Culture and Education — 28 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-11-28
Quebec — Committees
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Nous reprenons nos travaux. Je suis vraiment
désolée.
Donc, nous recevons
l'INRS cet avant-midi. Cet après-midi, nous recevrons les HEC de Montréal et,
ce soir, l'Université de Concordia.
veux vous souhaiter la bienvenue à l'Assemblée nationale, m'excuser pour le
retard. M. Coderre, la parole est à vous.
Vous disposez d'environ une quinzaine de minutes pour nous faire votre exposé,
par la suite vont suivre les échanges avec
les parlementaires. Et nous ferons en sorte de maximiser le temps pour bien
vous entendre et être capables d'échanger avec vous. La parole est à
vous.
Coderre (Daniel) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mesdames et
messieurs, membres de la commission, c'est
un grand plaisir pour nous de comparaître devant vous aujourd'hui et de vous
présenter le bilan de nos activités de même que certaines perspectives
de développement de notre université.
Permettez-moi
d'abord de vous présenter les personnes qui m'accompagnent : Mme Mary-Ann
Bell, présidente de notre conseil
d'administration; Mme Lana Fiset, qui est la secrétaire générale de l'INRS,
responsable de la gouvernance et des
ressources humaines; Mme Dalida Poirier, adjointe exécutive du directeur
scientifique et responsable des enjeux internationaux;
M. Claude Arbour, qui est le directeur de l'administration et des finances, qui
est responsable aussi des affaires
professorales; et finalement M. Charles Gignac, étudiant au doctorat au Centre
Eau Terre Environnement et président de l'association des étudiants de
ce centre.
la Présidente, si vous le permettez, je passerais brièvement la parole à notre
présidente du conseil d'administration pour l'introduction.
Mme Bell (Mary-Ann) : Merci, Daniel. Alors, bonjour à tous. Je suis vraiment contente de pouvoir
être ici pour accompagner l'équipe de direction et pouvoir répondre à
vos questions. Simplement pour vous dire, moi, je suis une diplômée de l'INRS. Je suis active au conseil
depuis plusieurs années et j'ai la chance de pouvoir en diriger le conseil
depuis maintenant deux ans, ce dont je suis très honorée.
Nous
avons un conseil qui est très, très efficace et très engagé, et un conseil, je
vous dirais, qui est très soucieux d'accompagner
vraiment l'INRS et de lui donner tout son appui pour rencontrer vraiment sa
mission, qui est une mission quand
même assez particulière au service de notre communauté. Et globalement je vous
dirais qu'à l'INRS vraiment ce qui
règne, c'est vraiment un très grand souci de performance, une très grande
rigueur et aussi un souci de collaboration. Alors, sur ce, comme on n'a
pas beaucoup de temps, je te repasse la parole.
M. Coderre
(Daniel) : Merci. On avait prévu 30 minutes de présentation. Je
comprends que, compte tenu des contraintes
de temps, je vais essayer de faire ça très rapidement. Donc, ça sera un
portrait subliminal de ce que nous sommes à l'INRS, mais j'espère
pouvoir vous convaincre de la grande qualité de cette université.
L'INRS, c'est
une université, puis c'est une université toute particulière, atypique sur
l'échiquier canadien, sur l'échiquier
international de façon générale. Nos lettres patentes indiquent que nous sommes
une université qui a comme missions
les missions essentielles des universités, soit la recherche et la formation.
Cependant, nous sommes concentrés sur
la formation d'étudiants de maîtrise, et de doctorat, et au niveau
postdoctoral, avec aussi une mission de recherche fondamentale appliquée, mais aussi une obligation
de transfert des connaissances et une obligation également de contribuer
au développement économique, social et culturel du Québec.
Je vous
disais que nous sommes une université unique, en ce sens que, lorsqu'on a été
créé, il y a plus de 43 ans maintenant,
ce qui était avant-gardiste, on a défini notre université non pas selon la
façon traditionnelle de disciplines, de
facultés, mais plutôt en quatre centres, quatre centres de recherche et de
formation de haut niveau dédiés aux priorités de développement du Québec, aux priorités de recherche du gouvernement
québécois. Donc, nous faisons de la recherche fondamentale, une recherche fondamentale souvent qui est en rupture avec
les tendances actuelles, ce qui nous permet d'ouvrir de nouvelles portes de la science, d'aller plus loin. Donc, on
est à la fine pointe de ces développements, mais on a une préoccupation
également de faire une recherche appliquée transférable à la société
rapidement.
On a misé,
dans notre université, sur l'acquisition de très grandes infrastructures de
recherche, infrastructures de recherche qui sont de calibre
international, qui se situent parmi les premières ou deuxièmes au monde dans
plusieurs domaines. Et cela nous donne une
excellente attractivité pour nos professeurs, qui viennent en grande partie… en
partie de l'étranger, et pour nos étudiants également, comme je vous le
présenterai plus tard.
Autre
particularité de l'INRS, c'est que nous avons l'exclusivité d'emploi de nos
professeurs, ce qui veut dire qu'ils se consacrent à 100 % de leur
temps aux missions universitaires qui sont celles de l'INRS. Nous sommes une université qui forme des experts, des détenteurs
de maîtrise, de doctorat ou de postdoctorat, donc, concentrés aux 2e et
3e cycles.
J'aimerais
attirer votre attention cependant sur le fait que l'on travaille en
collaboration avec les autres universités, que notre vocation se fait, se construit non pas dans la compétition,
mais dans la collaboration avec nos partenaires universitaires québécois et à l'étranger. On a donc plus du tiers de nos
programmes de formation qui sont des programmes conjoints avec d'autres
universités ici, au Québec.
Tous nos
étudiants de maîtrise et de doctorat reçoivent un soutien financier leur permettant de consacrer 100 % de
leur temps à leurs études et à la réalisation de leur… et à l'obtention de leur
diplôme. Ce que nous avons mis en place également, récemment, ce sont des formations transversales pour que nos
étudiants, lorsqu'ils diplôment de chez nous, aient aussi un portfolio de compétences qui leur permettent d'être de
meilleurs acteurs dans la société. Nous avons mis en place des formations sur l'aptitude à devenir un
chercheur, mais aussi sur l'entrepreneurship, sur l'éthique et sur les langues
également pour qu'ils deviennent des acteurs aussi au niveau international.
recherches sont des recherches, comme je vous le disais, qui sont
fondamentales, mais aussi qui se dirigent très rapidement vers
l'application. On a une préoccupation de valorisation de la recherche; à la
limite, lorsque c'est possible, de
commercialisation de cette recherche. Nous avons des orientations stratégiques
qui sont définies à même les attentes
de la société, mais qui prévoient l'avenir aussi. Parce que, bien sûr, on
répond aux demandes immédiates de la société,
mais on doit prévoir — c'est la mission de l'université — on doit prévoir également ce qui seront les
priorités de demain. Donc, on a aussi cette mission-là qui nous anime.
On a mis en
place une structure qui nous permet de vérifier annuellement la progression de
notre plan stratégique avec des
indicateurs stratégiques présentés à
notre conseil d'administration, des indicateurs opérationnels également.
Et nous avons des professeurs qui
servent d'experts, d'experts pour différents ministères — on a plusieurs exemples qu'on
pourrait vous donner — mais
d'experts aussi pour la société de façon générale.
financement de notre université est atypique également, vous allez le voir. On
a moins de la moitié, 45 %, de nos
financements qui proviennent du budget de fonctionnement du ministère de
l'Éducation supérieure. La grande part, une part extrêmement importante de notre activité est financée à travers
les financements de la recherche, qui sont obtenus au mérite sur l'échelle québécoise, sur l'échelle
canadienne. Nous avons une proportion de 15 % qui vient de services
que nous offrons et qui sont payés par les
partenaires soit industriels, par les partenaires également de d'autres
universités dans certains cas. Et
j'attire votre attention sur le fait que, pour nous, les droits de scolarité
sont un enjeu qui est marginal dans la santé financière de notre
université puisqu'ils ne comptent que pour 1,3 % de nos financements.
Nous avons une recherche d'excellence qui est
axée, comme je vous le disais, sur les besoins de la société. Rapidement, je vous présente ce graphique qui
indique le choix stratégique qu'a fait le Québec depuis plusieurs années, et
qui est de concentrer sa recherche publique dans les universités. Seulement
5 % de la recherche est réalisée dans les organismes publics qui ne
sont pas universitaires, alors qu'en Ontario c'est 16 %, qu'au Canada
c'est 11 % de façon générale, 13 %
aux États-Unis et 14 % en France. Donc, le Québec a fait le choix de
concentrer sa recherche publique dans
les universités. Et c'est un bon choix, puisqu'il permet, tout en faisant une
recherche d'excellence, aussi de former des personnes hautement
qualifiées qui agiront par la suite à partir de ces connaissances. Et l'INRS, à
cette lueur-là, est
important, puisque, comme nous consacrons une grande
partie de nos activités à
la recherche, nous devenons un bras de recherche du gouvernement
québécois.
est une université très performante en recherche. On se classait, jusqu'à
l'année passée, première au Québec en
termes d'intensité de recherche, c'est-à-dire financement externe par
professeur. Malheureusement, cette année, on a été tout juste dépassés
par l'Université de Toronto, mais on est dans ce club sélect, là, du plus de
400 000 $, avec l'Université de
Toronto. Et je peux vous prédire que l'année prochaine nous redeviendrons
premiers sans aucun problème. Et ça,
ça marque ici la performance de nos professeurs en ce qui concerne les
financements externes de recherche. On a, malgré une décroissance des financements, au Québec, des subventions de
recherche, maintenu notre seuil au-dessus de 25 millions depuis 2009‑2010. On a une
part importante, au-delà de
16 %, de contrats de recherche qui sont faits avec les partenaires
des milieux utilisateurs. Et nous sommes très performants — ce
sont les colonnes du haut — dans
le financement des grandes infrastructures de recherche à travers la FCI et
Infrastructure du savoir.
Nous
sommes répartis entre… alors sur deux pôles : Québec,
avec le centre Eau Terre Environnement et le siège social, l'administration, donc, de l'INRS; et la région de Montréal,
à Varennes, avec le centre Énergie, Matériaux, mais aussi à Montréal pour Télécommunications; le centre Institut
Armand-Frappier... INRS—Institut
Armand-Frappier, dédié à la santé, qui est à ville de Laval, et, à Montréal
centre-ville, notre centre Urbanisation, Culture, Société.
vais passer rapidement sur ces enjeux, vous pourrez les lire, mais ils
décrivent les axes de recherche prioritaires que nous avons identifiés, entre autres celui de l'amélioration
environnementale, des énergies durables et des ressources naturelles. Et vous avez ici plusieurs exemples
très parlants, je pense, de notre contribution dans ces domaines-là, de la même
façon en ce qui concerne les enjeux urbains, culturels et sociaux, où nous
étudions les personnes dans la ville, la relation entre ces personnes,
les enjeux d'immigration et les enjeux de rapports intergénérationnels, de
dynamiques familiales, etc.
Donc,
nous avons un centre, là, très performant aussi sur la culture et également sur
les populations autochtones. Notre
centre Institut Armand-Frappier, et vous le savez, est un centre extrêmement
reconnu du point de vue de tout ce qui
est maladies infectieuses, de l'immunologie. Mais nous travaillons également
sur les enjeux de santé environnementale, relation entre pollution, contamination et santé humaine, et aussi sur
la toxicologie, mais également sur les biotechnologies
environnementales.
Finalement,
un de nos centres les plus performants, celui des matériaux avancés, des
nanotechnologies et de la photonique,
nous avons là, probablement, un prochain prix Nobel qui viendra… Je me permets
d'être optimiste. Mais nous avons là
des recherches vraiment de très, très haut niveau qui se font à la fois sur
l'infiniment petit mais aussi l'infiniment
rapide, à travers des lasers femtoseconde, par exemple. Nous travaillons
également sur le stockage de l'énergie, le développement de piles ultraperformantes en vue des voitures
électriques, qui est un choix du gouvernement québécois.
vous le disais, on a misé énormément sur les grandes infrastructures de
recherche. Quelques exemples, ici. Entre autres, je ne citerai ici que le Laboratoire hydraulique
environnemental, dans le parc technologique, ici, de Québec, qui est le meilleur au monde en termes de… et je n'élaborerai
pas, mais qui est le meilleur au monde. Mais vous avez les mêmes exemples dans le domaine de l'infiniment petit, en
nanotechnologie, dans le domaine également des lasers haute puissance; tout comme à ville de Laval où nous avons un campus
qui est l'exemple parfait du continuum entre la recherche fondamentale, la recherche appliquée, les grands
services offerts, les incubateurs de nouvelles industries à naître et également
des industries de haut niveau dans le domaine des biotechnologies; même chose à
notre centre Urbanisation, Culture, Société, avec des laboratoires très
performants.
Rapidement.
On était déjà innovateurs en ayant une approche multidisciplinaire sur des
grands enjeux du Québec. Ce que nous
voulons faire dans les prochaines années, c'est de regarder ce qui se passe à
l'interface de nos centres et encore de
faire, donc, un pas de plus de ce côté-là. Et nous avons identifié certains
domaines comme les nanobiotechnologies, les énergies durables, les
ressources naturelles, l'écotoxicologie et toxicologie environnementale et la
ville en réseau.
Plusieurs
exemples vous sont donnés ici de travaux que nous faisons — je ne passerai pas à travers tout ça — de travaux
que nous faisons en lien avec les priorités du Québec : en aéronautique,
en énergie, en bioalimentaire, dans le domaine
des ressources naturelles, dans le domaine des biotechnologies, dans celui des
énergies renouvelables et l'électrification
des transports, dans le domaine de l'informatique et des communications mais
aussi dans le domaine des industries
créatives et de l'identité québécoise. Nous avons publié une série d'histoires
régionales, là, qui font l'histoire, justement, de notre peuple dans
toutes les régions du Québec.
Nous
sommes une université internationale : 60 ententes à l'international, des
collaborations très fructueuses avec différents
pays. J'attire votre attention sur le fait qu'on est la seule université membre
des Instituts Pasteur en Amérique du
Nord. Nous avons aussi des grands laboratoires internationaux dans le domaine
des nanotechnologies et dans les réseaux des grandes infrastructures de
recherche qui nous caractérisent.
formation de notre main-d'oeuvre : nous avons 14 programmes de maîtrise,
huit de doctorat. Plus du tiers de ces
programmes, je vous le disais, sont offerts conjointement. J'attire votre
attention sur le fait que 42 % de nos étudiants sont des étudiants étrangers. Nous avons là un
défi particulier mais aussi une grande performance avec ces étudiants, d'autant
plus que 50 % de ces étudiants
étrangers restent au Québec par la suite et deviennent des acteurs hautement
qualifiés pour le développement du
Québec : 47 % de femmes, alors que nous sommes concentrés dans des
secteurs hautement technologiques, et
une centaine de stagiaires postdoctoraux, ce qui nous donne le meilleur ratio
professeurs-stagiaires postdoctoraux.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Coderre. Je sais que
nous… Rapidement.
M. Coderre (Daniel) : Nous
reviendrons, si vous le permettez, sur les enjeux de gouvernance et de santé
financière qui nous caractérisent
également. Vous avez ça là. Mais je peux vous dire qu'on a une université sans
déficit, un budget équilibré depuis
2001, qu'on a résorbé un déficit important lors de l'absorption de l'Institut
Armand-Frappier et que nous avons une gouvernance exemplaire. Nous avons
gagné le prix de l'Université du Québec à cet égard.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci beaucoup. Nous allons débuter les
échanges. Nous allons maintenant du côté du gouvernement. M. le député de
Bonaventure, vous avez la parole.
Roy : Merci, Mme la Présidente. Je salue mes collègues et je
vous salue. Bienvenue chez vous, comme certains députés ici présents.
Bon,
je vais commencer avec, bon, un questionnement qu'on a eu hier par rapport à la
direction de l'UQAM, où on a souligné
une certaine volonté d'avoir un équilibre entre la reddition de comptes et
l'autonomie de leurs institutions. Et j'aimerais vous entendre
là-dessus.
M. Coderre
(Daniel) : Vous savez que la liberté académique, qui est chère au
milieu universitaire depuis les époques des…
médiévale, est importante dans les universités, que l'autonomie
institutionnelle est également importante. Ce qui a été démontré clairement dans les études qui se sont faites sur
la performance des universités, c'est que les meilleures universités qui
performent au niveau international sont des universités qui ont une autonomie
universitaire.
Ceci
dit, il est important, je pense… on est financés par des fonds publics et on
doit faire une reddition de comptes. Je
voyais hier, dans la comparution de l'UQAM, que vous avez évoqué la
multiplication, en fait, des mesures de reddition de comptes qui sont là. Effectivement, c'est lourd
pour nous. Mais nous sommes prêts à nous plier à cette donne puisque nous sommes financés par le public. Mais, en
général, ce qui met le plus à risque notre université en termes d'autonomie,
c'est l'autonomie financière. C'est celle
qui crée les contraintes et qui génère parfois les dérives au niveau de la
liberté académique, au niveau de la liberté organisationnelle, etc.
Roy : Mais vous n'êtes pas contre le fait qu'il y ait une
certaine rationalisation des redditions de comptes?
Coderre (Daniel) : Je vous dirais qu'on applaudirait à cette
rationalisation. En fait, ce qui est important, c'est qu'il y ait une certaine cohérence dans ce qui est
demandé, d'une part, et, d'autre part, que l'on ait un retour sur ce que
nous rendons comme comptes. Alors, nous rendons énormément de comptes à
plusieurs niveaux. Le retour sur cette reddition
de comptes… Et nous, on est fiers de rendre ces comptes parce qu'on est une
université qui est, je pense, bien gérée, qui est performante. Les
retours parfois sont moins présents.
Roy : Bien, écoutez, lorsque… Bon, moi, je ne connais pas le
modus operandi de la reddition de comptes. Mais, quand vous nous dites
qu'il n'y a pas de retour, pouvez-vous me donner un exemple très concret?
M. Coderre
(Daniel) : En fait, jusqu'à récemment, dans les comparutions
parlementaires que nous faisions, celle-ci
entre autres, il y avait très, très peu de retours, d'attentes. Pour la
dernière fois, on a eu effectivement quelques questions qui ont été
posées. Je ne sais pas si Claude, qui est notre directeur Administration,
Finances et qui a… dont l'équipe fait beaucoup de redditions de comptes, a à
ajouter là-dessus. Claude?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. Arbour.
M. Arbour (Claude) : Juste pour vous donner un exemple, on envoie les états financiers à
chaque année, on n'a jamais de
retour. On ne sait pas s'ils sont lus ou s'ils sont étudiés. Donc, c'est un peu
un exemple qui est peut-être extrémiste. Mais je suppose que, si on n'a
pas de retour, c'est qu'ils sont totalement corrects, et il n'y a pas de questionnement.
M. Roy : Donc, il
n'y a pas de notion de feed-back pour
vous permettre de réorienter votre tir en fonction d'un commentaire
quelconque?
M. Arbour
(Claude) : Exactement.
M. Roy :
O.K. Dans un autre ordre d'idées, tout à l'heure, vous avez dit que le fait que
la concentration de la recherche se fasse à l'université soit une bonne chose. Ça, je comprends bien. Mais moi, je viens d'un
cégep où j'ai participé à une
implantation d'un CCTT-PSN. Et notre gouvernement a annoncé une bonification d'une enveloppe,
qui est passée de 5 à 15 millions, pour permettre la collaboration
dans les projets de recherche entre les universités puis les cégeps. J'aimerais
avoir un peu votre position par rapport à un rapprochement potentiel avec les
cégeps.
Coderre (Daniel) : Absolument. Quand je disais «concentré dans les
universités», je voulais dire concentré dans les institutions d'enseignement supérieur, donc ça incluait aussi
les cégeps. La présence des CCTT, répartis sur le territoire québécois, est une grande valeur ajoutée pour le Québec.
Nous sommes partisans de la collaboration avec les cégeps.
D'ailleurs, c'est une des priorités qu'on s'est données dans
les prochaines années, c'est de pouvoir créer de meilleurs liens avec les CCTT. Nous voudrions aussi
accueillir comme professeurs associés des professeurs de cégep ou des chercheurs
actifs dans les CCTT pour collaborer avec nous. Je pense que c'est ça qui est
gagnant, c'est ce travail d'équipe qui se fait et qui nous permet d'être
performants. Donc, ça fait
partie de notre plan de match, effectivement.
Roy : Bon. Encore dans un autre ordre d'idées, vous êtes un
centre de recherche, vous avez sûrement commercialisé certains brevets. J'aimerais vous entendre là-dessus, à
savoir, bon, comment vous vous positionnez par rapport à d'autres institutions comme la vôtre. Et, sans rentrer dans le
détail, bien, est-ce que ça peut rapporter… ou combien de brevets sont
actuellement sur le marché puis de quelle nature ils sont?
M. Coderre
(Daniel) : Effectivement, on est une université de recherche. Et,
comme je vous le disais, on a aussi cette
volonté d'aller vers la recherche appliquée, et donc éventuellement vers la
commercialisation. Je ne suis pas certain, par ailleurs, que l'indicateur brevets est le meilleur indicateur parce
que la plupart des universités ont des brevets, protègent leur propriété intellectuelle, mais c'est ce que
l'on fait avec qui est le plus important. Donc, je ne suis pas certain que le
meilleur indicateur… Je pense qu'on se
compare, de ce côté-là, sûrement aux universités québécoises, probablement aux
universités canadiennes. Ce qui est plus
important pour nous… Et ça nous amène à réfléchir, nous, sur ce que l'on veut
faire en valorisation de la recherche. Les
indicateurs généraux qui sont pris, c'est : brevets, licences et sociétés
dérivées créées. Déjà, sociétés dérivées créées et licences donnent un
meilleur indicateur de ce transfert technologique. On est performants de ce
côté-là.
Force est de
constater qu'ici, au Québec, au Canada mais, de façon générale, aussi aux
États-Unis, les universités dépensent
beaucoup plus en protection de la propriété intellectuelle que ce que ça leur
rapporte. Ça, je pense qu'il faut être
conscient de ça. Notre stratégie évoluera et ira beaucoup plus vers une
meilleure fluidité de la propriété intellectuelle, avec des partenaires
qui sont sérieux, de confiance, mais, en échange, nous nous attendons à avoir,
comme on le fait actuellement, des contrats
de recherche avec ces partenaires, à avoir également des financements qui
pourraient être… où ils pourraient être associés dès le départ dans des
partenariats-recherche avec le privé.
Donc,
l'indicateur de brevets, pour nous, c'est un des indicateurs, mais ce n'est
sûrement pas celui qui rend le mieux
compte de ce que nous faisons. Puis il ne faut pas oublier non plus que, dans
le transfert que l'on fait de nos connaissances,
des connaissances que nous développons, la formation des personnes hautement
qualifiées est probablement le
meilleur transfert que l'on peut faire. Parce que, dans certains de nos
centres, c'est 70 % de nos étudiants qui vont en industrie et, donc, qui amènent ces nouvelles
connaissances que nous développons vers l'industrie pour les appliquer.
M. Roy :
Une dernière question, Mme la Présidente. Tout à l'heure, vous avez dit que
vous aviez des étudiants qui étaient
financés à 100 % pour faire leurs études. Je pense qu'on appelle ça du
financement intégré ou si je me trompe?
M. Coderre (Daniel) : Oui.
M. Roy :
Est-ce que c'est tous les étudiants? Quelle proportion? Puis, bon, est-ce que
c'est dans des disciplines très particulières? C'est quoi?
Coderre (Daniel) : Notre volonté est justement de financer tous nos
étudiants, quel que soit le secteur. Évidemment, ce financement, il vient de nos fonds de fonctionnement, il vient du
financement… surtout du financement de la recherche obtenu par nos professeurs. Il est évident que,
dans certains secteurs qui sont moins financés, comme celui des sciences
humaines, sciences sociales, il est plus
difficile de le faire, mais généralement ce que nous faisons, c'est un
financement… en tout cas, au niveau doctorat, pour tout le monde, au
niveau de la maîtrise, pour la très, très grande majorité de nos étudiants. Je
ne sais pas, Dalida, s'il y a à ajouter à ça?
Poirier (Dalida) : En fait,
à l'INRS, il y a vraiment deux types de programmes de bourses. Le financement,
c'est les bourses qui sont données par les
professeurs à même leur financement de recherche. On a un programme, qui
est en sciences pures appliquées, qui
s'applique à tous nos programmes offerts dans ce secteur-là. Et là
effectivement 100 % des
étudiants ont une bourse autant à la maîtrise de recherche, qu'au doctorat, que
même à la maîtrise professionnelle. Les
montants diffèrent selon le niveau de programme. Ça fait que 97 % de nos
étudiants poursuivent leurs études à temps complet et ne travaillent pas
à l'extérieur pendant les études.
En sciences sociales, on a un programme de bourses
qui est avantageux, qui est plus attaché disciplinaire, qui n'est pas systématique, qui dépend des domaines de
recherche et des sujets. Et là effectivement les étudiants de doctorat ont
une plus grande part, la proportion de bourses. Les étudiants de maîtrise ont également
des bourses, des assistanats, mais
c'est un programme qui fonctionne différemment à cause des financements qui sont accordés aux professeurs. Quand on met l'ensemble de tout ça, sur les 600
étudiants de maîtrise, doctorat qui sont à l'INRS, on en a une centaine qui
sont en sciences sociales, de ceux-là, il y en a à peu
près trois quarts qui sont financés, et tous les autres sont financés, ce qui
fait que ça donne une proportion vraiment… probablement, la plus grande, au
Québec, d'étudiants qui sont supportés financièrement pour effectuer leurs
études chez nous.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Merci, Mme Poirier.
M. Roy : Une dernière petite
chose.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Oui, continuez, M. le
député de Bonaventure. Puis, par la suite, je vous céderai la parole, M.
le député de Saint-Hyacinthe.
La Présidente (Mme Richard,
Duplessis) : Non, mais vous pouvez…
M. Roy :
Non, mais… Vous avez dit tout à l'heure «le club des 400 000 $». J'ai
cru entendre ça. Les professeurs vont chercher 400 000 $ en
subventions?
M. Coderre (Daniel) : En moyenne.
M. Roy : En moyenne. O.K.
M. Coderre (Daniel) : En moyenne,
par professeur.
M. Roy : Donc, ce qui permet
de financer les études de certains étudiants.
M. Coderre
(Daniel) : De tout, mais particulièrement de la recherche. C'est
vraiment une performance. Écoutez, on
a 153 professeurs. La plupart des universités ont 1 000, 1 500,
2 000, quand on parle de l'Université de Toronto. Et notre petite
université réussit à se démarquer, de ce point de vue là, de façon vraiment
majeure, là. Ce financement d'au-dessus de 400 000 $ par professeur
est énorme par rapport… Et comparez-le aux autres universités que je vous présentais dans le graphique, vous allez voir la
performance que l'on a. Et, malgré notre petite taille de 153 professeurs,
on se situe 23e sur 100 universités au
Canada, 23e, avec 62 millions de financement par année, alors que toutes
les autres universités, de la 22e à la première, ont plus de 1 000
professeurs.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. le député de Saint-Hyacinthe.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : Merci, Mme la Présidente. Saluer les
collègues. Je vous salue, mesdames messieurs.
Puis je vais
vous amener sur la politique linguistique. C'est un autre domaine, c'est un
autre volet, mais c'est un volet qui,
bien, je pense, est important pour nos centres de recherche, nos maisons
d'enseignement supérieur, et tout ça. Et
je vais vous amener… il y avait, au niveau du suivi des recommandations de 2011
qui avait été adressé… on disait : «Que les établissements
d'enseignement de niveau universitaire fassent un suivi de leur politique
linguistique».
Vous savez
que, la politique linguistique, depuis octobre 2004, les établissements
d'enseignement sont tenus de se doter
d'une politique. Et la politique, à l'article 98 de la charte, dit… hein, on
dit bien, hein, que c'est une politique qui tient compte de la langue d'enseignement, de la langue de
communication, de la qualité du français et de la maîtrise de celle-ci, de la langue de travail et la mise en
oeuvre et du suivi de cette politique. Alors, je voudrais savoir, moi, ce qui en
est de la politique linguistique au niveau de l'INRS.
M. Coderre
(Daniel) : D'abord, vous dire que nous sommes une université
francophone. Nous sommes fiers d'être une
université francophone. Nous agissons de façon importante au niveau
international, dans la francophonie, à cet égard-là. On a effectivement une politique. Et je laisserai
Me Fiset, notre secrétaire générale, qui est responsable de ce secteur, vous
présenter notre nouvelle politique, qui est en accord avec le projet de loi,
là, qui est à être adopté. Donc, Mme Fiset.
Mme Fiset
(Lana) : Alors, en fait,
comme vous le mentionnez, depuis 2004, l'INRS s'est doté d'une politique
linguistique. Cette politique a fait l'objet d'une refonte importante pendant
la période d'été et d'automne qui vient de passer,
là, suite au dépôt du projet de loi n° 14. Alors, notre projet de
politique est en tous points conforme aux exigences qui sont prévues dans la loi. Actuellement, même,
nous sommes, même si le projet de loi n'est pas encore en vigueur, nous sommes en période de consultation avec notre
communauté universitaire, ce qui est une nouvelle exigence, comme vous le savez, de les consulter sur les
changements qu'on apporte à la politique. Alors, nous avons déjà eu des
discussions avec nos différents syndicats des employés. Nous entendons
consulter également la fédération étudiante au cours du prochain mois et compléter l'exercice au début janvier pour une adoption
de la nouvelle politique par nos instances, en particulier notre conseil
d'administration.
M. Coderre (Daniel) : …compléter.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) :
Oui, allez-y.
M. Coderre
(Daniel) : Si je peux compléter, vous comprenez que, dans une
université qui a 42 % de ses étudiants qui sont des étudiants
étrangers, notre défi est important. Mais je pense que nous avons les choses en
main.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) :
Merci. Vous comprendrez que le projet de loi n° 14, là, il est… Ça prend
la collaboration des partis de l'opposition
officielle. Alors, le projet de loi n° 14 n'est pas adopté dans cette
session-ci. On espère juste que, pour la prochaine, ça pourra suivre son
cours.
Je voudrais
vous amener maintenant sur un autre point, c'est sur le point… sur la politique
de recherche scientifique, de la
recherche-innovation du gouvernement. Vous savez que le ministre a investi… on
a mis beaucoup d'argent dans la recherche,
et on y croit beaucoup aussi, je pense, au niveau de l'enseignement supérieur.
Et on disait hier… l'UQAM disait hier
qu'ils avaient évalué le sous-financement des FIR, des fonds indirects de
recherche, à 7 ou 8 millions par année. Et vous, dans votre recommandation, vous faisiez… financement des
universités, recommandations, à la fin, vous mentionnez : «[Le ministère de
l'Enseignement supérieur, Recherche devrait] verser une subvention de frais
indirects de recherche pour le fonctionnement des infrastructures
majeures dont il a financé une portion ou la totalité…»
Vous
savez que le ministre s'est engagé, au niveau du financement qui est fait au
niveau de la recherche par le gouvernement
du Québec… on s'engage à rembourser 100 %... il s'engage à rembourser
100 % des frais indirects. Par contre,
j'aimerais savoir si vous connaissez les frais indirects de recherche qui sont
payés par le gouvernement fédéral. Et
quelle est la diminution… cet impact-là qu'il y a eu sur votre université? Et,
en même temps, est-ce que vous faites des démarches pour aller chercher
l'équivalent?
Parce qu'on sait que
ça baisse à chaque année. Puis, si on regarde la politique de recherche du
gouvernement fédéral, on se rend compte qu'on diminue d'année en année.
L'investissement en recherche est passé de 11 milliards, en 2010‑2011… est passé, en 2013‑2014, à 10 050 000 000 $.
Donc, c'est une baisse, au niveau de la recherche, au niveau canadien. Mais, à votre niveau, au niveau des FIR,
est-ce que ça veut dire que vous êtes obligés d'assumer ou de faire assumer
à même vos budgets ce que le fédéral ne consent pas?
M. Coderre (Daniel) : L'enjeu des frais indirects de recherche, c'est un
enjeu, vous le comprendrez, qui est majeur pour nous, puisque nous avons
plus de 37 % de nos financements qui viennent des financements de la
recherche. Le Québec est exemplaire à cet
égard-là, là. Depuis plusieurs années, il finance adéquatement les frais
indirects de recherche. Cependant, le fédéral, effectivement, plutôt que
de financer à hauteur de 60 % les frais indirects de recherche, les finance à hauteur, chez nous, de 32 %, je
pense. Et, de ce fait, chaque succès que nous avons, et nous en avons beaucoup
au niveau des financements fédéraux, chaque
succès nous coûte quelque chose. Bien sûr, nos professeurs sont bien financés,
ils peuvent faire une excellente recherche. Mais, dans le fonctionnement de
notre université, dans notre budget de fonctionnement, on doit absorber cette
différence-là.
L'autre
enjeu qui est majeur pour nous, c'est le financement — que l'on appelle aussi «indirect de
recherche» — relié aux espaces de recherche qui sont financés, d'une
part. Et, jusqu'à tout récemment… on a des signaux actuellement qui nous
sont donnés par le gouvernement voulant que l'on finance adéquatement les
espaces de recherche. Ce serait très important pour nous. Et on espère que les
crédits seront au rendez-vous de ce côté-là.
L'autre
chose où on est en attente, c'est le financement du fonctionnement des grandes
infrastructures de recherche. Vous
avez vu qu'on en a beaucoup. Là, on nous dote, on est bons pour pouvoir se
financer, aller chercher de très grands équipements de recherche, mais on n'a pas le financement pour le
fonctionnement, tant du fédéral qu'actuellement du Québec. Et ça, je pense que c'est un enjeu qui est
majeur également pour nous et pour le succès de la recherche au Québec.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup.
Malheureusement, c'est tout le temps dont nous disposions pour le gouvernement. Nous allons maintenant du côté de
l'opposition officielle. M. le député de Mont-Royal, vous avez la
parole.
Arcand :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. M. Coderre, Mme Bell, tous les membres de
votre équipe, bienvenue encore une fois
parmi nous. Et évidemment on a peu de temps aujourd'hui, alors je vais sauter
tout de suite aux conclusions. Je vais
peut-être vous laisser terminer ce que vous disiez, là, à la toute fin parce
que je pense que c'est particulièrement
important. Le principal enjeu de l'INRS pour les prochaines années, j'aimerais
que vous puissiez nous le définir de la façon la plus succincte et
claire possible. C'est quoi, le principal enjeu pour vous?
Coderre (Daniel) : On est une université performante. On a un modèle,
je pense, qui a fait ses preuves depuis plusieurs années. Notre principal enjeu, chez nous, c'est l'augmentation
du nombre de nos professeurs. C'est la clé de voûte de notre développement. Oui, on est très performants à 153
professeurs, mais on est contraints à ce nombre-là par le financement
particulier qui nous est accordé. Et ce que l'on espère, c'est de pouvoir
augmenter ce nombre-là. Le modèle, il
est là. Nos nouveaux professeurs seront tout aussi performants. Et on ira
chercher une plus grande part du financement, fédéral entre autres, à
partir de notre performance et de la recherche que l'on fait.
C'est
aussi la limitation que nous avons, dans le nombre d'étudiants que nous pouvons
accueillir. Vous savez, une capacité
d'accueil, lorsqu'on est dans des programmes de recherche, elle est en fonction
de la capacité d'accueil des laboratoires
et, donc, du nombre de professeurs que nous avons. Ça, c'est le grand enjeu
pour nous et qui nous permettrait d'être encore plus significatifs pour
le développement du Québec.
Arcand :
Est-ce qu'actuellement les professeurs que vous avez, même ceux qui sont là
actuellement, sont des professeurs qui sont près de la retraite? Quel
est l'état, si on veut, des ressources humaines à l'INRS actuellement?
Coderre (Daniel) : L'INRS, c'est une université plus fragile de ce
côté-là, vous le comprendrez, compte tenu du nombre. On a eu effectivement plusieurs départs à la retraite. On a
renouvelé environ le tiers de notre corps professoral dans les dernières années. On aurait pu avoir des
craintes d'une baisse de performance, particulièrement en recherche, de ce côté-là, mais ce n'est pas le cas. Nous
réussissons à attirer, jusqu'à maintenant, d'excellents chercheurs. Mais il est
clair que, si on veut continuer à attirer
d'excellents chercheurs, il faut qu'on ait les moyens, dans notre université en
tout cas, de pouvoir leur offrir ce
qui peut être offert ailleurs dans le monde. Nos chercheurs sont des chercheurs
de calibre international qui peuvent
se faire marauder très rapidement dans des pays ou dans des universités, même
ici, au Canada, au Québec, qui ont
plus de moyens que nous. Donc, ça, c'est une clé, ce financement qui est
associé également à notre fonctionnement et à l'excellence de
l'environnement que nous créons.
Arcand : Est-ce que, pour
vous, il y a des possibilités d'aller chercher beaucoup plus de revenus pour
l'institut, pour l'université, en
fait? Est-ce qu'il y a des possibilités par rapport à ce qui se passe ou si les
subventions, évidemment, gouvernementales
de base, qui sont… Je pense que… Quand je vois, dans vos revenus de
62 millions, je pense, vous avez 45 millions de subventions du
ministère directement. Est-ce qu'il y a moyen d'avoir d'autres revenus
autonomes? Est-ce qu'il y a des possibilités
de ce côté-là ou si vraiment vous comptez essentiellement sur une augmentation
la plus substantielle possible de l'investissement de base du
gouvernement?
M. Coderre
(Daniel) : Nous comptons, bien évidemment, sur une augmentation du
financement gouvernemental. Je pense
que c'est une clé pour toutes les universités. Même si elle est moindre dans
ses proportions, chez nous, c'est une clé essentielle de l'activité que
nous avons, une activité de formation et de recherche. Ça, ça va de soi.
Nous avons travaillé de façon importante à
diversifier nos sources de financement pour pallier justement à ce désengagement que l'on réalise, là, au niveau du
financement de l'État, qu'il soit canadien ou qu'il soit québécois. Nous
avons récemment créé de toutes pièces une
fondation, une fondation qui nous permettra d'aller chercher des financements
substantiels et qui nous permettront également le développement de notre
université.
Les services
que nous offrons — je
pense, par exemple, au laboratoire antidopage de Mme Ayotte qui est chez
nous — bien, ce sont des services qui génèrent des
fonds, des frais indirects de recherche qui nous permettent aussi d'avoir
des marges de manoeuvre. Même chose pour le
laboratoire d'histocompatibilité, qui est unique au Québec, chez nous, qui
nous permet de faire des évaluations de la
compatibilité des greffes à venir. Tout ça, ce sont des revenus qui nous
permettent, par ailleurs… Mais ça ne peut pas être l'essentiel de notre
financement parce qu'on est des universités publiques, on a une mission publique
et on doit être financés adéquatement.
Arcand : Quand je regarde
actuellement ces différents éléments là, une des choses qui est un peu
frappante, puis j'aimerais peut-être avoir vos commentaires là-dessus,
c'est qu'il y a un organisme qui s'appelle la Fondation canadienne de l'innovation et qui aide actuellement… Et, quand je
regarde les subventions en infrastructures, elles ont baissé de 87 %. Quand je regarde les revenus
moyens par professeur qui ont reçu une subvention de la Fondation canadienne
de l'innovation, c'est une baisse de
72 %. C'est quand même assez important. Est-ce que c'est la faute du
fédéral? Est-ce que l'argent est allé
ailleurs au Canada? Ou est-ce que les budgets de la Fondation canadienne de
l'innovation ont baissé?
M. Coderre
(Daniel) : Il y a eu des financements, encore récemment, majeurs du
fonds canadien de l'innovation. Il y
a eu aussi les infrastructures du savoir qui ont été… mais où le gouvernement
du Québec contribue, hein, à 40 %; 40 %, FCI; puis 20 % de partenariats autres. Il continue à y
avoir des financements importants sur les infrastructures de recherche. Cependant, il faut constater que
certaines provinces canadiennes deviennent de plus en plus performantes parce que mieux financées aussi au niveau
provincial. Et, lorsqu'on regarde l'évolution des financements, nous, à l'INRS, je dois vous dire qu'on est… actuellement, c'est bien préservé de ce
côté-là. On a encore eu récemment le deuxième plus grand financement de
la FCI, là, sur un appareil extraordinaire dont je pourrais vous parler
longtemps.
Mais on
continue, nous, d'être performants. Mais il est clair que, pour le Québec, qui
met quand même beaucoup d'argent dans
cette contrepartie à la FCI, la part du gâteau qui nous revient est plus faible
actuellement parce que d'autres provinces, d'autres universités dans
d'autres provinces deviennent de plus en plus performantes.
Arcand : Moi, je me rappelle,
à l'époque où j'étais à l'Environnement, si je me rappelle bien, on avait fait
une évaluation environnementale stratégique
sur un dossier, évidemment, extrêmement controversé, qui était le gaz de
schiste. Et on me disait : Il me semble
que, chez vous, on faisait de la fracturation. Là, je ne sais pas si c'est par
informatique ou… enfin, il y avait une façon de mesurer. Est-ce que vous
avez des résultats là-dessus?
M. Coderre
(Daniel) : Alors, on a effectivement une des meilleures équipes dans
ce domaine-là, tout comme dans le
domaine, d'ailleurs, pétrolier, où on est très, très impliqués. Un de nos
professeurs siégeait justement sur cette commission… pas commission, là, mais sur ce groupe-conseil sur les
enjeux des gaz de schiste. En fait, ce qu'il faut voir… Puis il faut voir l'évolution des gaz de schiste
ou de l'exploitation des gaz de schiste aux États-Unis, là. Je pense que ça
interpelle le Québec de façon importante parce que c'est… notre électricité va
se vendre beaucoup moins bien.
On a quand
même les spécialistes chez nous. Et ce sont des décisions politiques qui se
prendront. Mais nous, comme chercheurs,
on est prêts à répondre, on est prêts à évaluer les risques environnementaux
qui y sont associés, tout comme on
l'est dans le domaine du pétrole, de l'exploitation du pétrole, avec
probablement les meilleurs experts ou le meilleur groupe d'experts au
Québec.
Arcand : Vous avez dit, tout à
l'heure, M. Coderre, qu'un des problèmes, c'était la décroissance du
financement général au Québec. Est-ce
que vous pourriez élaborer un peu plus là-dessus, quand… Est-ce que c'est une
décroissance au niveau gouvernemental, au niveau de partenariats,
d'entreprises? Où est le principal problème?
M. Coderre
(Daniel) : Deux choses. Il y
a effectivement… Du fait de l'attente de la PNRI, justement, là, il y a eu une
compression, en fait, des financements de la recherche, là, qui nous a fait
mal, ça, c'est certain. Il y a d'annoncés, dans cette Politique nationale de la recherche et de l'innovation, des
investissements qui sont majeurs et qui permettraient au Québec de se relever, je dirais, là, de ce
côté-là. Donc, on est en attente et on espère des crédits importants qui y sont
associés.
Par ailleurs,
vous le savez très bien, l'économie en général, depuis la crise de 2008, fait
que le secteur privé a moins de marge
de manoeuvre en ce qui concerne la recherche, a donc des contrats de recherche
qui se font de façon un petit peu plus restreinte. On est
quand même… On continue quand même à être performants de ce côté-là. Mais, au
niveau des dons à la fondation, là,
il y a des impacts qui sont importants parce que les marges de manoeuvre,
justement, de ces donateurs sont moindres.
Arcand : D'accord.
Mme la Présidente, ma collègue…
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Mme la députée de Bellechasse, vous avez la parole.
Mme Vien :
Merci beaucoup, chère madame. Alors, messieurs dames, merci de vous être
déplacés aujourd'hui. J'irai
directement avec les questions qui s'adressent d'abord à la présence des femmes
dans vos effectifs étudiants. On dit
souvent que les femmes sont de plus en plus majoritaires dans nos facultés,
dans nos écoles, dans nos départements, mais qu'elles le sont aussi traditionnellement beaucoup dans des
domaines de sciences sociales. Alors, je comprends qu'on est, chez vous, dans un domaine très scientifique.
J'aimerais ça que vous me dressiez un portrait de la présence des femmes
chez vous à l'INRS, comment leur présence a
évolué, puis quelles sont les perspectives pour elles, et quelles positions
elles occupent actuellement.
M. Coderre
(Daniel) : On est assez fiers de ça, particulièrement dans une
université, comme vous l'avez dit, qui est une université de recherche
plus fondamentale, où la présence des femmes est traditionnellement beaucoup
moins présente. Donc, comme je vous le
disais, c'est 47 % de nos étudiants qui sont des femmes, donc on est… et
au niveau de la maîtrise et du doctorat, donc à des niveaux de formation
très élevés.
Oui, bien
sûr, le secteur des sciences humaines, sciences sociales, notre centre
Urbanisation, Culture et Société comptent
un bon nombre de femmes. Aussi, le secteur de la santé, celui de l'Institut
Armand-Frappier, où, là, on a, en biologie
et, de façon générale, dans le secteur de la santé, plus de femmes qui sont
présentes. Ce qui me plaît aussi, c'est qu'on a une présence féminine de
plus en plus importante dans les secteurs de haute technologie comme celui des nanotechnologies, celui des lasers, etc. Celui des
télécoms et sciences de l'eau, par exemple, dans tous les programmes,
là… dans ces programmes-là, sont également présentes. Veux-tu ajouter
là-dessus, Dalida?
Poirier (Dalida) : Bien,
l'évolution, oui, c'est… En fait, en 2001, quand l'INRS a négocié son contrat
de performance, c'était un objectif,
d'augmenter la proportion de femmes, qui, à l'époque, était nettement moindre
et puis qui effectivement était
beaucoup plus centrée dans des programmes spécifiques, notamment en études
urbaines, quelques programmes principalement de maîtrise en sciences de
la santé. C'est un objectif qu'on a rencontré dans le cadre des trois années du contrat de performance et puis ça
s'est maintenu depuis parce qu'on est… Ça fait plus de 10 ans maintenant
et effectivement on est… Dans l'ensemble de
nos programmes, on a une proportion importante de femmes, autant à la maîtrise qu'au doctorat. Mais on est quand même
dans des secteurs, si on fait abstraction des sciences sociales, où, globalement, au Québec… on n'est pas dans des
secteurs où on a une majorité de femmes. Et là je pense que, si on faisait
un comparatif à certains endroits, je dirais qu'on se distingue très, très
bien, oui.
M. Coderre
(Daniel) : On est assez fiers aussi, je vous dirais, de la proportion
de femmes que nous avons à la fois
chez nos cadres, mais également notre conseil d'administration. Notre
présidente est une femme, et on est très heureux de ça. Et on a une
parité hommes-femmes également sur notre conseil d'administration.
Mme Vien :
Bien, c'est très bien, ça. Parlez-moi des étudiants étrangers. Je pense que ça
a augmenté, quelque chose… de 57 %. Est-ce que je suis dans les
bons chiffres ou…
Mme Vien : Augmentation de
57 % de 2008 à 2012?
M. Coderre (Daniel) : C'est ça, oui.
M. Coderre (Daniel) : Oui.
Mme Vien : Le tiers, à peu
près, des effectifs… Ça représente le tiers des effectifs?
M. Coderre (Daniel) : 42 %,
oui.
Mme Vien :
42 %, bon. Vous attribuez cet attrait-là chez les étudiants étrangers à
quoi exactement? Qu'avez-vous de plus
que les autres? D'où proviennent ces personnes exactement? Vous disiez, tout à
l'heure : En plus, elles demeurent chez nous. Ça, c'est intéressant.
M. Coderre
(Daniel) : On est quand même dans une université dite de recherche aux
deuxième et troisième cycles, ce qui fait qu'on n'est pas…
Vien : Il n'y a pas de baccalauréat chez vous, pas du tout?
Coderre (Daniel) : Il n'y a pas de baccalauréat. Donc, de ce fait-là,
l'univers dans lequel nous sommes, c'est un univers d'excellence, mais c'est un univers aussi où les étudiants
étrangers vont rechercher les meilleurs laboratoires.
Mme Vien :
Ils ont fait leurs études au baccalauréat à quel endroit, à ce moment-là?
M. Coderre
(Daniel) : Généralement, ils les ont faites à l'extérieur du pays.
Mme Vien :
À l'extérieur.
Coderre (Daniel) : Et, vous savez, comment on fait le recrutement des
étudiants aux cycles supérieurs, c'est à travers la performance de nos chercheurs, de leur réputation
internationale qu'un étudiant décide qu'il veut aller dans ce laboratoire dans ce domaine-là. Et c'est un peu
comme ça que ça se fait, ce qui est un indicateur de notre renommée, je dirais,
internationale dans certains secteurs.
Mme Vien :
Ils viennent d'où, ces gens-là…
Coderre (Daniel) : Il y a eu une évolution dans le temps. On avait la
majorité de nos étudiants — Dalida, tu me corrigeras — qui étaient de France.
Mme Poirier
(Dalida) : La moitié.
Coderre (Daniel) : La moitié de ceux-là. Cette proportion diminue.
Nous sommes passés au tiers, à peu près, qui vient de la France, donc il y a une évolution. Ils sont asiatiques,
ils sont des pays nord-africains, ils sont beaucoup d'Europe, à l'extérieur de la France, très
présents, un peu des États-Unis et du reste du Canada mais dans une proportion
qui est…
Mme Poirier
(Dalida) : Nettement moins…
Coderre (Daniel) : …quand même faible. Donc, on ratisse, je dirais, la
planète, là. Mais notre intérêt, c'est de pouvoir effectivement garder
une bonne proportion de ceux-là pour qu'ils deviennent des acteurs au Québec.
Vien : Pratiquement en terminant, parce que le temps file
rapidement. Vous avez dit tantôt, avec beaucoup d'orgueil, puis vous avez raison : Au niveau des finances, chez
nous, ça va bien, on a le contrôle de notre bourse. Ça vous a même valu
un prix, vous disiez, le prix de l'Université du Québec. Est-ce que j'ai bien
compris?
M. Coderre
(Daniel) : Bien, en fait, il y a deux choses là-dessus. En ce qui
concerne notre santé financière, il y a une
règle du jeu, chez nous, qui est claire, c'est que nous devons déposer des
budgets équilibrés, et je pense que ma présidente
met, avec raison, beaucoup de pression de ce côté-là. Ça ne veut pas dire qu'on
est riches. Ça ne veut pas dire qu'on
n'a pas besoin d'argent. Mais la façon dont on gère notre université, c'est
d'en arriver à un budget équilibré d'année en année.
Mme Vien :
Vous faites ça comment? C'est quoi, votre recette?
Coderre (Daniel) : On le fait au prix… au prix, beaucoup, de réduction
de notre développement, on le fait au prix de compressions majeures dans
nos services administratifs, parce qu'on a cette obligation, on se donne cette obligation de gérer correctement les fonds publics
qui nous sont consentis. Mais est-ce que ça veut dire qu'on est riches, qu'on n'a pas de problème? Ce n'est pas vrai. On
doit composer avec une situation extrêmement difficile et qui m'attriste,
moi, parce que c'est notre développement.
Vous voyez, on est quand même bons, là. Mais on veut continuer à être bons, on
veut continuer à avoir les moyens qui vont nous permettre de continuer à nous
développer pour le bien de la recherche au Québec, pour le bien de la
formation au Québec dans le milieu universitaire.
Mme Vien :
Mme la Présidente, je pense que mon collègue de Mont-Royal va vouloir faire du
pouce…
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. le député de Mont-Royal.
Arcand :
Oui, je viens d'entendre, M. Coderre, ce que vous venez de dire, puis
évidemment, dans le programme national
de recherche qui a été annoncé, évidemment, on a tout repris un peu l'essentiel
des demandes, évidemment, des différents
regroupements qui étaient là. Il y en avait de tout pour tous. Le problème que
nous avons, nous, comme formation politique,
c'est qu'évidemment on a lancé cette programmation-là et ce programme jusqu'en
2019, alors qu'il n'y a même pas de
cadre budgétaire. Et vous n'êtes pas sans savoir probablement qu'aujourd'hui,
d'ailleurs, il va y avoir une mise à jour
économique qui va se faire de la part du gouvernement. Je ne veux pas
cependant, là, vous faire entrer dans ce débat politique, qui est celui des politiciens et non pas le vôtre, mais ma
question, elle est bien simple. Vous avez une année financière. Votre
année financière se termine à quel moment?
Coderre (Daniel) : Elle se termine un mois plus tard que celle du
gouvernement.
Arcand :
Donc, à la fin avril?
M. Coderre
(Daniel) : Fin avril, voilà.
Arcand :
Donc, à la fin avril. Avec ce qui a été annoncé au niveau de la Politique
nationale de recherche et d'innovation,
ça vous prend les crédits pour quand exactement pour pouvoir inscrire ça à
votre budget pour l'an prochain? Est-ce que vous avez une date où vous
devez absolument avoir une réponse du gouvernement?
M. Coderre
(Daniel) : Les réinvestissements, à notre connaissance, ne se feraient
de toute façon que dans la prochaine année
budgétaire. Nous, on gère de façon conservatrice, c'est-à-dire qu'on n'a
inscrit à nos livres aucun revenu supplémentaire
qui… Je pense que ça aurait été inconséquent de le faire. Mais je peux vous
dire qu'on verrait l'avenir de façon
très noire si jamais il n'y avait pas ces réinvestissements qui étaient
annoncés parce qu'on est à la limite, je dirais, là, de notre capacité à
continuer à être un bons gestionnaires de nos budgets.
Arcand :
Et donc, si je comprends bien, pour 2014‑2015, si jamais il y avait des
crédits, pour vous ce serait une bonne
nouvelle, une amélioration? Vous ne voulez pas prendre le risque de mettre
quelque chose qui ne se matérialiserait
pas rapidement en 2014‑2015. Est-ce que c'est comme ça que je comprends ça?
Coderre (Daniel) : Pour l'année actuelle, là, 2013‑2014, effectivement
on n'a pas mis dans nos budgets… — Claude, tu pourras le confirmer — on n'a pas mis dans nos budgets d'argent à
venir. Mais, pour 2014‑2015, par contre, là, on s'attend à avoir des
financements subséquents.
Arcand :
Est-ce qu'il y a une date où vous devez… Parce qu'à un moment donné il faut que
vous le fermiez, ce budget-là, il faut que vous… Quand vous allez
envoyer au gouvernement vos prévisions budgétaires 2014‑2015, est-ce qu'il y a
un échéancier là-dessus?
M. Coderre
(Daniel) : Claude, je ne sais pas, si tu veux ajouter…
M. Arbour (Claude) : Bien, nos budgets sont préparés vers la fin février, donc généralement
on s'attend, pour le budget initial,
à avoir un portrait assez juste de notre année financière. Par contre, on
refait un budget révisé au mois de…
pour le 1er novembre, là, six mois plus tard, ce qui nous permet de réajuster…
Parce qu'il faut comprendre que nos budgets
fluctuent beaucoup en fonction de la clientèle étudiante, qu'on ne connaît pas
d'avance, en fonction des contrats ou
des subventions de recherche. Donc, pour nous, la date limite pour l'inscrire
dans nos livres ou dans les budgets, c'est plus autour du 1er novembre. Mais l'idéal, c'est de partir, bien
entendu, avec la connaissance la plus précise possible du budget de
l'année pour ne pas faire de modifications majeures rendus aux budgets révisés.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup. C'est
malheureusement tout le temps dont nous disposions. M. Coderre, je veux
vous remercier, vous ainsi que votre équipe.
veux vous souligner cependant que toutes les données que vous avez fournies à
la commission… Nous avons un très bon service de recherche, et les
membres de la commission ont eu une séance préparatoire afin de recevoir les personnes en audition. Donc, soyez assurés que
tout est très, très, très bien fait, et, de notre côté, nous gardons toutes les
données, même celles qui ont trait aux finances.
Donc, en terminant,
je dépose les documents que vous nous aviez soumis, qui ont été soumis par
l'INRS.
je suspends les travaux jusqu'à 15 heures, cet après-midi, où nous entendrons
les HEC de Montréal. Bon appétit, merci.
(Suspension de la séance à
13 h 16)
Présidente (Mme Vien) : Alors, bon après-midi, Mmes, MM. les
parlementaires. Je constate donc le quorum et je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte. Évidemment, comme toujours, je vous demande d'éteindre les
sonneries de vos appareils électroniques. Ce serait grandement apprécié.
Alors,
je vous rappelle que, cet après-midi, nous poursuivons le mandat d'audition des
dirigeants d'établissements d'enseignement de niveau universitaire. Et
nous avons le plaisir, cet après-midi, de recevoir des représentants des HEC
Montréal.
Alors,
Mme Kathleen Grant, M. Michel Patry et M. Georges Montplaisir, bienvenue, merci
de vous être déplacés aujourd'hui à notre invitation. Vous avez 30
minutes pour nous livrer l'essentiel de vos remarques et commentaires. Par la
suite, s'ensuivront des échanges entre les parlementaires et vous. Ça vous
convient?
La Présidente (Mme Vien) : On vous
écoute.
M. Patry
(Michel) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Écoutez, ça nous fait
grand plaisir d'être là aujourd'hui, de partager avec vous un certain
nombre d'observations sur le réseau universitaire québécois mais en particulier
sur HEC Montréal. Je vais brièvement vous
rappeler notre mission et notre trajectoire récente, également un peu nos
ambitions.
L'école,
c'est une école qui est ancrée dans sa communauté, c'est une école francophone
qui a été créée il y a un peu plus de
100 ans dans le but de faciliter l'accès des Canadiens français, on disait à
l'époque, aux questions, aux métiers des
affaires. Et essentiellement, depuis sa création, la mission de l'école est
toujours demeurée la même : être un pont entre la communauté, en particulier des Québécois francophones, et le
milieu des affaires et être un pont entre le Québec et le reste du
monde. D'ailleurs, si jamais vous vous aventurez à lire l'histoire de l'École
des HEC, vous verrez que l'intention du
législateur était très claire,
c'était, pour le Québec, qui est une petite société dans un océan
anglophone, de permettre à l'économie
québécoise et aux francophones d'échanger dans le monde et
de se rompre aux activités d'affaires. C'est pour ça que, même dans les années 20 et 30, il y avait
des cours d'italien, d'allemand et d'anglais qui se donnaient à l'école.
Donc, notre mission, c'est essentiellement ça, l'enseignement
à tous les cycles, la recherche, les services à la communauté, la… de la
gestion, servir la francophonie, ce que l'on fait aujourd'hui, on accueille 13 000
étudiants et 250 profs de carrière chez
nous. Et évidemment c'est une école également très ouverte sur le monde.
J'évoquais tantôt la mission de
l'école, l'intention du législateur en 1907, ça a toujours été présent à toutes
les étapes du développement de l'école.
Donc, nous sommes fidèles à l'esprit des fondateurs. On le fait en préparant
les gens qui viennent chez nous au commerce international, on le fait de
différentes façons, mais notamment en facilitant l'apprentissage des langues,
en facilitant la mobilité étudiante et en facilitant des partenariats
institutionnels, nationaux et internationaux, que je vais évoquer brièvement
tantôt.
Alors, vous
avez, un petit peu plus loin, quelques données vitales, si on veut — je ne veux pas reprendre ça, je sais que vous avez eu le temps de parcourir
ça : environ 13 000 étudiants, 8 000 ETP, environ 4 500 de
ces étudiants sont des étudiants
étrangers ou résidents permanents, donc environ le tiers, si vous voulez; un
important contingent d'étudiants, je
tiens à le mentionner, aux études à temps partiel, ça aussi, ça fait
partie de
l'ADN de HEC Montréal. Dans les 50
premières années d'existence, le gros de la clientèle de l'école, c'étaient des
gens qui travaillaient dans des banques, qui travaillaient dans des commerces et qui venaient, le soir, prendre
un cours de comptabilité. Alors, ça, ça a été la voie d'accès, pour des générations et des générations
de francophones, au monde des affaires, des gens qui étaient au guichet dans
une banque ou des gens qui étaient petits commerçants, qui venaient prendre un
cours de comptabilité puis un deuxième
cours. Aujourd'hui, 100 quelques années plus tard, on a encore un très grand
nombre d'étudiants qui viennent prendre
des cours de certificat le soir. On pense que c'est important pour nous de
continuer à servir cette clientèle. Il y a des milliers de personnes, chaque année, en comptabilité, en ressources
humaines, qui viennent chercher souvent trois cours, parfois cinq cours, certains vont se rendre
jusqu'à 10 cours, mais beaucoup, après les deux, ou trois, ou cinq cours, vont
avoir atteint leur objectif.
Également, l'école, c'est la première école
canadienne qui a obtenu les trois agréments internationaux dans le domaine de la gestion. Nous, on a des normes
nationales. Il y a des normes d'évaluation de la qualité des programmes,
mais on s'est astreints à rencontrer toutes
les normes internationales, en tout cas, les plus exigeantes. Donc, il y a
trois organismes d'agrément dans le monde
qui décernent des agréments à des établissements d'enseignement supérieur
en gestion. Il y a un organisme américain,
qu'on appelle AACSB International, qui est basé à Tampa, il y a un organisme
européen, qui s'appelle European Foundation
for Management Development, qui est installé en Belgique et puis il y a un
organisme britannique, AMBA, qui est installé
à Londres. Et HEC a été la première école au Canada à obtenir les trois agréments, ce qui veut dire qu'à chaque cinq
ans… pas le même cinq ans parce que chacun vient à une date différente. Nous, à peu près à tous les 18 mois, on a une
organisation internationale qui vient faire un audit, donc qui vient vérifier
si nos programmes, si la qualité de nos
diplômes, la qualité des débouchés, la qualité de la recherche est conforme aux
meilleures normes.
L'école forme
également beaucoup de dirigeants, de cadres et de dirigeants. Ça, c'est la
formation non diplômante. Vous avez
quelques statistiques vitales : 5 000 à 6 000 au Québec puis
entre 500 et 1 000 par année à l'étranger. Donc, c'est un volet qui
est aussi important.
J'ai laissé
quelques statistiques également, dans la présentation, sur la distribution de
l'enseignement chez nous. Étant donné la taille très grande du corps
étudiant, malgré que nous ayons 247 professeurs de carrière, c'est peu pour couvrir tout ça. Évidemment, ces 247 professeurs
de carrière se distribuent sur tous les cycles, mais ils sont davantage sollicités à la maîtrise et au doctorat. Ils
enseignent également, au premier cycle, environ 35 % à 40 % des
charges. Mais vous voyez qu'on a
environ 500 chargés de cours qui assument près de la moitié des enseignements
globaux. Lorsqu'on se fait auditer,
entre parenthèses, c'est un des points, entre guillemets, vus de… faiblesse
dans notre… Lorsqu'on se balise, là,
au «benchmark» à l'échelle internationale, les meilleures écoles dans le monde,
à 50 % des enseignements assumés par
des chargés de cours, c'est beaucoup. Ils sont quand même très bien encadrés.
On a des chargés de cours très qualifiés qui, pour la plupart, sont
associés à l'école depuis longtemps. Et, chez nous, tous les cours sont
coordonnés, donc les contenus sont décidés par des équipes qui comprennent des
professeurs de carrière.
a un peu amélioré notre ratio ETP par professeur de carrière, qui était de 35,
il y a quelques années, à 33. Mais là
il va remonter parce qu'on a ralenti de beaucoup nos embauches, notamment à
cause des compressions budgétaires.
L'école est
également une locomotive de la recherche en gestion. Parce que nous, on ne fait
que de la gestion. Vous avez quelques
données aussi sur ça. Pour vous donner une idée, il y a environ 13 500
écoles de gestion dans le monde; HEC
se classe dans les premiers 100 pour la production de recherches. Donc, 100, ça
a l'air beaucoup, mais, sur l'ensemble de l'univers des écoles de gestion, ce
n'est pas beaucoup. Donc, de 2007 à 2011, dans les dénombrements de recherches,
on se classe entre la 60e et la
80e place dans le monde, ce qui est un progrès énorme parce qu'à HEC
Montréal il y a, mettons, 35 ans, il
y avait relativement peu de recherche; il y en avait, mais c'était peu
développé. M. François-Albert Angers, qui a enseigné dans les années 40 et 50, a été un des premiers économistes
patentés, reconnus au Canada. Puis il a publié des articles sur la grande dépression. Mais c'était
une personne. Après ça, M. Parizeau puis d'autres sont arrivés. Mais c'était
le fait de quelques personnes. Maintenant,
on peut dire que la vaste majorité de notre corps professoral est impliqué en
recherche et dans une recherche de pointe.
Alors, c'est un portrait qui nous réjouit, nous,
qui fait notre fierté, qui est très encourageant. Mais je ne vous cacherai pas que cette satisfaction, pour nous,
elle est un petit peu assombrie par le caractère fragile de la situation. Et là
je glisse quelques mots sur la question du
financement, notamment des coupures récentes qui nous ont amenés à faire des
compressions budgétaires, à remplacer, tant
dans le personnel administratif que dans le personnel enseignant, un poste
sur deux.
Parce qu'à
l'École des HEC on n'avait pas, jusqu'à l'année passée, de déficit accumulé, et
c'est presque un péché, chez nous, de
faire un déficit d'opération. Notre conseil d'administration, étant donné le
changement, dans le fond, dans les règles budgétaires et le changement
dans le financement, a accepté que, l'an passé, on fasse un léger déficit. Mais
l'objectif, c'est de revenir dès cette année
en équilibre. Ça veut dire que, chez nous, on prend les moyens à court terme
pour revenir en équilibre budgétaire. C'est
un peu une question, là, de culture. Donc, on a pris les moyens, c'est-à-dire
qu'on a fait des compressions, stoppé les
embauches, diminué des budgets, reporté des investissements. On l'a fait une
année. Cette année, on a une autre ronde. Et
c'est ça qui nous préoccupe un peu, là, on imagine difficilement qu'on pourrait
continuer de faire ça sans compromettre la qualité fondamentale de notre
enseignement.
Donc, vous
avez, un petit peu plus loin, là, une idée du fonds de fonctionnement et de
l'insuffisance de l'année 2012‑2013, qui était de 4,6 millions qui, en
soi, pour nous, est... Dans l'ensemble du réseau, ce n'est pas très important, mais, pour nous, c'est conséquent. Et
ça, ça va être résorbé complètement, si ce n'est pas cette année, dans l'année
suivante. Ça, c'est inscrit.
Quelques mots
sur le financement. Je vous dirais, il y a deux choses, pour nous, qui ont joué
un rôle important dans les cinq
dernières années et qui nous ont permis de progresser. Il y a le chantier 1 des
bourses d'enseignement pour les embauches... Pardon? Une?
M. Patry (Michel) : Une minute?
La Présidente (Mme Vien) :
...poursuivez. Très bien. Désolée. Excusez-moi.
M. Patry (Michel) : Il me reste,
quoi, une dizaine de minutes, à peu près? Vous aviez dit 30...
Une voix : Non, un peu plus.
La Présidente (Mme Vien) :
20, 20 minutes.
M. Patry (Michel) : Ah! Bien non!
C'est bon. Je croyais que vous me disiez une minute. Je me disais...
La Présidente (Mme Vien) :
Oui, c'est moi qui étais dans l'erreur. Je suis désolée.
M. Patry (Michel) : Non, c'est bon!
Vous me soulagez! Vous me soulagez!
La Présidente (Mme Vien) :
Excusez-moi.
M. Patry
(Michel) : Alors, les bourses
d'enseignement et les deux volets des programmes spéciaux pour l'enseignement en... à l'embauche de professeurs
en administration et en génie, chez nous, ça a été, comme dans d'autres écoles de gestion et dans des écoles de génie, ça
a été vraiment très, très important. Vous avez les chiffres devant vous.
On a pu offrir 13 bourses d'enseignement à
des professeurs qui sont très sollicités internationalement, donc qui sont,
dans le fond, l'objet de convoitise
et on a pu embaucher 13 professeurs, dont 10 qui venaient de l'extérieur du
Québec et du Canada, grâce à ces subventions-là.
Je sais que,
dans l'étude qui se fait présentement d'une formule de financement, c'est
incertain si ces programmes vont demeurer. S'il fallait que ces
programmes-là demeurent et qu'autrement on ne puisse pas compenser, ce serait probablement assez dramatique pour nous,
c'est-à-dire que notre capacité de
retenir des gens qu'on a embauchés puis notre capacité d'aller recruter
d'autres personnes seraient certainement entamées. Même chose, si les coupures
qui sont temporaires devenaient récurrentes, ça nous forcerait à faire
d'autres exercices de compression.
Quant
au financement — toujours sur le financement — quelques observations. Nous avons toujours défendu, affirmé
et fait des études pour démontrer que, dans les familles Génie et Administration, il y avait un sous-financement de ces familles-là par rapport à à peu près
n'importe quelle autre balise que vous prenez au Canada ou Amérique du Nord. Nous, toutes nos clientèles
sont concentrées dans la famille Administration qui est la famille, dans la
grille de financement, qui est la moins subventionnée. La reconnaissance de cela avait conduit au
développement des enveloppes spécifiques pour les recrutements en génie et administration puis aux bourses
d'excellence que je viens d'évoquer. C'était déjà une reconnaissance du ministère. Ça demeure un enjeu
majeur, et c'est un enjeu qu'on surveille de près dans les discussions
que nous avons sur la formule de financement.
On pense aussi qu'il faut maintenir l'approche
d'un financement par activités. Sans entrer dans les détails des formules de financement, que vous connaissez sans
doute — mais
c'est assez technique — nous, on pense que c'est assez difficile de comprendre pourquoi un cours d'administration qui serait
donné dans une école de gestion serait moins bien financé que le même cours donné dans une école de
médecine ou de génie parce que ça relève d'un programme dans une autre faculté. Alors, évidemment, il y va de notre
intérêt, mais il va aussi de la logique de tout le mécanisme. Alors, nous, on
est partisans d'un système de financement par activités.
Et on pense qu'il y a des espaces, il y a des
marges de manoeuvre pour revoir la politique concernant les frais forfaitaires pour les étudiants étrangers. Et
notamment je crois qu'il faut revoir les ententes que nous avons sur les exemptions
avec certains pays, dont la France. Il y a
beaucoup d'étudiants français qui viennent au Canada. Ils y viennent parce que
la qualité de l'enseignement, au Canada, est extraordinaire, très bonne.
J'étais en France il y a quelques jours, pour quelques jours, et le nombre de témoignages que j'ai reçus
à cet égard est très important. On pense que, sans abolir tout traitement
préférentiel, étant donné notre relation
privilégiée avec la France, il y a un espace qui permettrait aux universités
québécoises d'obtenir un meilleur
financement. Et on a fait, d'ailleurs, la recommandation, dans notre mémoire,
au comité qui étudie le financement des universités.
Alors, voilà
pour le bilan, si on veut, financier et la mission de l'école. Par la suite, on
vous a présenté un certain nombre
d'éléments sur l'année 2012‑2013. Vous nous aviez demandé ça. Je vais aller
assez rapidement là-dedans parce que je présume que vous avez déjà
parcouru ça. On a regroupé ça en dessous de quatre grands objectifs, qui sont
les quatre têtes de
chapitre de notre plan
sur cinq ans : innover en pédagogie; attirer et retenir le talent; assumer
un leadership en recherche et en
transfert; et nous donner les moyens de nos ambitions, c'est-à-dire trouver des
financements conséquents pour supporter la mission.
L'année 2012‑2013, malgré ce que j'ai évoqué
tantôt, a marqué des progrès importants qui sont évoqués ici, notamment la création d'un parcours Rémi-Marcoux
pour le développement des entrepreneurs. Cette année, on va pouvoir ajouter de façon très significative à ce que l'on
fait en entrepreneuriat grâce à un don important de la Banque Nationale qui nous permet de créer un institut de l'entrepreneuriat
Banque Nationale-HEC. On a d'autres projets semblables. Donc, l'école
veut se positionner comme le leader de la formation en entrepreneuriat.
On a
poursuivi le développement de notre offre multilingue. On a créé une école
d'été pour l'apprentissage du français
des affaires. Ça, ça vise à amener sur Montréal et à HEC des gens qui s'intéressent
aux affaires, mais dont la langue maternelle
n'est pas le français. Donc, on a développé le programme, on l'a fait approuver
et on va l'offrir dès l'été prochain.
On a
également, dans l'année qui s'est écoulée, fait des progrès importants dans
l'offre de cours en format hybride. On
a maintenant près de 2 000 étudiants qui suivent des cours en format
dit hybride. «Hybride» veut dire qu'il y a environ la moitié des
prestations qui sont faites en présentiel, en face à face, en classe, puis la
moitié à distance, sur Internet.
Et on a
également lancé la première plateforme de MOOC, de Massive Open Online Courses,
de cours offerts gratuitement à la
communauté en français dans le domaine de la gestion. On a été les premiers
avant HEC Paris, avant d'autres écoles,
et c'est totalement en français. On a offert trois cours, l'an passé, qui ont
attiré environ 15 000 personnes, et il y en a trois autres que nous allons ajouter, cette année, à la
banque. C'est un gros succès. Évidemment, ça nous coûte un peu de ressources. C'est gratuit, on ne demande
pas de contribution, mais ça augmente énormément la portée de ce qui est fait à l'école. C'est une formidable
vitrine de l'expertise québécoise à travers la francophonie et ça devra
augmenter l'attrait de l'école pour
des candidatures qui viennent d'un peu partout dans le monde. Alors, il y a
environ, je ne sais pas, moi, 70 pays ou plus d'où viennent les… 155
pays. Les 10 ou 15 premiers pays sont les pays où il y a une plus forte concentration de francophones. Ça va d'Haïti, la
France, l'Algérie, le Sénégal, la Côte-d'Ivoire, les États-Unis qui arrivent
assez haut dans la liste. C'est un bel outil.
On a
également poursuivi notre programme d'internationalisation. Pour nous, c'est
important que les étudiants qui viennent
à HEC Montréal, qui sont, l'immense majorité, des Québécois francophones, aient
non pas juste une formation théorique
de la réalité des affaires à l'échelle internationale, mais qu'ils soient mis
en contact avec cette réalité. On fait ça de différentes façons. On a le plus important programme d'échange au
Canada, peut-être en Amérique du Nord. On envoie entre 400 et 500 de nos
étudiants, pour un trimestre au moins, à l'étranger par année et on reçoit 400
à 500 étudiants.
On a un
programme de campus internationaux dans lesquels on envoie des groupes de 30
personnes pour deux à trois semaines
à l'étranger, des écoles d'été qui permettent d'accueillir des gens chez nous
ou de tenir des écoles d'été à l'étranger.
Et évidemment on a développé, depuis 25 ans, des capacités de formation en
langues, en français, en anglais, en espagnol
et maintenant en chinois. Ça fait que, pendant que les gens font leurs études,
ils améliorent leur maîtrise de ces langues. Et je vous disais : On est
fidèles à la tradition. C'est quelque chose qui se faisait déjà dans les années
30 à HEC Montréal, qui s'appelait, dans ce temps-là, l'École des hautes
études commerciales de Montréal. Alors voilà.
Pour le
talent, j'en ai un peu dit un mot tantôt, on a mis beaucoup d'efforts dans le
recrutement des étudiants. Ça va très bien. Notre crainte est davantage dans le
ralentissement du rythme des embauches qui est maintenant inférieur aux
départs. Et à cela s'ajoute la concurrence qui fait qu'il y a des gens chez
nous qui sont sollicités et qui risquent de se déplacer.
Recherche et transfert. Je vous laisse
jeter un oeil sur les chiffres, mais ce fut une très bonne année. Nos
professeurs ont augmenté leur taux de
succès dans les grands organismes subventionnaires. On a développé des pôles de
transfert. Donc, ça, c'est des façons
de regrouper des expertises pour que les choses soient beaucoup plus
transversales à l'école, orientées
sur des domaines : la santé, l'énergie, les entreprises d'économie
sociale, etc., la culture, le domaine de la création et de l'innovation. Alors, dans chacun de ces
domaines-là, on a créé un regroupement des professeurs, des enseignants,
des étudiants, des étudiants postdoctoraux
en lien avec des entreprises ou des organisations publiques qui sont
demanderesses de ces services.
plan des moyens, bien, on mise beaucoup sur une hausse de nos revenus
autonomes. Nous avons entrepris, avec
nos collègues de l'UdeM et de l'École polytechnique, une très grande campagne
de financement. Mes collègues... Je sais
que Guy Breton va passer devant cette commission au début de la semaine
prochaine. Vous savez sans doute que nos trois institutions ont annoncé qu'elles se lançaient dans cette aventure
où on cherche à recueillir 500 millions de dons sur les cinq prochaines années. On a déjà environ
220 millions de promesses de ces dons, d'engagements. Pour HEC Montréal,
vous avez quelques chiffres. Notre objectif à nous, c'est de réaliser au moins
100 millions de dons. Vous comprenez évidemment
que ces dons-là ne vont pas se verser directement dans le budget de
fonctionnement. Ils s'en vont dans un budget…
Ils s'en vont dans un fonds de dotation et servent à financer des activités qui
s'ajoutent généralement à ce que nous faisons.
plan des infrastructures, si je regarde les moyens, la chose la plus
significative que je voudrais mentionner — parce que je vois qu'il me reste
peut-être cinq minutes — c'est
que nous avons un très grand déficit d'espace. Ce déficit est reconnu depuis de nombreuses années par le
gouvernement du Québec. Année après année, nous avons le plus grand ou le
deuxième plus grand déficit d'espace
relatif, c'est-à-dire par rapport à ce qui est déjà construit. Alors, ce
déficit est basé sur la moyenne de la
fréquentation des cinq ou six dernières années, en excluant cette année puis
l'année passée, alors que, les deux
dernières années, nous avons déjà eu une hausse de clientèle. Donc, ce n'est
pas un déficit d'espace qui est
basé sur une sorte de croissance anticipée,
c'est actuel, ce qui veut dire que, chez nous, la bonne nouvelle, lorsqu'on
vous dit «nous allons pouvoir créer
l'Institut d'entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal,
nous avons 10 millions pour faire
ça», ça, c'est la bonne nouvelle. Quand on dit «il faut mettre ces gens-là, il
faut les installer en quelque part», ma collègue, qui est directrice du développement
du campus, me dit «il n'y a plus d'espace», donc on se met à louer et à délocaliser des morceaux qui auraient malheureusement tout avantage à être davantage rapprochés du coeur de notre métier.
Donc,
ça, c'est un projet important pour nous, on y travaille depuis plusieurs
années. M. le ministre Duchesne nous
a communiqué tout récemment que l'école était autorisée à progresser à l'étape
du dépôt d'affaires initial. Donc, dans le jargon d'Infrastructure Québec, ça veut dire qu'on vient de se rapprocher du
Conseil du trésor. Et donc on est à l'élaboration
du dépôt d'affaires initial. Notre dépôt stratégique est déjà complété depuis
plus de deux ans et a été reçu favorablement. Alors, ça, c'est pour les
équipements.
termine avec quelques remarques pour m'assurer que je n'excède pas mon temps,
Mme la Présidente — bonjour...
M. Patry (Michel) : ...c'est bon — et pour m'assurer qu'on a le maximum de temps pour des échanges.
Alors, vous voyez, sur les quatre
volets, l'année dernière, on a fait de bons progrès. Si on se revoyait dans un
an d'ici, je vous dirais que l'année
2013‑2014 va être une bonne année, dans le sens où on va progresser, on va
introduire de nouveaux programmes, de nouvelles innovations, on va
réussir à attirer des étudiants. Là où on a plus d'incertitude, c'est sur la pérennité des choses et la fragilité de ces
acquis, étant donné la question du financement puis la question du
réinvestissement qui demeurent pour nous nébuleuses.
Alors,
en conclusion, pour nous, trois choses. La première, c'est que, comme je le dis
souvent à mes collègues à l'école...
mes collègues, on partage ça, on dit : Écoutez, là, c'est un peu comme si
on était sur la mer, puis là il y a une tempête qui s'est levée, il y a quelques années, au plan financier, un
peu plus difficile. L'important pour nous, c'est de garder le cap, de garder le navire dans la bonne
direction, nous assurer que, quand on aura traversé la tempête, on sera toujours dans la bonne direction. Peut-être qu'on
aura progressé un peu moins vite à certains égards, mais on sera dans la
bonne direction, on aura progressé. Et on espère évidemment traverser cette
tempête le plus rapidement possible.
J'ai
évoqué tantôt que la tradition, à l'école, de rigueur financière et le
conservatisme — qui est
une bonne chose pour une école de
gestion — à la
gouvernance, chez nous, il n'est pas question qu'on réussisse à faire ça en
faisant des déficits. Donc, nous
avons mis en place tout ce qu'il faut pour que, cette année, en 2013‑2014, ou
au plus tard en 2014‑2015, on ait résorbé complètement notre déficit.
Mais
il y a — deuxième
point — une
inquiétude ou une incertitude quant au financement, son évolution, incertitude
liée d'une part au réinvestissement, dont on
ne connaît pas encore toutes les modalités. Évidemment, on sait que, dans les
prochaines semaines, on va se rapprocher de
ce réinvestissement, on va voir de quoi il est fait puis quelles sont les
modalités. Mais je vous confesserai
que c'est assez difficile de gérer des établissements comme les nôtres lorsque
les paramètres financiers changent de
façon brusque et souvent. Dans le courant de l'année dernière, on a refait le
budget trois fois puis on l'a
représenté trois fois au conseil d'administration de l'école. Je pense que
c'est un record. Et, la troisième fois, les gens m'ont dit : J'espère, là, Patry, que tu as fait ton devoir
comme il faut. J'ai dit : Je le fais toujours, mais les paramètres changent. Et ça, ça a bougé, là, et je n'impute
pas la faute à l'un plutôt qu'à l'autre. Je dis juste que, pour la bonne
gestion, ce que tout le monde
souhaite, des établissements d'enseignement supérieur au Québec — puis il y a quand même trois milliards
et quelque chose dans ce secteur-là — une certaine stabilité du
cadre financier est souhaitable. Donc, première source d'inquiétude, c'est
celle-ci.
deuxième source, je l'ai évoquée un peu tantôt. Nous, nous sommes très
concentrés dans la famille administration, qui est la famille qui est, per capita, la moins bien financée, nous
continuons de dire que cette famille, elle est sous-financée par rapport aux autres,
et on surveille de près évidemment les mesures qui avaient été mises en place
pour compenser ce sous-financement,
alors, par exemple, pour le recrutement et le perfectionnement des profs ou la
rétention du personnel de talent.
Et mon dernier point,
c'est que je suis très content d'avoir cette occasion d'échanger avec vous
parce que le Québec, selon moi… Évidemment,
c'est un peu un regard qui n'est pas neutre. Moi, ça fait une trentaine
d'années que je suis dans le milieu universitaire.
Mais le Québec a besoin de réseaux universitaires de grande qualité pour faire
face aux défis, qu'ils soient les défis énergétiques, environnementaux,
économiques, sociaux. Tous les défis que vous pouvez imaginer auxquels le gouvernement est confronté, tous ces défis vont
trouver des pistes de solution dans la capacité de notre collectivité d'innover, de mettre en place
de nouvelles solutions. Ces solutions-là vont presque toutes s'appuyer,
sinon toutes s'appuyer sur du savoir.
Le Québec est très
chanceux de disposer d'un réseau universitaire — moi, je continue de
dire que c'est le cas — d'une très grande qualité. Encore aujourd'hui,
c'est un réseau d'une très grande qualité. J'ai le privilège, dans ma fonction, d'aller visiter des partenaires un peu
partout dans le monde. Je peux vous dire la fierté que j'ai d'être un représentant du milieu universitaire québécois,
pas juste de l'école, mais du milieu universitaire québécois. Nos universités
sont très différentes, c'est un écosystème.
Il y a des universités de taille et de nature un peu différentes dans leur
stratégie. Par exemple, nous, nous
sommes une université totalement spécialisée en gestion. Il n'y en a qu'une
seule au Canada, elle est au Québec.
Mais elles sont toutes porteuses de la même ambition. Et moi, je dis souvent à
des gens à l'étranger : Une des choses
qui est fascinante au Québec, c'est que, si vous avez un enfant qui est en
quelque part dans le réseau, qui fait un baccalauréat en histoire ou en mathématiques, dans quelque université
qu'il soit ou qu'elle soit, vous pouvez être assurés d'une part de
qualité très élevée.
Donc,
la variance en termes de qualité, au Québec, elle est relativement plus faible.
Quand vous allez en Chine ou dans d'autres pays, vous avez des écarts
considérables. Le Québec a un très fort réseau, et il va en avoir besoin d'un,
très fort réseau. Et ce réseau ne se
développe pas en vase clos. Tous les pays développés et maintenant tous les
pays en rapide développement font des
investissements massifs dans l'enseignement. Que vous alliez en Chine, que vous
alliez en Inde, que vous alliez en
Europe, beaucoup de pays font des investissements massifs parce qu'on identifie
que le savoir, ça va être le facteur
de différentiation, la source de l'avantage compétitif, ce ne seront pas nos
coûts de main-d'oeuvre qui vont faire la différence.
Donc, c'est important
pour moi de vous livrer ce message et de vous dire que vous avez une tâche
importante parce que, dans la mesure où vous
pouvez influencer les politiques publiques, je crois que, pour le
XXIe siècle, ça va être très important que le Québec, qui a fait
des progrès énormes dans les 40 dernières années au plan de l'enseignement
supérieur, continue de faire des progrès
puis ne fasse pas du surplace. Parce que nos concurrents ne font pas du
surplace, ils font beaucoup d'efforts, se développent.
je peux vous dire qu'en ce qui concerne HEC, quand je regarde le trajet, le
parcours des 25 ou 30 dernières années, il y a un parcours important qui a été fait. Et, nous, notre
ambition, c'est de porter ça encore plus loin puis de nous assurer qu'ici, au Québec, il y ait une école de
gestion, puis il y en aura probablement plus qu'une, mais que nous, en tout
cas, on s'assure qu'on soit une école de
gestion de calibre international qui offre des formations qui n'ont rien à
envier aux meilleures écoles dans le
monde. Et je pense que c'est une ambition qu'on peut se donner, au Québec, et
pas juste en gestion. Il faut
cependant s'assurer qu'on a les conditions et les financements pour faire ça,
et ça, c'est la source de mon inquiétude.
la Présidente, merci beaucoup. Je m'arrête là. Et, mes deux collègues, on sera
très heureux de répondre aux questions que vous pourriez avoir.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup,
M. Patry, pour cette présentation. Nous allons entamer la période d'échange, et je vais céder la parole à
un député du gouvernement, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Breton : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs,
madame. Je suis très content de pouvoir vous entendre. D'entrée de jeu, je voudrais vous dire que j'ai
toujours été en contact avec des gens qui travaillaient beaucoup dans le
milieu scientifique, des ingénieurs et
chercheurs dans le domaine dans lequel je travaille depuis quand même 15,
20 ans, et on avait souvent des
débats épiques avec des gens du milieu de la gestion et de l'économie, comme
vous vous en doutez bien, et c'est
pourquoi je suis particulièrement intéressé d'entendre ce que les gens des HEC
ont à dire sur différents sujets.
Mais,
d'entrée de jeu, je voudrais commencer par clarifier une chose. D'abord, ce qui
avait été annoncé par la première ministre et le ministre de
l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie,
le 1,7 milliard pour les cinq prochaines années sont là et ils sont là
pour rester, ils sont confirmés. Donc, si ça peut vous rassurer, sachez que je… au nom du ministre, je peux vous dire que l'argent
va être au rendez-vous, contrairement
à ce que certaines personnes
pourraient penser ou dire.
fois cela dit, première question que j'aimerais vous poser, c'était… Vous parlez
du financement et vous êtes au courant qu'il y a des chantiers où... dont un de ces chantiers-là
est sur, justement, repenser le mode de financement, c'est-à-dire, comme on dit en bon québécois, le financement par tête de
pipe versus par d'autres paramètres plus complexes, plus raffinés, plus XXIe siècle probablement,
et j'aimerais entendre ce que vous avez à dire là-dessus. Quelles sont vos
réflexions, quelles sont vos propositions,
quelles sont vos suggestions sur un mode de financement peut-être plus
différencié que simplement un financement par personne?
M. Patry (Michel) : Je vais faire une brève, très brève réponse, puis certainement que mon
collègue ici, qui est directeur des
finances et qui a été très impliqué dans… qui est toujours très impliqué dans
cela, pourra dire de peut-être plus complet et de plus intelligent que
moi.
Mais la grille de
financement — ça
fait, je ne sais pas, une trentaine d'années, moi, que je suis dans le milieu universitaire, ça fait 20 ans que je suis dans
l'administration universitaire — on l'a examinée souvent, on l'a retournée
dans tous ses sens et on est rendus à un
point où elle s'est énormément complexifiée. Il y a beaucoup de choses
superposées, là, c'est une sorte de
courtepointe avec des… Les gens au ministère parlent de patches, puis de
mesures spéciales, puis… Bon. Alors, première remarque, je pense
qu'on a raison de vouloir faire un peu de mise à niveau, une mise à plat, là,
puis simplifier l'ensemble du dispositif.
Sur la question
de la logique fondamentale de cette grille de financement que vous évoquiez,
le financement par tête
de pipe, j'ai regardé avec des collègues, au fil des ans, les alternatives. On
voit souvent les défauts de la formule que nous avons, mais, quand vous regardez les autres formules et vous allez
rencontrer les gens qui sont financés avec d'autres formules, il y a
aussi des défauts. Alors, dans…
M. Patry (Michel) : Non, il n'y a
aucun système parfait. Et c'est pour ça que nous, dans le mémoire qu'on a remis — puis
je vais passer la parole à mon collègue M. Montplaisir — on
a argué qu'on aime mieux... «The
devil you know is better
than the devil you don't.» On
aimait mieux partir des grands paramètres actuels, simplifier les choses, peut-être compléter à certains égards, mais
on ne pensait pas qu'on devait dynamiter toute la formule puis recomposer à
côté.
Maintenant,
ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas imaginer des formules très élégantes. Le financement par EETP comporte aussi un certain nombre d'avantages. Il est évident que… Cependant — puis là je m'arrête là — aujourd'hui, c'est devenu, comme je le disais... Il y a beaucoup
de classes, il y a beaucoup de familles, il y a beaucoup
d'exceptions. Et là on a complexifié
la chose, et ça rend la formule opaque. Alors, je vais laisser mon collègue, si
vous le permettez, dire quelques remarques sur ce sujet.
M. Montplaisir (Georges) : Donc, en
tout cas, du point de vue de l'école, une des préoccupations qu'on a… Effectivement, la formule actuelle, elle est déjà relativement complexe, surtout quand on la compare avec ce qui se fait ailleurs
dans le monde. Il y a beaucoup de financements qui sont beaucoup plus simples. Une des
préoccupations qu'on a, c'est qu'on veut… on aimerait que, dans le système,
un cours, par exemple, d'administration qui se donne, peu importe le programme,
soit financé de la même façon.
Un autre, je
dirais, piège potentiel où on pourrait aller, c'est financer ou définancer à la
marge. Parce qu'à long terme
ce que ça va amener, c'est des inéquités qui peuvent être importantes dans la
façon dont les ressources seraient allouées
entre les institutions. Donc, dans ce sens-là, à moyen terme, le financement
par personne, compte tenu des différents programmes, ça a beaucoup de sens.
Maintenant,
il faut que la formule d'aujourd'hui soit renouvelée. Ça fait au moins
10 ans que les coûts observés n'ont
pas été… ce qu'on appelle les coûts observés, donc ce que ça coûte réellement,
ça n'a pas été fait. Donc, ça, ça doit être fait. La formule doit être simplifiée aussi. Aujourd'hui, il y a une
nomenclature de CLARDER, qui sont 500 classifications différentes, c'est beaucoup trop, ça doit être
simplifié et… Bon, finalement, je pense qu'il faut aussi… Il y a le financement
puis il y a les sources alternatives de
financement. On évoquait, par exemple, les droits de scolarité pour les
exempter. Bien, ça, c'est une source potentielle, pour le système, qui
peut être très intéressante.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Breton :
Donc, j'aimerais que vous me précisiez un peu plus avant les avantages et les
désavantages du système actuel pour vous.
Montplaisir (Georges) :
Bien, les avantages du système actuel, c'est qu'à moyen terme une institution
va être financée sur la base des
besoins auxquels elle répond, comme en témoigne le nombre d'étudiants qui vont
venir dans chacune des institutions. Ça, c'est un avantage. Le désavantage,
c'est qu'il est très complexe. Et puis tous les… Et la complexité amène
beaucoup de redditions de comptes, amène beaucoup de ressources investies dans
la gestion de ce financement-là.
Puis un autre désavantage, quand je compare avec
d'autres systèmes universitaires, c'est que, dans plusieurs provinces ou États, le financement est connu
d'avance. C'est-à-dire que, d'entrée de jeu, le premier jour de l'année, on
sait combien il y a d'argent.
Actuellement, ce n'est pas le cas, le système… Par exemple, la première année
où je suis arrivé à l'école, c'était
10 mois après la fin de l'année qu'on a su le niveau du financement. Donc,
ça, je pense que c'est un handicap pour les opérations des universités.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Vous avez encore du
temps, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Breton :
Il y a une autre chose dont vous avez parlé, c'est le déficit d'espace. Et,
hier, quand on écoutait les gens de
l'UQAM, ces gens-là nous parlaient de la courbe démographique qui ferait en
sorte qu'il y aurait un certain nombre d'infrastructures,
mais que, le nombre d'étudiants se réduisant au fil des ans à cause de la
courbe démographique qui va décroissante, ils se retrouveraient avec des
infrastructures pour moins d'élèves, donc ce serait un fardeau plus lourd par
étudiant, éventuellement, O.K.? Et là vous, vous nous parlez d'un déficit
d'espace. Donc, ce que j'entends, c'est deux discours contradictoires de la part d'une
université ou l'autre, ou peut-être que je ne comprends pas. Moi, j'aimerais
ça que vous m'expliquiez un peu ce dont vous parlez.
Patry (Michel) : C'est une
excellente question. La réponse est la suivante. Primo, le déficit d'espace qui
est évalué et reconnu par le
ministère, etc., n'est pas basé sur une clientèle à venir, là, mais basé sur
des clientèles conservatrices que
nous avons déjà depuis quelques années. Deuxièmement, ce déficit est largement
tributaire de la croissance importante qu'on
a aux cycles supérieurs. Aux cycles supérieurs, les besoins d'espace pour les
clientèles étudiantes, pour les étudiants, sont plus importants, ces besoins, qu'au premier cycle. Si vous avez un
étudiant qui vient prendre un cours de certificat le soir, ses points de
contact avec l'institution…
M. Patry
(Michel) : C'est ça, puis il
va repartir. Vous avez des étudiants au doctorat, en maîtrise, donc ils vont
avoir besoin de laboratoires, d'équipes de recherche. Donc, ça, chez nous, ça a
beaucoup augmenté, de même que le financement de la recherche.
Troisièmement,
la démographie. Je vous entends bien. Il reste qu'à HEC Montréal, depuis
20 ans, année après année, on a
une croissance des effectifs qui vient du fait qu'on attire des gens de
l'extérieur de la région de Montréal, on attire des gens d'ailleurs au Québec puis on attire aussi des gens, de
plus en plus, d'un peu partout dans le monde. Donc, il y a des programmes spécialisés au premier cycle,
mais beaucoup aux deuxième et troisième cycles qui font que des gens viennent cogner à notre porte. Et, si j'avais à
ajouter, je dirais que presque tous nos programmes… pas presque, tous nos
programmes, sauf le programme de certificat,
présentement ont des règles d'admission qui sont relevées, même, depuis quelques années, et qui limitent le nombre
d'étudiants. Donc, pour nous, en toute honnêteté, si je regarde les
20 prochaines années, on ne voit
pas de risque que le nombre de personnes physiques qui fréquenteraient
l'établissement diminue. Je vois plutôt le contraire.
Mme Grant
(Kathleen) : Et est-ce que
je peux me permettre d'ajouter peut-être à ce que M. Patry dit? Il ne faut
pas oublier la recherche qui est si importante
et croissante dans nos universités. Ça fait un petit bout de temps que je suis
à HEC Montréal également, et, quand
je suis entrée à l'école, il y avait zéro chaire. Aujourd'hui, on en a 25. Des
centres de recherche, c'est quelque
chose qui est en croissance également. Alors, il faut accommoder ces équipes de
travail avec leurs jeunes de cycles
supérieurs qui les aident comme assistants de recherche, etc. Alors, ça fait
des équipes au sein de l'école, et ils
ont besoin d'espace physique, bien évidemment. Alors, c'est une autre des
raisons, et ça, ça réfère aussi au passé et au présent, comme données.
Breton : Donc, si
j'entends bien, vous avez fait les projections pour les 10, 20 prochaines
années.
M. Patry
(Michel) : Absolument.
D'ailleurs, dans notre dépôt stratégique, qui est une étape antérieure au dépôt
d'affaires initial, le ministère lui-même
fait des projections, l'école fait des projections, et on compare ça. Et c'est
fait, et c'est public, et je serais
heureux de les partager avec vous. Ça ne dément pas sur le caractère exigu,
finalement, des espaces. Il faut dire
que Montréal accueille… je sais que c'était mon collègue, hier, de l'UQAM qui
était là, mais Montréal est aussi
l'endroit qui accueille le plus grand nombre d'étudiants qui viennent de
l'extérieur du Canada ou du Québec quand ils viennent au Québec. Donc, la situation est différenciée en fonction
des campus puis où ils se trouvent. Mais, si vous êtes à Montréal, vous
risquez d'être une terre d'accueil pour des gens de l'étranger.
Breton :
Vous parlez, dans votre document de présentation, dans... — comment dirais-je? — dans vos programmes de gestion, d'une vision du développement durable. Et moi, je
peux vous dire par expérience que ce mot-là, je l'ai entendu passablement
galvaudé au fil des ans. J'aimerais ça que vous me donniez votre définition en
tant qu'École des hautes études
commerciales. Comment vous voyez les gens que vous formez en gestion pour faire
en sorte qu'ils aient une prise de conscience
du développement durable? Parce que j'ai entendu ça servi à toutes les sauces
depuis quelques années.
M. Patry
(Michel) : C'est vrai que
c'est même galvaudé. Écoutez, le hasard est curieux parce qu'à la prochaine
réunion de notre conseil d'administration,
sinon celle de la semaine prochaine ou celle de janvier, on a une politique qui
est en développement depuis deux ans,
qui touche tous les aspects, donc : l'enseignement, la recherche et la
gestion du milieu de vie. Donc, nous,
on s'est donné des objectifs puis une politique globale qui vise à examiner nos
pratiques, comment on utilise l'espace, le papier, etc., bon, notre
empreinte environnementale.
On s'est donné
une politique aussi pour examiner chacun de nos programmes — on a 40 programmes d'enseignement — pour nous assurer que, dans la formation des
futurs gestionnaires, on trouvait une façon de pouvoir certifier qu'ils avaient
été pas juste sensibilisés, mais qu'ils avaient été exposés à un certain nombre
d'enjeux critiques. Et ça, ces enjeux-là
vont varier en fonction du programme. Si quelqu'un vient prendre un cours, le
certificat, c'est différent de
quelqu'un qui fait un doctorat ou un M.B.A. Donc, ça veut dire que, pour chacun
des programmes, on a un inventaire qui
a été fait. Et ça, c'est mon collègue Jacques Fortin qui a fait ça. Depuis
trois ans, on a inventorié, on a passé tous les cours qu'il y a à l'école puis on a identifié ce qui était déjà fait.
Ensuite, on a regardé quelles sont les meilleures pratiques dans le
monde de la gestion pour ça.
Je vous
disais qu'on avait les trois agréments internationaux : AACSB, EQUIS,
AMBA. Vous ne serez pas étonnés, mais
peut-être que ça va vous faire plaisir d'apprendre ça, que les organismes
internationaux qui donnent les agréments en gestion ont inscrit dans les objectifs et dans les modes d'évaluation
les enjeux de développement durable et «sustainability»,
de pérennité du développement. J'ai en main... Ils prennent la définition, là,
de Brundtland, la définition classique.
Alors,
ça veut dire que nous, on veut garder ces agréments. On regarde quelles sont
les meilleures pratiques dans le
monde. Et là on est en train de faire l'analyse des écarts programme par
programme, cours par cours. Bon : Est-ce qu'il y a des endroits où il faut compléter? Et c'est une
bonne entreprise parce qu'on a beaucoup de cours. Et on est en train de le
faire. Et ce n'est pas évident qu'on va le
faire en créant des nouveaux cours. On va le faire notamment comme ça, mais
aussi en s'assurant que le contenu du cours
approvisionnement, gestion des approvisionnements, ou du cours de marketing,
à l'intérieur de ce cours-là, qu'on ait des choses.
Alors, à
cette fin, moi, j'ai créé une direction du développement durable il y a trois
ans parce qu'il n'y avait pas de
direction à l'école. Donc, on a créé... C'est comme un portefeuille, un
ministère... un ministre d'État, si vous voulez, et cette personne-là est en lien avec tous les directeurs académiques de
recherche et les cadres administratifs de l'école pour nous assurer, un,
qu'on a une feuille de route puis surtout qu'on ait un diagnostic. Et tout ceci
nous a amenés à formuler nos ambitions dans une politique que le conseil
d'administration devrait avaliser en début de l'année 2014. J'avais espoir qu'on le fasse la semaine
prochaine, mais j'ai parlé, ce matin, à ma présidente de conseil, puis l'ordre
du jour est un peu serré. C'est un gros morceau.
Alors, on est
rendus là. Je pense que ceci va nous permettre de façon systématique, au fur et
à mesure où on fait la révision des
programmes, de nous assurer qu'on a des contenus puis on a du matériel en appui
de ces contenus de pointe. Alors, je ne sais pas si je réponds à votre
question, là, mais c'est ce qu'on a entrepris de faire.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Une dernière question, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques? Après, je vais céder la
parole à votre collègue.
Breton :
Oui. En fait, c'est parce que, moi, dans... Tu sais, quand on parle de gestion
et de développement durable, je ne
peux pas m'empêcher de penser à certains de ces critères-là qui sont amenés par
les économistes, des gens de
finances, des gens de gestion, qui est le produit intérieur brut, la croissance
du produit intérieur brut, la croissance de la production, la croissance de la consommation, qui sont en totale
contradiction avec le fait que la terre est une entité finie, comme on dit en bon québécois. Et on sait
pertinemment que la... On ne peut pas continuer à consommer, et à croître,
et à produire tout le temps plus. Et
j'entends par là, j'entends... Je vous entends parler de développement durable,
mais, dans les faits, quand j'entends des économistes sur la place
publique, quand j'entends des gens d'affaires sur la place publique, il
n'y a jamais personne qui parle du fait
qu'on veut une croissance infinie
dans un monde fini. Ça fait que c'est pour ça que j'aimerais ça entendre
ce que vous voyez comme développement durable.
M. Patry
(Michel) : Écoutez, je ne
vous cacherai pas — je vais
être très direct et candide — que, depuis deux ans, on a cette discussion. Je ne vous cacherai pas
que, dans un corps professoral d'environ 300 personnes de carrière plus
un autre 100 personnes qui sont
rattachées à l'école de façon permanente, on a eu des débats assez épiques.
Parce que la vision d'un professeur
qui est spécialisé en responsabilité sociale d'entreprise ou en développement
durable puis la vision de quelqu'un
qui est en finances ou quelqu'un qui est en gestion des opérations, ces
visions-là peuvent être différentes puis elles s'entrechoquent.
Moi, comme
directeur de l'école, mon rôle, c'est de dire : Il faut mettre à l'agenda
cette question-là parce qu'elle est
trop fondamentale, puis de trouver les gens compétents pour mener la
discussion, ensuite nous assurer que ça se traduise par des actes, des actions concrètes. Et on y est,
on va y arriver. Maintenant, est-ce que, dans tous les cours d'économie ou de finances, les gens vont abandonner toute
référence au produit intérieur brut? C'est sûr que non, ça n'arrivera pas
comme ça. Ce qui est certain, c'est qu'il
n'y a personne qui va faire un parcours chez nous de plus qu'un cours ou deux,
là, qui ne va pas être confronté à ces enjeux-là et à qui on ne va pas
dire : Regardez, le biais, lorsqu'on prend le produit intérieur brut,
c'est qu'il y a des choses non mesurées.
Moi, je suis économiste
de formation, là, et donc : Voici ce qu'on ne mesure pas,
et voici c'est quoi, les handicaps, et voici,
si on voulait que l'activité soit pérenne et qu'on ait du «sustainable development», voici… Alors, il va y avoir… On
va confronter les étudiants à différentes visions. Et il y a
des cours où, carrément… Puis il y en
a, des cours obligatoires, dans
presque tous nos programmes, de développement durable et responsabilité sociale
d'entreprise, où, là, l'objet, c'est de
dire aux gens, comme gestionnaires publics, ou privés, ou coopératifs :
Vous, vous devrez être redevables devant la société, dans la définition même du développement durable, que vous
n'entamez pas le bien-être et le patrimoine collectif pour les générations futures. Donc, vous devez
vous assurer qu'on va laisser aux générations futures un patrimoine qui
est amélioré ou plus grand.
Alors, ça,
c'est notre objectif. Et c'est une personne au comité de direction, qui est
Paul Lanoie, qui est responsable de
s'assurer qu'on fait ces progrès-là, un directeur du développement durable, qui
est un prof de carrière qui relève de lui. Mais est-ce que ça fait des échanges musclés, comme vous dites, des
fois? Ça fait des échanges pas mal musclés parce que là vous entrez aussi dans la liberté académique. Vous ne viendrez
pas me dire, moi, dans mon cours de finances, moi, dans mon cours de commerce international, ce que
je devrais dire. Sauf que, là où on a une poignée, c'est dans la conception
des programmes et dans les objectifs
d'apprentissage. Alors, nous, on a introduit une gestion de programmes par
objectifs d'apprentissage. Chaque
programme a ses objectifs d'apprentissage et ses buts d'apprentissage. Et, si
vous venez chez nous, on pourra vous
montrer que le développement durable va figurer comme un des objectifs dans
chacun des programmes. Donc, après ça, mon travail c'est de m'assurer
qu'on livre là-dessus.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Deux minutes,
questions-réponses, M. le député de Saint-Hyacinthe.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) :
Continuez, oui.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Bon, continuez,
M. le député.
Breton :
Tu auras le prochain bloc, mon cher.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) :
Il n'y en a pas d'autre.
Breton :
Bien oui, il y a un autre bloc.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Vous avez un autre bloc
par la suite. Allez-y, M. le député de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Breton : Je voulais savoir si vous accueilliez beaucoup
d'étudiants. Est-ce que vous avez réfléchi à ça? Est-ce que vous allez
dans ce sens-là, accueillir des étudiants universitaires de première
génération, de famille de première génération?
M. Patry (Michel) : La réponse est oui, mais je la trouve insatisfaisante. Parce que, chez
nous, on devrait garder ça un petit
peu… Évidemment, on a beaucoup parlé de ça autour du sommet. On n'a pas de
définition précise qui nous permet de
mesurer combien on a d'étudiants de première génération. Notre appréciation
globale, c'est quand même un bon
nombre. Et, dans le fond, j'évoquais tantôt le parcours de l'école, nous, on a
été pendant 50 ans la passerelle d'accès pour des francophones peu instruits et qui venaient prendre un cours de
comptabilité. C'est encore le cas, où on a 6 000 étudiants qui viennent, le soir, au certificat, chez
nous. Je présumerais que la vaste majorité de ces 6 000 étudiants, un
grand nombre d'entre eux sont probablement des étudiants de première génération,
mais je n'ai pas de chiffres précis, et
je ne l'ai pas quantifié. On a un peu exploré ça, et j'aimerais ça pouvoir vous
revenir avec des choses plus précises. Mais
la réponse, c'est : Très vraisemblablement, on a un très fort nombre,
surtout dans nos programmes de certificat et de DESS. Même au premier cycle, au BAA, je présume qu'on a un bon
contingent d'étudiants, notamment, là, parmi
les Québécois francophones, là, qui sont de première génération, mais je
ne peux pas vous donner de chiffres.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Nous allons entamer maintenant
le deuxième bloc d'échange avec l'opposition officielle. M. le député de
Mont-Royal, vous avez la parole.
Arcand : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. M. Patry, Mme Grant, M.
Montplaisir, encore une fois, bienvenue
parmi nous. Vous avez évité, je pense, la tempête d'hier, pour les gens de l'UQAM qui
ont été obligés de venir, vous avez été particulièrement chanceux, je
pense. Puis nous sommes très heureux de vous avoir ici, surtout qu'il y a quelques
années je pense que c'est le magazine Business Week qui
reconnaissait HEC Montréal parmi les meilleures écoles de gestion au monde. Alors, ça, c'est à tout votre
honneur. Je pense qu'il y
avait également même
d'autres revues, Forbes et
d'autres, là, qui reconnaissaient cela également. Alors, je
pense qu'on est très heureux de
pouvoir vous recevoir et de reconnaître,
en fait, le rôle essentiel que vous jouez au sein de la société
montréalaise, mais la société québécoise en général également.
Évidemment,
je vais poser quelques questions sur le financement parce que
c'est toujours un peu, au départ, ce qui est le nerf de la guerre dans n'importe quoi.
Ce que je comprends de la présentation que vous avez faite, c'est que ce ne
sont pas les idées qui manquent, ce ne sont
pas les projets qui manquent, mais évidemment il y a une certaine problématique au niveau
du financement actuellement. Lorsque je vois, par exemple, le fonds de fonctionnement,
on me dit qu'en déficit, 2012‑2013, ça va être 4,6 millions de dollars. Pour… (panne de son) …dépenses depuis
quelques années, au cours des six
derniers exercices, les dépenses ont progressé de 18,2 % alors que les revenus ont progressé de
15,5 %. Alors, on voit qu'on
parle de fonds avec restriction, les HEC affichent un surplus chaque année,
mais ce surplus est en baisse également.
Alors, il y a deux ou
trois éléments, puis je pense que vous l'avez mentionné au cours de votre
présentation, il y a deux ou trois éléments
actuellement où on voit vraiment des lumières jaunes, si ce n'est pas… qui
s'allument de façon importante. Et il est clair que c'est un des
éléments sur lequel on va devoir véritablement oeuvrer au cours des prochaines années pour pouvoir rétablir cette
situation-là, parce qu'on le voit également au niveau de la gestion, les
chargés de cours sont
particulièrement nombreux. Moi, j'ai une fille qui va à l'université de
Montréal, par exemple, puis qui me dit que,
surtout dans certains domaines en première année, on embauche des chargés de
cours parce que les chargés de cours, ça coûte un peu moins cher, il y a plus de flexibilité, etc. Donc, on voit
la situation. Vous avez parlé de ralentissement des embauches. Ma question est simple : Ça vous
prend quoi pour véritablement améliorer de façon significative les choses?
M. Patry (Michel) : Merci pour votre question et merci pour vos commentaires généreux. Et,
oui, à chaque année, nous, on essaie…
À chaque année, on se présente, comme on dit, dans ces classements
internationaux et, cette année encore, on a eu encore pas mal de succès.
lumières jaunes et les moyens. Je vous parle... j'essaie de vous parler très
franchement. Je vous dirais que, dans notre communauté puis dans notre
gouvernance, au conseil d'administration de l'école, les gens sont inquiets.
Ils sont inquiets. Ils sont inquiets — on parlait de développement
durable —
sur la durabilité ou la capacité de maintenir l'approche que nous avons et la
qualité que nous avons.
C'est bien sûr
que j'ai partagé avec les membres du conseil puis les collègues professeurs et
étudiants, d'ailleurs — parce que moi, je présente aussi les choses
aux étudiants — le
projet de réinvestissement, mais, pour dire les choses telles qu'elles sont, ce que les gens
ont vu à court terme, c'est la coupure puis les façons que nous, on a eues
pour composer avec la coupure. Et puis on a
dit : Le réinvestissement va venir après. Alors, comme certains
journalistes me l'ont déjà demandé,
c'est un peu comme si je vous disais : J'ai une bonne et une mauvaise
nouvelle, je vais augmenter votre
salaire de manière importante dans les sept prochaines années, mais je commence
par le couper de 10 % cette année, êtes-vous content? Vous avez une réaction, là, un petit peu mitigée,
hein, parce que, la coupure, on la voit, puis, le réinvestissement, on
veut y croire, mais on veut avoir des éléments probants à cet égard.
Donc,
ça, c'est sur le climat, la lumière jaune, la façon de voir les choses. Moi, je
veux bien y croire, et j'ai eu… Comme
les autres acteurs, on a rencontré Mme Marois, on a rencontré M. le ministre
Duchesne. Et puis, écoutez, c'est une décision politique qu'on respecte
de dire : Par quel moyen on va financer les universités? Moi, mon travail,
c'est d'essayer de m'assurer que je peux livrer à la communauté les services
auxquels elle est en droit de s'attendre.
Alors,
qu'est-ce que ça prendrait? En réalité, ça prendrait un bon coup de barre, pas
juste pour l'école. Mais, si je prends
le domaine de l'administration — puis je vais laisser à mes collègues des
autres… qui naviguent plus largement, d'autres
comparaison — ce qui
est extraordinaire, c'est qu'à l'UQAM, à Sherbrooke, à Concordia, aux HEC, en
administration, qu'on puisse faire
aussi bien quand… Lorsque vous nous comparez aux institutions canadiennes,
l'écart de financement est de
plusieurs milliers de dollars par étudiant, par année. Moi, si je prends les 10
meilleures écoles de gestion au Canada, les 10 meilleures «business schools» — et je prétends que j'ai toutes les données
pour montrer qu'HEC est dans ce club, en
fait on est dans le club des cinq meilleurs — on réussit à faire ça avec de
3 000 $ à 4 000 $ par étudiant de moins que nos
concurrents, entre guillemets, ailleurs au Canada. Alors, ils sont dans
d'autres provinces, ils ont d'autres…
Donc,
déjà, la situation, elle est… elle est ce qu'elle est, elle est un peu tendue.
Ça veut dire que les gens que je recrute
sont sollicités par… J'ai sept collègues qui sont en congé sans solde, cette
année, il n'y en a aucun qui est dans un
établissement où il s'est beaucoup appauvri par rapport à nous, et la
probabilité qu'on les récupère, elle est peut-être de 25 %. Et, s'il fallait que le
ralentissement tarde ou ne se matérialise pas rapidement, ce nombre-là va
augmenter. Donc, pour nous, c'est important.
avait donc estimé, puis on avait fait des représentations de l'écart de
financement présentement entre la légère hausse des droits de scolarité, et la compensation gouvernementale, puis
la coupure de 125 millions, on est à peu près en surplace, mais, vu que les coûts de système ont
augmenté plus vite que les subventions, en réalité on a reculé un petit peu per capita, alors que ce que je regarde, moi,
dans mon échantillon de référence au Canada — puis je ne m'en vais pas chercher, là, les grandes universités
américaines, je prends les universités canadiennes — je vois que cette disponibilité des
ressources par étudiant, elle… l'écart s'agrandit, et c'est ça qui
m'insécurise.
Parce
que moi, je veux m'assurer que, pour les Québécois, en particulier les
Québécois francophones, ils ne seront pas
obligés d'aller à U of T, à Toronto, d'aller à UBC ou d'aller à Queen's pour
faire des études avancées. On ne sera pas
obligés de former des gens qu'on veut recruter à la Caisse de dépôt, ou à la
Banque Nationale, ou chez Desjardins, on ne sera pas obligés de les envoyer prendre leur formation en Ontario,
qui a de bonnes formations, ou en Colombie-Britannique. Je pense qu'au Québec on devrait s'assurer… Puis
c'est la même chose pour les médecins, la même chose pour les ingénieurs.
Donc, oui, il y a un écart. Est-ce que toi, tu avais des…
M. Montplaisir (Georges) : Bien, des pistes de solution, ce serait, entre
autres, je dirais, de la flexibilité dans la tari