Institutions — 14 January 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2014-01-14
Quebec — Committees
Or, qu'on le veuille
ou non, les signes religieux ostentatoires transmettent un message religieux.
C'est ce qui nous fait dire que d'interdire
le port des signes religieux ostentatoires aux employés de l'État
pendant les heures de travail constitue une proposition juste, modérée,
équilibrée.
D'ailleurs, tous ceux qui sont en faveur d'une
interdiction plus restreinte pour les juges et les policiers, par exemple,
justifient une telle restriction au nom de la neutralité religieuse de l'État.
Ici même, à l'Assemblée
nationale, trois partis sur quatre sont en faveur d'une
forme ou d'une autre d'interdiction. Bref, le point de désaccord ne porte pas
tant sur le principe d'interdire ou non mais sur le champ d'application de
l'interdiction.
Il est important de le rappeler, ce projet de
loi n'empêchera absolument personne de pratiquer sa religion. Rien n'empêchera quelqu'un
d'arborer des signes religieux dans l'espace public en tout temps, sauf en ce
qui a trait à la règle du visage découvert lors de la prestation d'un service
de l'État. Si un employé de l'État considère que le port de signes religieux durant les heures de travail est plus important
que la neutralité religieuse de l'État et le respect de la loi, ce sera son choix. D'ailleurs,
si une personne refusait de retirer son signe religieux, elle confirmerait
qu'elle place sa religion au-dessus de tout le reste, au-dessus de
l'intérêt général, au-dessus de la loi.
Le gouvernement reconnaît que ce changement
pourrait s'avérer déchirant pour certaines personnes. C'est pourquoi nous
proposons des moyens pour qu'il se fasse humainement, dans le respect des
personnes.
Pour ce qui
est du Parti libéral, il n'y a guère d'espoir que la commission
parlementaire change sa position et celle de son chef, qui a déclaré qu'il faudrait lui passer sur le corps pour
faire adopter la charte. La Coalition
avenir Québec a fait preuve de plus
d'ouverture jusqu'à présent. Souhaitons que la commission parlementaire
l'incite à raffermir sa position afin de lui donner une plus grande
cohérence.
En conclusion, reconnaissons qu'il y avait lieu
de prendre la question des accommodements religieux et de la laïcité à bras-le-corps. En nous donnant des
balises, en affirmant certaines valeurs sacrées, en aménageant un espace
de neutralité religieuse au sein de l'État, nous voulons rassembler les Québécois
de toutes les origines et de toutes les confessions
et assurer ainsi plus d'harmonie, plus de cohésion sociale. Personne ne peut
accomplir ce travail à notre place. Je
souhaite que nous le fassions avec sérénité, dans le respect des opinions de
chacun; le ton sera aussi important que le fond.
Je suis convaincu que ce que nous réaliserons ensemble dans les prochaines
semaines marquera un jalon important dans l'histoire du Québec. Merci, M.
le Président.
Le Président (M. Ferland) :
Merci, M. le ministre. J'invite maintenant M. le député de LaFontaine à faire
ses remarques préliminaires pour une durée maximale de
5 min 25 s. M. le député, la parole est à vous.
M. Tanguay : Merci beaucoup, M.
le Président. Bon matin, chers collègues. Nous débutons aujourd'hui les
consultations sur le projet de charte du Parti québécois. La loi proposée
comporte essentiellement cinq éléments, les quatre
premiers recueillent un très large consensus. Nous pourrions faire avancer le
Québec sur ce qui nous unit, à savoir fixer
des balises aux accommodements afin qu'ils soient raisonnables, renforcer le
principe de l'égalité hommes-femmes, inscrire
la neutralité des institutions de l'État dans la charte québécoise des droits
et libertés et décréter que les services de l'État doivent être donnés
et reçus à visage découvert. Là est l'expression de la neutralité de l'État
québécois.
Depuis maintenant six mois, le Québec est divisé
sur un seul élément, un seul : l'interdiction pour tous les employés de l'État de porter des signes religieux.
Cette interdiction viole la liberté de conscience et de religion
protégée notamment par notre charte québécoise des droits.
Sur cette
division, le gouvernement péquiste fait de la stratégie électoraliste. Juillet,
août 2013, rappelons-nous, plusieurs
semaines de fuites ou ballon politique annoncent une limitation du port de
signes religieux. Une certaine division de la population débute, le
gouvernement va de l'avant.
Septembre 2013 : publication d'un document
de consultation qui fait consensus sur ses différents aspects, sauf sur l'interdiction des signes religieux pour
certaines catégories de fonctionnaires. Sur cette interdiction, la contestation est tellement forte dans toute la population
qu'il y a des dommages collatéraux pour le PQ, qu'il
suffise de mentionner Maria Mourani
qui se fait expulser du Bloc
québécois, Jacques Parizeau, Bernard
Landry et Lucien Bouchard qui expriment publiquement leur désaccord avec
cette interdiction.
7 novembre
2013 : dépôt du projet
de loi n° 60, la charte du
PQ. Le gouvernement péquiste augmente la division. Ce ne sont plus certaines catégories
de fonctionnaires qui se verraient interdire les signes religieux mais tous les
employés des domaines public et parapublic. Demain matin, ce seraient plus de
600 000 Québécoises et Québécois qui feraient face à l'interdiction. Ce n'est pas tout, le gouvernement ajoute
désormais à ce nombre les milliers d'employés d'entreprises contractant avec le gouvernement et les employés
de ceux qui reçoivent des subventions, rien de moins. Pour l'ancien
député du Bloc québécois l'abbé Raymond Gravel, et je le cite : «Moi, je
porte ma croix et je n'impose pas ma religion à personne.» Fin de la citation.
Les coprésidents de la commission portant leur nom, Gérard Bouchard et Charles Taylor, dénoncent vivement la fracture
sociale occasionnée par le PQ et déplorent cette atteinte à notre
liberté de conscience et de religion.
8 novembre, le ministre péquiste qui est assis devant moi aujourd'hui
déclare, et je le cite : «…une fois adoptée, cette charte sera
source d'harmonie et de cohésion pour le Québec.» Fin de la citation.
Franchement, soyons sérieux!
La commission des droits de la personne et de la
jeunesse a dénoncé la charte du PQ parce qu'elle viole nos droits de liberté de
conscience et de religion. Cette même commission des droits affirme que ses
données d'enquête, et je la cite, «ne
rapportent aucune situation dans laquelle le port de signes religieux par un
employé de l'État aurait menacé le
principe de neutralité religieuse». Fin de la citation. D'autres groupes le confirment,
comme l'Association québécoise d'établissements
de santé et de services sociaux, de grandes municipalités, les universités. En
somme, le gouvernement péquiste ne
dispose d'aucune étude crédible appuyant ses choix d'interdire. Au contraire,
c'est l'opposé qui est démontré.
Face à tout cela, la CAQ a déjà indiqué qu'ils
sont prêts à négocier avec le PQ les catégories de citoyens qui subiraient
cette violation de leurs droits. La conséquence est stipulée dans le projet de
loi : Respectez l'interdit ou perdez votre emploi.
Parti libéral du Québec, nous nous y opposons. We will not
trade off our liberties for votes or political calculations. We will protect our freedoms with all our might, because
we know the price that we paid to obtain them.
Par ailleurs, au PLQ, nous avons entrepris des travaux sur l'intégrisme
religieux. Là est la véritable préoccupation des Québécoises et des
Québécois. Le PQ a complètement laissé de côté cette question, et, pire, le
ministre en charge a reconnu que la charte ne propose rien pour lutter à
l'intégrisme des religieux… l'intégrisme religieux.
250 heures et plus de commission parlementaire confirmeront qu'il y a une
très vive opposition à l'interdiction de porter des signes religieux.
Nous, du Parti libéral du Québec, nous croyons que la seule chose responsable à
faire, pour un gouvernement, est de mettre
de côté cette interdiction de porter des signes religieux. Pour nous, faire
avancer le Québec, c'est miser sur ce qui nous unit. Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Ferland) : Merci, M. le député de LaFontaine. Merci pour ces
remarques. Alors, j'invite maintenant Mme la
députée de Montarville à faire ses remarques préliminaires pour une durée
maximale de 1 min 20 s.
Mme Roy
(Montarville) : Bien, je serai brève. Bonjour, M.
le Président, M. le ministre, collègues du gouvernement
et de la première opposition et collègue indépendant. Alors, tous autant que
nous sommes, aujourd'hui, au cours des prochaines semaines et des prochains
mois, je souhaite fermement que nous fassions ces travaux dans le plus grand respect de chacun. Nous avons tous un devoir en
tant qu'élus, et ce devoir, ce n'est pas seulement d'écouter les
quelque 250, 270 intervenants qui passeront devant nous mais aussi de les
entendre. Et il y a une nuance à faire : écouter, c'est une chose, mais
entendre, c'en est une autre. Et j'espère, M. le ministre, que ça vous fera
cheminer, vous aussi.
la lumière de ce que nous entendrons, nous devrons donc en arriver à un compromis
pour enfin avoir une charte, mais une charte de la laïcité qui soit
responsable. Nous voulons donc une charte qui rassemble et non qui divise les Québécois,
parce que, il faut l'avouer, actuellement il y a une problématique à cet égard.
Je vous rappelle que la Coalition avenir Québec a
déjà proposé son propre projet de loi, cette charte sur la laïcité.
Plusieurs points sont en commun actuellement avec le p.l. n° 60.
Cependant, la nôtre est plus rassembleuse, plus équilibrée et plus applicable.
Je vous rappellerai qu'à ce sujet les trois anciens premiers ministres
Parizeau, Landry et Bouchard ont rejoint notre position, qui est semblable à
celle de Bouchard et Taylor, avec cependant une interdiction du port de signes
religieux également chez les enseignants du primaire et du secondaire.
Alors,
il faudra discuter pour en arriver à un compromis. Malheureusement, je sais que
le temps qui m'est imparti est très
court, ce que je trouve tout à fait regrettable. Même si la Coalition avenir
Québec représente 27 % des électeurs
au Québec, nous aurons quelques
minutes à peine pour répondre, poser des questions et que les intervenants y
répondent, ce que je déplore ici, mais
je ferai tout en mon possible…
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci.
Mme Roy
(Montarville) :
…pour être la plus constructive possible, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Merci, Mme la députée. J'ai laissé
quand même déborder de quelques secondes parce que c'est important de…
Alors, maintenant… Merci pour ces remarques. Maintenant, j'invite le député de
Blainville à faire ses remarques préliminaires pour une durée de
1 min 20 s. Allez-y, M. le député.
M. Ratthé :
M. le Président, M. le ministre, chers collègues, très heureux, et je participe
avec beaucoup d'intérêt à cette commission parlementaire, commission
parlementaire qui évidemment sera regardée à la loupe par l'ensemble des
Québécoises et des Québécois. Et je pense qu'effectivement j'entendais déjà ce
matin et de façon correcte les trois partis déjà mentionner leurs positions, et
je pense que le travail aussi consiste à questionner. S'il y a 200 personnes qui viennent ici nous parler,
ont pris le temps de préparer un mémoire, c'est qu'on doit les entendre,
mais, plus que ça, on doit aussi mieux les
comprendre, prendre le temps d'écouter, d'apprécier leurs points de vue. Et
j'espère que tous autour de cette table
pourront, de cette façon, cheminer pour en arriver à un projet de loi qui fera,
je l'espère, le plus large consensus possible.
travail que nous ferons ici sera sûrement un bon exemple de l'application de
cette loi. Si nous avons du mal entre
nous à nous entendre, si nous demeurons campés sur nos positions, si dès le
départ nous sautons aux conclusions, alors les mémoires qui auront été
déposés et les gens qui auron