CAT — 21 August 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2014-08-21
Quebec — Committees
Au surplus,
la somme des cotisations d'équilibre effectivement non versées en vertu des mesures
d'allégement sans que les participants... eu un mot à dire par les cinq
municipalités de notre portrait au cours de 2009 à 2013 a été de
16,4 millions. Le degré de capitalisation aurait été de 90,8 %, n'eût
été de ces allégements.
Par ailleurs, la Régie des rentes du Québec requiert d'inclure des marges pour écarts
défavorables dans l'établissement des hypothèses actuarielles à des fins
de capitalisation. Le RAPQ croit que le portrait à jour le plus adapté pour juger de la santé financière devrait
exclure ces marges. Le degré de capitalisation aurait été de 96 %,
n'eût été des allégements et des marges pour écarts défavorables. La
catastrophe annoncée est loin d'être au rendez-vous.
Le deuxième argument des administrations municipales
est que le citoyen ne devrait pas devoir payer à leurs employés des rentes qu'ils
n'ont pas les moyens de se payer eux-mêmes. Il est vrai que la majorité des citoyens
ne bénéficient pas de régimes de retraite prévus pour les employés municipaux, mais il
est tout à fait fallacieux de prétendre que la raison de cette absence de régimes de retraite est qu'ils n'ont
pas les moyens. D'autres raisons expliquent l'absence de régimes de retraite dans le secteur
privé : une économie caractérisée par la petite et moyenne
entreprise — en
effet, 64 % des travailleurs québécois sont à l'emploi d'un établissement
de moins de 100 employés, et une grande proportion
des 36 % restants sont à l'emploi du gouvernement ou d'une grande ville;
le coût de la solvabilité, lequel est absent pour les municipalités; un
taux de syndicalisation moins élevé que ceux du secteur public; la comptabilité
des régimes de retraite du secteur privé, plus exigeante que celle du secteur
municipal.
En fait, le
vrai problème n'est pas que les employés municipaux bénéficient de régimes de
retraite, c'est qu'une bonne
partie
de la population ne bénéficie pas de régimes de retraite adéquats. Il faut
conserver cet avantage concurrentiel dans
le monde municipal pour attirer et garder les talents tout en s'assurant qu'ils
puissent être autonomes à la retraite, déchargeant ainsi toute la
communauté.
Le troisième
argument des administrations municipales a pris naissance dans une prémisse du
rapport D'Amours, où les prestations trop généreuses des régimes de
retraite des secteurs municipal et universitaire sont identifiées comme une faille de notre système. Cette
affirmation, aussi grossière soit-elle, ne s'appuie sur aucune étude. Nos
régimes de retraite ainsi que les régimes étatiques permettent aux pompiers de
quitter pour la retraite avec des revenus totaux dont le niveau se situe entre 70 % et 78 % du salaire brut de
la dernière année travaillée. De plus, l'indexation des rentes de nos
régimes est presque inexistante. Pour valider la prémisse avancée, il faut
faire une analyse de besoins, et non une analyse
comparative avec le secteur privé. Nous avons fait ce travail, et il apparaît
évident que le niveau de nos
rentes ne justifie pas une restructuration
du service passé. Le projet de loi
n° 3 règle le déficit passé à
coups de hache mais laisse le problème intact en
ce qui concerne le service passé. Les
régimes pourraient, dès la prochaine crise financière, se retrouver dans
la même situation. Rien n'a été prévu à ce projet de loi pour adapter les
règles de financement du service passé à la réalité contemporaine des régimes.
Le RAPQ
propose de réviser la période actuelle d'amortissement des déficits. On s'est
mis à croire qu'une période de 15 ans est adéquate. Autrement dit,
nous crions au pelletage de dettes aux générations futures aussitôt qu'il est mention d'allonger la période et nous trouvons
inutile de réduire cette période lorsque la capacité de payer est
présente. La réalité contemporaine des
régimes de retraite est très différence, si ce n'est que par leur maturité croissante.
Le RAPQ suggère une cotisation d'équilibre, en pourcentage uniforme des
salaires, reflétant ainsi directement la capacité de payer. Le niveau de la
cotisation d'équilibre serait fixé en pourcentage des salaires, et la période
d'amortissement en découlerait. Des périodes
minimales et maximales d'amortissement pourraient être prévues, disons, par
exemple, entre 10 et 25 années. Il faut réviser les règles de
financement pour éviter la prochaine tournée d'allègement et le chaos
qu'engendrent des propositions bêtement opportunistes.
En matière de
service courant, il est vrai que la baisse constante des taux d'intérêt depuis
25 ans, l'allongement de l'espérance
de vie, incluant récemment l'accès à des tables de mortalité canadiennes, ont
fait augmenter le coût du service courant. En même temps, d'autres
changements structuraux ont eu l'impact inverse, comme la baisse des hausses salariales
dans les régimes de type salaire final. Toute formule de partage du coût du
service courant est bonne, mais uniquement
dans la mesure où elle est librement négociée. Et, si un partage nouveau genre
était éventuellement imposé, les partenaires devront pouvoir se
soustraire à cette obligation. Dans un tel contexte, les comités de retraite
doivent obligatoirement être paritaires, ce qui n'est pas le cas.
Le RAPQ ne croit pas qu'un plafond soit requis,
et surtout pas identique pour tous les régimes, et basé sur le coût. Ce n'est pas l'outil à privilégier pour la
restructuration du service courant. Un coût unique pour tous les régimes
ne reflète pas certains besoins spécifiques.
La capacité d'adaptation est justement une des principales forces de notre
système de retraite. Ce plafond créera des
problèmes en regard de la mobilité de la main-d'oeuvre. Le RAPQ croit que le
contrôle des coûts s'obtient par un partage de la cotisation d'exercice parce
que la cotisation salariale fait prendre conscience aux membres de la valeur de
leur régime. Un frein naturel s'installe automatiquement.
Laissons-nous la chance d'utiliser cette voie
naturelle avant d'inventer des barrières rigides basées sur le coût, comme dans les régimes à cotisation
déterminée. D'ailleurs, la majorité des récentes ententes sur les régimes de
retraite ont modifié simultanément le
partage du coût du service courant et les rentes couramment gagnées. Nous ne
privilégions pas un plafond au coût du service courant, mais nous sommes
surtout déçus d'apprendre qu'un prix a été fixé pour la sécurité
publique, soit 2 %, représentant l'écart par rapport au plafond de
18 %. Pour le financement des déficits du service futur...
Président (M. Auger) : M. Rosa, excusez-moi. J'aurais besoin d'un
consentement pour prolonger le délai. Est-ce qu'il y a consentement?
Le Président (M. Auger) :
Consentement. Et nous prenons le temps sur...
M. Moreau : Devinez, M. le
Président.
Le Président (M. Auger) : Ça va me
faire plaisir. Sur le temps du gouvernement. Vous pouvez continuer.
M. Rosa (François) : Donc, pour le
financement des déficits du service futur, un fonds de stabilisation est l'outil idéal pour favoriser le principe de
l'utilisateur-payeur et la pérennité des régimes de retraite. Par contre, le
projet de loi est trop rigide en fixant son niveau à 10 % du coût du
service courant. Une exigence d'un niveau minimal à 10 % serait
acceptable. Les déficits du service futur doivent demeurer entièrement à la
charge des municipalités. Nous privilégions la réduction pour les municipalités
de ses cotisations d'équilibre par l'augmentation du niveau du fonds de
stabilisation plutôt que par la solution facile de partager les pots cassés en
deux.
En conclusion, la restructuration du service
passé doit être une mesure exceptionnelle pour une situation financière
exceptionnelle. En bout de piste, voilà comment le RAPQ conçoit, comme le
premier ministre Couillard le suggérait lui-même, l'approche globale qui
pourrait permettre de solutionner ce dossier, aussi complexe et beaucoup trop
émotif. Encore faut-il, pour ce faire, que la libre négociation fasse
partie de
la solution. Enfin, nous osons encore pouvoir
croire en la sagesse du législateur pour nous permettre collectivement de
trouver une issue mutuellement gagnante à cette rubrique de
restructuration des régimes de retraite, à raison de plus qu'il n'y a pas péril
en la demeure. Merci.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup pour votre présentation. Nous
allons commencer la période d'échange. M. le ministre, vous avez la
parole pour 23 minutes.
M. Moreau : Merci, M. le Président. Bienvenue,
M. Martin, M. Gosselin, M. Rosa, M. Leblanc... Me Leblanc — oui, c'est ça? — et M.
St-Aubin. Merci de vous joindre à nous pour les travaux de la commission. Je
disais ce matin, avant d'entrer, que nous souhaitions examiner
aujourd'hui avec... Parce que nous avons majoritairement des associations
syndicales aujourd'hui. Je dis plus ça... Non pas que je pense que la journée
est plus difficile. Je pense que, si tout le monde collabore et arrive avec des
propositions de solution, peu importe qu'on soit municipalité ou représentant
de syndicat, toutes les solutions sont
bienvenues. Et vous avez vu le climat qui s'est installé hier, je pense que
c'est un climat d'ouverture et de collaboration, et je souhaite que ce
soit dans ce contexte-là que la journée d'aujourd'hui continue, comme les prochaines journées également continuent
de se dérouler. Alors, je vous souhaite donc la bienvenue, et on va
regarder un peu les propositions que vous faites.
D'abord, sur le partage des déficits passés,
deux éléments qui me frappent — et je ne sais pas qui réagira pour ça — vous me dites : Bon, écoutez, nous, on
a une capitalisation moyenne de 90 % pour l'ensemble des régimes,
mais, en même temps, vous indiquez que vous
avez un déficit de 203 millions sur 3 600 membres. Si on fait un
calcul rapide, là, si on faisait un
partage per capita de votre déficit, c'est 56 000 $, à peu près, par
personne. Est-ce que cette démonstration-là n'indique pas qu'un régime
qui n'est pas capitalisé à 100 % est un régime qui amène une charge très
importante et que le déficit passé doit
absolument être réglé? Parce que, là, on ne peut pas, dans une même phrase,
dire : Écoutez, il n'y a pas de catastrophe. Moi, ce que je vois
lorsque vous parlez de droits acquis... Puis hier on a fait l'exercice de comparaison, par exemple, avec quelqu'un qui a une maison, puis qui va à la banque pour
faire un emprunt, puis qui donne une hypothèque en garantie sur sa
maison, le droit total à la propriété de la maison sera acquis le jour où le
prêt sera totalement remboursé.
Si on fait un parallèle — tout
parallèle n'étant pas parfait — ici, là, vous avez un droit acquis, sauf
à 50 000 $ par personne en
capital, parce que vous avez un déficit de 203 millions. Je ne vous dis
pas que c'est à vous de le payer entièrement, mais je dis : Cet
effort-là correspond à un élément qui est un obstacle au droit acquis, d'une
part. D'autre part, on doit le régler. Et la
suggestion qui est faite dans le projet de loi n° 3, c'est de le régler à parts
égales entre la municipalité — donc les contribuables, les
payeurs de taxes — et
les associations syndicales. Est-ce que vous pouvez réagir à cette
proposition-là?
M. Martin (Ronald) : Je vais
demander à M. Charles St-Aubin de répondre à la question, M. le ministre.
M. St-Aubin (Charles) : Bonjour. Je
pense qu'il y a deux aspects dans votre commentaire. Il y a un point de vue juridique, puis je vais laisser la parole à
Me Leblanc de répondre au niveau du... à quel moment qu'on acquiert,
là, le droit, là, malgré qu'il reste une dette. C'est vraiment une question
juridique de contrat.
Mais, sur l'aspect actuariel de la chose, je
pense que, si on accepte le consensus, notre société, qu'on veut des régimes à
prestations déterminées, il faut aussi accepter, de par la nature même de la
capitalisation de ces régimes-là, q