Transportation and the Environment — 10 September 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
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28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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Journal des débats de la Commission des transports et de l'environnement
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 10 septembre 2024
Vol. 47 N° 54
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 61, Loi édictant la
Loi sur Mobilité Infra Québec et modifiant certaines dispositions relatives au transport collectif
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-huit minutes)
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des transports et de l'environnement ouverte.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
no 61, Loi édictant la
Loi sur la Mobilité Infra Québec et modifiant
certaines dispositions relatives au transport collectif.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. St-Pierre Plamondon, Camille-Laurin, est remplacé par M.
Arseneau, Îles-de-la-Madeleine.
Le Président (M. St-Louis) : Merci.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires puis entendrons par la
suite les organismes suivants, soit : l'Union des municipalités du Québec,
le groupe Pomerleau et l'Association des constructeurs de routes et grands
travaux du Québec.
J'inviterais maintenant la ministre des
Transports et de la Mobilité durable à faire ses remarques préliminaires. Vous
disposez de six minutes, Mme la ministre.
Mme Guilbault : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous, un
nouveau président, étant donné les récents mouvements, alors toujours un
plaisir d'être présidée par des gens compétents, donc vous comme les autres,
alors merci. Merci à vous, Mme... M. le Président, pardon, et à votre équipe, Mme
la secrétaire, toute l'équipe. Toujours important de remercier le personnel,
les gens qui nous soutiennent ici, parce que, comme je dis toujours, les
centaines de milliers de personnes qui suivent nos travaux à chaque commission
ne pourraient pas le faire si ce n'était de tout ce personnel compétent et
avisé qui nous aide à diffuser ces travaux. Salutations aussi au personnel qui
nous accompagne respectivement, que ce soient les gens de nos leaders
respectifs, de nos whips respectifs, donc tout autour, nos recherchistes, alors
salutations à tout le monde. Salutations aux collègues, bien sûr, à mes
collègues d'abord, de la banquette gouvernementale, à mes équipes aussi. J'ai
des gens de mes équipes, bien sûr, du ministère des Transports, mon
sous-ministre ici, adjoint, que vous connaissez, Jérôme Otternberg, qui est
avec moi sur toutes les commissions, Carolane Pelletier, de mon cabinet, mes
collègues, député de Masson, député de Bonaventure et député d'Argenteuil.
Salutations aux collègues de l'opposition, le député de Nelligan, le député de
Taschereau et le député des Îles-de-la-Madeleine, ici avec nous ce matin. Donc,
un grand plaisir toujours de travailler ensemble. C'est notre troisième
commission. En fait, moi, c'est mon troisième projet de loi depuis que je suis
aux Transports. On a fait les trois avec le député de Taschereau, quelques-uns
avec le député de Nelligan. Alors, ce sera certainement aussi intéressant que d'habitude.
Et salutations aux groupes qui sont dans la salle, toutes les personnes qui ont
pris la peine de se déplacer pour nous rencontrer ce matin. Je vois M.
Damphousse, de l'UMQ, avec son collègue. Merci beaucoup d'être ici, et à ceux
qui suivront.
Vous savez, M. le Président, c'est
toujours excitant de commencer un projet de loi, de commencer l'étude
parlementaire d'un projet de loi, parce que, bien avant, il y a beaucoup de
travail qui se fait. Quand je dis «commencer», bien sûr que l'élaboration d'une
pièce législative nécessite plusieurs, plusieurs heures de travail de la part
de nos équipes, notamment nos équipes juridiques et les partenaires qu'on
consulte. Mais c'est très excitant, le moment où on commence la commission,
parce que ça veut dire qu'éventuellement, sans présumer de rien, on va en
arriver à l'adoption, on l'espère, du projet de loi et d'une nouvelle loi.
• (9 h 50) •
Et, en l'occurrence, aujourd'hui, on va
instituer une nouvelle organisation, une nouvelle petite équipe d'expertise
très pointue en transport collectif. Et Dieu sait que le transport collectif,
on en entend parler tous les jours, que ce soient les questions de financement.
Mais pour moi, ce qui... ce qui m'intéresse aussi beaucoup, c'est la
réalisation de nos projets de transport collectif d'envergure, une expertise
qui actuellement n'existe pas forcément au sein du gouvernement pour la simple
et bonne raison que c'est relativement nouveau. Je le dis souvent,
contrairement aux routes qu'on est habitués de faire, le transport collectif et
plus précisément les projets de transport collectif d'envergure, c'est
relativement nouveau au Québec. La mouvance et l'appétit pour le transport
collectif d'envergure est relativement nouveau. Donc, le temps est venu, je
pense, pour le ministre des Transports, là c'est moi qui occupe le poste mais
je veux dire l'institution, ministre des Transports et gouvernement, de
prendre...
Mme Guilbault : ...de prendre le leadership du contrôle du développement du
destin du transport collectif au Québec. Et en instituant Mobilité Infra
Québec, qui est l'objet du projet de loi qu'on va... dont on va commencer
l'étude aujourd'hui, je pense qu'on exerce ce leadership. Et donc pour... pour
cette raison, je suis extrêmement fière de ce projet de loi. Je l'ai dit, je
suis fière à chaque fois. On vient d'en terminer un sur la sécurité routière,
avant ça, on a réformé la
Loi sur l'expropriation après 40 ans de statu
quo, et aujourd'hui, on instaure quelque chose de complètement nouveau qui va
révolutionner la manière dont on développe le transport collectif au Québec,
alors j'en suis extrêmement fière, M. le Président.
Je vais achever là-dessus, parce que, de
toute façon, on aura l'occasion d'aborder des aspects plus précis, sans aucun
doute, là, au fil... au fur et à mesure des gens qui vont venir nous
entretenir. Mais je voulais terminer en remerciant énormément mes équipes.
Parce qu'on a travaillé longtemps sur ce projet de loi là, quand je suis
arrivée, on en parlait. Mais entre en parler puis déposer un projet de loi, il
y a énormément de travail. Et on sait, nous, le nombre de réunions et de
démarches qu'on a dû faire pour en arriver là. Alors, je suis extrêmement
fière. Un grand merci à toutes mes équipes du ministère, à mes collègues du
gouvernement, qui m'ont épaulée tout au long du processus. Et bons travaux à
l'ensemble des collègues et des partenaires qui seront présents tout au long
des consultations.
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
merci beaucoup, Mme la ministre. J'inviterais maintenant le porte-parole de
l'opposition officielle et député de Nelligan à faire ses remarques
préliminaires. M. le député, vous disposez de 3 min 36 s, la
parole est à vous.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Donc, bienvenue. Merci. Bienvenue à la commission, à notre
commission. Bienvenue aux chers collègues, Mme la ministre. Je tiens à saluer
Mme la ministre, son équipe, son cabinet, les membres de la commission, les
membres de la présidence, collègues, et mon collègue Marc-Antoine, qui
m'accompagne pour les consultations de ce projet de loi, qui était important
aussi.
Et le début de ces consultations... Loi
édictant la
Loi sur la mobilité et Mobilité Infra et modifiant certaines
dispositions relatives au transport collectif, un projet de loi costaud,
27 articles, mais aussi l'édiction d'une nouvelle loi de 93 articles,
quatre jours de consultations, 26 groupes en commission parlementaire,
mais ce qu'on doit retenir, c'est un autre projet de loi caquiste qui vient
créer une autre agence, une autre agence. On a eu celle de la santé, et là on
va avoir un autre en transport.
Ça semble être une tendance, M. le
Président, de transformer les ministères en agences, mais ne... j'espère juste
qu'un jour on ne va pas changer le nom de la Coalition avenir Québec par Agence
avenir Québec. Et vous le savez, la CAQ nous a habitués à brasser des
structures en faisant croire que ça allait changer le monde, mais dans les
faits, les résultats se font encore attendre. Par exemple, l'agence de santé,
est-ce qu'on a accès à un médecin de famille? Je ne pense pas. Est-ce qu'on
attend moins à l'hôpital? Je ne pense pas. Est-ce qu'on a de meilleurs
services, pire encore, est-ce que vous avez des services? Je ne pense pas.
Donc, alors c'est beau, les grands discours, mais la population, M. le
Président, s'attend surtout à des résultats. Et bien hâte à m'entretenir avec
les groupes, bien hâte à m'entretenir avec les groupes, parce que tout le monde
est au courant, c'est quoi les enjeux en matière de transport collectif.
D'ailleurs, on va avoir la chance d'entendre l'UMQ, qui représente plusieurs
villes, avec qui je me suis entretenu récemment, plusieurs agences de
transport, qui nous parlaient de leurs enjeux. Mais laissez-moi vous rappeler
quelque chose d'extrêmement important.
En 2013, le gouvernement du Parti
québécois avait déposé le projet de loi no 68,
Loi sur l'Agence des
infrastructures du transport du Québec. La CAQ, à l'époque, s'était braquée. On
parle quand même... il y a quand même quelques années, mais il avait... elle
avait dit qu'elle serait contre le projet de loi, même projet de loi, qui, en
quelque sorte, ressemble au projet de loi qu'on a devant nous aujourd'hui.
L'actuel ministre de la Cybersécurité et du Numérique avait même dit, et je le
cite : «Créer une agence, c'est créer une agence de favoritisme. Créer une
agence, c'est créer une instance qu'on éloigne du contrôle parlementaire.» Ce
sont les propos de l'actuel ministre de la Cybersécurité sur le projet de
l'agence. Alors, j'ai hâte que la ministre nous explique ce qui s'est passé à
la CAQ depuis. Clairement, on a un changement de direction, et maintenant
l'agence est une bonne chose.
Le projet de loi soulève beaucoup,
beaucoup de questions. Bien hâte à entendre le groupe... les groupes, bien...
bien... bien hâte à voir est-ce qu'on va respecter l'autonomie des
municipalités, est-ce que ça va coûter moins cher, est-ce qu'on va réduire les
délais, est-ce qu'il y aura plus d'argent pour les projets. Vous savez,
l'argent, c'est le nerf de la guerre. D'ailleurs, la quasi-totalité des
mémoires déposés jusqu'à maintenant parle de l'importance du financement du
transport collectif et non pas de la création de l'agence. Pour l'instant, il
n'en est pas question.
Alors, M. le Président, c'est une étape
importante. Bien hâte d'entendre les groupes, les experts, et bien hâte à voir
comment la ministre va écouter les groupes. Merci, M. le Président.
Le Président (M. St-Louis) : Merci.
J'invite maintenant...
Le Président (M. St-Louis) : ...J'invite
maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de
Taschereau à faire ses remarques préliminaires. Vous disposez d'une minute et
12 secondes, M. le député, la parole est à vous.
M. Grandmont : Merci
beaucoup, M. le Président. D'abord, bienvenue à vous. Content de travailler
avec une nouvelle présidence. Salutations à la ministre, aux collègues qui sont
ici, à toutes les personnes présentes dans cette salle.
On ne peut pas parler du projet de loi
no 61, qui va créer Mobilité Infra Québec, sans le mettre dans le contexte
de la dernière année. Dans la dernière année, Mme la ministre a été très dure
envers les municipalités. Elle les a traitées d'incompétentes, elle a imposé
des des... des audits de performance aux sociétés de transport. On les a
traités de quêteux. Ça a été très dur envers les municipalités. Maintenant, le
projet de loi qui est devant nous et qu'on va étudier est une grande opération
de centralisation et d'une grande, grande, grande arrogance. Alors, moi, pour
l'étude de ce projet de loi là, je vais faire tout mon possible pour convaincre
le ministre... la ministre des Transports de travailler avec les municipalités
plutôt que de travailler contre les municipalités. Merci, M. le Président.
Le Président (M. St-Louis) : M.
le député, je vous invite à la prudence quant au choix des mots, s'il vous...
Merci. J'inviterais maintenant le député des Îles-de-la-Madeleine à faire ses
remarques préliminaires. M. le député, vous disposez d'une minute et
12 secondes, la parole est à vous.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, je salue la ministre, mes collègues et toutes les
équipes de chacune des formations politiques, de même que le personnel de
l'Assemblée nationale.
Et j'ai le goût de commencer mon
intervention par un avertissement comme on voit dans les séries de fictions ou
dans les films : attention, toute ressemblance de ce projet de loi avec
des agences ou des projets d'agence ayant déjà existé ne serait que pure
coïncidence, serait complètement fortuite. En d'autres mots, le projet d'agence
qu'on a aujourd'hui devant nous n'a rien à voir avec le projet de loi
no 68 qu'avait déposé mon ex-collègue Sylvain Gaudreault ou celui que j'ai
déposé en 2021, le projet de loi no 796, qui visait, je le rappelle, à
dépolitiser les projets de construction d'infrastructure et de mobilité
collective, qui cherchait également à donner davantage d'expertise au
gouvernement du Québec dans la réalisation du projet. Il visait surtout comme
valeur cardinale à assurer une autonomie de ceux qui font la planification,
l'organisation et le développement de projets de mobilité. C'est tout le
contraire de ce qu'on voit ici dans le projet de loi. Alors, on tentera de
l'améliorer dans la mesure de nos possibilités, mais on part de loin. Merci.
Le Président (M. St-Louis) : Merci,
M. le député.
Nous allons maintenant débuter les
auditions. Je souhaite la bienvenue aux représentants de l'Union des municipalités
du Québec. Pour le bénéfice des gens qui nous écoutent, je vous invite à vous
présenter, nom et titre, s'il vous plaît. Donc, la parole à... est à vous.
Vous... Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé.
M. Damphousse (Martin) : Bonjour
à tous. Je suis Martin Damphousse, maire de Varennes et président de l'Union
des municipalités du Québec.
M. Roy (Samuel) : Bonjour,
tout le monde. Samuel Roy, conseiller stratégique aux politiques à l'Union des
municipalités du Québec.
M. Damphousse (Martin) : Mme
la ministre des Transports et de la Mobilité durable, M. le Président de la
commission, mesdames et messieurs les membres de la commission, je vous
remercie de nous accorder l'opportunité de vous présenter nos commentaires sur
le présent projet de loi. Je suis accompagné de Samuel Roy, conseiller
stratégique aux politiques.
Tout d'abord, l'UMQ salue la volonté du
gouvernement de se doter de l'expertise nécessaire à la réalisation de projets
de transport collectif partout au Québec, assurant ainsi la prévisibilité et la
maîtrise des coûts de développement. Ces objectifs sont partagés par le milieu
municipal.
• (10 heures) •
Nous réaffirmons également notre
engagement à collaborer avec le gouvernement du Québec pour identifier des
solutions durables au financement du transport collectif, un défi majeur pour
l'expansion de l'offre. La baisse de l'achalandage, depuis la pandémie et
l'arrivée du Réseau express métropolitain qui capte une
partie des revenus des
sociétés de transport à Montréal, ont exacerbé ces difficultés financières. La
structure actuelle de financement est devenue obsolète, nécessitant des
solutions immédiates. Il est donc impératif d'établir un cadre financier
prévisible sur cinq ans pour soutenir la croissance continue de ce service
essentiel crucial pour le développement régional et la réduction des émissions
de gaz à effet de serre.
Par ailleurs, nous recommandons de
retarder l'atteinte des cibles d'électrification du transport collectif afin de
ne pas restreindre les ressources disponibles pour le maintien des
infrastructures et d'alléger la pression sur les opérations. Pour soutenir de
nouveaux projets nécessitant d'importants investissements, un financement
substantiel est crucial. Il est nécessaire d'exploiter toutes les
possibilités...
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10 h (version non révisé
e) M. Damphousse (Martin) : ...toutes
les possibilités, notamment le Plan québécois des infrastructures 2024-2034 qui
prévoit des investissements en transport collectif de 13,8 milliards de
dollars sur 10 ans, tandis que les investissements dans le réseau routier
sont deux fois et demie supérieurs aux investissements en transport collectif.
À cet égard, l'Union recommande le rééquilibrage des investissements prévus
dans le plan québécois des infrastructures en faveur du transport collectif. L'ensemble
des municipalités du Québec souhaite être en mesure de proposer une offre de
transport collectif intéressante à leurs citoyennes et citoyens. Cependant,
elle se heurte à un problème d'importance : le manque de financement et de
cadres légaux et réglementaires adaptés à leurs réalités. En effet, seules les
municipalités de 100 000 habitants et plus ont la possibilité de
constituer une société de transport ou de posséder leur propre flotte de
véhicules. C'est le cas notamment pour Granby et Drummondville, ou pour des
regroupements comme la Régie intermunicipale de transport
Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Elles doivent obligatoirement faire affaire avec
des transporteurs privés qui coûtent de plus en plus cher et elles n'ont pas
accès aux mêmes subventions pour l'électrification. Ainsi, l'UMQ recommande de
modifier la
loi sur le transport pour permettre à toutes les municipalités de
posséder et d'opérer leur propre flotte de véhicules. Concernant la taxe sur l'immatriculation
instaurée par la loi n° 39, bien que prometteuse,
elle présente des obstacles pour les municipalités. La taxe sur l'immatriculation
pourrait être un outil intéressant pour ces municipalités qui aimeraient
déployer une plus grande offre de transport collectif. Cependant, le pouvoir
actuel permet seulement aux municipalités dotées d'une société de transport et
aux MRC de s'en prévaloir, ce qui engendre des enjeux de gouvernance
importants. Afin de pallier ce frein, l'UMQ recommande d'élargir le pouvoir d'imposer
une taxe sur l'immatriculation à l'ensemble des municipalités locales et des
villes ayant des compétences de municipalité régionale de comté. Le projet de
loi prévoit que le gouvernement du Québec fixe unilatéralement la contribution
financière des municipalités pour les projets complexes de transport avant de
leur confier l'exploitation. Cette approche risque de compromettre sérieusement
l'autonomie municipale et d'avoir un impact significatif sur les finances des
municipalités. L'UMQ propose donc que le projet de loi n° 61 soit modifié pour
exiger une entente préalable entre la municipalité et le gouvernement du Québec
avant d'engager toute contribution financière municipale. En conclusion, nous
souhaitons souligner un point fondamental pour assurer le succès des
initiatives de Mobilité Infra Québec la nécessité d'une collaboration étroite
avec le milieu municipal. Les municipalités, fortes de leur expertise en
aménagement du territoire, doivent être des partenaires actifs dans la
planification et la réalisation des projets de transport. Cette approche
collaborative, respectueuse de l'autonomie et des compétences municipales,
devrait se traduire par l'assujettissement de Mobilité Infra Québec à la
réglementation municipale. Ainsi, nous pourrons garantir une synergie optimale
entre les projets d'infrastructure et les besoins spécifiques de chaque
communauté, tout en préservant la cohérence du développement urbain à long
terme. Nous sommes maintenant disposés à répondre à vos questions. Merci à tous.
Le Président (M. St-Louis) : Alors
je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange.
Le prochain bloc d'échange sera d'une durée de 16 min 30 s, Mme
la ministre, la parole est à vous.
Mme Guilbault : Oui, merci beaucoup, M. le Président. Alors, Messieurs, merci
encore d'être ici avec nous aujourd'hui. Toujours, toujours très intéressant de
parler avec l'UMQ sur une foule de sujets. D'ailleurs, vous êtes presque
toujours sur nos commissions quand on fait des projets de loi. C'est dire à
quel point vous êtes un partenaire important. D'ailleurs, on s'est rencontrés
dernièrement pour... pour divers sujets. Donc, merci d'être à Québec aujourd'hui.
Je vais commencer peut-être par un des derniers éléments qui a été mentionné,
parce que je regarde vos recommandations. Il y a plusieurs choses là-dedans
très intéressantes. Il y en a certaines qui vont déjà dans le sens de notre
projet de loi donc...
Mme Guilbault : ...peut-être qu'on... on pourrait étoffer un peu le point
de vue. Mais vous disiez, en terminant ou en tout cas dans les dernières
remarques, vous souhaitez qu'une entente intervienne entre le gouvernement et
les municipalités avant la réalisation ou même la planification de tout projet de
transport collectif. Mais c'est exactement le sens du projet de loi et c'est
actuellement la manière dont c'est prévu dans le projet de loi. En tout cas,
je... pour l'article, je vous réfère à l'article, c'est 74 ici. Donc, je
me demandais est-ce que, pour vous, cet article-là ne répond pas à cet
objectif-là, est-ce qu'il y a des modifications que vous souhaiteriez lui
apporter? Parce qu'actuellement, ce qu'on dit, c'est : «Le ministre doit
convenir avec les municipalités locales, les sociétés de transport en commun,
le réseau de transport métropolitain ou l'Autorité régionale de transport
métropolitain, lorsqu'ils sont visés par le projet, du montant d'une
contribution financière de leur part, et plus loin, sur l'éventuelle
exploitation, Le gouvernement... à défaut d'entente... c'est-à-dire... bon,
dans le cadre d'un projet complexe de transport collectif confié à Mobilité
Infra Québec, doit faire l'objet d'une entente entre le ministre et, selon le
cas, une municipalité locale, une société de transport en commun, le réseau de
transport métropolitain, l'ARTM ou tout autre organisme, la responsabilité de
l'exploitation et la responsabilité financière de l'exploitation.» Bref, tout
ça est déjà prévu comme devant faire l'objet d'ententes entre le gouvernement et
les municipalités, alors qu'est-ce qui, selon vous, ne répond pas?
M. Damphousse (Martin) : Bien,
en fait, dans notre compréhension... puis si on fait erreur, tant mieux, ce
sera un dossier de réglé, mais ce qu'on a compris, c'est que, dans votre projet
de loi, il y a une obligation de consultation, ce qui est bien, mais il n'y a
pas d'obligation d'avoir une entente. Sauf qu'avec ce que vous venez de lire,
le bout de passage, on va prendre le temps de le regarder attentivement. Mais
entre une consultation, qui est une chose, et qu'on nous impose un modèle
d'entente de financement, on souhaite être collaborateurs pour s'entendre entre
nous et le gouvernement et convenir d'une entente, et non qu'on nous l'impose.
Mais reste que, si, avec ce que vous venez de lire et la préoccupation qu'on
avait, on ne veut pas simplement être consultés et qu'on nous impose une
entente, mais qu'on soit collaborateurs et qu'on s'entende... en fait, qu'on en
arrive à la conclusion d'une entente, il y a une grande différence entre les
deux. On prendra le temps d'analyser les détails. Mais je pense que vous
comprenez le sens de ce que je viens d'expliquer.
Mme Guilbault : Bien oui, tout à fait, puis c'est pour ça que je commence
par cet élément-là, parce que pour moi, il est crucial. Tu sais, il est
impensable pour moi qu'un gouvernement aille imposer un projet de transport
collectif d'envergure sur un territoire, si les élus locaux n'en veulent pas et
par extension leurs citoyens n'en veulent pas. Pour moi, c'est un non-sens. Il
y a tellement de municipalités puis il y a tellement de gens qui veulent des
projets qu'on va commencer par en faire là où les gens sont intéressés avant
d'aller en imposer quelque part. Donc, pour nous, c'est... c'est le gros bon
sens à l'état pur, si je peux m'exprimer ainsi. Puis c'est tout aussi important
pour nous d'avoir, de fonctionner avec des ententes. Tu sais, la manière dont
ça va fonctionner avec les décrets, et tout ça, pour la réalisation du projet,
ça va reposer sur une entente tant sur le partage des coûts que sur
l'éventuelle exploitation. Ça fait qu'en même temps je voulais vous entendre
là-dessus.
Puis en même temps, peut-être vous
rassurer puis vous inviter à regarder plus précisément l'article 74 du
projet de loi, parce que, pour nous, tu sais, je... Puis je suis contente qu'on
commence par vous, parce que ça va être clair pour tout le monde que pour nous,
il est très important de fonctionner avec des ententes puis la collaboration
avec les municipalités, parce que sinon, de toute façon, pour moi, c'est
insensé. L'argent est rare, alors on commence par les endroits où les gens sont
intéressés.
Puis peut-être aussi... Puis vous avez
commencé en disant : Je salue la volonté du gouvernement d'enfin se doter
de la capacité de réaliser des projets. Parce que je l'ai dit, même de façon
très transparente, actuellement, cette capacité-là n'existe pas quant à mon
gouvernement. C'est compliqué. Mon collègue des Îles-de-la-Madeleine disait
qu'à leur époque ils ont déposé un projet de loi ou ils ont déposé un projet ou
en tout... bien, enfin, ils ne l'ont jamais mis en œuvre. Et les libéraux ont
contourné le problème en créant la CDPQ Infra, ce qui était, à l'époque une
bonne chose, parce que le REM, dont la construction a commencé en 2018, cinq
ans plus tard, on inaugurait le premier tronçon. Donc manifestement c'était une
bonne idée. Mais je ne pense pas qu'on peut éternellement est tributaires de la
CDPQ Infra. Donc, pour nous, c'était important de se doter de notre propre
capacité.
• (10 h 10) •
Alors, est-ce que vous... vous... comment
je pourrais dire, est-ce que vous jugez que, dans son imperfection habituelle,
puis probablement qu'on va l'améliorer tous ensemble, mais que cette pièce
législative là est résolument un bon moyen de venir répondre à ce besoin-là, du
XXIe siècle, où une nation comme le Québec doit se doter une fois pour
toutes de la capacité de prendre le contrôle du transport collectif sur son
territoire?
M. Damphousse (Martin) : À
partir du moment, Mme la ministre, où on a salué l'esprit du projet de loi, on
y croit. Puis je vais répéter des éléments que vous avez mentionnés à quelques
reprises auxquels...
M. Damphousse (Martin) : ...auxquels
on adhère, à l'UMQ : c'est de réussir à faire davantage de projets en transport
collectif partout au Québec, de réussir à le faire plus rapidement et de
réussir à le faire à moindre coût. Donc, honnêtement, il n'y a personne dans le
milieu municipal qui peut être contre ces trois prémisses-là.
Mais, après avoir dit ça, vous aurez
compris qu'il y a des éléments qui restent préoccupants pour le milieu
municipal, parce que, dans le sujet précédent dont on vient de parler, il est
aussi mentionné qu'à défaut d'une entente, le gouvernement a le pouvoir
d'imposer des factures au milieu municipal, et c'est là où le bât blesse. À
partir du moment où on a une entente, ça veut dire qu'on est collaborateur, et
on accepte le résultat. Mais, à partir du moment où on ne s'entendrait pas,
bien, de se retrouver imposer une contribution financière, bien, c'est là où
vous comprenez toute la nuance dans ce qu'on vient de discuter au préalable.
Mais l'esprit du projet, on est 100 %
favorables. Quand vous disiez aussi d'aller chercher une plus grande expertise,
le ramener à l'intérieur au lieu de toujours donner des sous-contrats à
l'extérieur, on est d'accord avec le principe.
Mme Guilbault : Exact, puis je vois ici votre recommandation n° 14 :
«Retirer les dispositions du projet de loi qui ont pour effet de rendre
obligatoire une contribution municipale au montage financier d'un projet
complexe de transport et qui permettent au gouvernement du Québec de
l'imposer». Mais est-ce que pour vous ça tombe sous le sens que les
municipalités contribuent? Puis là, on s'entend évidemment que les moyens ne
sont pas les mêmes selon la taille de la municipalité, la taille de la
population, donc les revenus et le budget d'une municipalité. Mais,
logiquement, le montant d'un projet de transport ou l'envergure d'un projet de
transport collectif, pour une municipalité plus petite, va être proportionnel,
normalement, aux besoins qu'on dessert. Donc, on ne mettra pas un projet de
15 milliards dans une municipalité de 20 000 habitants, on
s'entend là-dessus.
Alors, est-ce que pour vous ça tombe sous
le sens quand même de demander une contribution de la municipalité, dans
l'optique où ça demeure quand même un... un service qui va répondre aux besoins
des citoyens de la municipalité?
M. Damphousse (Martin) : Mais,
comme vous savez, Mme la ministre, on le fait déjà, et c'est tout à fait normal
de le faire. Je ne connais pas personne au Québec, dans le monde municipal, qui
souhaite du transport collectif sans payer un sou. Mais, entre payer un sou, sa
contribution juste et équitable en fonction de l'arrivée d'une nouvelle ligne
d'autobus et l'arrivée d'un train, l'arrivée d'un REM, l'arrivée d'un métro, on
ne parle plus du tout des mêmes sommes potentielles et des moyens que le milieu
municipal possède.
Je prends toujours l'exemple qui me
revient souvent en tête, le prolongement du métro à Laval. La ville de Laval
n'a pas contribué, une chance. S'il avait fallu qu'ils contribuent si ce n'est
que de 10 %, imaginez l'impact sur le compte de taxes. Ça fait que ça
dépend toujours des modes de transport, mais ça dépend...
Donc, pour répondre franchement à votre
question, le milieu municipal contribue déjà, contribue de plus en plus, et on
va continuer à être présent comme contributeur. Mais vous comprenez qu'entre
contribuer et amener de nouvelles infrastructures structurantes qui coûtent une
fortune et devoir assumer ça en plus des frais d'opération qui vont suivre, il
y a une grande distinction, et c'est pour ça que tout le volet du financement
reste une grande préoccupation du milieu municipal.
Mme Guilbault : Oui, tout à fait, puis on en parle souvent, du... du fameux
financement, puis je vais... je vais quand même en profiter encore, pour le
bénéfice des collègues qui sont dans la salle, pour réitérer le fait que depuis
la pandémie la contribution gouvernementale au financement du transport
collectif n'a jamais été aussi élevée. L'argent est rare pour tout le monde.
Pour nous aussi, vous le savez, on a un déficit au dernier budget. Mais, malgré
tout, on donne plus d'argent que jamais via nos programmes de soutien,
notamment le programme d'aide au développement du transport collectif. Alors...
Mais on est d'accord avec vous qu'il faut
trouver d'autres façons de faire. D'ailleurs, ma collègue ministre des Affaires
municipales, dans son dernier projet de loi, a donné des nouveaux pouvoirs aux
MRC pour pouvoir diversifier leurs revenus ou diversifier leurs... leurs moyens
financiers pour mettre du transport collectif à la disposition des
municipalités, un autre exemple de collaboration fructueuse.
Mais donc on s'entend sur le fait qu'une
contribution de la part des municipalités desservies par les projets est
normale, mais évidemment il faut... il faut être réaliste puis tenir compte des
moyens de chacun tout comme des moyens du gouvernement, d'ailleurs, et inviter
le gouvernement fédéral à s'engager plus fermement dans le financement des
projets de transport collectif. Il faut bien que je le mentionne aussi. Mon
collègue de Taschereau, des fois, est optimiste par rapport à la participation
du fédéral dans les projets, mais malgré tout il reste qu'actuellement on n'a
pas de projet pour financer des... du transport collectif, au fédéral, avant
Je vous amène sur la SAAQ, la
recommandation n° 10, parce que, ça, quand on a donné la possibilité justement
de percevoir des nouveaux revenus, il y avait un prix qui était élevé pour
pouvoir se prévaloir de la possibilité du service de perception par la...
Mme Guilbault : ...pour la nouvelle contribution pour le transport
collectif. Et, si on a fait des modifications, on l'a modulé, juste pour être
sûr de donner les bons chiffres, retrait du plancher de 60 000, puis permettre
aux MRC de se regrouper pour couvrir le 200 000. Est-ce que ça, vous trouvez
que ça répond aux besoins? C'est sûr que, dans un monde idéal, les choses ne
coûteraient rien, mais, dans la mesure où il y a un prix, est-ce que ça, pour
vous, ça, c'est mieux qu'avant? Est-ce que pour vous c'est une amélioration,
les modifications qu'on a faites avec la SAAQ?
M. Damphousse (Martin) : Mais
c'est indéniable. En fait, la première mouture n'était pas du tout, du tout
équitable, à part pour la CMM, la grande région montréalaise, le volume de
contributeurs est tellement important que ça fonctionnait. Le frais d'entrée de
200 000, le frais annuel de 60 000, ça ne paraissait pas. Mais, quand on se
retrouve dans une communauté en région qui peut avoir 30 000, 45 000 habitants,
c'était tellement exorbitant que personne ne pouvait profiter du nouveau... du
nouveau mode de financement. Cette modification-là est assurément un pas de
géant dans la bonne direction.
Mme Guilbault : C'est bien. J'amène le numéro un, là, parce que là il y
aurait beaucoup de choses à dire... Il me reste combien de temps?
Le Président (M. St-Louis) : Il
reste quatre minutes...
Mme Guilbault : Quatre minutes. O.K. Bon. Le numéro un, tu sais, bon,
évidemment, le numéro un, c'est un peu... je dirais, ça recoupe à peu près tous
les souhaits qu'on peut avoir pour le transport collectif, à la fois dans la
prévisibilité du financement et la planification comme telle des projets, que
ce soit l'étude, ce qu'on appelle, nous, le dossier d'opportunité, la... la
réalisation, etc., donc. Et ça, le cadre financier, je n'aurai pas le temps de
m'y attarder, mais, vous savez, probablement, qu'on est en discussion, on est
très, très, très avancés, et ça va très bien. On a notre résolution de la CMM,
donc on est très avancés pour la planification du financement sur cinq ans,
comme j'avais... comme je m'étais engagée à le faire.
Mais, pour la prévisibilité, justement, de
la planification et de voir venir un peu les projets, de les ordonner, de les
planifier dans une optique où on est capable d'attirer des gens qui ont le goût
de les faire, premièrement, les projets. Parce qu'actuellement -on va avoir
Pomerleau un peu plus tard aujourd'hui, puis on entend... de toute façon, on va
avoir l'association aussi - actuellement, les gens sont de moins en moins
intéressés à faire des projets avec nous, avec le gouvernement, puis les
municipalités, peut-être, ont le même... le même problème à plus petite
échelle. Mais toujours est-il qu'au gouvernement on a de moins en moins de
soumissionnaires. On l'a vu avec le tramway de Québec, personne n'a voulu
soumissionner dessus. Donc là, on en est aujourd'hui avec la Caisse de dépôt,
mais donc on a ce problème-là. C'est pour ça aussi que mon collègue Jonatan
Julien, je ne sais pas si vous avez été sur sa commission, le projet de loi n°
62, qui, lui, fait une réforme des modes contractuels de l'État avec le marché,
dont j'aurai besoin, moi, pour que Mobilité Infra Québec puisse être
performante. Mais, bref, on a cet enjeu-là qui est majeur.
Alors, on a... on a deux devoirs,
premièrement, être plus moderne dans notre façon de contracter, et ça, c'est
beaucoup chez mon collègue du Trésor, et. Deuxièmement, se doter d'une
capacité, nous, à avoir des ressources expertes puis capables de réaliser les
projets et de favoriser justement cette planification-là où on va être capable
de savoir : Voici, j'ai tel projet, ensuite, j'ai tel autre, j'ai tel
autre, de l'organiser d'une manière intelligente où là tu as des gens qui vont
être intéressés à venir s'installer ici, puis à peut-être bâtir une usine, ou,
en tout cas, avoir des équipes qui vont savoir... qui vont être mobilisées pour
un certain temps, indépendamment du politique, puis des gouvernements, puis
des chicanes dans les journaux et dans les médias sur les projets. Et donc je
pense qu'on va se donner les meilleurs moyens, justement, d'attirer des gens,
d'avoir des projets moins longs à réaliser, à moindre coût, et donc d'être plus
efficaces puis que ça coûte moins cher pour les fonds publics.
Est-ce que vous adhérez... est-ce que vous
adhérez à cette vision-là que j'ai, moi, de ce qu'on est en train de faire, et
donc qui répondrait à votre recommandation numéro un, qui est le numéro un,
j'imagine, parce que, pour vous, c'est la plus importante ou la plus cardinale,
disons?
• (10 h 20) •
M. Damphousse (Martin) : En
fait, la réponse, c'est oui, mais en même temps, l'enjeu du financement est
tellement important, puis vous l'avez mentionné tantôt, puis vous l'avez répété
très souvent, c'est vrai que le gouvernement actuel a mis davantage d'argent
dans le transport collectif, sauf que, entre ce que ça coûte et la progression
des coûts, elle est plus importante. Donc, toute somme considérée additionnelle
que vous avez contribué en pourcentage, ça se retrouve être une diminution,
donc une pression plus grande pour le milieu municipal. Pour les consommateurs,
le biais aussi de droit d'entrée ne cesse d'augmenter. Donc, on n'y arrive pas.
Il faut donc ensemble être plus créatifs pour trouver des modèles de
financement. L'immatriculation, c'est un gain, à la CMM dont je siégeais, on le
demandait depuis des années. Ça vient d'arriver enfin, on veut l'étendre un peu
plus large.
Mais que ça soit sur les sommes qui sont
au Fonds vert, ça devrait faire partie. Que ce soit sur la taxe sur l'essence,
elle n'a pas bougé, depuis des lunes, au Québec, pour venir supporter le
transport collectif. C'est un autre...
M. Damphousse (Martin) : ...un
angle qui peut être très, très aidant. Et au final, il faut que ça devienne une
priorité gouvernementale parce que vous augmentez les sommes en infrastructures
générales, mais la contribution des infrastructures de transport collectif,
toute proportion gardée, elle diminue. Parce que je sais que les autoroutes,
les ponts, tout ça, ça coûte aussi une fortune. La progression des coûts que
vous subissez, on le subit nous aussi dans le milieu municipal. Donc, il faut
ensemble être beaucoup plus créatifs pour réussir à financer de façon pérenne
le transport collectif pour du long terme.
Le Président (M. St-Louis) :
20 secondes, Mme la ministre.
Mme Guilbault : Bon, bien, je ne m'embarquerai pas dans l'électrification
ou autre sujet du genre. Je vais simplement vous remercier à nouveau. Puis
certainement qu'on va se rencontrer à nouveau pour le reste des sujets qui nous
unit. Merci beaucoup.
M. Damphousse (Martin) : Merci.
Le Président (M. St-Louis) :
Merci. Nous allons poursuivre la période d'échange avec un bloc de 9 min 54
s. Je cède... cède maintenant la porte-parole, pardon, de l'opposition
officielle.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Est-ce que... Bienvenue à vous deux. Merci pour le mémoire. Ce
n'est pas la première fois qu'on voit l'UMQ se positionner, et je tiens à vous
remercier pour le forum que vous avez organisé sur la mobilité. J'étais là, et
c'est de là, personnellement, en m'entretenant avec beaucoup d'acteurs, que je
peux dire qu'il y a une crise dans la demeure par rapport au financement. Et
j'ai 10 minutes. Prenons les quatre, cinq premières minutes pour parler
d'un sujet que probablement il ne concerne pas Mobilité Infra. Depuis le début
de votre présentation, vous avez parlé d'un mot, financement, financement,
financement. Est-ce que pour vous aujourd'hui, l'urgence de l'urgence, ce n'est
pas parler de la mobilité, de Mobilité Infra, mais de parler de la première recommandation.
Vous l'avez mentionné, c'est la pérennité du financement pour le transport
collectif.
M. Damphousse (Martin) : À
l'intérieur du projet de loi no 61, qui est Mobilité Infra. L'élément
principal, vous avez raison, on y revient souvent, mais à l'intérieur du
mémoire et de ce que je vous ai lu tantôt comme résumé, le volet de
l'aménagement du territoire est un élément important et l'imposition de
contributions financières est un autre élément qui vient toucher indirectement
le financement du transport collectif. Mais entre construire une nouvelle
infrastructure et opérer le transport collectif, il y a quand même deux nuances
très importantes. Mais vous avez raison. Est-ce que l'élément principal est le
financement? Tout à fait. Mais il y a d'autres enjeux qui préoccupent
assurément le milieu municipal.
M. Derraji : Oui, mais
vous avez raison. Mais parlons du financement. Pour vous, le plan n'est pas si
clair. Vous avez vu les audiences par rapport aux sociétés de transport, les
villes vous contactent, vous parlent, je parle avec beaucoup de maires,
mairesses. J'ai parlé avec des sociétés de transport. Ce n'est pas réglé
aujourd'hui.
M. Damphousse (Martin) : Mais
je pense qu'un des objectifs, et là, si je me trompe, là, corrigez-moi, Mme la
ministre, mais un des objectifs, c'est que le p.l. no 61 puisse améliorer
la situation. Tout le monde le souhaite, plus de transports collectifs à
moindre coût, avec un échéancier plus réaliste. Parce que partout au Québec,
les maires et mairesses que je rencontre souhaitent tous plus de transports
collectifs parce que leurs communautés veulent contribuer à la réduction des
GES. Et on sait que c'est par le transport collectif. Mais si on n'investit pas
les sommes nécessaires, sincèrement, on n'y arrivera jamais puis on sera
toujours pris avec la voiture solo qu'il faut éviter.
M. Derraji : Oui, c'est
un bon point. Donc, une agence de mobilité sans budget clair pour financer les
transports collectifs, est-ce que, selon vous, c'est juste une nouvelle structure
qu'on rajoute?
M. Damphousse (Martin) : Non.
En fait, je ne dirai jamais que c'est juste une nouvelle structure. C'est une
structure pour justement aider à clarifier le financement de façon pérenne,
l'avenir du transport collectif.
M. Derraji : Bien, je
tiens juste à vous dire que, depuis le début, ce qu'on a dit, c'est qu'on veut
que ça coûte moins cher et on réduit les délais. Et Mme la ministre, dans ses
remarques préliminaires, a parlé d'expertises qui n'existent pas et qu'on veut
tout centraliser pour que l'expertise soit là. Je n'ai pas vu des...
supplémentaires pour financer les projets d'infrastructure. Si vous, vous
avez... Probablement vous avez plus d'info.
M. Damphousse (Martin) : ...mais
j'ai M. Roy, à côté de moi, qui me fait des signes qu'il souhaite émettre un
commentaire.
M. Derraji : Pas de
problème.
M. Roy (Samuel) : Oui.
Bien, effectivement, là, je pense qu'il y a... Dans le fond, il y a deux
éléments. Il y a l'élément du financement des opérations du transport collectif
et les enjeux qu'on vit actuellement avec l'offre de services qu'on a en ce
moment. Ça, effectivement, il y a des enjeux évidents. On a un déficit
structurel qui croît d'année en année. Ça, effectivement, là, le projet de loi
ne prévoit pas de solutions à ces enjeux-là. Il prévoit des façons d'opérer
pour des nouvelles, des nouvelles infrastructures. Ça, évidemment, on est
d'accord...
M. Roy (Samuel) : ...puis on
souhaite tous que l'offre de transports collectifs augmente puis que des
projets structurants soient réalisés dans les prochaines années à plus faible
coût et dans un délai plus court, mais pour... pour répondre à votre question,
effectivement, la question des opérations des... du financement des opérations
actuelles, ça, ça va... ça va se discuter dans d'autres canaux, effectivement.
M. Derraji : O.K. Parce que
vous n'êtes pas les seuls. La quasi-totalité des mémoires déposés jusqu'à
maintenant parle de l'importance du financement. C'est le nerf de la guerre. On
peut rêver de tramways partout, dans toutes les villes. J'étais en Outaouais,
on me parle du tramway, on parle du financement. Québec, ça parle de ça. Plan
structurant de l'est, prolongement de la ligne bleue. Le gouvernement même
voulait ramener le REM jusqu'à Chambly. On peut rêver de ces infrastructures.
Le gouvernement traîne 7 milliards de déficits. Êtes-vous confiant par
rapport à l'avenir du financement du transport collectif?
M. Damphousse (Martin) : En
fait, je suis un optimiste de nature. Donc, le transport collectif, le milieu
municipal y croit. En fait, ce qu'on a besoin de sentir, c'est que ça devienne
une priorité très clairement affirmée par le gouvernement. Et les projets dont
vous avez mentionnés de prolongement de REM de... dans l'est de Montréal ou
ailleurs, bien, on les voit nous aussi sortir les chiffres d'estimation de
coûts par l'ARTM puis on réalise nous aussi que les coûts sont exorbitants.
Donc, ça ne fait pas de sens collectivement d'investir autant. Donc, il faut
trouver de meilleures façons pour que les prix soient beaucoup plus réalistes.
En espérant que le projet de loi n° 61 pour réunir justement les cerveaux
nécessaires pour arriver avec une meilleure cohérence, on ait de meilleurs
résultats, mais, pour l'instant, avec ces prix-là, il n'y a malheureusement pas
beaucoup de projets qui verront le jour.
M. Derraji : O.K. Je reviens
parce que les chiffres qui sortent, c'est 19 milliards pour le plan
structurant de l'Est, selon vous, c'est extrêmement cher.
M. Damphousse (Martin) : Mais
en fait j'additionne l'ensemble. Je n'en prends pas un en particulier,
j'additionne l'ensemble des projets qui sont sortis, que ça soit dans la région
de Terrebonne, que ça soit jusqu'à Chambly dont vous avez mentionné tantôt, que
j'entends parler sur le boulevard Taschereau, que ça soit à Québec, l'ensemble
des projets dont on entend parler, troisième lien, mais ça représente des
sommes qui sont astronomiques.
M. Derraji : Mais vos propos
sonnent... Vous avez raison. C'est parce que, si je rajoute l'électrification
de transport aujourd'hui, vous nous dites : Attention, est-ce qu'on a les
moyens d'électrifier toute la flotte? Et l'impact qu'on a. Les sommes qu'on
doit investir en tant que contribuable pour les prochaines années sont énormes.
Je répète ma question : Est ce que, selon vous, l'urgence, c'est parler
des structures ou parler du financement et l'avenir du financement du transport
collectif au Québec?
M. Damphousse (Martin) : Bien,
je pense qu'on peut parler des deux en même temps. Et votre exemple sur
l'électrification des transports est excellent parce qu'on en parle dans notre
mémoire. On invite le gouvernement à ralentir la cadence qu'il avait annoncée
parce que ce sont des sommes importantes. Et là, j'y vais de mémoire,
10 milliards d'investissements sans amener d'autobus additionnels dans les
rues, et c'est ce qu'on a besoin. On a senti une réception face à ça, parce que
c'est des enjeux de main-d'œuvre, c'est des enjeux de financement et ça
n'améliore pas le transport collectif, ça fait en sorte que l'autobus qui
transporte 50 personnes qu'il soit dans un autre carburant que
l'électricité, mais a quand même un potentiel de réduction de GES qui est non
négligeable par rapport à la voiture. Est-ce que c'est vraiment une priorité
aujourd'hui? On invite, on a invité le gouvernement à ralentir la cadence de
l'électrification tout simplement pour le bénéfice de tout le monde.
M. Derraji : Mais je partage
en
partie ce que vous avez dit, c'est juste probablement on n'est pas d'accord
que... Pour moi, ça ne prend pas Mobilité Infra pour régler ce problème. Quand
j'entends le gouvernement parler de projets complexes, j'espère qu'on va le
définir dans le cadre du projet de loi. Ce n'est pas clair. Mais je vous repose
la question, vous avez lu le projet de loi : C'est quoi, pour vous, un
projet complexe? Ou, si vous voulez que le projet complexe... Est-ce que vous
voulez que le projet complexe soit défini dans la loi?
• (10 h 30) •
M. Damphousse (Martin) : Bien,
en fait, la réalité, c'est que, dans le rôle que nous avons, Union des
municipalités du Québec, contrairement à votre rôle à vous, moi, je ne suis pas
là pour dire : Est-ce qu'un projet de loi devrait être déposé ou non dans
ce cadre-là? Il y a un gouvernement qui est en place, qui dépose un projet de
loi de cette nature là, c'est à nous de le commenter dans le but de le
bonifier, ce n'est pas dans le but de dire : On ne le veut pas ou on le
veut. On collabore avec le gouvernement depuis toujours. Dans tous les projets
de loi, Mme la ministre l'a dit, avec Mme Laforest la même chose, on
collabore avec eux. Ça fait qu'on veut juste améliorer l'état de la situation
pour s'assurer de protéger nos membres et de protéger le développement dans nos
territoires. Donc, je ne me commettrai pas à dire : Est-ce que c'est le
bon véhicule ou non?
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) M. Damphousse (Martin) : ...nous,
on travaille avec le projet de loi qui est déposé dans le but de le bonifier.
M. Derraji : Non, non, mais
vous avez raison. Mais parlons du financement. Est-ce que c'est le bon
véhicule? Parce que, là, depuis tout à l'heure, vous ne parlez que du
financement. J'ai lu votre mémoire. La plupart des propositions que vous avez
formulées, recommandations, vous voulez améliorer les sources de revenus, ce
qui est correct, pour vos membres. C'est votre rôle, c'est votre mandat. Vous
êtes le porte-parole des villes, ce qui est très correct. Mais pensez-vous qu'après
votre passage en commission, les articles de loi que vous avez devant vous...
avez-vous vu l'opportunité qu'on va améliorer demain, après le vote de ce projet
de loi, les sources de financement pour vos membres?
M. Damphousse (Martin) : Ce
que je vous ai mentionné tantôt, et je le répète : Il n'y a rien qui
empêche que de travailler en parallèle, c'est-à-dire améliorer le projet de
loi, et l'enjeu du financement, qui reste omniprésent, de continuer à débattre
les enjeux et les sources potentielles de financement pour assurer un
développement pérenne du transport collectif partout au Québec.
M. Derraji : C'est très
clair.
Le Président (M. St-Louis) : Ceci
conclut ce bloc d'échange, M. le député.
M. Derraji : Merci.
Le Président (M. St-Louis) : Merci.
Nous allons continuer la période d'échange pour un troisième bloc d'une durée
de trois minutes et 18 secondes. Je cède maintenant la parole au porte-parole
du deuxième groupe d'opposition.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Damphousse. Bonjour, M. Roy. On a peu de temps. J'aimerais
au moins couvrir deux questions avec vous, si c'est possible, donc, d'abord,
revenir sur la question du financement. À défaut d'entente, dans le fond, le
gouvernement, Mobilité Infra Québec pourrait imposer un budget, une
contribution financière à la municipalité. Je comprends qu'on privilégie d'abord
l'entente, mais il y a toujours cette épée de Damoclès là au-dessus de la tête
quand même. Ça serait quoi le bon mode de fonctionnement pour vous, pour qu'on
puisse avoir une entente qui convient aux deux parties sans avoir toujours
cette épée de Damoclès là?
M. Damphousse (Martin) : Bien,
le plus bel exemple que je vous dirais à court terme, la dernière entente qu'on
a eue avec le gouvernement pour la progression du point de TVQ, bien, c'est l'idéal,
c'est-à-dire que s'assurer d'avoir une entente et non qu'on nous impose une
formule. Donc, c'est ce qu'on plaide, c'est ce que j'ai mentionné tantôt. D'en
venir à une entente, c'est parfait, mais que, s'il n'y avait pas d'entente, ce
qu'on lit dans le projet de loi, de nous imposer une formule de contribution, c'est
là où on est en désaccord.
M. Grandmont : Ça fausse la
négociation, en fait, la recherche d'une entente. Il y a toujours cette
possibilité-là. C'est pour ça que je parlais d'épée de Damoclès. Merci pour
votre réponse.
Il y a un deuxième élément. Je vous
amènerais à l'article 26 du projet de loi, là, on est à la page 10.
Un bien construit ou reconstruit par Mobilité Infra Québec est la propriété de,
si c'est une route, bien, la municipalité sur le territoire sur laquelle elle
est située. S'il s'agit d'un bien utile à un système de transport collectif,
bien, c'est la société de transport en commun, l'ARTM ou, en tout cas, le
réseau de transport métropolitain qui doit, dans le fond, posséder ce bien-là
qui a été construit ou reconstruit par Mobilité Infra Québec. Mais, malgré tout
ça, c'est ce que ça dit, le gouvernement peut déterminer qu'un bien construit
ou reconstruit est la propriété soit du gouvernement, soit de toute autre
personne qu'il détermine. Est-ce qu'il n'y a pas pour vous là un risque?
M. Damphousse (Martin) : Honnêtement,
c'est... à cette étape-ci, c'est difficile pour moi de commenter ça, parce que
je vais vous donner juste l'exemple de CDPQ Infra, ça n'appartient pas aux
villes, ça n'appartient pas au gouvernement, c'est un mandat qui est donné.
Est-ce qu'il n'y a pas des formules innovantes qui existent un peu partout dans
le monde qui fonctionnent bien, auxquelles le gouvernement pourrait se
rattacher? C'est difficile pour moi, à cette étape-ci, de dire : Ce n'est
pas une bonne idée ou c'est une bonne idée, on devrait les posséder. Il y a...
Vous le savez, il y a plusieurs régions au Québec où ils ne peuvent pas avoir d'OPTC
parce qu'ils ne sont pas assez gros, ils n'ont pas la population nécessaire.
Donc, on se retrouverait... ça appartiendrait au privé. Honnêtement, soyons
créatifs, allons chercher les meilleures idées qui existent dans le monde et
les meilleurs modèles, et pourquoi on ne l'appliquerait pas chez nous?
M. Grandmont : Parfait. Mais
donc, sans juger du bien-fondé de cet alinéa-là, est-ce qu'on peut quand même
concevoir que ça pourrait effectivement être donné à du privé ou à un organisme
tiers, comme par exemple la CDPQ, comme à un autre organisme à...
Le Président (M. St-Louis) : 30
secondes.
M. Grandmont : ...comme à un
autre organisme à créer éventuellement?
M. Damphousse (Martin) : Bien,
honnêtement, c'est trop difficile pour moi. J'aimerais ça vous donner une
réponse très claire, mais vous arrivez avec un point très, très précis d'un
article précis. Est-ce que c'est mieux que? Honnêtement, je trouve...
M. Grandmont : Je ne demande
pas si c'est mieux, je demande juste si c'est possible.
M. Damphousse (Martin) : Bien,
même de dire si c'est possible ou non, sincèrement, c'est un terrain qui est
actuellement beaucoup trop glissant pour moi. Je n'aime mieux pas me mêler de
M. Grandmont : Parfait. Je
vous remercie. Et, peut-être en terminant, dans le p.l. 62, le gouvernement va
se donner des pouvoirs...
Le Président (M. St-Louis) : Ceci
conclut, malheureusement, M. le député, votre bloc.
M. Grandmont : Ah oui! C'est
vrai, j'avais... Je pensais que j'avais 3 min 30. Mon excuse. Mon excuse.
Le Président (M. St-Louis) : Donc,
nous allons poursuivre avec un quatrième bloc de période d'échange pour une
durée de trois minutes 18 secondes. Je cède maintenant la parole au député
de... des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. M. Damphousse, M. Roy, merci d'être là. Alors, votre mémoire est
divisé en trois parties, et les deux premières parties, là, si je résume, je
caricature, ils n'ont rien à voir avec le projet de loi. Est-ce que vous
demandez à ce qu'on puisse intervenir dans le projet de loi pour assurer un
financement des opérations de transport...
M. Arseneau : ...prévisible et
pérenne. Est-ce que vous demandez de développer l'offre de transport collectif
puis qu'on inscrive quelques articles dans le projet de loi, ou vous faites
tout simplement un message comme quoi on ne parle pas des bonnes affaires ici,
là? Les priorités, vos priorités sont celles qu'on vient de nommer.
M. Damphousse (Martin) : En
fait, on s'entend tous les deux. On se sert du p.l. 61 pour envoyer un message
clair sur la préoccupation du financement. Deux tiers du mémoire parle beaucoup
de ça, parce que c'est aujourd'hui la préoccupation première du milieu
municipal. Le deuxième élément... le troisième... dernier tiers, bien, vous le
savez, on a proposé des modifications. La dernière, sur l'imposition, s'il n'y
a pas entente, c'est un élément majeur. Le deuxième, j'ai... j'en ai parlé
tantôt. L'aménagement du territoire, c'est une préoccupation municipale, c'est
de notre ressort. Il est impossible qu'on nous impose une orientation, ça ne
fait pas notre affaire. Donc, vous avez raison, on se sert du premier volet
pour suggérer des solutions.
M. Arseneau : Merci. Vous
avez parlé par exemple de la reddition de comptes qui est beaucoup trop lourde.
Ça, on pourrait l'inscrire quelque part, soit dans le projet de loi ou
ailleurs, comme quoi on peut simplifier les choses. J'imagine, même chose pour
les petites municipalités qui n'ont pas les moyens, qui n'ont pas la capacité
réglementaire d'augmenter l'offre. Ça, vous souhaitez qu'on s'y attarde maintenant
ou dans un autre... dans un deuxième temps?
M. Damphousse (Martin) : C'est
probablement un paragraphe qui pourrait se retrouver dans l'ensemble des
projets de loi qui existent pour simplifier le volet administratif, parce que
c'est une lourdeur. Puis, vous l'avez mentionné, plus la municipalité est
petite, moins elle a de personnel. Puis malheureusement, il y a beaucoup de
municipalités, que je réalise, qui ne font même pas de demande de subvention ou
de financement parce qu'ils n'ont même pas le personnel pour remplir les
papiers nécessaires. Donc, est-ce qu'on peut tous travailler ensemble pour
alléger ça? Je sais qu'il y a des volontés, des efforts nécessaires. Des fois,
c'est plus compliqué qu'en réalité, mais on se croise les doigts qu'on puisse
alléger tout le monde.
M. Arseneau : J'aborde la
troisième
partie quand même. La planification des projets de loi, c'est la
planification des projets de loi que choisira le gouvernement. En d'autres
mots, si on comprend bien l'architecture du projet de loi et le fonctionnement
de l'agence, l'agence n'agit pas sans qu'un mandat lui soit donné par le
gouvernement par décret. Les municipalités ne sont pas
partie prenante à ça.
Est-ce que ça vous inquiète?
M. Damphousse (Martin) : Mais
en fait, ce qu'on mentionne et ce qu'on répète, qu'un mandat soit donné à
l'agence, c'est une chose, mais qu'après que le mandat soit donné, une
obligation de s'entendre avec les parties prenantes et le milieu municipal...
qu'on ne soit pas dans le premier mandat, je vis très bien avec ça, mais
qu'après on puisse interpeler pour s'assurer d'être
partie prenante dans une
entente et non d'une imposition d'une entente.
M. Arseneau : Mais vous vivez
très bien avec le fait que les villes qui auraient un service qui est
absolument anémique ou lacunaire ne puissent pas alimenter l'agence dans les
besoins et les attentes de leurs citoyens?
Le Président (M. St-Louis) : En
conclusion, M. le député.
M. Arseneau : Parce que, si
on n'agit pas en amont, c'est essentiellement en aval, une fois que les
décisions sont prises.
M. Damphousse (Martin) : Mais
pourquoi on ne pourrait pas alimenter l'agence nous aussi?
M. Arseneau : Parce que ça
passe par décret. C'est le... le point de départ, c'est le gouvernement.
Le Président (M. St-Louis) : Je
m'excuse, messieurs, ceci... conclure ce bloc d'échange. Donc, je souhaite
remercier les représentants de l'Union des municipalités du Québec pour leur
contribution aux travaux de la commission.
Nous allons suspendre les travaux quelques
instants afin que l'on puisse accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 10 h 40)
(Reprise à 10 h 42)
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
nous allons reprendre nos travaux. J'aimerais souhaiter la bienvenue aux gens
de chez Pomerleau. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé. Avant de débuter, je vous invite à vous présenter, nom et
titre
respectif, s'il vous plaît. La parole est à vous.
M. Adam (Philippe) : Mme la
PrésidenteMmes et MM. les députés, je me présente, Philippe Adam,
président-directeur général chez Pomerleau. Je suis accompagné de deux membres
de mon équipe de direction, Mme Sophie Morin, en charge des affaires légales;
M. Pierre Laffond, en charge des projets alternatifs.
D'abord, merci à la commission pour cette
invitation à prendre la parole. En tant qu'entrepreneur général, on comprend
que notre participation aujourd'hui vise essentiellement à faire bénéficier les
élus de l'expertise terrain que nous avons développée au fil des 60 dernières
années. Effectivement, notre entreprise a été fondée en 1964 par une famille
visionnaire de la Beauce, et, aujourd'hui, Pomerleau est le plus grand
entrepreneur au Québec, le deuxième plus grand au Canada. On emploie plus de
5000 personnes à travers le pays. On a un chiffre d'affaires dépassant les 5
milliards de dollars. Nous travaillons sur des grands projets complexes
comme le sytrain en Colombie-Britannique, le tunnel George Massey à Vancouver,
le train léger sur rail Eglinton Cross Road West dans la région de Toronto, le
REM à Montréal et plusieurs autres. Bien que différents, ces projets ont
plusieurs points communs qui les distinguent des projets dits plus
traditionnels. Dans tous les cas, ce sont des projets d'envergure qui
s'échelonnent sur plusieurs années, nécessitent des expertises extrêmement
pointues, favorisent et permettent l'innovation, sont réalisés en consortium
avec des joueurs internationaux, comportent davantage de risques et requièrent
différents niveaux d'acceptabilité sociale.
Cette distinction entre les types de
projets est importante, car, bien que nous réalisions des projets de toutes
sortes chez Pomerleau, la perspective que nous partageons aujourd'hui
s'applique principalement aux projets majeurs et complexes. Nous comprenons que
ce sont eux qui concernent plus spécifiquement l'agence Mobilité Intra Québec.
D'entrée de jeu, on tient à souligner la proactivité du gouvernement du Québec
grâce à la modernisation législative que propose le gouvernement avec les
projets de loi 51, 61 et 62, combinés à une stratégie en infrastructure
adéquate. Les conditions essentielles sont réunies pour rendre l'industrie de
la construction plus productive et plus efficiente.
Maintenant, lançons-nous dans le vif du
sujet. Nous avons identifié quatre principes fondamentaux qui devraient être
pris en compte par le gouvernement pour que l'agence joue pleinement son rôle
de catalyseur dans la réalisation de projets majeurs de transport, soit la
gouvernance et l'alignement des rôles et des mandats des donneurs d'ouvrage
publics, la planification gouvernementale des projets, une grande... plus
grande prévisibilité donnée à l'industrie, la juste partage des risques entre
les organismes publics et les partenaires privés et l'utilisation des modes
contractuels collaboratifs.
Permettez-moi de développer chacun de ces
points. Je débute par la gouvernance et l'alignement des rôles. On observe une
multitude d'acteurs susceptibles de réaliser des projets de transport au Québec
comme CDPQ Infra, les sociétés de transport et autres organisations
municipales. Il deviendra donc essentiel, pour toutes les parties prenantes, de
clarifier les rôles et les mandats de ces différents organismes publics. De
manière plus pragmatique, cela devra se traduire par des normes, des pratiques,
des procédures et des conditions contractuelles cohérentes entre ces donneurs
d'ouvrage. Bien que chaque projet nécessite une approche unique, plus le
secteur public est cohérent, plus le secteur privé pourra être performant. Cet
élément sera primordial pour assurer une bonne gouvernance et aussi
l'efficacité des projets allant de la planification à l'exécution. Dans ce
contexte, l'agence devrait avoir un bon niveau d'autonomie. Elle devra avoir la
flexibilité de gérer les budgets des projets, la portée et l'échéancier. Elle
devrait être impliquée du début à la fin. Elle devra également faire preuve
d'agilité pour apporter les corrections nécessaires en cours de projet sans
alourdir le processus. Ce point est important, car plus les décisions tardent à
être prises, plus les coûts et les délais des projets sont susceptibles
d'augmenter.
Notre deuxième point vise à améliorer la
prévisibilité des projets. Plus le gouvernement peut faire de la prévisibilité
quant aux projets à venir, mieux l'industrie de la construction sera préparée
pour répondre à la demande. En construction, la prévisibilité et la préparation
sont des éléments clés. Il faut plusieurs mois et souvent des années pour soumissionner
des projets d'envergure comme le REM, par exemple. Une meilleure prévisibilité
va donner confiance aux entrepreneurs et leur permettre ainsi de faire des
investissements, autant au niveau de la main-d'œuvre qualifiée des équipements
qu'au niveau des nouvelles technologies adaptées pour gérer ce type de projets.
Pour nous, en tant qu'entrepreneur, l'important est d'avoir une feuille de
route claire et complète. Afin d'assurer une bonne compréhension des besoins et
rester agile dans une prise de décision que l'on veut rapide, il nous apparaît
essentiel de maintenir un échange ouvert et constructif des règles entre les
donneurs d'ouvrage et l'industrie de la construction. Par ailleurs, l'agence
doit prendre en considération dans sa planification des éléments comme la
capacité régionale...
M. Adam (Philippe) : ...la
chaîne d'approvisionnement, la capacité de réalisation de l'industrie, la
disponibilité de la main-d'œuvre et le financement des projets. Je vais
maintenant prendre quelques minutes pour discuter du partage de risques entre
le partenaire privé et le gouvernement. Pour nous, il est clair que la façon
traditionnelle de réaliser des projets complexes et de grande envergure ne
suffira pas à construire la prochaine génération d'infrastructures. Le
transfert maximal des risques au secteur privé et du choix des entreprises sur
la seule base du prix le plus bas est révolu pour des ouvrages de grande
complexité. Il est devenu périlleux, voire impossible, pour un entrepreneur en
construction d'assumer tous les risques d'un grand projet d'infrastructure dans
une forme forfaitaire, c'est-à-dire pour un prix fixe. Bien qu'il ne s'agisse
pas d'une tendance qu'on observe actuellement au Québec, il faut souligner
qu'ailleurs dans le monde, des entreprises, pourtant jugées pourtant jugées
solides dans l'industrie, ont malheureusement vécu des échecs financiers
importants. Sur un projet d'infrastructure important qui s'échelonne sur
plusieurs années, je vous assure qu'il y aura à un moment ou un autre des erreurs
de conception, des conditions imprévues au chantier, des changements dans le
prix des matériaux, des fluctuations dans le prix de la main-d'œuvre, de
l'inflation certainement, mais, oui, à quel niveau? Il faut donc laisser place
à un maximum de collaboration et de transparence afin de trouver ensemble des
solutions pour pallier ces enjeux. Cet effet, il sera important de préciser la
méthode avec laquelle l'agence identifiera les risques, partagera l'information
et s'engagera de manière proactive à améliorer l'efficacité du projet avec le
secteur privé. Ce qui m'amène à notre quatrième point, soit l'utilisation des
modes collaboratifs pour la réalisation des projets d'infrastructure. Il est
évident que le donneur d'ouvrage devrait toujours préconiser le bon mode pour
le bon projet afin d'atteindre leur objectif. Ceci dit, nous sommes d'avis
qu'une
partie de la solution pour équilibrer et gérer les risques entre le
secteur public et le secteur privé passe par de nouvelles méthodes
collaboratives de planification d'approvisionnement et de sous-traitance. Dans
cet esprit, nous saluons la volonté du gouvernement de vouloir utiliser les
modes collaboratifs dans les appels d'offres pour la construction
d'infrastructures publiques. L'Ontario, la Colombie-Britannique et plusieurs
autres pays comme l'Angleterre et l'Australie, en ont fait progressivement
leurs normes, en particulier pour les projets de grande envergure. Selon nous,
les modes contractuels collaboratifs sont un outil que l'agence devrait être en
mesure d'utiliser afin de choisir le mode le plus adapté en fonction de chaque
projet. Cette approche favoriserait ainsi une meilleure collaboration de
l'ensemble des joueurs pour atteindre les objectifs du projet, un rehaussement
de la sécurité des travailleurs et des travailleuses de la construction, un
alignement des intérêts entre les signataires de contrats, l'agilité accrue et
une meilleure compréhension des risques visant à les mitiger et les réduire et
finalement un partage en cas de dépassement de coûts, mais également en cas
d'économie de coûts. Les approches collaboratives utilisées pour les grands
projets, tels que les transports publics, créeront une culture et des processus
de collaboration et de transparence. C'est un aspect essentiel qui démontre l'engagement
de toutes les parties prenantes à des relations basées sur la confiance. Et
surtout, ces formules placent la réussite du projet au centre des
préoccupations de toutes les parties prenantes.
En terminant, je tiens à rappeler que
Pomerleau est favorable à faire évoluer la façon dont elle réalise des projets
complexes et de grande envergure. C'est le gage du succès de notre industrie et
la voie empruntée pour que le Québec réalise ses grands projets de la bonne
manière. Ce que Pomerleau a réussi à accomplir ici au Québec, nous a permis de
développer une expertise unique au Canada en continuant à soutenir une
industrie saine. Cela permet de croître ailleurs tout en ramenant des bénéfices
ici sous forme d'impôts et de retombées économiques. Nous sommes d'avis que la
création de l'Agence et la modernisation globale et intégrée du secteur de la
construction vont créer de la valeur dans l'ensemble du Québec, dans la mesure
où nous intégrons les quatre principes fondamentaux présentés aujourd'hui. Il
nous fera maintenant plaisir de répondre aux questions des parlementaires.
Le Président (M. St-Louis) :
Alors, je vous remercie. Nous allons maintenant procéder à la période d'échange
avec les membres de la commission. Le premier bloc sera d'une durée de
16 min 30 s. Mme la ministre, la parole est à vous.
• (10 h 50) •
Mme Guilbault :
Oui. Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. Adam. Mais, Messieurs, Mme, M.
qui l'accompagnez, merci d'être ici ce matin. Je vous ai nommé en exemple tout
à l'heure comme étant un des... des groupes qui allaient venir nous instruire
ce matin de votre expertise extrêmement terrain, comme vous la qualifiez
vous-même, là, effectivement. Puis je pense, sauf erreur, que vous êtes la
seule entreprise privée qui... qui êtes dans notre liste de consultations.
Alors, un grand merci parce que je pense que c'est de notoriété générale que
vous faites énormément de projets ici au Québec, entre autres, vous en faites
ailleurs au Canada et ailleurs dans le monde aussi. Mais vous faites beaucoup,
beaucoup de projets, notamment avec le ministère des Transports. Donc, je pense
que c'est très pertinent que vous veniez nous partager votre point de vue.
Manifestement, l'exposé que vous venez de nous faire, qui était très pertinent,
déborde un peu le projet de loi n° 61 et touche le projet de loi
n° 62 aussi, ce qui est une bonne chose, parce que je pense que vous
n'êtes pas allés témoigner sur les consultations de mon collègue. Alors, c'est
parfait, venir le faire ici, parce que, de toute façon, les deux projets de loi
sont intrinsèquement liés. Mon projet de loi n'aurait pas d'intérêt si le
projet de loi n° 62 n'existait pas pour réformer les modes contractuels du
gouvernement avec... avec le marché, parce qu'on fonctionnerait avec les mêmes
règles...
Mme Guilbault : ...désuètes et très lourdes avec lesquelles on fonctionne
habituellement dans le ministère. Donc ça n'aurait pas d'intérêt de créer une
nouvelle équipe juste pour créer une nouvelle équipe. Alors, les deux vont de pair.
Donc, je vais aborder les deux, ensemble, parce qu'autant dans la réalité que
dans votre exposé, ils sont vraiment inextricablement liés. Et peut-être
justement pour le bénéfice des collègues, parce qu'on est en tout début de
travaux, puis je pense que c'est important que tout le monde ait la même
compréhension des notions qui sont nommées ici, qui peuvent parfois peuvent
être un peu complexes ou hermétiques, là, pour le commun des mortels. Quand on
parle des modes collaboratifs parce que, pour moi, ça, c'est central, c'est
vraiment central, c'est cardinal, comme je disais tout à l'heure en parlant de
la prévisibilité, qui est un autre aspect qu'on n'abordera pas... Bien, en
fait, oui, vous l'avez abordé, vous, une meilleure prévisibilité, c'était votre
deuxième aspect dans les quatre, mais les modes collaboratifs que vous avez
nommés en quatrième, pour moi, c'est ça, c'est tellement central. C'est prévu
dans un autre projet de loi, mais c'est nécessaire à un fonctionnement optimal
de Mobilité Infra Québec.
Pouvez-vous, à la lumière de votre
expérience et du fait que vous, dans la vraie vie au quotidien, vous
l'expérimentez, notamment en Ontario, notamment en Colombie-Britannique, qui
sont plus avancés que nous au Canada et assurément ailleurs dans le monde,
concrètement, là, nous nommer... Je pourrais, moi, l'expliquer, mais il n'y a
rien comme vous pour nous dire extrêmement concrètement qu'est ce que ça
changerait. Prenons un pont ou n'importe quelle infrastructure qu'on construit,
les modes traditionnels actuels, les appels d'offres, le plus bas
soumissionnaire, ensuite de ça une conception qui est faite par un, une
réalisation par l'autre, les gens ne se parlent pas, etc. Donc il y a... il n'y
a pas, il n'y a pas suffisamment d'étapes qui se font en collaboration en
amont, disons-le comme ça. Donc, pouvez-vous nous l'exemplifier vraiment très
concrètement? Et de ce fait les gens vont pouvoir peut-être en percevoir les
bénéfices réels éventuels.
M. Adam (Philippe) : Mais
premièrement, les modes collaboratifs, c'est très intéressant, mais nous, on se
dit que chaque projet a son bon mode contractuel. Donc, les modes
collaboratifs, c'est pour... Souvent, ça pourrait être plus pour des projets
plus complexes. Je veux juste répéter parce que c'est quand même important, ça
a été mentionné juste avant nous, mais un projet complexe, pour nous, est
échelonné sur plusieurs années, recourt à des expertises extrêmement pointues,
favorise et permet l'innovation. Souvent, c'est réalisé en consortium avec des
joueurs internationaux pour partager le risque, l'expertise, à des niveaux de
risque plus importants puis une acceptabilité sociale qui est requise à
différents niveaux.
Donc, pour nous, ce qui est collaboratif,
en fait, c'est vraiment un transfert maximal, c'est un transfert juste, en
fait, des risques entre le privé et le public. Puis le transfert maximal, comme
on voyait avant dans le privé, avec la règle du plus bas soumissionnaire, pour
des projets complexes que je viens de mentionner, ça ne s'applique plus vraiment.
Alors, au niveau collaboratif, bien, on a plusieurs expériences qu'on a faites,
qu'on est en train de faire. J'en ai mentionné un peu tantôt, on fait un
hôpital en ce moment dans le nord de l'Ontario. On travaille sur un projet de
tunnel, de remplacement de tunnel à Vancouver. Puis ce que ça fait, c'est au
lieu de commencer un projet avec un design qui est fait à 10 % à
15 %, puis après ça, d'assumer les risques de rentrer dans le projet avec
énormément d'incertitude, bien, on travaille le design en collaboration avec
toutes les parties prenantes, puis on trouve des solutions, puis on est
capables, justement, de mettre un juste prix, d'amener de l'innovation, d'être
plus rapides dans l'exécution du projet, puis... Puis ça permet vraiment une
collaboration au lieu d'avancer dans l'incertitude. Je ne sais pas, Pierre, si
tu veux amener des exemples concrets également.
M. Lafond (Pierre) : Bien,
des exemples concrets, des projets. Si on prend un projet en conception ou
construction en mode plus traditionnel, là, au plus bas soumissionnaire, bien,
on va passer peut-être une douzaine de mois à préparer un appel d'offre, on va
développer la conception. Développer la conception, c'est-à-dire les gens
qui... On engage des firmes de consultants. On va mettre trois équipes en
compétition, qui vont passer une année à peu près à développer cette
construction-là, juste pour présenter un prix qui est le plus bas, donc, le
bénéfice d'avoir un prix le plus bas. Puis on est aussi dans un contexte de
manque de ressources aujourd'hui où on veut mettre les ressources à la bonne
place.
Donc, pour nous, quand on passe une année
à développer une conception, pour avoir un bénéfice d'avoir un prix de plus bas
soumissionnaire, on trouve que ce n'est pas une façon efficace de faire des
projets. Pendant ce temps-là, on sait qu'on est en compétition avec d'autres.
Il y a des règles d'équité, donc on doit partager toutes les idées avec tout le
monde. À ce moment-là, quand on est en mode collaboratif, il va y avoir aussi
une compétition pour déterminer qui va être la
partie privée qui va construire
le projet. Cette compétition-là va être basée sur un aspect financier mais
aussi un aspect qualitatif. Donc, on va trouver la meilleure équipe au bénéfice
du projet et ensuite la conception va se développer, O.K., pendant une période,
mais en collaboration avec le donneur d'ouvrage et avec les usagers.
Donc, à ce moment là, on va déterminer le
prix au complet, une conception déterminée à 100 %. Puis quand on va
commencer le projet, bien, on va être moins à risque d'inflation parce qu'on va
être plus proche pour attribuer nos contrats. C'est ça. Donc...
M. Lafond (Pierre) : ...et on
va donner nos bonnes idées aussi, qu'on garde des fois un peu cachées, quand on
fait des appels d'offres en mode plus traditionnel, parce que, sinon, elles
sont partagées avec tout le monde. Donc, c'est un peu l'approche qui est
différente entre les modes collaboratifs puis les modes plus traditionnels.
Mme Guilbault : Donc, bien, effectivement, c'est un excellent résumé, mais,
si on extrapole, c'est exactement le genre de mode... puis, encore une fois, le
bon mode au bon projet, là, on s'entend qu'ici on parle beaucoup de projets
majeurs, là, parce que l'agence va faire des projets d'envergure, la tu sais,
ce n'est pas pour... on s'entend que ce n'est pas pour tracer des lignes jaunes
sur une rue, là, tu sais, c'est pour faire des gros projets qui sont complexes,
avec, actuellement, des risques très élevés, qui sont de moins en moins assumés
par les soumissionnaires potentiels.
Donc, cette façon-là de procéder, non
seulement favorise la concurrence, mais, si on extrapole, non seulement elle
favorise le partage de risques plus juste, si on prend vos termes, mais aussi
réduit le risque à la source. C'est notre pari, à nous, puis c'est un peu la
manière dont on justifie, entre autres, les provisions pour risques, et tout
ça, qui sont à la baisse une fois que tu es capable de mettre un prix avec une
conception plus avancée qu'actuellement. Puis, ultimement, c'est comme ça que
le projet finit par coûter moins cher aux citoyens qui paient ces projets-là
avec leurs taxes et leurs impôts.
M. Adam (Philippe) : 100 %.
Puis ça sauve des coûts, ça accélère l'échéancier. Puis, au niveau de la
santé-sécurité, je l'ai mentionné, mais c'est important, ça permet d'avoir un
projet qui est mieux planifié, mieux réfléchi, ça diminue les accidents de
travail. Donc, c'est quand même assez important, même si ce n'est pas des coûts
financiers, c'est des coûts humains très importants.
Puis, au-delà ça, bien, peut-être que je
peux laisser Sophie en parler, mais on a regardé ce qui s'est fait dans
d'autres pays qui font... qui utilisent des modes collaboratifs depuis 10, 15
ans, comme en Australie ou en Angleterre, puis il y a effectivement des
économies de coûts allant de 10 à 25 % en utilisant les modes
collaboratifs pour des projets complexes... si tu veux compléter
Mme Morin (Sophie) : Oui.
Sommairement, là, effectivement, là, l'Australie et l'Angleterre utilisent les
modes collaboratifs depuis plusieurs décennies, la Nouvelle-Zélande, également.
La Nouvelle-Zélande, sc'est rendue sa manière de faire, essentiellement, pour
les projets. Quand on est... on regarde les indicateurs de performance, non
seulement il y a une économie en coût, comme Philippe le mentionnait, mais il y
a également des indicateurs de performance... au niveau qualité, c'est un
meilleur ouvrage, souvent, qui est fait, qui répond davantage aux besoins de la
population, et, en plus, les ratios au niveau santé-sécurité sont vraiment plus
faibles, là. Donc, c'est vraiment un mode qui est... dans les succès sont
démontrés dans plusieurs pays.
Mme Guilbault : Bien c'est un excellent point. J'en profite pour réitérer
qu'on a eu la toute première Semaine nationale de sensibilisation à la sécurité
des travailleurs de chantier, cette année, à notre initiative dans le
dernier... dans notre Plan d'action e sécurité routière. Donc, le point que
vous amenez est très juste, parce que, malheureusement, il y a encore des
accidents sur les chantiers. Ça fait que c'est... j'appellerais ça un bénéfice
collatéral de la réforme qu'on est en train de faire en collaboration avec mon
collègue.
Et on le disait, tout à l'heure, puis
effectivement en Océanie puis en Europe, mais ici, au Canada, on parle beaucoup
de l'Ontario, de la Colombie-Britannique. Honnêtement, je n'ai pas exploré
beaucoup les Maritimes et les autres provinces parce que c'est ceux avec
lesquels on parle le plus souvent, parce qu'ils ont des besoins similaires et,
je dirais, un intérêt similaire au nôtre pour le transport collectif, il y a un
petit peu moins de transport collectif ailleurs dans le Canada, mais, si on
regarde, tu sais, des organisations comme Infrastructure Ontario, Metro Links,
en Colombie-Britannique aussi... Je ne sais pas à quel point vous êtes
familiers avec les structures comme telles, puis je sais bien que vous n'êtes
pas dans le gouvernement, comme tel, mais est-ce que vous trouvez que la
structure qu'on met en place pourrait s'apparenter à ce qu'on trouve là-bas et
qui donne des résultats en termes d'efficacité, que ce soit la réduction des
coûts, des délais et même des risques pour la santé des travailleurs? Est-ce
que vous pensez qu'on est dans la bonne direction avec la structure qu'on
propose?
M. Adam (Philippe) : Bien, tu
sais, comme j'ai mentionné au début, nous autres, le statu quo, ce n'est pas
une option, alors faire avancer l'industrie de la construction, c'est super
important. Je pense que l'agence, sous les conditions qu'on a mentionnées, les
quatre piliers, c'est très important.
• (11 heures) •
Effectivement, Infrastructure Ontario,
Infrastructure BC, ils ont des structures similaires. Je pense que, dans le cas
de l'agence, ça va être très important de clarifier les rôles, les
responsabilités, la gouvernance, pour s'assurer que toutes les parties
prenantes soient au fait de qui fait quoi, puis même pour nous aussi. Donc, je
pense que ça va être un élément très important, ce qui a été fait, d'ailleurs,
en Ontario et en Colombie-Britannique, c'est très clair, maintenant, qui fait
quoi, puis ça fonctionne, ça fonctionne très bien, en effet.
Mme Guilbault : Puis est-ce que vous auriez des exemples? C'est peut-être
hasardeux, puis sentez-vous bien à l'aise si vous n'êtes pas en mesure de
répondre, mais comme vous avez fait tellement de projets au Québec, entre
autres, d'infrastructures de transport, collectif ou non, des exemples de
projets que vous avez réalisés et qui...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Guilbault : ...rétrospectivement, aurait été plus rapide et/ou moins
cher si vous aviez pu les faire... peut-être pas avec l'agence, parce que là on
est spécifique dans le transport collectif, mais avec, disons, les nouveaux
modes puis la réforme qu'on est en train d'instituer par ailleurs avec mon
collègue du Trésor.
M. Adam (Philippe) : Oui.
Bien, en fait, on fait plusieurs ouvrages complexes à travers le Canada. Comme
je l'ai mentionné tantôt, il y en a qui sont en mode collaboratif. Après ça,
chaque projet a la particularité... ont plusieurs particularités, notamment au
niveau technique au niveau échéancier. Bref, c'est quand même compliqué, là, de
répondre spécifiquement pour un projet en particulier. Ce qu'on peut dire, c'est
que nous, on voit ça d'un bon œil d'avancer avec une agence, les modes
collaboratifs également, avec tous les avantages que... qui viennent avec, qu'on
a déjà... qu'on a déjà mentionné, puis on pense que c'est péren pour l'industrie.
Après ça, de revenir en arrière sur certains projets spécifiques, peut-être ça
sort un peu du cadre... du cadre de loi en ce moment puis de la discussion,
mais pour nous... pour nous, on voit ça d'un très bon œil. Puis les projets
complexes, on pense que les modes collaboratifs, effectivement, pourraient
être... pourraient être très porteurs. Je ne sais pas si, Pierre, tu veux
ajouter d'autres choses là-dessus, là.
M. Lafond (Pierre) : Non. Je
pense, c'est des modes qui s'apprêtent vraiment, comme on dit, aux projets
complexes, là, avec les... les caractéristiques qu'on a donné tantôt aux
projets... aux projets complexes, là.
Mme Guilbault : Effectivement. Puis là on parle de l'agence pour le
transport collectif, mais il faut qu'on... Je pense que c'est peut-être le
moment de préciser que la réforme qu'on est en train de faire va s'appliquer à
l'ensemble des projets d'infrastructure, donc pour des projets majeurs en
routier aussi, pour des hôpitaux, des écoles, etc., qui seraient des projets
majeurs. Donc, on peut penser à une réduction substantielle des fonds publics
qui sont... qui sont investis pour les projets d'infrastructure. Est-ce que...
Bien, on a parlé de la concurrence, de la saine concurrence. Évidemment, vous,
vous êtes une entreprise, puis ce n'est pas votre rôle de vous préoccuper
nécessairement du sort des autres. Mais en même temps, tu sais, c'est une
industrie... puis on aura l'association, je pense, juste après vous, là, ça
fait que peut-être qu'ils pourront se prononcer. Mais quand on parle de saine
concurrence et justement du désintérêt croissant de l'industrie, il y a des
grandes entreprises qui ouvertement disent : Nous, on ne fait plus affaire
avec le gouvernement. C'est trop long. C'est trop lourd. C'est trop compliqué.
Puis, de toute façon, on a tellement de job ailleurs, dans un contexte de
pénurie de main-d'œuvre qu'on n'a plus à s'embêter avec le gouvernement du
Québec. Je paraphrase, mais c'est à peu près ça.
Donc, est-ce que vous, pour l'expérience
abondante que vous en avez, de travailler avec le gouvernement, pour vous, ce
projet de loi là, étant imparfait actuellement, mais bon, l'essence de ce
projet de loi là pourrait favoriser, disons, le maintien de ceux... ou, en tout
cas, un intérêt renouvelé, de ceux qui transitent encore avec nous, voir peut-être
le retour de ceux qui se sont tannés puis qui ont arrêté de faire des projets
avec le gouvernement du Québec? Parce que tu peux aller juste à côté, en
Ontario, puis déjà, ta vie est moins compliquée, tu sais. Alors, on se met à
leur place, on peut comprendre.
M. Adam (Philippe) : Bien,
peut-être, je commencerais juste en disant qu'on a eu beaucoup de succès avec
le gouvernement du Québec pour faire des travaux qui sont faits dans les
échéanciers, dans les budgets, avec les municipalités aussi, au niveau fédéral
également. Par ailleurs, pour répondre à la question directement, je dirais que
nous, on veut une industrie saine, puis de la concurrence supplémentaire, c'est
correct, là, dans le sens que nous, on veut une industrie saine, pérenne, en
santé. Puis, comme je mentionnais au début de mon allocution, le transfert de
risque maximal avec un prix forfaitaire, le plus bas soumissionnaire pour un
projet complexe de milliards, avec plein d'incertitudes au niveau de l'expertise
technique, au niveau des conditions de sol, au niveau même du design du projet,
je veux dire, ça ne peut plus continuer. Alors, effectivement, les
entrepreneurs trouvent que la portion de prix prise par eux en termes de risque
est trop élevée dans des projets trop complexes, avec beaucoup d'incertitudes.
Alors, dans ce sens-là, nous, on pense que
l'agence avec les quatre... encore une fois, la prévisibilité, les modes
collaboratifs, le partage des risques, pour nous, c'est vraiment quelque chose
qui est porteur et péren et qui devrait être... qui devrait effectivement
favoriser une saine concurrence dans l'industrie puis même l'augmenter.
Mme Guilbault : Oui. Là, il me reste moins d'une minute, ça fait que je n'ai
pas vraiment le temps de... Bien, j'allais dire par curiosité, parce qu'on
parle de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie, de l'Angleterre, mais vous faites
sans doute des projets ailleurs dans le monde, dans des pays qui sont plus ou
moins avancés en transport collectif. Donc, j'aurais été intéressée de savoir,
eux, comment ils fonctionnent puis ils en sont où dans l'évolution de leur mode
contractuel, mais je pense que juste le temps de poser la question, le temps va
être fini. Bien, si jamais mes collègues ont envie de...
M. Adam (Philippe) : Bien,
rapidement, on a un bureau au Texas. On fait de l'énergie renouvelable dans des
parcs éoliens solaires. Mais sinon, en termes de transport collectif, de
projets de grande envergure, on étudie les marchés, mais on est seulement au
Canada.
Mme Guilbault : Ah O.K. Bien, merci beaucoup à vous trois.
M. Adam (Philippe) : Merci
beaucoup.
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
merci. Nous allons poursuivre avec le deuxième bloc de période d'échanges
pour... d'une durée, pardon, de neuf minutes 54...
Le Président (M. St-Louis) : ...secondes.
Je cède la parole au porte-parole de l'opposition officielle.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous trois. Sérieusement, je vous ai entendu parler et
j'avais le goût de vous dire que vous avez manqué le projet de loi n° 61,
si ma mémoire, elle est bonne, parce que j'ai siégé... 62, 62, 62, sur les
infrastructures, et nous avons parlé beaucoup, beaucoup des modes
collaboratifs, mais juste parce que je sais que ça fait longtemps que vous parlez
de ça, vous avez rencontré le ministre avant, dans le cadre des consultations,
je l'ai mentionné en ministre. Nous avons déposé un amendement sur la
planification. Si vous avez suivi, il a été rejeté par le ministre. C'est le
contraire de ce que vous avez dit maintenant à Mme la ministre. Il n'y a pas
d'étape de planification.
Mais ce qui a retenu l'attention,
beaucoup, beaucoup, dans les médias, c'est le risque de collusion. Il n'y a
personne qui veut vivre ça, l'avis d'intention et le... que... et ça a été
mentionné par pas mal de journalistes, c'est juste... il y a du bruit, M. le
Président, ça me déconcentre.
Le Président (M. St-Louis) : Je
vous invite à poursuivre, M. le député. Merci.
M. Derraji : Donc, ça a été
mentionné dans le cadre de ce projet de loi, et c'est la Vérificatrice
générale, pour le bénéfice de Mme la ministre, qui l'a mentionné par rapport au
projet de loi de son collègue, qu'il y a un risque de collision. L'avis
d'intention, le fait qu'on risque d'avoir des enjeux avec des entrepreneurs qui
ne vont pas soumissionner et qu'ils vont attendre le contrat gré à gré. Pour
vous, il n'y a personne qui a besoin de ça au Québec présentement, et c'est...
j'ai soulevé ce drapeau rouge lors de l'adoption de ce projet de loi et surtout
le manque de transparence. Vous répondez quoi à ces gens qui soulèvent ces
préoccupations?
M. Adam (Philippe) : Oui.
Bien, merci pour la question. En fait, le Québec s'est doté de règles il y a
plusieurs années pour s'assurer de renforcer la probité dans les contrats
publics. Alors, c'est certain que personne ne veut revenir en arrière. Tout le
monde veut s'assurer qu'on vit dans un environnement éthique, qu'on livre les
projets en temps, en budget. C'est vraiment notre intention. Puis nous, on
pense que les modes collaboratifs, ça permet l'un et l'autre, ça préserve
l'intégrité puis ça mise sur la transparence, puis ça fait évoluer les règles
justement pour diminuer les irritants puis augmenter la concurrence, qui, à
notre avis, favorise un environnement... en tout cas, s'assure d'un
environnement éthique, ça mitige les risques.
Bref, nous autres, on pense vraiment que,
dans le fond, l'agence, avec les piliers qu'on propose, favorise un
environnement éthique. Puis ce qu'on... ce qu'on demande, une des demandes,
c'est d'avoir... que l'agence soit agile puis qu'elle puisse prendre des
décisions rapides. Parce que, quand on fait des projets complexes, chaque
décision, chaque mois qu'on attend, ça peut représenter 10,
15 millions de dollars, juste parce qu'il n'y a pas une décision qui
est prise. Les travaux peuvent être arrêtés, tout est interrelié dans ces
travaux complexes là. Alors, pour nous, une agilité de prendre des décisions le
plus rapidement possible dans un environnement éthique, ça permet... ça permet
justement d'avoir des projets en temps, en échéancier.
M. Derraji : ...d'agilité,
vous l'avez très bien résumé. Vous, c'est la notion du risque aussi, parce que
vous voulez que le partage du risque soit là. On va en revenir. Mais le
ministre parle beaucoup du temps et d'argent, et il veut avec le projet
collaboratif... parce que, Mme la ministre, c'est elle-même qui l'a mentionné,
les deux projets de loi sont liés. On ne peut pas aujourd'hui donner naissance
à l'agence si on n'a pas les contrats collaboratifs. Est-ce qu'on est sur la
même longueur d'onde? Continuons dans le même esprit des contrats
collaboratifs, O.K.?
• (11 h 10) •
Je vais revenir à l'Australie et je veux
vous partager une information que j'ai eue, de document, une bonne étude de...
en... de 2009. Mais revenons à la question du temps et question d'argent. Donc,
aujourd'hui, le gouvernement caquiste veut que ça coûte moins cher, et qu'on
réduit le temps. Vous, est-ce que c'est quelque chose qui est réalisable? Genre,
demain, on va avoir des projets qui vont coûter moins cher aux contribuables
dans un délai raisonnable.
M. Adam (Philippe) : Oui,
bien certainement. Mais encore là, je veux revenir sur nos... nos quatre
piliers. Tu sais, c'est... On pense qu'effectivement l'agence fait un pas dans
la bonne direction, si la gouvernance et l'alignement des rôles, c'est présent,
il y a une planification gouvernementale des projets puis une plus grande
prévisibilité. Ça, c'est important pour l'industrie. Juste le partage des
risques, on en a parlé, puis l'utilisation des modes contractuels
collaboratifs. Ça fait que, si ça est réuni, on pense qu'effectivement les
projets vont se réaliser plus vite, à moindre coût.
M. Derraji : Mais vous savez
que l'Australie ne corrobore pas vos propos, hein? Si je peux vous partager une
revue de littérature, une étude de 2009, réalisée à partir de 46 projets
d'alliance en Australie, rapporte que les estimations des coûts sont peu
précises. Ça, c'est le modèle australien. Je peux vous partager la nôtre, aucun
problème par la suite. En moyenne, les coûts réels des projets étaient de
45 % à 55 % plus élevés. Si on dit aux Québécois aujourd'hui, là,
qu'avec ce projet de loi, même le contrat collaboratif, les projets vont exploser
de 45...
M. Derraji : ...pour
155 %, il n'y a personne qui va aimer, plus élevé que les coûts estimés à
l'étape du dossier d'affaires. On parle dossier d'affaires. Il s'agit d'une
croissance de coût plus forte que pour les projets réalisés avec des contrats
traditionnels». Ça, c'est le modèle australien qu'on nous vend, qu'on veut
importer. Je ne généralise pas, il y a des contrats que... collaboratifs, ça
donne des résultats, mais c'est un fait, on ne peut pas faire abstraction de ça
aujourd'hui.
Ce qui me ramène à ce que... j'ai cette
revue de littérature qui me donne 45 % à 50 % d'augmentation de coûts
estimés. Depuis le début, vous insistez sur le risque et le partage de risques.
Prenons un cas concret. Aujourd'hui, les Québécois veulent savoir quand un
projet va être... un dépassement, c'est devenu... c'est devenu pratique au
Québec, dépassement du coût de 20 %. Pour Pomerleau, qui est une société
privée, ce n'est un organisme de bienfaisance, avec des actionnaires et un
conseil d'administration, quel risque jugez-vous bon pour vos actionnaires?
M. Adam (Philippe) : Bien, en
fait, on veut un équilibre juste des risques. Prendre tous les risques,
c'est... c'est... dans des projets très compliqués qui... avec un niveau de
conception peu avancé, ça ne fonctionne pas. Puis il y a eu plusieurs
faillites, là, de compagnies en Angleterre, en Australie justement à cause de
ça. Donc, il y a... le retour du balancier, là-bas... effectivement, ils sont
en mode collaboratif. Des fois, il y a même des marges minimums qui sont
prescrites pour s'assurer que l'industrie reste saine. Donc... donc, nous,
peut-être que je mentionnerais également, c'est... Nous, à chaque fois qu'il y
a un projet qui s'allonge, notre intérêt financier se diminue, dans le sens que
nous, notre intérêt, c'est vraiment de faire des projets en temps puis en
budget. À chaque fois qu'on déborde de l'échéancier, je vous assure qu'on fait
moins d'argent. Juste pour mettre les choses au clair.
M. Derraji : Non, non, je
vous comprends. Et c'est pour cela, je veux juste qu'on soit clair, vous avez
raison, vous avez le droit de défendre l'entreprise où vous travaillez. C'est
excellent, c'est... et c'est très important. Mais de l'autre côté, on doit le
savoir, on doit le comprendre pour savoir est-ce qu'on est sur la même longueur
d'onde au niveau du partage de risques. J'ai eu... j'ai eu la chance d'avoir
cet échange avec le ministre. Le projet de loi est en cours, on va le reprendre
dans quelques semaines. Mais là, c'est un sujet d'ordre public. On s'en va vers
ce mode de collaboration, on ne peut pas être transparents avec les Québécois,
leur dire : Écoutez, le gouvernement veut mettre en place une agence qui
va gérer des projets complexes, va mettre en place un projet de contrat collaboratif,
probablement avec vous, probablement avec quelqu'un d'autre. Mais la chance que
j'ai aujourd'hui, j'ai une entreprise qui, elle, risque d'être
partie prenante,
donc c'est pour cela que la notion de risque, nous aimerions l'avoir de votre
bouche, parce qu'à quels risques vous... vous allez dire je lève la main et à
quels risques vous allez dire j'arrête ça.
M. Adam (Philippe) : Oui.
Bien, tu sais, c'est... chaque projet est particulier. Il y a des
particularités au niveau des risques, là, donc c'est difficile de rentrer dans
des exemples très, très précis. Mais ce que je veux dire, c'est quand tu es
dans un mode collaboratif, tu développes le projet ensemble, tu identifies les
risques ensemble, puis effectivement il y a des risques qu'on peut prendre puis
qu'on va, dans le fond, Mme la ministre en a parlé, tu prends le risque, mais
il y a de l'incertitude, tu rajoutes une contingence. Après ça, plus tu avances
dans le projet, plus la conception est avancée, plus on travaille en mode
solution, en mode innovation. Bien, on est capable de faire tomber les risques,
puis après ça, de diminuer les contingences pour tout le monde. Ça fait qu'il y
a certains risques qui vont subsister, qu'on va prendre, peut-être que le
gouvernement va le prendre, donc ça va être un partage équilibré. Mais
l'ensemble de la réponse, c'est vraiment de diminuer les risques pour tout le
monde puis d'avancer de projet ensemble.
M. Derraji : ...on veut tous
que les... le risque soit zéro. C'est utopique. Je vous ai dit 45 à 55 %
d'augmentation du coût en Australie. C'est votre exemple. Je ne l'ai pas
inventé. Lequel vous allez vivre avec, 10 %, 20 % de risques
partagés, 40 % des risques avec le gouvernement?
M. Adam (Philippe) : Bien, en
fait, tu sais, puis là, peut-être, je reviendrais sur l'Australie. C'est une
étude de 2009, elle date d'il y a 15 ans, tu sais, les conditions changent
beaucoup, la main-d'œuvre, l'inflation. Bref, il y a quand même, peut-être...
une étude d'il y a 15 ans, je ne sais pas à quel point que c'est toujours
pertinent. Mais, je ne sais pas, toi, je pense que tu voulais commenter.
Mme Morin (Sophie) : Bien, je
pense que je sais à quelle étude vous faites référence, là, pour l'avoir
regardée, mais, un des éléments, c'est que cette étude est basée sur le mode
alliance. Ça fait que, oui, c'est un mode collaboratif, mais le mode alliance a
quand même ses particularités, ce qui fait en sorte que, de base, il est
utilisé pour des projets pour lesquels on n'est pas en mesure d'établir la
portée des travaux, contrairement à d'autres modes collaboratifs qui
permettent, à un moment donné, d'établir le prix. Ça fait que je pense qu'on ne
peut pas tirer une leçon de cette étude-là pour généraliser pour tous les modes
collaboratifs. Puis je pense qu'il y a un élément important aussi à noter,
c'est que le mode collaboratif vient avec la transparence. Donc, il y a une
transparence, il y a un transfert d'expertise entre le privé et le public qui
fait en sorte que les deux partenaires qui sont responsables de la réalisation...
M. Derraji : ...je reviens à
la question du risque, Donc, on veut... minimiser le risque, mais, encore une
fois, ma question reste : Quel risque Pomerleau est prêt à prendre?
M. Adam (Philippe) : Bien, on
est prêts à assumer l'ensemble des risques du projet, mais d'une manière
équitable.
M. Derraji : Merci à vous
trois.
Le Président (M. St-Louis) : Merci
beaucoup. Malheureusement, ceci conclut ce bloc d'échange. Nous allons
poursuivre pour un troisième bloc d'une durée de...
Le Président (M. St-Louis) : ...3 min
18 s. Je cède maintenant la parole au porte-parole du deuxième groupe
d'opposition. La parole est à vous.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Messieurs, dames, Mme Morin, M. Lafond, bonjour. Merci pour votre
présence. Donc, on a peu de temps. Je commencerai par les avantages que vous
avez... que vous avez énumérés sur le mode de réalisation qui serait modifié
par l'approche collaborative. Le ministre lui-même, puis là, c'est drôle parce
que j'ai l'impression qu'on est dans un autre, dans une autre commission, mais
parlait lui-même davantage au niveau des coûts de 15 %, de 25 %, vous
avez ajouté ça intéressant, meilleure qualité, puis au niveau des la
santé-sécurité au travail aussi, il y avait des bénéfices à aller chercher.
Donc, je suis bien prêt à vous croire. Est-ce que... Puis vous avez dit aussi
que vous travaillez avec les villes, vous avez donc des contrats auprès de
municipalités. Bon, maintenant, on est dans le projet de loi n° 61, puis
on sait que ce ne sont pas tous les projets qui seront confiés à Mobilité Infra
Québec ou qui ne seront même livrés par le gouvernement, parce que gouvernement
pourrait... certains ministères pourraient continuer à livrer, à opérer, à réaliser
leurs propres projets dans le mode collaboratif, parce que le gouvernement se
donne ce pouvoir là de modifier le processus de réalisation des projets. Pour
l'instant, on ne le donne pas aux municipalités, puis on ne le donne pas, ce
pouvoir- là non plus aux sociétés de transport. Or, il risque d'y avoir quand
même des projets importants qui donc seraient toujours réalisés par les
municipalités ou les sociétés de transport. Puis, je pense, je peux citer Mme
la ministre qui disait : Bien, si c'est l'argent des Québécois, il faut y
faire attention. C'est le même argent, hein, qu'il soit dépensé par les
municipales ou par le gouvernement supérieur. Donc, à votre avis, est-ce qu'on
devrait étendre ces pouvoirs-là, ces nouvelles façons de faire au milieu
municipal, puis les sociétés de transport également, travailler avec eux?
M. Adam (Philippe) : Je pense
que cette question-là, on va laisser peut être les différents paliers
gouvernementaux discuter entre eux. On préfère ne pas répondre à cette
question-là à ce...
M. Grandmont : Vous
travaillez avec les municipalités.
M. Adam (Philippe) : Oui.
M. Grandmont : Donc, vous
considérez que ce mode de réalisation de projets, c'est le meilleur. Donc ça
serait bon, j'imagine, des deux côtés.
M. Adam (Philippe) : Ça
dépend des projets, des types de projets. Donc chaque type de projet a ce mode
contractuel, puis pour l'instant je pense que ce n'est pas contemplé que les
municipalités plus utiliser les modes collaboratifs. Est-ce que ça pourrait
être encore une fois un pas dans la bonne direction? Est-ce que le statu quo
est une option? Non. À évaluer?
M. Grandmont : D'accord. Et
pour quels types de projets vous pensez que le mode collaboratif est le plus
approprié?
M. Adam (Philippe) : Les projets
de grande envergure, les projets complexes justement, ceux avec des risques
plus importants, une taille plus importante?
M. Grandmont : À quoi vous
jugez la complexité d'un projet dans le fond? Parce que c'est revenu dans
quelques mémoires aussi, là.
M. Adam (Philippe) : Oui.
M. Grandmont : La notion de
complexité n'est pas définie dans le projet de loi. À quoi vous jugez un projet
complexe de votre point de vue?
M. Adam (Philippe) : En fait,
on l'a même défini chez Pomerleau, parce que c'est important de le faire pour
différentes raisons également l'interne pour définir les rôles,
responsabilités.
M. Grandmont : Parfait.
M. Adam (Philippe) : On pense
que dans le cadre de l'agent, ça devrait être défini. Mais Pierre, je vous
laisse en parler un peu.
M. Grandmont : Est-ce que je
pourrais vous... Il me reste très très peu de temps.
M. Adam (Philippe) : Allez-y.
M. Grandmont : Est-ce que je
pourrais vous demander de transmettre les critères selon lesquels vous jugez la
complexité de votre projet?
M. Adam (Philippe) : On va
vous transmettre notre allocution avec plaisir, puis sont les critères sont
dedans.
M. Grandmont : Merci
beaucoup.
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
vous vous engagez à transmettre les documents à la commission.
M. Adam (Philippe) : Oui.
• (11 h 20) •
Le Président (M. St-Louis) :
Parfait. Ceci conclut ce bloc d'échange. Nous allons poursuivre avec un
quatrième bloc. Je cède maintenant la parole au député des Îles-de-la-Madeleine.
Vous disposez des 3 min 18 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
Madame, messieurs. J'allais justement poser la question sur les projets
complexes, si on y allait par... à l'inverse :Quels sont les projets en
mobilité ou en transport collectif qui ne sont pas complexes? En existe-t-il?
M. Lafond (Pierre) : Bien,
oui.
M. Arseneau : Par exemple?
M. Lafond (Pierre) : Mais
dans les transports collectifs, il y a une
partie de la complexité qui vient,
que ce sont des projets de système. Donc donc en fait, un projet, on fait un
pont ou une route, on construit un ouvrage, on construit une infrastructure.
Quand on construit un projet de transport collectif, on construit un système.
Donc, comme le REM, c'est un train automatisé, donc les... c'est un système qui
doit fonctionner par lui-même. Donc, il y a certains projets en transport
collectif, comme on en fait un présentement à Vancouver, qu'ils ont découpé un
lot du projet et qu'on doit construire juste une infrastructure du projet, mais
on ne fait pas le système. Donc, ce projet-là est moins complexe qu'un projet
de système.
M. Arseneau : Comme un SRB
par exemple, est-ce que c'est un projet complexe? C'est comme... de route?
M. Lafond (Pierre) : Mais le
SRB peut être un projet complexe, dépendant comment il va sur le marché. Donc,
s'il va dans l'ensemble du projet, tout le... parce que l'envergure est un
autre aspect de la complexité, donc s'il est au complet ou il s'est séparé en
lots il peut être un grand projet ou moins.
M. Arseneau : Excellent!
Maintenant, vous avez parlé, dans vos quatre principes, d'un principe qui est
cardinal, je pense, également, c'est celui de la gouvernance puis du partage
des rôles, la clarification des rôles. J'aimerais savoir, dans le travail que
vous faites dans les autres provinces ou même à l'international.
M. Arseneau : ...quelle est,
justement, la centralisation des décisions? Est-ce qu'il y a un parallèle avec
l'agence qu'on veut créer puis ce qu'on a, par exemple, en Ontario ou à
Vancouver puis quel est le rôle... Parce que les municipalités se disent :
Bien, nous aussi, on veut avoir un rôle à jouer. Est-ce que la structure qu'on
nous propose s'apparente à ce qui existe ailleurs?
M. Adam (Philippe) : Oui, en
effet. Colombie-Britannique, comme je disais, il y a Infrastructure
Colombie-Britannique, qui a un rôle quand même plus large. Après ça, en
Ontario, il y a Infrastructure Ontario, qui a un rôle plus large que, par
exemple, la SQI, ici, en termes... parce qu'ils font des projets
d'infrastr