Transportation and the Environment — 8 February 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
CTE 2024-02-08
Quebec — Committees
(Onze heures trente minutes)
Président (M. Jacques) : Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi n° 48, Loi modifiant
principalement le code de la sécurité routière afin d'introduire des
dispositions relatives aux systèmes de détection et d'autres
dispositions en matière de sécurité routière.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Dufour (Mille-Îles) est
remplacée par M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys).
Le Président (M. Jacques) : Merci,
Mme la secrétaire. Nous entendrons ce matin les organismes suivants :
l'Association des écoles de conduite du Québec, Vélo Québec, ainsi que M.
Antoine Bittar et Mme Elizabeth Rivera.
Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de l'Association des écoles de conduite du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé, après
quoi nous procéderons aux échanges avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé.
Ferrazzano (Karen) : Merci. M. le Président, Mme la vice-première
ministre et ministre des Transports, Mmes
et MM. les députés, bonjour. Je suis Karen Ferrazzano, la présidente des
associations des écoles de conduite du Québec, l'AECQ. Je suis accompagnée de
M. Marc Thompson, qui est à ma droite, directeur général de l'association,
ainsi que de M. Francis Bérubé, à ma gauche,
qui est le directeur des affaires provinciales pour le Québec à la FCEI, notre
organisation étant membre de la fédération.
Fondée en 1958, l'AECQ est un organisme sans but
lucratif constituant le plus important regroupement de propriétaires d'école de
conduite au Québec. Elle représente ses membres et se veut un modèle de
leadership auprès des décideurs publics, avec qui elle agit en tant que
partenaire. L'AECQ a développé, au cours des années, des produits et services qui permettent d'offrir aux
apprenants des cours de conduite automobile, moto et véhicule lourd de qualité.
Elle fait la promotion du professionnalisme au sein de l'industrie des écoles
de conduite. Elle promeut une image valorisante des métiers reliés aux écoles
de conduite, soutient les organisations axées sur la sécurité routière et
coopère avec elles. Elle contribue à former des conducteurs coopératifs, sécuritaires
et responsables, favorisant une éducation
respectueuse de l'éthique et de bonnes pratiques de la part de toutes les
écoles membres. Au cours des années, elle a contribué à la réduction des
accidents, des blessures et des décès sur nos routes grâce à un enseignement de
la conduite compétent et professionnel.
Nous vous remercions de nous recevoir
aujourd'hui dans le cadre des consultations du projet de la loi n° 48, loi modifiant principalement le Code de la
sécurité routière. À la lecture de nos commentaires déposés à la commission,
vous constaterez que nous souhaitons mettre en relief plusieurs déséquilibres
dans notre industrie, induits en raison du plafonnement des tarifs dans notre secteur d'activité. Pour vous en
parler davantage, je cède la parole à Marc Thompson.
Thompson (Marc) : Alors, M. le Président, depuis plus d'une
décennie, nous demandons, année après année, que le marché des cours de conduite au Québec soit véritablement
libéralisé. En dépit de certains progrès, comme l'indexation gouvernementale,
nous souhaitons, par la présente, rappeler que, d'un point de vue
entrepreneurial, l'interventionnisme actuel de l'État dans l'industrie des
écoles de conduite est intenable. Nous considérons, en outre, que la fixation,
par le gouvernement, du prix du cours de conduite prive nos entrepreneurs d'un
levier fondamental pour la gestion de leurs entreprises, c'est-à-dire
l'élaboration d'une politique de prix. En effet, l'approche actuelle du
gouvernement, dans cette industrie, occulte totalement le fait que c'est
l'entrepreneur seul qui assume les risques d'affaires
dans une école de conduite. Il s'agit là d'une situation anormale, qui fait en
sorte que le propriétaire d'une école de
conduite peut difficilement se positionner en fonction de ses propres priorités
et de la réalité du marché dans lequel son entreprise évolue.
Il ne semble
que personne ne saisisse que les salaires, l'essence, les coûts de loyer,
l'acquisition ou l'entretien des véhicules, les assurances, les taxes et
autres dépenses ont augmenté, au cours des dernières années, de façon
exponentielle. Vous savez, au cours des derniers mois, nous avons établi un
partenariat avec Équiterre et avons fait la promotion du
virage vers les véhicules électriques et vers l'écoconduite. Malheureusement,
beaucoup d'écoles ne peuvent se le permettre, à cause des coûts engendrés par
l'achat des véhicules, car leur marge de manoeuvre est trop limitée en raison
de la fixation des tarifs par le gouvernement. Le prix du cours de conduite ne
nous permet aucune flexibilité pour la
rétention du personnel enseignant, compte tenu du salaire que nous sommes en
mesure de leur verser. Le taux de
roulement a atteint des proportions insupportables. Nous sommes face au défi de
l'inflation et de la pénurie de main-d'oeuvre, comme les autres petites
entreprises, et nous n'avons pas les moyens de faire face à la musique.
Nous
avons fait un sondage CROP, et nous avions au-dessus de 2 000 réponses, et
les critères qui font que les gens choisissent une école, le premier, c'est la
proximité; le deuxième, c'est la qualité; et le troisième, c'est le prix. Et
imaginez-vous, là, 88 % des gens, dans notre sondage, ne savaient pas que
c'est le gouvernement qui fixait les prix. Donc, je trouve qu'il n'y a pas
vraiment à se gêner pour enlever le prix, personne ne va s'en apercevoir, si on
regarde ça de façon positive. Alors, je cède la parole à Francis qui pourra
vous en dire davantage.
M. Bérubé
(Francis) : Merci, Marc. Évidemment aussi, en tant que PME, les écoles
de conduite subissent, comme toutes les autres PME, une forte hausse, par
exemple, des tarifs d'électricité, les plus importantes des 25 dernières
années, les hausses du salaire minimum qui induisent un effet domino sur tous
les salaires, sans oublier les hausses parfois fulgurantes des taxes
municipales et des loyers.
Vous savez, lorsqu'on
les interroge, les PME, sur les mesures prises pour combattre l'inflation, il
devient évident qu'au-delà du défi lui-même, les écoles de conduite sont
particulièrement limitées, en termes de marge de manoeuvre pour y faire face.
En effet, la première réaction entrepreneuriale est de hausser les prix pour
affronter l'inflation. Cette option est
presque inenvisageable pour les écoles de conduite, étant limitée par
l'indexation, justement, des tarifs par le gouvernement du Québec.
Suivant cela, la deuxième réaction des propriétaires de PME, c'est de
travailler plus d'heures pour alléger les coûts de main-d'oeuvre. Plusieurs
propriétaires d'école de conduite vivent cette réalité-là. Donc, c'est la
deuxième, c'est... en fait, dans leur cas, c'est presque la première façon
d'affronter l'inflation, c'est de travailler
plus d'heures. Donc, on parle de semaines, en général, de huit jours. La FCEI
avait déposé un rapport pour
démontrer que les heures travaillées, en moyenne, pour les entrepreneurs, en
pénurie de main-d'oeuvre, c'étaient des semaines de 60 heures.
Finalement, bon nombre d'entre eux doivent réduire leurs marges bénéficiaires
qui, dans un contexte réglementé, à l'image des écoles de conduite, voient déjà
le citron déjà pressé au maximum.
En somme, l'État ne
peut, à travers sa régulation, à la fois tabler sur les grands avantages que
comporte le secteur privé pour la délivrance
de cours de conduite au Québec, tout en niant de facto le statut d'entrepreneur
de ceux qui desservent la population.
Avec le temps, cette situation incongrue est devenue la source de contraintes
inconsidérées pour l'industrie.
veux aussi brièvement aborder la question de l'article 41 du projet de
loi, qui soulève certaines appréhensions. Dans l'optique où les formations offertes par les écoles de conduite au
Québec puissent être également dispensées par les établissements
d'enseignement, nous nous retrouverons devant un enjeu d'équité majeur. En
effet, le secteur privé ne pourra, en aucun
cas, demeurer compétitif dans un environnement d'affaires où un service
largement subventionné par l'État, avec des capacités nettement
supérieures de rémunération et sans contrainte de fixation des prix qui influe
sur la rentabilité financière, est mis en place.
Donc, dans de telles
conditions de marché, plusieurs écoles de conduite pourraient fermer leurs
portes. Cela encouragerait incidemment une demande encore plus grande pour une
desserte du secteur public, celui-ci pouvant remplacer, à terme, dans un
scénario, les écoles privées. En définitive, ce changement, s'il adviendrait,
pourrait engendrer des coûts importants pour l'État, et, en conséquence, nous
jugeons que le gouvernement devrait procéder à une analyse d'impact
réglementaire afin d'en faire les estimations, si c'est la direction qui est
prise. Sur ce, je cède la parole à Karine de nouveau. Merci.
Mme Ferrazzano
(Karen) : Merci. Nous sommes ici aujourd'hui pour parler de la
sécurité routière, et ce qu'il est important de comprendre... la base de la
sécurité routière, bien, c'est nous, les écoles de conduite qui la débutent. On
commence avec tout nouveau conducteur, on lui donne la formation qu'il a besoin
pour être sécuritaire, coopératif et
responsable sur la route, et c'est ce qui va engendrer d'avoir un meilleur
bilan routier, et c'est ce qui va amener à avoir une meilleure sécurité routière. Donc, si, à la base, on ne peut
pas payer à nos employés, moniteurs, instructeurs, leur juste valeur,
malheureusement, on est en train de les perdre, et c'est ce qui se passe
aujourd'hui sur le marché.
Donc, on demande à
nos formateurs, moniteurs ou instructeurs, de faire un minimum de
249 heures, avec une note de passage de
75 %. Donc, ce n'est pas la normale de 60 % qu'on a dans plusieurs
domaines. On leur demande d'être de
bons pédagogues, d'excellents... vulgarisateurs, excusez-moi, des
communicateurs, de travailler à des heures atypiques, le soir, les
week-ends, à des heures coupées, des fins de semaine, d'être ponctuels, d'être
patients, d'être à l'écoute de l'élève, d'être calmes, d'avoir le souci du
détail, de démontrer une empathie.
Aussi, on doit
mentionner qu'on travaille aussi avec beaucoup de personnes qui ont des besoins
spéciaux, donc des personnes qui sont anxieuses sur la route, des personnes qui
ont des TDAH, des personnes qui ont, tu sais, des troubles de l'autisme, donc,
et je peux en nommer plusieurs. Donc, il va falloir qu'on puisse payer à... nos
instructeurs moniteurs à leur juste valeur pour qu'ils puissent gérer cette
situation-là et travailler avec les élèves pour les amener à être sécuritaires.
Tout cela pour une moyenne de salaire, en ce moment, bien souvent près du
salaire minimum. Nous pourrions faire mieux, offrir plus, mais le cadre
réglementaire nous ne le permet pas.
Nous pensons que
notre place, quand nous parlons de sécurité routière, devrait être valorisée
davantage, car tout débute par nous, comme je l'ai dit tantôt. Le premier
contact avec la route, c'est avec nos formateurs qu'il se fait. Partir du bon pied avec une formation de
qualité, c'est une forme de prévention. C'est donc avec plaisir que nous allons
répondre à vos questions et échanger avec vous. Je vous remercie, M. le
Président.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons
commencer les échanges avec la
partie gouvernemale... la
partie
gouvernementale. Donc, je cède la parole à Mme la ministr