Labour and the Economy — 10 December 2025 (43rd Legislature, 2nd Session)
CET 2025-12-10
Quebec — Committees
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32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
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31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
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30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
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28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
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28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
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27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
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26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 10 décembre 2025
Vol. 48 N° 9
Étude détaillée du projet de loi n° 3, Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
Journal des débats
11 h (version non révisée)
(Onze heures vingt-six minutes)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de l'économie et du travail ouverte. La Commission est réunie,
afin d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 3, Loi visant à
améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de
diverses associations en milieu de travail. Mme la Secrétaire, est-ce qu'il y a
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Thouin (Rousseau) est remplacé par Mme Schmaltz
(Vimont), Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce) par Mme Prass
(D'Arcy-McGee), MmeRotiroti
(Jeanne-Mance—Viger) par Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé) et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) par M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M. Allaire) : Merci,
Mme la Secrétaire. Avant de débuter les remarques préliminaires, je dépose les
mémoires reçus depuis la fin des auditions. Donc, on est rendus à l'étape des
remarques préliminaires. M. le ministre, il est de coutume de commencer avec vous.
Donc, je vous cède la parole pour 20 minutes.
M. Boulet : Merci, M. le
Président. Permettez-moi tout d'abord de saluer les collègues, tant
gouvernementaux que les collègues des partis d'opposition ainsi que leurs
équipes respectives. Pour commencer, l'étude détaillée du projet de loi n°3
visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique
de diverses associations en milieu de travail. Je sais que tout le monde arrive
préparé. Je les en remercie parce que la préparation est un gage de la qualité
de nos échanges, à ce stade-ci de la commission parlementaire, et je sais qu'on
a toujours travaillé de façon rigoureuse et on anticipe, bien sûr, que ça
puisse continuer. Ce que nous proposons, M. le Président, c'est de voir ce
projet de loi comme une occasion de permettre aux travailleurs de prendre part
de façon plus active et mieux informée aux décisions des organisations
syndicales qui les représentent. Nous croyons que leur sentiment d'appartenance
et leur engagement n'en seront que renforcés. Du 25 au 27 novembre, on a
entendu des groupes issus, notamment, du milieu syndical, du milieu patronal et
du milieu universitaire. J'en profite, évidemment, M. le Président, pour les
remercier, parce que les consultations particulières constituent aussi une
étape importante dans le cheminement d'un projet de loi. Je remercie aussi tous
les groupes qui nous ont soumis leurs réflexions. Ils ont transmis des
mémoires, même s'ils ne nous les ont pas présentés, ils sont rassurés de savoir
qu'on les étudie avec considération et ça va certainement nous permettre de
bonifier nos travaux. Il y a 37 mémoires, d'ailleurs, qui nous ont été soumis,
et on aura, évidemment, au fur et à mesure du déroulement de l'étude détaillée,
des amendements à déposer, et je souhaite que l'étape que nous entreprenons
maintenant se déroule sur un ton constructif.
• (11 h 30) •
Comme législateurs, on a un devoir d'assurer
que nos lois et règlements répondent à des défis, les défis contemporains
auxquels nous sommes collectivement confrontés. Nous devons aussi nous assurer
d'être exemplaires dans notre façon de collaborer et je n'ai pas l'intention de
travailler de façon différente des autres projets de loi dans lesquels j'ai eu
à travailler. Une coopération constructive, d'ailleurs, favorise le dialogue,
qui est un élément clé du travail que nous faisons ici. Je me plais à chaque
fois à répéter à quel point...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) M. Boulet : ...les Québécois, les
Québécoises doivent être fiers à constater, à nous écouter et à nous voir
échanger pour améliorer les projets de loi qui sont déposés. Et la diversité
des points de vue est un gage aussi de richesse de nos discussions. En
confrontant les différents points de vue, on s'assure que le projet de loi est
examiné sous tous ses angles, ce qui non seulement enrichit le débat, mais
améliore la qualité législative. Pour avoir travaillé avec vous sur de nombreux
projets de loi, je sais que vous partagez cette vision. Vos commentaires,
propositions d'amendements et remarques ont toujours su faire évoluer nos
réflexions communes et nous amener à proposer pour adoption à l'Assemblée
nationale des lois réfléchies, équilibrées au bénéfice de l'ensemble des
Québécoises et des Québécois. Je suis confiant que nous arriverons à un
résultat similaire à la fin de l'exercice que nous entreprenons aujourd'hui.
Il se dit présentement bien des choses sur
ce projet de loi, M. le Président. Alors, permettez-moi de revenir sur certains
éléments. Comme je le mentionnais d'entrée de jeu, c'est un projet de loi qui
vise plus de transparence, une meilleure gouvernance et une démocratie
effective pour les travailleurs. Ça part d'un principe simple et que je répète
souvent, les travailleurs ont le droit de savoir. Nous commençons aujourd'hui l'étude
article par
article des trois blocs de mesures ayant chacun leur thème.
D'abord, les mesures s'articulant autour
de la transparence. Assurer que l'ensemble des salariés inclus dans une unité
de négociation et qui participe à son financement, en fait, ils ont l'obligation
de participer à son financement, aient accès facilement à des informations
fiables concernant les états financiers. Exiger une vérification des états
financiers modulables afin de ne pas imposer un fardeau financier trop lourd
aux plus petites accréditations syndicales, et on a bien entendu les
représentants des organisations syndicales qui sont venus déposer des mémoires
lors des consultations particulières. Exiger plus de transparence des syndicats
sur leurs dépenses en rendant la production obligatoire d'un rapport annuel
faisant état de l'utilisation des ressources financières.
Ensuite, en matière de gouvernance. Prévoir
l'adoption des statuts et règlements internes du syndicat par les membres et en
préciser le contenu minimal.
Enfin, concernant le processus
démocratique. Améliorer l'exercice démocratique des membres, notamment en
prévoyant l'obligation de tenir des votes à scrutin secret, ce qui est déjà le
cas dans plusieurs circonstances en vertu du Code du travail pour l'établissement
des cotisations syndicales, et de désormais tenir tout scrutin secret sur une
période minimale, bien sûr, pour favoriser une participation maximale des
travailleurs. Mettre en place une cotisation facultative visant à financer
certaines activités qui ne sont pas directement liées aux conventions
collectives, comme des interventions publiques, des démarches judiciaires.
Également, offrir la possibilité aux salariés inclus dans une unité de
négociation, de se prononcer collectivement et annuellement sur cette
cotisation facultative. Évidemment, j'aurai à donner des précisions lors de l'étude
détaillée pour simplifier un processus, que plusieurs appréhendaient, particulièrement
complexe. Interdire les représailles envers les salariés en cas de dissidence.
Je l'ai dit aussi à plusieurs reprises,
mais je le répète aujourd'hui, il n'y a pas dans ce projet de loi une attaque
contre les syndicats, une organisation qui est transparente et crédible, une
organisation qui partage, accroît sa légitimité et on va tous tendre vers des
actions qui favorisent la paix sociale et non le contraire. En somme, ce que
nous proposons, M. le Président, c'est un projet de loi qui prévoit notamment
une forme de reddition de comptes des organisations à leurs salariés et non au
gouvernement. Il n'y a rien dans ce projet de loi qui constitue une...
M. Boulet : ...de transmission
de quelques informations financières ou autres à l'intention du gouvernement.
Cela étant dit, M. le Président, nous pouvons maintenant débuter nos travaux.
Merci.
Le Président (M. Allaire) : Merci
à vous, M. le ministre. Donc, on poursuit avec l'opposition officielle, Mme la
députée de D'Arcy-McGee. Vous avez 20 minutes également, la parole est à
vous.
Mme Prass : Merci, M. le
Président. Je voudrais d'abord saluer l'ensemble des acteurs et partenaires qui
contribuent à nos travaux et qui vont y contribuer sur le projet de loi 3,
la Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus
démocratique de diverses associations en milieu de travail. Je veux remercier
l'équipe du Secrétariat, les pages et tous ceux et celles dont le travail,
souvent discret mais essentiel, permet à cette institution de fonctionner avec
rigueur et dignité. Je tiens également à saluer le ministre ainsi que toute son
équipe et remercier mon propre recherchiste, M. Thomas Guérette dont la
contribution est absolument indispensable, ainsi que Mme Alice Leconte,
stagiaire de Jean-Charles Bonenfant auprès de la députée de Bourassa-Sauvé et
avec le travail des recherchistes de tous les partis confondus.
Mon groupe parlementaire a voté en faveur
de l'adoption du principe du projet de loi, mais nous ne l'avons pas fait parce
que nous étions d'accord avec tout le contenu du projet de loi. Nous l'avons
fait parce que nous voulions tendre une branche d'olive au ministre. Nous
reconnaissons qu'un débat peut et doit exister autour de la transparence
syndicale. Nous sommes sans ambiguïté en faveur de la transparence, mais nous
sommes tout aussi clairement opposés à l'ingérence gouvernementale dans les
affaires internes des associations en milieu de travail. Et le projet de loi
trois, dans son état actuel, franchit cette ligne avec une insistance
préoccupante.
Comme législateurs, nous adoptons des lois
pour répondre à une problématique publique. C'est notre responsabilité
fondamentale. Chaque fois qu'un projet de loi est déposé, une question simple
se pose : quelle problématique tente-t-on réellement de régler? Je me suis
posé cette question à répétition au sujet du projet de loi 3, j'ai cherché
encore et encore à cerner l'urgence ou la gravité de la situation et
honnêtement, je ne vois rien qui justifie une intervention législative aussi
large, aussi intrusive et aussi lourde de conséquences. Oui, certains syndicats
ont traversé des situations particulières où il y a eu des tensions ponctuelles
dans quelques organisations, mais rien qui justifie une refonte structurelle
imposée de l'extérieur, sans nuances et sans consultation. Plusieurs des enjeux
évoqués auraient pu être réglés simplement par le dialogue. Or, avant de
déposer un tel projet de loi, la moindre chose aurait été de de rencontrer les partenaires
syndicaux concernés, de leur demander leur avis, de les écouter, de les
permettre de proposer leurs solutions. Ce n'est pas ce qui a été produit. Et
justement, si c'était le cas, on ne serait peut-être pas dans une situation où
on arrive à un projet de loi dont plusieurs éléments ne font pas consensus. Si
on aurait consulté les syndicats auparavant, on aurait peut-être pu se rendre
avec un projet de loi qui avait un certain sens et qui répondait à leur
réalité.
Les échos reçus de la part des associations
sont limpides : ils n'ont pas été consultés, pas informés, pas impliqués.
Pour un gouvernement qui valorise souvent le dialogue social. Cela surprend et
surtout cela inquiète, car le rôle du législateur exige l'écoute, pas la... pas
la précipitation. Les parlementaires ne sont pas des experts, nous sommes des
généralistes de la politique. Les syndicats, eux, sont des experts du terrain.
Ils comprennent les réalités complexes du monde du travail, les enjeux, les
défis, les sensibilités. Ils ont des solutions pragmatiques, souvent déjà
testées ou réfléchies. Pourquoi se priver volontairement de leur expertise? Le
dialogue social aurait pu enrichir ce projet de loi, l'orienter vers les
véritables besoins et éviter certaines maladresses manifestes.
Je croyais que les consultations
particulières seraient l'occasion de rattraper ce manque initial. Nous avions
soumis avec une rare unanimité des groupes d'opposition, une liste solide et
cohérente de groupes à entendre. Pourtant, le gouvernement de la CAQ a refusé
d'en entendre plusieurs. Certains groupes ont même été convoqués alors qu'ils
n'avaient jamais demandé à venir. Et lorsque ces groupes se sont désistés, les
plages horaires vacantes n'ont pas été réattribuées à ceux qui, eux, avaient
formulé une demande formelle. M. le Président, il faut le dire, calmement mais
clairement, ce n'est pas digne de nos institutions. Comment un gouvernement
peut-il prétendre représenter tous les Québécois et Québécoises lorsqu'il
refuse d'entendre plus de la moitié des organisations qui ont demandé à
contribuer à ses travaux parlementaires? Cette façon de faire crée un malaise,
un malaise profond et elle soulève des questions légitimes quant à l'objectif
réel poursuivi par ce projet de loi.
• (11 h 40) •
Lors des consultations et à travers les
mémoires, plusieurs syndicats experts...
Mme Prass : ...organisations
ont signalé que ce projet de loi risque de créer une lourdeur... une lourdeur
administrative disproportionnée, particulièrement pour les plus petites
organisations. L'obligation d'audits uniformes et coûteux, indépendamment de la
taille des moyens ou des risques réels, a été largement critiquée. Plusieurs
ont rappelé que ces coûts, au final, sont assumés par les membres eux-mêmes,
sans garantie que cela améliore réellement la transparence. On nous a également
mis en garde contre la possibilité que certaines mesures limitent la capacité
des syndicats à agir rapidement pour défendre leurs membres. L'idée d'imposer
des votes obligatoires pour autoriser certaines démarches judiciaires,
notamment contre le gouvernement, a soulevé des inquiétudes quant à l'autonomie
syndicale et au caractère potentiellement dissuasif de la démarche. Des
mémoires ont aussi souligné que certaines dispositions pourraient entrer en
contradiction avec le rôle historique des syndicats dans notre démocratie,
celui de contrepoids, de défense des droits et de partenaires, dans
l'amélioration des conditions de travail. Plusieurs intervenants ont aperçu,
dans le projet de loi, un risque de politisation ou de judiciarisation inutile
des relations entre l'État et les organisations syndicales.
Nous reconnaissons la valeur de la
transparence, mais elle doit être appliquée avec discernement. Transparence ne
doit pas signifier ingérence ni complexification inutile de structures qui
fonctionnent déjà et qui ont démontré leur contribution au progrès social du
Québec.
L'article 2, d'abord, a suscité une opposition quasi unanime. Les
associations nous ont expliqué que les obligations prévues n'ajoutent rien à la
transparence et risquent plutôt d'alourdir inutilement leur fonctionnement.
L'article ne répond à aucune problématique réelle, mais crée un fardeau
administratif supplémentaire, parfois même incompatible avec les capacités des
plus petites associations. Quand un
article soulève autant de rejet de la part
de ceux qui devront le mettre en œuvre, la question s'impose : Pourquoi
s'entêter?
L'article 3 a généré encore davantage
d'inquiétudes. Les groupes ont déjà... ont été parfaitement explicites. Le
gouvernement s'ingère directement dans l'organisation interne des syndicats. Il
impose une mécanique décisionnelle uniforme, sans tenir compte des réalités
distinctes des milieux de travail. Le rôle du législateur n'est pas de dicter
la manière dont un syndicat doit structurer son processus démocratique interne.
Une telle intervention porte atteinte au principe même de la liberté
d'association. Lorsque l'État commence à prescrire la manière dont une
organisation doit débattre et décider, on glisse vers une forme d'ingérence que
les fondements démocratiques nous obligent à éviter. Le vote obligatoire de 24
h, quant à lui, est un mécanisme séduisant en théorie, mais impraticable dans
la réalité. Les groupes nous ont expliqué en détail les coûts importants pour
mettre en place un tel système, les défis logistiques considérables, notamment
dans les milieux de travail où les horaires sont atypiques ou fragmentés, et
même le risque réel de retarder l'adoption de conventions collectives. Ce
mécanisme, plutôt que de renforcer la vie démocratique, pourrait paradoxalement
devenir un instrument de blocage et prolonger les conflits qui auraient pu se
résoudre plus rapidement. Un mécanisme imposé de manière uniforme, sans égard
aux réalités variées du terrain, peut créer plus de tensions qu'il n'en résout.
L'article 7 est possiblement le plus
préoccupant, et touche au cœur même de l'action syndicale : les
cotisations. Les implications constitutionnelles sont sérieuses. Le Barreau du
Québec, tout comme la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, nous ont mis en garde. Ils ont affirmé que l'article 7 pourrait
porter atteinte à la liberté d'association, restreindre indûment la capacité
des syndicats de financer leurs activités essentielles, limiter leur
participation au débat public et que la distinction entre cotisations
obligatoires et facultatives pourrait même être inconstitutionnelle. Lorsque
deux institutions indépendantes, dont le mandat est précisément de protéger les
droits fondamentaux, sonnent une alarme aussi nette, notre responsabilité n'est
pas de l'ignorer, mais de l'écouter attentivement. M. le Président, j'aimerais
dire un mot personnel sur le ministre. Ayant travaillé avec lui sur d'autres
projets de loi, comme ma collègue de Bourassa-Sauvé, je lui ai dit en toute
sincérité cette manière de faire ne lui ressemble pas. Il nous a habitués au
dialogue, à la collaboration, à une écoute réelle, même dans les désaccords.
Mais ici, il y a un déposé... Ici, il a déposé un projet sans consulter ceux
qui en sont directement concernés. Il a mené des consultations particulières ou
pas...
Mme Prass : ...au pas de
course. Il a refusé d'entendre des groupes pourtant essentiels au débat et cela
manque de hauteur. Cela manque d'autres... d'honneur et pourtant, je suis
convaincue qu'il est capable de mieux, il nous l'a déjà démontré.
La session parlementaire s'achève et il
peut que se... et il se peut que ce soit le dernier projet de loi du ministre
du Travail. Il a devant lui une occasion importante, celle de conclure son
mandat avec la dignité, la rigueur et le sens de l'État qui l'ont souvent
caractérisé. Comment les Québécoises et Québécois se souviendront-ils de lui?
Comment les professeurs de droit du travail, d'enseignement du projet de loi,
dans les années à venir? Dans cette étude détaillée, nous allons examiner
chaque
article avec sérieux, avec ouverture, mais aussi avec vigilance. Nous
proposerons des amendements lorsque les mesures ne répondent pas adéquatement
aux préoccupations exprimées. L'objectif n'est pas de bloquer, mais
d'améliorer, d'assurer un équilibre entre la nécessaire reddition de comptes et
la préservation de l'efficacité et de l'autonomie du mouvement syndical. Nous
espérons que le gouvernement fera preuve de la même écoute que celle que les
groupes nous ont demandée, car ce projet de loi, en l'état actuel, comporte des
risques qui ne doivent pas en... qui ne doivent pas être balayés du revers de
la main. L'avenir nous appartient, le projet de loi est perfectible et le
ministre peut encore l'améliorer. Et on lui donne... Et la main que nous lui
avons tendue demeure ouverte, alors, au plaisir de débattre par la suite.
Merci.
M. Allaire : Merci à vous,
Mme la députée de D'Arcy-McGee, on poursuit avec le deuxième groupe de
l'opposition. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, vous avez également 20
minutes, la parole est à vous.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Je veux commencer par salut ma collègue de l'opposition officielle,
qui vient de lire un excellent résumé de la situation. J'aurais pu presque
faire le même discours mot pour mot, alors félicitations. Salutations à toutes
les collègues, à tous les collègues de tous les différents partis, aux gens du
ministère qui accompagnent le ministre, c'est toujours agréable de vous voir.
Merci, bien sûr, à mes collègues qui m'accompagnent, ma collègue, ici, Myriam
Dussault-Brodeur, et mon collègue Guillaume Boivin, qui nous suit en ligne. Et,
plongeons sur le projet de loi 3, n°3.
Tout comme ma collègue de l'opposition
officielle, moi, je me suis questionné, là, dès le début sur : Pourquoi on
fait un projet de loi? D'habitude, quand un projet de loi arrive au Salon
rouge, on nous le présente ou on le dépose, il y a comme un enjeu qui a été identifié
dans l'espace public puis qu'on a voulu mettre de l'avant, qu'on veut corriger.
Il y a une crise, il y a un problème. Souvent, quand ma fille de huit ans me
demande : Qu'est ce que tu fais dans la vie, papa? Tu sais :
Explique-moi comment... qu'est ce que ça fait, un député? J'essaie de lui
résumer ça avec la phrase : Papa, il essaie de régler des problèmes à son
bureau, dans Hochelaga-Maisonneuve, puis au Parlement, ici, pour l'ensemble du
Québec. C'est la façon la plus simple que j'ai trouvée pour l'expliquer à un
enfant de huit ans? Alors ici, on essaie de régler des problèmes. Comment
expliquerait-on à un enfant, donc, de huit ans, quels problèmes voulons-nous
régler, en ce moment, M. le Président? Parce que je reste marqué par le
tweet que le ministre avait fait le jour avant le dépôt de son projet de
loi, où il avait, dans un petit montage vidéo, mis plusieurs coupures de presse
de différents dossiers qui avaient eu lieu dans les derniers mois. Il en
citait, là, quatre ou cinq et on comprenait, donc, parce qu'il l'annonçait à
travers ce petit montage vidéo là, qu'il allait déposer son projet de loi le
lendemain. On comprenait, donc, que c'était un peu ça, la justification du
projet de loi : voici, il y a des problèmes que nous vous résumons par
cette petite vidéo-là, qui nous... qu'il nous semble légitime de traiter et
de... et de faire une intervention législative au sujet de ça. Alors, quels
étaient les petits éléments dans son... dans la petite vidéo? Il y avait, bien
sûr, la FAE, avec les... la contestation de la FAE de loi 21, de la
Loi sur la
laïcité de l'État du gouvernement. Il y avait, bien sûr, l'Assemblée, qui a été
assez tardive, de l'Association de Montréal de la FAE, l'Alliance des profs de
Montréal, il y avait les fameux scotchs à 50 $ de la FTQ-Construction. Il
y avait... des membres ou des employés de l'INTER qui avaient rénové une maison
sur des heures, là, libérées, bref, un enjeu, à ce niveau-là, de... bien, de
fraude, en fait, on va le dire. Il y avait une question d'une fraude, aussi,
dans une
section locale de métallos, je pense qu'elle était sur la rive sud, je
ne suis pas certain de l'endroit. Il y avait, bien sûr, la présence de la
présidente de la FTQ à la COP, le Rassemblement des parties sur... sur
l'environnement.
• (11 h 50) •
Mais regardons... disséquons, donc, ces
cinq enjeux-là, puis voyons s'il y a lieu, en effet, de faire une intervention
législative. La première, la contestation de la loi 21 de la FAE. La FAE n'est
pas toute seule à contester la loi 21, il y a plusieurs organismes qui
contestent la loi 21, ça fait que si, d'emblée, on interdisait à la FAE de
défendre la loi 21, ou on lui mettait tellement de bâtons dans les roues, comme
le veut...
M. Leduc : ...le projet
de loi n° 3 que ce soit virtuellement impossible. La contestation de la
loi 21 va continuer quand même, le gouvernement devra quand même aller
défendre sa loi, même si la loi... même si la FAE s'en retirait demain matin.
Première chose.
Ensuite, à ma connaissance, puis j'ai posé
la question à tous les gens de la FAE que je connais, des militants, des
employés, à la présidente, personne n'a déposé de résolution dans son assemblée
générale respective de toutes les sections locales de la FAE pour que cesse
l'implication de la FAE dans cette poursuite de la loi 21. Il est
loisible... ça se dit-tu loisible? C'est le loisir de chacun des membres de la
FAE dans leur syndicat respectif de déposer une pétition, de déposer une
résolution à leur assemblée pour dire : Là, vous êtes nos délégués, là,
pour le prochain congrès de la FAE, et je souhaite que le Syndicat des
enseignants de la région X réclame la fin de l'implication de notre fédération
dans la contestation juridique de la loi 21. À ma connaissance, ça n'a
jamais été fait. Donc il y a quelque chose là aussi, ça veut dire que ça ne
dérange pas tant que ça ou ça ne dérange pas du tout, en fait, la base de la
FAE de procéder à cette contestation-là. La présidente actuelle,
Mme Hubert, qui mène un peu ce combat-là, a été réélue. Donc, un moment
donné il faut savoir aussi... read the room, là, il faut lire la salle, là.
Visiblement, le ministère essaye peut-être de générer une contestation
artificielle parce que ce n'est pas ça qu'ont réclamé les membres de la base de
la FAE d'arrêter ça.
Ensuite, la fameuse assemblée-fleuve. Ça
c'était bien drôle d'ailleurs, hein, quand l'Institut économique est venu en
audience, qu'on lui a demandé de citer d'autres assemblées-fleuves, parce qu'il
y avait des assemblées-fleuves, il était incapable d'en citer aucune autre. Je
ne sais pas si le ministre a fait ses devoirs parce que je vais poser la même
question quand on va être rendus à ce document-là, j'espère qu'il en aura
d'autres à nous mettre sous la dent parce qu'il en a juste une pour l'instant.
Une assemblée qui a duré a peu de temps quand même parce que présenter une
entente de principe d'une grève qui dure depuis plusieurs semaines, ça ne prend
pas cinq minutes. C'est complexe, une convention collective dans le domaine du
secteur public, M. le Président, c'est long à présenter, à répondre à toutes
les questions et après ça, avoir une période de discussion ouverte. Il y a
une... moi, j'en ai présidé beaucoup des assemblées générales dans le milieu
étudiant, dans le milieu communautaire, dans un milieu syndical, il y a une
procédure qui est commune dans tous les codes de procédure communautaire,
syndicale et autre, c'est la question préalable. On peut demander la question
préalable, c'est-à-dire passer immédiatement au vote. Alors, c'est quelque
chose qui est... qui est permissible, qui est permis aux membres de le faire et
si ça c'est terminé aussi tard, c'est dommage, mais c'est que visiblement les
membres avaient envie de continuer à débattre et ils avaient besoin d'avoir
plus de détails.
Après ça, qu'est-ce qui va se passer, tu
sais? On peut trouver ça dommage et déplorable qu'une assemblée syndicale se
soit terminée aussi tard, mais qu'est-ce que... je veux dire, on ne va pas
avoir des inspecteurs du ministère du Travail qui vont aller fermer les
lumières ou déconnecter, parce qu'elle était en ligne, cette assemblée-là, on
ne va pas aller déconnecter les serveurs du syndicat pour dire : Votre
assemblée est fini, il est minuit, 0 h 05, c'est terminé, M. le
Président, votre assemblée, le ministère... De se plaindre que ça a fini
tard... qu'est ce qu'on va faire? Parce que, dans le projet de loi du ministre,
absolument rien ne traite de ça. Absolument rien ne limite l'heure exact. Des
heures raisonnables, qu'est-ce qu'une heure raisonnable pour vous? Pour moi? Pour
le voisin, ce n'est pas la même chose, qu'est ce qui est une heure raisonnable,
ça fait qu'on va demander au TAT de trancher ça? M. le juge, 11 h 30,
c'était-tu raisonnable? Minuit, 0 h 30, 1 h du matin? Si les
membres ont voté une prolongation de la plénière, c'est-tu jugé raisonnable
encore? Ridicule.
Ensuite, il y a les scotchs à 50 $ de
la FTQ-construction, pratique regrettable. La FTQ-Construction a modifié ses
pratiques, le ministre l'a lui-même salué, ce changement de pratique-là, c'est
très bien. Cela étant dit, encore une fois, dans le projet de loi, absolument
rien ne traite des scotchs à 50 piastres. Absolument rien. Le ministre
dit : Oui, mais là, il va y avoir une obligation de faire des états
financiers vérifiés. Les états financiers de la FTQ-Construction sont déjà
vérifiés, c'est déjà prévu dans la loi R-20. Le comptable, là, qui va
aller checker les factures sont-tu bien rentrés, le comptable, il veut savoir
si la facture est là, il ne veut pas savoir c'est-tu moral ou pas de faire un
sketch de 50 piastres, il veut savoir la facture est-tu, puis est-tu bien
identifié, c'est tout. Donc le projet loi du ministre ne règlent pas du tout la
question soit disant des scotchs à la FTQ à 50 piastres, c'était pourtant
dans sa vidéo pour justifier le dépôt de son projet de loi. Même chose pour
l'INTER, même chose pour les Métallos, les dossiers de fraudes, qu'est-ce qui
va nous permettre, dans le projet du ministre, d'empêcher toute forme de fraude
dans le futur? Des fraudes, il y en a partout, il y a dans les commissions
scolaires, il y en a dans les groupes communautaires, il y en a dans les
entreprises. La fraude, c'est l'humain. Ça fait qu'à partir du moment qu'il y a
des états financiers, ça ne veut pas dire qu'il n'y aura plus de fraude, des fraudes,
il y en a dans des endroits qu'il y a aussi des comptables. Ce n'est pas
magique, ce n'est pas une baguette magique, un comptable, ça ne règle pas... ça
n'empêche pas de manière totale et absolue les fraudes. Encore une fois, des
beaux cas qui ont été cités dans sa petite vidéo, dont le problème ne règle
rien.
Quant à la... quant à la présence de la
présidente de la FTQ à la COP....
M. Leduc : ...c'est une
résolution de congrès. Donc, les membres de la COP... les membres de la FTQ
souhaitent... C'est le plus gros syndicat du privé, hein, M. le Président, la
FTQ. Les Métallos, Unifor... Il représente des usines, représente des milieux
de travail industriel lourds, très polluants. Puis, dans une discussion
collective planétaire sur la transition énergétique puis économique, il y a des
décisions qui vont se prendre à la COP. Les patrons y vont, le gouvernement y
va. Bien, vous pouvez être certain que les travailleurs, travailleuses, ils
aimeraient ça savoir que leur représentant y va aussi, ça fait que c'est une
résolution du congrès. Après ça, il fallait-tu qu'elle y aille pendant la grève
ou pas du secteur public, là, on peut tout avoir un opinion là-dessus, là.
Ça... Il n'y a pas de problème. Mais le fait qu'un dirigeant syndical de la
plus grosse centrale qui représente le secteur privé au Québec se rende à un
lieu de discussions et de débats sur l'avenir de la transition écologique et
économique au Québec et sur la planète, ça me semble parfaitement... au regard
en particulier d'une résolution de congrès. Ça fait qu'encore une fois,
plusieurs anecdotes que le PL de M. le ministre ne traite pas, ni de près ni de
loin.
Qui appuie le projet de loi du ministre?
On a eu des auditions assez catastrophiques, M. le Président. Toutes les
associations patronales, à l'exception notable de la FCEI, ont décidé de
décliner l'invitation. Elles ne sont pas venues. On ne saura pas exactement
pourquoi. Moi, mon cinq cents, là, mon «two cents» comme on dit, probablement
parce qu'il était un peu gênant de venir dire que son projet de loi n'a pas
trop rapport. Ça reste des gens qui veulent maintenir leurs bonnes relations
avec le ministre pour toutes sortes d'autres dossiers, et aussi, ça ne les
concerne pas, les cotisations syndicales. À
part la FCEI qui, elle, avait bien
des choses à dire. Elle voulait la transparence des salaires des dirigeants
syndicaux, mais est incapable de nous dire la transparence de son salaire à
lui, le président M. Vincent.
Je veux saluer, donc, M. le ministre, sur
une chose. Ça fait 14 projets de loi qu'on traite ensemble, M. le ministre et
moi, depuis notre élection respective en 2018. Et là, c'est la première fois,
au regard de ce que je trouvais être un projet de loi mal ficelé, mal attaché,
beaucoup trop lousse, que je ne... j'avais un barrage de questions sur son
application. Alors, j'ai sollicité pour la première fois, donc, en huit ans de
collaboration, un breffage technique, et on a passé une heure ensemble avec son
collègue directeur de cabinet, à poser des questions sur l'application. Donc,
je le remercie d'avoir passé une heure avec nous pour faire ça. Je dois quand
même souligner que je suis sorti de ce breffage technique-là, honnêtement, avec
quand même un peu plus de questions quasiment que j'en avais au début. Donc,
merci d'avoir passé une heure avec nous, merci d'avoir clarifié des éléments,
mais la façon dont c'était clarifié, ça me faisait avoir d'autres questions
qu'on aura l'occasion de clarifier ici devant les collègues de tout le monde,
puis c'est très bien, mais c'est compliqué l'application de son projet de loi.
C'est compliqué. Il y a eu la blague qui a été faite pendant les audiences, me
semble que c'était la FTQ qui disait : Avez-vous déjà siégé une assemblée
syndicale, tu sais? Moi, j'ai posé la question au représentant de l'Institut
économique de Montréal, la réponse était non. Il avait déjà été syndiqué une
fois, mais il n'était pas allé à son assemblée. C'est son droit, ce n'est pas
une prison. Mais je ne sais pas si le ministre a déjà été dans une assemblée syndicale.
Il s'est fait inviter d'ailleurs par une
section locale du SCFP à venir
assister à une assemblée générale. Je ne sais pas s'il y a répondu. J'ai vu une
lettre passer, là, sur les réseaux sociaux qui était adressée au ministre pour
faire suite à sa discussion puis son échange pendant les commissions, c'est
«formellement invité par une
section locale du SCFP à assister une assemblée
syndicale.» Moi, je pense que ça pourrait être utile. On verra si on a le temps
de finir le projet de loi d'ici demain, mais si d'aventure ce n'est pas le cas,
il restera beaucoup de temps avant notre retour en commission, quelque part,
soit en janvier ou en février. Ça laisserait donc l'occasion au ministre
d'aller peut-être, donc, pour une première fois de sa vie, assister à une
assemblée générale et voir comment ça se passe.
Je disais que les audiences avaient été
difficiles, M. le Président, parce que, oui, le ton a monté, oui, ça n'a pas
été facile de se faire dire que son projet de loi était problématique à de nombreux
égards par beaucoup de gens. Mais elles ont été surtout catastrophiques, puis
ma collègue de l'opposition le disait à l'instant, à cause des absences. On
aura l'occasion de faire des motions préliminaires tantôt, mais il y a eu des
grands absents pendant les audiences. Je pense à l'Ordre des comptables, je
pense aussi à l'ensemble du mouvement syndical. Moi, je... honnêtement, là, je
pensais que si on est pour aller jouer dans les cotisations syndicales, on va
se faire un point d'honneur d'inviter et d'entendre toutes les associations
syndicales.
• (12 heures) •
Après ça, mettons des syndicats qui sont
déjà dans une confédération comme la FTQ, ça peut-tu justifier, tu sais, bon,
on n'invitera pas tous les affiliés de la FTQ. Bon, je peux comprendre. Il n'y
a pas... Il n'y a pas de la place à l'infini. Mais on a refusé d'entendre le
SFPQ, syndicat des fonctionnaires provinciaux du Québec. On a entendu les
professionnels, le SPGQ, c'était très bien, c'était une belle présentation,
mais pas le SFPQ, de manière honnêtement, complètement arbitraire. Pourquoi
eux, on n'a pas le droit de les entendre? On va jouer dans leurs cotisations à
eux aussi. On a entendu tous les autres. Dans le PL 101 qu'on avait fait, on
avait oublié la FIQ. On avait eu l'APTS à la dernière seconde, on a oublié la
FIQ, là, cette fois-ci, on n'a pas le SFPQ. Bizarre...
Haut de la page
12 h (version non révisé
e) M. Leduc : ...pourquoi? On
avait plein de plages horaires, on l'a dit tantôt, là. Six plages horaires de
libres que le gouvernement a obstinément refusé de combler. Moi, je n'avais
jamais vu ça dans mes huit ans d'expérience, là, obstinément refusé de combler
ces places-là, j'ai trouvé ça désolant, pas à la hauteur de la situation et que
ça a envoyé un signal, malheureusement, que c'était vraiment un projet de loi
purement idéologique et non pratique. Ce qui est contraire, encore une fois, à
l'héritage et au bilan du ministre qui, on n'a pas toujours été d'accord, mais
toujours a fait des projets de loi pragmatiques sur des enjeux réels. Là ça me
semble complètement léviter en haut du réel, puis répondre à des intentions...
à des intentions idéologiques. Moi, j'ai soumis à des journalistes que je pense
que si Éric Duhaime n'était pas en train de dépasser la CAQ dans les niveaux de
sondages, on ne serait même pas en train de parler de ça en ce moment, c'est
mon hypothèse personnelle. Malheureusement, on va perdre beaucoup d'heures à
aller jouer dans un projet de loi qui est non sollicité, qui est mal préparé, on
l'a dit tantôt avec ma collègue de l'opposition officielle, il n'y avait pas d'urgence,
aucune forme de consultation. Je veux dire, il y a des instances qui existent,
là. Le CCTM c'est une institution du Québec depuis... la Révolution tranquille,
là, où le patronat et le salariat se parlent puis essaient de trouver des
consensus pour bouger ensemble. Aucune forme de consultation préalable. Puis même,
à la limite, si ce n'est pas le CCTM, des consultations directes juste avec la
partie syndicale? Pas plus.
Les audiences ont été aussi un moment où
on a eu des déclarations quand même assez malheureuses du ministre, là. Je ne
peux m'empêcher de noter quelques unes à ce moment-ci, M. le Président. La
première, c'est qu'à chaque centrale qui passait, il y en a eu quand même, bien
sûr, des centrales, je le disais tantôt, puis il y en a manqué, mais il y en a
eu quand même, le ministre était toujours sympathique avec la centrale en
disant : Oui, oui, mais chez vous, ça va bien, là. Il a dit ça
individuellement, à chacune des centrales qui est venues. Ça va bien chez vous
à la FTQ, ça va bien chez vous à la CSN, ça va bien à la CSQ, à la PTS, à la
FIQ. Ça fait qu'à la fin de la journée, on se demandait coudon, où est-ce que
ça va mal finalement? Si ça va bien individuellement dans chacune des centrales
qui est venues ici, avec le ministre avec qui il y a eu un dialogue, ça va mal
où, finalement? Pourquoi on fait un projet de loi? Pour régler quels problèmes
exactement? Quelle pandémie de démocratie flouée sommes-nous en train de
traiter ici? Où est la fameuse liste des problèmes démocratiques à la grandeur
du Québec où la gangrène antidémocratique s'est manifestée là, puis qu'il faut
faire une chirurgie, il faut faire une amputation? Nulle part, madame... M. le
Président.
Le ministre a aussi dit une déclaration
malheureuse, il a dit à une réponse : Quand on aura établi une culture
démocratique. Ça, j'ai trouvé ça fort de café, M. le Président. Quand on aura
établi une culture démocratique. Ce n'est pas le ministre qui a ça, la culture
démocratique, qu'il décide qu'il l'applique avec son projet de loi. Elle est
déjà là, la culture démocratique. Les organisations syndicales, j'ai été
syndicaliste longtemps, sont certainement les organisations les plus
démocratiques au Québec. Venant d'un parti politique qui n'a même pas d'investiture
pour choisir ses candidats aux élections, venant d'un parti politique qui a
fait neuf bâillons ici depuis son arrivée au pouvoir, c'est quand même spécial
de dire : Quand nous aurons installé une culture démocratique. Il a aussi
dit on va donner le stylo aux membres, comme s'ils ne l'avaient pas déjà. Les
assemblées générales sont ouvertes, sont publiques. Les gens peuvent venir se
déplacer, proposer... changer l'ordre du jour, changer le président qui siège
pour la... ils peuvent élire leur exécutif, démettre leur exécutif, ils votent
des budgets, peuvent modifier le budget, peuvent modifier des... ils peuvent
tout faire peuvent tout faire, ils peuvent tout faire. C'est l'institution la
plus démocratique au Québec et c'est dommage que le ministre ne le sache pas...
qu'ils ne le connaissent pas, c'est une chose. S'il n'a pas vécu... il n'a pas
une longue expérience de vie syndicale, c'est une chose, ce n'est pas tout le
monde qui a vécu ça, mais après ça de laisser sous-entendre que c'est lui qui
va amener la démocratie dans le milieu syndicale, faut redonner le stylo au
monde alors que c'est déjà eux qui l'ont, ça... c'est trop fort de café.
Il y a aussi, bien sûr, les fameux cas
inventés, là, où le ministre disait : Ah, j'ai plein de cas, j'ai plein de
cas, vous les connaissez. Ça, c'était avec l'APTS, puis là, quand on a demandé
au Président, M. Comeau, bien de quel cas il parle, M. Comeau, il dit : Je
n'en aie aucune idée. Ça fait que là, peut-être que le ministre, je ne sais pas,
il a-tu reçu des courriels à la pelleté, bien qu'il nous en parle, qu'il nous
fasse une belle petite liste, à la limite qu'il nous la montre sous embargo parce
que moi, je pense que ça n'existe pas, je pense ça n'existe pas, M. le
Président.
Il ne me reste pas beaucoup de temps, j'ai
besoin d'aborder deux points, M. le Président. Le premier, c'est les documents
qui coulent. Le projet de loi a coulé, hein, je l'ai coulé en septembre. Là, hier,
j'ai mis la main sur les amendements que le ministre va déposer tantôt au
conseil des ministres, en après-midi, quand on va se quitter. Qu'est-ce que ça
veut dire, ça du projet de loi du ministre? Ça veut dire que la machine
gouvernementale parle. Les gens sont inquiets dans la machine gouvernementale
que ça va trop loin. Le barreau a parlé de dérive autoritaire, la Commission
des droits de la personne...
M. Leduc : ...dans des mots
différents, mais avec une intensité tout aussi forte. Elle parle de dérives
autoritaires aussi. Alors... il y a... il y a du monde qui s'inquiète de ça
puis qui trouve que ça pousse un peu, l'élastique est trop étiré du côté du
gouvernement. Il serait temps que le ministre entende ça et qu'il arrête son
opération idéologique qui fond... fonce à tête baissée devant le mur, parce que
ça va être d'autres partis qui vont récupérer ça, après. Quand on va être
poignés pour aller défendre ça en cours, ça ne sera plus son gouvernement qui
sera là. Ça va être encore son héritage, ça va être encore son nom qui va être
là-dessus.
Dans la dernière minute qu'il me reste, je
veux revenir, M. le Président, sur ma proposition de scindage. Il y a une porte
de sortie, je pense, pour terminer une
partie de ce projet de loi là avant les
fêtes, pendant deux jours, ça serait de scinder. Là, je comprends que,
mécaniquement, on peut plus, là, scinder au Salon rouge, c'est fait, là, cette
fenêtre-là est fermée, mais on peut le scinder ici en étude détaillée. Le
ministre peut décider de déposer les amendements pour tout retirer l'aspect du
projet de
loi sur les cotisations facultatives et le redéposer au retour des
fêtes, ou du moins l'avoir retravaillé fondamentalement pour ne pas que ça soit
aussi... aussi inquiétant comme le Barreau le souligne.
Je lui tends encore la main parce qu'il y a des...
des aménagements qu'on va pouvoir faire, là, dans le reste. Moi, j'ai des
suggestions à lui soumettre, je lui en ai fait, des suggestions, d'ailleurs,
verbalement, je l'ai appelé pour lui faire des suggestions, j'ai des choses à
dire, mais de grâce, fermons la porte de ces cotisations facultatives, partons
avec les fêtes avec, peut-être, un projet de loi plus... plus synthétisé et
plus consensuel. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) :
Merci à vous, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. On poursuit avec le député
de Jean-Talon, 20 min, la parole est à vous.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Salutations à M. le ministre, à toute l'équipe, les collègues des banquettes
gouvernementales et de l'opposition. Salutations, aussi, à tout le personnel du
ministère. D'accord, pas d'accord, avec les dispositions dont on va discuter,
nous savons qu'il y a beaucoup de travail derrière un projet de loi qui arrive
devant nous, alors, il faut le reconnaître aujourd'hui. Salutations à tous nos
collègues de l'Assemblée nationale qui vont faciliter de nouveau nos débats
et... donc, ces débats qu'on va avoir, sur le détail du projet de loi 3, sont
importants parce que nous avons entendu des avis très distincts sur ce projet
de loi là, dont on devrait tenir compte et la façon dont le projet de loi
arrive, je pense, c'est lié à son contenu, et on ne peut pas, donc, faire
l'économie du fait qu'il s'inscrit dans un... dans un... dans une série de
projets de loi, le projet de loi 1, le projet de loi 2, le projet de loi 3,
dont certaines dispositions sont communes dans les trois. Je parle, notamment,
de la question de l'accès aux tribunaux, qui est un des principes fondamentaux
sur lesquels repose notre démocratie, donc la capacité des citoyens, des
organisations de la société civile à faire appel aux tribunaux pour contester
les décisions du gouvernement. Et, je vais y revenir plus tard, mais il y a
un... il y a une disposition commune où, en fait, qui se ressemble un peu dans
chacun de ces projets de loi là, qui en retouche d'autres, aussi, qu'on a vus
dans l'activité législative de ce gouvernement au cours des dernières années et
qui, de fait, traduit une... une tendance préoccupante à vouloir limiter la
capacité des citoyens et des organisations à avoir un point de vue différent de
celui du gouvernement. Et je me suis déjà exprimé là-dessus, le chef de notre
formation politique s'est exprimé là-dessus. Qu'on soit d'accord ou pas avec le
fond de l'intervention, le fait de vouloir s'adresser aux tribunaux, c'est
important, et il y a un article, ici, qui restreint la capacité des
organisations devant... d'aller devant les tribunaux. Et ça, c'est très
préoccupant.
• (12 h 10) •
Je vais y revenir après parce que je l'ai
déjà expliqué pour... pour nous, il y a deux aspects très différents dans ce projet
de loi là. Il y a, d'abord, une série de dispositions qui concernent la
gouvernance interne des organisations, des associations, des syndicats, sur les
questions financières, sur la façon dont on procède au vote, sur la façon dont
on divulgue l'information. Et nous l'avons dit, nous sommes d'accord, en
principe, avec la volonté de... de mieux établir, de renforcer les obligations
de toutes les organisations vis-à-vis leurs membres, vis-à-vis le public quant
à ce devoir de transparence. Et ça, nous le disons, peu importe le secteur dont
on parle, nous, on a le même discours, qu'il s'agisse des grandes, du... qu'il
s'agisse du gouvernement lui-même. Ce matin, j'étais sur ce thème-là, en
période de questions, sur le fait qu'à notre époque, ce qu'on veut, c'est la
plus grande transparence possible de notre gouvernement. Et actuellement, on ne
l'a pas. Ce matin, c'est sur la question de l'énergie. L'énergie...
l'électricité, ça appartient aux Québécois et le gouvernement refuse de
divulguer aux Québécois des informations très importantes. Je le mentionne
parce que c'est de même dans tous les secteurs, on est revenus là-dessus...
M. Paradis : ...l'utilisation
des fonds des Québécois, des milliards des Québécois pour financer des
entreprises sur les avantages qu'on paie aux fonctionnaires qu'on est en train
d'embaucher dans les agences que le gouvernement a créées, par exemple à Santé
Québec. Et je le dis parce que c'est un peu paradoxal de la part d'un
gouvernement qui ne se distingue pas par sa transparence de venir légiférer
pour renforcer la transparence des autres. Mais j'étais en train de dire que ma
formation politique en fait un combat dans tous les domaines, celui de la bonne
gouvernance, celui de la transparence, celui du renforcement de la démocratie
interne, donc, nous sommes d'accord avec ces principes-là. Et je note des
consultations particulières qu'on a eues que la plupart des représentants des
organisations syndicales qui sont venus nous voir ont exprimé aussi leur
accord. Souvent, ils nous ont dit : Oui, mais on fait déjà ça, on a déjà
ces obligations-là, on le fait déjà, il y a déjà plusieurs façons d'assurer la
démocratie interne de nos organisations. Et plusieurs se sont dit : On est
d'accord pour leur renforcer ça. Un des dirigeants est même venu nous
dire : La transparence, oui, l'ingérence, non. Je pense que ça résume bien
aussi notre position.
Ce qui va être important sur ces
dispositions-là, donc, je le réitère, avec lesquelles nous sommes d'accord,
parce que, si ce sont des pratiques, par exemple, qui existent déjà, comme
certains nous l'ont dit, bien, je pense que c'est sain de voir à ce que les
normes qui s'appliquent dans nos lois, dans nos règlements, reflètent
l'évolution des organisations vers ces pratiques qu'on pourrait appeler les
meilleures pratiques. Et s'il y en a qui doivent encore évoluer, bien, qu'on
l'inscrive, qu'on profite de ce projet de loi pour l'inscrire. Le problème
qu'on va avoir ici, c'est que sur plusieurs de ces pratiques-là, le ministre
est arrivé avec des solutions qui sont impraticables, qui ne correspondent pas
à la réalité des organisations, qui ne tiennent pas compte du réel
fonctionnement des organisations. Et on le comprend, elles sont toutes venues
nous dire, sans exception, même les autres d'ailleurs, hein, les personnes qui
sont venues, moi, je leur ai posé à tous et toutes la même question :
Est-ce que vous avez été consultées? Est-ce qu'on vous a parlé avant? En fait,
la très grande majorité ont dit non. Certains ont dit : Oui, le ministre
est venu nous voir, puis il nous a demandé si on avait des meilleures pratiques
à lui suggérer.
Mais ce n'est pas comme ça qu'on
fonctionne au Québec quand on vient agir comme le ministre le prétend, sur le
délicat équilibre qui existe dans les relations de travail entre les
travailleurs et entre les employeurs, on a un modèle québécois qui a toujours
misé sur le dialogue. Il existe toutes sortes de comités, il existe toutes
sortes de façons de chercher à faire la meilleure chose possible en étant
branché sur la réalité du terrain, sur ce qui se passe véritablement en
pratique, sans violer le secret législatif, là. Je comprends bien nos règles,
là, puis il n'y a personne qui parle de ça, là, avec le projet de loi, puis
dire : Tiens, c'est ça que je vais faire, peux-tu le commenter? Mais il y
a moyen d'avoir ce dialogue-là. Si ce qu'on cherche, c'est faire les meilleures
politiques publiques, on consulte à l'avance toutes les parties, pas seulement
d'un côté, puis pas seulement se dire : Moi, je suis convaincu qu'il
existe tel, tel, tel problème, j'ai lu la manchette dans le journal, j'ai mes
trois, quatre ou cinq cas, là, dont tout le monde parle toujours, puis sur
cette base-là, tu sais, je vais bouleverser, je vais arriver avec ma boule de
quilles, puis envoye dans le... dans le... dans l'allée, ça va finir par avoir
des bons résultats. Ce n'est pas comme ça qu'on aurait dû fonctionner. On
aurait dû parler aux principaux intéressés pour dire : Si on veut faire la
bonne chose, où est-ce qu'on met le curseur? Parce que le ministre dit tout le
temps : Ah, je suis à la bonne place, c'est équilibré. Mais là, ça fait
des mois que ce n'est pas ça qu'on entend.
Bon, le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve,
là, rapporte souvent le nombre de projets loi. Moi, j'ai calculé, c'est mon
septième projet de loi avec le ministre et on sait qu'il est sérieux et on sait
qu'il... qu'il connaît bien le domaine. Bien, si on espère, en tout cas, que
sur ces dispositions-là, on va voir ces amendements, mais on espère qu'il sera
vraiment intéressé à ce qu'on modifie le projet de loi pour arriver aux
meilleures solutions, parce qu'on a posé les questions et lui-même a posé les
questions, et lui-même les a entendus sur la façon dont ça peut fonctionner. Et
ce qu'on a entendu, c'est que les gens disent : Oui, on est d'accord avec
le principe, mais là, vous allez nous... vous allez nous compliquer la vie,
vous allez créer de la paperasse, vous allez créer de la bureaucratie, vous
allez générer des coûts. La propre étude d'impact réglementaire du ministre
parle d'impact de dizaines de millions par année, juste pour installer les
systèmes qui sont nécessaires à faire rouler ce qui a prévu toutes les
nouvelles procédures qu'il a prévues dans son projet de loi. Et ça, malgré
qu'on dise dans l'étude que : Ah, c'est raisonnable. Tout le monde est
venu nous dire ici que c'est... ce n'est que la pointe de l'iceberg que ça...
M. Paradis : ...va être
beaucoup plus compliqué, que ça va créer beaucoup plus de délais, que ça va
générer de la paperasse, que va... ça va générer de la bureaucratie, alors que
son gouvernement dit qu'il veut faire la même chose, qu'il veut faire le
contraire, pardon, qu'il veut faciliter la vie des organisations. Et ce n'est
pas ce qu'il est en train de faire, dans ce projet de loi, et ça, c'est un
grave problème. Et ce n'est pas un problème uniquement pour les organisations
syndicales, ça va être un problème pour les employeurs, parce que la cotisation
syndicale, notamment, puis la deuxième partie, j'y arrive bientôt, sur les
cotisations, mais c'est géré par les employeurs, c'est parfois géré par des
PME, par des petites entreprises qui, aujourd'hui... voient peut-être un
certain nombre de choses dans le projet de loi, mais quand elles vont arriver à
l'application de ce qui est prévu, elles ne trouveront pas ça facile. Notez que
certaines organisations sont venues ici nous dire : Écoutez, ce qui est
prévu dans le projet de loi à échelle «comme ça», nous, on le fait déjà «comme
ça», puis notre employeur, le gouvernement du Québec, n'arrive même pas à
suivre. On en a qui sont venus ici dire : On a changé le montant de la
cotisation une fois, une fois, on a envoyé ça à notre employeur. Ça fait des mois
qu'ils attendent que le gouvernement mettre en vigueur ce changement-là, puis
il n'est pas capable, c'est trop compliqué.
C'est trop compliqué, notamment, parce
qu'imaginez, ça, ça va prendre un système informatique qui fonctionne, ce qui
n'est certainement pas la grande force de ce gouvernement, comme il nous l'a
démontré dans les derniers mois, dans les dernières années. Alors, imaginez ce
qui est prévu par le projet de loi, c'est des changements potentiels de manière
régulière, qui ne seront peut-être même pas uniformes d'une
section locale à
l'autre
section locale de la fédération par rapport à ces sections locales. Et
tout ça, j'ai... on a posé des questions et on essaie de voir comment ça marche
en pratique, et même ceux qui, de bonne volonté, disent : Bon, si le
projet de loi s'applique demain matin, comment j'y arrive? Et la plupart n'ont
pas été capables de répondre à cette question-là. Pourquoi? Parce que ce sont
des solutions proposées sans avoir parlé aux principaux intéressés, alors qu'on
aurait pu s'entendre, puis on... vu qu'on est d'accord, pas mal tout le monde,
sur les principes de transparence, de bonne gouvernance, de démocratie, de
faciliter les votes. On aurait pu s'entendre sur des solutions, puis
dire : Bon, bien, on va aller vers là. Ce n'est pas ce qui s'est passé.
Donc, on va voir quel est le degré d'ouverture du ministre, parce que je le
redis, il faut aller là, il faut aller vers plus de transparence, vers
renforcement de la transparence, il faut aller vers plus de mécanismes efficaces
de démocratie interne, il faut aller vers plus de transparence, vers plus
d'information, un renforcement de tout ça. Je le redis : pas mal tout le
monde est d'accord avec ça, c'est dans la façon qu'on va le faire qui... qu'on
va voir si, donc, il y a une marge de manœuvre pour arriver aux meilleures
solutions possibles. Bon, la... ça, c'est la première grande partie, elle est
importante, et je le redis : nous, on est d'accord, en principe, avec ça.
La deuxième partie, c'est... c'est celle
sur, bien, une refonte très importante d'un élément central, justement, de la
démocratie syndicale, puis c'est celle de la cotisation. Et donc là, on propose
de diviser la cotisation en deux, une
partie principale et une
partie
facultative. Et... D'abord, c'est... c'est une mesure qui a été décrite par
plusieurs comme une grande ingérence dans la vie des organisations de la
société civile. Et nous, cette... cette ingérence-là, de dire : On va vous
compliquer la vie, puis on va vous compliquer toute la procédure et on va vous
mettre des barrières dans les roues sur le plan financier pour que vous
puissiez participer à notre vie démocratique, même quand on n'est pas d'accord
sur le fond, nous, on ne pense pas que c'est la manière de procéder dans notre
société. Par exemple, tout le monde sait que le ministre, bon, on présume, ou
d'aucuns ont indiqué, que le gouvernement réagit en réponse au recours qui,
actuellement, qui s'en va en Cour suprême sur la contestation de la
loi sur la
laïcité par la FAE. Tout le monde sait, au Québec, que nous ne sommes pas
d'accord, sur le fond, avec ce recours. Or, dans la mesure où les syndiqués,
les membres du syndicat, disent : Nous, c'est ça que nous voulons faire,
dans une société démocratique, c'est comme ça qu'on fonctionne. Donc, nous, on
n'est pas d'accord pour mettre des barrières, pour empêcher directement ou
indirectement les gens d'accéder aux tribunaux et d'exprimer leur point de vue.
Et c'est ce que ce projet de loi fait.
• (12 h 20) •
Et c'est ici que ce que j'ai décrit, à
plusieurs endroits, comme un piège, se déploie, parce que là, on arrive avec
une position très forte, on veut créer du clivage, puis on veut créer du débat
dans la société, en tout cas, c'est ça que ça génère et ce n'est pas de ça dont
on a besoin actuellement. On a besoin d'un dialogue, puis on a besoin de
s'entendre des deux...
M. Paradis : ...côtés parce
que nous, on l'a dit, on a trouvé, notamment quand en commission parlementaire
on a reçu certaines personnes, on a trouvé que le ton n'était pas approprié
puis il faut diminuer le volume, diminuer le volume, ça, c'est des deux côtés.
Puis ça, ça veut dire que le gouvernement doit moduler les solutions qu'il
propose pour que ce soient des véritables solutions dans l'intérêt public. Puis
ensuite, on va voir comment ce gouvernement est capable de nous dire que les
combats qui a été mené et dont souvent les organisations de la société civile
dont les syndicats... ont été les locomotives, j'ai hâte de voir comment on va
dire que ça, c'est du facultatif. Que c'est facultatif de mener des combats
pour des congés payés, pour l'assurance parentale, pour l'équité dans l'emploi,
parce que ça, c'est dur à démarrer quand on dit au monde : Peut-être que
dans 10 ans, peut-être que dans 15 ans, on va faire changer les lois du travail
pour... pour favoriser une plus grande équité entre les hommes et les femmes.
Imaginez si le projet de loi 3 avait été en vigueur à ce moment-là, puis qu'il
faut demander l'acte de foi à tout le monde puis dire : On ne sait pas si
ça va marcher, puis on ne sait pas comment ça va prendre de temps, mais on a
besoin de faire des campagnes puis on a peut-être besoin de contester des
éléments devant les tribunaux. Si ça avait été ça à l'époque, le gouvernement
du Québec aurait mis du bâton... des bâtons dans les roues du changement social
qui bénéficie à tout le monde, mais qui bénéficie aux travailleurs. Parce que
c'est ça, la question à la fin. Est-ce que c'est quelque chose qui bénéficie
aux conditions de travail des travailleurs? Bien... là, on tente de faire une
distinction entre les deux. Ça va être très difficile à appliquer et
généralement, bien, il n'y en a pas de facultatif, ça fait
partie du travail
des organisations syndicales.
Donc, sur cette deuxième partie-là, sur le
principe, on a des problèmes avec ça et c'est ça qu'on a exprimé parce que
nous, on s'est abstenu sur le principe. Pourquoi on s'est abstenu? Parce qu'il
y a une
partie du projet de loi, en principe, on est d'accord, puis il y a une
partie du projet de loi très distincte avec laquelle, en principe, on n'est pas
d'accord. Alors, voyons voir si on est capables de trouver un juste milieu,
mais dans l'intérêt public, pas dans l'intérêt de générer du débat puis de
générer... de faire changer le curseur dans les sondages, malheureusement,
c'est souvent ça, l'impression que ça donne ce qui est en train de se passer
dans ce projet de loi et dans d'autres projets de loi qui, quand on les regarde
ensemble, ça semble être fait pour ça. Ce n'est pas de ça dont on a besoin. On
a besoin d'un bon débat sur les meilleures solutions qui vont faire... qui vont
nous faire avancer comme société, dans le respect de la longue tradition de
dialogue qu'on a, puis dans la... dans le... dans... eu égard au fait qu'on a
un encadrement des lois du travail qui est fort au Québec et sur lequel on doit
continuer de construire. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Allaire) :
Merci à vous, M. le député de Jean-Talon. M. le député de Saint-Jérôme,
souhaitez-vous faire des remarques préliminaires?
M. Chassin :
Tout à fait.
Le Président (M. Allaire) : La
parole est à vous, vous avez 20 minutes également.
M. Chassin : Merci beaucoup. Évidemment, je vais peut-être prendre un
peu le contrepied de certains collègues ici. Permettez que d'emblée, je
mentionne que j'ai voté pour le principe parce qu'il y a un pas dans la bonne
direction, mais ce n'est pas suffisant, ce n'est pas satisfaisant, M. le
Président. Puis je veux le dire de façon claire, franche, précise, il y a dans
ce projet de loi un petit pas par en avant, possiblement, avec la rencontre du
Conseil des ministres d'aujourd'hui, possiblement un petit recul pour essayer
d'amadouer les opposants. Bien, premièrement, nouvelle : ça n'arrivera
pas. Il n'y a pas de... comment dire, de gains à reculer, il n'y a pas d'appuis
à aller chercher en faisant un petit pas de recul. J'ai l'impression que le
ministre veut montrer sa bonne foi, veut montrer qu'il a écouté. Mais si le
ministre a écouté les consultations particulières, je pense que d'abord il a
réalisé qu'il y a des manques dans son projet de loi. Il a réalisé à coup sûr
que quand on parle de relations de travail, M. le Président, le Québec est une
anomalie et le Code du travail et la Loi R-20 en construction sont les grands
responsables de cette anomalie-là. Alors, de vouloir démocratiser et moderniser
le régime syndical? Absolument, j'en suis. Mais en même temps, si on affirme,
là, qu'il y a un principe fort, puis, évidemment, je disais lors de l'adoption
de principe que je citais l'oncle de Spiderman, mais c'est, je pense, quelque
chose qui est tellement évident, tout le monde va en convenir, les grandes...
les grands pouvoirs s'accompagnent de grandes responsabilités. Il me semble que
c'est la base...
M. Chassin : ...et si on a 1,5 milliard de cotisations avec un
monopole de représentation syndicale, avec des crédits d'impôt, avec des
avantages qui accompagnent ce type d'organisation du travail, bien il me semble
que c'est la moindre des choses de demander un certain nombre de
responsabilités, un certain nombre d'obligations de transparence, un certain
nombre d'obligations démocratiques, M. le Président. Puis, des fois, il y a, je
dirais, un souci d'aller dans une direction que le ministre témoigne, là, en
fait qu'on peut décoder de l'intention du ministre en regardant le projet de
loi, puis en même temps, ça me fait sourciller parce que c'est comme si on
avait l'intention l'intention d'aller dans cette direction-là, mais juste un
peu. Quand on parle de démocratie, de transparence, d'une grande
responsabilité, d'obligations qui accompagnent des pouvoirs, il me semble que
c'est difficile d'aller juste un peu plus loin.
Ça fait que quand on parle que la
cotisation devrait être approuvée par un vote au scrutin secret? Bien oui,
absolument, on est tous ici, là, élus. Comment? Bien, parce qu'il y a des gens
qui ont été dans un isoloir, à l'abri des regards, faire un petit x. Est-ce
qu'il y a quelque chose de plus démocratique qu'un vote au scrutin secret, à l'abri
de toute pression, à l'abri des pressions d'un éventuel employeur ou de
recruteurs syndicaux? Parce que ne soyons pas naïfs, là, M. le Président, ce
n'est pas manichéen, il n'y a pas des bons d'un côté, des méchants de l'autre,
même si je citais Spider-Man tout à l'heure, il y a des gens qui font très bien
comme employeur, très bien comme représentants syndicaux, puis il y en a que
non. Même..., le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve l'a reconnu. Alors, il parle
d'anecdotes, peut-être que c'est effectivement exceptionnel, hein, moi, je
pense que ce n'est vraiment pas une règle générale, mais néanmoins, j'étais
intéressé de l'entendre parce que quand on se demande pour qui, pourquoi on
modifie le Code du travail, bien c'est là où on en revient, je pense, à des
injustices profondes qui existent en ce moment et qui doivent être réfléchies
pour qu'on puisse les régler.
Les décrets de conventions collectives,
c'est, je pense, un cas patent, un anachronisme. Il faut sortir le Québec de de
là, ça urge, si on n'est pas capable de faire ça, qu'est-ce qu'on va faire au
Québec? Je vous le dis, moi je pense que c'est vraiment le b.a-ba. La FCEI est
venue expressément pour taper sur ce clou-là, on a déjà, toutes les formations
politiques, là, exprimé un soutien à cette sortie-là en 2018, avant même que la
CAQ ne prenne le pouvoir. Moi, je pense qu'on tourne en rond, là. Quand on
regarde la volonté du ministre, par exemple, dans son
article un, vraiment,
c'est le premier qu'on va étudier, de dire : Bien, on va... on ne va pas
permettre l'intimidation ou la menace à l'endroit d'un salarié qui exprime sa
dissidence. Bien, il y avait des injonctions de cours contre le syndicat des
débardeurs pour dire : Arrêtez d'intimider Michel Jutras. Puis ça a pris
des années, mais finalement c'est arrivé a une terrible et dramatique
conclusion, cette histoire-là. C'est peut-être une anecdote, c'est peut-être un
cas isolé. J'espère bien, mais quelle injustice, M. le Président. Est-ce qu'on
peut le régler une fois pour toutes? Puis penser que, aussi, un
article de loi,
ce n'est pas ça qui va faire changer le comportement des gens sur le terrain.
Ça fait que je pense qu'il faut adapter aussi le moyen à la fin, recherchée.
• (12 h 30) •
Même chose pour l'accréditation scrutin
secret. C'est bien, là, de voter aux scrutins secrets la cotisation, mais
est-ce que pour l'accréditation? C'est le ministre qui dit : Il faut que
dans les grands moments de vie d'un syndicat, on ait recours au scrutin secret.
Puis, d'ailleurs, il n'est pas le seul à penser ça, c'est... en fait, moi, j'ai
travaillé à l'Institut économique de Montréal, donc dans le passé, il y avait
71 % des Québécois, 80 % des syndiqués qui étaient en faveur. Le
Parti conservateur a fait un... du Québec a fait un sondage plus récent en octobre
2025, 74 % pour, 10 % contre, c'est intéressant, ça, 10 %
contre. En somme, on a là un changement largement appuyé par tout le monde. Je
pense qu'il n'y a pas personne qui peut s'opposer à la démocratie, là, même pas
dans les syndicats. Bien...
Haut de la page
12 h 30 (version non révisé
e) Chassin : ...changeons ça. Évidemment, l'obligation
de dévoiler ses états financiers à des membres en assemblée générale, d'accord,
je suis, après ça, si on n'est pas à l'Assemblée générale, bien, on peut se
rattraper, on peut le demander. Pourquoi le ministre, il dit : On va
mettre le fardeau sur les épaules du syndiqué. C'est lui qui doit demander. On
peut y avoir accès, là, mais il faut quand même faire l'effort, hein? Mais... non!
On est membres, on est obligés, c'est un monopole de représentation, moi, je
pense que ça devrait absolument être disponible pour tous les syndiqués. Moi,
je vous dis, même : Je pense que ça devrait être disponible pour tous les
contribuables parce qu'on y contribue indirectement, et voir directement, parce
que pour moi, c'est un pouvoir de taxation délégué que d'avoir des cotisations
syndicales automatiques obligatoires, comme on l'a au Québec. Évidemment, je
reviens un peu, j'ai manqué une information qui est quand même pertinente. L'accréditation
scrutin secret, c'est le cas en Ontario, en Alberta, en Saskatchewan, en
Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve. Qu'est-ce qu'on attend, M. le Président? Ça,
là-dessus, je n'ai jamais eu de réponse, en sept ans, du ministre. J'espère que
je vais pouvoir lui poser quelques questions là-dessus.
Puis, en
terminant, je pense qu'on a une belle occasion de... à la fois sur la base de
principes moraux clairs, de demander aux syndicats d'améliorer leur légitimité
et d'améliorer, aussi, la responsabilisation que certaines associations ont, puis,
parce que... on le sait, il y a eu un certain passé, il y a une certaine image
qui est affectée. S'ils ne le réalisent pas, s'ils sont, comme, surpris qu'on
en parle aujourd'hui, ils ont manqué un bon show ces 20 dernières années. Est-ce
qu'ils ont été consultés? Le Parti québécois a posé la question à tous les gens
qui sont venus, ironiquement, en consultation. Ça fait que je pense que tout le
monde a dû réfléchir à ça, se positionner. Est-ce que les cotisations
facultatives pourraient être intéressantes? Parce que la formule Rand, c'est
automatique, c'est obligatoire, bien, c'est parce qu'on en profite comme
travailleurs, des conditions de travail qui sont négociées. Ce n'est pas parce
qu'on en profite comme travailleurs, de dire : Ah, tel parti, là, c'est
terrible, ce qu'ils proposent, ne votez pas pour eux. Pensez-y, M. le Président,
ils ont fait ça. En tout cas, moi, dans ma circonscription, en 2018, en
dénonçant la CAQ, c'est les syndiqués qui nous ont élus aussi, M. le Président.
Ça fait que c'est un peu ironique, quand même, qu'ils payent des cotisations
pour financer des causes qui vont à l'encontre de leurs intérêts puis de leur
vote? Moi, je pense que ça peut être intéressant. Le principe est une chose, l'application,
c'est autre chose, mais ça, on en débattra dans les articles. Ça fait que, en
somme, un pas dans la bonne direction, mais un petit pas insuffisant, insatisfaisant.
Merci.
Le Président (M. Allaire) : Merci
à vous, M. le député de Saint-Jérôme. Avant de passer à la rubrique des motions
préliminaires, on va suspendre les travaux quelques instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 33)
(Reprise à 12 h 39)
Le Président (M. Allaire) : À
l'ordre, nous allons reprendre les travaux. Par contre, après discussion avec
les groupes parlementaires, je vais suspendre les travaux jusqu'à 15 h. Bon
dîner tout le monde, merci.
(Suspension de la séance à 12 h 40)
Haut de la page
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Allaire) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît. La Commission de l'économie et du travail reprend
ses travaux. Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n°3, Loi
visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique
de diverses associations en milieu de travail lors de la suspension de nos
travaux, si vous vous souvenez, nous étions rendus à l'étape des motions
préliminaires, donc à ce stade-ci, est-ce que... oui, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
je n'ai pas fini ma phrase, mais j'ai compris que vous vouliez déposer une
motion préliminaire, c'est bien parfait comme ça, donc je vous cède la parole.
Nous l'avons déjà reçue dans le Greffier, on va l'afficher à l'écran. Donc, allez-y.
M. Leduc : Mon objectif n'était
certainement pas de vous interrompre, mon cher M. le Président qui, je le
souligne, dont la performance a été remarquée dans La Presse la fin de semaine
dernière. J'étais bien d'accord avec les commentaires de la journaliste, qui
soulignait votre beau travail. Bien, c'est vrai, moi, j'étais d'accord.
Le Président (M. Allaire) : Alors
la motion va comme suit...
M. Leduc : On a-tu la même?
Le Président (M. Allaire) : Oui,
d'accord. «Que, conformément à l'article 244 du règlement de l'Assemblée
nationale, la Commission de l'économie du et du travail, avant d'entreprendre l'étude
détaillée du projet de loi n°3, Loi visant à améliorer la transparence, la
gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de
travail, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin, elle entende
le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, le SFPQ.»
M. Leduc : J'y vais avec les
explications, M. le Président?
Le Président (M. Allaire) : Oui,
allez-y, je vous rappelle que vous avez 30 min.
M. Leduc : Merci beaucoup.
Donc, le SFPQ, c'est quand même une organisation importante dans le droit...
dans le milieu du travail, dans le milieu syndical. Ils représentent la
fonction publique, hein, comme son nom le dit, SFPQ. Ils ont des choses à dire,
ils font
partie du paysage politique et démocratique du milieu du travail. Je
suis convaincu que le ministre a des relations directes avec leur président, M.
Daigle. Normalement, dans un... dans une démocratie, je pense, normale, on
aurait dû les entendre eux aussi. C'est la seule organisation, là, syndicale
classique ou majeure qui a été... dont on a refusé, dont le gouvernement a
refusé l'invitation. Alors, moi, ce n'est pas compliqué, M. le Président, ce
que je vais faire, c'est que je vais prendre le temps, parce qu'on n'a pas pu
les entendre ici. Je vais prendre le temps de lire, à voix haute, leur mémoire
afin que nous ayons ensemble en tête, au moins, quand on aura l'occasion de
démarrer l'étude détaillée formellement, en tête, on aura en tête ce qu'ils ont...
ce qu'ils auraient dû vouloir venir nous dire ici, c'est qu'on aurait dû avoir
comme moments d'échanges avec eux mais qu'on n'a pas eus, malheureusement.
Alors, ça va comme suit : Le Syndicat de la fonction publique et
parapublique du Québec, le SFPQ, est un syndicat indépendant qui regroupe
environ 43 000 membres répartis dans 40 accréditations québécoises. Plus de
32 000 d'entre eux sont issus de la fonction publique québécoise et 11 000
autres membres proviennent du secteur parapublic. La mission du SFPQ à l'égard
de tous ses membres consiste à défendre leurs conditions de travail et à
défendre les intérêts économiques, politiques et sociaux nécessaires à l'amélioration
de leurs conditions de vie. Cette mission s'élargit également à l'ensemble de
la société québécoise, puisque le SFPQ soutient un projet de société axé sur la
démocratie, le développement durable, le partage, l'équité, la solidarité et
les progrès de la société. En cohérence avec ses valeurs, il promeut des
services publics comme moyen démocratique de répondre aux besoins de la
population. Introduction. Le 30 octobre dernier, le gouvernement de la CAQ
déposait son projet de loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance
et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail. Ce
projet de loi...
M. Leduc : ...inscrit dans la
continuité des mesures patronales et antisyndicales adoptées par ce
gouvernement, qu'il s'agisse de la loi 14, l'ancien projet de loi 89,
des projets de loi 100 et 101, des généreuses subventions accordées aux
grandes entreprises ou encore des compressions budgétaires imposées aux
services publics. Sous couvert de vouloir offrir davantage de transparence aux
travailleuses et travailleurs, il contribue en réalité à alourdir la
bureaucratie syndicale, à accroître leurs dépenses et à la... à les limiter
dans leur rôle politique. Il convient de rappeler que les syndicats rendent
déjà leurs états financiers accessibles à leurs membres et que ces derniers,
dernières participent activement à la prise de décisions qui sont votées
démocratiquement. Il nous apparaît donc incongru que le gouvernement impose
autant d'exigences aux syndicats tout en épargnant les employeurs, les grandes
entreprises et lui-même. Bien sûr, personne ne s'oppose à la transparence, mais
l'ingérence répétée de ce gouvernement dans les affaires syndicales doit
cesser.
Par ailleurs, les syndicats ont toujours
joué un rôle bien plus large que celui limité aux relations de travail. Par
leur nature, les syndicats s'impliquent activement dans la défense des droits
sociaux, l'amélioration des conditions de vie de toutes et tous et la justice
économique et sociale de façon plus large. Cela est d'autant plus vrai pour les
syndicats dont une majorité de membres est employée par l'État, qui agit à la
fois comme employeur, comme législateur et comme gouvernement.
Cette attaque contre les syndicats ne doit
pas passer sous silence. En alourdissant les obligations syndicales tout en
ménageant les employeurs. Le gouvernement de la CAQ cherche à affaiblir un
contre-pouvoir essentiel à la démocratie. Il est temps de dénoncer cette
ingérence et de défendre fermement l'indépendance syndicale, pilier de la
justice sociale et de défense des travailleurs et travailleuses.
Cotisation facultative. Avec sa notion de
cotisation facultative, nous constatons que la préparation du projet de
loi 3 a été à l'évidence très influencée par la loi adoptée par le
gouvernement conservateur albertain de Jason Kenney en 2021, Restoring Balance
in Workplaces Act, la loi 32, donc. Or, il a déjà été démontré que cette
loi avait eu des effets délétères importants ayant affaibli la capacité des
syndicats à mener des actions à portée sociale ou politique. À ce titre, il a
été évalué que les syndicats albertains ont dû restreindre leurs dons et
soutiens aux organisations communautaires et aux organismes de charité, tant et
si bien que ces groupes ont vu leurs dons diminués de près de 40 % et il y
a une source vers un document. De plus, il a été établi qu'une telle loi, avec
ses restrictions et fardeaux autour de la cotisation facultative, a affaibli la
capacité des syndicats à participer aux débats publics, ce qui conduit à des
politiques publiques qui accroissent les inégalités sociales et autres formes
d'iniquité dans la société. Il a aussi été démontré que depuis l'entrée en
vigueur de cette loi, pour s'éviter un fardeau administratif indu, plusieurs
syndicats se confinent aux activités de la cotisation principale. En fait, les
conséquences de la loi 32 albertaine sont telles pour la capacité d'action
sociale des syndicats que le très conservateur gouvernement de Daniel Smith, en
début de mandat en 2023, a mandaté son ministre de l'Emploi, de l'Économie et
du Commerce pour mener des consultations en vue de réviser la loi afin de
faciliter l'octroi de dons charitables par les syndicats. Ce qui... ce à quoi
la trésorière de l'Alberta Federation of Labour, ça, ce serait l'équivalent de
la FTQ en Alberta, a répondu, citation : Les syndicats sont gouvernés par
leurs membres, le gouvernement UCP tente de priver les travailleurs de leur
pouvoir et de leur voix en s'immisçant dans le travail de défense des intérêts
des syndicats. Paradoxalement, un gouvernement qui prétend vouloir éliminer la
bureaucratie a imposé aux syndicats une quantité inimaginable de formalités
administratives. Le projet de loi 32 doit être immédiatement retiré, toute
autre solution est inacceptable pour les travailleurs albertains. Fin de la
citation.
À la lumière de ces constats, il est clair
que l'article 7 du projet de loi 3 qui établit une cotisation facultative
constitue l'élément le plus problématique. Cette mesure, loin d'être anodine,
soulève des enjeux majeurs sur le plan financier et démocratique. Le fait que
cette cotisation doive être soumise à un vote chaque année représente un enjeu
majeur. On cherche manifestement à instaurer une entrave à la capacité d'action
et d'expression des organisations syndicales, contrairement à la capacité
d'action et d'expression des propriétaires d'entreprises et d'autres
associations qui reste pleine et entière, alors que les organisations
syndicales sont pourtant déjà des organisations démocratiques. Il est important
de rappeler que le financement des activités syndicales qui ne relèvent pas
directement de la défense des droits inscrits dans la convention collective fait
déjà l'objet de discussions transparentes et démocratiques en assemblée
générale. Ces activités sont débattues, justifiées et approuvées par les
membres eux-mêmes. D'une part, cela créerait une incertitude financière
chronique, nuirait à la planification stratégique et à notre capacité de
mobilisation. D'autre part, la multiplication des sollicitations entraînerait
une saturation informationnelle qui se traduirait par une hausse des
désabonnements à notre infolettre, réduisant ainsi notre portée, notre efficacité
démocratique et notre lien direct avec la base syndicale.
• (15 h 10) •
Il est également surprenant que l'on
impose aux syndicats de soumettre chaque année leur cotisation facultative à un
vote référendaire, alors que cette exigence ne s'applique pas au gouvernement
du Québec, qui ne soumet jamais ses choix budgétaires à un tel processus, même
lorsqu'il s'agit de dépenses non essentielles. Si c'était le cas, nous ne
sommes pas certains que les citoyens, citoyennes auraient voté pour dilapider,
et là il y a une longue série d'exemples, 6,5 millions pour la Coupe des
présidents, tournoi de golf; 5,7 millions pour faire venir les Kings de Los
Angeles à Québec; 547 000 $ pour une campagne publicitaire ayant but de
justifier une loi...
M. Leduc : ...impopulaire, on
parle ici de la loi 2 sur les médecins. 213 000 $ en 2023 pour que les
ministres de l'Environnement, Benoit Charette et de l'Économie Pierre
Fitzgibbon, accompagnés d'une délégation, se rendent à Dubaï pour assister à la
COP28, mais de façon somptueuse, en dormant dans un hôtel à cinq étoiles...
Le Président (M. Allaire) :
Cher collègue... Cher collègue, juste vous dire...
M. Leduc : ...Je ne peux pas
nommer leur nom, même si je lis un...
Le Président (M. Allaire) :
...Exactement.
M. Leduc : ...D'accord, je
vais me comporter en conséquence.
Le Président (M. Allaire) :
Parfait, merci.
M. Leduc : Merci du rappel, M.
le Président. Je continue. 89 850 $ pour payer un chasseur de têtes qui
s'était chargé de dresser une liste de candidats potentiels au poste de PDG de
l'organisme Mobilité Infra Québec. 24 000 $ en frais de voyage pour une
visite de Northvolt en Suède. Au moins 8000 $ pour retards de paiement de
carte de crédit à la délégation du gouvernement du Québec aux États-Unis. Ah,
il y en a d'autres. Ça continue. 6 000 $ pour les chandails du Canadien.
Des millions, voire milliards perdus dans des investissements infructueux dans
de nombreuses entreprises, Northvolt, Recyclage Carbone Varennes, Airbus
Canada, etc. Des milliards de dollars en contrats de service auprès des
sous-traitants, toutes autres dépenses qui ne concernent pas à proprement
parler le bien-être de la population, mais qui semblent plutôt répondre à des intérêts
politiques. Bon, là, il y a des termes que je ne me risquerai pas à prononcer
qui sont dans le mémoire à la page 8. Je saute par-dessus. L'intention
politique derrière ce projet de loi est claire : affaiblir le rôle
sociopolitique des syndicats dans la société québécoise. Pourtant, en tant que
syndicat, nous comptons parmi les rares organisations disposant des ressources
financières et humaines nécessaires pour défendre activement la justice sociale
et économique, porter des revendications collectives, soutenir des causes et
intervenir dans le débat public. En restreignant notre capacité d'action, on
réduit la voix des travailleurs et des travailleuses au profit d'une vision
plus individualiste et désengagée de la participation citoyenne. Ce recul menace
non seulement l'équilibre démocratique, mais aussi la possibilité de dialogue
social au Québec.
Histoire du syndicalisme et formule Rand.
Pour nous, l'introduction de cette cotisation facultative témoigne d'une
importance de l'histoire... d'une ignorance, pardon, d'une ignorance de
l'histoire du syndicalisme au Québec, à commencer par une méconnaissance de
l'origine et de la raison d'être de la formule Rand. Quelle est l'origine de la
cotisation syndicale obligatoire? En 1946, après avoir été nommé comme arbitre
pour résoudre un conflit de travail majeur dans une usine Ford en Ontario, le
juge de la Cour suprême du Canada, Ivan Rand, y a instauré la retenue syndicale
à la source, soit l'obligation pour l'employeur de prélever la cotisation
syndicale et de la remettre au syndicat. Ce précompte syndical, qui est devenu
depuis la formule Rand, a ensuite été enchâssé dans les lois du travail
provincial, à commencer par le Code du travail du Québec depuis 1977. Cette
formule a été pensée et établie comme un compromis de droit du travail ayant
comme contrepartie, d'une part, que les syndicats doivent représenter toutes
les personnes de leur unité d'accréditation, qu'elles soient membres ou non du
syndicat, et d'autre part, que les grèves soient interdites pendant la durée
d'une convention collective. Par ce compromis, il en allait d'une volonté de
paix industrielle, comme la Formule Rand a été enchâssée dans le Code du
travail du Québec en 77, dans la foulée de la grève importante, longue et dure
de la United Aircraft en 1974-75. Outre sa volonté d'apaiser les tensions
sociales en favorisant la paix industrielle, pourquoi la formule Rand a-t-elle
été établie dans nos lois du travail au Québec par le gouvernement Lévesque?
Pour s'assurer que tous les travailleurs et toutes les travailleuses
contribuent aux efforts syndicaux dont ils bénéficient pour l'amélioration de
leurs conditions de travail et leurs conditions de vie. C'est d'abord
foncièrement une question d'équité.
Souvent, moi j'utilise l'exemple, M. le Président,
tu sais, si on négocie une hausse de salaire, elle s'applique à tout le monde.
La hausse de salaire, forcément, elle ne s'applique pas juste aux personnes qui
ont signé leur carte syndicale. Alors, c'est assez logique que si tout le monde
bénéficie des avantages et des gains obtenus par le... par le syndicat, que
tout le monde y cotise. Toutes les travailleuses et tous les travailleurs
défendus par le syndicat bénéficient en effet des efforts syndicaux pour
améliorer non seulement leurs conditions de travail par les conventions
collectives, mais améliorer aussi leurs conditions de vie par des luttes
sociales plus larges. Les syndicats ont toujours été des moteurs de progrès
social, souvent en dehors du cadre strict des conventions collectives, puis leurs
acquis majeurs ont été obtenus grâce à des luttes politiques et sociales,
entreprises ou investies par les syndicats. Parmi ceux-ci, on retrouve le congé
parental, la
Loi sur l'équité salariale en 1996, la création des centres de la
petite enfance en 1998. Or, si la cotisation facultative n'obtient pas le vote
majoritaire, elle nous empêcherait de financer toute action portant sur un
sujet autre que la promotion ou la défense des droits conférés par une loi ou
une convention collective. Autrement dit, les luttes qui ont permis ces
avancées et celles qui restent à mener seraient désormais exclues du champ
d'action syndical ou fortement limité. Établir une telle césure artificielle
entre des types d'action syndicale établirait une modalité d'obstruction inédite
à la capacité d'action et d'expression des syndicats. Il s'agirait d'instaurer
là une capacité de bâillon d'une ampleur malheureusement historique, entravant
directement ce qu'ont toujours été des pans majeurs de l'action syndicale.
Cette contradiction est d'autant plus
frappante que le gouvernement affirme défendre les droits des femmes, notamment
à travers son projet de loi n o 1, Loi constitutionnelle 2025 sur le
Québec. Pourtant, en paralysant les moyens d'action des syndicats, il
compromettrait directement les luttes féministes que nous portons depuis des
décennies. Idem pour les autres luttes sociales et environnementales portées
par le mouvement syndical depuis des années, dont par le SFPQ, en accord avec
sa mission. Il s'agirait donc là d'un recul grave pour l'égalité et la justice
sociale...
M. Leduc : ...en vue
d'empêcher les organisations syndicales de contribuer à des avancées sociales,
la question de l'utilisation des cotisations syndicales pour la participation
des mouvements sociaux a déjà été remise en question à maintes reprises au
Canada. Or, les jugements de la Cour suprême suivent une certaine doctrine et
reconnaissent le rôle éminemment politique et social des syndicats.
Citation : L'affectation des sommes ainsi perçues par le syndicat
accréditer n'est pas limitée aux fins immédiates de la représentation des
salariés auprès de leur employeur. Elle peut se rapporter à des objectifs plus
vastes et plus lointains que l'association juge pertinents quant à sa mission
et qui ont un lien rationnel avec cette dernière. C'est un extrait, donc, du
jugement Lavigne de la Cour suprême, la Lavigne c. le Syndicat de la fonction
publique de l'Ontario, de 1991. Il en va d'une question d'équité et de respect
de la liberté d'association.
Le droit de contester juridiquement. Les
alinéas 1 et 2 de l'article 7 du projet de loi nous semblent
hautement problématiques. Ces dispositions, si elles étaient adoptées, auraient
pour effet de museler les syndicats dans leur rôle de contre-pouvoir démocratique
en restreignant leur capacité à intervenir dans des débats juridiques touchant
aux droits fondamentaux, à la légalité des lois ou à leur conformité à la
Charte des droits et libertés, le gouvernement cherche à neutraliser toute
contestation de ses décisions qui sont mêmes remises en question par le Barreau
lui-même, qui craint une érosion de l'État de droit. Ces interventions
juridiques, bien que coûteuses, sont essentielles pour préserver l'équilibre
des pouvoirs et garantir que les droits des travailleurs et travailleuses ne
soient pas bafoués. Cela reviendrait à nier aux organisations syndicales, leur
légitimité à défendre l'intérêt collectif au-delà du strict cadre
patronal-syndical, en interdisant le financement de telles démarches par la cotisation
syndicale, le projet de loi n° 3 créerait un précédent dangereux, celui
d'un État qui cherche à se soustraire à la critique et à la contestation. Le
Barreau, d'ailleurs, quand il appelait à retirer les éléments qui cadraient
dans une... dans un risque de dérive autoritaire, faisait référence, bien sûr,
à l'article 7 du projet de
loi sur les cotisations dites facultatives,
mais aussi à d'autres éléments, notamment l'adoption sous bâillon de la
loi 2 et des éléments du projet de loi n° 1 sur la Constitution du
Québec. Ce n'est pas l'objet de notre discussion ici, aujourd'hui, M. le
Président, mais c'est juste pour recadrer aussi qu'il n'y avait pas juste
l'intervention, bien sûr, sur le projet de loi 3 du Barreau, mais que ça
traitait aussi de d'autres enjeux de manière plus large qui caractérise
l'action gouvernementale des derniers mois. Je continue : Dans ce
contexte, il est d'autant plus regrettable que le gouvernement de la CAQ n'ait
pas cru bon de nous inviter aux consultations particulières pour ce projet de
loi, alors que les huit autres grandes organisations syndicales y sont toutes
conviées, et ce, malgré le fait que nous nous représentons... que nous
représentons une part significative des travailleurs, travailleuses de la
fonction publique.
Transparence et démocratie syndicale. Sous
le prétexte de la transparence, le gouvernement impose, à travers ce projet de
loi, des exigences qui démontrent son ignorance de la multiplicité des
mécanismes démocratiques des syndicats. Bien sûr, personne ne s'oppose à la
transparence, mais encore faut-il comprendre les pratiques déjà en place avant
de prétendre mieux les encadrer. Au SFPQ, par exemple, le montant maximal de la
cotisation syndicale est strictement balisé par nos statuts. Toute modification
de ce plafond doit être soumise à un vote à majorité simple des membres de
l'accréditation concernée, et ce, par scrutin secret. Ce processus témoigne
déjà d'une gouvernance rigoureuse, fondée sur la participation et le respect de
la volonté des membres. Nous n'avons pas besoin d'indications gouvernementales
pour nous diriger dans notre façon de faire. Par ailleurs, les statuts du SFPQ
sont révisés actuellement tous les huit ans. Cette révision constitue une
démarche exigeante, d'autant plus que le document statutaire compte près de
80 pages. Il ne s'agit... il ne s'agit donc pas d'un exercice léger, mais
bien d'un travail de fond qui mobilise beaucoup de temps et de gens. En ce
sens, nous ne voyons pas d'avantages particuliers pour les membres à réduire le
temps entre la révision des statuts. Enfin, la transparence financière est déjà
encadrée par le Code du travail à l'article 47.1 qui stipule,
citation : Une association accréditée doit divulguer chaque année à ses
membres ses états financiers. Elle doit aussi remettre gratuitement aux membres
qui en fait la demande une copie ses états financiers. Autrement dit, des
garanties existent déjà.
• (15 h 20) •
Les assemblées de membres par
accréditation. Nous considérons que l'imposition d'une logique référendaire par
accréditation, sous la... pour l'adoption des statuts et de la cotisation
principale est profondément problématique. Le SFPQ regroupe
40 accréditations et une telle exigence viendrait alourdir de manière
significative notre fonctionnement démocratique, sans pour autant offrir des
garanties accrues en matière de représentativité ou de transparence. Surtout,
cette approche soulève une question cruciale : que se passerait-il si une
accréditation rejetait la cotisation principale ou refusait d'adopter les
statuts? Faudrait-il alors gérer des statuts distincts, des régimes de
cotisation variables, voire des structures syndicales parallèles? Un tel
scénario serait non seulement ingérable sur le plan administratif, mais
également profondément inéquitable pour les membres. Il créerait une disparité
injustifiée entre les accréditations, compromettant l'unité syndicale. Cet
aspect particulier, je le disais tantôt en ouverture, M. le Président, fait
partie des questions que j'avais posées au ministre dans notre breffage
technique...
M. Leduc : ...encore une fois,
je le remercie d'avoir organisé ça, mais je suis sortie de notre échange sur ce
thème-là, plus confus que j'y étais entré. Qu'est-ce qui va se passer pour
vrai, là? Parce que je comprends qu'on impose des choses dans une
section
locale, on peut en débattre, là, mais ça reste une
section locale qui est une
entité propre. Après ça, qu'on parle d'une association fédérative ou
confédérative, en effet, est-ce que là chaque... si on révise la cotisation
principale pour les statuts, est-ce que chaque personne a comme un droit de
véto? Chaque
section locale a un droit de veto? Est-ce que c'est un vote à la
majorité des sections locales au prorata de leurs membres respectifs? C'est...
C'est un flou total dans le projet de loi du ministre. Je l'ai pisté, donc,
dans notre breffage technique sur ce flou-là, à lui de voir s'il trouvera une
façon de nous éclairer sur l'application de sa loi.
Je continue. Par ailleurs, l'article 47.0.2
du projet de loi stipule que chaque association accréditée doit présenter à ses
membres, lors d'une assemblée annuelle, la cotisation facultative envisagée.
Cela signifie donc que le SFPQ serait tenu d'organiser au strict minimum 40
rassemblées distinctes, pour les 40 accréditations locales, pour se conformer à
cette obligation. En fait, étant donné la grosseur et la dispersion
géographique de certaines accréditations, le nombre d'assemblées se trouvera
être beaucoup plus élevé. À
titre d'exemple, l'accréditation des fonctionnaires
comporte 26 000 membres. Pour assurer un véritable échange et permettre à
chacun de poser de ses questions, il faudrait organiser environ 100 assemblées
uniquement pour cette accréditation. Une telle obligation engendrerait des
contraintes logistiques majeures. En effet, si tous les membres devaient être
convoqués, ces rencontres devaient se dérouler en dehors des heures du travail,
ce qui alourdirait considérablement l'organisation et risquerait aussi de
prolonger les discussions tard en soirée. Dans le cas des fonctionnaires, cela
signifierait des groupes d'environ 260 personnes, répartis dans une centaine
d'assemblées tenues après les heures de bureau. Une telle formule est
manifestement incompatible avec les réalités de la conciliation travail-famille
et ne répond pas aux besoins d'une organisation moderne et inclusive.
Dans les différents échanges que le
ministre a eus dans le cadre des audiences, quand il se faisait mettre des cas
concrets comme ça, il répondait toujours : Oui mais là, il ne faut pas
compliquer les choses. Bien, c'est compliqué, malheureusement, au-delà du désir
du ministre, là. C'est compliqué et ça aurait été intéressant de recevoir,
donc, le SFPQ pour qu'il nous explique encore plus en détail à quel point la
procédure du ministre sera inopérante et deviendra un cauchemar administratif
pour les syndicats, sous peine d'ailleurs d'amende, hein, faut-il le rappeler,
jusqu'à 50 000 $.
Je continue. Cette exigence est tout
simplement irréaliste, elle engendrerait des coûts exponentiels, mobiliserait
des ressources humaines et matérielles considérables et témoigne d'une
méconnaissance flagrante de la réalité syndicale de la part du gouvernement.
Alors que la défense des droits des travailleurs et travailleuses est la
priorité des organisations syndicales, le gouvernement nous pousse, à travers
ce projet de loi, à consacrer trop de temps et d'énergie à des tâches
procédurales lourdes, éloignées de la défense concrète des conditions de
travail. Cela illustre un manque de cohérence avec les intentions derrière ce
projet de loi annoncé par ce gouvernement, mais aussi une volonté à peine
voilée d'affaiblir les capacités d'action des syndicats en les noyant dans des
obligations administratives superflues. De plus, plutôt que de renforcer la
transparence, le projet de loi 3 semble surtout alimenter une méfiance
injustifiée envers les syndicats basés sur des anecdotes, en ignorant des
pratiques démocratiques que nous appliquons depuis longtemps. Qui plus est,
cette méfiance qu'entretient volontairement le gouvernement de la CAQ envers
les syndicats, les fonctionnaires, les personnes immigrantes et encore des
médecins, en nous mettant en opposition les travailleurs de la STM aux usagers,
participe à une stratégie plus large de polarisation et de fragmentation
sociale. En dressant les groupes les uns contre les autres, le gouvernement
détourne l'attention des véritables enjeux structurels et affaiblit les
solidarités nécessaires à la défense des services publics et du bien commun.
Dernière page, M. le Président.
Conclusion. Pour nous, comme pour Mélanie Dufour-Poirier, professeure en
relations industrielles, ce projet de loi est une importante victoire donnée,
citation : «Une importante victoire donnée au Conseil du patronat — encore
une fois, la citation, là — elle fait référence au nom du ministre du
Travail. Il n'agit plus à
titre de ministre du travail, mais en avocat et en
représentant les intérêts patronaux.» Fin de la citation. Et le mémoire
continue en disant : Nous partageons cette analyse. Nous pensons que cet
impopulaire gouvernement est conscient de la lourdeur bureaucratique et
procédurale que ce projet de loi engendrerait, ainsi que des difficultés
concrètes liées à l'application et à l'interprétation de plusieurs de ces
dispositions. Ces complexités ne relèvent manifestement pas d'un simple oubli
technique, mais semblent plutôt témoigner d'une volonté d'entraver, voire de
dissuader l'action syndicale. Ce projet de loi, sous couvert de transparence et
de démocratie, vise à isoler les syndicats dans un rôle purement technique,
déconnecté des enjeux sociaux plus larges, alors même que les défis
contemporains, crises climatiques, inégalités croissantes, précarisation du
travail, exigent une mobilisation collective forte et structurée. Pour toutes
ces raisons, nous recommandons que ce projet de loi soit abandonné et il y a
donc là, la seule recommandation du mémoire, recommandation numéro un :
que le gouvernement laisse tomber le projet de loi 3 qui compromet sérieusement
la capacité financière et mobilisatrice des syndicats, qui constitue un recul
énorme pour les droits des travailleurs et travailleuses...
M. Leduc : ...et la justice
sociale au Québec.
Voilà en 15 pages, M. le Président,
le mémoire du SFPQ et essentiellement le propos qu'ils auraient tenu,
j'imagine, si on avait eu d'aventure la chance de les entendre en commission.
Ça n'a pas été possible, encore une fois, faut-il le rappeler, le gouvernement
a choisi des audiences extrêmement courtes, a choisi de refuser de remplacer
des groupes alors qu'il y avait une liste d'attente assez monumentale. Moi, de
toute mon expérience, c'est la première fois que j'avais autant de groupes qui
me couraient après pour qu'on essaie de convaincre les autres partis et surtout
le gouvernement de les... de les rajouter et très rapidement, les différentes
oppositions avaient trouvé des consensus sur quel groupe on voulait mettre en
mode rappel, si vous me permettez l'expression, ça a malheureusement été refusé
du côté gouvernemental sans qu'il n'ait jamais eu l'occasion d'expliquer
pourquoi, d'ailleurs. Là, il aura l'occasion, le ministre, d'expliquer pourquoi
il ne voulait pas entendre le SFPQ en particulier. On verra ce qu'il répondra
pour les autres groupes quand je déposerai les autres motions préliminaires,
mais je pense qu'il doit quand même avoir une réponse sérieuse à donner au
SFPQ. Pourquoi toutes les autres grandes organisations syndicales sont venues?
La FTQ, la CSN, la CSQ, la CSD, des organisations du secteur de la
construction, le SQC est venue, un plus gros syndicat de la construction... un
des plus gros syndicats de la construction est venu. On a entendu le SPGQ, on a
entendu la FAE, on a entendu la FIQ, on a entendu de la PTS. Mais pas le SFPQ
étrangement, c'était la seule des organisations, des grandes organisations
classiques, qui a été mise de côté. Je pense que le ministre doit des
explications sur pourquoi le SFPQ a été mis de côté, malheureusement.
Sur le fond des choses, M. le Président,
ce que je trouve intéressant du mémoire du SFPQ, puis je pense qu'il serait
avantageux de faire venir quand même, ça pourrait être aujourd'hui ou plus
tard, je suis certain que ce syndicat qui est... dont la permanence est basée à
Québec, là, je suis certain qu'ils seront disponibles pour venir rencontrer le
ministre dans les prochaines heures, à la limite, mais c'est tout l'aspect
applicabilité de son projet de loi. Et ça, je... moi, je jongle encore, M. le
Président, je ne veux pas faire des procès d'intention, je n'aime pas ça faire
ça, mais on essaie toujours de comprendre du côté des oppositions, c'est quoi
l'intention ou comment ça a fonctionné du côté du gouvernement pour procéder à
la rédaction d'un projet de loi, à l'idéation même d'un projet de loi et quand
on regarde l'explication très convaincante de l'applicabilité... complètement
hallucinante, quand je vous parlais, là, des membres un peu partout au Québec,
les assemblées partout qu'il va falloir faire pour modifier les statuts, pour
ratifier des nouvelles hausses de cotisation, pour des budgets soi-disant
facultatifs, quand on voit l'opérationnalisation complètement hallucinante de
ce qui est demandé à travers le projet de loi 3... de deux choses l'une,
soit il y a en effet, comme le sous-entend... bien, pas le sous-entend, le dit
clairement le SFPQ, une volonté affirmée d'ankyloser le milieu syndical, de
fragiliser les contre-pouvoirs et, au regard des autres initiatives
législatives du gouvernement dénoncées par le Barreau et la Commission des
droits de la personne et de la jeunesse, on pourrait adhérer sans trop de
problèmes à cette idée-là, à cette hypothèse-là, que c'est en effet une
opération d'ankylosage, rajouter le plus possible de bâtons dans les roues pour
fragiliser l'action politique des contre-pouvoirs. Je vous rappelle la petite
vidéo du ministre sur X, hein, il faisait référence à quoi? À des moments où
des contre-pouvoirs ont agi contre le gouvernement, hein, que ce soit la
poursuite sur la loi 21, la grève des profs, que ce soit à d'autres
moments où le gouvernement s'est sentis peut-être un peu sur la sellette parce
qu'il était critiqué dans l'espace public de manière forte, mais de manière
légitime, par des contre-pouvoirs. C'est à ça que ça sert à des contre-pouvoirs
dans une démocratie. Est-ce que c'est ça? Donc... l'hypothèse d'ankylosage, là,
une volonté affirmée d'ankylosage ou c'est une profonde méconnaissance, une
profonde méconnaissance du milieu syndical, de comment ça marche une assemblée,
de comment ça marche la rédaction, la préparation d'un budget syndical, la
ventilation d'un budget syndical. Je comprends, et le ministre me corrigera si
on aura mal compris, mais qu'il n'a jamais assisté à des assemblées syndicales.
Cependant, dans la banquette gouvernementale, on a deux collègues, ici, qui ont
un long parcours dans le milieu syndical, si je ne m'abuse, à la FAE et à la
FIQ, je suis certain qu'ils auraient eu l'occasion, peut-être de contribuer et
de poser des questions sur l'application de ces concepts-là dans la réalité de leur
parcours respectif. Comment ça peut être un défi, ce qu'il est en train de
préparer et comment ça pourrait s'appliquer ou non. Alors, j'espère, je
souhaite qu'il a eu l'occasion d'en parler avec ses collègues de la banquette
gouvernementale, du moins, c'est mon souhait.
• (15 h 30) •
Je m'arrêterai là, M. le Président, en
terminant, puis en souhaitant vraiment que le ministre soit ouvert à corriger
son erreur importante d'avoir mis de côté le SFPQ il y a deux semaines. C'est
un syndicat important qui représente les fonctionnaires du gouvernement du
Québec en bonne
partie et qui a quelque chose à dire, qui a des éléments
intéressants à nous soumettre dans l'application du projet de loi du
ministre...
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15 h 30 (version non révisé
e) M. Leduc : ...et j'aimerais ça
qu'on puisse les entendre, si possible aujourd'hui ou à un autre moment de la
commission. Merci.
Le Président (M. Allaire) : Merci,
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. D'autres interventions sur cette motion
préliminaire? Mme la députée de Bourassa-Sauvé, vous avez également 30 min. Oui,
allez-y.
Mme Cadet : Oui. Merci.
Le Président (M. Allaire) : On
fera intervenir M. le ministre, à la fin, après.
Mme Cadet : D'accord. Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, chers collègues, donc... j'allais dire
ravie, mais en fait, nous... nous... je ne pense pas que je puisse dire que je
suis ravie que nous ayons, donc... étudié l'ensemble des dispositions de ce
projet de loi ci, donc, j'ai eu l'occasion, donc, de faire certaines remarques
quant au contenu du projet de loi lors de mes remarques préliminaires, lorsque
nous entamions les consultations particulières et, également, lors de l'adoption
du principe du projet de loi. Maintenant que nous y sommes, donc, je vous
transmets mes salutations cordiales. Donc, M. le Président, donc, je vois, donc,
la motion préliminaire, donc, qui est déposée par le collègue de la deuxième
opposition, le député d'Hochelaga-Maisonneuve, afin que nous puissions entendre
le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec. Et, donc, je
vous indique que nous sommes en faveur, donc, de cette motion-ci. D'abord, d'une
part, bien, vous savez comment ça fonctionne, M. le Président, donc, évidemment,
donc, lorsque le projet déposé et que nous avons l'occasion, donc, de pouvoir
faire entendre, donc, des groupes, donc, nous, comme opposition officielle, donc,
il s'agit, donc, d'un groupe que nous souhaitions entendre également à la base,
parce qu'il... il s'agit, donc, d'un groupe qui représente quand même un nombre
substantiel de membres. J'avais, donc, 42 500 dans mes données les plus
récentes, mais selon leur propre mémoire, à la page 3, donc, on comprend que le
Syndicat de la fonction publique et parapublique regroupe environ 43 000
membres répartis dans 40 accréditations québécoises, plus de 32 000 d'entre eux
sont issus de la fonction publique québécoise et 11 000 autres proviennent du
secteur parapublic. Donc, vous conviendrez qu'il s'agit, donc, encore une fois,
d'un syndicat important, donc, si je peux comparer, M... M. le Président, donc...
donc on a des chiffres de la... du SFPQ, mais nous avons entendu, donc, le SPGQ
qui représente, donc... 35 000 spécialistes. Nous avons entendu la FIQ,
également, qui représente 90 000 membres, la FAE, qui en représente 65 000.
Donc, je ne ferai pas, donc, la chronologie, puis après ça, ensuite, on a quand
même, donc, les autres grandes centrales syndicales.
Au passage, donc, je vois aussi les chiffres
de l'APTS, qui regroupe 168 000 membres. Donc, ici, avec le... l'importance de
la représentation, du devoir de représentation du Syndicat de la fonction
publique et parapublique du Québec, bien, il me semble, donc, que leur oreille
aurait été intéres