Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 1 October 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAPERN 2013-10-01
Quebec — Committees
Je tiens à remercier les leaders parlementaires
de nous avoir donné cette occasion de comparaître devant vous aujourd'hui. Je n'ai
pas l'intention de résumer notre mémoire, je prends pour acquis que vous avez
pu en prendre connaissance. Je veux plutôt souligner la philosophie de New
Millennium, et cette philosophie est, je l'espère, reflétée dans notre mémoire.
En résumé,
notre philosophie en est une de collaboration. Nous essayons de collaborer, nous essayons
d'éviter la confrontation et, là où requis, nous essayons de trouver des
compromis avec toutes les parties prenantes affectées par nos activités minières, c'est-à-dire les gouvernements, les Premières Nations, les organismes non gouvernementaux, les collectivités autochtones. Et je
ne citerai que quelques exemples de la mise en oeuvre de cette philosophie.
Premièrement, depuis le tout début, notre
partenaire, notre investisseur principal est la nation naskapie de
Kawawachikamach, près de Schefferville. En vertu d'une entente sur les impacts
et les bénéfices, les Naskapis ont investi dans notre projet au tout début,
lorsque c'était un investissement pas mal risqué.
Deuxièmement, pour notre projet de minerai de
fer à enfournement direct, nous avons conclu cinq ententes sur les impacts et
sur les répercussions, les avantages. Tel que témoigné lors de ma présence ici
le 3 septembre, nous avons une très bonne collaboration avec l'Initiative
boréale canadienne. J'ai même demandé à Mme Méthot de m'accompagner aujourd'hui.
Malheureusement, elle n'a pas pu accepter l'invitation, mais elle m'a dit qu'elle
serait présente. Je ne sais pas si c'est le cas.
Ensuite, New
Millennium a contribué à la rédaction du mémoire déposé par l'Association
minière du Québec. Je crois que notre
attitude est aussi reflétée dans le ton généralement positif du mémoire que
nous avons soumis. Et finalement je souligne une excellente
collaboration entre New Millennium et notre partenaire indien Tata et l'Université
Laval. Et on étudie des moyens d'améliorer le succès de la restauration des
sites miniers abandonnés.
Je dirais que nos
messages clés, c'est que nous tenons à avoir des règles claires et équitables
énoncées par le gouvernement du Québec pour guider toutes nos activités, y
compris en matière d'environnement et de relations avec les
communautés. Ce qui est aussi important, c'est que nous avons la certitude à
long terme des règles du jeu. La durée de
vie de notre premier projet, le projet de minerai de fer à enfournement direct,
sera d'un minimum de 15 ans; ça pourrait
aller jusqu'à 20, même 25 ans. Pour ce qui est du Projet Taconite, on envisage
la possibilité d'un projet qui dure un siècle. Donc, nous avons besoin
de certitude à l'égard de toutes les conditions entourant nos activités, et ce,
à long terme. Nous espérons aussi… Évidemment, c'est l'État québécois, le
gouvernement québécois qui va se prononcer là-dessus, mais nous croyons que les
règles du jeu devraient être comparables aux règles qui s'appliquent ailleurs
au Canada pour que nos projets ne soient pas défavorisés.
Finalement,
nous voulons que le gouvernement du Québec assume pleinement son rôle de leadership. Le 3
septembre, j'ai mentionné que nous croyons — pour donner un exemple — que
le gouvernement du Québec devrait faire
preuve de plus de leadership en
matière d'ententes sur les répercussions et les avantages. Notre
préférence serait que le gouvernement du
Québec se charge de négocier ces ententes, quitte à transférer certains de ses
engagements à la minière lors de l'émission
d'un certificat d'autorisation. Si le gouvernement du Québec n'est pas prêt à
faire ça, nous croyons que le
gouvernement devrait établir des règles pour guider les négociations entre les
minières et les Premières Nations pour créer un terrain de jeu équitable
pour tout le monde. Finalement, mon collègue André va faire quelques remarques
sur le volet autochtone. André.
M. Maltais (André) : Merci, Paul. Alors, Mme la ministre, MM. et Mmes les députés, il me
fait plaisir de vous rencontrer. Je commencerais simplement en disant,
pour la question autochtone : Dans chaque autochtone sommeille un individu qui se sent dépossédé de sa terre, de
son territoire. Ça, quand vous travaillez avec eux, là, c'est la
première chose qu'il faut savoir, qu'à l'intérieur,
malgré tous les raisonnements, ce sont des gens qui, au départ, sont
convaincus, à tort ou à raison — j'ai mon idée, mais… — d'une
injustice. Alors, quand on arrive avec des projets de mine, ou des projets de forêt, ou des projets hydroélectriques, ces
gens-là sont certains de ne pas être traités avec justice. C'est important de
le signaler. On est dans des attitudes, évidemment, mais on ne peut pas passer
à travers des lois comme ça sans d'abord comprendre ce qui se passe à l'intérieur
de ces gens-là.
je parlais de ceux de la Côte-Nord, ils vont… il s'agit… vous allez les voir
après-midi, l'affaire qui les frappe le plus, c'est quand l'Iron Ore est
partie puis les trois trous de mines sont restés là. Ces gens-là ont vécu une
période où ils ont été complètement ignorés.
Il n'y a absolument eu aucun dédommagement, aucune compensation pour le
chemin de fer de 500 kilomètres qui fait
Sept-Îles—Schefferville.
Ceux qui ont été engagés, ont pu être engagés, c'était pour des emplois assez mineurs. Si vous allez sur la
Côte-Nord, de Baie-Comeau à Sept-Îles, vous n'avez aucune reconnaissance
de la question autochtone, il n'y a aucun monument, il n'y a aucune place, il n'y
a rien qui est nommé pour les Innus, les Montagnais, comme vous voulez. C'est
des gens qui ont été dépossédés de leur rivière Moisie. C'est important de
mettre la table pour comprendre que, quand ils vont venir, là, c'est ça qu'il y
a à l'intérieur de ces gens-là.
Alors,
si on veut aller de l'avant, nous… quand j'étais au gouvernement, il faut
toujours se baser sur un jugement de la Cour suprême, qui est la fameuse
consultation. On a un guide de consultation. Il faut être en mesure de
permettre aux autochtones d'exprimer comment est-ce qu'ils voient un projet de
développement, ils vont vous dire, sur leur territoire.
Si on dit… Les Innus, ils vont dire le Nitassinan. Si vous prenez les
Atikamekw, ils vont dire les Nitaskinan. Chacun a son titre, là. Mais c'est bien important d'être capable d'abord
d'expliquer avec le promoteur ça va être quoi, le projet, la nature du
projet et la valeur du projet. Ça, c'est la justice. C'est-à-dire qu'ils
veulent savoir combien les Blancs — ils nous appellent comme ça — vont tirer profit de leur territoire et
quelles seront les retombées pour eux. Et ce n'est pas seulement la
question financière. La question environnementale est quelque chose de majeur.
Ils s'appellent d'ailleurs gardiens de la terre, ce n'est pas pour rien. Et là
on est dans des affaires millénaires, avant que nous, on arrive comme Blancs.
Je vous raconte ça
parce que j'ai tellement été là-dedans longtemps. Et ce n'est pas que je me
suis convaincu avec le syndrome de
Stockholm, là, c'est que je les ai faits, les territoires, avec eux et j'ai vu
comment c'était. Pour certains, c'est encore comme ça, les valeurs
traditionnelles. Mais c'est un peu comme les Québécois ou les Acadiens. Quand vous allez à Ottawa, l'impression que vous avez,
au départ, vous êtes peut-être... on a l'air un peu à des étrangers, on
est loin, on a l'impression d'être loin, de ne pas être compris. Les
autochtones ont exactement le même sentiment.
Alors, il faut en
faire des partenaires, mais des partenaires avec toute l'information préalable,
et ça, c'est rare qu'on le fait. Le
ministère accorde le permis, puis, après ça, la compagnie ou les gens qui ont
le permis, qui ont le claim, ou n'importe, s'en vont, puis ils
commencent à travailler. Les autochtones sont tout surpris. Et une erreur
majeure qu'on a faite, même, avec les Blancs
dans la région de Sept-Îles, c'est l'affaire de l'uranium, où le permis avait
été accordé, puis ils sont allés
jouer dans... où est-ce qu'était la source de l'eau. Moi, je l'ai vu parce que
les autochtones sont même venus nous
voir à l'époque. Alors, on ne peut pas faire des choses comme ça quand on est
au gouvernement. Et il faut que le gouvernement garde le leadership.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. Maltais, je vais vous demander de
conclure.
M. Maltais
(André) : Je vais conclure en disant simplement qu'il n'y a pas de
droit de veto pour personne, il faut que les
règles soient fixes, et qu'il faut
avoir la certitude de part et d'autre pour rester concurrentiels, et qu'il y
ait le respect pour les autochtones dans leurs intérêts et droits. Voilà.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup. De toute façon, là, on va
entamer la période d'échange. Messieurs,
vous pourrez donc rajouter des informations que vous vouliez nous communiquer.
Donc, merci pour votre présentation.
Nous allons maintenant procéder à la période d'échange avec vous, les invités,
en débutant par le groupe parlementaire
formant le gouvernement, puis par les députés d'opposition. Donc, Mme la
ministre, la parole est à vous.
Ouellet : Merci, Mme la Présidente. Bien, dans un premier
temps, bienvenue à New Millennium. M. Wilkinson, M. Maltais, bienvenue à
la commission parlementaire sur le projet de loi n° 43.
Et j'entends
bien votre message : Ça prend des règles claires et équitables qui
permettent de clarifier les règles du jeu, et c'est ce que nous voulons
faire avec le projet de loi n° 43. Ça fait déjà plusieurs années que nous
discutons de la réforme de la
Loi sur les
mines au Québec. Et je crois qu'au Québec on est mûrs actuellement pour adopter
une nouvelle
loi sur les mines. Et j'espère que nous aurons, là, les
collaborations des oppositions pour arriver à cet objectif, là, avant la fin de
la session, de la présente session.
Peut-être
commencer avec un peu ce que vous avez présenté, tant M. Wilkinson que M.
Maltais. J'aimerais vous entendre un peu plus, parce qu'on n'a pas eu l'occasion
souvent d'entendre ce discours-là sur les ententes avec les communautés, que ce soit... Je comprends que, dans
votre cas, c'est les communautés autochtones, mais ça peut être aussi
les autres communautés, là, au Québec, dépendant où se situent les projets
miniers. Et ce que vous nous dites, c'est : En fait, ça devrait être le gouvernement qui négocie les ententes avec
les communautés, et les clauses qui impliquent les entreprises minières devraient être incluses à l'intérieur,
là, des différentes dispositions sur le bail minier, entre autres, là.
Donc, j'aimerais vous entendre un petit peu plus, expliquer un petit peu plus
dans le détail cette idée-là.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
M. Wilkinson (Paul F.) : Oui, à
notre expérience, chaque négociation entre une minière et une première nation est une négociation ad hoc. Puisque
les ententes déjà conclues sont pour la plupart confidentielles,
une minière qui commence une négociation n'a aucune idée du contenu des
autres ententes qui ont déjà été signées. Lorsque les négociations débutent, la
minière aura probablement dépensé plusieurs millions
de dollars. Donc, en l'absence de jeu
clair et équitable, la minière a peu de choix que d'accepter ce que la première
nation négocie. Donc, nous croyons que…
Bon, entre autres choses, on parle souvent de phénomène de surenchère, surtout lorsqu'en matière de compensation
financière le montant convenu dans une entente A devient le plancher pour les
ententes suivantes, peu importe la richesse
du projet minier en cause. La situation est particulièrement compliquée — et c'était le cas pour New Millennium
dans le cadre de son projet de minerai de fer à enfournement direct — lorsqu'un
projet est situé dans un territoire de chevauchement
entre plusieurs premières nations et qu'il s'agit de négocier avec plusieurs
premières nations. On a beau leur dire
qu'il y a un gâteau et que, si le gâteau est divisé en quatre ou cinq, chaque
pointe du gâteau peut être relativement petite comparativement à une
entente qui n'implique qu'une société minière et une première nation, chaque
première nation négocie pour obtenir le maximum, peu importent les conséquences
pour la rentabilité, la viabilité du projet.
Donc, nous croyons, pour ces raisons, que ce
serait avantageux pour le gouvernement du Québec, et pour les Premières Nations, et pour les minières si le gouvernement
du Québec négociait ou, au minimum,
si le gouvernement adoptait des règles pour guider toutes les
négociations. Ces règles, selon nous, devraient contenir une formule pour calculer les montants à verser. Et nous croyons
aussi que les montants versés devraient provenir à même les redevances
et les taxes payées par la société minière
au gouvernement du Québec plutôt que d'être une charge supplémentaire.
André...
M. Maltais (André) : Oui, peut-être…
Pour la question autochtone, il y a deux cas de figure. Ceux qui sont conventionnés, les choses sont connues, on
travaille avec des organismes structurés, le Grand Conseil des Cris,
Makivik ou encore les Naskapis, et ils ont
de l'argent pour être des actionnaires. Dans le cas des autres qui ne sont pas
conventionnés, quand on parle des Premières
Nations, on pourrait parler de chacune des communautés, alors que, lorsqu'on
parle du Grand Conseil des Cris, on parle du regroupement. Alors, ils parlent
d'une voix, c'est eux qui font la consultation auprès de leurs villages, ces
choses-là.
Je vais donner deux exemples quand on parle de
justice avec eux. Exemple, si… Moi, j'ai eu à travailler beaucoup avec le lac Bloom puis les gens qui
étaient là avant que les autochtones aient la négociation. Première
question à poser à ces gens-là : C'est où? On a une carte. Il y a combien
de minerai de fer, pour combien d'années, combien de tonnage? Vous allez investir combien sur le capital de risque? Et, sur 20
ans, 30 ans, 15 ans, vous anticipez quel profit? À ce moment-là, on
dit : Les autochtones auraient droit à combien? Probablement que les
autochtones qui ne sont pas conventionnés, ils n'ont pas un sou à mettre.
Tantôt, ce que Paul expliquait au niveau des Naskapis, à cause de la
convention, ils ont de l'argent… un peu, ils en ont. Donc, ils ont pu devenir
actionnaires de New Millennium. Donc, à ce
moment-là, vous n'êtes pas un observateur, vous êtes un acteur, et là vous
procédez à de l'enrichissement. Et vous n'êtes plus avec le fédéral, à
dépendre des subventions de pauvreté. Là, vous commencez à parler, là, comment
vous allez développer à votre guise un projet de société à votre communauté.
Prenons le cas de Raglan, chez les Inuits. Quand
est arrivée la compagnie, là-bas, les Inuits ont mis 10 % du 80 millions. Ça faisait 8 millions. Évidemment, on est en pertes et profits parce que
ce n'est pas des subventions, ça
va dépendre du prix du marché, le nickel, tout ça. Mais les Inuits du petit
village ont été à Toronto, ils vont à la réunion des actionnaires, on les avait
groupés par deux pour être sûrs qu'ils puissent, au niveau de la langue, être
capables d'échanger entre eux autres. Et c'est un dossier qui va très bien.
Au niveau des autres qui ne sont pas
conventionnés, jamais on ne leur donne exactement l'heure juste, et le gouvernement… Il faudrait leur demander comme il faut. Moi, j'ai toujours pensé que ça
prenait des fonds de générations. Il
faut que l'argent soit donné, jamais à des personnes, mais à des organismes.
Comment est-ce qu'on fait un regroupement? Ils peuvent négocier, après
ça, avec des minières, s'ils veulent. Mais on connaît… Nous autres, le gouvernement,
on sait déjà qui est le promoteur, on sait les profits anticipés, donc on
pourrait savoir : c'est-u 6 %, 10 %, il y a un prorata peut-être
à regarder. Ces mécaniques-là n'ont jamais été établies, alors on est dans le
flou, et il peut y avoir une surenchère.
si, chacun, on était dans des minières, comment est-ce qu'on arrive à
entreprendre une négociation qui soit juste?
Juste celle du lac Bloom, pour un exemple. Une fois qu'on a su à peu près toute
l'information qu'on voulait, le gouvernement, ça a été les Indiens qui
sont allés à Montréal… c'est-à-dire les Innus de Sept-Îles — Uashat-Maliotenam,
là — qui
sont allés à Montréal, qui ont passé quasiment 15 jours à négocier avec la
minière puis qui se sont entendus. Mais, le
gouvernement, au départ, on connaissait les enjeux, puis, deuxièmement, au
niveau du secrétariat, il y a des
gens qui ont été capables de les accompagner, le cas échéant. Et il y avait une
grande confiance entre les fonctionnaires qui étaient là, la compagnie et le gouvernement, et ça a donné un
résultat positif, hein? Ça, c'est dans le coin de Fermont.
Pour le reste, les
autochtones, que ce soit à Schefferville, Matimekush ou les autres, ils ont
fait des ententes avec des minières, mais le
problème de fond qui reste, c'est qu'ils ont l'impression d'être traités sans
justice. Ils ne sont pas sûrs si ce
qu'ils ont signé, c'est valable, ils ne sont pas sûrs s'ils ne se sont pas fait
avoir. Ils sont… C'est plein… C'est ça, leur incertitude à l'intérieur,
et ils se disent : Oui, on a besoin… on est tellement pauvres. Quand vous
êtes pauvre, qu'est-ce que vous voulez, vous prenez la moindre obole, vous
allez la prendre. Et c'est ça qu'il faut qu'on remonte, c'est-à-dire, on a un Québec qui vaut tant, il y a des minières… Une
mine de diamants, ce n'est pas du minerai de fer.
Même avec Hydro, on a
de la difficulté une fois qu'on signe des ententes. Je pourrais vous en parler,
mais ce n'est pas le lieu. On est comme
abandonnés après ça. Ces gens sont comme abandonnés et ils ne sont pas des
actionnaires, ils ne sont pas des acteurs,
ils sont des observateurs. Et, tout à coup, là, il y a des gens qui
disent : Tu t'es fait avoir. Au niveau
de l'environnement, il arrive un écoulement : Ah, bien, on a oublié, on
va… Ils sont où, les Autochtones sur des comités de prise de décision avec le gouvernement et les minières? Ça n'a
jamais été… On n'a jamais mis ça sur pied. On est en retard, ce n'est
pas possible, là-dedans. Ça prendrait…
Ensuite, dans ces
négociations-là, j'ai toujours pensé que ça nous prenait quasiment une cours de
justice pour surveiller la bonne foi des parties parce que le tort est au
gouvernement, vu par les autochtones, à cause du fait qu'on est des autorités, entre guillemets, puis nous
autres, on dit aux Indiens : Bien, c'est un empêcheur de tourner en rond,
c'est fatigant, ça. Alors, de part et d'autre, là, il y a une méfiance.
Mais,
si ces négociations-là étaient encadrées, puis qu'il y avait peut-être… je dis
une cour, en tout cas, quelqu'un qui est capable de vérifier, au bout de
cinq, six mois, ce que ça donne, là, puis il y a un dépôt à l'Assemblée
nationale pour savoir, là, qui… la bonne foi
est où… Ce n'est jamais public, ces affaires-là. Je regarde les négociations,
qui sont interminables. Il y a des raisons à ça.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup. Mme la ministre.
Ouellet :
Oui, mais justement, quand vous parlez qu'il y a de la méfiance sur ces
ententes-là, qu'il y a de la surenchère, qu'on ne sait pas ce qu'il y a dedans,
nous, on propose, tout comme c'est exigé maintenant aux États-Unis et de plus en plus
à travers le monde, qu'il y ait de la transparence. Comme il
y a beaucoup de montants de
compensation, s'il y avait une transparence sur les ententes, que les gens savaient c'est quoi, les montants, même d'une nation à l'autre, ça permettrait d'avoir l'information. Et ma
perception, c'est que les différentes communautés auraient peut-être
moins ce sentiment-là, étant donné qu'ils voient ce qui se fait ailleurs et qu'à
ce moment-là il y a un certain balisage qui
peut se réaliser. Êtes-vous d'accord avec cette volonté-là de transparence au niveau des ententes, particulièrement sur les
montants de compensation?
Présidente
(Mme Bouillé) : MM. les représentants de New Millennium
Iron.
M. Wilkinson (Paul
F.) : Je crois que, bon, selon ma compréhension, lorsqu'en Europe et
aux États-Unis on parle de transparence, le principe est que les électeurs doivent être informés des montants
versés par les minières à leur gouvernement pour qu'ils puissent s'assurer que ces argents
sont utilisés correctement et pour le bénéfice de la population. Je
crois… je me trouve dans une position un peu difficile à l'égard de cette
question parce que, pour moi, c'est très important
que les membres des Premières Nations soient informés de tous les détails des
ententes négociées par les élus avec
les minières, et je sais que cela n'est pas toujours le cas. Il y a des cas
ici, au Québec, où même les populations ne sont pas informées par leur
conseil des détails des ententes négociées.
Pour moi, rendre
public le contenu entier d'une entente privée est très, très différent. Je sais
que, lorsque les Naskapis ont comparu devant
votre commission, ils ont mentionné qu'ils appuyaient le concept que les
ententes soient publiques. Et, si j'ai bien compris… parce que, même si
j'ai travaillé pendant 30 ans avec les Naskapis, ça fait sept, huit ans que je travaille du côté de New
Millennium et que j'ai mis fin à mes liens privilégiés avec les Naskapis,
mais, si j'ai bien compris leurs arguments, ils soupçonnaient une minière
quelconque d'avoir conclu ou de vouloir conclure avec un groupe autochtone
moins affecté que les Naskapis par un projet donné. Et je ne connais pas du
tout l'identité de cette minière. Et ils se
sont dit : Mais, si les ententes étaient publiques, on pourrait comparer
ce que cette minière nous offre avec ce que cette minière offre à nos
premières nations moins affectées.
Donc,
une idée qui m'a traversé l'esprit — et je n'ai pas poursuivi la réflexion jusqu'à
la fin — serait
peut-être que le contenu d'une ERA pourrait être divulgué au
gouvernement du Québec et, sur réception d'une demande justifiée d'une tierce partie, que le gouvernement aurait le
droit de partager avec ce groupe certains détails du contenu de l'entente.
Mais, en tout cas, c'est une réflexion que j'amorce.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. Mme la ministre.
Ouellet : Donc, je
vois, par vos propos, que, quand même, toutes ces ententes-là, ça suscite beaucoup
d'intérêt, et, le fait que l'information ne soit pas disponible, il y a
beaucoup d'hypothèses, et ça induit beaucoup de soupçons au niveau des ententes. Moi, je crois
vraiment que la transparence a ses avantages. Et je vous vois, M. Maltais, là, hocher de la tête. Donc, c'est sûr
que, pour nous… Je comprends qu'avec les communautés ce n'est pas un
palier un peu comme une municipalité, mais c'est quand même des représentants d'une
communauté locale avec lesquels les négociations
sont faites. C'est des avantages pour l'ensemble des citoyens, c'est dans un
intérêt public que ça se fait. Même si
les niveaux de gouvernement, là, ce n'est pas comme une municipalité, ça s'apparente
un peu, là, quand même. Les gens le
font au nom des citoyens du territoire. Donc, je pense qu'à ce moment-là, comme
c'est au nom des citoyens du territoire, une transparence pourrait, je crois, assainir un peu ce dossier-là.
Peut-être, M. Maltais, je ne sais pas si vous voulez ajouter.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
Wilkinson (Paul F.) : Je
crois, Mme la ministre, que vous avez raison, que l'ignorance crée des
problèmes. Je ne suis pas persuadé, par contre, que rendre public le contenu d'une
ERA aurait pour effet de régler ce problème. Je crois que c'est aussi possible que divulguer le contenu d'une ERA
créerait des jalousies, des conflits, des problèmes : Telle
première nation a reçu plus que nous autres, on va réagir, on va retourner à la
table de négociation. Bon, voilà. Je ne sais
pas si mon collègue est d'accord avec moi. Pas nécessairement. Mais ce n'est
pas une exigence de travailler avec New Millennium que tout le monde soit
toujours sur la même longueur d'onde. Nous avons le droit d'avoir nos
différences d'opinions.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. Maltais, vous voulez ajouter?
M. Maltais
(André) : Ah oui, moi, je
pense que ça prend de la transparence, mais on devrait d'abord avoir un
guide de négociation. Le problème, c'est qu'on n'a pas de guide de négociation.
Si vous avez un plancher, plafond, si vous
avez une mine de diamants — ce n'est pas une mine de fer : Là, voici maintenant les
balises pour une négociation. Est-ce que quelqu'un du gouvernement
assiste à la négociation? Il faudrait leur demander. Mais il y a un gros problème d'abord dans leur communauté, où cette
information-là n'est pas transmise, d'abord parce qu'ils ont beau être un gouvernement, nation à nation — appelons ça comme ça — il faut que leurs citoyens soient informés
de ce qui se passe. Quand le
gouvernement négocie des choses en notre nom, c'est déposé à l'Assemblée
nationale ou c'est rendu public, il y
a un communiqué, des choses du genre, et ça fait
partie de la démocratie.
Alors, il s'agirait de leur demander : Est-ce qu'ils sont d'accord
pour que ce qui est négocié… Est-ce que l'information, d'abord, est donnée à
leur conseil? L'information est-elle donnée
à leurs membres? Est-ce qu'ils sont prêts maintenant aussi, entre nations, de s'assurer
qu'il y a des comparaisons? Mais, avant de donner la comparaison, est-ce que le
gouvernement a un mode de négociation avec des minières? Et ça, ça serait
intéressant à voir.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. Mme la ministre.
Ouellet :
Bien, merci, Mme la Présidente. M. Wilkinson, je suis d'accord avec vous, puis
ce n'est pas la transparence qui va tout régler, mais c'est le début de
la solution. Et, si on veut en arriver à… Vous proposez d'avoir des guides de négociation, même que le
gouvernement négocie. Bien, il y a déjà des états de fait qui existent
actuellement, et je pense que, si on veut
réussir à avancer dans ce dossier-là, qui est effectivement très sensible, là,
bien le début de la solution, ça va
passer par de la transparence puis par de la connaissance, et, après ça, on va
être capables de trouver des solutions pour avancer. Ça va être
extrêmement difficile de trouver des solutions si on ne sait pas d'où on part
et si on ne sait pas quelle est la situation actuelle.
Et ce que
nous proposons dans le projet de loi… On sait qu'il y a des ententes qui ont
été signées dans le passé. Dans certains cas, elles ont été rendues
publiques; dans d'autres cas, non. Nous, ce que nous visons, c'est les futures ententes. C'est difficile de rétroagir, là. Donc
nous visons les futures ententes justement pour partir avec de la
connaissance, de la transparence pour
éventuellement, un jour, peut-être être capables d'en arriver à quelque chose
de plus structuré.
Présidente
(Mme Bouillé) :
MM. Wilkinson et Maltais.
M. Maltais (André) : Moi, j'avais
une petite question qu'il faudrait peut-être poser à nos amis autochtones. S'ils
étaient actionnaires, si les compagnies acceptaient que, dans le cadre de
nation à nation, ces gens-là puissent devenir
des actionnaires, la joute serait très différente parce qu'ils auraient l'impression
qu'ils profitent d'une… qu'ils sont dans la prospérité. Dans le moment,
la raison pour laquelle ils utilisent ce que j'appelle leur pouvoir de
nuisance, souvent, sur des projets comme ça, pour faire valoir leur point de
vue, c'est parce qu'ils ont l'impression… ils vont juste retirer des bénéfices
mais au compte-gouttes.
Quand vous
êtes actionnaires, c'est très différent, la réaction, vous dites : On va
investir, on a droit au chapitre, on va à la réunion des actionnaires,
on voit les bilans, on voit les dépenses. Mais, quand on est juste des pauvres
qui attendons que quelqu'un nous redonne un
petit peu quelque chose, donc qu'est-ce qu'on fait? On force la note puis
on essaie… on essaie même d'aller au veto
parce qu'on est sûrs que… Eux autres, intérieurement, sont sûrs d'être volés.
Or, ils n'ont pas d'argent à investir parce
qu'ils ont un petit budget de communauté. Vous connaissez comment que ça
fonctionne dans les bandes. Alors, ça, il y a un gros problème. Comment ça se
fait que… Puis là je pense au fédéral. Comment ça se fait qu'il n'y a pas des montants d'argent importants qui seraient
disponibles pour pouvoir devenir des actionnaires? Mais là c'est quoi,
être actionnaire? Puis j'aime mieux la formule de coopérative, même. Au lieu de
dire «du profit tout le temps», c'est pour
le développement humain, toutes ces choses-là. Alors, ce n'est pas juste d'encaisser
de l'argent.
Alors,
ça reste des pauvres parmi les pauvres. Et moi, en tout cas, je leur poserais
la question sur la question d'être
actionnaires avec des gens qui veulent travailler dans ce territoire-là. C'est
ce que New Millennium a fait avec les gens qui pouvaient devenir
actionnaires parce que les Naskapis, étant conventionnés, ils avaient de l'argent
à mettre là-dedans. Les Inuits, dans Raglan,
ils avaient de l'argent à mettre dans le projet de Raglan. Mais les autres, les
Attikameks, les Algonquins, là, ils n'ont pas d'argent pour ça. Alors, la
différence entre être actionnaires par rapport à des gens qui vont recevoir
seulement des rentes de l'État, il y a une grosse différence. Mais je leur
poserais la question.
Présidente
(Mme Bouillé) : 155 La Présidente (Mme Bouillé) : Voulez-vous ajouter? Oui, M.
Wilkinson.
M. Wilkinson (Paul
F.) : Merci. Je suis d'accord avec Mme la ministre qu'un degré accru
de transparence est important, mais, pour moi, plus de transparence n'est pas
nécessairement atteint par la publication du contenu complet d'une entente quelconque. Mais je reviens toujours, comme André,
à cette question que, si les règles du jeu étaient connues, étaient établies par le gouvernement, un
promoteur, sans aller en détail, pourrait affirmer que cette entente est
conforme aux règles édictées par le gouvernement.
on insiste souvent sur l'importance d'avoir une formule pour calculer les
indemnités. Et, si le gouvernement disait :
Bon, c'est juste par hasard que les indemnités devraient être 1 % du
profit net de l'entreprise, on pourrait affirmer que, dans un cas donné, la minière a accordé 1 % des profits nets
sans nécessairement dire que ça représente 3 millions,
5 millions par année, etc. Donc, je crois qu'il y a des compromis qui sont
à trouver pour respecter le principe de la transparence
accrue, mais ça prend une certaine créativité, et c'est là où je crois que
votre commission a un rôle clé à jouer.
Ouellet :
On va aller à l'opposition, puis on reviendra par la suite.
Présidente
(Mme Bouillé) : 155 La Présidente (Mme Bouillé) : D'accord. Donc, maintenant, le groupe de l'opposition officielle, M. le député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour :
Merci, Mme la Présidente. Alors, M. Maltais, M. Wilkinson, bienvenue. Je veux
revenir fin page 12, début page 13 de votre mémoire,
où on dit : «New Millennium est d'avis que les normes permettant de
déterminer la compatibilité complète ou conditionnelle devraient être davantage
détaillées dans la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
New Millennium pense également qu'il devrait être nécessaire d'obtenir l'approbation
du gouvernement par le truchement du Conseil des ministres pour
déterminer à quels territoires doivent être conférés ce statut…» D'une part, lorsque
vous dites, là, que le projet de loi devrait être davantage détaillé concernant
la compatibilité en regard des normes, ça,
c'est un premier volet. Puis, deuxièmement, je vais revenir sur le droit de veto de la ministre
que vous… enfin, vous suggérez autre chose, là. Moi, j'ai une position
très personnelle là-dessus. Mais d'abord, là, sur le besoin de détailler davantage — parce qu'il existe, au niveau des
territoires, déjà plein d'éléments qui font le travail, si vous me
permettez l'expression — alors,
là-dessus, moi, je veux des précisions. Je reviendrai avec la deuxième question
après.
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs les représentants de New
Millennium Iron.
M. Wilkinson (Paul
F.) : Alors, merci, Mme la Présidente. Je pense que ce n'est pas la
première fois, même aujourd'hui, que j'admets
être un peu déchiré. D'une part, New Millennium appuie l'importance de déléguer
au niveau local et régional le plus
de pouvoirs possible. Moi, je suis, depuis sa création, membre de la CRRNT de
la Côte-Nord. Donc, je vis, j'ai vécu
personnellement cet aspect. Ce qui nous préoccupe est deux choses : l'importance d'éviter des
disparités entre les diverses régions du Québec et l'importance d'éviter des
décisions qui sont motivées par des facteurs politiques. Donc, nous croyons que
les MRC devraient avoir leur mot à dire et que ce mot devrait être important,
mais, en fin de compte, nous croyons que c'est votre gouvernement, le gouvernement
du Québec, qui a été élu pour, entre autres choses,
gérer et administrer le territoire québécois et les ressources. Et nous croyons qu'en fin de
compte ces décisions qui peuvent être
déterminantes pour l'économie
québécoise, pour l'économie des régions, ces décisions, selon nous,
devraient être prises par le gouvernement du
Québec, en tenant compte bien sûr des désirs exprimés par les instances locales
et régionales.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour : Moi, j'ai peut-être un peu de difficultés à vous
suivre sur ce territoire-là. Moi, comme régionaliste, comme député de
région, que la région ait plus que son mot à dire, je suis d'accord avec ça,
puis, je me dis, les régions souhaitent aussi obtenir sur le plan du
développement économique… Tu sais, les régions que je connais, les régions au
Québec, puis je pense que toutes les régions sont comme ça, elles souhaitent
des retombées, mais pas à n'importe quelles conditions, elles veulent bien
faire les choses. Alors, il y a là une nuance sur laquelle on pourrait discuter
longtemps.
L'autre bout, début
de la page 13, «New Millennium pense également qu'il devrait être nécessaire d'obtenir
l'approbation du gouvernement par le truchement du Conseil des ministres pour
déterminer à quel territoire doivent être
conférés ce statut [...] au lieu de s'en remettre à la discrétion du ou de la ministre.»
Vous n'avez pas l'impression que vous
alourdissez le processus? Parce que, là, c'est une chose de parler d'un ministre,
«du ou de la ministre», peu importe, mais, le Conseil des
ministres, est-ce qu'on ne vient pas alourdir… Puis, je voudrais savoir… c'est
écrit, là, mais je veux vous entendre sur les raisons, je veux que les gens
vous entendent sur les raisons qui motivent cette position-là.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
Wilkinson (Paul F.) : Merci. Bon, je comprends parfaitement l'importance
que vous accordez au volet régional, gouvernance
régionale. Je parle souvent de mon expérience dans la Côte-Nord, dans la région
Nord-du-Québec, mais j'ai aussi eu le
plaisir de travailler chez vous. J'ai été impliqué dans le projet Gros-Cacouna
il y a quelques années. J'étais responsable du volet socioéconomique de
l'étude d'impact qui a été réalisée. J'espère avoir expliqué notre raisonnement. Je reconnais que notre suggestion
aurait, je le pense, pour effet d'alourdir le processus décisionnel,
mais je crois que les enjeux sont tellement importants que ça justifie ce
danger d'alourdissement.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Rivière-du-Loup... M. le
député de Mégantic?
Bolduc
(Mégantic) : Merci, Mme la Présidente. Votre
entreprise, New Millennium, dans ce cas ici, semble un peu préoccupée
par le cas du cycle de vie et la restauration des permis ou le renouvellement
des permis. Étant donné que vous parlez
possiblement de pendant plusieurs dizaines d'années, c'est un peu exceptionnel
en termes de projet de mine. Est-ce
que vous pourriez nous donner quelques points de vue sur comment vous verriez
la gestion, si on veut, et le renouvellement des permis? Parce qu'après
un certain temps il y a un renouvellement très périodique, et vous dites que ça
pourrait être très dispendieux. Comment vous voyez ça?
Présidente
(Mme Bouillé) : MM. Wilkinson et Maltais?
M. Wilkinson (Paul F.) : Merci, Mme la Présidente. Oui, c'est vrai qu'un
des attributs des mines de fer, c'est que leur vie, contrairement, par
exemple, aux mines de diamant ou même d'uranium, a tendance a être assez
longue. Évidemment, les mines à Schefferville étaient en exploitation entre
1954 et 1982.
Pour moi, le principe
devrait être qu'un bail minier ou un permis quelconque devrait être renouvelé
plus ou moins automatiquement sauf dans les cas où la minière est responsable d'infraction
contre une loi, un règlement ou est
responsable d'autres comportements inacceptables. Parce que, si on prend le cas
de notre projet Taconite, si ce projet va de l'avant, le coût en capital sera de l'ordre de 5, 6 ou
7 milliards de dollars. Et, même si le prix du minerai de fer est
élevé, ça va nous prendre plusieurs années pour récupérer notre investissement
et commencer à faire des profits. Donc, si on
court le danger qu'après 20 ans, pour une raison quelconque, notre projet
ne serait pas... notre permis, notre bail ne seraient pas reconduits, ça
serait très difficile d'attirer des investisseurs pour des sommes de milliards
et de milliards de dollars.
crois aussi — et maintenant
je parle un peu de mon expérience en milieu autochtone — que, si les Premières Nations
acceptent que des projets miniers vont de l'avant, c'est évident qu'ils veulent
en tirer le maximum de profit, surtout en matière d'emplois et de contrats. Donc,
s'ils disent oui à un projet qui a une durée de vie potentielle de 50 ans ou plus, je crois qu'ils ne veulent
pas que qui que ce soit mette fin à ce projet après une vingtaine d'années.
Donc, on revient toujours à cette question de la certitude à long terme de
toutes les règles qui entourent un projet minier.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. Monsieur... Ah, M. Maltais, oui.
M. Maltais
(André) : Un petit complément qui est assez important.
Présidente
(Mme Bouillé) : Allez-y.
M. Maltais (André) : Sur la question du... parce qu'on parlait du minerai de fer, il est
très important d'être assurés qu'on
est compétitifs avec Terre-Neuve, parce que c'est la qualité du minerai de fer
aussi. Parce que les Indiens connaissent bien ça. Si vous êtes à
Schefferville, vous allez avoir une teneur de terre d'aux alentours de 58, et,
si vous êtes dans le coin du Labrador, vous
allez avoir 62, 63. Alors, si vous n'avez pas des règles qui sont relativement
communes, alors là il y a un danger au niveau de la concurrence. Alors,
ça, au niveau du Québec, la question des règles doit être très bien connue et s'assurer que l'investisseur va
dire : Sur 10, 15 ans, voici mes règles. Et vous avez aussi en
Ontario... Alors, ça, c'est majeur dans les processus d'investissement.
Quand on regarde l'Iron Ore en 1954 jusqu'en 1982… Ça a été vrai avec Québec
Cartier quand on a eu Gagnon qu'on a dû fermer, hein, puis on a eu ITT au
niveau des forêts.
Et, tantôt, on
parlait des questions autochtones. Il faut bien penser que toute la pression
actuellement sur cette région-là, sur les
mines et tout le reste est énorme. Donc, vous avez 15 000 autochtones
si vous parlez des Innus. Et vous avez la question des Innus qui sont
aussi au Labrador, vous avez quelques Inuits au Labrador qui sont conventionnés
dans les deux cas. Alors, nous autres, il y
a une prise en compte de ces facteurs-là. De là l'importance, selon moi, de
les rendre actionnaires le plus vite
possible et de le dire aux compagnies qu'il y a, mettons, un actionnariat avec
les... Et là, ça va changer, je
pense, la donne. Mais ils passent cet après-midi, alors vous leur demanderez
comment est-ce qu'ils voient ça.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup... Ah, M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci, Mme la Présidente. On voit
bien, vous préconisez un partenariat avec les autochtones. Je n'ai pas de problème avec ça. Pour moi, la question
revient à... Le renouvellement, comment vous voyez le renouvellement?
Parce que, vous savez, si une mine est pour durer 80 ans ou 100 ans,
je pense qu'il est de nature logique qu'on
puisse occasionnellement s'asseoir et réviser l'ensemble du plan, si ce n'est
que de comprendre où vous vous en allez, la durée, les impacts dans le
prochain cycle, etc. Et puis c'est un peu la nature de ma question :
Est-ce que vous croyez que cinq ans, c'est trop tôt? 20 ans, c'est trop long?
10 ans, c'est l'idéal? C'est un peu... Est-ce que vous pourriez préciser
vos points de vue, puisque vous avez beaucoup d'expérience au niveau des
minières?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs les représentants de Millenium
Iron.
Wilkinson (Paul F.) : Merci,
Mme la Présidente. Je vois que ma collègue Mme Méthot, de l'Initiative
boréale canadienne, est avec nous. Elle
croyait, comme tout le monde, qu'on allait comparaître à 11 heures, et je crois qu'elle ne savait pas que notre comparution serait
devancée, mais je reconnais sa présence.
Je crois
qu'une période de 20 ans est raisonnable et réaliste à la fois pour la
minière, pour les citoyens, citoyennes, les Premières Nations. Je crois,
par contre, qu'il y aurait lieu peut-être, à un certain moment, de se pencher
sur la démarche à suivre en vue d'établir
des critères régissant le renouvellement des permis. Mais je crois
que le renouvellement, je l'ai déjà
dit, devrait être quasi automatique, à condition que le comportement de la
minière justifie le renouvellement de son permis.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. Maltais.
M. Maltais (André) : Peut-être un
point important aussi. M. Wilkinson n'a pas expliqué que, dans le cas du minerai de fer, pour New Millennium, ils ne
procéderont pas avec un chemin de fer, mais par un ferroduc, c'est-à-dire que vous allez avoir une espèce d'oléoduc qui va être enfoui, et c'est par
gravité que le minerai de fer va aller vers Sept-Îles.
Maintenant, pour la question autochtone, je me
demande comment ça se fait — puis
j'ai posé la question ad nauseam — qu'il n'y a pas une commission
parlementaire permanente sur les questions autochtones qui, à chaque année, les entend. On attend toujours
une crise, on attend… C'est incroyable comment est-ce qu'on a une difficulté à
rendre permanent un forum où la discussion, là, à chaque année, a lieu avec l'ensemble
des Premières Nations, mais il y a un lieu
de rencontre. On n'a pas ce lieu de rencontre là. Et là ça pourrait répondre à
ce que vous dites : Est-ce que
c'est à cinq ans ou trois ans? Parce que normalement, dans une entente comme
ça, on a des devoirs et responsabilités de part
et d'autre. Si chacun évidemment
suit, respecte ses devoirs et responsabilités, on n'a peut-être
pas besoin de venir.
Mais c'est
comme une voiture : après tant de millage, on y va, au garage. On dit :
Il n'y a peut-être pas un problème, mais regardez donc la
voiture. C'est de même que la démocratie fait que tout à coup la confiance s'installe,
la fameuse transparence, la connaissance, et, tout à coup, fait une société qui
est mieux structurée puis qui est plus complémentaire
l'une à l'autre. En tout cas, c'est des voeux, mais on n'a pas de forum pour…
Je parle des autochtones, on n'a pas de forum pour les rencontrer en
dehors d'une crise.
Et, deuxièmement, pour répondre à votre
question, je pense que ce n'est pas nécessairement cinq ans, 10 ans ou 15 ans, mais moi, je le ferais… On pourrait
dire : Aux cinq ans, quoi qu'il arrive, on se rencontre. Et puis, si ça a
bien été, bravo, on se félicite, puis tant
mieux pour les autres. Puis, s'il y a un petit problème qu'on voit venir, c'est
l'occasion de prévenir au lieu de guérir…
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) :
Merci, Mme la Présidente. J'ai un petit… Hier, on a… Avec les discussions
avec les autochtones, je ne sais pas si ça a été débattu pour qu'il y
ait deux comités, un comité de retombées économiques et un comité d'environnement et de retombées sociales. Est-ce que,
pour vous, ce serait quelque chose de favorable de voir… de travailler sur
deux niveaux? Parce que vous semblez préconiser que la participation active des
autochtones serait peut-être une belle façon… Mais, pour l'aspect
environnemental, les retombées sociales puis d'avoir un comité qui
pourrait se rencontrer sur une base
régulière justement pour éviter qu'il y ait des crises, comment vous verriez
cette approche-là?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
M. Maltais
(André) : Je leur
demanderais un… Mais, personnellement, je
pense qu'on devrait avoir des
comités justement, développement social, développement économique. Mais c'est
tout en même temps. Ce n'est pas sorcier, hein?
Vous prenez une demi-journée sur un sujet, l'autre demi-journée sur l'autre
sujet, et eux, ils vont vous dire dans quelle mesure il y a un
enrichissement collectif — je
pense, toujours collectif — qui
permet à leur communauté, sur le plan individuel… On
parle de maison, on parle de santé, on parle d'infrastructures. Il faut
faire les réserves pour voir ce que c'est. Après ça, il faut rappeler, évidemment,
là-dedans, que ce n'est pas…
Avec ces profits-là, ce qui est incroyable, s'il
y en avait, c'est qu'ils se trouvent à payer pour la responsabilité fédérale. Ces gens-là, quand… Je le vois avec
Natashquan, où il y a eu une route entre… Le commissaire des
transports a donné un contrat aux autochtones, ils ont fait des profits, mais,
avec ces profits-là, qu'est-ce qu'ils ont fait? Ils ont suppléé à des obligations
fédérales pratiquement : payer un nombre de maisons, payer des
infrastructures. Alors, là, il faudrait s'assurer
que… Là-dedans, ce n'est pas un champ nouveau, c'est un vieux champ, mais qui
mériterait d'être renouvelé et où les
partenaires devraient se rencontrer pour dire qui fait quoi. Alors, moi, je
considère que, oui, ce serait… Puis
eux, les autochtones, c'est des gens qui aiment être capables de rencontrer les
uns et les autres pour bien discuter de leurs affaires. Mais ce qu'on
fait, c'est qu'on règle, puis on les oublie par après.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. Il vous reste quatre minutes.
Bolduc
(Mégantic) :
Et vous nous avez mentionné…
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) :
Merci, Mme la Présidente.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Oui, allez-y.
Bolduc
(Mégantic) :
Vous avez mentionné que vous avez souvent réalisé ou observé que les
autochtones n'étaient pas suffisamment informés ou que ces crises-là reviennent
régulièrement. Quelle est la nature de ça? Est-ce que c'est les gens qui, comme vous avez mentionné, pensent, ou croient, ou ils réalisent qu'ils ne sont pas
traités de bonne façon ou c'est parce qu'ils voient des enjeux? Il y a beaucoup
d'argent d'impliqué dans ces projets-là, puis des fois c'est attrayant.
M. Maltais
(André) : Je risquerais une
réponse. Vous leur demanderez cet après-midi, mais je pense qu'ils ont
une responsabilité envers eux-mêmes et envers leurs propres citoyens.
Là-dessus, il y a une faiblesse. Si j'avais un commentaire, qui est plutôt un
éditorial, là, c'est qu'au niveau du leadership il y aurait un renforcissement à
donner au niveau des communautés et au niveau de leurs représentants au
niveau national sur ce sujet.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. Wilkinson.
M. Wilkinson (Paul F.) : Je pense
que ce que… selon mon expérience, ce qu'on voit en milieu autochtone est très similaire à ce qu'on voit en milieu non
autochtone, surtout dans les petites municipalités. Il y a
des groupes d'intérêt, il y a des clans qui, depuis des générations, ne
s'entendent pas. Les uns se plaignent toujours que les autres ont pris le pouvoir, qu'ils ne partagent pas les informations. Parfois, ces allégations sont
fondées. Mais je pense que ça fait un peu
partie de la nature humaine et je ne crois pas que les Premières Nations
sont fondamentalement différentes, à cet égard, des collectivités non
autochtones.
Mais je pense qu'une des responsabilités des
minières est de promouvoir le partage d'information. Quelque chose qu'on fait chez New Millennium, quelque
chose dont je suis assez fier, c'est que nous publions trimestriellement
un bulletin d'information qui est publié en
anglais, en français et en quatre langues autochtones : l'inuktitut, deux
dialectes ou trois dialectes de l'Innu Aimun et le dialecte des Naskapis.
Juste pour
répondre un peu à votre question précédente sur les comités de suivi et de
maximisation des retombées économiques, effectivement, dans le cadre de
son projet de minerai de fer à enfournement direct, New Millennium et son partenaire Tata ont déjà créé des comités avec
les Premières Nations qui ressemblent à ce type de comités. Donc, on
appuie le principe des comités de suivi et de maximisation des retombées
économiques énoncé dans le projet de loi, sauf
que nous croyons qu'il y a une certaine ambiguïté à l'égard du mandat de ces
comités. Et, pour nous, ça… on peut… En
lisant entre les lignes, c'est presque comme si un tel comité peut vouloir s'impliquer
dans chaque détail de la gestion technique
d'un projet. Nous n'aimons pas le fait que ces comités auraient le pouvoir de
faire des recommandations au ministre
ou à la ministre. Pour nous, ça devrait être un cas tout à fait exceptionnel.
Mais c'est le rôle du gouvernement, je pense,
de surveiller nos activités, de constater si on est en conflit avec des lois,
des règlements, des politiques et d'agir en conséquence.
Pour ce qui est de l'entente avec le ministre
pour maximiser les retombées économiques au Québec, juste une couple de
commentaires. Nous entrevoyons la possibilité de conflit entre une telle
entente qui essaie de maximiser les
retombées économiques à l'échelle québécoise et un comité qui a pour but de
promouvoir les retombées locales. Et nous
sommes un peu nerveux parce qu'on peut facilement s'imaginer, avec un autre
projet… Disons, dans le cas de notre projet Taconite, on pourrait finir
avec six ententes avec les Premières Nations, avec une entente sur la
maximisation des retombées économiques avec
le gouvernement de Terre-Neuve—Labrador parce que ce projet est situé en
partie à
Terre-Neuve-et-Labrador, on pourrait avoir une entente avec le ministre pour
maximiser les retombées économiques et on
pourrait avoir un comité de suivi. Et le potentiel pour des demandes
déraisonnables, pour la confusion, selon nous, n'est pas négligeable.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci beaucoup. Nous allons maintenant procéder à l'échange
avec le deuxième groupe d'opposition officielle. M. le député de Granby.
Bonnardel : Merci, Mme
la Présidente. M. Maltais, M. Wilkinson, bienvenue. Rapidement. Je pense que l'industrie
minière vit des moments d'incertitude majeure, que ce soit pour l'exploitation…
À court terme, je ne suis pas trop inquiet, mais très inquiet pour les projets
d'exploration qui peuvent prendre forme dans les prochains mois, prochaines années. Je pense qu'on vit une certaine
crise, en tout cas, sinon la pire des 10 dernières années. Et, dans un contexte comme celui-ci, ce projet de loi,
personnellement, c'est certainement, pour moi, le plus important économiquement
pour le Québec, pour cette session d'automne.
Maintenant, quand on parle de lever du capital,
que ce soit pour vos conseils d'administration, l'incertitude, c'est pas mal
épeurant. Et, dans ce contexte, pour moi, avec tous ceux qu'on a entendus à
gauche et à droite depuis des semaines déjà,
c'est de mettre ce projet de loi à l'abri d'un ou d'une ministre idéologue et
de trouver un équilibre entre la protection de l'environnement, l'acceptabilité
sociale, mais aussi accompagner nos entreprises, les entreprises qui vont venir de l'extérieur ou… Tant mieux si ce
sont des Québécois qui décident d'investir et de partager la richesse au
Québec. Et, dans ce contexte, ma première question, fort simple :
Trouvez-vous que c'est une bonne chose, dans ce projet de loi, premièrement, de permettre au ministre de refuser d'octroyer
un bail d'exploitation de substances minérales de surface ou de mettre
fin à un tel bail pour un motif d'intérêt public?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs?
Bonnardel :
Première question.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Ah, excusez! M. le député, ça va?
Bonnardel : Oui.
Présidente
(Mme Bouillé) :
O.K. Merci. Messieurs.
M. Wilkinson (Paul F.) : Mme la
Présidente, merci. Évidemment, c'est un sujet très… comme on dit en bon québécois, «touchy» que vous soulevez. New
Millennium a décidé de ne pas aborder cette question dans son mémoire, mais j'ai déjà mentionné que New Millennium a
participé à la rédaction du mémoire soumis par l'Association minière du Québec, qui, si ma mémoire est bonne, exprime
certaines réticences à cet égard. Mais je crois que le principe qui est
clair dans notre mémoire, et nous l'avons mentionné surtout par rapport à la
définition des zones compatibles, incompatibles,
etc. : Notre préférence est toujours que des décisions d'importance soient
prises par le gouvernement du Québec,
qui, selon nous, est élu pour défendre les intérêts de tous les Québécois.
Donc, je crois que ça impose un énorme fardeau sur un ministre d'avoir
tant de pouvoirs et ça crée toujours la possibilité qu'une société minière, à
tort ou à raison, va sauter à la conclusion
qu'elle a été traitée de façon biaisée. Donc, si la décision relève du
gouvernement, je pense que ce danger est d'autant diminué.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci beaucoup. M. le député de Granby.
Bonnardel :
Merci, Mme la Présidente. Vous ne pensez pas que c'est donc de cet arbitrage
ministériel qui, advenant un
différent sur la transformation ou non du minerai, là, selon l'article 122… Je
pense que mon collègue aussi a embarqué aussi là-dessus. Une société
devra, «avant d'entreprendre des travaux d'exploitation, [réaliser] une étude de faisabilité de la transformation du minerai».
Or, ce n'est qu'après avoir reçu et analysé les résultats de cette étude
que le ou la ministre autorisera ou refusera
l'exploitation. Alors, est-ce que vous avez le même sentiment, que ces
mesures pourraient imposer des primes de
risque beaucoup plus élevées pour vos conseils d'administration et même,
advenant le cas, de choisir une autre législation puis d'aller investir
ailleurs?
Présidente
(Mme Bouillé) :
MM. Wilkinson et Maltais?
M. Wilkinson (Paul F.) : Merci, Mme
la Présidente. Pour ce qui est de l'exigence concernant une étude de
faisabilité de la transformation du minerai, nous avons identifié plusieurs
préoccupations.
Premièrement,
l'absence d'une définition de «transformation» dans la loi. La transformation
peut vouloir dire des choses très,
très différentes pour différents types de minerai. Et, si on ne traite que du
minerai de fer, les possibilités de transformation diffèrent selon le
type de minerai de fer. Notre projet de minerai de fer à enfournement direct
vise l'exploitation de minerai de fer à
teneur en fer très élevée. Donc, le minerai brut contient 57 %,
58 % de fer. Donc, on
peut produire de l'acier directement à partir de ce minerai, sans
transformation. Dans notre cas, puisque notre partenaire, Tata Steel, requiert ce minerai pour ses aciéries
en Europe et, pour des raisons techniques, ces aciéries exigent une
teneur en fer de 65 %, nous faisons un
peu de transformation — on enlève des silices, des aluminates — sur place, au site minier, et on
transporte le minerai par train jusqu'à Sept-Îles et, de Sept-Îles, en bateau
jusqu'à l'Europe.
Dans le cas
du minerai taconite, la situation est tout à fait différente parce que le
taconite ne contient qu'à peu près 27 % de fer, donc inutile pour
produire de l'acier. Donc, ce qu'il faut faire, dans ce cas, c'est qu'on prend
à peu près quatre tonnes de minerai brut.
Nous aurons un concentrateur sur le site minier. À partir de ces quatre tonnes,
nous allons produire une tonne de concentré avec une teneur en fer de
65 %, 66 %, 67 %. Ensuite, pour ce projet, et comme André l'a mentionné, nous allons transporter, et c'est
vraiment innovateur, nous allons transporter ce concentré mélangé avec l'eau
pour produire une boue par pipeline enfoui, 600 quelque kilomètres jusqu'à
Pointe-Noire, dans la région de Sept-Îles,
pipeline enfoui pour toutes sortes de raisons, mais, entre autres, pour
minimiser les impacts sur l'environnement, sur les migrations des
animaux, etc.
M. Maltais (André) : Le long du
chemin de fer.
Wilkinson (Paul F.) : Oui,
il y a deux tracés potentiels pour le pipeline. L'un suivrait l'emprise du
chemin de fer reliant Schefferville à Sept-Îles, donc une emprise qui, sur le
plan environnemental, a déjà été perturbée. Il y a un autre tracé purement
québécois, et ce tracé serait en
partie en territoire vierge. Mais, rendu à
Sept-Îles, nous allons entreprendre une deuxième transformation de notre
minerai parce que nous prévoyons… Le concentré ressemble à de la farine, donc on ne peut pas mettre de la
farine dans une fournaise pour produire l'acier parce que la farine va
juste disparaître. Donc, nous allons
produire sur place — et c'est
la deuxième transformation — des boulettes de minerai de fer dans
la région de Sept-Îles, et ces boulettes seront transportées en bateau aux
marchés, que ce soit aux États-Unis ou à l'extérieur.
y en a qui suggèrent que la production d'acier pourrait être perçue comme étant
une troisième transformation, et c'est
peut-être vrai, mais New Millennium est une minière, nous n'avons pas la
capacité de produire de l'acier. Mais ce que le
gouvernement pourrait faire pour encourager cette troisième transformation
serait, entre autres choses, de s'assurer qu'un gazoduc soit construit jusqu'à
la région de Sept-Îles pour fournir le gaz naturel, ou il y a d'autres initiatives, gaz naturel liquéfié livré par
bateau. Donc, je pense que le gouvernement a un rôle clé à jouer pour
promouvoir, encourager toutes les formes de transformation possibles. Mais nous
croyons que le projet de loi, tel que rédigé, va un peu trop loin dans ce sens.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup. Mme la ministre.
Ouellet : Merci, Mme la Présidente. Peut-être — je
l'ai fait à plusieurs reprises, là, lors des consultations particulières — vous
dire que j'ai déjà annoncé… Parce que l'étude de faisabilité, dans le milieu
minier, est perçue, d'une certaine façon…
beaucoup plus détaillée, de l'ingénierie détaillée. Ce que nous souhaitons
viser par ça — il y
aura des amendements à cet effet-là — c'est une étude d'opportunité économique et de
marché, comme d'ailleurs le mentionnait l'Association minière du Québec dans son mémoire. Donc, c'est vraiment
une étude d'opportunité, là, qui est visée et non pas une étude d'ingénierie
détaillée.
Et peut-être, là, en
réponse à mon collègue de Granby, sur la question des substances minérales de
surface, on s'entend que là on ne parle plus
des mines, on parle des carrières sablières, donc qui est le deuxième volet
couvert par la
Loi sur les mines. Il y a
les mines, mais il y a également les carrières sablières, et ce n'est seulement
qu'aux carrières sablières que s'applique
la question de motifs d'intérêt public, ça ne s'applique pas
aux mines. Et pourquoi? C'est
parce que les carrières sablières sont en beaucoup plus grand nombre au Québec
et il y a beaucoup plus de proximité avec les collectivités
et un grand nombre, là, de questionnements, de demandes qui sont déjà
actuellement en cours. Donc, je voulais juste bien comprendre, que tout le monde ait la même information, que la
question du bail… l'octroi du bail en fonction des motifs d'intérêt public, c'est sur les substances
minérales de surface, donc carrières sablières. Donc, je pense que mon
temps est à peu près terminé, hein? Donc, je vous remercie beaucoup pour votre
présence.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup, messieurs.
Je vais suspendre les
travaux de la commission pour quelques minutes.
(Suspension de la séance à
11 h 12)
Présidente
(Mme Bouillé) : Nous reprenons donc les travaux de la commission.
Et je dois demander aux membres de la commission, puisque nous avions prévu de
terminer à midi et que nous avons un groupe à entendre : Est-ce que
vous seriez d'accord pour qu'on réduise le temps en proportion de ce
qui avait été entendu par les leaders pour finir à midi, mais entendre le groupe qui est présent? Je comprends que
c'est un oui de tout le monde. Merci
beaucoup pour votre collaboration.
Donc,
bienvenue, M. Jean-Claude Loranger, de la Chambre de commerce et d'industrie de Rouyn-Noranda. Vous
allez disposer d'environ huit minutes pour votre présentation, et ce sera suivi
d'un échange avec les membres de la commission par la suite. Je vous
demanderais aussi de présenter la personne qui vous accompagne.
M. Loranger
(Jean-Claude) : Oui. C'est Jean-Yves Baril, le président de Marcel
Baril Ltée, un important fournisseur du domaine minier pour la région
Abitibi-Témiscamingue—Nord-du-Québec.
la Présidente, nous tenons à remercier d'abord et avant tout la commission de
nous donner l'opportunité, comme
chambre de commerce représentant plus de 1 200 membres, de faire valoir le
point de vue des gens d'affaires d'une région où l'économie est
fortement tributaire de la santé de la filière minérale.
Malgré l'importance
de l'industrie minière au plan des retombées économiques pour notre région et
tout le Québec, elle est, à tort, une industrie malmenée par les
environnementalistes et méconnue de nos élus politiques. L'industrie minière
traverse actuellement une période difficile. Le débat sur les redevances
minières et les différents projets de loi
sur les mines contribuent à affaiblir la compétitivité de l'industrie. Face à
ce constat, la Chambre de commerce et
d'industrie de Rouyn-Noranda a décidé de s'impliquer activement dans le débat
pour valoriser l'apport de l'industrie minière pour l'économie de notre
région.
l'extraction minière aux services de génie-conseil, la structure de la filière
de production minière en Abitibi-Témiscamingue représente 375
entreprises et plus de 10 800 emplois. L'exploration minière a aussi une
place prépondérante en
Abitibi-Témiscamingue. De 2009 à 2011, un total de 605 millions ont été investis
en région, soit 38 % des investissements totaux au Québec dans
cette filière. En sus d'une forte structure industrielle minière, la région
peut compter sur la présence d'unités, de
chaires et d'instituts de recherche dans le secteur minier à l'Université du
Québec en Abitibi-Témiscamingue ainsi que du
Centre technologique des résidus industriels au cégep de l'Abitibi-Témiscamingue.
Leurs travaux contribuent grandement à l'amélioration des pratiques de l'industrie
minière.
L'Abitibi-Témiscamingue est une région réputée
pour la qualité de ses entrepreneurs bâtisseurs de mines, ses équipementiers et
est un pôle d'excellence dans l'industrie minière canadienne. Après avoir
étudié attentivement le projet de loi n° 43 et avoir
fait des consultations auprès de nos membres directement touchés par la
nouvelle loi, la Chambre de commerce et d'industrie
de Rouyn-Noranda a décidé de déposer deux demandes principales au
gouvernement. Par la suite, nous commenterons de façon plus générale certains
articles du projet de loi.
La première
demande : travailler davantage le développement économique en amont qu'en
aval. Nous saluons la volonté du
gouvernement d'encourager, avec l'industrie minérale, la diversification du
développement économique du Québec. Nous sommes d'avis qu'en ciblant la
transformation du minerai, il s'agit davantage d'un voeu pieux qui ne rapportera que peu de résultats concrets en
Abitibi-Témiscamingue. Nous doutons que tout minerai extrait du sol
québécois puisse automatiquement être transformé au Québec de façon économique.
D'ailleurs, le gouvernement, malgré la prise de participation dans l'industrie
de l'aluminium, n'a pas encore réussi à faire la transformation de ce minerai
au Québec dans les 20 dernières années.
Avant d'en faire davantage sur la transformation du minerai, le gouvernement
devrait plutôt mettre en place une stratégie
nationale sur la transformation du minerai, ce qui lui permettrait de mieux
déterminer les réelles opportunités dans ce domaine.
Toutefois, nous suggérons au gouvernement de
mettre plus d'efforts pour encourager le développement de l'industrie minérale
en amont. La réputation enviable de l'Abitibi-Témiscamingue dans l'industrie
minérale s'est bâtie grâce à la capacité d'innover
de ses entreprises bâtisseuses de mines. Il y a de nombreux exemples d'entreprises
de la région qui ont contribué à aider les minières à améliorer leurs méthodes
dans leurs opérations et les conditions de travail des travailleurs. La
contribution de ces entreprises n'est pas à négliger. Certains des produits
développés pour l'industrie minérale servent à d'autres secteurs d'activité et
ultimement sont destinés à faire rayonner le Québec à l'international sur le
marché des exportations.
C'est pourquoi nous demandons que le
gouvernement du Québec mette en place des incitatifs destinés à encourager les
minières qui travaillent avec le secteur privé pour développer des nouveaux
produits et de nouvelles technologies. D'autres
incitatifs financiers doivent être consentis, par le fait même, aux entreprises
qui travaillent avec les minières. De
cette façon, les entreprises pourront élargir leur offre et faire face plus
aisément à des cycles moins favorables dans
l'industrie minière. Ces incitatifs pourraient être financés en tout ou en
partie avec les redevances minières perçues annuellement par le
gouvernement du Québec.
De plus, la recherche universitaire contribue
aussi concrètement à l'essor de l'industrie minière et de la société. L'Unité de recherche et de service en
technologie minérale, l'URSTM, et les diverses chaires de recherche dans
le domaine minier, regroupées récemment dans
l'Institut de recherche en mines et en environnement de l'Université du Québec
en Abitibi-Témiscamingue, appuient plusieurs minières dans leurs efforts pour
réduire leur empreinte environnementale. Le
gouvernement doit impérativement appuyer ces organisations. Les recherches pour
la revitalisation des sites miniers abandonnés sont particulièrement
importantes. En investissant massivement dans ces travaux, le gouvernement a l'opportunité
de faire du Québec le chef de file mondial dans ce domaine.
Notre
deuxième demande : valoriser l'exploration minière. Au cours des derniers
mois, la question des redevances minières
a été largement débattue sur la place publique. Maintenant que le tout est
réglé, si le gouvernement désire tirer le maximum de revenus via les redevances versées par l'industrie, il ne
peut compter que sur les mines en activité actuellement.
Une disposition qui a grandement mis du plomb
dans l'aile de l'industrie est l'adoption de la fiscalité mine par mine. Historiquement, des minières ont pu
consacrer des profits d'une mine pour mener des activités d'exploration
sur des sites prometteurs. C'est de cette façon que les mines Agnico-Eagle,
entre autres, ont pu profiter de la rentabilité de la mine LaRonde pour mettre
en exploitation deux autres mines, créant ainsi 500 emplois en région.
À la base de
la pyramide, le travail des compagnies d'exploration est essentiel. Le climat d'incertitude
qui plane depuis le dépôt du projet de loi n° 14 a causé beaucoup
de tort aux compagnies d'exploration. Plusieurs ont eu de la difficulté à trouver des investisseurs pour concrétiser les travaux
planifiés sur leurs claims. Le
gouvernement peut aider ces juniors en établissant des règles claires et
prévisibles pour qu'elles travaillent dans un cadre stable, mais aussi en leur
accordant un appui majeur sur le plan financier. Le premier geste à poser
serait de revamper le régime des actions accréditives mis en place par le
ministre Jacques Parizeau, à l'époque ministre des Finances sous le
gouvernement de René Lévesque.
Concernant plus spécifiquement certains articles
du projet de loi n° 43, notamment la mise aux enchères des claims, avec cette nouvelle procédure, nous
craignons que les enchères écartent les petites entreprises, qui sont
nombreuses en Abitibi-Témiscamingue, et ne favorisent que les gros joueurs de l'industrie
minière. Dans le cas d'un gisement à potentiel
élevé, le gouvernement devrait s'assurer de son développement en partenariat
avec des entreprises du Québec. Un tel partenariat pourrait servir de
levier à des PME en exploration pour compléter leur financement. Nous demandons
donc le retrait de ces articles.
Concernant la
divulgation d'information aux propriétaires environnants et aux municipalités,
le délai de 90 jours pour informer de
la tenue de travaux sur un claim est abusif. Plusieurs compagnies d'exploration
planifient leurs travaux dès qu'elles
obtiennent du financement. Nous ne voyons pas le bénéfice pour les
municipalités et propriétaires adjacents d'être informés aussi longtemps d'avance. Nous suggérons que le délai pour
informer les parties concernées soit de 30 jours.
Concernant l'obligation d'un comité de suivi et
de maximisation, nous sommes d'accord pour la création des deux comités, mais que ce soit deux comités
distincts afin d'éviter les conflits de rôle. Nous croyons que la création
de comités de suivi est désormais
incontournable pour les projets près des communautés pourvu que le projet de
loi détermine les paramètres pour la création d'un comité ainsi que son
financement et ses pouvoirs. Le but unique de ces comités devra être d'accompagner les communautés dans
leurs relations avec la minière. Toutefois, nous ne croyons pas qu'un comité de maximisation des retombées doive être
systématiquement créé pour chaque projet minier. De tels comités ont
leur raison d'être et doivent être d'envergure
régionale pour rassembler des intervenants de plusieurs milieux afin d'assurer
l'efficacité de la démarche. Ces comités constituent une solide opportunité
pour bonifier la collaboration qu'il y a déjà entre les
minières et le milieu, tel un pacte social, et c'est directement lié à notre
demande d'encourager les partenariats entre les minières et les entreprises
pour le développement de nouvelles technologies.
Concernant
les consultations publiques sur tout projet, nous reconnaissons qu'il est
important qu'un processus de consultation
publique soit mis en place. Celui-ci doit prévoir des processus différents en
fonction de l'envergure de chaque projet
et de l'endroit où il sera exploité. Nous croyons également que le processus de
consultation doit être dicté à l'avance afin que les responsables puissent tenir compte autant des facteurs
environnementaux que des facteurs socioéconomiques.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. Loranger, je m'excuse, mais je vous invite à conclure. De toute façon, il va
y avoir un échange par la suite.
M. Loranger (Jean-Claude) : O.K. C'est
beau, pas de problème. En conclusion, je vous dirais, concernant principalement, là, le… Attendez un petit instant.
En conclusion, nous sommes d'avis que ce projet de loi, lorsqu'il sera bonifié, doit être adopté rapidement pour donner
un nouvel élan à l'industrie minérale du Québec. Le gouvernement du Québec a une belle opportunité de régler ce
dossier pour longtemps et d'édicter de façon claire et précise le cadre
dans lequel l'industrie minérale doit travailler au Québec.
Pour assurer la vitalité économique de l'Abitibi-Témiscamingue
et tout le Québec, le gouvernement a la possibilité
de ramener un climat d'investissement minier favorable en donnant à l'industrie
les moyens d'être compétitive. L'un
de ces gestes sera d'accorder les moyens d'innover aux minières, aux
entreprises, aux chaires de recherche pour se démarquer à l'échelle
mondiale, particulièrement en matière de restauration des sites miniers
abandonnés. Bref, le gouvernement, avec la
rédaction de cette loi, a l'opportunité d'être créatif et avant-gardiste tout
en étant juste et équitable envers l'industrie minérale.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Je vous remercie beaucoup. Nous allons maintenant procéder à la période d'échange
avec les membres de la commission, en commençant par la
partie gouvernementale.
Mme la ministre, la parole est à vous.
Ouellet :
Merci, Mme la Présidente. Bien, dans un premier temps, bienvenue, M. Loranger
et M. Baril. Je sais que c'est un long déplacement. Merci d'être venus à
l'Assemblée nationale nous présenter votre point de vue.
Peut-être,
dans un premier temps, juste des commentaires par rapport à votre présentation.
Nous sommes tout à fait conscients que ce n'est pas l'ensemble du
minerai au Québec qui va être transformé au Québec. Et, en Abitibi, actuellement, c'est principalement de l'or. Donc,
au niveau du minerai d'or, il n'y a pas vraiment, là, de possibilité de
transformation. C'est souvent des lingots qui sont mis, là, pour les réserves.
Mais il y a d'autres
secteurs — je pense
au fer, au nickel, aux terres rares en particulier — où, dans plusieurs des cas, ce sont des compagnies… Parce que vous
dites : Les compagnies ne connaissent pas ça. Mais ce sont des
compagnies qui sont intégrées en aval.
Toutes les grosses, que ce soit ArcelorMittal, que ce soit Tata Steel, que ce
soit WISCO, ont toutes l'intégration
en aval, là. Et, encore là, ce n'est pas 100 % du fer qui sera transformé
au Québec, ni 100 % du nickel, mais, entre ce qui est transformé
actuellement et 100 %, il y a de la place à amélioration.
Et il y a d'autres
provinces, d'autres pays… Je pense à Terre-Neuve—Labrador qui a des outils législatifs dans
le même sens que ce nous présentons et qui a
réussi, avec le projet de Voisey's Bay, à faire de la transformation. Ça ne
sera pas possible dans tous les cas, mais ça
peut être possible, et c'est juste un outil supplémentaire, là, dans notre
coffre à outils.
Et je voulais
vous dire qu'on partage la même préoccupation. Donc, nous sommes tout à fait
ouverts, là. Et je sais que, lorsqu'on
sera en
article par article, on aura des propositions d'amélioration du projet de
loi avec les oppositions. Nous sommes tout à fait ouverts à pouvoir
améliorer le projet de loi, mais nous sommes d'accord avec vous d'avoir une
adoption rapide de ce projet de loi là, idéalement, là, avant la fin de l'Assemblée
nationale.
Moi, je viendrais peut-être sur ma question sur
les comités parce que... Et c'est un peu nouveau. Il y en a d'autres qui nous
en ont parlé, mais c'est la première fois qu'on a une proposition aussi
spécifique concernant les comités de...
bien, comités de suivi environnemental et de maximisation des retombées
économiques. Ce que je comprends, c'est
que vous semblez être dans la même vague que d'autres intervenants qui
proposent de le scinder en deux comités, et ce que vous nous proposez, c'est des comités régionaux. En tout cas, j'aimerais
que vous nous en parliez un petit peu plus.
M. Loranger (Jean-Claude) : Oui,
effectivement...
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs... Messieurs.
M. Loranger (Jean-Claude) : Oui.
Excusez-moi. Effectivement, on propose de les scinder en deux pour éviter les conflits de rôle. Mais, concernant le
comité de maximisation, je donnerais la parole à M. Jean-Yves Baril,
qui, par l'intermédiaire de son entreprise, actuellement travaille au sein d'un
comité de maximisation.
M. Baril (Jean-Yves) : Oui. Comité,
présentement, en Abitibi, un comité, le ComaxAT, qu'il s'appelle, pour
maximiser les retombées économiques des projets d'Hydro-Québec qui se sont
passés dans les années passées. Ce comité a
été fonctionnel et fonctionne encore très bien. Ce comité a fonctionné aussi
avec Hydro-Québec. Il nous a permis d'impliquer toute la communauté d'affaires
dans l'Abitibi-Témiscamingue à pouvoir participer à ces projets-là. On pense que ce serait quand même important et
nécessaire d'avoir la même chose pour le secteur minier. Ça a fait ses
preuves.
frère, qui est aussi impliqué dans la chambre de commerce, était le président
de ce comité. J'en ai entendu parler beaucoup. Le comité s'est réuni
souvent. Le comité a fait des belles choses. Certains projets plus difficiles
pouvaient être partagés, si on veut, par plusieurs contracteurs dans l'Abitibi-Témiscamingue,
vu la grosseur des projets qu'il y avait. Alors, ça a permis d'assire tout le monde
à la même table, ça a permis d'assire ces gens-là et de donner... de maximiser
autant que possible, dans la région de l'Abitibi-Témiscamingue, plusieurs
parties du projet d'Hydro-Québec.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. Mme la ministre.
Ouellet :
Merci, Mme la Présidente. Je ne sais pas si mon collègue de Rouyn-Noranda—Témiscamingue
a des questions étant donné qu'il est de la
région comme vous, là. Donc, peut-être, s'il a des questions, si on a l'autorisation...
Présidente
(Mme Bouillé) : Est-ce que nous avons l'autorisation des
membres de la commission, messieurs, pour que le député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue...
Oui?
D'Amour :
Consentement, bien sûr.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. Donc, bienvenue, M. le député de
Rouyn-Noranda—Témiscamingue. La parole est à vous.
Chapadeau :
Merci, Mme la Présidente. Merci, Mme la ministre. Merci aux collègues de l'opposition
de me permettre de venir poser quelques questions aux gens de la Chambre
de commerce de Rouyn-Noranda.
À la page 9
de votre mémoire... Je sais que vous avez dû accélérer le pas, là, pour
terminer à temps, mais vous avez l'opportunité peut-être, là, s'il y a
des éléments que vous souhaiteriez rajouter que vous n'avez pas pu faire à la
toute fin de votre présentation… Mais, à la
page 9 de votre mémoire, vous demandez au gouvernement du Québec de
mettre en place des incitatifs destinés à
encourager les minières qui travaillent dans le secteur privé pour développer
des nouveaux produits. Pouvez-vous élaborer un petit peu plus par
rapport à cette demande-là?
Présidente
(Mme Bouillé) :
MM. Loranger et Baril.
M. Loranger (Jean-Claude) : Vas-y,
Jean-Yves.
M. Baril
(Jean-Yves) : Oui. Je
pourrais en parler un petit peu aussi. Pour faire un petit peu l'historique de
notre entreprise, notre entreprise est située en Abitibi-Témiscamingue, vieille
de 60 ans. On a fait affaire avec le marché minier
depuis les tout débuts où je peux me rappeler. Je n'ai pas 60 ans, mais ça
fait quand même assez longtemps. Disons qu'au tournant des années 80 j'ai commencé à m'impliquer. J'étais revenu
de l'école. On a commencé à travailler avec l'industrie minière beaucoup
plus sérieusement dans ces années-là. On a investi, pour nous autres, par
exemple, plus d'un demi-million de dollars
dans de l'équipement pour nous permettre d'aller aider les compagnies minières
à restaurer leurs parcs à résidus miniers puis à les installer comme il
faut. On a fait tout ça à nos frais, c'est-à-dire qu'on n'a fait aucune
subvention, absolument rien.
Aujourd'hui, 40 ans plus tard, on peut
regarder ça... ou 35 ans plus tard, on peut regarder ça puis se dire qu'il
y a peut-être des possibilités maintenant. Si, en 1980, on aurait eu de l'aide,
on aurait peut-être moins longtemps hésité à
travailler puis à investir. Parce qu'on est allé chercher une technologie
européenne, on l'a amenée en Abitibi-Témiscamingue
puis on a développé aussi des façons de travailler le polyéthylène, fabriquer
des raccords, c'est toutes des choses qu'on a faites, mais c'est nous
autres qui a investi pour ça.
Aujourd'hui,
il y a énormément de compagnies spécialistes en Abitibi-Témiscamingue, qui
pourraient avoir besoin d'un petit
coup de main, par exemple pour continuer à travailler puis à créer des
nouvelles technologies avec l'industrie minière. On pense que les redevances pourraient servir à ça. En
Abitibi-Témiscamingue, il y a des spécialistes d'électricité, il y a des spécialistes dans la construction, il y
a des spécialistes dans les communications souterraines, dans la
ventilation, ainsi de suite. Tous ces
gens-là travaillent, pour la plupart, avec leurs profits, leur argent, leurs investissements. On
pense que ça pourrait donner un coup de main
aussi à l'industrie puis à toutes ces compagnies-là en général
en Abitibi-Témiscamingue.
Loranger (Jean-Claude) : Si
vous permettez de rajouter. C'est des entreprises qui initialement n'étaient pas dans le domaine de la transformation. C'étaient des bâtisseurs de mines. Mais, avec l'arrivée des minières,
avec certaines collaborations, qui ne sont pas des sous mais plus de collaboration, alors ça a permis d'amener ces entreprises-là pour qu'elles
deviennent des entreprises de transformation et qui exportent à l'étranger actuellement.
Donc, ça, ça a été majeur en termes… pour structurer l'économie régionale à
Rouyn-Noranda et à l'ensemble de la région.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. M. le député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Chapadeau :
En dernière page, à la page 11 de votre mémoire, vous parlez de… vous nous… En
fait, je vais vous lire, là : «Nous demandons au gouvernement du
Québec de reconnaître l'importance de l'exploration minière au Québec, avec une
refonte des crédits accordés...» Et vous parlez des accréditives, là, qui
doivent être revampées. Évidemment, «l'importance de l'exploration», c'est sous
un gouvernement du Parti québécois que les accréditives ont été mises, justement, en place. Là, vous nous
dites que ça ne semble plus être les mesures appropriées ou il devrait y
avoir d'autres mesures. Avez-vous une idée de quelles sont les mesures que vous
pensez, qui devraient être mises en place?
M. Loranger (Jean-Claude) : L'une
des premières mesures, c'est…
Présidente
(Mme Bouillé) :
MM. les représentants de la Chambre de commerce et d'industrie de
Rouyn-Noranda, la parole est à vous
M. Loranger (Jean-Claude) :
Excusez-moi, Mme la Présidente. Une des premières mesures serait de… Au niveau
des dépenses admissibles, là, dans le cadre des actions accréditives, il y a eu
plusieurs… Lorsque les gens ont cotisé à des
actions accréditives, à un moment donné, il y a eu certaines dépenses qui n'étaient
pas admissibles et il y a eu un effet
rétroactif au niveau fiscal pour les individus qui cotisaient aux actions
accréditives. Ça, ça a découragé un peu les gens d'investir dans les
actions accréditives. C'est une chose.
Après ça, il
y a eu les crédits, au niveau du fédéral, qui ne sont plus présents. Donc, ce
qu'on dit à ce niveau-là, c'est que,
par le passé, le fait que le gouvernement du Parti québécois, dans le temps,
ait mis beaucoup l'emphase sur les actions accréditives pour l'exploration
minière, c'est ce qui donne aujourd'hui les mines qu'on a. Donc, si on ne met pas d'effort actuellement sur l'exploration
minière — et la
lecture qu'on a en région actuellement, et fait à l'appui, c'est que l'exploration minière est en chute libre — si on ne fait pas ça, c'est nos mines de
demain qu'on n'aura pas. Et c'est majeur, en Abitibi-Témiscamingue parce
que l'exploration minière, c'est beaucoup de petites compagnies qui font travailler des gens. Et c'est souvent des juniors,
et c'est de ces juniors-là que sont naquit des mines. Comme, aujourd'hui, on
prend, exemple, la mine Richmont, au début, c'était une junior d'exploration
et, avec le temps, bien, je veux dire, c'est devenu quand même une
minière importante en région.
Donc, partant de là, on pense qu'au niveau du
gouvernement il faut regarder ce dossier-là au niveau de l'exploration, la relancer pour, un… au niveau des
incitatifs, mais également préciser le cadre dans lequel va se faire
cette exploration-là pour que ce soit clair. Parce que les investisseurs,
aujourd'hui, qui investissent dans le domaine miner, c'est un domaine déjà à
risque, donc il faut s'assurer de minimiser les risques, atténuer les risques,
donc donner un cadre de prévisibilité qui est important.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci beaucoup. Merci. Donc, nous allons maintenant procéder à la période d'échange
avec l'opposition officielle. M. le député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, messieurs, bienvenue. La meilleure
façon de maximiser les retombées économiques en région relativement à l'exploitation
ou... enfin, l'exploitation minière, c'est qu'il y ait des mines, hein? D'une part, vous mentionnez, et je reprends l'expression
que vous avez utilisée il y a quelques instants, là, au niveau des travaux d'exploration, «on est en
chute libre». On est en chute libre. Il y a une foule de facteurs qui
peuvent l'expliquer, cette situation-là.
Depuis le début des consultations particulières,
sont nombreux et nombreuses ceux et celles qui sont venus nous dire pourquoi. Il y avait toute la question
de l'incertitude concernant les redevances, notamment. On est venu nous
dire que les travaux d'exploration… que la réputation du Québec à l'étranger
est entachée. C'est dire que, lorsqu'on va chercher de l'argent à l'extérieur,
on se fait dire : Bien, le Québec, là, on est un peu moins… — permettez-moi
l'expression — un peu moins dans la game, là, pour être en mesure
d'investir. On a beau parler d'actions accréditives, tel que vous le suggérez, je ne dis pas que c'est une
mauvaise chose, cependant le malaise actuellement, en regard de l'industrie
minière versus le gouvernement… il y a un
malaise profond. Il y a une situation, j'oserais dire, qui s'est brisée à
certains égards.
D'ailleurs,
votre chambre de commerce a eu l'occasion de recevoir, il y a quelques jours,
quelques jours seulement, Christian Provencher, qui est le représentant
ou le porte-parole de la compagnie Agnico-Eagle, et M. Provencher est cité sous la plume d'Olivier Robichaud, là, il
dit : «M. Provencher a toutefois souligné que le climat politique au
Québec est défavorable au développement de l'industrie minière.
«"En 20
ans de carrière, je n'ai jamais passé autant de temps à m'occuper du côté
politique, affirme-t-il. On est attaqués de tous les côtés."
«Il souligne que les revenus des compagnies sont
en baisse[...]. [Ceci dit,] Agnico-Eagle a d'ailleurs dû réduire ses dépenses de 50 millions en 2013
et prévoit des réductions additionnelles de 250 millions — c'est chez vous, M. le député,
ça — en
2014.» Partagez-vous le propos de M. Provencher?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
Loranger (Jean-Claude) :
Oui, on le partage totalement. Je veux dire, par contre, sans faire de
partisanerie politique, tous partis politiques confondus, je vous
dirai qu'actuellement on fait beaucoup d'opportunisme électoral sur les minières, et les minières, en région, c'est notre
économie régionale. Ce n'est pas juste les minières, c'est une économie
régionale, c'est là-dessus que... Elle est basée sur les ressources naturelles.
Au début des années 2000, on a traversé une
période très difficile où, à ce moment-là, la forêt était en chute libre et, là, on ne veut pas revivre la même chose
au niveau des minières. Donc, moi, indépendamment des partis politiques,
je pense qu'il faut arrêter de faire de l'opportunisme
électoral sur le dos des minières, il faut travailler en collaboration
avec les minières. Parce que le projet de loi n° 14, également, je vous
dirais, puis la fiscalité mine par mine, ce n'est pas propre
au gouvernement actuel, et c'est des gestes qui ont été posés et également qui
ont nui à l'industrie minière. Donc, on ne
parle pas d'un an, deux ans, c'est depuis les trois dernières années, là, que l'industrie minière est attaquée de tous bords tous côtés.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour : Bien,
monsieur vient de m'ouvrir toute grande une porte, hein? Ce n'est pas nous qui
avons bloqué le projet de loi n° 14 pendant 200 heures en commission parlementaire. Je tiens juste à ouvrir cette
parenthèse-là. Il y a eu différents projets de loi, le projet de loi n° 79,
il y a eu le projet de loi n° 14. Nous avons, sans partisanerie, déposé un projet
de loi, qui était le projet de loi n° 197, en novembre dernier, qui n'a évidemment
pas été appelé par le gouvernement. Il a fallu attendre jusqu'au
23 mai dernier pour le projet de loi n° 43 qui est devant nous.
Et j'ai
manifesté, à travers les travaux de cette commission, que nous avions un
intérêt, comme à peu près tous
ceux qui sont passés avant vous, là, à voir ce projet de loi adopté. Cependant,
cependant, il y a 308 articles, il y a des irritants, hein, que certains d'entre vous ont soulignés, sur lesquels
il faut se pencher, qu'on doit regarder parce que le geste qu'on pose est important.
Il y a des rumeurs d'élection aussi. Vous savez
ce que ça veut dire. Puis ce n'est pas faire de la partisanerie politique
de tenir compte de cette réalité-là. On vit au Québec, et, au Québec, actuellement, on est face à un gouvernement minoritaire,
et on nous dit qu'il pourrait y avoir des élections dès le mois de décembre. Ça
veut dire qu'on se retrouverait dans une situation problématique.
Ceci dit,
moi, je vous ai simplement demandé si vous étiez d'accord avec l'un de vos
membres qui dit ceci. Et des gens sans partisanerie politique, monsieur,
sont venus nous dire ici, au fil des travaux de la commission, depuis la mi-août, là, ou le 20 août, dans ce coin-là,
là, qu'on avait de la difficulté à lever des fonds au niveau de l'exploration
minière. Si on est conscients de ça et qu'on le dit, je pense que c'est une
bonne chose.
Vous nous
parlez d'étude au niveau de maximisation économique régionale. Je suis un
député de région puis je suis touché par cette loi-là aussi parce que j'ai
des tourbières chez nous, j'ai une mine d'ardoise chez nous. Alors, on en fait, de l'industrie, alors on sait ce que c'est. Alors, on veut des
retombées, mais on ne les veut pas à n'importe quelles conditions. Et ce n'est pas faire de la
partisanerie politique que d'admettre que, pour avoir de la maximisation
économique au sens très large du terme, encore faut-il, au cours des prochaines
années, qu'il y ait suffisamment d'exploration et éventuellement d'exploitation.
Je pense qu'on va s'entendre là-dessus, hein? Puis, la partisanerie politique,
là, il y a longtemps qu'on a mis ça de côté, là. Tu sais, il y a
eu trois projets de loi déposés ou proposés par nous-mêmes lorsque
nous formions le gouvernement, et même depuis l'opposition. Ceci dit, je vous
ai simplement demandé si vous étiez conscients, vous avez dit oui. Là-dessus,
mon collègue de Mégantic a aussi, je crois, des questions.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci, Mme la Présidente. Je voudrais juste que vous nous expliquiez, dans
les quelques dernières années, comment l'évolution de l'industrie
minière dans votre segment s'est développée. Vous avez une contraction importante, vous avez parlé un
peu de ça. Je voudrais juste que vous me donniez un peu l'idée de ce qui
se passe chez vous puis comment vous voyez le futur en suite à ça.
Présidente
(Mme Bouillé) :
MM. Loranger et Baril.
M. Loranger (Jean-Claude) : Je vais
donner la parole à M. Baril.
M. Baril (Jean-Yves) : Oui, j'aimerais
ça parler là-dessus un peu. L'industrie minière, c'est une industrie extrêmement
dynamique, il ne faut pas l'oublier. Elle engage beaucoup de monde. Elle
participe activement à la vie sociale et
communautaire où elle est présente. Les gens qui sont les décideurs de ces
entreprises-là, leurs enfants vont aux mêmes écoles que nous, leurs
enfants participent aux mêmes sports que les nôtres. Alors, on se côtoie et
puis on vit, on est une grande famille aussi, si on peut dire.
Maintenant, le problème majeur, je pense, que l'industrie
vit de nos jours, c'est la valse-hésitation que le gouvernement lui fait subir.
Par exemple — on
va revenir aux redevances — on
parle de redevances, on part, en partant, à
dire : Ça va peut-être coûter 300 millions à 400 millions de plus aux minières, et puis là on laisse ça en plan comme ça
puis on les laisse un petit peu à se poser des questions : Qu'est-ce qui
va se passer à l'avenir? C'est un petit peu difficile. Après ça, on a un projet
de loi n° 43 qu'on voit maintenant, qui amène beaucoup d'imprécisions,
beaucoup d'imprévus, d'imprévisibilité aussi. Alors, c'est difficile pour l'industrie
minière.
Hier, je suis parti de Rouyn-Noranda, hier
matin… Puis il y a des mises à pied qui se font présentement à Agnico-Eagle, puis ça fait longtemps qu'on n'a pas
vu ça. Hier matin, 50 personnes ont été mises à pied à cause de
cette imprévisibilité-là. C'est quand même
un petit peu difficile pour eux autres de travailler, ils ne savent plus à quoi
s'attendre, il y a trop de tergiversations.
Je pense... il y a peut-être des bonnes choses là-dedans, là, mais, quelque
part, les décisions vont devoir être prises plus rapidement, au-delà de
la partisanerie politique. Puis je pense qu'il va falloir que les gens des deux
côtés de la Chambre s'assoient puis disent : O.K., on a un problème
sérieux à régler.
C'est quand même une
entreprise... c'est quand même beaucoup de dollars aussi, au Québec, qui se
passent là-dedans, là, dans cette
industrie-là. Puis on parle de régions complètes aussi qui dépendent de cette
industrie. Alors, ce n'est pas très
rose, de ce temps-là. Puis l'exploration minière, ça prend cinq ans minimum
avant qu'une mine, on commence à l'explorer, qu'elle puisse être en exploitation.
Cinq ans, c'est beaucoup. Puis, de ce temps-là, il n'y en a aucune
qui... il n'y a plus d'exploration. Ça fait
que les problèmes s'en viennent, là. Ça fait que je ne pense pas que c'est très
rose, là, si on veut, dans les
prochaines années à venir, à moins qu'on décide d'apporter quelques changements
là-dedans, qu'on trouve...
Il y a des choses...
Comme un claim aux enchères, là, les claims aux enchères. On sait très bien que
quelque chose aux enchères, c'est qui, qui va l'obtenir?, c'est celui qui a le
plus d'argent. Qui a le plus d'argent? C'est des grosses minières. Puis les petites minières, je pense qu'on est en train
de les oublier un petit peu dans cette équation-là. Alors, c'est des choses comme ça qu'il va falloir
changer parce que les gens ont le pied sur le frein, effectivement, puis
c'est extrêmement difficile, au-delà des considérations.
On comprend que, dans
le marché, le prix de l'or a baissé, bon, puis le cuivre bouge pas mal aussi.
Je ne sais pas si vous suivez ça, mais moi,
je suis ça quand même pas mal. C'est intéressant à suivre. Mais il n'y a rien
qu'on peut faire de ce côté-là, c'est mondial, quand même. Mais, d'un
autre côté, il y a la réglementation, et ce qu'on demande aux entreprises
minières, de nos jours, je pense que c'est rendu trop difficile pour eux autres,
un peu, puis ça crée trop d'incertitudes. On est rendus là, là, c'est rendu
difficile.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci, Mme la Présidente. Vous
avez mentionné plus tôt qu'il y avait 38 % des mines du Québec qui sont dans votre région et qu'il y avait
eu 608 millions de dollars d'investissement l'an dernier. Donc, ça
bat... C'est pour ça que je vous ai posé la
question tout à l'heure, c'est : Comment ça allait dans les années précédentes
par rapport à ce 608 millions
là? Puis qu'est-ce que vous prévoyez? Vous nous dites : Oui, ça descend,
là, puis il ne se passe rien. Mais je
voudrais juste avoir une mesure de cette intensité-là parce que, si c'est la
principale cause d'emploi dans votre région, ça va devenir critique très
rapidement.
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs.
M. Baril
(Jean-Yves) : Oui. On a parlé de redevances. Puis, comme je vous dis,
nous autres, on l'a vu parce qu'on fait
affaire avec les minières à tous les jours, on est un distributeur de
fournitures à l'industrie minière, aussitôt qu'on a commencé à parler de redevances, on l'a vu
immédiatement qu'il y a eu comme un ralentissement sérieux, quand même, O.K., dans leur façon d'exploiter leurs mines. Donc,
ça ne ment pas, ça, c'est quelque chose qu'on peut voir tout de suite.
Puis il y avait des
projets sur la table, sur lesquels on travaillait avec eux autres, et ils ont
dit : Bien là, on va attendre un peu,
on va attendre de voir qu'est-ce qui se passe avec ça, combien vont nous coûter
les redevances, qu'est-ce qui va se
passer avec le projet de loi n° 43, qu'est-ce qui va se passer avec les
claims miniers qu'on a, puis qu'on veut avoir, puis qu'on veut
développer, puis aussi les questions fiscales entre les mines, puis ainsi de
suite. Donc, on dirait que tout a déboulé d'un coup sec, là.
n'aura pas 608 millions, cette année, d'investissement. D'ailleurs, c'est
des chiffres de 2011 ou 2010, là... 2010, là. On n'a plus ces montants-là, là, d'investissement qui se passe
présentement. Il faut quand même le reconnaître, là. Ça descend, c'est
sûr. Je n'ai pas les derniers chiffres, par exemple.
M. Loranger (Jean-Claude) : Juste pour compléter, le montant de
608 millions, là, était au niveau de l'exploration minière comme
telle, là. C'était principalement l'exploration. Parce qu'au niveau des
minières en exploitation c'est beaucoup plus
que ça en termes de retombées économiques actuellement. Puis les retombées
économiques, c'est dans tous les secteurs de notre région.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Ça va.
Présidente
(Mme Bouillé) : Ça va? Merci beaucoup. Mme la ministre.
Ouellet : Oui. Bien, merci, Mme la Présidente. Bien, j'aimerais
revenir peut-être sur quelques-uns de vos propos. Moi, je pense que, si
on veut, comme vous dites, mettre fin à l'incertitude, il faut adopter une
nouvelle loi. Le statu quo n'est pas
acceptable de la
Loi sur les mines actuelle, c'est une loi que ça fait trop
longtemps qu'elle n'a pas été rénovée, réformée. Donc, je pense que, si
on veut mettre de la stabilité, si on veut mettre de la prévisibilité, c'est
par l'adoption d'une nouvelle loi. On ne peut plus faire, aujourd'hui, du
développement économique comme on le faisait dans les années 90.
Meilleure
protection de l'environnement. Les gens n'en veulent plus, de sites miniers
orphelins, puis je pense que c'est normal puis que c'est correct. Les
populations veulent être consultées, on veut une meilleure protection de l'environnement,
les gens veulent des meilleures retombées économiques.
comprends que vous, en Abitbi, vous êtes organisés depuis un certain temps,
mais ce n'est pas nécessairement le cas
pour toutes les régions du Québec. Donc, vous, chez vous, ça fait longtemps que
vous êtes organisés avec le milieu minier,
vous avez des réseaux, mais ce n'est pas nécessairement le cas ailleurs. Donc,
ailleurs, ils ont besoin des outils pour maximiser les retombées
économiques.
Donc, je
pense que c'est par l'adoption de la nouvelle loi qu'on va réussir à instaurer
le climat de stabilité et de prévisibilité qui est nécessaire tant pour
les entreprises minières que pour toutes les entreprises qui gravitent autour des entreprises minières, que pour les citoyens
aussi. Les citoyens veulent savoir à quoi s'attendre, et les municipalités.
Concernant
l'exploration, c'est sûr que, cette année, par rapport à l'année
passée... Mais vous serez d'accord
avec moi que l'année passée était une année
exceptionnelle au niveau de l'exploration en termes d'investissement, et, cette année, les prévisions sont
encore plus que ce qui a été réalisé en 2011, 2010 et toutes les autres années.
Et même ce qui est prévu pour cette année et
ce qui a été réalisé l'année passée, c'est, par exemple, le double de ce qui a
été réalisé, là, en 2009. Donc, quand même des situations
exceptionnelles.
Il y a eu une surchauffe dans le secteur
minier — vous
en parliez — du
côté mondial, et actuellement, dans l'ensemble
du secteur au niveau mondial, on est en consolidation. Le Québec n'échappe pas
à la situation mondiale, c'est très
clair pour nous, mais, malgré cette consolidation-là au niveau mondial, le
Québec tire mieux son épingle du jeu que, par exemple, l'Ontario, selon
les derniers chiffres qui sont sortis. Donc, on s'en sort mieux que l'Ontario.
Je voudrais
revenir aussi sur certains éléments qui étaient amenés par l'opposition. Oui,
nous voulons travailler en collaboration
et nous sommes bien heureux de l'ouverture qui est exprimée et de voir que,
maintenant, aujourd'hui, la transformation
fait
partie du vocabulaire de l'opposition. Je crois que, si ça avait fait
partie du vocabulaire à l'époque, ça aurait
beaucoup aidé. Et le projet de loi n° 79, c'est l'opposition alors qu'ils
étaient au gouvernement, qui ne l'auront pas rappelé. Le projet de loi
n° 14, je rappelle que le gouvernement était majoritaire à l'époque.
Sur les claims aux enchères, je voudrais juste
vous spécifier, ce qui est prévu, c'est seulement sur des petites portions, les portions de territoires qui sont
travaillées au niveau des indicateurs par le ministère des Ressources
naturelles. Au congrès Québec Mines, l'année
passée... puis à chaque année — je pense que vous connaissez un peu le
processus — le
ministère rend publiques les analyses qui ont été réalisées, et, sur les petits
territoires de l'année passée, 800 claims ont été pris à l'intérieur de 15 minutes.
Donc, c'est vraiment seulement ces territoires-là, ce n'est pas l'ensemble du territoire,
là, c'est vraiment les territoires pour lesquels le ministère des Ressources
naturelles a mis de la valeur ajoutée, a
investi du temps puis de l'argent à faire avancer les indicateurs, et c'est pour
pouvoir avoir une valeur ajoutée au travail qui a été fait, là, par les
gens du ministère.
Donc, sur le processus de consultation, parce
que, quand même, plusieurs minières nous ont dit qu'elles étaient d'accord qu'il y ait un processus de
consultation mine par mine réalisé par le Bureau d'audiences publiques
en environnement — plusieurs, même, nous ont dit qu'ils ne
voulaient pas répéter le fiasco du gaz de schiste — donc réalisé par un organisme neutre,
je voulais savoir ce que vous en pensiez. Et je sais que vous avez certains,
là, éléments que vous avez présentés dans votre mémoire.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. Messieurs.
Loranger (Jean-Claude) :
Peut-être... première intervention par rapport au fait qu'il faut donner un
cadre prévisible. On n'en a pas parlé, là,
parce qu'on n'a pas eu le temps de parcourir l'ensemble du mémoire, là, mais,
dans le mémoire, on spécifie qu'au niveau
des pouvoirs discrétionnaires qui sont accordés au ministre par rapport au
développement minier il faut que ces
pouvoirs discrétionnaires là soient réduits et que ceux qui demeureront soient
encadrés dans des principes
directeurs si on veut que les investisseurs d'extérieur soient tentés de venir
investir dans l'exploration minière.
L'exploration
minière, actuellement, moi, je suis dans la région et je vous dis que ça ne va
pas bien. Quand même que vous regarderiez ça de l'extérieur, des grandes
villes puis que vous diriez que ça va bien, ça va très mal dans l'exploration minière. Actuellement, il y a des
fusions d'entreprises d'exploration minière, il y a des mises à pied importantes, il y a des joueurs qui étaient très
importants en région qui ne sont plus actifs actuellement. Et c'est les
mines de demain, c'est vos redevances de demain. Je vous le dis comme ça.
L'autre
question que vous nous posiez par rapport aux consultations, les audiences du
BAPE de tous les projets miniers, on va dans ce sens-là. Quand vous
regardez notre mémoire, on va dans le sens que l'ensemble des projets miniers
puis effectivement l'ensemble des minières, de plus en plus, je veux dire, sont
favorables à des consultations publiques au
niveau du BAPE. Sauf qu'on dit que, dépendamment de l'envergure des projets, il
faudrait qu'il y ait certains encadrements pour ne pas, à un moment
donné, que ça soit démesuré comme audiences publiques par rapport à l'envergure
du gisement minier à ce niveau-là.
Par contre, on est très conscients que c'est des
étapes qu'il faut passer actuellement au niveau des audiences publiques, puis que, le fait de l'élargir, l'industrie
minière n'a pas le choix si on ne veut pas qu'à un moment donné
certaines industries minières nuisent à d'autres, au développement de l'ensemble
de l'industrie minière par leurs pratiques. Donc,
le fait d'avoir des consultations sur l'ensemble des projets permettrait de
fournir un certain encadrement et de donner une bonne figure, si on
veut, à l'ensemble de l'industrie minière.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci beaucoup. M. le député de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
D'Amour : Oui. Alors, une précision, Mme la Présidente. Ça va peut-être surprendre la ministre, mais, avant qu'elle soit assermentée, le Québec
existait sur le plan de la transformation. Il y a 20 000
emplois présentement, qui ne sont pas
nés depuis un an, là, au niveau de la transformation minière dans les régions
minières du Québec. Alors, il ne faut pas faire croire que la
transformation ne s'est jamais vécue au Québec, là, ça existait.
En Ontario, on développe présentement des
emplois par milliers, hein? L'Ontario, et les gens de chambre de commerce que vous êtes, vous le savez très bien,
là, ils ont développé leur propre Plan Nord à eux, là — nous, le Plan Nord n'existe plus — ils l'ont développé. Et, à moins que je ne
me trompe, là, ce qu'on nous rapporte, là, c'est que les emplois perdus ici profitent à l'Ontario parce que c'est
une main-d'oeuvre qui est qualifiée, qui possède une expertise. Et ce n'est
pas parce qu'on se met des lunettes roses un peu à tous les jours qu'on va
trouver des solutions à nos problèmes. On veut une loi, les gens nous
disent : On veut une loi, mais, pour que la loi soit adoptée, encore
faut-il qu'il y ait admission.
On un a bel exemple, une belle
illustration, Mme la Présidente, ce matin, là. Il y a des gens de l'Abitibi — puis,
s'il y a une région minière au Québec, c'est bien l'Abitibi, là — qui
viennent nous dire, ce matin, en commission parlementaire,
qu'il y a encore 50 emplois, là, 50 personnes qui viennent d'être
mises à pied, là, chez Agnico-Eagle. Ça, c'est le quotidien du Québec, là, au niveau minier. On perd des emplois
et on a face à nous un gouvernement qui nie la réalité. Comment voulez-vous qu'on s'en sorte, là, qu'on trouve des
solutions puis qu'on adopte une loi en toute bonne foi et sans aucune
partisanerie quand on est devant des constats comme ceux-là que j'oserais… non,
que je ne vais pas oser qualifier parce que les mots vont être trop durs et
vont dépasser ma pensée.
Alors,
vous nous avez dit — puis,
moi, ça, c'est le message que je retiens, là, vous n'êtes pas les premiers à
nous le dire puis vous n'avez pas à avoir
honte de le dire, là — au niveau de l'exploration, on est dans un contexte de chute
libre. On a beau essayer de trouver des comparables pour se consoler quelque
part, on est en chute libre, hein? Vous nous parlez
d'incertitude puis d'imprévisibilité, vous nous parlez de redevances puis de
tout un contexte qui a été créé. Alors, admettons ça, là, qu'il y a un problème, là, puis ça serait déjà un pas
dans la bonne direction. On veut bien collaborer, Mme la ministre, mais il faut admettre qu'il y
avait de la transformation avant, comme il doit y en avoir maintenant
puis comme il devra y en avoir dans l'avenir.
Le Québec existait avant vous, Mme la ministre, et ça, je pense que c'est
important.
Puis
je tiens à vous rassurer sur une chose, là, s'il y a une formation politique
ici qui retient votre message ce matin, c'est bien nous autres, là,
hein? On veut qu'il y ait une loi, on l'a tellement voulu qu'on s'est essayés à
trois reprises avant puis on n'a jamais eu de collaboration. Alors, on va
démontrer notre ouverture, nous, là, on va démontrer notre ouverture. S'il y a une élection cet automne, on
ne contrôle pas ça, ça peut arriver. Si tel est le cas, on se retrouve
Gros-Jean comme devant, on va se le dire, là.
Quant
au reste, il y a 308 articles dans le projet de loi, puis je comprends qu'il
y avait des consensus établis, là, mais on va reprendre ça un par un,
puis on va essayer de s'en sortir, puis c'est l'objectif qu'on a. Mais, si vous
avez un message à passer à vos députés en Abitibi, là, à vos députés,
dites-leur : Ce n'est pas en se mettant des lunettes roses et en niant la réalité qu'on va se retrouver dans
un contexte plus favorable à l'industrie minière au Québec, ça, c'est
évident. On a perdu 45 000 jobs au
Québec, là, puis, là-dedans, le secteur minier, là, malheureusement, est un
joueur, là, ça en fait partie, 50 jobs. Vous allez dire : Ce n'est
pas beaucoup, 50 jobs, là, mais c'est 50 personnes qui viennent de
perdre leur gagne-pain.
Puis
c'est mon propos, Mme la Présidente. Si vous avez le goût de réagir sur ce que
je viens de dire ou ce que je n'ai
pas dit, vous pouvez le faire, là, mais moi, je voulais conclure puis je ne
voulais pas laisser passer certaines énormités qui sont dites ici.
Présidente
(Mme Bouillé) : Il vous reste 30 secondes.
M. Baril (Jean-Yves) : Écoutez, on est venus ici de façon difficile, à
matin, avec nos avions. On pense que le message qu'on veut passer, c'est rappeler au gouvernement l'importance
de l'industrie minière en région, spécifiquement l'Abitibi-Témiscamingue : 10 000 emplois directs,
indirects. Les gens sont touchés dans leur quotidien. On pense que c'est
important de mettre à jour la loi, qu'il y a des bons côtés là-dedans, il y a
des belles choses là-dedans, mais je pense qu'elle
a besoin d'être réorganisée un petit peu, changée, améliorée. Et puis on va
participer du mieux qu'on peut avec le gouvernement là-dessus.
M. Loranger (Jean-Claude) :
Je conclurais très rapidement en vous disant : Faites confiance aux gens
de l'Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec.
On connaît le domaine minier, on vit dans cette région-là, on est les
premiers impactés, donc on devrait peut-être
avoir une écoute à ce niveau-là. Puis, quand qu'on vous parle d'incertitude
puis on vous dit que l'exploration ne va pas bien, c'est réel, on le vit
à tous les jours. Et on est fiers de nos mines en région, on est capables de
composer. Et, de plus en plus, des décideurs de mines proviennent de notre
région, et c'est eux autres qui sont vice-présidents, qui sont à la tête des
minières, et ça, c'est important pour nous autres.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup, messieurs, pour votre
présentation et l'échange qui a suivi.
La commission suspend
ses travaux jusqu'après les affaires courantes. Et je vous demanderais d'apporter
vos effets avec vous puisque la salle va… il va y avoir une autre réunion dans
cette salle-ci sur l'heure du lunch. Merci.
(Suspension de la séance à 12
heures)
Présidente
(Mme Bouillé) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux.
après-midi, nous recevons les représentants de l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador, de la nation innu au Québec
et de la nation algonquine Anishinabeg.
J'informe les membres
que le troisième groupe fera la présentation en anglais, et, si vous en avez
besoin, le matériel est disponible pour vous pour la traduction simultanée si
vous en avez besoin.
Avant
de poursuivre, je comprends qu'il y a consentement afin de permettre au député
de Nicolet-Bécancour de participer à la
partie de séance de l'après-midi,
bien qu'il ait été remplacé ce matin par le député de Granby. Aussi, puisqu'il
est présentement 18 h 19…
Présidente
(Mme Bouillé) : Excusez! Pas 18 heures. Excusez,
excusez! On risquerait de finir à 18 h 19. Il est présentement
15 h 19, et nous avons trois groupes prévus à l'horaire cet
après-midi, y a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de
18 heures, soit jusqu'à 18 h 19? Merci beaucoup.
J'invite donc M. Ghislain Picard à faire son
exposé. M. Picard, vous disposez de 10 minutes pour votre présentation, qui
sera suivie d'un échange avec les membres de la commission de 50 minutes. À
vous la parole.
M. Picard (Ghislain) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Est-ce que le 10 minutes va inclure les quelques
mots que je prononcerai en innu?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Oui. Normalement, oui.
M. Picard (Ghislain) : (S'exprime
dans sa langue). Donc, Mme la Présidente, merci beaucoup.
Présidente
(Mme Bouillé) : Je
voulais juste vous dire, nous n'avions pas prévu vous assurer une
traduction pour ce bout-là.
M. Picard
(Ghislain) : Ce n'est pas
compliqué. Je vous dirais que la traduction simplement, c'est que le territoire
est au coeur de nos préoccupations, en quelques mots.
Donc, Mme la Présidente, mesdames et messieurs
membres de la commission… Aussi, au passage, saluer évidemment la ministre
Ouellet, la ministre Larouche également, mais surtout souligner la présence
avec nous aujourd'hui de plusieurs grands
chefs et grandes cheffes d'au moins quatre nations au niveau des 10 Premières
Nations qui existent au Québec, et j'ose croire que leur présence fera la
démonstration que le projet de loi n° 43 est vraiment une préoccupation
profonde à leur niveau.
Et j'aimerais
peut-être, d'entrée de jeu, faire une remarque qui pourra sans doute
éventuellement devenir plus une anecdote.
C'est qu'à ma dernière présence ici… l'avant-dernière fois, c'était en novembre
2008, on étudiait la question des forêts
à ce moment-là, je disais que je ne remettrais plus les pieds dans cette
enceinte pour les objectifs de l'époque, qui étaient de se pencher sur la question des forêts en regard des
préoccupations des Premières Nations. Donc, deux commissions
parlementaires plus tard, je me retrouve à nouveau ici, et il faut sans doute
croire ici et y voir, en fonction de ma présence,
la très, très profonde préoccupation des membres des Premières Nations par
rapport à la démarche législative du gouvernement du Québec.
Donc, je vais
y aller avec ma présentation. Le projet de
loi sur les mines, comme tout autre
projet de loi présenté à la législature provinciale affectant le
territoire et les ressources, doit obligatoirement prendre en considération les
droits territoriaux des Premières Nations. Les Premières Nations affirment depuis
toujours leurs droits et les mettent en
oeuvre au bénéfice de leurs populations dans le respect ancestral du territoire
et de ses ressources. Leurs droits ancestraux et issus de traités sont
reconnus et affirmés à l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 du
Canada.
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones doit
guider les relations territoriales entre les gouvernements de Premières Nations et les autres gouvernements. La
déclaration prévoit notamment, à l'article 32, que, un, «les peuples
autochtones ont le droit de définir et d'établir des priorités et des
stratégies pour la mise en valeur et l'utilisation
de leurs terres ou territoires et autres ressources». Et, deux, des
gouvernements doivent obtenir le consentement des peuples autochtones, donné librement et en connaissance de cause,
avant d'autoriser tout projet de développement.
L'Assemblée
nationale du Québec a adopté unanimement une résolution reconnaissant les
Premières Nations et indiquant les
principes qui doivent régir les relations de nation à nation entre les
Premières Nations et le gouvernement du Québec. Le 3 juin 2003, le chef de l'APNQL et le premier ministre Jean
Charest ont signé l'engagement politique mutuel qui venait confirmer une volonté commune d'améliorer les relations
territoriales dans le respect des droits de part et d'autre.
Le 3 décembre 2012, l'APNQL et le gouvernement
de la première ministre Pauline Marois participaient au Sommet sur le territoire
et les ressources convoqué par les Premières Nations. À cette occasion, l'APNQL
a rappelé à la première ministre et aux membres présents de son gouvernement,
dont la ministre des Ressources naturelles, quatre enjeux essentiels d'une
relation territoriale équitable, respectueuse et profitable pour tous entre les
Premières Nations et le Québec : le
premier, la cogestion du territoire avec les Premières Nations; le deuxième, la
conservation du territoire
conjointement avec les Premières Nations; le troisième, l'obligation de
consultation en vue de l'accommodement avec les Premières Nations; et
finalement, le quatrième, le versement de redevances aux Premières Nations.
L'APNQL et le
gouvernement du Québec ont entrepris par la suite de travailler conjointement à
concrétiser, à donner tout son sens à la relation de nation à nation que
la première ministre et son gouvernement se sont engagés à développer, en particulier en ce qui a trait aux
territoires et aux ressources. L'examen en commission parlementaire du projet de loi n° 43 sur les mines déposé par
le gouvernement engage donc l'Assemblée nationale du Québec à
concrétiser la mise en oeuvre des droits territoriaux des Premières Nations et
à le faire à partir de chacun des quatre enjeux.
Tel que
déposé, le projet de
loi sur les mines, bien que proposant des mesures
innovatrices au plan environnemental, ne remplit pas les conditions d'une
relation territoriale respectueuse et mutuellement profitable entre les
Premières Nations et le Québec. C'est dans cet esprit que l'APNQL et plusieurs
gouvernements locaux ou regroupements de Premières Nations se joignent aux
parlementaires québécois réunis en commission parlementaire. L'examen en vue de
la bonification du projet de
loi sur les mines proposé par le gouvernement
Marois est une opportunité concrète et majeure de rapprochement et de collaboration à
partir des enjeux territoriaux fondamentaux entre les Premières Nations
et le Québec. Nous avons conjointement la responsabilité de mener cette tâche à
bien au bénéfice de tous.
L'APNQL aurait souhaité collaborer avec le
gouvernement Marois à repenser en profondeur le régime minier québécois pour assurer qu'il respecte non seulement les droits
des Premières Nations, mais qu'il soit aussi conçu d'une manière qui
nous évitera de revivre les horreurs écologiques causées par l'industrie
minière à travers les années. L'industrie minière, bien qu'ayant fait certains
pas en avant, continue à polluer les rivières et les lacs dont dépendent pour leur survie culturelle les Premières Nations
et continue à trop souvent faire fi de leurs droits et de leur
utilisation du territoire.
L'APNQL prend
note d'un certain progrès dans le projet de loi au niveau de l'accroissement de
l'encadrement des activités minières. Par
contre, quelques éléments qui se retrouvent dans le projet de loi — certains, nouveaux, d'autres,
non — font
en sorte que l'APNQL n'a pas d'autre choix que de s'opposer à l'adoption du
projet de loi. Il s'agit des enjeux
primordiaux suivants : consultation et accommodement avant l'étape d'une
mine et confidentialité des ententes sur les répercussions et avantages.
L'APNQL considère que c'est tout à fait
inacceptable que le Québec refuse de respecter ses obligations de consultation
et d'accommodement quant aux étapes précédant l'établissement d'une mine, dont
particulièrement l'inscription des claims miniers et l'exécution des travaux d'exploration.
Le fait de continuer à ignorer les Premières Nations
avant d'arriver à l'étape de la construction et l'exploration