Culture and Education — 10 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-04-10
Quebec — Committees
(Onze
heures vingt-sept minutes)
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare laséance
de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Je demande à toutes
les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le cadre
de la consultation générale sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant la Charte de
la langue française, la Charte des droits et libertés de la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui,
Mme la présidente. Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier).
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce
qui est de l'ordre du jour, cet avant-midi, nous entendrons les Manufacturiers
et exportateurs du Québec; cet après-midi, nous poursuivrons avec l'organisme
Droits canadiens au Québec, suivi des auditions de MM. Dominique Beaulieu,
Michel Senécal et Me Julius H. Grey.
Bienvenue
à la commission, madame, monsieur. Je vais vous demander de vous identifier et
de nous... Le porte-parole va nous présenter
la personne qui l'accompagne. Vous allez par la suite disposer d'un temps de 10
minutes pour faire votre présentation. Suivra un échange avec les
parlementaires de la commission. La parole est à vous.
M. Prévost
(Simon) : Mme la Présidente, membres
de la commission, bonjour. Alors, mon nom est Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec, et je
suis accompagné de Mme Audrey Azoulay, qui est directrice Affaires
publiques et relations gouvernementales.
la Présidente, notre association est directement interpellée par le progrès
culturel et identitaire du Québec. Ce progrès, avec le sentiment d'appartenance qu'il
suscite, est, à notre avis, un mortier pour la prospérité et le
rayonnement d'une société. Et ce qui est
important pour moi, et je veux le souligner, c'est que cette société a besoin
autant de l'impulsion des arts, des sciences et du commerce pour
prospérer.
langue est un véhicule de cohésion et d'intégrité indispensable à la construction
d'une société, et, en ce sens, notre
association reconnaît la nécessité absolue de défendre la langue française.
Nous pensons d'ailleurs que cette nécessité
sera perpétuelle. Il y a donc la nécessité, mais il y a aussi la manière. Et
évidemment on va s'attarder un peu plus aujourd'hui sur la manière de
défendre la langue française au Québec.
Nous
souhaitons donc intervenir dans le cadre de ces consultations pour plusieurs
raisons, d'abord parce que les débats sur les enjeux identitaires et linguistiques,
ces débats ont toujours suscité des remous politiques et des
incertitudes économiques et c'est important pour les entreprises que nous
représentons de partager avec vous leurs craintes à cet égard. Nous devons
aussi sensibiliser le législateur sur l'impact de son action sur le
fonctionnement même des entreprises, y compris lorsqu'il s'agit de questions
globales, de droits culturels et de droits sociaux. Dernière raison, la question de la langue du travail, de la langue
des affaires et dans le commerce est largement abordée par le projet de loi n° 14, et nous aurons, à ce chapitre, un ensemble de
commentaires à soumettre à la commission. Pour entrer dans le détail, je vais donner la parole à ma collègue Mme
Azoulay.
Azoulay (Audrey) :
Merci, Simon. Mme la Présidente, membres de la commission, je vais, sans transition, partager nos commentaires sur les articles 19
et 45 du projet de loi n° 14 parce que ce sont effectivement les articles qui
nous préoccupent le plus.
Alors,
d'abord, l'article 19, il fait référence à l'interdiction pour les employeurs d'exiger
la connaissance d'uneautre langue que le français à moins que l'employeur prouve la nécessité
de cette compétence linguistique. MEQ remet en question le bien-fondé de
cette obligation dans un contexte économique qui est de plus en plus
internationalisé et dans lequel l'usage de l'anglais, ou de toute autre langue,
d'ailleurs, est devenu un besoin évident. La connaissance d'une langue étrangère semble être, dans le projet
de loi, assimilée à un fardeau imposé, alors que c'est forcément vécu,
au niveau des entreprises, comme une compétence à acquérir et à valoriser, et c'est
très certainement l'avis de très nombreuses personnes.
Il est également mentionné dans l'article 19
que l'interdiction d'imposer la connaissance d'une langue étrangère s'applique à
moins que l'accomplissement de la tâche le nécessite. Il y a, selon nous, dans
cet intitulé, une négligence assez évidente de la complexité réelle des
responsabilités professionnelles et de l'évolution d'un employé au sein
d'une entreprise. La règle ignore la
difficulté que pourrait rencontrer un employeur pour définir de manière précise
l'usage et la fréquence d'utilisation au travail d'une langue autre que
le français, d'autant plus que la notion de nécessité n'est pas clairement
définie dans le projet de loi.
Une entreprise peut aussi décider, dans la
perspective de développer ses activités au Canada ou à l'étranger, de privilégier un candidat aux compétences linguistiques
qui pourraient correspondre éventuellement à moyen terme aux besoins de l'employeur.
Dans le projet de loi n° 14, le fardeau de la preuve incombe à l'employeur,
qui doit faire l'évaluation des besoins
linguistiques réels associés au poste. MEQ considère que cette tracasserie
administrative n'est pas justifiable
dans un contexte actuel et que c'est définitivement dans le cadre d'une
relation employeur-employé que les compétences linguistiques doivent
être décidées et, au besoin, améliorées dans le cadre d'une entente de
formation.
ailleurs, dans le cadre de fonctions professionnelles, il n'est pas
nécessairement possible de remplacer un employé
par un autre afin de répondre aux exigences linguistiques particulières d'une
tâche. Et ainsi la mention, dans le projet
de loi, disant que l'évaluation doit notamment tenir compte des compétences
linguistiques déjà exigées des autres membres
du personnel pour combler les besoins des entreprises nous semble inapplicable
et, dans une certaine mesure et dans
certaines situations, elle nous semble même absurde. Il est proposé aussi dans
le projet de loi que cette interdiction s'applique lors de l'embauche, lors d'une mutation et lors d'une
promotion. Et il y a là une intrusion de l'État dans la gestion des
ressources humaines des entreprises qui nous apparaît tout à fait inacceptable.
Alors, maintenant, au sujet de l'article 45,
il inclut les entreprises de 26 à 49 employés à des obligations similaires à celles qui
sont imposées aux entreprises de 50 employés et plus avec notamment l'obligation
de faire l'examen de leur mode de
fonctionnement et de s'assurer que le français est la langue normale de
travail. Dans de si petites organisations, il est beaucoup plus
difficile de faire disparaître les affinités linguistiques entre employés ne
parlant pas le français. Et nous craignons que l'application de cette
obligation soit vécue avec une certaine stupéfaction sur le plan des relations interpersonnelles ainsi que sur le plan de la
liberté d'expression. Évidemment, à cela s'ajoute un fardeau
administratif qui est possiblement très lourd au niveau de l'exercice de
conformité, mais aussi dans le quotidien des communications internes. À cet égard, le projet de loi n° 14 s'inscrit en faux avec les
ambitions gouvernementales en matière d'allégement
réglementaire et administratif.
la Présidente, le projet de loi n° 14 ne propose pas
seulement le français comme un droit, mais aussi comme une obligation. Et nous ne voyons pas comment une société puisse
véritablement s'épanouir dans l'obligation de sa langue et dans l'interdiction
d'une autre. Et nous questionnons les risques d'un interventionnisme de cette
nature dans un enjeu aussi proche de la
culture humaine. Nous pensons donc que la défense de la langue française au
Québec ne se passera pas de la défense de la
littérature québécoise, des arts et du renforcement des qualités de la langue,
autant de champs d'action qui, bien
que plus difficiles à prendre en main par la facilité de la réglementation,
sont véritablement les terrains sur lesquels la langue se construit
comme lieu de rassemblement. MEQ propose ainsi un ensemble d'avenues qui ont pu
déjà être explorées, mais qui pourraient, nous le pensons, largement être
renforcées.
D'abord, première recommandation, nous
proposons d'opter pour une approche qui soit plus locale de la défense de la langue
française avec la participation des municipalités, en particulier de Montréal,
puisque c'est dans la métropole que les glissements linguistiques
inquiètent le plus le gouvernement.
En deuxième recommandation, nous proposons de
renforcer les objectifs de francisation en misant sur une nouvelle politique culturelle dont l'objectif sera assez
ambitieux pour donner un nouvel élan à la littérature, au théâtre, aux arts de la scène, au contenu francophone,
notamment dans le domaine des sciences et des technologies, et encore à
tous les différents supports médiatiques. La
langue française, selon nous, sera pleinement attrayante et utilisée si elle
offre dans son usage un nouveau contenu, une nouvelle connaissance et de
nouvelles ouvertures.
Notre
troisième recommandation, renforcer l'identité francophone du Québec en
reconnaissant le rôle du développement
économique dans le renforcement de l'identité québécoise. Pour cela, le
gouvernement devrait miser sur des
conditions d'affaires qui soient pleinement compétitives afin d'encourager une
nouvelle culture entrepreneuriale partout au Québec. L'assise de l'identité québécoise a également besoin des
forces économiques, et il y a des liens qui sont très forts à faire
entre le succès d'entrepreneurs québécois et le renforcement de l'identité
québécoise.
Le gouvernement doit — puis c'est notre quatrième recommandation — reconnaître de manière plus formelle que la pratique de la langue anglaise est un avantage sur le
plan professionnel comme sur le plan personnel. Le projet de loi n° 14 suscite beaucoup trop d'antagonisme, selon nous, vis-à-vis de l'anglais,
et l'adoption de ce projet de loi générera très certainement au sein des entreprises une
stupéfaction face aux nouvelles restrictions linguistiques. Ces
restrictions vont soulever de nombreuses
questions aux frontières des obligations, notamment avec les entreprises qui
sont en lien constant avec d'autres entreprises et d'autres filiales
installées dans le reste du monde.
Notre
cinquième recommandation, renforcer l'institutionnalisation du français en
renforçant les organismes dédiés à la
défense de la langue française, mais en orientant leur mandat vers une
promotion plus marquée du côté des valeurs
culturelles du français et peut-être un peu moins dédiée à l'inspection ou au
contrôle des pratiques linguistiques dans les espaces sociaux. Ça
permettra au gouvernement d'adopter une approche beaucoup moins paternaliste et
d'éviter l'erreur monumentale que serait
celle d'une déresponsabilisation des Québécois vis-à-vis de la langue
française. Et là, Simon, je vais te laisser conclure.
M. Prévost (Simon) : Alors, en conclusion, Mme la
Présidente, le texte du projet de loi nous semble véhiculer l'idée de l'utilisation d'une
langue étrangère, et, disons-le, en particulier l'anglais, comme une injustice.
Donc, on s'oppose à l'état d'esprit très antagoniste, à notre avis, du
projet de loi. On s'oppose également aux mesures qui augmenteraient le fardeau
réglementaire et administratif de l'entreprise. En somme, ce qu'on a envie de
proposer, c'est beaucoup plus une approche positive pour la défense du
français. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Richa