CAT — 18 April 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CAT 2023-04-18
Quebec — Committees
(Dix heures deux minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Bon,
alors, à l'ordre! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'aménagement du territoire ouverte. Je vous demanderais de bien vouloir
regarder vos téléphones cellulaires, que les sonneries soient bien arrêtées.
La commission est réunie aujourd'hui afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 16, Loi modifiant la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et
d'autres dispositions.
Est-ce qu'il y a des remplacements, Mme la
secrétaire?
Secrétaire : Oui. M. Ciccone
(Marquette) est remplacé par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey); M. Fontecilla
(Laurier-Dorion), par M. Grandmont (Taschereau).
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, en avant-midi, nous allons
entendre l'Association des
professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, la Fédération
québécoise des municipalités et l'Association
des directeurs généraux des municipalités du Québec. Est-ce... Bon. Là-dessus,
on n'a pas de retard, alors je vous souhaite maintenant la bienvenue, à
l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, je vous rappelle que vous avez
10 minutes à disposition pour donner votre exposé. Par la suite, nous
allons procéder à un tour de questionnement avec les différents partis.
Alors, je vous laisse la parole. Bonjour à vous.
Mme Demers (Isabelle) : Alors,
merci, Mme la ministre, M. le Président, et membres de la commission, de nous
donner l'occasion de prendre part aux consultations menées par la Commission de
l'aménagement du territoire dans le cadre du PL n° 16 sur la loi modifiant
la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme.
Je m'appelle Isabelle Demers. Je suis ici à
titre de vice-présidente de l'APCHQ. Notre organisation a pour mission de
répondre aux enjeux en matière de qualité de construction, de défis
environnementaux et de besoins en matière d'habitation en représentant ses
20 000 entreprises membres au Québec. Aussi, le projet de loi nous
importe particulièrement étant donné le
déficit actuel de logements, la crise de l'habitation qui s'ensuit. À notre
avis, le PL n° 16 a le potentiel de contribuer
favorablement à l'amélioration de l'accès au logement sur tout le territoire du
Québec.
Dans le
mémoire que nous vous avons soumis, là, vous verrez le détail de nos
recommandations, qui se résument essentiellement
à ces trois préoccupations centrales : la densification est nécessaire
pour répondre aux enjeux en habitation au Québec; la standardisation des
comités consultatifs d'urbanisme, les CCU, est primordiale pour assurer la prévisibilité des projets pour les promoteurs;
et un encadrement des redevances de développement est requis afin de faciliter la construction de nouveaux logements sans
effet inéquitable. Sur ce, je cède la parole à mon collègue François
Bernier, conseiller à l'industrie, pour présenter le détail de nos
recommandations. Merci.
M. Bernier
(François) : Bonjour. Merci, Isabelle. Bonjour, Mme la ministre
et tous les parlementaires. Merci de nous accueillir. Écoutez, c'est une belle
occasion, avec le projet de loi n° 16, de parler des règles de
fonctionnement de notre industrie. Ce n'est pas quelque chose qu'on a
l'occasion de faire souvent. C'est quelque chose, par contre, dont on a
grandement besoin, d'être plus performants. Et, dans le projet de loi,
évidemment, lorsqu'on a l'occasion de regarder les règles de fonctionnement de
notre industrie, il y a beaucoup d'éléments qui peuvent être très positifs.
On a... D'abord et avant tout, comme Isabelle
l'a souligné, on arrive ici dans un contexte, là, de crise du logement qui nous
interpelle énormément, comme organisation et comme industrie. Nous estimons, à
l'APCHQ, qu'il faut 100 000 logements de plus demain matin, immédiatement,
dans le marché, pour rétablir une certaine forme d'équilibre. Ça, c'est plus
que ce qu'on produit dans une année. Puis la SCHL nous dit : Non seulement
vous devriez faire ça pour un an, mais vous devriez faire ça pour plusieurs
années, pour rétablir une certaine santé dans notre marché de l'habitation.
Donc, le défi qu'on a devant nous, il est
colossal, comme industrie. Et donc le regard qu'on pose sur le projet de loi
n° 16, c'est de voir dans quelle mesure on a là-dedans des outils
additionnels, des éléments qui vont assouplir les règles de développement puis
qui vont vraiment nous aider à rencontrer cet objectif-là, immense, qu'on a
dans la société, qui n'est pas juste le nôtre, mais dans la société.
Le premier élément qui nous a intéressés, ce
sont les définitions même, là, de ce que c'est que la planification
territoriale, de ce que c'est que le contenu d'un plan d'urbanisme. On y trouve
plusieurs bons mots. Évidemment, il faut voir à bien identifier les besoins, à
utiliser nos infrastructures, mais la réflexion qui nous est venue, c'est qu'à
ce moment-ci, dans la société, est-ce qu'on peut... est-ce
qu'on peut accepter une planification qui ne viserait pas à pleinement faire
usage de nos infrastructures, celles qu'on a puis celles qu'on souhaite avoir?
Dorénavant, il me semble que la prochaine génération de plans d'aménagement
doit avoir cette ambition-là de nous permettre de pleinement utiliser nos infrastructures. Donc, c'est une question de
relief, d'importance à accorder à cette dimension-là, qu'on vous soumet, d'abord et avant tout, que
toute la planification territoriale s'inscrive dans... avec une intention
forte, là, de maximiser, d'optimiser les infrastructures qu'on a, et ça,
ça va colorer notre pensée pour la suite des choses.
Alors,
on a regardé le projet de loi, puis je vais m'arrêter sur un certain nombre
d'éléments... en me disant : Bien, écoute, est-ce que tout ça nous permet
d'atteindre les potentiels? Comment est-ce qu'on pourrait faire un petit peu
plus ici et là? Premier élément qu'on a
remarqué, c'est le zonage incitatif. On a trouvé intéressant que le projet de
loi l'aborde. Bon. En même temps qu'on a une ouverture pour accueillir
du zonage incitatif, on voit la porte se refermer un petit peu, alors qu'on dit : Bien, il va falloir
que, si on prend une entente avec quelqu'un, on la soumette au comité consultatif
d'urbanisme. On pense que ça devrait
simplement être optionnel, une chose semblable. Voilà un exemple de disposition,
peut-être, qui est... dont on n'a pas véritablement besoin. Laissons les villes
déterminer si elles veulent aller auprès du conseil consultatif d'urbanisme
pour un règlement de zonage incitatif, pour une entente de zonage incitatif. Ce
constat-là, là, de : on fait une
ouverture, puis, ensuite, on voit la porte se refermer, on l'a fait à plusieurs
endroits, ça fait que je vais continuer un peu sur cet élément-là.
Deuxième élément
qu'on a remarqué, c'est de la fiscalité, je dirais, positive. On a bien vu
que... Puis on salue le fait qu'on puisse passer à des programmes de
revitalisation, qui accorderaient des crédits de taxes pour, justement, la
revitalisation. C'est très bien, tant mieux. On a aussi vu un programme... la
possibilité de donner des crédits de taxes pour du logement accessoire, tu
sais, du logement d'habitation accessoire. C'est une excellente nouvelle, mais,
encore une fois, woup! la porte vient de se refermer. Il faudrait que la
personne qui va occuper le logement ait un lien de parenté. Vous savez, au
Québec, il y a plein de personnes seules, il y a des étudiants, il y a plein de
monde qui pourrait bénéficier de ces logements accessoires là, et on en a
grandement besoin. Si seulement 3 % des maisons au Québec incluaient du
logement comme ça, accessoire, ça ne défigurerait pas du tout le Québec, ça
n'aurait aucun impact non plus sur les infrastructures, mais ça ajouterait
50 000 logements dans le parc d'habitation au Québec. Je viens de
vous dire, en partant, qu'il en manque 100 000, donc c'est le genre de
mesure qu'on trouve excessivement intéressante, puis on pense qu'on devrait
généreusement l'appuyer, en termes de crédits, donc, de ne pas avoir une telle
contrainte.
Ensuite, on voit
qu'on aborde la question, un peu difficile, parfois, des référendums. Donc, à
l'article 106, on dit qu'on pourrait accepter des projets qui incorporent
un certain nombre de changements à des normes d'urbanisme de base, l'intention
étant aussi... l'intention, elle est de densifier un peu, mais certains
changements d'urbanisme de base pourraient être accueillis, acceptés sans
recours à l'égard... tu sais, sans qu'on ait la menace d'un référendum, disons.
Alors, on trouve ça excessivement intéressant, avec, en tête, bon, des cas de
figure. Qu'est-ce qui se passe, tu sais, quand tu arrives puis que tu veux
faire un troisième étage par-dessus un deux logements, que tu veux passer de
quatre à six? C'est des cas de figure qu'on vit dans la réalité, et là on se
demande : Est-ce que le projet de loi, les modalités qui sont présentées
là nous permettent d'accueillir ces changements-là facilement? Bien, la réponse
courte, c'est non, parce qu'on doit le faire à l'intérieur de seulement un
changement qui serait de l'ordre de 33 % des normes d'urbanisme de base.
Vous imaginez que, donc, 33 %, ça ne convient pas pour passer de deux à
trois étages ou de quatre à six. Donc, notre cas de figure, là, il n'est pas
rencontré à la hauteur de nos besoins puis de nos attentes, avec de telles
modalités.
Donc,
suggestion, en ayant en tête notre cas de figure, essayons d'accommoder tout ce
qui est de changements de règles d'urbanisme de base de 50 % et
couvrons bien les deux paragraphes, là, de l'article 113 qui en parlent,
parce que, bien que l'intention soit de permettre une densité, le seul
article
qui le mentionne, au fond, il n'est pas couvert, présentement, par le projet de
loi. Donc, il faut couvrir le paragraphe 3° et le paragraphe 5°, à
l'article 105, si on veut vraiment aller par là, mais l'important,
c'est : Allons-y à 50 %. Et on a pensé, dans notre cas de figure, justement,
qu'on risquait d'être à proximité de réseaux de transport important, donc lions
ça à la proximité, disons, de 750 mètres d'un réseau de transport
collectif. Puis là on pourrait arriver à faire des changements réels pour des
cas de figure qu'on rencontre assez souvent. C'est comme ça qu'on vous le
présente.
Cela étant dit, si
jamais on se rend compte qu'après avoir fait tous ces efforts-là on est encore
immensément loin des potentiels dans un secteur important, ce qu'on se dit,
c'est qu'il faut être prêt à aller au-delà de ça, il faut être prêt à autoriser
la ville de faire appel au potentiel qui est en jeu ici et d'accepter
dorénavant des changements aux normes d'urbanisme qui soient plus ambitieux, on
va dire ça comme ça, puisqu'on a en tête d'atteindre un potentiel et qu'on est
encore bien, bien loin. Donc, il faudrait accorder des possibilités
additionnelles aux municipalités pour aller encore plus loin que ce qu'on vient
de vous proposer, de base.
S'il faut encore des
changements ou s'il faut encore des référendums, on dépose différentes
propositions pour redéfinir la façon que ça se passe, l'idée étant qu'on a
présentement vraiment beaucoup trop de contrôle entre les mains d'un petit
groupe, malgré que les projets ont une importance sociale et économique qui
déborde souvent, mais de beaucoup la zone en question. Donc, il est temps qu'on
repense aux zones, il est temps qu'on repense au mode de calcul pour appeler des référendums, puis on dépose des
propositions dans ce sens-là. J'espère qu'on ne sera pas les seuls, parce qu'il y a peut-être d'autres
qui ont des bonnes idées pour revoir ça puis rendre ça un peu plus équilibré.
Concernant les CCU,
on l'a abordé brièvement tout à l'heure, ce qu'on recommande, en un mot, c'est
de les professionnaliser davantage avec un peu plus d'encadrement, un peu plus
de formation, permettre aux