Culture and Education — 8 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-08
Quebec — Committees
(Onze heures deux minutes)
Présidente (Mme Thériault) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la
séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte. Et je vais souhaiter une bonne semaine à tous
mes collègues.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la
langue officielle et commune du Québec, le français.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la Présidente.
M. Allaire (Maskinongé) sera remplacé par M. Lévesque (Chapleau); Mme Rizqy
(Saint-Laurent), par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie),
par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal
(Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Thériault) : Parfait.
Merci. Lors de la dernière séance, la commission en était à l'étude de
l'article 22.3 proposé à l'article 15 du projet de loi. Je vous
rappelle que l'article 22.3 a été amendé par un amendement présenté par le
ministre et qu'il a été adopté. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cet
article? Oui, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bonjour, Mme la
Présidente. Heureuse d'être de retour en pleine forme pour entamer une semaine
importante et de travail rigoureux.
Alors, quand on va dans les... Comme je vais
aller, là, dans les précisions... C'est que, je l'ai dit et je le redis,
comprendre ce projet de loi là exige un temps et un travail monumentaux, et je
n'exagère pas. À chaque fois que je relis, ça réfère à un
article avant,
antérieur, qui, lui-même, réfère à un autre
article avec un alinéa. Je vous
jure qu'il faut être un expert.
Et mon premier souci, mon premier souci, ce
n'est pas de faire de la politique. Mon premier souci, c'est qu'éventuellement,
quand ce projet de loi là aura un destin, car il aura un destin, il y aura des
citoyens qui devront, évidemment, vivre avec le projet de loi, il y aura
beaucoup, beaucoup, beaucoup de partenaires de la société civile, organismes, ministères, il y aura beaucoup de fonctionnaires,
alors, moi, je veux que ce projet de loi là soit le plus clair possible, le plus convivial possible. Alors, pour
l'instant, «convivial» et «projet de
loi n° 96», ce n'est pas
nécessairement ce qui va le mieux ensemble. Ça ne me viendrait pas comme
adjectif, disons, pour décrire, pour l'instant, ce projet de loi. Je ne dis pas
qu'il n'a pas toute sa valeur et sa complexité intrinsèque au sujet. Je suis
entièrement d'accord.
Mais l'exemple que je vais donner, là, c'est un
exemple où le commun des mortels pourrait dire : Là, je suis tout mêlé.
Alors, moi, je parle à énormément de gens qui m'interpellent pour me
dire : À tel article, telle chose. Puis là je suis obligée de tout
refaire, détricoter, puis je dis : Non, ils ont mal compris, ce n'est pas...
Ils ou elles s'inquiètent des fois pour rien, d'autres fois à raison, d'autres
fois à raison. Et il y a des gens, comme moi, qui passent beaucoup, beaucoup de
temps pour essayer de comprendre au moins le bout qui les concerne.
Alors, je répète ça parce que je sais que le
ministre, il peut être un peu pressé des fois puis il peut avoir hâte d'en
finir. Mais moi, je pense à la suite. Je le redis, le projet de loi... la
loi 101 a 45 ans cette année. Après 45 ans, on en fait... on
fait une modification majeure. On apporte beaucoup, beaucoup de nouvelles
choses. J'ai une version où il y a tous les changements dans une couleur autre
que le projet de loi initial, et je pense qu'on double à peu près la quantité,
je dirais, de littérature dans ce projet de loi là. Ce n'est pas rien. Donc,
cette littérature-là, ces articles-là, ces alinéas, ces paragraphes, ces
sous-alinéas, bien, il faut que les citoyens s'y retrouvent, parce qu'on espère
vivre un autre bout de temps avec cet effort monumental auquel on a accepté de
se consacrer tous ensemble.
Donc, on est dans des articles, en ce moment,
qui sont complètement nouveaux. Alors, tout ce qui est 22.2, 22.3, 22.4, 22.5,
avec tous des sous-articles, sont des choses qui n'existent pas dans la
loi 101 actuelle. Et je comprends, donc, que, jeudi, on a passé la
première partie, là, le 22.2. Alors, je n'y reviendrai pas, même si je pense qu'on a essayé de faire valoir un certain nombre
de choses. Je pense aussi que c'est pas mal terminé pour les amendements
autour du six mois. Ça aussi, on aura moult occasions d'y revenir, dans ses
conséquences.
Mais je vais
aller à quelque chose de tellement simple, là, mais, si je n'ai pas la réponse
à ça, je vais être encore plus mêlée.
22.3 commence par : «Un organisme de l'Administration peut déroger au
paragraphe 1° de l'article 13.2...»
Donc, tout de suite, il faut revenir au
paragraphe 1° de l'article 13.2, donc, paragraphe 1° de
l'article 13.2, qui dit quoi, essentiellement? Et je vais le lire. Dans
13.2, il dit :
«1° il utilise exclusivement cette langue — donc
le français — lorsqu'il
écrit — chaque
mot est important, le mot «écrit», ce n'est pas le mot «parler» — dans
une situation qui n'est pas visée par une disposition des articles [4] à
19, 21 à 21.12, 22 [et] 22.1...»
Alors, on reprend, à l'article 22.3,
un peu la même formulation : «Un organisme de l'Administration peut
déroger au paragraphe 1° de l'article 13.2 en utilisant, en plus du
français, une autre langue lorsqu'il écrit, dans les cas suivants», et là on donne
des cas.
Mais là, là, pouvez-vous imaginer qu'on ne fait
que de discuter d'une chose dans... Attention! Je vais quand même formuler ma question, là, parce que vous
allez probablement me répondre que l'écrit inclut l'oral, mais là c'est
encore plus compliqué. Alors, préparez-vous
à faire de la grande pédagogie, parce que tous les mémoires, toutes les
interventions, toutes les... parlent de l'oral, essentiellement.
Quand on parle du six mois, là, il n'y a
personne qui a pensé à l'écrit. Tout le monde est dans l'oral. Voyons donc!
Quand le fonctionnaire va parler à... au nouvel arrivant, quand le nouvel
arrivant va devoir comprendre le français du
fonctionnaire ou de la personne à qui il parle, de l'organisme... Mais là il
est bien écrit «lorsqu'il écrit». Et là ça devient encore plus compliqué, «lorsque la santé, [...]sécurité
publique ou [...] principes de justice naturelle l'exigent».
Bien là, moi, si je dis aux gens :
Avez-vous lu?, c'est lorsqu'il écrit... Bien non, santé, c'est le 9-1-1, c'est
sécurité publique, c'est la pandémie, c'est le premier ministre qui parle en
anglais dans les conférences de presse. Voyons donc! C'est... Bien non, c'est
marqué «lorsqu'il écrit».
Là, le ministre va me répondre : Écrit
égale oral. Bien là, je vais gentiment et respectueusement lui dire :
Bien, ça pourrait-tu être plus clair que ça dans le projet de loi? Parce qu'à
moins d'être un extraterrestre il n'y a personne qui peut comprendre qu'écrit
égale oral.
Et je sais qu'antérieurement on a eu cette
discussion-là, je pense, autour du 13 point quelque chose. Je ne suis même plus
sûre, tellement on a... on en a parlé à différents endroits. Mais, si c'est ça,
la réponse, là, là, il va falloir être beaucoup plus clair que ça, et d'où ma
longue intervention pour dire : Ce projet de loi là va nous survivre comme
élus, comme politiciens, comme législature, il va falloir que les gens puissent
le comprendre.
Donc, M. le ministre, pourquoi il est marqué
«lorsqu'il écrit» si vous allez me répondre que tout — a, b,
c, d, e, f — concerne
l'oral?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
heureux de retrouver la députée de Marguerite-Bourgeoys, dont on s'est ennuyés lors de la dernière séance. Alors, je suis
heureux de constater également que la députée de Marguerite-Bourgeoys reconnaît que la réforme que nous proposons,
le projet de loi n° 96, elle est majeure, elle est costaude, elle est
importante. Et je suis heureux que ce soit reconnu du côté de la
partie de
l'opposition officielle.
Cela étant, j'ai eu l'occasion de l'exprimer
beaucoup jeudi dernier, à savoir pourquoi est-ce qu'on indique «écrit», et je
l'ai dit dès le départ. Quand on a vu l'exemplarité de l'État au début, le
critère de rattachement pour pouvoir établir, dans le fond, les exceptions,
elles doivent être rattachées à l'écrit pour être rattachées par la suite à
l'oral. Donc, c'est 13.2... 13.2, paragraphe a, de la loi, qu'on a adopté
préalablement, qui indique que les exceptions de l'écrit emportent les
exceptions orales.
Donc, pour établir une situation d'exception, si
l'État peut le faire à l'écrit, il pourra le faire à l'oral, parce qu'il n'y a
pas de paramètres qui peuvent être applicables à l'oral. Les situations orales
sont trop complexes à définir. Donc, le facteur de rattachement qu'on a choisi
pour établir une exception, c'est à l'écrit. Donc, si l'État peut communiquer à
l'écrit dans une autre langue que le français, ça emporte le fait de pouvoir
utiliser une autre langue à l'oral également. Donc, une personne va pouvoir
utiliser l'oral lorsque c'est permis de le faire à l'écrit dans une autre
langue que le français.
La structure
de la loi... Parce que le fait de simplement dire... Si on avait pris un
facteur de rattachement à l'oral, on n'aurait
pas été en mesure de cerner les exceptions, parce qu'on repart toujours du
principe de base où l'État québécois, désormais,
va s'exprimer exclusivement en français. Ça, c'est le principe de base. Ça fait
part de l'exemplarité de l'État.
C'est quoi, être exemplaire, pour l'État? C'est
le fait de s'exprimer exclusivement en français. Ça, on part... C'est la grande
poupée, là, russe. On part de là. Ensuite, on vient créer des exceptions, parce
que, comme dans toute règle, il existe des exceptions, et là on vient
dire : Bien, c'est possible d'utiliser une autre langue que le français à
l'écrit, qui emporte également l'oral par le truchement de 13.2 de la loi, et
donc on vient lister, on vient établir chacune des exceptions qui sont prévues.
Parfois...
Là, exemple, dans l'article qu'on étudie, à
22.3, c'est les exceptions, la liste d'exceptions générales, si je peux dire,
donc, sur le régime général. Mais vous allez retrouver parfois certaines
exceptions spécifiques qui sortent du régime général, des cas particuliers. On
l'a vu, l'autre fois, pour le contrat d'adhésion, il va y avoir un régime
particulier, où vous m'avez posé... Mme la Présidente, la députée de Marguerite-Bourgeoys,
l'autre fois, m'a posé des questions également sur 29.1. Donc, dans 29.1, il y
a déjà un régime particulier qui s'applique également.
Donc, dans une loi, lorsque vous avez le
principe général, par la suite, vous avez certaines exceptions, et vous avez
d'autres exceptions, les exceptions emportent toujours sur la règle générale.
C'est de la façon dont le corpus législatif est construit. Donc, en réponse à
votre question, lorsqu'il y a une exception qui est prévue à l'écrit, ça emporte
nécessairement la possibilité d'utiliser une autre langue à l'oral.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée.
Mme David : Ça emporte. C'est un
drôle de verbe, ça, «emporte». Vous voulez vraiment dire : Ça inclut.
David : C'est l'équivalent de. Parce que, là, les mots ont vraiment
toute une importance, là.
Jolin-Barrette : C'est l'équivalent de, sauf que... en vertu de 13.2.
Donc, l'exception, elle est formulée en
vertu de 13.2. Lorsque c'est possible, à l'écrit, d'utiliser une autre langue
que le français, ce sera possible d'utiliser, à l'oral, une autre langue
que le français.
Mme David :
Mme la Présidente, pourquoi il faut que ce soit si compliqué que ça? J'essaie
d'imaginer le ministre devant un auditorium, dans un hôpital rempli
d'infirmières, de médecins, de préposés à qui vous donnez ces instructions-là,
ils ne sauront plus pantoute comment faire avec un patient qui parle russe mais
pas tout à fait anglais, pas tout à fait français. Ce n'est pas de la
communication écrite, c'est de la communication orale. On est dans le domaine
de la santé. Il faut faire signer un consentement pour une chirurgie, il faut
faire signer... Là, c'est tout l'article 15, à quel point l'article 15
s'applique, ne s'applique pas. Il y a beaucoup d'inquiétudes, là. J'ai des
citations que je pourrais vous donner. Les gens sont complètement mêlés,
complètement.
Puis là je vous
écoute puis je me dis : O.K., il dirait ça devant une classe de droit,
peut-être que les gens le suivraient, quoique je ne suis pas sûre qu'ils
comprendraient très bien, parce qu'il faut revenir à 13.2, puis 13.2, ce n'est
pas si évident que ça non plus. Donc, pourquoi on ne met pas «oral» et «écrit»
quand on écrit ça, là? Pourquoi on ne met
pas «lorsqu'il écrit et lorsqu'il communique oralement et par écrit»? Est-ce
que je suis la seule ou vous avez des gens qui travaillent avec vous qui
ont dit : Bien là, M. le ministre, bonne chance pour expliquer ça, là?
Bon, ça n'a pas l'air
que d'autres sont trop inquiets, mais moi, je le suis vraiment, parce qu'à un
moment donné il va falloir qu'elle s'applique, cette loi-là. Puis en plus on va
arriver, plus loin, dans la politique linguistique de l'État. Il faut que les
directives soient claires puis il faut... Ils ont des obligations aussi de
franciser les gens pour que ça se fasse.
Quand on parle à quelqu'un oralement, on parle à quelqu'un, donc il faut que la
personne te comprenne. C'est bien beau, parler français, mais l'autre,
si elle ne baragouine rien, ni le français ni l'anglais, on fait quoi? Enfin,
il y a... Ça pose mille et une questions. Mais comment rendre ça plus clair?
M. Jolin-Barrette : Alors, pour prendre une expression, Mme la Présidente, anglaise, pour
rendre ça «crystal clear», comme on dit, là, clair comme de l'eau de
roche, si c'est la traduction appropriée, toutes les exceptions qui permettent
à l'État de parler dans une autre langue que le français à l'écrit...
Mme David :
Voyez-vous la confusion, de parler dans une autre langue à l'écrit?
Jolin-Barrette : Bien, de communiquer...
Mme David :
Voilà, pas la même chose.
Jolin-Barrette : ...dans une autre langue à l'écrit emporte le fait de
pouvoir parler dans une autre langue oralement, dans une autre langue que le
français. Donc...
Mme David :
Il y aurait-tu moyen de le dire, alors?
M. Jolin-Barrette : Non, parce que le régime... Bien, en fait, oui,
c'est déjà dit, c'est déjà dit à l'article 13.2. Donc...
Mme David :
Aidez-moi, là, relisez-moi où c'est «crystal clear», comme «liberal».
Jolin-Barrette : On peut le dire, comme «liberal».
Mme David :
Ce n'était pas votre meilleure, ça. Donc...
M. Jolin-Barrette : Ah! bien ça, Mme la Présidente, c'est une question d'opportunité et de
jugement politique. Je comprends que ça n'a pas plu à la députée de
Marguerite-Bourgeoys, les propos du premier ministre, mais là on pourrait
divaguer sur...
Mme David :
Non, mais on ne fera pas de politique.
Jolin-Barrette : ...les prises de position de la cheffe de
l'opposition officielle...
Mme David :
On ne fera pas de politique. On ne fera pas de politique.
Jolin-Barrette : ...sur de multiples sujets.
Mme David :
Revenons à 13.2, Mme la Présidente, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Bien là, Mme la Présidente, même si on est à 22.3,
j'accepte d'aller à 13.2.
David : Non, mais
expliquez-moi comment 13.2 explique 22.3. C'est juste ça que je veux
comprendre, là.
Jolin-Barrette : Oui.
Donc : «Pour l'application de l'article 13.1, un organisme de l'Administration
utilise la langue française de façon exemplaire lorsque, dans toutes ses
activités, il remplit les conditions suivantes :
«1° il utilise exclusivement cette langue
lorsqu'il écrit dans une situation qui n'est pas visée par une disposition [de]
14 à 19, 21 à 21.12, 22 [...] 22.1[...];
«2° il utilise exclusivement cette langue dans
ses communications orales, sauf dans les cas suivants :
«
a) les seuls cas où, en vertu des dispositions
de la présente section, il a la faculté d'utiliser une autre langue que le
français lorsqu'il écrit;».
Donc, l'État est exemplaire, l'État parle
exclusivement en français, à moins que, dans les seuls cas... en vertu des
dispositions de la présente section, il a la faculté d'utiliser une autre
langue que le français lorsqu'il écrit. Ça signifie que, si vous avez une
exception à l'écrit, vous pouvez utiliser une autre langue à l'oral.
Mme David : Si vous avez le droit
d'écrire dans une autre langue que le français, vous avez le droit de parler
dans une autre langue que le français.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Mme David : Mais ce serait
formidable d'avoir ça. Je vais vous déposer un amendement pour qu'on rende ça
très clair comme du cristal.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est déjà
prévu à 13.2.
David : Mais c'est... excusez, mais c'est dit dans un
jargon incompréhensible pour le commun des mortels.
M. Jolin-Barrette : Bien non, mais
vous comprenez.
Mme David : Bien, il faut le lire
quatre fois, cinq fois, six fois, repartir de 22.2, revenir à 13.2, 13...
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, je ne peux pas être plus clair que ça. Quand vous avez une
exception à l'écrit pour communiquer en anglais, l'exception s'applique
également à l'oral. Donc, l'oral suit l'écrit.
Mme David : Bien, dit de même, c'est
formidable, mais ce n'est pas écrit aussi clairement là-dedans.
M. Jolin-Barrette : Bien oui, c'est
écrit comme ça. C'est écrit comme ça. Mme la Présidente, c'est comme un train,
O.K.? La locomotive, c'est l'exception à l'écrit, puis le wagon où il y a le
charbon... bien, si on est à l'époque, ou s'il y a le diesel, ou si on est dans
un train électrique, ce qui touche... bien là, dans l'est, Mme la Présidente, on ne le sait pas, si c'est une
connexion aérienne ou le rail électrique. Ça, je sais que c'est en débat,
mais...
La Présidente (Mme Thériault) : ...pas
mal plus que ça comme débat. Ne partez pas là-dessus, là.
M. Jolin-Barrette : ...notamment,
Mme la Présidente. Mais tout dépendant, là, du modèle ou du type... je devrais
dire du type de propulsion, Mme la Présidente, sachez que c'est le même
concept. Alors, lorsque l'écrit prévoit une exception, ça entraîne l'oral. On
assimile l'oral à l'écrit. Puis c'est déjà indiqué à 13.2. Puis l'importance
aussi, là, de tout ça, c'est que les exceptions puissent être claires, et ça
prend un texte écrit, notamment, pour le faire. Donc, le principe général... Puis ça fait part de toutes les études
qu'il y a eu relativement au fait que l'État ne participait pas à la
promotion et à la défense de la langue française en faisant en sorte d'être
bilingue institutionnellement puis d'avoir
des exceptions à la va-comme-je-te-pousse. Là, on vient bien encadrer le tout.
Puis je crois bien que la députée de Marguerite-Bourgeoys aussi souhaite
que l'État soit exemplaire en matière d'utilisation de la langue française.
Puis l'autre point qui est important dans le fin
détail... La députée de Marguerite-Bourgeoys nous dit : Bien, écoutez, il
faut que les gens comprennent, puis il faut que ce soit expliqué, puis il faut
que ce soit détaillé. Je suis d'accord avec elle. C'est pour ça que la loi,
c'est le cadre. Par la suite, on va venir détailler la politique linguistique,
qu'on va adopter d'ici une année après la sanction de la loi, si on peut
réussir à adopter, mais seuls les collègues de l'opposition officielle me le
diront, et il y aura des directives spécifiques en fonction de chacune des
situations, de chacun des cas vécus par les organismes.
Et, l'autre point en lien avec ce que la députée
de Marguerite-Bourgeoys m'a dit, exemple, elle me donnait l'exemple de la
santé, bien, dans le cadre de la santé, il y a une exception nommément qui est
indiquée à 22.3.1°, paragraphe 1°, mais,
en plus de ça, à votre suggestion, on est venus insérer, à 22.5,
paragraphe 7°, un renvoi à la
loi sur la santé et
services sociaux.
Donc, je vous le dis, dans ma grande ouverture,
j'ai accepté votre suggestion. Il n'y a aucune inquiétude à avoir relativement
aux préoccupations que vous avez. Alors, c'est très, très clair. Mais c'est sûr
que, quand on établit un régime législatif... Et je vais vous le dire, la Charte
de la langue française, c'est un code complet, comme le Code civil. Alors,
c'est... Puis on...
Mme David : ...tout est dans tout,
et il faut, bon... et c'est comme coucher avec le Code civil à côté de notre
lit pour comprendre les mots comme «syllanergétique» ou quelque chose comme ça.
Jolin-Barrette : Synallagmatique.
Mme David : Synallagmatique.
M. Jolin-Barrette : Bilatéral. Mais
donc ce que je souhaite dire, c'est qu'on ne part pas de zéro. Puis c'est ça,
notre défi aussi, parce que, déjà, la Charte de la langue française existe, mais
on vient combler certaines lacunes associées à la Charte de la langue française
avec les objectifs que vous partagez, vous aussi, qui sont les miens, de faire
en sorte que l'État québécois soit exemplaire.
David : Donc, je pense que notre échange est important et
sera écouté par les ministères et organismes qui, à un moment donné, vont devoir, et là ce sera à
l'article 19, je pense, vulgariser, vulgariser, faire des directives
pour chacun des ministères, chacun des
organismes. Là, on aura des questions là-dessus, parce que ça va être quand
même une grosse...
Alors, ce que vous dites, c'est : La loi,
c'est plate, c'est aride, c'est... tout est dans tout, il faut vraiment bien
comprendre l'ensemble de l'architecture. Mais, quand même, c'est tellement plus
clair quand vous le dites, qu'il aurait dû y
avoir une façon de mieux dire 13.2a, parce que ça aurait été le fun que les
gens comprennent du premier coup. Mais
ce que je comprends et ce que je vais souhaiter ardemment, mais là ce sera dans
une politique linguistique qui ne sera pas
passée en commission parlementaire, donc là c'est dans un an, il va y avoir un
gros, gros, gros travail de vulgarisation.
M. Jolin-Barrette : Au plus tard, au
plus tard un an.
Mme David : Six mois, bon...
M. Jolin-Barrette : Au plus tard un
David : Il ne se passe rien,
de toute façon, d'ici un an, alors on sera encore ensemble à discuter, bon,
pour ça.
M. Jolin-Barrette : Dans un an, on
va être encore ensemble?
Mme David : Alors, on verra. Donc...
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la
Présidente, peut-être venons-nous d'apprendre...
Mme David : Non. Là, il va faire de
la politique, là.
M. Jolin-Barrette : ...que la
députée de Marguerite-Bourgeoys nous annonce...
Mme David : Je le savais.
M. Jolin-Barrette : ...qu'elle
sollicitera un nouveau mandat.
Mme David : Alors, dans les... Je
vais continuer sur la santé.
M. Jolin-Barrette : Vous l'aurez
entendu pour la première fois en commission parlementaire.
La Présidente (Mme Thériault) :
J'aimerais bien entendre la fin de son intervention aussi.
Mme David : Je vais continuer, parce
qu'il m'a mise allègrement sur le sentier de la santé, effectivement. Parce que
je crois comprendre — encore
une fois, vous allez, dans votre grande sagesse, m'expliquer — que
le 22.3, premier alinéa, «lorsque la santé, [...]sécurité publique ou [...]
principes de justice naturelle l'exigent», ça, c'est un peu une formule habituelle qu'on met. C'est ces trois pans-là, disons,
de la société, la santé, sécurité publique, principes de justice
naturelle... On le voit dans d'autres endroits. Est-ce que je me trompe?
M. Jolin-Barrette : Bien, très certainement, il y a souvent des
exceptions, santé, sécurité publique, effectivement.
Mme David : Et justice naturelle.
M. Jolin-Barrette : Oui, dans une
certaine mesure, justice naturelle. Je disais, à la dernière séance, que c'est
une reproduction de ce qui existe déjà dans la Charte de la langue française
relativement à sécurité et santé, relativement à l'affichage. Donc, c'est déjà
un concept qui existait à la Charte de la langue française, qu'on a repris et
qu'on a transposé là pour les exceptions au niveau des communications.
Mme David : Donc, ça existe depuis
longtemps dans la jurisprudence.
M. Jolin-Barrette : Depuis 1977.
David : Voilà, 45 ans. Vous n'étiez pas né.
Jolin-Barrette : Non. Une décennie plus tard.
Mme David :
Et ce concept-là est repris, bravo, mais, en vertu de toutes nos discussions
sur la santé, là, toutes nos discussions sur l'article 15 qui va arriver,
qu'on va rajouter à la... comme septième alinéa ou je ne sais pas quoi, puis il y aura la recherche aussi dont on
devra reparler... Santé, ici... vous employez un mot que moi, je n'aime
pas, là, mais équivaut ou inclut — vous
dites «emporte», mais c'est «inclut» — l'article 15
de la LSSS. La santé inclut services sociaux. C'est des questions fort
importantes, là, puisque vous le mettez là, le mot «santé». Il y en a, dès
qu'ils voient le mot «santé», tout de suite, évidemment, ça réfère à... Oui,
dans... Alors là, vous dites : Lorsque la santé l'exige.
Je vais vous donner
l'exemple... J'ai encore deux grandes lettres de beaucoup, beaucoup de
médecins, de beaucoup... qui disent : Écoutez, quand je dois faire signer
un consentement pour une chirurgie, mais c'est urgent, la personne... Vous le savez, vous avez quelqu'un à
l'hôpital, là, qui doit avoir une intervention rapide à l'urgence parce qu'elle s'est blessée, un accident d'auto,
n'importe quoi, alors, il faut absolument qu'elle comprenne ce qu'elle
signe, pas de mesures de réanimation... Je vous donne, là, des exemples, là. Je
ne suis pas médecin. Mais est-ce qu'à ce moment-là on... c'est une... toutes
les questions de compréhension des procédures rentrent dans cette notion de
santé?
Jolin-Barrette : Bien, en fait, vous vous souvenez, on a fait
l'exception à 22.5, donc, avec le renvoi à la
loi sur la santé et services
sociaux. Donc, ça, ça ne change pas. Donc, vous avez déjà cette mesure-là
relativement au fait qu'une personne, en vertu de l'article 15 de la loi
sur la santé et services sociaux, puisse bénéficier, en vertu de
l'article 15, des services dans une autre langue que le français. Donc,
l'exception qu'on vient d'insérer, qu'on est venus insérer est encore plus
spécifique que celle que nous avons à 22.3, notamment.
Mme David :
Puis santé inclut services sociaux, c'est... si ça fait référence à
l'article 15, c'est la loi de la santé et des services sociaux, première
question.
Puis deuxième question,
c'est... Langue autre que le français, évidemment qu'on pense toujours à
l'anglais, mais ça peut être une autre langue, là, avec interprète. On est à
l'hôpital. Il faut expliquer que, là, vous allez avoir une opération puis quels
sont les dangers, puis, monsieur, madame, pouvez-vous signer? Mais la personne
parle... elle arrive d'Afghanistan, là. Il y a un médecin qui me donnait cet
exemple-là récent. Il a fallu faire venir un interprète pour être sûr que
c'était ce qu'on appelle un consentement éclairé.
Donc, il y a beaucoup
d'hôpitaux qui s'inquiètent de l'accès aux interprètes et de la permission
d'avoir des interprètes quand des situations de santé ou services sociaux
exigent cette notion. On a parlé d'interprètes déjà, puis il me semble que c'était
le statu quo par rapport à ce qui existe maintenant.
Jolin-Barrette : Exactement. Et c'est pour ça que la disposition, elle
est là. Je vous donne un exemple, là, sur le principe de justice naturelle, là,
quelqu'un... puis dans le même alinéa, là, dans le même paragraphe, à 1°, principe
de justice naturelle. Quelqu'un est placé dans une situation où il est en état
d'arrestation, O.K.? La personne ne parle ni anglais ni français. Donc, en
vertu du principe de justice naturelle, elle a le droit de savoir pour quel
motif elle se retrouve en situation d'arrestation. Bon, on s'entend que les
policiers, ils n'ont pas sur la banquette arrière... ils ne patrouillent pas
avec un interprète sur la banquette arrière. Vous êtes d'accord avec moi.
Exemple...
Mme David :
Ils sortent un traducteur automatique.
M. Jolin-Barrette :
Souvent, ce qui va arriver, là, pratico-pratique, là, c'est que la personne,
elle est... supposons qu'elle est en état d'arrestation, elle est détenue, elle
va être amenée au poste de police, puis, dans les meilleurs délais, ils vont
faire appel à un traducteur pour faire en sorte d'informer la personne qui ne
parle pas anglais ni français des motifs de son arrestation. Donc, ça, c'est un
des principes de justice naturelle...
Mme David :
Et ça, c'est la justice naturelle.
M. Jolin-Barrette :
...de savoir...
Mme David :
C'est l'habeas corpus.
Jolin-Barrette : Habeas corpus, effectivement.
Mme David :
Merci, M. le député de...
Jolin-Barrette : Et là l'habeas corpus va être contrôlé par la suite
par un juge. Si jamais l'État... bien, la couronne, le procureur aux poursuites
criminelles et pénales décide de ne pas remettre en liberté l'accusé,
considérant la nature de son crime, considérant l'impact sur la confiance du
public dans le système de justice, il y a une série de critères, là, avant de
remettre en liberté quelqu'un, donc on peut s'opposer à la remise en liberté,
la personne peut aller faire contrôler dans le cadre d'une enquête sur mise en
liberté à l'intérieur de trois jours.
Donc, la personne qui
ne parle ni anglais ni français, lorsqu'elle se retrouve devant une procédure
devant le juge, aura un traducteur pour comprendre les charges qui sont portées
contre la personne. Donc, sur cet élément-là... bien, sur
ces éléments, il n'y a rien qui change. Donc, même chose pour le consentement
médical, effectivement. Vous avez 15 de la
loi sur la santé et services sociaux
qui s'applique.
Jolin-Barrette : Donc... Puis je reviens, Mme la Présidente, sur le
concept général, là. Le concept général,
c'est que l'État s'exprime autant à l'oral qu'à l'écrit exclusivement en
français. Un coup qu'on a dit ça, on est d'accord avec ça, sauf qu'il
faut... comme dans toute loi, sur le principe général, il faut amener ces
exceptions-là. Puis, dans le fond, 22.3, ce sont les exceptions qui viennent
détailler pour dire : Bien oui, État, tu peux parler ou tu peux
communiquer dans une autre langue que le français dans les cas suivants, puis
là vous avez la liste des cas.
Mme David :
Vous comprenez mon souci de comprendre les exceptions pour que ceux qui nous
suivent et qui auront à appliquer ça comprennent quels sont... quel est le
terrain de jeu dans lequel ils peuvent jouer au niveau des exceptions. Parce
qu'après ça il y aura des directives, mais il y aura des sanctions, il y aura
ci, il y aura ça.
Jolin-Barrette : Mais ce qui est bien important aussi, pour les gens
qui nous écoutent, pour leur compréhension, c'est qu'il y aura la politique
linguistique de l'État qui va venir établir le fin détail des choses. Donc là,
on est comme dans des supercatégories, tu sais, comme quand, Mme la Présidente,
la ministre... la députée de Marguerite-Bourgeoys, lorsqu'elle était
ministre... Et vous aussi, Mme la Présidente, vous avez des supercatégories budgétaires quand vous vous présentez aux crédits.
Donc, vous avez des blocs, puis, à l'intérieur des blocs, bien là, il y
a un raffinement. Parce qu'aux crédits vous n'avez pas la subvention, dans le
cadre du programme détaillé, que vous avez
versée, supposons, au Musée d'art
contemporain de Montréal. Vous
n'allez pas avoir le fin détail ni avec le contrat. Mais par contre,
avec la politique linguistique, avec les directives qui vont être établies, là,
on va l'avoir.
Donc, dans la
mécanique, tout ça va être envoyé aux employés de l'État. Ils vont avoir une
cartographie très claire de ce qu'ils peuvent, de ce qu'ils ne peuvent pas
faire. Donc, ça va être très détaillé. Et c'est ça, la grande problématique que
nous vivons actuellement avec la politique linguistique gouvernementale, où il
n'y a pas de cartographie de comment ça fonctionne dans quelle situation. Alors, beaucoup
d'employés de l'État, beaucoup de gestionnaires
aussi se retrouvent dans un labyrinthe
où il n'y a pas de directive claire. Et c'est ce qu'on vient clarifier,
toujours dans un souci d'envoyer le signal très clair qu'au Québec c'est en
français que ça se passe, sous réserve de certaines exceptions bien balisées,
normées et raisonnables.
Mme David : Alors, je comprends, Mme la Présidente,
qu'effectivement... Ceux qui s'inquiètent de l'application du projet de
loi n° 96... Et ils disent, finalement : Il ne faut pas... ou que ça
s'applique le moins possible à la loi de santé et services sociaux.
Quand on réfère à
l'article 15, on est en droit de les rassurer, d'une certaine façon, qu'il
y a une certaine... comment dirais-je, une
certaine rationalité qui s'impose... pas rationalité, mais évidence que, dans
les communications avec les patients, que ce soit une langue autre qui
n'est ni l'anglais ni le français, ça peut être justifié, en vertu de l'article 15 de la loi de santé et services
sociaux, dans ce qui est le domaine de santé et services sociaux. Parce que ce
n'est pas seulement ceux qui sont sous 29.1, c'est... comme on l'a dit souvent,
ça peut être une urgence à Matane, ça peut être
une urgence... Évidemment, on sait bien que c'est dans la mesure des moyens
aussi, qu'il n'y a pas nécessairement de traducteur d'une langue autre,
tierce, que l'anglais ou français. Mais l'esprit, c'est ça, c'est de pouvoir
quand même assurer des services où les patients comprennent ce qui leur arrive.
Jolin-Barrette :
L'article... La
loi sur la santé et les services
sociaux est intacte, autonome, demeure ainsi, c'est l'article 15 qui
s'applique, et, même, on a fait une procédure de renvoi pour protéger cette
exception-là. Ça ne peut pas être plus clair que ça.
Mme David : Une
autre chose. Vous allez peut-être finir par dire que c'est moi qui manque de...
peut-être d'intelligence, je ne sais pas, là. Mais, le dernier paragraphe de
22.3, là, pouvez-vous me donner un petit cours accéléré, là? «Malgré [le
premier alinéa], un organisme de l'Administration peut utiliser une autre
langue seulement lorsqu'il a pris ou révisé
la directive prévue à l'article 29.14 — ça, ça va venir tout à l'heure, là, les fameuses
directives ministères et organismes — ou, s'il s'agit d'un
organisme visé à [...] 29.15, lorsque le ministère qui y est visé a pris ou
révisé la directive prévue à cet article, pourvu que la directive — écoutez,
avez-vous vu la complexité de la phrase? — ait
été soit approuvée en vertu de l'un ou l'autre» des articles 29.16 ou
29.18, soit transmise en vertu de 29.17.
Donc là, on parle
de... 29.14, 29,15, 29.16, 29.17, 29.18, tout ça dans la même phrase, dans le
même paragraphe. Je ne suis pas sûre que j'ai bien compris.
Jolin-Barrette : Alors, pour faire simple, parce que c'est tout de
même complexe, lorsqu'on...
Mme David : ...vous
me rassurez.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, c'est surtout... Vous savez, si on ne
mettait pas d'exception, ce serait beaucoup plus simple. Ça, c'est le principe
de base. Mais, comme on met des exceptions, ça amène une complexité.
Jolin-Barrette : Bien, vous comprenez notre désir de mettre des
exceptions, vu les différences... les circonstances de la vie.
Mme David : Je
ne suis pas contre les exceptions. Je suis pour la clarté.
Jolin-Barrette : Donc, le dernier alinéa vise à faire en sorte qu'on
va pouvoir utiliser une autre langue, mais lorsqu'il y aura présence d'une
directive. Donc, l'exception doit être rattachée à la directive pour faire en
sorte, là, que l'organisme, là...
Quand on va
construire la politique linguistique, là... La politique linguistique va être
construite pour l'État, puis là chacun des ministères et organismes va faire
une liste exhaustive de ses directives pour dire : Bien, dans ces cas-là,
nous, on permet d'utiliser une autre langue que le français. Et donc ça va
devoir être dans leurs directives, justement, pour avoir de la clarté,
justement, pour faire en sorte que les employés de l'État puissent savoir à
quel moment est-ce qu'ils utilisent une
autre langue que le français. Alors, ça va être lorsque la directive va être
approuvée, lorsque la directive va être mise en place.
Mme David : Donc,
ce que je comprends, puis je vais terminer mon intervention là-dessus, c'est
que, dans le fond, ce que ça dit, là, c'est : On continue, il n'y aura pas
de mise en oeuvre, il n'y aura pas de mise en oeuvre de ces articles de la loi — je ne
sais pas comment elle va s'appeler — 101 révisée, ou je ne sais
plus, là, comment elle va s'appeler. Comment elle va s'appeler, cette loi-là?
Jolin-Barrette : Bien, ça va être la Charte de la langue française.
Mme David : O.K.
Bon, bien, quand la Charte de la langue française va être, je ne sais pas
comment vous l'appelez, modifiée, c'est seulement quand les directives... Puis
là vous donnez un an aux directives avant de se mettre... de s'organiser, la
politique linguistique, et que vous, vous devez l'approuver aussi. Parce que,
là, ce n'est pas tout, là, il faut... Puis vous pouvez ne pas être d'accord.
Puis il peut y avoir des allers-retours pour dire : Ça, ce n'est pas
clair, puis là vous allez jouer ma job par rapport aux organismes, ce n'est pas
clair, rendez ça... Bon. Et c'est seulement après ça qu'on va appliquer la
nouvelle Charte de la langue française. Est-ce que je comprends?
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, il faut comprendre d'où on part puis
où on s'en va. Actuellement, dans l'état actuel du droit, c'est la politique linguistique gouvernementale. Donc, la
politique linguistique gouvernementale a été établie...
M. Jolin-Barrette :
Oui, sauf que les ministères et organismes... Par ministère, c'est variable. Il
y en a qui ne l'appliquent pas, il y en a qui ne l'appliquent qu'à moitié, il y
en a qui n'ont pas d'exception, il y en a qui ont des exceptions. Tu sais,
c'est le flou mou. On part de là.
Là, ce qu'on fait,
c'est qu'on modifie la loi. On dit : L'État va se doter d'une politique
linguistique de l'État. Cette politique linguistique de l'État là va être sur
la tête du ministre de la Langue française parce que ça va être lui qui va être
responsable de la langue française. Ça fait que lui, il établit la politique
linguistique.
Après ça, il y aura
des directives. Pour chacun des ministères et des organismes, ils vont
identifier leurs directives pour dire : En vertu de la loi puis en vertu
de la politique linguistique, voici la liste des exceptions qui s'appliquent
dans mon ministère, dans mon organisme. Puis ceux-là seront validés.
Donc, vous avez
raison de dire : Pour utiliser les exceptions, il va falloir que ce soit
énoncé par le ministère et par l'organisme
en guise de ligne directrice, en guise de guide pour que ce soit très clair.
Donc, c'est sûr que le temps que cette disposition-là s'applique, bien,
on va avoir travaillé avec les différents ministères et organismes. On va avoir
la politique linguistique et les directives pour arrimer tout ça, pour que,
quand on démarre, bien, ça fonctionne.
Mme David :
Qui? Qui va... Le ou la ministre, éventuellement, va appliquer, va adopter tout
ça. Alors, est-ce que ça va être public? J'imagine, ça va être sur les sites
des ministères, ça va être... Et là il va y avoir... Puis on verra.
J'aurai d'autres
questions sur comment ça va pouvoir varier d'un... Vous allez avoir beaucoup de
lecture à faire, à ce moment-là, parce qu'il faut que chacun fasse ses propres
directives.
Alors, pour
l'instant, ça va, Mme la Présidente, je pense. Je suis rentrée dans mon temps.
Et je pense qu'il y a quelqu'un qui veut prendre la parole avec un amendement.
La Présidente
(Mme Thériault) : Le collègue de...
M. Barrette :
Mme la Présidente, m'accorderiez-vous une très courte suspension, vu que je
suis arrivé en retard?
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui. Nous allons suspendre les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à
11 h 40)
La Présidente (Mme
Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous poursuivons nos
travaux. Et le député de La Pinière était prêt à déposer un amendement, si
je ne m'abuse. M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Oui, Mme la Présidente, et, si je ne m'abuse, l'amendement est disponible sur
Greffier.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui.
M. Barrette : Alors, voilà. Alors, l'amendement se lit ainsi :
L'article 15
du projet de loi introduisant l'article 22.3 de la Charte de la
langue française est modifié par l'insertion, dans le premier alinéa, des mots
«et faire preuve d'exemplarité» après les mots «l'article 13.2».
Alors,
l'article 22.2 de la Charte de la langue française introduit par l'article 15
du projet de loi amendé se lirait
ainsi : «Un organisme de l'Administration peut déroger au
paragraphe 1° de l'article 13.2 et faire preuve
d'exemplarité en utilisant, en plus du français, une autre langue lorsqu'il
écrit, dans les cas suivants...» La suite ne change pas, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Il y avait juste une petite coquille dans vos
commentaires, parce que vous avez dit 22.2, mais c'est 22.3. C'est une petite
coquille.
M. Barrette :
Ah! excusez-moi, c'est un... Vous avez tout à fait raison.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui. C'est corrigé. C'est dans le commentaire, ça ne
dérange pas. C'est juste que, puisque vous l'avez dit, les paroles s'envolent,
sauf ici.
M. Barrette :
Merci, Mme la Présidente, de me corriger. C'est bien utile. Alors, Mme la
Présidente, il n'y a pas de surprise dans l'amendement que je dépose. Je
formalise une conversation qu'on a eue la semaine dernière et je tiens à
formaliser cette conversation-là en la traitant d'une façon plus exemplaire, je
vais dire ça comme ça, parce que c'est le thème du projet de loi. Alors, pour
moi, c'est un article... c'est un amendement qui m'apparaît important.
Alors, je le dis, Mme
la Présidente, d'emblée, la finalité de mon amendement, et d'ailleurs si le
ministre le souhaite, s'il accepte l'amendement, la finalité est de faire en
sorte spécifiquement que les ayants droit aient des services dans leur langue
de façon exemplaire.
quand... Et je vais tout de suite dire au ministre que, quand il a répondu à ma
collègue de Marguerite-Bourgeoys en faisant abondamment référence à la
LSSSS et à son
article 15, ça, c'est partiel, Mme la Présidente, par
définition. Ce n'est pas, ce n'est pas une situation exemplaire. Et quiconque a
déjà été en contact avec, en santé spécifiquement, quelqu'un de la communauté
anglophone ayant droit sait qu'en dehors de certaines régions, s'il y a une
chose qui n'est pas exemplaire, ce sont les communications, particulièrement en
santé.
Alors,
ce que j'introduis ici vise très... peut-être pas spécifiquement comme tel,
mais on est dans les exceptions, Mme la Présidente. On pourrait très
bien mettre cet amendement-là dans le premier paragraphe, puis ça ferait mon
affaire. Je le mets là et j'ouvre la discussion, Mme la Présidente. J'ouvre la
discussion.
Alors,
je vais recommencer à la case départ. Le projet de loi n° 96, tel
qu'exprimé par le ministre, vise spécifiquement,
avec intensité, passion et lyrisme, l'exemplarité dans les communications en
français avec la population et il vise à ce qu'il y ait des exceptions.
Alors, je pose une question bien simple, Mme la Présidente : Pourquoi,
pourquoi n'y aurait-il pas lieu, pourquoi serait-il irrecevable d'exiger la
même exemplarité avec les ayants droit?
Alors, avant que le
ministre me réponde, comme il le fait tout le temps et de façon répétitive,
avant qu'il me dise qu'ah! vous allez... le Parti libéral veut garder la
bilinguisation... Non, Mme la Présidente. Nous sommes en faveur de la
francisation. Nous sommes en faveur des principes dans le projet de loi qui
visent à l'exemplarité de l'utilisation du français. Nous sommes en faveur, et
on l'a dit à multiples reprises, de la francisation des immigrants, maximale,
idéalement totale. Mais il existe un sous-groupe, dans la société québécoise,
qu'on dénomme, qu'on désigne comme étant des ayants droit. Bien, s'ils ont
droit, Mme la Présidente, à certains services et qu'on fait un projet de loi
qui vise à être un moment charnière dans l'histoire du Québec, pourquoi ce ne
serait pas le cas pour les ayants droit?
Pourquoi ils n'auraient pas le même traitement, juste eux autres, des
communications exemplaires avec eux, dans certaines exceptions ou en
général, et particulièrement en santé? Pourquoi? Parce que l'article 15 de
LSSSS, par définition, c'est intrinsèque, est imparfait et pas du tout exemplaire.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Alors, Mme la Présidente, vous conviendrez qu'on a déjà fait ce débat-là jeudi
dernier, en fait, pour la journée. On a passé de nombreuses heures sur ce point-là,
hein, puis on n'a pas avancé. Puis j'ai donné toutes les explications
nécessaires et requises au député de La Pinière sur ce point-là.
Il faudrait réitérer,
hein, que l'objectif du projet de loi n° 96, c'est dans le cadre de la Charte
de la langue française. Comme État, l'exemplarité qu'on se donne, notamment,
c'est en matière d'utilisation de la langue française par l'État québécois.
Bien entendu, tous les services doivent être donnés aux citoyens de façon
exemplaire, peu importe la langue dans laquelle ils sont donnés, en vertu des
droits qui sont conférés. Mais moi, en ma qualité de ministre de la Langue
française, je m'occupe de la langue française.
L'autre
point, Mme la Présidente, ce n'est pas moi, le ministre de la Santé, hein? Le
député de La Pinière a été ministre de la Santé pendant quasiment... en fait,
plus de quatre ans et demi, Mme la Présidente. On a eu ce débat-là la semaine
dernière, un débat fort intéressant. À l'époque, je lui ai dit : Bien,
écoutez, si vous n'étiez pas en accord avec l'article 15 de la
loi sur la
santé et les services sociaux, pourquoi ne l'avez vous pas modifié? Le député
de La Pinière m'a dit : Bien, écoutez, c'était compliqué, je ne pouvais
pas, ou je ne sais pas trop. Puis là il me faisait : Ça ne relevait pas de
moi.
Or, au contraire, Mme
la Présidente, la
loi sur la santé et les services sociaux relève du ministre
de la Santé et des Services sociaux, fonction qu'il occupait de 2014 à 2018,
donc, d'avril 2014 à octobre 2018. Si c'était important pour le député de La
Pinière, je me demande bien pourquoi il n'a pas agi à travers ses nombreuses
réformes législatives qu'il a présentées ici, en cette Assemblée, Mme la
Présidente.
Donc, aujourd'hui, on
est dans un débat, dans le cadre de la modification de la Charte de la langue
française, justement, pour promouvoir, protéger et rendre l'État exemplaire en
matière d'utilisation de la langue française. Et là le député de La Pinière va
me dire : Oui, mais pourquoi ne pas inclure la notion même d'exemplarité
en matière d'utilisation de la langue anglaise? Je lui dis : C'est le
mauvais forum. Le statu quo demeure pour l'article 15 de la
loi sur la
santé et les services sociaux. Et on a déjà fait ce débat-là jeudi dernier. Son
amendement n'ajoute rien au débat que nous avons fait jeudi dernier.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Mme la Présidente, la semaine dernière, jeudi, on a eu une discussion dans le
cadre d'un autre contexte. J'ai eu une conversation avec le ministre qui
n'était pas formelle. Là, la conversation est formelle. J'ai déposé un
amendement. Ce que j'entends du ministre, là, c'est qu'il souhaite que, pour la
communauté anglophone ayant droit, ce soit le statu quo. Est-ce qu'il est
d'accord avec cette affirmation-là?
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, on ne rentrera pas dans interrogatoire,
contre-interrogatoire. L'amendement que propose le député de La Pinière
permettrait fort probablement de déroger au paragraphe 3° de
l'article 13.2, qui prévoit le principe même. Alors, ce que le député de La Pinière
veut faire, c'est affecter le principe de l'exemplarité de l'État en matière de
langue française. Il y va d'une façon détournée.
Et ça a été très
bien... clair dès le début, je l'ai annoncé, l'État québécois s'exprimera
exclusivement en français, sauf les exceptions qui sont prévues. Et, dans les
exceptions, c'est déjà prévu, les ayants droit, donc, c'est le statu quo actuel pour les ayants droit, et c'est
déjà le... la situation actuelle qui est prévue pour les gens qui
communiquaient en anglais avec l'État.
Et je tiens à le
dire, depuis 1977, les droits de la communauté anglophone, le droit des ayants
droit, il est garanti. Il a toujours été garanti, et ça va demeurer ainsi.
Cependant, ce que le député de La Pinière cherche à faire, c'est d'affaiblir la
portée de l'exemplarité de l'État en matière de langue française d'une façon
détournée. Et je ne crois pas que ça honore la position du Parti libéral dans
le plan... sur ces 27 mesures qu'il avait lancées.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
J'espère que, Mme la Présidente, vous vous rendez compte de ce que le ministre
dit, là, hein, en réponse à ce que j'ai dit en introduction. J'ai dit quelque
chose de très clair. Le ministre se présente avec un projet de loi qu'il
considère charnière, une transition, une, dans son esprit, avancée
substantielle en matière de protection et de développement du français. C'est
comme ça qu'il le présente. Il présente un univers futur, différent du passé.
C'est ça qu'il fait. Puis on lui dit : Pour le français, il n'y a pas de
problème. Puis il l'a dit très bien.
Jolin-Barrette : ...oui.
M. Barrette :
Mme la Présidente...
Jolin-Barrette : Bien oui.
M. Barrette :
Vous savez, Mme la Présidente, là...
La Présidente (Mme
Thériault) : Continuez.
M. Barrette :
...je trouve ça tellement, tellement puéril, ce genre d'argument là, là.
J'invite le ministre à se comporter en adulte une fois, juste une fois.
Jolin-Barrette : Mme la Présidente, question de règlement.
La Présidente (Mme
Thériault) : Je vais tous vous inviter à respecter les droits de
parole de tout le monde. Ça se déroulait bien. Ça fait une heure qu'on est en
commission. Il reste une demi-heure. Vous le savez, mon rôle, comme présidente,
là, c'est de préserver vos droits de parole. Vous savez où vous pouvez aller,
vous savez où vous ne pouvez pas aller. Vous avez le droit d'avoir des opinions
différentes. Je ne suis pas là pour arbitrer laquelle des opinions est la
meilleure. Je suis là pour m'assurer que vous avez droit à vos droits de
parole, respectueusement.
Donc,
le député de La Pinière avait le micro. Je vais vous demander de poursuivre,
d'être prudent dans vos paroles, puis,
quand M. le ministre répondra, je le reconnaîtrai puis je lui demanderai à lui
aussi d'être prudent dans ses paroles.
M. Barrette : Avec plaisir, Mme la
Présidente. Merci. Alors, ce que je dis, encore une fois, c'est qu'il présente
un projet de loi qui est une transition. On passe d'un passé qui est ce qu'il
était à un futur qui va être différent. Il va être différent pour qui? Il va
être différent pour les ayants droit... plutôt, il va être un statu quo pour les ayants droit, il va être différent pour les
immigrants, et il va être différent pour les francophones, et il va être
différent pour les milieux du travail. Je ne m'adresse même pas à ça, Mme la
Présidente. Il va être différent.
Sur la question des ayants droit,
spécifiquement, entre autres, en santé, qui est une exception dans son projet de loi, tout ce que l'on dit : Parfait pour
tout ce qui se fait en français, mettons, presque, mais, quand on arrive aux
ayants droit, bien, on souhaite une exemplarité. Et ça, Mme la Présidente, le
seul argument, le seul que le ministre utilise, c'est : Vous n'aviez rien
qu'à le faire avant. Bon, O.K.
Regardez, je ne suis pas d'humeur à m'ostiner
sur la critique. Je suis d'humeur, aujourd'hui, à travailler pour le futur. Et,
dans le futur, pour les ayants droit, en matière de santé et services sociaux,
eux autres, cette catégorie, qui, soit dit
en passant, Mme la Présidente, seront tous identifiés dans les dossiers
gouvernementaux... Le ministre nous l'a expliqué. Il nous l'a expliqué.
En fonction du passé, tout le monde va avoir une cote, ayants droit,
immigrants, francophones. Tout le monde va avoir ça, là.
Alors, à un moment où on prépare un futur qui
est censé être meilleur pour la majorité francophone, peut-il avoir la même
exemplarité pour les ayants droit? Les ayants droit, là, c'est un petit
sous-groupe d'un grand ensemble, et c'est ça qui est censé être protégé dans
nos lois, c'est ça. Et, quand je propose ça, je propose, oui, non pas le statu quo, mais une amélioration pour leur
situation, à ce sous-groupe. Me faire accuser de vouloir passer par en
arrière pour faire ceci, faire cela... La prochaine attaque va probablement
être la bilinguisation ou l'affaiblissement, il l'a dit, de la loi. Ce n'est
pas ça. Je propose au ministre de mieux faire pour tout le monde.
Sa vision du meilleur pour le côté francophone,
on la connaît puis on n'a pas fini de la débattre. Il prévoit une exception
pour la santé, particulièrement, même si ce n'est pas nommé spécifiquement là,
les ayants droit. Alors, moi, je dis : Pour eux, faisons ce pas-là de
plus. Pourquoi? Parce que l'article 15 de la LSSSS, Mme la Présidente, n'est
pas un
article qui amène une conséquence uniforme sur tout le territoire du
Québec pour les ayants droit.
L'article 15
prévoit, je vais schématiser, la totale dans les institutions bilingues et des
conditions d'accès à ces services-là dans les autres régions, conditions
qui sont, dans les lois, un volume, une activité, un plan de ceci, de cela.
Alors, moi, je ne propose ici que le miroir pour
les francophones... des francophones aux ayants droit, puis, je le répète, là,
pas aux immigrants, pas à tous ceux qu'on veut franciser, parce qu'on est
d'accord avec ça, le miroir pour les ayants droit, et ce que le ministre nous
répond : Ce sera le statu quo. Le ministre, à date, refuse de poser un
geste qui va améliorer leur sort.
Alors, moi, je ne comprends pas. Il devrait y
avoir une explication autre que «ah! le ministre... le député a déjà été
ministre de la Santé, il aurait dû le faire avant». C'est quoi, ça? Une chose
qui n'a pas été faite ne se fera jamais parce qu'elle n'a pas été faite avant?
C'est un méchant raisonnement, là, en démocratie, Mme la Présidente. Alors, je
repose la question au ministre : Quelle est la raison? Y a-t-il une raison
fondamentale, pas basée, là, sur des arguments spécieux qui viennent du passé,
mais vraiment une raison pour le futur? On attend.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme la
Présidente. Moi, j'attends que le député de La Pinière également se mette au
travail pour faire avancer le projet de loi également. Ça prend un certain
temps aussi. Puis tout le monde voit sa stratégie depuis, notamment, jeudi
dernier mais depuis le début de la commission également.
Alors, Mme la Présidente, l'État québécois a
toujours été exemplaire avec sa minorité linguistique. Il va toujours continuer
de le faire, notamment en vertu de l'article 15 de la
loi sur la santé et
les services sociaux. Et c'est le statu quo, le député de La Pinière lui-même
l'a reconnu, hein? Il reconnaît que, dans le projet de loi n° 96, les droits
de la minorité linguistique anglophone sont maintenus au Québec.
Et j'espère qu'il va avoir l'honnêteté
intellectuelle également de dire qu'il y a même des avancées pour la communauté
anglophone dans le cadre du projet de loi, notamment relativement à l'admission
dans le cadre des cégeps, où, désormais, les jeunes anglophones vont être
priorisés dans les établissements collégiaux anglophones. Parce que ce qui
arrivait, c'était que, parfois, ils ne pouvaient étudier dans leur langue au
niveau collégial parce qu'il n'y avait plus de place en raison de la moyenne
qu'ils avaient, parce que des étudiants allophones ou francophones avaient de
meilleures notes, et les étudiants anglophones ne pouvaient pas étudier dans
leur propre langue à l'intérieur de leurs propres institutions. J'espère que le
député de La Pinière reconnaîtra cela.
Cela étant dit, sur son argument de dire que le
ministre ne fait pas des choses parce que ça n'a pas été fait, Mme la
Présidente, je pense que j'ai démontré, avec plusieurs régimes que j'ai
actualisés, notamment l'IVAC, notamment le tribunal spécialisé également, hein,
notamment la prescription... Ça, c'est intéressant, Mme la Présidente, la
prescription en matière de violence sexuelle et de violence conjugale. Moi, je
me suis déjà assis dans le bureau d'un ministre libéral, Mme la Présidente,
sous l'ancien mandat, pour dire : Vous devriez le faire, voici un projet
de loi... pour le faire. Ce qu'on m'a répondu : Non. Puis c'était
important. Ça fait que je n'ai pas de leçons à recevoir du député de La Pinière
sur... à savoir qu'est-ce qui a été fait avant ou qu'est-ce qui n'a pas été
fait avant. Je note cependant, Mme la Présidente, que, si c'était si cher au
député de La Pinière, si c'était si cher à ses convictions profondes, à
l'époque où il était ministre titulaire de la
loi sur la santé et les services
sociaux, bien, il aurait pu agir.
Donc, aujourd'hui, on se
retrouve dans une situation où le projet de loi, il est en... il vise
l'exemplarité de l'État en matière d'utilisation de la langue française. Il maintient le statu quo. Puis j'ai fait
preuve d'ouverture, Mme la Présidente,
en faisant en sorte, notamment, de garantir ce statu quo là, qui était déjà
prévu dans la loi à l'article 88 quelques, pour dire que la
charte... le projet loi n° 96 s'appliquait aux
dispositions... à toute loi postérieure, mais, pour davantage de clarté, à la
demande de la députée de Marguerite-Bourgeoys, on est venus inscrire noir sur
blanc que l'exception de l'article 15, elle était prévue à 22.5.7°.
Alors, Mme la Présidente, le député de
La Pinière peut bien calculer son temps pour voir combien de temps encore
il va parler pour faire du temps, mais ça ne changera pas ma décision.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Vous avez vu ce
qu'il a dit, le ministre, c'est ma prérogative, pour être certain de pouvoir
passer mon argumentaire, de vous demander combien de temps... si j'ai le temps
encore, hein? Une phrase peut se dire en une minute, un argument en
10 minutes, et, implicitement, le ministre m'accuse de vouloir faire du
temps. C'est ça, son problème, parce que lui porte un jugement de valeur sur
toutes les actions des autres. Monsieur a raison. Il y avait une émission dans
mon temps, c'était Papa a raison . Aujourd'hui, on parle d'enfants rois.
Mme la Présidente, là, la réalité, là... Pourquoi, il se sent visé?
M. Jolin-Barrette : Je pense que...
Article 35. Je pense que le
député de La Pinière, dans ses propos... J'espère que ça excède sa
pensée puis j'espère que, quand on insulte un collègue...
Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre, regardez, écoutez, là, je vous entends, là. Son
argumentaire n'était pas fini puis...
M. Jolin-Barrette : Ah non? Il ne me
prête pas des intentions?
La Présidente (Mme Thériault) : Ah!
non, non, non. M. le ministre, vous ne commencerez pas ça ici. Je ne suis pas
la présidente de l'Assemblée nationale, mais je suis la présidente de cette
commission.
La Présidente (Mme Thériault) : Non.
Je m'excuse, moi, je prends mon travail au sérieux. J'ai pris la peine de vous
dire : Vous faites vos argumentaires chacun votre tour. Je ne suis pas là
pour les apprécier. Je suis là pour respecter le temps puis m'assurer que vos
droits sont bien protégés. Je n'accepterai pas que vous agissiez de cette
manière-là. Votre micro va demeurer fermé, puis le député va terminer son
intervention. Vous pouvez l'aimer ou ne pas l'aimer, ce n'est pas mon problème.
C'est clair? Ça, ça va être comme ça pour tout le monde, là. Vous êtes...
C'est légitime que vous me demandiez aussi
combien de temps il vous reste à votre intervention. Il en restait
10 minutes avant que vous commenciez.
Moi, j'écoute ce que vous dites avec beaucoup
d'attention, et soyez tous convaincus, peu importe qui a la parole, que, si je
trouve que c'est antiparlementaire puis que vous dépassez la ligne, je vais
faire une intervention.
Donc, M. le député de La Pinière, vous pouvez
continuer votre intervention. J'espère que je vais pouvoir l'entendre dans le
grand silence.
Barrette : Je le souhaite
aussi, Mme la Présidente. Alors, je reprends où j'étais, hein? Le statu quo,
Mme la Présidente, là, ce n'est pas
de l'exemplarité. Nonobstant ce qui s'est passé dans le passé, ce n'est pas de
l'exemplarité. Est-ce que le ministre pense vraiment qu'en dehors des
institutions visées à 29.1... Est-ce qu'il pense vraiment que les citoyens
ayant droit ont le même niveau et la même qualité de services dans leur langue?
C'est une question très simple. Est-ce qu'il pense qu'en dehors de ces
établissements-là ils ont le même niveau et la même qualité, notamment,
spécifiquement, dans la communication? J'aimerais l'entendre.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la
Présidente, je l'ai déjà dit, l'article 15 de la
loi sur la santé et
services sociaux s'appliquait, s'applique et continuera de s'appliquer. Donc,
j'ai déjà répondu à de multiples reprises à toutes les questions du député de
La Pinière.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le député.
M. Barrette : J'ai posé une question
simple et je n'ai pas eu de réponse. Par contre, il y a.... J'ai entendu
l'intention du ministre. Je l'ai entendue. C'était de même, c'est de même, ça
va rester de même. C'est ça qu'il nous dit, alors qu'on sait très bien...
C'est écrit dans la loi. Le niveau de service
n'est pas le même dans un établissement visé à 29 qu'ailleurs dans la province.
Et, dans la province, essentiellement, pour résumer, il y a deux catégories. Là
où il y a, Mme la Présidente, une masse critique de citoyens qui le justifie,
on a accès à un certain niveau de service, et, là où la masse critique ne le justifie pas, on ne l'a pas, ce qui signifie
que, pour les ayants droit, j'insiste, Mme la Présidente, les ayants droit, la petite minorité dans le grand ensemble,
je n'inclus pas les nouveaux arrivants, pour eux, nous ne sommes pas,
aujourd'hui, exemplaires.
Et l'amendement que je propose, il est dans le
même esprit de l'intention du ministre, qui veut faire en sorte que ce soit exemplaire en français. C'est ça qu'il
veut, mais il accepte, dans son projet de loi, qu'il y ait une
différence avec les ayants droit, mais il ne
veut pas que ce soit le même niveau d'exemplarité. C'est ça que je critique. Et
je pose des questions au ministre, qui sont simples, et toutes les
réponses sont à côté du sujet tout le temps, tout le temps, tout le temps. Et
je vais la reposer : Pourquoi le ministre ne veut pas que, pour les ayants
droit, on ait le même niveau d'exemplarité que pour les francophones? Ça
s'appelle de l'équité. Pourquoi pas? Et ça, ce n'est pas en opposition avec le
reste du projet de loi, qui vise le développement et la protection du français.
Il n'y en a pas, d'opposition, ou qu'on m'explique l'affaire, là.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, je pense qu'il y a des difficultés de compréhension de la part du
député de La Pinière relativement à l'objectif et à la portée de la loi.
On ne parle pas d'exemplarité au niveau du service dans le cadre de la Charte
de la langue française, du projet de loi n° 96. On est dans l'exemplarité
de l'utilisation de notre seule langue officielle et commune, le français.
Alors, si le député de La Pinière veut nier ça et s'il veut faire en sorte
qu'à l'ensemble de l'État québécois il y ait deux langues officielles comme au
Canada, hein, parce qu'il qualifie le Québec de province, hein, dans ses
termes, c'est ce qu'il a utilisé, moi, j'aime mieux le qualifier d'État, hein,
l'État du Québec, alors c'est son choix. Puis, s'il veut amener du bilinguisme
institutionnel partout au Québec, encore une
fois, ça démontre la véritable proposition du Parti libéral du Québec. Alors,
oui, Mme la Présidente, la position du Parti libéral du Québec, c'est le
bilinguisme institutionnel.
L'article 15 de la
loi sur la santé et
services sociaux demeure en intégralité. Tous les droits sont préservés dans la
loi sur la santé et les services sociaux, je l'ai dit, je l'ai réitéré et je
vais continuer de le réitérer, Mme la Présidente.
Et c'est au bénéfice de tous les Québécois, l'utilisation exemplaire de la
langue française, la langue officielle et commune au Québec, et ça, ça
n'enlève rien aux ayants droit, ça n'enlève rien aux membres de la communauté
anglophone. En vertu de l'article 15, les droits sont garantis à cet
endroit-là, Mme la Présidente, depuis des années.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de La Pinière.
Barrette : Mme la Présidente, une question très simple :
Est-ce qu'il considère, le ministre, que ces exceptions constituent une
bilinguisation de la société québécoise par la porte d'en arrière?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, l'objectif de la loi, c'est l'exemplarité de l'État, notamment en
utilisation de la langue française, point. Alors, je comprends le point que
veut faire le député de La Pinière, et ça peut être très long, Mme la
Présidente.
Alors, je vous informe, je vais limiter mes
réponses, parce que je crois avoir répondu à tous les points relativement à ses
arguments, et je vous annonce que je vais voter contre l'amendement.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de La Pinière.
M. Barrette : Encore une fois, je
n'ai pas eu de réponse. Le ministre me reproche de vouloir, par la porte d'en
arrière, bilinguiser les institutions du Québec. Lui-même, dans sa loi, prévoit
des exceptions où on va pouvoir utiliser l'anglais. Il les prévoit. Or, en
faisant ça, je ne pense pas... même s'il refuse de me répondre, je ne pense pas
qu'il considère qu'il bilinguise les institutions.
Ce que je lui propose, c'est d'être exemplaire
dans ses exceptions. C'est ça que je lui propose. Et d'être exemplaire, pour lui, c'est comme si c'était une
bilinguisation par la porte d'en arrière. Mme la Présidente, ça, là,
c'est quasiment sectaire, quasiment. Comment peut-on arriver et dire : Je
fais une loi pour promouvoir le français, je prévois des exceptions très
spécifiques pour l'anglais, mais je refuse d'être exemplaire dans ces
exceptions-là, et j'accuse le député qui en fait la proposition de vouloir
bilinguiser par la porte d'en arrière?
Alors, je repose ma question : Est-ce que,
ces exceptions, il les considère comme une forme de bilinguisation ou il les
met là simplement parce que c'est le statu quo, et, si on était exemplaires,
là, ce serait une bilinguisation? C'est quoi, la réponse?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : On a déjà
répondu, Mme la Présidente. Puis je n'accepterai pas de me faire traiter de
sectaire. Ça, je pense... Mme la Présidente, là, je pense que c'est le niveau
de politique du Parti libéral du Québec puis du député de La Pinière, puis
je pense qu'en tant que présidente vous devriez rappeler à l'ordre le député de
La Pinière, qui traite le gouvernement de sectaire. Je ne pense pas que
c'est admissible puis je ne pense pas que c'est des propos parlementaires.
Présidente (Mme Thériault) : Bien, moi, je ne ferai pas de rappel à
l'ordre parce que je trouve que, dans le débat comme tel, c'est une.... J'ai
bien écouté, là, il a dit «quasi sectaire».
Jolin-Barrette : Quasi sectaire.
La Présidente (Mme
Thériault) : C'est une opinion qu'il a le droit d'émettre. Puis je ne
commencerai pas à enrichir le vocabulaire des termes antiparlementaires, parce
que «sectaire» a été utilisé largement dans beaucoup de discours, peu importe
de qui et de quelle formation politique.
Donc, honnêtement, je
l'ai dit, je ne suis pas là pour apprécier la teneur de vos propos, à savoir si
c'est le bon argument ou le mauvais argument. Je suis là pour faire respecter
vos droits comme parlementaires. Vous choisissez de ne pas répondre à la question,
parfait, pas de problème.
S'il y a d'autres
interventions, je suis prête à les prendre. Il vous reste encore cinq minutes,
M. le député de La Pinière.
Jolin-Barrette : Moi, Mme la Présidente...
M. Barrette : Merci, Mme la Présidente. Et je peux vous dire, Mme la Présidente,
comme vous l'avez remarqué, que j'ai pesé mes mots, hein? J'ai fait...
J'ai mis «quasi», là, juste avant, là, pour justement... de ne pas faire
affront. Bien, je vais dire une chose, Mme
la Présidente. Moi, les choses... des opinions, là, de cet ordre-là, je les dis
dans le micro, contrairement à d'autres.
Ceci dit, Mme la
Présidente, ceci dit, là, je vais prendre l'exemple des services sociaux,
est-ce que le ministre... Le ministre ne considère-t-il pas qu'en matière de
services sociaux, pour les ayants droit, on doit être exemplaires? La mère de
famille monoparentale anglophone a les... ayant droit a les mêmes problèmes
dans la vie quotidienne que la mère de famille monoparentale francophone. La
mère de famille anglophone ayant droit qui a un enfant qui a des problèmes de
santé mentale, d'audition, et ainsi de suite, a les mêmes problèmes dans la
vie, là, les mêmes problèmes avec son enfant que la francophone. Et, quand elle
arrive dans les services sociaux, il est possible et même probable que la
communication soit la condition première ou, du moins, une des conditions
principales au succès de l'intervention en services sociaux. Pour moi, c'est
une évidence.
Or, dans l'exemple
que je vous donne, Mme la Présidente, si vous êtes dans certaines régions du
Québec et que vous voulez avoir un niveau de service et, dans le cas présent,
de soins de la qualité appropriée, parce qu'elle est dépendante, cette
qualité-là, de la meilleure communication possible langagière, ces gens-là vont
faire des centaines de kilomètres pour venir à Montréal parce qu'ils ne l'ont
pas chez eux. Et, chez eux, ça existe en français.
Ce n'est pas un
jugement de valeur, Mme la Présidente, c'est une question de responsabilité
sociale. C'est une question de responsabilité sociale, hein? Ce n'est pas, Mme
la Présidente, parce qu'on veut faire du Québec un pays francophone, du mur à
mur, là, mais qu'on dit qu'il y aura des exceptions, qu'on ne doit pas s'y
adresser pour les améliorer. Et l'amendement que je dépose, Mme la Présidente,
vise simplement à aller dans le même esprit que le ministre. Lui, il veut
améliorer la situation du français. Moi, je veux améliorer et limiter cette
amélioration-là aux ayants droit, et là on me trouve toutes sortes d'arguments.
Sur l'exemple que je viens de donner, Mme la Présidente, de la mère monoparentale avec des enfants qui ont
des problèmes de santé majeurs, qu'est-ce qu'il dit... et
chroniques, qu'est-ce qu'il nous répond, le ministre?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre? Pas de réponse.
M. Barrette :
On n'a pas de réponse. Et la réponse, évidemment, équivaut à un statu quo
et fait mon argument. Elle fait mon argument. Le ministre considère qu'il veut
changer les choses. Je lui propose de les changer pour le mieux pour un
sous-groupe que lui-même reconnaît et pour lequel la seule option qu'il met sur
la table, c'est le statu quo. Je trouve ça triste, Mme la Présidente. Je trouve
ça triste. À chaque fois qu'on propose une amélioration pour ce sous-groupe, ce
qui est notre rôle politique, on est là aussi pour faire ça... Ce n'est pas un
péché de le mettre sur la table. Mais de le
mettre sur la table mérite — pas
exige, mérite, c'est encore mieux — mérite
qu'on s'y adresse autrement que par les échanges qu'on a eus à date. Et
ça, on ne l'a pas.
Alors, est-ce que
c'est normal qu'on ne puisse pas le faire? Le ministre, avant même de pouvoir
avoir un échange raisonné, je vais... même,
on va se faire plaisir, intellectuel, dans le sens du raisonnement de la
chose : Mme la Présidente, je vous annonce que je vais voter
contre. C'est particulier. Puis après ça on me reproche de dire que... Bien,
moi, je trouve ça assez particulier, hein?
Et que ce soit clair,
Mme la Présidente, au Parti libéral, nous sommes en faveur des éléments qui
favorisent le français, qui promeuvent le français. On est d'accord avec la
plupart... On va avoir des obstinages, là, qui s'en viennent dans le marché du
travail, mais, dans les exceptions qui sont exactement à 22.3, c'est nommé, la
santé, on demande une ouverture, et tout ce que l'on reçoit, Mme la Présidente,
c'est une fermeture. Je ne vous ferai pas la liste des mots non parlementaires
que je pourrais utiliser. Je vous laisse le soin de les faire jaillir dans
votre esprit. J'ai terminé, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Est-ce que j'ai d'autres interventions? M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. C'est un petit peu surprenant que, de la lecture du ministre,
l'État ne souhaiterait pas se donner le devoir d'exemplarité dans ce cas-là.
C'est quand même un petit peu étonnant. Et le ministre
insiste que ce débat s'est déroulé... assez satisfaisant et longuement le
jeudi. Il s'est permis d'ajouter un mini, seul, seul, seul élément nouveau.
Alors, j'imagine que le débat l'interpelait, en quelque part. Quand il a dit...
Et c'est une question de précision à laquelle j'aimerais avoir une réponse.
Quand il a décidé pourquoi mon collègue de La Pinière a proposé son
amendement, il nous a imposé toute une argumentation qui ne nous appartient
pas. Il a dit aussi que, peut-être, le but du député de La Pinière était,
avec cet amendement proposé, porter atteinte au troisième paragraphe de 22.3...
troisième alinéa. C'était le seul élément nouveau.
Alors là, on parle, et je le cite, du paragraphe
qui se lit ainsi : «Malgré [le premier alinéa] — de
22.3 — un
organisme de l'Administration peut utiliser une autre langue seulement
lorsqu'il a pris ou révisé la directive prévue à l'article 29.14 ou, s'il
s'agit d'un organisme visé à l'article 29.15, lorsque le [ministre] qui y
est visé a pris ou révisé la directive prévue à cet article, pourvu que la
directive ait été soit approuvée en vertu de l'un ou l'autre» des
articles 29.16 ou 29.18, soit transmise en vertu de l'article 29.17.
Alors, le
ministre a précisé... C'était le seul, seul, seul argument substantiel. Il
constatait que cet amendement, si dûment adopté, risquait de porter
atteinte au paragraphe que je viens de lire. Est-ce que le ministre peut nous
offrir quelques précisions là-dessus? Parce que j'ai de la difficulté à
comprendre les conséquences, seules conséquences qu'il aurait identifiées dans
son argumentation.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Donc, Mme la
Présidente, le député de D'Arcy-McGee fait bien référence au dernier alinéa de
l'article 22.3, dernier alinéa, et sa crainte est relativement à
l'application de la directive. Ce que je peux lui dire... Et je peux le
rassurer en ce sens-là parce que... Dans le fond, ce que je comprends de sa
question, c'est qu'il dit : Bien, ça devra être autorisé par une
directive, notamment, ces exceptions-là. Or, dans le cas de la
loi sur la santé
et les services sociaux, elle s'applique parce qu'elle est antérieure à
l'adoption du projet de loi n° 96.
Donc, ça demeure le statu quo, même si ce n'est
pas approuvé par la directive en question, parce que, notamment, et on le verra
plus tard, on a déjà adopté, à l'article 22.5, paragraphe 7°,
notamment, un renvoi à l'article 15 de la
loi sur la santé et services
sociaux suite à l'amendement de la députée de Marguerite-Bourgeoys. Et ça, on
n'était pas obligés de faire ça, Mme la Présidente, parce que c'était déjà
couvert à l'article 88 point quelques, que le projet loi n° 96
s'appliquait aux lois qui étaient postérieures à l'adoption du projet de loi
n° 96. Or, puisque la
loi sur la santé et les services sociaux est
antérieure à l'adoption du projet loi n° 96, qui, je
le souhaite, se fera dans un délai contemporain à la date d'aujourd'hui... fait
en sorte que nous n'avions pas besoin d'introduire cette disposition-là, mais
on l'a quand même fait pour faire en sorte de rassurer les gens suite à la
suggestion de la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Alors, dans ce cas-là, avec le cas que vous
soulevez, c'est déjà couvert. Et ce ne sera pas assujetti à cette directive-là,
notamment, parce que l'article 15 de la
loi sur la santé et services
sociaux est autonome en soi. Il est antérieur et il s'applique. Et, en plus, on
est venus le noter directement. Donc, c'est l'article 63(88.15), Mme la
Présidente, sur la disposition postérieure. Donc, j'espère que ça a rassuré le
député de D'Arcy-McGee en lien avec le dernier alinéa de cet article.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le député de D'Arcy-McGee. J'ai la députée de Mercier aussi qui
s'inscrit dans le débat. Allez-y.
M. Birnbaum : Deux précisions.
Alors, cet alinéa, pour que ce soit opérationnalisé comme il faut, il faut que
l'État fasse preuve de médiocratie ou d'une performance ordinaire quand il
s'agit de 22.3. En quoi l'exemplarité, une exigence qui parle d'équité, comme a
bien dit mon collègue, risque d'en quelque part nuire à cet alinéa aussi?
Et, comme le temps passe, je me permets, si je
peux, Mme la Présidente, une deuxième question. À juste titre, le ministre
continue de faire allusion à l'acte sur la santé et les services sociaux, ce
qui m'amène à poser une question, toujours sur l'article 22.3, à
l'alinéa 1°, où... là, je me perds... où on parle de la santé tout court,
et au lieu de santé et services sociaux... juste un moment... alinéa 1°.
Alors, première question : Est-ce qu'il faut être médiocre pour que le
paragraphe trois se réalise comme il faut?
Deuxième
question, en alinéa 1°, on parle de «lorsque la santé, la sécurité
publique». Est-ce qu'on a à s'inquiéter sur l'absence d'inclusion de
services sociaux dans ce premier alinéa?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Donc,
premièrement, l'État québécois n'est pas médiocre relativement aux services qui
sont donnés à la minorité linguistique anglophone, aux ayants droit. On n'a
aucunement à rougir dans la fédération canadienne, qui est enchérie du côté du
Parti libéral. Je crois que le Québec, il est exemplaire, Mme la Présidente. Le
traitement relativement à la minorité anglophone, Mme la Présidente, c'est
exemplaire.
Bon, sur la question
du député de D'Arcy-McGee relativement au libellé, c'est la même formulation
que l'article 22 de la Charte de la langue française, qui existe depuis
1977. Et je reviens sur le principe même, c'est l'État québécois qui est
exemplaire en matière d'utilisation de la langue française, c'est dans le cadre
de la Charte de la langue française. Ce n'est pas un débat sur les services qui
sont donnés dans le cadre de la
loi sur la santé et services sociaux. Ça, c'est
dans un autre forum, dans la
loi sur la santé services sociaux. Ici, on est
dans le forum de la Charte de la langue française et du projet de loi n° 96. Et l'État québécois respecte les droits qui sont
conférés en vertu de l'article 15 de la
loi sur la
santé et services sociaux. Et d'ailleurs, en guise d'ouverture, pour rassurer
tout le monde, je l'ai inscrit, à votre demande, dans le projet de loi n° 96.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci, M. le ministre. Et, sur ce, compte tenu de
l'heure, je suspends les travaux. Bon appétit.
(Suspension de la séance à
12 h 29)
La Présidente (Mme
Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous allons poursuivre
les travaux. La Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux.
Nous poursuivons
l'étude détaillée du projet de loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.
Lors de la suspension de nos travaux ce midi, nous en étions à l'étude de
l'amendement qui avait été déposé par M. le député de La Pinière à
l'article 22.3. Donc, je suis prête à entendre d'autres interventions sur
cet amendement-là avant de le mettre aux voix. Oui, M. le député de
La Pinière.
M. Barrette :
Je pense que mon temps était écoulé, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Il vous reste...
M. Barrette :
Et mon collègue avait la parole, si je me souviens bien.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, c'était le député de D'Arcy-McGee qui avait la
parole. Et, vous, il vous reste à peine, à peine, à peine quatre minutes.
M. Barrette :
À peine plus rien.
La Présidente (Mme
Thériault) : Non, je ne suis pas au bon endroit. Ne bougez pas.
M. Barrette :
Mme la Présidente, non, non, je pense que j'étais en secondes, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Pardon?
M. Barrette :
Je pense qu'il ne me restait que des secondes.
La Présidente (Mme
Thériault) : Non. D'après le chronomètre, il vous restait un peu plus
de temps. Je le sais, je vous avais signifié à peine... comme, peut-être, une
minute et quelques. Mais, dans le temps qu'on m'indique ici, c'est quatre
minutes.
Présidente (Mme Thériault) :
C'est une erreur, c'est 40 secondes. Donc, il vous reste 40 secondes.
M. le député de D'Arcy-McGee, il vous reste quelques minutes, et après
ça on peut passer au vote. Je reconnais...
M. Barrette :
Je n'ai pas de commentaire additionnel à faire à cette étape-ci...
La Présidente (Mme
Thériault) : Pardon?
M. Barrette : Je n'ai pas de commentaire additionnel à faire, Mme la Présidente. J'ai
dit pas mal ce que j'avais à dire.
La Présidente (Mme
Thériault) : Bon. Donc, si je ne vois pas d'intervention, nous sommes
prêts à procéder au vote de l'amendement qui a été soumis par le député de La
Pinière. Est-ce que l'amendement est adopté?
La Présidente (Mme
Thériault) : Un vote par appel nominal? Parfait. Mme la secrétaire.
Secrétaire : Oui. Veuillez répondre pour, contre ou abstention. M. Barrette
(La Pinière)?
La Secrétaire : Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Birnbaum (D'Arcy-McGee)?
La Secrétaire :
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire :
M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Contre.
La Secrétaire :
M. Chassin (Saint-Jérôme)?
La Secrétaire :
M. Émond (Richelieu)?
La Secrétaire :
Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire :
M. Poulin (Beauce-Sud)?
La Secrétaire :
M. Lemieux (Saint-Jean)?
La Secrétaire :
M. Bérubé (Matane-Matapédia)?
Bérubé :
Contre.
La Secrétaire :
Et Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme
Thériault) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté. Nous pouvons
donc revenir à l'article 22.3. Donc, est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'article 22.3? Si je ne vois pas d'intervention, nous
serons... nous allons passer à l'article 22.4.
M. Jolin-Barrette : Oui. Mme la Présidente, avec votre permission,
22.4 : «Un organisme de l'Administration doit mettre en oeuvre des mesures qui assureront, à la fin d'une période
de six mois, des communications exclusivement en français avec les personnes
immigrantes, lorsque, afin de fournir des services pour l'accueil de ces
personnes au sein de la société québécoise, il utilise une autre langue que le
français en vertu de l'article 22.3.
«L'organisme qui,
conformément au premier alinéa, fournit des services dans une autre langue que
le français à des personnes immigrantes doit, lorsque le volume de la demande
pour de tels services par ces personnes le justifie, privilégier l'utilisation
de leur langue maternelle.»
Commentaire.
L'article 22.4 de la Charte de la langue française que propose
l'article 15 du projet de loi complète
l'exception prévue par le sous-paragraphe c du paragraphe 2° du
premier alinéa de l'article 22.3. Cette exception permet d'utiliser
une autre langue que le français pour fournir des services pour l'accueil au
sein de la société québécoise des personnes immigrantes durant les six premiers
mois de leur arrivée au Québec.
Le premier alinéa de
l'article 22.4 prévoit ainsi que l'organisme qui utilise une autre langue
que le français peut fournir... pour fournir de tels services doit, en plus,
de... mettre en oeuvre des mesures pour assurer qu'à la fin d'une période de
six mois les communications avec une personne bénéficiant de ces services
pourront se faire exclusivement en français.
Puisque, pendant la
période de six mois, une autre langue que le français peut être utilisée pour
fournir des services pour l'accueil d'une personne immigrante, le deuxième
alinéa de l'article 22.4 de la charte prévoit que l'organisme qui utilise
une telle autre langue doit privilégier l'utilisation de la langue maternelle
de cette personne lorsque le nombre de demandeurs utilisant la même langue le
justifie. Cette obligation vise à renforcer le statut du français comme langue
commune en limitant l'utilisation d'une langue auxiliaire qui n'est ni le
français ni la langue maternelle de la personne immigrante.
dispositions de l'article 22.4 entreront en vigueur un an après la
sanction du projet de loi, ainsi que le prévoit le paragraphe 3° de l'article 201.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. le ministre. Questions? Mme la députée
de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Bien, je suis perdue parce que je ne sais pas ce qu'il a lu à la fin. Je le
suivais dans le cahier, page 105, puis tout à coup vous avez ajouté plein
d'autres choses. Est-ce qu'on a le même cahier?
La Présidente
(Mme Thériault) : C'est les commentaires.
M. Jolin-Barrette :
Peut-être la page suivante.
Mme David :
Bien, c'est là-dedans?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui, 115 et 117. 115 et 117, vous avez les
commentaires qui suivent l'article.
Mme David :
Mon Dieu! que ça va... Bien, voyons donc!
Jolin-Barrette : Parce que, dans le fond...
Mme David :
Quelle page? 115?
La Présidente (Mme
Thériault) : 115 et 117, si vous regardez au bas, au bas de la page...
M. Jolin-Barrette :
Parce que chacun... Puisque c'est un
article qui introduit plusieurs articles,
ils les ont détaillées par articles, dans le fond, ça fait qu'ils ont mis le
commentaire sous chacun des articles.
Mme David :
Oui. Tu sais... Bien, je pensais que... Parce que... O.K.
La Présidente (Mme Thériault) : Non. C'est parce que vous avez demandé d'étudier
alinéa par alinéa. Donc, les
commentaires sont répartis avec chacun des nouveaux articles qui sont
introduits, comme le ministre a expliqué.
Mme David :
Non, non, je sais, mais pourquoi on l'a à trois endroits différents?
La Présidente
(Mme Thériault) : Parce qu'au début vous avez tout l'article.
Mme David :
Page 104, là, c'est l'article.
La Présidente
(Mme Thériault) : Au complet.
Mme David :
Page 105, c'est encore l'article 22.4. Puis page 115, c'est
encore l'article.
La Présidente
(Mme Thériault) : Habituellement, vous avez l'article comme tel
qui est proposé par le ministre. Après ça, vous avez les commentaires et les
notes explicatives par le ministre.
Mme David :
Puis la troisième fois?
La Présidente
(Mme Thériault) : Et après ça la troisième fois, c'est dans
l'alinéa, parce qu'on y va alinéa par
alinéa, tel que vous l'avez demandé. Donc, quand vous... Quand on introduit un
nouvel article, vous avez l'entièreté de l'article au début, après ça,
ce qui a été proposé par le ministre, et par la suite vous avez
article par
article. Donc, il faut aller vraiment
article par article.
Donc, si vous allez à
la page 115, vous allez voir, à l'article 15, seulement le 22.4, et
les commentaires du ministre suivent ensuite. C'est parce que vous ne vous en
êtes pas rendu compte, mais c'est ce qu'on a fait dans les autres articles
aussi.
Mme David :
Non, je sais, mais, sincèrement, je ne vois pas la différence entre
l'étape 1 et l'étape 2, parce que c'est du copier-coller entre la
page, disons, 104 et 105. C'est du copier-coller.
La Présidente
(Mme Thériault) : Bien, c'est parce que c'est pour faciliter la
compréhension. Des fois, on est mieux de répéter plus que pas assez.
Mme David :
En le lisant deux fois?
La Présidente (Mme Thériault) :
Non, mais c'est parce que le... C'est usuel, Mme la députée. C'est ce que
j'essaie de vous expliquer.
Mme David :
Bien, c'est parce que ce n'est pas ce qui est usuel qui est toujours le plus
sensé. Alors, je pose la question, parce que vous pourriez peut-être...
M. Jolin-Barrette : Ça, je suis
d'accord avec vous.
Mme David : Vous pourriez
m'apporter l'exemple inverse en disant : Bien oui, mais, dans certains
cas, c'est bon pour... Mais là c'est du copier-coller. Donc, il faut, en plus,
aller à la page 115, où... Là, je comprends très bien, il y a des
commentaires, etc. Alors, je cherchais les commentaires, qui sont beaucoup plus
loin. Donc, ça complique encore plus les choses.
Ceci dit, c'est mon collègue de D'Arcy-McGee qui
aurait une question de précision.
La Présidente (Mme Thériault) :
Parfait. Merci. J'espère que c'est clair pour tout le monde. Donc, M. le député
de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Dans le libellé de 22.4, ça me laisse avec l'inquiétude, qui risque
d'être un petit peu soulagée par les commentaires, mais les commentaires ne
font pas
partie de l'article... Est-ce qu'on peut être assurés que 22.4, à l'effet
de circonscrire, de souligner la circonscription, si vous voulez, de 22.3c... c'est-à-dire,
une fois que ces six mois sont coulés, ça se déclenche?
Ce qui m'inquiète... Je ne lis pas, dans
l'article tel que rédigé, que cette limite s'impose exclusivement sur 2°c et
pas sur la totalité de l'article 22.3. Parce que, si on lit comme tel, la
référence, suite aux limites de six mois, est tout simplement à
l'article 22.3.
Est-ce qu'on peut assurer... être assurés qu'à
titre d'exemple les exceptions, lorsqu'on parle de la santé, la sécurité
publique, etc., des exceptions déclenchées par les raisons de justice
naturelle, dans le 22.3.1°, à
titre d'exemple, ne sont pas circonscrites par ce
qu'on voit dans 22.4? Et, si c'est le cas, je me demande si on a besoin d'une
précision dans l'article. Si j'ai bien compris, l'étendue de 22.4 se limite bel
et bien à 22.3c.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, dans
le fond, là, je comprends bien votre question, là, la réponse à cette
question-là, c'est oui, parce que, dans le fond, tu sais, je l'expliquais, le
principe, dans une loi, là, la façon dont les lois sont interprétées,
c'est : Lorsqu'il y a une exception, le citoyen, ou l'administré, là, en
l'occurrence, bénéfice toujours de l'exception la plus large en sa faveur.
Donc, exemple, ça signifie... Prenons un cas
d'exemple. Une personne immigrante qui arrive après le dépôt du projet de
loi... après la sanction de la loi, après la sanction de la loi, elle, elle
aura six mois, dans le fond... en fait, l'État pourra communiquer avec elle...
L'État va communiquer avec elle en français, mais l'État peut communiquer avec
elle dans une autre langue que le français pour une période de six mois, pour
l'accueil. Ça, c'est l'exception générale.
22.4 s'applique à cette disposition-là. Mais, par exemple, la même personne
immigrante, O.K., qui se retrouve au-delà de six mois, donc huit mois,
O.K., puis qu'elle se fait intercepter puis elle se fait arrêter, donc là, elle
va pouvoir tomber dans l'exception prévue à 22.3, paragraphe 1°, justice
naturelle.
Donc, 22.4
vise, notamment... Lorsque la communication est de six mois, on dit aux
ministères et organismes : Vous devez travailler les outils pour
faire en sorte d'être en mesure de communiquer avec la personne immigrante à la
fin du délai de six mois en français.
Et, l'autre élément qui est important à 22.4,
lorsqu'on parle de communiquer avec la personne immigrante dans une autre
langue que le français, on dit : Dans la langue maternelle de la personne,
dans la mesure du possible.
Donc, vous vous souvenez les discussions qu'on
avait eues, notamment, avec la députée de Mercier. Donc, ça signifie : Si
la personne, elle est d'origine russe, puis si le ministère a la possibilité de
pouvoir s'exprimer en russe pour l'intégration de la personne, l'accueil, il le
fera par rapport à une langue auxiliaire. Donc, même chose, on a une personne
qui est hispanophone, bien, lorsqu'on dit : Utiliser une autre... Dans le
fond, le principe, c'est en langue française, mais on vient permettre de
parler... à l'Administration de communiquer en espagnol avec la personne, parce
que la personne est hispanophone, plutôt que de passer, supposons, par une
langue auxiliaire autre.
Donc, 22.4 vient, oui, combler l'exception de c,
mais ça ne veut pas dire qu'une personne immigrante qui se retrouve dans une
autre des exceptions ne bénéficie pas de l'exception. Le meilleur exemple,
notamment, c'est à 22.5, l'exception qu'on avait introduite avec la proposition
de la députée de Marguerite-Bourgeoys, là, ils vont bénéficier de
l'article 15 de la
loi sur la santé et services sociaux relativement aux
soins.
La Présidente (Mme Thériault) : Ça
va, M. le député?
La Présidente (Mme Thériault) :
D'accord. Si je ne vois pas d'autre intervention, nous pourrions passer à
l'article 24... 22.5. Et j'ai M. le ministre qui a un amendement...
M. Jolin-Barrette : Oui,
effectivement.
La Présidente (Mme Thériault) :
...et peut-être, par la suite, la députée de Marguerite-Bourgeoys. Mais on va
aller dans l'ordre. Donc, M. le ministre, la parole est à vous.
Jolin-Barrette : Oui. Je vous annonce déjà l'amendement, Mme la
Présidente. Donc, c'est l'amendement sur la recherche, hein, c'est ça,
l'amendement sur la recherche, oui, dont on a discuté préalablement. Donc,
22.5 : «Les dispositions de la présente
section n'ont pas pour effet d'empêcher l'utilisation d'une autre langue que le
français dans les cas suivants :
«1° les communications destinées à des organes
d'information diffusant dans une langue autre que le français et la publicité
qu'ils véhiculent;
«2° les
communications d'un ministre ou d'un titulaire d'une charge publique élective
au sein d'un organisme de l'Administration, autres que celles destinées
à un tel organisme ou aux membres de son personnel;
«3° les
documents utilisés dans les relations avec l'extérieur du Québec et qui ne sont
pas visés aux articles 16, 16.1 et 21 à 21.3;
«4° les communications orales avec les personnes
provenant de l'extérieur du Québec, lorsqu'elles sont nécessaires au
déploiement de l'action internationale du Québec;
«5° lorsqu'un organisme de l'Administration doit
utiliser cette autre langue pour se conformer à la loi ou aux pratiques d'un
autre État que le Québec;
«6° sauf dans les documents visés aux
articles 16, 16.1 et 21 à 21.3, lorsque l'utilisation de cette autre
langue est nécessaire à la mise en oeuvre de mesures visant la coopération
entre les autorités compétentes du Québec et celles
d'un autre État, y compris la rédaction de documents nécessaires à
l'application au Québec de normes visant à être harmonisées avec celles
d'un tel autre État;».
7°, qui n'est pas là, mais qu'on a ajouté
tantôt... bien, tantôt... dans une séance précédente, c'était «pour
l'application de l'article 15 de la
Loi sur les services de santé et [...]
services sociaux».
Et là, ça, c'est l'article, Mme la Présidente.
Et là je proposerais d'introduire l'amendement à l'article 22.5.
La Présidente (Mme Thériault) :
Allez-y.
M. Jolin-Barrette : On peut juste...
La Présidente (Mme Thériault) :
...l'amendement est sur Greffier, à la disposition des collègues députés.
M. Jolin-Barrette : Oui. Dans
l'amendement, Mme la Présidente, il va y avoir l'amendement pour la recherche
mais les contrats hors Québec aussi. Alors, l'amendement se lit ainsi : À
l'article...
Donc, c'est... On vient amender
l'article 22.5 tel qu'il est déjà amendé à cause de 7°, le
paragraphe 7°. Donc, l'amendement se
lit ainsi : À l'article 15 du projet loi, dans l'article 22.5 de
la Charte de la langue française qu'il propose :
1° insérer, après le paragraphe 2°, le
suivant :
«2.1° les documents rédigés ou utilisés en
recherche déterminés par règlement du ministre, dans les cas et aux conditions
qui y sont prévus, autres que les documents suivants :
«
a) le contrat visé à l'article 21;
«
b) l'écrit rédigé pour obtenir une autorisation
ou une aide financière, à l'exclusion des documents qui y sont joints;»;
2° remplacer, dans le paragraphe 3°, «et
qui ne sont pas visés aux articles 16, 16.1 et 21 à 21.3» par «, à l'exclusion
des documents visés aux articles 16 et 16.1 ainsi que des ententes visées
aux articles 21.1 et 21.2 et des écrits qui y sont relatifs visés à
l'article 21.3;»;
3° ajouter, à la fin, l'alinéa suivant :
«Les dispositions de l'article 21.7 s'appliquent
aux documents visés au paragraphe 3° du premier alinéa, compte tenu des
adaptations nécessaires.»
Le commentaire. Cet amendement propose d'abord
l'introduction, dans l'article 22.5 de la Charte de la langue française
proposé à l'article 15 du projet de loi, d'un paragraphe 2.1° qui
aura pour effet de permettre que les documents rédigés ou utilisés en recherche
puissent être rédigés dans une autre langue, lorsqu'ils sont visés par
règlement du ministre, dans les cas et aux conditions que prévoira ce règlement.
Ne peuvent toutefois pas bénéficier de cette
exception le document qui serait un contrat visé à l'article 21 ou la
demande visant à l'obtention d'une autorisation ou d'une aide financière. Ne
sont pas considérés être une telle demande les documents qui y sont joints,
comme le serait un
article scientifique joint à une demande de bourse.
Cet amendement propose ensuite de modifier cet
article afin d'autoriser l'utilisation d'une autre langue que le français dans
des documents utilisés dans les relations avec l'extérieur du Québec lorsqu'il
s'agit de contrats ou d'autres documents qui leur sont relatifs.
Cet amendement propose enfin que l'obligation de
rendre disponible au membre du personnel d'un organisme
une version française des documents rédigés uniquement dans une autre langue,
tel que prévu à l'article 21.7 de la
charte proposé par l'article 14 du projet de loi, soit étendue aux
documents utilisés dans les relations avec l'extérieur du Québec.
Donc, dans l'amendement, Mme la Présidente,
ça... En fait, l'article 22.5, c'est un
article d'exceptions, donc, c'est
des exclusions. Et là, avec l'amendement, ce qu'on vient faire, suite à la
discussion qu'on avait eue avec la députée
de Marguerite-Bourgeoys, notamment, relativement à la recherche, on vient
exclure. Et on va pouvoir le faire, notamment, par règlement.
Les documents qui joignent la demande de
subvention... Puis, on se souvient, la discussion qu'on avait eue, c'était sur le contrat. Dans le fond, quand vous
faites une demande de subvention, ça devient un contrat. Et donc la
demande de subvention en vue de l'obtention du contrat,
ça, c'est en français, mais tout ce qui est soumis avec la demande de
subvention, ses recherches scientifiques, résumés, curriculum vitae, qui citent
des extraits dans une autre langue parce que
le chercheur a fait des publications, tout ça, ça, ça va pouvoir être dans une
autre langue que le français. Mais la demande principale, elle, va
devoir être en français. Ça, c'est le premier élément relativement à la
présence d'un contrat en termes de subvention.
Si jamais c'était une aide financière normée,
qui ne constitue pas une subvention, qui est, comment je pourrais dire, contractuelle, donc, simplement par
l'effet de la loi, vous avez cette subvention-là, je remplis les
critères 1, 2, 3, c'est un automatisme, ça, la demande peut être faite
exclusivement dans une langue autre que le français.
Donc, c'est la différence. Parce que... Pourquoi
c'est comme ça? Parce que l'État, dans le fond, lorsqu'elle contracte, elle
contracte exclusivement en français.
Mais, lorsque
vous êtes dans une situation où, par l'effet de la loi, vous avez droit à la
subvention, supposons, à l'aide financière, donc, que c'est un programme
normé et donc qu'il n'y a pas de discrétion, si je peux dire, si ce n'est pas
une relation de nature... l'équivalent d'une relation privée, mais c'est donné
dans le cadre d'une règle générale réglementaire qui s'applique à tous de la
même façon, ça, à ce moment-là, la communication peut être dans une langue
autre parce que ce n'est pas contractuel. Ce n'est pas deux rapports de
contrat, mais c'est une obligation pour l'État de donner l'argent. Donc, c'est
différent. C'est un acte unilatéral de l'État. Lorsqu'il y a une norme qui est
établie, l'État... Moi, si tous ceux qui font pousser des fleurs de lys sur
leurs tapis ont droit à une subvention, donc là, on rentre ici, au salon rouge,
puisqu'il y a des fleurs de lys sur le tapis, la subvention serait donnée.
Donc, ça, la norme, elle est établie par voie réglementaire ou légale, tandis
que la subvention contractuelle, c'est différent.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Bien, je comprends bien.
Quand vous parlez de normes, je pense à un autre dossier où il devrait y avoir
de l'équité, mais on n'ira pas là. Mais, quand vous parlez de normes, vous
dites : Les normes, ça peut être en anglais ou en français, mais, les
subventions, il faut que ce soit juste en français. Pourquoi les normes — là, c'est
moi qui vous demande pourquoi — ça pourrait être dans une langue autre?
M. Jolin-Barrette : Parce que, de la
façon dont on a fait la construction du projet de loi, lorsque l'État
contracte... Dans le cadre d'une demande de recherche, la majorité du temps,
c'est une demande contractuelle. État, je t'offre mon savoir ou j'offre de
diffuser le savoir et je souhaiterais avoir une subvention. Donc, il y a une
relation contractuelle qui s'engage. L'université va signer. Le chercheur
soumet sa demande, mais, généralement, ce n'est pas le chercheur qui va recevoir ça dans son compte à la caisse
populaire, ça va être l'université ou le département qui va...
Mme David : ...qui se parlent en
français.
M. Jolin-Barrette : Exactement.
Exactement.
Mme David : Bien, la subvention, ce
n'est pas clair pour moi. Une subvention normée, c'est automatique, tu as droit
à ta subvention.
M. Jolin-Barrette : C'est de plein
droit.
Mme David : Mais de plein droit, ça
veut dire de plein droit linguistique aussi?
M. Jolin-Barrette : Non. Bien, c'est
parce que, dans le fond, il y a une exception relativement au fait que l'État
n'a pas la discrétion de le donner ou de ne pas le donner.
Exemple, prenons un cas simple, là, supposons,
en CPE, O.K., ou en privé subventionné, en établissement privé subventionné.
J'ai tant d'enfants, tant d'espace, donc le montant associé est le suivant. Ce
n'est pas contractuel versus... parce que c'est une norme réglementaire qui est
établie.
David : Qu'est-ce qui fait que, sur le fond, la personne a
le droit de le faire dans la langue de son choix?
M. Jolin-Barrette : Parce que ce
n'est pas un contrat.
Mme David : Oui, je sais, mais...
Jolin-Barrette : Dans le fond, on n'est pas venus assujettir une
disposition de la loi. Quand un citoyen y a droit de plein droit, la
demande peut être dans une langue autre.
Mme David : Je comprends très bien
que ça a le droit d'être dans les deux langues, mais je ne comprends pas le
rationnel. Mais ce n'est pas grave.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, le rationnel, là, c'est que l'État,
quand il agit comme cocontractant, lorsqu'il est en matière de liberté
contractuelle, l'État, c'est une personne morale, O.K.? Bien, la personne
morale État du Québec,
elle, elle s'exprime exclusivement en français. Donc, quand on est en
méthode... en modalité ou dans une situation qui est contractuelle, l'État
vient signer, par le biais de son fonctionnaire, là, vient dire : Je
contracte, moi, État du Québec, avec vous,
citoyens chercheurs, et par l'université, il est en mode contractuel. On a
décidé d'assujettir tous les contrats de l'État au français exclusif.
Donc, l'État, lorsqu'elle contracte, que ce soit avec une personne physique, une personne morale, avec une société en
nom collectif, elle le fait en français. Ça, c'est le principe de base.
Ça fait part de l'exemplarité de l'État, sauf les exceptions qui sont y
prévues, notamment à 22.5.
Donc, quand vous
rentrez dans une des exceptions, exemple, avec un État étranger, ou avec une
chambre de compensation, ou le Québec va acheter des devises étrangères à New
York, puis ça se passe tout... ou, je ne sais pas, là, achèterait des grains à la Bourse de Chicago, bien, il y aurait une
exception pour le faire également dans une langue autre que le français
dû au fait que, le marché international, on ne pourra pas nécessairement
contracter en français.
Mme David : Et là on ajoute, donc, le... on ajoute le volet
recherche. Là, on vient de parler du volet contrats, si je comprends bien, qui est nouveau aussi. Vous
dites : On ajoute deux... Dans l'amendement, il y a contrats et
recherche.
M. Jolin-Barrette :
Bien, contrats, on amène certaines exclusions pour les contrats.
Mme David :
O.K. Mais là est-ce que c'est... On ne parlait pas des exclusions, là, là, là,
ce qu'on vient d'avoir depuis trois minutes, là.
M. Jolin-Barrette :
Bien, oui. Bien, en fait, votre question, là, à la base, c'était en matière de
recherche, pourquoi, en matière de recherche, est-ce que... lorsque c'est...
Mme David :
Il y a des contrats, puis il y a des subventions, puis il y en a un qui est
traité différemment de l'autre. Puis le contrat, ça peut être... ça doit être
en français pour la
partie contractuelle, et tous les documents annexes peuvent
être en anglais, dans une autre langue.
M. Jolin-Barrette :
Au soutien.
Mme David :
Si l'article a été publié en espagnol, en mandarin, en...
M. Jolin-Barrette :
Exactement.
Mme David :
O.K. La question que j'ai... bien, que j'ai et que des chercheurs ont, parce
qu'ils nous suivent et ils sont inquiets, c'est que... À tort ou à raison, j'ai
l'impression qu'ils se posent plein de questions sur l'ensemble d'une vie d'un
centre de recherche. Je ne pense pas me tromper en disant que, là, on parle
vraiment, de façon circonscrite, de demandes de subvention.
Alors là, ils se
demandent, par exemple, dans des protocoles de recherche, un institut de
sondage, un... Il y a beaucoup, beaucoup de recherches qui fonctionnent par
aller chercher une centaine de femmes en... qui viennent d'accoucher, et puis
est-ce qu'elles font une dépression postnatale, par exemple. Bon. Est-ce que
les entrevues de recherche, les protocoles, si on veut rejoindre toute la
population, doivent obligatoirement être en français, ou peuvent être en
anglais, ou... dépendant de la population à qui on s'adresse?
Ça, c'est une des
inquiétudes, parce que, souvent, des centres de recherche, bon, travaillent
dans deux, trois, quatre langues différentes. On n'est plus du tout dans les
subventions, on est dans la vie quotidienne d'un centre de recherche. Peut-être
que vous allez dire : Ça ne touche pas du tout ce genre d'affaires
pointues là, des essais de médicament. Là,
on tombe vraiment dans un univers, là, très complexe. Alors, juste dire...
Peut-être que ça rassurerait que vous me répondiez : Non, non, on
parle des subventions.
Le reste, bien,
c'est... Là se pose... Eux ou elles se posent aussi la question : Est-ce
que les centres de recherche font
partie de l'Administration, dépendant si ce
sont des centres indépendants affiliés à un hôpital, auquel cas l'hôpital,
c'est autre chose, la loi de santé et services sociaux, ou c'est lié à un
CIUSSS, ou c'est indépendant? Alors là, ils se posent aussi toute la question
sur la vie quotidienne d'un centre de recherche.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, je tiens à vous
rassurer. Dans le fond, exemple, là, les essais cliniques, notamment, au soutien de la demande pourront être dans une
autre langue que le français. C'est vraiment la demande de subvention,
le formulaire relativement à la demande de subvention qui est en français
lorsqu'on est en matière contractuelle. Exemple, le protocole de recherche
également, on pourra l'exclure par voie réglementaire aussi, parce que vous
avez vu que, dans le cadre de l'amendement que nous avons... que nous proposons,
on dit également que le ministre a un pouvoir d'adopter un règlement qui va
venir, notamment... venir faire en sorte d'exclure nommément certains éléments
au soutien. Donc, exemple, le protocole de recherche en ferait partie, les
références, tout ça aussi.
Mais
l'objectif, c'est vraiment... de l'article, c'est vraiment : le contrat de
subvention, la demande de subvention, elle est en français. Mais, bien
entendu, les entrevues cliniques qui sont menées en fonction de la population,
ce n'est pas visé par la langue utilisée. Donc, là-dessus, c'est très clair.
Sur... Et on me disait également que cet
amendement-là, c'étaient beaucoup des gens qui oeuvrent dans le domaine de la
santé qui l'ont demandé également à la lecture du projet de loi. Donc, on
répond à leur demande.
Et, dans les... Vous
posiez la question : Est-ce que les hôpitaux font
partie l'Administration?
La réponse, c'est oui. Les hôpitaux font
partie de l'Administration avec un
grand A.
M. Jolin-Barrette : Oui. Donc,
la politique linguistique s'applique. Mais c'est sûr que, dans le cadre d'un
protocole de recherche avec un centre de recherche, il y a des situations qui
vont faire en sorte que les études pourront être menées dans une langue autre
que le français. Là-dessus, il n'y a pas d'enjeu. Mais c'est vraiment la
demande d'argent, de décaissement par rapport à l'État lorsqu'il contracte.
Mme David : Puis le fameux... J'avais
cette question-là, justement. Lorsqu'ils sont visés par règlement du ministre,
dans les cas et aux conditions que prévoira ce règlement... C'est quoi, le but
d'avoir un règlement autour de ça? Puis le ministre, il ne va quand même pas
réviser chaque demande de subvention, ou chaque situation de centre de
recherche, ou...
M. Jolin-Barrette : Non. Ça va
être...
Mme David : Je ne suis pas sûre de
ce que ça couvre, le règlement.
M. Jolin-Barrette : Ça va être
un règlement d'ordre général avec les exceptions qui joignent la demande. Parce
que le principe, là, c'est que tout est en français, sauf les exceptions qui
vont être listées dans le règlement.
Mme David : Alors, est-ce que,
justement, ce que vous avez inclus... Puis je pense que ça va probablement
préciser les choses pour les centres de recherche, là, cet amendement-là.
Est-ce que ça convient au FRQ? Est-ce que ça convient au Scientifique en chef?
Est-ce que... Moi, je n'ai pas fait toutes ces recherches-là, là, pour savoir
si tout le monde est plutôt confortable avec ça ou si ça crée des grands enjeux
qui... qu'on n'aurait pas vus, personne.
M. Jolin-Barrette : Oui. Oui,
puis, dans le fond, ça convient au ministère de l'Économie, où est-ce qu'Innovation est là, Recherche est là également.
Ça amène aussi une flexibilité, parce qu'on vient introduire le principe
de l'exception puis on vient interdir... La recherche pourra bénéficier d'une
exception, sauf pour la subvention. Puis là, avec le règlement du ministre, on
va venir détailler clairement toutes les exceptions.
Mme David : O.K. Parce que c'est...
Évidemment, on n'est pas spécialistes de tous les domaines, et Dieu sait que ce
projet de loi touche des tonnes de domaines, mais là... C'est juste parce que
je cherche que je ne le trouve pas. Il y a un document qui m'a été envoyé par
un centre de recherche, là, qui dit, entre autres... mais vous me voyez
arriver, ça va être les articles qui touchent les collèges, je pense, et qui
disent : Toute la recherche doit être faite en français, y compris dans
les centres de recherche puis...
Alors là, il peut y avoir des problèmes. Et ça,
j'espère que MEI a regardé ça, parce que, des fois, il y a des centres de
recherche qui travaillent avec des entités ou avec des... qui peuvent être soit
d'ordre international... Ce n'est pas parce qu'on est Québec puis au niveau
collégial — là,
je fais ma chauvine — qu'on
n'a pas des contrats avec l'Ontario, les États-Unis. Il y a des centres de
recherche, maintenant, très, très développés, avec des niches très
particulières. Alors là, ils s'inquiétaient que tout doive être fait en
français. Mais on y reviendra, parce que c'est, je pense, 98.0.14... 88.0.14...
à l'article je ne sais pas quoi, là. Un jour, on va arriver là.
M. Jolin-Barrette : Un jour
prochain.
Mme David : Je l'espère.
M. Jolin-Barrette : Est-ce un
engagement?
Mme David : Bien, on ne dit pas
quel jour. Le jour de la marmotte vient de passer, là.
M. Jolin-Barrette : Puis
qu'est-ce qui est... Je n'ai pas suivi.
La Présidente (Mme Thériault) :
Six semaines.
Mme David : Aïe! Ça va arriver
tard.
M. Jolin-Barrette : Mais est-ce
la marmotte canadienne ou la marmotte américaine? Parce que vous savez que ce
n'est pas au même moment, il me semble, là.
Mme David : Là, je ne sais
plus, là. Je pense que...
Présidente (Mme Thériault) : C'est la même journée, mais elles ont des opinions différentes, très
souvent.
M. Jolin-Barrette :
C'est ça? C'est la même journée? Oui?
La Présidente
(Mme Thériault) : Oui.
M. Jolin-Barrette :
C'est quoi, déjà, son nom?
La Présidente
(Mme Thériault) : Phil. Phil.
M. Jolin-Barrette :
Phil.
La Présidente (Mme Thériault) : Phil. J'ai la députée de Mercier qui voudrait
faire une intervention sur l'article.
Mme Ghazal :
Oui. Merci. Est-ce qu'on est sur l'amendement 22.5?
La Présidente
(Mme Thériault) : Sur l'amendement du ministre, oui.
Mme Ghazal :
Oui, exact. À 22.5, j'ai une question très précise : Est-ce que les
centres de recherche qui sont dans le réseau
de la santé et des services sociaux... Là, je comprends qu'il y a des
exceptions, quand est-ce qu'ils peuvent ne pas utiliser le français, mais
est-ce que cette exception-là de ne pas utiliser le français s'applique aussi
quand ils font de la recherche, des sondages, des entrevues auprès des
populations immigrantes qui ne parlent pas français?
La Présidente
(Mme Thériault) : Alors, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Dans le fond, là, ce qui est visé par l'exception, notamment... En fait,
l'Administration en général parle avec... communique et parle en français. Là,
on est dans les exceptions, notamment pour faire de la recherche. Ce qu'on dit, c'est que, lorsqu'il y a la demande de
subvention comme telle, le document, ça, c'est en français.
Là, par voie du
règlement du ministre, notamment, ce qui est au soutien de la demande de
recherche pourra être dans une autre langue que le français, incluant,
supposons, le protocole de recherche. Donc, c'est sûr que, oui, il pourra y
avoir cette exception-là pour faire en sorte de pouvoir communiquer, dans le
cadre de la recherche, dans une autre langue que le français.
Mme Ghazal :
Et c'est où, ça, que c'est écrit dans l'amendement, le soutien? C'est où?
M. Jolin-Barrette :
Non. L'amendement vient poser l'exception à la recherche. Par la suite, par
règlement du ministre, on va venir exclure, notamment, certains éléments de documents
au soutien de la demande. Mais le chercheur, lui, va pouvoir conduire la
recherche dans la langue de son choix, parce que ce n'est pas visé par
l'article.
Mme Ghazal :
O.K. Puis donc le chercheur va pouvoir utiliser la langue qu'il veut, par
exemple, quand il va... Dépendamment si la recherche est sur une
population x, il va pouvoir la faire dans la langue qu'il veut, que ce
soit à l'oral ou à l'écrit, par exemple les sondages. Je donne un exemple, tu
sais, un sondage, il peut y avoir d'autres moyens. Ça, ça peut être n'importe
quelle langue, c'est ce que je comprends, mais ce n'est pas écrit nulle part
dans la loi parce que ce n'est pas visé. Ce n'est pas ça qui est visé comme
exclusion.
M. Jolin-Barrette :
Oui. Exemple, pour faire des enquêtes d'opinion, par règlement du ministre, on
va pouvoir venir l'exclure, notamment.
Mme Ghazal :
Pourquoi on attend par règlement?
Jolin-Barrette : Bien, parce qu'il y a tellement d'exclusions
possibles. Donc, il faut travailler avec les différents
centres de recherche, notamment, lorsqu'on va être rendus à l'étape
réglementaire. Puis on veut les consulter sur l'étape réglementaire en
lien avec ce qu'ils vivent dans la réalité, tu sais. La députée de
Marguerite-Bourgeoys nous disait : Bien, écoutez, oui, il y a des centres
de recherche en matière de santé, mais il y a d'autres types de centres de
recherche, le collégial, notamment. Ça fait qu'on veut être sûrs de couvrir
plus largement.
Mais ce qu'il faut
retenir de l'amendement, c'est qu'on vient déroger au principe général, en
termes contractuels, parce que le principe, c'est : Je vous donne une
subvention... État du Québec donne une subvention au centre de recherche ou aux
chercheurs, normalement, ça se fait en français. Puis, si on n'apportait pas
l'exclusion qu'il y a ici, on viendrait
dire : Bien, tout le contrat, incluant les annexes, serait uniquement,
exclusivement en français.
Là, nous, ce qu'on
vient faire, c'est parce que, dans les protocoles de recherche... Parce qu'au
soutien d'une demande de recherche il y a d'autres documents qui ne sont pas
nécessairement en français, on dit : Les documents annexés qui vont être
joints, ceux-ci n'auront pas nécessairement à être exclusivement en français,
mais par contre la demande, le papier, le document qui demande la subvention,
elle va être en français. Mais par contre on pourra joindre les autres
éléments, notamment les protocoles de recherche, les enquêtes populationnelles,
les sondages.
Mme Ghazal :
O.K. Puis tous ces documents-là autres, là, qui pourraient être annexés pour
démontrer : Voici comment la recherche va être faite, là, même si la
demande initiale est en français, et après ça tout le reste va être dans la langue... peu importe la langue nécessaire pour
faire cette recherche-là, ça, c'est exclu. C'est-à-dire qu'on peut utiliser
d'autres langues, mais ça, ça va être par règlement.
Jolin-Barrette : Exactement, par règlement du ministre.
Mme Ghazal :
Parce qu'il va y avoir d'autres moments où on va dire : Non, ce n'est pas
nécessaire d'utiliser d'autres langues si c'est un autre type de recherche.
Jolin-Barrette : Non. Mais en fait ce qu'il faut comprendre, c'est que
le règlement vient créer... il ne viendra pas viser chacune des recherches. Tu
sais, il ne viendra pas dire, supposons : La recherche sur les hommes qui
ont... à quel âge les hommes deviennent avec les cheveux blancs.
Mme Ghazal :
...pas un règlement par recherche, là. O.K.
M. Jolin-Barrette : C'est ça. Ils vont dire, là, après ça : Ça dépend s'ils font de la
politique ou non, ça dépend.... tu sais, vous savez. Mais tout ça pour
dire que ça va être des supercatégories d'exceptions.
Mme Ghazal :
O.K. Puis c'est où, dans le... C'est quel
article de l'amendement qui dit ça,
«l'écrit rédigé pour obtenir une autorisation ou une aide financière, à
l'exclusion des docume