Public Finance — 21 August 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CFP 2013-08-21
Quebec — Committees
Bombardier,
au cours des années, a versé beaucoup de cotisations à ses régimes de retraite.
Vous avez le graphique aussi en
annexe. On regarde seulement les régimes canadiens. Depuis 2004, on parle de
1,9 milliard d'actif, de cotisationsversées par l'entreprise dans ses régimes de retraite du Canada. Donc, c'est
beaucoup d'argent pour Bombardier. On aaussi mis en place les meilleures pratiques de l'industrie, je dirais,
au niveau de la gestion des risques des caisses de retraite.Souvent, les caisses de retraite sont ciblées du
doigt, en disant : Bien, vous avez mal géré les risques, et c'est pour ça
quevous vous retrouvez en situation
de déficit. Je peux vous dire que, dans notre cas, on a travaillé très fort
pour, depuis 10 ans, mettre en place
des mesures de gestion de risques, et ce qui nous a donné d'excellents
rendements aussi, des rendementsde
premier quartile. Donc, vous voyez, un employeur qui a cotisé beaucoup à ces
fonds de pension, qui a fait du mieuxqu'il
pouvait pour gérer les risques, et, malgré ça, les taux de solvabilité ont
varié de 15 % à 20 % d'une année à l'autre. Donc, on a des
années où on était à 90 % et on se retrouve à 70 % l'année d'après.
Donc,
heureusement, le gouvernement du Québec a vu la nécessité d'adopter des mesures
d'allégement temporaires,et je dois
féliciter les gouvernements de l'avoir fait, sans ça, les variabilités de
cotisations auraient été tout simplementintenables pour les employeurs. Et d'ailleurs la commission D'Amours a
reconnu aussi le fait que le test de solvabilitédevait devenir histoire du passé. Ils ont recommandé une règle de
capitalisation améliorée qui, selon nous, aborde très, trèsbien cette question-là et résout l'ensemble des
problèmes à ce niveau-là. Donc, on est très heureux d'être ici pour supporterla recommandation de la capitalisation
améliorée de la commission D'Amours, recommandation n o 4, avec
deux bémols.
On croit que
les évaluations actuarielles à chaque année ne sont pas nécessaires et, en
fait, génèrent des risquesqui sont
indus. Je peux vous donner un exemple. Au Royaume-Uni, comme c'était le cas au
Québec avant, on pouvaitfaire des
évaluations à chaque trois ans. On a deux très gros régimes de retraite au
Royaume-Uni, un pour le transport,Bombardier
Transport, un pour Bombardier Aéronautique et on ne fait pas les tests d'évaluation
à chaque année pour ces régimes-là, ce qui nous permet d'étaler notre
risque dans le temps. Donc, on recommande de retourner à la pratique d'autrefois,
qui était de faire des évaluations actuarielles à chaque trois ans et d'amortir
les déficits sur 15 ans.
La deuxième
série de recommandations que nous avons faites et nous avons très à coeur, c'est
de sécuriser lesrentes des
retraités. D'ailleurs, une des raisons que nous avons mis en place plusieurs
mesures de gestion de risques, c'est dans cette optique-là de sécuriser
du mieux qu'on peut les rentes des retraités. Vous savez, les régimes de
retraite à prestations déterminées, ils ont
été mis en place il y a 30, 40 ans. À l'époque, il y avait très peu de
retraités, beaucoupd'employés. On
fait face maintenant à une situation qui est tout à fait autre. Chez
Bombardier, au Canada, on a 1,5 milliardd'engagements pour des retraités. Et, vous savez, la mission — Étienne l'a décrite — la mission de Bombardier... on a
72 000 employés qui fabriquent des trains et des avions partout dans le
monde, notre mission, ce n'est pas d'être une compagnie
d'assurance et, avec 1,5 milliard d'engagements envers les retraités, on
se doit de verser des rentes à chaque mois et de gérer les actifs pour
Et une des
stratégies que l'on aimerait mettre en place au Québec pour réduire ce
risque-là et le transférer à desassureurs,
c'est de procéder à un achat de rentes. On a d'ailleurs une stratégie qui est
déjà en place aux États-Unis. C'esttout
à fait possible d'acheter des rentes en cours de régime et de transférer
totalement le risque aux assureurs. On a la mêmestratégie au Royaume-Uni aussi. On ne peut pas l'avoir au Canada parce
qu'au Canada, à moins de terminer le régime… et, même dans ce cas-là, il
n'est pas certain du tout qu'on peut transférer le risque à l'assureur.
Donc, vous pouvez voir que c'est très difficile
pour une société comme Bombardier d'écrire un chèque de 1,5 milliard d'actif à des
assureurs et demeurer responsable au cas où des rentes qui sont assurées de cette
façon-là. Donc,la commission D'Amours l'a très bien compris, et,
dans sa recommandation n° 11, a recommandé que la loi soit amendéepour permettre l'achat de rentes graduelles en
cours de régime sans avoir à terminer les régimes. C'est un peu une aberration : on veut protéger les retraités,
or, pour les protéger, il faut terminer les régimes prestations déterminées. Je
pense que c'est une aberration de la loi qui devrait être corrigée.
Un autre
élément qui est important, vous savez, quand vous êtes à la retraite, vous avez
75 ans, votre horizon deplacement
et votre tolérance au risque sont substantiellement différents que si vous avez
30 ans, 35 ans et vous continuez de travailler, et tout ça. Et
on a plusieurs régimes dans le monde qui comptent presque uniquement des
retraités. Ces régimes-là sont investis
environ 30 % en actions. Et, vous savez, on ne pourrait pas investir
30 % en actions pour un régime d'employés, il serait beaucoup trop
dispendieux, donc on ne donnerait pas de régime pour les employés.
Donc, la
recommandation du rapport D'Amours qui vise à créer des comptes ségrégués pour
les retraités et les participants actifs à l'intérieur du même régime
nous donnerait cette flexibilité-là vraiment de bien gérer le risque et sécuriser les rentes des retraités tout en
maintenant des régimes compétitifs pour nos employés actifs. Donc, on
recommandeet on supporte
entièrement — c'est la
recommandation 12 du rapport D'Amours — de mettre en place la possibilité d'avoirun compte distinct pour des retraités, et d'avoir
une politique de placement qui est vraiment ciblée pour les retraités et unepolitique de placement qui est vraiment
ciblée pour les participants actifs de façon à sécuriser les rentes des
retraités tout en offrant un régime intéressant aux participants actifs.
Le troisième
volet de nos recommandations vise les régimes à cotisation définie. On a la
chance, chez Bombardier, d'avoir des
gros régimes. On a des régimes à cotisation définie, au Canada, d'environ
500 millions de dollars, et ça nous apermis de mettre en place, en 2005, un programme extrêmement intéressant
d'accumulation d'épargne pour nos employés.On peut le faire à des coûts très compétitifs, moins de 40 points de
base, moins de 0,4 % des actifs. Lorsqu'on compare ça
à des fonds mutuels à 2 %, 2,5 %... Vous savez, en placement, la
seule certitude, c'est les honoraires qu'on paie. Lesrendements, on ne le sait pas, mais vous pouvez
être certains que les honoraires, à chaque année, on les paie. Donc, êtrecapable d'offrir un régime à cotisation
définie aussi peu coûteux aux gens, c'est extrêmement avantageux pour nos
employés.
Or, on fait
un bon travail avec eux pendant 10 ans, les 20 ans, les 30 ans,
les 40 ans qu'ils sont en cours d'emploipour accumuler, je ne sais pas, 200 000 $ à la retraite, et la
loi actuelle nous force, au moment de la retraite, de leur écrire unchèque de 200 000 $ et de les amener
dans le marché individuel, où, là, ils doivent, d'une part, se trouver un bon
fournisseur de services, qui est un risque énorme, et, d'autre part,
avoir une tarification qui est beaucoup, beaucoup plus élevée.
Donc, ce que
nous recommandons, et ça a été retenu aussi par le rapport D'Amours, c'est de
permettre aux régimesà cotisation
définie de continuer à gérer l'actif des gens une fois que l'âge de la retraite
est arrivé. Vous savez, les actifs de quelqu'un, dans un régime à
cotisation définie, ils atteignent leur point maximum les 10 ans avant la
retraite et les 10 ans suivant la
retraite, parce que la liquidation se fait uniquement graduellement. Donc, il
est extrêmement important,pendant
cette période de 20 ans là, de leur offrir des placements de grande
qualité à des honoraires les plus bas possible.Donc, on recommande... on appuie la recommandation du rapport D'Amours à
cet effet-là de continuer de pouvoir gérer les actifs à l'intérieur des
régimes CD, même pendant la retraite des individus.
Finalement,
vous savez, il y a beaucoup d'employeurs qui sont beaucoup plus petits que nous
et qui n'ont pas, malheureusement, l'opportunité
d'avoir 500 millions d'actif sous gestion pour bâtir des options de
placement intéressanteset peu
coûteuses pour leurs employés. Et il y a un véhicule qui existe ou qui va
exister en ce domaine-là, qui est le régime volontaire d'épargne pour les retraités. Nous appuyons la création de
ces régimes-là dans la mesure où ils restent volontairespour les employeurs qui veulent y participer et
dans la mesure où ils offrent des honoraires de gestion peu élevés. Donc,il n'y aurait pas lieu de mettre en place de
tels régimes s'il n'y a pas une épargne substantielle au niveau des coûts pourles participants, un peu comme ce que
Bombardier a pu accomplir avec ses régimes à cotisation définie. Donc, ça
couvre l'ensemble de notre recommandation. Je vais demander à Étienne de
conclure.
Brodeur (Étienne) : Tout
simplement, c'est que nous portons attention à un certain nombre de
recommandationset nous souhaitons
que les recommandations avec les numéros 4, 11, 12, 18, 19 et 21 soient mises
en vigueur le plus tôt possible. Bien entendu, le rapport a soulevé
plusieurs enjeux. Lorsqu'on veut gérer l'ensemble de ces enjeux-là, il est peut-être… pour nous, ça serait utile qu'un
certain nombre d'entre eux soient traités rapidement, quitte à ce que les
autres soient discutés plus longuement.
Président (M. Pelletier, Rimouski) : Alors, merci beaucoup, messieurs. Et nous procédons maintenant
à une période d'échange en commençant par Mme la ministre. Vous avez la
parole.
Maltais : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, messieurs de chez Bombardier, M. Neault, M. Brodeur,c'est un plaisir de vous recevoir ce matin. On
tenait beaucoup, à la commission
parlementaire, à recevoir des
entreprisesqui avaient des employés
sur plusieurs pays, on trouvait intéressante cette opinion,
cet avis de gens qui doivent travailleravec plusieurs régimes de retraite et qui ont aussi à être
compétitifs sur un marché international. Donc, c'est une opinionqui importe, il y a vous et Cascades, qui
va venir ensuite ici, qui sont deux fleurons de l'économie québécoise,
et on est contents de vous entendre ce matin. On vous remercie pour vos commentaires.
La première question
que j'aurai serait sur le fait que vous n'ayez pas fait de commentaire sur la rente longévité, quiest pourtant un des points majeurs du
rapport D'Amours. Ça m'a surprise quand j'ai vu votre mémoire. Alors, sans vousmettre mal à l'aise, je voudrais comprendre,
à tout le moins, pourquoi vous n'avez pas cru bon de commenter cette partiedu rapport, puisqu'on nous invoque, à propos
de cette rente longévité, la difficulté qu'on va avoir, pour les entreprises, àdemeurer compétitives si on augmente ce type
de charge sociale qu'est le régime de retraite, donc l'impact sur l'économie etla compétitivité. Donc, qu'est-ce que vous…
Pourquoi, d'abord — question
préalable — pourquoi
n'avez-vous pas émis d'opinion sur la rente longévité?
M. Brodeur
(Étienne) : Je vais vous expliquer le contexte. C'est qu'évidemment,
nous, quand on fait des régimesde
retraite dans notre secteur, comme vous avez cité notre secteur, on tient
compte des piliers. Parce qu'il y a des régimesqui viennent de l'État, il y a des régimes qui sont mis de l'avant par l'employeur
pour être concurrentiels puis il y a aussiune
partie qui est faite par les employés eux-mêmes qui épargnent. Donc,
on essaie d'équilibrer ces trois com