Institutions — 2 November 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CI 2021-11-02
Quebec — Committees
Il y a une chose qui est importante, M. le
Président, de dire également, c'est que de nombreuses victimes, au cours des
dernières années, ont témoigné, ont dit qu'elles craignaient de passer à
travers le processus judiciaire parce qu'il
n'était pas suffisamment adapté à leur réalité, à leurs besoins, et c'est ce
qu'on doit changer, M. le Président. Et ce qu'on fait avec le tribunal spécialisé, c'est qu'on vient apporter un
changement de culture, mieux accompagner les victimes, les mettre au
centre du processus, M. le Président, de façon à faire en sorte qu'aucune
victime au Québec n'hésite à dénoncer, n'hésite à porter plainte.
Et le message que l'État lance aux personnes
victimes, c'est qu'il y aura du support pour vous accompagner du début de la dénonciation jusqu'au prononcé de
la sentence, et même au-delà, M. le Président, et ça, ça s'appelle écouter les
personnes victimes, écouter les groupes de victimes, écouter les différents
intervenants, quand je pense au Directeur des poursuites criminelles et
pénales, quand je pense au Barreau du Québec, M. le Président. Alors, le
tribunal doit se faire et il va se faire
pour faire en sorte, justement, M. le Président, de répondre et d'actualiser
notre système de justice et d'apporter un changement de culture, M. le
Président.
Une chose que
je souhaite dire, M. le Président, comme leader du gouvernement, un de mes rôles est d'assurer le respect et la défense des droits des
parlementaires. Et tous et chacun des parlementaires ici ont la même conviction.
Ces gens qui sont autour de la table ont été élus par leurs pairs, par la
population. Ils sont représentants. Ils sont dotés d'un mandat, d'une légitimité démocratique, d'une légitimité
démocratique, M. le Président, et rien, M. le Président, rien, M. le
Président, ne saurait entraver le rôle fondamental, dans notre démocratie, dans
notre Assemblée nationale, dans notre
Parlement, du rôle que chacun des élus, en tant que législateurs, doit jouer,
M. le Président. Et mes collègues, et je l'ai constaté depuis
quelques années, depuis que je suis élu, le font avec sérieux à la fois du côté
gouvernemental, à la fois du côté des oppositions,
M. le Président, et c'est important de le rappeler. L'exécutif va jouer
son rôle et les parlementaires, sur le plan législatif, vont jouer leur rôle.
M. le Président, les lois doivent être
changées, les lois doivent être améliorées, les lois doivent être modernisées,
et, M. le Président, c'est ce qu'on est en train de faire tous ensemble.
Il y a une motion unanime qui a été votée à l'Assemblée nationale pour voir la
création de ce tribunal spécialisé, pour faire en sorte d'appuyer ce
changement. Le principe du projet de loi a été voté à l'unanimité, M. le
Président, et ça va se faire, et ça doit se faire. M. le Président, je
mets en garde, je mets en garde toute personne qui ne considérerait pas
l'importance fondamentale, la nécessaire nécessité, si je peux dire, de ce
tribunal pour les personnes victimes. Les Québécoises et les Québécois nous
regardent. Les Québécoises, et les Québécois, et les personnes victimes
particulièrement, veulent du changement. Il doit y avoir du changement et il va
y avoir du changement.
Alors, M. le Président, c'est dans un
esprit d'ouverture que j'ouvre cette étude détaillée du projet de loi avec mes
collègues, et c'est pour ça que j'ai proposé des bonifications au projet de loi.
J'ai écouté les différents groupes. J'ai essayé de diminuer, M. le
Président, les irritants dans les amendements que je propose, que j'aurai
l'occasion d'expliquer. Mais, une chose est sûre, je souhaite compter sur la
collaboration de tous les collègues afin que nous puissions adopter rapidement
ce projet de loi au bénéfice des personnes victimes.
Et, je le répète, M. le Président, rien,
M. le Président, rien, M. le Président, n'entravera la marche et
l'adoption de ce projet de loi. Et, même au-delà, lorsqu'il sera adopté, l'Assemblée
nationale et le gouvernement du Québec défendront ce projet de loi si... dans
l'éventualité que ce projet de loi était contesté. Je peux garantir que tous les
efforts de l'État québécois seront mis en application et seront utilisés pour
faire en sorte de permettre aux personnes victimes d'avoir un processus qui
leur permettra d'être bien accompagnées, d'être bien entendues, en tout respect, M. le Président, des droits des accusés,
en tout respect de l'indépendance judiciaire, en tout respect des règles
de droit et de la présomption d'innocence.
Et c'est pour ça, M. le Président, que j'ai déposé des amendements aujourd'hui, pour trouver des voies de passage, M. le
Président. Alors, je vous souhaite à tous une bonne étude détaillée.
Président (M. Benjamin) : Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Verdun,
à vous, maintenant, de faire vos remarques préliminaires.
Mme Melançon : Merci
beaucoup, M. le Président. Je suis, à mon tour, très heureuse de retrouver le ministre et les collègues de la banquette ministérielle,
bien entendu, aussi, mes collègues de la deuxième et de la troisième opposition.
Je tiens à vous rappeler, M. le Président, que
l'étude du projet de loi que nous entamons, donc, l'article par article...
Il y a plusieurs victimes, actuellement, qui sont probablement à l'écoute, et on fonde beaucoup de... Ils ont beaucoup d'espoir à nous écouter, ici, améliorer le projet de loi
qui est devant nous, mais je tiens quand même à rappeler, M. le Président, d'où
on part.
Vous savez, on a eu des vagues de dénonciations
au Québec. Il y a des femmes qui se sont insurgées, qui ont décidé de briser le silence et qui ont dit haut et
fort qu'elles n'avaient plus confiance en notre système au Québec.
Tout ça a secoué, bien sûr, les législateurs que nous sommes, et il y a
eu la mise en place, donc, d'un comité transpartisan qui a travaillé pendant
des mois, voire même des années, pour pouvoir arriver, en décembre 2020, avec
le rapport Rebâtir la confiance . Ce ne sont pas les élus qui ont écrit ce rapport,
ce sont des experts, un comité d'experts reconnus par le milieu.
Plusieurs personnes ont, donc, travaillé très
dur, très fort, pour arriver avec 190 recommandations, et, bien sûr, le
tribunal spécialisé ou la division spécialisée faisait
partie de ces recommandations. Et j'invite, encore une
fois, le gouvernement à se
rappeler qu'il y a 189 autres recommandations à l'intérieur de ce projet
de loi, et qu'on doit les mettre sur pied rapidement, ces recommandations, parce
que ça devient un tout. Il y a, bien sûr, le tribunal spécialisé, je vais l'appeler ainsi jusqu'au moment où le
ministre déposera ses amendements, mais il y a, bien sûr, aussi, toutes les
autres recommandations.
Je tiens à
remercier, à ce moment-ci, les groupes qui sont venus devant nous, qui sont
venus se faire entendre, qui ont été
très éclairants. Je sais que, pour plusieurs, là, il y a des groupes qui nous
ont amené des nouvelles perspectives. Je
pense notamment aux femmes itinérantes que, trop souvent, on oublie et qui sont
des parfaites victimes, malheureusement, pour les violences sexuelles et
la violence conjugale. Je pense notamment à Juripop, à Me Roussel, qui
sont venus nous parler justement de la division entre le droit pénal, la Cour
supérieure, la chambre de la jeunesse, qui vont pouvoir... qui devraient mieux,
justement, transmettre les informations reçues parce qu'il y a là un danger de revictimisation, justement, des victimes de
violence sexuelle et de violence conjugale. Il y a eu des idées de
coordonnateur judiciaire aussi.
Bref, les groupes que nous avons entendus... Et,
là-dessus, je suis d'accord avec le ministre, tout le monde est d'accord avec
la mise en place... il y a unanimité quant à la mise en place d'un tribunal
spécialisé ou d'une division spécialisée, et c'est à ça qu'on va travailler,
tout le monde, ici, pour l'étude
article par article.
On a donc reçu, ce matin, les amendements que le
ministre compte déposer. On voit qu'il avait une écoute pour les groupes entendus, et je le félicite en ce sens, parce que ça
prend de la souplesse si on veut justement arriver à nos fins, si on veut
justement que le tribunal spécialisé ou la division spécialisée puisse voir le
jour le plus rapidement possible pour les victimes. On leur doit bien
ça. Je suis d'accord, là aussi, avec le ministre.
Cependant, il reste encore
des enjeux à régler. Et j'ai entendu le ministre dire : Bien, s'il y a
consultation, on va mettre toutes les
ressources nécessaires, là, de l'État québécois. Bien, il faut éviter ça.
Savez-vous qu'une... Lorsqu'on parle d'une contestation, on parle de trois à
cinq ans, actuellement, de contestation judiciaire, là, c'est un... On prolonge, donc, de trois à cinq ans. C'est pour ça que le ministre
a un devoir de s'entendre avec les groupes qui peuvent être réticents.
Dans ces
irritants-là, j'y viens rapidement, mais il y a notamment le pouvoir que se
donne le ministre de déterminer les districts judiciaires
dans lesquels la division spécialisée pourrait siéger et aussi le pouvoir de
déterminer le type de poursuite. Ça, ce
n'est pas moi qui le dis, c'est Me Elizabeth Corte, qui est l'ancienne juge en
chef, qui est venue nous dire ici, à l'Assemblée nationale, que nous devions faire... rester prudents face à
ces irritants-là pour éviter les contestations.
Et, sur les
contestations, M. le Président, je tiens à vous rappeler une chose, je ne suis
pas la seule à être inquiète des possibles contestations. J'ai posé la question
aux groupes que nous entendions, et tout le monde était très inquiet des
possibles contestations et des chicanes entre la juge en chef et le ministre de
la Justice.
Melançon : Si, M. le ministre, vous voulez prendre la parole, je peux vous la laisser quelques
instants, mais j'aimerais ça pouvoir terminer sans que vous ayez à me faire des
gestes ou sans m'interrompre, s'il
vous plaît. Ce serait la
moindre des choses à ce moment-ci.
Donc, Me Corte nous disait que la division qui
va siéger à tel endroit ou à tel autre endroit, bien, on force, en quelque
sorte, l'assignation des juges, et nous disait : Faites attention, c'est
un irritant. Et elle pense que c'est une problématique. Il y a Julie
Desrosiers, aussi, qui nous a dit que, là où on en est, il faut éviter les
irritants, faire preuve de souplesse, comme je vous disais, pour assurer la
mise en place du tribunal, parce que c'est pour ces personnes victimes qu'on veut ces changements, et on ne veut
pas justement prolonger inutilement, disons-le, le processus
par une contestation. Je le répète, là, s'il y a une contestation, la division
ou le tribunal spécialisé pourrait voir le jour uniquement dans trois ou
dans cinq ans, et il faut éviter cela.
Il y a aussi
toute la notion d'iniquité. Il y a des groupes qui nous ont dit qu'ils étaient
d'accord avec le projet pilote de
deux ans. Il y a des groupes qui nous ont dit : Bien non, on peut faire ça
en moins de deux ans. Et il y a des groupes qui nous ont dit qu'ils
étaient totalement mal à l'aise avec un projet pilote parce que, selon là où on
se retrouve dans un district judiciaire,
bien, il y aurait malheureusement, malheureusement, iniquité pour les victimes. Alors, on va certainement proposer au ministre
différentes pistes lors de l'étude
article par article, mais, déjà, de
s'engager à pouvoir déployer des projets pilotes, une base dans toutes les
régions, le plus rapidement possible, je pense que ça, ce sera nécessaire.
Ce qu'il
faut, donc, éviter ici aujourd'hui, c'est que les victimes soient au coeur d'une
bataille entre le ministre de
la Justice et la juge en chef. C'est les victimes qui doivent d'abord être au
coeur de nos discussions. C'est à elles à qui nous devons penser dans chacune
des discussions que nous aurons dans l'article par article. Puis, on l'a toujours
dit, hein, un projet de loi, c'est fait pour
être amélioré, et je d