CRC — 12 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-09-12
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante et une
minutes)
Présidente (Mme Caron) :
Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la
commission est réunie pour procéder à la consultation générale et aux auditions
publiques sur le cahier de consultation intitulé La planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027 .
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par Mme Bogemans (Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin)
est remplacée par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, avant d'entreprendre notre mandat, je dépose le rapport final du Groupe d'experts sur l'aide médicale à mourir
et le handicap neuromoteur. Une version précédente de ce rapport avait
été rendue publique lors de l'étude détaillée du projet de loi n° 11, Loi
modifiant la Loi concernant les soins de fin de vie et d'autres dispositions
législatives.
Alors, nous débuterons ce matin par les
remarques préliminaires, puis nous entendrons les groupes suivants : l'Union
des municipalités du Québec, Stephane Tajick Consulting et l'Institut du
Québec.
Alors, je souhaite également rappeler au public
qu'il est toujours possible de commenter ce mandat et que la consultation en
ligne sur le cahier de consultation se terminera le
jeudi 28 septembre. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à vous
rendre sur notre site Web afin de remplir le questionnaire à l'adresse
assnat.qc.ca/immigration.
Alors, j'invite maintenant Mme la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration à faire ses remarques
préliminaires. Mme la ministre, vous disposez de six minutes. La parole est à
vous.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, bonjour et... bonjour à chacun de vous, et merci
beaucoup d'être ici présents pour cette commission parlementaire. Merci à la
députée de La Pinière pour avoir accepté de présider notre... notre
rencontre.
La commission
parlementaire qu'on amorce aujourd'hui, bien, vous le savez, a suscité beaucoup
de participation. Il y a eu de très
nombreux contributeurs. La dernière fois que cet exercice-là s'est tenu,
c'est-à-dire il y a quatre ans, en 2019, il y avait eu 31 mémoires
qui avaient été déposés. Cette année, on en a reçu 77. Donc, vraiment, un très
bel... une très belle mobilisation a entouré cette commission parlementaire,
puisqu'on a eu plus du double de participants.
Aussi, je pense qu'on peut se réjouir que les
contributeurs, les participants à la commission parlementaire proviennent d'une
grande diversité de secteurs, notamment, les villes, les MRC, les
établissements d'enseignement, les
associations économiques, associations juridiques, les entreprises, les
organismes communautaires, des professeurs d'université, des citoyens
également. Je trouve que c'est le parfait mélange pour faire en sorte d'avoir
une réflexion qui soit complète. Ça montre
également à quel point les enjeux d'immigration sont transversaux également et
ça montre à quel point le regard qu'on doit porter sur les enjeux en matière
d'immigration doivent tenir compte d'une grande variété de facteurs.
Plus tôt cette année, notre gouvernement a mis
de l'avant une série de mesures qui revoient l'approche du Québec en matière d'immigration.
Ce sont des orientations qui font référence à la composition de l'immigration
et au nombre de personnes immigrantes que le Québec souhaite accueillir au
cours des quatre prochaines années.
Elles font aussi référence au virage historique
que nous avons annoncé en matière du français. Nous agissons pour assurer la
pérennité du français par l'introduction d'exigences en matière de connaissance
du français dans l'ensemble des programmes
d'immigration économique. Pour y parvenir, nous comptons favoriser la sélection
de personnes connaissant le français et la sélection de personnes aptes
à exercer, dans un délai raisonnable, leur profession au Québec.
Mme Fréchette :
Bienvenue à mes collègues. Nous souhaitons aussi répondre aux enjeux liés à
la rareté de main-d'oeuvre en mettant en place un nouveau programme
d'immigration des travailleurs qualifiés couvrant l'ensemble des besoins du
marché du travail, un programme qui sera par ailleurs plus en phase avec les
besoins du marché. Il y aura une meilleure
concordance et une plus grande agilité qui sera associée à ce nouveau programme
PSTQ.
Favoriser l'attraction et la rétention
d'étudiants étrangers francophones, c'est également un de nos objectifs, en
facilitant et en accélérant la sélection par le biais du Programme de
l'expérience québécoise, le PEQ.
propositions, je pense, démontrent notre engagement ferme à prendre les actions
nécessaires pour favoriser l'apprentissage du français pour tous les
nouveaux arrivants et assurer la pérennité du français.
Une de nos priorités concerne également la
régionalisation, un souhait qui est exprimé depuis longtemps, on le sait, mais
pour lequel on a eu vraiment des avancées intéressantes au cours des dernières
années. On travaille également pour que
l'immigration se fasse en région dès l'arrivée au Québec et non pas dans un
second temps, après un passage, par exemple, dans la métropole. Donc,
notre souhait, c'est que cette commission-ci nous amène à entendre des
propositions qui nous permettront de poursuivre sur nos avancées en matière de
régionalisation de l'immigration.
Un des sujets qui retient l'attention, bien sûr,
est celui des scénarios de seuil que nous avons proposés en mai dernier. Le
premier scénario propose une hausse graduelle et modérée des seuils
d'immigration à 60 000 admissions en...
d'ici 2027. Ce scénario recommande également l'admission en continu des
personnes sélectionnées dans le cadre du
programme PEQ, volet Diplômés, c'est-à-dire des personnes ayant étudié au Québec
en français dans un des programmes québécois.
Dans le deuxième scénario, on propose de maintenir le nombre d'admissions au
niveau actuel, c'est-à-dire à 50 000
admissions. L'ensemble des réflexions et des documents partagés par les
intervenants lors de cette consultation publique seront analysés et
viendront enrichir nos analyses et nos réflexions.
Et finalement, au courant de la session, nous
adopterons les orientations qui permettront de guider nos actions lors des
quatre prochaines années, donc, un grand exercice qui offrira, je dirais, par
ailleurs, une belle suite aux 15 rencontres régionales que j'ai tenues au cours
des derniers mois et qui m'a permis d'entrer en contact avec un ensemble d'organisations et d'acteurs, qu'ils
soient économiques, qu'ils soient du domaine... du milieu communautaire ou encore du milieu de l'enseignement. Déjà,
cette... cette grande série de rencontres en région m'avait donné l'opportunité
d'avoir un portrait assez complet de la dynamique qui existe en région.
En terminant, bien, je veux remercier l'ensemble
des personnes et des organisations qui s'exprimeront devant cette commission de
même que celles qui ont déposé un mémoire. La plupart d'entre elles voulaient
intervenir à cette commission. Nous les
entendrons toutes. Donc, tout le monde qui a exprimé ce souhait sera entendu.
Leur participation contribue au développement de la société québécoise,
et je les en remercie. C'est aussi une occasion unique d'avoir une discussion sereine et constructive sur
l'immigration en gardant notre objectif, qui est de faire du Québec une société
francophone prospère, diversifiée et accueillante, une société capable de
répondre à ses besoins démographiques, sociaux
et économiques. Nous sommes déterminés à faire de chacun de ces parcours
d'immigration un succès. Comme je dis souvent, l'immigration, c'est
l'affaire de tous, alors, voyons-y collectivement. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
Mme la ministre. Il vous reste 1 min 6 s. Est-ce qu'une autre députée de
votre formation politique veut prendre la parole?
Mme Fréchette : ...sinon, je vais y
aller, parce qu'en fait moi, j'avais calculé 6 min 4 s...
La Présidente (Mme Caron) : Mme la
députée de Laviolette, la parole est à vous.
Mme Tardif : Oui. Bonjour. Bonjour,
Mme la Présidente. Bonjour, Mme la ministre. Donc, bien heureuse d'être ici
avec mes collègues aujourd'hui. Et je crois qu'il est important de mentionner
aussi que nous voulons de l'immigration en
région non seulement pour les accueillir, mais les garder, parce que nos
entreprises, nos entrepreneurs en ont
besoin, et nous devons les accueillir d'une façon exemplaire, comme nous
l'avons fait depuis que nous sommes en poste.
Donc, merci beaucoup. Merci à tous ceux qui vont être là. Et nous sommes à
l'écoute et nous sommes bien heureux d'être ici.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Alors, j'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle et député
de Nelligan à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
3 min 36 s. La parole est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Mes premiers mots en cette commission, c'est la première fois que
je parle après l'incident du séisme au Maroc, vont être à la communauté
marocaine au Québec, aux gens de ma ville natale, Marrakech, aux régions aux
alentours. Nos pensées sont avec vous. L'ensemble des membres de l'Assemblée nationale, élus, collègues vous saluent, vous
envoient beaucoup d'ondes positives dans ces moments qui sont extrêmement
difficiles. Et je tiens à saluer Mme la ministre, avec qui je me suis entretenu
ce week-end, aussi votre collègue la ministre
des Relations... des Relations internationales, Mme Biron. Je tiens à le
mentionner, parce que c'est un drame. On
découvre chaque jour d'autres villages. Hier, en prenant la route, on m'informe
qu'ils viennent de découvrir 600 personnes dans un village complètement rasé. Donc,
mes sincères condoléances à l'ensemble des personnes éprouvées par cette
tragédie.
Merci, Mme la
Présidente. Merci, Mme la ministre. Chers collègues de la
partie
gouvernementale, mes collègues de l'opposition, ma collègue députée de
Chomedey, c'est un exercice extrêmement important où nous sommes invités pour
parler de la prochaine planification de l'immigration. Cet exercice de
consultation est important dans la mesure où
les Québécois s'attendent de la classe politique de... qu'on travaille
ensemble, parce que les enjeux de l'immigration, que ce soit au niveau
de la régionalisation, de la francisation mais aussi au niveau de la capacité
d'accueil, c'est des... c'est des enjeux extrêmement importants.
Avant d'aller dans
nos demandes ou nos constats, je vais juste revenir sur un fait, le fait que la
promesse caquiste, en 2018, d'en prendre moins pour en prendre soin est
complètement dépassée. La CAQ a démontré que les seuils d'immigration où on
nous invite aujourd'hui est un débat qui est dépassé, qui est dépassé, parce
qu'il y a un scénario qui est complètement absent du portrait aujourd'hui. Les
deux scénarios que nous avons sur la table, à savoir
50 000 ou 60 000, n'incluent pas un scénario que je qualifie le grand absent.
Le scénario absent, c'est celui des travailleurs temporaires étrangers.
On parle aujourd'hui
de 370 000 travailleurs temporaires étrangers. Vous avez vu comme moi
plusieurs documentaires où on parle de l'esclavagisme moderne. On parle de
l'incapacité de s'inscrire à des cours de francisation. Figurez-vous que même
un représentant des Nations unies s'est déplacé au Canada pour faire son
constat et préparer son rapport. Il est même venu à Montréal pour le faire.
J'éviterai de parler
des délais interminables, j'éviterai de parler des cours de francisation,
j'éviterai de parler de beaucoup d'autres enjeux au niveau de la
régionalisation, mais je donne la chance à cette consultation, qu'on va avoir
un réel débat, un réel débat au-delà des différences entre notre position et
les positions des autres partis. Mais gardons en tête... Aujourd'hui, les
Québécois veulent savoir c'est quoi, la capacité d'accueil, comment on va faire
pour régionaliser et comment on va offrir des services de francisation. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci, M. le député de Nelligan. Maintenant, j'invite à
prendre la parole le porte-parole du deuxième groupe d'opposition et député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 12 s. La parole est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci,
tout le monde. Merci, d'abord, aux groupes qui ont contribué au débat, en fait,
par les mémoires. Ma lecture a été assez foisonnante, comme je devine la vôtre
aussi, dans les dernières semaines.
Cela dit, suivant
cette lecture-là et suivant, notamment, les articles récents du Devoir ,
je ne peux être aussi réjoui que la
ministre. Au contraire, moi, j'ai noté un plan ou une proposition d'immigration
qui augmente des délais, jusqu'à trois ans d'attente dans le
regroupement familial, 10 ans d'attente dans le refuge, 25 ans, jusqu'à 25 ans
d'attente dans la catégorie humanitaire. Je note un plan qui ne tient pas
compte des travailleurs étrangers temporaires sur
le territoire. Je note un plan qui manque de structure ou de mesures
structurantes en régionalisation et je note un plan qui est en marge de
l'échec qui nous a été présenté sur la rentrée scolaire de Francisation Québec pour
Alors,
dans la foulée, je demande le consentement de cette commission pour déposer le
scénario 3, le scénario de Québec
solidaire, sur lequel les groupes vont pouvoir débattre aussi, pour fournir une
alternative humaine et crédible aux deux scénarios proposés.
La Présidente (Mme
Caron) : ...au secrétariat.
Cliche-Rivard : Merci.
Présidente (Mme Caron) :
Merci, donc, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. J'invite maintenant le député de Matane-Matapédia à faire ses
remarques préliminaires pour une durée de 1 min 12 s. La parole
est à vous.
M. Bérubé : Merci,
Mme la Présidente. Le Parti québécois est la seule formation politique qui a
une position différente du gouvernement et des deux autres oppositions. Nous
maintenons notre position à l'effet que le seuil d'accueil au Québec est atteint et qu'il faut diminuer le seuil
d'immigration. Nous allons parler des 300 000 temporaires qui sont
occultés par le gouvernement. On ne veut jamais en parler. On ne veut pas les
comptabiliser. On fait comme si ça
n'existait pas. Pourtant, ces personnes habitent sur le territoire du Québec,
vivent avec nous, ont besoin de services.
Au Parti québécois,
on pense que la meilleure façon d'accueillir les gens qui viennent vivre
l'expérience québécoise, c'est de leur assurer qu'ils auront tout ce qu'il faut
pour que ça se passe bien. Et on a vu, à la rentrée, un fiasco qui est celui de Francisation Québec, 30 000 immigrants
inscrits, 1 500 personnes seulement qui peuvent participer. Rappelons
également que la CAQ au pouvoir avait promis que c'étaient 40 000
personnes, 40 000 immigrants par année, le seuil. Ensuite, on a
normalisé à 50 000, comme le Parti libéral, et là on va augmenter. Je
rappelle également les déclarations du
premier ministre du Québec, et je cite : «Si le Québec ne détient pas
davantage de pouvoirs, ce sera la louisianisation. Plus de
50 000 immigrants, c'est suicidaire.» Le premier ministre du Québec a
mis la table.
La Présidente (Mme Caron) : Merci,
M. le député de Matane-Matapédia.
Nous allons
maintenant débuter les auditions. Alors, je souhaite la bienvenue aux
représentantes de l'Union des municipalités du Québec, qui se joignent à nous
via visioconférence. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes au
total pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé.
Mme Dubois (Geneviève) : Bonjour.
Merci beaucoup. Geneviève Dubois. Je suis mairesse de la ville de Nicolet,
préfète de la MRC de Nicolet-Yamaska et,
aujourd'hui, ici en tant que deuxième vice-présidente de l'Union des municipalités
du Québec.
Alors, est-ce
qu'Anabelle, tu veux te présenter?
Mme Martini (Anabelle) : Oui. Bonjour. Anabelle
Martini, conseillère aux politiques à l'Union des municipalités du
Québec.
La Présidente
(Mme Caron) : Vous pouvez commencer.
Mme Dubois
(Geneviève) : Merci beaucoup. Donc, Mme la ministre de l'Immigration,
de la Francisation et de l'Intégration, Mme
la présidente de la commission, mesdames messieurs, membres de la commission,
donc, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre de la
consultation générale sur la planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027. Telle
qu'elle s'est présentée, je suis accompagnée ce matin par Mme Anabelle
Martini, qui est conseillère aux politiques à l'UMQ.
D'abord, j'aimerais
rappeler que, depuis maintenant plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les
gouvernements de proximité de toutes les régions du Québec afin de mobiliser
l'expertise municipale, accompagner ses membres dans l'exercice de leurs
compétences et valoriser la démocratie municipale. Nos membres représentent
plus de 85 % de la population et territoires du Québec.
L'UMQ souscrit aux
propos de la ministre voulant que l'immigration soit une responsabilité
complexe et une grande richesse pour le Québec. Qui plus est, l'UMQ considère
que l'immigration est une piste de solution à de nombreux défis tels que le vieillissement de notre population,
l'occupation du territoire ou la pénurie de main-d'oeuvre. L'immigration est aussi une opportunité pour la
vitalité et le développement socioéconomique de toutes les régions du Québec.
Pour
l'union, toute stratégie en matière d'immigration demande l'engagement et la mobilisation
sans équivoque de toutes les parties prenantes, et les municipalités
sont des actrices incontournables, car elles jouent un rôle majeur, que ce soit en matière d'attraction en offrant des
milieux de vie de qualité, dynamiques et attractifs, en matière d'inclusion
en créant des collectivités où il fait bon vivre ensemble, et d'enracinement en
favorisant le sentiment d'appartenance par
la qualité de l'accueil réservé et l'éventail de services proposés. Mais, pour
que cette stratégie fonctionne, elle doit être pragmatique et efficiente
en mettant en adéquation les programmes d'immigration, les besoins réels des
régions et leur capacité d'accueil au bénéfice des personnes immigrantes et des
collectivités.
Notre
présentation se fera donc en deux temps. Premièrement, je vais vous parler de
la nécessaire adéquation des programmes d'immigration avec les besoins
du marché du travail, et ensuite j'aborderai la question de la régionalisation
de l'immigration.
L'UMQ accueille
favorablement les récentes réformes annoncées des principaux programmes
d'immigration au Québec, que ce soit le programme de l'expertise... de
l'expérience québécoise, pardon, le PEQ, et le Programme régulier des
travailleurs qualifiés, le PRTQ. Ces réformes simplifient et accélèrent les
démarches d'immigration et sont en meilleure
adéquation avec le marché du travail actuel. Les assouplissements au PEQ,
programme très populaire, permettront de maximiser les chances de
l'établissement durable et de l'intégration rapide et réussie au marché du
travail québécois de ses candidates et candidats à l'immigration permanente du
Québec. Quant au PRTQ, la volonté gouvernementale de le remplacer par un
programme de sélection des travailleurs qualité, le PSTQ, et de modifier les exigences du français et les niveaux de compétence
admissibles sont également un pas dans la bonne direction pour nous.
nouvelles orientations devraient permettre une plus grande flexibilité de
procédure de sélection et d'obtention des permis de travail. En effet, la
connaissance du français exigée aux candidates et candidats du PRTQ était
jusqu'ici très élevée et n'était pas nécessairement en adéquation avec les
prérequis des types d'emplois en demande. Pour l'union, il est primordial de poursuivre les investissements
existants et de bonifier les accents... les actions visant la reconnaissance
des compétences des personnes immigrantes afin qu'elles puissent s'intégrer
rapidement au marché du travail dans un emploi à la hauteur de leurs
compétences.
Parlons
maintenant de la régionalisation de l'immigration. Pour l'UMQ, elle doit être
un axe central et prioritaire des orientations gouvernementales en matière d'immigration. Dans
un contexte de dynamisme économique, de pénurie de main-d'oeuvre et de
démographie vieillissante, la régionalisation de l'immigration est une question
de développement régional mais aussi de vitalité socioéconomique et même
parfois de survie. Les données récentes en cette matière révèlent une augmentation du nombre de résidentes
et résidents permanents s'installant hors de la région métropolitaine de Montréal, et c'est une excellente nouvelle.
Cependant, les orientations de la planification de l'immigration au
Québec pour la période 2024-2027 ne proposent pas la mise sur pied d'une stratégie
concrète de régionalisation de l'immigration.
L'UMQ
recommande donc d'élaborer, en concertation avec les différents acteurs
concernés, une stratégie nationale de régionalisation de l'immigration
comportant des objectifs et cibles à atteindre en fonction des besoins réels des régions et en tenant compte de la
capacité d'accueil et d'inclusion des communautés d'accueil. Cette stratégie
devra prendre en considération un certain nombre de composantes pour s'adapter
aux réalités vécues en région et enraciner les nouvelles et nouveaux arrivants.
Par exemple, la
détermination de la capacité d'accueil, qui dépend de plusieurs facteurs
indépendants, est variable d'une région à une autre, d'une municipalité à une
autre. Un modèle unique ne saurait répondre à cet enjeu. L'union propose donc
d'impliquer étroitement le milieu municipal dans la documentation et
l'élaboration de critères de capacité d'accueil afin d'identifier les éléments
pertinents à prioriser au regard de leurs réalités, besoins et enjeux spécifiques. Elle propose également d'impliquer
les autres ministères concernés dans la coconstruction de pistes d'action
visant à favoriser l'établissement durable des personnes immigrantes en région
et la mise en oeuvre d'un plan d'action ciblé, adapté et complémentaire
aux besoins spécifiques à chaque région.
Pour l'UMQ, mieux
faire connaître les régions du Québec est une condition gagnante à toute
stratégie de régionalisation. Et c'est
d'ailleurs pour cette raison que nous avons lancé, en juin dernier, notre campagne
Jeter l'ancre au Québec, qui donne la parole à plusieurs personnes
immigrantes installées dans diverses régions du Québec et qui se veut une vitrine de tout ce que le Québec et
ses régions ont à offrir. Dans cette logique, l'union propose de mettre sur pied
un programme pilote d'immigration régionale sous la forme d'une voie d'accès
rapide au PSTQ, par exemple, orienté sur les besoins en main-d'oeuvre dans les
régions, afin de faciliter l'enracinement durable des nouvelles et nouveaux
arrivants.
On le constate, les
gouvernements de proximité sont des partenaires essentiels pour favoriser
l'accueil, l'inclusion mais surtout l'enracinement des personnes immigrantes
dans toutes les régions du Québec. L'existence d'un véritable partenariat entre le milieu municipal et le gouvernement
du Québec est essentielle afin d'agir de manière concertée dans
l'édification des collectivités accueillantes et inclusives. L'un des axes de
ce partenariat réside dans le Programme d'appui aux collectivités, le PAC, dont
les dernières normes courent jusqu'en 2024. L'UMQ est d'avis que ce programme
pourrait bénéficier de certaines améliorations afin d'être en meilleure
adéquation avec les réalités municipales, que ce soit dans les processus ou les
objectifs poursuivis.
Pour cela, l'UMQ
propose les recommandations suivantes : travailler sur un cadre de
référence par taille de municipalité afin de
répondre à leurs priorités et besoins dans des interventions ciblées, en
s'assurant d'une équité dans son application, permettre davantage de
flexibilité dans l'application du programme, notamment pour une meilleure
adaptation locale, et permettre le financement d'actions de première ligne, les
municipalités étant de plus en plus sollicitées à le faire par les organismes
du Programme d'accompagnement et de soutien à l'intégration, le PASI, en raison
de l'augmentation de la clientèle et de ses besoins spécifiques, revoir aussi
la répartition du financement entre le MIFI et les municipalités afin de
permettre à celles-ci de financer des actions non permises dans le cadre du PAC
mais jugées prioritaires sur le terrain.
En terminant, une
stratégie nationale de régionalisation supposera des investissements majeurs
afin de soutenir l'accueil et l'enracinement
des personnes immigrantes en région. Elle devra également permettre de
renforcer la collaboration avec les
divers acteurs régionaux et communautaires spécialisés dans l'accueil des
nouvelles et nouveaux arrivants. À ce sujet, l'UMQ offre son entière
collaboration pour la suite de vos travaux.
Nous
sommes maintenant disponibles pour répondre à vos questions. Je vous remercie
infiniment de votre attention.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci beaucoup pour votre exposé, Mme Dubois.
Alors, juste avant de
procéder aux échanges, je veux dire que, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
j'ai bien reçu votre document et j'en autorise le dépôt. Alors, il est
disponible aux membres de la commission sur Greffier, dans le dossier Documents
déposés.
Alors,
pour procéder aux échanges, donc, Mme la ministre, la parole est à vous pour
une période 16 min 30 s.
Fréchette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, merci, Mme la
mairesse, merci, Mme Martini. Nous avons lu et pris connaissance de votre
mémoire avec grand intérêt. Nous étions contents que vous participiez à cette consultation, d'autant que nous avions fait
récemment une annonce ensemble pour un programme de régionalisation de
l'immigration, vous y avez fait référence, là, Jeter l'ancre. Donc, c'est une
belle suite.
À la page 10 de votre
mémoire, vous mentionnez la nécessité d'impliquer les municipalités dans la
définition de la capacité d'accueil de
chacune des régions puis, on le sait, que cette notion de capacité d'accueil
doit se décliner, justement, sur le plan régional, voire même municipal
parfois, puisque le logement est un enjeu qui compose la capacité d'accueil.
Alors, moi, j'aimerais vous entendre de manière un peu plus détaillée sur le
rôle que vous voyez pour les municipalités et les régions dans l'élaboration
des besoins d'immigration pour les différents milieux, dans le type d'accompagnement qui peut être offert, tout
comme dans l'identification des besoins, et la réponse à ces besoins-là
qui peut être apportée par les acteurs municipaux.
Mme Dubois
(Geneviève) : Peut-être que je laisserais d'abord Anabelle
répondre, et je pourrai peut-être, Anabelle, compléter, là, la réponse
qu'on a préparée.
Martini (Anabelle) : Oui, bien sûr. Dans le fond, ce qu'on souhaite
par cette recommandation-là, c'est de permettre au milieu municipal de pouvoir
contribuer activement, avec les services du ministère en région, à analyser, en
fait, déjà, à brosser le portrait un petit peu de la situation actuelle. Je
pense que ce qui est nécessaire aussi, et
c'est pour ça qu'on mentionnait l'importance aussi d'impliquer les autres
ministères, c'est d'avoir un portrait précis de... sur certains
indicateurs.
On parlait du
logement, d'avoir les besoins en logement. Parfois, il peut y avoir des
disparités, des discordances entre les besoins qui sont remontés par les
municipalités et d'autres documentations qui sont faites par d'autres
partenaires. Donc, c'est de mettre tout cela en commun pour avoir une vision
plus claire, en fait, des besoins puis de
les arrimer aussi avec les besoins des milieux socioéconomiques qui... Les
entreprises font souvent état de ces besoins-là aux maires, et
mairesses, et aux membres, là, des régions.
Donc, c'est important
que cet arrimage-là soit fait également et que tous ensemble, en fait, ils
puissent déterminer des cibles et des objectifs à atteindre pour s'assurer que
les personnes qui arriveront dans ces milieux-là puissent effectivement avoir
un toit, avoir une place en garderie s'ils arrivent avec des enfants, avoir un
emploi, cela va sans dire. Donc, c'est un ensemble, en fait, d'indicateurs
qu'il faudrait documenter en amont, s'assurer que tout le monde ait la bonne information et la même
information, pour pouvoir établir ensuite des critères, effectivement, en
fonction des besoins de... qui sont spécifiques, là, à chaque région.
Mme Dubois
(Geneviève) : Et je compléterais peut-être, Mme la ministre, si vous
me permettez. Anabelle a parlé de logement,
a parlé de services de garde, mais on sait aussi que l'enjeu de transport est
un enjeu particulièrement pour les
régions. Ce qu'on souhaite, c'est pouvoir accueillir, bien sûr, de
l'immigration, mais pouvoir le faire de façon harmonieuse, que ça
atterrisse bien dans nos milieux, le transport en est un, la santé aussi,
s'assurer que ces gens-là aient accès à des soins de santé de proximité.
Et ce qu'on a
observé, en tout cas, dans les régions, dans ma région, dans les dernières
années, c'est que, comme on est... on a des difficultés à répondre à ces
besoins-là, plusieurs entreprises ont pris le leadership, je vous dirais, à
travers l'accueil de leurs employés, d'acheter des édifices pour loger...
d'acheter des immeubles pour loger leurs travailleurs, acheter aussi des
camionnettes pour que ces travailleurs-là puissent se déplacer entre leur lieu
de résidence et l'entreprise. Mais
maintenant l'immigration en région a changé aussi. De travailleurs... de
travailleurs seuls, on a vu arriver des familles. Donc, les besoins, les
enjeux sont un peu différents pour nous, et on souhaite vouloir... collaborer à
ces... à l'identification de notre capacité d'accueil.
Fréchette : Merci. Merci pour ces précisions. Justement, en termes de
capacité à régionaliser l'immigration, bon,
vous savez, là, il y a le gouvernement antérieur qui avait complètement
fermé... je parle des libéraux, avait complètement fermé les bureaux en
région, les bureaux du ministère de l'Immigration. On s'est affairés à les
réouvrir, d'une part, et même à accroître, amplifier le nombre de bureaux qu'il
y a en région. On parle maintenant de neuf
directions régionales et de 77 antennes régionales, c'est
considérable, déployées partout sur le territoire du Québec.
Il y a également des
ententes qui ont été signées avec des organismes qui accompagnent les personnes
immigrantes pour leur intégration, leur insertion, la connexion aussi avec la
société d'accueil, et on a un certain nombre de programmes. J'y faisais
référence pour ce qui est de celui que nous avons signé avec vous. Est-ce que
ces démarches vous semblent aider, contribuer à régionaliser l'immigration? Là,
je fais référence à l'ouverture des bureaux du MIFI en région de même qu'à la
signature, donc, des ententes avec des organismes d'accompagnement et
d'accueil. Est-ce qu'on est plus avancés grâce à ces démarches?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, moi, je vais me permettre de vous répondre
qu'effectivement le retour du MIFI, entre autres, pour les régions qui avaient
perdu ces bureaux-là ou qui n'en avaient pas, est une grande avancée qu'on
salue, en fait. Puis les liens sont excellents avec les organismes
communautaires, avec les municipalités aussi. Ce
qu'on vit un peu chez nous, c'est qu'avec le pacte, entre autres, il y a
plusieurs sommes qui ont été distribuées à divers organismes. Je pense,
entre autres, aux carrefours jeunesse-emploi. Nous, on a des organismes
communautaires aussi qui ont eu des sous. La MRC s'occupe aussi de tout ce qui
est intégration des immigrants dans la communauté, ce qui fait qu'il y a eu
beaucoup de saupoudrage de sous. C'est plus difficile d'avoir des projets très
structurants. Et là chacun se retrouve à s'occuper de l'immigration ou de la
personne immigrante dans sa mission.
Alors, on a, chez nous, un territoire largement
agricole. Donc, on a beaucoup de travailleurs temporaires étrangers. L'UPA prend en charge ces gens-là. On les voit
très peu intégrés dans la communauté. Ils vivent souvent près de leur lieu de
travail. Ils travaillent beaucoup. Donc, ce n'est pas des clientèles qui
s'intègrent bien. Le carrefour jeunesse-emploi s'occupe du 35 ans et moins. Nous, on s'occupe... Alors, ça fait
beaucoup de gens qui s'occupent des personnes immigrantes, mais on n'a
pas de structure pour accueillir ces gens-là, comme un SANA, par exemple, chez
nous, ce qui fait que c'est un peu... c'est
un peu compliqué de s'assurer que cette clientèle-là ne tombe pas dans les
mailles du filet et que... On n'a pas une vision globale de l'immigration chez
nous, et, pour nous, malgré que les liens soient bons et que les sous
soient au rendez-vous, c'est cette espèce de concertation là et de travail là
qui est plus difficile chez nous.
Je ne sais pas,
Anabelle, si tu souhaitais compléter la réponse.
Mme Martini (Anabelle) : Oui.
Effectivement, les informations que nos membres nous ont remontées, c'est
qu'effectivement les relations avec les directions régionales sont souvent
très, très bonnes, puis leur retour en région a été fortement apprécié.
l'union, ce qui, pour nous, est une condition gagnante de la régionalisation,
c'est de s'assurer qu'il y ait une plus forte proportion d'immigration
primaire, donc, que les gens qui arrivent au Québec s'installent directement en
région. On sait que ça peut se faire dans un second temps sous la forme, là,
d'une immigration secondaire, mais ça comporte quand même beaucoup d'enjeux,
là, de déraciner à nouveau des personnes qui venaient, justement, de
s'installer dans un nouveau pays ou encore, bien, c'est ça, de les... de leur
faire quitter des habitudes, notamment une proximité avec une communauté qu'on
peut plus facilement retrouver dans un centre urbain qu'en région. Ça fait en
sorte aussi que le taux, ensuite, d'enracinement de ces personnes-là en région
n'est peut-être pas aussi satisfaisant qu'on le souhaiterait, alors qu'avec une
immigration primaire, bien, et que... et la préparation, et l'anticipation des
milieux par rapport à leur arrivée, avec les services, effectivement, comme l'a
mentionné Mme Dubois, adaptés pour pouvoir les accueillir et les intégrer à la
communauté d'accueil ça nous semble être une voie de... une avenue, en fait,
très importante pour s'assurer que la régionalisation puisse se faire dans de
bonnes conditions.
Mme Fréchette :
Sur ce point-là, j'aimerais vous entendre sur la meilleure façon ou les
meilleures façons, parce que j'imagine qu'il n'y a pas une seule baguette
magique, que l'on pourrait faire connaître la réalité des régions à
l'international. On a, comme vous le savez, là, des équipes qui sont
redéployées à l'international, parce que, là
aussi, le Parti libéral avait plutôt fermé la presque totalité des équipes du
ministère de l'Immigration à l'international. On s'est affairés à les
réouvrir. Maintenant, on veut mettre, comment dire, à profit ces équipes à
l'international pour faire en sorte de bien
faire connaître la diversité, les opportunités qu'il y a en emploi, la qualité
de vie qu'on retrouve en région. De quelle manière est-ce que vous
verriez qu'on puisse atteindre cet objectif-là?
Mme Martini (Anabelle) : Bien, déjà, comme on l'a
mentionné plus tôt dans la présentation, notre campagne Jeter l'ancre au Québec était vraiment orientée dans cette
perspective-là. Ce qu'on voulait, c'était vraiment démontrer aux
personnes qui souhaitaient immigrer au Québec, qui étaient encore à l'étranger,
bien, que toutes les régions du Québec
avaient quelque chose à leur offrir en fonction, effectivement, de leurs
intérêts puis de leurs attraits.
Puis on pense que
c'est de cette façon-là, en fait, qu'on va pouvoir aussi capitaliser sur la
régionalisation, en faisant, en fait, en sorte que les régions aillent
davantage aux personnes en... qui souhaitent immigrer au Québec, alors que, pour l'instant, la relation est plus...
comment dire, la personne immigrante doit faire, entre guillemets, l'effort
d'aller faire les recherches, alors que, là, nous, ce qu'on pense, c'est qu'il
faut que ce soit l'inverse qui se passe pour qu'elle puisse avoir tout de suite
un panorama, en fait, d'opportunités devant elle, peu importe la région en
question, parce que chaque personne a ses propres intérêts, a ses propres choix
à faire, là. Est-ce qu'elle préfère vivre plus dans la nature, dans les centres urbains, par exemple? Puis notre campagne
est vraiment basée là-dessus, pour parler, en fait, des attraits des régions pour différents publics
cibles. Là, nous, on avait ciblé, justement, les jeunes de 35 ans et moins,
les familles et les entrepreneurs pour démontrer que, partout au Québec,
partout, de façon inclusive, dans toutes les régions, même celles qui sont un
peu plus éloignées, auxquelles, peut-être, on pense un peu moins, bien, il y
avait des opportunités à saisir et des possibilités aussi de s'épanouir dans ce
milieu de vie là.
Donc,
c'est... Puis les Journées Québec aussi sont une très bonne rampe de lancement,
là, pour faire, justement, des régions une vitrine du Québec. Là, on
sait qu'il y a déjà beaucoup de choses qui se font, notamment, avec la
présence, là, de la SDED dans le cadre de ces journées-là, qui, souvent, invite
d'autres régions à se joindre, là, mais effectivement on pense aussi que les
Journées Québec pourraient peut-être bénéficier d'un peu plus, là, d'impact
pour faire connaître les régions à l'international. C'est une porte d'entrée
incroyable, là, quand on sait le nombre de personnes qui se rendent dans ces
journées-là puis le nombre de CV déposés. Donc, ça pourrait aussi être quelque
chose à soulever.
Fréchette : Merci. Merci beaucoup. J'enchaînerais maintenant sur la
connaissance du français, comme vous savez qu'en fait on a fait de la langue
française un des axes principaux pour la réforme de notre immigration
économique. J'entends souvent que, lorsque les gens immigrent en région, bien,
ça facilite et ça accélère le processus d'apprentissage
du français. On a aussi Francisation
Québec qui est instauré... en fait,
qui est en voie de développement à grande
vitesse, depuis le 1er juin dernier, pour faciliter l'accès aux cours de
français. Alors, je me demandais comment vous voyez cette importance qui a été donnée à cette connaissance du
fait français. Est-ce que vous constatez également que le fait d'immigrer en région contribue à
l'accélération de l'apprentissage du français? Est-ce que c'est quelque chose que
vous vérifiez sur le terrain?
Mme Martini (Anabelle) : Oui. En effet, c'est un
élément que beaucoup de nos membres nous font remonter, là, que le fait d'immigrer en région accélère
l'apprentissage du français de façon significative. Là, on n'a pas, évidemment,
de donnée nécessairement pour... concrète,
là, pour appuyer, mais c'est, effectivement, une impression qui est partagée
par de nombreux maires et mairesses. Effectivement, c'est important aussi pour
l'union que la francisation fasse partie, en fait, d'un éventail, aussi, de
services qu'on offre aux personnes qui souhaitent immigrer au Québec, de leur
offrir la chance de parler français, notamment depuis l'étranger. Ça rejoint
aussi les actions que nous souhaitons faire à l'union, là, de mieux... de mieux
faire connaître les régions puis tout ce que le Québec a à offrir. Bien, le
français fait
partie de ces richesses-là. Donc, nécessairement, de pouvoir
l'offrir à des personnes qui ne sont pas encore là mais qui souhaitent venir,
c'est aussi une condition gagnante, d'autant que ça... d'autant plus si elles
s'installent par la suite en région. Elles vont pouvoir poursuivre leur
apprentissage.
Mme Fréchette : Merci. Je vous
amènerais maintenant à la page 11 de votre mémoire. Vous y mentionnez que le Programme
d'appui aux collectivités, donc, le PAC, c'est un axe essentiel, mais qui
pourrait être amélioré. Donc,
vous proposez que le programme soit plus flexible dans son application. Alors,
quel aspect du programme est-ce que
vous verriez qui pourrait bénéficier d'une plus grande flexibilité, selon vous?
Puis quels seraient les besoins spécifiques auxquels cette plus grande
flexibilité répondrait?
Mme Martini (Anabelle) : Dans le
fond, ce que nos membres nous font remonter souvent comme retour sur le PAC,
c'est effectivement, notamment, au niveau de l'élaboration des plans d'action,
de certaines actions qui sont pertinentes sur le terrain mais qui ne
correspondent pas nécessairement à des objectifs du... bien, correspondent aux
objectifs du PAC, mais, par exemple, qui touchent peut-être davantage à
d'autres... à d'autres actions que d'autres ministères pourraient... pourraient
avoir à mettre en oeuvre, par exemple, des cours de piscine dans les piscines
municipales pour les personnes immigrantes, là. On sait à quel point le sport
peut être un vecteur d'intégration important dans les communautés, mais ce
n'est pas toujours possible de pouvoir l'intégrer dans les plans d'action parce
que ça ne répond pas nécessairement aux missions, aux objectifs que le PAC
s'est donnés. C'est davantage, en fait, de se mettre en adéquation avec les
besoins des milieux puis, également, dans le fond...
Martini (Anabelle) : Je suis
désolée. Il y a comme une alarme qui vient de se mettre en... Je vais laisser peut-être la ministre continuer parce que je ne
suis plus capable de vous suivre. Je m'excuse. Je suis vraiment désolée.
Mme Fréchette : On va revenir à vous
ultérieurement. Vous nous faites signe quand l'alarme est terminée.
Alors, bien, Mme la mairesse, là, vous indiquez
que la révision du financement du MIFI permettrait aux municipalités de financer des actions non permises dans le cadre du PAC,
le programme d'accueil des communautés... d'accompagnement, mais jugées prioritaires sur le terrain. Donc,
pourriez-vous détailler, en fait, le type d'activités que vous
aimeriez voir être couvertes par ces ententes et expliquer pourquoi elles sont
prioritaires?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien, en
fait, peut-être... Je ne sais pas si Anabelle est de retour, mais je pourrais
peut-être donner quelques exemples. Entre autres, chez nous, on sait que, les
familles qui arrivent, les jeunes s'inscrivent
à l'école, apprennent le français, mais, quand arrive la période estivale, ces
jeunes-là ont quand même besoin de
soutien, et souvent les familles n'ont pas nécessairement les revenus pour
pouvoir les inscrire, par exemple, aux camps de jour ou dans certaines
activités.
Donc, c'est sûr que la ville offre des gratuités
à ces enfants-là, à ces familles-là, pour s'assurer que les acquis que les
enfants ont faits pendant l'année scolaire ne sont pas perdus. Et ce n'est pas
toujours des actions qui sont déjà soit
prévues au plan d'action qu'on a mis en oeuvre, parce que ce plan d'action là,
déjà, date, ou qui ne sont... soient pas permises non plus au
remboursement. Donc, c'est sûr qu'il faut une bonification. Il faut aussi
donner une certaine agilité pour pouvoir se conformer à notre nouvelle réalité.
Fréchette : Alors, Mme Martini, est-ce que c'est correct pour
vous, maintenant, de compléter votre réponse, ou si vous aviez terminé,
ou...
Mme Martini (Anabelle) : On doit
évacuer le bâtiment pour des raisons de sécurité, donc je vais devoir me
déconnecter. Je suis vraiment confuse et désolée.
Mme Fréchette : Bon, mauvais timing.
Martini (Anabelle) : Oui, c'est ça. La sonnerie ne fait que... ne fait
que sonner, là. Ça fait que je m'excuse vraiment, là. Je n'ai d'autre
choix que de devoir quitter pour des raisons de sécurité.
Fréchette : ...vous devez quitter. Alors, je vous remercie
toutes les deux, Mme la mairesse, Mme Martini.
Présidente (Mme Caron) : Oui. Merci. On va passer maintenant à la période
d'échange avec l'opposition officielle. Donc, je cède la parole au
porte-parole de l'opposition officielle pour 9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Merci pour votre mémoire. Excellentes propositions. Je
vais aller directement parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Pourquoi vous
proposez aujourd'hui une stratégie de régionalisation de l'immigration?
Mme Dubois (Geneviève) : En fait, je
vais tenter de répondre du mieux que je peux, hein, étant donné que la
partie
plus technique qui représente bien l'union n'est plus là, Mme Martini. Mais ce
qu'on souhaite, c'est vraiment de... Ça fait
longtemps qu'on parle de régionalisation de l'immigration. On en a parlé
tantôt, il y a souvent différentes actions qui sont menées par différents
ministères. Quand on parle d'une stratégie nationale, c'est qu'on souhaite que
tous les ministères qui sont touchés par l'immigration, et là on parle du
ministère du Travail, de l'Habitation, la Santé,
le Transport, on en a parlé tantôt, que tous ces gens-là s'assoient ensemble pour
permettre un meilleur atterrissage de ces gens-là chez nous et que les
municipalités fassent
partie aussi de la discussion, et de la réflexion, et de
l'élaboration des objectifs, des cibles, et tout ça. Donc, c'est dans ce
sens-là qu'on parle d'une stratégie de régionalisation.
Derraji : Je vous comprends. Tout à l'heure, vous avez parlé des
bureaux. Si je fais l'avocat de la
partie gouvernementale,
ils vont vous dire : Bien, on a ouvert des bureaux que les libéraux, ils
ont fermés. C'est ce qu'on dit depuis six ans, maintenant, que la CAQ est au
pouvoir. Pensez-vous que ces bureaux remplissent vraiment la tâche?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, je pense que ces bureaux-là sont très utiles pour
avoir une connaissance de l'immigration dans chacune de nos régions. Donc,
vraiment, c'est très utile, mais ça ne peut pas uniquement reposer sur le
ministère de l'Immigration. L'intégration et l'enracinement, surtout, de ces
gens-là, c'est une affaire collective et c'est vraiment ce qu'on revendique, à l'UMQ,
M. Derraji : ...la
stratégie de régionalisation menée par la CAQ, depuis 2018, a donné des
résultats, selon vous? Dans votre propre région, donnez-nous un cas, un cas
concret.
Mme Dubois (Geneviève) : Je pourrais... Je n'ai
pas... Malheureusement, je n'ai pas de chiffre à vous donner de combien de
personnes qui sont émigrées chez nous. Comme je vous dis, on a un territoire
extrêmement agricole. On a beaucoup de travailleurs temporaires
étrangers. Mais je n'ai pas de chiffre. Je ne peux pas vous dire si la
stratégie a bien fonctionné ou pas, là, malheureusement. Puis, comme je vous
dis, Anabelle aurait peut-être eu une réponse. Malheureusement, elle a choisi
de sauver sa vie.
M. Derraji : Non,
bien, elle a raison. Dans certains cas, il faut choisir de sauver la vie, vous
avez raison. Parlons de la capacité d'accueil. Vous avez parlé beaucoup,
beaucoup de la capacité d'accueil. Vous avez lu le document que le gouvernement
nous a envoyé, a mis à notre disposition. Est-ce que vous avez trouvé une
réponse à la capacité d'accueil réelle ou
est-ce qu'aujourd'hui vous dites qu'on aurait dû travailler sur la capacité
d'accueil pour la chiffrer, savoir de quoi on parle?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, moi, je pense qu'il faut travailler ça ensemble.
Oui, il faudra chiffrer, mais il faudra que les municipalités participent à cet
exercice-là. On ne peut pas avoir... Et ça, c'est... On parle... On en parle
pour l'immigration, mais on pourrait en parler pour plusieurs sujets. On ne
peut pas descendre un processus mur à mur ou une formule mur à mur pour chacune
des régions. Chacune a des réalités très différentes, et, à travers ces
régions-là, les municipalités ont des particularités aussi très différentes. Et
c'est un peu ce qu'on souhaite aujourd'hui, c'est d'être
partie prenante de
cette stratégie-là pour la suite des choses, évidemment.
M. Derraji : Je
vais poser une question très directe, parce que c'est des consultations où on
essaie, quand même, d'avoir des réponses pour les Québécois. Vous avez entendu
le premier ministre à plusieurs reprises parler de la capacité d'accueil. Vous
avez même entendu la déclaration de l'ancien ministre de l'Immigration sur
l'intégration que... sur l'intégration. On parle aussi des mots forts, des propos
que, parfois, les gens pensent que c'est des propos qui n'ont pas sa place sur
le... je dirais, qui n'ont pas leur place sur l'espace public. Pensez-vous que
les propos tenus par le premier ministre ou n'importe quel ministre
désencouragent les gens à penser sortir de Montréal?
Mme Dubois (Geneviève) : En fait, l'UMQ, par
rapport aux seuils ou au nombre d'immigrants qu'on pourrait
accompagner... L'UMQ a toujours choisi de ne pas se prononcer sur un chiffre ou
un nombre. Ce qu'on dit, c'est que, nous,
notre compétence et notre expertise, c'est vraiment de s'assurer qu'on fait
bien atterrir ces gens-là chez nous, et c'est vraiment dans ce... cet
enjeu-là qu'on veut... qu'on veut travailler, là.
M. Derraji : Aujourd'hui,
vous, peu importe le scénario 1, 50 000 ou 60 000, vous n'avez
pas de position.
Mme Dubois
(Geneviève) : Non, on n'a... on ne se prononcera pas.
Mme Dubois (Geneviève) : Ce qu'on souhaite, c'est
que, ceux qui seront dédiés à nos régions, parce qu'on en souhaite, on en veut,
de l'immigration, bien, on soit capables de les accueillir. Et il est là, nous,
notre... notre réel enjeu.
M. Derraji : Excellent.
Vous avez aussi mentionné les travailleurs temporaires étrangers. J'étais dans
des fermes que j'ai visitées l'été. Ce scénario est quasiment absent de la
consultation actuelle. Est-ce que, sur cet enjeu, vous allez vous prononcer ou
pas?
Mme Dubois
(Geneviève) : On n'a pas nécessairement...
M. Derraji : Vous
êtes dans une région agricole. Donc, vous les côtoyez. C'est des gens qui
existent. Ils utilisent les logements, les
services publics et l'ensemble des services, vous l'avez mentionné, transport,
santé, logement. Vous avez même dit que... des entrepreneurs qui
achètent des roulottes ou des maisons pour les adapter. Ce scénario est absent
de la consultation actuelle. Pensez-vous qu'on aurait dû l'inclure?
Mme Dubois (Geneviève) : C'est vrai
qu'on n'a pas... on n'a pas beaucoup parlé de ça, mais c'est vraiment une réalité, vous avez raison. Par contre, ces
travailleurs temporaires étrangers là, chez nous, sont quand même un peu
exclus de ce qui se passe. Je vous dis, ils sont... ils
sont logés... ils sont logés par, souvent, l'employeur. Ils sont déplacés par l'employeur. Ils vivent souvent sur
leur lieu de travail. Donc, on a peu de contacts avec ces travailleurs-là.
Honnêtement, je pense que c'est une richesse à laquelle on n'a pas accès si...
tu sais, puis que... Puis c'est l'UPA qui s'en occupe. Et donc c'est vraiment une chasse gardée, là, de l'union
des productions... des producteurs agricoles. Mais effectivement, là, on
en a peu parlé dans le mémoire.
M. Derraji : Je
parle plutôt de la consultation. Est-ce qu'aujourd'hui, vu le contexte de votre
région, qui ressemble à plusieurs régions, je vous ai parlé de mes rencontres
avec... avec des fermes... qu'aujourd'hui, pour les trois prochaines années, on annonce une consultation... qu'on aurait dû
prendre le temps de bien analyser l'apport des travailleurs temporaires
étrangers au Québec?
Mme Dubois
(Geneviève) : Bien, je pense que les dernières informations qui sont
sorties sur les conditions de travail, entre
autres, puis les conditions que ces gens-là vivent... Effectivement, je pense
qu'on pourrait se prononcer. On pourrait prendre le temps de réfléchir à
l'apport de ces... de cette catégorie de travailleurs là, effectivement.
M. Derraji : Mais
on s'entend que cette catégorie n'est pas présente dans les scénarios que vous
avez devant nous... devant vous, que le ministère de l'Immigration vous
présente. Il n'y a pas ce portrait.
Mme Dubois
(Geneviève) : Est-ce que... Je pense qu'Anabelle est seulement au
téléphone. Je ne sais pas si, Anabelle, on avait poussé un petit peu plus loin
par rapport aux travailleurs temporaires étrangers.
Mme Martini
(Anabelle) : Oui. Excusez-moi, je suis en ligne depuis depuis mon...
depuis mon téléphone, donc je m'excuse si le son est... on est... est un peu
difficile de mon côté.
Pour les travailleurs
étrangers temporaires, effectivement, nous n'en faisons pas nécessairement
mention dans notre mémoire pour... pour le moment, oui.
M. Derraji : Ce
n'est pas ça, ma question. Ma question est la suivante. Votre réalité est une
réalité où il y a pas mal de travailleurs temporaires étrangers. Vous êtes dans
une région agricole. Le scénario que vous avez devant vous, d'ailleurs, vous refusez de se prononcer sur 50 000 ou
60 000. C'est correct. Je le comprends. Mais est-ce que vous pensez
qu'on aurait dû, au gouvernement, prendre le temps nécessaire de prendre en
considération le portrait des travailleurs temporaires étrangers, au Québec,
qui sont parmi nous?
Vous avez vous-même
mentionné qu'il y a une pression sur les logements. J'ai entendu la sortie de
l'UMQ la semaine dernière. Vous avez des
enjeux de l'itinérance. Vous avez des enjeux de logement, des changements
climatiques. Vous demandez une révision du pacte fiscal. Et là, maintenant, il
y a aussi des travailleurs temporaires étrangers que vous vous ramassez à gérer aussi. Donc, c'est ça, ma
question : Est-ce que vous auriez dû le voir, vous souhaiteriez le voir?
Mme Martini
(Anabelle) : Bien, nous, c'est sûr qu'on ne regarde pas
nécessairement... une municipalité ne regarde pas nécessairement le permis de
travail ou la... si la personne qui est présente au Québec, immigrante, a une
résidence permanente, est là en tant que travailleur étranger temporaire ou
avec un autre permis de travail fédéral de type PVT ou de jeune professionnel.
Donc, toutes les personnes immigrantes doivent être prises en compte dans
l'élaboration de stratégies qui visent à leur accueil, à leur enracinement au
Québec.
M. Derraji : OK.
Parlons de la capacité d'accueil encore une fois. Mme la mairesse, dans votre
région, avez-vous des enjeux de logement?
Mme Dubois
(Geneviève) : Absolument, absolument.
M. Derraji : ...le
nombre de logements qu'il manque.
Mme Dubois
(Geneviève) : Nous, on n'a pas... on n'a pas évalué le nombre de
logements qu'il manque, mais on n'a aucun
logement ou pratiquement pas de logements disponibles actuellement. On
travaille avec des promoteurs. On tente aussi de... Nous, un de nos
enjeux, comme bien d'autres municipalités, c'est le logement abordable. Donc, on travaille, on travaille activement avec des
promoteurs à développer, et ça se passe relativement bien, mais malheureusement il y a quand même des délais.
Mais, comme je vous dis, chez nous, en ce qui concerne l'immigration...
M. Derraji : Je
vais juste revenir sur la régionalisation, parce que vous demandez...
La Présidente (Mme
Caron) : C'est terminé. C'est terminé.
M. Derraji :
C'est terminé. OK. C'est bon.
La Présidente (Mme Caron) : C'est
terminé. Alors, merci. Et je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition pour 3 min 18 s.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. J'ai lu
le mémoire avec grand plaisir. Je vais me permettre d'abord de souligner, moi
aussi, là, comme vous, j'étais très heureux du réajustement nécessaire dans le
PEQ — Étudiants...
dans le PEQ — Diplômés,
ce qui va favoriser un meilleur établissement de nos étudiants internationaux. Cela dit, ça a été annoncé en
avril. Mme la ministre, on est en septembre. Il y a des centaines d'étudiants
qui attendent. Alors, je vous lance la question par la bande : Quand,
quand entreront en vigueur les réformes promises pour nos diplômés? Ils
l'attendent. J'ai des dizaines, voire des centaines de contacts. Les gens me
demandent quand. Alors, si vous pouviez répondre à ça, ça nous... serait très
apprécié.
reviens sur, dans votre mémoire, l'absence d'une stratégie nationale, de mesure
structurante sur la régionalisation et votre recommandation 8... 6,
pardon, d'un programme spécifique dédié à la régionalisation. Nous avons mis au
jeu dernièrement le PEQ — Régions...
le PEQ — Régionalisation,
qui, quand je le lisais, s'axe ou s'oriente directement dans ce que vous
demandez, essentiellement, un programme spécifique dédié aux régions. On parle
d'un programme accéléré de qualification
pour l'obtien du certificat de sélection, 12 mois de travail au lieu de 24,
donc, on garde 24 pour Montréal, on laisse 12 mois pour les régions
hors de Montréal. Nos francophones, évidemment, on retire les frais de traitement, donc, une économie qui peut aller
jusqu'à 1 500 $ par famille, et on les traite de manière expéditive pour
leur donner le CSQ rapidement, pour que vos travailleurs étrangers
puissent rester puis puissent continuer rapidement de s'intégrer dans votre
communauté.
Est-ce
que c'est ce genre de mesure là structurante que vous aviez en tête dans la
rédaction de vos recommandations?
Mme Martini
(Anabelle) : Oui, effectivement. Nous, comme je l'ai mentionné tout à
l'heure, à l'UMQ, ce qu'on... ce qu'on
pense, c'est que la migration en région doit se faire de façon primaire. Et,
pour cela, effectivement, de permettre, directement dans les programmes
d'immigration, d'être en adéquation avec les besoins et les réalités des
régions, ça nous paraît être, effectivement, un angle très intéressant pour
mettre en oeuvre de façon concrète une stratégie de régionalisation. On a vu,
dans d'autres provinces au Canada, que ça a parfois été fait et ça a été fait
toujours avec succès, en concertation avec les milieux, avec certaines municipalités
et régions. Donc, c'est un peu dans cette
idée-là qu'on souhaitait proposer ce programme pilote, pour que ce soit testé
d'abord dans certaines régions avant d'être établi de façon plus pérenne
à la grandeur du Québec.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Votre première recommandation porte
sur la réduction des délais. Le Devoir nous apprenait qu'on va parler de 10 à
25 ans de délai de traitement dans certaines catégories d'immigration.
Est-ce que vous jugez que c'est humain et raisonnable d'attendre 10 à
25 ans pour la résidence permanente?
Mme Martini
(Anabelle) : Non. Ce sont des délais qui sont effectivement très
longs. Mais des données que nous avions obtenues dans les derniers mois nous
laissent à penser qu'effectivement il y a eu des avancées dans le «backlog» qui
était dû à la pandémie puis qu'il y a eu quand même des avancées, au niveau de
certains délais, qui ont été faites,
notamment au niveau de la résidence permanente, dans le programme peut-être un
peu plus général, là. Donc...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
Mme Martini (Anabelle) : Donc, c'est ça, il y a
peut-être encore des efforts à faire. C'est pour cela que notre
recommandation est de poursuivre les efforts.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. C'est terminé. Alors, maintenant, je vais céder la
parole au député de Matane-Matapédia pour 3 min 18 s.
M. Bérubé : Merci,
Mme la Présidente. Merci pour votre présentation. Votre réalité ressemble
beaucoup à celle que je vis dans ma circonscription. Vous avez répondu à un
collègue, tout à l'heure, qui vous posait la question de la capacité d'accueil,
d'hébergement. Alors, si vous n'avez pas d'appartement de disponible, comment
on fait de l'immigration chez vous? Est-ce que ça vient de se terminer là?
Mme Dubois
(Geneviève) : En fait, bien sûr que non. On est en train de développer
un parc immobilier chez nous, là. Il y a de la construction qui se fait. Mais,
comme je vous dis, il faut prendre en compte plusieurs éléments, dont le logement,
dont le transport aussi. Vous le savez, M. Bérubé, dans votre région, le
transport collectif est... il doit ressembler au nôtre, hein? Ce n'est pas...
Ça ne passe pas aux cinq minutes. Donc, on a des enjeux aussi de déplacement.
Et c'est pour ça qu'on se dit qu'il faut bien évaluer ça et il faut y aller à
géométrie variable en fonction de nos... de
nos réalités propres. Mais effectivement, là, ça pose plusieurs défis, même si
les besoins en main-d'oeuvre sont grands chez nous aussi, là.
M. Bérubé : On
en revient à la capacité d'accueil. Elle peut se définir. Par exemple,
lorsqu'on a eu le débat sur le chemin
Roxham, c'est les groupes communautaires de Montréal qui nous disaient, à nous,
en tout cas : Dites-le, qu'on est pleins, qu'on n'a plus de
ressources. Et je pense que c'était la façon correcte de dire : Si on veut
accueillir correctement les gens, il faut avoir les structures pour les
accueillir.
Vous avez fait des
recommandations. Celle qui est la numéro 4, vous
dites : «Impliquer étroitement le milieu municipal
dans la documentation et l'élaboration de critères de capacité d'accueil.»
Quels pourraient être ces critères? J'imagine que vous avez réfléchi à
un certain nombre, mais vous ne les avez pas détaillés.
Mme Dubois
(Geneviève) : Est-ce que je te laisse aller, Anabelle?
Mme Martini (Anabelle) : Oui, bien
sûr. Dans le fond, les critères dont on parle, c'est relié aussi à notre
recommandation subséquente, là, sur le fait de pouvoir avoir autour de la table
tous les ministères concernés par l'immigration, en fait, parce que c'est
une... c'est un enjeu qui est transversal, là. On a besoin d'habitations. On a besoin de transport. On a besoin de services de
garde. On a besoin de toute une panoplie de services. Et des organismes
communautaires aussi, comme vous mentionniez, c'est très important dans
l'accueil et l'intégration des nouveaux arrivants au Québec.
Donc, dans le fond, c'est que chaque milieu
puisse, en fonction des données, d'un portrait qui serait dressé par toutes les
parties prenantes sur un certain nombre de critères, dont ceux que j'ai
mentionnés... puissent travailler ensemble à établir, effectivement, des
indicateurs ou, en tout cas, un tableau de bord de la capacité d'accueil de
chaque milieu pour s'assurer que, vraiment, les personnes arrivent, bien, elles
aient un logement, elles aient accès à une
école, elles aient accès à un service de garde et à un emploi également. Donc,
c'est une question d'arrimage, en fait, entre différents... différents
enjeux, différents dossiers qui, à la fin, en fait, vont tous bénéficier à la
même personne, c'est-à-dire la personne immigrante.
M. Bérubé : D'accord. Si j'étais sur
un autre projet de loi qui siège présentement, on parlerait beaucoup de données probantes. Si on était capables d'avoir de
véritables chiffres par région, capacité pour les écoles, pour le réseau
communautaire, pour la francisation, évidemment, un emploi, sur la capacité à
se former un réseau social — c'est
moins quantifiable, mais c'est important — le
financement des groupes qui viennent en aide, il me semble qu'on aurait
une grille...
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion.
Bérubé : En
conclusion?
La Présidente (Mme Caron) : En
conclusion, six secondes.
M. Bérubé : En conclusion, je trouve
que notre proposition est... va dans le sens de la vôtre et je la trouve
pertinente pour les gens de la commission.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons
maintenant suspendre la séance pour cinq minutes avant de revenir avec le
prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 50
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
bonjour tout le monde. On va reprendre la séance. Et je souhaite la bienvenue à
M. Stephane Tajick. Et je vous laisse vous présenter. Vous avez 10 minutes
pour faire votre exposé.
M. Tajick (Stephane) : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à tous, Mme la ministre, très chers députés. Mon nom est
Stephane Tajick. Je suis le président de la compagnie STC. J'oeuvre
principalement en tant que conseiller auprès de gouvernements à travers le
monde dans le domaine du développement économique et je me spécialise dans la conception de programmes d'immigration
d'affaires, ce qui m'a amené à assister dans la rédaction de lois, règlements, codes de procédure et produire énormément de
rapports tels que des rapports d'impact économique, des rapports
d'analyse compétitive. J'ai aussi fait plusieurs rapports sur la question de la
rétention des immigrants investisseurs au Québec.
J'ai vu que la nouvelle refonte du programme
Immigrants investisseurs s'appuyait énormément sur le fait qu'il y a un
problème de rétention des immigrants investisseurs au Québec. La réalité sur ce
sujet... Il serait erroné de baser la refonte du programme sur cela. La raison
est très simple : ça fait plus d'une décennie que le programme a des
délais de procédure qui varient entre sept à 10 ans. Alors, je pense que
vous pouvez imaginer que n'importe quel programme d'immigration qui prend sept
à 10 ans de procédure aurait un taux de présence assez bas. Le principal problème du programme Immigrants investisseurs est
le problème des délais de traitement. C'est celui qu'on doit d'abord
régler avant tout.
Et malheureusement, dans cette logique, ça... La
suite a mené à avoir... à augmenter le niveau de français requis. Ça veut dire
imposer un niveau de français qui n'était pas à la base, qui est de
niveau 7 et qui se trouve être un des plus hauts pour toutes les
catégories d'immigration. Il manque encore de clarté pour voir si ça va être à
l'admission... à la sélection pour la résidence temporaire ou à l'admission pour
la résidence permanente où le niveau 7 va être imposé. Mais je pense que
je ne suis pas le seul qui va vous la... qui va vous... qui vous l'a... qui va
vous le dire. La demande n'existe pas pour un programme immigrants
investisseurs pour des francophones.
réalité, c'est que, si vous êtes francophone, vous avez un certain calibre
professionnel et certains moyens financiers, tant au Québec qu'au Canada, les
portes sont grandes ouvertes pour vous. Si on regarde les 20 dernières années, les gens qui ont appliqué tant aux
programmes Immigrants investisseurs au fédéral qu'au Québec ne connaissaient
soit pas le français soit pas l'anglais. Et, quand ils connaissaient l'anglais,
ils connaissaient très peu l'anglais. Le programme Immigrants investisseurs,
encore une fois, tant au fédéral qu'au Québec, était surtout axé sur les gens
qui ne parlaient ni aucune des deux langues officielles convenablement pour
appliquer sur d'autres programmes.
mon estimé, le programme en tant que tel, s'il venait à sortir, on le
retrouverait peut-être avec cinq appliquants, cinq à 10 appliquants par
an au maximum. Mais, en réalité, on risque d'en retrouver avec des zéros, parce
que, pour que les intermédiaires financiers ouvrent les lumières, ça leur coûte
plusieurs centaines de milliers de dollars. Alors, je serais très surpris qu'à
la fin d'un an il y ait une quelconque application pour le programme en tant
que tel.
De plus, juste pour
préciser que le volet Compétences intermédiaires et manuelles, c'est un
niveau 5 de français. Le nouveau volet
d'exception, le Talent d'exception, ne nécessite aucun niveau de français. Il y
a une certaine logique pour les travailleurs qualifiés qui voudraient
venir travailler au Québec de savoir parler le français, pour un entrepreneur qui va entreprendre au Québec de
parler le français, mais, pour un investisseur, quand sa qualité d'investisseur
est tout simplement de faire un transfert de
fonds au moment de son application, il n'y a aucune nécessité de français...
de parler le français pour sa qualité d'investisseur.
Alors, cette demande
est principalement basée sur le fait qu'on voudrait qu'ils s'intègrent mieux au
Québec. On prend... Encore une fois, on se base sur les données de rétention ou
de présence, plus précisément, qui sont malheureusement faussées par les
importants délais de traitement dont le programme souffre depuis près d'une décennie, voire plus d'une décennie, pour être
exact. Je vous invite d'ailleurs à me poser plus de questions à ce sujet après,
durant la séance questions-réponses.
vous donne un exemple du programme français pour investisseurs. Le programme
français pour immigrants investisseurs, sous le volet passeport talent,
ne nécessite aucune... aucun niveau de français à la demande de la résidence
temporaire et nécessite un équivalent de niveau 3 pour la résidence
permanente. Si vous pensez que c'est peut-être
en raison... pour faciliter les voisins européens, ce n'est pas le cas. Les
gens de la zone économique européenne
n'ont pas besoin d'appliquer pour la... pour l'immigration. C'est
principalement... Et c'est uniquement les pays tiers qui peuvent appliquer pour
le programme Immigrants investisseurs français.
Alors,
moi, ma suggestion, ce serait, au lieu d'imposer des restrictions si hautes qui
vont faire que le programme, il va tout simplement fermer dans six à un an...
c'est de franciser, faciliter la francisation avec un programme d'accompagnement qui viendrait prendre place dès
leur arrivée au Québec, un programme qui va faciliter l'apprentissage du
français ainsi qu'agrémenter leur arrivée avec un service de conciergerie,
favoriser et accroître leur investissement
sur le territoire québécois, parce que le potentiel est énorme, leur facilité à
favoriser le commerce, l'exportation, etc., est encore inutilisée et
peut représenter un potentiel important pour le Québec, et, très important,
produire des réelles données sur leur présence, et leur impact, et leur
intégration à la société québécoise.
Ce qui est magnifique
là-dedans, c'est que ce genre de programme d'accompagnement, qui est, selon
moi, un peu l'avenir dans l'immigration, n'ait pas besoin de... peut être payé
par l'immigrant investisseur, financé par... (panne
de son) ...et accompli par les intermédiaires financiers. Donnez-moi un petit
instant. Ainsi, la responsabilité pourrait tomber sur les intermédiaires
financiers afin qu'ils améliorent... qu'ils aient un incitatif à améliorer la
présence, l'impact des immigrants
investisseurs et leur francisation au Québec, ce qui pourrait mener, par le
gouvernement, d'augmenter les quotas
d'admission ou les réduire par rapport aux résultats prouvés du programme
d'accompagnement.
en dernier, je voudrais parler d'un programme... un problème très important qui
s'est envenimé avec le COVID. On parle du problème de succession
entrepreneuriale, que... dans lequel souffre le Canada. Je pense que vous êtes
tous très au courant du problème démographique que l'on connaît avec la
génération baby-boomers, le vieillissement de la population, etc. Bien qu'on amène
toujours de la main-d'oeuvre immigrante pour remplacer les travailleurs
baby-boomers, on ne le fait quasiment pas pour les gens d'affaires. On parle de
dizaines de milliers d'entreprises au Québec qui vont être touchées, des hommes
d'affaires québécois et québécoises qui atteignent un certain âge et qui n'ont
pas d'acheteur pour leurs entreprises parce que la démographie ne le permet
tout simplement pas. Les rapports canadiens estiment à des centaines de
milliards, dans les 10 prochaines années, d'argent qui vont disparaître
des poches de ces individus parce que la demande n'est pas là. Souvent, ça
amène à des fermetures d'entreprise, des problèmes financiers, etc., ou tout
simplement des ventes à bas prix.
problème est envenimé dans les régions où il manque d'immigration, et ça, c'est
un des gros problèmes qui peut être uniquement résolu par l'immigration,
malheureusement, parce que la demande n'existe tout simplement pas. Et ceci ne nécessite pas seulement un programme d'immigration
mais différents paliers de gouvernement qui se mettent ensemble...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Tajick (Stephane) : ...oui, et qui
viendraient créer un réel... un réel programme pour résoudre ce problème.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, nous allons procéder à la période d'échange. Mme la ministre, vous
avez 16 min 30 s.
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. Tajick,
pour votre présentation, pour prendre part également à cette consultation. Je
vois que vous avez un profil assez niché au niveau de vos interventions dans le
mémoire, alors je vais vous questionner surtout... bien, en fait, sur le volet,
donc, des gens d'affaires.
Mais, à la base, j'aimerais souligner
que, bien, en fait, notre gouvernement, c'est un gouvernement économique
qui croit en la nécessité de faire des
affaires en français et en la possibilité d'avoir du succès quand on fait des
affaires en français. Et la connaissance du français est vraiment le fer
de lance de toute notre réforme que l'on a déposée au printemps dernier en
matière d'immigration économique et c'est central à l'ensemble de notre
démarche. Pourquoi cette orientation vers le fait français? Bien, c'est parce
que le français est une des clés, est un des ingrédients qui est requis pour un
projet d'immigration réussi et complet. C'est ce qui permet de bien s'intégrer
dans la communauté d'accueil qu'est le Québec.
Alors, le programme
des investisseurs, quand on regarde qui y participait, à ce programme des
investisseurs, on voyait qu'il y avait très, très peu de personnes qui
maîtrisaient le français qui avaient utilisé le programme des investisseurs.
Alors, il était important de complètement réformer le programme des
investisseurs pour faire en sorte que la maîtrise du français soit une des
conditions d'accès à ce programme.
J'entends, en fait,
qu'à la page 11, dans votre mémoire, là, vous affirmez qu'il n'est pas
souhaitable d'exiger que les immigrants investisseurs soient francophones.
Est-ce que vous ne pensez pas que vos recommandations en lien avec le fait français risqueraient
d'affaiblir le français au Québec, dans la métropole, en particulier, mais au
Québec dans son ensemble?
M. Tajick
(Stephane) : La raison que... précisément, qu'il est important de ne
pas mettre un critère trop élevé de
français, premièrement, c'est parce que la demande n'existe pas pour ce genre
de programme, surtout au coût dans lequel ils sont.
Après,
pour ce qui est l'affaiblissement du français, moi, ça fait près de... plus de
10 ans, en fait, je recommande un programme d'accompagnement qui
viendrait favoriser la francisation de ces individus. Alors, un peu comme le
programme de la France, si on met des critères à l'entrée très élevés, on n'a
tout simplement pas de programme. Mais, si
on leur permet, de façon temporaire, de rentrer au Québec, que ce soit avec un
niveau 0 ou un niveau 1, et leur demander de se franciser afin de
demander la résidence permanente, ceci est raisonnable et peut créer un
programme.
Maintenant, je pense
qu'on est tous d'accord, l'important, quand on parle d'investisseurs, c'est
leur impact économique potentiel qu'il peut y avoir. C'est sûr qu'il faut un
investissement au début, c'est leur première qualité qu'on recherche, mais
c'est accroître leur investissement... (panne de son) ...vous poser une
question. Est-ce que, si je vous donne un profil d'un migrant investisseur qui,
après cinq ans, a atteint un niveau 3 de français mais a favorisé l'exportation
de technologies québécoises, produits québécois de l'ordre de 20 millions
par année... est-ce que cet individu aurait plus de valeur que s'il a fait
juste un investissement au début et un niveau 7 après cinq ans sans avoir fait
d'investissement supplémentaire au Québec?
Fréchette : Vous êtes assez...
M. Tajick
(Stephane) : Alors, il faut faire l'amalgame.
Fréchette : Oui. Vous êtes assez drastique dans votre constat à
l'effet que la demande n'existerait pas pour un programme d'investisseurs pour
des francophones. La francophonie, rappelons-le, la francophonie, ça réunit
320 millions de locuteurs francophones, locuteurs du français. Donc, vous
ne pensez pas, en fait, qu'il y ait, parmi ce grand
bassin de locuteurs francophones, des personnes qui pourraient cadrer avec
notre besoin d'avoir des investisseurs en français? Poser la question,
de mon côté, c'est y répondre. Avec 320 millions de locuteurs, je ne peux
pas croire qu'il n'y a pas personne qui pourra cadrer dans cette proposition
que l'on met sur la table.
J'aimerais vous
entendre sur comment est-ce qu'on pourrait stimuler cette demande dont vous
doutez de la présence. Est-ce qu'il y aurait
des mesures que l'on pourrait établir? Je pense, par exemple, au réseau
francophone des affaires, un réseau international. Est-ce qu'il pourrait
y avoir là des personnes intéressées à participer au programme investisseurs
avec, bien sûr, les critères d'accès en lien avec le français? Donc, j'aimerais
vous entendre là-dessus.
M. Tajick (Stephane) : Absolument. Je pense qu'on
pourra attirer des centaines, voire des milliers d'investisseurs
francophones. Mais il ne faut pas oublier que le programme Immigrants
investisseurs, ce n'est pas un programme pour
investisseurs traditionnels. Un... Le programme d'immigration pour investisseurs
traditionnels permet à un étranger qui
veut investir au Québec, que ce soit sur une entreprise, très librement, sur
une propriété, des investissements actifs dans le Québec, par exemple... Oui, à
ce moment-là, ce serait possible s'il y a une grande liberté d'investissement,
oui, absolument. Vous verrez des Français,
bien qu'on... C'est très facile aussi pour eux juste d'ouvrir une... ouvrir un
bureau à Montréal, s'engager comme directeur.
Il y a tellement de
possibilités. C'est ça qui est le problème. Le programme de l'immigration a
énormément de compétition dans son... avec son propre système d'immigration.
Même au fédéral, avec la mobilité francophone, il est aussi simple d'être
francophone... avoir une offre emploi pour, très rapidement, retrouver au
Canada. Et pas besoin de passer par la porte
immigrant investisseur, qui coûte très cher. On parle de l'équivalent... un
demi-million de dollars d'argent comptant qui est donné, qui est versé
par l'investisseur.
Alors, il faut
comprendre que le programme d'immigration n'est pas un problème d'immigration
pour investisseurs traditionnels. C'est quelque chose qu'on a créé. On a
demandé aux investisseurs étrangers qui voulaient venir au Canada de nous donner des fonds. Alors, c'est vraiment... C'est
plus un programme de contribution économique qu'un programme
investisseur, si on devait le termer de façon correcte, si on... Oui.
Fréchette : Je vous amènerais maintenant sur la notion de
repreneuriat. Vous l'avez abordée vous-même en disant... en soulignant qu'il y avait un enjeu important au Québec en
termes de reprise d'entreprise par... suite au départ à la retraite ou à
la volonté de vendre. Mais l'enjeu de retraite est quand même très important
dans cette dynamique de repreneuriat, et, de notre côté, on a vu là une
opportunité que l'immigration se mette au service de cette nécessité que l'on a
de trouver des repreneurs. On a inclus, en fait, un troisième volet au
programme des entrepreneurs, qui est intitulé, donc... qui est consacré
au repreneuriat.
Alors, ce que l'on souhaite avec ce
volet, bien, c'est de répondre à l'enjeu de la relève entrepreneuriale puis de
contribuer à assurer la pérennité d'entreprises québécoises, particulièrement
en région, hein? Ça vient toucher pas mal de PME en région, cette difficulté à
trouver des repreneurs. Et je souligne qu'en fait les candidats qui passeront par ce programme-là devront être accompagnés par
des organismes spécialisés en repreneuriat. Alors, est-ce que vous pensez que ce nouveau volet dans le programme des
entrepreneurs pourra répondre aux besoins que vous avez soulevés?
M. Tajick (Stephane) : Je vais
poser... Je vais reposer la question de façon différente. Il y aurait environ
80 000 entreprises au Québec, dans les 10 prochaines années, qui
vont être touchées par ce problème. Le rapport, il fait état de 54 % des répondants qui éprouvent de la difficulté à
trouver un acheteur pour l'entreprise. Est-ce que vous pensez que, tout
simplement, juste avec les quotas d'admission... est-ce qu'on va pouvoir
répondre à ce problème pour les
10 prochaines années? Est-ce qu'on va au moins admettre
10 000 repreneurs, si vous voulez, par... ou 1 000 par
an, au moins? Je veux dire, juste pour atteindre un chiffre supérieur à 50, il
faut une grosse machine. Ça veut dire un gros partenariat avec le secteur
privé. Il faut qu'énormément d'argent soit engendré, d'une certaine façon, pour
le secteur privé pour qu'il puisse mettre ce genre de machine, qui est la
grosse machinerie, pour être honnête, pour répondre à cette demande. La demande
est énorme.
Et il y a énormément de problèmes aussi en
raison du financement nécessaire pour ce genre de programme. Toutes les
entreprises ne sont pas à 500 000 $, 200 000 $ ou
1 million de dollars. Vous avez beaucoup d'entreprises qui vont se
retrouver à 5 millions, 10 millions. Est-ce qu'il y a des services...
Et, de plus, pour le financement, l'acheteur doit être capable de financer une
partie si on veut être capables de trouver vraiment la demande. Est-ce que
cette demande va être uniquement francophone?
Alors, il faut trouver... Il faut vraiment, réellement
cibler l'objectif que l'on veut si on veut régler ce problème. Est-ce qu'on veut d'abord régler le problème en amenant
uniquement des francophones ou on veut vraiment régler le problème pour
les Québécois qui vont se retrouver en situation où ils ont travaillé toute
leur vie, et leurs économies risquent de
soit disparaître ou être réduites? Alors, ça, c'est un choix un peu de
conscience que, j'imagine, votre parti devra faire, parce que la demande est
très importante. Il y aura énormément d'entreprises au Québec qui en
auront besoin.
Et, comme je vous le dis, si vous pensez...
Parce qu'on en a parlé. Moi, je suis venu en conseiller auprès du ministère, il y a près de 10 ans, pour la refonte
du programme Immigrants entrepreneurs, et on a discuté. Je suis venu, on a discuté. On a passé une ou deux journées à
discuter comment régler ce problème. Mais il faut voir que l'échelle sur
laquelle ce problème existe nécessite d'énormes mesures.
Mme Fréchette : Merci. Alors, pour
la suite, je vais passer la parole à l'adjointe gouvernementale et députée d'Iberville.
Mme Bogemans : En fait, on est
d'accord. Nous, on veut les garder longtemps, les nouveaux arrivants, justement pour pouvoir créer aussi de
l'entrepreneuriat puis du repreneurship. On sait, entre autres, qu'avec le
programme investisseurs, dans le passé, on avait de la difficulté à les
retenir à court terme au Québec. Avez-vous une vision ou des moyens concrets,
pour vous, pour les garder longtemps sur le territoire québécois?
M. Tajick (Stephane) : Je pense
qu'on peut tous imaginer que forcer les gens, ce n'est pas vraiment la
meilleure solution. Moi, j'ai toujours primé l'incitatif. Et on est assez
intelligents pour trouver les incitatifs pour le faire, selon moi. C'est un travail qui ne se fait pas du jour au
lendemain, mais l'accompagnement, pour moi, est la clé non seulement pour l'immigration d'affaires, elle
est très importante pour l'immigration d'affaires, mais pour l'immigration
en général. Ça veut dire : À quelle rapidité nous allons être capables,
dès leur arrivée, à les intégrer socialement et économiquement à la société québécoise? Et ce programme doit le faire,
programme d'accompagnement, sans nécessairement imposer mais en
agrémentant et facilitant. Et... Oui.
Mme Bogemans : Vous pouvez y aller.
Je suis désolée, je ne voulais pas vous couper.
M. Tajick
(Stephane) : Après, comme je vous l'ai souligné, le problème de
rétention, le programme Immigrants investisseurs souffre, depuis presque
15 ans, plus de 15 ans, même, de délais de traitement ahurissants. Et puis
beaucoup de choses ont changé entre-temps. Ça veut dire... Il y avait le
programme fédéral. Le programme fédéral a fermé
il y a plus de 10 ans, ce qui a mené à... Énormément d'applications qui
devaient se retrouver au fédéral, elles se retrouvent au Québec. Ça a
créé un arriéré important de demandes pour le Québec, et qui a fait exploser un
peu le nombre de demandes et l'arriéré de demandes, en fait, jusqu'à ce que le
ministère crée une espèce de mécanisme pour contrôler le nombre d'applications
qu'il reçoit, et qui a... permet, au fur et à mesure, de... avec ce contrôle,
de pouvoir réduire les délais de procédure
et l'arriéré. Maintenant, je pense qu'ils n'ont jamais baissé, en moyenne, en
dessous de six à sept ans, et là on recommence à grimper à...
Donc, selon moi, on ne peut
pas parler de problème de rétention des immigrants investisseurs tant que ce
problème de procédure, aussi long... Et je pense que vous pouvez tous, on peut
tous se mettre à la place de personnes qui ont attendu 10 ans avant qu'on
puisse leur dire que vous pouvez venir immigrer au Québec maintenant, surtout
des gens avec un âge moyen de 50 ans, où les enfants, qui devaient
peut-être avoir 17 à 18 ans, à ce moment-là, pour venir étudier à l'université,
se retrouvent, des fois, avec des familles, le changement de projet, etc. Donc,
on n'a aucune idée combien réellement de ces gens immigrent finalement au
Québec, des personnes admises.
Mme Bogemans : Ce que j'aimerais
savoir, c'est : Concrètement, qu'est-ce que vous proposez en termes d'accompagnement?
M. Tajick (Stephane) :
Ah oui! C'est
un programme qui viendrait, déjà, à travers les intermédiaires financiers, débuter
et qui mènerait à l'agrémenter... faciliter leur arrivée dès le départ,
favoriser la francisation. Ça veut dire soit offrir
des cours de français soit les mettre dans des cours de français. C'est un
service de conciergerie. Je pourrais plus vous expliquer... D'ailleurs, c'est un programme que j'avais bâti dans
le temps, il y a près de 10 ans, qui faisait peut-être une centaine de
pages, qui devrait être quelque part dans les dossiers du ministère. Mais,
concrètement, c'est favoriser l'intégration économique et sociale, leur
permettre de connaître le marché... le marché québécois d'affaires et accélérer
leur processus, tout simplement. Je ne sais pas si j'ai bien répondu à votre
question, mais, c'est sûr, ça peut prendre énormément de temps d'aller dans les
détails.
Mme Bogemans : Combien reste-t-il de
temps?
La Présidente (Mme Caron) : 30
secondes.
Mme Bogemans : Parfait. On fait déjà
un travail avec Accompagnement Québec, avec tous les organismes également sur le terrain, là, avec le PASI, avec
le PAC. On est déjà en mouvement puis on veut continuer de l'être, là, pour
les prochains temps, exactement, pour offrir un accompagnement qui répond aux
normes des immigrants sur le terrain. Merci.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci. Donc, je cède maintenant la parole à l'opposition officielle pour
9 min 54 s.
Derraji : Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre
présentation. Pourquoi vous avez senti le besoin de venir en commission
parlementaire parler des immigrants investisseurs?
M. Tajick
(Stephane) : Bien, premièrement, ça fait... J'essaie de venir à
toutes les commissions parlementaires sur le sujet. C'est la quatrième pour
moi. Et puis je pense que vous pouvez tous sentir que c'est presque honteux, 10
ans d'attente. Moi, j'ai connu des
gens personnellement, ils sont venus après 12 ans. Et c'est devenu presque
normal, 12 ans de procédure ou... (panne de son) ...qu'ils font
l'application, au temps qu'ils arrivent au Québec.
J'ai aussi reçu beaucoup de messages, au fur et
à mesure des années, pour... je ne sais pas pour quelle raison nécessairement
pour moi, par rapport à, sûrement, ce que j'ai écrit jusqu'à maintenant sur...
d'immigrants investisseurs qui se sentent lésés par le gouvernement du Québec.
Alors, on me demande souvent : Est-ce que vous pouvez faire quelque chose?
Ça fait des années. On est un groupe d'investisseurs qui veulent porter plainte
ou qui portent plainte contre le gouvernement du Québec pour les délais de
procédure.
M. Derraji : Donc, l'enjeu numéro un
pour vous, c'est les délais, c'est les délais. Donc, il y a des gens qui
expriment leur intérêt de venir au Québec, mais vous constatez que les délais
sont énormes. Ces délais, selon vous, à quel niveau ils se manifestent? Au
niveau provincial? Au niveau fédéral? Et, si c'est au niveau provincial, quelle
est votre proposition pour qu'on accélère les délais?
M. Tajick (Stephane) : Le problème
est uniquement dû aux quotas soit de sélection ou soit d'admission. On le sait,
le problème, ce n'est pas un problème que ça prend trop de temps à faire... à
analyser une demande. C'est que les quotas placés par le gouvernement tant à la
sélection qu'à l'admission sont nettement plus bas que le nombre de demandes
qui ont été acceptées à la base. Donc, on se retrouve avec un arriéré de demandes
qui fait juste grossir, grossir, grossir. Et ce qui est triste, c'est que,
souvent, on justifie ça par le fait que leur taux de présence est très bas,
alors que c'est un peu l'histoire de l'oeuf et la poule. Leur présence est si
basse à cause des délais, principalement.
Derraji : Aujourd'hui, vous demandez une augmentation du
quota du nombre d'immigrants investisseurs. Est-ce que c'est ça... c'est
ça, votre demande?
M. Tajick (Stephane) : Ce serait le
minimum. Le minimum, ce serait...
M. Derraji : Vraiment, j'ai de la
misère à vous entendre. Ce serait quoi?
Tajick (Stephane) : Le minimum, le minimum. Ce serait le minimum. Ce
serait le minimum humain, disons, à faire.
M. Derraji : Donc,
vous êtes un consultant. Vous travaillez avec ces gens. Vous les connaissez
très bien. Vous avez vu qu'il y a une demande énorme. Vous avez vu qu'il y a
une demande énorme, mais malheureusement le Québec ne fait rien pour ouvrir la
porte à ces immigrants investisseurs. Est-ce que c'est ça, la conclusion de
votre recherche?
M. Tajick (Stephane) : Laissez-moi
juste préciser. Je ne suis pas consultant en immigration, je ne suis pas avocat
en immigration et je ne travaille pas dans l'immigration du Québec ou du
Canada. Je ne génère aucun revenu de quelque
sorte d'immigration au Canada. Je travaille uniquement avec les gouvernements
et... avec celui du Canada.
Alors, moi, c'est plus en tant que Québécois,
par... par principe. Je veux dire... je veux dire, on a pris les sommes à la
demande du dossier, mais on attend 10 ans. On leur donne des délais de traitement
de 10 ans avant qu'ils puissent arriver au
Canada, alors que, toujours, les attentes étaient toujours en dessous de
trois ans. Alors, je pense que n'importe quelques-uns d'entre nous se
sentirait lésé, voire fraudé, à ce niveau-là.
M. Derraji : Bien, vous dites
«fraudé». Dans quel sens, fraudé?
M. Tajick (Stephane) : Dans le sens
que 10 ans de délai de procédure, sept à 10 ans de délai de procédure, c'est
inhumain, surtout que ces individus ont payé, ont fait leur investissement au
début. Ce n'est pas comme s'ils attendent 10 ans, on leur dit oui, et
maintenant faites votre investissement. Ces gens ont déjà fait
l'investissement.
M. Derraji : Sur la place
internationale, est-ce que vous voyez que...
M. Tajick (Stephane) : Et on leur
donne 10 ans de délai de procédure après ça.
M. Derraji : Sur la place
internationale, est-ce que vous voyez que le Québec est en train de perdre son
attractivité par rapport à ces immigrants investisseurs? Est-ce qu'il y a de la
concurrence avec d'autres pays?
Et après j'aimerais bien vous entendre sur la
langue française. Vous dites qu'aujourd'hui le Québec rate certains entrepreneurs ou investisseurs parce
qu'il est très exigeant en français. Est-ce que c'est ce que vous voulez dire?
M. Tajick (Stephane) : Au niveau...
Niveau 7 de français pour le programme Immigrants investisseurs du Québec fait
que le programme ne va jamais redémarrer, aussi simple que ça.
M. Derraji : Les bases... Excellent.
Donc, les bases du lancement du nouveau programme, si, selon vous, parce que
vous travaillez avec des gouvernements... D'ailleurs, je n'ai jamais dit que
vous êtes consultant pour... probablement consultant avec les gouvernements.
Désolé pour... si vous avez compris le contraire. Le gouvernement s'apprête à le lancer, mais, selon vous, votre
expérience, ce serait un échec à cause que c'est niveau 7 en langue française. Est-ce
que j'ai bien compris votre analyse?
M. Tajick (Stephane) : C'est exact.
C'est exact.
M. Derraji : OK. Ma deuxième
question, au niveau de l'attractivité, Mme la ministre, tout à l'heure, a parlé
d'un grand bassin de francophones au niveau
du monde. Donc, quand même, si on cible des entrepreneurs francophones,
le programme risque de marcher, mais là on va tomber dans l'autre problème, qui
est le problème des délais. Là, maintenant, nous sommes en face d'un dilemme.
Est-ce que notre future programmation doit cibler uniquement les entrepreneurs
immigrants francophones ou bien, selon votre logique aussi et votre
proposition, ouvrir à tout le monde, peu
importe leur niveau de connaissance, parce qu'on a besoin de cet argent et on a
besoin de ces investisseurs?
M. Tajick (Stephane) : Premièrement,
moi, ce que je recommande, c'est quelque chose de rationnel. Ça veut dire, comme... (panne de son) ...du moins,
historiquement, le programme, si on regarde les données du programme, il
n'y a pas de demande importante de
francophones pour le programme. Maintenant, le programme est devenu nettement
plus cher.
Maintenant, la bonne chose, c'est que les délais
de traitement peuvent être réglés par le nouveau format, où, d'abord, il y a
une résidence temporaire qui peut mener à une résidence permanente, OK?
Après, je
vous dirais, un peu la meilleure chose qu'il y a dans ce programme, en général,
le programme Immigrants investisseurs du Québec, c'est le partenariat
avec le secteur privé, qui sont les intermédiaires financiers, parce que leur
capacité à aller chercher des investisseurs pour le Québec est très importante.
Ça veut dire, si, demain, on voulait ouvrir la manne à 1 000, 2 000,
3 000, 5 000 immigrants investisseurs, ils auraient la capacité de le
faire par le réseau qu'ils ont établi. Et ça, c'est ce qu'il y a de... selon
moi, qui est la plus grande valeur dans le programme Immigrants investisseurs
du Québec présentement.
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
merci. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Chomedey. Il reste
1 min 52 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour, M.
Tajick. Vous mentionnez qu'un PIIQ — pour que les gens qui nous
écoutent comprennent, programme Immigrants investisseurs du Québec, de quoi
nous parlons aujourd'hui avec vous — bien
géré devrait représenter 3 milliards par an d'investissements directs pour
le gouvernement du Québec et presque 10 fois plus en investissements indirects
suite à leur arrivée. Mais est-ce que c'est possible de nous expliquer d'où viennent ces chiffres-là afin qu'on puisse
mieux comprendre l'effet sur l'économie québécoise de ces investisseurs?
Le 3 milliards, est-ce
que... est-ce que c'est sur les 10
ans? C'est depuis que le programme existe? C'est-tu par an ou c'est-tu...
M. Tajick (Stephane) :
C'est par an.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est basé sur quoi?
M. Tajick (Stephane) :
D'accord. Ça prendra peut-être plus de temps à aller en détail, mais, juste
vous dire, auparavant, on parlait de presque
2 000 demandes d'investisseurs par an qui étaient... qui étaient
déposées par le Québec... au Québec. On peut parler presque du double,
potentiellement, si on le voulait, au niveau des investissements, de nombre de demandes déposées, c'est-à-dire, la
capacité était là pour augmenter parce que la demande existait, la demande
était forte. Après, l'impact économique, c'est basé sur mes propres estimés par
rapport à s'il y a une intégration économique...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Tajick
(Stephane) : ...importante, que ça pourrait générer autant
d'investissements supplémentaires pour l'économie québécoise.
La Présidente (Mme Caron) : Merci.
Alors, maintenant, je vais céder la parole au deuxième groupe d'opposition
pour 3 min 18 s.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Vous avez... vous avez parlé
beaucoup de l'apport du français. En fait, La Presse
nous informe qu'il y aura des nouvelles règles bientôt sur la francisation des
temporaires. Moi, je vois qu'on passe trois semaines ici à discuter avec des
groupes. On avait un cahier de consultation et on n'est pas au courant
de ce qui s'en vient pour la francisation des temporaires. Je trouve ça
dommage, parce qu'on avait 80 groupes qui auraient pu se prononcer sur la
question, qui auraient pu profiter et ajouter au débat. Les groupes auraient pu
en parler. Ça me déçoit qu'on apprenne ça aujourd'hui, le matin de la
consultation, qu'il y aura des nouvelles règles en vigueur dans les prochaines
semaines, prochains mois, alors que finalement on était tous là ou on sera tous
là à parler, pendant trois semaines, de d'autres choses.
Monsieur, moi, je ne
suis pas d'accord, malheureusement, avec vous sur l'importance du français. Je
pense que le français est essentiel, est primordial dans tous les programmes
d'immigration. Je concède ou je comprends votre
vision du programme, mais ce n'est pas celle que je partage, en tout respect,
là. Je peux comprendre votre expertise, mais moi, je pense que le
français doit avoir toujours sa place, Et, pour ce, et en ce sens, je suis
d'accord avec les orientations de la... de la ministre.
Par contre, là où
j'ai un problème, c'est, effectivement, comme vous, avec les délais de
traitement et... en fait, ce qu'on appelle
plutôt les délais de non-traitement. En fait, on ne traite pas ces dossiers-là,
là. C'est faux de dire que c'est un délai pour traiter. On ne traite
pas. En fait, c'est le temps d'attente que votre dossier doit passer sur la pile, ou dans la bibliothèque, ou dites-le comme
vous voulez, avant que quelqu'un le pige et le traite. C'est ça, en fait.
C'est un délai de non-traitement qu'il faut attendre. Par contre, tous ces
gens-là ont reçu un certificat de sélection du Québec. Ils ont été sélectionnés
avec des règles en vigueur. Ils ont eu, en bonne et due forme, un CSQ émis par
le MIFI, et on les fait attendre une dizaine
d'années, vous l'avez dit. Et je trouve ça inacceptable et je trouve que ça
entache la crédibilité de nos programmes d'immigration.
Vous avez une expertise
à l'international, vous l'avez dit. Connaissez-vous d'autres pays dans le monde
où on attend 10 ans, des fois, même, 25 ans, selon ce que Le
Devoir nous apprend, avant de devenir résident permanent? Sur la base de
votre expertise, là, êtes-vous capable de soutenir qu'à votre connaissance le
plan caquiste énonce les programmes d'immigration les plus lents au monde?
M. Tajick
(Stephane) : Je ne pourrais pas parler de tous les programmes. Le seul
programme qui a dépassé le programme
Immigrants investisseurs du Québec était le programme américain EB-5 sous
l'ère Trump. Et ça, c'était par rapport à certains pays qui, des fois,
se retrouvaient à devoir attendre 25... une vingtaine d'années. C'était le cas
de la Chine et de l'Inde à un moment donné. Et ça, ça a été résolu quelques
années plus tard. En ce moment, ça fait peut-être un an que c'est supposé être
résolu.
Cliche-Rivard : ...aujourd'hui, applicables, à votre connaissance...
Est-ce qu'il y a d'autres programmes qui nécessitent 10 ans de délai de
non-traitement, à votre connaissance?
M. Tajick
(Stephane) : ...je suis peut-être un des seuls qui a connaissance de
tous les programmes à travers le monde. Je
fais des rapports, je fais des bases de données là-dessus, de plusieurs
centaines de programmes qui existent à travers le monde, et le Québec
est le pire.
Présidente (Mme Caron) : Merci. Le temps est écoulé. Alors, je vais céder
la parole maintenant au député de Matane-Matapédia, aussi pour
3 min 18 s.
Bérubé : Merci. Bienvenue dans cette consultation. Comme il est
question du Programme d'immigrants investisseurs,
êtes-vous d'avis, et c'est souvent partagé, que ce programme, essentiellement,
c'est une façon d'acheter son
titre d'immigrant permanent, en fait?
Parce qu'on ne donne aucune somme d'argent, pas besoin de créer des emplois,
pas besoin de contribuer davantage ou d'apprendre la langue. Est-ce que, pour
vous, ça peut représenter une façon d'acheter ce statut?
M. Tajick
(Stephane) : Moi, je ferais très attention avec ce genre d'étiquette,
parce qu'elle peut être mise un peu à toutes les catégories d'immigration
différemment. Ça reviendrait à dire que, probablement, un réfugié vient faire la quête pour, enfin, ce genre de chose.
C'est très dangereux de mettre ce genre d'étiquette. Ces gens-là viennent
pour investir. Nous, on leur demande d'investir de cette manière.
M. Bérubé : Je
veux préciser que je n'ai jamais parlé de réfugiés. Je parle des immigrants
investisseurs.
M. Tajick
(Stephane) : Non, non, je sais, mais je vous dis...
M. Bérubé : Vous
avez choisi d'aborder ce thème-là.
M. Tajick
(Stephane) : Oui, oui, mais je vous parle en général.
M. Bérubé : Je
vous ramène sur la question. Donc, des personnes ont seulement à payer, à ne
pas parler la langue, à ne pas s'engager à créer des emplois, à créer une
organisation et, d'une certaine façon, accèdent à un titre. Vous avez parlé
tout à l'heure que... je cite, qu'«un immigrant investisseur n'a pas besoin
d'être francophone pour accomplir son rôle au Québec». Vous comprenez que je
suis en désaccord avec vous. Comment peut-on s'intégrer au Québec et vivre en
parallèle de cette société en ne parlant pas français?
M. Tajick (Stephane) : Tout d'abord, laissez-moi
préciser que j'ai parlé de la nature de l'immigrant investisseur, de sa
définition par rapport à ce qui est demandé de lui, qui est de faire un
transfert de fonds. Dans cet exercice, il n'a pas besoin du français. Et c'est
tout ce qu'on demande à l'immigrant investisseur.
Deuxièmement,
la question du... la question, exactement, que vous m'avez posée, je la reçois,
depuis quatre ans, chaque fois. Encore une fois, je ne voudrais pas rentrer sur
cette conversation, parce que c'est une conversation qui peut devenir
philosophique et prendre énormément de temps, mais je vous invite, si vous
voulez, à communiquer avec moi, et puis ça me ferait grand plaisir à... (panne
de son) ...plus de temps à ce sujet.
M. Bérubé : Je
voudrais bien communiquer avec vous via votre site Internet, qui est unilingue
anglais, là, je viens de le consulter. Vous parlez que vous travaillez avec des
organisations gouvernementales. Avez-vous déjà eu un contrat avec le
gouvernement du Québec?
M. Tajick
(Stephane) : Contrat, non.
M. Tajick
(Stephane) : Non.
M. Bérubé : Avec d'autres États? Est-ce que vous êtes mandaté
par certains États pour faire des représentations, parfois, sur les
immigrants investisseurs?
M. Tajick
(Stephane) : Vous pouvez donner plus de précisions par rapport à votre
question?
M. Bérubé : Avez-vous
des mandats, par exemple, de représentation que vous pouvez exercer auprès de
différentes législations dans le monde? Parce que vous indiquez, dans votre
publicité, que vous êtes consultant pour des gouvernements. Alors, si ce n'est
pas le gouvernement du Québec, c'en est d'autres.
M. Tajick
(Stephane) : Oui. En fait, je travaille sur des...
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion.
M. Tajick
(Stephane) : ...sur des projets gouvernementaux soit avec les
gouvernements directement soit à travers des tiers.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci. C'est terminé. Alors, je vous remercie pour votre
présentation.
Je suspends la séance
quelques minutes pour... avant d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
11 h 39)
La Présidente (Mme Caron) : Alors,
nous allons reprendre les travaux avec l'Institut du Québec. Donc, je vous
invite à vous présenter. Vous avez 10 minutes pour faire votre
intervention avant de passer aux échanges.
Mme Braham (Emna) : Bonjour à tous.
Emna Braham. Je suis directrice générale de l'Institut du Québec. Je vais être
accompagnée aujourd'hui par mon collègue.
M. Diallo (Daye) : Bonjour, tout le
monde. Daye Diallo, économiste principal à l'Institut du Québec.
Mme Braham (Emna) : Alors,
l'Institut du Québec, c'est un centre de recherche appliquée qui analyse les enjeux du Québec avec des lunettes économiques.
Donc, au cours des 10 dernières années, on a publié de nombreuses
études sur le marché du travail, sur les finances publiques, sur la formation,
sur le développement économique. Et donc on
s'intéresse tout particulièrement aux enjeux de main-d'oeuvre et aux enjeux
d'immigration, qui sont à l'intersection de ces problématiques-là.
Tout d'abord, on aimerait saluer l'approche du
Québec de soumettre à la consultation publique les enjeux d'immigration. On se rappelle qu'on est une des seules juridictions, avec
le Canada, de soumettre un débat public... un
débat national des seuils d'immigration. On vous a soumis... On a soumis à la
commission un mémoire qui regroupe 10 recommandations, mais on
voulait des recommandations qui touchent principalement l'immigration
économique et l'intégration au marché du travail,
parce que c'est vraiment là que réside notre expertise, mais on voulait porter
à votre attention, ce matin, quelques-uns de ces éléments.
D'abord, on suggère de retenir le scénario d'une
augmentation graduelle des seuils, donc, tel que proposé dans
l'orientation 12, d'atteindre 60 000 personnes en 2027 en excluant le
Programme de l'expérience québécoise, volet
Diplômés. Cette augmentation nous paraît adéquate, plus adéquate que le statu
quo, pour plusieurs raisons, d'abord, parce
qu'il s'agit d'une augmentation relativement modeste qui ne va pas venir
bouleverser l'équilibre démographique ou l'équilibre du marché du
travail québécois. Juste pour illustrer, les nouveaux seuils proposés... avec
les nouveaux seuils proposés, on
représente... les nouveaux immigrants représenteraient à peu près 0,7 % de
la population québécoise. Ça reste faible. Et ces... et ces seuils sont surtout
plus faibles que ce qui a été proposé, par exemple, dans la dernière
planification fédérale. Pour le reste du Canada, on s'attend à des seuils
d'immigration qui vont atteindre 1,4 % de la population, soit le double de
ce que le Québec propose.
Ces seuils paraissent aussi adéquats, parce que,
quelle que soit la manière dont on le regarde, l'intégration des immigrants au
marché du travail s'est améliorée au cours des dernières années. Si on regarde,
par exemple, les personnes qui sont arrivées il y a moins de cinq ans, donc,
ceux qui sont habituellement à la recherche de leur premier emploi, qui ont, historiquement, plus de difficultés, on voit
que leur taux de chômage est passé de 13 % en 2016 à 8 % en
2022. Et la plupart des indicateurs du marché du travail qu'on suit vont dans
la même direction. Avec le vieillissement de la population, avec les
bouleversements qu'on a connus avec la pandémie, on s'attend à ce que le marché
du travail reste serré au Québec. Les prévisionnistes prévoient même qu'avec un
ralentissement économique en 2023-2024 le
taux de chômage ne devrait pas augmenter beaucoup plus que 5 %. C'est un
taux qui est faible pour le Québec. Donc, dans ce contexte, on pense que le
Québec devrait être en mesure d'intégrer de manière harmonieuse un seuil
un peu plus élevé d'immigrants.
Enfin,
l'expérience des dernières années a démontré que de maintenir des seuils, de geler
les seuils d'immigration permanente a mené à des stratégies de
contournement en faisant davantage appel à l'immigration temporaire. Donc, les employeurs qui avaient du mal à recruter, à
garder leur monde, les établissements d'enseignement qui voyaient leurs inscriptions diminuer se sont tournés en grand
nombre vers l'immigration temporaire, alors que c'est une forme d'immigration qui
ne permet pas d'avoir une réflexion comme on le fait aujourd'hui, une réflexion
stratégique sur notre capacité d'accueil, sur la capacité de fournir des
services en santé, en éducation, en logement. Elle a aussi mené à des goulots d'étranglement dans l'admission de
la résidence permanente. Il faudra donc, à l'avenir, éviter de réfléchir
aux programmes et aux politiques d'immigration en silo. Donc, on voit des
modifications dans les seuils où des conditions d'admission dans un programme
peuvent engendrer des impacts importants ailleurs.
Un autre exemple est celui du regroupement
familial. L'orientation 4 propose d'augmenter la part de l'immigration
économique dans l'ensemble de l'immigration. Alors, comment on le fait? Bien,
c'est en augmentant le nombre d'immigrants économiques tout en maintenant, par
exemple, le regroupement familial stable. Mais on peut s'attendre à ce que ces
nouveaux immigrants, bien, certains d'entre eux, vont vouloir faire venir leurs
parents, leurs conjoints, leurs enfants. Et donc, si on ne veut pas... Le
risque, c'est de se retrouver, dans quelques années, encore une fois, avec des listes d'attente pour l'accès au regroupement
familial. Ce n'est pas un signal qui est très rassurant pour les
personnes qui veulent venir s'installer de manière permanente au Québec. Donc,
là encore, il y aurait avantage à anticiper
et à se prévoir une marge de manoeuvre pour aligner les quotas de regroupement
familial avec les objectifs d'immigration économique.
Une des orientations proposées qui va dans le
sens de décloisonner la réflexion sur les programmes et les politiques
d'immigration est celle de la réforme proposée du PEQ, donc, le Programme de
l'expérience québécoise, dont mon collègue Daye va vous parler.
M. Diallo (Daye) :
Merci, Emna. Donc, nous saluons l'orientation 12 qui
propose d'éliminer l'expérience de travail
et de déplafonner le PEQ, volet Diplômés, parce que ça permettra certainement
de réduire les goulots d'étranglement dont
on parlait et de s'assurer de retenir des candidats de choix pour l'immigration
permanente, donc, des candidats qui auront déjà été au Québec, une expérience
québécoise. De plus, cette mesure a pour effet de prendre en considération
le fait que, les dernières années, on a accueilli un nombre plus important
d'étudiants étrangers et que certains d'entre eux
désirent s'installer au Québec. Ce n'est pas tout le monde, mais certains
d'entre eux. Et là on peut voir aussi les liens que l'on peut faire entre
l'immigration temporaire et l'immigration permanente dans nos processus de
planification.
revanche, il n'est pas clair pourquoi la mesure ne s'applique qu'aux diplômés
des programmes francophones et non pas à tous les diplômés qui font la
preuve de leur connaissance du français. En effet, pour l'ensemble des
orientations proposées, c'est un test de français qui établit la connaissance
de la langue et l'admissibilité à la résidence
permanente. En revanche, un diplômé d'un programme anglophone qui a, donc,
appris le français n'aura pas d'accès
rapide à la résidence permanente et devra être, surtout, en compétition avec
l'ensemble des candidats étrangers à
l'immigration avec le Programme de
sélection des travailleurs qualifiés.
C'est l'avenue qu'on leur propose. Il faudra, on pense, clarifier
l'objectif de cette mesure ou bien l'amender.
À défaut de retirer
la mesure, nous proposons une solution de compromis qui pourrait réduire les
effets pervers potentiels des changements à
venir au PEQ. Cette solution devrait permettre aux étudiants étrangers diplômés
des programmes anglophones au Québec qui ne se qualifient pas aux nouvelles
règles du PEQ — Diplômés
mais qui ont fait l'effort d'apprendre le français au cours de leurs études de
pouvoir postuler au PEQ — Travailleurs
dès qu'ils obtiennent un emploi. Autrement
dit, il faudrait que ces étudiants ne soient pas soumis actuellement à la règle
du critère d'expérience de travail de deux ans que ce programme
applique.
L'objectif de la
mesure est de permettre au Québec de rester compétitif face aux autres
provinces. On est en compétition avec le reste du Canada. Ces provinces
proposent aux diplômés, en général, des délais moins longs pour s'établir sur
leurs territoires. C'est important de rappeler que les étudiants étrangers ont
une expérience québécoise, ils parlent le français et, les études le
démontrent, ils s'intègrent plus rapidement au marché de l'emploi québécois.
Mme Braham (Emna) : L'un des objectifs...
l'un des objectifs annoncés de la... de la planification de
l'immigration, c'est de pallier aux pénuries de main-d'oeuvre et...
Mais, pour y parvenir, pour que l'immigration joue pleinement ce rôle, il y a encore des défis à relever. Il faut
d'abord s'assurer que les immigrants trouvent rapidement un emploi, puis
un emploi qui corresponde à leurs aspirations, à leurs compétences. Pour
trouver un emploi, tous les indicateurs sont au
vert. On a une pénurie de main-d'oeuvre. C'est facile de se retrouver... de se
trouver un emploi. Par contre, en ce qui a trait à la reconnaissance des
compétences et des diplômes, il y a encore de la place à l'amélioration. Il y a
près d'un immigrant sur deux, aujourd'hui encore, qui occupe un emploi pour
lequel il est surqualifié. Et surtout on n'a pas vu d'amélioration au cours des
dernières années.
Mais,
là où le bât blesse, c'est vraiment pour la reconnaissance des qualifications
des métiers réglementés. Parmi les 27 professions qui sont prévues d'être
en pénurie de main-d'oeuvre en 2023, il y en a 11 qui sont réglementées par un
ordre professionnel. Dans l'état actuel des choses, c'est un accès qui est très
limité pour les immigrants. Et donc l'immigration ne vient pas combler les
pénuries de main-d'oeuvre qu'on peut avoir dans ces profils-là... pour ces
profils-là. C'est un enjeu qui est
très complexe, qui dépasse les responsabilités du MIFI seul, mais le MIFI
pourrait, à
titre de coordonnateur du plan interministériel, jouer un rôle,
faciliter la mobilité professionnelle des immigrants, qui est encore un défi à
relever.
autre défi, c'est celui d'attirer davantage de nouveaux immigrants à
l'extérieur du Grand Montréal. On le sait, c'est là où le vieillissement de la population se fait davantage sentir.
C'est un défi de taille. Il n'y a pas de solution magique, mais il y
aurait certainement avantage à prioriser les efforts là où il y a des gains à
faire.
D'abord, une des
approches qu'on pense qui est porteuse, c'est de faciliter l'accès à la
résidence permanente des résidents temporaires. Ils sont légèrement plus
nombreux à s'installer à l'extérieur du Grand Montréal que les résidents permanents. La réforme du PEQ du volet
Diplômés répond en
partie à cet... à cet enjeu. On peut penser également
à faciliter celui pour les travailleurs temporaires. On pourra en parler
davantage plus tard.
La Présidente (Mme
Caron) : En conclusion. Il vous reste 20 secondes.
Mme Braham (Emna) : Pour conclure, il va
falloir trouver un équilibre entre les objectifs sociaux, économiques et culturels du Québec. C'est un
exercice qui est difficile que vous avez, mais, dans un contexte de rareté de
main-d'oeuvre, dans un contexte de compétition internationale pour les talents,
il faudra aussi rester flexibles et attractifs pour attirer les meilleurs
talents.
La Présidente (Mme
Caron) : Merci pour votre exposé. Alors, avant de passer à la période
d'échange, comme nous avons quelques minutes
de retard sur l'horaire, je demande aux membres de la commission le consentement
pour poursuivre les travaux au-delà de l'heure prévue, de quelques minutes.
La Présidente (Mme Caron) : Ça
va? Merci. Alors, sur ce, Mme la ministre, la parole est à vous pour
16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci. Merci, Mme
Braham, M. Diallo. Contente de vous avoir des nôtres pour contribuer à cet
échange important qu'on... qu'on mène sur la planification de l'immigration.
Donc, j'ai pris connaissance de votre rapport avec intérêt. Merci pour les
différentes recommandations que vous mettez de l'avant .
Dans
votre troisième recommandation, qui se trouve à la page 6, là, vous recommandez
que le Québec se dote d'une marge de manoeuvre — vous venez d'y faire référence, d'ailleurs, dans votre
intervention — afin
de permettre, là, d'accueillir un
nombre supplémentaire de personnes dans la catégorie réunification familiale,
en lien avec la hausse de l'immigration économique à venir.
Donc, bien, en fait, je suis sensible et
j'abonde dans le même sens que vous à l'effet qu'il faille apporter... il
faille permettre aux conjoints et aux enfants de venir, mais j'aimerais
apporter une précision, en fait, qui ne ressort pas de votre mémoire. C'est que les programmes d'immigration économique
tels que le PEQ, le PRTQ et le PSTQ qui lui succédera, tout comme les programmes de gens d'affaires, permettent
déjà au requérant principal d'être accompagné par son conjoint et par ses enfants. Donc, ils sont déjà admis dans la
catégorie pour laquelle le demandeur principal dépose une demande. Alors, je voulais simplement préciser
cet élément-là pour éviter, là, qu'il y ait une mauvaise compréhension.
Donc, c'est déjà inclus, je dirais, dans nos démarches.
Alors, dans votre mémoire, au troisième
paragraphe de la page 3, vous parlez, là, de la capacité d'intégration de la société d'accueil comme étant un élément
d'importance, tout comme la pérennité du français. Alors, moi, j'aimerais
vous entendre sur quels facteurs, quels éléments devraient être pris en compte
pour définir la capacité d'accueil.
Mme Braham (Emna) : C'est... c'est
clairement un élément qui est multidimensionnel. Le premier, puis celui sur
lequel nous, on se penche tout particulièrement, c'est celui de l'intégration
au marché de l'emploi. On le sait, trouver
un emploi, c'est la première étape ou l'étape la plus importante pour
s'intégrer à une société. Et ce qu'on voit, c'est que les... disons, la
tendance à l'intégration au marché du travail pour les immigrants s'est
améliorée au cours des dernières années, et ça s'explique par plusieurs choses.
D'une part, parce qu'il y a eu un resserrement du marché du travail depuis 2016, donc, création d'emplois
vigoureuse, vieillissement de la population, déplacement des travailleurs
pendant la pandémie. Tout ça fait que les opportunités d'emploi sont au
rendez-vous.
Mais l'autre chose qui explique aussi pourquoi
les immigrants s'intègrent mieux, c'est aussi parce qu'on fait davantage appel
à cette, un peu, immigration en deux étapes où il y a de plus en plus de
nouveaux résidents permanents qui étaient déjà sur le territoire. En fait,
28 % des nouveaux résidents permanents, en 2022, étaient... avaient déjà
eu auparavant un visa d'études ou de travail au Canada, donc, ce qui fait que
leur intégration est plus harmonieuse. Ils
ont déj