Health and Social Services — 18 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-11-18
Quebec — Committees
(Onze heures sept minutes)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de
la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. Je demande
à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre
la sonnerie de vos téléphones cellulaires.
Le mandat de
la commission est de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n° 44,
Loi visant à renforcer la
lutte contre le tabagisme.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, il n'y a pas de remplacement.
Président (M. Tanguay) :
Alors, chers collègues, lors de l'ajournement de nos travaux hier soir, nous venions d'adopter l'amendement introduisant l'article 60.3, ce qui fait
que nous serions donc rendus à l'article 61. Et, en
ce sens, je me tourne vers Mme
la ministre.
Charlebois :
Alors, M. le Président, à l'article 61 :
Malgré
l'article 29.2 de la Loi concernant la lutte contre le tabagisme, édicté par
l'article 24, l'exploitant d'un point
de vente de tabac peut, jusqu'au — puis là il faudra indiquer la date qui suit neuf mois de la sanction
de la présente loi — continuer
de vendre ou d'offrir en vente des produits du tabac comportant une saveur ou
un arôme autres que ceux du tabac.
Et, M. le Président, il s'agit là d'une disposition
transitoire permettant à l'exploitant d'un point de vente de continuer à vendre des produits du tabac
comportant une saveur, un arôme autres que ceux du tabac mais jusqu'à
neuf mois après la sanction, bref lui permettre d'écouler ses stocks.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Collègue de Rosemont.
M. Lisée : Oui. Je suis tout à fait d'accord
qu'il faille une mesure transitoire, mais j'aimerais savoir comment on
en est venu à choisir le délai de neuf mois. Pourquoi pas cinq? Pourquoi pas
10? Pourquoi neuf?
Charlebois : Parce
que vous allez voir qu'on a un délai
pour le fabricant puis on en a un pour le détaillant puis on s'est dit qu'honnêtement, avec les stocks
que peuvent avoir certains dépanneurs, en
fonction de plus ou moins gros dépanneurs, bien c'est peut-être
de leur permettre d'écouler leurs stocks.
M. Lisée : Il me semble que, pour les dépanneurs, neuf mois,
c'est très long, parce que le stock est quand même à flux assez tendu.
Quelques mois suffiraient, peut-être même un mois, deux mois. Il me semble que c'est
un délai qui doit être beaucoup plus favorable aux distributeurs.
Si on regarde
tout de suite l'article 62, vous dites : Le distributeur de produits
du tabac peut, jusqu'à six mois... Alors, le distributeur a six mois, et ensuite, finalement,
vous donnez au détaillant les trois mois supplémentaires. Donc, le distributeur peut vendre pendant six mois.
Ensuite, le détaillant, il lui reste trois mois pour écouler ses stocks. Et
donc moi, dans les deux cas, je pense
que, sauf si on me fait une démonstration un peu plus convaincante, je
donnerais trois mois au fabricant et six mois au détaillant.
Charlebois : M. le
Président, c'est au niveau
juridique. Afin d'avoir une mesure robuste et qui nous permet vraiment
une application qui est valable, ce qu'on fait là-dedans, c'est que ce qu'on
vise, c'est les accords commerciaux aussi.
Il faut penser à l'ensemble de l'oeuvre, là. Alors, c'est ça qui guidait la
pensée. Ne croyez pas que c'est quelque
chose qui me tentait, mais je pense que ça donne le temps à tout le monde d'écouler les produits et de faire
en sorte que notre loi soit
robuste, par la suite.
Honnêtement, là, pensons-y, là, c'est neuf mois
de la sanction, ce n'est pas si loin que ça, là, puis vous seriez surpris de voir les stocks qui peuvent exister
dans les dépanneurs à différents produits, ne serait-ce que penser aux salons
de chichas.
M. Lisée : Bien, c'est
sûr que, quelle que soit la date
qu'on va donner, il va y avoir un effet de stockage chez un certain nombre de consommateurs, hein, chez les
gens qui disent : Bien là, je ne peux plus acheter du menthol, mais je vais m'en acheter dans les derniers mois. Alors,
peu importe, là, c'est un problème qui est incontournable, quel que soit le délai. Mais là on donne un délai de six mois pour
de la... Il va y avoir beaucoup de production pendant ces six mois-là, là.
Vous me parlez d'accords internationaux. Bien, j'aimerais qu'on me présente
quelle est la disposition d'un accord international
qui fait qu'on ne pourrait pas réduire à trois mois la période de production
supplémentaire pour le fabricant.
Charlebois :
Bien, en fait, c'est que les accords commerciaux commandent un délai
raisonnable. Et, honnêtement, là, entre ce
qu'on a maintenant comme loi puis ce qu'on va faire après, puis qu'on mette
trois mois, qu'on mette six mois, qu'on mette meuf mois, il va y avoir
le même principe de stockage. Honnêtement, pour les plus gros dépanneurs, peut-être, mais pour les plus petits
ça va leur permettre de liquider leurs stocks. Puis pensons aussi à tout ce qui
est cigare aromatisé, et tout, là. C'est
vraiment pour avoir une mesure qui est robuste mais, en même temps, valable.
C'est juste ça qui guide nos actions, puis, sincèrement, là, ce n'est
pas trois mois qui vont changer la donne, là.
Alors,
moi, ce que je souhaite, je l'ai toujours dit, c'est, honnêtement, de lutter
contre le tabagisme. On enlève les
saveurs pour qui? Pour les jeunes. Alors, moi, je pense qu'il faut aussi penser
aux PME à travers tout ça, leur laisser le temps de s'adapter. C'est ce
qu'on recherche. D'ailleurs, c'est ce que vous vouliez dans d'autres
amendements.
Président (M. Tanguay) : Merci. Sur l'article 61, y a-t-il d'autres
interventions? Alors, chers collègues, nous allons procéder au vote.
L'article 61 est-il adopté?
Une voix :
Sur division.
Le Président (M.
Tanguay) : Adopté sur division. 62. Mme la ministre.
Charlebois : À l'article
62 :
Malgré l'article 29.2 de la Loi concernant la lutte contre le
tabagisme, édicté par l'article 24,
le distributeur de produits du tabac peut, jusqu'au — et
là on devra indiquer ici la date qui suit de six mois la sanction de la présente loi — continuer
de distribuer des produits du tabac comportant une saveur ou un arôme autres
que ceux du tabac.
là il s'agit de la disposition transitoire permettant aux distributeurs des
produits du tabac de continuer à vendre un produit du tabac comportant une saveur, un arôme, etc., jusqu'à
six mois de la date de la sanction, et c'est en continuité à l'article
61. Et nous avons un amendement, M. le Président.
Le Président (M.
Tanguay) : Qui a été distribué.
Charlebois :
Il est distribué?
Le Président (M.
Tanguay) : Oui.
Charlebois : O.K.
Alors, l'article 62, M.
le Président, du projet de loi serait supprimé parce que nous allons l'englober dans l'article 63.
Président (M. Tanguay) :
Alors donc, l'objet de notre débat est l'amendement de la ministre à l'article 62. Y
a-t-il des interventions? Je ne vois
pas d'intervention sur l'article... l'amendement, pardon, à l'article 62. Alors, nous
allons procéder au vote. Est-il adopté?
Président (M. Tanguay) :
Alors, l'amendement est adopté.
L'article 62 est supprimé. Pour la suite des choses,
Mme la ministre.
Charlebois : Là,
j'aurai un amendement à 63. Donc, je dois lire 63 initialement avant de
passer à l'amendement?
Le Président (M.
Tanguay) : Tout à fait.
Charlebois :
O.K. Alors, à l'article 63, M. le Président :
Les dispositions de
la présente loi entrent en vigueur le — et là on devra indiquer la
date de sanction de la présente loi — à l'exception :
de celles des articles 4 et 5, qui entreront en vigueur le — et
là on va encore indiquer la date qui suit de six mois la sanction de la
présente loi; et
de celles des articles 6 et 16, qui entreront en vigueur le — puis
on indiquera encore une fois la date qui suit d'un an la sanction de la
présente loi.
cet
article prévoit les dates d'entrée en
vigueur des dispositions du projet de loi. Et nous aurons un amendement. Ça ne sera pas long, M. le Président.
Charlebois : ...un
nouveau, pas celui qui a été distribué.
Le Président (M. Tanguay) : Alors, on n'a pas besoin de suspendre. Je vois qu'il y a
des copies. Alors, on va prendre
quelques secondes, juste avant que vous le lisiez, pour les remettre aux
collègues, les copies de votre amendement. Et je vous demanderais de le lire, l'amendement.
Merci.
Charlebois :
L'amendement, M. le Président : À l'article 63 du projet de loi :
1° remplacer, dans le
paragraphe 1°, «et 5» par «, 5 et 24»;
2° remplacer, dans le
paragraphe 2°, «et 16» par «[l'article] 16, 20.2 et 60.1 dans la mesure où il
édicte les articles 6.1 à 6.3 du Règlement d'application de la
Loi sur le tabac»;
3° ajouter, après le paragraphe
2°, le suivant :
de celles de l'article 10.1, qui entreront en vigueur[...] — et
là on indiquera la date qui suit de deux ans celle de la sanction de la
présente loi.»
Et, M. le Président,
je dois vous dire que nous devrons suspendre déjà l'amendement que je vous
propose et l'article 63, puisqu'il y a des articles dans ce que je viens de
vous mentionner qui ne sont pas adoptés.
Président (M. Tanguay) : O.K.
Alors, sur la demande de suspension de l'amendement 63, y a-t-il consentement?
Des voix :
Consentement.
Le Président (M.
Tanguay) : Il y a consentement. Merci beaucoup. Alors, à défaut de consentement,
nous retournerions au début, donc à l'article 4.
Sinon, Mme la ministre, évidemment, libre à vous de proposer une autre avenue.
Charlebois :
Alors, M. le Président, est-ce
que je dois relire l'article 4
au complet, étant donné qu'on l'avait lu puis on l'avait suspendu?
Président (M. Tanguay) :
Oui, je pense qu'il serait bien de peut-être relire
l'article 4. Et donc vous souhaitez que nous
revenions à l'article 4?
Charlebois :
Oui.
Président (M. Tanguay) : Je
n'ai pas besoin du consentement, à ce
moment-là. Peut-être
nous le relire pour débuter le débat.
Charlebois : Pour
s'inspirer du texte. O.K. Alors, à l'article 4, nous prévoyons que l'article 2 de cette
loi est modifié :
1° par le
remplacement du paragraphe 2° par le suivant :
«2° les locaux ou les
bâtiments mis à la disposition d'un établissement d'enseignement;»;
2° par la suppression
du paragraphe 3°;
3° par le
remplacement, dans le paragraphe 7°, de «six» par «deux»;
4° par l'insertion,
après le paragraphe 10°, du suivant :
«10.1° les véhicules
automobiles à bord desquels se trouve un mineur de moins de 16 ans.»
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Et sur l'article 4 nous avions aussi — donc,
c'est l'entrée en matière — un
amendement du collègue de Rosemont, et ce serait donc
l'objet de notre débat. J'invite donc tous à reprendre copie de l'amendement du collègue de Rosemont et je l'inviterais maintenant
à prendre la parole sur son amendement, qui est l'objet de notre débat.
Lisée : Alors, l'amendement, je le relis :
Article
L'article 4 du projet de loi est modifié par
l'insertion, après le paragraphe 2° du premier alinéa, du texte
suivant :
2.1° par
la suppression, au paragraphe 4°, du texte suivant : «aux heures où les
personnes qui offrent ces services y reçoivent des enfants».
Alors,
pour décoder pour ceux qui nous suivent, c'est une suppression d'un bout de
texte qui fait en sorte que, dans les garderies en milieu familial, en
ce moment le projet de loi, tel que libellé, fait en sorte que les personnes doivent arrêter de fumer avant l'arrivée des
enfants et peuvent recommencer à fumer après, c'est-à-dire qu'à partir de,
disons, 6 heures le soir on peut fumer dans
les lieux où les enfants sont gardés, et puis il ne faut pas fumer en leur
présence. Sauf que des informations scientifiques nous ont été présentées montrant que la
persistance de la fumée secondaire et de la fumée tertiaire dans les
tapis, les meubles, les rideaux fait en sorte que les enfants sont exposés à
cette fumée.
donc notre proposition, c'est de faire en sorte qu'on ne puisse
pas fumer, pendant toute la journée, dans les locaux où sont reçus les enfants. Évidemment,
dans un milieu de garde familial, il
y a des parties de la maison où les
enfants n'ont pas accès, donc qui ne
seraient pas couvertes par cette interdiction. Et nous avons présenté des
exemples ailleurs au Canada où
cette interdiction prévaut déjà. La ministre a voulu y réfléchir avant de nous
revenir.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci. Mme la ministre.
Charlebois :
Effectivement, M. le Président, j'ai souhaité réfléchir parce que je prends
toujours en considération les amendements
qui nous sont proposés et, avant de me prononcer, prendre le temps de bien
vérifier les choses.
Et, M. le Président, je dois vous dire que ce que nous propose le député de
Rosemont, bien que l'intention soit bonne,
fait en sorte que nous ayons un problème en ce sens que, dans les services de
garde en milieu familial, il y a une expectative de vie privée beaucoup
plus grande dans une résidence privée que dans un lieu public, tout d'abord.
L'interdiction
de fumer dans une résidence privée peut poser un certain nombre de risques
constitutionnels — je sais
que ça, ce n'est pas un argument qui, lui, va l'enchanter, mais il reste qu'il
est là — lors
de l'exercice du pouvoir d'inspection en
raison de l'importance de l'expectative de vie privée. Et le pouvoir
d'inspecter en tout temps dans l'ensemble de la résidence privée pose un
risque élevé à l'atteinte de la vie privée, en vertu de l'article 8 de la
Charte canadienne ainsi que des articles 5
et 24.1 de la charte québécoise. Celle-là nous intéresse, dans le cas du député
de Rosemont, parce que, moi, les deux chartes m'intéressent, évidemment.
Alors, il s'agit là d'une intrusion importante
dans la vie privée de ces personnes, et permettre des entrées sans mandat pour vérifier l'application de cette loi
serait excessif en l'absence d'éléments de preuve démontrant l'importance
du problème de santé publique, et — j'irais plus loin, M. le Président — dans les faits, là, c'est inapplicable pour
bien des raisons. C'est difficile de
constater et documenter une infraction qui s'est déroulée avant une visite.
L'odeur, ce n'est pas une preuve
suffisante. Il faudrait faire une démonstration factuelle. L'exercice va être
complet, ça va prendre des analyses scientifiques.
Il y a beaucoup de dossiers qui devront être traités en enquête plutôt qu'en
inspection. Dans certains cas, on aura
besoin de mandat de perquisition, et l'exploitant de la garderie ou un membre
de sa famille domicilié au même endroit pourrait refuser, M. le Président, l'accès aux inspecteurs du ministère
de la Santé, et, dans ce cas-là, il s'agit d'une entrave et il n'y a
aucune visite, même en présence de policiers.
Alors, après
vérification, je dois dire au député de Rosemont, bien que, son intention, je
la comprends, elle est louable...
J'ai des petits-enfants et j'entends bien sa préoccupation, mais je dois lui
dire que nous ne pourrons pas donner suite à son amendement.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Collègue de Rosemont.
M. Lisée :
Bien, écoutez, c'est sûr que c'est un équilibre. Moi, dans cet équilibre... je
pense, c'est l'Ontario qui a pris ce
chemin-là aussi, l'équilibre, d'après moi, la santé des enfants doit primer, et
on parle d'enfants, là, parfois, de 10 mois, 18 mois jusqu'à quatre ans, d'enfants très, très,
très vulnérables. Je veux dire, est-ce qu'il y a un impératif de santé publique
suffisamment important? Bien, pour moi, le
débat est réglé : évidemment qu'il est assez important. D'ailleurs, nous
sommes très fermes sur l'absence de
fumée dans les garderies installées. Donc, les enfants de moins de quatre ans
dans les CPE sont protégés, les
enfants de moins de quatre ans dans les garderies subventionnées et non
subventionnées sont protégés, mais
pas en garde familiale. Pourquoi? Parce que le droit à la vie privée de gens de
fumer dans les lieux où ils reçoivent des
enfants contre rémunération est jugé par ce gouvernement plus important que le
droit des enfants de moins de quatre ans à ne pas être exposés à la
fumée secondaire, dont on sait qu'elle a des effets nocifs sur la santé.
Pour moi,
c'est assez clair. Pour moi, c'est assez clair que le choix est assez clair,
d'autant que ce n'est pas un droit
d'avoir un permis de garderie en milieu familial. Ce n'est pas un droit, c'est
un permis qu'on acquiert à un certain nombre
de conditions. Il y a des conditions qui sont facilement vérifiables, d'autres
qui sont moins facilement vérifiables. La
ministre dit : Ce n'est pas applicable. Alors, il y a beaucoup de lois
dont la vérification est relativement peu faite, mais la loi existe. Nul
n'est censé l'ignorer, et tous sont censés s'y conformer.
Alors, je suis très déçu de cette décision de la
ministre, déçu pour les enfants. On était prêts, on l'a dit dans la première discussion, à donner un délai, à faire de
l'accompagnement de cessation tabagique pour les responsables de garde familiale qui voudraient s'en prévaloir. Mais là,
donc, ce qu'on dit, là, c'est que la loi antitabac du Québec, qui sera en
vigueur pour les 10 prochaines années,
ne prévoit en aucun cas de protéger
les enfants de moins de quatre ans contre la fumée secondaire et tertiaire dans les garderies en garde familiale.
C'est ça que le gouvernement veut décider, là. Je trouve ça triste, M. le Président.
Charlebois : M. le
Président?
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois : Ce n'est pas tout à fait exact de dire...
Je suis certaine que le député de Rosemont,
il n'a pas voulu dire ça, là,
mais, en tout cas, je vais préciser.
C'est inexact
de dire qu'on ne prévoit en aucun cas protéger les enfants, puisque
la loi actuelle interdit de fumer en
présence des enfants pendant les heures d'ouverture des services de garde, et
il le sait. Alors, il y a déjà, dans la loi, des dispositions qui protègent les enfants. Ce qu'il souhaite faire,
c'est au-delà des heures d'ouverture, et c'est là où on s'adresse à l'expectative de vie privée dans une
résidence privée. C'est là où moi, je dis qu'on va devoir faire plus que de
l'inspection, mais des enquêtes.
Et, il me semble, quand on dit qu'on est dans la vie privée des gens, que ça pose un
risque d'atteinte en vertu de l'article 8 de la Charte canadienne et des articles 5
et 24.1 de la charte québécoise, ça devrait éveiller en nous des éléments de
réflexion. Et il s'agit là d'une intrusion importante, M. le Président, dans la vie privée des personnes. Et, oui, pendant les heures d'ouverture, protéger les enfants... Et
là on ne parle pas d'installation, on ne parle pas des garderies
CPE-installation avec 80 places,
on ne parle pas des garderies privées avec 80 places ou 60 places, on
parle de la maison familiale où il y
a six enfants. C'est déjà
interdit, là. M. le Président, là, dans leur permis, c'est déjà
interdit de fumer en présence d'enfants. Ce qu'il souhaite faire, c'est interdire de fumer... Alors, imaginez,
ces gens-là, ils ont de la visite, ils reçoivent leurs familles, belles-familles, les cousins, les cousines, les
amis, il y en a un qui s'échappe, il allume une cigarette, pendant la fin de semaine,
dans la maison, bien là il va falloir faire toute une enquête. C'est là où je
dis que, dans les faits, c'est inapplicable. Et il ne faut pas sous-estimer, là, les gens qui ont des services de
garde. Ils ne sont pas tatas à temps plein, là, M. le Président, là.
Souvent, les gens qui ont des services de garde ont eux-mêmes des enfants.
Alors, c'est dans ce sens-là.
sais, si c'était, dans les faits,
applicable; avec grand plaisir. Si ça n'atteignait pas les libertés
individuelles et la vie privée des personnes; avec grand plaisir. Mais
là on parle hors les heures d'ouverture. Moi, je comprendrais si on parlait des heures d'ouverture, mais là on est en
dehors des heures d'ouverture. Alors, je répète qu'on ne pourra pas adhérer
à son amendement.
Président (M. Tanguay) : Collègue de Rosemont, sur le même échange.
Après ça, on ira avec le collègue de Lévis.
Lisée : Oui. Bien, écoutez, je voulais dire exactement ce que
j'ai dit et je le maintiens. J'ai dit que, donc, ce gouvernement a décidé de ne rien faire pour
protéger des enfants de moins de quatre ans de la fumée secondaire et de la
fumée tertiaire qui existent après les
heures d'interdiction de fumer. C'est-à-dire, je conviens que la loi actuelle
avait bien fait de faire une
restriction raisonnable au droit à la vie privée en disant : Dans votre
maison, quand il y a des enfants, vous ne
pouvez pas fumer. C'est une restriction aux chartes, c'est une restriction au
droit à la vie privée. Vous êtes dans votre maison; quand il y a des
enfants qui sont là, par votre service de garde familial, vous ne pouvez pas
fumer.
Mais
là le gouvernement décide que, malgré tout ce qu'on a entendu de la science, du
fait que, si on fume pendant qu'ils
ne sont pas là, la fumée reste, elle reste dans l'air et elle reste dans les tissus,
et que donc les enfants vont être exposés... Le gouvernement du Nouveau-Brunswick, le gouvernement de l'Ontario, qui
sont sous la Charte canadienne, ont considéré que c'était une atteinte raisonnable à la vie privée. Nos deux voisins
immédiats, Nouveau-Brunswick et Ontario, ils n'ont pas eu peur, ils n'ont pas eu peur d'avoir peur de
ce qu'un juge allait peut-être, un jour, dire. Ils ont bien vu que c'était
une restriction raisonnable à la vie privée
pour un principe plus important : la santé de bébés. Il est plus
important... puis que, oui, on va
dire à ces gens-là : Si vous avez des cousins en fin de semaine, surtout
le dimanche soir, dites-leur de ne pas fumer,
parce que vous allez avoir des bébés le lendemain matin dans la maison. C'est
ça qu'on va leur dire, puis c'est une infraction raisonnable à leur vie
privée. Puis, sur les éléments de preuve, bien, écoutez, ce n'est pas
applicable.
y a plein de choses qui ne sont pas
applicables qui sont dans la loi, mais là
ce que la ministre
vient de décider, c'est que, lorsque
l'inspecteur du ministère de la
Famille ira voir si les autres
conditions de la garde familiale sont appliquées ou non et qu'il sent qu'il y a une cigarette qui vient d'être éteinte au moment où sa voiture entrait dans l'entrée, il ne pourra rien dire, il ne pourra rien faire, O.K., parce que,
la fumée secondaire, là, la ministre a décidé que ce n'était pas applicable.
Alors,
le Nouveau-Brunswick, ils ont eu le cran de le faire. L'Ontario,
ils ont eu le cran de le faire. Je
pense que c'est des bons Canadiens. C'est des bons Canadiens.
Mais le Québec, non, on a peur d'avoir peur que peut-être
qu'un juge va dire que la santé des
enfants est moins importante que le droit des parents... pas des parents, des
exploitants de fumer avant que les
enfants arrivent. Moi, je n'ai pas peur des juges. Ce n'est pas des totos non
plus, les juges, puis je suis
pas mal sûr qu'ils vont dire que ça passe le test.
Alors,
si c'est ça, l'argument de la ministre, qu'elle le mette. Puis, si c'est jugé
inconstitutionnel, bien je lui dirai qu'elle
avait raison d'avoir peur d'avoir peur. Mais j'ai plus confiance qu'elle dans
la capacité des juges de dire que, si des législateurs du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario puis du Québec trouvent
que c'est une restriction raisonnable à la vie privée pour la santé de
nos bébés... pas mal sûr que ce ne sera pas jugé inconstitutionnel.
Charlebois : M. le Président, honnêtement, là, la ministre,
là, elle est tellement soucieuse des enfants, là, qu'on empêche maintenant de fumer dans les aires
de jeux, hein? On a vu ça. La ministre est tellement soucieuse, là, qu'elle
interdit de fumer en présence d'enfants dans
les voitures, tellement soucieuse des enfants qu'elle interdit même les saveurs.
Savez-vous pourquoi? Pour ne pas qu'ils
commencent à fumer plus tard. La ministre, elle sait aussi qu'il y a des
parents qui vont reconduire leurs
enfants dans les services de garde. Les parents, là, qui sont non-fumeurs,
pensez-vous réellement qu'ils ne sont
pas capables de parler avec la responsable de services de garde, d'une part?
Et, d'autre part, si c'est des parents
qui fument, là, l'enfant, il est déjà en présence de fumée secondaire,
malheureusement. Alors, pendant qu'il est dans le service de garde, au
moins il y a cet espace-là, pour celui-là, qui n'aura pas de fumée.
Mais,
une fois qu'on s'est tout dit ça, là, ce n'est pas que j'ai peur d'avoir peur,
j'ai confiance qu'on a des bons moyens,
j'ai confiance aux responsables de services de garde en milieu familial. Et,
savez-vous quoi, M. le Président?, on
prend plein d'autres mesures qui me permettent de dire que, oui, je protège la
santé des enfants et qu'il n'y a pas de fumée dans les CPE au moment où les enfants sont présents. Et ce n'est
comme pas vrai que je vais aller jouer dans la vie privée des gens
pendant les fins de semaine, pendant les soirs. C'est impossible.
je le disais dans l'argumentaire, là, non seulement il est difficile de
constater et de documenter une infraction, mais, en plus, l'odeur n'est pas une preuve suffisante, il faut faire la
démonstration factuelle. Alors là, on va mettre une police, par service de garde, à temps plein, puis
ça, ça veut dire dans la maison des gens. Il va falloir faire en sorte que
les dossiers soient traités en enquête, M.
le Président, plutôt qu'en inspection. Ce n'est pas drôle, là. Là, on
transforme un dossier très
sérieusement. Et l'infraction n'aura pas été constatée pas l'inspecteur, il
faudra donc une prise de déclaration, une
contrainte de témoin, une mise en garde et droit à l'avocat. Pensez-y deux
minutes, là. C'est un service de garde en milieu familial. Dans certains
cas, une demande de mandat de perquisition devra être rédigée pour visiter les
lieux et récolter de la preuve. Ça, là, ça
occasionne des délais, de la lourdeur, de la présence policière. Ça fait deux
jours, là, qu'on me demande
d'alourdir tout ce qui est bureaucratie. Je suis étonnée. L'exploitant de la
garderie ou un membre de sa famille domicilié
au même endroit, M. le Président, pourrait refuser l'accès des inspecteurs du
ministère de la Santé. Et, dans ce cas-là, il s'agit d'une entrave et il
n'y aura aucune visite, même en présence des policiers.
que je dois vous soulever, c'est qu'en plus, actuellement, là, il y a peu de
plaintes qui touchent les services de
garde en milieu familial. On a 2,7 plaintes par an, par année.
2,7 plaintes par an. Là, on est en train d'essayer de régler un
problème qui n'existe pas, je pense.
Alors, moi,
M. le Président, je suis désolée pour le député de Rosemont. Je comprends qu'il
s'inspire de d'autres, mais ici, au Québec, on est distincts,
alors on va faire ça avec notre façon
de faire. Et je dis que l'expectative
de vie privée est supérieure à tous
les bénéfices dont il nous a parlé. Et je pense que, du fait que c'est interdit
de fumer pendant les heures de
services de garde en milieu familial, d'une
part; d'autre part, de transformer
une résidence en lieu criminel, parce
que ça va nous prendre des
enquêtes plutôt que des inspections puis il va falloir des perquisitions, puis
de la présence policière, puis des
avocats, mises en garde, droit à l'avocat... Non. Moi, je ne souhaite pas qu'un
milieu familial devienne un milieu criminel
en soi. Et, je vous le dis, je n'irai pas jouer dans les heures de soir et de fin de semaine, dans la vie des familles. Puis les parents qui vont reconduire
leurs enfants là ne sont pas non plus des tatas, M. le Président.
Président (M. Tanguay) :
Pour une dernière fois. Après ça, on ira voir le collègue de Lévis.
Collègue de Rosemont.
M. Lisée : Bien, écoutez, quand la ministre ne veut pas quelque chose, il y a pas mal d'arguments qui peuvent être harnachés en faveur
de son refus.
S'il fallait
décider d'enlever tous les articles de ce projet
de loi parce qu'il n'y a pas eu assez de plaintes, on en enlèverait énormément, énormément. Est-ce qu'il y
a eu vraiment beaucoup de plaintes sur les terrains de jeux? Est-ce qu'il y a eu des plaintes sur les pataugeoires?
Est-ce qu'il y a eu des plaintes parce qu'il y avait trop de chambres fumeurs?
Je ne pense pas. C'est une volonté politique
de réduire les espaces où la fumée est présente, y compris et particulièrement
pour les enfants, et, que la ministre décide
que les présentations scientifiques qui nous ont été faites ici sur la
persistance de la fumée secondaire
après quelques heures, la présence de la fumée tertiaire tout le temps, ça, ce
n'est pas important, je trouve ça
désolant. Quand elle dit que c'est impossible, bien c'est possible au
Nouveau-Brunswick puis c'est possible en Ontario.
Et, sur la
preuve, je suis sûr qu'il y a plusieurs autres dispositions de son projet de
loi qui, pour être appliquées, nécessitent la même difficulté de preuve.
On va discuter, là, dans une minute, là, de l'interdiction de fumer dans des véhicules automobiles à bord desquels se trouve un
mineur de moins de 16 ans. Bien, pour faire la preuve de ça, là, ça va prendre tout l'appareillage que la ministre vient
de dire. Est-ce qu'elle le retire, hein? Si ni le chauffeur ni le mineur, qui
est souvent son enfant, ne veut porter plainte, comment on va faire
cette preuve-là? C'est impossible. Est-ce qu'on va criminaliser les voitures? Je reprends son argument. On va faire que les
voitures individuelles sont des lieux de crime. Bien, voyons! On décide d'appliquer une mesure d'intérêt public, de
salubrité difficile à appliquer, mais on veut que chacun sache que c'est
ça, la loi dans une voiture maintenant. Alors, les arguments de la ministre
sont très sélectifs.
Alors donc,
elle a décidé que, si, dans certains lieux, les parents n'ont pas le choix
parce qu'il n'y a pas de garderie, il
n'y a pas de place dans la garderie, il n'y a pas de place dans le CPE — ils se tournent vers la garde familiale
parce que c'est le seul choix ou
c'est le choix le plus proche — bien là ils sauront que leurs enfants seront
moins protégés, la santé de leur bébé
sera moins bien protégée là que s'ils vont en CPE ou en garderie installée ou
que s'ils étaient au Nouveau-Brunswick ou en Ontario. C'est la décision
que la ministre prend ce matin.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Mme la ministre.
Charlebois :
Dernier commentaire, M. le Président, parce qu'on pourrait parler toute la
journée puis on n'avancera pas, là,
mais j'espère que le député de Rosemont n'a pas comparé l'expectative de vie
privée d'un citoyen dans une voiture
avec l'expectative de vie privée dans une résidence personnelle. Et, quand on
applique son raisonnement, là
j'espère qu'il sait que, dans une voiture, là, dans l'article qu'on a passé là,
c'est les policiers, là, qui vont donner une contravention, là. Ce n'est pas un inspecteur de la cigarette, là. Ce
n'est pas un inspecteur du tabac, là. Alors là, on compare des choses
très, très, très différentes, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : O.K. Je vais permettre au collègue de Lévis
de s'inscrire dans le débat. Collègue de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : M. le Président,
je vais reprendre essentiellement certains arguments du collègue de Rosemont
puis certains arguments de la ministre depuis le début de l'étude du projet de
loi.
D'abord, il
est vrai de dire que, dans certains endroits, la fumée s'imprègne. Sans nommer
personne, parce que je ne ferais pas
plaisir, là, mais je connais des gens chez qui le simple fait de passer une
dizaine de minutes... vous en ressortez, vous avez l'impression d'être
vous-même transformé en cigarette.
La ministre
dit souvent... dans son projet de loi, elle l'a souvent dit, puis on est
revenus souvent là-dessus, elle a
dit : Responsabiliser le commerçant, il faut
qu'il y ait de la responsabilisation.
Et ça, vraiment, c'est un terme qui est revenu vraiment fréquemment. Dans le cas qui nous occupe, un milieu de garde,
une garderie en milieu familial, ce n'est pas une obligation, là, on décide de le faire, mais ça
vient aussi avec des responsabilités. Je pense que responsabiliser ceux qui
décident de s'engager à travers une activité comme celle-là, ça fait aussi
partie de ça. Puis on l'a souvent mentionné.
La ministre
dit : Bien, ce n'est pas beaucoup de plaintes. Bien, alors, comprenons,
là, qu'on ne sera pas submergés par
le nombre. Dans la mesure où on a cet avis-là, où on a cette façon de faire là,
bien, je veux dire, tant mieux si on réussit à faire en sorte que ce peu de plaintes là... ou, en tout cas, pour celles
qui sont décrites, bon, soient servies par la
loi sur laquelle on est en
train de travailler. Alors, je ne suis pas certain que cet argument-là tient
fort.
ministre dit : Ce n'est pas applicable. Mais j'aimerais seulement savoir,
parce que, quand ça a été suspendu,
elle a dit : Je vais aller chercher des avis juridiques. Elle en a parlé.
Puis là elle dit : Ça ne sera pas applicable, ce n'est pas faisable. Mais le député de Rosemont
dit : Le Nouveau-Brunswick puis l'Ontario, ils ont décidé de franchir
le pas. Alors, eux agissent à ce
chapitre-là. Ils doivent, j'imagine, appliquer ce qu'ils ont décidé. Est-ce que
la ministre, M. le Président, s'est
renseignée? Est-ce que son équipe est allée voir s'il y a eu des problèmes
d'applicabilité concernant cette
mesure-là en Ontario et au Nouveau-Brunswick, ce qu'on souhaiterait ne pas
faire, si on écoute la ministre, ici, au Québec? Mais est-ce qu'elle est au courant de problématiques sérieuses
qui ont miné la décision prise par ces deux provinces d'aller de l'avant avec une mesure comme celle-là?
Et ça, j'aimerais ça le savoir. Probablement qu'ils ont fait des... en
tout cas, j'imagine qu'ils ont demandé des avis à ce chapitre-là également.
Vous savez,
le fait de dire... La ministre dit : On ne peut pas non plus... Je reviens
sur l'amende, hein? On disait souvent,
sur les amendes... et là je vais dans un autre chemin, mais seulement pour
exprimer une pensée, on a une amende minimale, une amende maximale. Les
gens de l'inspection nous ont dit : On ne donne que l'amende minimale. À
ce compte-là, ne mettons pas d'amende
maximale, seulement que celle-là qui est donnée. Pourquoi se donner une
échelle? Pourquoi se permettre de se
rendre jusque-là si on n'y va pas? Bien, c'est la même chose. Je veux dire, ce
n'est pas... Je pense que
l'important, c'est de se donner quelque chose de supplémentaire, de
responsabiliser, à l'image même de ce que la ministre nous précise depuis de nombreuses heures, ceux et celles qui
décident de mener une activité de garderie en milieu familial.
Et la question
que je poserai — et j'y
reviens : Est-ce que la ministre est allée vérifier s'il y a eu des
problèmes majeurs de contestation ou
d'applicabilité dans les deux provinces qui, elles, ont décidé de mettre de
l'avant un système et une mesure comme celle-là?
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois : M. le
Président, ce que j'ai fait comme vérification, c'est nous par rapport à nous, et je répète qu'au niveau des enjeux juridiques il y a
une expectative de vie privée plus grande dans une résidence privée que dans
un lieu public — il me
semble que ça, c'est facile à
comprendre — qu'il y a des risques au niveau, oui,
constitutionnel mais aussi au niveau
de la charte québécoise, et le pouvoir d'inspecter en tout temps dans
l'ensemble d'une résidence privée est
un risque d'atteinte à la vie privée en vertu des articles 5 et 24.1 de la
charte québécoise. C'est notre charte. Il s'agit d'une intrusion importante dans la vie privée des
personnes. Et permettre d'entrer sans mandat pour vérifier l'application de la
loi serait vraiment nettement excessif,
surtout en l'absence d'éléments de preuve rigoureux qui démontrent l'importance
d'un problème de santé publique, M. le Président. Il y a tout ça à tenir en
compte.
Alors, en général, ce que ça nécessite, c'est un
mandat pour entrer dans un lieu privé. Et là, quand on parle de mandat, M. le Président, on va être dans la prise
de déclaration, la contrainte d'un témoin, la mise en garde et droit à l'avocat.
On veut faire ça avec nos responsables de services de garde, M. le Président?
Moi, je ne suis pas intéressée.
Président (M. Tanguay) : Merci. Collègue de Lévis? Merci. Y a-t-il
d'autres interventions sur l'amendement du collègue de Rosemont à
l'article 4? Sinon, nous allons procéder au vote. Alors, l'amendement
est-il adopté?
Charlebois :
Rejeté.
Président (M. Tanguay) : Alors, il est rejeté. Nous revenons donc,
chers collègues, à l'objet de notre débat, l'article 4. Y a-t-il
des interventions? Collègue de Rosemont.
M. Lisée :
Sur l'article 4, je veux revenir à la portion où on parle de l'interdiction de fumer dans les véhicules
automobiles à bord desquels on trouve un mineur de moins de 16 ans.
Alors, on avait eu cette discussion-là pendant
les consultations. Pourquoi 16 ans? Pourquoi pas 18 ans? Qu'est-ce qui fait que... On a discuté de
modalités très sévères pour ne pas vendre des cigarettes à quelqu'un de
18 ans moins un jour, on a une amende pour l'achat par un mineur de
18 ans moins un jour, et là, tout à coup, pour la fumée secondaire à très forte concentration, bien là
c'est jusqu'à 16 ans. Après 16 ans plus un jour, on peut respirer de
la fumée secondaire à forte concentration, plutôt que 18.
Est-ce que la
ministre aura réfléchi à ça? Je sais que cette disposition existe ailleurs, et
que donc on s'aligne sur ce qui s'est
fait ailleurs, mais, comme la ministre a dit qu'on était distincts et qu'on
pouvait réfléchir nous-mêmes — c'est bien, je la félicite
là-dessus — pourquoi
est-ce que c'est 16 et pas 18? Et j'aurai d'autres questions, M. le
Président.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois : Alors, M.
le Président, effectivement on a réfléchi, on ne fait que ça, réfléchir, et, surtout quand
on joue dans un projet de loi qui vise le renforcement de... voyons, je vais le
dire, de la lutte au tabagisme, c'est hyperimportant de prendre notre temps et
de réfléchir.
Alors, ce que
nous souhaitons avec la mesure de 16 ans versus 18 ans, c'est
protéger les enfants les plus jeunes parce
que leur système
est plus vulnérable que celui des adultes. En principe, à 18 ans on est
considéré adulte. Et, pour faciliter
l'application de la mesure au Québec... L'âge légal pour conduire est fixé à
16 ans. Les mineurs de 16 ans à la fois conducteurs, fumeurs ne se retrouveront pas avec une infraction. Parce que
ça, ça peut arriver, que tu conduises puis que tu te trouves en infraction. Alors, en incluant les enfants de
16 ans et 17 ans dans la restriction, la mesure aurait pour effet d'interdire la
consommation de tabac aux personnes de ces âges-là, et donc d'avoir une
infraction. Et, comme il l'a dit, l'Ontario, la Colombie-Britannique, le Manitoba, la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve, M. le
Président, ont fixé l'âge à 16 ans.
Cibler les 16
et 17 ans fournirait un argument pour justifier les prétentions des promoteurs
de tabac qui souhaitent que le gouvernement interdise la possession et la consommation de tabac par les mineurs.
Puis ce n'est pas ce qu'on vise, là. Ce
qu'on vise, c'est que par eux-mêmes ils ne consomment pas le tabac. Et l'interdiction
de la consommation comme l'interdiction
de la possession, ce n'est pas une bonne pratique. Il s'agit des moyens que les
promoteurs de tabac, dont l'industrie, évoquent pour détourner les législateurs des mesures qui ont un véritable impact. Alors, c'est pour ça qu'on
a mis 16 ans comme limite d'âge.
M. Lisée : Bon, je comprends la logique, là, la seule...
enfin, l'argument fort de la ministre, c'est dire : Bien là, on pourrait avoir quelqu'un de 16 ans plus
une journée qui conduit et qui n'aurait pas le droit de fumer parce qu'il est présent dans la voiture. Ça se contourne. On pourrait dire que c'est
interdit de fumer en présence d'un mineur, sauf dans le cas où le mineur
a son permis de conduire et conduit la voiture. On pourrait faire ça.
Je ne vais
pas essayer de faire changer d'avis la ministre là-dessus, mais je vais essayer
de lui proposer autre chose. Parce
qu'elle a dit tout à l'heure : Bien, c'est le policier qui va voir si
l'infraction est en train d'être commise — comme le cellulaire. Il y a fumée, il y a un mineur. Puis là on est d'accord
qu'on parle de gens qui n'ont pas des comportements bien raisonnés, là. Fumer avec un mineur, on espère que
c'est une minorité des cas. Il y en a qui essaient de baisser la fenêtre
pour fumer comme ça en pensant que ça règle le problème. Mais donc c'est à ces
cas-là qu'on essaie de s'attaquer.
Alors, qu'en
est-il si un policier voit quelqu'un qui fume dans une voiture avec une femme
enceinte; qui fume dans une voiture
avec un aîné qui a des problèmes respiratoires? On ne dit rien? On ne fait
rien? C'est un endroit fermé, c'est
un endroit de forte concentration de fumée secondaire. Moi, je lui proposais de
prévoir ces deux cas. Alors, je vais déposer un amendement, M. le
Président.
Président (M. Tanguay) :
Oui. Alors, nous allons suspendre, le temps que vous écriviez l'amendement. Ou vous proposez que l'on poursuive le débat? On va attendre
votre amendement. Donc, on va faire des photocopies.
Alors, je suspends quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 50)
Le Président
(M. Tanguay) : Alors, chers collègues,
nous sommes de retour. Je cède la
parole au collègue
de Rosemont.
M. Lisée : M. le
Président, j'ai le plaisir de déposer
un amendement :
Article 4. Modifier l'article 4 du projet de loi par l'ajout, à la fin, du paragraphe
suivant :
5° par l'ajout, après le paragraphe 10.2°; du
suivant :
«10.2° les
véhicules automobiles à bord desquels se trouvent une femme enceinte ou une
personne souffrant de troubles respiratoires.»
On ferait en
sorte que, oui, les mineurs de moins de 16 ans, les femmes enceintes,
quelqu'un qui a des troubles respiratoires...
D'abord, c'est déclaratoire. On dit aux gens : Écoutez, vous n'avez pas le
droit de fumer dans ces trois cas-là, ces
trois cas-là assez clairement identifiables. Et, s'il y a un policier, dans
deux des cas c'est assez facile à voir. Puis, dans le troisième cas, bien, s'il voit un aîné qui est
en train de tousser puis le conducteur fume, il pourra poser la question. Je
pense qu'on ferait oeuvre utile de prévoir ces cas.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Mme la ministre.
Charlebois : M. le
Président, je suis toujours impressionnée par toute l'imagination qu'a le
député de Rosemont. Honnêtement, là, c'est vraiment impressionnant.
Écoutez,
j'ai, d'assise à côté de moi, ma chef de cabinet, qui est très enceinte,
puisqu'elle aura ce bébé au mois de
janvier. Je ne dirai pas quel surnom je lui ai donné, à ma petite bedaine.
Mais, ceci étant, dans une voiture, là, je défie un policier de voir qu'il y a une femme enceinte ou quelqu'un avec une
maladie respiratoire. Franchement, là! Ils n'ont pas des radars dans les yeux, là. Ce n'est pas du rayon X, qu'ils font,
là, ils visualisent. Mais il y a une porte, hein, la fenêtre est à une certaine hauteur. Non, c'est impossible
de savoir qu'il y a une femme enceinte, à moins qu'elle ait le bébé jusqu'au
cou, mais c'est assez rare que ça arrive.
Même que je vous dirai, M. le Président, que j'ai ma belle-fille qui a eu des
jumelles, puis, assise dans la
voiture — puis, il
n'y a pas à dire, elle était très enceinte, là — on ne voyait pas qu'elle était enceinte.
Alors, un, je suis obligée de vous dire que pour
les enfants c'est différent, parce qu'on fait appel à la capacité pulmonaire
des enfants. Et un adulte, et etc., normalement, à part de ceux, comme il fait
allusion, qui ont des troubles respiratoires,
ils sont capables de dire : Hé! ne fume pas, parce que
je fais de l'emphysème, là. Un adulte, là, est capable de faire ça, là, d'une part. D'autre part, le policier qui voit une auto passer avec un fumeur dedans, impossible
qu'il sache que l'autre fait de
l'emphysème à côté. Puis troisième élément : ma chef de
cabinet, là, toute douce, là, vous irez fumer dans sa voiture, vous allez voir que vous allez sortir. Elle est capable
de s'affirmer puis de dire : Non merci, je suis enceinte puis je ne veux pas de
fumée dans ma voiture. Alors, je
pense que, oui, il y a beaucoup
de créativité de la part du député
de Rosemont, puis surtout plein de bonne
volonté. Je sens que c'est de la bonne volonté. Je ne sens pas, là, que le
député de Rosemont essaie d'étirer le
temps, là. Au contraire, je pense qu'il a beaucoup de bonnes intentions. Mais,
dans le contexte qui nous occupe,
l'article 4, avant tout, ces amendements-là font la job, là, ils font le
travail. On a interdit beaucoup de choses,
notamment de fumer en présence d'enfants de moins de 16 ans. Et ça, M. le
Président, là, c'est une grande avancée, c'est une très, très grande
avancée.
Alors,
moi, je suis obligée de dire au député de Rosemont, là, que son amendement
n'est pas réaliste et que je ne pourrai
pas voter... et notre formation politique ne pourra pas voter pour ça, puisque
les adultes ont la capacité... même les aînés, là. M. le Président, là, vous irez essayer de fumer en présence
de ma mère dans la voiture, vous allez voir qu'il y en a un des deux qui va débarquer, puis je ne pense pas
que ça va être elle. Elle est capable de s'affirmer. Alors, on ne votera
pas pour son amendement, malheureusement.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Rosemont.
Lisée : Bien, c'est bizarre, parce que la ministre semble vivre
dans un monde où tout le monde, il est beau; tout le monde, il est gentil. Puis on ne fait pas de loi pour les délinquants;
il n'y en a pas, de délinquant. Ça n'arrivera pas que quelqu'un fume avec une femme enceinte, puis
ça n'arrive pas, ça, du monde qui sont insensibles à des aînés dans une
voiture. Ça n'existe pas. Bien, ça ne doit pas exister pour les 16 ans et
moins non plus. Pourquoi on fait ça?
fait est qu'il y a des fumeurs qui considèrent que leur voiture, c'est leur
château, puis c'est eux autres qui vont fumer, puis peu importe qui est dans la voiture. Puis il y a du monde
qui pense que les femmes sont inégales, qu'elles n'ont pas leur mot à dire, puis que les vieux non plus.
C'est pour eux autres qu'on fait des lois. Si on était dans le monde de Calinours, là, on n'en aurait pas besoin. Et puis
la ministre dit : Ah! bien, là, le policier ne verra pas... Bien, les
policiers, ils arrêtent constamment
des gens pour toutes sortes de raisons puis ils voient d'autres infractions. Tu
dépasses la limite de vitesse, le
policier t'arrête : Wow! il y a de la fumée là, la femme est enceinte; il
y a de la fumée là, grand-papa tousse. C'est là qu'il lui donne la
contravention. Alors, ce serait la moindre des choses d'ajouter ça.
Franchement, là, le refus d'ajouter ça parce
que ça n'arrivera pas puis parce que le policier qui voit avec son radar
quelqu'un passer à 120 kilomètres à l'heure, il ne le verra pas, si c'est une femme enceinte, c'est des
raisons de ne pas agir. C'est juste des raisons de ne pas agir.
Alors,
moi, là, le caractère déclaratoire d'une loi est aussi important que son
application. Les législateurs québécois disent aux citoyens : Il est interdit de fumer avec une femme
enceinte ou quelqu'un qui a des problèmes respiratoires. On vous le dit, là. C'est dans notre campagne de
sensibilisation. Ça va être bien rare que quelqu'un va être arrêté pour ça.
Ça va être bien rare. Mais ça va être
d'autant plus rare que maintenant vous savez que c'est dans la loi. Puis là,
s'il y a trois fumeurs dans une
voiture puis un non-fumeur, bien, ce n'est pas interdit de fumer. Puis on
espère que le non-fumeur va
dire : Bien, écoute, moi, je suis un non-fumeur, là, j'aimerais ça, si on
fait Québec-Montréal, ne pas avoir trois heures de fumée secondaire. On les laissera se débrouiller entre adultes. Mais
il me semble qu'on doit faire une attention particulière aux gens qui
sont dans une situation médicale précise et vulnérable.
Puis
le refus de la ministre m'attriste comme dans plusieurs autres cas où elle n'a
pas voulu franchir un pas de plus facilement, facilement franchissable qui fait
sens, que tout le monde aurait compris puis qui aurait peut-être aidé, dès l'an prochain, au Québec, peut-être une
quinzaine de femmes enceintes de pouvoir dire à leur mari : Hé! tu sais,
là, c'est rendu illégal. Un coup que tu te ferais prendre? Parce que
sinon il ne l'aurait pas fait. Moi, pour ces 15 femmes enceintes là, puis ces 15 grands-mamans, puis
ces 15 grands-papas qui disent : Ah! je sais que tu aimes fumer, là,
mais tu sais, c'est dommage de te dire ça, là, mais le gouvernement puis
l'opposition, ils ont décidé que c'était illégal, ça fait que tu pourrais avoir une amende. Ce n'est pas
pour moi, là, c'est pour que tu n'aies pas d'amende. Ça se passe, ça,
dans la vraie vie. Mais là on ne leur donnera pas cet argument-là. Voilà.
Le Président (M.
Tanguay) : Mme la ministre.
Charlebois : Bien, je trouve que le député de Rosemont
exagère, là. Les adultes ont une capacité de refus. Puis la femme enceinte qui est avec son mari qui
fume dans la voiture, qu'est-ce qu'elle fait quand elle est dans la maison
avec lui? Elle l'envoie-tu dehors? Tu sais,
on va-tu aller gérer jusque-là, là, M. le Président? À un moment donné, là, il
faut que la femme enceinte soit capable de s'affirmer. Si elle ne s'affirme pas
là, là il doit y avoir d'autres aspects de sa vie où elle n'est pas
capable de s'affirmer. Elle a besoin d'aide.
Charlebois :
Bien, écoutez, là...
Le Président (M.
Tanguay) : Un à la fois, un à la fois.
Charlebois : ...il y a toujours
bien une limite à aller dans la vie des gens. Alors, non, désolée, on ne pourra
pas voter cet amendement-là.
Président (M. Tanguay) : Y a-t-il
d'autres interventions sur l'amendement? Sinon, nous allons procéder au vote.
Alors, sur l'amendement du collègue de Rosemont à l'article 4, est-il adopté?
Charlebois :
Adopté... Refusé. Rejeté.
Le Président (M.
Tanguay) : Rejeté.
Charlebois : Oui.
Mais moi, j'étais à l'article 4, là.
Le Président (M. Tanguay) : Alors, l'amendement
est rejeté.
Chers
collègues, l'objet du débat est l'article 4. Alors, y a-t-il d'autres
interventions sur l'article 4? Je ne vois pas d'autre
intervention.
Le Président (M. Tanguay) : Oui?
M. Lisée : Je reviens à une discussion qu'on avait eue
précédemment. On aura tous reçu le courriel de Claude Pelletier, membre
du comité des usagers du point de service CRDI de Québec, qui nous disait
ceci :
«Mme Charlebois, je suis mandaté par la
présidente de l'Association québécoise des comités des usagers des centres de réadaptation en déficience
intellectuelle et en trouble envahissant du développement pour porter à votre
attention que l'association a soumis un mémoire — on
l'a entendu ici — le
15 août.
«Depuis
plusieurs années, l'association réclame des améliorations à la présente
Loi sur
le tabac, et ce, au plus haut niveau gouvernemental. Les usagers
hébergés en ressources intermédiaires et en ressources de type familial que
nous représentons sont exposés à la fumée
secondaire de la personne qui les héberge dans sa demeure — alors, ce n'est pas la même chose que
les garderies en milieu familial, ce sont les ressources intermédiaires en
milieu familial.
«Le CRDI du
Québec compte 2 % d'usagers de moins de 16 ans en ressources non
institutionnelles. Ces usagers mineurs
sont à risque d'être exposés à la fumée secondaire. Pour leur part, les usagers
majeurs prestataires de la solidarité sociale
demeurant dans une telle ressource paient des frais mensuels pour le logement,
la nourriture et leur entretien. Ils devraient avoir droit à un
environnement exempt de fumée secondaire et à l'abri des risques pour leur
santé.
«Les
ressources non institutionnelles sont aussi le lieu où l'usager bénéficie
d'activités cliniques d'adaptation et de réadaptation requises par le processus de continuum résidentiel. Ces
activités ont pour but d'améliorer les conditions de vie de l'usager et de le rendre le plus autonome
possible. L'effet de perpétuer son exposition à une atmosphère contaminée
par des produits cancérigènes contribuera à
détériorer son état et alourdir les coûts du système de santé. Est-il logique
de l'héberger et d'exercer ces activités cliniques dans un environnement soumis
à de tels risques?
«Les usagers
sont, pour la plupart, médicamentés, alors qu'il est reconnu que la médication
et la fumée secondaire ne font pas
bon ménage. Par ailleurs, il est aussi reconnu depuis plusieurs décennies que
les non-fumeurs exposés à la fumée
secondaire courent un risque accru de développer une panoplie de problèmes de
santé, dont certains peuvent entraîner un
décès. La famille ou la personne vivant en présence de fumeurs pourraient
demander un changement de résidence, mais les délais d'attente risquent
d'être longs, faute de place disponible.
«Au Québec,
en vertu de la
Loi sur le tabac actuelle, il est interdit de fumer dans tous
les lieux fermés, les locaux où sont offerts les services d'une
ressource intermédiaire, sauf si ces locaux sont situés à l'intérieur de la
résidence personnelle de la personne
responsable. Les usagers ainsi que toute autre personne exerçant un travail
dans ce type de ressource
intermédiaire reconnue comme résidence personnelle ne seront donc pas protégés
contre la fumée secondaire. Les membres d'une même population sont donc
traités de façon différente selon leur lieu de résidence.
«Au nom de
cette clientèle vulnérable que nous représentons et parmi laquelle se trouve
des enfants, des personnes polyhandicapées, des aînés, des personnes à
la santé fragile, nous proposons que toutes les ressources résidentielles non institutionnelles soient sans fumée et
qu'elles deviennent ainsi des milieux de vie qui assurent la protection de la
santé et du bien-être des usagers.»
Qu'est-ce que la ministre répond à cet appel,
qui me semble plein de bon sens?
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois :
Bien, M. le Président, j'ai entendu, j'ai lu, tout comme le député de Rosemont,
la lettre. Ce que je peux lui dire,
c'est que, au ministère, ce qu'on essaie de faire, c'est de pairer les usagers
fumeurs avec les ressources intermédiaires fumeurs pour regrouper ces personnes-là ensemble. Puis ce que
je veux dire aussi, c'est que n'oublions pas que les personnes qui sont hébergées dans ces centres-là sont là 24
sur 24, sept sur sept. Et, s'ils sont fumeurs eux-mêmes, on leur
interdirait de fumer chez eux. C'est leur résidence.
Alors,
j'entends bien la préoccupation du monsieur, mais, comme je vous dis, on
préfère faire du pairage plutôt que d'interdire
à un usager qui est dans sa résidence, parce que c'est son milieu de vie, de
fumer carrément dans sa résidence. Et c'est le même raisonnement que
pour les garderies, en fait.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée : Bien, vous parlez
des usagers, mais la demande vient de l'Association québécoise des comités des usagers. C'est
eux qui le demandent. Et nous avons eu ici les représentations des centres jeunesse, qui hébergent des jeunes à temps plein — et qui sont devenus sans fumée — des jeunes poqués, parfois multipoqués, et
ils ont décidé de devenir, en un
délai d'un an, deux ans, des endroits sans fumée. Ils ont accompagné leurs gens
vers la cessation tabagique, puis ça a aidé leur santé.
Alors,
est-ce que la ministre est en
train de me dire que, ce que les centres jeunesse ont réussi, qui sont sous sa responsabilité, les ressources
intermédiaires ne pourraient pas le
réussir et qu'elle n'entend pas tenter de le réussir même pour
des usagers non-fumeurs qui sont en situation de respirer, toute la journée, de la fumée
secondaire? Ne pense-t-elle pas qu'on doit faire en sorte que, dans un
délai relativement court, ces endroits-là deviennent effectivement sans fumée?
Le Président (M. Tanguay) : Mme la ministre.
Charlebois : M. le
Président, pour beaucoup
de ressources intermédiaires, ce sont des adultes, et les gens qui y habitent sont, souvent, les usagers qui
fument. Et, comme je vous dis, on fait du pairage. Un usager qui fume, on
essaie de faire en sorte que le pairage
fasse en sorte qu'il se ramasse dans
une ressource intermédiaire fumeurs.
Alors, en ce moment, c'est ce qu'on essaie d'optimiser et de privilégier
davantage.
M. Lisée : Je reviens à ma suggestion. Si les centres jeunesse ont réussi... Je veux dire, aïe! ça fumait, là, dans les centres
jeunesse, là. D'ailleurs,
ils nous ont dit qu'ils fournissaient même les cigarettes il y a une vingtaine d'années
tellement c'était important.
Alors, ne
pense-t-elle pas, elle qui est la ministre responsable
de la Santé publique, qu'elle devrait nous dire au micro : Écoutez, je vais vous revenir d'ici
12 mois avec un plan de cessation tabagique dans les ressources
intermédiaires, puis on va faire en
sorte de s'inspirer des centres jeunesse, faire un projet pilote puis que notre
direction, notre objectif pour la
santé des personnes qui vont dans les ressources
intermédiaires, c'est que ces lieux deviennent sans fumée dans une
échéance que la ministre définira? Est-ce que ce ne serait pas son rôle de
ministre responsable de la Santé publique?
Charlebois :
Bien, M. le Président, je reviens à mon propos dans le sens où, les centres
jeunesse, hein, on parle d'enfants
mineurs. C'est un centre jeunesse. Comme il l'a dit lui-même, c'est des enfants
qui ont des difficultés. Moi, je suis
prête à l'examiner ultérieurement au projet de loi, mais, en ce moment, pour ce
projet de loi ci, je considère que
les personnes qui sont des fumeurs qui sont eux-mêmes des résidents de ces...
C'est leur maison, là, on parle de leur maison. On est en train de dire à un résident en ressources
intermédiaires : Toi, tu fumes, là, bien, tu ne fumeras plus là. Puis alors qu'on fait déjà du pairage. Alors, non,
je ne suis pas prête à aller là dans ce projet de loi ci, mais ça ne m'empêche
pas de réfléchir pour l'avenir.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Rosemont.
M. Lisée :
Et qu'est-ce qu'elle fait des mineurs, là? 2 % des usagers ont moins de
16 ans. Eux, ils sont exposés, toute la journée, à la fumée
secondaire. Elle les paire? Qu'est-ce qu'elle fait avec?
Charlebois : On
fait du pairage.
M. Lisée : Je trouve qu'il y a un manque de
volonté, là, qui est flagrant. Alors, je ne demande pas à la ministre de
modifier la loi maintenant. Elle
dit : Bon, bien, peut-être que je vais regarder ça après. Je lui demande, là, au nom de l'Association québécoise des comités d'usagers des centres de
réadaptation... Ils vous appellent à l'aide. Pouvez-vous dire, là, au micro — ils vous écoutent, là — qu'une
fois que le projet de loi va être fait vous allez les rencontrer, vous
allez rencontrer les responsables des ressources intermédiaires puis
vous allez développer un plan de lutte au tabac dans ces milieux-là?
Pouvez-vous nous dire ça?
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois :
M. le Président, pour le projet de loi, je... intégrer ça, mais on va
travailler pour le futur, voir qu'est-ce
qu'on peut faire pour les aider.
Mais, en ce moment, on va continuer avec les politiques de pairage,
puis on verra si on peut les amener un petit peu plus loin en faisant de
la prévention.
M. Lisée : ...à les
rencontrer puis à déposer, d'ici 12 mois, un plan d'action?
Charlebois : Pas à
ce moment-ci, non.
M. Lisée : Ils ont bien
entendu le refus de la ministre.
Président (M. Tanguay) : Y a-t-il
d'autres interventions sur l'objet du débat, qui est l'article 4 du projet de loi? Je ne vois pas d'autre intervention. Alors, nous allons
procéder au vote.
L'article 4 est-il adopté?
Une voix : Sur division.
Président (M. Tanguay) : Adopté
sur division. Pour la suite des choses, l'article 5, nous avions un amendement qui était déposé...
Le Président (M.
Tanguay) : Oui. Oui, nous suspendons nos travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à
12 h 11)
Président (M. Tanguay) :
Alors, nous sommes de retour à l'article 5, qui introduisait un amendement
et un sous-amendement. Et, pour la suite des choses, Mme la ministre.
Charlebois :
Alors, je voulais demander au député
de l'opposition, le député de Rosemont,
s'il acceptait de retirer son sous-amendement afin que je puisse retirer mon amendement à l'article 5 et 5.2.1 pour déposer un nouvel
amendement. Je sais que ça peut paraître compliqué pour nos téléspectateurs, mais
c'est qu'en fait moi, j'avais déposé un
amendement, le député
de Rosemont en a déposé un sous-amendement, mais là on voudrait, s'il y avait consentement, qu'on enlève tout ça, retirer tout ça pour déposer
un nouvel amendement qui pourrait être débattu avec les députés de l'opposition.
Président (M. Tanguay) :
Alors, dans le contexte du débat de l'article 5, y a-t-il consentement pour le retrait du sous-amendement du collègue de Rosemont?
Lisée : M. le Président, ayant constaté que certaines de nos propositions ont été intégrées
dans le nouveau texte de la ministre, c'est avec plaisir que nous
donnons le consentement au retrait de notre sous-amendement.
Président (M. Tanguay) :
Parfait. Alors, le sous-amendement est retiré. Y a-t-il consentement à ce que l'amendement à l'article 5 de Mme la ministre
soit retiré également?
Une voix :
Consentement.
Président (M. Tanguay) : Il
y a consentement. Mme la
ministre, vous voulez déposer un
nouvel amendement à l'article 5.
Il a été distribué. Je vous prierais d'en faire la lecture.
Charlebois :
Merci, M. le Président. Alors, à l'article 5 (2.1) :
À l'article 5 du
projet de loi :
1° supprimer, dans le paragraphe 3° de
l'article 2.1 proposé, «, aux heures où cet établissement reçoit des
élèves mineurs»;
supprimer, dans le paragraphe 4° de l'article 2.1 proposé, «; aux heures où ce
centre ou cette garderie reçoit des enfants»;
3° ajouter, après le
paragraphe 5° de l'article 2.1 proposé, ce qui suit :
les aires extérieures de jeu destinées aux enfants et qui accueillent le
public, y compris les aires de jeux[...], les pataugeoires et les
planchodromes;
les terrains sportifs et de jeux, y compris les aires réservées aux
spectateurs, qui sont fréquentés par des mineurs et qui accueillent le
public;
les terrains [de] camps de vacances de même que les patinoires et les piscines
extérieures qui sont fréquentés par des mineurs et qui accueillent le
public.
«Il est également
interdit de fumer à moins de neuf mètres de toute
partie du périmètre d'un lieu
visé au paragraphe 6° du premier
alinéa. Cependant, lorsque cette distance excède la limite du terrain sur
lequel ce lieu est situé, l'interdiction de fumer s'applique uniquement
jusqu'à cette limite — bien
évidemment, M. le Président.»
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Y a-t-il des interventions sur l'amendement
de la ministre à l'article 5? Collègue de Rosemont.
Lisée : Oui. Merci, M. le Président. Donc, ici, il s'agit
d'ajouter des lieux où il est interdit de fumer. J'aurais quelques
questions explicatives sur la formulation.
Bon.
Par exemple, bon, on est contents qu'il y ait un ajout des «terrains sportifs
et de jeux, y compris les aires réservées aux spectateurs, qui sont
fréquentés par des mineurs et qui accueillent le public; les terrains des camps
de vacances de même que les patinoires et les piscines extérieures qui sont
fréquentés par des mineurs et qui accueillent le
public». Cependant, il peut y avoir, par exemple... en particulier dans les
camps de vacances qui n'accueillent pas le public, est-ce que ça veut dire que,
dans ce cas-là, l'interdiction de fumer saute et que donc on pourrait fumer
dans des terrains de camps de vacances où le public est proscrit?
Charlebois : Bien, à partir du moment où il y a aura des
enfants qui peuvent fréquenter un lieu, c'est interdit de fumer.
Lisée : Donc, le fait qu'on ajoute à chaque fois «et qui
accueillent le public» n'invalide pas l'interdiction de fumer?
Charlebois :
Non.
M. Lisée : Non. Parce qu'il y
a un «et», là. Il y a un «et».
Charlebois : Oui. Je comprends
votre point, mais, à partir du moment où il y a des mineurs, c'est interdit
de fumer dans ces lieux-là.
Charlebois : À
partir du moment où un mineur fréquente un lieu, c'est une interdiction de
fumer.
M. Lisée : O.K. Et ici vous
parlez des piscines extérieures. C'est parce que les piscines intérieures sont
déjà couvertes autrement?
Charlebois :
Exact.
M. Lisée :
C'est ça. Maintenant, les terrains sportifs et de jeux. Bon, il y a des
terrains sportifs et de jeux qui sont utilisés de façon prédominante par des
adultes. Il y a des parcs à Montréal... ou il y a des terrains de tennis, par
exemple, où c'est presque exclusivement
des adultes... en tout cas, qui parfois sont ouverts le soir. Est-ce que,
lorsqu'il n'y a que des adultes, il est permis de fumer?
Charlebois :
Honnêtement, je répète, c'est toujours la même... À partir du moment où le lieu
est fréquenté par des mineurs, il y a une interdiction de fumer.
M. Lisée : Même s'il n'y a
pas de...
Charlebois :
Les terrains de tennis, si je prends la municipalité où moi, je demeure, les
terrains de tennis servent autant à
des jeunes qu'à des adultes. Alors, à partir du moment où on a une
possibilité... Puis moi, j'allais jouer au tennis avec mes enfants, là, quand j'étais plus jeune. Je les
emmenais puis je jouais au tennis. Il y aurait une interdiction de
fumer.
M. Lisée :
O.K. Donc, personne ne pourra plaider qu'il est 10 heures le soir au mois
d'août, il n'y a pas de mineur, il y a juste des adultes, je peux fumer.
Personne ne pourra plaider ça?
Charlebois : Non.
M. Lisée : Parce qu'il y aura
des mineurs de façon régulière sur ce terrain-là.
Charlebois : Parce
que le terrain en question peut être fréquenté et par des mineurs et par des
adultes.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Alors, sur l'amendement à l'article 5, y a-t-il d'autres interventions.
Charlebois : Bien,
peut-être une dernière.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Charlebois :
Je tiens à remercier mes collègues des deux oppositions, parce que, comme l'a
dit le député de Rosemont, on a
intégré des choses que nous, comme gouvernement, on avait mises, mais on a tenu
compte aussi de certains commentaires des collègues, et je tenais à
saluer la collaboration dans cet article.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, y a-t-il d'autres
interventions sur l'amendement? Je n'en vois pas. Alors, nous allons
procéder au vote sur l'amendement à l'article 5. Collègue de Rosemont.
M. Lisée :
Je vais poser la question avant de soumettre l'amendement. Nous pensions
ajouter : «Le gouvernement peut,
par règlement, prévoir d'autres lieux où il est interdit de fumer.» Est-ce que
les juristes de la ministre considèrent qu'elle a déjà ce pouvoir
réglementaire ou est-ce qu'il serait bon de le préciser?
Charlebois :
Permettez-moi de vérifier, s'il vous plaît.
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
nous allons...
Charlebois :
M. le Président... Bien là, on est hors d'ondes?
Le Président (M. Tanguay) : Non, on
est en ondes.
Charlebois : Si tu
nous transmettais le libellé, on pourrait regarder...
Le Président (M. Tanguay) : Nous
sommes en ondes.
Charlebois : On
est en ondes? Excusez-moi, excusez-moi. Alors, si nous avions une copie...
Charlebois : Oui.
Des voix : Ha, ha, ha!
Le Président (M. Tanguay) : On
s'appelle par son titre.
Charlebois :
Oui. Voilà. Excusez-moi, M. le Président. Alors, si le député de Rosemont
voulait bien me transmettre une copie
de son libellé de l'amendement, nous pourrions le regarder. Mais il semblerait
qu'il y aurait des possibilités, on a de l'ouverture.
Le Président (M. Tanguay) : O.K.
Alors, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 12 h 26)
Président (M. Tanguay) :
Alors, maintenant, l'objet du débat, chers collègues,
est l'amendement de la ministre
à l'article 5, et je cède la parole au collègue de Rosemont pour le dépôt,
je crois, d'un sous-amendement.
M. Lisée : Oui. Alors, à
l'article 5, le sous-amendement suivant :
Article 5. L'amendement à l'article 5
du projet de loi est modifié par l'ajout, à la fin, de l'alinéa suivant :
«Le gouvernement peut, par règlement, prévoir
d'autres lieux où il est interdit de fumer.»
Alors, par
cet amendement, M. le
Président, on veut faire en sorte de
donner de la flexibilité au gouvernement
de ne pas devoir revenir à chaque fois en législation pour s'adapter à la
réalité changeante des lieux de fumer et à la progression
de la volonté de la société québécoise d'avoir de
plus en plus de lieux sans fumée. Et
ainsi, par règlement prépublié, discuté et publié, le gouvernement
pourra ajouter des lieux où il est interdit de fumer.
Le Président
(M. Tanguay) : Merci. Alors,
sur le sous-amendement du collègue de Rosemont, Mme la
ministre.
Charlebois : Bien, écoutez, on est en train de l'examiner. Il n'y a
pas de problème dans le sens de l'objectif visé, on est juste en train de vérifier le libellé, mais
ce que je propose au député de Rosemont, c'est de suspendre le sous-amendement
et l'amendement, puisqu'à l'article 10 il y a un lien à faire là. On
pourrait poursuivre puis revenir en après-midi,
s'il n'y a pas d'objection,
parce que... Pas vrai. Ce n'est pas les liens avec 10, M. le Président, je suis
en train de me mêler avec d'autre chose.
Il y a de la
concordance à faire avec cet
article de sous-amendement. Alors, on est en train
de vérifier tout ça. Quand la concordance va être établie, bien on
pourra revenir, cet après-midi, régler cet aspect-là. Puis, entre-temps, passer
à l'article 10 si le collègue de Rosemont et le collègue de Lévis acceptent.
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
ce qui est demandé comme consentement, c'est la suspension du débat sur le
sous-amendement, l'amendement et l'article 5. Y a-t-il consentement?
Des voix : Consentement.
Président (M. Tanguay) : Il y a consentement. De facto, nous sommes
donc, chers collègues, à l'amendement de la ministre à 10.1, et je crois
comprendre que vous auriez un nouvel amendement à proposer.
Charlebois :
Exact. Si les collègues des deux oppositions acceptent, je pourrais retirer mon
amendement à 10.1 pour en soumettre
un nouveau en tenant compte de commentaires qu'on a eus au préalable dans des
discussions.
Le Président (M. Tanguay) : Parfait.
Alors, y a-t-il consentement pour le retrait de l'amendement 10.1 par Mme la
ministre?
Lisée : M. le Président, nous avions soumis un amendement que
nous n'avions pas déposé, donc nous n'allons pas le déposer. Nous n'avons pas à le retirer. Et, compte tenu des
nouvelles dispositions dont nous allons discuter à l'instant, je donne
le consentement pour retirer l'amendement de la ministre et qu'on discute sur
un nouveau texte.
Le Président (M. Tanguay) : Parfait.
Alors, il y a consentement pour le retrait de...
Président (M. Tanguay) : Parfait. Merci. Alors, consentement pour
retirer 10.1. Mme la ministre, pour la lecture d'un nouvel amendement
10.1.
Charlebois : Tout
à fait. Merci, M. le Président.
Insérer, après l'article 10 du projet de loi, le
suivant :
10.1. Cette loi est modifiée par l'insertion,
après l'article 5, du suivant :
«5.1. Tout
établissement de santé et de services sociaux doit adopter une politique
concernant la lutte contre le tabagisme
visant à établir un environnement sans fumée et la transmettre au ministre. Il
en est de même pour tout établissement d'enseignement de niveau
collégial ou universitaire. Cette politique doit tenir compte des orientations
qui lui sont communiquées par le ministre.
«Le directeur
général d'un établissement ou la personne qui occupe une fonction de rang
équivalent doit, à tous les deux ans, faire rapport au conseil
d'administration, ou à ce qui en tient lieu, sur l'application de cette
politique. L'établissement transmet ce
rapport au ministre dans les 60 jours de son dépôt au conseil
d'administration ou à ce qui en tient lieu.»
Président (M. Tanguay) : Merci. Y a-t-il des commentaires sur
l'amendement 10.1? Collègue de Rosemont.
M. Lisée :
Oui, M. le Président. Donc, cet amendement a le grand mérite d'intégrer à la
fois les établissements de santé et
de services sociaux et les établissements postsecondaires, donc niveaux
collégial et universitaire, et de donner un objectif d'environnement sans fumée. Alors, je comprends que, puisque
les locaux intérieurs sont déjà couverts, lorsqu'on parle maintenant d'environnement sans fumée, ça
veut dire aussi les terrains extérieurs, donc les campus universitaires,
les campus de cégep.
Ce matin,
nous avons reçu une lettre du directeur régional de la santé publique de
Montréal, Richard Massé, sur ce sujet.
Bon, d'abord, il tient à féliciter la ministre et les parlementaires pour les
bonifications déjà apportées au projet de loi. Donc, c'est toujours bon à prendre. C'était destiné aux membres de la
commission. Mais, sur cette question, il proposait le libellé suivant : «Tout établissement de
santé et de services sociaux doit adopter une politique sans chambre pour
fumeurs, sans fumoir, sauf pour les
CHSLD, et sans fumée sur les terrains de ces installations. Cette politique
doit comprendre une offre
systématique de soutien à l'abandon du tabagisme et être adoptée au plus tard
deux ans après la sanction du projet de loi.»
Donc, il
proposait que la politique soit adoptée dans les deux ans et que le rapport
soit transmis chaque année au 30 juin
sur la mise en oeuvre. Je ne comprends pas qu'il disait que l'environnement
devait devenir sans fumée en deux ans, mais
que le plan soit fait en deux ans. Ici, je comprends que, même si le libellé
est différent et s'étend dans les établissements d'enseignement, la
ministre veut dire «environnement sans fumée sur les terrains» et qu'elle parle
des orientations ministérielles qui
comprendront, je le suppose... mais elle le dira, si elle le souhaite, que ça
va comprendre une offre de soutien à l'abandon du tabagisme dans ces
établissements.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois :
Premièrement, je veux remercier M. Massé. On a pris note des commentaires du
directeur de santé publique de
Montréal. Et moi aussi, j'apprécie beaucoup de voir combien de gens suivent les
travaux. Non seulement ils nous
félicitent, mais nous autres, on pourrait les remercier de contribuer tous à
cette édification qu'on est en train de faire.
Mais ce qu'on
propose comme amendement
ici à l'article 10.1, c'est vraiment dans un sens large
qu'on l'a établi, et ce qu'on
souhaite, là... En fait, là, M. le
Président, ce que je veux dire, c'est
qu'on partage le même objectif que Dr Massé, mais ce qu'on cherche aussi, c'est avoir un peu de flexibilité pour les
gens. Alors, oui, on demande d'avoir une politique pour les établissements de santé, les établissements en
éducation, les orientations vont clarifier un certain nombre de choses — c'est
ce qu'on va voir plus loin — mais
je pense qu'on fait un grand pas, et je remercie encore M.
Massé de sa préoccupation. Mais, de la façon dont on l'a rédigé, on le
garde dans un sens plus large.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Collègue de Rosemont.
M. Lisée : C'est parce
que sur cette question... puis c'est ce que nous ont dit les centres jeunesse et l'institut Pinel,
qu'évidemment, pour avoir un environnement sans fumée, y
compris sur les terrains, ça veut dire qu'un certain nombre de salariés
qui sont des fumeurs doivent être accompagnés, ceux qui le désirent, dans
l'abandon du tabagisme et que beaucoup avaient participé. Mais ça signifie
aussi que des programmes sont prévus et que des budgets sont prévus.
Hier, dans un
débat sur l'autofinancement de ce genre de programme, la ministre
nous a dit qu'elle avait toutes les ressources nécessaires et qu'il
n'était pas nécessaire d'avoir un permis dédié pour financer ça. Donc, je veux
m'assurer que les ressources seront nécessaires pour que, dans les réseaux, on
puisse offrir ces programmes-là.
Charlebois : Bien,
M. le Président, premièrement, ça va être dans les orientations
où on va voir ça atterrir, les mesures
d'accompagnement, mais, oui, je veux rassurer le collègue de Rosemont
et le collègue de Lévis pour dire que, oui, il y aura des mesures d'accompagnement. On a déjà des
budgets prévus pour tout ça, et ça va figurer vraiment dans les
orientations de la politique.
M. Lisée : Par ailleurs, ici, on a une obligation qui est
faite au directeur général des établissements, ou la personne qui occupe le rang équivalent,
qu'il doit transmettre d'abord dans deux ans son plan et ensuite faire rapport
à son conseil d'administration dans
les 60 jours du dépôt, et là c'est tout. Alors donc, théoriquement, un
établissement pourrait faire son
plan, le déposer, tous les deux ans faire rapport au conseil d'administration
sans jamais atteindre l'objectif. Ça se fait, ça. Ça se peut. Ça s'est
vu, des plans stratégiques qui n'arrivent jamais nulle part.
Alors, est-ce
que la ministre a l'intention quelque part de donner une date butoir, de dire
que : Bien là, on vous donne deux ans pour élaborer votre plan,
ensuite vous allez avoir deux autres années pour faire rapport? Mais est-ce qu'il y a un moment où ça doit atterrir et que le lieu
doit être sans fumée? Comment compte-t-elle s'y prendre? A-t-elle un
délai en tête?
Charlebois : M. le
Président, ça va être stipulé, ça
aussi, dans les orientations, le délai qu'ils ont pour en arriver à un environnement
sans fumée.
M. Lisée : Est-ce
qu'elle peut nous éclairer? Parce que,
dans le sous-amendement qu'on avait soumis, on parlait de cinq
ans. Est-ce qu'elle a une idée en tête? Est-ce que c'est cinq, quatre, six,
sept, 22, 44?
Charlebois : Il
est tellement amusant, le député de Rosemont. Ça ne sera pas long, je vérifie.
Charlebois :
M. le Président, dans les orientations, cinq ans, c'est un horizon qui nous
apparaît raisonnable, mais on va se
laisser une petite ouverture pour ceux où ce serait plus difficile. Mais cinq
ans, c'est un horizon à envisager.
M. Lisée :
Bien, M. le Président, je tiens à dire qu'au nom de l'opposition officielle on
trouve que cinq ans est un horizon
raisonnable et qu'effectivement, si les administrateurs ont une obligation de
moyens pour cinq ans... et, s'ils n'arrivent
pas au résultat, bien, qu'on leur demande pourquoi et qu'on les aide, dans une
brève rallonge, d'arriver à leur résultat, je trouve ça très
raisonnable.
Charlebois :
C'est dans ce sens-là, M. le Président, qu'on souhaite qu'il y ait un petit peu
de... C'est pour ça qu'on parle de
flexibilité et, au sens large, qu'on fait cet amendement-là à l'article 10.1,
parce qu'on veut se donner les moyens
de bien accompagner les gens, parce que le faire puis leur pousser dans la gorge, ça va donner zéro résultat, alors que, si on les accompagne bien... Puis, dans
l'ensemble des cas, ça va aller bien, mais il y a peut-être
certains endroits où on aura quelques difficultés puis on devra mieux
les accompagner.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
M. Lisée :
M. le Président, je tiens à dire qu'on fait un grand pas en avant avec cet
amendement, parce que ce que ça
signifie : dans un horizon d'ici la fin de la décennie, à peu près, il y
aura des endroits sans fumée qui seront... quand on se rend à l'hôpital, quand on se rend au cégep, quand on se rend à
l'université, on se rend dans un environnement sans fumée. C'est un signal qu'on a envoyé, donc, à nos
jeunes depuis le primaire jusqu'à la fin des études universitaires. C'est
un signal social fort que, dans nos édifices
publics, où on transmet des valeurs, où on essaie de soigner, ce sont des
endroits sans fumée. C'est considérable seulement par cet amendement, la
bonification qui est apportée au projet de loi.
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
Collègue de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Alors, seulement
pour vous dire, M. le Président, qu'effectivement c'est quelque chose d'important
puis on rejoint, là aussi, ce témoignage, dont je parlais hier, de cette jeune
fille qui disait : Je rêve d'un environnement
sans fumée, où tous on s'est dit autour de la table : Bon, bien, c'est peut-être
un peu utopique puis ce n'est pas
pour demain la veille. Et pourtant, bien, à travers des éléments comme
celui-ci, dans la mesure où effectivement...
puis on parlait d'orientations et qu'il y a
un échéancier... parce qu'évidemment, là, on peut avoir de la bonne volonté, mais
il faut à un moment donné que ça atterrisse et qu'on constate les résultats.
Mais, dans le contexte où la ministre dit :
Oui, on donne une flexibilité, mais il va falloir que ce ne soient pas seulement
des intentions mais que ça se concrétise en résultats également,
de fait, bien, je repense encore à cette jeune fille puis je me dis : Bien, cette idée qu'elle avait... en tout cas, ce souhait-là, peut-être qu'il n'est pas si lointain que ça, en tout
cas, on commencera à faire des pas
pour l'atteindre, et, en ce sens-là, bien, on rejoint aussi les objectifs
de ce dont on parle depuis le début.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Y a-t-il d'autres interventions sur l'amendement
10.1? Je n'en vois pas. Alors, nous allons procéder au vote. L'amendement
est-il adopté?
Président (M. Tanguay) : Adopté.
Pour la suite des choses, chers collègues, nous sommes rendus à l'amendement du collègue de Rosemont à l'article...
ou voulant introduire l'article 11.1 qui était suspendu.
Charlebois :
...M. le Président?
Le Président (M.
Tanguay) : Non, il n'est pas retiré. Alors, je suspends quelques
instants.
(Suspension de la séance à
12 h 48)
Président (M. Tanguay) :
Alors, nous sommes de retour. L'objectif du débat est l'amendement déposé par
le collègue de Rosemont, désirant introduire un
article 11.1. Y a-t-il des
interventions? Collègue de Rosemont.
M. Lisée :
On consent à le retirer.
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, y a-t-il consentement? Mme la ministre.
Charlebois :
...hors d'ondes, M. le Président, pour le bénéfice des téléspectateurs, de
retirer 11.1, puisqu'on l'a adressé à 20.1, et le collègue de Rosemont a
examiné la chose et il est bien d'accord.
Président (M. Tanguay) : Alors, est-ce que j'ai raison de constater ou
de penser constater un consentement pour le retrait de l'amendement 11.1?
Une voix :
...M. le Président.
Président (M. Tanguay) : J'ai raison. Alors, il est retiré, de
consentement. Nous sommes désormais à 11.2, qui est un amendement du
collègue de Rosemont. Y a-t-il des interventions?
Lisée : Simplement pour revenir sur la raison de cet
amendement, je le relis : «Les permis d'exploitation de salons de
cigares et de tabac à pipe prendront fin dix ans après la sanction de cette
loi.»
Comme vous savez, le
législateur, dans la version 2005 de la loi antitabac, a créé une clause
grand-père pour une vingtaine de salons de
cigares et de pipes à chicha pour faire en sorte qu'ils puissent continuer à
opérer mais n'a jamais établi de
clause crépusculaire, c'est-à-dire que ça ne doit pas cesser, donc ça pourrait
être comme ça jusqu'à, comment on
dit, épuisement des stocks, parce qu'effectivement les lieux peuvent fermer,
mais ils ne peuvent pas réouvrir. Je ne sais pas s'ils peuvent se déplacer, d'ailleurs. Non, ils ne peuvent même pas
se déplacer. Ce qui fait qu'on peut penser qu'il y aura une extinction,
sauf pour les salons de cigares qui vont réussir à être résilients.
Donc,
je soumets cet amendement pour fins de discussion. Est-ce qu'il serait opportun
d'introduire une clause crépusculaire? Je le soumets à la discussion,
mais je me rangerai à l'opinion des collègues là-dessus.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci. Y a-t-il des interventions? Mme la ministre.
Charlebois : En fait, M. le Président, encore là, je salue
le travail du député de Rosemont, mais le souhait de mettre fin à la
clause grand-père m'apparaît un petit peu excessif, pour ne pas dire pas tout à
fait utile, puisque l'encadrement de la loi qu'on est en train de travailler
favorise l'élimination par elle-même, par attrition, du nombre d'exploitants, un, parce qu'on ne peut pas
déménager un salon de cigares. Ça, c'est déjà prévu à la loi. Il n'y a aucun
autre nouveau salon de cigares ou de pipes qui est reconnu. Et on
constate avec les années... J'ai les chiffres ici. En 2006, il y avait 31 établissements. En 2015, il en reste
23. Et, de ce nombre, il y en a 12 qui concernent les salons de chichas.
Alors, 23 sur 12, là, il en reste 11 qui
sont les salons de cigares. Et je vous dirai que l'interdiction des saveurs va
encore accélérer l'attrition et va
faire en sorte que nous aurons beaucoup moins de salons de chichas, parce que
fumer... ce que moi, je n'ai jamais fumé, mais qu'on m'a dit, que fumer
de la chicha, c'était terrible juste avec une saveur de tabac.
Alors,
moi, je présume qu'on va déjà réduire de beaucoup les salons de chichas et je
pense que l'attrition fait en sorte
qu'on réduit constamment le nombre de salons de cigares, et tout, d'autant plus
que nous avons dit que nous allions faire
en sorte que... un affichage de mise en garde pour la santé que nous allions
intensifier. Et ce que je pense que nous devrions faire pour le futur, puisqu'il y aura maintenant l'obligation
d'afficher un certificat, ou un avis de reconnaissance, ou un permis, mais c'est l'avis de reconnaissance
qu'on l'appelle, je pense, au projet de loi... Alors, l'obligation d'afficher
ce certificat de reconnaissance là va nous permettre d'identifier beaucoup plus
facilement ceux qui sont dans l'illégalité.
Alors,
ce que je propose, c'est que nous concentrions nos efforts sur les commerces
illégaux dans les prochaines années.
Nos inspecteurs sont capables de se charger de tout ça. Alors, moi, je
considère que la clause crépusculaire pourrait être évaluée dans une
prochaine révision de la loi, puis, qui sait, peut-être qu'il n'y en aura plus
tant que ça.
Le Président (M. Tanguay) : Collègue
de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Je veux seulement comprendre le suivi de la
pensée de la ministre, M. le Président. Donc, je comprends bien ce qu'elle nous dit. Dans les faits, ce que l'on a
nous permet d'atteindre les objectifs, mais, en même temps, si on n'atteignait pas les objectifs
souhaités, à partir des chiffres qu'elle nous donne et qu'elle nous transmet,
sur le nombre de salons qui ont fermé
ou qui pourraient éventuellement fermer, elle se réserve le droit de revenir avec
une clause fixant dans le temps la finalité du permis d'exploitation de
ces établissements-là.
Alors,
je comprends donc que la ministre, M. le Président, imagine que la tendance va
se maintenir, alors, il va y en avoir
de moins en moins, mais donc, j'ai bien compris, dans cinq ans, elle se réserve
le droit, s'il n'y a pas eu un résultat marqué, d'introduire un élément
comme celui-ci. Est-ce que j'ai bien compris? Je pose la question à la
ministre.
Charlebois : Ce n'est pas tout à fait ce que je disais.
C'est que ça serait à la prochaine révision de la loi. Alors, dans cinq ans, on fait un rapport sur la
mise en oeuvre, on pourrait examiner où on en sera avec ça. Mais moi, je
pense que c'est plus approprié dans la
prochaine ouverture de la loi qui parle de la lutte contre le tabagisme. Mais,
si on pense que, sans aucune mesure,
il y a déjà huit établissements qui ont fermé d'eux-mêmes et que, là, on a
interdit les saveurs, il y a un
paquet de choses... puis, comme je vous dis, l'avis de reconnaissance va faire
qu'on va être capables d'identifier davantage
les salons de chichas qui sont illégaux, et, selon ce qu'on m'a rapporté, il y
en aurait beaucoup, alors concentrons nos efforts là, concentrons les
efforts à s'assurer qu'ils respectent les règles de sans saveur, et tout.
Comme je vous dis, on
ne peut pas non plus déménager... je vous donnais les règles tantôt, on ne peut
pas déménager un salon de cigares. Tout ça fait en sorte que, par eux-mêmes,
les salons de cigares, les salons de chichas disparaissent. Et, avec les
mesures qu'on a déjà mises, là, qui renforcissent la lutte au tabagisme, je
pense que, par attrition, on va régler une bonne
partie de la situation. Il
sera toujours temps de revenir à la prochaine ouverture de la loi.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Rosemont.
M. Lisée :
S'il y a consentement, je vais retirer l'amendement.
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, y a-t-il consentement pour le retrait?
Charlebois :
Consentement.
Président (M. Tanguay) : Il y a consentement. Chers collègues, pour la
suite de nos travaux, nous sommes rendus
à l'article 21 et à l'amendement qui était déposé par le collègue de
Rosemont. Donc, l'objet du débat est l'amendement du collègue de
Rosemont à l'article 21.
Lisée : Ah oui! Alors, on se retrouve, là. On essaie de vous
suivre, M. le Président. Alors, à l'article 21, il y avait la
proposition d'insérer le paragraphe suivant dans la loi :
«Une affiche
comportant une image d'un produit de tabac ou d'un emballage de produit de
tabac et qui est diffusée dans un point de
vente de tabac est considérée comme étant de la publicité en faveur du tabac à
moins qu'elle soit prescrite par une loi ou un règlement provincial ou
fédéral ou mandatée par une agence gouvernementale.»
raison de cet amendement, je le rappelle, c'est qu'il y a eu, dans un passé
récent, des sachets avec du tabac affiché
dans un certain nombre de dépanneurs sur des panneaux disant : Bien, ça,
c'est du tabac de contrebande, et on pouvait
penser que ces affichages étaient un genre de publicité pour le tabac, même si
ce n'est pas ce qui était prétendu. Alors,
nous, on veut dire : Écoutez, si vous voulez afficher du tabac ou quoi que
ce soit, vous devez avoir l'autorisation d'une loi ou d'un règlement... ou mandatée par une agence
gouvernementale, sinon vous ne pouvez pas trouver des astuces pour faire
la promotion de tabac sous prétexte de campagne d'information.
Alors,
c'était le but de l'amendement. La ministre en a pris connaissance et devait y
réfléchir pour nous revenir.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Mme la ministre.
Charlebois : M. le Président, j'ai pris le temps de
réfléchir, parce qu'effectivement ça méritait réflexion, et j'ai vérifié en termes aussi... On recommence.
On a fait les vérifications au niveau juridique, M. le Président, et on a
aussi fait les vérifications sur l'affichage
dont nous parle le collègue, et, dans cet affichage-là, M. le Président, on
voit effectivement des cigarettes,
mais on voit aussi un sac avec un revolver. Je ne sais pas si vous l'avez vue,
la publicité. Je pense que vous avez
dû la voir. Ce n'était pas très incitant à fumer, là. Ça disait qu'à chaque
fois qu'on encourageait le commerce
illégal on encourageait le marché du crime organisé. Puis ils montrent un
revolver. Ça fait que ce n'est pas un incitatif, vraiment.
Ça, c'est une chose, c'est dans la subjectivité de
la chose, mais ce qu'on m'a... Il reste 10 secondes, M. le Président?
Ce qu'on me rapporte, en fait, ce que je
vais dire dans le dernier 10 secondes, puis on pourra reprendre la
discussion cet après-midi, c'est que
la portée de l'amendement du député de Rosemont est large et porte atteinte à
la liberté d'expression, qui est
garantie par les chartes, dont la charte québécoise. Mais on pourra y revenir
pour expliquer davantage au député de Rosemont et au député de Lévis en
quoi je voulais exprimer...
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, chers collègues, compte
tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 13 heures)
Le Président (M. Tanguay) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Je vous
rappelle que le mandat de la commission est de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 44, Loi
visant à renforcer la lutte contre le
tabagisme. Je demande à toutes les
personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
vos téléphones cellulaires.
Avant la suspension de nos travaux, nous étions
rendus à l'étude de l'amendement déposé par le collègue de Rosemont à
l'article 21. Y a-t-il des interventions?
Charlebois : ...commencé à répondre au député de Rosemont,
M. le Président, si vous me le permettez.
Le Président (M. Tanguay) : Oui.
Charlebois : Il me semble, de mémoire, qu'on en était là, et
ce que j'étais à dire au député de Rosemont, c'est
qu'effectivement son amendement a une portée beaucoup plus large qu'il ne
peut l'imaginer et qu'en plus il nous est impossible de démontrer qu'il y a un lien entre ce type de mesure et la
prévalence au tabac, mais je veux certainement
lui apporter un argument de taille qui va sûrement influencer son appréciation
de la chose, c'est ce que, si on interdit, comme
il le souhaite dans son amendement, toute forme de publicité en faveur du tabac, si
on fait indirectement ce qu'on ne
peut pas faire directement, imaginez-vous donc, M. le Président, que le livre où nous pouvons prendre connaissance sur la vie de René Lévesque et que, sur la
page couverture, il y a la photo de René Lévesque avec une
cigarette serait honni au Québec.
Charlebois : Une
affiche du livre interdite. Alors, c'est dans ce sens-là que je dis que je ne
pourrai pas appuyer son amendement.
Je comprends ce qu'il voulait, mais ça ne donne pas le résultat qu'il escompte.
Alors, en ce sens-là, on ne pourra pas appuyer son amendement.
Le Président (M. Tanguay) : Oui, collègue
de Rosemont.
M. Lisée : Bien, je salue la tentative de la ministre
d'utiliser un argument qui évidemment m'irait droit au coeur, mais, à la simple lecture de l'amendement, elle dit que, donc, c'est l'affiche d'un produit de tabac ou d'un
emballage de produit de tabac. Alors, à moins que M. Lévesque ait
prêté son visage en train de fumer à un produit du tabac, ça ne s'appliquerait
pas.
«Une affiche comportant une image d'un produit
du tabac ou d'un emballage de produit du tabac et qui est diffusée dans un point de vente de tabac...» Alors
là, déjà, dans les librairies, on ne vend pas du tabac. Donc, on est dans
un point de vente de tabac. Il arrive qu'on
vende des livres, mais l'éditeur plaiderait que le livre est régi par d'autres
lois sur la liberté culturelle qui échappent à une tentative de limiter
la liberté d'expression sur le tabac. Et là je reviens à l'argument précédent de la ministre,
qui disait que ce serait une infraction à la liberté d'expression, mais à
l'ensemble de l'oeuvre, hein? Je regarde notre ami qui représente
Benson & Hedges. Il le sait bien, que l'ensemble de l'oeuvre des
lois antitabac sont des restrictions à la liberté d'expression des compagnies
de tabac, dont la liberté d'expression est extraordinairement limitée par le législateur pour une cause
raisonnable, qui est celle de la santé publique, parce que c'est un
produit qui entraîne le décès d'un utilisateur sur deux.
Alors, ici,
ce qu'on essaie de faire, c'est : des moyens détournés, sous prétexte de
campagne d'information, qui feraient en sorte de présenter des produits du
tabac dans un point de vente de tabac seraient proscrits. Alors, je pense que,
dans l'édifice de contrôle des images du
tabac que nous avons élaboré au cours des dernières décennies, ce petit ajout
n'est pas de nature à nous faire passer à un point de bascule sur la question
de la restriction de la liberté d'expression.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
ministre.
Charlebois :
Bien, tout au contraire, la portée de son amendement est beaucoup plus large
que ce qu'il peut penser. Et, je vous le dis, là, une affiche avec René
Lévesque qui fume une cigarette, un produit qu'on veut vendre n'importe où, notamment chez un détaillant de
tabac — parce
que les dépanneurs vendent du tabac, mais ils peuvent vendre des livres,
il peut arriver plein de choses — bien, ce serait proscrit.
En plus, si
vous me faites allusion à cette affiche... Bien, ici, là, on peut voir Achetez
ceci — puis là ça
montre un paquet de petites
cigarettes dans un étui Ziploc — vous financez cela . Ça, là, chers
citoyens, c'est un fusil. Je ne peux pas
croire, moi, là, que ça incite à acheter des cigarettes quand on sait que,
quand on finance le marché de la cigarette illégale, on achète des fusils à ceux qui sont dans le crime
organisé. Ce n'est pas de la publicité, là. C'est assez pour ne pas que ça
me tente de fumer.
Moi, en tout cas, personnellement, là, quand je vois ça... Puis je vais vous
dire que ça, là, ça m'a toujours empêchée
de fumer de la cigarette de contrebande. J'ai toujours payé mes taxes, moi,
puis je suis très à l'aise de le dire publiquement.
Alors,
ça, ce n'est pas de la publicité. Et, à mon sens, même si c'en était, ce que
vous déposez ne touche pas ça seulement,
ça a une portée beaucoup plus large. Je comprends votre intention, mais,
honnêtement, ça... Puis en plus il est impossible
qu'on puisse démontrer un lien entre ce que vous apportez comme amendement et
la réduction du tabagisme, puisque la
réduction du tabagisme, M. le Président, c'est un ensemble de mesures. Ce n'est
pas ces petites affaires là qui vont
changer quelque chose. J'ai vérifié, là, j'ai vérifié, comme je vous dis, puis,
oui, ça porte une atteinte aux libertés d'expression.
Mais,
ceci étant, M. le Président, malheureusement, là, à mon grand regret, on ne
pourra pas voter pour son amendement.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui, collègue de Rosemont.
Lisée : Bien, ce que vous venez de montrer, là, c'est de la
publicité. Achetez ceci , avec des cigarettes; financez cela ,
avec un fusil, et ensuite c'est écrit en petit. Alors là, ce que les gens
voient, c'est : Bon, ils me demandent d'acheter du tabac puis ils me demandent de financer des
armes; bien, je vais choisir, moi, je vais acheter du tabac. Je veux dire,
pour un publicitaire, là, à qui on a interdit toute autre forme de dire
d'acheter de la cigarette, là, pour lui, c'est un bon compromis, puis il va savoir qu'il y a un certain nombre de gens qui
aiment les armes — moins
ici qu'aux États-Unis. Mais, en tout
cas, ceux qui ne les aiment pas disent : Bien non, je ne financerai pas
les armes, mais on me dit d'acheter du
tabac. Et puis, celle-là, vous ne la trouvez peut-être pas assez subtile, mais,
si on peut faire celle-là, on peut en faire plein d'autres où on va dire
Achetez ceci .
Ce que la ministre
vient de faire, là, c'est très grave, parce qu'elle vient de dire au micro, la
ministre de la Santé publique, qu'elle
trouve que cette affiche, elle est correcte, alors que les concepteurs de
l'affiche, j'en suis certain, eux
autres, ils savaient qu'afficher partout dans les points de vente de tabac
quelque chose qui dit Achetez ceci , avec une photo de cigarettes... peu importe ce qui est
écrit en dessous, ils ont gagné. Puis là elle vient de leur dire qu'elle trouve
ça bien, ça fait qu'ils vont le faire puis ils vont le refaire, hein? Alors là,
je pense qu'il faut corriger le tir, là, il faut corriger le tir de façon importante. Si la ministre n'aime pas le
libellé de mon amendement parce qu'elle trouve que c'est trop large, je suis tout à fait prêt à discuter
d'un sous-amendement ou qu'on regarde le libellé pour qu'on frappe exactement
la cible.
Mais
je vous ferai remarquer que l'article 24 de la loi actuelle couvre «toute
publicité directe ou indirecte en faveur du tabac, d'un produit du tabac, d'une marque [ou] d'un produit du tabac
ou d'un fabricant de produits du tabac» et elle est interdite. Et donc on pourrait prétendre que la
crainte «René Lévesque fumant» est déjà couverte par l'article actuel parce
qu'on pourrait dire : Ah! écoutez, des
livres de René Lévesque en train de fumer, c'est une publicité indirecte en
faveur du tabac. Jusqu'à maintenant,
personne n'a tiré cette conclusion parce qu'elle est outrancière, et je ne vois pas pourquoi on tirerait la même conclusion d'un libellé
identique que j'utilise ou très proche que j'utilise, mais je suis prêt à
modifier le libellé.
Moi,
Mme la ministre, je vous dis, là, on ne devrait pas sortir d'ici
sans faire en sorte que l'affiche que vous avez montrée, là, ne puisse
pas... sans faire en sorte que l'affiche que vous avez montrée soit interdite.
On ne devrait pas.
Charlebois : M. le Président, le député de Rosemont parle de juste Achetez ceci et financez cela ,
il ne parle pas de ce qui est écrit
dans le bas. En partant, là, juste affirmer ce qu'il vient d'affirmer, c'est ne
pas faire confiance au jugement des
citoyens québécois. Ça,
moi, je n'accepte pas cette prémisse-là, d'autant plus que c'est écrit dans le
bas : «La contrebande de tabac
finance le crime organisé.» La personne qui va lire là et là, elle est capable
de lire la troisième ligne, je ne
peux pas croire, là. Et d'autant plus qu'à l'article 24 vous dites, là,
qu'on ne peut pas faire de publicité directe ou indirecte en faveur du tabac. On couvre déjà la publicité. Son
amendement a une portée beaucoup trop large. On touche l'essentiel de
l'affaire.
Moi,
je vous le dis, M. le Président, je ne voterai pas pour son amendement, bien
qu'il y ait des bonnes intentions. Et
il le sait, le député de Rosemont, M. le Président. J'ai accepté plusieurs
amendements qu'il m'a proposés, plusieurs. Quand je refuse, il y a des
bonnes raisons, et il le sait.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Rosemont.
Lisée : On me prête des intentions... ou on me prête des
conclusions. Je ne pense pas qu'à chaque fois qu'elle refuse elle a des bonnes raisons. Je pense qu'on
pourrait en débattre. Mais là je suis très inquiet, parce que c'est une chose
de refuser mon amendement, mais ce que la ministre vient de faire légalement,
c'est de permettre à des gens, des publicitaires
de tabac d'utiliser des façons détournées pour faire des campagnes de publicité
indirectes sur le tabac parce qu'ils
vont plaider qu'il y a un précédent. Et la ministre de la Santé publique vient
de dire que cette affiche-là, ce n'est pas de la publicité pour le tabac. C'est clair, il y a des choses qui sont
écrites en gros puis des choses qui sont écrites en petit justement pour
qu'on lise en gros Achetez ceci , puis là il faut se rapprocher pour lire
ce qui est en bas.
nom de la santé publique, j'aimerais que la ministre dise qu'elle considère
cette affiche comme de la publicité indirecte
pour le tabac pour qu'on ne puisse pas utiliser ses remarques précédentes en
faveur de campagnes comme celle-ci et peut-être plus insidieuses encore
que celle-ci.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la ministre.
Charlebois :
M. le Président, l'article 24 nous permet d'aller très loin en ce qui
concerne la publicité, et je n'ai pas l'intention d'adopter son
amendement malgré tout le plaidoyer qu'il peut faire, là.
M. Lisée :
...je suis sur le précédent qu'elle vient de créer en tant que législatrice en
ayant dit à ce micro que l'affiche qu'elle a
montrée était, selon elle, raisonnable et autorisée, alors qu'à mon avis c'est
de la publicité indirecte et elle
devrait dire que, oui, elle considère que cette affiche est une tentative de
publicité indirecte et pourrait être soumise à l'article 24 de la loi actuelle. Sinon, là, c'est un feu vert qui
vient d'être envoyé à la publicité indirecte sous prétexte de campagne
d'information.
Charlebois : ...l'affiche que j'ai montrée, là — je vais la remontrer aux citoyens du
Québec — Achetez
ceci, financez cela , ça dit : «La contrebande de tabac finance
le crime organisé.» Prenez le temps de la regarder, chers citoyens, là, vous êtes capables de voir ce que ça
finance, acheter des cigarettes illégales. Je ne dis pas que c'est la meilleure
affiche, là, hein, mais je dis : Ce que
ça dit, c'est assez clair : acheter des cigarettes illégales finance le
crime organisé. Je ne sais pas qu'est-ce que vous voulez que je vous
dise de plus, là. Ce n'est pas beau, ce n'est vraiment pas beau.
Ceci étant,
l'article 24 nous permet d'aller beaucoup plus loin que ce qu'il peut
penser et nous amène à être vigilants quand
il y a des inspections.
L'article 24 est déjà là pour faire en sorte que
nous soyons très attentifs à toute forme de publicité. Et, comme je vous
dis, ce n'est pas souhaitable, ce genre de texte là, là, mais ça dit ce que ça
dit, là.
M. Lisée :
Ce n'est pas souhaitable.
Charlebois :
Bien...
M. Lisée :
Parce que, là, de la première
partie de ce que vous venez de dire on pourrait
conclure que vous ne trouveriez pas
répréhensible que, la semaine
prochaine, il y ait
ces affiches-là dans tous les points de vente du Québec. Et ensuite, dans la
deuxième partie, que j'ai préférée, vous disiez que ce n'est pas souhaitable.
Et là vous pouvez même dire qu'il ne
serait pas impossible que, mieux informée, cette affiche tombe sous le coup de l'article 24 sur la publicité indirecte. On pourrait conclure là-dessus.
Charlebois :
M. le Président...
Le Président (M.
Tanguay) : Oui.
Charlebois :
...lui, il dit que je lui prête des intentions quand je lui parle d'autre
chose, mais là il vient de m'en prêter toute une, là, toute une.
Mais,
moi, ce que je peux dire, là, c'est que les Québécois sont assez
intelligents pour faire la différence, dans ce que je viens de montrer, entre ce qui est souhaitable et pas
souhaitable. Mais on n'a pas besoin de son amendement, honnêtement, et, je vous le dis, la portée de son amendement
est tellement large, là, que ça va englober beaucoup
d'autres choses, bien qu'il prétende
le contraire. Comme je vous dis, ce n'est pas de gaieté de coeur, là, que je
lui dis que ce n'est pas possible,
là, parce que, quand c'est possible, les amendements
qu'il me soumet, on prend le temps de les regarder puis on en fait des modifications. D'ailleurs,
on va en faire une série, là, pour tout ce qui concerne les amendes. Bien,
c'était une de ses suggestions.
Alors, si, là, je prends le temps de lui dire que
c'est non, bien, c'est parce qu'il y a des raisons, puis je lui ai expliqué les raisons. Là, il essaie de me faire dire toutes sortes d'affaires, là, mais le texte dit ce
qu'il dit par lui-même dans l'affiche. Puis
ça, là, je vais vous dire bien franchement, là, un Québécois ordinaire comme
moi, là, est capable de voir ce que ça dit, cette affaire-là, là. Je ne suis pas en train de publiciser la
cigarette, là, puis en train de publiciser pour le crime organisé. Je
ne peux pas croire qu'il y a quelqu'un qui souhaite encourager le crime
organisé et qui est assis autour de cette table-ci. Puis, parmi la
population du Québec, là, il n'y a personne qui souhaite ça, là.
Le Président (M.
Tanguay) : Collègue de Rosemont.
Lisée : Bien, les Québécois sont bombardés, là, comme tout
Occidental, de 1 000 messages par jour, à peu près, entrent dans un débit de... dans un point de
vente, il y a une affiche, il y a des choses qui sont écrites en gros, Achetez
ceci , avec des cigarettes, puis il y a des trucs qui sont écrits en petit.
Alors, ça se peut qu'il y en ait une
partie qui comprenne Achetez
ceci . Alors, c'est comme ça que ça marche, les vendeurs. C'est comme ça
qu'ils fonctionnent.
Alors,
je comprends que la ministre trouve que mon amendement est trop large. Je lui
donne le bénéfice du doute, comme
d'habitude, puis je lui dis : Changeons-le, changeons-le, modifions le
libellé pour que René Lévesque à cigarette ne soit pas exclu. On ne veut pas ça, ni un ni l'autre. On veut s'assurer
de ça. Faisons le sous-amendement René Lévesque, mais assurons-nous qu'une fois qu'on aura adopté la loi les très
créatifs publicitaires de tabac ne trouvent pas un trou dans la loi pour dire : Bien, maintenant, on va
faire des supposées campagnes politiques pour pouvoir afficher des images de
tabac de la façon très habile que nous connaissons. Alors, c'est ça. Je propose
qu'on travaille sur le libellé.
Le Président (M.
Habel) : Mme la ministre.
Charlebois :
M. le Président, bonjour. À l'article 24, là, c'est stipulé : Toute
publicité directe ou indirecte en faveur du tabac — alors,
si le député de Rosemont considère que c'est une publicité indirecte, c'est
englobé dans l'article 24 — d'un produit du tabac ou d'une marque ou
d'un produit du tabac... d'un fabricant de produits du tabac est interdite lorsqu'elle est destinée aux mineurs,
lorsqu'elle... bon, de manière fausse, concerne un produit du tabac dont
la distribution est interdite par
l'article 29. Mais ça dit bien : «Toute publicité directe ou
indirecte...» Il vient de dire dans son
plaidoyer qu'il considère que c'est une publicité indirecte. Alors, c'est
couvert par l'article 24. Et son amendement couvre beaucoup trop
large.
Alors,
moi, je demeure convaincue que 24 peut faire le travail et que je suis prête à
passer au vote sur son amendement.
Le Président (M. Habel) : Est-ce que
vous avez une autre intervention, M. le député de Rosemont?
M. Lisée :
Oui. Simplement, pour dire que l'article 24 préexistait à ces publicités
où c'était écrit en gros Achetez ceci avec du tabac et que,
de toute évidence, les inspecteurs... ou personne n'a considéré que l'article
était assez fort pour interdire cela.
Et moi, j'ai très peur qu'on sorte d'ici en ayant donné, sans doute par
inadvertance, un signal très fort à une association comme l'association
québécoise des détaillants, qui est, pour l'essentiel, un front pour les
cigarettiers, de dire : Regardez, il y
a un beau trou dans la loi, là, maintenant vous pouvez partir et faire en sorte
que, sous prétexte de campagnes
d'information pour ou contre la contrebande dont la coalition contre la contrebande — qui n'est pas représentée aujourd'hui mais
qui l'était hier — est
un autre paravent pour les cigarettiers... puisse l'utiliser.
Je vous montre ici une loi fédérale qui exclut
explicitement... de promotion du tabac, donc l'interdiction de promotion du tabac, des oeuvres littéraires dans la mesure où un fabricant ou un détaillant n'a pas donné une contrepartie.
Alors, il dit qu'à l'article 18 de la loi fédérale sur le tabac
l'interdiction «ne s'applique pas aux oeuvres littéraires, dramatiques, musicales, cinématographiques,
artistiques, scientifiques ou éducatives — quels qu'en soient le mode ou la forme d'expression — sur
ou dans lesquelles figure un produit du tabac ou un élément de marque d'un
produit du tabac, sauf si un
fabricant ou un détaillant a donné une contrepartie, directement ou indirectement, pour la présentation du produit ou de
l'élément de marque dans ces oeuvres».
Alors, vous
savez, il y a des choses très bien qui s'appliquent qui
viennent du Canada, hein? Je l'ai dit, j'avais cité l'Ontario, le Nouveau-Brunswick, et tout ça, l'Australie, dans le Commonwealth.
Et, si elle le désire, on peut tout
simplement ajouter exactement cette formulation à notre amendement
et on va avoir protégé non seulement René Lévesque, mais l'ensemble des
représentations artistiques du tabac, et je pense qu'on va avoir réglé la
question.
Le Président (M. Habel) : Mme la
ministre.
Charlebois : M. le
Président, ce qu'il faut, là, c'est
prouver l'intention promotionnelle. Ce que je dis au député de
Rosemont, c'est que c'est prévu à l'article 24. D'autant plus que, là, on y a porté une attention spéciale. Alors, les inspecteurs vont porter une attention spéciale
quand ils vont se trouver chez les détaillants avec cette publicité-là. Le
renforcement de la loi fait en sorte qu'on
donne beaucoup plus de prise aux inspecteurs, et, avec 24, ils
peuvent faire ce qu'ils désirent. Alors, on va travailler à s'assurer
qu'indirectement ils ne fassent pas ce qu'ils ne peuvent pas faire directement.
Et voilà. Je suis prête à voter.
Le Président (M. Habel) : Une autre
intervention? M. le député de Rosemont.
M. Lisée : Bien, le problème,
c'est qu'on vient de créer un problème, là, parce que la parole du ministre va être utilisée dans l'interprétation de l'article 24, et la parole de la ministre, sans
doute par inadvertance, vient de dire
que l'exemple de la dernière campagne
de l'AQDA sur la contrebande... l'AQDA, qui, je le répète, est peut-être,
pour l'essentiel, un front pour les
cigarettiers, que cette affiche-là, pour elle, c'est correct. Et
donc, là, on a ce problème légal là qui vient d'être créé par la parole de la ministre, et la seule façon de défaire ça, c'est d'adopter
un amendement où, là, le juge verra : Bien, le législateur a décidé de colmater cette brèche-là en visant
spécifiquement des affiches qui montrent des produits du tabac, qui sont affichées dans des points de
vente du tabac et qui n'ont pas été prescrites par une loi, un règlement
ou une agence gouvernementale. Là, il n'y aura plus de débat, il n'y aura plus de débat. Et
là on va mettre l'amendement fédéral disant : Évidemment, ça ne s'applique
pas aux trucs artistiques, puis là ça finit. Là, on est sûrs qu'on n'aura plus
de problèmes. Là, l'AQDA va dire : On a
eu une petite bonne demi-heure, là, mais on l'a perdue ensuite parce qu'ils se sont entendus sur un amendement.
Je serais d'accord pour que la ministre en discute un petit peu avec ses conseillers.
Alors, on ne
veut pas sortir d'ici en ayant créé une brèche qu'on ne voulait pas créer, mais
je pense qu'on peut travailler sur le libellé ensemble. Et voilà.
Le Président (M. Habel) : Mme la
ministre.
Charlebois : M. le
Président, celui qui crée une brèche
ici, c'est lui en me prêtant des intentions puis en me faisant dire des choses que je n'ai pas dites. De plus,
la loi fédérale couvre déjà tout ça. Ça fait que je n'ai pas besoin d'en
rajouter, là, c'est déjà interdit, là. Ça
fait que le député de Rosemont le sait, il l'a lu lui-même. Ça
s'arrête là, là, la discussion. Et qu'il ne me fasse pas dire des choses
que lui souhaiterait dire. Moi, je n'ai jamais dit que c'était le bonheur,
cette affiche-là, puis que c'était
souhaitable, jamais je n'ai dit ça. Ne me prêtez pas d'intention. S'il vous plaît, M. le Président, dites-lui
qu'il ne me prête pas d'intention. Il
n'y a pas de brèche là. On va être
vigilants lors des inspections. Et la loi fédérale a prépondérance et n'admet pas la publicité
indirecte. Alors, je n'ai pas besoin de son amendement, malheureusement.
Le Président (M. Habel) : M. le
député de Rosemont.
M. Lisée : J'ai bien fait très attention de ne pas prêter
d'intentions à la ministre. C'est la dernière chose que je veux faire. Et je n'ai pas dit qu'elle avait dit
que c'était souhaitable, j'ai dit qu'elle avait dit que c'était correct. Elle a
pris l'affiche, elle l'a montrée à la
caméra puis elle a dit que les Québécois comprenaient que ce n'était pas une publicité
pour leur faire acheter de la cigarette,
c'était une publicité contre la contrebande. C'est ce qu'elle a dit. Elle ne
peut pas retirer ses paroles, elle peut quand même modifier la loi.
la raison pour laquelle la loi, pour l'instant, ne s'applique pas, bien, c'est
qu'elle ne s'est pas appliquée et que ces affiches ont été présentes
dans les points de vente de tout le Québec, et personne ne leur a dit que
c'était illégal. Mais là la différence,
c'est que maintenant la ministre a dit que les Québécois ne seraient pas dupes
de cette publicité et que donc elle
ne veut pas les interdire. Et moi, je ne vois rien... le plus qu'elle a dit,
c'est que ce n'était pas souhaitable, mais
c'est clair qu'elle ne veut pas les interdire, puis elle a dit que tout le
monde les comprend. Ça fait qu'on est là, là. Ce n'est pas moi qui ai dit ça, là, ce n'est pas moi qui ai voulu ça.
Alors, elle nous dit : La loi fédérale est prépondérante pour l'instant. Pourquoi ces affiches ont été
considérées comme légales, elles ont été tolérées, il n'y a pas eu d'action pour
les enlever? Alors, pour s'assurer que ça ne
se reproduise pas, adoptons l'amendement. Et, encore une fois, moi, je suis
constructif, je suis prêt à discuter du
libellé avec la ministre. Rien ne nous interdit de dire la même chose que la
loi fédérale, mais le fait de le dire
affichera clairement la volonté du législateur, et puis on... Vous savez, on
aurait déjà passé à un autre
article si on l'avait fait il y a
20 minutes, mais là on est encore là, c'est encore le temps.
Le Président (M.
Habel) : Mme la ministre.
Charlebois : M. le Président, cette affiche-là a été portée
à notre attention pendant la commission parlementaire. Les inspecteurs
vont être plus vigilants, peuvent agir en vertu de 24 en faisant la preuve
qu'il y a une intention de publicité
indirecte. J'imagine que le député de Rosemont pourra nous aider à monter un
plaidoyer qui sera fort intéressant
pour prouver l'intention de la publicité. Et, savez-vous quoi, M. le
Président?, on a assez de juristes au Québec
pour faire cet argumentaire-là, et je n'ai pas besoin de son amendement, qui a
une portée beaucoup plus large.
Avec 24, on est déjà
capables de couvrir ça. Ce n'est pas que j'ai l'intention de ne rien faire,
c'est que 24 le couvre déjà.
Le Président (M.
Habel) : M. le député de Rosemont, est-ce que vous avez une autre
intervention?
Lisée : Bien, je veux
dire, je comprends que l'affiche a été portée à la connaissance de la ministre pendant la commission,
mais elle préexistait, elle existait, elle était affichée. Il y a
des juristes, il y a des inspecteurs, ils ont considéré que le cadre juridique actuel ne les poussait pas
à déclarer ces affiches illégales. Et, si on garde le cadre législatif actuel,
bien, au procès que l'AQDA pourra conduire
grâce au financement des cigarettiers, bien, ils vont passer le clip de la
ministre, là, montrant l'affiche et disant que tout le monde comprend
que ce n'est pas de la pub pour la cigarette. Alors, c'est pourquoi il est
indispensable de modifier la loi.
Le Président (M.
Habel) : Mme la ministre.
Charlebois :
J'ai fait mon argumentaire, M. le Président, je suis prête à voter.
Le Président (M.
Habel) : M. le député de Rosemont, avez-vous une autre intervention?
M. Lisée :
Je vais laisser le dernier mot à la ministre, malheureusement.
Le Président (M. Habel) : Ne voyant pas d'autre personne, je suis prêt à
mettre l'amendement de l'article 21 aux voix. Est-ce que les membres sont
pour... Est-ce que l'amendement est adopté? Pardon.
Le Président (M. Habel) : Je passe maintenant à l'ensemble de l'article 21. Est-ce qu'il y a des interventions
au niveau de l'article 21?
M. Lisée :
Et on avait un autre amendement qui était suspendu, sur l'article 21.1.
Le Président (M.
Habel) : Nous sommes rendus à l'article 21.1.
Le Président (M.
Habel) : Il faut adopter l'article 21.
Une voix :
21. O.K. Et nous, c'était à 21.1.
Président (M. Habel) : Oui,
exact, on était rendus à 21. Pardonnez-moi. Donc, on était rendus à l'article 21.
Alors, est-ce
que vous avez des interventions sur l'article 21? N'en voyant pas, est-ce que l'article 21 est adopté?
Une voix : Sur division.
Le Président (M. Habel) : Adopté sur
division.
Nous sommes maintenant rendus à l'article 21.1.
Est-ce qu'il y a des interventions sur l'article 21.1?
M. Lisée : Oui, M.
le Président. L'amendement que nous avons introduit, qui a été suspendu pour que la ministre
ait le temps de la réflexion, se lit comme
suit : Le projet de loi est modifié par l'insertion, aprè