CRC — 21 October 2025 (43rd Legislature, 2nd Session)
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29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
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28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
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43 e législature, 2 e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mardi 21 octobre 2025
Vol. 48 N° 6
Consultation générale et auditions publiques sur le cahier de consultation intitulé « La planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029 »
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
19 h 30
20 h
20 h 30
21 h
21 h 30
22 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-cinq minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la... de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale
sur le cahier de consultation intitulé La planification de l'immigration au
Québec pour la période 2026-2029. M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le Secrétaire
: Oui, Mme
la Présidente. Mme Caron (La Pinière) remplace Mme Prass
(D'Arcy-McGee); M. Fontecilla (Laurier-Dorion) remplace M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve); et M. Boissonneault (Arthabaska) remplace M. Bérubé
(Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, ce matin, voici l'ordre du jour.
Nous allons entendre les groupes suivants : la Fédération étudiante
collégiale du Québec, qui est ici même représentée par... par... Je vais vous
le dire, M. Christopher Zéphir, qui en est le président, ainsi que Mme
Clémentine Bergeron-Isabelle qui en est la vice-présidente.
Nous allons poursuivre avec l'Association
des collèges privés du Québec ainsi que l'Association des collèges privés non
subventionnés. Alors, les auditions commencent dès maintenant. Alors, bienvenue
à vous deux. Vous allez comme... comme il se doit, bénéficier d'une période de 10 minutes
pour présenter l'essentiel de votre mémoire, vos commentaires. Et, par la
suite, nous allons entamer la période de discussion avec les parlementaires.
Alors, la parole est à vous.
M. Zéphyr (Christopher) : Bonjour,
tout le monde, membres de la commission, merci de nous recevoir aujourd'hui
afin qu'on puisse vous exposer les positions de la FECQ quant à la
planification de l'immigration au Québec pour la période 2026-2029. Je m'appelle
Christopher Zéphyr, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec
et je suis accompagné par la vice-présidente, Clémentine Bergeron-Isabelle.
La FECQ représente 70 000 personnes
étudiantes présentes dans 28 associations étudiantes membres et divisées
dans 13 régions administratives, de l'Abitibi jusqu'en Gaspésie.
Toutefois, aujourd'hui, la FECQ a la responsabilité de représenter toutes les
personnes étudiantes du Réseau collégial du Québec, car, pour la première fois,
la planification pluriannuelle souhaite intégrer explicitement la dimension de
l'immigration temporaire, soit la population étudiante internationale.
Avant de commencer, la FECQ souhaite
rappeler que l'accueil des étudiants internationaux représente un
investissement précieux dans la richesse culturelle, linguistique et académique
du Québec. Depuis 1990... depuis 1970, le réseau collégial a décidé d'investir
dans l'internationalisation de son enseignement. La FECQ tient à le souligner clairement,
les personnes étudiantes internationales ne sont pas des statistiques destinées
à remplir des quotas. Elles forment une population particulièrement exposée à
la précarité étudiante, car il est de la responsabilité du Québec, qui a lui-même
choisi d'élargir son offre d'enseignement à l'international, de leur assurer
des conditions d'accueil et des vies décentes.
On ne peut pas, d'un côté, chercher à
attirer ces étudiants et de l'autre, minimiser leurs besoins ou les difficultés
qu'ils rencontrent. L'augmentation marquée de la population étudiante
internationale dans le réseau collégial a apporté son lot d'opportunités
indéniables, mais elle s'est aussi accompagnée d'une hausse importante des
besoins en matière d'accueil, d'intégration et d'adaptation des services qui ne
peuvent être ignorés.
De plus, la FECQ exprime une réserve
importante quant à l'utilisation de la notion de capacité d'accueil pour
établir les seuils migratoires, notamment dans le réseau collégial, présentée
de façon floue par le gouvernement et sans indicateurs clairs, elle risque d'être
appliquée de façon arbitraire, au détriment des étudiants internationaux. Dans
le réseau collégial, cette capacité ne se limite pas aux places disponibles.
Elle dépend aussi des ressources pédagogiques en logement et en intégration qui
varient selon les établissements et les investissements publics.
La FECQ rappelle que la capacité d'accueil
est une donnée modulable liée aux choix politiques et budgétaires. Plutôt que
de l'utiliser comme outil de restriction, elle devrait servir à planifier
positivement, identifier les besoins du réseau, financer les ressources
nécessaires et suivre leur évolution dans le temps.
Il y a moins d'un an, la FECQ était dans
la même salle pour défendre les intérêts des étudiants lors des consultations
du projet de loi n° 74, aujourd'hui la loi visant principalement à
améliorer l'encadrement relatif aux étudiants étrangers. Lors des consultations
sur le projet de loi, la FECQ avait déjà exprimé ses inquiétudes quant à cette
nouvelle répartition des pouvoirs, estimant qu'elle pourrait créer des
divergences d'intérêts entre le MIFI et le MS. En effet, le MIFI a pour mission
de sélectionner les personnes immigrantes...
M. Zéphyr (Christopher) :
...et répondant aux besoins du Québec. Ces inquiétudes se sont avérées vraies,
considérant la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, puisque la
planification... parce que la planification des personnes immigrantes
temporaires est prise en compte aux côtés de l'immigration permanente qui suit
des objectifs bien différents qui sont incompatibles avec
l'internationalisation de l'enseignement au collégial.
Un autre aspect incontournable, c'est le
fait que depuis le 31 octobre 2024, le gouvernement a suspendu l'accès aux
PEQ pour les diplômés, invoquant un dépassement des cibles d'immigration
permanente. Pour le réseau collégial, cette suspension a des effets concrets.
Le PEQ constitue un levier d'attraction et de rétention importante, notamment
en région. Sans cette voie claire vers la résidence permanente, plusieurs
diplômés pourraient choisir de quitter le Québec malgré leur profil
généralement aligné avec les priorités gouvernementales, notamment sur leur
jeunesse, leur haut niveau de scolarité, leur bonne maîtrise du français et
leur présence déjà établie sur le territoire. Les résultats révèlent que la
possibilité d'obtenir la résidence permanente représente un facteur déterminant
dans le choix d'étudier. Au Canada. 37 % des répondants la considèrent
essentielle et 30 % très importante. La FECQ rappelle que le PEQ pour les
diplômés n'est pas qu'un programme d'immigration. C'est un outil stratégique
pour la vitalité des cégeps et des régions. En contexte de pénurie de
main-d'œuvre et de vieillissement démographique, il est essentiel de préserver
un accès équitable et prévisible à ce programme en misant sur des incitatifs à
la régionalisation plutôt que sur des restrictions qui nuisent à l'attractivité
du Québec.
• (9 h 50) •
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : La FECQ veut d'abord réagir à l'orientation 1 du
plan qui ne tient pas en compte des spécificités de la population étudiante
internationale. Ces étudiants sont déjà bien intégrés au Québec, tant sur le
plan linguistique, social et contribuent activement à la vitalité académique,
économique et culturelle, particulièrement en région. Une réduction globale des
admissions, comme celle de 13 % prévue par le programme d'étudiants
étrangers pour 2026‑2029 pose un risque majeur pour la pérennité et la
diversité de l'offre au collégial. Plusieurs cégeps, notamment en région,
dépendent de l'APEI pour maintenir ouverts des programmes techniques
essentiels. À ce jour, 37 programmes de techniques dépendent directement
de cette population, dont 86 % en région. Sans ces étudiants, certains
programmes pourraient être fermés, privant d'autres jeunes d'un accès à la
formation souhaitée. La PEI représente aussi un apport économique important.
Elle génère plus de 62,8 millions en valeur ajoutée et en soutien de plus
de 667 emplois, une grande part de ces secteurs en pénurie de
main-d'œuvre. En région, les retombées sont particulièrement significatives.
Elles représentent 63 % des impacts économiques totaux. La FECQ insiste,
toute planification migratoire doit tenir compte des réalités du réseau
collégial. Des mesures uniformes sans nuances risquent d'avoir des effets
disproportionnés sur les cégeps. Concernant l'orientation trois, la FECQ
souligne que si l'objectif de renforcer le français est légitime, il doit être
adapté à la réalité des étudiants internationaux au collégial. En 2024, selon
les données gouvernementales, plus de trois quarts des titulaires de permis
d'études valides déclarent parler français, ce qui signifie que la cible fixée
est déjà atteinte dans ce segment. La question n'est donc pas de hausser cette
proportion par des restrictions supplémentaires, mais d'assurer un accès
équitable à des parcours de francisation de qualité adaptés aux profils variés
des personnes étudiantes. La francisation doit être envisagée comme un processus
continu qui accompagne la PEI tout au long de son parcours, de l'accueil
jusqu'à l'insertion sur le marché du travail et non comme un simple critère
d'admissibilité. Dans le contexte d'aujourd'hui, la diversité géographique et
culturelle de la PEI constitue une recherche essentielle pour le réseau
collégial et pour la société québécoise. En élargissant le recrutement à un
éventail plus varié de régions dans le monde, les établissements réduisent leur
dépendance à un nombre restreint de marchés, ce qui les protège contre les
fluctuations politiques, économiques ou diplomatiques pouvant affecter certains
pays. Il n'est donc pas souhaitable que les politiques d'immigration et de
rétention créent des biais injustes selon le pays de provenance des étudiants
internationaux qui déposent leur demande. De plus, la FECQ considère qu'il est
plus pertinent de maintenir l'accès pour la PEI provenant de pays non
francophones en leur offrant des parcours de francisation adaptés, accessibles
et bien financés afin de concilier apprentissage du français et réussite
académique. Offrir un soutien linguistique de qualité dès l'arrivée permet une
intégration plus durable sur les plans académique, social et professionnel,
tout en préservant la diversité des origines qui enrichit le réseau collégial.
Pour l'orientation 4, la FECQ pense que la rétention de la population
étudiante internationale ne peut se limiter à un indicateur statistique. Elle
doit s'appuyer sur des conditions concrètes qui permettent aux diplômés des cégeps
de s'établir durablement au Québec. Un accès clair et adapté à la résidence
permanente, des services de francisation et d'employabilité bonifiés, ainsi que
la reconnaissance de leurs compétences sur le marché du travail. Une stratégie
efficace de rétention doit aussi soutenir la régionalisation en offrant des
incitatifs aux diplômés qui s'installent en région et en appuyant les cégeps
qui facilitent leur intégration locale. Pour la FECQ, l'intégration...
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : ...elle passe par l'amélioration des conditions de vie
pendant les études. Cela inclut l'accès à des services linguistiques, des
services de santé mentale, de logement, de soins et d'intégration sociale.
Miser sur ces leviers favorise la réussite éducative et renforce l'attachement
des étudiants au Québec, augmentant ainsi leurs chances qu'ils y construisent
leur avenir.
M. Zéphyr (Christopher) :
Enfin, le dernier commentaire de la FECQ porte sur l'orientation cinq. Bien
qu'elle mise sur l'immigration économique, cette orientation ne traite pas des
dérives liées à la marchandisation de la population étudiante internationale
dans le réseau collégial. Le manque de balises claires, surtout dans le secteur
privé non subventionné, a permis l'émergence de modèles axés sur le profit,
avec un recrutement massif souvent concentré sur quelques pays d'origine et des
formations de courte durée. Cette logique gagne désormais le réseau public où
37 % des collèges souhaitent ouvrir des AEC destinés aux personnes
étudiantes internationales et 32 % visent à accroître leurs revenus. Or,
les établissements publics ne devraient jamais avoir pour objectif principal de
générer des profits. Peu importent les différences entre réseau public et
privé, la qualité de l'enseignement doit primer sur toute considération
économique. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette première partie. Alors, on entame
la deuxième partie, c'est-à-dire les échanges avec les parlementaires. On va
commencer avec le ministre pour une période de 16 minutes,
30 secondes au total. Alors, la parole est à vous.
M. Roberge : Merci, Mme la
Présidente. Je salue les collègues que je retrouve, Mme la sous-ministre, les
collègues qui sont présents, présentes ce matin. Et premier groupe à présenter
cette semaine, La FECQ, la Fédération étudiante collégiale du Québec. Merci
d'être venus, merci d'être venus en présence. J'apprécie de vous voir. On a
fait trop... on a fait trop de Teams dans les dernières années, donc je suis
content de vous voir là.
J'apprécie toujours d'avoir l'éclairage
des étudiants collégiaux. J'ai commencé mon implication dans le mouvement
étudiant, à l'époque, ce n'était pas l'UEQ, c'était la FEUQ, hein, il y avait
la FECQ et la FEUQ, la fédération étudiante collégiale. Oui, je le sais, j'ai
plus de 50 ans. Et avant l'UEQ, c'était la fédération étudiante
universitaire. On partageait nos locaux sur l'avenue Mont-Royal, donc ensemble
sur le même étage, FECQ et FEUQ mêmes... mêmes pieds carrés, même secrétariat,
même logo, presque. Donc, je suis très sensible à l'éclairage que vous portez,
à l'écho du terrain, puis à l'écho du mouvement étudiant, mais des étudiants
aussi. Je trouve ça complémentaire, l'éclairage que vous apportez par rapport à
ce qu'amènent d'autres groupes. Et à cet égard-là, je vous remercie d'avoir
pris la peine de faire un mémoire puis de venir nous présenter ça.
Vous, vous n'êtes pas favorable à avoir
une orientation de réduction d'environ 13 %, là, du nombre d'étudiants
étrangers ou internationaux sur l'horizon de quatre ans. J'aimerais comprendre
un peu plus pourquoi. Ce que je comprends, c'est qu'en ce moment, il y a eu une
baisse cet automne de l'effectif des nouveaux arrivants, là, de... pour les
étudiants... les nouveaux étudiants internationaux. D'après ce que je
comprends, la cible que l'on met, ce ne serait plus tellement un plafond qu'un
plancher. Parce que ce que je comprends, c'est que plusieurs institutions
universitaires et collégiales pourraient avoir une stabilisation ou même des
hausses d'effectifs étudiants pour atteindre cette cible-là. Parce qu'il me
semble qu'il y a eu cette année une baisse de plus que 13 %. Donc, quelle
est votre analyse de ça? Pourquoi vouloir davantage... pardon, puis davantage
d'étudiants internationaux que ce qu'on a en ce moment sur le territoire
québécois?
M. Zéphyr (Christopher) :
Bien, c'est sûr que cette... cette richesse, que ces internationaux sont quand
même très importants pour la vitalité de plusieurs cégeps, notamment plusieurs
cégeps en région puis plusieurs programmes qui dépendent d'étudiants
internationaux puis qui favorisent certains programmes. Puis c'est aussi à dire
que ces étudiants sont quand même très impliqués dans la société québécoise,
participent, travaillent, étudient et participent à la francophonie. Alors,
pour nous, c'est quand même... c'est quand même très important que cette...
qu'il n'y ait pas une baisse de ce niveau d'immigration. Après ça, au niveau
des quotas d'immigration, on pense que c'est quand même la priorité de
l'enseignement supérieur et que ces intérêts ne soient pas... comment je peux
dire, ne soient pas mis à quotas ou bien ne soient pas vus comme des... comme
des seuils de réussite.
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Si je peux ajouter aussi, ce que la FECQ met de
l'avant, c'est que les étudiants internationaux, surtout en région,
représentent une valeur autant dans le...
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : ...du financement des établissements que dans le
garantissement de l'offre de formation. Ce qu'on souhaite vraiment, c'est que,
si on est amenés à avoir une baisse, il y ait un véritable plan qui soit
encadré puis qu'on ne laisse pas tomber les cégeps en région dans cette
baisse-là puis que des mesures concrètes aussi pour aider la vitalité des
régions soient mises en place à ce niveau-là. Donc, on ne veut pas que la
population étudiante internationale soit juste une coupure à faire parce qu'on
veut atteindre des quotas. On veut vraiment que, dans une démarche, on... il y
ait un contrôle puis il y ait un réel intérêt porté à ces étudiants-là, parce
que ça reste des personnes, au fond, ce n'est pas juste des chiffres pour
• (10 heures) •
M. Roberge : OK. Très bien,
merci. Bien, on partage vraiment cette préoccupation-là. Ce n'est pas... Ce
n'est pas juste des chiffres, effectivement, c'est des personnes, c'est des
étudiants qui viennent apprendre ici, chez nous. Des fois, ça va devenir chez
eux. Certains vont rester.
Vous avez parlé... je ne veux pas vous
mettre des mots dans la bouche, vous me corrigerez, vous exprimerez votre
pensée, là, vous-mêmes, mais une forme de marchandisation de l'enseignement
supérieur, qui, je pense, ne vous plaît pas trop. Or, on avait quand même
constaté ça dans les années précédentes, on va dire, là, entre, peut-être,
2016, 2017 jusqu'à 2024. On est arrivés avec la loi 74 l'an passé. On arrive
après la première année, il y aura des ajustements. Mais il y a eu cette... je
vous dirais, il y a des institutions qui ont vu les étudiants étrangers comme
des clientèles à qui ils étaient capables de vendre la citoyenneté québécoise
avec des programmes qui étaient, parfois, je dirais, de qualités différentes,
disons ça comme ça. Puis je vous ai entendus parler des attestations d'études
collégiales en les traitant de différentes manières. Quelle est votre analyse?
Est-ce qu'on devrait privilégier davantage les DEC techniques trois ans ou les
DEC deux ans plutôt que les attestations d'études collégiales pour les
étudiants étrangers? Est-ce que c'est ce que vous dites? Pouvez-vous préciser
votre pensée?
M. Zéphyr (Christopher) : Bien,
on remarque que ces attestations n'ont pas comme but principal de favoriser que
ces personnes étudiantes soient intégrées dans la population. On remarque que
c'est des programmes qui sont rapidement ouverts, d'un an, qui... d'où le côté
de la marchandisation qui vient après, que, bien, ces étudiants font ce
programme-là d'un an, ils sont après ça directement jetés sur le marché du
travail. Alors, nous, c'est... à la FECQ, c'est quand même une orientation
qu'on déplore et qu'on trouve qui n'est pas représentative et qui ne vient pas
prioriser les étudiants internationaux et les mettre de l'avant. Alors, on
favoriserait quand même des DEC ou des programmes complets au collégial.
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : La FECQ souhaite aussi mentionner qu'il y a... on met
devant... on met les étudiants internationaux devant un choix impossible parce
qu'on leur demande soit de choisir un DEC qui va durer trois ans ou de choisir
un AEC qui va leur permettre rapidement d'avoir accès au marché du travail.
Actuellement, surtout avec l'arrêt du PEQ, bien, on se rend compte que la
personne a besoin d'une expérience de travail. Elle va aller... Donc, évidemment
qu'elle... qu'elle veut avoir accès au marché du travail pour rapidement avoir
sa résidence, mais, quand on passe par les AEC, on ne fait pas, justement, de
cours de littérature, on ne fait pas de formation générale, qui est l'aspect
principal du réseau d'enseignement collégial, qui se démarque comme ça.
Donc, vraiment, à cet aspect-là, on
souhaite juste mentionner qu'il y a aussi d'autres mécanismes à mettre de
l'avant dans le réseau collégial pour reconnaître les acquis et les compétences
des personnes immigrantes puis peut-être plus faciliter, justement, leur
intégration à la société, sans pour autant les obliger à se sous-qualifier par
rapport à leurs connaissances dans leurs pays de provenance. Donc, on met
vraiment de l'avant qu'il faut améliorer les mécanismes de transition entre les
études et l'expérience du pays de provenance quand on arrive au Québec plutôt
que de les obliger à rapidement se former dans des AEC qui sont très disparates
à travers le réseau en entier.
M. Roberge : Si je comprends
bien, il y a beaucoup d'étudiants étrangers qui viennent ici essentiellement
pour avoir la résidence permanente, puis il faut recadrer les actions
gouvernementales pour avoir réellement des étudiants internationaux qui
viennent ici chercher une formation de qualité, comme on est capable de la
donner dans notre réseau d'enseignement supérieur, et pas simplement une voie
rapide vers la résidence permanente. Il faut aussi respecter notre capacité
d'accueil puis s'assurer de prioriser, je pense, la répartition de ces
étudiants-là, surtout dans les institutions en région. Ça nous permet de garder
des programmes en région bien ouverts puis d'utiliser, d'une certaine manière,
notre réseau des cégeps, mais des universités aussi, dans notre vision d'intégration
nationale, en favorisant non pas des formations très, très courtes, mais des
formations qui sont réellement qualifiantes mais qui participent à
l'intégration à la nation québécoise...
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10 h (version non révisé
e) Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : ...il y avait une question par rapport à ça.
M. Roberge : Bien, je me
demandais quelle est votre analyse par rapport à ça. Vous êtes d'accord avec ça
parce que vous m'avez dit, bon, les formations courtes, ça permet peut-être
moins bien l'intégration.
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Bien, mais oui. Bien, c'est partiellement ce que l'analyse
de la FECQ montre et met de l'avant. Ce qu'on met aussi de l'avant, c'est qu'il
faut aider les personnes à s'intégrer à la population québécoise avant d'arriver...
avant d'arriver au Québec, pendant leurs études et après, sur le marché du
travail. On n'a pas beaucoup de données non plus sur les étudiants
internationaux, sur ce qu'est ce qui arrive d'eux. Donc, on souhaite vraiment
mettre de l'avant l'importance de l'accompagnement. Peut-être dans notre
mémoire on met aussi de l'avant des programmes de parrainage avec les étudiants
québécois d'origine québécoise.
M. Roberge : Vous... Vous
parlez de la langue française, puis, vous, vous n'êtes pas trop favorable avec
la hausse des critères linguistiques sur l'admissibilité. Il me semble que,
dans un contexte où les indicateurs sont au rouge en ce moment sur la langue
française, là, langue parlée à la maison, langue de travail, langue de
consommation de biens culturels, c'est notre responsabilité à nous tous de tout
faire pour que les nouveaux arrivants et les nouveaux étudiants soient, je
dirais, dans la colonne des plus, là, c'est-à-dire des gens qui viennent ici
vivre en français puis nourrissent notre francophonie. Pourquoi prendre ce biais
où on accorde moins d'importance à la langue française pour ce qui est des
étudiants étrangers?
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Bien, dans le fond, ce que la FECQ met de l'avant
surtout, c'est que c'est important de préserver la langue française, et on est
bien d'accord avec ça. Toutefois, si on regarde les dernières... bien, on voit
qu'il y a eu des coupures importantes dans les centres de francisation au
Québec, ce qui fait en sorte que ça ne coordonne pas, justement, avec la
volonté d'aider les gens à s'établir et à parler français parce qu'il y a des
coupures massives. Les cours sont de soir. Je me rappelle qu'un étudiant m'avait
dit qu'il voulait avoir accès à un cours de français. Il ne l'a jamais eu par
son collège. Donc, il y a... Il y a comme une contradiction à ce niveau-là. Et
puis ce que la FECQ craint surtout, c'est que pour atteindre le quota, au lieu
d'investir dans la francisation, on... on choisisse des pays de provenance qui
ont déjà de base la langue française, au risque peut-être de se concentrer sur
trois ou quatre pays spécifiques au lieu d'élargir justement notre ouverture au
monde et aux différentes cultures.
M. Roberge : Je comprends.
Je veux juste quand même préciser quelque chose, là. Le budget qui est consacré
à la francisation est en augmentation depuis quatre ans. C'est important de le
mentionner. L'an passé, 289,6 millions à 2024‑2025, presque 300 millions
de dollars en francisation. On avait l'impression... 20 % par rapport au
budget de 2023‑2024. 20 % d'augmentation sur une année, c'est quand même
énorme. En 2024‑2025, on a francisé, on a... Il y a plus de 90 000 personnes
qui ont participé au processus de Francisation Québec. En 2017, avant que notre
formation politique arrive au pouvoir, c'était entre 25 000 et
30 000. Donc, on n'en a jamais autant fait en termes de nombre absolu de
personnes qui sont francisées. On n'en a jamais autant fait en termes de budget
investi en francisation. Et à un moment donné, je vous dirais que c'est une
grande
partie du sujet du débat lors de sa planification pluriannuelle, vient
la question de notre capacité d'accueil... Le commissaire à langue française
nous a dit : Il fallait investir, je pense, plus de 10 milliards de
dollars si on voulait franciser tout le monde. À un moment donné, il y a une
capacité de payer, il y a une capacité... Même si on voulait faire ça, on n'aurait
pas les locaux, on n'aurait pas les profs. Donc, à un moment donné, pour que l'offre
de francisation et la demande de francisation se rencontrent, on ne peut pas
juste mettre l'obligation tout le temps sur le gouvernement québécois, et donc
sur les contribuables, de toujours en faire plus. Il faut aussi, à un moment
donné, s'assurer que la demande rencontre l'offre. Il y a plusieurs façons de
faire ça, de faire venir ici des gens qui maîtrisent déjà la langue ou de
diminuer aussi le nombre de personnes qui arrivent et qui sont en demande, en
besoins de francisation parce que... Vous êtes au cégep. Si on dit : Bien,
écoutez, pas de problème, ça coûtera ce que ça coûtera. De toute façon, on
mettra ça sur la dette. Bien, c'est vous et vos membres qui allez ramasser la
facture de ça. À un moment donné, la dette... Moi, je serai à la retraite, mais
vous serez coincés avec ça si on continue, là. Moi, cette perspective-là, d'équité
entre les générations, je l'ai vraiment beaucoup. Et c'est pour ça qu'on doit avoir
une espèce de... d'équilibre entre l'accueil de talents venus de partout, de
partout, pas seulement de la francophonie. Là-dessus, je vous rejoins, il faut...
Il ne faut pas avoir des œillères, puis dire, là, il n'y a plus personne qui ne
parle pas français qui va entrer au Québec comme étudiants internationaux. Mais
il faut aussi avoir une part de réalisme...
M. Roberge : ...notre capacité
à faire les choses aussi, puis là, je vais vous... parlant de réalisme, de
capacité d'accueil, je vais vous parler de capacité de loger les gens. Vos
membres, en ce moment, ont de la difficulté à se trouver un logement, puis,
quand ils en trouvent un, ils ont peut-être de la difficulté à le payer. On
peut bien dire : Mais, ce n'est pas grave, on a juste à demander plus
d'aide financière au gouvernement du Québec, mais encore une fois, on va
l'emprunter, mais on va l'emprunter en votre nom, cet argent-là, et c'est vous
qui allez avoir la facture de la dette.
Est-ce que vous ne pensez pas qu'on
devrait, dans cette perspective-là, s'assurer de préserver nos programmes,
mieux sélectionner les gens, mais diminuer le nombre d'arrivées d'étudiants
étrangers, pour une question de finances publiques, pour une question d'équité
intergénérationnelle, pour une question aussi d'accessibilité à un logement
abordable pour vos membres?
• (10 h 10) •
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Bien, je suis d'accord avec ça. Par contre, ce qu'on
remarque, c'est vraiment peut-être un manque de cohérence avec ce qu'on
souhaite puis ce qui se passe actuellement. Je pense que c'est... il y a moins
de quelques mois, on a ouvert un nouveau centre d'études de recrutement au
Japon. On... Il y a des centres de recrutement au Sénégal, dans d'autres
continents d'Afrique qui promettent aux étudiants de venir s'installer en
disant : Vous allez avoir accès au logement, vous allez avoir accès à des
études bien payées, ce qui fait en sorte que... pardonnez-moi, ce qui fait en
sorte que si ce recrutement-là, à l'international, aussi, on ne peut pas juste
demander aux compagnies d'inviter les gens à venir, mais après de dire... une
fois qu'ils ont fait toutes les démarches justement pour s'en venir, bien, ils
se voient les portes fermées où ils se voient montrés que leur réalité est complètement
différente. On a beaucoup aussi de témoignages d'étudiants qui nous disent que
la population étudiante internationale est dans une précarité, est très pauvre
aussi. Donc, eux aussi, ils sont extrêmement vulnérables à cette
augmentation-là du coût de la vie puis ils ne sont pas prêts quand ils se
font... quand on leur vend justement ce rêve d'études là au Québec. Donc, je
pense que ce qu'on souhaite aussi, c'est qu'il y ait... que ce ne soit pas une
coupure directe. On veut qu'il y ait une transition équitable qui soit faite
puis qu'au niveau de l'acceptation et du recrutement, il y ait une concordance
faite à ce niveau-là.
M. Roberge : On veut des
histoires à succès essentiellement. Donc, ce n'est pas : plus on accueille
d'étudiants étrangers, dans ma perspective, je ne mets pas des mots dans votre
bouche, mieux c'est. L'idée, c'est que les gens qui arrivent ici aient les
moyens de vivre ici, de se loger décemment, de se nourrir sans fréquenter les
banques alimentaires, parce que plusieurs banques alimentaires nous disent
qu'essentiellement ils donnent des services soit aux travailleurs étrangers
temporaires, soit à des étudiants internationaux. Donc, ce qu'on ne veut pas,
on veut que les gens ici vivent des histoires à succès.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Roberge : Puis je sens que
c'est votre préoccupation. Merci pour votre présentation.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, cette première
partie d'intervention est terminée. Je me tourne maintenant du côté de
l'opposition officielle et du député de l'Acadie pour 12 min 23 s.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Bonjour, M. le ministre, collègue. Mme la sous-ministre.
Merci. Merci d'être là. Merci pour votre mémoire, M. Zéphyr, Mme
Bergeron-Isabelle. Merci pour votre exposé. J'ai quelques questions pour vous
et je vais commencer avec la capacité d'accueil parce que M. le ministre y
faisait référence. C'est un terme qu'on entend souvent : La capacité
d'accueil est dépassée, il faut tenir compte de la capacité d'accueil. Mais
quand on lit plusieurs mémoires, puis on en a lu évidemment avant le vôtre, on
nous a dit beaucoup que c'est un concept qui était très flou et pas très scientifique.
Et vous en parlez également dans votre mémoire, vous en parlez à la
page 7, mais vous en parlez aussi à la page 18 de votre mémoire.
J'aimerais vous entendre là-dessus, parce que c'est sûr que, quand on entend
des politiciens dire : Écoutez, la capacité d'accueil est dépassée; ça
frappe dans l'imaginaire, c'est certain. Mais vous semblez dire, si je vous ai
bien compris au fond, que c'était un concept qui est tellement flou qu'au fond
on a un peu de difficulté à définir ce que c'est. Votre idée là-dessus?
M. Zéphyr (Christopher) :
C'est sûr que du... désolé. C'est sûr que du côté de la FECQ, on a un certain
malaise parce que quand on parle d'accueil des étudiants internationaux, on
parle des différentes problématiques reliées à celle-ci. Mais en toute
définition, on n'a pas une définition claire de qu'est ce qui constitue une
capacité d'accueil, puis concrètement, quand on parle, on parle de logement, on
parle de ressources pédagogiques, d'intégration. Alors, venir dire qu'on a
cette capacité d'accueil là...
M. Zéphyr (Christopher) : ...d'accueil
là est problématique, bien, sans avoir une définition ou sans avoir des barèmes
clairs de comment ce... comment cet accueil-là est fait, comment cette
population étudiante peut être intégrable à la société québécoise. Nous, c'est
sûr qu'on a un certain malaise à ça, surtout qu'on ne peut pas venir couper
dans ces populations-là, venir couper dans des ressources qui leur sont
offertes, si on n'est pas capables de définir clairement qu'est-ce qu'une
capacité d'accueil et c'est quoi les retombées de celle-ci.
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Définitivement, et la fait que quand même, une
résistance à l'utilisation actuelle, parce que justement on utilise le mot
capacité d'accueil pour justifier qu'il y a un trop plein dans les cégeps. On
parlait d'infrastructures l'an dernier beaucoup, les infrastructures sont
pleines à craquer, les établissements ne sont pas... ne sont plus capables de
mettre des gens dans leur salle de classe. On va même à envisager des solutions
où extendre les heures de cours jusqu'à 20 heures, ce qui franchement
n'est pas super pertinent pour l'accessibilité et la réussite étudiante. Mais
on met justement cette impossibilité-là sur des infrastructures en utilisant la
capacité de l'accueil, en disant que c'est les étudiants internationaux qui
sont la variable à faire changer cette capacité d'accueil là, alors que, dans
le réseau collégial, ils représentent 4 % dans le réseau des cégeps, ce
qui est... Donc, on peut... La FECQ met un point à dire qu'on ne peut pas
mettre sur le dos de la population étudiante internationale les raisons et le
manque de place dans les cégeps.
M. Morin : Je vous entends.
Donc, en fait, ce que vous dites, c'est que le pourcentage des étudiants
internationaux dans les cégeps, c'est 4 %.
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Plus ou moins.
M. Morin : Plus ou moins, OK.
Et ça, vous couvrez l'ensemble du réseau dans le cadre des analyses ou des
statistiques que vous avez faites. Donc, je comprends en fait votre point de
vue, et corrigez-moi si je fais erreur, c'est... au fond, c'est de dire :
Écoutez, c'est 4 %, là, ça fait que, comme on dit chez nous, poussez, mais
poussez égal, on ne peut pas tout leur mettre sur le dos. Est-ce que c'est un
peu ce que vous nous dites?
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Oui, en effet, ça peut bien résumer la pensée.
M. Morin : D'accord. Je
vous... je vous remercie. Vous parlez aussi, à la page 9, dans votre
mémoire, de... du projet de loi n° 74. J'ai siégé pour l'opposition officielle
avec ma collègue, la députée de Mont-Royal—Outremont, dans
le cadre de l'avancement et l'adoption de ce projet-là, on avait... on avait
beaucoup de critiques à l'époque, on en a encore. Mais là maintenant, c'est une
loi, on respecte ça. Maintenant, vous dites : Il y a des divergences
d'intérêts entre le MIFI et le MES, et ça semble être un peu compliqué à s'y
retrouver. Pouvez-vous élaborer davantage là-dessus?
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Oui, effectivement. Mais comme on peut le regarder
justement par la planification pluriannuelle, on met sur l'immigration
permanente des besoins au niveau de la francisation, au niveau de l'économie et
au niveau de la rétention, puis c'est des chiffres très hauts par rapport à la
responsabilité de l'Enseignement supérieur sur sa population étudiante
collégiale, dans le sens où son but, c'est vraiment de faciliter l'expérience
étudiante, de la rendre agréable, de stimuler justement la réussite académique
dans les établissements. Et cette pression-là qu'on met sur la population
étudiante internationale en suivant des quotas serrés, en suivant des des
chiffres et des statistiques de francisation, mais c'est là où ça vient peut
être entrer en désaccord avec la mission du MES qui est vraiment de faciliter
l'enseignement supérieur et de le rendre accessible aussi à toute toutes
personnes qui en ont besoin.
M. Morin : Très bien, je vous
remercie. À la page 10 de votre mémoire, vous avez aussi plusieurs
observations en ce qui a trait à la suspension du PEQ, j'aimerais que vous en
parliez davantage. Ma compréhension, c'est que le PEQ, c'est un excellent
programme. Il est suspendu présentement. Quel est l'impact de la suspension,
puis vos recommandations là-dessus? Est-ce qu'on devrait le leur remettre, le
rouvrir? Je comprends qu'il y a un autre programme présentement au ministère
qui se fait sur invitation, c'est un peu différent. Mais parlons, parlons du
PEQ et de sa suspension. Quel est... quel est l'impact? Qu'est-ce que... qu'est-ce
que vos membres vous disent au fond? Et est-ce qu'on devra, à un moment donné,
faire en sorte qu'il soit rouvert?
M. Zéphyr (Christopher) : C'est
sûr que ça fait, en ce moment, plusieurs mois que le PEQ pour les diplômés est
suspendu puis ça a quand même un réel puis un gros impact sur le... sur le
réseau collégial...
M. Zéphyr (Christopher) : ...nous,
ce que la FECQ prône beaucoup, c'est le rétablissement du PEQ avec les
recommandations qu'on met de l'avant. On ne veut pas que les critères soient...
soient revus à la hausse, d'admissibilité au programme. Puis c'est aussi à
noter que c'est un programme... quand même un très beau programme
d'attractivité de la population étudiante internationale. C'est un programme...
C'est des incitatifs qui permettent aux personnes étudiantes de venir. Puis
nous, on a eu beaucoup d'échos là-dessus que, bien, grâce à cette... grâce à
cette... à cause de la suspension du PEQ, ça a été, justement, un frein à
plusieurs personnes étudiantes de venir étudier au Québec, ne sachant pas où
leur avenir aura des débouchés. Alors, ça a quand même de grosses retombées sur
cette population. Puis ce que la FECQ prône aussi une réforme du PEQ qui doit
préserver un accès juste et prévisible pour les personnes étudiantes
collégiales et accompagné d'incitatifs positifs à la régionalisation. Alors, on
est quand même... on est pour un retour du PEQ avec certains changements, mais
c'est sûr que ça a quand même un gros impact en ce moment sur la population
étudiante.
• (10 h 20) •
M. Morin : Je vous remercie.
J'ai retenu un mot dans vos explications, et c'est le mot «prévisible», donc
«prévisibilité». Avant le... l'action gouvernementale qui a suspendu le PEQ,
aviez-vous été consultés?
Mme Bergeron-Isabelle (Clémentine) :
Non, on l'a vraiment appris le jour même dans les nouvelles.
M. Morin : Vous l'avez appris
comme moi. Évidemment, je suis un lecteur de la Gazette officielle , ce
n'est peut-être pas tout le monde, mais bref, pouf, c'est apparu. Je comprends
qu'il y avait déjà des gens qui étaient ici puis que, là, ils espéraient que ça
continue. Est-ce que vous avez des témoignages, parmi vos membres, de l'impact
que ça a?
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Bien, c'est sûr que le PEQ, son but, c'était de
faciliter, justement, une transition entre ton permis d'études et plus tard,
après. Puis nos étudiants nous mentionnent vraiment une incertitude face
à qu'est-ce que je vais faire une fois que mon diplôme va être fait ou
pour quelconque raison, là. Actuellement, dans le réseau collégial, il y a ce
qu'on appelle des contrats de réussite, ce qui fait en sorte que, si tu échoues
plus de la moitié de ton cours, tu es expulsé de ton établissement. Puis, bien,
cette situation-là touche aussi la population étudiante internationale, ce qui
veut dire que, dans ce contexte-là où tu te fais exclure de ton établissement,
bien, ces personnes-là étudiantes internationales ne sont pas certaines de
pouvoir rester au Québec puisque maintenant elles ne sont plus considérées
comme études à cause de leurs contrats de réussite.
M. Zéphyr (Christopher) : Puis
c'est à noter aussi qu'en ce moment le programme des travailleurs ne vient pas
répondre aux... On peut facilement penser qu'à cause de l'autre programme du
PEQ, ça vient répondre aux besoins de la population étudiante internationale,
mais ce volet-là, PSTR, ne vient pas répondre à ce besoin-là. Nos étudiants ont
vraiment besoin du volet Diplômés. Et c'est ça qui les aide, justement, à
vouloir continuer leur processus au Québec, à vouloir s'épanouir et rester au
Québec. Alors, le volet... le volet Travailleurs ne vient pas répondre à ce
besoin en ce moment.
M. Morin : Et j'écoutais
attentivement les questions de M. le ministre. C'est vrai qu'avec des étudiants
étrangers, bien, souvent, la majorité vont retourner. En fait, ils viennent
chercher ici un enseignement de très grande qualité, une expertise, puis
souvent ils retournent. Mais il y en a qui veulent aussi rester. C'est un peu
normal, c'est un très beau coin, le Québec. Moi, je les comprends très bien,
très privilégié de rester ici. Et, dans plusieurs secteurs où il y a de
l'enseignement collégial qui se fait, on a une pénurie de main-d'oeuvre, c'est
ce qu'on nous dit également. Donc, le PEQ, au fond, répondait à ce besoin-là du
Québec. Êtes-vous... Êtes-vous d'accord avec moi?
M. Zéphyr (Christopher) : Bien,
effectivement, c'est sûr que le Programme de l'expérience québécoise, volet
Diplômés répondait à cette pénurie de main-d'oeuvre, répondait aux besoins
d'assistance dans certains programmes, de fréquentation de plusieurs programmes
collégials, notamment en région, puis venir suspendre ce programme-là, ce
volet-là amène plusieurs réflexions aux personnes étudiantes de rester... En
fait, le fait... le fait de suspendre ce programme-là incite plus les étudiants
à savoir s'ils vont rester au Québec que comme il était avant. Il y a une plus
grande... Il y a une plus grande... Il y a un plus grand pourcentage
d'étudiants qui sont enclins à rester au Québec puis à habiter là et à
continuer leur cursus grâce au volet Diplômés qu'en ce moment s'il est
suspendu.
M. Morin : Vous parlez aussi,
à la page 11 de votre mémoire, de la particularité du réseau collégial.
J'aimerais... et c'est ma dernière question, j'aimerais...
M. Morin : ...ça vous
entendre là-dessus. Souvent, en immigration, je dis ce n'est pas juste des
chiffres, c'est des personnes. Et que très souvent aussi, le mur-à-mur, ça ne
donne pas de très bons résultats. Compte tenu des régions du Québec, il est
préférable de faire du sur mesure. Quel est.... Qu'est ce que vous entendez de
vos membres sur les cégeps en région, l'impact de ces mesures sur les cégeps en
région?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Malheureusement, le temps est écoulé. Alors, cette autre
ronde de discussions vient de prendre fin. On va terminer avec le député de
Laurier-Dorion pour une période de 4 min 8 s. Le temps est à
vous.
M. Fontecilla : Merci.
Bonjour, madame, monsieur. Merci beaucoup d'être là. Écoutez, j'ai lu un
article qui est apparu aujourd'hui, là, dans Le Soleil , où des
recteurs des universités du Québec disent que la baisse des étudiants, et c'est
le titre, la baisse des étudiants internationaux menace des programmes en
région . Est-ce que c'est... Pensez-vous que cela, ça... ça peut s'appliquer
aussi aux programmes collégiaux en région?
M. Zéphyr (Christopher) :
C'est sûr qu'on a certains établissements, on parle notamment du cégep de
Chicoutimi, du cégep de l'Abitibi-Témiscamingue ou encore le cégep de la
Gaspésie, où certains programmes n'ont que ou presque des étudiants
internationaux et favorisent aussi la venue d'étudiants québécois. Alors, c'est
quand même vrai puis on le remarque, nos membres nous l'ont dit, nos délégués
représentants de l'association étudiante nous ont mentionné justement le fait
que c'est... Quand on parle justement, on va parler de la suspension du PEQ, ça
les impacte directement parce que ça vient toucher la vitalité de certains programmes
qui dépendent des étudiants internationaux.
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Effectivement, c'est dans notre mémoire, on a mentionné
justement que l'ouverture de 87 programmes techniques dépendent
directement de la présence de la population étudiante internationale, dont 86
de ces programmes se retrouvent dans des régions. Donc oui, c'est un problème
bien concret dans le réseau collégial.
M. Fontecilla : Donc,
s'il y a une baisse qui est effectuée par le ministère de l'Immigration, ça va fragiliser
en général les cégeps, surtout les plus excentrées, les cégeps en région, ce
qui va affecter aussi la population native, là, québécoise, là.
M. Zéphyr (Christopher) :
Oui, c'est certain. Puis ça, ça vient fragiliser tout ça. Ça amène certaines,
peut-être, fermetures de programmes, fermetures de classes qu'on veut éviter
dans le réseau collégial. Alors, ça vient mettre en péril, justement, la survie
de certains programmes et de certaines programmations et certains cours au
niveau collégial.
M. Fontecilla :
Parlez-nous un peu de qu'est-ce que les étudiants internationaux apportent aux
économies et aux communautés locales, surtout en région, là?
Mme Bergeron-Isabelle
(Clémentine) : Bien, le premier aspect, c'est vraiment qu'un grand financement
des cégeps provienne justement des programmes ouverts, des formations ouvertes
et du nombre de personnes dans leur établissement. Donc, quand on vient réduire
cette... cette population-là, qui est une population étudiante, qui peut quand
même représenter jusqu'à 63 % de la population étudiante en région, bien,
c'est un financement, premièrement, dans les établissements qui se retrouve
grandement diminué. Et actuellement, ce n'est pas nécessairement l'enveloppe
actuelle du financement de fonctionnement des cégeps qui peut couvrir une
baisse dans les offres de formation, obliger des formations à fermer, etc.
Ensuite, la population étudiante internationale, surtout en région, a tendance
à rester, justement, dans ces régions-là. On parle vraiment que... On parlait
justement de rétention. Bien, l'enseignement collégial est très niché aussi, ce
qui fait en sorte que c'est peut-être un peu plus difficile d'obtenir un
diplôme et de repartir, bien, dans son pays de provenance, ce qui fait en sorte
que quand on obtient un diplôme au collégial, on aura tendance à rester au
Québec après ça. Et puis après, c'est directement une influence sur l'économie,
sur... sur tout ce qui est activité dans les centres et dans les régions,
Christopher l'a bien mentionné, là. Donc, on parle de Sept-Îles, on parle de
l'Abitibi, on parle de Chicoutimi, de la Gaspésie.
M. Zéphyr (Christopher) :
Puis surtout pour l'aspect local, je pense que c'est important de rappeler puis
de mentionner que ces étudiants contribuent à la richesse locale de certaines
provinces que favorise la francophonie, participent à la vie citoyenne et aussi
travailent. Alors, ces étudiants-là non seulement apportent une grande richesse
à la population québécoise, et c'est important pour nous que les étudiants ne
soient pas les grands perdants de cette situation.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
M. Fontecilla : Dans ce
scénario-là, vous vous placez pour une hausse des admissions de l'immigration
au Québec, un maintien ou une baisse?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est ce qui met fin aux audiences pour cette partie.
Madame, monsieur, je vous remercie infiniment d'avoir pris part à nos travaux.
Je vais suspendre quelques instants, le temps de recevoir les prochains...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...merci.
(Suspension de la séance à 10 h 30)
(Reprise à 10 h 32)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Donc, pour pour une deuxième ronde d'auditions, nous accueillons ce
matin l'Association des collèges privés du Québec, qui est représentée par M.
Patrick Caron, président-directeur général du Collège André Grasset, ainsi que
madame... que monsieur, pardon, Patrick Bérubé, directeur général de
l'association. Messieurs, bienvenue à la commission. Alors, vous allez avoir
une période de 10 minutes pour présenter l'essentiel de votre mémoire, de
vos commentaires sur le cahier. Et par la suite, nous allons discuter avec les
parlementaires. Alors, votre temps débute à l'instant.
M. Caron (Patrick) : Merci.
Mme la Présidente, M. le ministre, Mesdames et Messieurs les députés, donc, je
vous remercie de nous recevoir aujourd'hui. Je me présente, Patrick Caron,
président de l'Association des collèges privés, aussi directeur général du
collège André-Grasset à Montréal, ainsi que mon collègue Patrick Bérubé,
directeur général de l'association.
Notre réseau regroupe
21 établissements d'enseignement collégial sans but lucratif répartis à
Montréal, à Québec et dans plusieurs régions de la province. Ensemble, nous
accueillons plus de 20 000 étudiants et étudiantes chaque année et nous
contribuons jour après jour à la vitalité du Québec par l'accessibilité,
l'excellence et l'innovation à l'intérêt... au service de l'intérêt public,
désolé.
Si nous sommes ici, c'est parce que nous
croyons profondément au rôle constructif que peuvent jouer les écoles privées
subventionnées dans cette planification 2026-2029 et dans le recrutement
d'une immigration arrimée à nos besoins sociétaux. Nous partageons l'objectif
du gouvernement : mieux gérer la capacité d'accueil du Québec, assurer la
réussite de la francisation et garantir une intégration durable, mais nous
croyons aussi qu'il faut atteindre ces objectifs en partenariat dans la clarté
et la prévisibilité. Ce que nous proposons aujourd'hui, ce ne sont pas des
revendications, ce sont des solutions concrètes et pragmatiques pour y
parvenir, sans briser des parcours d'étudiants...
Haut de la page
10 h 30 (version non révisé
e) M. Caron (Patrick) : ...sans
fragiliser des programmes essentiels et sans assécher la relève dont le Québec
a tant besoin. Le contexte, d'abord, appelle à une certaine prudence. Les
changements récents apportés au permis de travail postdiplôme par le
gouvernement fédéral ont transformé drastiquement la situation des étudiants
internationaux et nous en mesurant encore très peu les conséquences.
Pour le Québec, cette nouvelle réalité a
des effets directs sur la capacité d'attraction et de rétention des talents. Le
collège qui accueille des cohortes diversifiées et motivées constate déjà un
ralentissement qui est marqué. Selon nos chiffres les plus récents, le nombre
total d'étudiants internationaux au sein de notre réseau a diminué de 25 %
comparativement à l'année dernière. Le nombre de nouveaux étudiants
internationaux est en chute libre de 50 % à 75 % plus bas que l'automne
dernier. Lorsque nous verrons les pleins effets des différentes mesures en
2027-2028, les inscriptions internationales pourraient diminuer de près de
75 % dans le réseau collégial privé subventionné si rien n'est fait pour
ajuster la transition et sécuriser les parcours. Ce ne sont pas des chiffres
abstraits. Ce sont des programmes en santé, en éducation, en technologies de l'information,
en techniques humaines qui risquent de disparaître avec des répercussions
réelles sur le marché du travail, notamment en région.
Nous ne demandons pas de revenir en
arrière, mais agir avec prudence. Avant d'ajouter de nouvelles restrictions, il
faut mesurer les effets des décisions déjà prises et documenter les impacts sur
les inscriptions, sur la francisation et la rétention. C'est la seule manière
de planifier efficacement sans mettre en péril notre économie, nos services
publics et nos régions.
Permettez-moi d'abord d'aborder un sujet
qui nous tient profondément à cœur, qui est la francisation. Pour nous, la
francisation n'est pas une simple étape dans le processus d'intégration ou une
statistique, c'est notre mission qui est quotidienne. Dans nos collèges, elle
se vit concrètement dans les salles de classe, dans la vie étudiante et dans
des activités parascolaires. Aujourd'hui, près de 77 % des titulaires d'un
permis d'études au Québec connaissent déjà le français, à cette proportion
continue... et cette proportion continue d'augmenter. Dans nos établissements,
nous accompagnons les étudiants jusqu'à la réussite de l'épreuve uniforme de
français, une étape qui est exigeante mais fondamentale, qui assure le Québec
que nos diplômés soient parmi les mieux francisés. Le taux de diplomation de
nos étudiants internationaux avoisine 80 %, ce qui témoigne non seulement
de leur volonté, mais aussi de la qualité du soutien que nous leur offrons.
Les collèges privés subventionnés
démontrent qu'il est possible de conjuguer exigence linguistique et intégration
réussie. Nous croyons à un Québec francophone et inclusif et nous contribuerons
chaque jour à le bâtir. Notre proposition peut se résumer en trois mots :
prévoir, mesurer et accompagner.
Prévoir, c'est de fixer des cibles
pluriannuelles tout en protégeant les cohortes déjà admises. Aucune politique
ne devrait s'appliquer rétroactivement. Par exemple, un jeune qui a fait le
choix du Québec sur la base des règles établies doit pouvoir compléter son
parcours dans les conditions annoncées.
Mesurer, c'est partir un dialogue fondé
sur les faits. Nous proposons la création d'un tableau de bord public et
partagé regroupant des indicateurs sur la progression linguistique, la réussite
scolaire, la conversion vers la résidence permanente et la répartition
régionale. Cet outil permettrait au gouvernement, aux établissements et aux
partenaires du marché du travail de suivre en temps réel l'évolution du réseau
et d'ajuster les politiques sur la base de données plutôt que sur des
impressions.
Finalement, accompagner, c'est faire
preuve d'une prudence et d'une cohérence. Nous proposons un moratoire
réglementaire temporaire, suspendre toute nouvelle restriction tant que les
effets combinés du permis postdiplôme, du PEQ et des plafonnements ne sont pas
bien documentés. Nous avons tout à gagner à agir de manière concertée plutôt
que cumulative.
Sur les chiffres, notre mémoire est clair,
nous recommandons de fixer le plafond provincial des étudiants étrangers à
128 000, un seuil compatible avec les objectifs gouvernementaux, mais qui
évitent de compromettre l'offre de formation dans les régions.
Nous recommandons également de ne pas
imposer de limite rigide au nombre de certificats d'acceptation du Québec
analysés par établissement, car les ratios entre les demandes et les admissions
réelles varient considérablement selon les programmes et les pays de
provenance.
Nous proposons également de renforcer la
francisation par des sites, des résultats et une reddition publique...
M. Caron (Patrick) :
...transparente, cours crédités, taux de réussite, stages en milieu
francophone. Il est essentiel d'éviter les perceptions trompeuses. Nos collèges
sont des milieux de vie francophones où les étudiants étrangers développent
leur réseau social professionnel et s'intègrent à notre culture ainsi qu'à nos
valeurs.
Finalement, nous croyons qu'il est
essentiel de faciliter la passerelle vers la résidence permanente pour les
diplômés formés ici, déjà francisés et souvent intégrés au marché du travail.
Ces jeunes adultes représentent le visage même du Québec de demain. Ils sont
déjà ici. Ils parlent notre langue, ils travaillent, ils s'enracinent. Leur
intégration durable est une question de cohérence économique et démographique.
Il n'y a pas meilleur candidat à l'immigration permanente que l'étudiant
étranger d'une institution d'enseignement francophone.
• (10 h 40) •
Au-delà des chiffres, il faut regarder la
tendance de fond. À partir de 2027, le Québec entrera en accroissement naturel
négatif, soit plus de décès que de naissances. Sans une immigration bien
calibrée, et les étudiants étrangers en sont l'un des leviers les plus
efficaces, notre capacité à soigner, à enseigner, à innover et à servir sera
compromise. C'est pourquoi il faut maintenir le Québec attractif, non seulement
pour attirer les talents, mais pour les retenir en leur offrant un parcours
porteur d'avenir.
Les collèges privés subventionnés sont
prêts à contribuer activement à cet équilibre. Nous formons des professionnels
dans des domaines de... en demande, souvent dès la première année d'études.
Nous soutenons la régionalisation. Nous respectons la capacité d'accueil fixée
par le ministère de l'Enseignement supérieur et nous avons réitéré des
engagements rigoureux en matière de qualité, de transparence et d'éthique à
travers le code des meilleures pratiques à l'éducation internationale, adopté
cette année par notre... par notre association. Ce code illustre notre volonté
d'être partenaire de confiance du gouvernement et des acteurs responsables du
développement au Québec.
En somme, nous croyons qu'il est possible
de réduire l'improvisation sans réduire l'ambition, de protéger la langue
française sans freiner la relève, d'intégrer mieux, sans fermer la porte,
l'ACPQ et ses membres sont prêts à faire leur part avec rigueur, transparence
et esprit de collaboration. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, merci beaucoup, messieurs. Alors, on débute la
période d'échange avec le ministre et l'aile gouvernementale. Vous avez
16 minutes... La parole est à vous, M. le ministre.
M. Roberge : Merci bien, Mme
la Présidente. Merci pour votre présentation. Donc, l'Association des collèges
privés subventionnés, ce n'est pas dans votre titre, mais il y a une autre
association qui va venir tout à l'heure, des collèges privés non subventionnées.
C'est des réseaux qui sont distincts. Je le dis, vous le savez évidemment, pour
les gens qui nous écoutent, pour bien faire la nuance entre les différents
groupes qui viennent présenter. Vous dites que vous voulez de la prévisibilité.
Bien d'accord. C'est tout l'objectif de la planification pluriannuelle sur
quatre ans cette fois-ci. Donc, je pense qu'on va être capable de donner
beaucoup de prévisibilité à l'ensemble des réseaux, des gens qui la souhaitent
beaucoup. Tout le monde nous demande des résultats différents, mais tout le
monde veut de la prévisibilité, ça, c'est sûr. Tout le monde veut savoir où
est-ce qu'on s'en va au gouvernement du Québec, puis là il faudrait que le
fédéral fasse ce même exercice. Je signale qu'au fédéral, ils ne font pas de
consultations comme nous le faisons pour la planification pluriannuelle.
Vous dites... vous ne voulez pas revenir
en arrière, on ne veut pas revenir en arrière. Mais vous voulez un plafond de
128 000 étudiants étrangers. En ce moment, on en a moins que ça. On en
avait plus. On en a un petit peu moins. Si on revient à plus, on revient où on
était, donc on revient en arrière, Comment... Comment on ferait pour accueillir
ces étudiants de plus? Parce que vous... ce que vous dites essentiellement,
c'est qu'il n'y a pas assez d'étudiants étrangers travail sur le territoire
québécois actuel, parce que vous en voulez davantage. Comment on ferait pour
les accueillir toutes ces personnes-là, considérant qu'on n'a pas suffisamment
de logements pour ceux qui sont déjà sur le territoire québécois?
M. Bérubé (Patrick) : En
fait, c'est une excellente question, M. le ministre, pour y répondre, en fait,
ce que nous, on propose, le 128 000, est un lien avec le cahier de
consultation. On s'inscrit dans les... Dans l'intervalle proposé par le
gouvernement dans le cadre de la consultation. Donc, on est... on se rapproche
de la borne supérieure, on en convient, mais on reste dans les... dans les...
dans l'ordre de grandeur du gouvernement. Et ça, ça voudrait dire, pour notre
réseau des collèges privés subventionnés, de préserver environ
6 000 étudiants. Donc, 6 000 étudiants dans notre réseau, ce qui
revient en fait à 2023-2024 parce que lorsqu'on nous a annoncé les premières
indications de mesures de contrôle sur le nombre d'étudiants internationaux en
août dernier, on parlait surtout de plafonnement, en particulier dans les
programmes de DEC. Donc, cette mesure-là...
M. Bérubé (Patrick) :
...cette procédure-là ferait en sorte que, pour nous, on serait capable de les
accueillir sans aucun problème. Et, pour aller plus en détail, comment on
pourrait les accueillir concrètement, c'est que nos collèges privés
subventionnés, étant des OBNL, mais aussi, lorsqu'ils ont des excédents, vont
pouvoir les réinvestir. Et c'est le cas, par exemple, d'un collège comme le
Collège Ellis, qui vient d'investir 8 millions dernièrement, pour
construire une nouvelle résidence étudiante, essentiellement, pour aider tant
les étudiants québécois, que les étudiants internationaux.
Donc, c'est un exemple de mesures
concrètes de nos collèges pour pouvoir permettre d'augmenter la capacité de
logements étudiants en région, notamment.
M. Roberge : Mais dire que
vous voulez stabiliser l'effectif d'étudiants étrangers dans votre réseau,
c'est une chose, dire que vous voulez augmenter le nombre d'étudiants étrangers
sur le territoire du Québec, c'en est une autre. Donc là, quand vous nous
dites : Nous autres, on veut stabiliser ceux qu'on a, je vous entends
bien, mais quand vous dites : Je veux augmenter à 128 000 le nombre
total, c'est une hausse. Donc là, vous proposez des hausses dans des réseaux
autres que le vôtre.
M. Bérubé (Patrick) : Ça
pourrait arriver, mais ce qu'on constate surtout, c'est que l'ensemble des
mesures mises en place par le fédéral, donc, sur le permis de travail
postdiplôme, par le gouvernement provincial dans le cadre du projet de loi
n° 74 et autres, ont déjà des effets dans les différents réseaux. Donc, on
note déjà les universités, on a annoncé des baisses importantes d'étudiants
internationaux. Dans notre réseau, pour cette année, on constate déjà une
baisse de 25 % du nombre des internationaux. Donc, on est d'avis que, même
en fixant un cadre général assez large, qui donnerait une marge de manœuvre au
Québec, les mesures qui sont déjà en place ont eu un impact et on risque de
voir une baisse quand même du nombre d'étudiants réels inscrits et dans les
collèges.
M. Roberge : Il faut dire que
la situation actuelle est une situation un peu anormale, parce qu'écoutez il y
a... attends, je vais trouver le chiffre. Oui, c'est ça, le nombre de CAQ
délivrés pour les établissements privés subventionnés au collégial a plus que
quintuplé en 2020-2024. Donc, une augmentation de 500 % en quatre ans,
cinq ans. Là, vous me dites : Bien, il faudrait maintenir ça, bien, on
peut le faire, mais ce n'est pas la situation normale. On est dans une espèce
d'anomalie statistique ou démographique. Là, on dit : Écoutez, il ne
faudrait pas brasser du système, il faudrait rester là. Mais ce n'est pas la
norme en ce moment, on est dans une espèce de bulle, il ne faut pas s'attendre
à ce que les bulles restent toujours comme ça. On est dans une situation hors
norme.
Donc, je comprends qu'il peut y avoir un
souhait de garder ça pour votre réseau, mais il reste que ça ne fait pas
20 ans que c'est comme ça, ça fait comme deux, trois ans. Ce n'est pas
normal de souhaiter d'être hors norme pour la vie.
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
en fait, ce qu'on souhaite davantage, c'est, tout déjà, on est d'avis que le le
nombre de CAQ n'est vraiment pas le meilleur indicateur pour prévoir le nombre
d'étudiants qui seront assis à l'automne dans un collège. Par exemple,
lorsqu'on prend des étudiants provenant de la France, le taux d'obtention d'un
permis d'étude du gouvernement fédéral qui est pratiquement au bout de la
chaîne de recrutement est d'environ 95 %, alors que, du côté des étudiants
qui proviennent de l'Afrique de l'Ouest, par exemple, le taux d'acceptation est
de 5 %. Donc, pour avoir 95 étudiants... français dans un collège, on
n'a besoin que de 100 CAQ. Mais, avec les 100 mêmes CAQ, on n'aura que
cinq étudiants africains.
Donc, vous voyez qu'il y a vraiment une
différence. Ce qu'on a appelé, dans le cadre du projet de loi n° 74, cet
effet d'entonnoir là, qui varie beaucoup selon les pays de provenance. Donc,
c'est dans ce sens-là qu'on voit que ce n'est pas une question hors norme.
C'est de bien comprendre que la mécanique des CAQ varie beaucoup en fonction
des pays de provenance.
M. Roberge : Perspective très
intéressante, vous avez raison de le souligner. La FECQ qui est passée juste
avant vous, la Fédération étudiante collégiale, les étudiants ont été assez
critiques sur ce qu'on a appelé la marchandisation des étudiants étrangers,
puis ils ont ciblé une forme de diplomation courte, des programmes très courts,
des attestations d'études collégiales comme étant une espèce de voie d'accès
utilisée par plusieurs établissements où on crée des programmes, on attire des
étudiants en ne leur vendant pas tellement la grande formation, l'intégration à
la nation, mais en leur vendant la citoyenneté, tu sais, c'est une forme... On
devient des... des institutions d'enseignement supérieur. Quelle est votre
analyse de ça, d'attirer des étudiants, pour des attestations d'études
collégiales, formation très courte versus des programmes plus...
M. Roberge : ...comment vous
voyez ça?
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
dans notre réseau, la plus grande
partie des étudiants internationaux sont
inscrits dans des programmes de diplômes d'études collégiales, donc c'est le
premier. Puis pour nous, on croit que c'est une voie, une des voies les plus
intéressantes pour ces étudiants-là parce que ça leur permet de participer à ce
tronc commun là qu'est la formation générale où ils auront des cours de
philosophie, d'éducation physique, mais aussi de langue et littérature
française. Donc, à cet égard-là, les cours de langue et littérature française
sont d'un niveau beaucoup plus difficile. On ne parle plus maintenant de
francisation, mais de capacité de lire des textes complexes de littérature et
de pouvoir y répondre par la suite. Donc, ces étudiants-là, par le biais de la
formation générale, vont se familiariser à la culture québécoise, vont y
participer aussi beaucoup dans le cadre des activités parascolaires dans nos
collèges qui sont organisées et donc vont faire en sorte qu'ils vont non
seulement être francisés, mais être aussi intégrés à la culture québécoise, avoir
des... vont avoir des référentiels communs aussi qui sont comparables à ceux
des étudiants québécois.
• (10 h 50) •
M. Caron (Patrick) : Pour
complémenter mon collègue, M. le ministre, il faut se rappeler aussi que, parmi
les priorités du ministère de l'Enseignement supérieur, le volet emploi était
très important et le recrutement international. Donc, on a appris, au mois
d'août 2024, le changement d'orientation par rapport au recrutement d'étudiants
internationaux. Donc, vous le savez, en éducation, c'est des cycles minimums
d'une année. Donc, les changements qu'il y a eu au fédéral depuis deux ans, au
provincial, on va mesurer le plein impact en 2027‑2028 uniquement. Mais
présentement, les conséquences de tous ces changements-là, nouvelle réglementation
ont un impact concret, et on va le vivre vraiment dans les deux prochaines
années.
M. Roberge : Sur du moyen
terme et du long terme.
M. Caron (Patrick) : Moyen
terme, on parle de deux ans, là.
M. Roberge : Oui, la notion
de... la notion de cohorte qui est très...
M. Caron (Patrick) : Oui.
Mais oui, déjà cette année on est en baisse importante.
M. Roberge : La notion de
cohorte qui est très pertinente dans le réseau de l'enseignement supérieur.
Merci.
Une petite question parce que vous avez
parlé de la baisse des effectifs d'étudiants étrangers, des nouveaux, en fait
des nouvelles inscriptions pour cet automne. Vous avez sorti des chiffres qui
sont assez, assez forts. Mais quel est l'effectif dans votre réseau à vous, là,
des collèges privés subventionnés, total? Est-ce que vous... est-ce que vous
savez quelle est la fluctuation? Vous m'avez parlé, là, des étudiants étrangers
en disant : Pas tous les étrangers. Mais disons, combien vous aviez
d'étudiants au total en septembre 2024, incluant tout le monde? Combien vous en
avez au total en septembre 2025, en comptant tout le monde, les Canadiens, les
Québécois, les étrangers?
M. Bérubé (Patrick) : Donc,
le nombre d'étudiants total dans notre réseau avoisine le 20 000 étudiants,
donc étudiants totaux, québécois, canadiens, étrangers.
M. Roberge : Et l'an... Donc,
vous en avez autour de 20 000 au moment où on se parle.
M. Bérubé (Patrick) : Oui.
M. Roberge : Puis l'an passé
à pareille date?
M. Bérubé (Patrick) : Donc,
l'an dernier, à pareille date, on devait être environ... Bien, je vous dirais, 20 000,
c'est les chiffres de l'année dernière. Donc, cette année, on doit être en
baisse un petit peu, un petit peu davantage. Là, on doit tourner autour de 19 000,
18 000 environ.
M. Roberge : OK. Donc, il n'y
a pas eu de remplacement parce que vous me dites vous avez eu essentiellement
des baisses. Puis je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, je vous
l'expliquerai, là. Il y a eu des baisses d'étudiants étrangers pour les
nouveaux inscrits. Ceux qui étaient déjà là l'an passé sur un programme long
poursuivent leur formation, mais il n'y a personne qui s'est fait briser sa
formation, mais il y a eu moins de nouveaux étudiants étrangers. Si vous avez
une baisse d'effectif total, c'est parce que vous avez moins de nouveaux
étudiants étrangers, mais vous n'avez pas pu remplacer ces gens-là par des
Québécois ou des Canadiens, est-ce que je me trompe?
M. Bérubé (Patrick) : Possiblement
pas entièrement, effectivement, là, puis malgré le fait que nos collèges se
retournent de plus en plus vers la clientèle locale mais, comme vous le savez,
pour l'étudiant québécois, donc, les frais de scolarité peuvent devenir un
frein pour s'inscrire dans un collège privé subventionné, même si la subvention
est un bon vecteur pour améliorer cette dite accessibilité-là.
M. Roberge : Vous avez parlé
du programme PEQ, le Programme d'expérience québécoise, volet diplômé. Il me
reste quelques minutes? Oui. OK. On a suspendu le PEQ pour l'instant, mais on a
lancé le PSTQ, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés. On est au
début de ça. Mais il faut dire que la première ronde en ce moment, 100 %
des individus invités dans le volet 1, parce qu'il y a quatre volets, du
nouveau PSTQ ont été des diplômés du Québec. Est-ce que vous avez eu le temps
de prendre conscience parce que c'est nouveau quand même, le PSTQ, de ces
volets-là avec des critères? Justement, le volet 1, qui est le volet
diplômé du Québec, avec des critères comme... comme la langue française ou
comme tout ça. Est-ce que vous avez pris conscience de ça et quelle est votre
analyse de ce programme-là bien qu'on soit au début et au lancement initial de
ce programme-là?
M. Bérubé (Patrick) : On en a
effectivement pris conscience ce programme-là...
M. Bérubé (Patrick) : ...et
on continue de croire que le PEQ comme tel est vraiment la voie idéale pour les
étudiants internationaux, puis on l'explique. En fait, nous, on la voit comme
la voie royale. Puis on va prendre un étudiant, par exemple, qui serait au DEC,
qui va faire plusieurs stages au cours de son... ses trois ans d'études,
disons, dans un programme de technique d'éducation spécialisée. À la fin, cet
étudiant-là va avoir un stage final qui va se faire dans un milieu... par
exemple, ça pourrait être dans un établissement de santé ou dans un CPE, où
l'étudiant va être en compagnie de personnes québécoises, intégré aussi dans un
milieu de travail québécois. Donc, on est d'avis que c'est la voie royale parce
que, cette expérience-là de stage... on ne devrait pas venir exiger, comme on
le voit dans d'autres programmes, une expérience de travail supplémentaire,
alors que l'expérience de stage de longue durée, là, qu'ils vont faire au cours
d'un DEC devrait être suffisante. Et c'est pour cette raison-là qu'on croit que
le PEQ est vraiment la voie royale. Sans vouloir rien enlever aux autres voies
qui pourraient exister, on croit quand même que ça demeure la meilleure voie
pour les étudiants.
M. Roberge : Mais vous liez
le programme PEQ suspendu à la réussite d'un stage, mais il n'y a aucun critère
de stage dans le PEQ.
M. Bérubé (Patrick) : Non,
non, on ne lie pas les deux ensemble.
M. Roberge : OK.
M. Bérubé (Patrick) : Tout ce
qu'on dit, c'est qu'il y a un stage... les étudiants font des stages dans le
cadre de leurs études et, via le PEQ, au final, vont pouvoir obtenir le...
avoir accès à la résidence permanente, alors qu'il y a d'autres programmes qui
vont demander une expérience de travail supplémentaire.
M. Roberge : Mais est-ce que
ce n'est pas normal de s'assurer, de vouloir s'assurer, pour l'État, que la
personne, bien, travaille et vient... oui, elle est diplômée du Québec mais est
diplômée dans un domaine où on est en pénurie de main-d'œuvre et que cette
personne-là est capable d'être employée, d'être employable et veut travailler,
veut contribuer? Je comprends que les gens sont diplômés d'une institution
québécoise, c'est déjà un très, très bon critère, là, je le reconnais d'emblée,
c'est sûr, mais il me semble que ce n'est pas trop exiger, de s'assurer que
cette personne-là est capable de se trouver un emploi et que, donc, elle
s'était formée dans un domaine dont on a besoin. On a des secteurs qui sont en
pénurie. Il me semble que ça serait particulier de ne pas combler des secteurs
qui sont en pénurie tout en faisant entrer des gens qui ne sont pas capables de
se trouver un emploi.
M. Bérubé (Patrick) : Nous,
ce qu'on constate dans notre réseau, au cours des dernières années, à
l'initiative du gouvernement du Québec et de plusieurs ministères qui ont
décidé de mettre l'accent sur le recrutement d'étudiants internationaux, dans
plusieurs pays francophones et dans des domaines priorisés par l'Opération
main-d'œuvre, par l'OPMO... donc, ce qu'on voit, c'est que ces étudiants-là ont
été recrutés au cours des dernières années, sont présentement en études ou
viennent de terminer et sont... ont été recrutés dans des domaines où le Québec
a reconnu qu'il y a pénurie de main-d'œuvre. Donc, on croit que c'est tout à
fait logique que ces étudiants-là puissent passer par la suite à la résidence
permanente parce qu'ils ont... ils ont suivi un processus et ils sont déjà dans
des programmes qui ont été priorisés par le gouvernement.
M. Roberge : Mais, si on...
Bien, je comprends qu'il y en a plusieurs qui sont dans l'OPMO, l'Opération
main-d'oeuvre... bien, on parle en code, mais je dis ça pour les gens qui nous
écoutent, je comprends qu'il y en a plusieurs qui le sont, mais ce n'est pas
100 %. Il pourrait y avoir, si j'ouvrais le PEQ demain matin, des
étudiants qui ne sont pas dans des secteurs prioritaires, qui ne sont pas dans
l'OPMO, qui n'ont pas fait de stage, qui n'ont pas décroché d'emploi et qui auraient,
comme vous dites, la voie royale vers la résidence permanente mais qui
seraient... qui n'auraient pas fait de stage, qui n'auraient pas travaillé, qui
ne seraient pas dans les secteurs prioritaires et qui, grâce à la voie royale,
obtiendraient la résidence permanente. Si j'ouvrais le PEQ demain matin, c'est
ça qui arriverait.
M. Caron (Patrick) : Mais
c'est une responsabilité, M. le ministre, institutionnelle. L'année dernière, à
l'Institut Grasset, j'ai fermé plusieurs programmes parce qu'il n'y avait plus
d'emploi. On pense aux jeux vidéo, l'animation 3D, télé. Je veux dire, l'emploi
était très, très faible actuellement. Donc, on n'a aucun intérêt comme
institution à poursuivre avec des offres de formations ou de programmes quand
il n'y a pas d'emploi en bout de ligne. Donc, ça, c'est une responsabilité qui
est vraiment institutionnelle, qui est associée aux collèges, là.
M. Roberge : Merci beaucoup
pour cet échange. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci, M. le ministre. Alors, on poursuit la période d'échange avec la
députée de La Pinière, cette fois-ci, pour une période de 16 minutes 30
secondes.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonjour. Merci pour votre mémoire et pour votre
présentation.
Je reviendrais sur le nombre de
128 000 que vous... 128 000 étudiants, pour ce qui est du
plafonnement des étudiants étrangers, que vous recommandez, conformément à l'un
des scénarios, là, qu'on voit dans le document en page 69. Est-ce que j'ai bien
compris que, sur les... sur ces 128 000 là, c'était 6 000 ou est-ce
que j'ai mal entendu le chiffre que vous vouliez?
M. Caron (Patrick) : Exactement.
Pour notre réseau, on parle de 6 000 internationaux.
Mme Caron : D'accord. Donc,
si, par exemple...
Mme Caron : ...le scénario
était baissé à 110 000, mais votre demande, j'imagine, serait toujours d'avoir
les 6 000 pour votre réseau?
M. Caron (Patrick) : Idéalement.
Mme Caron : C'est ça.
D'accord. Maintenant, vous mentionnez à la page 11 de votre mémoire que
l'apport des étudiants internationaux dans le système de santé, bien, passe
aussi par... par votre réseau, notamment vous parlez de préposés aux
bénéficiaires. Donc, comme porte-parole de l'opposition officielle pour les
aînés, c'est un point qui m'intéresse vivement. Alors, combien... Est-ce que
vous avez une idée du nombre d'étudiants qui sont passés par votre réseau et
qui travaillent maintenant ou qui ont décroché un poste comme préposés aux
bénéficiaires à la fin de leurs études?
M. Caron (Patrick) : Je ne
sais pas. Si c'est notre mémoire, là, on ne parle pas de préposés aux
bénéficiaires dans notre...
Mme Caron : Bien, en
page 11, je lis... C'est bien l'ACPQ collégial privé?
Une voix : Oui.
• (11 heures) •
Mme Caron : D'ailleurs... En
deuxième paragraphe : «D'ailleurs, avant même la fin de leurs études,
notamment dans des programmes en santé (ex : soins infirmiers et
inhalothérapie), l'étudiant peut déjà travailler dans le réseau après la
première année comme préposé aux bénéficiaires». Donc, sa formation est en
inhalothérapie. Donc, ce que je comprends, la différence, c'est que ce n'est
pas une formation de préposé aux bénéficiaires, mais il peut travailler comme
préposé aux bénéficiaires.
M. Bérubé (Patrick) : Exactement.
Puis ça, ça leur est demandé, comme aux étudiants québécois. Puis ça démontre
bien la contribution des étudiants internationaux, parce que, souvent, on parle
qu'ils vont venir utiliser les ressources du Québec, venir amener un poids
supplémentaire à la capacité d'accueil, mais souvent... on oublie souvent de
parler de leurs contributions. Et ça, c'est un bel exemple, c'est les étudiants
qui étudient dans les programmes de santé. Donc, on leur demande aussi de
prêter main forte au réseau de la santé, de faire... de travailler à
titre de
préposé aux bénéficiaires pendant leurs études en inhalothérapie ou autre. Et
puis je pourrais même vous dire qu'en termes d'accessibilité à des programmes
il y a des étudiants aussi en techniques d'éducation spécialisée qui...
étudiants internationaux dans la région de Drummondville qui étaient au collège
Ellis, et il y avait un camp de jour pour des élèves, cet été, avec des besoins
particuliers qui manquait cruellement d'animateurs, et, sans l'apport de ces
étudiants internationaux là, ils étaient en formation en éducation spécialisée,
le camp de jour n'aurait pas pu offrir la même... la même étendue de services à
un aussi grand nombre qu'il a été possible de l'offrir. Donc, ça montre très
bien que ces étudiants-là, pendant leur parcours, ne viennent pas juste prendre
les ressources en étudiants, mais redonnent beaucoup aussi à la société
québécoise.
Mme Caron : Avant même d'être
diplômés, donc, de vois...
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement.
Mme Caron : D'accord. Vous
donnez... Bon, vous venez de parler du... de Drummondville. Est-ce que...
Est-ce que le moratoire de l'an dernier a eu des conséquences sur vos
étudiants? Est-ce qu'ils ont senti qu'il y avait une promesse d'un parcours qui
a été brisé à mi-parcours? Est-ce que ça a eu une incidence importante?
M. Bérubé (Patrick) : Vous
parlez d'un moratoire sur le... sur le PEQ?
Mme Caron : Oui.
M. Bérubé (Patrick) : Oui.
Bien, en fait, pour plusieurs, il y avait beaucoup d'incompréhension, là, quand
on... l'étudiant vient ici au Québec pour étudier et que les règles changent en
cours de route. C'est quelque chose qui est vraiment... vraiment malheureux. Et
puis, à l'instar aussi de ce qui s'est passé avec le gouvernement de travail...
fédéral avec le permis de travail pas postdiplôme... En fait, ces
changements-là en cours de route ont même causé des désinscriptions de certains
étudiants parce qu'ils ne voyaient plus d'avenir possible au Canada. Donc, on
voit que ça a un impact vraiment réel sur... et beaucoup de stress, ça génère
beaucoup de stress sur les étudiants qui se demandent comment ils vont pouvoir
poursuivre leur parcours au Québec.
Mme Caron : Effectivement,
parce qu'ils sont... ils ne veulent pas... C'est des coûts que ça représente,
des coûts importants pour eux parce qu'ils paient plus cher de droits de
scolarité, j'imagine, pour... que les étudiants québécois. Est-ce que c'est le
cas aussi dans le collégial ou...
M. Caron (Patrick) : Ce sont
les mêmes frais de scolarité, à l'exception des étudiants français.
Mme Caron : D'accord.
Alors... Mais c'est quand même des coûts de venir s'établir au Québec et...
M. Caron (Patrick) : out à
fait.
Mme Caron : ...plutôt que de
rester dans leur pays d'origine, peut-être chez leurs parents, et tout ça.
Alors, s'ils ne voient pas la possibilité de terminer leurs études et de
contribuer, de pouvoir... d'avoir une chance de s'établir ici, de contribuer à
la société québécoise, bien, ils préfèrent aller ailleurs, où ils seront...
seront accueillis sans que des règles, quel que soit le niveau... le palier de
gouvernement, sans que les règles changent en cours de route. Est-ce que...
Vous avez parlé de recrutement international d'étudiants à l'international,
notamment en cohérence avec les programmes qui étaient mis de l'avant par le
MIFI. Est-ce que vous avez vu qu'il y avait une diminution de l'attrait du...
des établissements collégiaux au Québec après... après ces changements-là qui
sont survenus en cours de route?
M. Bérubé (Patrick) : Oui. En
fait, on a vu au cours des dernières années que l'ensemble des.
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) M. Bérubé (Patrick) :
...mesures, tant fédérales que les dernières mesures provinciales en lien avec
le projet de loi n° 74, avec la fin du PEQ aussi, ont eu un impact majeur
sur les demandes d'admission, là, des étudiants internationaux qui sont en
baisse majeure. Et puis là, ce qu'on constate, comme on le mentionnait tout à l'heure,
c'est que c'est baisses-là de demandes d'intérêt pour le... pour... pour le
Québec, pour le Canada aussi en général se matérialisent par des baisses d'inscriptions
aussi, là.
Mme Caron : Alors, baisse
d'inscriptions pourrait... pourrait vouloir dire d'une part réduction du nombre
d'immigrants, qui est peut-être recherchée, puis là, en même temps, des
personnes qui pourraient contribuer parce qu'on sait qu'il y a un problème...
une pression sur le logement. Mais en même temps, on a besoin des personnes
pour nous aider à en construire, des logements ou pour nous aider à prendre
soin des gens dans le réseau de la santé. Donc, c'est un peu l'oeuf ou la poule,
là. Alors, on...
M. Bérubé (Patrick) : Effectivement,
comme ont mentionnait d'entrée de jeu, le Québec va avoir un accroissement
naturel négatif à partir de 2027, plus de décès que de naissance. Donc, pour
nous, les étudiants internationaux, bien qu'ils soient des immigrants
temporaires aujourd'hui, sont vraiment les citoyens québécois de demain et les
candidats idéauz pour devenir de futurs citoyens parce qu'ils auront vécu, pris
racine ici, s'enraciner dans la culture québécoise, auront des diplômes d'ici.
Donc, on serait bien malheureux de voir ces étudiants-là qu'on a formés
déménager en Ontario ou en Alberta alors qu'ils sont francisés, francophiles,
francophones et qu'ils ont un diplôme québécois.
Mme Caron : Oui. Puis vous
avez mentionné un point intéressant dans la francisation, c'est quoi? Vous ne
faites pas que de la francisation. C'est important, la francisation. Je ne le
dis pas en voulant dénigrer la francisation, mais vous faites plus dans le sens
que oui, les cours collégiaux en français, on sait que c'est d'un niveau... Il
faut... Il faut déjà pouvoir parler français couramment pour pouvoir suivre ces
cours-là. Et vous avez des activités qui permettent... qui vont favoriser l'intégration
au sein de la culture québécoise.
M. Caron (Patrick) : Bien,
nos collèges, ce sont des milieux de vie. Au-delà des cours, on y vit, on y
participe. C'est ça, un collège. C'est ça qu'on veut quand on accueille nos
étudiants. Oui, c'est beau de parler d'épreuves uniformes de français, mais ça,
c'est surtout qu'ils vivent leur vie d'étudiant comme on doit s'en attendre, qu'on
soit international ou local.
Mme Caron : En page 7,
il y a... Vous avez mis une citation intéressante du premier ministre, une
citation de juin 2004 où le premier ministre reconnaissait l'importance des
étudiants internationaux. Est-ce que vous voulez nous en dire un petit peu plus
là-dessus?
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
moi, je peux vous dire qu'on est tout à fait d'accord avec cette citation-là du
premier ministre. Comme on le mentionnait tout à l'heure, ces étudiants-là sont
jeunes, ils vont être bien formés. Le premier ministre parle souvent aussi d'emplois
payants. Ils vont être dans des domaines d'avenir, souvent priorisés par le
gouvernement du Québec. Donc, on est tout à fait en accord avec sa citation
pour dire qu'il en veut davantage d'étudiants, de jeunes étudiants
internationaux, parce qu'ils vont vraiment pouvoir contribuer à la société
québécoise.
Mme Caron : Et vous avez
parlé aussi de moratoire réglementaire, donc de, si j'ai bien compris, de
cesser de faire de nouveaux règlements pour vous permettre de vous ajuster, ou
est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus sur ça?
M. Caron (Patrick) : Tout
à fait. Il y a tout un aspect de la réputation à l'international du Canada, du
Québec. Plus qu'on change de réglementation, souvent, bien, plus que ça met des
filtres, ça met des couches de difficulté. Donc, si on peut au moins stabiliser
ces éléments-là, bien, ça va nous permettre de mesurer l'impact de tous les
changements qu'il y a eu. Puis ça, c'est important. Je l'ai dit tout à l'heure,
ce sont des cycles d'une année dans les collèges, dans les universités. Donc,
il faut nous laisser du temps de nous adapter en fonction de ça.
Mme Caron : Et est ce que
ce serait aidant, par exemple, s'il y a un... s'il y avait des... de nouveaux
règlements qui étaient adoptés, donc, sans que le gouvernement réponde à votre
demande de moratoire. Mais que ce soit fait en fonction des cycles non seulement
des années scolaires, mais des cycles d'inscription, d'admission au collège et
suffisamment à l'avance pour vous permettre de planifier le nombre pour
permettre à vos institutions membres de planifier.
M. Caron (Patrick) : Tout
à fait. Surtout le recrutement à l'international, souvent, c'est des cycles. Ça
part deux ans à trois ans. C'est recruter un étudiant qui va s'investir, qui va
mettre les moyens financiers pour se loger, se nourrir, payer ses frais de
scolarité. Souvent, c'est un projet de famille. Donc, ça ne se décide pas en
trois mois avant. Donc, tout ce processus-là d'avoir...
M. Caron (Patrick) : ...une
constance dans nos façons de faire. Elle est vraiment importante.
Mme Caron : Et est-ce que...
dans les programmes qui sont ciblés comme étant en pénurie de main-d'œuvre,
est-ce que les étudiants qui sont inscrits à ces programmes-là sont uniquement
des étudiants de l'étranger ou si... il y a aussi des étudiants québécois qui
s'inscrivent à ces programmes?
M. Bérubé (Patrick) : Il y a
effectivement beaucoup d'étudiants québécois. La part des étudiants
internationaux va être complémentaire souvent, en particulier dans les collèges
en région, ils vont venir compléter les cohortes, pour s'assurer que l'accord
puisse démarrer et que l'offre de formation puisse rester vivante aussi pour
les étudiants québécois.
Mme Caron : Est-ce que ça veut
dire que les étudiants étrangers qui veulent étudier dans un certain domaine
vont être, je dirais, dirigés vers une région où ce programme-là existe, plutôt
que... plutôt que de laisser à l'étudiant le choix du collège où il veut
étudier?
• (11 h 10) •
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
au moment actuel, l'association, les collèges ne dirigent pas le choix des
étudiants. Donc, c'est vraiment un choix individuel des étudiants. Mais
évidemment, ces derniers-là sont à l'affût des mesures gouvernementales. On a
parlé tout à l'heure de l'opération Main-d'œuvre et des régions. Et il y avait
des incitatifs à l'époque qui existent encore à un certain niveau de bourses et
d'exemptions pour ces étudiants internationaux là, pour aller étudier dans un
collège de région, dans un programme sous l'opération main-d'œuvre. Donc, on
peut voir que ces initiatives gouvernementales là vont favoriser l'inscription
dans des collèges qui offrent lesdits programmes.
Mme Caron : D'accord. Et tout
à l'heure vous avez parlé de programmes, par exemple, en vidéo ou tout ça qui
n'existent presque plus, ou en tout cas peut-être qui existent, mais où les perspectives
d'emploi sont... ont chuté quand même assez rapidement, j'imagine, question de
crédits d'impôt à ces... aux entreprises de l'industrie vidéo, question aussi
d'intelligence artificielle. Alors, est-ce que vos collègues ont une agilité...
je ne sais pas, à combien vous évalueriez l'agilité de vos différents collèges
à dire : Oh! là, on ne peut plus... on devrait plus offrir ce programme-là
parce qu'on voit que sur le marché... le marché de l'emploi dans ce domaine-là
se rétrécit. Donc, c'est peut-être... on ne va peut-être pas se rendre service,
on ne va peut-être pas atteindre l'objectif d'aller chercher des étudiants qui
vont combler des emplois pour pallier à la pénurie de services ou d'emplois
dans ces domaines-là. Est-ce que... comment vous évalueriez l'agilité que vous
avez à vous adresser à vous adapter à ça?
M. Caron (Patrick) : C'est la
raison d'être de notre réseau. Cette agilité-là, elle est vraiment importante
parce qu'il y a un risque réputationnel. L'étudiant qui va payer x milliers de
dollars pour venir étudier dans un programme technique, c'est pour être en
emploi en bout de ligne. Donc, ça, c'est fondamental. Donc, si d'un volet
réputationnel on forme des étudiants puis qu'en bout de ligne, il n'y a pas
d'emploi, ce n'est pas bon, ce n'est pas bon pour personne.
M. Bérubé (Patrick) : Et
concrètement, nos collèges sont très agiles pour s'adapter. La preuve en est,
lorsqu'il y a eu des... un accent où il y a eu un appel du gouvernement via
l'opération main-d'œuvre, à mettre l'accent sur certains programmes en pénurie
d'emploi, nos collèges ont répondu présents. Ils ont déployé les programmes
qu'ils avaient dans ces domaines-là pour répondre à l'appel gouvernemental. Et
certains autres même sont allés obtenir des autorisations de nouveaux
programmes en lien avec ces pénuries de main-d'œuvre là. Donc, on l'a vu dans
des domaines à l'international, mais on l'a vu aussi il y a quelques années
dans un programme dans le domaine des technologies de l'information avec
Emploi-Québec, où nos collèges aussi ont répondu présents, ont offert autant de
formations en nombre d'heures que l'ensemble des universités du Québec, par
exemple.
Mme Caron : D'accord. Puis
j'ai trouvé très intéressant tout à l'heure, dans une de vos réponses, quand vous
avez dit que les collèges sont des OBNL, donc, et c'est possible pour eux,
s'ils ont des... bon, s'ils font des profits, évidemment, de les réinvestir et
y compris dans la construction de résidences pour les étudiants, ce qui vient
atténuer le fait qu'on manque de logements pour ces étudiants-là. Est-ce qu'il
y a plusieurs collèges qui sont en mesure de faire ça?
M. Caron (Patrick) : On essaie
d'être débrouillard, si je parle pour le collège André-Grasset. On est en
collaboration. On est en partenariat, c'est-à-dire avec le cégep d'Ahunstic
pour... qui ont des résidences. Nous, on loue quelques résidences avec eux, on
l'envisage avec l'École nationale du cirque. Même chose pour le collège
Laflèche, donc qui ont des partenariats, donc c'est tous ces éléments-là qu'on
essaie de mettre en place. Et surtout, c'est en amont, pour les étudiants qui
sont en... qui recherchent des loyers. C'est tout le volet admissibilité. Pour
nous, c'est un élément clé parce qu'un étudiant qui ne se loge pas ou qui a de
la difficulté à payer ses fins de mois, on le met en situation à risque dans sa
réussite scolaire. Donc, on n'a aucun avantage d'arriver avec des étudiants...
M. Caron (Patrick) :
...avec un manque de financement. Donc, c'est un critère qui est vraiment prioritaire
pour l'ensemble du réseau, là.
M. Bérubé
(Patrick) : Et ça démontre bien aussi le rôle complémentaire du réseau
collégial privé subventionné à celui des cégeps. Donc, c'est un rôle
complémentaire. Et, ici, c'est un bel exemple où en construisant des résidences
sans fonds publics, donc avec des fonds privés, on vient atténuer cet
impact-là, là, de manque de logements pour les étudiants tant québécois
qu'internationaux.
Mme Caron : Donc, vous
travaillez non seulement sur la francisation et l'intégration à la culture
québécoise, mais vous êtes... vous vous assurez...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : En terminant.
Mme Caron : ...que les
étudiants étrangers sont logés puis ont toutes les conditions de réussite.
M. Caron (Patrick) : Dans
la mesure du possible, mais ça reste toujours un défi.
Mme Caron : Merci. Est-ce
qu'il...
17949 La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, le temps est écoulé.
Messieurs, je vous remercie au nom des parlementaires pour votre présence en
commission. Je vous souhaite une bonne fin de journée et je vais suspendre
quelques instants, le temps de recevoir les prochains invités.
(Suspension de la séance à 11 h 16)
(Reprise à 11 h 17)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Donc, pour nos derniers intervenants,
cet avant-midi, nous recevons l'Association des collèges privés non
subventionnés qui... L'association est représentée par Mme Gilberte...
Ginette, pardon, Gervais, présidente et consultante en éducation, ainsi que
M. Sylvain Lalande, trésorier et directeur des études du Collège Canada
inc. Alors, mesdames messieurs, bienvenue à la commission. Donc, vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour l'essentiel de votre... votre
message, les propos de votre mémoire. Et par la suite, on va échanger avec les
parlementaires. Alors le temps est à vous.
Mme Gervais (Ginette) :
Merci. Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les membres de la
commission, merci de nous recevoir et de nous donner la parole. Depuis plus de
30 ans, les collèges privés non subventionnés, puis vous faites bien la
distinction ici, là, le «non» est important, là, non subventionnés, au nombre
de 45, autorisés par le MEQ et le MESS, jouent un rôle déterminant dans
l'accueil, la formation et l'intégration d'étudiants internationaux au Québec.
Contrairement à certaines perceptions, ils n'accueillent qu'une proportion limitée
du nombre total d'étudiants internationaux. Ils forment des personnes qui
s'intègrent, travaillent, participent activement à la vitalité du Québec.
Le contexte impose d'aller droit aux
faits. Au cours des dernières années, le Québec a connu une croissance
démographique marquée, largement portée par l'immigration. Cette transformation
rapide a modifié la composition de la population, accru la pression sur les
services et accentué les besoins de main-d'œuvre qualifiée. Pourtant, une
part
importante des nouveaux arrivants demeure sous-employée. Beaucoup sont
surqualifiés pour les postes qu'ils occupent et peinent à faire reconnaître
leurs compétences. C'est pourquoi la clé d'une intégration réussie, économique
et linguistique, c'est de former localement en français, dans des programmes
alignés sur les besoins réels du marché du travail. C'est précisément ce que
font les programmes d'attestation d'études collégiales et les diplômes
d'études... de formation professionnelle qui sont offerts dans nos collèges.
Mais cette mission essentielle s'exerce dans un contexte de forte...
Mme Gervais (Ginette) : ...concurrence.
Nos établissements sont souvent confondus avec les collèges privés
subventionnés, alors que nos réalités sont très différentes. Nous ne recevons
aucune subvention publique, nos revenus proviennent exclusivement des droits de
scolarité. Autrement dit, l'accueil d'étudiants étrangers se fait à coût nul
pour la société québécoise tout en générant des retombées économiques
concrètes, consommation locale, maintien d'emplois et surtout formation d'une
main-d'oeuvre qualifiée francophone et essentielle au développement du Québec.
Nos formations sont axées sur l'emploi et
la requalification professionnelle, en lien direct avec les secteurs où la pénurie
est la plus critique, la santé, les technologies, les métiers techniques, la
comptabilité, la petite enfance, l'administration, services sociaux, etc. Nos
programmes d'études... d'attestation d'études collégiales offrent la même
rigueur technique que les DEC, mais sont plus ciblés, ils forment rapidement
des professionnels prêts à intégrer le marché du travail. Notre orientation
vers l'international n'est pas opportuniste, elle découle d'une évolution
naturelle. L'intégration des AEC dans les cégeps a restreint le recrutement
local. Dans ce contexte, les collèges privés non subventionnés sont devenus un
complément agile et nécessaire, capables de répondre rapidement à la demande
croissante de main-d'œuvre qualifiée ici même au Québec.
• (11 h 20) •
Pourtant, notre réseau demeure mal
compris. On le juge souvent à travers des cas isolés, ce qui alimente des
préjugés et ternit la réputation d'établissement rigoureux et conforme aux
exigences ministérielles. Et, contrairement à certaines idées reçues, les frais
de scolarité exigés des étudiants étrangers sont comparables à ceux des autres
réseaux, et sans qu'un seul dollar public ne soit versé.
Sur le plan de la qualité, l'encadrement
est strict. Ces AEC doivent être approuvées par le ministère de L'enseignement
supérieur. À chaque renouvellement de permis, un collège doit démontrer la
solidité de ses ressources financières, matérielles, humaines et pédagogiques
ainsi que la conformité de ses pratiques. On ajoute à cela les évaluations
indépendantes de la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial qui
garantissent la qualité des formations. Le ministère dispose enfin de tous les
pouvoirs légaux pour corriger ou fermer un établissement fautif. Ce réseau est
donc pleinement encadré et imputable. Mais allons droit au cœur du problème.
Depuis que le permis de travail
postdiplôme, le PTPD, n'est plus accessible aux diplômés internationaux de nos
collèges pour les programmes commencés après le 1er septembre 2023,
l'équilibre du modèle québécois d'immigration étudiante s'est effondré. Ce
permis n'était pas un privilège, mais le pont entre la formation et
l'intégration, entre l'école et l'emploi, entre le Québec d'aujourd'hui et
celui que nous voulons bâtir. Grâce à lui, un diplômé formé ici pouvait acquérir
une première expérience de travail, prouver sa valeur et s'enraciner
durablement. Depuis le retrait du permis de travail postdiplôme, les
conséquences sont lourdes, une chute de plus de 60 % des inscriptions
internationales, des fermetures imminentes d'établissements, des pertes
d'emplois et une réputation internationale ternie. Concrètement, nous formons
des talents ici et nous les voyons partir ailleurs. C'est une perte nette pour
le marché du travail, pour la francophonie, pour nos régions.
Voilà pourquoi notre recommandation
centrale est limpide : rétablir le permis de travail postdiplôme pour les
diplômés des collèges privés non subventionnés maîtrisant le français dans des
secteurs en forte demande en favorisant particulièrement les emplois en région
tout en ne négligeant pas les besoins criants de main-d'œuvre à Montréal. Ce
permis de travail ciblé francophone soutient la voie à la fois la
régionalisation et la francisation. (Interruption) Pardon. Comme la majorité
des collèges privés... (Interruption) ...pardon, sont situés à Montréal, ils
deviennent l'outil décisif pour déployer la main-d'œuvre formée ici vers les
régions.
Nos collèges contribuent déjà directement
à l'essor du français. Plusieurs offrent des cours de francisation intégrés,
cours intensifs, tutorat, accompagnement personnalisé, parrainage, famille
d'accueil... d'accueil et immersion culturelle. Par contre, depuis 2023, aucun
diplôme d'AEC en anglais ne peut être délivré sans preuve de compétence en
français. Au-delà du...
Mme Gervais (Ginette) :
...certains ajustements sont nécessaires pour donner de la prévisibilité et
reconnaître ce qui fonctionne. Nous demandons que les programmes DEP, ASP et
AEC offerts par les collèges privés non subventionnés, alignés sur les besoins
du marché, soient protégés de toute politique de réduction du programme
d'études pour étudiants étrangers.
L'expérience récente a démontré que la
méthodologie d'attribution des quotas soulève des enjeux majeurs. La
planification de février 2025 a mis en lumière plusieurs incohérences ayant
causé des préjudices importants aux établissements et aux étudiants. Le mode de
calcul appliqué par décret a été déployé sans consultation, sans transparence
et sans préavis suffisant. Nous proposons que soit réformée en profondeur la
mécanique d'attribution des quotas afin qu'elle repose sur des critères clairs,
objectifs et vérifiables, fondés entre autres, sur la capacité d'accueil des
établissements, la conformité réglementaire et les inscriptions confirmées.
Nous recommandons aussi d'exclure du
calcul les renouvellements... les renouvellements des CAQ et les demandes liées
à des refus de permis du fédéral et de fixer les quotas pour une période
minimale de deux ans afin de respecter les cycles réels du recrutement
international.
Enfin, toute modification réglementaire
devrait être annoncée avec un préavis minimal de 12 mois après
consultation formelle du réseau, et que les pratiques soient harmonisées entre
le MESS, le MEQ et le MIFI. Enfin, pour l'immigration permanente, nous appuyons
le scénario du MIFI prévoyant une hausse progressive... pardon, et modérée des
seuils. Cela complète logiquement la séquence : formation, emploi,
établissement, résidence, avec un PEQ volet diplômé qui reconnaîtrait les AEC...
cours admissibles.
Mme la Présidente, M. le ministre,
mesdames et Messieurs, le Québec fait face à trois défis majeurs,
démographique, économique et linguistique. Pour les relever, il ne suffit pas
d'accueillir, il faut retenir, intégrer et valoriser. Les collèges privés
sont... non subventionnés sont prêts à jouer ce rôle, flexibles, ancrés dans
l'emploi et la francisation. Ils constituent un levier essentiel du modèle
québécois. Mais pour que ce modèle fonctionne, il faut lui redonner son outil
central, le permis de travail post-diplômé. Réintégrer pleinement les collèges
privés non subventionnés dans la stratégie québécoise de formation
internationale, c'est miser sur une immigration qualifiée francophone et
durable et donc sur l'avenir même du Québec. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme Gervais. Vous allez pouvoir prendre une
petite gorgée d'eau, reprendre votre souffle.
Des voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, c'est ça, On le sentait descendre. Les propos y
étaient tout de même. Alors, on va Engager maintenant la période de discussion
avec, dans un premier temps, M. le ministre, pour une période de
16 minutes 30 secondes.
M. Roberge : Merci bien. Merci
pour votre présentation. Dans votre mémoire, vous nommez très clairement la
notion de capacité d'accueil, vous appuyez le gouvernement pour la réduction du
nombre de résidents permanents à chaque année, vous appuyez le scénario 2c. je vais
citer... moi, vous dites : «Afin de tenir compte à la fois des besoins
économiques, pénurie de main-d'œuvre, secteurs prioritaires, besoins régionaux
et de la capacité réelle d'accueil des services publics, ce scénario se situe
entre le statu quo et une hausse importante des seuils, offrant un équilibre
entre une intégration réussie et les besoins du marché du travail.» Comment on
fait pour vous suivre jusqu'au bout et trouver cet équilibre entre
l'intégration réussie, la... le respect de la capacité d'accueil et
l'intégration au marché du travail, Je vais même dire l'intégration à la nation
québécoise.
M. Lalande (Sylvain) : En
fait, c'est... Bonjour, Mme la Présidente, bonjour, M. le ministre, bonjour,
Les membres de la commission. donc, en fait l'adéquation est que cet... il ne
faut pas voir ça avec des œillères, là, il faut vraiment... nous, Nos collèges
ont toujours été orientés vers le marché du travail, vers les besoins du marché
du travail. Donc, c'est sûr que c'est un point de départ à notre recommandation.
On croit bien que les étudiants peuvent s'intégrer à la société québécoise. On
a des particularités pour les étudiants étrangers. On parle de logement. Oui,
ils ne font pas
partie du problème entier. On s'entend bien que les personnes
qui vivent seules, les personnes séparées, les banlieusards qui reviennent en
ville, le manque de logements sociaux, ça fait aussi
partie du problème. Donc,
je pense qu'on peut les accueillir. Ce qu'on... ce que nous, on veut, c'est
participer, participer à la discussion. On veut s'entendre sur ce qui est des
quotas, qui semblent... raisonnables. Donc, on pense que c'est possible, nous
qui... que notre réseau est assez agile pour permettre de s'adapter et de
contribuer à cet effort.
M. Roberge : Merci...
M. Roberge : ...la notion du
permis de travail postdiplôme fait
partie de vos préoccupations. Vous l'avez
mentionné à plusieurs reprises. Pendant un certain temps, ils l'avaient ici,
c'était le seul endroit au Canada, où les collèges privés non subventionnés
avaient le permis de travail postdiplôme. Je vais citer le Commissaire à
la langue française qui s'est intéressé beaucoup à cette question-là, puis
j'aimerais entendre votre réaction à ce qu'il a affirmé. Donc, je le cite, à
partir de maintenant : «De 2017, 2018 à 2020-2021, le nombre d'étudiants à
l'enseignement collégial a explosé, passant de 7 063 à 28 189 en,
seulement, trois ans. Cette augmentation subite est presque entièrement due au
recrutement massif, par une dizaine de collèges privés non subventionnés et par
un cégep, d'étudiants indiens dans des programmes cours, sanctionnés par une
attestation d'études collégiales. Proposés en anglais, ces programmes offraient
un accès rapide au marché du travail canadien grâce au permis de travail
postdiplôme. En 2021, à l'enseignement collégial, 71 % des étudiants
internationaux venaient d'Inde et 51 % étudiaient en anglais.»
Donc ça, c'est, en fait, c'est l'analyse,
mais c'est des faits exposés par le Commissaire à la langue française. Si vous me
demandez de rétablir ce qui n'est plus actuellement accessible, est-ce que vous
ne pensez pas qu'on va retourner à cette situation-là, décriée par le
commissaire?
• (11 h 30) •
M. Lalande (Sylvain) : Pas du
tout. En fait, premièrement, on parle vraiment du passé. On ne parle plus d'une
situation qui est présente. Présentement, tous les changements, par rapport à
la langue, entre autres... Dans notre réseau, il n'y a plus d'étudiant
anglophone, présentement, donc...
M. Roberge : Il n'y a plus de?
M. Lalande (Sylvain) :
...d'étudiant anglophone, présentement, qui est dans notre réseau. Donc, c'est
parce qu'évidemment il n'y a plus... d'attractivité, excusez-moi. Et puis,
comme on l'a mentionné tout à l'heure dans notre... dans l'exposé, ces
étudiants-là ne peuvent plus être diplômés, si elles n'ont pas une connaissance
suffisante du français. Donc, en fait... Et, à notre avis, c'est deux choses
séparées, si on veut... On pourrait diplômer ces étudiants-là qui retournent
chez eux. Puis, si on les accueille ici, on est tout à fait d'accord que ça
prend un effort de francisation. Donc, si vous parlez vraiment de ça, c'est
deux choses séparées.
Donc, présentement, il y a très peu de
chances que cette situation-là se reproduise, et, d'après nous, le
rétabliss