Public Finance — 3 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-02-03
Quebec — Committees
Voici
l'ordre du jour pour cette belle journée du 3 février. Ce matin,
nous entendrons la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante — bienvenue; le Groupe Fondaction et la
Confédération des syndicats nationaux ainsi que la Fédération des travailleurs du Québec. Cet
après-midi, nous recevrons l'Union des consommateurs, la Fédération québécoise
des municipalités, l'Union des municipalités
du Québec et Les Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada.
Donc,
bienvenue aux représentants de la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante, Mme Martine Hébert, M. François Vincent. La parole est à
vous pour une période de 10 minutes. Allez-y.
Mme Hébert (Martine) : Merci
beaucoup. Merci, M. le Président. M. le
Président, M. le ministre, distingués membres de la
commission, je tiens d'abord à vous remercier de nous entendre ce matin sur le
projet de loi n° 28 pour faire
valoir le point de vue des PME du Québec sur cet important projet de loi. Comme vous le savez, la FCEI, on existe depuis 43 ans, on
regroupe 24 000 PME au Québec. Donc, nos membres, ce sont strictement des
chefs de petites et moyennes entreprises. On
n'a pas d'association, c'est vraiment des chefs d'entreprise qui sont membres
chez nous, toutes des PME
indépendantes, donc 24 000, réparties dans toutes les régions du
Québec ainsi que dans tous les secteurs d'activité.
D'emblée,
M. le Président, je vous dirais qu'on appuie fermement l'objectif du
gouvernement de rétablir l'équilibre budgétaire
selon le calendrier qui est prévu dans le projet de loi. On pense que
l'atteinte de l'équilibre budgétaire et le contrôle de la dette sont des éléments névralgiques pour assurer notre
avenir collectif et, par conséquent, aussi celui de nos programmes
sociaux. On l'a abondamment vu et entendu encore dernièrement, le Québec
dépense davantage qu'il ne génère de
richesse, les déficits sont maintenant d'ordre structurel, et tout ça, combiné
au défi démographique que nous connaissons, rappelle encore l'urgence d'agir dès maintenant
si on souhaite préserver certains acquis et demeurer maîtres de nos choix, au Québec. Alors, je vous dirais
qu'on encourage, donc, le gouvernement à maintenir fermement le cap sur l'équilibre budgétaire dans les délais prévus et on sait qu'il y a
des voix qui s'élèvent au Québec pour retarder encore une fois, là, le retour à l'encre noire. Je pense que
c'est important de maintenir le cap sur la rigueur et de redonner au Québec une conduite budgétaire plus
prudente. Vous savez, la récession est terminée depuis plusieurs années. Et, le
Québec connaissant une récession plus ou moins, là, à peu près à toutes les... des périodes de 10 à 12 ans, ça
nous laisse relativement peu de temps pour profiter de la reprise actuelle
pour se refaire et refaire nos finances
publiques, au risque de nous
étrangler, là, encore plus. Donc, autrement dit, il faut s'attaquer à cette problématique-là, parce qu'on sait très bien que la dette et les
déficits d'aujourd'hui sont les taxes et les impôts de demain et que,
malheureusement, l'élastique de la taxation et de l'imposition, au Québec, est
sur le bord de céder.
Alors,
on profite aussi de cette opportunité, M. le Président, pour rappeler que,
contrairement à ce que certains groupes,
là, semblent croire, il ne s'agit pas d'austérité dans ce qui a été présenté
par le gouvernement, mais bien de rigueur, puisque les dépenses continuent d'augmenter. Alors, quand on parle
d'austérité, c'est que les dépenses arrêtent d'augmenter et ce n'est pas
le cas dans ce qui a été présenté par le gouvernement.
Alors, voilà pour notre appui à ce plan de match
pour retourner à l'équilibre
budgétaire. De la même façon, on appuie aussi les questions relatives, là, au fameux rapport
électoral... préélectoral, c'est-à-dire. On trouve que la proposition d'établir un rapport préélectoral est une proposition intéressante et on recommande, là, que ces dispositions-là soient adoptées lors de l'adoption du projet de loi.
Quelques mots
maintenant, M. le
Président, si vous me permettez, sur
les mesures relatives à l'énergie, et la
Loi sur la Régie de l'énergie, et Hydro-Québec qui sont présentées dans le projet de loi. Je vous dirais d'emblée que la FCEI, on est une des seules organisations patronales à représenter les intérêts des entreprises
devant la Régie de l'énergie. En fait, on siège dans les causes tarifaires avec nos procureurs, parce qu'à cause de
l'interfinancement ce sont les PME, au Québec,
les petites et moyennes entreprises, qui assument la plus grosse part, en
parts, là, du coût de production de l'électricité dans le tarif qui leur est chargé. Alors, c'est ce
qu'on appelle l'interfinancement. Donc, autrement dit, les PME paient
plus cher pour leur électricité en proportion du coût que l'ensemble des autres
classes tarifaires à Hydro-Québec.
Alors, ça
nous a interpellés, les mesures qui sont présentées dans le projet de loi,
particulièrement, M. le Président, celle relative à l'interdiction qui
est faite... ou qui semble faite, en tout cas, à Hydro-Québec Distribution
d'exporter l'électricité. On sait, par
exemple, que l'électricité éolienne sur le marché, dans certains États, vaut
quand même cher, donc ça nous a
préoccupés, de priver Hydro-Québec Distribution de cette source-là de revenus.
On se questionne à savoir si ça n'aurait pas été mieux, là, de ne pas
embarquer dans cette voie-là.
Deuxièmement,
le projet de loi prévoit aussi que la fourniture d'électricité ne pourra plus
être différée. Encore là, on se questionne, à savoir : Pourquoi mettre un
frein à la pratique du stockage, qu'on appelle, pour utiliser ce qui est déjà
stocké jusqu'en 2027, là? On pense que cette
décision-là pourrait peut-être avoir des impacts sur les tarifs d'électricité à
long terme. Et, de la même façon, la
troisième remarque qu'on ferait sur ces dispositions-là qui touchent
Hydro-Québec, c'est l'article 21 qui
empêche que les excédents d'Hydro-Québec, là, ne soient considérés sur les
tarifs des années subséquentes. On
pense que l'ensemble de ces trois mesures-là risquent d'avoir des conséquences
sur les tarifs d'électricité à court, moyen et long terme et on aurait souhaité en fait voir davantage
d'informations à ce sujet-là, là, avant qu'on procède à de tels
changements ou à l'adoption de tels articles dans le projet de loi.
Alors,
maintenant, on va aborder une
partie du projet de loi n° 28 qui nous est chère,
c'est la fameuse question de la lutte à l'évasion fiscale et des fameuses
attestations de conformité fiscale. Je vous dirais d'emblée, encore une fois, qu'on est tout à fait en faveur de la lutte
à l'évasion fiscale. C'est de la concurrence déloyale, l'évasion fiscale, et la
FCEI ne cautionne absolument pas la fraude
et les organisations, là, qui tentent d'échapper à leurs devoirs et à l'État.
Donc, on a toujours aussi soutenu
cependant que Revenu Québec aurait pu emprunter d'autres avenues pour parvenir
à ses fins en ce qui a trait aux
agences de placement et à l'industrie de la construction. Je vous dirais qu'on
a pris part, de bon gré d'ailleurs,
aux travaux de Revenu Québec concernant la mise en place des attestations
fiscales, et on salue d'ailleurs cette volonté-là
et les personnes qui ont mené ces travaux-là. Ce n'est pas toujours facile,
hein, de réunir des gens dans une salle qui ne sont pas très contents. En tout cas, on a cheminé. Je pense
qu'entre le projet initial et ce qui est présenté dans le projet de loi on a quand même cheminé, il faut le
reconnaître, et je tiens à le mentionner ce matin. Mais il faut bien préciser
que, nonobstant tout ça, évidemment toutes
nos propositions n'ont pas été adoptées, malheureusement, alors ça va avoir
un effet, ces dispositions-là, sur la
paperasserie qui est imposée aux PME québécoises et, à notre avis, ça aurait pu
être évité.
Il faut
rappeler que le Vérificateur général aussi a déjà mentionné que Revenu Québec
disposait déjà d'assez d'outils pour
vérifier les entreprises et débusquer les stratagèmes de fausse facturation et
d'évasion fiscale. Pourquoi est-ce que, par exemple, dans les mois qui suivent l'émission d'un numéro de TPS-TVQ, il
n'y aurait pas une vérification qui serait faite, de l'entreprise,
sommaire, que ce soit par téléphone ou autre,
pour attester que l'entreprise existe vraiment plutôt que de dire : Bien, il y a des délinquants,
puis on le reconnaît, mais, parce qu'il y a des délinquants, on va imposer de
la paperasse puis d'aller chercher
des attestations à tout le monde puis non seulement à tout le monde dans cette
industrie-là, mais, en plus de ça, à tous leurs clients dans le cas des
agences de placement? Alors, pourquoi est-ce qu'on n'a pas utilisé les outils
qui existent déjà plutôt que d'aller imposer une nouvelle obligation, si vous
voulez, à des dizaines de milliers
d'entreprises au Québec? Alors, ça, ça nous questionne beaucoup, d'autant plus
que ce qu'on fait finalement avec le projet des attestations, c'est
qu'on vient rejeter la responsabilité sur les contribuables d'attester que les
entreprises avec lesquelles ils font affaire
sont en règle avec le fisc. Il me semble que c'est une mission qui appartient à
Revenu Québec, qu'il n'appartient pas
aux contribuables de se policer entre eux autres pour attester ou non s'ils
sont, les uns et les autres, là, en règle avec le fisc.
Alors, c'est
sûr que ce qu'on recommanderait en premier, ce serait de dire qu'on voudrait
voir ces dispositions-là disparaître
et faire en sorte que Revenu Québec plutôt utilise les outils dont il dispose
déjà pour traquer les stratagèmes de fausse facturation et les
stratagèmes de complaisance, là, dans les industries concernées plutôt que
d'imposer des nouvelles obligations à des dizaines de milliers d'entreprises au
Québec. Je le répète, ce sont des dizaines de milliers d'entreprises au Québec
qui sont visées par ces dispositions-là.
Je vous dirais qu'au niveau du seuil
d'assujettissement, maintenant, de 25 000 $ on était contents que
Revenu Québec mette un seuil, là. Par
contre, de la façon dont les articles sont formulés dans le projet de loi, ce
qu'on comprend, c'est que le seuil est cumulatif, en fait, sur plusieurs années
civiles. C'est ce que je crois en comprendre. Ce n'est pas clair. Ça
fait que ce qu'on voudrait, c'est que le seuil de 25 000 $ soit
calculé sur une seule année civile et que le compteur retombe à zéro à chaque nouvelle année, parce que sinon on va se
ramasser en bout de ligne que toutes les entreprises du Québec vont être assujetties. Ça fait que ça a donné
quoi de mettre un seuil de 25 000 $? Ça n'aura pas donné grand-chose,
alors que l'objectif de faire ça, c'était, à tout le moins, dans le processus,
d'épargner les plus petites entreprises.
Alors, on
demanderait de reconsidérer cette disposition-là pour que le seuil de
25 000 $ soit calculé sur une année civile seulement et que le
compteur retombe à zéro, finalement, à chaque nouvelle année.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Desjardins, je vous prierais de conclure.
Hébert (Martine) :
«Desjardins»? Non, non, non, ce n'est pas moi, ça, c'est «Mme Hébert».
«Martine», mais pas «Desjardins».
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert (Martine) : Oui. Il reste...
Le Président (M. Bernier) :
Il ne reste plus de temps.
Mme Hébert (Martine) : Il ne reste
plus de temps. Bon.
Le Président (M. Bernier) :
Je vous prierais de conclure.
Mme Hébert
(Martine) : Écoutez,
je pense que, comme je vous disais, M.
le Président, on est en faveur, là,
de la lutte à l'évasion fiscale, mais les moyens qui sont proposés nous
apparaissent exagérés.
Président (M. Bernier) : Merci beaucoup, Mme Hébert, de votre présentation. Nous
allons donc débuter nos échanges avec le ministre. M. le ministre.
Leitão : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Hébert,
M. Vincent, merci d'être là et de nous faire part de vos
préoccupations, de votre mémoire.
J'ai bien pris
note qu'en ce qui concerne notre politique budgétaire, donc le retour à
l'équilibre, vous êtes entièrement
d'accord avec l'approche. D'ailleurs, c'est l'approche aussi qui a été, je le
rappelle à ceux qui nous écoutent, votée
par les trois partis à l'Assemblée
nationale, dans une motion. Les trois
principaux partis ont été consultés là-dessus et se sont dit d'accord avec le retour à l'équilibre budgétaire en 2015‑2016,
et c'est ce que nous allons faire. Maintenant, je
note aussi votre appui au rapport préélectoral, le rapport financier
préélectoral, qui sera vérifié par le Vérificateur
général et, donc, présenté à tout le monde avant les prochaines élections. Comme ça, tout le monde va savoir comment faire face aux enjeux fiscaux du Québec lors
de la prochaine consultation publique.
Maintenant,
pour ce qui est de votre mémoire, j'ai trouvé quand même assez intéressant, à
la page 3 quand vous élaborez...
enfin, dénombrez les principaux enjeux du point de vue des PME et qu'en
effet ce dont on vient de parler, donc l'enjeu
fiscal, que ce soit le fardeau fiscal ou que ce soit la dette, semble avoir une
grande préoccupation, et le premier étant,
en effet, le fardeau administratif. Alors, pour ce qui a des fardeaux
administratifs, vous avez soulevé les questions en ce qui concerne les attestations de Revenu Québec. Vous pourriez peut-être élaborer un peu plus là-dessus, puisque votre
temps s'est écoulé un peu rapidement, mais
j'aimerais aussi vous entendre sur les deux autres, le fardeau fiscal et la
dette, parce que souvent on a
tendance à ne pas trop considérer que ces facteurs-là constituent en effet un
frein à l'expansion et à l'investissement.
Alors, si vous pouvez élaborer sur le fardeau
administratif mais aussi sur le fardeau fiscal et la dette.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. le ministre. Mme Hébert, allez-y.
Mme Hébert
(Martine) : Merci, M. le Président. Je vais commencer, M. le
ministre, par la fiscalité, parce que
ça va aller plus vite. Le fardeau administratif, il y a tellement de
paperasserie au Québec, ça va être plus long.
Bien, évidemment,
vous savez que la fiscalité des PME au Québec
n'est pas avantageuse, hein, les PME québécoises,
là, paient 45 % de plus de taxe sur la masse salariale, les fameuses
contributions d'employeur, que dans le reste du Canada. Le taux d'imposition de nos PME aussi est à plus
du double de la moyenne canadienne, donc c'est sûr que la fiscalité est une question importante pour les
PME, et je pense que vous avez posé certains gestes, d'ailleurs, M. le ministre, dans vos budgets — et
on les a salués, on a eu l'occasion de le saluer — pour essayer de ramener la compétitivité fiscale
du Québec dans certains secteurs. Je pense qu'il faut poursuivre dans cette
voie-là.
Sur la
paperasserie, bien, évidemment, lorsqu'on parle... Le projet de loi, ce qu'il propose, en fait, c'est non seulement, par exemple, en ce qui a trait aux agences de
placement, d'exiger de la part des agences de montrer leur certificat de conformité fiscale à leurs clients... Et ça, je
vous dirais que ça, ce n'est pas le principal irritant de cette mesure-là. Ce
qui est le principal irritant, M. le ministre, c'est qu'on va obliger de la part de tous les clients des agences de
placement, là, qui ont des contrats
cumulatifs de 25 000 $ ou plus de vérifier la validité du certificat
de conformité fiscale de l'agence, et
ça, à tous les trois mois. Il me semble que,
premièrement, on est en train d'imposer, si vous voulez, une obligation aux
clients des agences de placement en
disant : Bien, vous faites affaire avec une agence de placement, faites attention,
là, vous devriez la suspecter parce
que ça se peut qu'elle ne soit pas en règle avec le fisc. Déjà, en partant, là,
on est en train de jeter un blâme ou
une présomption de culpabilité sur les agences de placement, alors qu'on sait
que la vaste majorité des agences de
placement au Québec, disons-nous-le, là, sont en règle avec le fisc. Puis moi,
je voudrais qu'on m'explique en quoi
est-ce que celles qui fraudent actuellement vont aller demander un certificat
de conformité fiscale à Revenu Québec pour
frauder. Celles qui fraudent, là, elles vont s'en balancer, de cette
obligation-là, puis elles vont continuer à faire leurs choses.
Alors, on
vient d'imposer, là, une série d'obligations. Il y a des grosses agences aussi
au Québec qui ont des centaines de
clients, qui sont reconnues, des plus petites aussi qui s'acquittent très, très
bien de leurs obligations fiscales, puis là ce qu'on vient leur
dire : Bien, vous allez devoir aussi... puis informez vos clients, parce
qu'il va falloir informer les entreprises
correctement. Il y a beaucoup d'entreprises qui font affaire avec des agences
de placement au Québec, il va falloir s'assurer qu'elles sont correctement
informées de leurs obligations. Puis non seulement ça, mais, aux trois mois,
il va falloir aller renouveler sur le site
de Revenu Québec le certificat de conformité fiscale de l'agence avec laquelle
tu fais affaire. Ça va bien si on
suppose que, par exemple, une entreprise va faire affaire avec une agence de
temps en temps, mais il y a plusieurs
entreprises qui font affaire avec plusieurs agences de placement. Et donc on
vient, si vous voulez, augmenter
encore une fois le fardeau réglementaire, alors qu'il y aurait eu d'autres
mécanismes possibles qu'on aurait pu
utiliser pour débusquer les stratagèmes de complaisance et de fausse
facturation. Le numéro de TPS-TVQ, la vérification
sommaire, une fois qu'on a émis un numéro,
pourquoi est-ce que ça ne pourrait pas se faire? Si on appelle puis qu'au bout
du téléphone il n'y a pas personne qui
répond, bien c'est bien sûr que c'est une fausse... en tout cas, il y a des
doutes, à savoir que c'est
probablement une fausse entreprise et que cette entreprise-là n'est qu'une
coquille vide, là, pour frauder le système.
Donc, on
dit : Pourquoi imposer des obligations comme ça? Et, comme je vous dis, on
est en faveur de la lutte à l'évasion fiscale, la réponse n'est pas là... la
question n'est pas là, c'est-à-dire, mais c'est le moyen qui est utilisé qui
nous apparaît disproportionné.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le ministre.
M. Leitão : Les collègues, si vous
avez des questions.
Le Président (M. Bernier) :
Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis :
Merci, M. le Président. Merci de votre présence et de votre mémoire. Je vois
qu'il y a beaucoup de travail pour produire un mémoire comme celui-ci.
Moi,
j'aimerais faire référence à la fin de votre mémoire, où vous avez fait rapport
de certains sondages et vous intitulez
ça la Réorganisation du développement économique régional . Et ce qui est
intéressant dans votre sondage, c'est que vous posez des questions à vos
membres, je présume, et vous parlez de ce qu'ils ont fait au cours des
dernières cinq années. Et on voit ici que,
parmi les répondants, au cours des cinq dernières années, 78 % des
répondants n'ont pas bénéficié d'un
crédit d'impôt du gouvernement du Québec. On apprend aussi qu'il y a un nombre
important de répondants qui ne
connaissent pas c'est quoi, un CLD, la Société générale de financement, à
l'époque, Innovatech Québec, le ministère du Développement économique, de l'Innovation, de l'Exportation, la
Société d'aide au développement des collectivités. Ça, c'est un peu
inquiétant.
On apprend aussi
que, quand vous posez la question : Au cours des cinq dernières années,
avez-vous fait affaire avec les
organisations suivantes pour avoir un prêt ou une subvention?, 83 % ou
plus ont répondu non au CLD, Investissement
Québec, SGF, Innovatech Québec, Caisse de dépôt, ministère du Développement
économique, Société d'aide au
développement des collectivités et le centre local d'emploi. En plus, 79 %
ont dit qu'ils n'ont pas fait de demande auprès d'Emploi-Québec non plus. Quand vous posez la question pourquoi,
il semblerait qu'on vous dit que c'est très compliqué et pas adapté aux
besoins ou encore on ne veut pas d'aide financière ou on a besoin d'aide au
niveau de la fiscalité et de la
réglementation. Ça, c'est les réponses
qu'on a. Et en plus vous nous dites : C'est quoi, les mesures les plus utiles pour favoriser la croissance des PME?
Alors, d'après vos répondants, numéro un, c'est la diminution des taxes sur la masse salariale des petites entreprises;
numéro deux, procéder à l'examen des subventions gouvernementales et investir les économies réalisées dans la
diminution de l'impôt sur les entreprises; numéro trois, établir un crédit
d'impôt pour la formation en milieu de travail.
Je trouve
tout ça extrêmement intéressant parce que ça nous dit : Il y a un petit
problème quelque part aujourd'hui. J'aimerais
savoir d'abord combien de répondants il y avait à votre sondage pour que je
puisse comprendre la valeur que je dois attribuer à votre sondage. Et
j'aimerais ensuite que vous élaboriez un petit peu sur les résultats de votre
sondage.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert (Martine) : Merci, M. le
Président. Mme la députée, il y avait 1 031 répondants. Alors, avec 1 031 répondants, on comprend que la
marge d'erreur est très faible, est en bas de 3 % 19 fois sur 20,
O.K.? Donc, la validité du sondage, elle est là, d'une part.
Par ailleurs,
effectivement, c'est quand même un sondage qu'on a effectué il
y a quelques années, mais je vous dirais
qu'on le referait demain matin et je suis prête à parier que les résultats, là,
ne varieraient pas énormément. D'ailleurs, je vous dirais qu'habituellement, aussi, quand il y a quelque chose qui se
passe au Québec et qui affecte les propriétaires de PME ou
qui les inquiète, on reçoit des appels. On a un service aux membres, à la FCEI,
où on reçoit à peu près 8 000 appels
par année. Alors, quand il y a quelque chose qui se passe, qui les inquiète, on
reçoit des appels. On n'a pas reçu
d'appel concernant la réorganisation des services d'aide aux entreprises, là, récemment, tout ce qui a été annoncé, puis
malgré que ça a été très médiatisé. Ça, je dois vous le dire. Alors, ce que ça
nous...
Mme de Santis :
Alors... Je m'excuse.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, Mme la députée.
Mme de Santis :
Alors, vous n'avez pas reçu d'appel concernant les modifications qu'on veut
faire avec les CLD ou les abolitions des CRE.
Hébert (Martine) : Non.
Mais, normalement, si ça avait inquiété nos membres, on aurait probablement
reçu des appels.
Mme de Santis :
Et combien de membres vous avez?
Mme Hébert (Martine) : On a 24
000 membres au Québec et on reçoit en moyenne 8 000 appels par année.
Généralement, là, quand il se passe quelque
chose... Par exemple — je vais vous donner un exemple — si Revenu Québec part sur quelque chose puis qu'ils décident de ne
pas accepter telle ou telle dépense, là, dans la semaine qui suit, on le
sait parce qu'on a des appels de nos
membres. Alors, quand il y a quelque chose qui les dérange, ils vont nous
appeler, on va recevoir des appels.
On n'en a pas reçu. Et c'est pour ça que je vous dis que les résultats de ce
sondage-là, l'intuition... Et même sur le terrain... on a une trentaine
de représentants sur le terrain qui visitent, là, nos chefs d'entreprise, qui renouvellent le membership de la FCEI à chaque
semaine. On visite plusieurs centaines de chefs d'entreprise par semaine
et on n'a pas eu de vives inquiétudes, là, qui ont été soulevées.
Je pense que
la chose qui est importante, c'est de maintenir le développement économique
régional au Québec, ça, c'est
important de le maintenir, mais, sur la question des organisations, je pense
que ce que les chefs de PME considéraient, c'est qu'il y avait beaucoup d'organismes et c'est très difficile de s'y
retrouver. Et, une fois qu'on s'est retrouvé dans cette espèce de labyrinthe là, bien ça prenait presque
un doctorat en paperasserie gouvernementale pour avoir accès à l'aide. Donc, ce que les chefs de PME nous disent, c'est
que ce n'est pas très utile, en tout cas pour la majorité des PME. On donne beaucoup, beaucoup, beaucoup d'aide aux
entreprises au Québec, on est des champions là-dedans. Alors, ce que les chefs d'entreprises nous disent, c'est :
Diminuons le montant qu'on accorde pour l'aide aux entreprises au profit d'un
allègement fiscal pour l'ensemble des
entreprises et on décidera, nous, comme chefs d'entreprise, par nous-mêmes et
pour nous-mêmes ce qui est bon pour notre entreprise et là où on doit
investir.
Président (M. Bernier) : Merci. Si vous permettez, je vais
donner l'opportunité au député de Mégantic de poser une question. M. le
député.
M. Bolduc (Mégantic) :
Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames et messieurs, il me fait plaisir de
vous rencontrer ici aujourd'hui.
Écoutez, moi, j'aimerais vous entendre un peu
plus sur la question du tarif d'électricité sur les PME, où vous dites à la
page 5 que l'ensemble des PME ont enregistré une augmentation de leurs coûts
d'électricité beaucoup plus élevée que la moyenne. Est-ce que c'est une
question du tarif utilisé par les PME ou... J'ai du mal à saisir les raisons
sous-jacentes de cette variable-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : En fait, je vous
dirais, d'une part, on va vous envoyer le détail de... M. le Président,
si vous le permettez...
Président (M. Bernier) : Si vous avez des informations
additionnelles à communiquer à nos membres, donc, n'hésitez pas à nous
faire parvenir, au secrétariat, ces infos...
M. Bolduc (Mégantic) : À la
commission, oui.
Le Président (M. Bernier) : ...et
on va s'occuper de les acheminer le plus rapidement possible.
Mme Hébert
(Martine) : Parfait. On va
vous envoyer plus de détails là-dessus, parce que c'est assez complexe, mais, en raison de l'interfinancement, ce qu'il
faut savoir, c'est que ce sont les PME qui paient, autrement dit, le plus cher
leurs tarifs d'électricité en proportion du
coût. Vous avez différentes classes tarifaires. Vous savez que, dans le secteur
résidentiel, par exemple, je crois que
c'est... je n'ai pas les chiffres devant moi, mais c'est à peu près 80 %,
tandis que pour certaines PME, là, c'est 120 % ou 130 %,
dépendamment dans quelle classe tarifaire elles se retrouvent.
Alors c'est
pour ça que, lorsqu'il y a des hausses de tarifs, ce sont généralement, aussi,
les PME, là, qui font des frais importants.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Mégantic.
Bolduc (Mégantic) : Merci, M. le Président. Ma question est un
peu orientée sur le fait... je vous donne un exemple un peu plus pointu, s'il y a des entreprises qui sont, par
exemple, à la demande puis qu'ils ne travaillent seulement que sur un quart de travail, naturellement ils
vont être pénalisés sévèrement par le fait qu'ils ne travaillent pas sur une
base de 24 heures, par exemple, ce qui
va augmenter leurs tarifs hydroélectriques de façon significative. Mais ça,
c'est plutôt des technicalités et le choix du bon programme, si l'on
veut, là.
Puis ma
question, elle est un peu dans ce sens-là : Est-ce que c'est parce qu'ils
n'ont pas le choix du tarif ou si c'est parce que la tarification est
mal structurée pour les PME concernées?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Hébert (Martine) : Je vous
dirais qu'effectivement ça fait longtemps qu'on demande qu'il y ait un
correctif à l'interfinancement dans
le système d'Hydro-Québec de facturation, de tarification, là, qui est en place
actuellement au Québec, et c'est dans
ce sens-là que... Parce que, comme je vous disais, comme on dit, ce sont les
PME, là, qui paient le plus cher en
proportion du coût, et c'est pour ça qu'on demande une correction de
l'interfinancement, à la base, pour éliminer ces problématiques-là.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Bolduc (Mégantic) : Merci.
Moi, j'ai une autre question ici. Vous parlez du 25 000 $, qu'il soit
indexé annuellement. J'ai un peu de
difficultés à comprendre pourquoi l'attestation fiscale de ce
25 000 $ là doit être indexée puis pourquoi on veut éviter... C'est juste pour éviter que les petites
entreprises soient validées. Je voudrais plus comprendre.
Président (M. Bernier) : D'ailleurs, sur ce, Mme Hébert,
vous aviez une interrogation, à savoir, sur le seuil de
25 000 $, tout à l'heure, si c'était annuel ou si c'était cumulatif.
Mme Hébert
(Martine) : Ce qu'on
souhaite, c'est que ce soit annuel, M. le Président, c'est de dire : C'est
dans une année et non pas cumulatif
sur plusieurs années, parce que le but du seuil de 25 000 $ était de
dire : Les plus petites entreprises,
là... Moi, par exemple, nous, à la FCEI, ça arrive des fois qu'il y a quelqu'un
qui quitte. Par exemple, le poste à
la réception, c'est arrivé qu'il soit vacant, et, qu'est-ce que vous voulez?,
on a besoin de quelqu'un pour répondre au téléphone, on reçoit 8 000 appels de nos membres par année, donc ça
prend quelqu'un qui prend les appels. Alors, on fait affaire avec une
agence de placement, mais ça va être pour une courte période.
Alors, on
s'est dit : Bien, au moins, pour ne pas faire en sorte, là, de générer de
la paperasserie inutile pour l'ensemble
des entreprises qui n'ont pas de contrat significatif avec des agences de
placement, mettons un seuil, ce que Revenu
Québec d'ailleurs a accepté de bon gré, et, bon, on a travaillé, on a cheminé
dans ce sens-là. Maintenant, si ce seuil-là est cumulatif sur plusieurs
années, bien c'est évident que tout le monde éventuellement... ou presque, va éventuellement atteindre le 25 000 $.
Alors, c'est pour ça qu'on dit que le seuil devrait vraiment demeurer un seuil,
là, annuel et que le compteur devrait
se remettre à zéro à chaque année par rapport à ce montant-là. C'est ce qu'on
souhaiterait.
Le Président (M. Bernier) :
M. le député.
Bolduc (Mégantic) : Merci. Écoutez, vous avez un autre
commentaire ici au rapport des garderies subventionnées, non subventionnées. Vous parlez finalement qu'on ne
devrait pas investir dans le ciment puis qu'on devrait utiliser les places
disponibles. Voulez-vous juste clarifier ça bien clair?, parce que je ne suis
pas sûr que... Parce qu'il y a quatre
niveaux de garderies : il y a les subventionnées, les privées, les non
subventionnées, les... Pouvez-vous m'expliquer tout ça, là, bien
clairement?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Oui. On a vu au
cours des dernières années qu'il y avait eu des investissements beaucoup
dans la construction de nouveaux CPE alors
qu'il y avait plusieurs garderies non subventionnées, entre autres, qui avaient
des places de disponibles, alors on s'est
dit : Pourquoi est-ce que l'État choisit d'investir dans le béton plutôt
que d'investir dans les services à la
population? S'il y a des places disponibles dans les garderies non
subventionnées, pourquoi est-ce qu'on n'octroierait pas les places à
contribution réduite aux garderies non subventionnées plutôt que de construire
de nouveaux CPE, ce qui serait plus logique?
Et d'autant plus que je sais, M. le Président, aussi que le ministre a abordé
la question cette semaine en disant : Est-ce qu'on pourrait
convertir les garderies privées en CPE?
signalerais bien humblement que, dans le cas des garderies privées, les
infrastructures sont la propriété et la responsabilité aussi des propriétaires et non pas de l'État, tandis que,
dans les cas des CPE, ultimement, les infrastructures sont de la responsabilité de l'État. Donc, ce
qu'on dit, c'est : Il y a des garderies privées non subventionnées qui
font une très bonne job, et, pour les
incidents malheureux qui sont arrivés puis qu'on déplore, là, on a décidé, par,
presque, dogmatisme, de les écarter
complètement des octrois de places à
contribution réduite. Alors, ce qu'on dit, c'est que, il me semble, revenons
à la raison, là, et investissons dans les services à la population plutôt que
dans le béton. Merci.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Côte-du-Sud.
M. Morin : C'est en plein ça,
M. le Président. Merci.
Le Président (M. Bernier) :
Je fais attention, parce qu'on a Beauce-Sud, Beauce-Nord, Côte-du-Sud.
M. Morin : C'est en
Chaudière-Appalaches, mais quand même...
Le Président (M. Bernier) :
C'est exactement la même chose.
M. Morin : Chère madame, dans
votre dernière recommandation, qui m'interpelle beaucoup, c'est : «Que le gouvernement évalue les propositions alternatives
présentées par les pharmaciens qui permettraient de préserver la rentabilité
des pharmacies
[surtout] des petits indépendants...» Quand vous dites ça, est-ce que c'est
l'AQPP qui vous parle ou si vos
membres, petites pharmacies dans nos régions qui sont probablement membres chez
vous... Et de quoi ils vous jasent?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Je vous dirais
que c'est un petit peu les deux. Je vous dirais qu'effectivement on a pris
connaissance, là, des dispositions qui
touchent les pharmacies et, à notre avis — puis je ne veux pas rentrer dans les
détails, parce que je pense que c'est
une question qui mérite, là, d'être analysée plus en profondeur — il devrait y avoir un dialogue qui devrait s'établir avec les représentants des
pharmaciens parce qu'il y a des propositions qui ont été présentées puis
il me semble que ces propositions-là
mériteraient d'être discutées avec le gouvernement avant qu'on aille de
l'avant, parce que, il ne faut pas se
le cacher, c'est sûr que les petites pharmacies indépendantes vont être
grandement touchées, là, par les mesures qui ont été annoncées.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, M. le ministre.
Leitão : ...une précision au niveau des pharmacies juste pour dire que
les négociations, les conversations entre l'AQPP et le ministère de la Santé se poursuivent. Donc, on n'est pas
arrivés à un montant final, on est loin de là. Les négociations se poursuivent. Avec le projet de loi
n° 28, nous donnons au ministre de la Santé les outils pour qu'il puisse
poursuivre sa négociation, mais il n'y a rien de finalisé au moment où on se
parle.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Ça me prend un consentement pour que le député de Sainte-Rose puisse prendre la parole, parce qu'il y a déjà une
personne pour vous remplacer. Est-ce qu'il y a consentement pour que le député
de Sainte-Rose puisse poser des questions? Consentement. M. le député de
Sainte-Rose.
Habel : Parfait. Merci beaucoup, M. le Président. À mon tour de vous
saluer. Concernant les modules d'enregistrement
des ventes, j'avais une petite question, parce que vous recommandez de
remplacer ou de renouveler l'article 350.1,
soit de modifier le mot «remettre» par le mot «rendre disponible», concernant
la facture. Pouvez-vous élaborer sur cette recommandation?
Le Président (M. Bernier) :
M. Vincent, allez-y.
Vincent (François) : Oui.
Lorsque Martine avait parlé tantôt que, lorsqu'il y avait quelque chose qui ne
fonctionnait pas sur le terrain, nos
membres appelaient d'une façon assez rapide, bien l'établissement des modules
d'enregistrement des ventes dans la restauration en est un exemple
frappant.
On a reçu
énormément d'appels sur ces éléments-là et sur l'application des amendes, sur
la remise de factures, puis même ça a
été médiatisé dans les médias. Donc, nous, on s'est penchés là-dessus puis on
s'est dit : Qu'est-ce qui pourrait faire en sorte d'alléger le fardeau
administratif du commerçant tout en permettant à Revenu Québec d'aller chercher son objectif? C'est de permettre la
remise de la facture, de la rendre disponible. Donc, je rends disponible la
facture, je ne suis pas obligé de la
donner en main propre. Si la personne la veut, elle la demandera. Donc, ça
pourrait se faire en la mettant dans
le cabaret, pour un restaurant, ou en la brochant sur un sac de papier lors de
commandes. Puis, lorsqu'on applique
les MEV dans les bars, c'est là où la remise de la facture cause le plus grand
problème. Je pense qu'on a une section,
à la page 13, qui explique assez en détail... On voit mal, dans une
période de rush dans un bar où la serveuse sur son plateau a huit consommations différentes, des bocks de bière et doit
se rendre à huit places différentes... remettre la bonne facture, dans une lumière tamisée, sur une
piste dansante, puis, si elle remet la mauvaise facture par rapport aux
mauvaises bières, bien c'est le propriétaire du bar qui va recevoir une amende
de Revenu Québec.
Donc, c'est
pour ça qu'on propose de changer les termes, pour permettre à Revenu Québec
qu'il y ait une... je ne sais pas,
moi, que la facture soit imprimée au bar, par exemple, pour qu'elle puisse être
remise si la personne la demande, mais
qu'on n'incombe pas... ou qu'on ne garde pas la situation actuelle, qui pourrait
être vraiment négative pour les petits propriétaires de bar au Québec.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Peut-être en
complément, M. le Président. M. le député, je pense que ce qui est important,
là, c'est... À l'heure actuelle, la loi dit
«remettre». «Remettre», ça fait référence à «remettre dans les mains». Alors,
on a vu des certains cas d'excès de
zèle, là, où il y a des amendes qui auraient été remises parce que la facture
n'avait pas été remise dans les mains, et ça, on a eu des appels, ça a
été médiatisé, etc., on a discuté avec Revenu Québec.
Mais ce qu'on
comprend, c'est que, comme il n'y a pas de jurisprudence sur qu'est-ce que ça veut dire, «remettre», exactement,
bien il peut y avoir des dérapages comme ça qui se produisent sur le terrain.
Alors, nous, ce qu'on pense, c'est :
ça devrait être précisé. On devrait préciser dans la loi, là, soit ce qu'on
entend par «remettre» ou par «rendre disponible la facture». C'est-à-dire que, lorsque, par exemple, on inclut le fait
de déposer la facture sur un cabaret, ou sur le comptoir, ou sur la table, le fait
de la brocher sur le sac de commande, le fait de la mettre à l'intérieur du
sac, le fait de demander au client «est-ce que
vous désirez votre facture?» soient considérés comme étant qu'on a remis la
facture. Parce que, vous le savez,
là; vous allez acheter votre café, votre muffin le matin, vous ne la voulez
pas, votre facture. Je veux dire, moi non plus, je ne la veux pas.
L'important, c'est qu'elle soit enregistrée dans le MEV.
Le Président (M.
Bernier) : ...
Mme Hébert
(Martine) : Pardon?
Le Président (M.
Bernier) : Y a-tu quelqu'un qui veut une facture?
Mme Hébert
(Martine) : Non, mais, vous savez, il y a...
Mme Hébert (Martine) : Surtout dans les bars, là, je veux dire. Et, à ce
moment-là, on se questionne sérieusement, à savoir... Ce qui est important dans les MEV, c'est que la vente soit enregistrée
dans le module d'enregistrement des ventes. C'est ça qui est important, pas que la facture soit remise en main propre ou
pas. Et, si on veut favoriser la conformité, on sait que plus c'est précis, plus on est précis dans ce qu'on exige,
bien, plus ça va être facile à comprendre pour tout le monde et plus il va y avoir de conformité.
Le Président (M.
Bernier) : ...merci de vos échanges avec le groupe gouvernemental.
Nous allons maintenant
passer du côté de l'opposition officielle. M. le député de Rousseau...
M. Marceau :
Merci, M. le...
Le Président (M.
Bernier) : ...et je n'ai pas de facture à vous donner.
M. Marceau :
Non? Bon, c'est parfait; ni au début ni à la fin de mon intervention. Bonjour,
Mme Hébert, M. Vincent, merci pour votre mémoire.
J'ai plusieurs questions
sur plusieurs sujets. Je vais commencer tout de suite par la question de
l'enquête indépendante concernant la
récupération fiscale chez Revenu Québec. Peut-être nous dire ce que vous avez en tête, plus précisément, là. Le mandat que vous avez en tête
est décrit à la page 16 de votre mémoire, puis, essentiellement, je
pense que vous voulez qu'on
s'intéresse aux pratiques de rémunération chez Revenu Québec,
là, la question des quotas, dont on ne sait trop s'ils
existent ou s'ils n'existent pas ou si le mot «quotas» est approprié pour
décrire ces pratiques de rémunération là. Peut-être nous dire ce que vous avez
en tête, précisément.
Le Président (M.
Bernier) : Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Merci, M. le Président. M. le député, c'est une excellente
question.
Vous
savez, les gouvernements qui se succèdent, on va dire, peu importe la
couleur, fixent des cibles ambitieuses de
récupération fiscale à Revenu Québec, et ça crée une pression énorme sur Revenu Québec
pour rencontrer ces cibles-là. Malheureusement, ça s'accompagne aussi de... nous,
en tout cas, ce qu'on constate — et on n'est pas les seuls à le constater, hein, ça fait l'objectif de manchettes dans
les journaux, là, de façon régulière — et
la Protectrice du citoyen d'ailleurs l'a bien mentionné dans le dernier
rapport, là, qu'elle a présenté — avis
de cotisation gonflés, extrêmement rapides, le contribuable a peu de
chances, là, pour pouvoir s'expliquer, de se défendre.
Nous,
on pense que tout ça, là, il y a... on est dans une course effrénée pour la
récupération fiscale, et ça a donné lieu
à la mise en place de toutes sortes de pratiques, incluant les pratiques de
rémunération aussi qui ne sont pas basées sur des quotas, mais ils appellent ça des cibles, là. On s'entend-u que c'est la même chose? Donc, je
pense que ça serait peut-être le
temps qu'on regarde à tête reposée, et calme, et sereine les pratiques qui sont
en vigueur à Revenu Québec et pour
pouvoir apporter des correctifs et pour pouvoir aussi mettre en place des
mécanismes qui s'inspireraient plus de dire :
Pourquoi est-ce qu'on ne mettrait pas en place des choses qui nous
permettraient de favoriser davantage la conformité fiscale plutôt que de toujours être dans un
système où on est en opposition et où celui qui perçoit les taxes et les impôts
présume d'emblée que le brave contribuable
est coupable? Et on se retrouve dans un système finalement où on mine la
confiance des contribuables envers
l'organisme qui perçoit les taxes et les impôts, et ça, dans un système basé
sur l'autodéclaration comme le nôtre,
là, c'est grave. C'est grave parce que, si les citoyens perdent confiance dans
l'organisme qui perçoit les taxes et
les impôts, on vient de renverser le... on va se parler en économistes, on a
fait nos études ensemble, M. le député, on vient de renverser le coût
d'opportunité de se conformer à l'impôt.
Alors,
ce qu'on souhaite, c'est de dire : Bien, est-ce qu'on pourrait examiner
les pratiques qui sont en vigueur et dire comment est-ce qu'on pourrait
s'inspirer de pratiques internationales, d'avis d'experts qui constitueraient
une commission pour enlever celles qui ne
sont pas bonnes et qui sont inéquitables envers les contribuables pour les
remplacer par des pratiques qui sont plus acceptables et qui seraient du
gagnant-gagnant à la fois pour l'État et à la fois pour les contribuables?
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui, oui. Merci pour votre réponse. Puis effectivement vous faites des suggestions intéressantes, là, par exemple d'établir un service de médiation fiscale au sein d'un organisme neutre, indépendant — moi, je trouve ça bien — et puis de procéder à des vérifications
sommaires — vous
l'aviez déjà dit aussi au moment de votre présentation, là — lorsqu'on émet un numéro de TVQ, d'aller
vérifier rapidement plutôt que d'attendre puis de découvrir éventuellement
que ce n'était finalement qu'une malversation.
Effectivement,
il y a des choses à faire, puis je pense que chez Revenu Québec — en tout cas, pour en avoir été responsable, moi aussi, à une autre époque — il y a une... moi, j'ai toujours senti une
grande ouverture d'esprit chez les gens
qui étaient là-bas pour s'améliorer. Maintenant, la question est de savoir
comment on va arriver à des suggestions concrètes puis à une étude plus précise du processus de vérification.
Moi, je pense que c'est... j'imagine, en tout cas, que le ministre écoute et entend, moi, je trouve que
ce n'est pas une mauvaise idée d'y réfléchir plus que comme on le fait présentement, c'est-à-dire à l'occasion des
budgets ou à l'occasion de la publication d'un communiqué de presse annuel
par Revenu Québec dans lequel ils nous
disent qu'ils ont atteint leurs cibles de récupération fiscale, là. Qu'on prenne
un pas de recul, puis qu'on y pense, puis qu'on y réfléchisse, je pense,
c'est une bonne idée.
Puis vous
avez raison de dire — ça, j'en
suis convaincu aussi — qu'il y a des bonnes pratiques à l'international qu'on pourrait importer au Québec et que le
maintien de la confiance entre les contribuables puis Revenu Québec, c'est
fondamental. Je sais que, chez Revenu Québec, on y est très, très sensibles et
que, quand, par exemple, le rapport du Protecteur
du citoyen sort à chaque année, il y a des gens qui le lisent attentivement
puis qui tentent de mettre en pratique les
mesures qui y sont suggérées. Cela étant, on est en réaction et non pas en
réflexion, puis je pense que ce n'est pas une mauvaise idée du tout. Maintenant, le modèle, là, vous suggérez une
commission indépendante. Il y aura peut-être d'autres modèles qui
pourraient faire la job, mais je pense que c'est une bonne suggestion que d'y
réfléchir correctement.
Vous avez
mentionné que nous étions tous les deux économistes. Vous parlez de la hausse
des tarifs de services de garde. Vous savez que le gouvernement a choisi d'aller
dans le sens de la modulation, une modulation qui fait en sorte que, pour des revenus familiaux plus élevés, les
tarifs augmentent de façon assez abrupte, de façon importante.
Vous pouvez penser à une famille... juste un exemple que j'ai utilisé déjà,
puis je vais le réutiliser maintenant, mais vous pouvez imaginer une famille dans laquelle un des conjoints fait 110 000 $ par année puis le deuxième
conjoint fait 40 000 $. Au Québec,
70 % des familles dans lesquelles les revenus sont asymétriques... c'est
la femme qui a le revenu le plus faible. Donc, ça serait, dans mon exemple, 110 000 $ pour le monsieur
puis 40 000 $ pour la madame. On sait, et puis vous êtes économiste, que les gens ne réagissent pas
beaucoup à des changements dans leur rémunération, sauf — sauf — les femmes mariées, sauf les femmes mariées. Et ça, c'est bien documenté, les
travaux québécois, canadiens, américains, internationaux montrent tous la même chose, c'est que ça réagit
pour les femmes mariées, et on met en place précisément les conditions
qui vont faire en sorte que ça va réagir.
effectivement — puis on
a eu des gens qui sont venus nous voir — il y a de l'inquiétude puis dans plusieurs
familles dont on peut dire qu'elles ont des
très bons revenus. On en convient, 150 000 $ de revenu familial,
c'est un bon revenu, mais il n'en
demeure pas moins que le calcul va se faire. La question est de savoir si c'est
rentable de maintenir sa participation sur le marché du travail quand
les tarifs augmentent de façon abrupte, quand la contribution prévue augmente de 5 000 $, mettons. La
question va se poser, là. Alors, je m'attendrais à ce que... j'aurais souhaité
que vous vous prononciez sur cet
aspect-là. Il y a différentes façons d'augmenter les tarifs, il y a différentes
façons de procéder. Le choix qui a
été fait par le gouvernement, nous autres, nous questionne énormément. Je ne
sais pas si vous avez quelque chose à ajouter à ce que je viens de dire.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Bien, écoutez,
nous, ce qu'on aurait souhaité, c'est que la proposition, là, du comité
Robillard soit retenue de façon à maximiser, là, la part de l'argent du fédéral
dans le système.
Maintenant, je pense qu'on constate tous que la part du
financement qui est octroyée, là, par les contributions des parents dans les services de garde a, depuis la
création du programme, passablement diminué et je pense que ce qui est préférable dans un système comme le nôtre, c'est
de maintenir cette part-là dans le temps, alors ça prend des réajustements
pour y arriver.
Maintenant,
je présume qu'au ministère des Finances il y a de bons économistes aussi et
qu'ils ont dû faire leurs analyses et
leurs régressions, leurs modèles économétriques pour s'assurer que, justement,
il n'y a pas, par exemple, une classe
de la société, là, que ce soient les femmes ou encore la classe moyenne, qui
soit davantage pénalisée par ces mesures-là et qui délaisse le marché du
travail par la décision, là, qui a été prise.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui, il y a de très bons économistes au ministère des Finances, ça, je n'en
doute pas, cependant c'est une
décision politique. C'est une décision politique. Les fonctionnaires
conseillent, et c'est le politique qui tranche, et le politique peut trancher mal. Et moi, je pense qu'on est dans une
situation où le politique a fait le mauvais choix, pour des raisons qui
appartiennent au gouvernement actuel, mais, bon... Je vais quand même sortir de
ça pour aller sur les CLD rapidement. J'ai
trouvé intéressant le sondage que vous nous présentez dans votre mémoire. J'ai
quand même trouvé que le taux de notoriété
des CLD était plutôt élevé. 70 % des gens, je trouve que c'est un bon taux
de notoriété. Et, quant à l'usage qui
en est fait, cela s'explique un peu par... hein, le fait que l'usage en soit
relativement faible, là — je pense qu'on parle de
17 % — bien ça
tient au fait évidemment que les CLD, ils ont un rôle de démarrage ou bien
d'aide à l'expansion d'une
entreprise, ce qui en principe ne se fait pas sur une base régulière. Ce sont
des contacts qui sont peu fréquents. Ce n'est pas comme le gérant de la caisse pop qu'on
rencontre plus souvent parce qu'on a besoin de s'assurer que tout roule bien avec notre institution bancaire. Donc, le
CLD, c'est une organisation avec laquelle les contacts sont moins fréquents.
Bon, en tout cas, ça, c'est mon petit commentaire sur votre sondage, que je
trouve par ailleurs fort intéressant.
Cela
étant, moi, ce sur quoi je voulais vous amener, c'est que la réforme proposée
par le gouvernement fait en sorte que
la responsabilité de développement économique va être confiée aux MRC, et donc
ce sont les MRC qui désormais vont
faire l'octroi d'aide financière à des entreprises, à vos membres,
essentiellement à vos membres, O.K.? La question que ça pose évidemment, c'est celle de la politisation du processus
d'octroi des aides financières. Moi, je trouve que le projet de loi est vraiment trop silencieux pour
dire... en fait, il ne dit rien sur la question de la gouvernance des nouvelles
créatures qui vont devoir distribuer l'aide
financière. Certains ont suggéré que... ou, enfin, le Fonds de solidarité de la
FTQ, entre autres, a suggéré que des comités
d'investissement soient mis en place ou bien dans les MRC, carrément, ou
bien dans l'organisme à qui on aura confié
le développement économique, des comités d'investissement constitués de personnes indépendantes, pas des élus, qui
auraient un pouvoir de recommandation, et cette recommandation-là serait
nécessaire pour que l'octroi soit éventuellement attribué par l'instance
décisionnelle.
vous pose cette question-là, parce qu'évidemment c'est pour vos membres, là,
qu'on... Une autre façon de poser la
question, c'est : Est-ce que vous préférez que ce soient des élus qui
distribuent les aides à vos membres ou à vos futurs membres ou bien que ce soient des comités de
personnes indépendantes, des personnes du milieu, des gens qui ont des
connaissances en finances, en comptabilité puis en gestion d'entreprise?
Le Président (M.
Bernier) : Mme Hébert.
Mme Hébert (Martine) : Oui. Je vous dirais que je pense qu'au niveau de
l'aide aux entreprises on est dans une situation
où il y a un ménage qui s'impose, il y a beaucoup, beaucoup d'organismes en
tout genre. Je le dis souvent, hein, vous
avez de l'aide aux entreprises au Québec, là, par âge, par sexe, par origine
ethnique, il y en a par région, par secteur d'activité, il y en a une panoplie. J'entendais Mme Bertrand dire aux
membres de la commission hier, M. le Président, dans... juste à Québec, dans la région de Québec, 45 organismes,
600 quelques personnes qui travaillent là-dedans. Je pense qu'on peut tous s'entendre pour dire, là, qu'on a
besoin d'un grand, grand ménage du printemps dans toute cette panoplie
d'aides aux entreprises là que nous avons au Québec.
Maintenant,
M. le député, à votre question, à savoir, au niveau des principes de
gouvernance qui doivent guider l'octroi
de l'aide aux entreprises... effectivement, je pense qu'on doit mettre en
place, là, des paramètres et des principes qui vont permettre de
garantir que cette aide-là est octroyée de façon optimale pour le développement
des régions du Québec. Et, en ce sens-là,
j'imagine qu'il doit y avoir plusieurs avenues qui sont dans les cartons, à
l'étude à l'heure actuelle et j'imagine aussi que ces balises-là seront
mises en place, là, lorsque la décision deviendra effective.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui. Bien, écoutez, merci pour votre réponse. Je
pense qu'effectivement il va falloir des balises. Pour l'instant, il n'y
en a pas dans le projet de loi. Je pense qu'il va être nécessaire d'en
introduire.
la question, je vais finir là-dessus, là, de l'évasion fiscale, bon, vous
faites énormément de recommandations et vous y allez de manière très détaillée,
là. Il y en a, je ne sais pas, peut-être une quinzaine, là, tout au long
des pages 8, 9, 10, il y en a beaucoup en tout cas, à la fois sur les
attestations fiscales, et dans le secteur de la construction, et sur les agences de placement puis pour la mise en place
des modules d'enregistrement des ventes dans le secteur des bars et des restobars. Et, écoutez, moi, je les ai lues
avec intérêt. Il y en a un certain nombre qui, certainement, semblent tout à fait raisonnables. Maintenant,
certaines choses qui semblent raisonnables pourraient carrément empêcher
d'atteindre les objectifs que s'est donnés
Revenu Québec, et là il y a comme un dialogue... Je sais que vous me
dites : Il y a eu un dialogue
entre vous puis Revenu Québec. Le dialogue n'a pas eu lieu publiquement, et
effectivement, lorsque viendra le
temps, nous autres, on posera des questions sur les différentes suggestions que
vous avez proposées. Puis, encore une fois, il y en a qui semblent, en
tout cas au premier coup d'oeil, tout à fait raisonnables.
voulais vous dire que, vous le savez, vendredi dernier, il y a eu la
publication de l'analyse d'impact, ce dont vous parlez dans votre mémoire, là. Vous n'avez pas commenté l'analyse
d'impact. Je sais qu'on n'est seulement que mardi, peut-être que vous n'avez pas eu le temps. Je vous laisse parler
sur l'analyse d'impact qui a été publiée... les deux, en fait, analyses
d'impact.
Le Président (M.
Bernier) : Mais vous allez devoir parler au deuxième groupe
d'opposition, parce que, malheureusement, le temps est terminé.
M. Marceau :
Ah! Excusez-moi.
Président (M. Bernier) : Donc, je vais donner la parole au
député de Beauce-Nord sur le sujet. Si jamais vous voulez réagir par
rapport à la question du député de Rousseau et vous voulez faire parvenir vos
commentaires, en regard de cette
réaction-là, au secrétariat de la Commission des finances publiques, il nous
fera plaisir, à ce moment-là, de les distribuer aux membres. Merci.
Spénard :
Merci, M. le Président. À mon tour de vous souhaiter la bienvenue,
Mme Hébert et M. Vincent.
Je pense que
votre mémoire est très intéressant en ce qui concerne les PME au Québec. Vous
en regroupez déjà 24 000, c'est
fort louable. À 1 031 répondants, je considère, moi aussi, que ça
respecte Léger & Léger, là, ça, il n'y a pas de problème là. Maintenant, moi, trois choses me frappent
dans votre mémoire. Premièrement, les récentes données que vous avez démontrent que
le coût des entreprises pour se conformer à la réglementation gouvernementale a
augmenté de 1 milliard de dollars entre 2012 et 2014. Ça, c'est
deux ans. Cette augmentation-là de 1 milliard de dollars sur non seulement
la fiscalité des entreprises, mais la réglementation des entreprises comme telles,
avec le projet de loi n° 28 qui est là, de combien de plus ça
pourrait augmenter?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Écoutez, les
analyses d'impact économique ont été produites, là, qui déterminent, là...
en tout cas qui déterminaient...
Spénard : Vous
pouvez répondre aussi.
Mme Hébert (Martine) : ...les
estimations de Revenu Québec sur les coûts.
On a émis un
communiqué vendredi, là, pour dire qu'on se pencherait plus en avant sur les
hypothèses qui ont été formulées par
Revenu Québec dans son analyse d'impact, parce qu'à première vue, et je dis
bien «à première vue», on soupçonne, là, que les impacts économiques aient été
sous-estimés, parce qu'on présume, par exemple, que les entreprises ont
cinq fournisseurs, ou des trucs comme ça. Mais on va regarder le tout beaucoup
plus en détail, O.K.?
Cela étant, sur les coûts de la paperasserie,
c'est là où il y a un problème. À la fois les gouvernements qui se succèdent, et ce gouvernement-ci, d'ailleurs... Dans
le budget, M. le ministre a créé un comité permanent sur l'allégement réglementaire. Je copréside ce comité-là. Donc, il
y a des efforts qui se font, mais le problème, c'est qu'on fait des efforts
d'un côté, on travaille ensemble avec les
ministères et les organismes à essayer de couper les coûts de la paperasserie
puis d'alléger le fardeau
administratif puis, de l'autre bord, bien on se ramasse avec des projets de
loi, comme celui aujourd'hui, qui
viennent en rajouter une autre couche, puis une autre couche, puis une autre
couche. Donc, c'est ce qui fait qu'on ne s'en sort pas. Et c'est pour ça qu'on dit : Pourquoi est-ce qu'on
n'a pas choisi une autre avenue pour arriver aux mêmes fins dans le cas
qui nous préoccupe ici? Je veux dire, les entreprises vérifient déjà les
numéros de TPS-TVQ de leurs fournisseurs.
Revenu Québec a la possibilité... Une entreprise, par exemple... Revenu Québec,
qui recevrait des rapports de TPS-TVQ
à zéro pendant trois, quatre mois de temps, pourquoi est-ce qu'il ne pourrait
pas aussi y avoir une vérification
sommaire?
On en rajoute toujours une couche, hein? Puis la cause est noble, là, on n'est,
personne, contre la tarte aux pommes,
personne n'est contre l'évasion fiscale, la cause est très noble, mais,
malheureusement, ça se fait sur le dos des petites entreprises, et c'est
aussi à ces PME là qu'on rajoute, là, un fardeau, de la paperasserie inutile.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
Spénard :
M. le Président, de la manière que je le vois, c'est un peu dichotomique, un
peu comme l'expliquait Mme Hébert,
dans le sens qu'on en demande plus
aux entreprises en termes de réglementation. D'un autre côté, c'est vrai
qu'on a la Politique gouvernementale sur l'allégement réglementaire et administratif qui se réunit, qui se réunit, mais, sur le terrain, en tout cas, on ne l'a pas vue
encore en ce qui concerne les PME. On a hâte de le voir parce que, là, on passe
des lois justement pour alourdir ce fardeau administratif là.
Mais maintenant, comment on va... parce que qui
dit mesure supplémentaire de réglementation, et tout, dit nécessairement un
nombre de fonctionnaires plus élevé à Revenu Québec pour vérifier les nouvelles
données. Alors, comment voyez-vous ça, vous, qu'avec le président du Conseil du
trésor il y a un gel de l'embauche puis il va même peut-être y avoir une diminution de l'embauche, puis on demande de
nouvelles réglementations? Alors, ça va prendre quelqu'un pour les vérifier, ces réglementations-là, puis on n'a pas
l'air à vouloir en enlever beaucoup, on en rajoute tout le temps.
Alors, moi,
je me dis : Est-ce que la main droite sait ce que la main gauche fait,
dans ce gouvernement? Est-ce que les
ministres se parlent? Je ne le sais pas. Mais, vous, votre idée là-dessus...
parce que, si on impose de la réglementation supplémentaire,
nécessairement ça va prendre quelqu'un pour le vérifier.
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : C'est sûr qu'on
dit toujours en blague, à la FCEI : Un formulaire, un fonctionnaire, tu
sais, hein? C'est sûr que ça prend des gens pour traiter cette paperasserie-là
en bout de ligne aussi quand ça arrive au gouvernement. C'est sûr que ça
va prendre des gens pour vérifier aussi que ça se fait, hein, parce qu'il va y
avoir des vérifications qui vont être
faites. Ça fait que, là, est-ce qu'on va assister aussi à une déferlante, une
pluie, là, d'amendes qui vont être
données aux entreprises qui n'auront pas renouvelé aux trois mois l'attestation
fiscale, là, leurs fournisseurs, agences de placement par exemple? Tout
ça, l'avenir va nous le dire. Mais tout ça pour dire que la réglementation, malheureusement, c'est un peu comme les
pissenlits, hein, on dirait qu'on en arrache un puis il y en a 10 qui poussent à côté, et, malheureusement,
c'est un petit peu ça qui se passe au Québec.
Je vous
dirais qu'on a une excellente politique sur l'allégement réglementaire et administratif. Redonnons à César ce qui
appartient à César. C'est vrai que c'est une excellente politique que nous
avons, cependant il faut qu'elle soit appliquée
de façon diligente par l'ensemble des organismes gouvernementaux, et,
malheureusement, ce n'est pas toujours le
cas. Alors, je vous dirais qu'on va continuer de travailler à essayer de
limiter le fardeau administratif, mais il va falloir à un moment donné
arrêter de défaire d'un côté ce qu'on a essayé de faire de l'autre.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député.
Spénard :
Ce n'est pas une politique-cadre, là. Merci, M. le Président. Vitement. Le
milliard supplémentaire de 2012 à 2014 consiste en quoi?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : Écoutez, on n'a
pas le détail, le calcul détaillé de ça, mais ce qu'il faut dire, c'est que
notre étude sur la paperasserie porte sur les trois paliers de gouvernement.
Donc, le chiffre que vous donnez, là, de 8 milliards,
c'est pour les paliers municipal, provincial et fédéral, hein, parce qu'il faut
dire que la paperasse, ce n'est pas juste
l'apanage du provincial. Ils y sont pour beaucoup, beaucoup,
beaucoup, mais on n'a pas le décompte ça. Mais ce que ça nous indique, c'est qu'il faut continuer à
faire des efforts. On n'est pas au bout de nos peines en matière de lutte
à la paperasserie.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député de Blainville.
Laframboise : Merci, M. le Président. Moi, c'est sur Hydro-Québec, les
nouvelles façons de faire que le projet de loi, là, va leur demander.
Bon. D'abord,
premièrement, vous avez dit au début : La rigueur puis, bon... Je peux
vous suivre, parce qu'on veut
qu'avec Hydro-Québec on a toujours l'impression que ce que le gouvernement veut, puis surtout le gouvernement libéral,
c'est d'aller chercher des revenus supplémentaires. Et, quand je lis les
modifications, quand on enlève des pouvoirs à la Régie de l'énergie, ça va donner
des revenus supplémentaires,
c'est-à-dire que les tarifs vont augmenter. Puis moi, je me dis : La
fameuse rigueur que vous dites, qui n'est
pas de l'austérité... mais, à force d'augmenter les tarifs, sûrement que vos
membres vont finir par dire que c'est
de la rigueur par rapport aux augmentations de tarifs, là. Ça ne chiale pas,
là, dans vos 24 000 membres, là, présentement, par rapport aux
augmentations de tarifs d'Hydro?
Le Président (M. Bernier) :
Mme Hébert.
Mme Hébert
(Martine) : C'est pour ça
qu'on a demandé à ce qu'il y ait des études plus poussées qui soient faites
sur les mesures qui sont proposées, à savoir
quelle va être l'incidence sur les tarifs d'électricité, particulièrement les
tarifs, là, des PME, qui, à cause de
l'interfinancement, sont celles qui déboursent le plus, si vous voulez, en
proportion du coût pour leurs tarifs d'électricité.
Alors, ce
n'est pas pour rien qu'on a demandé d'avoir une étude ou en tout cas d'avoir
des analyses un peu plus poussées sur
les impacts qu'auront les mesures qui sont proposées ici, parce que ce qu'il
faut dire, c'est que — et, dans notre baromètre
mensuel des affaires, d'ailleurs ça revient constamment — les coûts liés à l'énergie sont quand même
des coûts importants pour les entreprises, exercent
une pression importante sur les coûts d'opération des entreprises. Donc,
je pense que c'est important d'avoir des décisions qui vont permettre de
maintenir un équilibre dans cette dimension-là. Et il y a certains aspects du projet de loi ainsi, en tout cas, qui nous questionnent sur l'impact potentiel
qu'il risque d'avoir sur les tarifs d'électricité. Entre autres, par
exemple, pourquoi... On sait que, l'éolienne, Hydro-Québec Distribution l'achète à très fort prix, ça coûte cher. Pourquoi
l'empêcher de pouvoir écouler cette énergie-là alors qu'il y a
des États aux États-Unis qui sont prêts à payer l'énergie éolienne à
fort prix?
Alors, c'est
le genre de question qu'on se pose. C'est sûr qu'à terme ça a des impacts sur
les tarifs et sur la capacité de freiner les hausses tarifaires.
Le Président (M. Bernier) :
Merci.
Laframboise : Puis est-ce
que vous avez, dernièrement, vos... Exemple, les dernières augmentations de tarifs, est-ce que vous
savez c'est quoi, l'impact chez vos membres? Est-ce que vous avez déjà
l'analyse?
Mme Hébert
(Martine) : Comme je vous
disais tantôt, c'est sûr que ce qu'on sait, c'est que les coûts de l'énergie
sont une préoccupation importante et
exercent une pression importante, là, sur les entreprises. Effectivement, nous,
on suit de très près la cause
tarifaire. Comme je disais au début, à la FCEI, là, on se présente à la Régie
de l'énergie dans chacune des causes
tarifaires d'Hydro-Québec pour essayer, justement, de défendre l'intérêt de nos
membres, mais c'est clair qu'à chaque
fois qu'il y a une hausse des tarifs d'électricité, en proportion du coût,
celles qui en font le plus les frais, ce sont les PME, parce que ce sont
elles, à cause de l'interfinancement, qui paient le plus pour les tarifs
d'électricité.
Laframboise : Et, dans un deuxième temps, je peux vous dire que, le
contribuable, le citoyen, lui, qui voit son augmentation plus élevée que l'inflation, bien, c'est moins d'argent
dans ses poches pour faire rouler vos entreprises, là, parce qu'à un
moment donné vous avez besoin des clients aussi pour faire rouler les
entreprises, là.
Mme Hébert (Martine) : Tout à fait.
Président (M. Bernier) : Merci, M. le député. Merci, Mme Hébert, merci, M. Vincent, de votre participation à la Commission des finances
publiques.
Je vais
suspendre quelques instants nos travaux pour permettre au Groupe
Fondaction et Confédération des
syndicats nationaux de prendre place.
(Suspension de la séance à 10 h 37)
Président (M. Bernier) : Alors, à l'ordre, s'il vous
plaît! Nous allons donc reprendre nos
travaux. Nous avons le plaisir ce
matin de recevoir le Groupe Fondaction et Confédération des syndicats nationaux — bienvenue — représentés
par M. Pierre Patry, M. Léopold Beaulieu,
Mme Judith Carroll et Mme Lucie Dufour. Bienvenue à vous quatre. Vous
avez 10 minutes pour faire votre présentation, en identifiant la personne qui
va débuter.
M. Patry (Pierre) : C'est moi qui
débute.
Le Président (M. Bernier) :
Donc, allez-y, M. Patry.
M. Patry
(Pierre) : Merci beaucoup, M. le Président. M. le
ministre, messieurs, Mme la députée, permettez-moi d'abord de vous
présenter les personnes qui m'accompagnent : donc, à ma droite, il y a Mme
Judith Carroll, qui est conseillère politique
à l'exécutif de la CSN; M. Léopold Beaulieu est président-directeur général de
Fondaction; Mme Lucie Dufour est
secrétaire générale de la Fédération des professionnèles, qui est une
fédération affiliée à la CSN. Pierre Patry, moi, je suis trésorier de la
CSN.
D'entrée de
jeu, je veux vous remercier pour nous permettre d'exprimer nos commentaires sur
le projet de loi n° 28. Cependant,
je dois vous dire que nous dénonçons cette initiative du gouvernement du
Québec, qui nous invite à commenter un
projet de loi qui a tout des projets de loi mammouth auxquels le gouvernement
conservateur de Stephen Harper nous a, malheureusement, habitués. Cette
façon de faire, selon nous, jette un discrédit sur le processus de consultation
parlementaire. La démocratie exige
davantage. Comme le temps nous est compté, nous limiterons notre intervention
aux aspects économiques. Les aspects
sociaux feront l'objet d'un autre mémoire qui sera présenté la semaine
prochaine par la Fédération de la
santé et des services sociaux et la Confédération des syndicats nationaux.
Ainsi, nous traiterons de la question
du déficit non pas pour questionner les changements techniques qui sont
apportés à la loi antidéficit, mais plutôt pour vous faire part de notre
vision des finances publiques. Par la suite, nous vous exposerons notre
plaidoyer pour le maintien des centres
locaux de développement, nous aborderons la question du rapport préélectoral,
pour poursuivre sur les changements
proposés à la
Loi sur les mines. Enfin, je passerai la parole à M. Beaulieu
pour parler de la question de la gouvernance des fonds de travailleurs
et, en particulier, de Fondaction.
Au-delà des
modifications techniques proposées à la loi antidéficit, pour la CSN, si
l'équilibre budgétaire doit être retrouvé, cette quête ne peut se faire
par des compressions budgétaires et la déconstruction de l'État social et de l'économie québécoise. Il est faux de prétendre
que le gouvernement du Québec doit atteindre l'équilibre budgétaire à court terme en raison de son endettement trop
élevé et de l'injustice que celui-ci représente pour les générations futures.
Cette vision est, selon nous, quelque peu catastrophiste.
Rappelons tout d'abord que, de 1999‑2000 à 2008‑2009,
le gouvernement du Québec a respecté la
Loi sur l'équilibre budgétaire, réalisant même de légers surplus, au passage.
Quant aux déficits budgétaires des dernières années, ils sont consécutifs à la crise financière qui a
engendré la grande récession de 2008‑2009 et à la faible croissance économique
qui en a suivi. En situation de crise,
l'État doit pouvoir intervenir de façon anticyclique. De plus, le déficit
budgétaire de 2 350 000 000 $
que prévoit le gouvernement Couillard pour 2014‑2015 ne représente que
0,62 % du produit intérieur brut
du Québec. Même le déficit budgétaire d'un peu plus de 3 milliards de
dollars qui avait été réalisé en 2009‑2010, au plus fort de la crise, enregistré en pleine récession ne représentait à
peine que 1 % du produit intérieur brut, une proportion beaucoup
plus faible que dans plusieurs autres pays, États ou provinces.
Ainsi, la CSN
considère que rien ne justifie les compressions draconiennes imposées par le
gouvernement. Le gouvernement devrait
plutôt envisager de suspendre les versements au Fonds des générations d'ici à
ce que l'équilibre budgétaire soit
retrouvé, afin de réduire sensiblement les déficits budgétaires du Québec. Nous
croyons, compte tenu de la faiblesse de l'économie du Québec, que vous
faites fausse route. Les mesures d'austérité ne sont pas la solution pour équilibrer les finances publiques. Il est urgent
de doter le Québec de politiques économiques et industrielles proactives.
Offrir aux jeunes les mêmes opportunités,
c'est d'abord leur donner aujourd'hui un accès à des services publics de
qualité. Les services de garde, la santé et les services sociaux,
l'éducation, la culture sont autant de facteurs qui favorisent l'égalité des chances. Il y a quelque chose
d'aberrant dans l'idée de verser des sommes importantes dans le Fonds des
générations et de constater du même souffle
que ces versements compromettent la
capacité de l'État à fournir des services publics dont les jeunes
générations bénéficient immédiatement.
Pour la
CSN, il est nécessaire de préserver le réseau économique que représentent les centres locaux de développement. Ils sont un atout majeur du développement
économique local et régional. Tant financièrement que structurellement, les
CLD ont un rôle
d'animateurs, d'accompagnateurs, de motivateurs et d'agents mobilisateurs en
stimulant l'entrepreneuriat, la
création d'emplois et le développement économique, ce que ne peuvent faire les
municipalités régionales de comté. L'objectif
poursuivi par le gouvernement est incompréhensible et inexpliqué. Il s'agit
d'une déstructuration d'un modèle de développement local et régional qui a pourtant fait ses preuves. Au-delà de la coupe
de 40 millions de dollars dans les budgets des centres locaux de
développement, le gouvernement octroie aux MRC toute la latitude politique pour définir le développement local et régional sans l'implication de la communauté
et des élus sur son territoire. Les CRE constituent une instance agissant
sur un ensemble d'enjeux territoriaux pertinents — on parle de
décentralisation démocratique, services
publics, écoles, cégeps, etc. — avec
la participation de la société
civile, qui s'y est invitée à force de revendications et de persévérance. De plus, les CRE sont un outil
essentiel de concertation entre les MRC en ce qui a trait au développement
régional, et leur abolition ravivera
certainement des chicanes de clocher. Pourtant, entre 1998 et 2010, le réseau
des CLD aurait contribué à la création de 180 000 emplois et de
24 000 entreprises, ce qui a généré des investissements de plus de
6 milliards de dollars. Le gouvernement nous dit qu'il a aujourd'hui les
moyens de s'en priver.
Pour la CSN,
il est essentiel que le gouvernement redonne à ce réseau sa capacité financière
de 2013 afin qu'il puisse continuer
le développement des régions à la hauteur des dernières années. Le gouvernement
doit aussi préserver la cohésion de
ce réseau en maintenant le mode de gouvernance actuel, l'expertise acquise par
les 1 600 professionnels de ce réseau et les conditions de
travail des travailleuses et travailleurs pour accomplir leurs mandats. Par
ailleurs, si le gouvernement s'entête à
aller dans cette direction au regard du développement local et régional, il est
impératif de prévoir le respect des engagements contractuels des CLD
ainsi que des dispositions maintenant les conditions de travail des
travailleuses et travailleurs concernés par l'intégration des centres locaux de
développement dans les municipalités régionales
de comté. C'est une question de droit, de respect, et il s'agit sûrement de la
meilleure façon d'assurer la rétention de
celles et ceux qui ont l'expertise, les connaissances et l'expérience pour
accomplir cette mission de développement local.
En ce qui concerne l'abolition des conférences
régionales des élus, l'article 249 du projet de loi impose aux travailleuses et aux travailleurs syndiqués une
discrimination en leur interdisant les dispositions du Code du travail, plus
particulièrement celles prévues à
l'article 45. Maintenir ces dispositions serait faire preuve de mépris
envers celles et ceux qui ont
contribué, depuis la création des CRE, au développement des régions en vertu de
la Charte des droits et libertés de la personne et du Code du travail. Ainsi,
pour nous, les modifications proposées représentent, encore une fois, un
geste d'improvisation d'un gouvernement qui,
sous prétexte de recherche d'économies, s'apprête à passer à la tronçonneuse
des organisations de développement régional qui ont démontré toute leur
importance.
Le projet de
loi à l'étude comporte aussi des dispositions afin qu'un rapport
préélectoral... au sujet des finances, là. Pour la CSN, la production d'un rapport préélectoral accompagné d'une
opinion du Vérificateur général est évidemment un pas dans la bonne direction, puisque cela devrait permettre d'éviter
qu'un nouveau gouvernement puisse renier ses engagements électoraux en
prétextant son ignorance de l'état réel des finances publiques. Ceci dit, le
gouvernement devrait sans doute aller un
petit peu plus loin et créer un poste de directeur du budget pour le Québec
qui, comme organisme, devrait
produire des analyses plus objectives sur l'évolution des finances publiques,
contrairement aux budgets et aux mises
à jour économiques et budgétaires, qui demeurent des documents de nature
politique. La création d'un tel organisme pourrait favoriser un débat plus ouvert sur les finances publiques du
Québec. Par ailleurs, afin de préserver l'indépendance de ce poste, nous croyons que celui-ci devrait
être nommé par l'Assemblée nationale, par au moins les deux tiers des membres,
et ce, pour un mandat non renouvelable de 10 ans.
Le 5 septembre 2013, la CSN félicitait, en
commission parlementaire, le gouvernement parce qu'il rendait obligatoire la divulgation publique de documents
et de renseignements sur les opérations minières ayant lieu au Québec. Nous avions alors soulevé l'avancée importante et
primordiale en matière d'accès à l'information environnementale que
représentait cette obligation de divulgation. Vous comprendrez alors la
désagréable impression de duperie que nous avons
éprouvée en voyant camouflées dans le projet de loi n° 28 des
modifications à la
Loi sur les mines qui viennent annihiler toutes les
nouvelles obligations de transparence faites aux minières.
Nous savons
que les entreprises minières peuvent exercer une forte influence et que très
souvent les citoyennes et les citoyens apprennent trop tard que des
travaux seront exécutés sur leurs terrains ou sur leurs territoires sans en
connaître les véritables impacts et sans avoir pu accorder ou refuser leur
consentement libre et éclairé. Or, permettre l'utilisation
des renseignements transmis qu'à des fins statistiques ou retirer du domaine
public les ententes conclues par les
minières avec une communauté, c'est prendre fait et cause pour les minières,
c'est limiter le droit des citoyens à une information vitale pour l'exercice de leurs droits et c'est priver
l'ensemble de la société d'informations essentielles pour s'assurer que
nos ressources ne soient pas pillées. La CSN exige du gouvernement qu'il se
tienne debout devant cette industrie et son lobby. Vous n'avez pas à plier
l'échine devant ceux qui exploitent notre terre et nos ressources.
Avant de conclure, je vais demander à M.
Beaulieu de faire un petit bout sur les fonds de travailleurs.
Le Président (M. Bernier) : ...M.
Beaulieu, je vous donne une minute.
M. Beaulieu (Léopold) : Deux
minutes?
Le Président (M. Bernier) :
Une.
M. Beaulieu (Léopold) : Très bien.
Merci beaucoup, M. le Président, de nous avoir invités, Fondaction, à se présenter ici. Au moins, pendant cette minute, je
tiens absolument à vous signifier l'accord du conseil d'administration de Fondaction concernant les modifications à sa
loi constituante, sur la gouvernance de Fondaction. Alors, je tiens à vous dire ça, vous rappeler que notre rapport avec la CSN en a
toujours été un de partenariat et non d'affiliation, de contrôle ou de propriété. Les amendements correspondent à
notre pratique, pour la plupart, et nous sommes tout à fait d'accord avec
les amendements qui sont proposés à cette loi.
Je veux aussi rappeler le rôle de leader, hein,
au Québec, en matière de finances socialement responsables, de développement durable, de Fondaction. Je crois
qu'on est en mesure de démontrer notre pertinence dans l'échiquier de l'investissement et de l'épargne-retraite au
Québec. Il y a de l'argent de Fondaction dans 866 entreprises au Québec soit
directement soit indirectement, à travers différents fonds spécialisés, et nous
soumettons à votre appréciation toute l'importance
que le gouvernement continue à soutenir les fonds de travailleurs, dans un
contexte plus difficile, par les secteurs économiques qu'on privilégie.
Fondaction doit pouvoir continuer sur le soutien actuel du gouvernement afin d'atteindre la taille qui lui permette de faire
encore plus, et cela, dans une perspective de développement durable. Nous
participons à la croissance du PIB, et, ce faisant, l'État québécois y gagne.
Alors, nous
demandons le maintien actuel du crédit d'impôt actuel consenti aux actionnaires
de Fondaction et le relèvement aussi, chaque année, du plafond jusqu'à
l'atteinte du seuil de maturité que nous devons atteindre le plus rapidement
possible.
Le Président (M. Bernier) :
Merci, M. Beaulieu.
M. Beaulieu (Léopold) : Je vous
remercie, M. le Président.
Président (M. Bernier) : Bien, écoutez, on est là pour vous
écouter, ça nous fait plaisir, on vous remercie de participer. M. le
ministre, vous allez débuter nos échanges avec nos invités.
Leitão : Très bien. Merci, M. le Président. Merci, mesdames messieurs,
d'être là, de nous faire part de vos préoccupations.
Peut-être juste avant de commencer, j'aimerais juste revenir sur deux petits
sujets de la dernière session, si
vous me permettez, M. le Président, en ce qui concerne Revenu Québec, juste
pour rassurer un peu tout le monde que Revenu Québec a les ressources
suffisantes pour gérer ces dossiers. Il n'est pas question d'augmenter les
ressources. L'Agence du revenu va être
capable de réaffecter ses effectifs, et donc il n'y a pas de hausse. Le
deuxième petit point qui est resté un
petit peu en suspens en ce qui concerne Hydro-Québec : ce que les
dispositions du projet de loi n° 28 font, c'est de permettre à
Hydro-Québec Production d'exporter les surplus d'électricité, et donc de
maximiser les revenus d'exportation. Donc,
on va chercher des revenus additionnels à l'étranger, et ce sont ces revenus
additionnels qui, par la suite, augmentent le dividende d'Hydro-Québec
et permettent l'atteinte de nos cibles budgétaires.
Maintenant,
pour ce qui est de votre mémoire, votre présentation, M. Beaulieu, je pense
qu'on aura le temps de vous laisser
parler un peu plus sur Fondaction, et évidemment nous sommes aussi contents
d'avoir été capables d'avoir un
accord, et je veux aussi souligner pour ceux qui nous écoutent que ce n'est pas
une solution mur à mur, parce que les dispositions qui concernent
Fondaction ne sont pas nécessairement identiques à celles du fonds FTQ, donc on
est capables de s'ajuster. Et évidemment
nous reconnaissons l'excellent travail que Fondaction joue dans l'économie québécoise.
Pour ce qui
est de, M. Patry, bon, l'équilibre
budgétaire, évidemment
nous ne sommes pas d'accord, mais pas du tout, avec vos propos, particulièrement en ce
qui concerne le Fonds des
générations. Pour nous, le Fonds des générations, c'est quelque chose de
crucial, de très important et vraiment ce n'est pas question de remettre ou
d'interrompre les participations au Fonds des générations. On a établi le Fonds
des générations, le gouvernement précédent. Des gouvernements précédents, ça a
été toujours maintenu, et ce fonds-là maintenant
a des sources de revenus qui lui sont propres,
qui lui sont destinées. Et c'est ça, le contrat, si vous voulez, qu'on a fait
avec les Québécois, qu'une
partie des redevances hydrauliques, une
partie de la taxe spécifique sur les
boissons alcooliques s'en vont directement dans le Fonds des générations. Donc, ce ne sont pas des montants qui seraient
disponibles pour les dépenses courantes de l'État, c'est vraiment
les mettre de côté. Pour nous, c'est quelque chose qui est extrêmement important,
parce que notre niveau d'endettement est
très élevé. Si on avait très peu de dettes, comme certaines autres provinces canadiennes,
peut-être qu'on aurait
pu se passer d'un tel fonds, mais, puisque notre dette publique est élevée, le
Fonds des générations est de nature cruciale, à notre avis, nous allons
le maintenir.
Maintenant, pour ce qui est du déficit, en effet,
2,3 milliards, en proportion du PIB, ce n'est pas un montant dévastateur. Le problème que nous avons, c'est
que, ce déficit-là, même après la récession, bien sûr,
de 2008‑2009, une grande
récession, bien on n'arrive pas à s'en débarrasser. 2013‑2014,
on était tous d'accord qu'on arrivait à zéro, on n'a pas été capables de le faire. On a ajouté deux
ans, donc maintenant c'est 2015‑2016. Et, si j'ai bien compris, votre proposition serait de le reporter encore plus, encore un autre un ou deux ans. Pour
nous, ce n'est pas question. Et, puisque justement le montant,
2 350 000 000, n'est pas nécessairement un montant catastrophique, mieux vaut le
faire maintenant, parce
qu'à chaque fois qu'on remet à plus tard ça devient encore plus difficile
d'atteindre l'équilibre budgétaire, par la
suite.
Loin de nous
l'intention de déconstruire le modèle québécois. Nous voulons, au contraire, nous assurer que
nous sommes capables de le maintenir,
donc que nous sommes capables de vivre à
l'intérieur de nos moyens, que nos
dépenses courantes soient couvertes
par nos revenus récurrents. C'est tout ce que nous essayons de faire, en fin de compte. Notre recette, si on veut,
d'arriver à l'équilibre budgétaire, c'est de s'assurer que les revenus augmentent à peu près
à 3 % par année et que les dépenses augmentent mais à peu
près à 1 % par année. Donc, c'est cet écart-là qui nous permet d'arriver à
l'équilibre, et, de cette façon-là, nous ne
sommes pas en train de tout déconstruire. Donc, il n'y a pas vraiment de
question que j'ai à vous poser, juste vous souligner notre point de vue
différent à cet égard-là.
Je ne
poserais maintenant, bon, même pas une question, mais je demanderais à M.
Beaulieu s'il pouvait peut-être continuer à nous parler du Fonds des
générations et, comme vous voyez... Pardon.
Leitão : Lapsus; du Fondaction. Et comment vous voyez l'évolution du
fonds et le rôle du gouvernement dans l'évolution du Fondaction?
Le Président (M.
Bernier) : M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Bien, je vous remercie, M. le ministre.
Effectivement, je crois que les diversités des fonds fiscalisés sont bénéfiques pour le Québec parce que, d'une part,
ils se distinguent selon plusieurs facteurs, dont les investissements reliés aux dynamiques régionales,
la valeur des investissements, les secteurs soutenus puis l'appui à des
fonds spécialisés. Et donc il y a un rôle double qui est joué et qui est celui,
en plus de cette diversité, non seulement d'investir
ou d'intervenir directement en entreprise, mais aussi d'intervenir dans des
fonds spécialisés qui, eux, viennent répondre à des besoins plus
spécifiques et plus spécialisés.
Alors,
les fonds privés de capital de risque, dont le fédéral n'avait pas tenu compte
dans ses analyses — et j'en
profite pour remercier d'ailleurs
l'Assemblée nationale, tous les partis qui ont soutenu à l'unanimité les fonds
de travailleurs dans ces circonstances-là — c'est une présence, et
un écosystème, de réponses à des besoins de financement qui est précieuse pour le développement de l'économie
québécoise. Fondaction se distingue, c'est vrai, par rapport à son engagement en matière de développement durable et
de finances socialement responsables. On est un peu un leader à cet égard-là au Québec. Fondaction est la première
institution financière en Amérique du Nord à s'être assujettie aux nouveaux
critères d'évaluation de la GRI, la Global
Reporting Initiative. Fondaction fait, à tous les deux ans, une reddition de
comptes, un rapport de développement durable depuis maintenant plus
d'une dizaine d'années. Alors, ça fait
partie de la raison d'être de Fondaction, de sa mission depuis ses
débuts que de travailler non seulement en tant que fonds spécialisé... On
n'est pas un fonds spécialisé en
environnement. On a, dans notre portefeuille, bien sûr, des entreprises de
cette industrie-là, mais c'est de
regarder l'entreprise sur les trois dimensions : sa dimension... Les
retombées économiques et financières, bien
sûr, sont celles qui sont importantes, parce qu'on ne fait pas de la
philanthropie, on fait de l'investissement, mais, en même temps, c'est
de regarder au plan social, c'est de regarder aussi, au niveau environnemental,
quelle est la contribution de l'entreprise,
comment est-ce qu'elle se comporte de ce côté-là et essayer de l'accompagner,
parce que, pour nous, l'entreprise
devient meilleure. C'est une meilleure gestion de risques que ça a, pour nous,
sur une moyenne durée.
Donc,
c'est un investissement, c'est un capital plus patient que ce que d'autres
institutions font. Ce n'est pas un capital
aussi patient que l'État peut avoir lorsqu'il intervient à travers les sociétés
d'État comme Investissement Québec, c'est
quelque chose qui s'inscrit dans l'écosystème de réponses à des besoins de
financement des entreprises selon leur secteur, selon leur nature, selon
leur stade de développement.
Le Président (M.
Bernier) : Merci.
M. Leitão :
...en effet, c'est très...
Le Président (M.
Bernier) : M. Patry, vous voulez ajouter sur le sujet?
M. Patry
(Pierre) : Même s'il n'y avait pas de question, ça appelait quand même
une réponse, si vous me permettez. Bien, je veux être clair sur un certain
nombre de choses.
savait qu'on avait des désaccords sur la question du rythme d'atteinte de
l'équilibre budgétaire ainsi que sur le
versement des fonds au Fonds des générations. La CSN n'est pas contre, en
principe, le fait qu'il faille atteindre l'équilibre budgétaire, on s'inquiète du rythme et de la façon
dont c'est fait. Et on peut bien souhaiter... puis là je pourrais faire tout un débat de chiffres avec vous sur l'importance ou
non du déficit puis de la dette, puis ainsi de suite, puis je vous sais capable
de faire ces débats-là, mais je pense
qu'au-delà de ça il faut prendre conscience, de par ce qui est annoncé en
termes de hauteur de compressions
budgétaires dans les différents réseaux publics, en éducation, en santé, en
famille — la semaine
prochaine, on aura l'occasion de vous parler
plus abondamment de la question des services de garde, dans le développement
économique... bref, à peu près tout est
touché au Québec, et nous, on a des craintes à l'effet que ça va créer un
déficit social, d'une part, parce que
les gens sont affectés, là, dans leur quotidien, et on craint que, par la
stratégie gouvernementale qui est déployée à l'heure actuelle, ça ait un
impact négatif sur la question de l'emploi.
campagne électorale, vous avez dit vouloir créer des emplois. On n'est pas
sûrs, de par les agissements que vous prenez à l'heure actuelle, que ça
chemine vers la création d'emplois. Et, si la création d'emplois n'est pas au rendez-vous, bien c'est les revenus qui ne sont
pas au rendez-vous, puis en conséquence on compromet d'autant notre capacité d'atteindre l'équilibre budgétaire, que
ce soit en 2015‑2016, 2016‑2017 ou pour les années à venir. Donc, c'est plus sur la stratégie qu'on en a que sur
l'objectif de fond, mais c'est quand même un différend qui est assez important.
Juste pour finir sur
la question du Fonds des générations, sauf erreur, c'est : en 2018‑2019,
on prévoit verser 3,2 milliards, pour cette seule année là, dans le Fonds
des générations, mais le 3,2 milliards à partir des revenus du Québec — puis je sais qu'il y a des sources
particulières de revenus pour ce qui est du Fonds des générations — bien c'est autant d'argents qui ne
sont pas dans les services publics et les programmes sociaux, dont les jeunes
générations bénéficient également, et, en
matière d'équité intergénérationnelle, on n'est pas convaincus que c'est le
meilleur choix.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le ministre.
M. Leitão : Très bien. Je
comprends. C'est le choix que nous faisons, et nous sommes convaincus que c'est
le choix qu'une grande majorité de Québécois aussi souhaitent, celui de
réduire le poids de la dette.
vais passer maintenant la parole à ma collègue, parce qu'il y a des questions
intéressantes, des sujets qu'elle...
Le Président (M.
Bernier) : ...M. le ministre, je vais lui passer la parole.
M. Leitão :
Oui. Excusez-moi. C'est vous.
Des voix :
Ha, ha, ha!
M. Leitão :
Vous êtes le président, pas moi, et vous avez tout à fait raison.
Le Président (M.
Bernier) : Et voilà. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme de Santis :
Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup de votre présence, votre
mémoire, votre présentation, c'est fort intéressant. On peut discuter, même si
on a des points de vue qui sont différents. Ça, c'est très important.
Moi,
j'aimerais parler de la
Loi sur les
mines, O.K.? Présentement, actuellement, il faut absolument
publier la quantité et la valeur du
minerai extrait au cours de l'année précédente, les redevances versées au cours
de l'année précédente, l'ensemble des contributions versées par le
titulaire, le plan de réaménagement et de restauration approuvé par le ministre et le montant total de la garantie
financière exigée. Rien, absolument rien dans le projet de loi n° 28 ne change ces dispositions-là, il faut continuer à publier ces renseignements-là.
En plus, à l'article 215 de la loi actuelle, les données contenues à une entente conclue entre un titulaire
de bail et une communauté ne sont pas rendues publiques et ne peuvent être utilisées qu'à des fins statistiques. En
effet, ce que le projet de loi n° 28 fait, c'est que ça rend ces
ententes-là plus transparentes, et
les seules choses qu'on ne pourra pas dorénavant publier quant à ces ententes
sont les contributions ou les avantages
dont bénéficient les communautés. Donc, on rend plus transparentes ces
ententes-là. En plus, je peux vous dire que, quand on a eu l'Association minière du Québec ici la semaine
dernière, ils nous ont demandé, eux, de retirer tout à fait cette
disposition et rendre tout le contenu des ententes entre le titulaire des baux
miniers et les communautés public.
qu'on fait dans le projet de loi n° 28, c'est qu'on dit que les rapports
préliminaires et prévisionnels qui sont produits à des fins de statistiques et transmis à l'Institut de la
statistique du Québec soient confidentiels et que les renseignements
soient utilisés seulement pour fins de statistiques.
faut être clair sur l'étendue de ce qu'on fait vis-à-vis la
Loi sur les mines,
parce que l'impression qu'on est en train
de donner au public, que tout ce qu'on avait dit concernant... tout ce qu'on
avait fait avec la
Loi sur les mines récemment, on met tout ça de côté,
et, tout d'un coup, c'est noir, ce n'est pas ça du tout.
Le Président (M.
Bernier) : M. Patry.
M. Patry (Pierre) : Bien, je dirais, il y a plusieurs natures de questions, là, que vous
abordez. Il y a des questions de fond
dont on pourrait effectivement débattre, ce qui doit être transmis ou non,
publiquement, là, de la part des mines, mais, je dirais, ce qui nous a le plus choqués et véritablement choqués,
puis c'est dans la nature même des projets de loi mammouth, c'est d'aborder toutes sortes de
questions qui méritent en soi des débats de société, de fond que l'on doit
faire, au Québec. Et, la modification
de la
Loi sur les mines, je ne vois pas en quoi ça intervient dans la mise en
oeuvre du budget, là, parce que c'est un peu comme ça que s'appelle le
projet de loi n° 28. Donc, il y a un problème fondamental.
Deuxième des choses.
Moi-même, je pense que je suis venu trois fois en commission parlementaire,
dans les quatre ou cinq dernières années,
sous le gouvernement du Parti libéral du Québec comme sous le gouvernement du
Parti québécois, où on a débattu en
profondeur des questions relatives aux lois sur les mines, une loi qui datait
d'une centaine d'années. On a débattu
des redevances, on a débattu d'une série de questions, même dans un forum qui
avait été convoqué par le ministre
Marceau à l'époque, avec sa collègue Mme Ouellet. J'ai participé à ce
forum-là. On a débattu de l'ensemble de
ces questions-là, au Québec, dans les cinq dernières années, et, sur la
question des informations qui doivent être divulguées par les mines, à notre connaissance, ça a été un
quasi-consensus de l'Assemblée nationale, ça a été voté à la quasi-unanimité, et même le Parti libéral du
Québec s'est prononcé en faveur de la modification de la
Loi sur les mines,
notamment pour ce qu'on demande en termes d'informations aux entreprises
minières.
Donc, on a été pour
le moins surpris. Et je ne prétends pas que ça fait fi totalement de ce qui a
été adopté antérieurement, mais on trouve ça
un peu cavalier que, dans le cadre d'un projet de
loi sur la mise en oeuvre du
budget, d'un coup de plume, on est
capables de rayer l'objet de cinq ans de consultation sous deux gouvernements.
C'est plutôt là-dessus qu'on en a en termes de forme. Et, sur le fond,
bien on pense qu'on n'en demande pas trop aux entreprises minières, qui par
ailleurs exploitent nos ressources naturelles, qui appartiennent à l'État du
Québec.
Le Président (M.
Bernier) : Mme la députée.
Mme de Santis :
Je...
Le Président (M. Bernier) :
Vous avez terminé? M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) :
Merci, M. le Président. Moi, j'aimerais vous entendre sur un sujet plus
spécifique.
Vous nous
parlez que les déficits annuels ne sont pas si significatifs que ça sur la base
du PIB. Moi, j'aimerais vous entendre sur le fait que le Québec paie en
intérêts annuellement tout près de 11 milliards de dollars d'argent qui finalement nous quitte et qui pourrait
éventuellement servir à donner des services à notre population. Et c'est ce que
l'on vise directement, actuellement,
en ramenant l'équilibre budgétaire, puis là on pourra parler de ça plus
profondément, mais, cet aspect-là du
11 milliards d'endettement qui est payé annuellement en intérêts, est-ce
que vous ne croyez pas qu'on aurait
des belles choses à faire avec ça? Puis je voudrais vous entendre là-dessus.
Puis est-ce que ça, c'est important aussi?
Le Président (M. Bernier) :
M. Patry.
M. Patry
(Pierre) : Ce serait
certainement plus intéressant de ne pas avoir à payer d'intérêts sur la dette
que ce que l'on fait à l'heure actuelle, mais tout ça repose dans l'arbitrage
qu'on a à faire entre ce qu'on veut se donner comme services publics et
programmes sociaux aujourd'hui et la capacité de payer pour ces services publics
et programmes sociaux dans l'avenir également.
Malgré les
versements au Fonds des générations, quand on prend, en pourcentage du produit
intérieur brut, ce qui est versé
au... ce qu'on appelle le service de la dette, bien ça ne bouge pas,
pratiquement, même en ayant versé... C'est combien qui a été versé dans le Fonds des générations depuis 2006? Il
doit y avoir une dizaine de milliards, quelque chose comme ça, qui a été versée dans le Fonds des
générations depuis 2006, quelque chose de cette nature-là. Mais, malgré ce
10 milliards là, si on le met en
contrepartie des intérêts sur la dette, les intérêts que ça rapporte, bien ça
ne fait pas une différence qui est
notable quant au poids du service de la dette dans le budget du gouvernement du
Québec, par contre ça a un impact
important sur la qualité des services publics et des programmes sociaux qu'on
est capables de se doter aujourd'hui.
Nous, on
pense qu'on est mieux d'avoir une stratégie qui va faire en sorte de favoriser
le développement économique et, en
conséquence, d'accroître les revenus de l'État dans une perspective d'obtenir
l'équilibre budgétaire par l'augmentation des revenus tout en ménageant nos services publics et nos programmes
sociaux. Et, une fois l'équilibre budgétaire atteint, si on maintient cet équilibre budgétaire là par la
croissance économique, bien le poids relatif de la dette et, en conséquence,
du service de la dette sera diminué dans les
budgets à venir. Mais ça va se faire dans le respect des services publics et
des programmes sociaux, ce qui, à
notre avis... puis je comprends qu'on ne partage pas le même point de vue
là-dessus... ce n'est pas le cas à l'heure actuelle.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Ça va? M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci. Écoutez, c'est vrai, on ne partage pas
tout à fait ce point de vue là, parce que ce qu'on veut faire en fait, c'est les deux : la relance économique et
le redressement du budget, puis ça, c'est, selon nous, quelque chose qui va être plus gagnant à long
terme. Donc, c'est très important de s'assurer que non seulement on va réduire
la croissance des dépenses, mais aussi faire
une relance économique. Je pense que là-dessus, là, on est tous les deux
d'accord sur le principe de cette direction-là.
Je voudrais
vous amener sur un autre sujet où vous avez une position que je trouve un peu,
je dirais, surprenante, c'est la
position des centres locaux de développement sur laquelle vous nous dites que
vous croyez que l'ensemble de cette
institution-là devrait être maintenu et que, pour une raison que je comprends
mal, vous semblez douter de la capacité des MRC à prendre la relève des centres de CLD, qui étaient déjà sous la
responsabilité directe des MRC. J'ai été moi-même président d'un CLD dans ma région, donc je
comprends relativement bien le contexte dans lequel on oeuvrait dans le passé.
J'aimerais vous entendre sur la capacité d'avoir
nos dirigeants locaux ou régionaux travailler dans l'esprit du développement
économique dans un contexte régional.
Président (M. Bernier) : Juste avant de vous donner la parole,
M. Patry : pour votre information, en ce qui regarde le Fonds des générations, c'est 7 milliards
qui ont été versés jusqu'à présent.
Mme Dufour, vous allez répondre à la question du député de Mégantic?
Mme Dufour
(Lucie) : Oui. Bien, écoutez,
pour la question des centres locaux de développement, je vous dirais, c'est toute
une expertise, hein, que les gens qui travaillent dans les CLD, à Montréal
dans les CDEC... parce que les CDEC à Montréal ont le mandat de CLD,
donc, c'est toute une expertise qu'ils ont développée, O.K.?
Donc, c'est cette expertise-là qui va
être perdue si... À ce qu'on voit, à
l'heure actuelle, déjà c'est commencé, là, il y a des CDEC qui ont des avis de
mise à pied... enfin, les gens ont des avis
de mise à pied. Donc, l'expertise est en train de disparaître. Dans les CLD,
c'est la même chose, c'est variable selon les régions. Donc, c'est tout
En plus, il y
a aussi la question des coupes, là, budgétaires qui ont été faites avec le
pacte fiscal, O.K.? Bon, on perd une
grande
partie des budgets. Donc, c'est toute cette question-là de l'expertise
qui est déjà là, O.K., c'est un travail aussi, comment je pourrais vous dire, qui est... L'accompagnement dans
les CLD, c'est ce qui est prioritaire, hein? On accompagne les entreprises, donc on fait... On accompagne les
entreprises dans leur démarrage, dans leur croissance. Ce n'est plus comme avant, hein, ce n'est plus une
grande entreprise manufacturière qui arrive dans une région avec 300 emplois.
Ce n'est plus comme ça, le développement
économique, aujourd'hui, c'est un développement où on soutient les projets
qui émergent dans les milieux, et puis on
les accompagne dans leur démarrage. Et donc c'est ce qu'on pense. D'un autre
côté aussi, il faut voir qu'il y a toute la
politisation, O.K.? En remettant ce mandat-là aux MRC, on vient, si on veut, en
quelque sorte, politiser ce processus-là,
alors qu'actuellement ce sont des structures, c'est des OBNL... Oui, ils sont
sous la... comment je pourrais dire,
il y a des élus qui siègent au C.A. de ces CLD là, mais il y a aussi des gens
de la société civile,
hein, il y a des gens de tous les milieux qui sont là, et c'est aussi ce qui
donne la richesse, si on veut, à ces structures-là, donc d'avoir des gens qui sont de tous les milieux
et qui peuvent partir des besoins des milieux, parce que c'est ça aussi,
le développement économique.
Président (M. Bernier) : Merci, Mme Dufour. Je dois vous
interrompre. Merci, Mme Dufour. Nous devons passer du côté de
l'opposition officielle. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, Mmes Dufour et Carroll, MM. Patry et
Beaulieu, bonjour, merci pour votre mémoire.
Quelques sujets, mais je vais commencer par la
transparence dans le secteur minier, parce que j'ai beaucoup aimé votre réponse. Donc, vous avez dit deux,
trois choses. Premièrement, sur le fond des choses, il y a quand même un
recul clair, là. On peut bien le prendre de
toutes les manières qu'on le voudra, mais il y a clairement un recul par
rapport au statu quo, par rapport à
ce qu'on avait. Sur l'ampleur du recul, on aura l'occasion de débattre, là,
soyez-en certains. Et moi, je relis
les articles 221 et 222, puis en particulier 222, qui ne parle pas de rapport
préliminaire, il parle du rapport concernant l'année précédente. Et donc
c'est des informations substantielles qui sont contenues là-dedans. Et puis les
Québécois sont propriétaires de la
ressource, il est tout à fait normal, raisonnable, que nous sachions l'état de
ce qui nous appartient. Moi, je suis
désolé, là, mais, reculer là-dessus, je trouve ça difficile. Puis, sur le
procédé, bien, vous avez été très
bons, très clairs, je suis entièrement d'accord avec vous, quand il y a... Après
cinq ans de débats, là, on s'attendrait à ce que des modifications concernant la
Loi sur les mines ne se fassent
pas en catimini. Et voilà. Donc, je m'arrête là-dessus, je n'ai rien à
ajouter.
Sur les
services de garde, par contre, vous n'avez pas dit quoi que ce soit. Est-ce que
c'est parce que vous allez revenir nous en parler? Est-ce que c'est ce
que je dois comprendre?
Le Président (M. Bernier) :
M. Patry.
M. Patry
(Pierre) : Oui. Aujourd'hui,
c'étaient la CSN et Fondaction qui étaient invités; la semaine prochaine, la
Fédération de la santé et des services sociaux, puis la CSN va accompagner sa
Fédération de la santé et des services sociaux
pour venir vous rencontrer, c'est mardi prochain, et la majeure de ce qui vous
sera présenté mardi prochain va traiter
de la question des services de garde et en particulier de... puis vous avez
soulevé cette question-là avec les intervenants précédents, là, on l'a entendue puis on y souscrit totalement, en
particulier de l'impact sur l'accès des femmes au marché du travail puis
sur l'impact sur la classe moyenne. Tout ça sera abordé abondamment la semaine
prochaine avec des personnes plus compétentes que moi pour aborder la question.
M. Marceau :
O.K. Je ne dis rien là-dessus; tout simplement : On va attendre à mardi
prochain pour avoir votre opinion sur cette question-là. C'est parfait.
Sur la gouvernance de Fondaction, peut-être
quelques questions, tout en vous demandant, M. le Président, de réserver cinq
minutes à mon collègue de Gaspé pour qu'il puisse parler de CLD et de CRE.
Le Président (M. Bernier) :
Je m'assure de le faire.
M. Marceau : Alors, disons
qu'on embarque dans une conversation, mais vous nous arrêtez à temps.
Président (M. Bernier) : Déjà que vous nous faites de la publicité pour la
semaine prochaine, donc, les gens qui
nous écoutent vont suivre nos travaux. Allez-y, M. le député de Rousseau,
et je vais m'assurer de préserver le temps au député de Gaspé.
M. Marceau : Après le Super Bowl, il y a
la Commission des finances publiques.
C'est ça, sur la gouvernance, vous avez mentionné que le modèle de
gouvernance... enfin, il a été mentionné que le modèle n'est pas le même
entre Fondaction puis le Fonds de
solidarité. Peut-être que M. Beaulieu pourrait nous décrire les
pratiques qui sont bonnes depuis longtemps à Fondaction et puis qui
permettent d'assurer une saine gestion des fonds et puis qui permettent
d'assurer l'indépendance des décisions qui
sont prises par rapport à la centrale syndicale, là. Donc, peut-être
nous faire un bref portrait de cela, et puis j'aurai d'autres questions
ensuite.
Le Président (M. Bernier) :
M. Beaulieu.
Beaulieu (Léopold) : Oui.
Bien, alors, d'abord il y a la composition même du conseil d'administration, qui est déjà composé d'une majorité d'indépendants, c'est-à-dire de personnes qui ne proviennent pas de la CSN. La CSN, elle désigne deux personnes qui exercent des responsabilités syndicales, et trois autres. Elle agit en tant que collège électoral
pour venir compléter le profil recherché
pour compléter l'expertise des membres du conseil d'administration. L'ensemble des comités sont composés de
membres indépendants des comités du conseil d'administration.
Il y a
une distinction très nette entre la gouvernance et les opérations — c'est
là depuis toujours — où
les membres du conseil d'administration, sauf le P.D.G., qui est associé au processus,
n'interviennent pas séparément dans le processus qui conduit à recommander
soit à l'exécutif ou soit au conseil d'administration un investissement. Bon.
Alors, ça, ces pratiques-là sont là depuis
toujours. Un comité de gouvernance et d'éthique, on a ça depuis je ne me
souviens plus très bien combien d'années, mais,
croyez-moi, ça fait plus longtemps que moins, depuis notre existence. Et, sur
la question des ressources humaines, lorsqu'il était question de revoir
périodiquement, il y avait un comité ad hoc qui était formé; là, ce sera un
comité permanent. Donc, par rapport à nos pratiques, à Fondaction, ce qui est
reflété, ce qui est présenté... Puis il y a
aussi un fait, que Fondaction, c'est beaucoup moins considérable en taille que
le Fonds de solidarité. Alors, qu'il
y ait des dispositions particulières dans un cas plutôt que dans l'autre, je
vous dirai que ce qui est important, c'est
de rejoindre les quatre éléments qui faisaient
partie du discours du ministre
des Finances de l'an dernier et qu'il était, heureusement, prévu que ça pourrait prendre des chemins différents pour
arriver à la satisfaction des grandes balises qui avaient été énoncées
dans le discours du budget par le ministre des Finances l'année dernière.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. M. le député.
M. Marceau :
Bien, c'est parfait. Écoutez, donc, ce que je comprends, c'est que les
dispositions qui sont dans le projet de loi vous conviennent, elles sont
l'incarnation, dans le fond, des pratiques que vous aviez déjà, sauf pour peut-être le comité, là, dont vous disiez qu'il
était temporaire puis qui est devenu permanent. Ah! vous avez quelque chose
à ajouter.
Beaulieu (Léopold) : Peut-être à une différence ou deux, par exemple
la limitation du nombre de mandats pour
les personnes élues ou désignées, qui n'existait pas auparavant, mais, bon...
et puis le contrat du P.D.G. en était un à durée indéterminée. Il peut être congédié n'importe quand, on peut le
remercier n'importe quand, bien sûr. Là, ce seraient des contrats de cinq ans. C'est tout ce qu'il y a
d'écart, je vous dirai, là, qui n'était pas pratiqué. Alors, nous, on est tout
à fait à l'aise avec les amendements qui concernent notre loi
constituante.
Le Président (M. Bernier) :
On aime bien vous voir, M. Beaulieu.
M. Marceau : Oui. En
tout cas, je reconnais la sagesse qu'il y a
de ne pas changer ce qui fonctionne
bien. Et je pense que c'est une bonne
nouvelle pour tout le monde, et donc je suis tout à fait à l'aise. Je peux vous
dire que, de notre côté en tout cas,
on va appuyer les dispositions du projet de loi n° 28 concernant
Fondaction. Et je vais céder tout de suite la parole, si M. le Président
veut bien la lui donner, à mon collègue.
Le Président (M. Bernier) :
Merci. Oui. M. le député de Gaspé, la parole est à vous.
M. Lelièvre : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Boyer, mesdames et messieurs.
Écoutez, j'aimerais revenir peut-être plus
précisément aux pages 12, 13 et 14 de votre mémoire, qui touchent principalement les centres locaux de développement
puis les organismes de concertation régionale, donc la CRE. Vous avez
quand même, Fondaction, une expertise, là, très pertinente dans le domaine du
développement local et régional notamment,
puis j'aimerais faire un parallèle un peu entre le fait que le projet de loi
n° 28 confère aux MRC dorénavant la responsabilité de la gestion de ce qui reste des fonds, hein, de
développement locaux et régionaux, parce qu'on parle d'une diminution de 170 millions, grosso modo, à
100 millions, donc une coupure de 70 millions pour les intervenants
locaux et régionaux. Donc, les MRC,
les préfets, les maires vont devoir composer avec autant de responsabilités,
mais une coupe de 60 % des budgets, donc c'est tout un défi.
Vous avez parlé, bon, d'expertise au niveau des
CLD, vous avez parlé de 80 % d'accompagnement, 20 % d'investissement. Donc, quand on parle
d'accompagnement, ça sous-entend la nécessité d'avoir des ressources. Avec une
telle coupe de 70 millions, à votre
avis, quelle va être finalement l'alternative qu'il reste aux MRC advenant le
cas que le projet de loi se
concrétise? Ce qui est fort probable, malheureusement. Quel sera le choix des
MRC en termes d'investissement? Dans
les ressources ou dans les projets, concrètement, d'investissement via les
fonds qui existaient, avec, dans le fond, les fonds résiduels? Selon
vous, est-ce que ça va être les... je dirais, les promoteurs qui ont besoin d'expertise ou les promoteurs qui ont besoin de
soutien financier qui vont être les plus perdants? Et comment voyez-vous
le fait que les municipalités, le conseil
des maires, comme entités politiques, puissent dorénavant réaliser un travail
qui était davantage fait par des
intervenants plus, là, je dirais, du domaine des affaires, généralement, dans
des comités d'investissement locaux, des CLD, etc.?
Le Président (M. Bernier) :
M. Patry.
M. Patry (Pierre) : Je vais
commencer. C'est possible que d'autres complètent, là, à la table.
La première
des choses — puis
j'apprécie beaucoup, beaucoup votre question — depuis une vingtaine d'années, là, à peu près, là, il s'est développé une
expertise en matière de développement régional, notamment au niveau des centres
locaux de développement — on parle d'à peu près 1 600
professionnels qui oeuvrent à ce niveau-là — et c'est pour le moins surprenant que, dans un contexte où la
croissance de l'emploi... il y a même eu décroissance de l'emploi au Québec
dans la dernière année, où on sort d'une
récession assez importante... en fait, on est à peine sortis... il y a
surtout un débat, là, sur les
chiffres de l'emploi, là, mais on est à peine sortis de la récession, là,
de 2008‑2009, qui faisait suite à la fameuse crise financière, ainsi de suite. Où on pense qu'il doit y avoir une
emphase mise sur la question de la création d'emplois, bien, qu'on vienne sabrer dans quelque chose qui,
pour nous, réussit bien, disons que ça fait un drôle de message qui est un contre-message. Ça va être dommageable dans les
grands centres, mais ça risque d'être encore plus dommageable dans les régions du Québec, qui ont été plus lourdement
frappées, d'ailleurs — puis, je pense, vous provenez de la Gaspésie, vous le savez fort
bien — par la
crise économique qu'on vit toujours, là, dont on a toujours les séquelles
jusqu'à maintenant. Donc, de venir
sabrer dans le développement
économique par le biais des centres locaux de développement, disons que ça nous indispose.
Deuxième
des choses, la commission Charbonneau a demandé une prolongation, puis ainsi de suite, mais, je vais vous dire,
dans le contexte postcommission Charbonneau, où quand même les municipalités
ont été mises un petit peu sur la
sellette... puis je ne veux pas mettre tout
le monde dans le même
bain quand on dit ça, là, il y a du très bon monde qui s'implique en politique municipale, j'en suis convaincu, mais qu'à la
première occasion on octroie plus de pouvoirs, avant même les conclusions de la commission
Charbonneau, à des élus municipaux
qui ont été mis plus sur la sellette que
bien d'autre monde de la société civile... on trouve que, là aussi, il y a un
contre-message. Donc, à cet égard-là, on est plutôt inquiets de politiser ces instances-là de développement régional
et local, alors qu'on a développé une expertise qui, comme Lucie le mentionnait tantôt, part du bas
vers le haut. Parce que, le développement régional, bien sûr l'État doit
mettre en place un certain encadrement pour
le favoriser, mais ça s'enracine dans des milieux en fonction des besoins
des populations, puis ça, je pense que c'est la société civile qui est le mieux
placée pour définir ces besoins-là.
Le Président (M.
Bernier) : Merci. M. le député de Gaspé.
Une voix :
Peut-être...
Le Président (M.
Bernier) : Oui, Mme Dufour. Est-ce que, M. le député de Gaspé...
M. Lelièvre :
C'est bien. C'est correct.
Le Président (M.
Bernier) : C'est bien. Bien, allez-y, Mme Dufour.
Mme Dufour (Lucie) : Une toute petite chose. Vous disiez, bon : Qui va être les plus
perdants, là? Ceux qui ont besoin
d'accompagnement ou d'appui financier? Je vous dirais, dans le travail qu'on
fait dans les CLD et les CDEC, ça va de pair, l'accompagnement et le soutien
financier, c'est quelque chose qui va de pair. Je veux dire, on n'est pas une institution
financière. Même 80 % de notre travail, c'est de l'accompagnement.
Le Président (M.
Bernier) : M. le député.
Lelièvre : Concernant la concertation régionale, concernant le
travail, je dirais, supra-MRC, avec la diminution quand même majeure des budgets, ce qu'on entend...
moi, quand je parle aux préfets, aux différentes MRC du Québec, notamment de ma région, c'est que les MRC vont avoir des choix à faire compte tenu des budgets
lourdement affectés à la baisse, et
ce qui se dessine, c'est peut-être une très petite organisation régionale s'il y en a, mais on n'est pas certains d'en mettre partout en place.
Donc,
à votre avis, le fait que les MRC vont redevenir un peu plus autonomes, un peu
plus individualistes en termes
d'interventions sur leurs propres
territoires, est-ce que, d'après votre expérience, il peut y avoir des... je
dirais, des impacts négatifs majeurs
dans certaines régions dus à l'absence, peut-être, d'une concertation et d'une
intervention régionale plus forte?
Le Président (M.
Bernier) : Mme Carroll.
Mme Carroll
(Judith) : Bien, peut-être reprendre certains éléments notamment en
faisant le lien, si vous le permettez, avec la question de la stratégie
gouvernementale.
Nous,
on pense que la stratégie déployée de réduction des dépenses dans le cadre de
l'atteinte du déficit zéro va contribuer
au ralentissement économique et on entend qu'en parallèle on veut mettre en
place des mesures de soutien à l'emploi,
des mesures de soutien au développement. Or, on retrouve à la fois les
objectifs de réduction du déficit dans le projet de loi, et la disparition des CLD, et la diminution... et donc du
soutien à la création d'emplois notamment en région, et aussi, alors qu'on nous parlait d'ouverture au
dialogue social, une limitation aux possibilités de dialogue social notamment
sur les questions régionales.
Donc,
effectivement, je pense que, ce faisant, par la réduction de budgets, par les
modifications aux structures qu'on
retrouve dans les régions pour supporter le développement régional et le
développement de l'emploi, bien on va venir
miner notre capacité comme société. Donc, à la question : Qui vont être
les grands perdants?, bien, moi, je dirais : C'est nous tous, c'est l'ensemble de la société,
parce qu'effectivement on se prive de moyens de développement