CAT — 16 August 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2016-08-16
Quebec — Committees
Nous débutons avec
les remarques préliminaires. J'invite d'abord le ministre des Affaires
municipales et de l'Occupation du territoire
à faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de six minutes. M.
le ministre.
M. Coiteux : Oui. Alors, merci, M. le Président
et également député de Champlain. Donc, c'est toujours un plaisir de travailler avec vous. On a l'occasion de travailler
assez régulièrement depuis un certain temps. Vous savez, on est dans une ère de modernisation de beaucoup de choses
dans le secteur municipal, et donc on aura l'occasion, comme on a l'occasion
aujourd'hui, de se rencontrer assez souvent
dans cette commission au cours des prochaines semaines et des prochains mois,
comme vous le savez. Évidemment, je tiens à
saluer l'ensemble de mes collègues de la Commission de l'aménagement du territoire, les invités d'aujourd'hui, les
personnes qui les accompagnent, alors, autant du côté gouvernemental, en ce
qui me concerne, comme du côté des oppositions, content d'être avec vous
aujourd'hui également, et évidemment les groupes qui vont nous présenter des
mémoires, des positions aujourd'hui. Vous savez, c'est un exercice qui est très
important, c'est un exercice qui fait
partie
de notre démocratie, et sachez que tous les groupes présents, qui feront valoir
un point de vue ici, vont être écoutés attentivement.
Alors, quelques remarques ici. Le projet de loi n° 110,
qui s'appelle Loi concernant le régime de négociation des conventions collectives et de règlement des
différends dans le secteur municipal, projet de loi qui a été déposé à
l'Assemblée nationale le 10 juin
dernier, c'est un projet de loi qui s'inscrit dans un désir de moderniser le
cadre de négociation des relations de
travail dans le secteur municipal. On pense qu'à la lueur de ce qui a été vécu
au cours des dernières décennies il y
a un certain nombre de choses qui méritent d'être revues et qui méritent d'être
modifiées dans le sens de la modernisation, dans le sens de tenir compte de
l'intérêt de l'ensemble des citoyens, parce que c'est de ça qu'il s'agit, c'est
un projet de loi qui met le citoyen au coeur de nos préoccupations
d'abord et avant tout.
Lorsque le
gouvernement du Québec négocie le renouvellement des conventions collectives
dans le secteur québécois, dans le secteur
public québécois, tout le monde comprend bien, tout le monde comprend bien
qu'il négocie dans l'intérêt de
l'ensemble des Québécois, ce qui ne veut pas dire qu'il ne doit pas respecter
des principes fondamentaux dans notre
société, des principes fondamentaux dans notre société démocratique qui est
celui du droit des travailleurs, du
droit à une négociation de bonne foi, un certain nombre de principes qui
doivent être obligatoirement respectés, mais il n'y a personne qui met en doute le fait que le gouvernement du
Québec, comme entité démocratique dans une société démocratique, n'est pas en train de négocier dans
l'intérêt collectif de l'ensemble des Québécois. Or, nous avons dans nos mécanismes actuels, dans le secteur municipal,
un régime qui est à peu près calqué comme si une municipalité était une
entreprise privée qui négocie au bénéfice d'actionnaires privés. Nous, on croit
que cette façon de voir les choses doit être
revue. Il faut que la municipalité soit considérée pour ce qu'elle est, une
entité démocratique redevable devant l'ensemble de sa population, et il faut que les
principes mêmes à la base du régime de négociation mettent cette réalité au coeur du régime. Et c'est ce que vient faire le
projet de loi n° 110, c'est exactement ce que vient faire le projet de loi
n° 110.
Alors, l'article 1 du projet de loi est très important
parce que justement il jette les bases du principe d'équilibre entre les attentes des salariés, leurs droits et
les impératifs d'une gestion efficace et efficiente des ressources financières
municipales. Il introduit les principes directeurs qui devront guider les
parties et les personnes concernées dans la négociation
et la détermination des conditions de travail des salariés dans le monde
municipal. On y aborde les notions d'équité, de conditions de travail justes et
raisonnables, mais on y affirme également que la municipalité est une
institution démocratique qui détient
un pouvoir de taxation. C'est
particulier, là, ça n'existe pas dans le secteur privé, ce pouvoir de taxation; ce n'est pas une entité démocratique,
une entreprise privée. Ce principe est au coeur du projet de loi. Pour la première fois de l'histoire du Québec, un projet
de loi viendrait reconnaître qu'une municipalité a des caractéristiques qui lui sont propres et qu'ainsi elle ne doit pas
être vue comme une entreprise privée. Ainsi, les processus doivent tenir
compte de ces caractéristiques dans un
contexte où les élus sont redevables devant leurs contribuables et qu'ils
doivent respecter la capacité de payer des citoyens.
C'est
un projet de loi qui propose des règles propres aux deux groupes de salariés
syndiqués, soit celui des policiers et
des pompiers et celui composé par les autres salariés syndiqués. Il y a des
éléments communs aux deux groupes, ceci étant dit, comme par exemple le délai
minimal de 120 jours de négociation qui doit avoir été observé avant qu'on
puisse faire intervenir un tiers, il y a le
principe de la médiation obligatoire, mais, bien entendu, dans le cas des
policiers et des pompiers, il y a un régime particulier qui est celui de
la constitution d'un conseil de règlement des différends, avec trois arbitres nommés par le gouvernement en
fonction de compétences spécifiques en droit du travail mais également des connaissances en matière économique, des
connaissances en matière de fiscalité municipale. Pour les autres salariés,
évidemment, c'est un autre régime qui s'applique. Il y a des éléments communs,
mais il existe la possibilité, dans des circonstances
exceptionnelles, que l'une ou l'autre des parties puisse demander au
gouvernement de nommer un mandataire spécial, qui peut faire des
recommandations au gouvernement.
Alors,
nous aurons l'occasion de discuter de l'ensemble de ces questions, mais
aujourd'hui la place est aux groupes qui
viennent présenter leurs mémoires, et ça va évidemment, pour nous, être très
important d'écouter attentivement leur opinion, leur analyse et leur
vision des choses. Merci, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant le
porte-parole de l'opposition officielle et député de René-Lévesque à faire ses
remarques préliminaires pour une durée maximale de 3 min 30 s.
M. le député.
M. Ouellet :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, permettez-moi de vous saluer en ce
retour en session parlementaire, M. le
ministre aussi — j'espère
que vous avez passé de bonnes et de grandes vacances parce que nous avons
effectivement un horaire chargé cet
automne — les
collègues députés aussi, collègue de l'opposition, mais spécifiquement mon collègue Sylvain Rochon, ministère du...
affaires municipales, pardon, et surtout affaires du travail. Et pourquoi je
veux souligner la présence du député de
Richelieu? La
partie la plus
importante qu'on va regarder aujourd'hui, c'est que, dans le projet de loi en question, on est aux affaires municipales, mais on va réécrire une
grande
partie du Code du travail. Dans
certains cas, on va charcuter des articles et, dans d'autres cas, on va créer une voie de
contournement. Alors, au Parti
québécois, nous trouvons plus qu'important que le responsable du travail soit
avec nous, ce que je déplore, du côté de la
partie gouvernementale, de
ne pas avoir eu avec nous les gens issus du ministère du Travail.
projet de loi en question est une réponse, M. le Président, du pacte fiscal, qui a effectivement demandé aux municipalités de faire un
effort de 300 millions annuel pendant quatre ans. Lors des questions que
nous aurons, nous allons effectivement évaluer si cette réponse satisfait les différentes parties à cette
promesse brisée. On a entendu beaucoup
parler dans les médias et on va le voir dans
les mémoires, la capacité de payer et de retrouver un certain équilibre dans
les relations
de travail, alors nos questions vont
assurément être orientées sur cette recherche d'équilibre et cette supposée
incapacité de payer des municipalités.
Lors
des commissions parlementaires, M. le
Président, nous allons assurément porter une attention très particulière
au mandataire spécial, sa notion semble un
peu floue dans le projet de loi du ministre. On lui confie certains pouvoirs.
Ça manque beaucoup de transparence, et, on va le voir dans les différents
mémoires qui seront déposés, effectivement, plusieurs parties demandent des éclaircissements à ce
sujet. Mais on est tentés d'avouer, présentement, que le mandataire spécial ou du moins sa mécanique n'offre pas ce que M. le ministre a toujours voulu démontrer, une plus grande autonomie
et un gouvernement de proximité. Avec le mandataire spécial, ça pourrait être l'Assemblée
nationale qui décrète les conditions de
travail, alors je ne vois pas en quoi
on donne de l'autonomie quand c'est un tiers qui décide à la place des municipalités. Et la seule proximité que je vois dans ce gouvernement-là, c'est de jouer le rôle à
l'intérieur d'une municipalité. Alors, j'aurai des questions à ce sujet.
assurément, M. le Président, l'article 1, ses principes directeurs, et l'article 17,
qui doivent tenir compte de plusieurs
critères dans le cadre de la fixation des conditions de travail par le conseil
des différends des pompiers et policiers, amènent plusieurs interprétations, plusieurs
questionnements. Alors, nous allons être aux aguets pour assurer d'avoir l'ensemble des informations, pour pouvoir
avoir un travail... assurer notre pleine satisfaction dans ce dépôt de projet de loi. Alors, merci beaucoup, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de René-Lévesque. J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition, le député de Blainville, pour
un maximum de 2 min 30 s.
M. Laframboise : Merci beaucoup, M. le
Président. Je vous salue, M. le ministre, collègues députés gouvernementaux, collègues de l'opposition
officielle, représentants du milieu municipal, du milieu syndical.
Évidemment,
je suis heureux d'être ici parmi vous aujourd'hui au nom de ma formation politique, la Coalition avenir
Québec, d'autant plus qu'avant les années 2000, bien, j'étais assis dans le
siège des élus municipaux. Et, quand je fais un petit peu d'histoire, dans les années
2000, l'écart, que je défendais à l'époque, évidemment, au nom des élus municipaux, l'écart entre la rémunération des
employés de l'État et ceux du milieu municipal était entre 15 % et
25 %; aujourd'hui, c'est entre
20 % et 35 %, 36 %. Donc, on s'aperçoit que cet écart-là a
encore augmenté. Donc, il n'y a rien, je vous dirais, qui s'est emmieuté dans le milieu municipal, là, au cours
des 15 dernières années. Donc, je pense qu'aujourd'hui, avoir un projet de loi qui a pour but d'encadrer la
façon dont les négociations dans le milieu municipal se fait... je pense
qu'on est rendus là.
Souvenons-nous
qu'il y a eu un gouvernement courageux en 1982‑1983, le gouvernement de René
Lévesque, qui a adopté des séries de projets de loi, là, 68, 70, 72, 105, et
même le fameux projet de loi 111, pas loin du 110 qu'on dépose aujourd'hui, là. Mais il reste quand même que,
depuis 1982‑1983, cet écart-là entre les employés municipaux, qui n'étaient
pas visés par les projets de loi du
gouvernement Lévesque de l'époque... l'écart s'est toujours agrandi. Et c'est
ce qui fait qu'aujourd'hui on est
rendus à cette situation-là. Et il faut, et c'est ce qu'on défendra aujourd'hui...
il faut respecter la capacité de
payer des citoyens, puis c'est ce que M. le ministre dépose comme projet de
loi. On va juste nous assurer, en tant
que formation, notre formation politique, que, les nominations sur les
différents comités ou sur le conseil de règlement des différends, il n'y ait pas trop de nominations
partisanes, là, on va juste s'assurer que ça se fait respectueux, puis qu'il
n'y a pas de partisanerie politique
là-dedans, puis que c'est respectueux de toutes les parties, autant du milieu
municipal que du milieu syndical.
Mais, pour le reste, on va essayer de faire évoluer le projet de loi dans le
bon sens, M. le Président.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de Blainville. Nous allons
maintenant débuter les auditions. Je souhaite
la bienvenue aux représentants de la ville de Québec. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc, dans un premier temps, à vous
présenter, et par la suite vous pouvez commencer votre exposé.
Labeaume (Régis) : Alors, M.
le Président, M. le ministre, MM. les députés — il n'y a pas de dame, d'après ce que je peux voir — permettez-moi tout d'abord de vous présenter
les gens qui m'accompagnent : M. Jonatan Julien, vice-président du comité exécutif de la ville,
André Legault, le directeur général de la ville, et Benoît Richer, le directeur
du Service des ressources humaines.
Alors,
d'entrée de jeu, évidemment, nous vous remercions pour votre invitation. C'est
un sujet qui, vous le savez, nous, à
Québec, nous préoccupe au plus haut point. Depuis mon entrée en politique, j'ai
le souci de placer tout d'abord l'intérêt
des contribuables au coeur des finances publiques, et sincèrement ce doit être
d'eux dont on doit se préoccuper dans nos discussions aujourd'hui.
L'existence
d'un écart salarial de près de 40 %, selon l'Institut de la statistique du
Québec, entre les employés municipaux et leurs collègues provinciaux constitue
un élément majeur dans l'objectif d'assainissement des finances municipales, et on ne peut pas l'ignorer. La
question que l'on doit se poser aujourd'hui est : Comment en sommes-nous
arrivés à un tel écart? Deux éléments
majeurs sont en cause : un déséquilibre dans le rapport de force lors des
négociations salariales et le
mécanisme d'arbitrage applicable à certains corps d'emploi du secteur municipal
qui a tiré les salaires vers le haut.
Alors, je remercie très sincèrement le ministre
et le gouvernement de s'attaquer à ce problème et d'avoir le courage — parce
que je pense que ça prend du courage — de présenter le projet de loi
n° 110.
intervention sera courte et simple. La question : Est-ce que les
dispositions de ce projet de loi permettront de régler le problème?
Le projet de loi se divise en deux
parties : les dispositions applicables aux policiers et aux pompiers et celles
applicables aux autres salariés. Pour les
policiers et les pompiers, le projet de loi vient modifier le mécanisme
d'arbitrage existant par un nouveau mécanisme renforcé, croyons-nous, et
composé d'un conseil de règlement de différends qui devra fonder ses
décisions sur des critères prévus par la loi. À cet égard, mes préoccupations
premières sont la qualité et l'indépendance
des membres de ce conseil et les critères que ces membres utiliseront pour
rendre leurs décisions. Dans l'éventualité
de former un conseil de règlement de différends dans le cas d'une négociation,
il est primordial que ces membres aient
tout d'abord, évidemment, les compétences, l'impartialité et surtout
l'indépendance des magistrats de nos tribunaux civils. Et, pour atteindre ce résultat, leur cheminement professionnel
ne doit pas dépendre des décisions qu'ils rendront.
En ce qui a trait aux critères à considérer par le conseil de règlement des différends, ils sont nombreux, peut-être trop nombreux, selon nous, et
tous sur le même pied d'égalité. Il nous apparaîtrait judicieux de faire comme
certaines autres juridictions et se limiter
aux critères suivants, c'est-à-dire la situation financière et fiscale de la municipalité, les conditions de travail applicables aux autres employés de la municipalité et finalement les exigences relatives à la saine gestion des finances publiques. Il faut surtout
éviter de référer aux conditions applicables aux autres municipalités. Une telle comparaison a
mené à un nivellement vers le haut dans le passé, un nivellement qui a coûté beaucoup
trop cher aux payeurs de taxes.
Finalement,
en toute transparence, quant à la l'imputabilité des élus municipaux
et de leur responsabilisation, il
serait judicieux que les dernières
propositions patronales, celles à être analysées par le conseil de règlement de
différends, aient d'abord été entérinées par le conseil municipal.
Le deuxième
volet du projet de loi introduit la possibilité qu'une tierce personne vienne
déterminer ou proposer les conditions
de travail dans le processus de négociation avec les autres employés. Avec ces
dispositions législatives, ne
serions-nous pas en train de reproduire peut-être ou réintroduire un mécanisme
que nous tentons de corriger pour les pompiers et les policiers? J'admets que ce mécanisme
est en grande
partie optionnel, mais ne risque-t-il pas de devenir
éventuellement la norme?
En fait, et
je me dois d'insister, il est de la responsabilité des élus municipaux de gérer
les dépenses et d'établir les conditions
de travail des employés selon la capacité de payer des citoyens. Pour cette
raison, je vois mal que l'on puisse encore
une fois les dépouiller de cette responsabilité en confiant ce devoir à un
tiers non élu lorsque d'autres voies peuvent être envisagées. Que ce soit un arbitre, un conseil de règlement des
différends ou un mandataire spécial, nous arriverons à la même
finalité : les conditions de travail et particulièrement leurs coûts sont
déterminés par d'autres que les élus municipaux.
Et n'oublions jamais que ce sont eux qui sont jugés tous les quatre ans sur la
gestion des deniers publics.
Je verrais plutôt qu'après négociation et
médiation les élus municipaux, par résolution du conseil municipal,
recommandent au ministre les conditions de travail qui devraient s'appliquer et
que le ministre les fasse examiner par un
mandataire spécial. La responsabilité de ce mandataire spécial serait de se
prononcer sur leur raisonnabilité en regard des mêmes critères arrêtés par le conseil de règlement de différends à
l'égard des policiers et des pompiers. En bout de piste, il
appartiendrait au ministre, en tant qu'élu, de trancher.
Je considère
que le projet de loi n° 110, bien qu'extrêmement courageux, ajusté en
fonction des observations dont je viens de vous faire part, constituerait un
autre pas important vers l'assainissement des finances publiques municipales
et la responsabilisation des élus
municipaux. Et je suis évidemment disposé, avec mes collègues, à échanger avec
les membres de la commission. Merci.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup, M. Labeaume, pour votre exposé.
Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le ministre,
vous avez la parole pour 16 min 30 s.
Coiteux : Merci pour la présentation, M. le maire, merci beaucoup. Je
voudrais juste vous entendre peut-être un petit peu plus sur la question suivante. Vous avez insisté sur
l'importance de l'indépendance et de l'expertise des membres du conseil de règlement des différends. Cette
expertise-là, les expertises qui sont nécessaires sont explicitement inscrites
dans le projet de loi. Quels sont les éléments qui vous apparaîtraient
insuffisants tel qu'il est écrit actuellement?
M. Labeaume (Régis) : Écoutez, on ne
dit pas qu'il y a des éléments insuffisants, on veut juste répéter notre inquiétude, parce qu'actuellement, pour nous...
C'est un métier, celui d'arbitre. À la limite, c'est un business. Vous savez,
un arbitre, lorsqu'il est choisi par la
partie
patronale et syndicale, c'est parce qu'il est raisonnable, souvent un peu trop,
et ce qu'on comprend, nous autres,
des arbitres, ça fait neuf ans qu'on est là, là, c'est qu'ils donnent toujours...
rendent toujours des décisions un peu «wishy-wisha» pour faire en sorte d'être
toujours dans le milieu, tenter de plaire ou de ne pas trop déplaire à
toutes les parties. Et ça, ça fait qu'au long des années ça a créé l'écart de
40 % entre les employés municipaux et les employés du gouvernement du
Québec.
Un arbitre,
lorsqu'il rend sa décision, voudrait avoir d'autres mandats dans le futur,
alors ce qu'il fait, c'est de ne pas trop déplaire à toutes les parties pour
pouvoir être embauché de nouveau par ces mêmes parties. Nous, on considère
que ce ne sont pas des gens indépendants.
C'est clair pour nous, très clair pour nous. Alors, je vous dirais que, le
mandataire spécial, les membres du
comité de règlement des différends... nous, on exclut l'arbitre, mais
éventuellement un arbitre...
En passant,
l'arbitre, même si nous, on l'exclut, on sait que dans le Code du travail les
parties peuvent toujours demander
l'intervention d'un arbitre. Ces gens-là doivent être embauchés d'une façon
telle que jamais leur avenir professionnel
ne dépende des décisions qu'ils vont rendre. Ils doivent être totalement
indépendants de la
partie patronale et
de la
partie syndicale. Ça ne doit pas être des gens qu'on va chercher au
besoin. Je vous dirais, puis ce n'est pas tout à fait ma philosophie, que, s'ils devaient faire ce
travail-là, ce sont des gens qui devraient être embauchés comme les juges,
pour très longtemps, qui devraient être, à
la limite, permanents, quoique je ne suis pas trop pour les permanences, mais
ils doivent vraiment être choisis sur les mêmes critères que les juges, à long
terme, pour que jamais leur avenir professionnel ne dépende des décisions qu'ils vont rendre, et il ne faut pas que ces
gens-là se demandent si dans l'avenir ils vont pouvoir être embauchés ou
par les syndicats ou par les patrons pour intervenir dans des questions de
relations de travail.
Alors, c'est
ça, notre grand souci. Ce qui est prévu dans le projet de loi me semble très
correct, c'est juste que nous
insistons de nouveau sur notre très grande inquiétude parce que, chez tous les
élus municipaux, on est tous d'accord pour
dire, normalement, que les arbitres, malheureusement, ne sont pas impartiaux
parce qu'ils veulent être embauchés de
nouveau. Ce ne sont pas des gens qui sont malhonnêtes, mais, comme ils sont
embauchés au besoin, ils surveillent leurs arrières pour avoir de
l'ouvrage pour l'avenir.
Alors, quand on engage, on embauche des juges,
normalement ils n'ont plus d'inquiétude pour leur avenir professionnel, à moins qu'ils fassent une coche
mal taillée. Il faudrait que ce soit la même chose pour les membres, par
exemple, du comité de règlement des
différends, la même chose pour le ou les mandataires spéciaux. Alors,
l'indépendance totale de ces gens-là est primordiale, et c'est le
fondement même de leur capacité de rendre de bonnes décisions.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Coiteux : M. le maire, j'aimerais vous entendre sur un autre aspect de
votre présentation. Vous avez parlé des critères qui sont énoncés dans la loi
pour guider les décisions du conseil de règlement des différends, d'une part,
mais qui doivent également guider le rapport qu'un éventuel mandataire
spécial soumettrait au gouvernement, le cas échéant, si une demande justifiée a été présentée et acceptée par le
gouvernement. Vous avez dit qu'il y a trop de critères, selon vous, et que ça devrait être réduit à un nombre plus
restreint de critères, et vous avez nommément questionné le critère de comparabilité avec d'autres municipalités. Vous le
savez, à l'heure actuelle il y a comme deux grands principes dans le mécanisme d'arbitrage existant, l'équité interne, l'équité externe,
et donc, lorsqu'on fait une comparaison, on se réfère au critère d'équité externe. Mais est-ce que vous
avez un inconfort face à, disons, le fait que cette équité externe ne
s'applique qu'à des situations de villes qui sont vraiment comparables, autrement
dit qui sont dans des situations économiques et fiscales qu'on puisse
comparer?
Labeaume (Régis) : Le
critère qui nous semble le plus dangereux, c'est celui qui est de comparer les
conditions de travail applicables
dans des municipalités semblables. Je vais donner un exemple : Pour les
policiers de Québec, on n'a pas eu de
meurtre depuis 13 mois ici, là. Je ne sais pas combien qu'il y en a eu à
Montréal, mais je présume qu'il y en a eu
un peu plus, hein? Comment comparer le travail des policiers de Drummondville
avec ceux de Montréal? On ne parle pas de la même affaire. Montréal,
c'est la moitié de la ville... la moitié du Québec, avec la banlieue, c'est un
milieu totalement différent. Et donc comment négocier, comment le maire peut
négocier avec les policiers de la ville de Drummondville quand ils veulent
comparer leurs salaires avec ceux de Montréal? Ça n'a pas de bon sens, il n'y a
aucune comparaison à faire avec le même
métier ailleurs. Et ça, même malgré toute la... D'ailleurs, je veux dire, c'est
parce qu'ils sont compétents, si on
est en sécurité à Québec, mais le milieu urbain montréalais est plus dangereux,
je pense, que le milieu urbain québécois, la ville de Québec. Alors, par
exemple, c'est un exemple. Ce n'est pas le même travail. Et c'est
ça qui fait que, quand on va s'accoter sur le plus gros à chaque fois, bien, on s'accote... puis l'autre
monte, puis on s'accote, puis à un
moment donné on se ramasse avec 40 % de différence dans la rémunération
pour le même travail dans le domaine municipal et dans le domaine
provincial.
Bon, la situation économique locale, Québec, ça
va bien, là, nous autres. Mais qu'est-ce que ça va être dans deux ans? Bien, dans deux ans, on va avoir la même
convention collective, là. Tu sais, si on se fie, pour négocier, sur la
situation circonstancielle temporaire, économique locale, bien, si on signe une
convention de cinq ans, si l'économie change
drastiquement en trois ans, puis ça se peut très facilement, bien, c'est un peu délicat, hein, c'est une
comparaison un peu subjective. Les
perspectives économiques, sauf le respect que j'ai pour les économistes, je ne
sais pas qui qui pourrait nous
garantir les perspectives économiques du Québec dans les cinq
prochaines années. L'avantage des économistes, c'est qu'ils oublient toujours ce qu'ils ont dit auparavant puis ils se projettent toujours dans le
futur; ils peuvent se tromper toute leur vie, tu sais. Alors, tu sais,
les perspectives économiques, ça me semble un peu subjectif.
Alors, moi, la politique de rémunération du
secteur public et parapublic, on pourrait l'inclure avec plaisir, parce qu'on se compare tellement facilement. Puis,
si ça peut vous être utile, M. le ministre, ça nous ferait plaisir aussi,
honnêtement.
Alors, c'est
à peu près ce qui nous titille un peu dans toutes ces conditions-là. Ceci dit,
les conditions que je vais énumérer,
peut-être, peuvent être prises en considération, mais on pense qu'à un moment
donné il faut que ce soit encadré assez serré, hein, avec le moins de
critères possible, puis parce que plus il y a de critères, moins ceux qui ont à
vous recommander, comment dire... Le
mandataire spécial, s'il y a un paquet de critères, c'est plus difficile
d'évaluer la raisonnabilité. Ceux qui
sont membres du comité de règlement des différends, s'il y a plein de critères,
ça va être plus compliqué aussi. Moi,
je pense que ce doit être encadré très serré. Alors, ça peut être des critères
absolus puis des critères optionnels.
Moi, j'aurais tendance à en garder à peu près trois ou quatre, ce serait mon
choix, parce que, la question des perspectives économiques puis de
l'économie locale, on est un peu souvent dans des sciences occultes, hein?
M. Coiteux : J'ai combien de temps
encore, M. le Président?
Le Président (M. Auger) :
7 min 30 s.
Coiteux : J'ai encore sept minutes. Il se trouve, M. le maire, puis je
le dis comme ça... Dans une ancienne vie, j'étais économiste.
Labeaume (Régis) : M. le ministre, je le savais, et c'est pour ça que j'ai gardé une petite retenue dans
ce que j'ai dit.
M. Coiteux : Dans une ancienne...
M. Labeaume (Régis) : ...
Coiteux : Néanmoins,
ce qui apparaît raisonnable... Lorsque les perspectives sont difficiles, il arrive
parfois... le hasard des choses fait
en sorte qu'il y a des négociations qui se font en temps de récession, en temps de
crise financière, et il m'apparaît
sage, de ce point de vue là, même si l'avenir est incertain... il
m'apparaîtrait sage que ça puisse être un critère, de tenir compte de ça, parce
que sinon, à l'inverse... Parce que
vous évoquez la possibilité que, les perspectives paraissant très favorables, de l'avis des
économistes, qui projettent le passé dans l'avenir, puis on a eu un passé
glorieux à certaines époques, effectivement, puis l'avenir s'est avéré un
petit peu plus difficile dans
certaines circonstances, puis pas seulement
ici, au Québec, partout dans le monde... Il m'apparaît prudent
de maintenir un critère comme
celui-là si jamais, au contraire, on
allait dans l'autre sens, c'est-à-dire qu'on allait vers des conditions qui ne
tiennent absolument pas compte des perspectives, qui pourrait être très
difficile, là, du point de vue fiscal.
Mais je
reviens, si vous me permettez, à la question de l'équité externe, parce que le
projet de loi est rédigé d'une manière telle qu'il dit qu'il faut
comparer des comparables... Et vous nous disiez tout à l'heure : Bien, on
ne peut pas comparer Drummondville et
Montréal. J'en conviens. Surtout du côté des services policiers, c'est quand
même différent. Mais
est-ce qu'on peut comparer des villes de 100 000 habitants entre elles, par exemple, si elles avaient des perspectives fiscales semblables? Est-ce
que vous pensez que, là aussi, ça pourrait poser problème?
Labeaume (Régis) : Le Québec,
ce n'est pas grand, là, tu sais, tu as Québec, Montréal, tu es rendu à à peu près à 60 %
du Québec. Ensuite, des villes d'à peu près, je ne sais pas, 200 000,
250 000, jusqu'à 100 000, il n'y en a pas beaucoup, là. C'est sûr que tu peux comparer
Victoriaville, Drummondville, Saguenay, mais normalement les policiers de Saguenay, ils ne se comparent pas avec
Victoriaville, ils se comparent avec Montréal. Eux autres, leur argumentaire,
c'est qu'ils n'ont pas à être payés moins cher que ceux de Montréal,
éventuellement ceux de Québec.
Alors, les demandes syndicales, dans le cas des
policiers et pompiers, c'est toujours se comparer à ceux qui ont le plus haut salaire
au Québec et si ce n'est pas au Canada, éventuellement. Alors, tu sais, vous avez raison, mais, dans la pratique, ce n'est pas ça qui se passe. Le
policier de Saguenay va vous dire que lui, il travaille aussi fort que le
policier de Montréal,
que le milieu ambiant est peut-être plus difficile qu'on pense, parce qu'on ne fait pas ce métier-là, pendant
la nuit, par exemple, tu sais, et, bon,
ce sont des arguments, souvent, qui sont difficiles à réfuter. Alors, vous avez
raison. C'est juste que, dans la
pratique, tous les syndicats de policiers et pompiers vont tenter de décrocher
le même salaire que le plus haut
salarié dans le même métier dans la province ou sinon dans le pays. Alors, vous
avez raison, mais en même temps
moi, je pense que, dans la pratique, ça ne se passera pas tout à fait comme ça.
Coiteux : Je comprends de
votre argumentaire ici que c'est dans la pratique actuelle que vous voyez qu'on
compare des fois des incomparables.
M. Labeaume (Régis) : Oui, mais je
pense que... Même dans le futur, je ne vois pas pourquoi le policier de Saguenay, à cause de la nouvelle loi, cesserait de
demander d'avoir la même rémunération que le policier de Montréal. Il
n'y a pas objectivement de raison de ne pas le faire, selon moi.
M. Coiteux : Est-ce que tu veux
poser une... J'ai mon collègue ici, le député de...
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont.
M. Rousselle : Merci.
Bonjour, M. le maire.
Dans votre
mémoire, vous parlez d'écart de 40 %
entre les employés municipaux et provinciaux. Certaines centrales syndicales semblent douter, justement, de
l'Institut de la statistique du Québec. Vous, vous en dites quoi, de ça, vous?
Labeaume (Régis) : Les
centrales syndicales, leur travail, c'est de douter, là. Quand ça ne fait pas
ton affaire, il faut que tu doutes,
là. Mais je ne sais pas pourquoi on remettrait en question la compétence des
gens de l'ISQ, là. L'ISQ, ce n'est
pas patronal, ce n'est pas syndical. Nous, à la ville de Québec, pour tous les
travaux, à chaque fois qu'on a besoin de
statistiques, c'est la référence. On est toujours très bien servis, puis
normalement ils ont tout à fait raison. Mais c'est normal que les syndicats réfutent ça, parce que ce
n'est pas à leur avantage. Chacun fait sa job. Moi, je suis totalement d'accord, là. Puis je ne vois pas comment on peut
réfuter l'impartialité et la compétence des gens de l'ISQ. Il faut être
culotté, quand même, là, tu sais.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont.
Rousselle : Sauf que vous, ville de Québec, est-ce que vous la
voyez, vous, chez vous, la différence entre les employés provinciaux?
Labeaume (Régis) : Je pense
que tous les employés du gouvernement du Québec voudraient travailler à la
ville de Québec, parce qu'ils seraient mieux payés.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont... M. le ministre. Deux minutes.
Coiteux : Deux minutes. Le mandataire spécial, peut-être juste...
j'aimerais ça vous entendre un petit peu plus sur la question du mandataire spécial. Le projet de loi prévoit que la
demande peut être faite au ministre par la municipalité mais aussi par
le syndicat...
M. Labeaume (Régis) : ...l'arbitre.
Coiteux : Pour le mandataire spécial, dans le cas du mandataire
spécial. Ça peut être l'un ou l'autre, s'il y a une impasse, alors, ça
peut être invoqué par l'une ou l'autre des deux parties.
M. Labeaume (Régis) : Le mandataire
spécial, il est présent de toute façon dans la loi, là.
M. Coiteux : ...ce que je veux dire,
c'est parce que...
M. Labeaume (Régis) : ...je vous
dirais que...
M. Coiteux :
Ce n'est pas un arbitre, le mandataire spécial n'est pas un arbitre.
Labeaume (Régis) : Le
mandataire spécial, on est tout à fait d'accord avec ça. Je pense qu'avant que
ça arrive à vous quelqu'un doit évaluer,
analyser — le
critère qu'on préfère, qu'on suggère — la raisonnabilité. Tu sais, à un moment
donné, dans ces affaires-là, c'est raisonnable ou ça ne l'est pas.
Là où on
n'est pas à l'aise, c'est la question de l'arbitrage. Vous savez, l'arbitrage,
nous autres, dans les villes, là, c'est une phobie pour nous autres, ça
nous a menés à un écart de 40 % dans les conditions salariales. Et on
pense que l'arbitrage, ce n'est pas une
étape nécessaire à inscrire dans la loi, parce que de toute façon l'arbitrage
peut être demandé en tout temps, selon les lois du travail, par les deux
parties. Alors, c'est implicite dans la loi.
Quand on
parle de négociation, médiation, rapport au mandataire spécial puis le
ministre, ça fait déjà beaucoup, beaucoup,
c'est un itinéraire assez... avec plusieurs haies à sauter. Et, la question de
l'arbitrage, nous, comme chat échaudé craint
l'eau froide, on a toujours peur que, malgré que le gouvernement aurait fait
des efforts suprêmes pour trouver des arbitres
impartiaux, il se dégage une tendance dans les décisions, mais tendance qu'on
ne considérerait pas à notre avantage, et
qui pourrait inciter, par exemple, le syndicat à faire appel à l'arbitrage.
Puis, s'ils décelaient une tendance à leur avantage, ils auraient raison
de le faire. Alors, l'arbitrage, nous autres, c'est...
Puis, quand...
Et, si ça se fait, ça veut dire que c'est quelqu'un d'autre qui décide pour les
élus. Fondamentalement, nous autres, ce qu'on ne veut pas, c'est
quelqu'un...
Président (M. Auger) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions pour ce bloc d'échange, nous devons
poursuivre avec l'opposition officielle. M. le
porte-parole. À moins que vous décidiez de laisser M. le maire continuer la
réponse.
M. Ouellet : Oui, M. le maire, vous
pouvez terminer votre réponse.
Labeaume (Régis) : Bien, ce
que je dis, c'est qu'on n'accepte plus qu'un tiers décide à notre place, c'est
assez simple, à
part le ministre.
Parce que, vous savez, les villes auraient voulu avoir le droit de décréter;
constitutionnellement, elles ne
peuvent pas le faire. Et c'est pour ça qu'on a bien accueilli le projet de loi
du ministre. On trouvait ça brillant, intelligent, parce qu'à
part le
droit de décréter c'est la meilleure chose qui puisse se faire, dans le fond,
c'est de transférer... Cette capacité-là que
nous n'avons pas, le gouvernement l'a, alors on était, constitutionnellement
parlant, casher.
Alors, nous,
les arbitres, honnêtement, on n'en veut pas, d'arbitre. On pense que, s'il y a
un arbitre, ça va travailler moins
fort aux négociations, ça va travailler moins fort en médiation, parce que, si...
À un moment donné, quand tu ne peux
pas t'entendre, tu peux toujours dire : On va aller à l'arbitre, puis, si
l'arbitre dit que ce n'est pas en ta faveur, tu peux mettre ça sur la faute de l'arbitre. Politiquement, autant pour les
villes que pour le syndicat, tu peux t'en débarrasser politiquement, tu dis : Coudon, on s'est fait
fourrer par l'arbitre. Tu sais, ça arrive des fois, là, que des syndicats puis
des villes disent : Bien, on va
aller là, puis il prendra les décisions à notre place; au moins, nous,
politiquement, hein — parce
que les gens des syndicats, ce sont des élus
aussi, comme nous autres — politiquement, ce ne sera pas de notre faute. C'est
malsain, selon nous, c'est malsain.
Alors, s'il n'y a pas d'arbitrage, ça va
travailler beaucoup plus fort dans la négociation, ça va travailler beaucoup plus fort dans la médiation, parce que,
si tu ne t'entends pas en négociant et dans la médiation, tu vas savoir que tu t'en vas — puis c'est ce qui va arriver dans les
faits — à la
merci de l'estimation d'un mandataire spécial qui va conseiller le
ministre. Tu n'as pas trop envie de finir avec une loi spéciale.
Moi, je pense
que, négociation, médiation, estimation, évaluation d'un mandataire spécial, on
ne se rendra pas au projet de loi,
excepté peut-être dans des cas extrêmes. L'arbitrage ne semble pas utile
là-dedans, ne semble pas nécessaire. Et,
philosophiquement, nous autres, on a des problèmes à avoir un arbitre dans le
processus, c'est-à-dire avoir quelqu'un qui a la capacité de décider à notre place. Ça a eu des vices dans le
passé, on ne veut pas revivre ça. Et en plus de ça, en termes de
responsabilisation, on trouve ça incorrect par rapport aux élus.
Le Président (M. Auger) : M. le
député, je vous rappelle que vous avez 7 min 30 s.
Ouellet : Dans le cas du
mandataire spécial... Parce qu'à l'intérieur de votre mémoire vous faites
mention, M. le maire, de l'importance
de l'impartialité et de la transparence de ceux et celles qui doivent rendre
les décisions. Dans le cas du mandataire spécial, c'est le ministre qui va le
nommer. En quoi, selon vous, vous allez obtenir des garanties que cette
nomination-là sera impartiale et transparente?
deuxièmement, considérant le rapport du mandataire spécial, il est
confidentiel, il sera remis au ministre pour décision, alors l'appareil municipal, les gens du public ne pourront pas
connaître la teneur du rapport, et peut-être qu'en bout de course nous
aurons à voter sur quelque chose pour lequel nous n'aurions pas eu et su la
teneur.
Labeaume (Régis) : C'est
pour ça que nous, on dit tout d'abord qu'à chaque fois ça doit être voté par le
conseil municipal de la ville. C'est,
à la ville de Québec, 39 % de la masse... du budget total, la ville de
Montréal, 45 %, 46 %, puis c'est toujours fait en catimini.
Quand le rapport... Quand le mandataire spécial
doit examiner l'issue des négociations et de la médiation et conseiller le
ministre, ce que nous disons, c'est que nous, on doit transmettre au médiateur...
mandataire spécial nos recommandations, et
ça doit passer par le conseil de ville, et voté par le conseil de ville. Parce
que, vous savez, le gros vice aussi des négociations, dans le secteur
municipal, c'est que c'est personnalisé, c'est Labeaume contre l'ensemble
des travailleurs, tu sais, c'est toujours
personnalisé, et les élus ne peuvent jamais savoir ce qui se passe. Ce n'est
pas normal, en
démocratie, ça. Alors, avant d'envoyer... avant que le médiateur spécial
analyse l'issue de ces discussions-là, nous, ce qu'on dit, c'est que la ville doit, par résolution du conseil
municipal — parce
qu'une ville, ça marche par résolutions — transmettre au médiateur spécial son offre finale, mais ça doit absolument,
absolument passer par le conseil municipal. Il faut que les élus...
Vous savez, dans une ville, on fait des résolutions
pour tout, les élus ont le droit de discuter de tout, à l'exception des négociations, ce qui n'a aucun sens. Chez nous, c'est 39 % à 40 % du budget. Ça n'a aucun...
C'est le plus gros poste budgétaire.
Et donc, le
mandataire spécial, s'il fallait que le gouvernement se trompe dans sa
nomination, c'est beaucoup moins dommageable
qu'un arbitre, parce que l'arbitre, il prend la décision; le mandataire, il
conseille le ministre. Alors, ça peut
toujours arriver, mais ce qu'on dit, nous autres, c'est : Autant pour les
membres du comité de règlement de différends que pour le mandataire spécial, on
souhaite que ce soit l'impartialité totale puis qu'il soit choisi selon les
mêmes critères que les juges. Mais, s'il y avait une erreur, c'est moins
pire que l'arbitre, qui, lui, va décider.
Président (M. Auger) : Merci. Je vais recéder la parole à M. le député
de René-Lévesque parce que je dois équilibrer le temps entre la question
et la réponse. Donc, M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Oui. Donc, dans ce même principe là, M. le maire, je ne veux pas vous
mettre des mots dans la bouche, mais
vous seriez à l'aise aussi à ce que la
partie syndicale puisse transmettre ses
recommandations au mandataire aussi.
M. Labeaume
(Régis) : Aucun problème.
M. Ouellet :
Aucun problème avec ça.
M. Labeaume
(Régis) : Absolument.
M. Ouellet :
Parfait. Je vais passer la parole à mon collègue de Richelieu.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. le maire.
Vous estimez que,
dans le régime actuel, le rapport de force est déséquilibré, hein, dans les
négos entre les municipalités et leurs
syndiqués. Vous trouvez courageux — c'est vos mots — que le gouvernement s'y attaque, courageux.
Vous
avez la réputation de parler franc. Le projet de loi qu'on a sous les yeux, M.
le maire, il rééquilibre le rapport de force ou il le déséquilibre à la faveur
des municipalités, à la défaveur des syndiqués, ce qui vous fait le trouver
courageux?
M. Labeaume (Régis) : C'est parce qu'il ne faut pas se tromper, là, il y a souvent une
confusion des genres. Là, on devrait parler des payeurs de taxes, là, on
parle de deux entités qui sont... Parlons des payeurs de taxes, c'est eux autres qui sont importants, là, ce n'est pas de
voir la ville comme un employeur, là. Puis il y a confusion des genres. Un
syndicat, c'est une organisation privée dont
le rôle est de défendre les intérêts d'un certain nombre d'individus, c'est une
organisation privée, puis c'est correct. Nous, on est des élus qui défendent
l'intérêt des citoyens, c'est bien différent. Il y a souvent une
confusion des genres.
Alors, idéalement,
moi, ce que j'aurais voulu, c'est le droit de décréter; je ne l'ai pas. Ce
droit-là, maintenant, appartient à
l'Assemblée nationale, et le projet de loi, là, si on ne s'entend pas, se rend
jusque-là. C'est parfait. Oui, c'est un
projet courageux, parce que personne n'a osé faire ce pas-là avant, et
honnêtement il est très courageux. Et, vous savez, l'idée qu'il n'y a pas de rapport de force... On
dit : Bien oui, mais on a toujours réglé. Bien, oui, mais on règle avec le
couteau sur la gorge. C'est sûr, on règle, là, tu sais. On règle avec le
couteau sur la gorge puis on sait que, si on dit non, ils ont toujours la balance du pouvoir, tu sais.
Alors, on règle, mais ça donne un écart éventuellement, au long des années,
40 % avec les travailleurs du
gouvernement. On règle, mais on règle avec le couteau sur la gorge, c'est comme
ça que ça se fait. Ça vient rééquilibrer, c'est certain.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Richelieu.
M. Rochon :
Mais le couteau, pour reprendre votre image, il ne serait pas, avec ce projet
de loi là, sur la gorge de quelqu'un d'autre?
M. Labeaume
(Régis) : Qu'est-ce que vous voulez dire?
M. Rochon :
Vous dites que vous réglez avec le couteau sur la gorge.
M. Labeaume (Régis) : Moi, je pense que le projet de loi oblige tout le monde à être
raisonnable, correct, juste et les
force à négocier et à s'entendre. Ce que ça fait, le projet de loi, là, ça
force tout le monde à régler. Il n'y a personne qui va vouloir se rendre au
ministre avec une loi spéciale, et ça va rendre tout le monde plus raisonnable.
Et surtout, et c'est pour ça que
j'insiste, en plus de ça, il faut que le public, les payeurs de taxes sachent
ce qui se passe. Et c'est ça, la beauté du projet de loi, c'est qu'il
force les gens à s'entendre, ce qu'on n'était pas capable de faire avant.
Le Président (M. Auger) : Une
minute. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet :
Merci, M. le Président. Rapidement, M. Labeaume, à l'intérieur de votre mémoire
vous faites référence — et à plusieurs reprises dans les
médias — à la
capacité de payer de vos contribuables dans les négociations. Sur quelle base vous évaluez, lorsque vous
négociez, cette capacité ou non de vos contribuables de payer? Parce qu'on sait que dans la colonne des dépenses il y a
effectivement la masse salariale, mais il y a tous les investissements que la
municipalité peut faire et tous les projets
que vous mettez de l'avant. Sur quelle base vous évaluez cette capacité ou
cette non-capacité de payer des citoyens? L'inflation?
M. Labeaume (Régis) : Si on a trois
quarts d'heure, on va en parler, là, mais...
Le Président (M. Auger) : On a 45
secondes.
Labeaume (Régis) : Tu sais,
je pense que vous savez comme moi ce que ça veut dire, la capacité de payer,
M. Ouellet : Mais pour vous?
M. Labeaume (Régis) : Pour moi,
c'est qu'à un moment donné c'est parce que ça suffit. Le monde est taxé jusqu'ici par tous les ordres de gouvernement, là,
ça suffit. Tu sais, à un moment donné, nous autres, des augmentations de taxes de 3 %, 4 % par année, c'est
trop. C'est ça qu'on doit faire parce qu'à chaque année, par exemple, s'il n'y
avait pas de règlement sur les fonds
de pension, on ne savait jamais ce qui nous pendait au bout du nez. Alors,
c'est une spirale, hein, c'est une escalade qui fait en sorte qu'à un
moment donné...
Le Président (M. Auger) : En
terminant.
Labeaume (Régis) : ...la
majorité des taxes payées par les citoyens s'en vont dans la masse salariale,
ce qui est anormal, là.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. Nous allons maintenant
poursuivre avec la deuxième opposition. M. le député de Blainville.
M. Labeaume (Régis) : Juste dire que
nous autres...
Président (M. Auger) : Peut-être permettre... Juste un instant! Juste
un instant! Peut-être que le député pourra vous... Le temps est au
député de Blainville.
M. Laframboise : Vous pouvez
terminer, M. le maire.
Labeaume (Régis) : Non,
mais, la capacité de payer, ce qui est normal, nous autres, c'est l'inflation,
c'est ce qu'on fait à Québec depuis
neuf ans. Mais, pour faire de l'inflation, on a coupé en tabarouette. À un
moment donné, on ne pourra plus là.
Ce qui serait
normal, là, la capacité de payer, c'est de ne pas aller au-dessus de
l'inflation, c'est vraiment ça. C'est notre
politique, à Québec, c'est ce qu'on fait depuis neuf ans, mais, je vais vous
dire, pour y arriver là, là, ce n'est pas pour rien qu'on a fait cette bataille-là, c'est parce que ce ne serait
plus possible aujourd'hui, là. C'est compliqué, il y a des limites à couper. À un moment donné, tu ne peux
pas toujours couper dans les services pour augmenter la masse salariale,
ça n'a plus de sens. Alors, moi, la limite, quelque part, c'est l'inflation.
Le Président (M. Auger) : Merci. M.
le député de Blainville. Six minutes.
Laframboise : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le maire, M. Julien,
M. Legault, M. Richer, merci d'être présents.
Ma première question va être... Pour que les
gens comprennent bien, là, la situation actuelle, parce que, pour qu'il y ait eu un écart jusqu'à 40 %, comme
vous dites, là, c'est parce qu'on a vécu une situation, puis, dans la vraie
vie, là, tu sais, quand on décide de
signer une convention... Parce que ce que vont vous dire les syndicats, c'est,
bon : Il y a des négociations,
puis ça se signe, là. Donc, théoriquement, ça va bien, là, le fonctionnement.
Mais, quand vous analysez, vous, à la
ville, là, avant de signer, vous analysez la possibilité d'aller en arbitrage,
vous regardez ce qui se passe, puis à un
moment donné votre contentieux vous recommande de signer parce que, finalement,
la fameuse capacité de payer, vous ne
l'atteindrez pas, mais vous risquez de dépenser plus d'argent dans d'autre
chose. C'est ça, le principe, je crois, là.
Labeaume (Régis) : Bien,
quand on est devant des résultats de négociation puis on doit décider, on sait
qu'on ne peut pas... on n'a pas le droit au lock-out, on n'a pas le
droit de décréter. De l'autre côté, ils ont le droit d'aller en grève puis ils peuvent même, à la limite, puis
c'est à eux que ça revient... ils peuvent même décréter les services
essentiels. Qu'est-ce que c'est qu'il
te reste? Il ne te reste rien. Quand même que tu diras non, tu peux bien te
péter la tête après les murs, ils ont
le droit d'aller en grève, puis ultimement c'est eux autres qui décrètent les
services essentiels. Tu n'as pas le
droit de lock-out puis tu n'as pas le droit de décréter. Tu n'as rien, là.
Alors, tu te dis juste : Bon, est-ce que je dis non, puis le bordel va prendre dans la ville, les
vidanges ne seront plus ramassées, le neige ne sera plus grattée, juste les
services essentiels
que les syndiqués, le syndicat vont décrire eux-mêmes? Tu n'en as pas, de
moyen, c'est assez simple, tu n'as aucun moyen.
Quand on dit
qu'on a le couteau sur la gorge, c'est ça qu'on veut dire. Quand tu n'as pas le
droit de lock-out comme n'importe
quel employeur, puis comme gouvernement municipal tu n'as pas le droit de
décréter, ton choix, c'est : Ou je dis oui ou je tourne la vis puis en nous souhaitant bonne chance; il va y
avoir une grève, puis on va se ramasser avec des services essentiels sur lesquels ultimement je n'ai pas un
droit de regard. Ça fait que tu n'en a pas, de moyen, tu as le couteau sur la
gorge.
Laframboise : Donc, c'est
pour ça qu'il y a beaucoup de conventions qui se signent puis que les villes
signent. Elles n'ont pas le choix, tu sais, c'est le principe, là.
Labeaume (Régis) : Bien, on
ne les signe pas quand ça... On s'obstine quand vraiment c'est interplanétaire,
là, mais, à un moment donné, quand ça se rapproche du normal... Les maires qui
m'ont précédé, ils ont fait ce qu'ils pouvaient, là, ils ne voulaient pas de
bordel en ville, là.
Laframboise : Et, bon, vous
apportez, dans vos recommandations... J'aime l'idée, là, d'avoir une résolution
du conseil, là, expliquez-nous ça, là, parce
qu'il faut vraiment, là, comprendre que... il faut que les citoyens sachent que
toute la ville est d'accord avec la position, là, c'est ça.
Labeaume (Régis) : Bien,
premièrement, une négociation, jusqu'à temps que ça se signe, ça se rende
public, ça peut durer cinq ans, puis
le citoyen ne sait jamais ce qui se passe. Il y a le maire qui va être
démagogue, il y a le président du
syndicat qui va être démagogue, mais il ne saura jamais ce qui se passe,
jamais, jamais. Les élus, hein, peut-être que les élus de l'équipe Labeaume vont savoir, il faut que
je fasse attention; les gens de l'opposition ne le sauront jamais. C'est la
démocratie, ça? C'est antidémocratique, ça. On peut s'obstiner cinq ans, être
démagogue d'un bord puis de l'autre, le citoyen ne saura jamais ce qui se passe, et tous les membres du conseil
municipal élus ne sauront pas ce qui se passe. C'est ça, la démocratie?
C'est complètement antidémocratique.
À un moment donné, il faut que ça finisse, cette
affaire-là, il faut que les élus aient la chance de débattre des négociations, parce que les élus, moi, les gens de
l'opposition, ils posent des questions, mais ils ne savent pas de quoi ils
parlent. Normalement, ils sont «feedés» par
les syndicats, mais ils n'ont aucune idée de quoi ils parlent, ils ne sont pas
au courant, ils n'ont pas
l'information. Puis ça, c'est le plus gros poste budgétaire de la ville. Ça n'a
aucun sens, ça ne se peut pas.
Et ça, c'est
essentiel, là. Dans les deux cas, autant pour le comité de règlement des
différends puis le médiateur spécial,
il faut qu'il y ait une résolution du conseil municipal, sinon on va encore...
on va rester dans le système actuel. Puis
c'est extrêmement malsain, hein, parce que, quand il n'y a pas d'information,
tout le monde devient démagogue, puis ça atteint des niveaux assez
originaux, hein?
Le Président (M. Auger) : Deux
minutes, M. le député de Blainville.
Laframboise : Tout à fait. Et c'est ce qui vous fait dire que, bon, finalement, la résolution de conseil pourrait... Autant, tantôt, quand vous avez répondu au PQ, vous avez dit : Le syndicat fera aussi sa proposition, nous, on passera notre résolution de conseil... Allez-y.
Labeaume (Régis) : Est-ce que
je peux ajouter quelque chose? Les syndicats peuvent faire une assemblée
syndicale, dire à leur syndicat ce qui se passe; le maire ne peut pas faire la
même affaire avec les membres du conseil et les citoyens. C'est fou
raide, cette affaire-là, là, c'est fou raide.
M. Laframboise : Ah! c'est sûr,
c'est sûr.
M. Labeaume
(Régis) : Le chef syndical
peut envoyer... à tout le monde : Voici où est-ce qu'on est rendus, ils
m'offrent tant, tatati, tatata, tout le monde le sait. Le maire ne peut pas
même dire ça au conseil municipal, aux élus. C'est fou raide, ça n'a aucun sens.
C'est antidémocratique.
Laframboise : Tout à fait.
Ça fait que c'est pour ça que vous proposez, vous, la résolution au conseil
puis qui irait directement au
médiateur, qui ferait sa recommandation, comme le syndicat pourra faire la même
chose, on...
Labeaume (Régis) : Mais
pourquoi qu'on aurait peur que la population le sache? Pourquoi qu'on aurait
peur que les élus le sachent? Pourquoi?
Le Président (M. Auger) : Une
minute.
Laframboise : Une minute.
Et, bon, quand on... Vous parlez des nominations, vous là, là, vous voulez que
ce soit vraiment
indépendant, là, vous avez insisté là-dessus, là. Vous souhaitez avoir des nominations... vous
n'aimez pas le mot «permanent», là,
mais, juste terminer là-dessus, là, vous voulez vraiment... c'est la seule
façon que vous voyez pour...
Le Président (M. Auger) : 30
secondes.
M. Labeaume (Régis) : Bien, écoutez, quand on nomme un juge, on s'organise pour qu'il
soit indépendant puis qu'il ne soit jamais
influencé dans ses décisions. Bon, je ne sais pas si ça peut aller jusque-là,
parce que, bon, un juge, c'est un
juge, là, mais prenons cet exemple-là puis tentons de s'y rapprocher le plus
possible, parce que l'indépendance, l'impartialité,
c'est très important. Puis, vous savez, dépendamment des gouvernements, on peut avoir des goûts différents aussi, hein, je pense qu'on
se comprend bien.
Laframboise : ...fait
partie de la confiance que vous voulez avoir
dans...
M. Labeaume (Régis) :
Oui.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. Donc, M. Labeaume, M. Julien, M. Richer et
M. Legault, je vous remercie pour votre contribution aux travaux de
la commission.
Je vais suspendre les
travaux quelques instants pour permettre aux représentants de la ville de Montréal
de prendre place.
(Suspension de la séance à
10 h 22)
Président (M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux en souhaitant la
bienvenue aux représentants de la ville de Montréal. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc, dans un premier temps, à vous présenter, et par la suite vous
pourrez commencer votre exposé.
Coderre (Denis) : M. le Président, c'est toujours un plaisir. Merci de nous accueillir. Alors, je
vous présente M. Pierre Desrochers, qui est mon président du comité
exécutif et aussi particulièrement responsable des ressources humaines
à la ville de Montréal, ainsi que Mme Diane Bouchard, qui est la
directrice des ressources humaines. Voilà.
Alors,
la ville de Montréal tient à remercier les membres de la Commission de l'aménagement du territoire de l'avoir
conviée aux consultations relatives au projet de loi n° 110
concernant le régime de négociation des conventions
collectives et de règlement des différends dans le secteur municipal.
La ville de Montréal
salue l'initiative du gouvernement quant au dépôt du présent projet de loi, qui
introduit plusieurs changements importants dans le processus
de négociation collective des municipalités. C'est avec
satisfaction que nous constatons que
le gouvernement donne suite à l'engagement qu'il a pris dans
l'accord de partenariat avec les municipalités 2016‑2019.
Le projet de loi
n° 110 reconnaît les municipalités comme des gouvernements de proximité en
mettant à leur disposition un régime
spécifique de négociation de convention collective. Il s'agit pour nous d'une
avancée importante qui contribuera à
rééquilibrer le rapport de force dans les relations de travail entre les
municipalités et leurs employés. Vous
avez entendu mon collègue de Québec, vous allez entendre aussi mes collègues de
l'Union des municipalités du Québec, on parle d'une seule et même voix.
est primordial pour la ville de Montréal de bien contrôler l'augmentation de
ses coûts de main-d'oeuvre afin de
restreindre la pression exercée sur le budget de fonctionnement et de préserver
sa compétitivité fiscale, c'est pourquoi nous réclamons depuis plusieurs
années de nouveaux outils pour nous aider à contrôler la croissance de nos
coûts de main-d'oeuvre en fonction de la
capacité de payer des contribuables montréalais. À cet égard, le projet de loi
comporte des gains très intéressants, notamment en ce qui concerne le
régime d'arbitrage des policiers et des pompiers.
Nous pensons
toutefois que le projet de loi doit être amélioré pour accroître nos chances
d'atteindre l'objectif recherché, à savoir
réduire la croissance des coûts de main-d'oeuvre dans le monde municipal. C'est
donc dans un esprit de collaboration
et de recherche des meilleures avenues possible que la ville de Montréal
formule aujourd'hui les recommandations qu'elle porte à l'attention du
gouvernement.
D'entrée
de jeu, nous tenons à préciser que la négociation demeure la voie privilégiée
par la ville de Montréal, je veux être très clair à ce sujet. Quelles
que soient les dispositions qui seront adoptées au final, l'objectif demeure de
favoriser une négociation saine et équilibrée entre les parties.
Pour l'essentiel, la
ville de Montréal adhère aux principes généraux énoncés à l'article 1, qui
traite de l'objet de la loi. Nous estimons
cependant que cet
article devrait être plus explicite en regard des intentions
du législateur. Ainsi, cet
article
devrait spécifier clairement que l'objectif de la loi vise la création d'un
régime de négociation et de règlement des
différends plus propice au respect de la capacité de payer des contribuables et
à l'atteinte d'un traitement équitable entre les salariés d'un même
employeur public.
Concernant le conseil
de règlement des différends proposé par le projet de loi, on sait que ce n'est
pas un tribunal composé de membres à temps
plein. Nous, M. le Président, ce n'est pas compliqué, ce qu'on dit, dans le
fond, là, c'est que... oui à cette
façon d'arbitrer, c'est correct pour les policiers et les pompiers, je
reviendrai pour les autres par la suite, mais ce qui est essentiel, pour nous,
c'est le caractère, moi, je dis, permanent et autonome, parce que, si ces
gens-là peuvent faire, entre-temps, d'autre chose en même temps, on ne
change rien avec le système d'arbitrage actuel.
Donc, pour nous, là, le processus est
essentiel. On est tout à fait d'accord avec le principe et la façon dont vous
le proposez, mais la qualification de ces arbitres-là, pour nous, c'est
essentiel. Donc, ils doivent être permanents et autonomes. Comme ça, ça enlève toute ambiguïté, tout problème de perception.
Et puis, à ce moment-là, quand on va embarquer,
par la suite, au niveau des critères, ça va nous donner les coudées beaucoup
plus franches. Et je pense que ça va
donner... En termes de justice naturelle, ça va créer une situation beaucoup
plus propice à une résultante, comme tel.
Donc,
la qualification des arbitres, pour nous, c'est extrêmement important. Donc,
cette saine indépendance va... L'avenue
de l'intégration du conseil de règlement des différends à une structure déjà
établie permettra, pour nous, une importante économie des coûts.
Concernant
les critères de décision, maintenant, le projet
de loi propose huit critères dont le
conseil de règlement des différends
doit tenir compte dans l'exercice de son mandat, d'où l'importance que ces gens-là doivent être indépendants et autonomes. Cependant,
le projet de loi n'établit aucune interrelation entre les
principes de l'article 1 et les articles de l'article 17. De plus, il ne propose aucune hiérarchisation de ces
critères, laissant le tout à la seule appréciation des membres du conseil
de règlement des différends.
est évidemment... Nous aussi, on sait qu'on a subi beaucoup, là, ce phénomène
d'arbitrage, là, dans le passé, puis
qu'il y a eu une... les coûts, le 40 %, ça s'explique là-dedans aussi, là.
Donc, pour nous, la question de l'équité externe, on oublie ça, je pense qu'il faut l'oublier. Ça
fait que, si vous voulez faire des comparables avec la ville de Montréal, je ne
sais pas avec lesquels, là, mais, dans le pratico-pratique... on comprend le
principe, et tout ça, mais nous, dans le pratico-pratique, on pense que
l'équité externe devrait être enlevée.
devrait avoir des critères obligatoires, donc les trois premiers, c'est des
critères obligatoires, puis, hormis la question
de l'équité externe, les autres critères qu'on utilise devraient, à ce
moment-là, être des critères facultatifs, pour donner quand même une latitude au travail de l'arbitrage, comme tel.
Donc, critères obligatoires et critères facultatifs.
Dans
le cas, donc, des salariés et pompiers, on est très heureux. Concernant les
autres, à ce moment-là, bien, on pense
qu'on devrait, étant donné que le Code du travail est clair, laisser tomber la
question de l'arbitrage. Si vous voulez quand même garder l'arbitrage, à ce
moment-là, bien, la position que Montréal défend, d'avoir des arbitres
autonomes et indépendants, je pense
que ça pourrait passer adéquatement, ça pourrait devenir une solution de
compromis. Mais, à l'instar de l'UMQ et de la ville de Québec, on pense
qu'on n'a pas besoin de cet arbitrage.
Pour
le mandat spécial, nous souscrivons totalement à cette question. Vous savez, on
parle beaucoup d'autonomie des
municipalités. Donc, le fait d'avoir une résolution qui passe au niveau de la
ville va envoyer un message très clair. Donc, le mandataire spécial est là pour voir à la raisonnabilité, il
n'est pas là pour refaire le tout puis réouvrir le tout. Donc, ça enverrait un message, puis on souscrit sur la
question publique. Ça envoie un équilibre, je dirais, entre... J'entendais
tantôt, votre collègue de René-Lévesque
disait : Oui, mais on ne pourra pas regarder ça, au niveau de l'Assemblée
nationale. Bien, je m'excuse, ce
n'est pas à l'Assemblée nationale à négocier ce qui se passe au niveau de nos
villes. Cependant, on n'a pas le
pouvoir de décréter. Et, si on veut passer par le mandataire spécial, bien, à
ce moment-là, vous allez avoir une résolution
entre les mains où vous allez savoir exactement ce qui se passe du côté de la
ville. Donc, on pense que c'est un équilibre entre... sur le plan
démocratique, tout en respectant l'autonomie.
Concernant
l'application de la loi, moi, je pense qu'on devrait l'appliquer seulement au
niveau du MAMOT. Pourquoi? Parce que,
ça semble peut-être paradoxal par rapport au Code du travail, et tout ça, nous,
on pense qu'étant donné que dans la
réalité de la vie, dans... le fait d'avoir le ministre qui connaît, qui a la
sensibilité puis qui sait exactement comment ça se passe du côté du monde
municipal, bien, c'est quelque chose à part, ce projet de loi là peut... on
pourra s'assurer, à ce moment-là,
qu'il relève du ministre des Affaires municipales comme tel, parce que de toute
façon, avec les processus qui vont jusqu'au mandataire spécial, déjà, je
pense que ça va de soi.
terminant, la ville de Montréal souhaite exprimer sa préoccupation en regard de
l'article 56 dans sa mouture actuelle.
Le premier alinéa de l'article 56 prévoit que «tout arbitrage dont
l'instruction en vertu des dispositions du Code du travail a débuté le [10 juin dernier] continue
d'être régi par les dispositions de ce code, telles qu'elles se lisent à cette
date». Bien que la notion
d'instruction soit bien connue, la ville de Montréal considère que l'intérêt
public requiert que le projet de loi
soit modifié afin d'éviter la judiciarisation des dossiers en cours. Dans cet
esprit, la ville propose que l'article 56 soit modifié afin de préciser que tout arbitrage dont un arbitre est
saisi en vertu du Code du travail se poursuit seulement si les deux parties le demandent conjointement dans
un délai donné, après la sanction de la loi. Dans le cas contraire, l'arbitre
est dessaisi du différend.
Évidemment,
si, nous autres, les policiers ont convoqué les deux parties avec la médiation,
nous, on ne l'avait pas saisi, on
était là en mode écoute, il n'y a rien qui se fait entre-temps, peut-être parce
qu'il y a des gens qui avaient eu
vent qu'un projet de loi s'en venait puis qui disent : Bon, bien, là,
cette loi-là ne s'appliquera pas à nous autres, donc, je pense que ce n'est pas correct, comme tel, là.
Et puis, pour nous, c'est important, là, en toute équité, de nous assurer,
pour l'intérêt public, que le projet de loi n° 110 puisse également
s'appliquer à la question de nos policiers.
Entre-temps, bien, je suis prêt à répondre à vos questions.
Je vous remercie de nous donner cette capacité. Je pense que
ce projet de loi, dans ce qu'on propose, c'est un peaufinement,
mais, en termes de processus, je pense que la question de la qualification des arbitres
est importante. Merci.
Le Président
(M. Auger) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons
débuter la période d'échange. M. le ministre, vous avez la parole pour
16 min 30 s.
M. Coiteux : Oui. Merci, M. le maire, pour la présentation et
d'avoir soulevé des points, là, qui sont notés pour réflexion, bien
entendu.
y a un certain nombre d'enjeux que vous avez abordés sur lesquels j'aimerais peut-être
vous entendre un peu davantage.
Puis il y a un enjeu qui a également été soulevé par Québec, un petit peu différemment, mais néanmoins il y a une certaine convergence des
préoccupations par rapport au mandataire spécial.
projet de loi prévoit que la demande d'une intervention d'un
mandataire spécial... Qui, je le répète, là, puis pour que ce soit clair
pour tout le monde, ce n'est pas un arbitre, là, ce n'est pas quelqu'un qui va
trancher, là. Le mandataire spécial, ce
n'est absolument pas un arbitre. Alors, il ne faut pas qu'il y ait
de confusion des genres ici, ce n'est pas
un arbitre. Le mandataire spécial, il est là dans des circonstances
exceptionnelles, qui auront été justifiées par l'une ou l'autre des parties, là, qui disent : Il y a
une impasse, les services publics sont menacés; il y a une impasse, et puis on
a tout essayé, puis on n'y arrive pas,
puis il y a un enjeu majeur, puis il faudrait que le gouvernement se penche
là-dessus. Et le gouvernement, à ce moment-là, peut nommer un mandataire
spécial.
Maintenant,
vous faites le lien entre une résolution du conseil municipal et
l'enclenchement de ce processus-là. Et si c'était la
partie syndicale
qui, dans des circonstances exceptionnelles, demandait au gouvernement de
considérer la nomination d'un mandataire spécial, vous verriez ça comment, de
votre point de vue?
M. Coderre
(Denis) : ...je n'ai pas de problème. Sauf que ce qui est important,
dans ce sens-là, je pense, et en toute
démocratie, si on veut respecter le principe de l'autonomie municipale... Parce
que, tu sais, on se bat pour un statut de
métropole, qu'on va avoir, vous avez déposé un statut de capitale nationale, il
va y avoir l'application du livre blanc ou du livre bleu dans une loi-cadre au niveau des municipalités. Donc,
comment on peut trouver une façon équilibrée de se dire... Parce qu'on comprend qu'on ne peut pas décréter. Même vous,
vous ne décrétez pas. Quand c'est une loi spéciale, c'est un pouvoir législatif, vous ne décrétez pas
les conditions de travail. Donc, dans ce sens-là, comment on peut envoyer
un message qu'on prend nos responsabilités
puis ça relève de nous? Bien, cette résolution-là, ça veut dire que, de façon
large, toute l'assemblée, notre conseil va
pouvoir se pencher sur cette question-là. Que le syndicat de toute façon fasse
sa demande, nous, on va passer notre
résolution quand même, et puis, à ce moment-là, tout va être public. Donc,
c'est pour ça que c'est important qu'il y ait le principe de
transparence, que ce soit public à ce niveau-là.
Moi,
je n'ai pas de problème, là, je ne dis pas que j'enlève une capacité aux
syndicats de le faire, on privilégie la négociation, mais, dans cet
équilibre de rapport de force, puis tout en étant cohérents avec notre façon de
voir sur les principes d'autonomie
municipale dont on fait la promotion, je pense qu'à ce moment-là ce
peaufinement-là pourrait nous aider.
M. Coiteux :
Vous l'avez mentionné dans votre présentation, mais j'aimerais en entendre un
petit peu plus là-dessus. Il y a d'autres
présentations qui vont être faites aujourd'hui, je pense que l'opposition
officielle aussi se questionnait sur
le rôle du ministre des Affaires municipales, dans le cadre de ce projet de loi
là, par rapport au ministre ou à la
ministre du Travail, et vous, vous avez été très clair, tout à l'heure, il faut
que ce soit le ministre des Affaires municipales qui soit responsable de l'application de ce projet de loi. Pouvez-vous...
à la lueur de l'expérience vécue par Montréal?
M. Coderre
(Denis) : C'est parce que, dans la réalité de la vie, là, quand ça
commence à jouer au tennis entre deux
ministres, c'est peut-être le fun à regarder, mais je ne suis pas sûr qu'on va
régler quoi que ce soit. Puis ça n'enlève pas la bonne foi puis les qualités des ministres ou des ministères. Mais
je pense que, le fait que vous avez un processus qui amène jusqu'au mandataire spécial, et par la suite
vous êtes tributaire de ça, c'est vous qui êtes en charge de ce processus-là,
en toute cohérence...
Vous
savez, c'est important, là, il faut qu'il y ait justice et apparence de
justice. On peut être en désaccord avec les syndicats sur les façons de voir, on peut se dire des gros mots de
temps en temps, mais le but premier, c'est la capacité de payer des gens puis de respecter les gens qu'on
représente. Donc, si le processus vient alourdir et enlève toute cette notion
de ce qu'on défend avant, bien, je pense qu'il y a un problème.
Donc, c'est vraiment
une question pratico-pratique. En termes réels, là, de «realpolitik», là, je
pense qu'à ce moment-là ça rend la loi
encore plus forte, moins questionnable, et puis ça vient renforcer le rôle,
comme il se doit, du ministre des
Affaires municipales. On parle de dossiers municipaux, là, ce n'est pas juste
une question de relations de travail.
Parce
que, quand vous ajoutez le processus du mandataire spécial, là, c'est une
nouveauté, là. Donc, en ce sens-là, il faut qu'il y ait quand même un
lien très précis en ce sens.
M. Coiteux :
Un autre enjeu... Et puis le maire de Québec, tout à l'heure, dans la
présentation, aussi a mentionné cette
question-là, l'importance de l'indépendance des membres qui composent le
conseil des règlements des différends. Puis
vous avez évoqué, vous, M. le maire, la notion de permanence, la notion
d'incapacité de faire autre chose que cela pendant un certain mandat. Je
voudrais juste vous entendre sur la chose suivante. Supposons...
Puis
c'est certainement le souhait, là, que dans la majorité des cas les choses se
règlent par négociation. Et d'ailleurs le
projet de loi prévoit un nombre minimal de jours de négociation, oui, bien
entendu, parce qu'il faut quand même que les gens démontrent leur bonne foi, on ne peut pas aller à deux, trois
séances de négociation sur une semaine puis demander un arbitrage, là, même avec le nouveau régime.
Donc, il faut travailler fort en négociation, parce que ce qu'on veut, c'est
qu'il y ait des règlements négociés, mais on a la médiation obligatoire.
Bon,
notre espoir, bien entendu, c'est que, le nouveau cadre, l'équilibre entre les
grands principes, démocratie municipale, au service de l'ensemble des
citoyens — donc
ce n'est pas une entreprise privée qui négocie avec un syndicat, c'est une entité publique, démocratiquement élue, redevable
devant ses citoyens — notre
espoir, c'est qu'il n'y aura pas tant
que ça besoin d'utiliser le conseil de règlement des différends, hein? Si tout
le monde s'oriente, là, vers une négociation raisonnable, sachant qu'il y a des principes d'équilibre, peut-être
qu'il y aura moins la nécessité de recourir à des mécanismes comme
celui-là.
Supposons,
peut-être pas, mais supposons que c'était ça qui arrivait et qu'on a un conseil
des règlements des différends qui n'a que
quelques cas à régler à l'intérieur d'une période de cinq ans, est-ce qu'ils
peuvent ne vivre que de ça? Est-ce que vous voyez un enjeu ici ou...
M. Coderre
(Denis) : Si vous me demandez ce qu'ils pourraient faire en plus, on
pourrait mettre les griefs là-dedans,
ça pourrait être intéressant, ils ne manqueront pas d'ouvrage, inquiétez-vous
pas, de ce côté-là. Mais je pense que,
si on veut être conséquent, si c'est exactement comme les arbitres actuels,
bien, je m'excuse, ça ne change rien. Parce que ça nous coûte 52 % de la masse salariale, il y a eu des coûts
de 40 %, là. Ça explique ça, là. Alors, moi, je pense qu'il faut aussi... Puis même vous allez en avoir du
côté syndical qui ne seront pas en accord avec la façon dont les arbitres
fonctionnent. Donc, pour être sûr, là, au lieu d'embarquer sur le processus,
qu'on embarque sur les critères et sur le résultat,
à ce moment-là... Puis, écoutez, moi, en 30 ans de vie politique, je peux
vous dire qu'il y a des moments où on a besoin presque du quasi judiciaire pour assurer que de part et d'autre
on ne questionne pas le processus, mais on va vraiment vers les résultats. À ce moment-là, la
qualification de ces arbitres-là est essentielle, à mon avis. Et, par
expérience, et puis la façon dont je
vois les choses, si on veut que le processus fonctionne et qu'on ne s'empêtre
pas... Peut-être les avocats vont vouloir questionner la constitutionnalité
puis jouer là-dedans, mais je pense que le but — puis vous le faites depuis le début,
là — le
but d'un projet de loi puis le rôle d'une commission parlementaire, c'est
justement de travailler en matière de
prévention pour assurer, justement, qu'elle soit la plus complète possible et
la plus solide possible. Alors, moi, je pense qu'on réglerait énormément
de problèmes au niveau du processus.
en plus, comme je vous ai dit, puis ça n'a rien à voir avec la loi, mais elle
peut être utile par la suite pour d'autres secteurs, exemple les griefs.
Ça, vous ne manquerez pas d'ouvrage là-dedans.
Mais
je pense qu'on ne veut pas avoir un système qui va nous dire : Bon, bien,
c'est sûr qu'on va aller là, mais tant
qu'il y a de l'homme il y a de l'hommerie, hein? La nature humaine étant ce
qu'elle est, bien, c'est sûr que les gens vont regarder ça puis ils vont
dire : C'est quoi, l'intérêt? puis : Comment je peux aller en
chercher plus?
On fait beaucoup
d'arbitrage, du côté de Montréal, comme vous le savez, M. le ministre. Alors,
on recherche évidemment des résultats négociés, mais je pense que ça, ça
pourrait répondre à beaucoup de questions.
M. Coiteux :
Mais le projet de loi, tel qu'il est proposé, quand même oblige à ce que ces
nominations-là consacrent des expertises
particulières, ce qui n'est pas le cas actuellement dans les mécanismes
d'arbitrage que nous avons, là.
M. Coderre
(Denis) : Ce que je vous dis, en fait, c'est qu'on est contents de la
façon dont vous le sortez, mais ce qu'on
dit en plus... Je pense que l'élément qui manque, là, c'est au niveau, là, de
la permanence ou de l'autonomie, là. Alors,
moi, je pense qu'on a fait des pas de géant au niveau des policiers et des
pompiers. Pour l'autre côté... C'est pour ça que je vous dis : Si on embarque, dans les autres syndicats, sur
l'arbitrage... On ne veut pas non plus que tout se fasse par arbitrage, là, de dire : On recule, à ce
moment-là, quand on parle des autres syndicats, on comprend que... au niveau
des services essentiels, et tout ça,
mais moi, je pense qu'à ce moment-là, si, dans les policiers et pompiers, vous
qualifiez les arbitres comme je vous
le propose, on parle du mandataire spécial de l'autre côté, vous avez de toute
façon le Code du travail qui prévoit
l'arbitrage, de toute façon, bien, si, au bout de la ligne, vous vous entendez tous pour dire que ça nous le
prend pareil, ce conseil des différends, pour les autres syndicats, moi, je
vous dis que ça pourrait passer la rampe puis ça devient une solution de compromis, si à ce moment-là... En
renforçant le processus sur la qualification des arbitres, ça va
vous donner une chance supplémentaire.
M. Coiteux : Je voudrais maintenant vous entendre sur
les critères qui doivent guider la décision du conseil de règlement
des différends et qui doivent être pris en compte par un mandataire spécial qui
ferait des recommandations au gouvernement. Il y a quand
même un changement par rapport aux critères qui sont appliqués à l'heure actuelle, dans les
mécanismes actuels. Vous avez évoqué à la fois comme une espèce de jugement
partagé. Il y a une
partie de ça que ça va,
il y a une
partie de ça que vous questionnez un peu. Est-ce que vous pouvez
élaborer un petit peu plus sur les critères?
M. Coderre
(Denis) : Bien, écoutez,
moi, je pense qu'il y
a deux éléments. Le premier, c'est la
notion obligatoire versus
facultative. Si on met tout ça là-dedans, c'est sûr que nous, la question
de l'équité externe, on pense qu'on devrait l'enlever, mais, si on s'en tient, par exemple, aux critères
obligatoires, à ce moment-là, on dit que... La situation financière et fiscale de la municipalité, tout à fait. Les conditions de travail applicables aux salariés concernés, tout à fait. Les conditions de travail
applicables aux autres salariés d'une municipalité, ça va. Au
niveau facultatif, si on dit
facultatif, c'est-à-dire qu'on
peut s'en inspirer, mais il ne faut pas que ce soit obligatoire. Les exigences
relatives à la saine gestion des finances
publiques, la question de la situation économique locale puis la situation
de la perspective salariale et économique du Québec, ça, ça devient un élément d'inspiration. Mais, étant donné que vous avez... Surtout pour Montréal, en plus, on parle ici de la métropole, et puis c'est quand même unique par rapport à son statut, bien, on pense qu'à
ce moment-là... Mais on comprend qu'on ne doit pas tout enlever. C'est sûr
que, dans le meilleur des mondes... On dit que, si on n'avait que des
critères obligatoires, ça va, mais on veut donner quand même une latitude aussi
aux experts, au conseil de différends, comme
tel, alors c'est pour ça qu'on dit : Hormis l'équité externe, les autres
critères pourront être facultatifs, à
ce moment-là.
Le Président
(M. Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux :
M. le député de Vimont voulait...
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont.
M. Rousselle :
Combien de temps?
Le Président (M. Auger) :
Quatre minutes.
M. Rousselle : Parfait,
merci. M. Coderre, M. Desrochers, Mme Bouchard, merci d'être
ici.
Écoutez, je
vais poser la même question que j'ai posée au maire de Québec, parce qu'en
entrée de jeu vous parlez d'évolution
de la rémunération globale, et puis il y a certaines centrales syndicales...
Puis j'en profite parce que je sais que tantôt on va les entendre, puis
ils vont sûrement arriver avec ces statistiques-là...
M. Coderre (Denis) : ...
Rousselle : Non, mais, ce 40 % là, il y en a qui doutent,
ce 40 % là, de la différence, parce que, là, il y en a qui vont parler : Oui, mais il n'y a pas une
différence si grande que ça... en tout cas, il n'y en a pas une entre les
policiers de Montréal ou de Laval, peu importe. Donc, c'est là-dessus
que je voudrais vous entendre.
M. Coderre
(Denis) : Bien, moi, je suis factuel, là, on regarde l'Institut de
statistique, je suis factuel. Alors, on peut être en accord ou en
désaccord, là, les chiffres sont là.
Deuxièmement,
moi, là, je ne veux pas me retrouver où vous avez eu une
loi sur les régimes de
retraite qui a un impact important,
auquel on souscrit totalement, et de se dire que par la porte d'à côté, par la
façon de négocier, avec des enjeux, on va revenir exactement à la même
situation.
Nous, là, on
est passés d'une masse salariale de 52 % à 46 %, on a coupé dans les
dépenses. La capacité de payer des
gens, ce n'est pas n'importe quoi, là. Moi, j'ai le choix. Si vous voulez qu'on
finance les régimes, puis ce à quoi on s'entend,
parce qu'on n'a pas le choix, en quelque part, bien, on a deux choix : ou
bien on coupe, puis là ils vont dire qu'on coupe dans les services, puis
je ne veux pas ça, ou bien on augmente les taxes. C'est ça, la capacité de
payer, là.
Donc, on se
dit qu'à la lumière des chiffres, à la lumière des statistiques... On pense que
ce qu'on a de besoin, suite à la loi
des régimes de retraite, bien, c'est justement cette façon de négocier les
différends, et puis à ce moment-là, bien,
on se base sur des chiffres. Je pense que les chiffres sont clairs par
eux-mêmes, là. Vous avez juste à regarder nos budgets puis les comparables; bien, ça nous coûte cher. On est fiers de
nos policiers, de nos pompiers, de nos employés, on est très fiers, mais à un moment donné on le sait, comment ça
fonctionne. Puis M. Labeaume l'a dit, Régis l'a dit tantôt, là, quand on compare, là, le policier de
Châteauguay ou de Saguenay par rapport à Montréal, ils vont regarder comment
ils ont pu avoir. Puis, si l'arbitre
dit : Bon, bien, regarde, c'est ça, les échelles, puis ils vont appliquer
cette échelle-là, bien, c'est sûr
qu'au bout du compte c'est le payeur de taxes, c'est le contribuable qui va
payer. Donc, nécessairement, on doit trouver
une façon correcte, et c'est pour ça qu'on salue ce projet de loi là, parce que
vous avez déjà des éléments qui nous permettent
d'encadrer comme il se doit. On vous
a dit de parler d'intérêt public, de parler au niveau des comparables,
de se donner des critères. Puis je pense
qu'il faut les hiérarchiser, dans le sens que... au niveau obligatoire puis au niveau facultatif. Puis
à ce moment-là je pense qu'on va être en mesure d'équilibrer ce rapport.
Le Président (M. Auger) : Oui,
M. le député de Vimont.
Rousselle : Toujours dans le même sujet... Vous, là,
d'ailleurs, vous devez le voir, à ce moment-là, dans vos budgets, vous devez le voir, ce déséquilibre-là, à
ce moment-là, avec les employés provinciaux, sûrement. Parce que, là, les gens
qui nous écoutent, tu sais, on parle de chiffres ou quoi que ce soit, mais là
ils vont juste voir... Ils veulent savoir, eux autres, la différence, exemple, entre un travailleur manuel de la
ville de Montréal et puis celui du gouvernement du Québec.
M. Coderre
(Denis) : Quand on le prend en général, là, on parle environ de
40 %. Vous avez eu des études, là, Robert Gagné au niveau du HEC,
vous avez l'Institut de la statistique du Québec, écoutez, les chiffres
corroborent en ce sens-là. Alors, c'est pour
ça que nous, bon, bien, c'est sûr que, si on veut comparer des comparables, on
se dit qu'un employé... Tu sais, on
ne peut pas payer à moins d'augmenter les taxes, là. Alors, on se dit... nous,
on pense que, si on veut faire les
choses adéquatement tout en offrant des services de qualité, bien, il faut, à
ce moment-là, nous assurer qu'on puisse avoir ce rééquilibre-là.
Peut-être, Mme Bouchard... Avez-vous des
choses à rajouter?
Le Président (M. Auger) :
Mme Bouchard.
Mme Bouchard
(Diane) : Oui. Bien là, on
parle de 40 %; ça, c'est par rapport... c'est une moyenne des
municipalités. Montréal, les études
du HEC, ce que ça nous démontre, c'est que Montréal, on est 30 % supérieur
que la moyenne des municipalités.
Donc, quand on dit 40 %, là, c'est conservateur, on ne risque pas trop de
se tromper, là, on est 30 %, Montréal, au-dessus de la moyenne des
municipalités. Ça fait que je pense que le 40 % est assez conservateur.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. Nous allons maintenant
poursuivre avec l'opposition officielle pour 10 minutes. M. le député de
René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, M. le maire.
Je voudrais d'abord vous amener à la
page 7 de votre mémoire. Vous y allez d'une recommandation, une première
recommandation, de l'article 1, et vous voulez qu'il soit modifié pour
«prévoir plus explicitement que les objectifs de
la loi [soient] de prioriser la capacité de payer des contribuables et la
recherche de l'équité entre les salariés d'un même employeur». J'ai posé
la question tantôt au maire de Québec et j'aimerais vous entendre. Vous, M. le
maire, de façon explicite, comment vous
interprétez cette capacité de payer là? Je vous ai entendu tout à l'heure, la
masse salariale fait
partie d'une
colonne de dépenses à la ville de Montréal, il y a d'autres colonnes de
dépenses, les différents projets que la
ville peut mener. Quand on voit le rapport des HEC, on voit que les dépenses de
la ville de Montréal ont baissé de 3,4 %. Donc, comment vous faites ce juste équilibre, comment vous faites ce
juste équilibre pour dire : Toute augmentation de salaire des employés ou de la masse salariale
égale une augmentation de taxes, et en contrepartie toute baisse des transferts
du gouvernement vers les municipalités
n'amène pas nécessairement une augmentation de taxes? Ça fait que j'aimerais
que vous m'expliquiez, sur la capacité de payer, sur quel raisonnement vous
arrivez à...
M. Coderre
(Denis) : Bien, le raisonnement, c'est que ça nous prend tant de
revenus puis ça nous prend tant... puis ça coûte tant. Je veux dire, c'est sûr
qu'on regarde de façon globale. Si vous avez... En commençant, moi, quand
je suis arrivé, j'ai dit : On n'augmentera pas plus que le taux de
l'inflation. Donc, il y a la notion du taux d'inflation. Deuxièmement, on avait un taux de masse... le
taux, juste la masse salariale, c'était 52 %. En plus, on avait négligé,
de la façon dont on investissait dans
nos infrastructures. On a fait un ménage, on a changé notre culture de
gouvernance à l'intérieur.
Puis,
au bout de la ligne, notre rôle, on n'est pas une business, là, notre rôle,
c'est de donner un service tout en nous
assurant qu'on ait un sain climat de travail. Bon, il y a eu ce qui est arrivé,
il y a eu le saccage, il y a eu toutes sortes de choses. C'est pour ça qu'on... On est en 2016, on ne veut plus
revivre dans le passé, là. Quand on vous parlait de couteau sur la gorge, tantôt, là, puis on parlait des gros
bras, puis tout ça, là, les médias ont plein de films, ils vont vous en
montrer. Moi, je regarde vers
l'avenir, alors je me dis : Qu'est-ce qu'on est capables de faire vers
l'avenir pour trouver cet équilibre-là?
Donc,
la capacité de payer, c'est quoi? Bien c'est d'être capables de remplir nos
engagements sans avoir à augmenter le
fardeau de nos citoyens. Alors, on a enlevé les silos, on a réorganisé notre
façon de faire. Il y a eu le projet de
loi que... la
loi sur les régimes de retraite. Il y a maintenant cette
loi sur
les différends, la question des conditions de travail. Alors, tout ça... Le statut de métropole qui s'en vient
également. Donc, quand vous prenez tout ça ensemble, ça va nous
permettre d'avoir... respecter la capacité de payer des gens. Pourquoi? Parce
que vous savez qu'entre 2002 puis aujourd'hui,
là, juste en termes de régimes de retraite, ça a coûté 500 millions de
dollars de plus, au moins. Et moi, là, ce que je veux, c'est de m'assurer qu'il
puisse y avoir un avenir tant pour nos employés que dans la façon de livrer
les services. Bien, pour ça, bien, il faut
être en mesure de gérer nos finances puis d'avoir le contrôle de nos dépenses,
on a à poser des gestes. On les a
faits nous-mêmes, vous l'avez dit avec raison, c'était la première fois en 30
ans qu'on coupait les dépenses. Ça fait qu'on l'a fait, là, je veux dire,
M. Desrochers a fait un travail colossal avec notre équipe. Tous les
employés, M. Marcoux, notre directeur général, et les autres, on a travaillé ensemble pour arriver à ça. On peut être
en accord ou en désaccord sur certains points, mais la finalité, c'est qu'il y a
une personne qui décide, c'est le citoyen, puis moi, je les représente.
S'ils ne sont pas contents, il y a une élection l'année prochaine.
M. Ouellet : Donc, si on prend l'essence même de la loi — merci, M. le Président — et que... on prend pour acquis que le mandataire qui aura à évaluer, suite aux
recommandations, pour recommander au ministre les conditions de travail aura
à faire une évaluation aussi de cette capacité de payer là, donc le
travail que l'administration publique aura fait, dans le cas de Montréal, pour dire : Écoutez, avec le travail qui a
été fait, on évalue que la capacité de payer des citoyens se situe entre
telle et telle zone.
M. Coderre
(Denis) : En fait, M. Ouellet, le rôle du mandataire spécial,
c'est de voir à la raisonnabilité des demandes.
Ce n'est pas à l'Assemblée nationale à négocier nos conventions collectives puis à
décider ce qui est bon, ce qui n'est
pas bon, puis que, là, à ce moment-là, on transporte ce qui s'est passé, mettons, à Montréal,
puis là... Vous allez avoir plein de
visites, ça va être le fun, mais il y a d'autres façons de se
faire des amis. Alors, nous, on se dit, à ce moment-là, dans la
mesure où... Puis on souhaite que ça
ne se rende pas jusqu'au ministre,
parce que, dans le fond, c'est ça, là, on se dit : Si vous voulez, là, que ça se rende jusqu'au
ministre, bien, ce n'est pas tout le monde qui va être content non plus. Mais,
au nom de l'autonomie municipale, on se dit, on va passer la résolution,
ça va être public. Vous avez le mandataire spécial qui soit par la demande du syndicat ou de la ville... bon, bien
là vous regardez la raisonnabilité de ça, puis le ministre,
par la suite, va faire son projet de loi en conséquence.
Pour nous, je pense que ça vient avec la notion, je dirais, de la démocratie,
là, de la représentativité, de ce qu'on est, là, de l'autonomie municipale. Je
pense qu'avec ça, là, on est en business.
Le Président
(M. Auger) : Cinq minutes.
M. Ouellet : Encore sur le mandataire spécial, vous disiez tout à l'heure, M. le maire... vous parliez de la raisonnabilité, donc on va évaluer la
raisonnabilité de la demande. Et je pense que, plus loin dans le mémoire, vous
y allez jusque... qu'on puisse, le
conseil de ville puisse... je ne veux pas dire «influencer», mais donner son
avis sur... ou l'appréciation
de la teneur des négociations pour arriver à un règlement.
Est-ce que,
d'une part, vous acceptez à ce que la
partie syndicale fasse
aussi ces mêmes représentations là? Parce
que, un, d'une part, ils sont...
M. Coderre
(Denis) : Tout à fait.
M. Coderre
(Denis) : Oui, oui, moi, je n'ai pas de trouble avec ça. Mais ce que
je ne veux pas, c'est que le mandataire
spécial soit un arbitre. Puis le ministre l'a dit avec éloquence tantôt, ce n'est pas un
arbitre. Ça, c'est la première étape. Là, on se dit... Nous, on pense qu'on ne devrait pas avoir de
l'arbitrage, sauf pour les policiers puis les pompiers, pour des raisons évidentes, mais, si l'arbitrage
demeure quand même, bien là je vous ai donné une proposition qu'à ce moment-là
la qualification de ces arbitres-là est importante. Je pense qu'il y a
un équilibre dans tout ce qu'on a dit, là. Mais je suis tout à fait solidaire tant avec l'Union des municipalités du Québec, dont est mon ami Régis, dont la ville de Québec fait
partie également, là. Je pense que la
notion de démocratie, la notion de transparence, que ce soit public... je
pense que ça envoie aussi un message, là, et
au mandataire, et au ministre, puis à ceux qui éventuellement... s'il y a un projet de loi rattaché à ça.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Dernière question, pour ma part : Dans ce
cas-là, est-ce que le mandataire peut effectivement modifier ce qui
aurait été présenté par la municipalité ou par le syndicat en question?
M. Coderre
(Denis) : Je pense que non, parce que ce n'est pas un arbitre. Il est
là... Ce n'est pas le rôle du mandataire
spécial de changer, c'est de voir à la raisonnabilité des demandes, et puis à
ce moment-là le ministre va trancher. Puis de toute façon le Code du
travail est clair, ils pourront toujours retourner en arbitrage.
M. Ouellet : ...à dire, oui ou
non, c'est raisonnable ou pas?
M. Coderre (Denis) : C'est
tout.
M. Ouellet : O.K. J'aimerais
passer la parole à mon collègue de Richelieu.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Richelieu.
M. Rochon : Merci, M. le
Président. M. le maire, bonjour.
Mon collègue
de René-Lévesque notait dans ses remarques préliminaires
l'absence de la ministre du Travail pour l'étude
de ce projet de loi qui pourtant modifie le Code du travail et dont elle est la gardienne. Ça doit plutôt vous réjouir, parce que vous
estimez... c'est écrit noir sur blanc dans votre mémoire : «La ville [...]
estime que, pour des raisons de simplicité
et d'efficacité, seul le ministre des
Affaires municipales devrait être
responsable de l'application des dispositions de la loi et des relations de travail
pour le monde municipal.»
Vous avez quand même
confié verbalement, tout à l'heure, que ça pouvait sembler plutôt paradoxal. Ne
l'est-ce pas pas mal plus que plutôt, paradoxal, M. le maire, genre particulièrement
paradoxal? Le gouvernement du Québec a un ministère
du Travail que vous ne voudriez plus
voir se mêler des relations de
travail dans le monde municipal, ce
qui a paru de la musique aux oreilles du ministre.
M. Coderre
(Denis) : Juste au ministre.
Quand j'ai dit : Ça paraît paradoxal, bien, je vous expliquais que ça ne
l'était pas, justement, parce que,
si en plus il a à trancher sur le mandataire spécial, donc, il a un
rôle spécifique à jouer dans ce
dossier-là. Le Code du travail existe pareil de toute façon, là, mais, si vous voulez avoir un projet de loi qui va régler les différends... Et
pourquoi qu'on fait un projet de
loi sur le municipal, d'abord?
Alors, on se
dit que, tant qu'à être cohérent... La notion de cohérence, sur le plan législatif,
c'est important. Et le rôle d'une commission parlementaire, respectueusement,
c'est de s'assurer justement qu'on regarde, vous faites l'avocat du diable avec succès, et à ce moment-là, bien, au
bout de la ligne, vous décidez
article par
article ce qui fonctionne, ce
qui ne fonctionne pas, puis on vient
peaufiner en conséquence. Mais il n'y a pas... Dans une loi, il y a l'esprit de
la loi, donc l'interprétation de la
loi, et il y a la réalité de la vie aussi. Alors, à ce moment-là, on se dit
que, dans la mesure où vous allez
avoir à travailler et à saisir ce qui se passe du côté des municipalités, puis
que le ministre a déjà un rôle à jouer, au lieu d'avoir deux ministres
qui se garrochent la balle... qui peut être intéressant, là, pendant les
Olympiques, là...
Le Président (M. Auger) :
30 secondes.
M. Coderre
(Denis) : ...mais je pense que ce qui est clair pour moi, c'est, à ce
moment-là, que ça dépende seulement du ministre des Affaires
municipales.
Le Président (M. Auger) :
Dernière question.
Une voix : Combien de temps...
Le Président (M. Auger) :
30 secondes.
M. Rochon : 30 secondes. Les villes parlent beaucoup
d'un rapport de force déséquilibré, applaudissent ce projet de loi, parlent d'un nouvel équilibre. J'aimerais
que vous qualifiiez... vous entendre qualifier ce nouvel équilibre. Est-ce
que vous ne vous en réjouissez pas parce qu'il est...
Une voix : ...nécessaire.
Le Président (M. Auger) : Il
n'en reste plus.
M. Coderre (Denis) : Merci.
Président (M. Auger) : Donc, nous allons poursuivre avec la
deuxième opposition pour 6 min 30 s. M. le député de
Blainville et porte-parole.
M. Laframboise : Oui, merci beaucoup, M. le Président. M. le
maire, M. Desrochers, Mme Bouchard, merci d'être présents.
Ma première
question... Puis je pense que ça fait le portrait d'un peu tout le projet de
loi, quand vous dites : L'équité externe,
il faut enlever ça comme critère. Moi, je voudrais que vous me donniez, parce
que... l'équité externe, l'importance que
ça peut avoir, l'impact que ça a eu sur la ville de Montréal, que des villes
paient des fonctionnaires qui font le même travail que vous dans d'autres municipalités... et parfois un peu plus
cher. Quel impact ça a sur vos propres négociations à la prochaine
négociation, là?
M. Coderre
(Denis) : Je vais justifier la présence du président du comité
exécutif, je vais le faire parler un peu. Il va justifier son voyage.
Le Président (M. Auger) :
M. Desrochers.
M. Desrochers (Pierre) : Oui, merci
beaucoup. Merci beaucoup pour la question.
En fait, une
ville comme la ville de Montréal doit quand même demeurer attractive. C'est
certain qu'on a toujours un objectif, et le maire l'a dit, de vouloir assurer
qu'on règle nos conventions collectives par la négociation, et on doit
en même temps être en mesure de recruter des
employés de qualité, qui remplissent... et qui nous permettent de les attirer.
Ça, ce sera toujours un objectif qu'on aura,
indépendamment de n'importe quel critère qui sera fait. C'est une réalité de la
vie, là, si on veut avoir du monde.
D'un autre côté, on sait que, dans les
mécanismes qui sont mis en place, en regardant cette question d'équité externe, elle a fait qu'au cours du temps, et ce
qui est tout à fait normal, c'est d'aller chercher toujours la petite chose qui
est la meilleure des choses, et qui a
créé une spirale inflationniste. On peut parler de la ville de Montréal, mais
je suis certain que vous avez
32 autres exemples, qu'on parle du baseball, du sport et tout ça, là, où
cette recherche d'arbitrage, d'aller chercher
toujours l'équité, là, bien, les gens deviennent très spécialistes, et
aujourd'hui, bien, ça a créé des écarts, ça a créé les écarts auxquels on fait
face aujourd'hui. Et il y aura toujours, pour différentes raisons... et je ne
peux pas comprendre les raisons des autres, on va parler des nôtres, là,
qui vont faire que quelqu'un va donner quelque chose que peut-être quelqu'un d'autre ne donnerait pas et ne peut pas
donner, mais soudainement il se retrouve dans une position à être obligé de donner à cause de quelqu'un d'autre, et là ça
enlève à notre propre pouvoir décisionnel, à la ville de pouvoir décider
pour elle-même en fonction de certains
critères. Et l'expérience, très clair, démontre par les chiffres, et ce n'est
pas nous autres, là, qui le fait, par les chiffres que cet écart-là ne
fait que s'agrandir.
Donc, il faut
éliminer ça. On a proposé de prioriser six autres critères, il y en a qui sont
prioritaires, c'est clair, il y en a
trois autres qui sont facultatifs et dont on devra tenir compte, mais on croit
que l'équité externe nous a amenés où on en est, et on ne peut plus se
fier que sur ça, on ne peut pas.
Ça n'empêchera
pas la ville de demeurer une ville compétitive, attractive. Ça, on a une
obligation de faire ça. On veut que
les gens travaillent à la ville de Montréal, on veut des gens de qualité à la
ville de Montréal, mais il y a d'autres moyens d'y arriver, puis ça,
bien, on a une responsabilité vis-à-vis ça.
M. Coderre (Denis) :
Mme Bouchard va vous donner quelques exemples, d'ailleurs.
Mme Bouchard
(Diane) : Oui, j'avais un exemple concret. Quand vous
demandez comment ça se manifeste, chez
les pompiers, là, si on prend de 1997 à 2014, les policiers ont eu 16 % de plus que les autres groupes en
augmentations, en
partie parce qu'on
est allés à quelques reprises en arbitrage. Ça fait que ça, c'est un effet,
c'est un exemple concret du fait
qu'on ait laissé juger un arbitre avec des critères externes, qui comparent
toujours la ville de Montréal à d'autres villes qui paient plus.
Souvent, les...
Montréal, il n'y a pas de comparatif, là, on l'a dit. Québec l'a illustré tout
à l'heure, il n'y a pas de ville comparable.
Les arbitres changent... Dépendamment, dans un arbitrage, il y a des arbitres
qui vont prendre les villes avec des
populations de 100 000 habitants, d'autres arbitres qui vont prendre
des villes avec 200 000 habitants, donc ce n'est pas des villes
qui sont nécessairement comparables. Nos policiers sont groupe 5. Dans
d'autres villes, c'est des groupes 3, au niveau, là, des responsabilités.
Donc, c'est difficile de trouver des comparables.
Il y a
toujours des villes, pour différentes raisons... Puis c'est ça qui est
dangereux avec l'équité externe, hein, on connaît les salaires, mais on
ne connaît pas l'historique des négociations, on ne connaît pas le contexte,
les enjeux particuliers. On ne sait pas,
pour avoir tel salaire, quel compromis ils ont fait, ils ont peut-être obtenu
de la sous-traitance, ils ont
peut-être obtenu autre chose. Ça, on ne le connaît pas, puis ce n'est pas pris
en considération. Donc, c'est dangereux quand on n'a que des chiffres, quand on fait de l'équité externe. On le
voit avec les policiers, qu'est-ce que ça a donné, là, c'est des faits
concrets.
M. Laframboise : M. le maire, pour arriver à la confiance, dans le
projet de loi, vous, ce que vous nous dites, il faudrait que toutes les
nominations relèvent du ministère des Affaires municipales, tu sais, par
principe, d'abord, premièrement, par...
M. Coderre
(Denis) : Bien, c'est-à-dire, le processus par le ministre. Mais, si
vous vous entendez... Dans le fond, moi, ce qui m'importe, c'est la
qualification des arbitres et la définition, là. Donc, c'est des gens qui sont
autonomes et indépendants. S'ils
peuvent faire des choses en même temps... On souhaite évidemment qu'on ne se
rende pas souvent là, mais il y a une réalité, là, quand même. Alors,
moi, je me dis que, tant qu'à l'avoir, un peu comme un tribunal quasi judiciaire ce soit vraiment une entité qui ne
portera pas à perception, d'un côté comme de l'autre, hein, vous allez avoir
des syndicats qui vont vous dire, là, qu'ils
ont été désavantagés par l'arbitrage aussi, là. Mais, nous, ce qu'on pense, à
ce moment-là, cet équilibre recherché, on va le trouver aussi dans la
pertinence de la façon que le processus va se faire.
Le Président
(M. Auger) : Une minute, M. le député.
M. Laframboise : ...le ministre des Affaires municipales responsable, compte tenu que ça
a un impact sur les taxes des contribuables du Québec, ça mérite un
processus qui peut...
M. Coderre
(Denis) : Ça va jusqu'au mandataire aussi par la suite. Donc, oui,
moi, je pense que ça devrait relever du ministre.
Président (M. Auger) : M. le député de Blainville. Ça va? Bien, M. Coderre, Mme Bouchard et
M. Desrochers, merci beaucoup pour votre contribution aux travaux
de la commission.
Je vais suspendre
quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 8)
Président (M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons nos travaux en souhaitant la
bienvenue aux représentants de la Fédération
des travailleurs et travailleuses du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc, dans
un premier temps, à vous présenter, et par la suite vous pourrez commencer
votre présentation.
M. Boyer (Daniel) : Alors, Daniel Boyer. Je suis le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses
du Québec. Je suis accompagné de Daniel Pépin, président du Syndicat des pompiers
et pompières du Québec, affilié à la FTQ; Denis Bolduc, président du SCFP-Québec,
du Syndicat canadien de la fonction publique, affilié aussi à la FTQ; Kateri Lefebvre, directrice du SEPB-Québec,
également affilié à la FTQ; et Alexandre Leduc, du Service de la recherche
de la FTQ. Merci, M. le Président. Merci, M.
le ministre. Merci aux membres de la commission de permettre à la FTQ de
vous faire quelques observations, quelques critiques concernant le projet de
loi n° 110.
Tout
d'abord, la FTQ représente bon nombre... plusieurs milliers de membres dans
toutes les régions du Québec, que ce
soient des pompiers, des cols bleus, des cols blancs, des chauffeurs, du
personnel administratif, des architectes, des préposés en entretien de société de transport, etc. Donc, je vous ai
nommé les syndicats affiliés qui représentent des membres.
Écoutez,
d'entrée de jeu, je vous dirais qu'on juge le projet de loi n° 110
inutile. Je vous dirais une remarque bien particulière : Laissez-nous négocier. J'entendais le maire de
Montréal tantôt. Mécanisme de règlement des différends, il faudrait à tout le moins qu'il y ait des
différends, et ce n'est pas ce qu'on constate dans le secteur municipal. En
tout cas, nous, au Syndicat des pompiers et pompières du Québec,
118 conventions collectives dans les six dernières années, cinq ont dû passer par le processus d'arbitrage,
un maigre 4 %. Au SCFP, 118 conventions collectives depuis
2014 : 29 en conciliation, quatre
arrêts de travail, donc un maigre 3 %. Donc, c'est mieux que les objectifs que s'est fixés le ministère du Travail, parce que le ministère du Travail a
des mécanismes de conciliation, de médiation, d'arbitrage où il vise 95 %
de règlement sans conflit. On est au-delà de
ça avec nos syndicats affiliés de la FTQ dans le secteur municipal. Donc, quand
on dit que le projet de loi est
inutile, on pense que les mécanismes qui sont prévus actuellement au Code du
travail font la job.
droit de négocier, c'est un droit fondamental, c'est un droit qui est prévu aux
chartes, autant celle du Québec
que celle du Canada, droit d'association,
droit de négociation, droit de grève. Le droit de grève, la Cour suprême est venue statuer. La Cour supérieure de l'Ontario aussi, appuyée sur la décision de la Cour suprême, est venue dire que c'est un droit fondamental. Donc, pour passer outre ces droits fondamentaux, ça prend
des motifs exceptionnels, ce qu'on n'a pas ici parce que, on vient de
vous le mentionner, on trouve des règlements, dans le secteur municipal, pour
l'ensemble des catégories d'emploi.
vous le dis d'entrée de jeu, je n'entrerai pas dans le détail, on va rester sur
le régime de négociation de façon générale.
Vous aurez l'occasion d'entendre un peu plus tard cette semaine le SCFP et le SPQ avec leurs présentations
respectives, spécifiques à leurs secteurs d'activité, donc je vais rester de
façon un peu plus générale.
droit de négocier, je l'ai dit, c'est un droit fondamental, mais on a plusieurs
irritants dans ce projet de loi là. Entre autres, et ça a été soulevé, on
questionne le rôle inapproprié du ministère des Affaires municipales. Le Code
du travail, les relations de travail, au Québec,
c'est quelque chose d'important, c'est quelque chose de sensible. On en discute
régulièrement au Conseil consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre. Quand on veut bouger
quelque chose dans le Code du travail, il
faut être éminemment précis. Les
parties patronale et syndicale travaillent sur des bases de consensus;
ici, il n'y a eu aucune consultation. On a un
tripotage, on a un dépeçage du Code du
travail par le ministère des Affaires municipales. Et là je
n'en veux pas... ce n'est pas une question, là... Je ne vise pas M. le ministre
actuel, là, je vise... j'ai un problème avec la fonction du ministre des Affaires municipales dans ce
contexte-ci. Le ministère du Travail a un rôle de neutralité entre les parties patronale et
syndicale. On ne retrouve pas ça ici. Le ministère des Affaires municipales,
c'est le ministre des maires, c'est le
ministre des municipalités, on voit mal un rôle neutre de la part du ministère.
Et ça ouvre la porte à toutes sortes
de scénarios loufoques. Demain matin, est-ce que ce sera le ministre des Mines
qui viendra également modifier le Code du travail dans le but de
l'adapter au secteur des mines? Est-ce que ce sera le ministre responsable de la Forêt qui viendra également
modifier le Code du travail? Écoutez, ça doit être le ministère du Travail
qui détermine les règles des relations de
travail au Québec. Donc, la revendication première, c'est que le ministre du
Travail demeure le seul interlocuteur des parties syndicale et patronale
dans le monde municipal.
Quand
je dis : Laissez-nous négocier, il y a un délai de 120 jours, ça ne donne
pas le temps aux parties de négocier. Le
temps de négociation doit aussi appartenir aux parties. On a des obligations de
négocier, on a des obligations de régler, et le temps doit appartenir aux
parties,
partie patronale et
partie syndicale, pour toutes sortes de bonnes
raisons. Des fois, il y a un timing qui n'est pas bon pour régler, et on
va laisser passer un peu de temps. Des fois, ça peut se passer très rapidement. Donc, il faut laisser aux parties le
temps de négocier, et là on nous amène rapidement avec l'intervention d'un tiers, on nous précipite vers une procédure
d'arbitrage, on nous précipite vers un mandataire spécial. Et on se doit de
donner toute la place aux parties de négocier.
médiation obligatoire, ça ne fonctionne pas, plein d'experts viennent nous le
dire, nos expériences nous portent à
croire que ça ne fonctionne pas. D'ailleurs, il y a eu un comité, le rapport
Morency-Thérien... Il n'y a pas eu un rapport comme tel, mais, au niveau des policiers et des pompiers, il y a eu un
exercice entre les parties patronale et syndicale, et également le ministère de la Sécurité publique et
le ministère du Travail se sont impliqués, et la médiation obligatoire,
ça devait demeurer volontaire. Donc, on pense qu'il ne devrait pas y avoir de
caractère obligatoire.
Dans
les principes directeurs et des facteurs de décision contraignants, là je vous
avoue qu'on a une multitude de facteurs, et déjà les arbitres,
actuellement, tiennent compte de plusieurs facteurs qui sont autres que ceux
qui sont mentionnés actuellement au Code du
travail. Mais, quand on parle de la capacité de payer des citoyens, de la
disparité entre les villes, moi, j'ai
juste une petite interrogation, là : S'il y a une disparité bien grande,
je veux bien croire qu'on va attirer
et retenir du personnel, mais il faut faire attention; si on veut attirer et
retenir du personnel, on doit avoir des conditions de travail assez similaires d'une ville à l'autre. Puis, la capacité de payer des citoyens,
j'achète ça, mais il n'en demeure pas
moins que c'est les maires qui font les choix politiques pour leurs villes.
Et ça, on ne conteste absolument
pas ça, mais, quand ça met en péril les conditions de travail des employés, là on peut peut-être
contester ce fait-là. Donc, les choix politiques qui sont faits ne
doivent pas mettre en péril les conditions de travail des employés.
partage des frais d'arbitrage, écoutez, actuellement, on voit mal comment les petits syndicats, de
plus petits syndicats, de plus
petites municipalités, je ne parle pas juste des organisations syndicales, peuvent faire face à ces coûts-là, qui actuellement
sont assumés par le gouvernement.
disparition injustifiée du droit de regard sur les arbitres, ça aussi, on veut
que le gouvernement maintienne la possibilité octroyée aux
parties de s'entendre. On revient toujours à la même base : Laissez les parties
négocier. On est capables de le faire. La preuve, c'est qu'on règle dans
la majorité des cas.
soit maintenue la possibilité d'avoir recours à des assesseurs, vous savez, des
fois, à l'occasion, les arbitres ne maîtrisent pas l'ensemble
des facettes, et les assesseurs sont d'une grande utilité dans le but de faire
comprendre à l'arbitre certaines
facettes qui sont méconnues de sa part. Donc, il y a une utilité pour les
assesseurs, il y a une utilité aussi de crédibilité auprès
des parties qu'il représente. Donc, on souhaite que ce soit maintenu.
La médiation arbitrale, c'est une solution
appropriée pour les pompiers et les policiers. Je vous en ai parlé tantôt, il y
a eu un comité de travail, et on fait fi de ce comité, des recommandations de ce comité de travail là, on n'en tient pas compte nulle part, on fait abstraction totalement
des travaux. Il y a eu des consensus
qui ont été faits entre les deux ministères, entre les employeurs, entre les syndicats, et on n'en tient pas compte.
Donc, on voudrait que la médiation arbitrale soit utilisée comme
possibilité de processus de règlement.
mandataire spécial, écoutez, on juge que c'est une procédure inacceptable, qui
va nous amener directement vers le
décret de conditions de travail de la part du gouvernement du Québec. Ce n'est
pas ce qu'on souhaite. On n'a pas besoin de ça, on vous l'a dit. Autant
dans le cas des pompiers que des autres salariés du secteur municipal, on
réussit à s'entendre, on réussit à régler,
donc on est capables de le faire. Donc, on veut que toute la
section concernant
le mandataire spécial soit retirée du projet de loi.
Dans
le cas de l'arbitrage, durée trop longue des conventions, on impose un minimum
de cinq ans. On juge que c'est trop
long, trop long pour vivre avec une décision d'un tiers. On pense que de un à
trois ans, tel que prévu au Code du travail
actuellement, c'est drôlement suffisant. Et, si les parties, comme c'est le cas...
si les parties le veulent, elles conviendront d'appliquer cette
décision-là pour une période plus longue.
vous dirais, en concluant, si le gouvernement décidait de retourner à la table
à dessin, il serait à propos qu'une réflexion
plus en profondeur soit initiée sur les inéquités alléguées des conditions de
travail des employés municipaux et les déséquilibres du rapport de
force.
Le Président (M. Auger) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange. M. le
ministre, la parole est à vous pour 16 min 30 s.
M. Coiteux :
D'abord, merci pour la présentation. Bienvenue à vous, bien entendu,
M. Boyer, mais à toutes les personnes qui vous accompagnent ce
matin.
J'ai écouté
attentivement votre présentation. Moi, j'aurais une question d'ordre assez
général pour commencer, si vous me
permettez, qui serait la suivante : Est-ce que les syndicats que vous
représentez, qui sont présents pas seulement dans le secteur municipal, qui sont présents beaucoup dans le secteur
privé, dont le secteur manufacturier, notamment... Traditionnellement, la FTQ est très représentée
dans le secteur privé, manufacturier notamment; pas exclusivement mais
notamment. Est-ce que vous négociez de la même façon avec une ville qu'avec une
entreprise?
M. Boyer (Daniel) :
Sensiblement. Mais vous voulez dire quoi? Toutes les...
M. Boyer
(Daniel) : Non, mais c'est
parce que toutes les négociations sont différentes en soi, là, que ce soit...
Qu'on prenne deux entreprises privées distinctes, les négociations sont
différentes d'une entreprise privée à l'autre.
négociations dans le secteur public ont un caractère un peu particulier,
j'inclus les municipalités dans ça, là, les négociations dans le secteur public ont un caractère un peu plus
particulier puisqu'elles sont de nature publique, donc il y a des relations publiques qui se font aussi
autour de ces négociations-là, mais les principes de négociation sont les mêmes,
là. Et, si on tient compte de la capacité de
payer des citoyens, on tient compte de la capacité de payer de l'employeur
aussi, dans le cadre d'une négociation, on n'est pas des êtres carrément
irresponsables, là.
M. Coiteux :
Donc, selon vous, ça devrait être exactement les mêmes principes. Je ne parle
pas des tactiques, là, je ne parle
pas des finalités de la négociation, mais, les principes mêmes, pour vous, il
n'y a aucune différence entre une municipalité puis une entreprise.
M. Boyer
(Daniel) : ...dans des
municipalités... Je ne vous ferai pas... Écoutez, c'est évident, vous savez que
les policiers et les pompiers n'ont
pas le droit à la grève. Les cols bleus, cols blancs, ils ont un droit de grève
limité avec un maintien de services essentiels. C'est sûr que ça joue,
là, ça rentre en ligne de compte, tout ça.
M. Coiteux : Parce
que moi, je pense
qu'il y a une différence. Puis peut-être
qu'on ne s'entendra pas là-dessus,
mais échangeons là-dessus, échangeons un petit peu là-dessus.
Supposons,
là, que, dans une négociation avec une entreprise privée, vous auriez des grands pans, disons,
surtout sur le côté salarial, ça peut
arriver effectivement, puis cette entreprise-là, elle serait
obligée d'augmenter ses prix pour être capable
de couvrir sa nouvelle convention
collective. Elle a des concurrents,
hein, elle a des concurrents, cette entreprise-là,
il n'y a rien qui oblige les consommateurs de cette entreprise-là à acheter
d'une entreprise qui a augmenté ses prix si l'autre
a négocié d'une façon un petit peu plus serrée puis elle n'est pas obligée
d'augmenter ses prix, donc il y a la liberté, là... Mais les taxes, ça, c'est obligatoire.
C'est-à-dire, si la municipalité a mal négocié puis est obligée d'augmenter les
taxes trois fois plus que l'inflation, le
citoyen, là, il n'a pas le choix, là, il ne peut pas dire : Aïe! non, moi,
je ne peux pas... je ne paierai pas
mes taxes. Le consommateur, lui, il a le choix. Vous ne pensez pas que ça, en
soi, ça crée une différence importante dont on doit tenir compte?
M. Boyer
(Daniel) : Bien là, il y a
une prémisse, d'abord, que je dois... Là, vous partez avec la prémisse qu'on a
mal négocié. Ça, c'est bien triste, qu'un maire
ou qu'une municipalité ait mal négocié, ça nous arrive à nous aussi, là, mais,
écoutez, a mal négocié... Ça, c'est la même affaire que de négocier avec le
couteau sur la gorge, là.
Moi, ce que
je vois dans le secteur