Transportation and the Environment — 22 November 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2016-11-22
Quebec — Committees
Alors, Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, il n'y a aucun remplacement.
Président (M. Iracà) : Alors, voici l'ordre du jour de cet
après-midi. Nous allons débuter par les remarques préliminaires. Par la suite, nous entendrons les
groupes suivants : le Regroupement national des conseils régionaux
de l'environnement, le Centre québécois du
droit de l'environnement et la Fédération des chambres de commerce du
Québec.
Alors, sur
ce, je cède la parole au ministre du Développement durable, de l'Environnement
et de la Lutte contre les changements
climatiques pour ses remarques préliminaires. M. le ministre, la parole est à
vous, vous disposez de six minutes.
M. Heurtel : Merci, M. le
Président. Et permettez-moi de vous féliciter pour votre accession à la
présidence de cette commission.
Chers
collègues, chers membres du ministère, mesdames messieurs, comme vous le savez,
en juin dernier, j'ai présenté aux
membres de l'Assemblée nationale ce projet de loi d'envergure, soit le projet
de loi n° 102 modifiant la
Loi sur la qualité de l'environnement
afin de moderniser le régime d'autorisation environnementale et modifiant
d'autres dispositions législatives notamment
pour réformer la gouvernance du Fonds vert. La
Loi sur la qualité de
l'environnement a été adoptée en 1972. Il n'y a eu aucune modernisation majeure
depuis bientôt 44 ans.
Dès mon
arrivée en poste comme ministre, j'ai sillonné le Québec. Partout, on m'a
demandé de rendre la LQE plus
efficace et plus prévisible, de simplifier les processus et de réduire les
délais. Notre vision est sans équivoque. Nous voulons doter le Québec d'un régime d'autorisation environnementale
moderne, clair, prévisible, optimisé et conforme aux plus hauts standards en matière de protection de
l'environnement. La modernisation du régime d'autorisation se ferait sur
trois fronts : législatif, réglementaire et administratif.
Le projet de
loi propose d'accroître la modulation du régime d'autorisation en fonction du
risque pour l'environnement. Les
projets seraient classés selon quatre niveaux de risque qui nécessiteraient
quatre types d'encadrement différents :
risque élevé, risque modéré, risque faible et risque négligeable. Cela
éliminerait environ 1 500 autorisations ministérielles.
Le projet de
loi n° 102 propose de simplifier les autorisations et accroître la
prévisibilité des processus d'analyse. Un
seul type d'autorisation remplacerait la grande majorité des certificats,
autorisations, attestations, approbations, permis et permissions
auparavant requis par la loi. Le régime serait simplifié pour les projets
pilotes à des fins de recherche et d'expérimentation.
La réduction des délais serait significative pour de nombreuses activités,
jusqu'à 20 % pour les projets soumis à la procédure d'évaluation et
d'examen des impacts sur l'environnement.
Le projet de loi vise à mieux équilibrer les
responsabilités entre le ministère et les initiateurs de projets. Une demande incomplète ne serait plus recevable. Il y
aurait des rencontres de démarrage, et cela permettrait d'éliminer les
allers-retours de questions-réponses, qui peuvent durer des mois et parfois
même des années.
Le ministère reçoit en moyenne
12 000 demandes d'accès à l'information chaque année. La population
veut plus d'information plus tôt dans le processus. Pour les projets à risques
élevés, il y aurait un registre des évaluations environnementales avec une information complète livrée tôt dans le
processus et au fur et à mesure. Il y aurait aussi la possibilité pour le public de faire part de ses
observations sur les enjeux que l'étude d'impact devrait aborder. Il y
aurait aussi un registre des autorisations ministérielles qui donnera le
contenu complet des documents.
projet de loi propose l'introduction également d'un test climat. Cela
permettrait d'intervenir en amont, alors à
titre de prévention. Il y aurait un seuil d'émissions de GES fixé par
règlement. L'initiateur de projet serait tenu de justifier ses choix technologiques, ses procédés ou ses sources
d'énergie ou fournir un plan de réduction de GES, le cas échéant. Le
gouvernement pourrait également assujettir à la procédure d'évaluation et
d'examen des impacts sur l'environnement les projets qui ne le seraient pas et
qui comporteraient des enjeux majeurs en matière de changements climatiques.
Le projet de
loi propose également de modifier la loi constitutive du ministère pour créer
le Conseil de gestion du Fonds vert.
Il serait composé de neuf membres nommés par le gouvernement et majoritairement
issus de la société civile. Il aurait
notamment comme mandat de conseiller le ministre sur les programmes, les
projets ou les activités financés par le Fonds vert, d'évaluer la
performance des programmes, des projets ou des activités financés par le Fonds
vert et de recommander au ministre les
ajustements requis pour favoriser une meilleure performance, et d'assurer la
supervision et le suivi des activités de
trésorerie du Fonds vert et collaborer avec le ministre à la préparation des
prévisions du Fonds vert pour chaque exercice financier.
Ce projet de
loi se veut : au bénéfice de la population, avec plus de transparence, plus de participation citoyenne, et l'environnement qui est toujours aussi bien protégé; au bénéfice des entreprises,
qui pourraient bénéficier d'un régime d'autorisation
simplifié, prévisible, clair et optimisé, d'une réduction du nombre
d'autorisations et d'une réduction des délais;
au bénéfice du monde agricole également, qui est un moteur économique important
et qui verrait notamment des seuils de production de phosphore rehaussés
avant de devoir faire une demande d'autorisation; au bénéfice du monde municipal,
car la majorité des prolongements de réseaux d'aqueduc ou d'égouts seraient
considérés comme des activités à risques
faibles. Les municipalités pourraient débuter les travaux 30 jours après
le dépôt de leur déclaration de conformité. Aujourd'hui, la moyenne de
traitement de ces demandes est de 200 jours. Le ministre pourrait exempter
de l'obligation d'obtenir une autorisation pour la totalité ou une
partie des travaux à réaliser. Les employés municipaux auraient les mêmes
pouvoirs que ceux du ministère lorsqu'ils sont tenus d'appliquer un règlement
pris en vertu de la LQE.
conclusion, M. le Président, ce projet
de loi se veut au bénéfice de tous.
Je tiens à remercier à l'avance tous les intervenantes et intervenants qui participeront à cette commission
parlementaire, de même que toutes ceux et celles qui nous permettront des... qui nous présenteront, pardon,
des mémoires. J'écouterai avec le plus grand intérêt leurs suggestions
et leurs réflexions. Merci, M. le Président.
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup, M. le ministre. J'invite le porte-parole de l'opposition officielle et député de
Jonquière à faire ses remarques préliminaires, pour une période maximale de
3 min 30 s.
M. Gaudreault : Oui. Merci,
M. le Président. Alors, moi aussi, je
veux saluer tout le monde, particulièrement les gens du ministère
qui sont ici, qui nous accompagnent et qui vont nous accompagner. Je veux
saluer évidemment les collègues parlementaires qui sont ici, Étienne
Pomerleau-Landry, qui m'accompagne comme recherchiste, évidemment, tous
ceux et celles qui viendront témoigner ou viendront présenter des mémoires en
cette commission.
Donc,
effectivement, avec une loi qui est adoptée depuis 1972, on a, avec le temps,
constaté un certain alourdissement, voire une désuétude de certaines
procédures de la
Loi sur la qualité de l'environnement. Le BAPE, également, qui
a été ajouté en 1978 — donc,
ça fait quand même presque 40 ans que cette institution existe — et
qui mérite certainement d'être revu
pour diminuer la bureaucratie. Moi, j'abonde en ce sens, mais jamais, jamais,
au grand jamais au détriment de la qualité de l'environnement, qui doit
nécessairement primer, d'autant plus dans un contexte de lutte contre les
changements climatiques.
Le ministre, dans le projet de loi n° 102,
nous propose quatre niveaux de risque pour faire une évaluation des risques, justement, donc de négligeables à élevés,
en passant par faibles et modérés. Évidemment, nous aurons un très grand
nombre de questions à cet égard, notamment sur toute la question de la
discrétion ministérielle. Quand on lit le projet
de loi n° 102, on s'aperçoit
qu'à plusieurs places il
y a de la discrétion ministérielle
qui est permise. Ce n'est pas nécessairement mauvais, mais, vous savez,
il faut quand même baliser cette discrétion ministérielle. C'est une raison d'ailleurs pour laquelle on souhaite ardemment
obtenir les règlements. À plusieurs reprises, le ministre va nous dire, ou, dans le projet
de loi, on dit : Ça viendra par règlement.
Je sais que les groupes également auront l'occasion d'en parler quand ils viendront nous présenter leurs mémoires,
mais, si je regarde, par exemple, dans le projet de loi n° 106,
avec le collègue du ministre mais à l'Énergie et aux Ressources naturelles, le
ministre a déposé un certain nombre d'intentions réglementaires. Alors, si
nous, on veut être capables de bien faire notre travail, on aura besoin également
de ces intentions réglementaires, surtout sur la question des niveaux de
risque, là, des quatre niveaux.
La question
de la gestion du Fonds vert, évidemment, nous préoccupe au plus haut point également, notamment la question de la reddition de compte, de sa
gouvernance en lien aussi avec Transition
énergétique Québec, justement,
qui est abordée dans le projet de loi n° 106, hein? Le travail qu'on aura
à faire, ce sera d'être capable de faire des liens et de briser les silos, si on reprend l'expression
consacrée. Parce que Transition
énergétique Québec, dans le projet de loi n° 106, aura une
partie
de la gestion du Fonds vert, alors il faut s'assurer, là, que ça se fasse
correctement.
La question
du test climat, même chose. Le test climat que le ministre amène dans le projet de loi n° 102, il faudra le regarder attentivement, et, encore une fois, on va avoir besoin des
intentions réglementaires du ministre à cet égard pour bien
faire notre travail.
Et je termine
en vous disant aussi que toute la question de la contestation juridique, par
exemple, de décisions prises par le ministère, pour nous, elle doit
s'appliquer à l'ensemble des citoyens, et notamment au niveau du droit d'appel,
qui doit se faire pour tous, pas seulement pour des entreprises, mais également
pour des citoyens. Alors, merci.
Le Président
(M. Iracà) : Merci beaucoup, M. le député de Jonquière. J'invite
maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition, le député de
Masson, à faire ses remarques préliminaires, pour une période maximale de
2 min 30 s.
M. Lemay :
Alors, M. le Président, à mon tour de saluer les collègues parlementaires,
saluer M. le ministre et notre
collègue député de Jonquière. Je suis accompagné aujourd'hui de Fanny Cantin,
ma recherchiste. Et, en fait, on veut souligner
aussi la présence de tous les groupes qui vont venir ici, en consultation,
prendre la parole devant cette commission. On les remercie à l'avance
pour la présentation de leurs mémoires, qui vont porter notamment sur la
modernisation du régime d'autorisation environnementale et la réforme de la
gouvernance du Fonds vert.
Donc, il
était très important pour nous d'avoir l'occasion d'entendre les divers
intervenants sur les sujets bien précis qui balisent la
Loi sur la qualité de l'environnement. On peut penser
juste à des sujets en termes d'eau, d'atmosphère, de sol, de contaminants, polluants, matières
résiduelles, matières dangereuses, et j'en passe, M. le Président. Bref, on est
ici pour se pencher sur un projet de loi qui
est très technique, qui aura des impacts sur de nombreux secteurs et de
nombreuses entreprises québécoises.
Donc, ma
formation politique est d'avis que cet exercice de révision de la loi était
devenu nécessaire — M.
le ministre l'a mentionné tout à l'heure, 44 années — et
puis on va s'assurer, par la modernisation de cette loi, qu'on va atteindre les objectifs de simplification du
processus d'autorisation. En effet, il y a plusieurs exemples d'entreprises
qui sont coincées dans un processus sans fin
qui se multiplie, des délais pour obtenir des autorisations qui sont de plus en
plus longs. Donc, M. le Président, il
est essentiel que la révision de la LQE puisse encadrer nos entreprises
innovantes afin de mieux permettre la réalisation de leurs projets selon
un échéancier raisonnable. Donc, on va garder en tête que, tout au long des
consultations, la notion d'efficience devrait être au rendez-vous à la ligne
d'arrivée.
Alors, M. le Président, je suis fier de siéger
sur cette commission pour écouter chacun des groupes et leurs propositions
d'amendement afin de rendre ce projet de loi réellement efficace. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup, M. le député de Masson. Alors, je souhaite la bienvenue aux représentants du groupe Regroupement national des
conseils régionaux de l'environnement. Je vous demande de bien vouloir vous présenter ainsi que les personnes qui
vous accompagnent. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, et, par la suite, nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Alors, sans plus tarder, la parole est à vous.
M. Bourke
(Philippe) : Merci beaucoup. M. le ministre, MM. et Mmes les
commissaires, M. le Président. Écoutez, mon nom est Philippe Bourke, je suis le directeur du regroupement des
conseils régionaux de l'environnement. Je suis accompagné de mon collègue Cédric Chaperon, qui est responsable des
dossiers changements climatiques et énergie chez nous, et de M. Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil
régional de l'environnement de la Capitale-Nationale.
Donc, je vais y aller très brièvement sur la
présentation de notre organisation... pour la plupart, vous nous connaissez bien. Donc, les 16 conseils
régionaux de l'environnement du Québec qu'on représente interviennent en
faveur de la protection de l'environnement dans chacune des régions du Québec,
en favorisant l'intégration des préoccupations environnementales dans les processus de développement, et contribuent
ainsi à harmoniser durabilité écologique, équité sociale et
développement économique.
Hier, le
21 novembre, le regroupement fêtait ses 25 ans, et récemment,
moi-même, j'ai célébré mes 20 ans à la direction du regroupement. Et jamais je n'aurais pensé qu'un jour enfin
on allait réformer la
Loi sur la qualité de l'environnement. Et je tiens... on l'a déjà dit, mais je tiens à saluer
le travail du ministre là-dessus, parce que d'autres ont essayé avant lui d'arriver à une réforme, et, on
le mentionnait, ça fait plus de 40 ans que cette loi-là n'a pas été
réformée, et, de notre point de vue, c'est aussi nuisible pour la protection de
l'environnement que ce l'est pour le développement économique du Québec. Donc, en soi, enfin, on constatait qu'il y avait deux
grandes lacunes, qu'on pouvait faire oeuvre utile en réformant cette
Loi sur la qualité de l'environnement et donc
faire progresser le Québec dans le XXIe siècle. Donc, on est très contents, donc, d'être rendus à cette
étape-ci. On a participé aux autres étapes avec le livre vert, et donc on
est contents de voir que la mobilisation se poursuit et que bientôt on aura une
loi sur la qualité de l'environnement qui sera à jour.
Évidemment, pour
nous, c'est important que le ministère de l'Environnement puisse avoir des
outils adéquats pour remplir son rôle de protection de l'environnement, et
évidemment que cet outil-là, qui est le principal outil du ministère, c'est
important qu'il soit à jour. En même temps, comme on le répète souvent
lorsqu'on vient ici, on est convaincus que,
si on veut que le ministère puisse jouer son rôle de protection de
l'environnement de façon adéquate, ça lui prend des ressources humaines et financières à la hauteur de ce défi-là.
On ne cesse de constater d'année en année
une diminution du budget du ministère, en dépit du fait qu'on lui ajoute des responsabilités
en matière de développement durable, de changements
climatiques. À un moment donné, je pense que le citron a été assez pressé, et ça nous
prend, si on veut
être sérieux avec cette réforme-là, un réinvestissement majeur dans le financement du ministère.
Donc, on en a fait, encore une fois, notre première recommandation. On pense que
c'est fondamental qu'on dise ce message-là une fois de plus.
Au sujet des objectifs
de la réforme, je le disais tout à l'heure, on n'a rien contre l'idée d'alléger
le processus d'autorisation environnemental, parce que c'est clair qu'il y a
un enjeu là qui est nuisible pour le développement du Québec. Mais, en même temps, on est préoccupés par le fait
qu'on a tendance à mettre en priorité ces éléments de nuisance là et de négliger peut-être l'idée qu'on devrait avoir une
loi sur l'environnement qui est encore plus forte, qui va mieux protéger
l'environnement. Et ça, on le sent moins, et
c'est pour ça que notre deuxième recommandation porte là-dessus. On
pense qu'en inscrivant, dès les dispositions
préliminaires du projet de loi, quelque chose de plus fort par rapport à
l'importance que le Québec veut donner à la
protection de l'environnement — on fait une recommandation ici, mais
évidemment on peut en discuter — nous, on pense que ça
viendrait donner le ton et recentrer peut-être davantage les objectifs de cette
réforme-là sur l'idée d'améliorer la protection de l'environnement.
Évidemment,
on a peu de temps, et j'ai déjà près de la moitié de mon temps de passée, je ne
vais pas passer en revue toutes les
recommandations dans le mémoire. Évidemment, on a voulu s'attarder à beaucoup
de choses qui sont importantes. Je
vous amène tout de suite à la page 8 de notre mémoire. Encore une fois, on
mentionne qu'on a... évidemment, on partage les objectifs que poursuit le gouvernement, notamment l'idée d'améliorer
la clarté, la prévisibilité et l'efficacité du régime d'autorisation. Et, en ce sens-là, pour nous, on
croit que c'est indispensable de revaloriser nos processus de
planification au Québec. Donc, on le fait bien, déjà, en intégrant dans le
projet de loi la question de l'évaluation environnementale stratégique. C'est une excellente chose. Mais il y
a d'autres mécanismes de planification à l'échelle des territoires :
les schémas d'aménagement, les plans
d'urbanisme, ce genre de choses là. Nous, on pense que, si on revalorise
l'importance de faire une bonne
planification du territoire, ça va rendre l'application des lois comme celle-là
beaucoup plus facile, ça va diminuer les problématiques d'acceptabilité
sociale, et ça aussi, ça va améliorer notre capacité à mieux développer le
Québec et à faire en sorte qu'il réponde aux impératifs du XXIe siècle.
Ensuite,
je vous amènerais... Bon, évidemment, on arrive à la
partie IX, où on a
une
section plus détaillée où on a regardé, dans la colonne de gauche,
le texte des notes explicatives du projet de loi et on a fait des commentaires,
des propositions. Souvent, on a salué les
avancées qui sont faites dans le projet de loi, on est très contents, donc je
ne passerai pas en revue tout ça parce qu'évidemment on n'a pas le
temps.
vous amènerais peut-être à certains éléments qu'on voudrait mettre à votre
attention, en page 12, où on parle de la question des consultations
ciblées. Pour nous, c'est quelque chose qui est un peu... on a besoin de
réponses, là, sur qu'est-ce qui est perçu ou qu'est-ce qui est entendu par ça.
Même à l'interne, il y en a qui disaient : Bien, c'est-u une consultation où on cible les personnes qui
participent ou c'est une consultation sur un thème qu'on cible? Juste en
partant, il y avait une confusion chez nous.
Donc, je pense que c'est sans doute une bonne idée, puis sans doute que ça
répond à un besoin, mais, pour nous, il faudrait d'abord clarifier ce qu'on
entend par là.
y avait des inquiétudes au niveau de la médiation, pas parce que ce n'est pas
intéressant, au contraire, nous, qui sommes
des organismes de concertation, on privilégie ce mode de résolution de conflit
qui est la médiation. Ce qui nous inquiétait
un peu, c'est la disparition du fait que, lorsque la médiation échoue,
maintenant, on n'aurait plus automatiquement le recours à l'audience
publique en bonne et due forme.
vous amène maintenant en page 14, où on parle de la question des matières
résiduelles, un secteur dans lequel les
conseils régionaux interviennent beaucoup. Plusieurs d'entre eux ont participé
aux travaux de consultation qui ont eu lieu au cours des derniers mois sur la mise à jour des plans de gestion des
matières résiduelles. C'est dont... ce qu'on parle ici. Le projet de loi
propose d'alléger ces processus-là. On n'a rien contre certaines dispositions.
Par contre, on est inquiets sur l'idée de
reporter de cinq à 10 ans la durée des plans, d'autant plus que nous, on
perçoit qu'il y a des lacunes au niveau de l'application de ces plans-là. Donc, ce qu'on propose, c'est qu'en
contrepartie les MRC soient forcées de faire un bilan annuel de mise en
oeuvre du plan, ce qui permettrait de compenser l'extension de la durée du plan.
vous amène en page 15, c'est un... Je vais attirer votre attention
là-dessus parce que c'est un sujet
important pour nous. Évidemment, on s'intéresse énormément aux enjeux de changements
climatiques, au plan d'action sur les changements
climatiques, à l'utilisation des sommes par le Fonds vert, et on tenait ici à être très, très
précis sur certains commentaires et recommandations. Donc, je vais vous
faire la lecture.
regroupement reconnaît que la gestion du Fonds vert est loin
d'être optimale et que les nombreuses irrégularités qui ont été constatées au cours des dernières
années méritent une grande attention. En
ce sens, le RNCREQ salue la
mise en place du conseil de gestion du Fonds vert.
Cela dit, au-delà
du caractère spectaculaire des cas d'irrégularité qui ont fait la manchette et
qui justifient aujourd'hui la mise en place de ce conseil de gestion, il
se cache d'autres problèmes, dans la mise en oeuvre du plan d'action sur les changements climatiques, que le conseil de
gestion ne va pas nécessairement pouvoir résoudre. Premièrement, à l'inverse du manque de contrôle observé sur
certaines dépenses — on le
concède — on
observe en contrepartie une volonté de contrôle
comptable excessive sur les activités, en particulier, du ministère de l'Environnement.
Et c'est complètement contre-productif et même inadapté au contexte de
la protection de l'environnement.
donne quelques exemples. Quand on est en train de faire de la transition
énergétique, des changements climatiques, ça implique de l'éducation,
des changements de comportement, des modifications de normes sociales,
l'adaptation aux changements climatiques. C'est toutes des choses qui ne se
comptent pas dans les colonnes d'un fichier
Excel. Alors, quand on demande aux fonctionnaires du ministère de traduire ça
en nombres dans des colonnes de fichiers
Excel, ils ne sont pas en train de protéger l'environnement puis de trouver une
façon de faire accélérer la mise en oeuvre
du plan sur les changements climatiques. Donc, je pense que ça, là, en soi, il
faut essayer d'inverser cette tendance-là à la numérotation de notre
action en changements climatiques et en protection de l'environnement en
général.
Le Président (M. Iracà) :
...secondes, M. Bourke. Tout simplement pour vous aviser.
M. Bourke
(Philippe) : C'est gentil. Merci beaucoup. L'autre chose peut-être que
je pourrais mentionner rapidement, bon,
évidemment, de façon spécifique, on ne sera pas les seuls à en parler, mais,
dans les lacunes qu'on observe au
niveau de la mise en oeuvre du Fonds vert, il y a un grand volet qui appartient
aux responsabilités du ministère des Transports.
Il y a des propositions ici pour trouver une façon de corriger ce tir-là.
D'autres vont en parler, parce qu'on s'est partagé un peu le travail sur une proposition pour aider le ministère de
l'Environnement à améliorer sa capacité à orienter correctement les dépenses du Fonds vert qui vont
en transport. Donc, je vous laisse là-dessus regarder nos propositions.
Et, bien, je pense, ça va être tout. Écoutez, il y
a plein d'autres sujets dont on parle, mais que je n'ai malheureusement
pas le temps d'aborder. On le fera sans doute dans les questions.
Président (M. Iracà) : Oui. Alors, merci, M. Bourke, pour
votre exposé. Effectivement, lors des échanges, vous aurez l'occasion certainement d'approfondir, là, au niveau de votre
exposé. Alors, sur ce, nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Heurtel :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Bourke. Bonjour, messieurs. Merci pour
votre mémoire ainsi que votre
présentation aujourd'hui. Oui, c'est un projet de loi assez volumineux, on
pourrait en dire beaucoup, mais je vais prendre pour acquis que
c'étaient les priorités que vous avez mentionnées, les faits saillants les plus
importants. Le mémoire couvre beaucoup de travail, d'ailleurs, comme toujours.
vais commencer par l'ordre inverse, je vais commencer par le Fonds vert. Quand
vous parlez d'une crainte qu'on soit sous l'emprise des comptables, si
je paraphrase votre propos, je veux juste comprendre, est-ce que vous avez spécifiquement... Parce que ce n'est vraiment pas
ça, l'objectif. L'objectif de la disposition, c'est véritablement
s'assurer que, du début d'un projet et même
avant même qu'on prenne la décision d'investir de l'argent du Fonds vert dans
un projet, quel qu'il soit, que de
soit un projet de transport, de recherche scientifique ou de sensibilisation de
la population, qu'on s'assure qu'on ait bien réfléchi, qu'on ait
véritablement une gestion par projet, qu'on ait des livrables, des indicateurs de performance, qu'on puisse déterminer, en fin de
projet et même durant le projet, bien, est-ce qu'on dépense les fonds, parce que les fonds des Québécoises et des
Québécois, là, qu'on dépense, qu'on s'assure que l'argent va... doit
aller...
veux juste m'assurer. Est-ce que vous lisez vraiment, dans le libellé du projet
de loi, qu'on va juste s'en tenir à des
projets de réduction de gaz à effet de serre, ou est-ce que vous exprimez plus
une crainte que ça devienne l'interprétation? Je veux juste bien
comprendre votre propos, parce que moi, je ne lis pas le projet de loi comme
ça. Mais c'est le but des consultations, là.
M. Bourke
(Philippe) : Vous avez raison de dire qu'on ne le lit pas comme ça.
Mais c'est une crainte qu'on sent. Elle est plus latente, puis on a
juste peur que ce nouveau conseil de gestion, dont ce n'est pas le but,
assurément, de s'empêtrer dans des
processus, des procédures, mais de bien faire les choses, bien, on voudrait
éviter qu'il tombe dans, finalement, de la procédurite, donc. Mais on ne
l'a pas lu. Donc, c'est une crainte qu'on vous soumet et on porte à l'attention
des parlementaires de juste veiller à ça, parce qu'on touche à... On n'est pas
dans... En environnement, en changements de
comportements, je pense qu'il faut comprendre qu'il ne faut pas nécessairement
penser qu'on va suivre les... les indicateurs vont être de la même
nature que dans d'autres domaines.
M. Heurtel :
Je reçois très bien ça, puis nous sommes d'accord, là, ce n'est pas du tout ça,
l'objectif. En effet, il va y avoir
des projets puis il y a déjà des projets financés par le Fonds vert, en
sensibilisation, par exemple, ou en recherche scientifique. Il n'y a pas
un lien direct qu'on peut dire : Bien, investir dans Ouranos, par exemple,
va nous donner x réductions de GES. Ça, on
est d'accord. Mais, encore, veux veux pas, je crois que la structure de
gouvernance actuelle du Fonds vert n'est pas adaptée à la réalité, n'est
pas adaptée à des exigences, même les exigences de plusieurs groupes environnementaux qui veulent mieux comprendre,
mieux voir où l'argent va puis c'est quoi, le lien entre les investissements
et tout l'écosystème. Parce qu'il y a deux
ans, presque trois ans, on n'avait pas tous les outils qu'on a aujourd'hui, on
n'avait pas une stratégie gouvernementale de
développement durable, on n'avait pas la politique énergétique, le Plan
d'action en électrification des transports,
on n'avait pas la cible de 2030 ni celle de 2050 de réduction d'émissions.
Alors, je crois que... puis c'est ça, le but.
Puis
je vais faire la transition avec votre commentaire sur le préambule. On a fait
bien attention, dans le préambule du
projet de loi, qui serait le nouveau préambule de la
Loi sur la qualité de
l'environnement, d'intégrer la
Loi sur la qualité... la lutte contre les changements climatiques,
plutôt, puis justement pour s'assurer que, lorsqu'on interprète la loi puis
lorsqu'on fait... que ça soit au niveau de
l'évaluation des dépenses du Fonds vert ou des autorisations
environnementales, qu'on tienne compte...
plus qu'on tienne compte, qu'on intègre dans la réflexion, dans nos procédés,
la lutte contre les changements
climatiques et tous les outils qui existent présentement, mais qui vont... Il
va y en avoir d'autres à l'avenir, nécessairement,
dans l'ensemble des actions qu'on pose. Alors, je veux juste m'assurer, sachant
qu'il y a un projet de
loi sur les
milieux humides qui s'en vient, sachant qu'il va y avoir, par exemple, une loi
spécifique sur les pesticides qui s'en vient également, je veux juste...
je crains que... Est-ce qu'on n'essaie pas de trop en faire avec un long
préambule, là? Je veux juste essayer de comprendre.
Vous
envoyez des messages très, très clairs puis au niveau de vos priorités, mais
moi, je vois un... Puis ça, c'est mes vieux
réflexes d'avocat, mais, je veux dire, si on en laisse trop, là, on restreint
aussi l'interprétation possible, tu sais, je veux dire, dans le sens que, si on fait une liste trop
exhaustive dans le préambule d'un projet de loi, bien là, ce qui n'est
pas écrit risque de dire : Bien, le
législateur a voulu l'exclure. En tout cas, ça peut être plaidé. En tout cas,
moi, j'essaie de penser pour l'avenir : Est-ce qu'il ne faut pas
rester plus général?
Mais, si je vous demanderais c'est quoi, les
enjeux principaux que vous proposez, là, dans votre préambule... Qu'est-ce qui
vous laisse croire que la LQE, dans sa forme actuelle ou dans la forme proposée,
serait affaiblie ou ne ferait
pas le travail dans ces enjeux-là? Je vois, par exemple, la biodiversité, bon,
la protection de la biodiversité, c'est... J'essaie d'aller plus concrètement où vous voyez un risque de faiblesse
ou... Quand vous dites : Il faudrait être plus fort, avez-vous des
exemples concrets ou quelque chose de plus... bien, plus clair là-dessus?
Le Président (M. Iracà) :
M. Bourke.
M. Bourke
(Philippe) : Bien, déjà, on a proposé, entre autres, c'était déjà
quelque chose qui était dans les notes explicatives,
la volonté du gouvernement d'intégrer la santé humaine comme un élément
important à ajouter, donc de faire le lien fondamental qui existe entre
la protection de l'environnement et la santé humaine. Donc, ça, on le retrouvait
déjà dans les notes explicatives, donc, ça
nous apparaît nécessaire de minimalement l'intégrer dans ça pour montrer...
Puis je pense que, pour nous qui travaillons
dans le domaine de la protection de l'environnement, de faire la démonstration
que c'est lié, ces choses-là, ça va assurément aider à faire progresser les
choses.
Ceci dit, écoutez,
notre intention de vouloir augmenter ou d'ajouter des choses à la disposition préliminaire, je le rappelle,
vient du fait qu'on présume que l'intention est surtout axée sur l'amélioration de l'efficacité du processus. Puis, comme
on l'a dit, on n'a rien contre, et on cherchait une façon de contrebalancer
cette tendance-là, puis on pensait, à cet endroit-là, c'était le mieux. Maintenant,
je ne suis pas juriste, je n'ai pas réfléchi aux... les effets...
M. Bourke
(Philippe) : C'est ça.
Je suis content, ils vont pouvoir me donner leurs commentaires après. Mais, ceci dit, donc,
c'était notre proposition de vouloir mettre ces choses-là sur la table, à ce moment-ci, pour clairement
montrer qu'au-delà de la nécessité d'alléger le processus
le gouvernement maintient que la priorité, pour lui, c'est quand même son rôle de gardien de la protection
de l'environnement, et on pense que, formulé comme ça, ça aiderait.
M. Heurtel : Je comprends. Puis ce l'est. Je veux dire, encore
une fois, tu sais, quand on parle... par
exemple, avec la nouvelle structure, bien, fondée sur le risque, par exemple,
on se donne la latitude d'intégrer tous les projets sur les hydrocarbures, ce qu'on ne pouvait pas faire avant. Avec le test climat, on réussit maintenant
à approfondir puis, en amont, dès le
départ, de poser toutes les questions nécessaires, justement, reliées à la lutte contre les changements climatiques puis avoir des
réponses claires dès le départ.
Toute la question
de transparence, de participation
citoyenne, tu sais... puis encore, moi aussi, je suis limité dans le temps, là, mais il y a beaucoup de dispositions
dans le projet de loi pour mieux impliquer les citoyens et citoyennes,
groupes et autres plus tôt dans le
processus, en plus, avoir plus d'accessibilité; tout ça est fait dans une
optique de justement mieux protéger
l'environnement, je veux dire, il y a plusieurs exemples, là, comme ça. Mais
j'entends bien que ce qui ressort plus, ce que vous ressentez plus,
vous, de votre côté, c'est qu'on mise plus sur la simplicité, l'efficacité, la
prévisibilité. Mais je veux juste bien être
clair, les standards de protection de l'environnement ne sont pas du tout
affectés, au contraire, nous pensons, et moi, je le pense profondément,
qu'on améliore nos outils.
Sur la
question... vous parliez de schéma d'aménagement, tout ça, encore une fois, on
essaie d'y aller par étapes, parce
que la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme couvre justement la question de
schéma d'aménagement, comme vous le savez,
et ne relève pas du ministère de l'Environnement. C'est clair que c'est quelque
chose qu'il faut regarder, surtout quand
on parle de planification de transport, l'étalement urbain, tout ça. Mais,
encore une fois, ma question, c'est : Vous ne voyez pas, dans le test climat, une façon
justement de nous permettre d'analyser, justement, si un projet, justement,
va générer des émissions importantes? Puis ça peut aller jusqu'à une autoroute,
ça peut aller... Ça ne nous permet pas, justement,
d'entrer... de pouvoir approfondir les questions soulevées par de tels projets
et se rendre jusqu'à la question d'aménagement,
de planification urbaine? Je me demande si vous ne voyez pas là quand même une
partie de la solution.
Le Président (M. Iracà) :
M. Bourke.
M. Bourke
(Philippe) : Bien, je
pourrai te laisser compléter. Mais vous m'amenez sur la question
du test climat. Justement,
dans la
section où on en parle, on insiste énormément, justement,
sur... Et c'est un bon point que vous faites, parce que ce qu'on dit justement,
c'est que ce test climat là doit, en priorité, s'appliquer à ce genre de planification là. C'est là qu'on va faire les meilleurs gains, c'est en
amont, lorsqu'on réfléchit de la manière dont on va occuper le territoire,
la manière qu'on va développer nos villes,
la manière qu'on va... À la rigueur, ça peut être aussi au niveau
des politiques de développement, notre plan d'action sur l'exportation, par
exemple, en quoi il est connecté aux enjeux climatiques du Québec.
Donc, pour nous, le test climat, c'est là qu'il va avoir sa plus grande
importance, son plus grand pouvoir de faire changer les choses dans la
bonne direction.
L'idée de
l'appliquer à des projets spécifiques, on n'est pas contre, au contraire, mais je pense que ça pose plus de questions en
termes d'application. Mais, au contraire, moi, je pense que ça, cette idée-là,
elle est vraiment très importante, du
test climat, mais appliquée à la planification. Je ne sais pas si tu avais
peut-être un point, Alexandre, à rajouter là-dessus.
M. Turgeon (Alexandre) : Bien,
si c'est une façon de mieux regarder, pour le gouvernement, ce que font les
municipalités dans leur planification, dans leurs outils de planification, dans
les plans d'urbanisme, dans les schémas d'aménagement qui peuvent avoir des
conséquences environnementales assez dramatiques, non seulement par le développement urbain, sur le drainage des sols,
mais également sur notre consommation énergétique de par les modes de
transport qui sont associés au développement urbain, si le test climat permet
de poser un regard, et d'être un peu plus sévères, et de requestionner le travail des
municipalités... Vous savez, on a une approche où on dit que les
municipalités... On est d'accord avec une
plus grande autonomie envers les municipalités sur leurs façons de faire les
choses, mais que cette autonomie-là
doit s'accompagner d'une obligation plus grande de résultat par rapport à des
objectifs de société qui sont établis
dans différentes politiques gouvernementales. Et, en ce sens là, si ça donne
une meilleure poignée au gouvernement pour
rappeler à l'ordre des municipalités sur leur travail à faire en matière
d'aménagement du territoire et de transport, bien, tant mieux.
Le Président (M. Iracà) :
Merci, M. Turgeon. M. le député de Maskinongé, en
2 min 30 s.
M. Plante : Bon, bien, écoutez, bien, merci beaucoup, M. le Président. Donc, écoutez, très rapidement... Tantôt,
je vous ai entendu parler au niveau des ressources du ministère, et on a eu la
chance de faire, même, des tournées de consultation, tout ça. On entend le même
commentaire souvent que, bon, soit qu'il manque de ressources ou l'accompagnement est plus difficile dans certains
cas. Et j'ai entendu dire aussi... puis, lors des consultations, on a pu le constater ensemble,
il y a certaines personnes qui disaient qu'on pourrait donner ou faire jouer un
rôle plus important à des sociétés
d'État comme RECYC-QUÉBEC dans différents dossiers à différents niveaux, un
exemple : des sites d'enfouissement, ou
des choses comme ça, et j'aimerais entendre votre point de vue là-dedans, là,
très rapidement, puisque je pensais qu'il me restait sept minutes, mais
c'est deux minutes.
Le Président (M. Iracà) :
Alors, M. Bourke.
M. Bourke
(Philippe) : Écoutez, si on parle spécifiquement du dossier des
matières résiduelles, puis, tu sais, je ne veux pas faire de lien par contre avec la question... l'enjeu des ressources
humaines ou financières du ministère, mais c'est clair que, dans ce dossier-là, on le constate, nous, de notre
point de vue, il y a effectivement un besoin, assurément, de trouver une façon de réduire les dédoublements,
de clarifier les rôles respectifs du ministère et de RECYC-QUÉBEC pour rendre plus opérationnel ce chantier
important qu'est notre politique de gestion des matières résiduelles. Alors,
est-ce que c'est la bonne solution de
confier plus de responsabilités à RECYC? Assurément que ça vaut la peine de
regarder. Moi, je vous encourage à le faire
parce que vous touchez là à une problématique importante, de notre point de
vue, où il y a un dédoublement, une
grande inefficacité dans ce dossier-là, mais je me... sous toutes réserves
parce qu'évidemment je n'ai pas consulté, là, mais c'est à explorer,
sans doute.
Mais, pour ce qui est d'autres mandats, je ne me
prononcerais pas parce que les sociétés d'État qui sont liées au ministère de l'Environnement, à
part celle-là,
je n'en connais pas d'autre. Puis je pense que je réitère l'importance
de bien doter le ministère, aussi, d'effectifs, de ressource qui est capable de
bien jouer son rôle de surveillance, de contrôle, et... c'est ça.
Président (M. Iracà) : Alors, merci beaucoup, M. Bourke.
Ceci met fin à la période d'échange avec la
partie gouvernementale. Nous
allons procéder à la période d'échange avec le premier groupe d'opposition. M.
le député de Jonquière, la parole est à vous.
M. Gaudreault : Avec le
groupe d'opposition officielle, M. le Président.
Le Président (M. Iracà) : Ah!
le premier groupe... bien sûr, officielle.
M. Gaudreault : Avec le
groupe d'opposition officielle.
Le Président (M. Iracà) : Le
groupe d'opposition officielle, bien sûr.
M. Gaudreault :
Merci d'être ici, M. Bourke, M. Turgeon, M. Chaperon, vous
cassez la glace. Alors, vous êtes les
premiers et soyez assurés que vos recommandations seront prises en compte, même
si les consultations vont continuer. Vous
pouvez avoir l'impression que, ah, ça a évolué puis qu'on est un peu loin quand
on arrive plus tard dans le processus, mais je veux vous rassurer quant
à ça.
Maintenant,
moi aussi, je veux y aller sur le Fonds vert pour commencer. J'aime bien votre
expression quand vous dites,
M. Bourke : La gestion du Fonds vert ne doit pas se limiter à une
feuille Excel, là, grosso modo, là, bon, parce que ce n'est pas que comptable, là, quand on parle de
réduction de GES. Mais, en même temps, à la page 16 de votre
mémoire, il y a un point, là, à la toute fin, où, justement, vous faites une
critique des sommes allouées... la gestion des sommes allouées au MTQ, et là vous soulevez quatre préoccupations majeures,
là : aucune cible de réduction de GES n'est exigée, bon, etc., je ne veux pas le lire ici. Justement, cet exemple-là que vous donnez fait
paradoxalement la confirmation qu'il faut avoir une gestion quand même serrée du Fonds vert. Donc, comment on peut
trouver le bon équilibre, là, entre pas trop de contraintes, tenir compte de la réalité intrinsèque du Fonds vert et de
ses objectifs, mais quand même avoir une reddition de comptes qui est
correcte et qui est collée à l'objectif qui est d'atteindre des cibles de
réduction de GES?
Le Président (M. Iracà) :
M. Bourke.
M. Bourke
(Philippe) : C'est un bon point que vous soulevez, effectivement.
D'une part, on dit qu'il y a un contrôle
trop serré, puis, après ça, on vient dire qu'il n'y en a pas assez. Écoutez, ma
remarque, je pense que je l'avais déjà abordé quand on a adopté la
Loi sur le
développement durable, on a créé le poste de Commissaire au
développement durable puis on lui a demandé
de surveiller en particulier la mise en oeuvre de cette fameuse loi, mais ça
s'est adonné que le commissaire
semble avoir interprété son rôle comme de la surveillance du ministère du
Développement durable, et, année après année, est très dur à en faire...
de la manière dont le ministère fait ses choses, et donc le force à
continuellement corriger et de plus surveiller,
contrôler, compter. Puis, pendant ce temps-là, d'autres ministères qui prennent
des décisions à tous les jours qui
vont complètement à l'envers du développement durable, comme décider de
construire une autoroute qui va drainer un important étalement urbain,
bien, personne ne les surveille.
Bien,
on retrouve à peu près la même chose ici lorsqu'on parle de la gestion du Fonds
vert. Donc, le ministère de l'Environnement
est continuellement mis au banc des accusés pour comment ça se fait, telle
dépense, puis pourquoi c'est telle
chose, puis là il est obligé de toujours s'expliquer puis dire... puis là,
après ça, là, être forcé de continuellement rajouter des briques autour de qu'est-ce qu'il fait. Puis,
pendant ce temps-là, bien, le ministère des Transports, qui est
responsable de près du deux tiers des dépenses du fonds, bien, lui, on lui
confie le fonds en disant : Bien, voici, tu dois faire de la réduction de gaz à effet de serre, mais avec des
modalités de contrôle qui sont moindres. Donc, nous, on dit : Est-ce
que c'est le conseil de gestion qui va régler ça? On ne le sait pas. En
attendant, une des choses qu'on perçoit, c'est que, minimalement, si on réussissait à distinguer l'argent qui va dans le
fonds de celle qui irait à des actions vraiment dédiées à la réduction des gaz à effet de serre, déjà ça
améliorerait énormément le contrôle au niveau des dépenses du ministère
des Transports. Et donc c'est dans ce sens-là, là... Effectivement, c'est un
peu deux poids, deux mesures. Je pense que, peut-être, il faut changer notre
mode de contrôle et l'orienter un peu plus aux endroits où ça compte un peu
plus.
Le Président
(M. Iracà) : M. le député.
M. Gaudreault :
Bien, peut-être qu'au fond la solution se trouve dans la page 15 de votre
mémoire, un, deux, trois, quatrième
paragraphe, quand vous dites : «...la réforme en cours doit permettre de
fixer des cibles de réduction sectorielles qui incitent les principaux
ministères à intégrer plus formellement la lutte aux changements climatiques à
l'ensemble de leurs activités.» Autrement dit, est-ce que vous dites qu'on
devrait aller plus loin en prévoyant, dans une
loi, soit la LQE ou une autre, j'en ai suggéré une, moi, en ce qui me concerne,
en tout cas, en ce qui nous concerne... Est-ce qu'on pourrait, à ce moment-là, fixer des cibles de réduction
sectorielles, donc transport, qui permettrait de trouver cette voie de
passage? Parce que, là, présentement, il n'y en a pas. On a des cibles
politiques, mais qui ne sont pas contrôlées par une loi, d'une certaine
manière.
M. Bourke
(Philippe) : On a fait la proposition, cet été, lorsqu'on a participé
aux travaux de la commission des... c'est la...
Une voix :
Ressources naturelles.
M. Bourke
(Philippe) : ...ressources naturelles, sur le projet de loi
n° 106, qui met en place Transition énergétique Québec. Nous, on a
fait la suggestion que ça soit une
loi sur la transition énergétique et qui
intègre, justement, des cibles sectorielles
parce que, sinon, ça devient tout simplement une gestion de programme, puis
finalement un ministère peut recevoir
des sommes pour établir des programmes de réduction, mais entre-temps établit
des politiques publiques qui vont en
sens inverse. Donc, en mettant une cible, on s'assure qu'à la fois dans la
façon dont ils délivrent les programmes et à la fois dans les plans de développement qu'ils mettent en oeuvre ils
aient cette obligation et même cette imputabilité à rendre des comptes
sur l'atteinte de leurs cibles de GES.
Moi,
j'arrive du Maroc. L'année passée, je suis allé en France, puis c'est comme ça
que ça fonctionne, il y a des obligations de résultat. Et on pense qu'en
termes de saine gestion, saine gouvernance, ça devrait aller de soi qu'on se
donne ce genre de cibles là.
M. Gaudreault :
Mais est-ce que ça, ce devrait se faire dans la loi actuelle qu'on est en train
d'étudier?
M. Bourke
(Philippe) : Écoutez, nous, on le propose. Parce qu'après ça il faut
le calculer, là. C'est facile de le dire,
mais, après ça, c'est combien on l'attribue? On est conscients que c'est un
défi. Peut-être que, dans le prochain plan d'action, 2020‑2030, ça pourrait être l'occasion. Sinon, nous, on n'a
pas perdu espoir que, dans la stratégie énergétique, ça devrait se retrouver là, ça devrait être la
première responsabilité de Transition énergétique Québec que de fixer des
cibles.
M. Gaudreault :
Que ce soit évaluable et que ce soit mesurable. O.K.
M. Bourke
(Philippe) : Bien, exactement. Donc, il y a des opportunités en ce
moment, oui, mais là pour vous dire à
quel endroit c'est le mieux... Je pense que nous, on fait juste soulever la
problématique ici que c'est important qu'on se donne cet outil-là.
M. Gaudreault :
Ça m'amène justement, moi aussi, à vous questionner sur les dispositions
préliminaires parce que, quand je
lis, à la page 7, là, le bout en gras que vous voulez ajouter, c'est
quasiment des mots qui en font un genre de loi un peu fondamentale parce que vous parlez du caractère collectif, d'intérêt
public, les générations futures. C'est comme si vous voudriez y donner un statut un peu plus solennel, je ne sais pas
trop comment l'exprimer, là, mais vous arrivez quand même avec des dispositions ou des mots qui donnent
un caractère un peu plus formel. Est-ce que je vous lis bien ou...
Est-ce que vous pouvez nous parler davantage de ça?
M. Bourke
(Philippe) : Je m'excuse... Écoutez, quand elle a été créée, cette
loi-là, en 1972, on ne vivait pas dans un
monde où les ressources étaient limitées, c'était un monde encore de ressources
illimitées, il fallait juste faire de la mitigation. On constatait que
le développement entraînait des conséquences, et on se disait : Bien, il
faut limiter ces conséquences-là, mais on continue le développement. Aujourd'hui,
en...
M. Bourke (Philippe) :
... — 2016,
oui, c'est ça, je cherche parce que 2015, 2014, 2016 — ...
M. Bourke
(Philippe) : ...2016 — oui,
c'est ça, c'est peut-être ça — on
est rendus ailleurs. Et donc là, là, il
faut... cette loi de la protection d'environnement, là, elle n'a plus la même responsabilité qu'à l'époque, elle est là pour garantir
le maintien des conditions d'existence sur
la terre. Ça peut paraître ésotérique, ce que je vous dis, là, mais c'est la
réalité, lorsqu'on lit les rapports, à
chaque jour, qui nous tombent, que ce soit de l'ONU, d'un peu partout sur la
planète, sur la disparition de la
biodiversité, sur les changements
climatiques, etc. Donc, à quelque part, là, il faut repréciser un peu plus ce qu'on veut faire
avec cette loi-là.
Le Président (M. Iracà) : Une
minute.
M. Gaudreault : Merci,
oui. Il nous reste une minute, donc le temps file vite, mais je veux absolument
vous entendre, parce que
vous avez l'air très inquiet sur l'idée des consultations ciblées. Je ne
relirai pas votre mémoire, là, page
12, mais pouvez-vous nous expliquer un peu plus... Vous suggérez quoi, là, vu
que vous êtes inquiet, là? Vous ne donnez pas votre appui, comme vous
dites : «[On] réserve donc [notre] appui à cette proposition»,
page 12.
M. Bourke
(Philippe) : Bien, la seule
chose qu'on suggère, c'est une définition. Pour le moment, notre
inquiétude est plus liée au fait qu'on ne
sait pas ce que c'est. Ce n'est pas vraiment une inquiétude comme une... Avant de dire
quoi que ce soit, on va attendre de voir ce que ça veut dire. Donc, je pense
que ce serait nécessaire d'expliquer un peu mieux l'intention et ce que ça veut dire dans les faits. Parce qu'évidemment, dès qu'on touche aux enjeux
comme les consultations publiques,
là, on sait que les Québécois tiennent beaucoup au BAPE, au processus
classique. Alors, quand on arrive avec des nouvelles choses, je pense,
c'est important de le définir correctement.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup, M. Bourke. Ceci met fin à l'échange avec le porte-parole de l'opposition officielle. Nous allons débuter un autre échange avec le porte-parole du deuxième groupe
d'opposition, le député de
Masson. La parole est à vous.
M. Lemay :
Merci, M. le Président. Donc, à mon tour de vous saluer. Je vais vous amener à
la page 10 de votre mémoire.
Dans votre premier encadré, quand vous parlez, dans le fond, que «l'examen
attentif des règlements d'application devient
une condition essentielle pour juger de la saine gestion du risque» au niveau
des quatre types de risques — bon, je
crois que vous apportez des nuances ici, là — est-ce que voulez en dire
davantage?
M. Bourke
(Philippe) : Bien, écoutez, on dit : Le diable est dans les
détails. Je me souviens que, lorsqu'on était venus présenter notre mémoire ici sur le livre vert, on avait fait la
suggestion de faire des tests, d'essayer de mettre des idées de projet, sur la table, fictifs puis de voir où
est-ce qu'ils se situeraient dans ces quatre échelons-là pour qu'on soit
capables de figurer un peu de quoi on parle,
parce que, compte tenu du fait qu'effectivement on n'a pas la réglementation,
c'est difficile. Le principe, on y adhère,
mais où est-ce qu'on va situer le changement de case pour des niveaux de
risque, tel projet va être dans un ou
dans l'autre? Tant qu'on n'a pas cette réponse-là, effectivement, c'est une
source d'inquiétude.
Et, nous, un des éléments qu'on mentionne aussi,
l'importance, là-dedans, c'est de tenir compte de certaines particularités territoriales. Donc, un risque peut
être faible à certains endroits... comme la perte d'un milieu humide sur
la Côte-Nord versus la perte d'un milieu
humide à Laval, on s'entend que ce n'est pas la même problématique, ce n'est
pas le même risque. Alors, si on se fie
uniquement à des tailles, bien, on risque de passer à côté de quelque chose
d'important. Donc, c'est la seule nuance qu'on voulait apporter ici.
Le Président (M. Iracà) : M. le
député.
M. Lemay :
Merci. Donc, ce que je peux comprendre, c'est que vous verriez, à travers la liste qui va être
émise par règlement, de peut-être
avoir, peut-être, une grille d'analyse pour pouvoir dire : Ah!
compte tenu des particularités régionales, il pourrait être soumis à une
autre catégorie de risques que ce qui est écrit dans le règlement.
M. Bourke
(Philippe) : Bien,
exactement. On s'attend à ce que les critères soient quand même multiples, là,
que ça ne soit pas uniquement limité, par
exemple, à un tonnage, ou à une taille d'un territoire, ou quoi que ce soit, parce que tout ça peut avoir des... L'effet de cumul, je n'en ai pas parlé, mais c'est
la même chose. Donc, plusieurs petits projets dans un territoire restreint, globalement, peut avoir un
impact grand, mais, si on les prend un à un, on va juger qu'ils sont à
faible risque. Donc, c'est le genre de chose qu'il faut regarder.
M. Lemay : Merci pour les précisions. Pour le souci du
ministre, là, j'ai entendu tantôt le député de Jonquière aussi mentionner que ça serait important
qu'on ait accès audit règlement ou auxdites listes, donc j'imagine
qu'éventuellement, dans l'étude détaillée, ce sera rendu disponible pour
permettre l'étude du projet de loi convenable.
J'aimerais
vous poser une question. Si on s'en va à la page 11, là, vous allez...
dans votre premier encadré, vous parlez
sur le principe f, de l'accès au savoir, de la
Loi sur le développement durable. Vous mentionnez que c'est toute l'information qui devrait être publique, pas seulement une majorité ou
davantage, là. Vous voulez m'en dire davantage sur cet encadré, s'il
vous plaît?
M. Bourke
(Philippe) : C'est à quel endroit qu'on en a parlé?
M. Bourke
(Philippe) : Ne bougez pas,
c'est parce que, cette portion-là du mémoire, on l'a faite voilà
deux jours puis là je me... Bien, on
est censés avoir rajouté une
section où on traite d'une façon plus spécifique
de ce qu'on entend, donc, par cette
information... voyons, nécessairement importante à avoir. Écoutez, je vais prendre la question en
délibéré puis je vous enverrai notre
réponse, là, parce que je ne retrouve pas... On avait vraiment fait
l'exercice de bien détailler le genre d'information... bon, évidemment,
quand on dit «toute l'information», on est conscients qu'il y a des limites,
là, il y a toujours des...
M. Lemay :
...parce que...
Le Président
(M. Iracà) : Excusez-moi, M. Bourke, simplement l'envoyer au
secrétariat, on va s'assurer de l'envoyer à tout le monde.
M. Bourke
(Philippe) : Oui, absolument. Ça sera fait.
Le Président
(M. Iracà) : Merci.
M. Lemay : Si je me rappelle, lorsqu'on faisait l'étude du
livre vert, il était mention de certaines informations de nature industrielle ou concurrentielle, là, que peut-être
qu'elles ne seraient pas rendues publiques, mais, bon, si vous avez vos
précisions à cet effet, ça sera apprécié.
M. Bourke
(Philippe) : Parfait, merci. On fera ça.
M. Lemay : Parfait. Je vais vous ramener, d'abord, à la
page 8 de votre mémoire, là, dans l'encadré de la... bien, en fait, dans la recommandation 4. Quand que
vous parlez de revaloriser les évaluations environnementales
stratégiques, vous semblez voir ça d'un bon oeil. Je ne sais pas si vous voulez
en dire plus.
M. Bourke
(Philippe) : Oui, bien,
c'est un bon point, on l'aborde plus loin aussi dans le mémoire. On est
contents de voir l'intégration de cette question de l'évaluation
environnementale stratégique dans le projet de loi. Nous, ça fait longtemps qu'on milite pour cet outil-là. Par
contre, on dénote que, oui, il y a un bon début, mais il reste du travail à
faire parce qu'on aurait besoin que ça soit plus évident :
quand est-ce qu'on l'applique, à partir de quand, qui s'en occupe, à quelles fins. Toute cette mécanique-là mérite, à
notre point de vue, d'être mieux explicitée soit dans le projet de loi ou dans un règlement; là-dessus, on laisse la discrétion aux
parlementaires de décider. Mais visiblement, oui, il y a une avancée. On est contents de le voir là, mais ça nous
apparaît encore bonifiable, là. Disons qu'il y a du travail à faire pour
rendre cet outil-là, qui est fondamental, qui est un vrai outil moderne de développement
durable... lui rendre vraiment toute sa capacité d'action puis de nous faire
avancer.
M. Lemay : Parfait. Il nous reste à peine une minute. Je ne
sais pas s'il y a quelqu'un d'autre qui voulait ajouter quelque chose ou si vous vouliez compléter, parce
que vous semblez mentionner que vous
n'aviez pas tout dit dans vos remarques préliminaires.
M. Turgeon (Alexandre) : Bien, écoutez, Philippe me demande de peut-être
compléter sur une question qu'on aborde
à la page 16 du mémoire et qui concerne la question des milieux humides, qui
va être traitée dans un autre projet de loi, mais nous, on rappelle l'importance, dans des négociations qui ont cours
avec les municipalités sur la délégation de pouvoirs... On sait que les municipalités ont des demandes de délégation
de pouvoirs en matière d'autorisations environnementales,
notamment en ce qui traite la question des milieux humides. Nous, on vous
rappelle que les villes gèrent l'aménagement
du territoire... qui reconnaît, dans la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme,
que c'est un rôle politique. Délivrer
des autorisations environnementales, ça relève davantage d'une question
scientifique que d'un pouvoir politique, et donc il faut être extrêmement prudents sur cette délégation-là de
pouvoirs à faire aux municipalités. Nous, on pense que, non, au contraire, c'est le l'État qui doit être
le gardien de ces autorisations-là parce que les villes sont en conflit
d'intérêts sur qu'est-ce qui se passe sur
leur territoire et ils ne peuvent, à notre avis, pas bien faire les arbitrages et de se préoccuper
des questions scientifiques qui doivent être derrière les décisions de protéger
un milieu ou d'autoriser un projet ou pas.
Le Président
(M. Iracà) : Merci beaucoup, M. Turgeon, M. Bourke,
M. Chaperon. Merci beaucoup de votre contribution à cette commission.
Je suspends les travaux quelques instants et je
vais demander au deuxième groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 20)
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup. Nous allons reprendre les travaux.
Je souhaite
la bienvenue aux représentants du Centre québécois du droit de l'environnement. Je vous demande de bien
vouloir vous présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Je vous
rappelle que vous disposez de 10
minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, messieurs, la parole
est à vous.
M. Baril
(Jean) : Merci. M. le ministre, M. le Président, MM. les législateurs et députés — je crois qu'il n'y a pas de Mme législateur
aujourd'hui — mon
nom est Jean Baril, je suis avocat, docteur en droit, professeur de droit au Département de sciences juridiques de l'UQAM et
vice-président du Centre québécois
du droit de l'environnement.
Je suis accompagné, à ma gauche, de
Me Michel Bélanger, avocat émérite, président fondateur du Centre québécois du droit de
l'environnement. Je vais passer,
étant donné le temps limité, la présentation de notre organisme. Je pense que
vous nous connaissez suffisamment.
Donc,
conformément à la mission et aux valeurs du CQDE, aujourd'hui, on veut
principalement aborder les droits d'accès à l'information, de
participation et d'accès à la justice en matière environnementale, que je
rappelle : Le principe 10 de la
déclaration de Rio sur le développement durable, en 1992, dit que la meilleure
façon de traiter les questions d'environnement, c'est d'assurer aux
citoyens ces trois droits-là procéduraux; pas une bonne façon parmi d'autres,
la meilleure façon.
En 1978, il y
a eu une importante réforme de la
Loi sur la qualité de l'environnement, qui
donnait pour la première fois à la
population du Québec certains droits en matière d'environnement. Alors, on
était un précurseur. Malheureusement, ces
droits-là ont resté inchangés depuis. Et le CQDE est tout à fait d'accord avec
le ministre et le projet de loi qu'il faut absolument moderniser nos
mécanismes, non seulement ceux d'autorisation, mais aussi ceux qui donnent des
droits aux citoyens.
Il faut
rappeler que l'objectif essentiel, et on rejoint un peu les préoccupations des
intervenants précédents... la réforme
vise principalement à satisfaire les demandeurs d'autorisation environnementale
en simplifiant les mécanismes d'autorisation,
ce avec quoi on est d'accord, et en réduisant leur nombre de 30 %, comme
l'indique l'analyse d'impact réglementaire du projet de loi préparée par
le gouvernement.
Donc, l'objectif
central de la réforme quand on lit l'analyse réglementaire, ce n'est pas la
protection de l'environnement,
c'est... il n'est pas de répondre aux besoins ou exigences des seuls
bénéficiaires du droit à la qualité de l'environnement,
en vertu de la loi et de notre charte, que sont les citoyens et citoyennes du
Québec. Une façon de le faire, d'améliorer non seulement les mécanismes
d'autorisation pour les demandeurs, c'est par la fameuse disposition préliminaire dont il y a été fait mention tantôt. Nous
aussi, on considère que, si on veut tenir compte des enseignements du
droit international qui sont survenus depuis une trentaine d'années, depuis
l'adoption de la LQE, entre autres, la disposition devrait clairement indiquer
le caractère collectif et d'intérêt public de l'environnement ainsi que le rôle
de l'État, son gardien, de le protéger et de
l'améliorer parce que la question de la protection de l'environnement,
c'est essentiel, mais l'amélioration de la qualité de l'environnement est aussi
une responsabilité du ministère.
L'importance de lutter contre les changements
climatiques, de préserver la biodiversité en respectant la capacité du support des écosystèmes. Capacité de
support des écosystèmes, c'est une notion centrale du développement durable parce qu'on ne peut pas dépasser cette
capacité-là. Et à l'heure actuelle on retrouve cette notion-là à l'article 24,
donc — M. le ministre est un ancien... est un avocat — ça
veut dire que cette notion-là ne s'applique qu'à la
section des
autorisations ministérielles. Nous, ce qu'on voudrait, c'est que la notion de
capacité de support des écosystèmes s'applique — le mot «transversalité» — à
l'ensemble de la loi. C'est un aspect essentiel si on veut
Ce type de
disposition introductive, un peu à l'exemple de celle qui est contenue au Code civil
du Québec, par ailleurs,
servirait à mieux baliser les nombreux pouvoirs discrétionnaires accordés au ministre
dans la loi, et ce, au bénéfice de
tous les bénéficiaires du droit à l'environnement. L'intégration de telles balises atteindrait
aussi les objectifs de clarté et de prévisibilité dans lesquels dit
s'inscrire le projet de loi.
Par ailleurs, nous nous interrogeons fortement
sur le sens et la pertinence d'inclure, et je cite, «les réalités des
territoires et des collectivités qui les habitent» à la fin de cette
disposition. Alors que les autres éléments énumérés peuvent être compréhensibles, on s'interroge sur l'objectif qui est visé
par cette énumération-là. Si c'est la prise en compte des collectivités
qui habitent les territoires qui préoccupent le ministère, on devrait plutôt le
faire en réaffirmant le principe de
subsidiarité dans la loi, qui est un principe reconnu autant en droit
international qu'en droit interne canadien, et en renforçant le rôle et les pouvoirs des municipalités dans la loi, ce qui est inexistant dans l'actuel projet de loi. Par exemple, selon nous, les municipalités devraient avoir
le pouvoir d'adopter des réglementations supérieures à ce qui est prévu et adopté par les réglementations nationales au
Québec. On réaffirme aussi que le droit à la qualité de l'environnement,
qui est affirmé dans la
Loi sur la qualité
de l'environnement et dans notre charte, doit s'appliquer également sur
l'ensemble du territoire québécois, et nous ne comprenons pas ce qui est
recherché par cet ajout.
des principaux points forts de la loi n° 102 — et ça, j'en suis très content, j'ai fait ma
thèse de doctorat sur l'accès à l'information, l'Assemblée nationale
m'avait remis un prix par rapport à ça — c'est la question de l'accès
à l'information — il y a des gens qui ont lu ma thèse et j'en
suis très content. Cependant, et je remercie le ministre, il y a
beaucoup d'efforts qui ont été faits sur ça, mais il y a une lacune quand même
assez grave : les demandes d'accès à l'information, au moment où les
demandeurs d'autorisation vont déposer une demande d'accès à l'information, les
documents ne seront rendus accessibles
qu'une fois l'autorisation accordée par le registre de 118.5. Les demandes ne
feront l'objet que d'un simple avis sur le
registre, comme on peut le voir actuellement, donc : une compagnie à
numéro, région administrative Bas-du-Fleuve, déposé le 17 janvier 2017,
une demande en vertu de l'article 22. Ça n'explique pas du tout les
enjeux, les impacts ni pour les élus municipaux ni pour la population, donc
impossibilité pour les citoyens de connaître,
de faire des représentations. Ils sauront... ils obtiendront
effectivement — c'est un
progrès — ces
renseignements-là au moment où l'autorisation aurait été émise. Et,
Michel va en parler tantôt, malheureusement, à ce moment-là, ils n'auront plus
aucun recours parce qu'il n'y a aucune avancée sur la question de l'accès à la
justice.
la participation publique, encore là, il y a de nombreuses avancées qui
répondent à des demandes historiques de plusieurs groupes de recherche qui avaient été avancés. Malheureusement,
selon nous, la question de l'EES, si, oui, c'est un progrès de mettre les évaluations
environnementales stratégiques dans la loi, la mécanique qui est proposée nous
semble vraiment déficiente, manquer
d'indépendance, relever de la très haute fonction publique de cinq ministères,
qui peuvent avoir des intérêts à
s'entendre entre eux, et avec un rôle très limité pour le Bureau d'audiences
publiques en environnement.
BAPE, ça aussi, c'est une autre question. On est déçus de voir que toutes les propositions,
recommandations à l'effet du mécanisme de
nomination des commissaires n'ont pas été retenues. Ce qu'on dit, c'est :
Il y aura un mécanisme qui pourra éventuellement proposer un mécanisme
de nomination des membres du BAPE. Donc, sur la question de la participation
citoyenne, notre principale critique porte sur l'EES, sur la mécanique comme
telle, et aussi, comme les intervenants
précédents, sur la question des audiences ciblées. On a vu, dans le dernier
rapport... dans la dernière audience du BAPE sur Énergie Est, en vertu
de 6.3, que le ministre avait donné comme mandat d'exclure les considérations économiques.
On se souviendra qu'il y a eu des débats aussi entre la Régie de l'énergie et même entre le BAPE, il y a eu des prises de bec sur... si la capacité de production énergétique du Québec
ne devrait pas être étudiée par les... durant
les auditions publiques du BAPE parce
que ça aurait fait l'objet de débats à la Régie de l'énergie. Selon nous,
et, encore là, il n'y a aucune définition de qu'est-ce que ça
serait, une audience ciblée, personne ne peut demander une audience ciblée en
vertu du projet de loi, mais le ministre
peut décider qu'il y aura une audience ciblée. À notre avis, c'est les deux
grandes questions, sur la question de la participation publique, qui nous
semblent préoccupantes.
Je vais laisser la
parole à Michel sur l'accès à la justice.
M. Bélanger
(Michel) : Oui, je vais être assez bref pour prendre plus de questions
plutôt après.
Dans
un premier temps, au niveau des mécanismes d'autorisation, on n'a pas beaucoup
d'opinions sur le fait d'avoir changé,
de passer d'un régime de 22 à quatre régimes. On vivait quand même dans un
système qui ressemblait à ça, mais avec
peut-être moins de... c'était moins clair qu'on avait quatre régimes, là, aussi
distincts que maintenant. Mais, pour nous
autres, il n'y a pas grande différence à ce chapitre-là. Bien entendu, par
contre, comme on l'avait mentionné au livre vert, donc, on avait anticipé, il y a plus d'un an, que c'est ce qui
arriverait, et ça, malheureusement, c'est ce qui arrive. Ça prenait ou
ça nous prend... ça aurait pris les règlements d'application à plusieurs égards
pour savoir exactement où le ministère s'en allait sur beaucoup d'enjeux.
Juste
donner un exemple : quand on prend, à l'article... nouvel
article 24,
qu'on va tenir compte des changements climatiques,
c'est intéressant de le lire, mais, quand on lit l'analyse d'impact du
règlement, on dit clairement que ça va s'appliquer
dans des cas exceptionnels, ce que, donc, le règlement nous aurait permis de
jauger éventuellement qu'est-ce qu'on
entend par... dans l'analyse réglementaire, que l'analyse des impacts sur les
changements climatiques va être faite exceptionnellement seulement.
Le Président (M.
Iracà) : Vous avez 40 secondes, simplement pour vous aviser.
M. Bélanger (Michel) : D'accord. L'autre élément, probablement l'un des
éléments les plus fondamentaux de la loi,
on l'a mentionné, vous l'avez souligné tout à l'heure, la grande discrétion donnée
au ministère et au ministre dans cette loi-là est quelque chose qui est à déplorer parce que c'est un net recul.
Parmi les dispositions où le plus... selon moi, une des plus importantes, c'est l'abrogation totale de la
disposition de l'article 24, qui était la seule disposition impérative de
la loi. Le mot «doit» apparaissait une seule
fois, et ça disait que le ministre, dans la délivrance des autorisations, se
doit de respecter la loi. Ça a
l'air... c'est tellement absurde comme disposition, tellement qu'elle est
évidente, et on ne comprend pas qu'on l'ait enlevée dans la nouvelle loi. Les tribunaux s'en étaient accommodés, la
jurisprudence s'est reposée là-dessus. Or, on va recommencer avec un
régime totalement nouveau, et, M. le ministre l'a mentionné, lorsqu'on ajoute
des choses, on enlève, par le biais de l'interprétation des lois... Bien
entendu, on va se poser la question : Pourquoi le législateur est allé enlever l'obligation pour le ministre de
respecter sa propre loi?
Le Président (M.
Iracà) : Merci beaucoup, M. Bélanger. Merci pour votre exposé. Nous
allons procéder maintenant à la période d'échange avec la
partie
gouvernementale, et je vais céder tout de suite la parole au ministre.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, maîtres. Mécanique EES.
Alors, ça serait quoi qu'il faudrait qu'on fasse?
M. Baril
(Jean) : Nous, on a consulté, autant pour le livre vert que sur la
question du projet de loi n° 102, des
gens, par exemple, de l'association québécoise d'évaluation des impacts, que
vous allez recevoir, M. Gilles Côté, du Secrétariat international francophone pour l'évaluation
environnementale. On a regardé aussi ce qui se passe dans l'État de New York, où ils ont, depuis plus longtemps que
nous, l'évaluation environnementale stratégique des plans, politiques et
programmes, et ce qui nous apparaît... parce
que c'est... on est dans une discussion, là, on comprend qu'est-ce qui est
en avancée, c'est une avancée de mettre,
dans la loi, une obligation de tenir des EES, mais ça apparaît quand même au
niveau de la participation publique, c'est un comité interne de cinq ministères
qui sont les cinq plus grands ministères qui peuvent avoir des impacts par...
M. Heurtel :
...maître, je sais ce qui est écrit, je vous demande qu'est-ce qu'il faudrait
améliorer.
M. Baril (Jean) : Oui. Bien, donc, améliorer l'indépendance de votre mécanique. Par
exemple, ça pourrait être le président
du BAPE qui pourrait participer à ça, peut-être, on peut penser au Commissaire
au développement durable. On peut
penser à des gens indépendants de la haute fonction publique qui ont un intérêt
eux-mêmes à ce que des projets, qui vont
découdre de leurs filières, de leurs plans, politiques et programmes, ne soient
pas nécessairement... Je ne crois pas que
le BAPE soit... fasse
partie nécessairement des priorités de la très haute
fonction publique. On se bat souvent, comme groupe, mais... comme les groupes environnementaux, pour obtenir que les
BAPE se tiennent sur des projets ou sur des plans, des politiques ou des programmes. Donc, augmenter, améliorer
l'indépendance de l'organisme qui est en charge de l'évaluation
environnementale stratégique.
Heurtel : À New York, comment c'est fait? Alors, dans les cas... Parce
que, moi, l'idée de l'EES, ça provient de
la notion américaine, là, de «scoping». Et donc, si vous dites que vous avez
étudié New York, alors, qu'est-ce qu'ils font, à New York?
M. Baril (Jean) : L'idée de «scoping», c'est aussi ce que vous allez faire, et je vous en
félicite, la question de permettre la
consultation publique sur un projet, initialement, pour que les gens puissent
s'exprimer sur les enjeux avant qu'on envoie l'entreprise élaborer une
étude d'impact.
M. Heurtel :
Des fois, ça se fait aussi dans le cadre d'un processus, ça.
M. Baril
(Jean) : Oui. Mais, dans...
M. Heurtel :
Ce n'est pas seulement que de la consultation, ce n'est pas seulement...
M. Baril
(Jean) : Non, ce n'est pas seulement de la consultation.
M. Heurtel :
...recevoir, c'est de faire un véritable processus.
M. Baril
(Jean) : Exactement.
Heurtel : Alors, j'essaie de savoir, moi — c'est très bien, vous avez émis votre
critique — j'essaie
de voir : Ce serait comment qu'on améliorerait le processus des
EES?
M. Baril
(Jean) : À notre avis, le Bureau d'audiences publiques en
l'environnement, qui est un des rares organismes, en tout cas, un des
organismes administratifs qui jouit d'une grande crédibilité... on voit comment
c'est important quand on regarde ce qui s'est passé avec l'ONE au fédéral...
devrait avoir un rôle dans l'EES comme dans l'évaluation des projets pour
intégrer la démarche, pour que les mécanismes de consultation, d'information et
de participation, qui relèvent de l'EES,
soient pris en compte, après ce qui est considéré par tout le monde... par les
audiences publiques sur des projets. Donc, il y aurait un rôle du BAPE qui, à
l'heure actuelle... c'est une possibilité, c'est à la discrétion. Nous, on considère que c'est absolument essentiel, si on veut
avoir une procédure d'évaluation intégrée, comme vous le dites, que, dès
le départ, le BAPE ait un rôle à jouer là-dedans.
Heurtel : Donc, si je vous comprends bien, toute la question... Une
EES, ça serait géré par le BAPE, tout le processus serait géré par le
BAPE.
M. Baril (Jean) : Au niveau de la consultation. Le mandat du BAPE, c'est au niveau de
favoriser, vous le savez, c'est de favoriser l'information et la
participation du public. Il faut que le BAPE... ce n'est pas au BAPE à contrôler
ce que les ministères veulent faire en
termes de filières, de nouvelles filières, de plans, de politiques et de
programmes, mais qu'il y ait un
accompagnement dès le départ pour s'assurer que l'information, qui permet le
«scoping», soit accessible au public
en amont, et que les gens aient confiance à la crédibilité du processus, que,
si c'est réservé à cinq hauts fonctionnaires, aussi honnêtes... je ne
remets pas du tout en question cette chose-là, mais ça reste que c'est un
processus qui paraît un petit peu incestueux.
M. Heurtel :
En tout cas, je veux juste vous rassurer, si vous pensez que ces cinq
ministères-là s'entendent tout le temps, là, vous êtes radicalement dans
l'erreur.
M. Baril
(Jean) : Bien, ils peuvent
s'entendre peut-être pour ne pas avoir le BAPE dans les jambes. Ça, je ne
suis pas sûr que je suis radicalement dans l'erreur.
Heurtel : ...donc, on garderait la structure proposée, mais, sur
l'aspect audiences publiques de l'EES, ça, il faudrait donner ça au
BAPE. Ça, je comprends, c'est ça, la recommandation du CQDE.
M. Baril
(Jean) : La recommandation
centrale au niveau de l'information, participation publique, oui. Il y a
des gens, vous allez en entendre d'autres,
l'Association québécoise de l'évaluation d'impacts, qui vont dire que, par
exemple, bien là, c'est plus dans la mécanique, que, dans une vraie évaluation
environnementale stratégique, il faut avoir des alternatives aux plans, aux politiques, aux programmes. Il faut être
capable d'avoir des alternatives, dont l'option zéro, ne rien faire.
Mais ça, ça n'a pas nécessairement à se retrouver dans le projet de loi. Je
sais qu'il y a des gens qui vont vous en parler.
Heurtel : Pour l'EES encore, d'après vos recherches, dans le système
qu'on a présentement, du BAPE, puis les évaluations environnementales qui intègrent, là, un processus
d'audiences publiques, vous voyez l'utilité de l'EES comment?
M. Baril
(Jean) : Bien, juste si je
veux prendre un exemple concret, à l'époque, en 2006, quand on a décidé,
au Québec, de développer la filière de
l'éolien, le BAPE, dans plusieurs de ses rapports sur des projets de
développement particuliers, a dit : On
aurait dû faire une évaluation environnementale stratégique de la filière avant
de se lancer. Et, quand on aurait fait l'étude environnementale
stratégique de la filière éolienne, on aurait pu discuter, la population, le gouvernement, tous les intervenants : Est-ce
que ça devrait être laissé au privé, comme actuellement, ou Hydro-Québec
ne pourrait pas en faire? Les distances
minimales, les aspects du paysage, la question des baux pour les gens qui
laissent des producteurs éoliens sur leurs terres; il y aurait un
ensemble de critères qui auraient été discutés puis établis au niveau national.
Après ça,
quand on aurait eu des audiences publiques sur un projet de développement
précis de parc éolien, les gens auraient discuté des impacts locaux qui
peuvent être... ce n'est pas tout le monde qui a à être d'accord... on est tous
d'accord probablement avec l'éolien, mais
l'éolien, ça ne se fait pas nécessairement n'importe où. Il y a des gens qui
ont raison de s'y opposer.
Autre
critique sur l'évaluation environnementale stratégique : danger quand on
dit que c'est l'étude environnementale stratégique et qu'il n'y a pas nécessairement
le bon niveau de consultation et d'information qui déterminerait les conditions d'acceptabilité sociale. Je ne suis pas
convaincu que, si les conditions d'acceptabilité sociale sont déterminées
par en haut, par un mécanisme qui, selon les gens, n'est pas assez indépendant,
bien, que ça va... on va arriver à ce qu'on espère tous, qui est une
acceptabilité sociale pour les projets. Donc, c'est un autre point là-dessus.
M. Heurtel : Est-ce que je comprends
bien en disant que l'EES ne sert qu'à justement adresser ces grandes questions-là?
Moi, dans mes lectures, à moi, je voyais aussi l'EES, puis c'est un «et», là,
ce n'est pas un «ou», de la façon... ce que vous avez décrit, tu sais,
approfondir une question vaste, là, comme justement la filière des éoliennes.
Bon, on approfondit ça, puis là, après, là,
tout ce travail-là va nous aider
justement. Quand on a un projet plus précis, bien, on aura déjà débroussaillé beaucoup de questions. Mais
est-ce que ça peut, une EES, aussi, selon vous, servir à cerner des
questions d'un projet spécifique?
M. Baril
(Jean) : Bien, normalement,
la doctrine sur les évaluations environnementales, je regarde en Europe,
la Convention d'Aarhus, là, qui s'applique
quand même à 47 pays, qui porte, entre autres, sur l'évaluation
environnementale stratégique, ça dit... ça
porte spécifiquement sur les plans, les politiques et les programmes
gouvernementaux, ce n'est pas normalement l'EES sur des projets
particuliers. Ça, c'est l'évaluation des impacts en environnement comme on est habitués de faire au Québec depuis 1978, et comme,
10 ans plus tard, le rapport Lacoste disait déjà : Bien, avant de
faire des rapports sur des projets particuliers, il faudrait y aller en amont,
et déjà il proposait l'évaluation environnementale stratégique pour regarder les filières, par exemple, pour les différents
plans, politiques et programmes du gouvernement.
Président (M. Iracà) : Alors, merci, M. le ministre. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions pour cette période d'échanges? Alors, le député
de Mégantic.
M. Bolduc : Merci, M. le Président.
Bonjour, messieurs. Vous avez mentionné, tout à l'heure, quelque chose qui m'a frappé. Vous avez parlé du fait que vous
désireriez ou que vous espéreriez à ce que les municipalités aient des droits qui lui sont supérieurs à celui du
gouvernement en matière environnementale. Je ne sais pas si j'ai bien
compris, là, mais j'aimerais bien vous
entendre là-dessus parce que ça me semble un peu contradictoire avec le rôle de
responsabilités traditionnelles.
Le Président (M. Iracà) : Me Baril.
Baril (Jean) : Oui. Par
exemple, j'ai un exemple concret : la situation qu'on a connue il y a
peut-être... dans les dernières années à Gaspé. Je rappelle que le
principe de subsidiarité qui est avancé par le droit international de l'environnement, qui est reconnu au Québec dans
notre
Loi sur le développement durable, dit que les décisions devraient se prendre au niveau le plus près pour qu'elles
puissent être efficaces. On a une loi, un règlement, sur le prélèvement
des eaux qui établit la distance minimale à 500 mètres, qui est adoptée par le
Québec. C'est le minimum. On serait tout à fait
contre qu'une municipalité, comme il a été dit précédemment, puisse dire :
Bien, nous, on s'en fout, c'est à 50 mètres. C'est la norme nationale. Mais, si une municipalité considère que, s'ils
adoptaient une norme de 2 kilomètres, ils sont prêts, parce que c'est
effectivement vrai, ils vont éliminer des entreprises qui ne viendraient pas
chez eux, peut-être qu'il va y avoir un prix
économique à adopter une norme plus haute que celle qui est en vigueur au
Québec, mais c'est leur choix. En
quoi ça nuit au reste du Québec que des municipalités décident d'adopter des
normes supérieures à ce qui existe au plan national? À notre sens, c'est
un exemple concret de l'application du principe de subsidiarité.
Bélanger (Michel) : Puis un
exemple qui s'est vécu, qui est vécu, c'est à la ville de Montréal, qui s'est
vu accorder ce privilège-là, d'avoir ses
propres normes, et qui a monté une norme de soufre au-delà de celle de...
provinciale. On comprendra qu'il y avait beaucoup de raffineries à Montréal,
mais ça n'a pas fait fuir, au contraire, les raffineries. Vous allez me dire : Ça ne se déplace pas
facilement, une raffinerie. Mais ça a été l'avantage des Montréalais de
pouvoir avoir une norme de soufre beaucoup plus rigoureuse que celle du reste
de la province.
Bolduc : Là, je comprends bien, c'est donc que vous voulez avoir le
droit que les municipalités aient une norme plus sévère que celles, minimales, du gouvernement provincial ou fédéral
qui fait la même chose, là? On peut toujours serrer en descendant, c'est
correct. Je comprends bien, merci.
Vous avez
parlé aussi de la faiblesse du système de nomination des commissaires du BAPE.
Pourriez-vous élaborer là-dessus, puis est-ce que vous avez des points
de vue?
M. Baril
(Jean) : Oui. Bien, encore
là, de nombreux rapports gouvernementaux, parce qu'il y a eu de nombreux
projets de réforme de la
Loi sur la qualité
de l'environnement, il y a même eu une loi d'adoptée dans les années 90
qui n'a jamais été mise en vigueur et cette loi-là prévoyait la nomination du
président du BAPE par un vote à l'Assemblée nationale des deux tiers, un peu
comme il se passe pour le Vérificateur général, le Protecteur du citoyen, etc.
Nous, pour
garantir... parce que vous savez qu'il y a toutes sortes de débats publics qui
se passent à chaque fois qu'il y a une nomination par un gouvernement ou
un autre, là, peu importent les partis politiques, sur le caractère partisan ou
non des nominations. Parce que le BAPE a quand même une crédibilité. C'est
important, un rapport du BAPE. Le rôle du
président du BAPE est important dans la nomination des commissaires qui vont
entendre les gens. Donc, nous, ce qu'on constate, on considère que la
nomination par l'Assemblée nationale, ça améliorerait la crédibilité du
processus.
Et on
s'interroge, d'ailleurs, pourquoi le projet de loi abroge l'obligation pour le
BAPE de déposer un rapport annuel à
l'Assemblée nationale, ce qui nous apparaissait un avantage. Il y a plein...
pour les législateurs d'apprendre... Et, dans ce rapport annuel là, le BAPE peut faire mention aux législateurs
de différents problèmes rencontrés. Donc, pour nous, tout ce qui sert à renforcer la crédibilité d'un
processus d'information et de consultation, on est favorables. Et, à
notre avis, la nomination par l'Assemblée nationale sert à renforcer la
crédibilité des gens du BAPE.
Le Président (M. Iracà) : M. le
député.
M. Bolduc : Il nous reste combien de
temps?
Le Président (M. Iracà) : Il reste
trois minutes.
M. Bolduc : O.K. Veux-tu y aller
avec la tienne?
Le Président (M. Iracà) : Ah! alors,
M. le député de Dubuc.
Simard : Merci, M. le Président. Vous parlez, à la page 12, que
le ministère... la décision de ne pas émettre un permis peut être contestée par un promoteur, mais que la municipalité,
elle, n'a pas le droit de contester, justement, une décision. J'aimerais
vous entendre là-dessus parce que je voudrais que vous me l'expliquiez comme il
faut.
M. Baril (Jean) : C'est la situation
actuelle qui prévaut, là. Malheureusement, selon nous, le projet de loi ne
modifie pas ça. À l'heure actuelle, un demandeur d'autorisation qui se fait
refuser une autorisation ou imposer des conditions
trop sévères peut aller devant le TAQ, le Tribunal administratif du Québec. Une
municipalité, un citoyen... Parce
qu'on considère, autrement dit, que le ministre peut se tromper en étant trop
sévère, en refusant ou en mettant des conditions
trop sévères, et qu'il y a un tribunal administratif qui peut corriger ça. Par
contre, cette possibilité-là n'existe pas pour les citoyens ni les élus municipaux : on ne peut pas contester
une autorisation. Le ministre, semble-t-il... et ce n'est pas personnel,
pas du tout, c'est comme si les ministres de l'Environnement ne peuvent pas se
tromper en donnant une autorisation, mais
ils peuvent se tromper en la refusant. Et, selon nous, c'est un déni de
justice. On aurait espéré que... Et, par
exemple, en Ontario, on en parle dans notre mémoire, en Ontario, la possibilité
existe, depuis 1993, de contester des autorisations
ministérielles. Et, en France, c'est un système juridique différent, mais, en
France, en droit administratif, toute autorisation
d'un ministre est contestable devant les tribunaux administratifs. Et, selon
nous, il y a des balises à mettre là-dessus.
Je sais qu'il y a des gens qui se préoccupent beaucoup de la sécurité
juridique, là, des entreprises qui vont
demander des permis puis si on nous poursuit... mais, en Ontario... ça n'a pas
empêché, semble-t-il, le développement de la province voisine. Donc, on
pense qu'il y a des possibilités.
Bélanger (Michel) : Si je
pouvais ajouter un élément, ça laisse entendre aussi, mis à
part le fait que ça
peut... on peut juste se tromper dans un sens quand on en émet, mais, si on
prend pour acquis que cette loi-là, elle est là pour protéger l'environnement, si on prend pour acquis que, dans cette
loi-là, on donne des droits... pas à des promoteurs, on ne dit pas : Tout promoteur a droit à un permis,
c'est : Tout citoyen a droit à la qualité de son environnement — et la Charte des droits et libertés de la personne est venue rajouter ça en 2006, le
même droit — donc, si
on prend pour acquis que cette loi-là est pour protéger l'environnement,
lorsque... toutes les autorisations qui sont délivrées, c'est des autorisations
pour polluer, c'est des autorisations qui
permettent la pollution. Or, le fait de ne pas pouvoir en appeler, que ce soit
même d'une municipalité, c'est qu'on peut
présumer que tous les gens qui sont exclus de ce droit d'appel là, c'est des
gens qui seraient intervenus pour
dire : Je pense qu'il y a une erreur dans une perspective de protection de
l'environnement. Je serais bien
surpris que quelqu'un intervienne en appel d'une autorisation juste pour
dire : On voudrait que ça pollue davantage. Donc, c'est vraiment un droit d'appel pour corriger une situation qui,
en droit, est inéquitable, parce que tu ne peux pas avoir deux poids, deux mesures, deux droits... un
droit d'appel à sens unique, mais c'est dans une perspective aussi de
protection de l'environnement.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup, Me Bélanger. Ceci met fin à la période d'échange avec la
partie gouvernementale. Nous allons procéder à la période
d'échange avec le porte-parole de l'opposition officielle, le député de
Jonquière. La parole est à vous.
Gaudreault : Oui, merci, M. le Président. Bienvenue, M.
Bélanger, M. Baril. Ça fait plaisir de vous recevoir ici, comme toujours. Je constate que vous êtes
quand même assez critique à l'égard du projet de loi n° 102 dans votre
mémoire. Vous parlez beaucoup de risques accrus à certains égards, puis on
pourra y revenir dans la discussion, voire même de plusieurs reculs, entre autres sur la question du droit d'appel dont
vous venez de discuter avec mon collègue de Dubuc. J'aimerais ça qu'on en parle davantage, mais en
commençant par la question du pouvoir discrétionnaire. Parce que là, dans votre mémoire, à la page 26, là, c'est
même en gras, je pense,
si vous aviez pu le mettre avec des néons qui flashent, là, vous l'auriez fait dans le mémoire, là : «La
formulation de cet
article ne respecte pas les fondements conceptuels de
la démarche d'analyse des impacts.» En fin de compte, c'est le résultat d'une analyse sur la question du pouvoir
discrétionnaire, là, parce qu'à la page 25, à la suite de
l'article 24, troisième paragraphe, vous dites : «D'une obligation,
le projet de loi n'exigera plus que le ministre "prenne notamment
en considération certains éléments".»
Alors,
j'aimerais ça vous entendre davantage, là, sur cette question du recul que
vous... la qualification de recul, au fond, là, relié au pouvoir
discrétionnaire.
M. Bélanger
(Michel) : Oui, bien, je l'ai
esquissé rapidement tout à l'heure. Quand la loi a été rédigée...
probablement que le Barreau va avoir l'occasion de revenir, je n'ai pas lu leur
mémoire, mais j'anticipe, c'est un élément qui va les fatiguer aussi. C'est
qu'il y a une logique intrinsèque dans cette législation-là. Il y a
effectivement beaucoup de pouvoirs discrétionnaires qui sont donnés, il y a une
marge de manoeuvre importante, mais il y a un minimum
d'encadrement. Et, quand on parlait que cette loi-là devait avoir de la clarté
et de la prévisibilité, on comprend mal comment on peut substituer un
processus qui, quand même, encadrait...
Nous, dans le cadre du livre vert, on avait
recommandé qu'en tablant sur ce qui avait déjà été décidé par les tribunaux, qu'on puisse au moins baliser cette
discrétion ministérielle là, comme, par exemple, en fonction de
précédents qui ont eu lieu, à savoir, je ne
sais pas, moi, lorsqu'un projet se déroule dans l'habitat essentiel d'une
espèce menacée, on se doit d'en
prendre en considération. Ce sont des impératifs, à notre avis,
environnementaux, mais on parle d'impératifs.
lorsqu'une disposition... et la seule de la loi mentionnait que le ministre se
doit de respecter sa loi en émettant ses autorisations et qu'on retire cette disposition-là pour dire que le
ministre peut considérer x, y, z autre chose, nous, comme juristes, on
saute ça de haut, parce qu'il y a une finalité claire dans une disposition
comme celle-là, et je l'ai dit très rapidement tantôt dans mon exposé, mais ça
va se jouer dans les deux sens. Autrement dit, le fait de l'avoir enlevé va
être éventuellement interprété comme étant : Il y avait bien une raison
qui a fait que les tribunaux l'ont retiré. Et toutes les causes qu'on a vues
dans le passé, dont l'affaire des bélugas, la juge Roy s'est reposée là-dessus
en disant : Écoutez, il y a une logique
dans la loi, c'est l'article 22, qui est l'autorisation, ce qu'on amende
ici; 24, qui disait dans quelles
conditions tu peux l'émettre, et l'article 20, qui disait que tu ne peux
émettre un contaminant susceptible de porter atteinte à l'environnement.
Et, dans son jugement, elle a dit : Et l'environnement, il faut être
d'autant plus prudent lorsqu'il s'agit d'une espèce menacée.
Cette
logique-là, je crains et nous craignons que le fait d'avoir changé cette
disposition-là de la loi... à elle seule va marquer un recul dans l'interprétation. On est partis sur une prochaine
vague d'interprétations et, honnêtement, d'augmenter la discrétion
ministérielle limite les pouvoirs de contrôle d'abus potentiel de la part de
l'appareil gouvernemental, et c'est à
déplorer. Autant l'industrie va probablement dire : Il n'y a pas de
discrétion, mais il faut comprendre que, lorsque nous, on dit : On doit limiter la discrétion, c'est dans une
perspective essentiellement de protection de l'environnement. Quand c'est certain qu'on ne doit pas aller là ou
que ça ne doit pas se faire, il n'y a pas de raison de ne pas encadrer
cette discrétion-là du ministre. D'ailleurs,
ça va être prévisible pour tout le monde. Comme je l'ai mentionné, il n'y a pas
de droit à développer, il y a un droit à protéger.
Gaudreault : Et vous dites, au fond, la même chose concernant
le pouvoir discrétionnaire du ministre d'ordonner des consultations ciblées et
de réduire les délais. Alors, est-ce que vous nous suggérez ou vous nous recommandez de baliser... que ce soit sur la
question justement du pouvoir discrétionnaire de façon large, à
l'article 24, ou du côté des
consultations ciblées, vous nous proposez d'amener des balises ou de carrément
arriver avec une obligation comme le verbe «doit»?
M. Bélanger (Michel) : ...trouver, et ce n'est pas... je ne suis pas
contradictoire en disant ça, parce que je m'attends à ce qu'il y ait une nuance qui soit faite. Quand
on demande de baliser le pouvoir discrétionnaire du ministre et quand l'industrie va demander la même chose, les
promoteurs, on ne vise pas le même objectif. Et, là-dessus, on a eu quand
même des discussions assez importantes,
parce qu'il y a de la discrétion qui est mise dans cette loi-là qui n'est pas
nécessairement mauvaise, on avait
recommandé, dans le livre vert, et il y a des mécanismes qui ressemblent à ça
dans le projet de loi, de permettre,
par exemple, d'«upgrader» le degré d'évaluation environnementale lorsqu'un projet
le nécessite. Donc, non, mais c'est
parce que là où il y a une nuance, effectivement, qui est importante, parce que
je tiens à la faire... c'est qu'à partir du moment où il y a un risque que l'absence ou l'augmentation de
discrétions fasse en sorte qu'on va reculer au niveau de la protection de l'environnement, là, effectivement,
c'est un moins. Et on estime, nous autres, qu'à partir du moment où on peut ne pas respecter la
Loi sur la qualité de l'environnement en délivrant une autorisation, c'est un recul.
À partir du moment où est-ce qu'on peut passer à travers l'habitat essentiel
d'une espèce menacée, c'est un recul.
Autrement dit, si les pouvoirs discrétionnaires sont donnés au ministre
de manière à s'assurer qu'il peut... parce
que la loi vise la protection de l'environnement, pas au développement
du Québec. Il ne faut pas compromettre ce développement-là, mais il faut
protéger l'environnement de façon primordiale. Si le ministre a, dans certains
cas, l'opportunité de moduler l'exercice du processus
de décision, soit, ça peut être, effectivement,
environnementalement une bonne chose.
Gaudreault : Il y a comme un test, au fond, qui est globalement...
qu'on pourrait appeler la protection de l'environnement. Et on doit toujours interpréter ou
essayer de baliser ce pouvoir discrétionnaire en fonction de ce test
d'une certaine manière. C'est un peu ça que vous dites.
M. Bélanger (Michel) : Oui. Puis il faut comprendre que la loi va
survivre aux ministres, aux
différents ministres qui vont se
succéder. Et, tout en donnant la bonne foi du ministre actuel — on n'en doute absolument pas — il faut prévoir qu'un jour on peut tomber sur un ministre qui,
lui, va avoir le goût d'être plus... de faire des passe-droits. Donc
autant de discrétion, autant de difficulté de contrôler les abus.
Gaudreault : O.K. J'aimerais ça vous amener sur la question des
ententes intergouvernementales. Vous en parlez à la page 40, là. Vous parlez aussi, peut-être pas d'un recul,
mais, en tout cas, d'un risque que vous évaluez, là. Il ne faudrait pas
perdre le BAPE pour l'ONE ou l'ACEE, là, la consultation canadienne. Alors,
est-ce que vous pouvez nous en dire un petit
peu plus, là, sur ce que vous évaluez comme un risque de substitution et qui
pourrait se retrouver dans le projet de loi n° 102?
M. Baril
(Jean) : Oui, effectivement, le CQDE est d'accord à la coordination
des mécanismes d'évaluation environnementale.
Il existe d'ailleurs un accord entre le Québec et le Canada, entre l'Agence
canadienne d'évaluation environnementale, là. Malheureusement, l'ONE
n'était pas là-dedans.
qui nous a fait un peu sursauter, ce n'est pas tellement le projet de loi,
c'est que le texte de l'analyse d'impact réglementaire qui a été faite par le gouvernement, à la page 17, qui dit
que «le Québec serait donc en mesure de demander au gouvernement fédéral
la substitution ou l'équivalence de la procédure d'évaluation et d'examen des
impacts sur l'environnement»... Au niveau canadien, il y a plusieurs provinces
dans l'Ouest qui demandent, c'est le terme, là, la substitution du processus provincial par le processus fédéral. Je ne
pense pas qu'ici ça serait vraiment le cas. Quand on a lu le projet de loi, ça ne nous apparaissait pas
comme ça, mais, quand on lit l'analyse d'impact réglementaire qui, je
répète, est préparée par le gouvernement, là, ce n'est pas Greenpeace qui l'a
écrite, ça, ça nous a inquiétés. Et ça demanderait peut-être une clarification
que, oui aux coordinations — les
citoyens non plus, là, n'aiment pas aller à se déplacer à deux endroits
différents pour déposer des mémoires différents sur le même projet, il faut se
coordonner, il y a moyen de faire ça — mais non, totalement, à
l'abandon de nos compétences pour des mécanismes d'évaluation fédéraux.
Gaudreault : O.K. Merci de nous faire cette précision-là.
Le Président (M.
Iracà) : 40 secondes, M. le député.
Gaudreault : Oui. Sur la question, dans les 40 secondes, j'aimerais ça
vous entendre sur l'importance, pour nous,
comme parlementaires, dans le travail qu'on entame, de recevoir rapidement,
autant que faire se peut, évidemment, là, la question des intentions
réglementaires du gouvernement.
M. Baril (Jean) : Bien, comme Michel l'a dit, dans notre mémoire sur le livre vert il y a
un an, on le disait. Quand vous allez
arriver avec votre projet de loi, arrivez avec les règlements, parce que sinon
c'est très difficile de se prononcer. On est...
M. Baril (Jean) :
Oui, parce qu'on... c'est très difficile de se prononcer. On est tout à fait
d'accord qu'il y a des... l'expérience accumulée permet de diminuer certaines
attentes, certains niveaux d'autorisation, mais il y a aussi l'expérience
accumulée qui devrait nous dire qu'il y a des projets qui... actuellement les
projets commerciaux ne sont pas évalués et... qui devraient l'être. Donc, sans
les règlements, c'est très difficile de se prononcer. Tout ce qu'on a, c'est le
chiffre de 30 %.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup, Me Baril. Nous allons procéder à la période d'échange avec le
porte-parole du deuxième groupe d'opposition, le député de Masson. Je vous cède
la parole.
M. Lemay : Merci, M. le Président.
Merci, M. Baril et M. Bélanger. Moi, je vais vous poser une question. À la page
10 de votre mémoire, vous mentionnez, là, au deuxième point, là, qu'on fait
l'introduction dans la loi d'un principe de médiation. Et puis j'aimerais
savoir, dans le fond, comment vous percevez l'introduction de la médiation.
M. Baril (Jean) : On est favorables
à cette introduction-là. Encore là, c'est une avancée historique qui a été
demandée dans de nombreux rapports commandés par le gouvernement ou des groupes
d'étude indépendants. La médiation, il s'en
est fait puis il s'en fait depuis le milieu des années 90, même si ce n'était
pas dans la loi. Le BAPE fait des rapports sur la médiation. Maintenant,
c'est correct, c'est dans la loi.
Ce qui nous
inquiète, c'est qu'à l'heure actuelle, quand
il y a un processus de médiation, les gens ne perdent pas le droit à l'audience publique. Si la médiation ne
réussit pas, bien, on retourne devant l'audience publique, comme c'était
prévu initialement. Si le projet de loi est adopté tel quel, bien, là, ça sera au ministre,
c'est un autre pouvoir discrétionnaire qui
lui est donné, de dire si, oui ou non, le droit à l'audience est maintenu ou
s'il y aura ou non des audiences. Mais, l'idée, on n'est pas obligés toujours de sortir l'arme la plus totale qui est le
BAPE et les audiences publiques, etc., quand il y a un ou deux
requérants. Il n'y a absolument aucune raison. La médiation environnementale,
c'est un point positif, et c'est positif qu'elle soit mise dans la loi.
M. Lemay : ...si je peux
comprendre, c'est qu'on devrait prévoir un mécanisme après la médiation, revoir
le mécanisme?
M. Baril
(Jean) : Bien, en cas
d'échec de médiation, actuellement, il en existe un, il existe l'audience
publique. Le ministre n'a pas le choix. Là,
ce qu'on dit, c'est que là il aurait le choix. C'est un autre pouvoir
discrétionnaire qui est accordé. Et,
selon nous, en tout cas, à moins que ça ne soit clarifié, là, là-dessus, les
gens ne devraient pas perdre le droit à l'audience publique. Parce qu'il
y a d'autres intervenants qui peuvent vouloir se prononcer aussi, comme Michel.
M. Bélanger
(Michel) : Parce que
l'expérience de la médiation, pour ceux qui l'ont vécue, elle a soulevé
quand même beaucoup de problématiques. À
partir d'une demande restreinte de groupes environnementaux de demander
une audience en identifiant un ou deux
enjeux, on pourrait être très rapidement portés à dire : On va vous
recommander d'aller en médiation. Or,
durant la médiation, on l'a vu... je l'ai vu dans le passé, dans des dossiers,
les municipalités, tout d'un coup, il
y a un enjeu, l'enjeu déborde, et on rajoute la municipalité en médiation. Et
considérant que c'est un processus de décision
sur des projets à impacts majeurs qui ont été pensés par le législateur, à
l'époque, comme étant un processus qui va permettre au gouvernement et non plus au ministre, parce que c'est le
gouvernement qui en décide ultimement, d'avoir un éclairage général, à partir du moment où on remplace ce processus-là qui est destiné à
éclairer le jugement de l'ensemble du gouvernement par un processus de
médiation sur des enjeux ciblés, il y a un risque effectivement de banaliser et
de limiter les enjeux. Donc, il faut
être en mesure, s'il y a un échec, de retourner à l'esprit général de ce que veut être cette
procédure-là d'impact pour des projets majeurs, à savoir d'éclairer le
gouvernement sur sa décision.
M. Lemay : Excellent. On va
aller à la page 11, dans la
partie que vous êtes en désaccord, le dernier
point. Dans le fond, vous dites que le
projet de loi, il écarte totalement l'idée de permettre aux citoyens puis aux
municipalités d'être minimalement consultés
puis informés dans le cadre des autorisations émises sous l'article 22
pour les projets de forage ou de fracturation dans le shale. Alors, je
ne sais pas si vous pouvez me donner plus de détails, s'il vous plaît.
M. Baril
(Jean) : Oui. En 2010, suite
à la controverse du gaz de schiste dans le sud... dans les basses-terres
du Saint-Laurent, le gouvernement libéral
avait... votre prédécesseur, M. Arcand, avait fait une modification au
règlement d'application sur la
Loi sur la
qualité de l'environnement, qui permettait, dans les cas de fracturation et de
forage dans le shale, une
consultation des citoyens et aussi des municipalités. C'est l'article 8 du
règlement. Nous, on avait espéré... C'est le seul cas, le seul type d'autorisation sur l'article 22 où les
gens sont consultés et informés préalablement. Nous, on aurait espéré qu'en modernisant la
Loi sur la qualité de
l'environnement... qu'on élargisse. Il y a pas mal de raisons, au
Québec, sur d'autres projets que sur la
fracturation hydraulique. À l'heure actuelle, ça s'est fait une fois à
Port-Menier, Anticosti. Mais, sur
l'ensemble et, ici, le règlement qu'on n'a pas sur les autorisations
ministérielles, à notre avis, ces autorisations ministérielles là, ces
projets-là devraient prévoir un mécanisme d'information et de consultation pas
seulement des citoyens, mais des municipalités sur les territoires desquelles
ces projets-là vont se faire.
M. Lemay :
Merci de la précision. J'aimerais vous amener aux pages 42 et 45 de votre
mémoire, dans lesquelles vous
commentez sur la
section III des établissements industriels. Je ne sais
pas si vous avez... vous n'avez pas eu la chance d'en parler, mais
peut-être que vous pourriez faire vos commentaires.
M. Bélanger (Michel) : Ça a été énormément de travail, ce projet de loi
là, ça remettait en question des morceaux importants de la loi, et, honnêtement, c'est le volet que... J'ai tenté
de le comprendre parce qu'on manque beaucoup de... on a réduit, on a changé, on annonce un règlement, on
ne sait pas tout à fait si on a vraiment changé le Programme de
réduction des rejets, le PRRI, par un
nouveau système qui va s'appliquer à d'autres choses que des catégories de
projets, mais... Et, quand on regarde, techniquement, on a... Puis,
quand je dis que ça a été un exercice de fou, parce qu'on cherchait les morceaux pour voir s'il y en avait eu qui étaient
enlevés complètement, on voit qu'on ramène ça au régime de 22 pour de
nouveaux projets. Mais ça fait quand même particulier quand on... selon la
compréhension qu'on a eue du processus, que
pour certains projets industriels on pourrait obtenir une autorisation sans
autre consultation, sur un simple 22, comme on l'a mentionné, comme on l'a déploré aussi un peu,
et que ce projet industriel là pourrait éventuellement être soumis à ce
régime-là, qui verrait une consultation publique seulement lors de son
renouvellement, cinq ans après le programme. Donc, il y a...
Le Président
(M. Iracà) : 30 secondes.
M. Bélanger
(Michel) : Ça fait juste témoigner qu'on a de la bonne volonté, mais
qu'en déplaçant les morceaux on se rend compte qu'il y a une incohérence qui
pourrait être remplacée par quelque chose de beaucoup plus cohérent. Les gens sont informés en amont d'une demande de permis,
peuvent y participer, lorsqu'on donne le permis pour construire l'usine,
et, si, évidemment, il y a une suite et qu'on module les conditions
d'exploitation, bien, soit, qu'ils soient consultés aussi.
M. Lemay :
Merci beaucoup.
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup, Me Bélanger, Me Baril, pour votre participation à cette commission.
Je vais suspendre les
travaux quelques instants pour permettre au troisième groupe de cet après-midi
de prendre place.
(Suspension de la séance à
17 h 6)
Président (M. Iracà) :
Je déclare la séance ouverte. Je souhaite la bienvenue aux représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Je vous demande de bien vouloir vous présenter
ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à
la période d'échange avec les membres de la commission. Alors, sans plus
tarder, messieurs, la parole est à vous.
M. Laureti
(David) : Merci, M. le Président. M. le
ministre et membres de la commission. Mon nom est David Laureti, je suis directeur
Stratégie et affaires économiques à la Fédération des chambres de commerce du
Québec. Je suis accompagné de Dany Lemieux, qui est expert-conseil auprès de la
fédération sur les questions énergétiques et de développement durable. Je prie
les membres de la commission d'excuser mon président-directeur général,
Stéphane Forget, qui ne peut être avec nous ce soir. Je vous offre ses
excuses.
fédération, vous la connaissez, est le plus important réseau de gens
d'affaires au Québec. Les 141 chambres de commerce
que nous fédérons, et, à
titre de chambre provinciale, les 1 200 entreprises membres que nous
représentons sont à l'oeuvre dans tous les
secteurs de l'économie. La modernisation de la
Loi sur la qualité de
l'environnement ainsi que celle du
régime d'autorisation environnementale était souhaitée par la fédération depuis
longtemps. C'est ainsi que, dès la parution de livre vert, elle a
applaudi la volonté exprimée par le ministre de rendre le régime d'autorisation
environnementale plus clair, prévisible et
efficace, tout en réduisant les délais d'autorisation. Beaucoup d'efforts ont
été déployés par le ministre, nous l'apprécions et nous tenons à le souligner.
Plusieurs
volets du projet de loi n° 102 sont très positifs. Par exemple, les
dispositions relatives à la collaboration et à des actions coordonnées
entre les différents paliers de gouvernement, dans le cadre d'une procédure
d'évaluation environnementale conjointe
fédérale-provinciale, nous semblent porteuses. Ainsi en est-il de
l'instauration d'un comité de sélection
pour choisir les futurs membres du Bureau d'audiences publiques sur
l'environnement, qui nous apparaît une excellente
avenue, tout autant que la disposition qui permettrait au BAPE d'organiser des
séances de médiation, ce qui éviterait,
dans certaines occasions, d'éviter de longs processus d'audiences publiques
lorsqu'il se trouve peu de demandeurs pour celles-ci.
reste toutefois place à des améliorations, et nous sommes heureux d'avoir été
invités par la Commission des transports et de l'environnement pour nous
permettre de vous faire part de nos commentaires et observations.
modernisation du régime d'autorisation environnementale interpelle à plusieurs
sphères de notre économie. C'est ainsi que plusieurs entreprises membres
de nos comités énergie, mines et développement durable ont contribué à la
réflexion que nous vous communiquons aujourd'hui.
projet de loi n° 102 propose d'utiliser de nouveaux outils afin de
renforcer la capacité de prise en compte des risques climatiques dans l'ensemble des processus d'autorisation, dont
deux ont retenu notre attention : l'imposition d'une technologie
particulière, d'un procédé ou d'une source d'énergie, de même que des mesures
visant à prendre en considération les
impacts des changements climatiques sur l'activité, et l'introduction d'un test
climat. En commission parlementaire,
la FCCQ vous avait déjà fait part que cette avenue n'était pas la bonne, et
nous le réitérons aujourd'hui. Nous
avons déjà, au Québec, un système de plafonnement et d'échange de droits
d'émissions. Ce système, qui fonctionne bien, permet aux entreprises d'avoir de la flexibilité pour réduire
leurs émissions de GES, et ce, au meilleur coût de revient possible. À
la lumière de ce que contient le projet de loi n° 102, on semble vouloir
désavouer ce système.
Les mesures que nous venons de décrire nous
apparaissent comme une immiscion dans la gestion même des entreprises. Nous
sommes d'avis que le champ d'action du ministère doit se limiter à l'atteinte
des résultats et à la conformité
réglementaire. Le choix d'une technologie particulière, d'un procédé ou d'une
source d'énergie doit demeurer la prérogative du promoteur d'un projet.
Nous sommes
d'avis que les dispositions permettant de prescrire par règlement toute mesure
visant à favoriser la réduction des
émissions de GES ainsi qu'à exiger la mise en place de mesures d'atténuation
des impacts des changements climatiques
et des mesures d'adaptation à ces impacts s'apparentent à un test climat auquel
on ne peut raisonnablement soumettre les entreprises. Ce concept même de
test climat, introduit par le projet de loi, est incompatible, selon nous, avec
le principe de développement durable, puisqu'il ne tient pas compte du volet
économique. Nous vous invitons à abandonner cette avenue.
Nous avions
réagi positivement à la volonté exprimée par le ministre de réformer la
gouvernance du Fonds vert. Nous
tenons à rappeler que les sommes issues du Fonds vert doivent mener à des
résultats de réduction de GES. À ce jour, force est de constater
toutefois qu'il est difficile d'en faire le bilan.
La formation d'un conseil de gestion chargé de
formuler des recommandations sur l'allocation des ressources financières ainsi que procéder à l'évaluation des
résultats à travers une nouvelle structure de gouvernance nous
apparaissait également comme une avenue
positive. Nous nous interrogeons toutefois sur le fait que des gens seront
nommés sans que soient tenus en
compte les profils de compétences ou d'expérience. À la lumière des problèmes
de gouvernance actuels du Fonds vert, nous croyons que ces aspects
devraient être considérés en priorité.
D'autre part,
la FCCQ croit que les articles du projet de loi qui augmentent les délais du
processus d'autorisation devraient être minimalement compensés par
d'autres articles qui en diminueraient ces mêmes délais. Ainsi, plusieurs pouvoirs discrétionnaires ne nous semblent pas
compatibles avec un cadre juridique et réglementaire clair, prévisible, efficace et uniforme et résistant aux aléas
politiques pour lesquels nous militons. La prévisibilité, nous vous le
rappelons, est cruciale pour les entreprises afin d'avoir un environnement
d'affaires sain et attractif au Québec.
Ainsi,
l'assujettissement arbitraire d'un projet de loi à l'article 31.1 de la
LQE est inacceptable. En effet, un projet qui est assujetti aux dispositions de l'article 22 ne peut être
assujetti également aux dispositions de l'article 31 de la LQE. Or, l'article 19 du projet de loi
n° 102, introduisant l'article 31.1.1., pourrait changer cet état de fait.
Il y aurait dédoublement du processus d'autorisation pour un même
projet.
La FCCQ était d'accord avec l'orientation
amenant la modulation du régime d'autorisation en fonction du risque
environnemental. Cette initiative était même l'un des piliers du livre vert.
Toutefois, la seule trace de cette orientation dans le projet de loi renvoie à
un futur règlement qui pourrait prévoir une méthodologie d'évaluation des
impacts. Nous croyons que la méthodologie entourant les catégories d'activités
par risques, qu'elles soient élevées, modérées,
faibles ou négligeables, devrait minimalement être définie dans la loi. Ainsi
en est-il des secteurs d'activités visés par ces catégories, de même que
les activités dites particulières, qui devraient être définies dans le projet
de loi.
Enfin, la FCCQ
comprend que le ministre recherche la transparence dans les processus
d'évaluation environnementale, et
nous l'appuyons à cet égard. Si nous disons oui à la transparence, il faut
toutefois s'assurer de protéger les
données sensibles. À
titre d'exemple, le projet de loi n° 102 ne doit pas
écarter l'application des articles 23 et 24 de la
Loi sur l'accès aux documents des organismes
publics et sur la protection des renseignements personnels, qui
demeurent essentiels à la protection des renseignements confidentiels et des
secrets industriels.
conclusion, la FCCQ rappelle qu'elle appuie le ministre dans sa volonté de
rendre le régime d'autorisation environnementale,
je le répète, plus clair, prévisible et efficace, tout en réduisant les délais
d'autorisation. Ceci étant dit, pour
aller au bout de l'exercice, ce dernier doit tenir compte de la réalité
économique des entreprises. Pour la FCCQ et ses membres, la diminution et la simplification des délais de traitement des
dossiers et des demandes d'autorisation environnementale sont primordiales afin d'assurer une prévisibilité aux
promoteurs et minimiser leurs risques d'affaires. Nous croyons aux projets qui s'inscrivent dans une
perspective de développement durable... Pardonnez-moi. Il nous apparaît
essentiel de revoir la façon dont ces derniers sont examinés du point de vue
environnemental.
Nous croyons
que les commentaires que nous venons de vous formuler amélioreront le climat
d'investissement et la réputation du Québec
comme terre d'accueil pour les entreprises désireuses d'y investir et aidera le
Québec à atteindre ses cibles de réduction de GES. Je vous remercie.
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup, M. Laureti. Il reste
2 min 40 s, mais, si vous avez terminé, je vais commencer
immédiatement la période d'échange avec le ministre. Ça va?
M. Laureti (David) : La
présentation est terminée, oui.
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons débuter, à ce moment, la période d'échange avec la
partie
gouvernementale, et je cède la parole à M. le ministre.
M. Heurtel : Merci,
M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre présentation ainsi que
votre mémoire. Vous transmettrez nos salutations à M. Forget.
suis à la page 8 de votre mémoire. Je vais citer, c'est l'avant-dernier
paragraphe de la page : «Dans le même ordre d'idées, la FCCQ
considère inacceptable le 29e paragraphe du premier alinéa de l'article 95.1
introduit par l'article 115 du projet de
loi, qui permet au gouvernement de prescrire par règlements toute mesure visant
à favoriser la réduction des
émissions de GES ainsi qu'à exiger la mise en place de mesures d'atténuation
des impacts des changements climatiques
et des mesures d'adaptation à ces impacts. Cette disposition revient ni plus ni
moins qu'à imposer un test climat.»
Depuis le mois d'août
dernier, j'ai fait une tournée d'à peu près une quinzaine de chambres de
commerce à travers le Québec, justement pour
entamer un dialogue encore plus concret, malgré les consultations qu'on a
faites sur le livre vert, malgré les
consultations qu'on a faites en amont du livre vert, où on a parlé, entre
autres, avec votre organisation et
d'autres leaders économiques, tout comme des leaders environnementaux, tout
comme les municipalités et d'autres groupes
d'intérêt... Est-ce que je vous entends bien? Parce que, moi, dans ces
tournées-là, toutes les chambres de commerce à qui j'ai parlé — puis
on a parlé beaucoup du test climat — étaient très sensibles à la
question de la lutte contre les changements climatiques.
C'est
difficile pour moi, qui arrive de Marrakech, de la COP22, où il y avait
énormément de leaders de grandes entreprises, des leaders mondi