Health and Social Services — 5 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-11-05
Quebec — Committees
Alors, l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec
compte près de 5 700 membres répartis dans toutes les régions. Il a pour mission la protection du public
en veillant à la qualité de l'exercice de la profession. L'ordre contribue
sans cesse à l'amélioration de la santé buccodentaire des Québécoises et des Québécois
en s'assurant du maintien des compétences de
ses membres par de la formation continue. Des 5 700 membres à
prédominance féminine, 98 % sont
des femmes, 88 % exercent leur profession en cabinet dentaire, et
8 %, en santé dentaire publique, soit en CSSS.
L'accessibilité
aux soins préventifs et à l'hygiène dentaire pour les personnes âgées, à plus
grande raison chez les personnes en
perte d'autonomie, est un sujet qui nous préoccupe grandement, car les soins
buccodentaires préventifs et l'hygiène
dentaire font
partie des soins et des services professionnels de base. C'est
pourquoi nous sommes heureux de participer
à la consultation sur le projet de la création d'une assurance autonomie. Tout
d'abord, nous saluons l'initiative du
ministre de la Santé et des Services sociaux dans sa volonté d'aller de l'avant
avec ce projet de société devenu incontournable pour assurer le maintien
à long terme des soins pour les personnes les plus vulnérables de notre société
et pour maintenir les personnes à domicile le plus longtemps possible. Nous
saluons également le fait que l'assurance
autonomie vise à redonner aux personnes le pouvoir de choisir le fournisseur de
services qui leur sont requis.
La profession d'hygiéniste dentaire. D'abord, au
Québec, la profession d'hygiéniste dentaire débute en 1975 en raison
principalement d'un triste record mondial de la carie chez nos enfants
québécois. Pour contrer ce fléau, le gouvernement de l'époque instaurait un
programme de soins préventifs en santé dentaire publique et misait sur les nouvelles ressources professionnelles en hygiène
dentaire. Moins de 15 ans plus tard, une étude de santé dentaire
publique confirmait que 75 % des
enfants ne présentaient pratiquement plus de caries grâce à l'éducation et aux
programmes de fluorure instaurés dans les écoles. La preuve était faite,
la prévention fonctionne. Il en coûtait beaucoup moins cher d'ailleurs de
prévenir la carie que de la traiter. Cet exemple de réussite exceptionnelle en
matière de prévention et d'éducation trace
la voie à suivre dans le continuum des soins chez les personnes vulnérables qui
désirent préserver leur autonomie le
plus longtemps possible. La protection du public oblige les ordres
professionnels à assurer à l'ensemble de la population un accès adéquat aux services de leurs membres. En matière
de santé, on ne veut plus éviter de répondre aux besoins réels de la
population québécoise. L'ordre considère que les services d'hygiène dentaire et
de prévention buccodentaire doivent être
accessibles à toutes les personnes là où elles se trouvent, en centre
d'accueil, en CHSLD, en résidence
pour aînés et à domicile, pour toutes les classes de notre société. Notre dada,
bien sûr, on l'a souligné, l'hygiène dentaire, c'est un besoin
fondamental pour le maintien de la santé buccodentaire.
L'ordre est conscient que, pour remédier aux
problèmes buccodentaires des personnes et des collectivités les plus
vulnérables tant physiquement que financièrement, l'hygiéniste dentaire devra
travailler en collaboration avec le personnel
infirmier et les préposés dans les ressources gouvernementales d'hébergement.
Il serait envisageable également pour
l'hygiéniste dentaire de joindre des organisations qui offrent des services à
la personne, comme les coopératives de services à domicile et les
coopératives de santé.
Une condition buccodentaire des aînés.
En ce qui regarde la condition buccodentaire des aînés et des personnes en perte d'autonomie, une étude réalisée au Québec
au cours des années 80 révélait que plus de 70 % des personnes âgées
étaient complètement édentées. Maintenant,
la population aînée à venir conserve de plus en plus sa dentition naturelle,
ce qui nécessitera des soins constants afin
de les maintenir en santé. Malheureusement, l'accès aux soins buccodentaires
pour les personnes en perte d'autonomie est quasi inexistant au Québec. Les
services d'hygiène dentaire, tels que les détartrages,
l'enlèvement de la plaque dentaire, et autres, sont limités aux cabinets
dentaires et, pour une grande
partie de
la population, notamment la population visant… vivant, plutôt, en institution
d'hébergement, ces services ne sont pas offerts et ne sont pas
accessibles.
condition d'hygiène dentaire des personnes en CHSLD est déplorable, et les
soins de base sont, pour ainsi dire, absents.
Pourtant, ces soins réguliers d'hygiène dentaire sont une nécessité pour tous,
même pour les personnes avec une bonne
santé dentaire. Les personnes âgées vivant dans un établissement de soins de
longue durée sont particulièrement à risque de complications découlant
d'une piètre santé buccodentaire, étant donné leur santé fragile et dû au fait
aussi qu'elles doivent compter de plus en
plus sur l'aide des proches aidants ou des préposés pour assurer leurs soins
d'hygiène personnelle. Les
conséquences d'une mauvaise hygiène buccodentaire sont multiples et bien
connues et ont des incidences graves
sur la santé générale de la personne âgée et fragilisée. De plus, une nutrition
adéquate est essentielle à une bonne santé,
et l'état de santé buccodentaire est primordial pour assurer une bonne
alimentation, ce qui est un sérieux problème chez nos aînés.
projet d'assurance autonomie vise à assurer à tout citoyen un accès adéquat aux
services requis pour préserver sa
santé et son autonomie fonctionnelle, quel que soit son lieu de résidence, à
domicile aussi bien que dans l'une ou l'autre des ressources d'hébergement gouvernementales ou privées, et ce, au
meilleur coût. Pour y parvenir, l'Ordre des hygiénistes dentaires est d'accord avec les étapes proposées à
la page 32 du livre blanc. Il faudra emprunter le chemin de la prévention,
des incapacités et du maintien, voire de
l'amélioration de l'état de santé et de l'autonomie. Déjà, en 1991, l'Ordre des
hygiénistes dentaires avait préparé un projet pilote de soins d'hygiène
dentaire auprès des résidents en CHSLD. Il était
prévu que l'hygiéniste dentaire exerce des activités traditionnelles de son
champ d'exercice, détartrage, polissage, application d'agents anticariogènes, et autres, en toute autonomie,
c'est-à-dire, sans la tutelle du dentiste. Depuis, c'est devenu la norme de pratique dans le reste du
Canada où les services de l'hygiéniste dentaire sont accessibles directement
à la population. Malheureusement, au Québec,
la loi n'a pas suivi, et la médicalisation des soins préventifs et d'hygiène
dentaire persiste.
Alors,
à
titre de conclusion et recommandation, le Québec doit rendre accessibles les
soins d'hygiène dentaire de base aux
personnes en perte d'autonomie, peu importe l'endroit où elles vivent, où elles
se trouvent. Présentement, l'hygiéniste
dentaire qui offre ses services professionnels à l'extérieur du cabinet
dentaire est limitée au brossage des dents et au détartrage des prothèses. Cette limitation à son droit d'exercice
prive la population de services préventifs essentiels.
Notre
première recommandation : pour le mieux-être de la population du Québec,
il est impératif que le législateur reconnaisse
à l'hygiéniste dentaire toute l'autonomie professionnelle qui lui est due,
comme c'est le cas dans les autres provinces
canadiennes. Enfin, il est prévu que… au livre blanc qu'il appartient aux CSSS
la responsabilité d'encadrer l'évaluation
des besoins de la personne et de veiller à la qualité de cette évaluation,
d'élaborer les plans de services, et de les mettre en oeuvre, et, enfin, de s'assurer de la qualité des services
fournis. Notre deuxième recommandation : que les CSSS voient à choisir judicieusement les
fournisseurs de services les plus appropriés en fonction des coûts et des
ressources disponibles dans chacune
des régions afin de rencontrer leur responsabilité populationnelle et que des
budgets protégés soient prévus afin
d'assurer la dispensation des services d'hygiène dentaire dans les ressources
publiques d'hébergement.
L'Ordre des
hygiénistes dentaires du Québec estime que nous avons, au Québec, les
ressources suffisantes en hygiénistes dentaires afin d'offrir des soins
adéquats réguliers aux quelque 45 000 résidents des diverses
ressources institutionnelles d'hébergement
du Québec. C'est seulement à cette condition qu'on pourra combler les besoins
de soins d'hygiène dentaire de base à notre population en perte
d'autonomie. Merci.
Président (M. Bergman) : Merci, Mme Duval, pour votre
présentation. Maintenant, pour le bloc du gouvernement, M. le ministre.
Hébert : Bien, merci beaucoup, mesdames, de ce mémoire et
aussi de la flexibilité dont vous avez fait preuve pour venir ici ce matin, parce que je pense que
vous l'avez su à quelques jours d'avis. Alors, je vous remercie de cette
souplesse qui nous permet de pouvoir poursuivre nos travaux.
Je vais commencer par quelques questions d'ordre
plus général. D'abord, je vous remercie de l'appui à notre projet d'assurance autonomie. Vous dites dans votre
mémoire que c'est un projet de société devenu incontournable pour assurer
le maintien à long terme des soins pour les
personnes les plus vulnérables et pour maintenir les personnes à domicile le
plus longtemps possible. J'aimerais ça vous entendre sur ce qui vous a amenées
à manifester cet appui-là.
Mme Duval
(Diane) : Alors, pour nous, ça s'inscrit dans un… ce qu'on disait, un
continuum de soins.
a oeuvré au Québec à faire en sorte que nos enfants québécois, qui détenaient,
on le disait, le triste record de la carie mondial… ce n'était pas rien, là, à
l'époque, c'était mondial… faire en sorte qu'ils gardent leurs dents, qu'ils
les conservent.
Et ça a marché. Ça a marché, nos gens ont gardé leurs dents. Aujourd'hui, ils
sont devenus les parents d'une jeunesse
chez qui le fait d'inculquer de garder ses dents puis de prendre soin de ses
dents, c'est très important. Mais, dans ce continuum-là aussi et si on prend, il y a 20 ans, l'étude qui
s'était faite par rapport aux Québécois, Québécoises qui étaient
principalement des porteurs de prothèses, dont nos parents qui sont
présentement en CHSLD, notre future clientèle qui s'en vient ont leurs dents.
Donc,
pour nous, ça s'inscrit là, dans un continuum et dans l'esprit aussi de se dire
que la prévention, ça fonctionne. Quand on
veut garder nos personnes en bonne santé au Québec, il faut garder en tête que
la santé dentaire, qui permet de bien
mastiquer les aliments… Et on croit encore que la santé dentaire est
déterminante dans le maintien de la
santé générale de la personne, de pouvoir s'alimenter et de prévoir, dans
l'avenir, de réduire les médicaments relatifs à la digestion. Donc, dans le continuum de soins, la prévention, ça
fonctionne. Donc on croit qu'avec une génération qui garde ses dents, qui n'a peut-être pas eu tous les
soins orthodontiques, du chevauchement, des difficultés, des prothèses partielles, des implants, on s'en va vers une
hygiène buccale plus sophistiquée à faire à la maison et aussi en centre
d'accueil.
Donc,
il faut prévoir maintenant le maintien d'une bonne fonction masticatoire, d'un
état qui va nous permettre de ne pas
aller vers des maladies plus générales et qui originent d'une mauvaise santé
buccodentaire. Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question. Mais,
pour nous, c'est un continuum ici.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Ma question était plus générale, sur l'assurance
autonomie, mais je vais continuer dans votre voie quand même. Est-ce qu'on a… Vous parlez que les baby-boomers,
là, qui sont la prochaine génération de personnes âgées, sont moins
édentés. Est-ce qu'on a des données sur leurs habitudes de consultation pour
des soins dentaires? Est-ce qu'on a des données sur l'accès de
cette population-là à des soins dentaires?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Je vais passer la parole à Mme Côté.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Côté.
Mme Côté (Johanne) : Alors, oui, on sait que présentement la population active fréquente les
cabinets dentaires à 50 %, parce que souvent c'est… C'est ça. Ça va
beaucoup en fonction d'avoir les assurances dentaires.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Donc, ce sont ceux qui sont couverts par des assurances dentaires qui…
Mme Côté
(Johanne) : Majoritairement, oui.
Hébert :
Majoritairement.
Mme Côté (Johanne) : Mais on sait que, la population active, oui, c'est 50 % qui
fréquentent les cabinets dentaires.
Hébert : Et chez les retraités? Parce que la population
active, pour vous, c'est la population qui est au travail. C'est ça, ce
que vous voulez dire?
Mme Côté (Johanne) : Non, la population active… je veux dire, la population qui ne manque
pas de… qui n'est pas à mobilité réduite.
Hébert :
Ah, O.K. Je comprends.
Mme Côté (Johanne) : Parce que, la population qui est à mobilité réduite, évidemment, nous,
on ne peut pas la visiter pour
l'instant. Et, moi, lorsque je parle de la population active, c'est la
population qui peut se déplacer en cabinet dentaire pour recevoir des
soins.
Hébert : Est-ce qu'il y a des variations selon l'âge dans
cette accessibilité aux soins dentaires? Savez-vous?
Mme Côté
(Johanne) : Qu'est-ce que vous voulez dire?
Hébert : Bien, est-ce que les baby-boomers, par rapport aux
plus jeunes, est-ce qu'ils consomment plus, moins de soins dentaires au
Québec? Savez-vous?
Mme Côté (Johanne) : Ils consomment plus. Oui, ils ont plus de besoins, parce qu'évidemment
les enfants ont eu droit à nos
services de prévention, donc ils conservent plus leurs dents en santé, tandis
que la population baby-boomer a eu droit à plus d'obturations, des
choses comme ça. Ils ont plus de services de… besoin de services, de soins.
Duval (Diane) : Il y a 70 % quand même des personnes qui sont
assurées au Québec, c'est déjà un très bon… un bon pourcentage de gens. Mais effectivement je pense que notre
population adulte a été extrêmement sensibilisée, là, on va dire, dans nos âges, par l'action qui s'est
faite en prévention avec leur enfant. Il y a eu un continuum, une philosophie
qui s'est développée, qui a atteint les
parents, et qui ont pris davantage soin… et qui ont effectivement été chercher
plus de services pour garder leurs dents en bouche, effectivement.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Actuellement, dans les services à domicile des CSSS… Je parlerai des
établissements d'hébergement par la
suite, là, mais, dans les services à domicile, est-ce qu'il y a des hygiénistes
dentaires, dans les CSSS, pour les services à domicile?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Oui, merci. Alors, oui, on compte 250 hygiénistes
dentaires qui sont dévoués présentement, là, pas pour le service à
domicile, seulement dans les écoles au niveau du programme avec les enfants où
il y a un programme de scellement. Mais il
n'y a aucun vraiment soin dédié… politique de santé claire au niveau des… à
domicile, ça n'existe pas. Non, c'est
complètement absent à domicile, autrement que par des prestataires de soins
privés. Mais sinon, sur le plan public, non, ça n'existe pas, là, à cet
égard-là. On peut dire : C'est quasi inexistant, là.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Vous insistez beaucoup, dans votre mémoire, sur le travail avec les dentistes
et vous voulez avoir plus d'autonomie
professionnelle, si j'ai bien compris. Est-ce que, chez les enfants, le travail
que les hygiénistes dentaires font,
est-ce qu'il est aussi encadré légalement par les dentistes ou s'il y a une
autonomie professionnelle dans ce type de travail?
Mme Duval (Diane) : …je disais que
c'est…
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Merci. C'est
strictement l'autonomie professionnelle, parce
qu'ici, quand on est en santé publique, on est en prévention.
Ce sont des
activités présentement qui ne sont pas dans la loi ou dans le cadre de la Loi
des dentistes. Quand on va plus loin
puis qu'on veut faire des soins qui sont soit à domicile, en CHSLD ou ailleurs,
en résidence où se trouvent les
personnes adultes, l'hygiéniste dentaire ne peut pas faire de détartrage de
dents. Il faut que ce soit à l'intérieur d'un cabinet de dentiste. Mais, à l'extérieur du cabinet de dentiste, elle ne
peut pas aller de l'avant avec son… je dirais, son expertise de base qu'est la prévention et les
soins d'hygiène plus spécialisés pour lesquels finalement elle est formée
au Québec. Donc, ça, ça n'existe pas. Ce
qu'on a dans les CSSS… on a un programme où les hygiénistes dentaires font
des scellements chez les enfants, mais il
n'y a pas l'équivalent chez nos aînés pour les soins spécifiques qu'ils
requièrent en hygiène dentaire
présentement, qui est le principal facteur qu'on découvre, là, où l'hygiène
dentaire n'est pas faite dans les lieux comme ceux-là, où il y a perte d'autonomie.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Pour les besoins des gens qui nous écoutent, là : Où s'arrête la
prévention et où commence le traitement? En d'autres termes, où
s'arrêtent vos compétences qui peuvent s'exercer actuellement sans la
supervision des dentistes et où commence le traitement?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval (Diane) : Pour nous, et
l'exemple va être simple dans la mesure où est-ce que, dans toutes les
provinces canadiennes, on a statué là-dessus… donc, dans toutes les provinces,
l'autonomie des hygiénistes dentaires est dans son champ traditionnel
d'exercice, ce qui veut dire que son champ à elle, parce qu'on parle
majoritairement féminin… son champ est
d'assainir, évidemment de prévenir la maladie de gencives, prévenir la maladie
osseuse de l'os de support, prévenir les lésions carieuses, prévenir.
Donc, quand on parle de plaque dentaire,
d'enlèvement du tartre, d'éducation, de brossage, d'alimentation cariogénique ou pas, on est dans le champ
d'exercice de la prévention. Quand on agit en amont, c'est-à-dire qu'on enlève
la plaque, on enlève le tartre parce que le
tartre est un problème dans la mesure où il fait progresser la plaque dentaire,
la plaque dentaire fait résorber l'os de
gencive… quand on regarde tout ça, c'est ça, le champ traditionnel de
l'hygiéniste dentaire. D'ailleurs, et
en Ontario, et en Alberta, et en Colombie-Britannique, dernièrement au
Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse,
ça a été reconnu de façon claire. Et nous, dans l'esprit de la réforme du Code
des professions survenue dans les
débuts des années 2000… 2002, pour nous, l'expertise de l'hygiéniste dentaire
d'évaluer les soins de base à faire, le soin d'hygiène dentaire, de
regarder en bouche, c'est le travail fondamental de l'hygiéniste dentaire.
Pour
nous, c'est le cadre de notre profession et c'est le même cadre qui a été
reconnu par les législateurs des autres
provinces canadiennes, d'où les programmes qui sont enclenchés dans des CHSLD
ou à domicile, des équipements mobiles
qui ont été… se sont procurés les hygiénistes dentaires pour aller devant la
population. Elles ont cette possibilité de le faire.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Mais ce que je voudrais comprendre, c'est… La situation actuelle, au Québec,
vous permet de faire des gestes préventifs?
Mme Duval (Diane) : Mais pas le
détartrage, pas le détartrage des dents. C'est fondamental parce que…
Hébert :
Non, mais ce que je veux savoir, c'est jusqu'où vous pouvez aller en prévention
au Québec actuellement.
Mme Duval
(Diane) : Je vais passer peut-être la parole à Mme Clément, qui
est sur le terrain. Elle va être en mesure de vous dire ce qu'elle est
capable de faire et ses limites aussi.
Clément (Ghislaine) : Alors,
sur le terrain, ce que je peux faire, comme hygiéniste dentaire, c'est un
brossage de dents. Donc, en fait, c'est tout ce qu'on peut faire de
façon autonome. Dès qu'on commence à parler au niveau de détartrage, ça devient
un acte qui doit être fait en cabinet dentaire sous la supervision du dentiste.
Si on veut
savoir la limite entre les soins préventifs et les traitements ici, au Québec,
ce n'est pas clair, je dirais. En
France, j'ai trouvé un document d'un dentiste en France qui classe très bien le
préventif et le thérapeutique, donc
le traitement. Eux, ce qu'ils disent,
c'est que… Excusez. Dès qu'il y a chirurgie, donc, quand on parle de chirurgie au
niveau d'une dent, c'est, à ce moment-là, faire réparer une dent, donc
une carie. Dès qu'on fait une chirurgie au niveau de la gencive, qu'on coupe la gencive, c'est un traitement. Tout ce qu'il y a
avant la chirurgie, c'est considéré comme étant préventif. Alors, maintenant,
ici...
Mme Duval
(Diane) : C'est ça.
C'est que la limitation ici présentement, là, fait en sorte que le détartrage est vu
comme un acte médical, c'est-à-dire qu'il nécessite une évaluation d'abord par
un dentiste. C'est essentiellement ça qui différencie beaucoup, beaucoup, parce
que cette étape-là a été franchie ailleurs dans les autres provinces. C'est essentiellement
ça qui fait la différence au Québec dans la limite des soins. Ça fait qu'à
partir du moment où, avec un équipement mobile… Puis les hygiénistes dentaires
sont très, très mobiles. Le fait que ça nécessite un examen préalable, bien ça empêche des soins de base comme
le détartrage. Et le détartrage est majeur parce qu'il nous permet finalement d'avoir un meilleur contrôle sur la
plaque dentaire par après. Une fois que c'est fait, là, le brossage, l'hygiène
buccale se fait beaucoup mieux.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert : Mais
actuellement il y a des équipements mobiles utilisés à domicile dans certaines
régions du Québec. Moi, j'ai vu certaines expériences, là, ça existe déjà.
Mme Duval
(Diane) : Bien, Mme Clément, en fait elle a son équipement
mobile. Mais, quand on parle d'équipement mobile et qu'il se fait du
détartrage à domicile, c'est soit que ce soit le dentiste qui le fait
présentement ou il y va parce que la
législation veut qu'il aille avant l'hygiéniste dentaire puis la législation
veut qu'il aille voir après l'hygiéniste dentaire.
Donc, ça, c'est limitatif. Puis il va falloir se
dire : Est-ce que c'est ça qu'on veut au Québec? Parce qu'il y a deux choses qu'on a remarquées de façon très
claire par rapport au projet de l'autonomie. C'est : d'une part, on reçoit
des soins d'hygiène pour que les gens
restent autonomes le plus longtemps possible et on croit énormément que
l'hygiène dentaire en fait partie, d'une part; puis, d'autre part, ce
qui semble être un facteur majeur aussi, c'est tout l'aspect du financement. Alors, nous, on se dit
toujours : Les hygiénistes dentaires au Québec sont dûment formés, bien
encadrés par un ordre professionnel,
donc, en termes de qualité des soins, on est garants de cette qualité-là. Donc,
ils sont bien formés dans leur champ
d'expertise pour oeuvrer de la même manière que le reste du Canada, parce que, il
ne faut pas oublier, une hygiéniste
dentaire... Moi, j'enseigne au cégep de l'Outaouais, je gradue des hygiénistes
dentaires qui peuvent demain matin
être autonomes du côté de l'Ontario, et ils le font des fois, le pas. Donc, on
forme des gens ici à très grand coût, qui
sont limités dans les soins d'hygiène dentaire. Alors, je disais qu'il y a une
préoccupation par rapport à l'hygiène, qui est complètement absente, et
là il faut penser les Îles-de-la-Madeleine, la Gaspésie, il faut penser
l'Abitibi.
La profession
se démobilise un peu, la population vieillit. Comment on peut répondre à des
soins de base pour permettre aux gens de rester en bonne santé le plus
longtemps possible?
Mais l'autre préoccupation qu'on a, c'est le
financement. Le gouvernement doit y accorder bien sûr une attention particulière. Mais le financement est
majeur pour la pérennité des soins. Donc, à qui est-ce qu'on les confie?
À qui doit-on les confier? Et on garde à
l'esprit… la réponse, pour nous, est claire : aux bons professionnels, au meilleur coût et à l'endroit visé par le projet. Et là il faut se poser des
questions en termes de financement de coûts, et les autres provinces l'ont vu venir, ça, ce financement-là.
Alors, c'est au Québec que la population vieillit le plus longtemps, alors il faut y penser, avec leurs dents naturelles, parce que
d'inculquer des soins de brossage, c'est passé dans notre population adulte. Dans 20 ans, ils auront besoin d'aide, de support pour maintenir
les acquis. Alors, nous tous, on a besoin d'une hygiéniste dentaire pour enlever le tartre, et puis ça nous facilite
après ça le passage de la soie dentaire puis le brossage, mais c'est la même chose en centre
d'accueil, il faut voir les mêmes liens. Et donc on a les ressources sur place, on a les gens sur
place pour répondre avec eux pour le faire. Mais le gouvernement doit
absolument… Puis il faut se poser la question
ici en termes de coûts. On a accepté que les infirmières fassent du triage, et
c'est arrivé aussi dans une situation où le système était aussi en péril
un petit peu.
Les coûts augmentent. Il faut toujours se poser la question de base. Et
les hygiénistes dentaires sont des ressources inestimables, ils ont compté dans la balance au niveau de la sauvegarde
des dents chez nos enfants au Québec. Et on croit qu'on peut faire un bon bout de chemin avec les
Québécois et les Québécoises pour conserver leur santé buccale et de
surcroît, évidemment, conserver leur autonomie plus longtemps.
On se disait
qu'on était la deuxième population qui
vieillit le plus vite, le plus rapidement après le Japon. Le Japon, ils gardent leurs personnes âgées huit ans de
plus que nous en bonne santé. Ça compte, ça. Alors, nous, ici, on prend un
retard immense en matière de santé dentaire. Il y a 20 ans, 25 ans, on en parlait au Québec,
on revenait avec ce dossier-là, on
interpellait — vous
allez voir, dans les lettres — effectivement le ministre de la Santé en disant : Il faut faire quelque chose pour nos aînés, il n'y a pas
d'hygiène buccale. Ça n'a pas changé.
Il y a des initiatives qu'on salue, mais elles
sont isolées. Ce n'est pas de ça dont on parle. Premièrement, veut-on rendre accessibles des soins d'hygiène à
nos personnes, premièrement, en perte d'autonomie et ceux qu'on veut garder à domicile le plus longtemps possible? Je pense
que la question fondamentale est là. Et quelle est l'importance qu'on va accorder à la santé buccodentaire au moins, au moins et au
moins au niveau de l'hygiène pour prévenir la maladie? Elle
est là la question.
Le Président (M. Bergman) : M.
le ministre.
Hébert : Si on compare la formation des hygiénistes
dentaires au Québec avec les autres provinces canadiennes,
est-ce que c'est comparable?
Mme Duval (Diane) : Tout à fait. Je
vais laisser la parole à Mme Côté là-dessus.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Côté.
Mme Côté
(Johanne) : On a un accord
de la mobilité de la main-d'oeuvre avec les autres provinces, ce qui fait
qu'une hygiéniste dentaire, avec la formation qu'elle a présentement au Québec,
elle peut demander un permis de pratique, un
permis d'exercice dans toutes les autres provinces sans ajout de formation
ou d'évaluation supplémentaires. Le seul ajout de formation qu'il pourrait y avoir dans certaines provinces,
c'est qu'il y a des provinces que les hygiénistes dentaires peuvent faire de l'anesthésie locale,
sauf que, si l'hygiéniste, elle ne veut pas pratiquer l'anesthésie locale, dans
les autres provinces elle n'a pas besoin d'autre formation.
Donc, on a une formation considérée équivalente
à travers le pays.
Le Président (M. Bergman) : M.
le ministre.
Hébert : J'aimerais vous entendre sur les services
d'hygiène dentaire en CHSLD. Quelle est la proportion des centres
d'hébergement au Québec qui ont des services buccodentaires pour leurs usagers?
Mme Duval
(Diane) : On n'a pas les
chiffres exacts, mais c'est des projets qu'on dit pilotes ou très isolés, là, ce n'est pas,
d'emblée, les choses… Ce n'est pas des soins qui se donnent d'emblée, c'est
très isolé.
Mme Clément fait
partie d'hygiénistes dentaires
qui ont pris l'initiative d'être plus autonomes et d'aller faire ce qu'ils peuvent faire dans le milieu, mais ils
sont limités, mais c'est très isolé. On est au courant quand même de projets,
d'un projet pilote du côté de Sherbrooke, de certains projets, et souvent c'est
des projets qui cadrent peut-être dans la résidence des facultés de médecine
dentaire où on va vers des populations dans le cadre de programmes de
résidence. Mais jusqu'à maintenant, de temps
en temps, on entend parler qu'un dentiste va à domicile, mais, en Ontario,
c'est courant qu'une hygiéniste
dentaire aille à domicile, qu'elle déploie son équipement mobile. Il y en a qui
ont parti un équipement, puis ils ont tout ce qu'il faut dans leur… même
leurs véhicules wagonnettes où ils peuvent installer une personne et prodiguer des soins. C'est quelque chose. C'est
beaucoup une initiative qui vient finalement du secteur privé, puis il va
falloir ne pas s'en passer aussi comme étant des prestataires puis des
fournisseurs de services potentiels.
Mais au
Québec on est limités par rapport aux autres puis on accuse un retard immense,
immense à cet égard-là.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
J'ai pratiqué pendant toute ma carrière dans un établissement où il y a de tout
temps eu des services dentaires. À
l'Hôpital D'Youville, qui est devenu l'institut de gériatrie, il y a toujours
eu des services dentaires accessibles pour l'ensemble des résidents.
Alors, pour moi, ça fait
partie du décor.
Ce que
j'aurais aimé savoir, c'est s'il y avait beaucoup d'autres établissements au
Québec qui avaient ce même genre de services à leurs usagers. Vous me
dites que c'est assez exceptionnel. C'est ça?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval (Diane) : C'est assez
exceptionnel. Tout à fait, c'est assez exceptionnel.
Dès que vous
sortez des grands centres ou vous êtes à distance un peu des universités, ça
n'existe pas. Et les services dentaires sont des services dentaires,
j'imagine bien, aussi de base. Mais là on parle vraiment d'hygiène buccale, on parle vraiment de prévenir tous les problèmes. Alors,
non, c'est très… ça reste encore très isolé. Mais l'hygiène buccale, pour les hygiénistes
dentaires… ou, à chaque fois qu'il y a des projets pour aller vers ces
populations-là, on se rend compte que finalement c'est très pauvre en
matière d'hygiène buccale partout, partout, partout, les soins. Les préposés
sont complètement démunis face à quelque chose qui les dépasse.
Hébert : Je vais
laisser mes collègues poser quelques questions aussi.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose, il vous reste 3 min 30 s.
Mme Proulx :
Merci, M. le Président. Bonjour, mesdames. Bien, un petit peu dans la poursuite
de cette réflexion que vous nous
proposez, selon vous, qu'est-ce qui explique qu'au Québec on n'ait pas reconnu
en fait, là, une
partie du travail
des hygiénistes en leur permettant
d'être autonomes? Et, comme ordre, j'aimerais savoir, dans le passé, est-ce que
vous… qu'est-ce que vous avez fait comme
représentations, comme propositions, comme démarches, puisque j'entends bien,
là, que votre préoccupation, elle est très présente.
Et est-ce
qu'il y a des choses qui ont été faites? Et, si oui, selon vous, pourquoi
on ne peut pas ici permettre aux hygiénistes dentaires de faire les
mêmes actes médicaux que dans le reste du Canada?
Mme Duval (Diane) : Bien, je pense
que vous avez…
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Oui. Alors, bien,
premièrement, écoutez, moi, j'étais, à l'Ordre des hygiénistes
dentaires, en 1991, très jeune
présidente de l'ordre, et le discours était totalement, totalement
le même. J'ai placé en
annexe une lettre, et, vous allez voir — je
l'ai relue il n'y a pas tellement longtemps, et elle a été écrite il y a
23 ans — on
pourrait croire qu'elle a été écrite aujourd'hui.
Donc, des
démarches auprès des divers gouvernements, ça s'est fait de tout temps, de toute époque. Maintenant,
ce qu'on voit… et vous parlez… qu'est-ce qui
l'empêche, ça? Bien, c'est — pour
nous, la réponse est claire : une politique
de santé dentaire fort claire, certainement,
au sein du ministère de la Santé et
des Services sociaux, d'une part, et
la volonté, parce qu'ailleurs ça s'est fait par la volonté du
gouvernement, jamais via une entente entre les parties, jamais, jamais, jamais. Ça s'est fait par volonté gouvernementale
de dire : Ça se fait ailleurs aux États-Unis, on va le faire en Alberta.
L'Alberta, la Colombie-Britannique a suivi,
et c'est le gouvernement, c'est le premier ministre puis c'est le ministre qui
s'est levé en Chambre. Et, voilà, ça se
fait. Mais, si vous voulez mon point de vue, ça ne pourra pas se faire
autrement qu'une volonté ferme du
gouvernement d'avoir la parité avec l'ensemble du Canada en cette matière-là et
de faire confiance aux ressources que
sont les hygiénistes dentaires du Québec, et ça, toujours dans une perspective
de dire qu'il ne faut pas que ça se fasse la guerre ou que ça se fasse
sur le dos des usagers, de la population du Québec.
Puis jusqu'à
maintenant on a pris beaucoup de retard, beaucoup, beaucoup, beaucoup de
retard, et ça s'est fait toujours, évidemment, au détriment de la
population québécoise.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Sainte-Rose, il vous reste une minute.
Mme Proulx :
Oui. Bien, rapidement, en termes d'effectifs, si je parle du nombre
d'hygiénistes membres de votre ordre,
si on allait vers un virage où il y avait une possibilité pour les hygiénistes
d'offrir des soins, plus de soins à domicile... Parce que j'ai vu que vous mentionnez, là, qu'actuellement vous êtes en
mesure… vous avez suffisamment d'hygiénistes pour répondre aux besoins des 45 000 personnes qui sont en
résidence. Mais, si on élargissait la possibilité d'offrir des soins à
domicile, est-ce que les effectifs sont en nombre suffisant?
Le Président (M. Bergman) :
Le temps pour une très, très courte réponse, Mme Côté.
Mme Côté
(Johanne) : Oui, nous
croyons que les effectifs sont suffisants. Ce qu'il faut comprendre, c'est que
nous avons chaque année près de 300
nouvelles hygiénistes dentaires, nous avons neuf collèges qui donnent la
formation, qui fonctionnent à pleine
capacité, donc, puis nous avons un membership qui augmente d'année en année,
là. Donc, pour nous, il n'y a pas de problème.
Le Président (M. Bergman) :
…bloc du gouvernement. Maintenant, pour le bloc de l'opposition officielle, M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Bien, bienvenue à
notre commission, c'est toujours un plaisir de vous entendre. Avez-vous estimé, advenant le cas qu'on mettait en
place l'assurance autonomie, le nombre de personnes qui serait… d'hygiénistes dentaires qui serait
nécessaire par ratio de population? Mettons 500 personnes de 65 ans et plus.
Est-ce que vous avez fait des estimés? C'est quoi, les ressources
supplémentaires qu'on devrait mettre en place?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval (Diane) : Bien, à cet
effet-là, on a quand même regardé un petit peu en parallèle ce qui se faisait
dans nos écoles avec nos 250 hygiénistes dentaires. Pour avoir discuté avec des
hygiénistes dentaires qui sont sur le terrain, qui voient
des personnes, on estime qu'un centre qui peut avoir 200… où il y a 200
personnes, une personne, une ressource hygiéniste dentaire, pourrait arriver à
voir cette clientèle-là. Donc, faites un lien selon le nombre, c'est probablement, effectivement, autant de ressources
qu'on en a présentement dans le cadre des CSSS, là, par rapport aux
soins. Donc, on a à peu près 45 000, 50 000 personnes en centre
d'hébergement, là, en CHSLD présentement.
Alors, à ce
moment-là, nous autres, on avait fait une extrapolation à l'effet qu'à peu près
250 ressources seraient nécessaires si on
voulait, d'ici deux ans, trois ans, procéder à des soins, bien sûr avec la
capacité professionnelle d'agir, bien entendu.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Et
puis, si j'écoute vos propos, vous semblez nous dire que, s'il n'y a pas de changement au niveau de la
répartition des tâches ou des actes entre les professionnels, donc, entre
autres, si vous n'êtes pas capables
de faire plus, ça va être difficile d'agir dans les centres, parce que j'assume qu'à toutes les
fois que vous allez avoir besoin de poser un
acte ça va prendre un dentiste également
qui aille dans le CHSLD. Est-ce
que je me trompe quand je dis ça?
Mme Duval
(Diane) : Vous ne vous trompez pas.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Duval.
Duval (Diane) : Vous ne vous trompez pas. À chaque fois que
l'hygiéniste dentaire va vouloir poser une activité de son champ traditionnel d'exercice, ça va prendre un
dentiste. Pas obligé de... Il peut ne pas être sur place ou être sur place. Ça va dépendre de… Ça dépend
peut-être de l'application, qu'on fait présentement, là, des règles du jeu.
Mais la loi dit qu'avant de poser un acte de
détartrage le dentiste doit faire un examen diagnostic avant, ce qui n'a pas
cours dans les autres provinces canadiennes, ce qui était le cas il y a 20 ans,
ce qui n'est plus maintenant, tout à fait.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Ça, ce
que ça signifie également, qu'advenant le cas qu'on ne modifie pas votre champ de pratique, en
pratique, l'assurance autonomie en ce qui concerne l'hygiéniste dentaire va
être difficile à mettre en application.
Mme Duval
(Diane) : Présentement, dans le cadre actuel de la loi, oui. C'est la
première chose, d'où notre première
recommandation, c'est de reconnaître l'expertise de l'hygiéniste dentaire dans
cette matière-là puis lui donner l'autonomie
pour lui permettre d'aller vers cette population, d'établir des évaluations
comme telles de la santé buccale, d'agir
avec le personnel en place et de référer, comme elles l'ont fait dans les
écoles… Ça a marché. Les enfants, là, ils n'ont plus perdu leurs dents, ils les ont gardées sans carie et
réparées. Pourquoi? Parce que les hygiénistes dentaires les ont envoyés
vers les professionnels, dont les dentistes, pour les conserver, ces dents-là.
Donc,
il y a eu ce travail-là de première ligne qui a été fait et il n'y a pas de
raison qu'on ne puisse pas en faire autant avec nos aînés au Québec pour
se départir de sources d'infection que représente leur hygiène buccale.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Moi, je
suis conscient comme vous que probablement un des parents pauvres au niveau de la santé générale des
gens, entre autres de nos aînés, c'est l'hygiène buccodentaire parce que souvent les gens ont été soit édentés ou on ne
s'en est pas occupé au cours de leurs dernières années, puis il y a une
récupération à faire à ce niveau-là.
Tantôt,
vous disiez également que l'assurance autonomie permettrait de choisir
l'endroit où est-ce qu'on pourrait recevoir
nos soins. Dans votre modèle que vous proposez, est-ce que les soins sont
assumés par la personne qui les reçoit ou encore c'est assumé par le système
de santé?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Duval.
Duval (Diane) : Oui. Alors, ce qu'on a compris du projet d'autonomie,
c'est qu'il y a une certaine population qui va être identifiée.
Donc, on parle d'une
étendue, d'une couverture qui couvre environ 40 % des gens, l'estimation
qui est faite. Donc, il y a des soins qui
sont évalués. Les personnes qui sont en perte d'autonomie, l'autonomie sera
évaluée : où est-ce qu'elle est, cette perte-là?, pour avoir des
soins. Alors, une personne qui est encore capable de s'offrir des soins, une personne qui est encore capable de faire son
hygiène buccale, pour nous, là, ça ne s'inscrit pas là. On parle plutôt de la
possibilité qu'au privé les hygiénistes
dentaires puissent les offrir, ces soins-là, pour ceux qui veulent rester à
domicile, là où ils sont. Dans le
programme où les personnes ont été identifiées comme ayant des besoins mais qui
sont à domicile, dans le maintien il
y aura des évaluations qui seront faites par les personnes responsables, et,
s'ils ont besoin de services d'hygiène dentaire, à ce moment-là on
verrait très bien les ressources pouvoir se déplacer vers ces personnes-là.
Le Président (M. Bergman) : M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui. Merci, M. le Président.
C'est très intéressant, ce que vous apportez. Pour vous, là, parce que
j'aimerais ça vraiment comprendre de façon assez claire, pour vous, la personne
qui est à domicile, elle pourrait utiliser les services d'une hygiéniste
dentaire et, à ce moment-là, cette personne-là paierait de sa poche pour
recevoir les soins.
Mme Duval
(Diane) : Ça pourrait être possible, comme ce l'est pour la personne
qui s'y déplaçait il y a un an passé. Exemple d'une personne qui ne peut
plus… bien, il faudrait poursuivre dans cette direction-là si c'est une
personne qui requiert tout simplement des soins de base annuels par
l'hygiéniste dentaire. Ça se fait ailleurs dans les autres provinces de cette
façon-là.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Et, si on comprend
bien le modèle que vous proposez, à ce moment-là on n'aurait besoin
d'aucune intervention d'un dentiste, l'hygiéniste dentaire serait autonome.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval (Diane) : Oui. L'intervention du dentiste se situe au
niveau du diagnostic, et on encourage fortement la population du Québec
à obtenir un diagnostic.
Donc, toutes
ces initiatives-là de déplacement des dentistes vers les domiciles, on les
applaudit totalement. Ce qu'on
cherche à obtenir, c'est ne pas avoir la restriction, cependant. Donc, les
dentistes peuvent sortir avec un équipement mobile, peuvent y aller avec
des hygiénistes dentaires, ils peuvent y aller avec des assistantes dentaires
et peuvent se déplacer, mais ils ne doivent pas empêcher par contre que
d'autres se déplacent quand ils peuvent y aller avec leur équipement dans des régions données, ou peu
importe. C'est l'empêchement à l'envers qui pose un problème,
c'est-à-dire que, quand les ressources
ne peuvent pas y répondre, on empêche les hygiénistes dentaires de répondre aux
besoins.
C'est ça qu'on veut venir clarifier dans le
projet. Quant à l'examen de diagnostic de dentiste, c'est comme un examen
médical, on souhaite tous que tout le monde en ait, qu'il y ait un diagnostic.
Mais d'empêcher une hygiéniste dentaire de
prodiguer des soins, d'évaluer ces besoins-là, de référer pour des besoins
autres vers le dentiste, cet empêchement-là,
pour nous, c'est une brisure dans l'accessibilité. C'est là qu'elle est, la brisure de l'accessibilité, pour les soins.
Le Président (M. Bergman) : M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Mais assumons un scénario : on ne peut pas
le faire, on ne vous donne pas les
actes que vous pensez que vous pourriez poser, on reste avec le même système. Entre autres, dans les autres provinces, à ma connaissance, il n'y a pas
d'assurance autonomie. Ce que vous me dites, les hygiénistes des autres
provinces, elles, en majorité des femmes, peuvent pratiquer les actes,
alors qu'au Québec, où est-ce qu'on propose de faire une assurance autonomie,
on ne peut pas faire des actes.
Ma question,
c'est : Si on ne vous donne pas ces nouveaux actes là, pour vous, est-ce
que l'assurance autonomie a une valeur ajoutée?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Quel prix on veut payer au Québec? Moi, ça me reste… il faut
garder ça en tête. Quel est le prix
de déplacer deux et trois personnes, sinon deux… ou de faire trois gestes, dont
deux médicaux, pour assurer le détartrage?
Quel est le
prix de ça si on garde le système actuel? Il faut se poser la question là, là.
Présentement, il faut tout de suite
se la poser, cette question-là. Donc, pour nous, on dit : Il faut
justement ne pas aller là-dedans, il faut démédicaliser l'acte d'hygiène
de détartrage et de soins dentaires comme dans les autres provinces qui l'ont
vu venir, ce projet-là. Alors, si ça peut se
faire, tant mieux, mais il y a une facture à payer, tant au privé par le
consommateur et tant pour l'État. Alors,
il faut se poser la question. Et je me dis qu'au Québec on est riches, très
riches de ressources, mais on est très pauvres dans leur utilisation
maximale, de ces ressources-là. Et c'est là qu'arrivent les entraves à
l'accessibilité des soins.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, vous savez, une donnée
qui semble ressortir de la commission, c'est qu'actuellement il
semblerait qu'entre autres, dans les soins à domicile, on répond à 15 %
des besoins.
Le ministre
nous le rappelle souvent. Avec le 500 millions qui va être mis au cours
des cinq prochaines années, qui… De
toute façon, avec ou sans assurance autonomie, on va mettre 500 millions.
Ce n'est pas une question de savoir la
structure, mais bien l'argent qui est mis directement au niveau des patients.
On va pouvoir répondre pour de 15 % à 30 %... Donc, si on voulait répondre à 100 % des besoins de la
population, comme ça avait été laissé miroiter au début de l'assurance autonomie, la facture serait
probablement, une petite règle de trois, autour de 2 milliards de dollars.
Donc, avec l'assurance autonomie, une
structure qu'on met en place, on change des façons de faire, on va passer de 15
% à 30 %, mais je ne suis pas
certain qu'on va être capables de modifier les actes professionnels
d'hygiénistes dentaires, dentistes d'ici
à ce qu'on passe l'assurance autonomie. Si j'écoute vos propos, si on embarque
dans l'assurance autonomie sans faire cette
modification-là, on se crée peut-être un plus gros problème parce que ça va
être encore les dentistes qui vont devoir agir au niveau de médecins à
domicile au niveau des CHSLD avec des hygiénistes dentaires.
Mais, en plus
de ça, je ne suis pas sûr que vous allez être dans le 30 % qu'on va
couvrir selon les besoins et l'argent qui va être mis au cours des cinq
prochaines années.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : On est conscientes, je dirais, au Québec, là, des ressources
qui doivent être allouées au bon endroit, puis au bon moment, puis au
meilleur coût.
Ce qu'on dit,
c'est qu'en CHSLD, présentement, là, au moment où on se parle, il n'y en a pas,
d'hygiène buccale. Et ça, ça devient
un problème. Ça devient un problème, dès qu'il y a de l'inconfort, dès qu'il y
a des situations, qui fait que les
personnes ne sont plus capables de mettre leurs prothèses ou que l'hygiène
n'est pas faite dans la prothèse, ils ne sont plus capables de les mettre. Pour toutes ces raisons-là, puis pour
ceux qui gardent leurs dents, il faut au moins faire ça de base. Pour nous, là, ça devrait être dans
une politique de santé de façon très, très claire. Pour ce qui est de
l'ensemble de la population, si une
personne à domicile a les mêmes besoins, les mêmes besoins pour les mêmes
raisons qui ont été identifiées par une ressource, à mon point de vue,
elle devrait l'obtenir, O.K.? Pour les
autres qui peuvent se les offrir, bien continuons à faire exactement ce qui se
fait ailleurs dans les autres provinces.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, M. le Président. C'est juste que moi, je veux comprendre votre propos,
Vous dites,
en arrivant ici… vous êtes pour l'assurance autonomie, ce qu'on comprend, là,
tout le monde est… En passant, tout
le monde est pour le maintien à domicile, l'organisation des soins, le
changement au niveau des pratiques, là.
Ça, on est tous d'accord. La question : Est-ce qu'on a besoin de
l'assurance autonomie pour faire la transformation que vous nous
proposez?
Si on ne fait
pas d'assurance autonomie, vous, vous dites quand même : Il faut
qu'on procède à une transformation,
au niveau de nos actes, comme hygiénistes dentaires, il faut en faire plus. La question :
Est-ce qu'il y a une relation entre ce que vous demandez puis la mise en place
d'une assurance autonomie? Deuxième question : Est-ce que vous voyez l'assurance autonomie comme étant une
possibilité d'augmenter l'argent qui va être investi dans vos secteurs? Parce
que c'est comme ça que je le comprends, là.
Mais moi, je n'ai pas vu un appui si fort à l'assurance autonomie, si c'est
juste que vous venez de nous dire : Ça
nous prend des transformations, puis en même temps, bien, l'assurance autonomie
devrait nous permettre de mettre plus d'argent.
Ça, on est tous d'accord. C'est d'ailleurs le discours qu'on a eu ici de tout
le monde. Là, tout le monde a dit :
Regardez, on croit dans l'assurance autonomie parce que ça va nous permettre
d'avoir plus d'argent. Là, il faut
juste qu'on m'explique où il va venir, l'argent, là. Mais, une fois qu'on a dit
ça, si c'est la seule raison pour laquelle on fait de l'assurance
autonomie, dans les autres provinces…
Si je
comprends bien, ce que vous voulez mettre en place au Québec, ça existe dans
les autres provinces, puis on n'a pas d'assurance autonomie.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval (Diane) : Mais il faut
faire attention, par exemple. Le gouvernement investit de façon majeure.
L'exemple que j'ai en tête, c'est l'Alberta. Ça
fait longtemps que les hygiénistes dentaires sont dans le cadre des CHSLD. Peu importe, la méthode de financement
vous appartient… à regarder comment on va financer tout ça. Mais les hygiénistes dentaires, dans des programmes de
santé dentaire publics auprès des aînés, ça existe, ça existe vraiment. L'Alberta est un bon exemple. Donc, il existe des
programmes ailleurs. Donc, commençons. D'abord, commençons par la base,
sur le terrain, dans les CHSLD puis permettons aux hygiénistes dentaires d'en
faire plus en prévention par un décloisonnement
puis une démédicalisation des activités. Peut-être qu'on aura une population,
dans 20 ans puis 30 ans, qui sera en
meilleure santé, mais commençons par la base. Ça existe ailleurs. Les
mécanismes pour y arriver… l'assurance autonomie
est un mécanisme. Nous, ce qu'on applaudit, c'est l'intention du maintien à
domicile. L'intention de donner des
services, on l'applaudit, mais ce qu'on s'aperçoit, c'est que, dans le cadre du
projet, les soins et les services professionnels
de base, incluant les soins infirmiers et les services de nutrition,
réadaptation et services psychosociaux… il n'y a pas les soins dentaires de base, de base. Parce qu'on sait que des
personnes en perte d'autonomie plus âgées, bien, évidemment vont… On va agir davantage… on sera conservateur et agir
davantage pour les garder confortables au niveau de l'hygiène buccale.
C'est ce qu'on cherche à faire.
Commençons par ça, puis après ça on verra. Mais,
nous, ce qu'on dit : Ça en prend. Oui, effectivement, le gouvernement doit avoir le courage d'offrir à sa
population au Québec des soins, au moins, d'hygiène de base et du support
à l'intérieur de ces centres-là.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Deux petites questions très rapides parce que
je veux laisser la parole à mes collègues. En Alberta, est-ce qu'ils ont
mis en place une assurance autonomie?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Le contexte du financement, ça, je vous laisse vérifier ça,
mais il y a des changements majeurs ailleurs.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Je vais vous donner la réponse : c'est non, O.K.? Est-ce qu'on a besoin de
mettre en place une assurance autonomie pour
faire la transformation que vous nous demandez? Si les autres provinces l'ont
faite puis au Québec on est, ce que
vous nous dites, les derniers, on devrait peut-être plus se consacrer à faire
la transformation que vous nous parlez que de faire l'assurance
autonomie. Le problème, c'est quand on a mis la transformation avec l'autonomie. C'est deux facteurs, quant à moi, qui
sont indépendants. Donc, c'est pour ça que je suis très prudent par rapport
à la notion.
Est-ce qu'on
doit faire de l'assurance autonomie pour atteindre votre objectif? Moi, d'après
moi, c'est non. Il faut travailler peut-être autrement. Là-dessus, je
vais laisser la parole à ma collègue.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Merci beaucoup. Je vais vous dire, ce qui m'a étonnée le plus
de ce que j'ai entendu — je trouve qu'on va
devoir travailler là-dessus — c'est que vous avez mentionné que 50 %
de la population actuellement allait dans les cabinets de dentiste parce qu'ils avaient des assurances. Ça veut
dire qu'il y a 50 % de la population qui fréquente peu ou pas les dentistes, alors, je pense… et
conséquemment les hygiénistes. Ça veut donc dire qu'on va devoir travailler sur
ce 50 % là parce que sinon on aura
éventuellement une aussi grosse problématique que celle que vous exposez
actuellement, hein, et il faut commencer dès maintenant à aider la
population qui n'a pas accès à des soins dentaires.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Eh bien, lorsqu'on a parlé d'assurance… Il faut voir que
c'est notre population qui est au travail maintenant qui maintient des
régimes d'assurance dentaire via leurs employeurs qui sont assurés.
Alors, dans
la population adulte, c'est… on va chercher jusqu'à peut-être 70 %,
beaucoup concentrés au niveau des
plus grands centres. Moi, je suis de l'Outaouais québécois, et il y a beaucoup
plus de gens assurés là qu'il n'y en a ailleurs… donc près du
gouvernement fédéral, mais il n'en reste pas moins que la population, là, qui
est à la retraite présentement, là, nos gens
qui sont à domicile et nos gens,
encore plus, qui sont en CHSLD, c'est 5 %,
qu'on dit, là, dans les chiffres
qu'on a vus passer. 5 % détiennent des assurances dentaires, qui seraient
la population qui en détiendrait dans le cadre des CHSLD.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Blais : Mais nos pauvres, puis
il y en a beaucoup, ils n'ont pas accès à des soins dentaires, alors ils
arrivent, en vieillissant, avec
vraiment une situation problématique. Et je pense qu'il faut vraiment
travailler aussi sur cette situation qui
va empêcher cette autonomie au niveau des dents. C'est vrai que, si, à un
moment donné, en vieillissant, à la maison on a des problèmes de dénutrition, bien ça peut être multifactoriel,
mais les dents et l'alimentation, ça entre là-dedans.
conclusion… je veux laisser un peu de place à ma collègue, mais, en conclusion,
je crois qu'il faut travailler sur
les personnes qui ont peu de revenus et qui ont besoin d'avoir une santé
dentaire correcte, et ils font
partie d'un 50 %.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée de Gatineau, il vous reste 2 min 30 s.
Mme Vallée :
Bonjour, mesdames. J'ai une question, parce que vous avez parlé beaucoup des
personnes aînées, des personnes en
CHSLD, mais l'assurance autonomie, c'est aussi nos personnes handicapées, les
gens à mobilité réduite, des gens de
plus de 18 ans qui ont aussi des limitations fonctionnelles importantes.
Et, je me demandais, cette clientèle-là — vous en avez peu parlé dans votre exposé — actuellement elle est desservie de quelle
façon au niveau de l'hygiène dentaire?
Le Président (M. Bergman) :
Mme Duval.
Mme Duval
(Diane) : Encore une fois, on est très limités aussi, parce que...
Écoutez, moi, je vais faire référence... On n'a pas les chiffres, mais souvent les... Il se peut que les
hygiénistes dentaires en CSSS, par exemple, aient des projets particuliers, mais ça se limite toujours à de
l'éducation, brossage, support aux préposés. Je vais faire référence… Moi,
j'ai été longtemps travailler dans un CLSC à l'époque et je m'occupais
principalement d'un organisme où est-ce que c'était
un centre d'hébergement auprès des personnes, justement, handicapées, les
déficiences intellectuelles, des personnes en jeune âge, 18, 19, 20 ans, 30 ans, et c'était limitatif au
fait de supporter les préposés qui étaient dépassés par l'hygiène
buccale à faire chez ces personnes-là.
Alors, je
dirais que, les aînés et nos personnes qui ont ces besoins-là, on est au même
point au Québec. Mais il faut faire attention, là, il ne faut pas penser
que la solution porteuse à long terme va être encore par l'État, via des négociations pour, à la pièce, payer des soins
dentaires par la Régie de l'assurance maladie ou autrement. On ne pourra
pas regagner un terrain... Ça va être
difficile, mais on ne pourra pas regagner la perte de l'attente qu'on a eue de
mettre nos ressources en place au
Québec, de les utiliser correctement. Alors, moi, je reviens toujours
là-dessus, les retards, les écarts
sont immenses avec les autres provinces canadiennes. Et un aspect du problème,
c'est effectivement l'utilisation de
la ressource hygiéniste dentaire dans le milieu de la santé dentaire. Et, je
reste là-dessus, je vais marteler le clou, il faut que ça change. Ça a changé pour d'autres
professionnels, on a fait confiance à d'autres professionnels, alors il va
falloir faire confiance aux hygiénistes dentaires de collaborer,
d'augmenter l'offre de services auprès de toute la population.
il reste au gouvernement de regarder comment finalement ça cadre dans le
projet. Mais, de passer par ce qui se faisait traditionnellement, je
pense qu'il va falloir regarder ce qui se fait ailleurs.
Le Président (M.
Bergman) : Maintenant, pour le bloc du deuxième groupe
d'opposition, Mme la députée d'Arthabaska.
Roy (Arthabaska) :
Merci. J'ai bien compris qu'il y
avait des difficultés au niveau
des actes professionnels requis
au niveau du détartrage. Les autres actes que vous pouvez
faire sans la prescription d'un dentiste, le brossage, le nettoyage de
prothèse, est-ce que c'est des actes réservés à votre profession ou les
infirmières peuvent le faire?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Duval.
Duval (Diane) : Les infirmières peuvent le faire, les préposés peuvent
le faire. Ce ne sont pas des activités qui sont réservées à la
profession. Je ne sais pas...
Mme Roy
(Arthabaska) : Oui, oui, c'est…
Mme Duval
(Diane) : Alors, non.
Mme Roy
(Arthabaska) : Il faut se mettre dans le contexte.
Mme Duval
(Diane) : Oui.
Roy (Arthabaska) : Maintenant, j'ai compris qu'à chaque
personne handicapée qui intervenait, qui demandait des services à l'État… et chaque personne aînée qui rentrait
dans l'univers du maintien à domicile était évaluée en fonction d'outils, SMAF, ou autres. Mais, vous,
est-ce qu'il y a, dans ces coches-là qu'on doit évaluer, l'élément de santé
dentaire dans ces outils d'évaluation là?
Duval (Diane) : Bien, pour nous, ça va être important effectivement de
contribuer. En tout cas, on est là pour
contribuer à un outil d'évaluation pour les besoins de soins d'hygiène dentaire
certainement dans ces milieux-là.
Roy (Arthabaska) : …une ligne pour évaluer les besoins en...
Puis vous, vous évaluez ça à combien, à peu près, de personnes ayant
soit une prothèse soit une... ayant leurs dents? Vous évaluez ça à combien
d'interventions? Deux interventions par année?
Duval (Diane) : Bien, je vais laisser la parole à Mme Clément qui
travaille sur le terrain. Elle va pouvoir dire un petit peu comment elle
voit ça avec une personne âgée, comment elle intervient, là, à ce rythme-là.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Clément.
Mme Clément (Ghislaine) : En fait, si on parle au niveau du détartrage, je
crois que l'important, c'est qu'au niveau de l'hygiène dentaire on doit
commencer par un détartrage.
lorsqu'on a des suivis réguliers, donc, s'il y a un protocole au niveau des,
déjà, infirmières, préposées qui sont déjà
sur place, puis ils ont déjà une procédure pour maintenir à tous les jours…
pour bien contrôler l'accumulation de plaque en bouche, je crois qu'à ce
moment-là une fois par année, ça peut être suffisant. Quand les soins de base
sont faits de façon adéquate, on commence
par un bon détartrage et ensuite on contrôle l'accumulation de plaque, qui
évite, à ce moment-là, la formation
de tartre. Moi personnellement, qui vais dans les CHSLD, je vois des gens une
fois par semaine, d'autres une fois par deux semaines, d'autres une fois par
mois. En général, même les gens que je vois
une fois par mois, je peux arriver à contrôler l'accumulation de tartre. Donc,
ça veut dire que je peux toujours faire les soins de base pour, donc,
juste enlever la plaque. Donc, c'est un peu...
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée d'Arthabaska.
Roy (Arthabaska) : Vous mentionnez que c'est fait dans les
autres provinces, c'est documenté, ce que vous nous demandez, de modifier les lois professionnelles et d'intervenir
plus facilement auprès des clientèles ciblées ici par le présent projet. Mais savez-vous combien ça
coûte per capita, dans les autres provinces, le service privé, parce que c'est ce que vous dites, pour
ceux qui sont à domicile et le service public pour ceux qui sont en CHSLD?
Mme Duval
(Diane) : On n'a pas ces données-là, malheureusement.
Mme Roy
(Arthabaska) : Bon. Ça va. Moi, c'est toutes les questions que
j'avais à poser.
Le Président (M.
Bergman) : Alors, Mme Duval, Mme Côté et Mme Clément, merci
pour être ici avec nous aujourd'hui et partager votre expertise avec nous.
Et je demande les gens de la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec pour prendre la place à la table et je
suspends pour quelques instants seulement.
(Suspension de la séance à 11 h 3)
Le Président (M. Bergman) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Alors, on souhaite la bienvenue à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Pour
les fins d'enregistrement, on a besoin de vos noms, vos titres, et
vous avez 10 minutes pour faire votre présentation. Alors, le micro, c'est à
vous, madame.
Deschamps (Johanne) :
Parfait. Merci. Alors, je me présente — je vais présenter également
les personnes qui
m'accompagnent — mon nom est Johanne Deschamps, je suis conseillère politique
à la FTQ et je remplace, sûrement
sans étonnement pour vous, Daniel Boyer ce matin compte tenu de ce qui se passe
chez nous.
Donc, les
personnes qui m'accompagnent et qui vont intervenir sont Danielle Legault, qui
est vice-présidente du syndicat
québécois des employés de service; Marco Lutfi, vice-président du SCFP-Québec et également président du secteur des affaires sociales. Nos recherchistes nous
accompagnent également ce matin, Benoit Hamilton, Pierre-Guy Sylvestre
et Jennifer Whiteside. Alors, d'abord,
nos excuses pour vous avoir fait parvenir notre mémoire un peu à la dernière
minute. Écoutez, on va essayer quand même de vous le présenter rapidement.
La FTQ veut d'abord
saluer la volonté gouvernementale de
donner une nouvelle impulsion à l'accès aux soins et aux services de longue durée pour toutes les
personnes qui vivent avec des incapacités, surtout dans le contexte où il y a
vieillissement de la population. Cette
réflexion-là, pour nous, est absolument nécessaire étant donné que les besoins
des personnes en perte d'autonomie ne sont pas déjà suffisamment
couverts. On va vouloir vous suggérer certaines pistes à l'égard de l'organisation des soins, du financement et de l'importance
de la main-d'oeuvre. Ces propositions, sans grand étonnement sûrement pour vous, vont être en lien
avec des objectifs qui nous sont chers, soit l'universalité, l'accessibilité,
l'équité, la gestion publique sans
surfacturation ni frais d'utilisation. Et enfin on voudrait inviter le
gouvernement, avant que je cède la
parole à mes collègues… on vous inviterait également à intégrer, dans
l'élaboration de la législation et dans l'implantation également de toutes les composantes d'une politique,
l'analyse différenciée selon le sexe compte tenu de l'importance des femmes dans ce secteur, qu'elles
soient travailleuses, qu'elles soient aidantes ou qu'elles soient bénéficiaires
de ces services.
Alors, sans plus tarder, je vais passer la
parole à Danielle Legault.
Legault (Danielle) : Alors,
bonjour. La proposition du livre blanc est claire, est très claire, il s'agit
d'accentuer la privatisation ou la
sous-traitance vers les entreprises d'économie sociale en aide domestique, les
organismes privés ainsi que les résidences privées pour aînés.
À la FTQ, on
croit qu'une administration à but lucratif se traduit par une diminution
numérique du personnel, un appauvrissement
de la qualité des soins et des services ainsi qu'une augmentation des coûts
pour les bénéficiaires. Les preuves
en sont d'ailleurs nombreuses avec l'expérience de nombreux autres pays. Alors,
juste m'excuser, là, pour la voix, là,
c'est hors de mon contrôle. Excusez-moi. Le Vérificateur général a observé que,
déjà là où le travail est privatisé, les mesures en place pour apprécier
la qualité des services à domicile ne permettent pas au ministère, aux agences
et aux établissements d'effectuer un contrôle suffisant de la qualité des soins
offerts. D'ailleurs, la société québécoise a collectivement
décidé de se construire un système de santé et de services sociaux basé sur la
solidarité sociale, pas sur les
principes du marché. Au contraire, les Québécois et les Québécoises, on veut se
sentir en confiance en sachant que notre
système de santé et de services sociaux pourra fournir tous les soins et les
services dont ont besoin… et ce, de façon facile, sans complexité
inutile et difficile à gérer.
Ainsi, la FTQ
est en profond désaccord avec l'orientation gouvernementale de privatisation.
On ne sera pas surpris, on décrie
cette situation-là depuis plusieurs années. Puis ce n'est pas parce qu'on
souhaite créer une assurance autonomie qu'il faut privatiser les
prestations des soins et des services de longue durée.
La FTQ croit
que la prestation doit être publique, offerte par du personnel du secteur
public dans les différents lieux où
habitent les personnes nécessitant des soins et des services de longue durée.
Notre recommandation sur ce thème, c'est,
afin d'assurer une continuité dans des soins
et des services de longue durée de qualité et d'éviter toute confusion sur le véritable employeur, que tous les services
qui touchent les AVQ, l'aide à la vie quotidienne, soient offerts par le
personnel des CSSS.
Pour
nous, c'est sûr que l'organisation des services de longue durée, c'est très important.
C'est bien connu que le Canada
dépense moins dans les soins à
domicile et les services de longue
durée que les autres pays de l'OCDE et que, par conséquent, notre système de santé, en ce qui touche les soins à
domicile, a de nombreuses lacunes. Récemment, le Protecteur du citoyen et le Vérificateur général ont pu publier des
rapports où on répertorie ces failles qui sont vécues au quotidien par les membres qu'on représente sur
le terrain jour après jour. Entre autres, on nommait, on vous disait… on énumérait que les usagers ne reçoivent pas nécessairement
tous les services qui sont requis, auxquels ils ont besoin, et tout ça pour plusieurs raisons : manque de
financement; manque d'évaluation spécifique. On sait qu'il y a des temps
d'attente pour avoir accès aux services qui
sont excessifs. Il y a un manque de normes pour l'ensemble du Québec, qui
ne permet pas d'assurer un contrôle
suffisant sur la qualité des soins qui sont donnés, et évidemment un problème
qu'on connaît depuis plusieurs années,
c'est la pénurie de main-d'oeuvre, la pénurie de professionnels, bon, qui peut
aussi faire en sorte que ça va être
difficile de pouvoir avoir des soins à domicile qui pourront être efficaces
pour les bénéficiaires. On croit qu'il ne faut pas viser une
organisation fragmentée des soins de santé. Le continuum de services va être
très important. On ne peut pas sortir les
soins de santé de longue durée du réseau de la santé et des services sociaux,
en général. On pense que tout ça
doit… Pour s'assurer d'une bonne qualité, il doit y avoir un continuum de
services. Ça doit partir du premier
moment où les personnes ont besoin de services et qu'on puisse suivre ce qui se
passe. Et, de la façon qu'on pense
d'offrir les services maintenant, heureusement, les CSSS vont pouvoir garder…
c'est eux qui vont déterminer les besoins,
c'est eux qui vont déterminer qui va donner ces services-là, mais on ne pourra
pas faire la continuité à la suite de
l'évaluation des besoins. Est-ce que c'est les bons besoins qu'on donne? Ça va
être difficile, ça va devenir une machine incroyable. Et déjà les CSSS ont de la difficulté à pouvoir offrir tous
les services qui sont nécessaires aux personnes qui sont à domicile.
Donc,
on pense qu'il faut vraiment s'assurer que tout passe par les CSSS, de mettre
le financement nécessaire pour qu'on puisse, là, ensuite s'assurer des
bons services qui vont être offerts aux personnes.
autre grande préoccupation qu'on a à la FTQ, c'est les centres d'hébergement et
de soins de longue durée. Il n'est
pas acceptable que le système de soins à domicile se développe au détriment des
places en CHSLD. On sait depuis plusieurs
années que déjà on a diminué énormément les places en CHSLD. On réduit les
financements offerts dans les CHSLD,
et ça, c'est très inquiétant. Les services à domicile, c'est important, mais
les places en longue durée, en centre d'hébergement,
c'est aussi important, entre autres, pour les personnes qui sont atteintes de
la maladie d'Alzheimer, entre autres, pour les personnes qui ont des
problèmes cognitifs. Parce que, quand on parle de soins à domicile, ça, c'est inquiétant pour les familles, pour les proches
parce que c'est des maladies qui sont dégénératives, évolutives rapidement.
Et comment est-ce qu'on fait pour garder des personnes à la maison, qui souvent
vont être seules, quand elles ont des problèmes
de cet ordre-là? On pense qu'il faut réinvestir dans les CHSLD pour s'assurer
que ces personnes-là, les personnes qui
ont des déficiences, aussi, physiques puissent avoir des lieux où elles vont
pouvoir être en sécurité, obtenir les soins nécessaires. Et ce n'est pas
toujours nécessairement par les soins à domicile que ça passe.
Donc, il faut
regarder l'ensemble des services qu'on offre aux personnes qui sont en perte
d'autonomie et les personnes âgées, évidemment.
Le ministre a déjà
indiqué de vouloir s'inspirer du modèle danois. Alors, on est d'accord…
Mme Legault
(Danielle) : Oui?
Le Président (M.
Bergman) : Vous avez une minute.
Mme Legault
(Danielle) : Oh! J'ai encore une minute. J'ai dépassé beaucoup,
excusez.
Alors,
écoutez, modèle danois, on est d'accord, pourvu qu'on suive le modèle danois,
pas juste de dire : C'est les soins à domicile. Mais il y a une
panoplie d'autres services qui ont été développés dans le modèle danois. Alors,
pour nous, c'est important. Et vous avez les
deux recommandations qui suivent là-dessus. Alors, c'est élargir l'éventaire
des services et de mettre des pratiques
innovantes dans notre système de santé, dont le système danois. C'est court. Excusez.
M. Lutfi
(Marco) : Alors, pour ma part — on n'a pas de temps à perdre,
on le voit bien — je
commencerai peut-être par le financement qui nous semble être une… bien, une question
non pas réglée, mais disons qu'avec la déclaration de Mme Marois, qui semble diriger le financement vers les tables d'imposition, nous, ça fait grandement notre
affaire, finalement.
Donc,
j'irai tout de suite avec les recommandations 7 et 8 en page 19, là : Que le financement des soins du service de
longue durée, même s'il devait prévoir la création d'une caisse partiellement
capitalisée, soit assuré par l'impôt général des
contribuables et des entreprises et, la recommandation 8, que le gouvernement prépare divers
scénarios de financement bien documentés qui seraient soumis à une consultation avant l'adoption de mesures précises de financement. Une dernière chose peut-être
sur le financement : le deuxième paragraphe de la page 19, il
nous inquiète grandement, dans le sens où le non-renouvellement de l'accord sur la santé que le gouvernement fédéral conservateur a modifié unilatéralement, ça nous préoccupe beaucoup
au niveau du financement.
sait que pour le Québec en fait les analyses prévoient, sur 10 ans, une perte
de 8 milliards de dollars. Ce n'est pas rien. Et je m'étonne encore, moi, de voir qu'il n'y a pas grand
provinces, dont la nôtre, qui font du chemin là-dessus.
Le Président (M.
Bergman) : ...s'il vous plaît.
M. Lutfi
(Marco) : Pardon?
Le Président (M.
Bergman) : En conclusion, s'il vous plaît.
M. Lutfi (Marco) : En conclusion?
Une voix :
Oui, il te reste 30 secondes.
M. Lutfi (Marco) : My God! La formation ultradéficiente. On ne peut pas partir un projet comme ça
sans une nécessaire formation, que j'aurais grand aimé vous parler, puis
peut-être que les questions pourront venir nous aider là-dessus. Merci.
Président (M. Bergman) : Merci pour votre présentation.
Maintenant, pour le bloc du gouvernement, M. le ministre.
Hébert :
Bien, merci beaucoup, messieurs mesdames, de votre mémoire et de votre intérêt
pour le projet que nous soumettons.
Permettez-moi de diverger de façon importante
sur votre notion de privatisation, parce que, pour moi, c'est justement une
récupération au système public du financement et de la gestion des soins à
domicile, qui échappent en grande
partie au
système public actuellement. On sait qu'en maintien à domicile l'État ne
finance et ne donne les services que
pour 15 % des besoins, 85 % est assumé par les personnes, les proches
aidants, les proches aidantes surtout. Alors, quand on fait, là, une analyse différenciée selon les sexes, on la fait,
l'analyse différenciée selon les sexes, c'est les proches aidantes qui le font et qui quittent le marché du
travail pour devenir des proches aidantes. Chaque année, au Québec, ça représente 100 millions de coût
d'opportunité. Et je pense qu'il faut réaliser que c'est ce qu'on fait
actuellement. Donc, il y a 85 %
qui représentent le privé. La Sun Life a estimé même entre 2 000 $ et
5 000 $ par mois le déboursé que ça veut dire pour les
individus.
Alors, il y a
un secteur privé actuellement qui est sans contrôle, et l'assurance autonomie
permet de redonner une gestion publique, c'est-à-dire de contrôler la
qualité de ce qui se fait dans ce secteur-là et de financer une
partie de ce secteur avec des fonds publics. Alors, c'est un
retour au public. Vous défendez bien vos membres, là, vous voudriez que la prestation soit entièrement publique, mais il
ne faut pas nier qu'il y a une prestation privée, là. 50 % des entreprises
d'économie sociale donnent des services aux
activités de la vie quotidienne. Presque toutes les résidences privées pour
personnes semi-autonomes donnent des
services aux activités de la vie quotidienne. Il existe, ce secteur-là.
Voulez-vous le nationaliser? C'est-u
ça, ce que vous demandez? C'est que ce soit entièrement les établissements
publics qui donnent ces services-là? On ne va pas dans cette voie-là.
On préfère
assurer le financement et le contrôle de la gestion de qualité plutôt que
d'aller remplacer ce qui se fait déjà dans ce secteur-là.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Deschamps.
M. Lutfi (Marco) : Si je peux me
permettre...
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
M. Lutfi (Marco) : Pardon.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
Lutfi (Marco) : «I'm
sorry». Il est fort louable de redonner le... de redonner, voyons, tout ça au
service public, j'en conviens.
Mais, quand vous dites qu'entre autres les
entreprises d'économie sociale font déjà le travail, c'est là où ça achoppe comme point. Parce qu'au-delà de notre
membership, nous, ce qui nous préoccupe vraiment beaucoup plus que ça, parce qu'on a une expérience terrain… Parce
que je suis moi-même, depuis 1981, préposé aux bénéficiaires et que j'ai tout vu dans ce domaine-là, je sais
pertinemment que les soins rendus présentement par les entreprises d'économie sociale
ne sont pas à la hauteur de ce que nos aînés méritent.
Et je
m'expliquerai rapidement avec un exemple concret : ils sont capables, oui,
de faire des AVD, quelques-uns font des AVQ, mais je me demande de quelle façon
ça s'effectue. Les AVD, c'est de l'aide à la vie domestique : entretien ménager,
etc. Ça n'a rien à voir avec s'occuper d'une personne âgée, ou handicapée, ou…
physiquement, lui donner son bain,
etc., ce qui fait
partie des AVQ. C'est comme si présentement on disait en
CHSLD ou dans tout autre centre : Oh, mon Dieu, il manque trois préposés aux bénéficiaires sur tel étage, ce
n'est pas grave, on va prendre deux personnes de l'entretien ménager et
une aide alimentaire, on les met là puis on ne les surveille même pas parce
qu'ils vont être capables de faire
l'ouvrage. C'est exactement ça, le portrait actuel, selon nous. Et les
employés, les travailleuses surtout des
entreprises d'économie sociale n'ont pas la formation, le savoir-faire et,
quelquefois, le savoir-être qu'il faut absolument développer pour être en contact avec nos personnes
âgées. D'autant plus, si on entre dans ça un alourdissement qui va s'ensuivre, c'est sûr, au niveau de ceux qui vont
rester à domicile, l'isolement. Autant pour les aînés que pour les travailleurs
qui auront à aller donner des soins là, c'est une situation particulière.
On n'est pas
prêt à mettre ça en branle. Et pourtant on veut la même chose parce que nous,
on continue de croire que c'est un projet qui est fort intéressant.
Mais, M. le ministre, vous ne pouvez pas vous planter avec ça — excusez
l'expression — en partant trop tôt. Et présentement il y a
une grave lacune au niveau de la formation de ces travailleuses-là.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert : Vous avez une perception des entreprises d'économie
sociale, que je ne partage pas.
Notre
objectif avec l'assurance autonomie, c'est de rehausser cette formation. Nous
convenons avec vous qu'on doit surtout la contrôler, c'est-à-dire faire
en sorte qu'il y ait un processus d'accréditation des entreprises d'économie sociale, des résidences privées et même
des organismes communautaires qui sont des prestataires de services. Ça, on s'entend là-dessus. On s'entend sur le
nécessaire rehaussement de la formation et on travaille actuellement avec les entreprises
d'économie sociale pour qu'elles puissent être au rendez-vous, qui est très
important pour assurer une qualité de services aux personnes.
Alors,
là où on s'entend, c'est qu'il faut rehausser la formation, il faut rehausser
le financement des entreprises d'économie
sociale, et l'assurance autonomie va être là pour le faire. Mais d'exclure
complètement l'économie sociale de l'aide à domicile, là, moi, je ne
vous suis pas là-dedans. Et les entreprises d'économie sociale sont des
entreprises responsables qui sont prêtes à relever ce défi-là. Et ils vont
venir témoigner devant nous cet après-midi et ils sont prêts — je les
ai rencontrés à plusieurs reprises — ils sont prêts à relever ce défi. Et la
seule organisation syndicale qui en
fait approuve ça, c'est la Fédération de la santé et des services sociaux, la
CSN, qui ont des employés de ces entreprises d'économie sociale là qui
sont syndiqués et qui, eux, jugent que c'est une prestation de qualité.
Alors,
moi, je pense qu'on peut avoir une prestation de qualité dans ce secteur qui
est actuellement sans aucun contrôle.
Ce qu'on veut, c'est retrouver la gestion publique de ce marché qui
actuellement échappe à tout contrôle public.
Mme Deschamps
(Johanne) : Est-ce que je peux demander à Mme Legault d'intervenir,
s'il vous plaît?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Legault.
Mme Legault (Danielle) : Alors, on est tout à fait d'accord à ce que
l'aide à la vie domestique soit faite par les EESAD. C'est ce qu'ils font présentement, d'ailleurs, et ils le font
très bien. Le personnel en place... D'ailleurs, on a travaillé à
développer une norme professionnelle pour les personnes qui sont en aide
domestique, pour s'assurer que, là aussi, il
y ait une qualité de services qui se donne à la maison, sauf que, quand on
parle d'aide à la vie quotidienne, là ça devient une chose différente.
Présentement,
dans les CSSS, les personnes, les auxiliaires de santé et de services sociaux,
ont une formation de presque 1 800 heures, si je ne me trompe pas,
là… ou, en tout cas, 750 heures, mais ce n'est pas du tout une norme
professionnelle. Ça se fait à l'intérieur de la maison, où on suit :
Est-ce qu'elle est capable de faire le ménage, est-ce qu'elle est capable de faire ci, faire ça? Quand on parle d'aide à la
vie quotidienne, là ça prend des personnes qui sont formées, qui ont une formation, soit un D.E.P. de
préposé aux bénéficiaires ou en assistance à la vie à domicile. Et ces personnes-là développent des habiletés parce
qu'elles sont formées pour voir comment… Est-ce qu'il y a des changements
chez la personne? On apprend à observer la
détérioration chez la personne âgée, qu'est-ce qui mène à ça. On peut se
référer au CLSC s'il y a des besoins
supérieurs qui surviennent. Il y a un lien direct entre les personnes qui sont
au CSSS et les personnes qui vont
dans les domiciles. Il y a un lien qui se fait là exactement, tandis que ce
n'est pas le cas avec présentement les
entreprises en économie sociale. On
ne dit pas que ces gens-là... On respecte beaucoup ces travailleuses-là parce qu'elles font des miracles avec le peu qu'elles ont présentement. On le sait, on en représente plusieurs, groupes, des coopératives. Et effectivement
les AVQ sont venues parce que les gouvernements, depuis le temps, n'ont pas
subventionné assez les CSSS pour s'assurer
qu'il y ait des soins à domicile qui soient faits. Donc, la communauté
a dû se prendre en main.
Mais
ce qu'on dit présentement, c'est qu'elle s'est prise en main, mais ce n'est
pas de la bonne façon. Et on voudrait que
ça soit fait de la bonne façon, que ce soient des personnes qui soient bien
formées, des personnes qui relèvent effectivement du secteur public pour qu'il y ait une continuité
et que tout ça se fasse. Tu sais, on peut bien regarder les expériences ailleurs puis dire : Ah, ça va
bien là-bas, mais, si on regarde les expériences ailleurs, il faut
les regarder dans l'entité complète, pas juste des bouts.
pour nous, travailler à domicile, pour donner des AVQ, il faut
être bien formé, et ce n'est pas présentement
ce que ça fait, et puis ça prend des formations spécifiques.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : On
s'entend là-dessus. Et c'est l'un des objectifs de l'assurance
autonomie, c'est de s'assurer de la formation de tous les prestataires
qui donnent des services de soutien à l'autonomie, qu'ils soient dans les entreprises
d'économie sociale, dans des résidences
privées ou dans des organismes communautaires. Alors, ça, là-dessus, là, on est
tout à fait sur la même longueur d'onde.
Vous avez
mentionné le Danemark. Pourquoi le Danemark a fait cette réforme, là? Il faut
se souvenir de ça, dans les années...
début des années 90, la réforme Hadler : aucun nouveau lit de soins de
longue durée construit à un moment où
ils avaient moins de personnes âgées que nous actuellement. Et cette réforme-là
a abouti avec 73 % du budget qui est dévolu aux soins à domicile. Et, si vous allez au Danemark et que vous
demandez de visiter un CHSLD, là il n'y en a pas… il n'y en a pratiquement pas. Au Danemark, on
donne des services, même pour les personnes avec des troubles cognitifs,
dans des résidences collectives ou les gens
restent dans leurs résidences, et on leur donne les services dont ils ont
besoin. C'est comme ça que ça marche.
Et eux, ils l'ont fait en délocalisant tous les services dans les
municipalités. Bon, ce n'est pas
notre système à nous, ça. On ne peut pas prendre le système danois et
l'importer au Québec, on n'a pas ce transfert dans les municipalités. C'est les municipalités et non pas le système de
santé qui sont responsables des soins à domicile au Danemark. Alors, on le fait via ce que les autres pays européens et
asiatiques ont fait, via une assurance autonomie. Alors,
c'est un modèle différent. Mais, quand on connaît bien le modèle danois, vous
voyez qu'ils l'ont fait en prenant une décision extrêmement importante
au début des années 90.
Et, je
reviens sur une de vos craintes, ça ne se fera pas au détriment des CHSLD. Ce
qu'on veut, c'est que le CHSLD ne
soit pas la seule réponse, lorsque les gens ont une perte d'autonomie puis
qu'il n'y a pas une proche aidante prête à s'épuiser, pour donner des services. C'est ce qui arrive au Québec
actuellement. Et on veut que les CHSLD soient vraiment là pour répondre
à un lourd besoin de soutien à l'autonomie sans que ce soit possible de le
faire à domicile.
Il va
toujours y en avoir besoin, des CHSLD. Mais actuellement 35 % à 45 %
des admissions à Montréal, là, en CHSLD ne devraient pas être en CHSLD, et il
faut absolument être capables de réserver aux CHSLD les usagers dont ils
peuvent s'occuper. C'est ça, cette alternative-là qu'on est en train de faire.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Legault.
Hébert : Mais je
suis très content que vous souleviez le modèle danois, c'est un beau modèle.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Legault.
M. Lutfi (Marco) : Oui, en fait...
Le Président (M. Bergman) :
Ou M. Lutfi.
M. Lutfi
(Marco) : Merci. Le système
danois, effectivement c'est un beau modèle, mais il faut
aussi le prendre dans son entier, dans le sens où ils ont légiféré pour se rendre
là, il n'y a qu'une seule méthode d'apprentissage, la formation est requise et est surveillée par l'État de a à z,
et c'est la même. Alors, c'est important, ça. Vous nous dites, M. le ministre,
que la formation, pour vous, au niveau des entreprises d'économie sociale,
c'est acquis, mais...
Hébert :
C'est à faire avec la
loi sur l'assurance autonomie. C'est là où on va se
donner les moyens d'obliger la
formation et d'accréditer les entreprises puis les prestataires, peu importe
qu'ils soient publics, privés lucratifs ou privés non lucratifs.
M. Lutfi
(Marco) : Oui, mais de
quelle façon vous l'entrevoyez, cette formation-là? Si on prend, par exemple,
vous l'avez dit tantôt, 750 heures,
l'aide à domicile, on parle plutôt de 975 heures. Et moi, quand je regarde
ce qui est écrit sur les EESAD, bien
je constate que ce n'est incroyablement pas ça, là. On parle : Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine, 20 à 80 heures;
Montréal, 14 à 35; Laurentides, huit à 60; Montérégie, sept à 30; dans les
autres régions, on parle de moins de 15 heures de formation.
Hébert :
Mais la première responsabilité — je vous arrête — la première responsabilité du gouvernement,
c'est de légiférer sur la gestion de la qualité, c'est de se donner les moyens.
On n'a pas
actuellement les moyens d'obliger qui que ce soit à avoir des niveaux de
formation. Alors, avec la
loi sur l'assurance autonomie, on va se donner
les moyens d'obliger.
M. Lutfi (Marco) : ...façons, M. le
ministre.
Hébert :
Et, actuellement, je vous ferai remarquer que la seule place où on exige une
formation spécifique pour les préposés, c'est dans le règlement sur les
résidences privées d'hébergement. Même dans le public, on n'a pas de norme
et de critère pour la formation des préposés. Alors, il faut, et je suis tout à
fait d'accord avec vous, qu'un préposé
qui travaille n'importe où, qu'un
auxiliaire en santé et services sociaux qui travaille n'importe où répondent
aux mêmes normes de qualité. Tout à fait d'accord avec vous, mais il
faut se donner les moyens de le faire.
M. Lutfi
(Marco) : Je suis très
d'accord avec ça. C'est juste que nous… On parle d'un départ en 2014, là, je
veux dire, ce n'est pas envisageable.
Puis il y a, quoi, là, 6 800, peut-être, travailleuses des EESAD, qui ont
entre 49 ans et 54 ans? Je
ne suis pas sûr, moi, qu'elles ont tout ce qu'il faut déjà à travers... Mais,
bon, tant mieux si oui, parce qu'on en a besoin, de ces
travailleuses-là. Effectivement, les travailleurs du secteur public présentement
ne sont pas assez nombreux, les auxiliaires familiales ne sont pas au
rendez-vous, ça prend du monde. Maintenant, je ne sais pas comment on va pouvoir faire ça parce que… Et, quand vous
dites : Oui, le secteur privé a fait des normes, oui, tout à fait, mais je
constate que les PDSB, les principes
de déplacement sécuritaire des bénéficiaires, n'y sont pas. Et, pour moi, c'est
la formation la plus efficace et efficiente que j'ai eue de ma vie.
Alors, il faudrait que ça, ça soit pris en compte.
Maintenant,
2014, c'est demain, c'est là notre inquiétude. Parce que, quand je vous entends
parler, ça peut être rassurant, mais,
quand je regarde le travail à faire, et vous le savez peut-être mieux que moi,
je ne vois pas comment on va y arriver. Et c'est ça, notre inquiétude,
nous. C'est…
Le Président (M. Bergman) :
Mme Legault.
Legault (Danielle) : Oui. La
crainte aussi, c'est que 2014, ça vient vite, très, très vite. Qu'est-ce qui va
se passer si les EESAD ne sont pas
bien préparées? Où on va aller les chercher, ces services-là? Est-ce qu'on va
aller plus encore
vers le secteur privé au lieu d'aller vers le secteur communautaire? Est-ce
qu'éventuellement c'est ça qui va arriver? Parce que ce qu'on a compris aussi avec le temps, c'est que, oui, les
CHSLD, on a fermé beaucoup de lits, sauf qu'on en a ouvert dans le secteur privé, dans les résidences privées. C'est
que maintenant on achète des lits dans les résidences privées, donc on subventionne le secteur privé
pour des places en longue durée. Alors, tout ça mis ensemble fait en sorte
que, quand on regarde le portrait, on
regarde ce qui se passe avec les résidences privées, on regarde maintenant où
on veut nous amener avec les EESAD,
et, de plus en plus, les services, qu'on veut offrir, de santé et de soins à la
population, on s'éloigne du secteur public, on envoie ça au
communautaire, on envoie ça au privé.
Et, pour
nous, c'est une grande inquiétude effectivement, parce qu'on pense que le contrôle
de la qualité, le contrôle des soins doit passer par le secteur public.
Et c'est sûr…
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert : On
s'entend que le contrôle doit passer par le secteur public. Ce que vous
souhaitez, c'est que la prestation soit publique. Ça, c'est une autre histoire.
Pour moi, ce
qui est important, c'est que l'État soit là dans la gestion, dans le contrôle
de la qualité, dans le financement.
Mais, la prestation, je pense qu'on peut mettre à contribution l'ensemble des
partenaires actuels. Et on ne peut pas, là, résumer l'intégration des
services puis… Dans l'intégration des services… je connais ça un peu, là, et l'intégration des services, un réseau intégré, là,
ce n'est pas juste les établissements publics, là. Un réseau intégré, c'est
l'ensemble des partenaires, entreprises
d'économie sociale, résidences privées, organismes communautaires. C'est ça,
un réseau intégré. Et c'est là où, quand on met ça en place, il faut tenir
compte des partenaires et ne pas juste être en vase clos dans les
établissements publics. Un réseau intégré, c'est vraiment sortir de
l'établissement public et d'avoir l'intégration de l'ensemble des partenaires
autour de la personne en perte d'autonomie. Et c'est ça, l'essentiel. Il faut sortir, là, de l'interdisciplinarité ou de
l'intersectorialité de machine à café, là, dans l'établissement de santé et des
services sociaux puis faire en sorte qu'on élargisse ça à l'ensemble des
partenaires. C'est important, cette vision-là, et elle est soutenue dans
l'assurance autonomie parce que les partenaires, ils doivent répondre à des
standards de qualité.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
M. Lutfi
(Marco) : Oui. Bien, M. le
ministre, écoutez, nous, pour nous, ce n'est pas une question de se regarder
le nombril, là, c'est juste que le respect
de tous les critères qui sont, pour vous et comme pour nous, nécessaires est
plus facilement assuré par un employeur commun, oui, du réseau public;
une seule façon de faire, enlever la confusion et surtout faire en sorte qu'on ne soit pas en train de faire une
consécration au secteur privé des soins des AVQ en imposant une logique de marché. Puis, si on fait ça, bien
c'est clair qu'en même temps on enlève le droit de tous les citoyens à des
soins de qualité, à de l'accessibilité, etc. C'est ça, notre point sur les
services publics.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Vous semblez dire : Hors de la prestation publique, point de salut. On
diverge d'opinion là-dessus. Moi, je pense qu'on doit retrouver la
gestion publique, et on atteint ces objectifs-là.
Quand vous dites : 2014 vient vite, moi, je
trouve qu'il y a urgence en la demeure. Il y a des personnes âgées actuellement qui reçoivent des prestations — et je
vais prendre l'exemple de résidences privées — sans aucune évaluation des besoins, sans aucune grille tarifaire, puis
ils paient de leurs poches pour avoir les services. Il faut cesser ça, là. Il
faut absolument qu'on puisse bien évaluer ces personnes qui sont
en résidence privée, bien évaluer leurs services, et l'évaluation reste la responsabilité du secteur public, et
avoir un financement public et des
exigences de qualité pour la prestation des services. Il faut absolument cesser cette situation qui échappe
complètement au secteur public et qui est totalement inéquitable. Et
moi, je pense qu'il y a urgence.
Je pense qu'on
aurait dû faire ça bien avant 2014. Il faut le faire et il faut pouvoir
légiférer, d'une part; deuxièmement,
il faut travailler sur les besoins de main-d'oeuvre, la formation et mettre en
place rapidement des mesures
correctives pour assurer la qualité des services aux aînés.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
M. Lutfi (Marco) : Bien, je
pense qu'on s'entend sur beaucoup
de choses pourtant dans ça, on n'est pas loin un de l'autre.
Puis, oui, il y a urgence et, oui, il faut
s'occuper de ça rapidement, mais, écoutez, si ce n'est pas par le public entièrement, bien on va avoir une dispensation
privée avec un financement public, et mon Dieu que les exemples sont nombreux de pourquoi ça cohabite mal, les
deux ensemble. C'est une grande
crainte qu'on a, et je pense que la majorité de la population la partage. On ne voit pas... Mais, oui, vous avez
raison, il y a urgence d'agir. Et je pense que le livre blanc est quelque chose de très bien qui s'en va à la
bonne place. Nous, ce qu'on dit : Assurons-nous d'être prêts avant de
partir, parce que, là, ce n'est pas
des boîtes de jeans qu'on déménage, là, on s'occupe des êtres humains. Vous le
savez, tout le monde le sait. Mais on
ne peut pas se tromper, et vous ne voulez pas laisser votre… voyons… Le livre
blanc, en fait c'est les volontés du ministre, là. On ne veut pas que ça
vire mal, je vais le dire comme ça, mal.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Je n'ai pas terminé avec le financement. Je suis tout à fait d'accord avec vous
que les décisions unilatérales du fédéral
font en sorte qu'on va perdre plus de 8 milliards sur 10 ans et que
le Québec, comme les provinces qui
vieillissent plus vite, perde beaucoup plus que l'Alberta, pour ne pas la
nommer, une province jeune qui va avoir un bénéfice relatif de cette
nouvelle politique de transferts fédéraux. Et le 8 milliards financerait
largement l'assurance autonomie.
Lorsque vous
dites dans votre mémoire qu'on n'a pas fait de planification financière, là je
regrette, là, mais on a calculé quel
était le statu quo. Si on continue à construire des lits de CHSLD comme on est
parti, là on arrive, là, en 2027, avec
un statu quo qui est intenable pour notre système de santé publique. Avec
l'assurance autonomie, on réussit à baisser de 1,5 milliard, à terme, cette facture, mais il y a quand même une
facture supplémentaire. Nous avons indiqué que la voie des impôts serait celle que nous privilégierions
parce qu'elle est la plus progressive. Et je suis d'accord avec vous. Quand
on a regardé tous les mémoires qui sont
rentrés, il n'y avait pas d'organisme… et on va les entendre, là, mais il n'y
avait pas d'indication voulant qu'on
puisse capitaliser cette caisse-là pour le futur par d'autres moyens. Alors, on
se range à cet avis.
Mais, comme
tous les systèmes d'assurance autonomie ont été implantés sur ce modèle-là de
«pay-as-you-go», comme vous le savez,
aucun n'a capitalisé, et, bon, je pense que le Québec ne fera pas exception.
Alors, là-dessus, on est d'accord.
M. Lutfi
(Marco) : Peut-être juste un
questionnement sur l'accord sur la santé. En fait, le questionnement que
nous avons, c'est : Comment ça se fait
qu'on n'entend pas notre gouvernement insister davantage sur «essayons de
rapatrier ça»? Ça avait de grands
avantages, l'accord sur la santé, ça assurait le financement à hauteur de
6 % par année, etc. Là, on va
perdre ces argents-là, mais on ne sent pas la volonté gouvernementale de faire
quelque chose pour éviter que ça arrive. Et là-dessus je me pose des
questions vraiment...
Hébert : ...les
rencontres fédérales-provinciales auxquelles j'ai participé, et mon collègue le
ministre des Finances, à toutes les
rencontres fédérales-provinciales auxquelles il a participé, même chose pour le
ministre des relations avec le
gouvernement canadien, nous avons soulevé cette question à chacune des rencontres,
et le gouvernement fédéral fait la sourde oreille.
Et je pense
qu'il y a un moyen de pouvoir récupérer notre dû, c'est d'accéder à la
souveraineté. Mais ça, c'est un autre débat que nous aurons en temps et
lieu.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
M. Lutfi (Marco) : Je suis sans voix.
Le Président (M. Bergman) : M.
le ministre, il vous reste une...
Hébert : Est-ce que
mes collègues ont une question brûlante?
Le Président (M. Bergman) : Malheureusement,
il reste 30 secondes pour les commentaires.
Alors, maintenant, pour le bloc de l'opposition
officielle, M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, M. le Président. Bienvenue à notre commission.
Puis je vous écoutais,
puis vous savez qu'il y a eu un grand virage qu'on a fait, qui a été
complètement manqué, sur une bonne
idée, hein? Vous vous souvenez le nom que ça portait? Ça s'appelait le virage
ambulatoire. Et puis c'est à peu près le même principe qu'il y avait, c'est-à-dire
que quelqu'un nous arrivait avec une idée, là, qu'il essayait de planter dans la population, et, quand est
arrivée l'application, ça a été un chambardement dans notre réseau. Et
combien de personnes ont souffert non
pas de l'idée, mais de la façon dont ça a été fait? Et moi, je peux vous dire,
là, l'assurance autonomie, c'est vers
là qu'on s'en va, parce qu'on nous met... Entre autres, quand le ministre
nous dit : On a fait les calculs financiers,
il nous montre deux, trois petites courbes, là, entre vous puis moi, là, il n'y a
pas un planificateur financier qui dit
que ça va tenir la route dans les discussions. C'est des hypothèses
qui sont sur 20, 25 ans. Qui aurait pu prédire, voilà... aujourd'hui, le réseau de la santé, voilà 20 ans? À peu près
personne, hein? C'est à peu près ça. Et, l'autre affaire, vous avez vu que l'idée de génie du début a
complètement changé, on est passé de «tout
le monde va demeurer à domicile»,
hein, mais on s'en rend compte... puis vous
avez très bien... vous en avez fait mention, ça prend des CHSLD,
ça prend des RI. Juste en passant,
l'argument de Montréal, là, c'est... Voilà quelques années, il y a eu cette évaluation qu'il
y a 40 % des patients qui
auraient dû être en ressources intermédiaires, et possiblement une faible
partie en maintien à domicile parce
qu'il n'y avait pas assez de ressources intermédiaires dans le réseau et
peut-être un peu trop de CHSLD. Mais je peux vous dire que les gens qui rentrent dans les CHSLD à Montréal
actuellement sont pas mal malades. Puis je pense que vous êtes capables de témoigner de ça. Et je ne suis pas certain
qu'il y en a tant que ça qui vont être capables d'aller en maintien à domicile, parce que ça prend une
ressource entre les deux, qui est pour... ressource semi-autonome. Ça, on
oublie souvent de dire ça puis on prend
souvent un fait de voilà 10 ans. On dit : Aujourd'hui, c'est encore
comme ça. Moi, j'ai
vécu le réseau, là. Ça, c'était le diagnostic qu'on a fait voilà à peu près
huit ans, puis je peux vous dire qu'il y a eu des grandes
transformations.
Et Montréal
actuellement est en train de faire la grande transformation sans assurance
autonomie. Et vous êtes au courant,
hein, à Montréal, ils sont en train de développer des places à domicile, ils
sont en train de faire la transformation qui, en passant… Dans les régions, ça a été fait. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, à Alma, entre autres, là,
Lac-Saint-Jean-Est, Arthabaska également, on est à
peu près à 2,5 lits par 100 personnes de 65 ans et plus en
CHSLD. Je ne suis pas sûr qu'on va être capables de descendre en bas de ça.
Ça fait qu'à des
endroits sans assurance autonomie on a fait cette transformation.
Au début, également,
on avait dit : On va vous évaluer puis on va répondre à tous vos besoins.
On sait qu'actuellement, avec
500 millions, on répond à 15 % de plus des besoins. Il en manque
probablement un autre, 1,5 milliard. Ça, c'est l'autre élément qu'on a appris. La transformation qui nous
avait été promise : On va répondre à tous vos besoins, on est loin de là. Également, au début,
c'était : Vous savez, on va vous donnez l'allocation, vous déciderez
qu'est-ce que vous faites avec, un
choix de privé ou public. C'était ça qui a été dit, vous vous en souvenez,
hein, vous penchez la tête en disant
oui, là. La télévision ne peut pas vous voir, mais la réalité, c'est celle-là.
Au début, c'était : Vous choisirez où vous voulez demeurer : résidence privée, à domicile, et vous
choisirez qui va vous le donner. Il y a eu des pressions de toutes sortes de groupes, puis maintenant on ne
sait plus trop. Entre autres, juste pour vous dire, c'est un beau projet, en
tout cas, moi, je le regarde de l'extérieur,
un beau projet d'impartition, parce qu'on est actuel dans un système de soins
intégrés continus où les décisions se prennent
à l'intérieur du CSSS, on fait l'évaluation par le CSSS, mais on envoie
l'argent à la RAMQ, qui, elle, va le
transférer à ceux qui ont certains besoins. On court-circuite un petit peu le
CSSS. Et ce que je vois, si vous
décidez d'avoir des services d'entreprise sociale, à la limite, le privé — puis je ne vous dis pas que ça va être ça au début du projet, mais je le vois
évoluer, là — à la
limite, ça pourrait être une entreprise à but lucratif qui, pour le même prix ou moins cher, pourrait donner le service
en autant que la qualité soit là, et la qualité va être évaluée de façon
indépendante au niveau gouvernemental.
Je vous explique un
peu vers quoi on s'en va parce qu'on est parti d'un projet quand les gens ont
déposé leur mémoire, et plus on parle, plus on voit que ça évolue vers autre
chose.
L'autre
élément que les gens disaient : Oui, ça va être intéressant, on va enfin
capitaliser les besoins et les soins du
futur. On sait qu'actuellement, et le ministre l'a dit à plusieurs reprises, il
n'y a à peu près nulle part qu'ils ont réussi à capitaliser. Et ce qu'on
a dans le projet actuellement, bien, entre autres, avec ce que la première
ministre a dit la semaine dernière, qui a
été confirmé par le ministre, ça va être pris à partir de vos impôts. Ça, en
passant, on l'a toujours dit, la
capitalisation, c'est très difficile à faire. Et la caisse en capitalisation,
de ce que je comprends, ça va être le même argent qu'il y a dans le
réseau de la santé actuellement, c'est-à-dire les 3 ou 4 milliards, qu'on
va prendre et qu'on va envoyer à la RAMQ. Ça
va être ça, le projet. Et, à partir de la RAMQ, on va redonner l'argent, selon
les services qui vont être donnés, en
fonction de 30 % des besoins, à différents endroits, dont, entre autres,
le maintien à domicile, les CHSLD et les RI.
question, puis je vais vous la poser : Si je suis pour donner
90 000 $ à un CHSLD public, pourquoi je ne le ferais pas au Danemark puis je n'appellerais pas
ça une résidence collective? Parce que, ce que je comprends, au Danemark,
il n'y a pas de CHSLD, mais ils ont des
résidences collectives. Ça fait que je vous pose... Je ne sais pas c'est quoi,
la grosse différence entre les deux,
entre une bâtisse de 100 places, résidence collective, qu'on appelle
résidence collective, puis qu'ici, au Québec, on appelle CHSLD, sauf que
là-bas c'est géré par le municipal. Donc, si on prenait le principe du Danemark, il faudrait redonner toutes ces
organisations-là au municipal, un peu sur le principe des loyers à prix
modique. Puis ça, c'est un principe qu'on a adopté.
Qu'est-ce
qui m'empêche, à partir de la RAMQ, de ne pas transférer ça en CHSLD privé si
je sais que la qualité est assurée?
Le Président (M.
Bergman) : M. Lutfi.
M. Lutfi
(Marco) : C'est une bonne question...
Bolduc
(Jean-Talon) : Je veux la réponse.
M. Lutfi (Marco) : Il y a beaucoup de choses dans ce que vous avez dit, puis je partirai
peut-être un peu du début. Le virage
ambulatoire, oui, vous savez que nous, dans le milieu, on disait que c'était le
mirage ambulatoire. Et ça, on déplore ça.
y a eu beaucoup, beaucoup de grandes réformes dans les 15, 20 dernières
années, et, malheureusement, on dirait qu'on
n'est jamais capable d'aller au bout d'une… Souvent, il va y avoir un
renversement au niveau politique, et puis là, bien, on arrive avec le goût du jour. Alors, ça, c'est dommage, et ça a
fait très mal aux travailleurs, en passant, dans le service public. Toutes ces réformes-là, là, ça
s'empile une sur l'autre. Et, au-delà d'un coup de crayon ministériel, il en
demeure que les gens qui ont travaillé à faire que ça arrive doivent
recommencer avec un autre système. Un élément important
que vous avez mentionné aussi, c'est au niveau des CHSLD. C'est sûr que, dans
le livre blanc, on prévoit — je ne
dis pas qu'on le prévoit encore — un ralentissement… ou, en tout cas, des
CHSLD… On veut ralentir la progression des
CHSLD. Moi, je pense que ce serait quand même une erreur, puisque tous les
soins qui seront reçus par la population ne pourront être donnés à domicile. Je veux dire, il y a plusieurs
études qui démontrent qu'après 20 heures-soins-semaine, habituellement, là, tu dois te diriger vers un
CHSLD parce que, là, tu as une équipe 24 heures sur place et tu as besoin,
comme personne, d'être entouré de ces gens-là.
Alors,
il ne faut pas freiner le développement des CHSLD à ce point, car on en aura
besoin dans toute cette évolution populationnelle là qui aura besoin des
soins. C'est clair pour nous qu'il ne faut pas faire ça.
Pour
ce qui est de votre question à 1 000 $, bien là je ne sais pas quoi
répondre, là, je ne suis pas trop sûr de la... Je ne me souviens plus de
la question, en fait, là.
M. Lutfi (Marco) : Bon, c'est sûr que, pour nous, nos analyses nous
pointent vers... que la qualité, la formation, etc., si c'est au même coût, au même salaire… on ne voit
pas pourquoi on sortirait du système public, qui est beaucoup plus gérable,
selon nous, pour aller vers la privatisation des soins.
Écoutez, à partir du
moment où on rajoute la notion de profit dans l'équation, il est dur de penser
qu'à la fin il demeure les mêmes soins, là.
Je veux dire, il y a une notion de profit, et l'entrepreneur peut être tenté de
diminuer les conditions de travail
pour augmenter cette notion de profit là. Alors, à prime abord, on est en
grincements de dents contre cette...
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Écoutez, si vous aviez un
système séparé, comme il est proposé dans le livre blanc, qu'est-ce que
vous voudriez faire?
Vous
voudriez l'intégrer. On a déjà un système intégré : le CSSS gère autant,
au niveau des CHSLD, les maintiens à domicile
que les ressources intermédiaires. C'est déjà fait. Là, ce qu'on dit :
Maintenant, on va les séparer parce qu'on va faire faire le financement par la RAMQ après l'évaluation. On passe
par une tierce
partie pour après redonner l'argent. Moi, ma question : Qu'est-ce qui nous empêche
de faire de l'impartition? C'est le mot que je vais vous dire. Moi, de la
façon dont je vois le projet, comme le ministre l'avait expliqué au début, mais
il a évolué là-dedans, c'est qu'une fois qu'on
sait c'est quoi, le besoin, il y a un montant ou une allocation qui vient avec.
Pourquoi ce ne serait pas donné au public, à des entreprises d'économie sociale, comme c'est déjà prévu,
d'ailleurs? Les AVQ, selon moi, vont finir avec les entreprises d'économie sociale, et là ça va aller au moins
cher avec la même qualité. C'est ça que je vois dans le livre blanc. Je ne
sais pas, mais je n'ai pas besoin d'être un
grand visionnaire, là, pour voir par la suite, également, pourquoi… si une
entreprise comme une résidence privée n'offrirait pas de donner les
mêmes services au même coût, pourquoi est-ce qu'on ne le donnerait pas à l'entreprise
privée?
comprends que vous êtes contre ça puis je respecte ça, mais c'est ça qui est
dans le livre blanc et la possibilité que nous avons de le faire.
Puis,
en passant, je ne favorise pas nécessairement ça, je pense qu'on doit rester
dans un système intégré et continu.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lutfi.
M. Lutfi (Marco) : Écoutez, c'est tellement plus facile de gérer tout ça. L'entreprise privée, elle va avoir d'autres normes,
d'autres façons de faire, etc. C'est là où ça n'a pas de bon sens. Il faut
avoir un seul système qui s'en va à la même place, tout comme le Danemark, on le disait
tantôt. Ce n'est pas pour rien qu'il... Non, mais, dans le sens où la
légifération, les normes sont nationales, tout le monde a les mêmes
barèmes, joue sur la même patinoire.
en divisant tout ça, ça va être compliqué. On va augmenter les frais de
gestion, d'administration et on sera incapable en fait de livrer la
marchandise, mais de surveiller aussi comment ça se passe.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, alors, je vous pose la question :
Comment vous pouvez être d'accord avec l'assurance autonomie? C'est ça,
l'assurance autonomie.
M. Lutfi
(Marco) : On veut la modifier.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui, mais, je veux dire, les gens viennent ici, là, puis : Nous
autres, on est pour l'assurance
autonomie parce qu'on est pour le maintien à domicile. Tout à fait d'accord. Ça fait peut-être 20 ans qu'on fait ça pour ça, on avance de
plus en plus. Le ministre
a l'impression qu'il n'y a jamais été fait rien dans le réseau. Je ne sais pas où est-ce qu'il était au cours
des cinq dernières années, mais il y
en a eu, des transformations, dans le
réseau de la santé. Entre
autres, à Montréal, il y a une grande transformation qui se fait.
Dites-moi
donc, est-ce que c'est vrai ou pas qu'il y a une transformation
dans le réseau de la santé vers le maintien à domicile depuis plusieurs
années? Vous êtes là-dedans, vous autres.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lutfi.
M. Lutfi (Marco) : Tout à fait. Mais, malgré les transformations
organisationnelles, puis des fois on
va déplacer des murs, je veux dire,
dans les faits, il ne se passe pas grand-chose de concret pour les
travailleurs, les travailleuses. On le sait,
depuis... mon Dieu, depuis que je fais ça, moi, je n'ai jamais vu une année où
l'alourdissement est moindre que l'année d'avant. Pourtant, ce que je
constate autour de moi partout sur les planchers, que ça soit en soins à
domicile, CLSC, CHSLD, les bras, entre
guillemets, les travailleurs qui donnent les soins de proximité n'ont pas été
augmentés, leur tâche a été augmentée. D'autres postes administratifs
ont été coupés, et ces gens-là faisaient des choses.
Alors,
qu'est-ce qui a résulté de ça? C'est que les fonctions que ces gens-là ne font
plus parce qu'ils ne sont plus là, eh
bien, elles sont réparties à l'équipe restante. C'est ce que moi, je constate
sur le terrain. Et ce n'est pas nécessairement une vision qu'on veut qui
continue.
Et, non, dans ce
sens-là, je ne peux pas abonder dans votre sens.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Les
gens viennent ici puis ils nous disent tous tout ce qui doit être fait, là, puis il y a des commandes, hein, les gens nous disent : On devrait faire ci, on
devrait faire ça. Mais, à la fin, ce
qu'on nous dit, c'est qu'il y a une insuffisance d'argent, puis le message
qu'on décode des organismes, c'est : Il faut tout simplement mettre
plus d'argent dans le réseau.
Le ministre
s'est engagé à faire ça à coût nul. Est-ce
que vous pensez que c'est réaliste de
mettre en place l'assurance autonomie,
telle que décrite, à coût nul ou encore ça va nous prendre plusieurs
centaines de millions de dollars d'argent
supplémentaire?
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
M. Lutfi
(Marco) : Bien sûr,
ça va prendre de l'argent supplémentaire. Je pense qu'il y a
un bon chemin de fait avec le taux d'imposition.
Il ne faut
pas avoir peur, à un moment donné, pour des projets aussi valorisants pour la société,
d'y aller par le biais des impôts.
Moi, je n'ai pas peur de ça. Mais la question demeure pertinente, à
savoir : il y a 8 milliards qu'on va se faire enlever par le gouvernement fédéral. 8 milliards, ce n'est pas rien. Il y a d'autres sources de
financement. Il y en a d'autres, sources de financement, que de tout
donner au secteur privé parce qu'ils vont venir nous sauver. On ne croit pas à ça. Il y
a d'autres façons de faire, il y a d'autres choses à regarder. Dans le rapport, on en
traite un peu. Mais, particulièrement, moi, je ne sens pas de grogne ni du gouvernement québécois ni des autres provinces face à cette coupure
monstrueuse de l'accord sur la santé, qui, en plus de donner de l'argent en
transferts fédéraux, prévoyait des normes. Et,
tout ça, on va le perdre d'un coup. Et je comprends que le ministre
nous dit qu'à chaque assemblée on dénote la chose, mais je ne vois personne de fâché, moi, dans
toutes les provinces et je ne comprends pas. On dirait qu'il y a
une volonté de nous diriger vers cette privatisation-là.
Avant de
regarder de tout donner aux services privés, il faudrait toujours
bien aller chercher ce qu'on peut dans ce
qu'on a. Et puis ça, c'est quelque
chose qui a fonctionné. Le dernier
accord sur la santé, parti de 2004 à 2014, ça assurait, à tout
le moins, un minimum à tous les
niveaux. Mais voilà qu'on laisse tomber ça, et puis c'est là où ça ne marche
pas. Il y a d'autres choses à faire avant de donner ça au privé.
Le Président (M. Bergman) : M.
le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Moi, je pense qu'il y a des négociations qui sont en cours et qui
vont se continuer, mais il faut vouloir être autour de la table puis il faut
arrêter de juste dire : Nous autres, notre solution, c'est qu'on se
sépare.
Si c'est juste
ça, votre solution, les autres provinces vous regardent, puis ils disent: Bien,
allez jouer dans votre cour, le Québec,
faites vos affaires, nous autres, on va la négocier, l'entente. Et puis de
s'asseoir autour d'une table, là, ce n'est pas mauvais. Puis toutes les
grandes ententes de ce type-là, je vous ferais remarquer, ça se règle toujours
à minuit moins cinq. Et, oui, il y a
des discussions qui se font, je suis convaincu de ça, mais encore il faut
arrêter d'arriver avec
l'argumentation : Si vous ne me donnez pas tout ce que je veux, je vais me
retirer. Son problème, c'est que ça lui prend un référendum. C'est
ça, son problème. Ça fait que, si
vous voulez mon avis, on est peut-être mieux de s'asseoir autour de la table. Et, je suis d'accord avec vous, moi, on est les premiers à dire que ça
n'a pas de bon sens, cette entente-là. Il faut qu'on soit capables de
négocier quelque chose de différent, mais on va le faire avec les autres
provinces, pas tout seuls dans notre coin
comme une petite île, là. En passant, le référendum, ce n'est pas pour
demain matin, ça fait que, les négociations, il faut qu'elles arrivent avant. En tout cas, c'est la position.
Le monde se feront leurs messages politiques
autour de la table. Je pense
que la population est en mesure de juger qu'il faut être mature
pour s'asseoir autour de la table puis être capable de négocier.
Et, comme
toute grande négociation, hein, vous le savez, vous êtes dans la fonction publique, ça se règle rarement trois
semaines avant, ça se règle la veille, le soir même, avec un petit sursis de quelques
heures pour qu'on s'entende sur les
modalités finales. C'est comme ça que ça se négocie avec vous autres et puis
c'est comme ça que ça va continuer à se négocier dans le futur.
Moi, j'en
reviens à l'affaire des maintiens à domicile, RI, CHSLD. Pour moi, c'est un
enjeu majeur, parce que le projet
a été vendu seulement qu'en disant : On augmente les maintiens à
domicile, alors que ça prend une offre équilibrée, une offre équilibrée avec le maximum de soins à domicile et également des ressources intermédiaires. On peut discuter,
ça peut être privé ou public, parce que
ça prend des gens qui sont… des ressources pour des gens qui sont
semi-autonomes et ça prend également
des CHSLD. Et on sait que, si on y va avec une norme de 2,5 lits par
100 personnes de 65 ans et plus,
au cours des 10 prochaines années, il y aura probablement assez de lits, mais par la suite il va falloir en développer, des
nouveaux.
D'ailleurs,
le ministre, dans son projet, il dit : Je vais sauver
350 millions. De la façon dont il sauve, c'est qu'il dit tout
simplement : Je ne développe
plus de... En passant, ce n'est pas : Je ralentis, je n'en développe plus
et je récupère le 350 millions. Mais de façon réaliste, puis j'aimerais ça avoir votre opinion là-dessus,
pensez-vous vraiment que ça
va se réaliser, qu'il va sauver son 350 millions ou il n'aura
pas le choix de développer certaines ressources? Réponse honnête.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lutfi.
M. Lutfi
(Marco) : Réponse
honnête : Non, ça ne marchera pas. Je pense que, dans cette
vision-là... Et c'est de pelleter par en avant. Ça va nous rattraper rapidement,
car les besoins en CHSLD, ils sont présents présentement, ils vont continuer de l'être,
ils vont même se développer par l'alourdissement de notre clientèle et par la population
aussi qui va augmenter.
Vous savez,
c'est vrai que c'est noble, rester à la maison, recevoir des soins. C'est
noble, mais on dirait que, woups, si
tu finis en CHSLD, ça, c'est pas mal moins noble, alors que, pour nous, non, le
continuum de santé fait en sorte que le
choix