l'ordre du religieux.
M. Bérubé : Mais, si ce
n'était pas du projet de loi, il y a-tu d'autres...
M. Bérubé : …chose que vous étiez
prêt à faire?
M. Gingras (Éric) : Bien,
c'est quand même… c'est quand même beaucoup.
La Présidente (Mme Dionne) :
Malheureusement… Merci. C'est malheureusement tout le temps qu'on avait pour
ces échanges. Merci infiniment pour votre contribution à ces travaux.
Pour ma part, je suspends quelques
instants pour accueillir notre prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 17)
(Reprise à 12 h 20)
La Présidente (Mme Dionne) : La
commission reprend maintenant ses travaux. Donc, nous accueillons notre
prochain groupe, soit l'Association montréalaise des directions
d'établissements scolaires. Donc, avec Mme Kathleen Legault, Mme Christine
Villiard, Julie Dessureault, et M. Sébastien Cléroux. Donc, bienvenue cette
commission. Je vous rappelle que vous disposez d'un temps de 10 minutes
pour nous faire part de votre exposé et ensuite nous procéderons à une période
d'échange avec les membres de la commission.
Mme Legault (Kathleen) : Mme
la Présidente, Mmes et MM. les parlementaires, je me présente, Kathleen
Legault, présidente de l'AMDES, l'Association montréalaise des directions
d'établissements scolaires, qui représente 90 % du personnel de direction
des écoles et des centres de formation qui desservent 230 000 élèves
jeunes et adultes à Montréal. Et je suis accompagnée de trois directions
actuellement en poste.
Alors, dans un contexte de gestion déjà
très exigeant, les directions assistent à la multiplication des demandes d'accommodement
pour motifs religieux.
Malgré les défis, elles fondent leur décision sur le
bien-être des élèves, la recherche d'un climat sain et sécuritaire et une
volonté de favoriser le vivre-ensemble. Des situations récentes, largement
médiatisées, ont révélé une non-application de la
loi sur la laïcité de l'État
et, dans certaines écoles, des enjeux quant à la qualité des services éducatifs
offerts aux élèves. Le rapport d'enquête sur les 17 écoles a notamment
confirmé que les demandes d'accommodement pour motif religieux étaient gérées
différemment d'un centre de services scolaire à l'autre ou d'un établissement à
l'autre. Ces événements préoccupants confirment l'urgence de mettre en place
des mesures visant à protéger les milieux, mieux encadrer certains comportements
et corriger les situations problématiques, ce que les lois actuelles n'ont pas
permis de faire, notamment…
Mme Legault (Kathleen) : ...du
personnel enseignant. Au fil des décennies, l'école montréalaise a accueilli
plus d'immigrants que partout ailleurs au Québec. Elle a développé une
expertise pour assurer la réussite des élèves de diverses cultures s'exprimant
à leur entrée à l'école dans d'autres langues que le français.
C'est fort de cette expérience que nous
avons analysé les dispositions du projet de loi n° 94 sur trois... sous
trois aspects : la qualité des services éducatifs, la gestion des
établissements et la gouvernance des instances locales. Nous nous sommes posé
la question : Est-ce que les mesures proposées sont suffisamment structurantes
et efficaces pour éviter des dérives comme celle de l'école Bedford ou d'autres
établissements enquêtés? Nous aurions aimé répondre oui, mais malheureusement
nous n'en sommes pas certains. Car si ces mesures prévues au projet de loi n° 94
peuvent avoir certains mérites, il est clair pour nous que les dérives
auxquelles nous avons assisté sont dues essentiellement au fait que les
directions ne disposent pas des outils disciplinaires que possèdent tous les
autres patrons pour régler les problèmes de personnel récalcitrant. Ce sont ces
outils que nous réclamons pour faire la différence, notamment au niveau de la
qualité des services éducatifs, une responsabilité qui nous incombe. Donc,
notre message est clair : donnez-nous les moyens d'agir.
Bien qu'il soit déjà possible d'obtenir
les planifications pédagogiques des enseignants, cet ajout à la
Loi sur
l'instruction publique confirme notre légitimité à en faire la demande, ce qui
est bien. Mais pour qu'on puisse assurer qu'elles soient réellement mises en
œuvre, il faut avoir le droit... ajouter le droit pour les directions de se
présenter en tout temps en classe pour observer la réalisation de ces
obligations.
Quant à l'évaluation annuelle des
enseignants, c'est une mesure mur à mur très... très lourde d'application pour
corriger des situations ponctuelles. Nous recommandons plutôt des rencontres
professionnelles annuelles pour discuter d'enjeux pédagogiques, de
planification, d'encadrement des élèves, de besoins de formation, etc.
Cependant, les directions devraient pouvoir déclencher plus facilement un
processus d'évaluation formelle du personnel, expérimenté ou non, permanent ou
non, pour lequel les rencontres professionnelles ou les mesures de soutien
n'ont pas suffi à démontrer les compétences requises. Bien que ces cas soient
rares, nous devons pouvoir agir plus vite lorsqu'ils surviennent. Concrètement,
nous devons concentrer nos énergies là où il y a des problématiques et/ou si
nous avons des doutes sur la compétence de l'enseignant. De plus, il faut
officialiser la possibilité pour la direction d'imposer des formations. Nous
sommes en accord... Non, non...
Portons maintenant un regard sur la
gestion des établissements scolaires. Nous accueillons favorablement le
renforcement des valeurs démocratiques et québécoises, la reconnaissance de
l'égalité entre les personnes et l'obligation du visage découvert. Bien que
nous sommes conscients que le port de signes religieux n'est pas la source des
problèmes répertoriés dans les écoles et que l'élargissement de cette
interdiction à tous les membres du personnel ne garantit pas la neutralité
religieuse des établissements, nous sommes majoritairement en accord avec cette
mesure. Cependant, nous craignons qu'elle aggrave la pénurie de personnel,
particulièrement celle du personnel de soutien, qui représente près de
40 % du personnel de nos établissements. Le fait que cette interdiction
s'applique aussi aux autres intervenants dans l'école — contractuels,
animateurs, parents bénévoles — suscite aussi des inquiétudes. Nous
pouvons cependant espérer que l'élargissement de l'interdiction à d'autres
corps d'emploi contribue, du moins à moyen terme, à renforcer l'image de
neutralité religieuse de nos établissements.
Pour ce qui est des éléments pour lesquels
aucun accommodement, dérogation ou adaptation ne peut être accordé pour motif
religieux, nous demandons des clarifications concernant les aliments offerts
dans les établissements, par exemple au Club des petits déjeuners, repas
offerts au personnel, etc.
Par ailleurs, nous sommes tout à fait
d'accord à reconnaître une place de choix du français dans nos écoles. C'est
essentiel. Cependant, soucieux du bien être des jeunes récemment arrivés au
Québec, nous demandons qu'il soit possible pour les intervenants d'utiliser
occasionnellement une autre langue dans les deux premières années à l'école des
clientèles immigrantes dans le but de favoriser la réussite des élèves.
Pour ce qui est de la gouvernance dans les
conseils d'établissement, nous accueillons favorablement l'ajout du...
Mme Legault (Kathleen) :
…d'éthique et de déontologie qui pourrait être élaboré par le ministère de
l'Éducation, alors que les manquements à ce code, sauf s'ils sont graves,
devraient être gérés par le centre de services scolaire.
Pour conclure, au quotidien, les
directions se retrouvent seuls en autorité dans l'établissement à gérer des
situations de plus en plus complexes, à faire face à des parents parfois
vindicatifs ainsi qu'à des membres du personnel qui font parfois front commun.
Dans ce contexte, même des directives claires peuvent constituer des défis
d'application. Qu'adviendra-t-il si nous ne réussissons pas à recruter de
nouveaux personnels qui accepteront… accepteront de ne pas porter de signes
religieux dans les services de garde, pour le service de dîner, comme
éducateurs spécialisés, orthophonistes, conseillers pédagogiques? Comment
allons-nous gérer ces mères qui se présenteront avec le visage couvert pour
rencontrer des intervenants de l'école alors que nous devons leur interdire
l'entrée? Quel impact cela aura-t-il sur l'indispensable lien de confiance
entre la famille et l'école? Parviendrons-nous à recruter des parents bénévoles
pour la bibliothèque scolaire ou les sorties éducatives?
Les directions devront être mieux
soutenues par les centres de services scolaires en termes de services-conseils
et d'outils pour gérer les demandes d'accompagnement… d'accommodement,
excusez-moi, d'exemption et les droits acquis pour le personnel permanent et
temporaire. Plus les consignes seront claires, plus nos actions seront
équitables et uniformes d'une école à l'autre et moins nous serons sous
pression. Car il ne faut pas minimiser le fait que dans la grande région de
Montréal, certains groupes religieux se structurent souvent autour de lieux de
culte ou de centres communautaires pour faire la promotion d'autres valeurs que
les valeurs québécoises et tenter d'influencer certaines instances de
gouvernance.
En terminant, nous tenons à vous remercier
pour cette invitation à participer aux travaux de la commission et nous vous
assurons de notre collaboration pour la suite.
La Présidente (Mme Dionne) :
Merci beaucoup, Mme Legault pour cette intervention. Donc, nous allons débuter
la période d'échange. M. le ministre, je vous cède la parole pour une période
de 11 minutes 30.
• (12 h 30) •
M. Drainville : Très bien,
très bien. Merci. Merci, Mme Legault et les trois directeurs, directrices qui
vous accompagnent. Merci beaucoup de votre participation. Bien, c'est un
mémoire très intéressant. Je le trouve très nuancé. Je constate que vous
maintenez votre prédisposition positive, favorable au projet de
loi sur nombre
d'enjeux, comme vous l'avez fait dès le départ, dès le dépôt, Mme Legault, vous
avez manifesté, je dirais, une ouverture très positive, pour ne pas dire un
appui au projet de loi, un appui avec des nuances comme il se doit.
Sur la… Sur la question des congés
religieux, là, j'ai vraiment des signaux très, très différents d'un intervenant
à l'autre. Dans certains cas, comme c'était le cas du groupe précédent, on m'a
dit : Écoutez, ça se fait déjà, c'est les congés flottants. D'autres me
disent : c'est les congés pour force majeure qui sont utilisés, d'autres
me disent : c'est des congés personnels qui sont utilisés. Bon, pendant ce
temps, aux centres de services scolaires de Montréal, il y a eu
3 600 congés religieux en deux ans et demi. Ça, ce sont les chiffres
mêmes du Centre de services scolaire de Montréal, là. Ça fait que visiblement,
en tout cas, au Centre de services scolaire de Montréal, il se donne beaucoup
de congés religieux, donc à des personnes qui se réclament d'une religion. Et
évidemment, ça crée un sentiment d'iniquité auprès de certains collègues qui
n'ont pas de religion et donc qui n'ont pas droit à ces congés supplémentaires
payés.
Dites-moi Mme Legault, ou sinon, les
personnes qui vous accompagnent, comment vous les gérez, vous, les demandes de
congé religieux actuellement et comment est-ce que le projet de loi va vous
aider à mieux les gérer à l'avenir pour assurer plus d'équité entre les membres
de l'équipe-école?
Mme Legault (Kathleen) : Bien,
d'abord, on est d'accord avec l'idée qu'on ne devrait pas avoir plus de congés
payés, donc, ça...
M. Legault : Parce qu'on a une
religion. Oui, c'est ça?
Mme Legault (Kathleen) : Oui.
Et effectivement, c'est géré différemment d'un centre de services scolaire à
l'autre, même sur l'île de Montréal et comment… comment on peut accepter que ce
soit géré différemment? Alors, si les ententes locales présentes permettent que
ce soit équitable, bon, ça peut toujours… ça peut toujours se gérer comme ça.
Mais effectivement, le fait qu'ils soient payés systématiquement et qu'ils
s'ajoutent aux centres de services scolaires de Montréal contribue sans doute à
ce qu'on en reçoive un nombre élevé. Puis je vais laisser Julie poursuivre sur
comment on les attribue dans les établissements…
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) Mme Dessureault (Julie) : ...donc
directrice du Centre services scolaires de Montréal dans le Petit Maghreb. Je
fais
partie des statistiques, j'en reçois énormément. Nous... Effectivement, ça
crée de la frustration chez les membres du personnel qui n'ont pas accès à ces
congés-là, je vous le confirme. Ce qu'on regarde, peut-être que le fait que ce
soit dans les journées de nature personnelle, ça va faire en sorte que je vais
en avoir moins. Le fait qu'on ne soit pas capable d'identifier clairement, une
semaine à l'avance, ça va tomber sur quel jour? Je vous avoue que la femme de
sciences en moi a beaucoup de difficulté à comprendre ça. Comment ça se fait qu'une
semaine à l'avance on n'est pas capable de savoir elle va être où la Lune, là?
Ce n'est pas les mêmes paramètres, tout dépendant des personnes.
Donc, on regarde combien nous recevons de
demandes, le fait que ce soit un congé de nature religieux. Ça fait qu'ils
peuvent nous le demander... doivent nous le demander une semaine à l'avance. Un
congé de nature personnelle, c'est beaucoup plus serré comme délai. Une semaine
à l'avance. Mais là, on regarde. Est-ce que je suis en mesure, moi, d'offrir le
service? Est-ce que je suis en bris de services? Si on est en bris de service,
bien là, à un moment donné, on regarde combien est-ce qu'on est capable d'en
allouer. Parce qu'on est en pénurie de suppléants, là, combien est-ce que je
suis capable de me permettre des personnes en congé ou des secrétaires? Moi,
toutes les secrétaires partent cette journée-là. Et si je ne suis pas en mesure
de l'autoriser à tout le monde, on fait une pige au sort et l'année suivante,
bien, ils ne seront pas les... à prioriser. Ceux qui auront eu leur congé ne
seront pas priorisés dans la pige au sort. Est-ce que c'est clair comme
réponse?
M. Drainville : Bien, c'est-à-dire
que ça me donne des éléments d'information, mais j'essaie juste de comprendre.
Vous dites : Pour ce qui est des congés religieux, il faut qu'ils nous le
demandent une semaine à l'avance.
Mme Dessureault (Julie) :
Oui.
M. Drainville : Bon. Alors, est-ce
qu'ils le font? Est-ce qu'ils vous le demandent une semaine à l'avance ou pas?
Mme Dessureault (Julie) : Certains.
Il y en a d'autres qu'il faut que je leur rappelle parce qu'il faut que j'arrive
à me faire une tête. Donc, quand ça arrive quatre jours à l'avance, mais je
peux leur dire : Écoutez, je ne suis pas en mesure de vous accommoder.
M. Drainville : Il arrive
quoi pendant ce temps-là?
Mme Dessureault (Julie) : Certains
vont le prendre en journée de maladie, certains vont rentrer.
M. Drainville : Puis certains
vont rentrer au travail, dites-vous?
Mme Dessureault (Julie) : Oui.
M. Drainville : Puis ceux qui
vous parlent de congé religieux, qui vous demandent carrément un congé
religieux, est-ce qu'ils le nomment comme ça? Ils disent : C'est pour ma
religion.
Mme Dessureault (Julie) : Oui,
oui.
M. Drainville : Puis vous
vous... Si c'est une semaine d'avance, vous devez l'accorder?
Mme Dessureault (Julie) : Dans
la mesure du possible.
M. Drainville : Puis ça, qu'est-ce
qui vous oblige à le donner dans la mesure du possible?
Mme Legault (Kathleen) : Nos encadrements.
Alors, nous, on a...
M. Drainville : Les règles du
centre de services, Mme?
Mme Legault (Kathleen) : Oui,
oui, on a un encadrement. Donc, c'est-à-dire qu'il y a des principes à
regarder. Il faut s'assurer, là, qu'on ne mette pas en péril la qualité des
services éducatifs, qu'on est capable de remplacer les gens. Puis Julie parlait
d'une pige au sort, dans d'autres milieux, c'est l'alternance et on... peut-être
que, dans mon école, je peux en accorder cinq, peut-être que, dans l'autre
école à côté, ils peuvent en accorder 20. Puis... puis aussi où avec les gens
du service de garde, souvent, ce que les gens m'ont demandé, c'est de modifier
leurs heures de travail, donc ils vont échanger. Donc des fois, on peut
accommoder aussi des modifications dans leur horaire de temps.
M. Drainville : Donc, Mme
Dessureault, quand je vous dis, moi... quand on vous dit, dans le projet de loi :
Dorénavant, vous allez pouvoir refuser les congés religieux qui mettent à
risque la qualité des services éducatifs. Ça vous donne un outil pour dire :
Dorénavant, quand tu vas me demander un congé religieux, que ce soit cinq jours
avant ou trois jours avant ou sept jours avant, ça va être non.
Mme Dessureault (Julie) : Ça
va me donner un levier, effectivement. Toutefois, un congé de nature personnelle,
la personne peut me le demander 24 ou 48 heures avant. Donc, à partir...
il faudrait garder un délai raisonnable pour demander un congé religieux qui
serait pris dans la banque de congés de nature personnelle. Comprenez-vous la
nuance?
M. Drainville : Oui, les
congés personnels, il y en a combien dans la banque?
Mme Dessureault (Julie) : Deux.
M. Drainville : Il y en a
deux. Puis est-ce qu'ils sont obligés de le justifier? Est-ce que, quand ils
vous le demandent, est-ce qu'ils doivent.
Mme Dessureault (Julie) : Non.
M. Drainville : Non. Donc,
ils pourraient décider de le prendre dans leur banque de congés personnels sans
vous dire que c'est pour des raisons religieuses.
Mme Dessureault (Julie) : Effectivement.
M. Drainville : Sauf qu'ils
ne pourront pas en prendre plus que deux.
Mme Dessureault (Julie) : Deux,
et ils ne pourront pas en prendre plus que deux, et ça fait
partie de leurs six
journées de maladie. Les congés de nature personnelle sont dans leur banque de
congés de maladie.
M. Drainville : O.K.
Mme Dessureault (Julie) : Donc,
dans la banque de congés de maladie, l'employé — mais ce que je te
parle, ça, c'est surtout, oui, l'employé — a deux occasions de me
dire je serai absent vendredi prochain. Il n'est pas en train de me dire je
vais être malade vendredi prochain. Bien a. Avant que ça apparaisse, c'était
M. Drainville : Donc, sans
donner la raison...
M. Drainville : ...il y
en a deux, c'est des congés personnels, les quatre autres qui font
partie de la
banque de congés de maladie.
Mme Dessureault (Julie) : C'est
des journées de maladie, des journées de responsabilité familiale.
M. Drainville : Et là, est-ce
qu'ils sont obligés de justifier que c'est... qu'ils étaient vraiment malades,
ou comment vous gérez ça, les...
Mme Dessureault (Julie) : Ils
nous disent s'ils ont été malades ou s'ils étaient en responsabilité familiale.
Évidemment, on ne peut pas exiger de preuves. Avant, quand on avait trois jours
consécutifs que l'enseignant était absent puis qu'on avait des doutes, on
pouvait demander un billet médical. Là, c'est beaucoup plus long avant qu'on
puisse exiger un billet médical, il faut qu'on ait des doutes sérieux.
M. Drainville : Donc, pour
les quatre autres congés qui appartiennent à la banque de congés de maladie.
Dans le fond, ce que vous me dites, c'est que vous faites confiance.
Mme Dessureault (Julie) :
Oui.
M. Drainville : Dans la
majorité des cas, là, vous allez dire : Bien là, tu me dis que tu as été
malade, je te crois sur parole.
Mme Dessureault (Julie) : On
n'a pas bien, bien, le choix, là, parce qu'on a eu une consigne ministérielle
de ne pas exiger de billet médical pour ne pas embourber le réseau de la santé.
M. Drainville : D'accord. Sur
le droit pour les directions de se présenter, en tout temps, en classe pour
observer la réalisation des planifications, Mme Legault, moi, je pense que vous
avez déjà ce droit en fonction du droit de gérance.
Mme Legault (Kathleen) : En
fait, vous savez, on peut déjà demander les planifications pédagogiques, on va
le mettre dans la loi. On peut déjà faire des rencontres professionnelles, on
va le mettre dans la loi, et ça donne une force quand c'est dans la loi. Alors,
c'est vrai qu'on peut, mais ce n'est pas toujours si simple quand...
Sincèrement ou concrètement, si c'était dans la loi, ça renforcerait notre
droit à le faire.
M. Drainville : Mais
expliquez-moi, qu'est-ce qui arrive? Mettons qu'une directrice veut aller
vérifier dans la classe que la planification stratégique... planification pluriannuelle,
dis-je bien, qui vous a été donnée au début de l'année, qu'elle est bel et bien
respectée dans l'enseignement. Bon. Vous arrivez à la porte de la classe, vous
cognez puis vous ouvrez la porte, il va arriver quoi, l'enseignante va vous
dire : Tu n'as pas le droit d'être dans ma classe?
Mme Legault (Kathleen) : Bien,
en fait, ça pourrait être variable, évidemment, on parle dans le cas
d'enseignants problématiques. On avait vu des gens qui avaient placardé leurs
portes, qui arrêteraient d'enseigner quand on entre dans la classe. Il y a
toutes sortes de manifestations d'opposition qu'on pourrait voir, alors que le
fait que de nous l'octroyer officiellement, légalement, ça donnerait juste de
la légitimité et ça faciliterait notre travail.
• (12 h 40) •
M. Drainville : Et si on le
mettait dans le guide ministériel? Parce que vous savez que le projet de loi
prévoit un guide en matière d'évaluation et de planification, on pourrait le
mettre dans ce guide-là. Vous, je comprends que vous préféreriez que ce soit
dans la loi, mais si on le mettait dans le guide ministériel, ce serait déjà
une poignée de plus quand même, non?
Mme Legault (Kathleen) : Le
guide est à l'intention des directions ou est à l'intention des enseignants?
M. Drainville : Le guide, il
est à l'intention de tout le monde.
Mme Legault (Kathleen) : O.K.
Il est à l'intention de tout le monde.
M. Drainville : Bien oui...
Mme Legault (Kathleen) : Ça
pourrait...
M. Drainville : ...on va
l'envoyer au réseau. Il va viser à la fois les responsabilités des directions
d'école puis il va viser aussi les responsabilités des... du corps enseignant.
Mme Legault (Kathleen) : Mais
ça pourrait être une solution, ce qui serait déjà un pas dans la bonne
direction. Nous, tout ce qui confirme nos droits de gérance et qui leur donne
de la solidité, on est d'accord avec ça.
M. Drainville : Voyez-vous,
ce qui est écrit ici, c'est que «le ministre élabore à l'intention des
directeurs d'établissement un guide proposant des bonnes pratiques en matière
de planification pédagogique et d'évaluation des contributions des enseignants
au projet éducatif.» Donc, déjà, la loi vous donne cette possibilité-là. Vous
proposez, si je vous comprends bien, peut-être qu'il faudrait élargir le guide
également aux enseignants.
Mme Legault (Kathleen) : Ce
n'est pas nécessairement ça qu'on proposait, mais...
M. Drainville : Ça pourrait.
Mme Legault (Kathleen) : ...vous
comprenez que ce n'est pas la même chose puisque...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est malheureusement tout le temps qu'on a pour cet échange. Je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Bourassa-Sauvé, porte-parole de
l'opposition officielle, pour une période de 8 minutes...
8 min 37 s, pardon.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, mesdames. Bonjour également à vous, M. Cléroux. Merci
d'être avec nous aujourd'hui et merci pour la transmission de votre mémoire.
Je vais peut-être aller, donc, sur la même
thématique que... le même sujet que vous avez discuté avec le ministre sur la
question, donc, de la banque de congés, parce que je n'ai pas nécessairement,
donc, tout à fait, donc, saisi l'ensemble des nuances que vous... apporter.
Donc, le groupe précédent... Il y a beaucoup de groupes, en fait, qui sont
venus précédemment, donc, nous ont parlé, donc, de la question, donc, des ententes
locales. Donc, on comprend bien que, par centre de services scolaires, que les
ententes sont négociées différemment au niveau de la banque de congés, mais que
c'est effectivement, donc, ce cadre-là, et, Mme Legault, vous l'avez bien
exposé, effectivement, donc, un certain cadre, là, au niveau de la capacité de
pouvoir octroyer certains... certains aménagements. Mais, de façon générale,
par centre de services scolaires, donc, il va y avoir...
Mme Cadet : ...leviers qui
sont donnés. Là, ce que vous nous dites, c'est que dans votre centre de
services scolaire, donc Mme Dessureault, donc vous, selon vous, donc,
l'entente qui a été négociée n'est pas satisfaisante pour permettre d'encadrer
avec équité l'octroi des congés, c'est ça?
Mme Dessureault (Julie) : Présentement,
dans mon centre de services scolaire, quelqu'un qui prend un congé religieux,
c'est une journée de plus de congés qu'il a. Donc, si quelqu'un ne me fait pas
part qu'il fait
partie d'une religion, il n'a pas ces congés-là. Donc, ces
gens-là ont deux congés de plus dans l'année. Et, effectivement, ce sont des
frustrations qui sont nommées par les membres du personnel de l'école.
Mme Cadet : O.K., merci. Donc
là, je comprends bien. Maintenant, le groupe précédent est venu nous dire...
Donc, évidemment, donc, eux, ils nous parlaient, donc, de journées flottantes,
donc, dans leur réalité à eux, mais ils sont essentiellement venus nous dire
qu'ils préféraient que les partis puissent préserver l'autonomie, donc, de
négocier entre elles certaines ententes qui soient le plus équitable possible.
Ce qu'on entend, c'est que, dans certains
milieux, que c'est tout à fait équitable. Certains nous ont parlé effectivement
de force majeure, d'autres de journées flottantes, donc on nous a dit que ça
fait
partie intégrante d'une banque en tant que telle. J'ai cru voir l'entente
liée au Centre de services scolaire de la Pointe de l'île, par exemple, où on
comprend qu'il y a effectivement des congés religieux, mais qui sont à
l'intérieur d'une certaine banque, mais chez vous, ça a été négocié
différemment. Et est-ce que vous croyez que, dans le fond, ce serait mieux
qu'il y ait une balise qui vienne d'en haut, qui soit uniformisatrice ou que
les centres de services scolaires et les autres partis puissent préserver
l'autonomie de se négocier des ententes au niveau de la banque de congés de
façon générale, incluant ou pas une banque de congés religieux? Ce serait à...
des partis de décider de se l'octroyer.
Mme Dessureault (Julie) : C'est
sûr que moi, je suis dans une réalité qui est très montréalaise. C'est un enjeu
à Montréal. C'est un enjeu dans mon quartier de Montréal. C'est délicat de me
prononcer pour la Gaspésie, par exemple. Donc, M. Drainville a nommé des
statistiques qui sont très parlantes par rapport à ces demandes de congé là,
qui nous amènent des fois à être sur le point d'être en bris de service, là,
que je n'ai pas suffisamment d'adultes pour avoir un adulte dans la classe.
Mais là, est-ce que ça vaut la peine de l'étendre à l'ensemble du Québec? Je
trouve que je ne suis pas la meilleure personne pour nommer ça, là, ça va
au-delà de mon champ d'expertise. Est-ce que c'est un enjeu chez nous? Oui.
Mme Cadet : Je comprends.
Merci. Là, vous venez de parler de bris de service. Le groupe précédent, donc,
nous parlait de leur approche qu'eux nommaient de pragmatique. Certains autres
groupes aussi dans le milieu de l'éducation nous ont évoqué, donc, certaines
craintes au niveau de potentiels bris de service en raison de l'adoption des
mesures, des dispositions qui concernent le port de signes religieux. Je crois
vous avoir aussi entendu en début d'allocution, donc, nous dire que vous êtes
en faveur sur le principe, mais que, sur l'application, que ça pourrait
occasionner certains défis au niveau du recrutement. J'aimerais vous laisser
élaborer sur ce point-là.
Mme Legault (Kathleen) : Oui.
Effectivement. Est-ce que tu veux nous parler de comment ça peut affecter,
exemple, un service de garde dans une école primaire?
M. Cléroux (Sébastien) : Je
suis à Saint-Léonard, donc voisin de Mme Julie, à la pointe de l'île. Chez
nous, j'ai un petit service de garde. J'ai 14 éducatrices, toutes de
religion musulmane...
Une voix : ...
M. Cléroux (Sébastien) : ...de
confession, merci, 12 sur 14 portant le voile. Alors, à moyen terme, quel effet
ça va avoir sur ma capacité à offrir un service de garde, moi ça m'inquiète. On
est d'accord avec le principe. Tantôt, on discutait du message que ça peut
envoyer, le port du voile, parce que c'est de ça majoritairement dont on parle.
On est tout à fait d'accord avec ça, mais, au niveau pratique, là, si l'année
prochaine ces gens-là ne peuvent pas travailler, moi, je n'ai pas de service de
garde puis j'ai des enfants qui n'auront pas leur personne... des enfants qui
n'auront pas leur personne de référence avec eux, là.
Mme Cadet : Oui, et
certaines... Et là on sait qu'il y a aussi certaines éducatrices en service de
garde aujourd'hui sont aussi aide à la classe. Donc, on sait que la rédaction
de la clause grand-père qui se trouve dans le projet de loi, et j'ai employé
des termes utilisés précédemment, donc attitrée au poste et pas nécessairement
la personne, vous, comment est-ce que ça complexifie votre tâche, que la clause
de droits acquis qui se retrouve au projet de loi soit aussi circonscrite?
M. Cléroux (Sébastien) : Au
niveau de l'aide à la classe?
Mme Cadet : Bien là, je
donnais l'exemple de l'aide à la classe, c'est-à-dire que... puisque vous
parliez des éducatrices en service de garde, donc on sait qu'elles peuvent
avoir, donc, certaines autres tâches, mais ce que je comprends du milieu, c'est
que les membres du personnel de soutien, contrairement aux enseignantes, ont un
peu plus, donc, de mobilité, donc, dans leurs tâches. Et là je donne cet
exemple qui est très prévalent.
M. Cléroux (Sébastien) : Bien,
effectivement, contrairement aux enseignants où la clause est assez facile à
gérer parce qu'une fois que je travaille, bien, je reste pas mal enseignant, à
moins que je change de centre de services où là ça ne s'applique plus ou que je
veuille donner direction où ma clause grand-père ne s'applique plus...
M. Cléroux (Sébastien) : …au
niveau des services de garde, on a un peu plus de… de mobilité. J'ai plusieurs
éducatrices qui font leurs cours pour devenir TES, par exemple, techniciennes
en éducation spécialisée ou secrétaire. Bien là, c'est sûr qu'on… ça l'a été
nommé auparavant, là, ça empêche les personnes, là, de…
Mme Cadet : Ça limiterait leur
promotion, oui.
M. Cléroux (Sébastien) :
…d'accéder… d'accéder à un autre poste, là, qui pourrait les intéresser,
effectivement.
Mme Cadet : Donc, ça
limiterait leur promotion et vous, ça complexifierait votre tâche au niveau du
recrutement et au niveau de…
M. Cléroux (Sébastien) : De
façon évidente.
Mme Cadet : O.K. Merci
beaucoup. Je laisse mon collègue de l'Acadie compléter notre temps.
M. Morin : Merci. Merci, Mme
la Présidente. Alors, Bonjour. Merci d'être là avec nous. Moi, j'aurais une
question un peu plus spécifique sur une des dispositions du projet de loi. Je
ne me souviens pas de l'avoir vue dans votre mémoire, mais peut-être y
avez-vous réfléchi, parce que vous représentez évidemment des directions, donc
vous allez devoir appliquer, n'est-ce pas, les différentes… mécanismes,
procédures qui vont venir avec le projet de loi.
À l'article 32 du projet de loi, il
va y avoir une modification apportée avec un nouvel
article qui va dire
spécifiquement : «Le centre de services scolaire s'assure que la conduite
des membres de son personnel et de toute personne appelée à dispenser des
services pour le compte de celui-ci, donc, c'est à peu près tout le monde, ou,
dans le cadre de la réalisation d'un projet pédagogique particulier, est
exempte de considérations religieuses.»
En tout cas, ce n'était pas très clair
pour moi, ce qu'on entend ou ce que le législateur veut dire par considérations
religieuses. Est-ce que vous avez eu la chance d'y réfléchir? Si vous aviez à
appliquer ça, comment vous le feriez? Et ça correspond à quoi pour vous des
considérations religieuses?
Mme Legault (Kathleen) : En
fait, on n'a pas réfléchi à cet aspect-là spécifiquement. Donc, je ne
m'aventurerai pas à vous donner une réponse actuellement.
M. Morin : Il y a d'autres
experts qui nous ont dit qu'au fond, ce que le projet de loi pourrait vouloir
corriger, ce sont des actes de prosélytisme. Quand j'ai lu votre votre mémoire,
le p.l. 94 réussirait-il à empêcher d'autres Bedford? J'ai cru comprendre…
La Présidente (Mme Dionne) :
Il vous reste 30 secondes, M. le député.
M. Morin : Bon, alors, si on
parlait de prosélytisme, est-ce que ce serait plus précis que des
considérations religieuses?
Mme Legault (Kathleen) :
Peut-être que oui. Mais nous, on est toujours d'avis que Bedford, c'est d'abord
une question d'encadrement des enseignants. Puis c'est pour ça qu'on réclame
plus de moyens. C'est certain que les dérives religieuses, on aurait pu les
cadrer beaucoup mieux si on avait eu plus de pouvoir pour intervenir, encadrer,
évaluer, comme on le dit dans notre mémoire.
La Présidente (Mme Dionne) :
Merci beaucoup.
M. Morin : Merci.
La Présidente (Mme Dionne) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Matane-Matapédia pour une
période de deux minutes 50.
• (12 h 50) •
Bérubé
Merci. Bienvenue. Vous savez que j'ai eu le plaisir d'enseigner sur votre
territoire à l'école Georges-Vanier de Villeray, plusieurs années de ça, une
des belles expériences de ma vie et j'en conserve vraiment, là, des très bons
souvenirs. Écoutez, on a accueilli les… Le Syndicat des enseignants,
enseignantes de Montréal, la FAE, qui est très présent à Montréal. Puis on leur
a posé la question, une ministre aussi, sur les responsabilités. Puis je
partage beaucoup des conclusions du ministre. Ils nous ont référé aux
directions. Ils ont parlé de vous. Alors, je ne sais pas si vous avez écouté
cette intervention-là. Ils ont dit : Il faut que ce soit les directions.
Vous êtes là. Qu'est-ce que vous leur répondez quand ils indiquent qu'ils font
leur travail, mais que c'est les directions qui devraient être davantage responsabilisées
pour ce qui s'est passé ou qui pourrait se passer dans l'avenir, dans des cas
où il y a de l'entrisme, par exemple, parce que nous, on dit ce mot-là.
Mme Legault (Kathleen) : Bien,
c'est sûr qu'on est responsable de la sécurité dans nos établissements. On est
responsable de la qualité des services éducatifs, donc on a clairement des
gestes à poser. Et jusqu'à un certain point, ils n'ont pas tort. Puis les
outils, parce que je sais qu'ils le disent, les outils dont on dispose, ils
sont suffisants et efficaces pour une grande majorité de cas.
Bérubé
Qu'est-ce qui manque?
Mme Legault (Kathleen) : Mais
comme on l'a dit dans notre mémoire, il faut… Parce que vous savez, ça… de la
façon que ça fonctionne, c'est qu'un enseignant arrive en poste, il est évalué
dans les deux premières années, puis il n'y a plus jamais d'évaluation
formelle, là, quand même qu'il travaillerait encore 30 ans, à moins, là,
de commettre une faute grave ou qu'on ait des… donc, ça, ça doit changer. Je
veux dire, dans l'évolution de la carrière, il y a des nouveaux programmes, il
y a des nouvelles matières, les connaissances sur l'apprentissage évoluent. Il
faut que la formation continue porte fruit. Et actuellement, on n'a pas de
levier d'évaluation. Et ce qu'on a vu dans le projet de loi, c'est... c'est
quelque chose qui se rapproche davantage à ce que nous, on appelle rencontre…
rencontre professionnelle, on rencontre le prof, on discute de ses enjeux, on…
tu sais, ça, c'est correct, on fait ça, mais, je veux dire, si le prof, là, il
n'est pas compétent, que c'est qu'on fait? C'est tellement compliqué.
Bérubé
: Dans
le cas d'un enseignant qui décide qu'une fillette ne peut pas faire son soccer…
M. Bérubé : ...ou que des
jeunes ne peuvent pas faire de la... Il me semble que ça s'évite dans une
école. Ce n'est pas trop long.
Mme Legault (Kathleen) : Ça
s'évite dans une école puis clairement le projet de loi va nous donner des
leviers pour intervenir. Ça, c'est un fait. Et si on a plus de leviers, mais on
peut intervenir plus rapidement. Ça fait que, jusqu'à un certain point, ce
qu'il y a dans ce projet de loi là nous protège en
partie de ce qu'on a vu dans
certaines écoles. Mais nous, on dit : Si on veut vraiment agir, quand les
gens n'enseignent pas tout le programme, parce que c'est ça aussi qu'on a vu...
Vous savez l'intervention...
La Présidente (Mme Dionne) : En
cinq secondes.
Mme Legault (Kathleen) : ...l'intervention
en classe, il faut aller en classe pour la voir.
M. Bérubé : Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup pour votre contribution à ces travaux.
Alors, compte tenu de l'heure, la
commission suspend ses travaux jusqu'à 14 heures. Merci à tous.
(Suspension de la séance à 12 h 53)
Haut de la page
14 h (version non révisée)
(Reprise à 14 h 08)
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
bon après-midi à tous! La Commission de la culture et de l'éducation reprend
ses travaux.
Donc, nous, pour les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 94, la
Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l'éducation et
modifier diverses dispositions législatives.
Donc, cet après-midi, nous entendrons les
personnes et organismes suivants, donc l'Association des commissions scolaires
anglophones du Québec, Mme Julie Larochelle-Audet, Corina Borri-Anadon, Sivane
Hirsch, Josée Charette et Hana Zayani, ainsi que le Protecteur national de
l'élève.
Donc, nous poursuivons avec nos prochains
invités. Donc, bonjour à tous et merci d'être à la commission. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour nous faire part de votre exposé et ensuite
nous procéderons à une période d'échange avec les membres de la commission.
M. Ortona (Joe) : Merci
beaucoup. Mme la Présidente, M. le ministre, Mesdames et Messieurs les députés
et membres de la commission, thank you for inviting us to present today on
Bill 94,
an Act to establish guidelines gouverning accomodations requests
within the administration and certain institutions.
I'm Joe Ortona, president
of the Québec English School Board Association
and I'm joined today by QESBA vice
president Christopher Craig, executive director Dace Meloche and Kim Hamilton,
director of Communications.
L'Association des
commissions scolaires anglophones du Québec exprime une profonde déception
ainsi qu'une vive préoccupation à l'égard du projet de loi n° 94. Ce
dernier propose d'étendre plusieurs dispositions relatives à la laïcité,
initialement introduite par la loi n° 21, encore plus largement au sein du
réseau de l'éducation. Il s'agit d'une mesure disproportionnée qui constitue
une réaction excessive à des situations isolées.
Ce qui s'est produit à l'école Bedford est
à la fois intolérable et injustifiable. Il demeure cependant un cas particulier
et, à ce titre, ne saurait justifier l'imposition généralisée de nouvelles
interdictions et obligations dans l'ensemble des établissements scolaires de la
province, a fortiori lorsqu'il est accompagné du recours à l'école à la clause dérogatoire.
Une telle approche repose sur une lecture exagérément alarmiste de faits
marginaux présentés comme s'ils révélaient une problématique systémique.
Sur le fond, ce projet de loi n° 94
méconnaît la réalité particulière des commissions scolaires anglophones qui se
distinguent par leur caractère institutionnel et leur modèle de gouvernance. En
plus de porter atteinte aux libertés fondamentales, notamment la liberté de
religion et le droit à l'égalité, il enfreint les droits à la gestion et au
contrôle communautaire expressément garantis à l'article 23 de la Charte
canadienne des droits et libertés.
• (14 h 10) •
M. Craig (Christopher) : Notre
mémoire expose les observations de l'ACSAQ quant à l'approche générale et aux
fondements du projet de loi n° 94. Il présente ensuite une analyse
structurée autour de quatre grands axes le caractère : le caractère
distinctif de la gouvernance de commissions scolaires anglophones, l'élargissement
des dispositions relatives à la laïcité, les mesures portant sur la gestion du
personnel enseignant, la création d'un comité de la qualité des services
éducatifs.
Le projet de loi n° 94 s'appuie
essentiellement sur deux documents : le rapport d'enquête sur l'administration,
l'organisation et le fonctionnement du Centre de services scolaires de Montréal
et de l'école Bedford, ainsi que le rapport de vérification des mesures prévues
par la
Loi sur la laïcité de l'État. Toutefois, une analyse rigoureuse de leur
contenu révèle des constats fragmentaires et ponctuels. Loin de constituer une
base factuelle suffisante pour légitimer l'adoption de nouvelles mesures
législatives contraignantes à l'échelle de l'ensemble du réseau scolaire, rien
dans les conclusions de ces rapports ne permet de conclure à l'existence...
M. Craig (Christopher) : ...d'un
problème systémique qui exigerait une intervention législative de cette
ampleur.
M. Ortona (Joe) : En
introduisant une législation d'une telle ampleur à partir d'un incident isolé,
le gouvernement fait preuve d'une généralisation indue. Une intervention
administrative ciblée, qu'il s'agisse d'une enquête locale, d'un rappel à
l'ordre ou d'un encadrement professionnel approprié, aurait été suffisante pour
répondre efficacement à la situation survenue à l'école Bedford.
Or, le projet de loi n° 94 adopte une
approche uniforme et généralisée, imposant de nouvelles obligations à
l'ensemble des enseignants du Québec, sans lien proportionnel avec l'incident
qui en est à l'origine. Une telle réponse structurelle, centralisatrice et
rigide apparaît manifestement disproportionnée.
Au-delà des considérations pédagogiques,
ce projet s'appuie sur une interprétation contestable du principe de laïcité pour
justifier une centralisation accrue des pouvoirs décisionnels en matière
éducative. Il contribue ainsi à la création d'un problème artificiel, utilisé
pour légitimer une logique de contrôle normatif rigide et uniforme.
Cette approche compromet l'équilibre
essentiel entre les devoirs professionnels des enseignants, les droits
fondamentaux individuels et les responsabilités institutionnelles des
commissions scolaires. Elle réduit l'autonomie professionnelle et affaiblit les
mécanismes locaux de gouvernance éducative.
Par ailleurs, plusieurs dispositions du
projet de loi entraînent des répercussions directes sur les conditions de
travail du personnel enseignant et de soutien. Or, ces aspects relèvent
traditionnellement du champ de la négociation collective entre les commissions
scolaires et les syndicats. En ce sens, les modifications proposées
s'apparentent davantage à une tentative de redéfinir unilatéralement des
ententes conventionnelles qu'à une réforme cohérente et concertée du système
éducatif québécois.
M. Craig (Christopher) : La
méthode législative retenue dans le projet de loi n° 94 soulève de
sérieuses préoccupations. Elle reflète une volonté de centralisation de pouvoir
au détriment de l'autonomie professionnelle du personnel enseignant et de la
capacité des établissements scolaires à traiter les situations particulières de
manière contextuelle et appropriée. En cherchant à encadrer de manière rigide
l'ensemble du réseau pour répondre à un incident isolé, le législateur affaiblit
inutilement des structures déjà munies des outils nécessaires à une
intervention adéquate.
Il est donc fondamental de questionner la
légitimité de cette réponse législative. Une politique publique rigoureuse doit
s'appuyer sur les faits documentés, les données probantes et une volonté claire
d'amélioration du système. Elle ne saurait reposer sur la gestion politisée de
ces anecdotes, au risque d'éroder la confiance dans les institutions et dans
ceux qui y travaillent au quotidien.
M. Ortona (Joe) : À la suite
de l'arrêt de la Cour d'appel du Québec sur le projet de loi n° 40, lequel
a conclu à l'inconstitutionnalité de la majorité de ses dispositions, les
commissions scolaires anglophones ont été confirmées dans leur statut et leur
légitimité juridiques.
Pourtant, le projet de loi n° 94
évite délibérément de mentionner les commissions scolaires, optant plutôt pour
une terminologie inspirée du modèle des centres de services scolaires instauré
par la loi 40. Ce choix n'est pas anodin. Il traduit une volonté implicite
d'imposer à l'ensemble du réseau une structure administrative centralisée,
subordonnée aux directives ministérielles, au mépris du rôle démocratique et
éducatif que remplissent les commissions scolaires anglophones.
La cour précise également, et je
cite : «Une mesure législative qui peut être appropriée pour la majorité
linguistique ne justifie pas automatiquement une atteinte au droit garanti par
l'article 23 de la Charte.»
En tentant de contourner cette réalité
juridique, le projet de loi n° 94 soulève des questions constitutionnelles
essentielles et met en péril l'équilibre fragile entre l'autorité ministérielle
et les droits des minorités linguistiques au Québec.
M. Craig (Christopher) : Concrètement,
le projet de loi étend l'interdiction du port des signes religieux à l'ensemble
du personnel scolaire, aux parents bénévoles et aux sous-traitants. Il exige
également que les élèves, les personnels et les contractuels aient le visage
découvert, interdit l'utilisation des locaux...
M. Craig (Christopher) : ...des
locaux scolaires pour toute pratique religieuse et restreint sévèrement les
accommodations religieuses pour les personnels et des élèves. De plus, il
impose que les méthodes d'enseignement et d'évaluation soient conformes à la
laïcité de l'État et interdit aux membres des conseils, commissaires et autres
personnels d'adopter les conduites motivées par les considérations religieuses.
Par ces mesures, le projet de loi impose une vision coercitive et exclusive de
la laïcité dans les écoles, ce qui va à l'encontre des principes fondamentaux
protégés par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. Cette
approche, qui cherche à imposer une vision rigide de la laïcité, est non
seulement erronée, mais également dangereuse.
M. Ortona (Joe) : L'école
publique doit rester un lieu de réflexion, d'analyse et d'ouverture sur le
monde et non se transformer en un espace stérile où certains sujets deviennent
tabous par crainte d'enfreindre des règles excessivement rigides. Toute
politique éducative visant à former des citoyens pleinement engagés dans une
société pluraliste doit s'appuyer sur une compréhension nuancée de la laïcité,
respectueuse des droits fondamentaux et de la mission éducative.
Les commissions scolaires anglophones
contestent actuellement la loi 21 devant la Cour suprême du Canada,
notamment sur la base de l'article 23 de la Charte canadienne des droits
et libertés. Or, le projet de loi n° 94, en cherchant à élargir la portée
des dispositions de la loi 21, porte également atteinte à cet
article
fondamental en empiétant directement sur la capacité des commissions scolaires
de la langue anglaise à exercer leur autonomie en matière de langue, de culture
et de diversité religieuse. Le projet de loi...
La Présidente (Mme Dionne) : ...c'est
malheureusement tout le temps qu'on a pour votre exposé. Si vous me permettez,
on va passer à la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je
cède la parole à M. le ministre pour une période de 15 minutes.
M. Drainville : Quinze
minutes? Ah! Très bien. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci pour votre
présentation. «Good afternoon.»
Une voix : Bonjour.
M. Drainville : On va y aller
avec des questions en rafale, là. D'abord... Bien, je vais m'adresser à vous,
M. Ortona, puis, si vous souhaitez déléguer la réponse à quelqu'un d'autre,
n'hésitez surtout pas. Est-ce que vous êtes d'accord, M. Ortona, avec
l'interdiction du visage couvert, donc l'interdiction du voile intégral, chez les
élèves et chez le personnel scolaire, partout, tout le temps?
• (14 h 20) •
M. Ortona (Joe) : M. le
ministre, en tout respect, nous sommes d'avis que vous essayez, en posant la
question et en tentant de légiférer dans cette matière, à attaquer un problème
qui n'existe pas. En fait, il n'y a aucun enseignant qui a un visage couvert
présentement ou il n'y en a jamais eu, aucun personnel scolaire non plus, et il
n'y a pas d'étudiants, il n'y a jamais eu de plaintes à cet effet-là. Donc, je
ne vois pas pourquoi on tente de légiférer ce problème inexistant, en toute
honnêteté.
M. Drainville : O.K., mais
vous avez lu le rapport sur les 17 écoles, n'est-ce pas?
M. Ortona (Joe) : ...
M. Drainville : Donc, vous
êtes au courant qu'il y a des cas d'étudiantes qui portent le voile intégral ou
qui se fabriquent un voile intégral. On parle d'une dizaine de cas au total.
Donc, c'est bel et bien une réalité. Et moi, je vous demande de vous
positionner sur le principe. Est-ce que vous êtes d'accord pour qu'une élève ou
qu'un élève qui se présente dans une école québécoise le fasse à visage
découvert en tout temps? Est-ce que vous êtes d'accord avec ce principe? C'est
une question simple, ça.
M. Ortona (Joe) : M. le
ministre, en toute honnêteté, encore une fois... Nous, nous sommes d'avis
qu'une interdiction générale, elle porte atteinte à la liberté de religion et à
l'égalité des droits qui sont protégés par la Charte canadienne. Ça prendrait,
si on veut légiférer dans ces matières-là, une justification très étroite.
Nous, dans nos écoles anglophones, on a déjà une neutralité institutionnelle et
on est capables de faire ça tout en respectant le droit individuel des élèves
et du personnel.
M. Drainville : Mais, M.
Ortona, M. Ortona, là, oui, je comprends qu'on a une... on a une conception
différente de la laïcité, là, j'accepte ça, là, mais, sur un... sur le port
du...
M. Drainville : ...de la
burqa dans une école québécoise, qu'elle soit francophone ou anglophone ou peu
importe, que vous ne puissiez pas prendre une position claire sur une question
aussi fondamentale que d'interdire un vêtement qui vise à cacher la femme, qui
porte atteinte à la dignité de la femme, qui porte atteinte à l'égalité
hommes-femmes, qui nous ramène à des siècles en arrière. On parle de symboles
religieux, là, qui sont issus, dans le cas de la burqa, du régime afghan et,
dans le cas du niqab, on parle du régime saoudien, là. Il me semble que le
minimum du minimum, ce serait que les représentants des commissions scolaires
anglophones disent : Là, là-dessus, on est d'accord. On tire une ligne
rouge. C'est une question de principe. Il n'est pas question qu'au Québec il y
ait des élèves qui soient, dans les classes, avec un voile intégral, tellement
que les enseignants ne puissent même pas faire la distinction entre l'élève A
et l'élève B, comme ça a été rapporté dans le rapport sur les 17. Il me semble
que, M. Ortona, là-dessus, là, vous pourriez prendre une position responsable,
je dirais.
M. Ortona (Joe) : Alors, M.
le M. le ministre, il n'y a pas de question là-dedans, mais je vais tenter d'y
répondre pareil.
M. Drainville : Non, non,
mais, M. Ortona, c'est le minimum du minimum, ça là, c'est une question de
principe. Visage à découvert dans les classes, tout le temps, yes or no?
M. Ortona (Joe) : Alors, M.
le ministre, évidemment, tout... On peut imposer des règles pour des raisons de
sécurité, mais les règles doivent viser une fonction objective sécurité,
identification et évaluation, et non le symbole religieux lui-même.
M. Drainville : OK Est-ce que
vous êtes d'accord pour interdire les congés religieux accordés pour la seule
et unique raison que vous déclarez avoir une religion, ce qui crée, bien
entendu, une iniquité avec ceux et celles qui déclarent ne pas adhérer à une
religion? Vous êtes au courant, par exemple, qu'au centre de services scolaire
de Montréal, il y a 2 600 congés religieux qui ont été accordés en deux
ans et demi. Et on avait, ce matin, des témoignages très éloquents à l'effet
qu'il s'agit, au centre de services scolaire de Montréal, de demander un congé
religieux pour qu'il soit accordé. C'est ce que prévoit l'encadrement actuel.
Est-ce que c'est la même chose du côté, par exemple, du English School Board?
Est-ce que c'est comme ça que vous fonctionnez, vous, quand quelqu'un demande
un congé religieux, vous l'accordez automatiquement?
M. Ortona (Joe) : Bon, alors
il y a déjà des congés qui sont prévus dans la plupart de nos conventions
collectives et également des mesures pour répondre à ce besoin sacré
d'iniquité. L'égalité, pour nous, l'égalité réelle signifie traiter des
situations différentes de façon différenciée lorsque c'est raisonnable. Nous
l'avons déjà dans nos conventions... conventions collectives, des congés pour
des motifs religieux et sans créer d'iniquité, pour s'assurer que tous les
employés, par exemple, travaillent le même nombre de jours par année.
M. Drainville : O.K., donc,
est-ce qu'il y a une limite au nombre de congés religieux que quelqu'un peut
prendre?
M. Ortona (Joe) : Si vous
cherchez un chiffre précis, M. le ministre, alors tout doit dépendre sur ce qui
est raisonnable et, selon la religion et selon les circonstances, il faut
toujours motiver, là, une demande de cette façon.
M. Meloche (David) : M.
Drainville, si jamais je peux rajouter. Comme vous avez entendu, avec d'autres
présentations, il y a deux jours personnels qui peuvent être utilisés, ça,
c'est avec l'entente nationale. Et dans nos ententes locales qui ont été
convenues, c'est jusqu'à trois jours pour la plupart de nos commissions
scolaires anglophones. Donc, ça, c'est dans les forces majeures. Donc, c'est à
l'intérieur du cadre de la banque de journées. Donc, ce ne sont pas des
journées additionnelles que les autres membres du personnel n'ont pas accès,
simplement qu'il y a les motifs religieux, c'est parmi les motifs possibles.
M. Drainville : De force
majeure ou de congés personnels, dites-vous.
M. Meloche (David) : Il y a
les congés personnels qui sont dans l'entente nationale.
M. Drainville : Quatre, vous
dites, pardonnez-moi, quatre...
M. Meloche (David) : Deux.
M. Drainville : ...deux, O.K.,
deux.
M. Meloche (David) : Et, par
la suite...
M. Meloche (David) : ...ça,
ça peut être utilisé pour n'importe quelle fonction, puis ça, c'est dans les
congés de maladie, donc, il y en a six. Donc, l'autre, c'est des ententes
locales pour des congés dans une banque de congés, puis, à l'intérieur de ça,
pour les forces majeures, on peut avoir jusqu'à trois, tout dépendant la
demande. La demande aussi, dans plusieurs de nos commissions scolaires, doit se
faire la semaine avant le début de l'école pour qu'ils puissent y avoir une
planification en raison de la pénurie. C'est sage d'avoir des moyens préventifs
ou des moyens de tout préparer à l'avance. Et encore, si c'est dérangeant pour
l'éducation ou le service de garde, ça ne serait pas permis.
M. Drainville : O.K., O.K.
Donc, il n'y a aucun... aucun congé de plus pour motif religieux, aucun?
M. Meloche (David) : Ils sont
inclus dans les congés qui sont prévus à l'entente.
M. Drainville : O.K.
D'accord. L'autre question que je voulais vous poser : Est-ce que vous
êtes d'accord avec moi que porter un signe religieux, c'est envoyer un message
religieux?
M. Ortona (Joe) : Non, pas du
tout. C'est une décision personnelle, un choix personnel. Pour nous, nos
enseignants sont évalués sur leurs compétences et leur impartialité et non sur
leur tenue. Imposer le retrait d'un symbole religieux viserait la croyance
personnelle, non la fonction publique. Et, pour nous, cela va au-delà de la
neutralité professionnelle et s'exposerait à une contestation
constitutionnelle. Et, dans le fond, vous l'admettez vous-même puisque vous
utilisez et vous invoquez la clause dérogatoire pour ces genres d'articles là
dans la loi.
M. Drainville : O.K., mais,
M. Ortona, quand vous portez un signe religieux, pour les gens autour de vous,
vous affichez votre croyance religieuse. Les gens qui voient le signe que vous
portez, ils y voient un message religieux.
• (14 h 30) •
M. Ortona (Joe) : O.K. Et, M.
le ministre, je répondrais que ce serait la même chose pour un enseignant qui a
un tatoo d'une croix sur son bras. Est-ce qu'on lui interdirait de porter des
tee-shirts? Je veux dire, tout ce que ça donne comme message, c'est que vous
faites un choix personnel et un... C'est un choix. La religion, c'est une
décision, c'est un choix intime de porter ou d'avoir une certaine tenue. Ça ne
fait pas de la classe une institution religieuse. Ça ne fait pas de l'école une
institution religieuse. Ça ne fait pas du gouvernement une institution
religieuse. Et je pense que même les enfants sont capables de faire cette
distinction-là, d'autant plus qu'ils ne connaissent probablement pas qu'une
certaine tenue est une tenue religieuse ou pas.
M. Drainville : Oui. Bien,
ça, M. Ortona, on pourrait en discuter, là. Ça suscite très certainement, des
questionnements, là... ça peut très certainement susciter des questionnements
chez certains enfants, là, mais je... Je veux quand même souligner le fait
qu'il est normal, quand on décide de travailler dans une école par exemple,
d'avoir des droits, bien entendu, mais d'avoir des responsabilités qui viennent
avec les droits. Je n'entends jamais dans vos discours... en tout cas, sur la
laïcité, je n'entends jamais parler des devoirs qui doivent accompagner les
droits, des obligations qui doivent accompagner les droits. Quand on dit :
Pendant les heures de travail, tu ne peux afficher tes convictions religieuses,
ça devient, oui, une responsabilité, ça devient un devoir qui est rattaché à la
tâche.
Et je souligne, soit dit en passant, M.
Ortega, et on a maintenant plusieurs cas documentés, là, des personnes qui
portaient un signe religieux, qui n'avaient pas le droit de le faire à qui on a
demandé de le retirer et qui l'ont retiré pour se conformer à la loi. Donc, ils
ont accepté de retirer leur signe religieux pendant les heures de travail.
Alors, de constamment laisser entendre que de demander à quelqu'un de retirer
son signe, c'est une demande qui est déraisonnable et qui va même entraîner,
dans certains cas, je l'entends souvent, le... ça équivaut à une sorte de fin
d'emploi, bien, c'est faux. C'est tout à fait faux. Il y a des personnes qui
acceptent...
Haut de la page
14 h 30 (version non révisé
e) M. Drainville : …de respecter
la loi, la loi 21 dans ce cas-ci, et on a plusieurs exemples maintenant.
Ça, il me semble que vous devez en prendre compte, ça doit un petit peu vous
faire réfléchir quand même, non? M. Ortona, parlons-nous franchement, en tout
respect, en tout respect, M. Ortona.
M. Ortona (Joe) : Oui, M. le
ministre. Si vous me posez la question, j'apprécierais bien avoir l'opportunité
de répondre. Merci. Alors, M. le ministre, si vous... si vous dites que ces
gens-là enlèvent leur signe religieux par choix, bien, c'est imposé par la loi.
La non-conformité à la loi mène à une démission ou un congédiement. Donc, on ne
peut pas vraiment dire que c'est vraiment par choix, c'est par obligation et
pour éviter les conséquences qui viennent avec. Donc, nous, on maintient qu'évidemment
un droit, c'est un droit, c'est important. Bien sûr qu'on a des obligations. Le
personnel enseignant a des obligations envers les enfants de les instruire et
de faire un enseignement, d'offrir un enseignement de qualité. Et c'est de là
où on juge, nous, notre personnel scolaire, et non pas sur leur tenue.
M. Drainville : O.K. Bien, en
tout cas, je suis... Je suis content de vous entendre dire que la religion est
un choix. Là, là-dessus, je pense qu'on peut dire qu'on avance quand même un
petit peu, là. En terminant, parce qu'il nous reste très peu de temps, est-ce
que vous reconnaissez la légitimité de la clause de souveraineté parlementaire,
appelée autrement la clause dérogatoire? Est-ce que vous reconnaissez qu'elle a
une existence légitime?
M. Ortona (Joe) : Elle est
dans la… dans la Constitution, elle est tout à fait légitime. Mais ça ne veut
pas dire que nous serons d'accord à n'importe quelle fois qu'elle est invoquée ou
dans n'importe quelle circonstance où elle se trouve dans une loi, on a le
droit de ne pas être d'accord. D'autant plus, j'aimerais ça vous rappeler que
la clause dérogatoire ne peut pas venir enfreindre contre l'article 23 de
la charte. Donc, les commissions scolaires anglophones sont protégées par cela.
M. Drainville : Vous avez
raison. Vous avez raison. En terminant, je pense qu'il me reste 20 secondes.
Est-ce qu'il y a quelque chose de bon dans ce projet de loi ou tout est à jeter
à la poubelle? Il n'y a rien de positif là-dedans, M. Ortona, rien pantoute?
M. Ortona (Joe) : M. le
ministre, en tout respect, il y a… on pourrait en parler longtemps sur tout ce
qu'il y a de problématique dans cette loi-là. D'autant plus que la loi 21,
présentement, ou très bientôt, là, va se trouver devant la Cour suprême du
Canada et qui va se prononcer sur sa constitutionnalité.
La Présidente (Mme Dionne) :
Merci beaucoup. C'est malheureusement tout… Merci, M. Ortona, c'est
malheureusement tout le temps qu'on a pour cet échange. Est-ce qu'il y a
consentement pour permettre au député d'Hochelaga-Maisonneuve de remplacer le
député de Jean-Lesage? Consentement. Alors, bienvenue, M. le député. Alors, je
cède maintenant la parole à Mme la députée de Bourassa-Sauvé pour une période
de 11 minutes 30.
Mme Cadet : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bonjour, M. Ortona, bonjour, M. Meloche, également enchanté, M.
Craig et Mme Hamilton. Merci beaucoup pour la transmission de votre mémoire. Je
vais peut-être prendre la balle au bond sur la dernière question que le
ministre vient de vous poser, mais de façon différente. Parce qu'évidemment, ce
que j'entends de ce que vous nous avez exposé puis ce que je lis aussi de votre
mémoire, c'est que plusieurs, donc, des éléments qui se retrouvent, vous êtes
soit en désaccord avec eux sur le plan fondamental, ou vous êtes en désaccord
avec eux, donc sur le plan de… Sur l'aspect plus pragmatique et de l'application,
ou des éléments de redondance ou de certains aspects qui ne devraient pas s'appliquer
aux centres… aux commissions scolaires anglophones en vertu de l'article 23
de la charte. Donc, est-ce que selon vous, quand vous lisez le projet loi 94…
est-ce que vous dit que… Est-ce que vous dites que c'est un projet de loi qui
est utile? Je veux dire, Est-ce qu'il vient… Est-ce que c'était utile de
déposer ce projet de loi là? Est-ce qu'il résout une problématique en tant que
telle?
M. Ortona (Joe) : Réponse
très courte, non, ne résout aucun problème et n'a aucune utilité. Alors,
comment est-ce que je pourrais dire ça? Je l'ai dit dans notre mémoire, là,
mais vous… écrit et verbalement plutôt, ça vise un problème qui n'existe pas.
On a trouvé des cas isolés, problématiques. Oui, on l'avoue. Mais utiliser une
loi avec la clause dérogatoire de cette… de cette façon-là est exagéré et ne va
pas résoudre aucun problème. Donc, il n'y a aucune preuve…
M. Ortona (Joe) : ...que ces
mesures-là seraient efficaces pour éviter des cas comme Bedford, par exemple.
Mme Cadet : Exactement. En
fait, c'était ma... c'était ma prochaine question, parce que là vous parliez de
façon générale dans le réseau, mais vous dites aussi : Même pour les cas
isolés... parce qu'effectivement, donc, l'ensemble du Québec a été choqué par
le cas Bedford, vous dites : Bien, ce projet de loi là, il n'empêcherait
pas d'autres Bedford de se produire. Je vous laisse la parole, mais je vois que
M. Meloche aussi veut intervenir.
M. Ortona (Joe) : Oui,
absolument, vous avez raison. Et j'aimerais également mentionner qu'il n'y a
aucune école anglophone qui a été visée par l'enquête des 17 écoles, là,
comme... pour enquêter la situation dans Bedford, et c'est important de le
noter parce que nous, on a un système de gouvernance qui est différent. Alors,
si on voulait vraiment attaquer ce qui se passait dans Bedford et éviter que
des cas semblables se produisent, et, même si ça se produit, d'avoir des
mesures en place afin d'être capables d'attaquer le problème pour ne pas que ça
perdure pendant cinq, six, sept ans, il faudrait peut-être revoir la loi 40 qui
a été adoptée, parce que ces écoles francophones là sont toutes sous la
direction maintenant du ministère de l'Éducation, pratiquement directement.
Donc, c'est un échec total de la loi 40 de voir ce qui s'est passé dans les
écoles. Et nous, on n'a absolument aucun problème de cette nature-là dans
aucune de nos écoles à travers le Québec.
Mme Cadet : Loi adoptée sous
bâillon, on se rappelle. M. Meloche, je pense, vous vouliez dire quelque chose.
M. Meloche (David) : Oui.
C'est gentil. Je voulais tout simplement ajouter que ce qui est... ce qui est
un peu confus dans ce projet de loi, c'est qu'on mêle la laïcité et la
pédagogie toutes ensemble. Donc, c'est différent... difficile de faire la
différenciation quand on parle d'une chose ou de l'autre chose. On semble
vouloir tout mélanger ensemble. Je crois que l'analyse ciblée de chacun de ces
principes-là, de leur... une réflexion séparée est méritée pour les deux aspects.
Donc, à
titre de réponse au ministre Drainville, c'est que c'est un projet de
loi confondu.
• (14 h 40) •
Mme Cadet : Tout à fait.
C'est un peu dans cet esprit-là, tant sur le plan de la laïcité que sur le plan
de la qualité des services pédagogiques, que vous nous dites : Le projet
de loi n° 94, une réponse démesurée à un faux problème.
Je vais vous amener... Vous venez
d'évoquer, M. Ortona, la loi 40. Je vous lis, donc, à la page sept : «À la
suite de l'arrêt de la Cour d'appel du Québec sur la loi 40, lequel a conclu à
l'inconstitutionnalité de plusieurs de ses dispositions, les commissions
scolaires anglophones ont été confirmées dans leur statut et leur légitimité
juridique.» Donc, vous en avez parlé quand même en long et en large. Mais, même
de façon générale, si vous nous avez écoutés hier ou avant-hier, plusieurs des
intervenants sont venus déplorer la centralisation de certains mécanismes qui
se retrouvent au projet de loi n° 94, nous dire de faire très attention à
plusieurs pouvoirs qui se retrouveraient directement dans les mains du
ministre.
Au-delà, donc, de vos droits, là,
constitutionnels de gestion de vos institutions anglophones, est-ce que vous
êtes d'accord avec ce constat-là plus large de la loi 40 qu'ont émis certains
de vos confrères et consœurs?
M. Ortona (Joe) : Absolument.
Et on a vu cette tendance pas seulement dans la loi 40 mais depuis la loi 40,
la loi 23, maintenant le projet de loi n° 94, un mouvement, dans les dernières
années, d'avoir plus de pouvoirs centralisés. Les centres de services scolaires
n'ont pratiquement plus aucun pouvoir. Tout le pouvoir est administratif par
les directeurs généraux, qui sont maintenant nommés par le gouvernement du
Québec. Alors, c'est la tendance qu'on voit depuis des années. Et bien sûr que
c'est problématique parce qu'un pouvoir centralisé, ça veut dire que les
besoins locaux sont de plus en plus écartés, mis de côté ou ignorés par un
pouvoir bureaucratique centralisé à Québec, qui ne connaît pas les besoins
locaux de Montréal, des régions et de toutes les localités. C'est... C'est un
problème récurrent parce que les vrais problèmes viennent à être ignorés.
Mme Cadet : Merci. Sur le
port des signes religieux, vous avez émis, dans votre échange avec le ministre,
votre position ferme de principe, mais aussi aux pages 13 et 14. Vous nous
dites : «Elle risque, cette opposition-là... Cette interdiction risque non
seulement de dissuader les bénévoles parents et communautaires, mais aussi
d'exacerber la pénurie de main-d'œuvre qui affecte gravement tous les secteurs
de l'éducation.»
J'aimerais vous entendre, donc, sur les
aspects plus pratiques, là, des impacts d'une telle disposition dans votre
milieu ou dans le milieu scolaire de façon plus...
M. Ortona (Joe) : ...regardez,
on a un modèle... et je vais me prononcer sur le réseau anglophone parce que
c'est le réseau que je connais très bien, mais on a un excellent système qui
fonctionne très bien. Il y a une raison pourquoi on a le taux diplomation qu'on
a, le taux de succès qu'on a, le taux d'alphabétisation qu'on a, le taux bas de
décrochage scolaire, c'est à cause du système qu'on a en place. Nos écoles ne
sont pas juste des lieux d'instruction, ce sont des centres communautaires où
tout le monde travaille ensemble pour le bien-être des étudiants. Et ça, c'est
les enseignants et enseignantes, les directeurs et directrices d'écoles, le
personnel scolaire, mais les parents, les bénévoles.
Maintenant, si on va limiter ou interdire
à ces acteurs-là, qui sont cruciaux, de pouvoir continuer à participer à cause
du port d'un signe religieux, bien, ça va avoir un impact, ça va avoir un
impact grave. Nous, nos bénévoles sont très importants dans notre système. On
n'a jamais, dans notre histoire, eu des problèmes à trouver des bénévoles, que
ce soit pour toutes sortes d'activités, là, scolaires ou après l'école. Si on
est limité par ça, ça va avoir un impact, c'est sûr et certain, pas demain,
mais à moyen terme, à long terme, dans cinq ans, ça va se voir.
Mme Cadet : Oui, vous allez
le voir. Dernière question avant que je passe la parole à mon collègue de
l'Acadie. Le jour de congé pour motif religieux pour le personnel enseignant,
donc je vous ai entendu dans l'échange avec le ministre, vous nous dites dans
votre mémoire, à la page 14 : ils sont déjà encadrés par les
pratiques de gestion en vigueur ainsi que par les conventions collectives
locales négociées. Vous m'avez entendu avec le groupe précédent. Donc, je leur
demandais, donc, il semble que dans la... pour le groupe qui vous a précédé,
donc il y a peut-être une insatisfaction au niveau de l'entente qui était
négociée ici. Je vous repose la question que je leur ai posée. Est-ce que vous,
vous pensez qu'il devrait y avoir, donc, une autonomie de gestion ici, là, que les
ententes, donc, puissent continuer d'être négociées localement à cet égard
plutôt que d'avoir une directive qui vient directement du ministre qui soit mur
à mur?
M. Ortona (Joe) : Oui, parce
que les ententes locales, là, vont tenir compte des besoins du personnel, ça va
être plus facile à négocier et ça tient compte des besoins des commissions
scolaires, du personnel, des syndicats et de tout le monde. Et, jusqu'à
maintenant...
Mme Cadet : Et, dans vos
commissions scolaires, donc, il n'y a pas d'enjeu d'équité, là, à ce que je
comprends, au niveau des ententes locales négociées?
M. Ortona (Joe) : Pas du
tout, tout le monde est satisfait. Évidemment, quand on décide de signer une
convention collective, ça veut dire que toutes les parties prenantes sont
satisfaites et d'accord. Et, si jamais il y a des enjeux où on pensait que ça
allait fonctionner puis ça ne fonctionne pas très bien, ce serait quelque chose
à renégocier. Mais de l'avoir imposé par le ministère, encore là, je le répète,
comme je l'ai répété à maintes reprises, ça ne tient pas compte des besoins
locaux et ça, ça va continuer à causer un problème, d'autant plus que ça va
causer un problème parce que ça empiète sur nos droits de gérance et de
contrôle comme commission scolaire anglophone.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
Je laisse la parole à mon collègue.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
Mme la députée. M. le député, à vous la parole.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonjour, M. Ortona, et bonjour à vos collègues. Merci
pour votre mémoire. J'aimerais attirer votre attention à la page 16 de
votre mémoire, parce que vous soulevez un point intéressant que plusieurs
autres groupes et experts ont mentionné dans le projet de loi. C'est à l'article 32,
à l'article 258.0.3. Le gouvernement veut interdire certaines conduites et
on réfère à la réalisation d'un projet pédagogique particulier, exempt de
considérations religieuses. Vo