Public Administration — 8 October 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CAP 2014-10-08
Quebec — Committees
Alors, sans
plus attendre, j'invite tout de suite le Vérificateur
général par intérim de nous faire un
résumé de ses observations qui portent sur les médicaments et les
services pharmaceutiques.
M. Samson
(Michel) : Merci, M. le Président. M. le
Président, Mmes, MM. les membres de
cette commission, M. le sous-ministre de la Santé et des Services
sociaux, mesdames et messieurs des établissements, c'est avec intérêt que je participe à cette séance de la Commission
de l'administration publique portant sur la gestion des médicaments et des
services pharmaceutiques dans les établissements de santé et de services
sociaux.
Le coût des
médicaments et des services pharmaceutiques, lequel est influencé par les
spécialités médicales d'un établissement et les maladies des usagers, a
représenté 865 millions de dollars en 2012‑2013, soit 5,3 % des
dépenses courantes des établissements publics ayant une mission hospitalière.
Nos travaux ont été réalisés auprès du ministère
de la Santé et des Services sociaux et de cinq établissements ayant une mission de centre hospitalier, soit les
CSSS Alphonse-Desjardins, de Jonquière et de Memphrémagog, l'Hôpital
Santa-Cabrini, ainsi que l'Institut universitaire de cardiologie et de
pneumologie de Québec.
Notre
vérification s'est articulée autour de trois axes : soit
l'approvisionnement en médicaments, leur usage, ainsi que la gestion des processus pharmaceutiques.
D'abord, nous avons constaté que les groupes d'approvisionnement intègrent
peu leurs actions. Il existe des disparités
importantes quant aux prix payés pour 275 médicaments ayant le même fabricant.
Le ministère ne fait pas de suivi systématique de ces prix afin de connaître la
cause de ces écarts.
Par ailleurs,
les établissements vérifiés ont mis peu de mesures en place pour minimiser les
effets liés aux ruptures d'approvisionnement. Il n'y a aucune norme
quant au niveau minimal de stocks à détenir, particulièrement pour les médicaments critiques. De plus, lors d'une
pénurie, aucun acteur n'est responsable de renseigner les intervenants ni de
proposer des traitements alternatifs.
D'autre part,
des médicaments non recommandés par l'Institut national d'excellence en santé
et en services sociaux ou non
homologués par Santé Canada sont inscrits sur la liste locale des
établissements vérifiés. Bien que cette façon de faire soit approuvée par le Conseil des médecins, dentistes et
pharmaciens de l'établissement, l'utilisation de ce type de médicaments n'est pas autorisée pour chaque
patient, comme le prévoit la réglementation. En outre, trois établissements
n'ont pas été en mesure d'identifier les médicaments non recommandés inscrits
sur leur liste locale. Également, les établissements
effectuent peu de contrôle après l'administration des médicaments. Ils ne
s'assurent pas de leur utilisation optimale
et partagent peu les outils d'aide à la décision. De plus, le contrôle exercé
sur les stocks est insuffisant; il n'y a pas de revue d'utilisation des
médicaments.
Nous avons
aussi constaté que la gestion du circuit du médicament, c'est-à-dire
l'approvisionnement, la prescription, la
préparation et la distribution ainsi que l'administration, comporte des
lacunes. Cette gestion n'est pas assez intégrée; il n'y a pas de processus d'amélioration continue.
Les établissements disposent de peu d'indicateurs, tels que les délais entre
les étapes, pour évaluer la performance du circuit.
ailleurs, les établissements vérifiés n'ont que partiellement mis en place des
mécanismes pour assurer la continuité des
services pharmaceutiques avec les pharmacies privées. Depuis 2006, les
établissements doivent effectuer un
bilan comparatif des médicaments qu'un patient a pris au moment de son arrivée
à l'hôpital, au cours de son hospitalisation
et après son congé. Cependant, l'implantation est toujours en cours, et les
établissements ont peu de données quant au pourcentage de bilans
réalisés.
En terminant,
j'aimerais souligner l'excellente collaboration des représentants des entités
vérifiées que nous avons rencontrés. Je vous remercie de votre attention.
Président (M. Gaudreault) : Merci beaucoup, M. le Vérificateur
général par intérim. J'invite maintenant les gens du CSSS Alphonse-Desjardins à nous présenter votre exposé, en nous
présentant également les gens qui vous accompagnent, si possible. Et
vous disposez de 10 minutes.
M. Fortin
(Yves) : Bonjour. Mon nom est Yves Fortin. Je suis directeur général
par intérim, donc, au CSSS Alphonse-Desjardins.
Alors, M. le Président, Mmes et MM. les membres de cette commission, M. le
sous-ministre de la Santé et des
Services sociaux, M. le Vérificateur général, mesdames et messieurs des
établissements, le CSSS Alphonse-Desjardins
répond aujourd'hui avec plaisir à la convocation de la commission concernant le
dépôt du
chapitre 6 du rapport du printemps 2014 du Vérificateur
général portant sur les médicaments et les services pharmaceutiques.
L'amélioration
continue du circuit du médicament et des services pharmaceutiques s'inscrit
dans la priorité de notre
établissement et nous accueillons favorablement
les recommandations du rapport du Vérificateur général du Québec formulées à cet effet. Nous
souhaitons que notre participation à cette séance puisse permettre d'apporter
les réponses nécessaires aux interrogations des membres, de préciser les
éléments du plan d'action que nous avons déposé afin de donner suite aux recommandations ainsi que de mettre en contexte les réalités et
les enjeux vécus par notre établissement dans ce secteur d'activité.
Permettez-moi,
à ce moment-ci, de vous présenter les personnes qui
m'accompagnent aujourd'hui, qui sauront apporter les compléments d'information nécessaires lors de la période de discussion. Donc :
Mme Chantal Breton, qui est chef du
département de pharmacie, qui est derrière moi, et Mme Dominique Rousseau, qui
est adjointe au chef du département, volet des services pharmaceutiques.
Alors,
le CSSS Alphonse-Desjardins dessert plus de la moitié, soit 58 %, de la population de la région de
Chaudière-Appalaches, ce qui
représente environ 237 000 personnes réparties sur le territoire de Lévis
et des municipalités régionales de
Bellechasse, Nouvelle-Beauce et Lotbinière. Notre organisation est composée de
4 330 employés et de 550 médecins et accueille annuellement près de 1 600 stagiaires, dans diverses
disciplines, dans le cadre de sa mission d'enseignement. L'établissement compte 349 lits dressés pour
offrir des soins et services dans la mission hospitalière, de même que 690 lits
de soins de longue durée, sans compter plusieurs services ambulatoires et
cliniques externes.
département de pharmacie du CSSS Alphonse-Desjardins assure le service de
distribution des médicaments à
l'ensemble de la clientèle hospitalisée, hébergée et ambulatoire, ainsi que les
services cliniques, notamment en oncologie et en dialyse, à l'urgence en santé mentale et en médecine de jour. Nos
pharmaciens répondent aux demandes de consultation en lien avec les problématiques complexes touchant
la pharmacologie... pardon, la pharmacothérapie. Ils assurent le leadership
des dossiers touchant les circuits du
médicament, les activités de gestion thérapeutiques optimales, telles que
l'élaboration de protocoles et de guides de traitement, et le suivi de
l'utilisation des médicaments. La mission d'enseignement du département de
pharmacie est intégrée à l'ensemble de ces activités.
rapport du Vérificateur général est articulé autour de trois axes, soit
l'approvisionnement aux médicaments, l'usage
des médicaments et la gestion des processus pharmaceutiques. Nous avons été
heureux de constater que plusieurs bonnes pratiques de notre établissement
y avaient été reconnues. Dans une perspective d'amélioration continue de la qualité de nos services et de la performance de
nos activités de gestion, les recommandations formulées viennent orienter
les ajustements à apporter, et les mesures
associées ont été consignées dans un plan d'action transmis au Vérificateur
général, qui en a validé le contenu.
Vérificateur général adresse la problématique des ruptures d'approvisionnement,
qui s'est grandement accentuée depuis 2012. À cet égard, notre établissement
a mis certaines mesures en place pour en minimiser les impacts sur les
patients. Notamment, une procédure interne détaillée encadre la démarche à
suivre pour la gestion des ruptures, et le rationnement de certains produits
ciblés réservés pour des indications critiques est effectué au besoin.
Bien
que nous sollicitions déjà la collaboration d'autres établissements ou
instances afin de partager les solutions applicables pour trouver des traitements alternatifs, nous voulons
formaliser davantage cette démarche. En lien avec un accès juste et équitable aux médicaments, la
procédure encadrant les demandes d'utilisation de médicaments de nécessité
médicale particulière et des traitements
d'exception mis en place dans notre établissement nous apparaît essentielle
afin de préserver la transparence de
la démarche, considérant les pressions possibles qui peuvent survenir à tout
niveau pour qu'un patient puisse obtenir l'accès à de tels médicaments.
De même, dans
un souci de bonne gestion financière, l'élaboration de la liste locale des
médicaments fait l'objet d'une
attention rigoureuse de notre part, considérant les efforts déployés afin de
contrebalancer l'augmentation des coûts générés par un arsenal thérapeutique de plus en plus dispendieux. À cet
égard, le comité de pharmacoéconomie mis en place dans notre établissement soutient le chef du département de
pharmacie dans l'actualisation des diverses mesures d'économie et dans
le suivi des indicateurs.
ailleurs, nous avons comme priorité d'assurer l'application des mesures en
place visant à diminuer les risques de conflit d'intérêts et d'élaborer
des directives spécifiques visant à encadrer les dons, les ristournes, les
visites de représentants de l'industrie
pharmaceutique dans notre établissement. Nous pouvons nommer, à
titre
d'exemple, notre intention de mettre
en place une déclaration de conflit d'intérêts pour tous les membres du comité
de pharmacologie lors d'une demande d'ajout à la liste locale.
Nous poursuivons également la modernisation de
notre circuit de médicaments avec la mise en place des technologies visant à
améliorer la traçabilité d'utilisation des médicaments dans le but d'améliorer
le contrôle de leur distribution. Nous assurons aussi ce suivi de manière
proactive par l'implication clinique des pharmaciens auprès de certaines clientèles et par le biais de revues
ponctuelles d'utilisation des médicaments ciblées en fonction de critères
tenant compte des coûts ou de la sécurité des patients.
Au regard de
la gestion des processus pharmaceutiques, nous entendons poursuivre la mise en
place d'indicateurs afin d'améliorer
l'évaluation continue de la performance de notre circuit du médicament en
utilisant les données disponibles dans
la littérature ou celles fournies par l'Ordre des pharmaciens du Québec et par
Agrément Canada. De même, nous voulons
souligner que nous sommes dans une démarche visant à systématiser le suivi des
délais de traitement des ordonnances à
la suite d'un projet «lean» effectué au niveau du processus de distribution des
premières doses de médicaments. Nous sommes également engagés dans la
réalisation d'un projet d'organisation du travail en oncologie visant à
optimiser l'utilisation des ressources humaines et les processus de travail
dans ce secteur.
En ce qui a trait au bilan comparatif des
médicaments, ou BCM, le Vérificateur général, dans son rapport, recommande d'en poursuivre l'implantation. Des
travaux à cet effet sont en cours depuis 2008 dans notre établissement et sont arrimés aux exigences d'Agrément Canada. À
cet égard, nous allons solliciter le soutien du Comi