Health and Social Services — 10 March 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2016-03-10
Quebec — Committees
(Onze heures dix-neuf minutes)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je demande à toutes les personnes
présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de vos
téléphones cellulaires.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 81, Loi
visant à réduire le coût de certains médicaments couverts par le régime général
d'assurance médicaments en permettant le recours à une procédure d'appel
d'offres.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Non, M. le
Président.
Président (M. Tanguay) : Ce matin, nous recevons donc les
représentants de l'Association québécoise de distributeurs en pharmacie
ainsi que M. Marc-André Gagnon. Nous ajournerons nos travaux à 18 heures.
Alors, bienvenue aux représentants de
l'Association québécoise des distributeurs en pharmacie. La période...
Le Président
(M. Tanguay) : S'il vous plaît, chers collègues. À l'ordre, s'il vous
plaît! Voulez-vous que je prenne un rôle plus actif? J'en serais ravi,
mais je ne suis pas sûr que nos invités, ce matin, aimeraient ce qu'ils
verraient.
Alors, bienvenue à votre Assemblée nationale.
Vous disposez d'une période de 10 minutes de présentation. Par la suite — et vous les voyez fébriles — vous aurez l'occasion de vous entretenir
avec les parlementaires. Et, pour des fins
d'enregistrement, j'aimerais que vous précisiez vos noms, vos fonctions. Et,
sans plus tarder, la parole est à vous et uniquement à vous. Merci
beaucoup.
Martinovitch (Luc) : Bonjour, M. le Président. M. le ministre, les
membres de la commission. Je me présente, Luc Martinovitch. Je suis vice-président,
directeur général chez McMahon Distributeur pharmaceutique et je suis accompagné, à ma gauche, par M. Denis Forget, qui
se trouve à être directeur général chez Pharmaplus, et, à ma droite, par M. Daniel Denis, de KPMG-Secor, qui a réalisé
une importante étude économique pour l'association québécoise des distributeurs pharmaceutiques, qui vient appuyer
nos recommandations.
Tout d'abord, je tiens à souligner la présence dans l'assistance des membres de
l'AQDP, entre autres Mme Paula Keays, vice-présidente de
McKesson Canada; M. Albert Falardeau, président de Familiprix; M. Alain
Lafortune, premier vice-président au Groupe Jean Coutu, ainsi que M. Denis Roy,
vice-président chez Pharmaprix.
D'abord, je
veux souligner que l'AQDP partage les objectifs de contrôle de dépenses en
santé, car nous sommes tous ici
contribuables soucieux des finances
publiques. Ceci étant dit, nous
n'appuyons pas l'approche préconisée par le ministre pour y arriver.
L'association
québécoise pour les distributeurs pharmaceutiques rassemble
et représente les entreprises responsables de l'approvisionnement des pharmacies communautaires et celles des hôpitaux
et a pour mission de connaître notre rôle et les enjeux qui touchent à la distribution de médicaments. La
distribution de médicaments est méconnue et prise pour acquise par plusieurs acteurs du réseau de la santé. Pourtant, c'est à nous qu'incombe d'assurer que le bon médicament soit
livré au bon moment, au bon patient le jour
même, et ce, même dans les régions éloignées. Nous sommes également
les gardiens de l'intégrité de ces mêmes médicaments, qui sont de plus
en plus complexes à entreposer, à manipuler et à livrer. Nous collaborons avec plus de 160 fabricants et
gérons plus de 15 000 produits.
Nous effectuons plus de 1 million de livraisons par année, soit presque 19 000 par semaine,
aux 1 866 pharmacies communautaires, avec un taux de précision de
99,9 %.
Selon nous, le projet n° 81 comporte plusieurs
risques. Les patients risquent d'être privés du bon médicament livré au bon moment, particulièrement dans les
régions du Québec et hors des grands centres. Il menace l'ensemble des
services offerts aux pharmaciens, les empêchant de jouer pleinement leur rôle.
Il accroît les risques de pénurie et de rupture
d'approvisionnement. Il réduit aussi notre capacité de répondre aux nouveaux
défis auxquels nous faisons face, comme la mitigation des pénuries,
l'infiltration de médicaments contrefaits dans les pharmacies et la gestion des
médicaments de spécialité. Mais, d'abord et
avant tout, il vient compromettre un écosystème performant et risque de
mettre en péril la santé des Québécois.
L'AQDP
formule trois recommandations afin de maintenir un secteur de la distribution
robuste, stable et fiable et protéger
l'accès des médicaments pour l'ensemble des patients du Québec. La première
recommandation, c'est d'exclure le volet distribution du projet de la
loi n° 81. La deuxième, c'est de reconnaître l'apport historique des
distributeurs au contrôle des dépenses de santé et, finalement, de travailler
ensemble via l'Alliance pancanadienne pharmaceutique et assurer la pérennité de
l'accès à des produits pharmaceutiques de qualité pour la population du Québec.
Nous croyons que le mécanisme d'appel d'offres
n'est pas adapté pour l'approvisionnement des pharmacies communautaires et bouleverserait inutilement des
réseaux hautement stables, fiables et performants. Selon nous, il serait
difficile, voire impossible pour un seul
distributeur d'approvisionner l'ensemble des pharmacies du Québec, car
nous en desservons en moyenne 500 chacune;
l'investissement requis, beaucoup trop important; les risques, trop élevés, et
ce, pour générer des économies encore hypothétiques. Nous craignons la création
de monopoles et de barrières à l'entrée du marché et une réduction de notre
capacité à investir pour accroître la productivité et assurer l'intégrité de la
chaîne d'approvisionnement. Enfin, il n'y a aucun exemple international d'attribution
d'une exclusivité pour la distribution de médicaments via les appels d'offres.
Dans sa forme
actuelle, le projet de loi mène tout droit à un monopole, avec les risques que
cela comporte pour les patients. Par
exemple, nous pensons à un affaiblissement de la chaîne d'approvisionnement,
car tout repose sur un seul distributeur pour l'ensemble des pharmacies.
Nous pensons également aux risques de rupture en cas d'événement imprévu. On n'a qu'à penser à un incendie, une
grève, une attaque informatique ou une pandémie. Nous croyons qu'il contribuerait au phénomène de pénurie qui
s'accentue au Québec depuis le milieu des années 2000 et dont nous
réduisons les effets. Il réduirait la
capacité des pharmaciens de se tourner vers un autre distributeur pour obtenir
un médicament. Il va aussi à
l'encontre des constats du Vérificateur général du Québec et du Comité
permanent de la santé du Parlement fédéral,
qui prônent une certaine redondance dans les secteurs pharmaceutiques pour
sécuriser les réseaux d'approvisionnement et donc les patients. C'est
pourquoi le modèle monopolistique doit être écarté d'emblée, pour des raisons
sanitaires évidentes et préserver la robustesse des réseaux d'approvisionnement
des pharmacies.
En 2010, le Québec s'est doté d'un mécanisme le
plus transparent au Canada pour assurer la distribution des médicaments dans toutes les pharmacies du Québec.
Selon cette recette, le ministre fixe le prix du médicament, il fixe la
marge bénéficiaire du distributeur ainsi que les termes de paiement. Ce système
prévoit même un plafond pour les produits
dispendieux à 39 $. La compensation versée au distributeur, fixée à
6,5 % depuis 2012, est déterminée en fonction du prix du médicament. Ainsi, chaque baisse de
prix des médicaments se répercute automatiquement sur les montants payés
par le gouvernement pour la distribution de
médicaments et génère ainsi des économies substantielles en santé. Par
exemple, un médicament à 5 $, nous
recevons 0,33 $. Si le prix du médicament baisse à 1 $, notre
compensation serait de 0,07 $. Ce
qui me permet de souligner aux parlementaires : Avec ces mesures et
baisses de prix, notre taux réel est passé en réalité de 6,5 % présentement à environ 5,3 %,
un taux qui va malheureusement continuer de baisser avec les initiatives en
place et qui devra éventuellement être ajusté.
Ce système a également l'avantage de ne pas
pénaliser les pharmacies des régions, car elles ont accès aux mêmes
médicaments, à la même fréquence et au même prix. Elles ne sont pas facturées
en sus, même si les coûts de livraison hors des grands centres sont plus
importants.
Grâce à ce
système, nous avons contribué à près de 170 millions de dollars, depuis
2011, au contrôle des dépenses, alors
que le gouvernement économisait 1,4 milliard de dollars en raison des
diverses initiatives mises en place au cours des cinq dernières années, comme la baisse du prix des génériques, entre
autres, l'abolition de la loi des 15 ans et plus récemment l'adhésion récente du Québec à
l'alliance pharmaceutique pancanadienne. Cependant, nous n'avons aucune influence sur nos revenus liés à la distribution
de médicaments, car nous ne pouvons négocier un prix d'achat avec les
fabricants et nous ne pouvons facturer directement nos clients, et ce, dans un
contexte d'augmentation de nos coûts d'opération attribuable notamment aux
augmentations de salaire et aussi aux exigences accrues de Santé Canada.
Compte tenu
de tous ces facteurs, nous nous inquiétons de la tendance actuelle de la
compression des sommes attribuées à la distribution de médicaments et
nous nous interrogeons sur les moyens que compte mettre en place le
gouvernement pour maintenir un réseau d'approvisionnement robuste, stable et
fiable. C'est pourquoi nous croyons que le
projet de loi n° 81 n'est tout simplement pas le véhicule approprié pour
générer des économies tout en garantissant le même niveau de services
auquel s'attendent et ont droit des milliers de professionnels de la santé et
de Québécois.
Depuis 2010, l'Alliance pancanadienne pharmaceutique
permet aux provinces d'économiser sur le prix des médicaments génériques et innovateurs. L'approche négociée de l'APP a
permis des économies de plus de 490 millions. Encore une fois, en raison de la recette dont
s'est doté le Québec, les réductions de prix dont profite le Québec se
traduisent automatiquement en économies pour la distribution de médicaments. De
plus, l'approche progressive et négociée avec
l'APP permet de considérer l'ensemble des facettes de l'écosystème de la santé
et donne non seulement la prévisibilité nécessaire aux parties prenantes pour s'ajuster au mécanisme de
réduction des coûts et ainsi prévenir certaines pénuries. Recourir à des appels d'offres pour le volet de la
distribution pharmaceutique est un non-sens et un bouleversement
inutile, injustifié et risqué. Le patient
devrait être au coeur de toutes nos décisions. Et présentement il demeure la
première victime du projet de loi
n° 81. Voilà pourquoi l'AQDP recommande que le volet des appels d'offres
en distribution soit totalement exclu du projet de loi n° 81. Merci
de votre attention.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, pour débuter les
échanges, pour une période de 16 min 30 s, je cède la
parole au ministre de la Santé.
M. Barrette :
Merci, M. le Président. Alors, M. Forget, M. Marinovitch, M. Denis, bienvenue à
cette commission parlementaire. Et je
vous remercie à l'avance d'avoir pris le temps de construire, de confectionner
votre mémoire et de prendre le temps de venir nous le présenter. Et, comme vous le savez
évidemment, ces consultations-là nous permettent d'acquérir un éclairage qui soit nouveau, nouveau ne serait-ce que par
l'angle par lequel vous regardez, sous lequel vous regardez la
problématique actuelle. Et je dois avouer que votre angle ne me surprend pas
mais demeure évidemment intéressant et soulève un certain nombre de questions.
Vous représentez les distributeurs en pharmacie,
bon, et, dans votre allocution introductive, vous attaquez le modèle. Mais, comme je l'ai dit, évidemment...
bien, le modèle, le principe. Pas le modèle, parce que, là, on parle
plutôt d'un principe, le modèle n'étant pas
établi dans son détail. Le jour où il le sera, ça implique qu'il y ait
une structure à ce moment-là, qui n'est pas encore établie. Mais, comme tout
le monde, évidemment, vous faites référence... et vous êtes le énième groupe, parce que tous les groupes qui viennent font
référence à l'alliance pharmaceutique pancanadienne, et conséquemment je suis obligé de conclure que, si
vous vous y référez, sans que vous l'ayez dit de façon nominative...
Et je vais
vous poser la question : Considérez-vous donc qu'il y a encore une marge?
Parce que, si vous considérez qu'il
n'y a pas de marge et vous vous référez à l'alliance pancanadienne, vous nous
diriez à ce moment-là, d'emblée, qu'on est
rendus au maximum du côté de l'alliance, ça n'ira pas plus bas. Alors que moi
et vous, ensemble on sait très bien que ce n'est pas le cas, là, il y a
encore des négociations et il est très possible et, je dirais, même probable
qu'il y ait encore un effet à la baisse sur
les médicaments. Alors, est-ce qu'on peut s'entendre sur le prix des
médicaments? Est-ce qu'on peut s'entendre au moins sur le fait qu'il y a
encore de la marge?
Martinovitch (Luc) : Je vais vous répondre... Première des choses, je
suis ici pour représenter l'association québécoise de distributeurs pharmaceutiques. On a vraiment pris le volet
de l'article 6.0.0.2, qui est la
partie distribution, et, pour
répondre à cette question-là, je pense que le modèle est assez clair, il est
assez transparent. Dans une de mes recommandations
que je faisais au début, la première, c'était de retirer le projet de loi
directement au niveau des appels d'offres
pour la distribution, et le troisième élément était de travailler avec
l'alliance pancanadienne. Je me souviens bien de vous avoir rencontré, vous nous avez demandé des solutions, et je pense
que la meilleure solution, c'est la décision que vous avez prise, M. Barrette, d'aller directement avec
l'alliance pancanadienne, parce que je pense que c'est là que les
économies ont passé dans les dernières années.
Et, pour
répondre à votre question, je pense que c'est à vous d'aller voir s'il y a
encore des argents. Mais, pour le bien
des gens qui sont ici, qui représentent l'association, au niveau distribution
strictement, on considère qu'il faut quand même retirer
l'article 6.0.0.2.
M. Barrette : O.K. Pour le bien de
notre connaissance à nous toutes et tous, là, pouvez-vous nous éclairer, nous informer sur l'état de la situation au Québec
en termes de distribution? Et, quand je vous pose cette question-là, là,
ma compréhension est que vous avez des
ententes spécifiques entre un distributeur et une bannière. Pouvez-vous nous
expliquer comment ça... peut-être pas comment ça fonctionne, mais l'état de la
situation?
Martinovitch (Luc) : Ce que je vais vous répondre, je vais vous
répondre en deux volets, parce que le volet touche naturellement... Puis je pense que vous avez fait référence de façon
régulière au modèle des hôpitaux. Présentement, au Québec, il y a cinq distributeurs, il y en a deux seulement qui
desservent les hôpitaux. Et ce que je peux vous dire par rapport à ça,
c'est, quand on regarde le modèle, et encore je vais prendre le volet
grossiste...
M. Barrette : Moi, je parle des
bannières.
M. Martinovitch (Luc) : Je
comprends, mais moi, si vous me permettez de terminer ma réponse, j'aimerais ça revenir quand même au niveau du grossiste. On
n'a pas l'occasion de se voir souvent, et l'objectif de notre mémoire
puis de la raison pour laquelle on est ici,
c'est vraiment de vous parler de cet aspect-là. Parce qu'en bout de ligne ce
que vous cherchez, c'est des
économies, on y adhère. Et ce qu'on vous dit, c'est qu'avec le principe qu'on a
et le système qui est en place déjà
au Québec, dont le prix est fixé, la marge est fixée, même les termes de
paiement, vous bénéficiez d'économies additionnelles. La bannière n'a
rien à voir présentement avec le volet grossiste. Le modèle, probablement... — et vous avez utilisé, je pense, ministre Barrette, à
quelques occasions, le terme «opaque» ou de «transparence» — le modèle le plus transparent qu'il y a présentement dans tout cet écosystème-là,
c'est probablement le modèle de distribution, parce que vous déterminez
tous les paramètres. Et c'est ça qu'on vient protéger aujourd'hui.
Barrette : Dans le but d'utiliser efficacement notre temps
parlementaire, vous êtes ici pour nous éclairer, et c'est la raison pour laquelle on vous pose ces
questions-là, donc. Alors, y a-t-il ou non, dans votre milieu... vous
représentez les distributeurs, là, y a-t-il
un pairage, à toutes fins pratiques, exclusif entre une bannière et un
distributeur? Quels sont-ils?
M. Martinovitch (Luc) : Il y en a,
vous les connaissez, je pense, vous avez rencontré certains groupes. Il y a
effectivement des affiliations de certaines bannières et grossistes.
Barrette : ...éclairer la population, là, la population qui nous
écoute, là, elle ne sait pas ça, elle, là, là. Alors, y a-t-il un
pairage? Pouvez-vous nous dire, là, par exemple — je ne sais pas, moi,
j'en prends un au hasard, là, les gens ici, qui sont là — Pharmaprix,
il est avec qui? C'est quoi, le pairage, là?
M. Martinovitch (Luc) : Bien, le pairage... dans le mémoire qu'on vous a
donné, il y a trois modèles différents. Il y a des gens qui sont intégrés
avec leur propre centre de distribution, comme Familiprix, comme Jean Coutu,
comme... — j'en oublie un autre — Familiprix, et il y en a d'autres qui sont
des grossistes, comme Pharmaplus, qui
n'ont pas de bannière, qui sont
libres. Il y a des gens comme McMahon, qui sont un entre-deux,
et McKesson, qui ont leur propre bannière mais qui ont aussi un grossiste ouvert qui livre à différents types de
pharmacies et à d'autres compétitions. Donc, les modèles d'affaires sont
différents. Je ne suis pas ici pour parler des différents modèles des joueurs.
Il y a
une chose qui est certaine, puis ça, je pense que c'est important
de bien le comprendre, c'est que,
malgré les différents modèles d'affaires qu'on peut avoir et malgré qu'on soit
compétiteurs, il y a une chose qui demeure claire — et la preuve, c'est que tout le monde est
ici aujourd'hui — au
niveau de l'aspect distribution — c'est la raison pour laquelle on est
ici — sur
le volet du 6.0.0.2... on est tous du même avis qu'il n'y a plus d'argent dans
ce système-là.
M. Barrette :
Pardonnez-moi de vous interrompre. Encore une fois, là, je suis sûr que vous
êtes tous du même avis. Tout le monde qui vient ici vient nous dire :
N'allez pas dans cette direction-là, allez dans la direction de l'alliance. Et la conclusion, je l'ai dit hier, je
vais vous la redire aujourd'hui, la conclusion qu'on doit tirer, c'est que
vous ne voulez pas un modèle parce qu'il
présente une perturbation — on va le qualifier comme ça — du modèle actuel, parce que le modèle
actuel a des avantages.
Alors,
je reviens à ma question, là, pour établir une chose une fois pour toutes. Une
bannière, en général, elle a un distributeur avec lequel elle a une
entente d'une certaine exclusivité, sinon une quasi-exclusivité. La réponse à
ça, c'est binaire : c'est oui ou c'est non, là.
Martinovitch (Luc) : Je vous ai répondu. Je vous ai répondu : On
a trois types de modèles d'affaires. Mais le lien ne se fait pas.
M. Barrette :
O.K., le lien ne se fait pas.
M. Martinovitch
(Luc) : Je veux dire, un distributeur, c'est un distributeur.
Barrette : O.K., c'est bon. Alors, moi, si je vous dis, là, que telle
bannière a une entente d'affaires d'exclusivité avec tel distributeur,
vous allez me dire que ça n'existe pas.
Martinovitch (Luc) : Je ne vous ai pas dit que ça n'existait pas. Je
vous ai dit qu'il y a des modèles d'affaires qui sont différents. Ici,
on est aujourd'hui pour parler de distribution, et ce que je vous dis, c'est
que, par rapport à la distribution uniquement,
le modèle qu'on a présentement — peu importe le modèle d'affaires auquel vous
faites référence, M. Barrette — est le même pour tout le
monde. Donc, c'est un système qui est clair et transparent.
M. Barrette :
O.K., je comprends votre hésitation, là. On a tous compris.
M. Martinovitch
(Luc) : Ce n'est pas une question d'hésitation.
Barrette : Alors, quel est le principe, à ce moment-là, que...
Parlez-nous du constat que nous faisons tous sur le marché, qui est
celui de l'intégration verticale. Et quel est son impact sur le prix, sur
l'autonomie, l'indépendance du pharmacien propriétaire... pas propriétaire,
mais du pharmacien tout court?
M. Martinovitch
(Luc) : Vous n'aimerez pas ma réponse, mais je vais quand même vous la
donner : La distribution est
complètement séparée. On est ici pour parler de la distribution, et le modèle
de distribution, présentement, est
complètement séparé de ce que le reste peut se faire. Donc, je ne suis pas en
mesure de vous parler aujourd'hui au nom de tous les membres de chacun de leur modèle d'affaires et comment ça
fonctionne. Ce que je peux vous dire par contre, c'est qu'au niveau de la distribution le modèle québécois est le plus
transparent et apporte des économies d'au-dessus de 170 millions
par année... pas par année, mais depuis 2011.
M. Barrette :
Ce que j'essaie d'explorer avec vous, là... Parce qu'elle existe, cette
réponse-là. Le modèle d'intégration
verticale, c'est un modèle d'intégration que j'avais qualifié correctement de
commercial, avec, donc, des avantages et des désavantages, ça a un
impact, ça.
Alors, n'est-il pas
vrai, là, que le modèle d'intégration verticale... Il y a un groupe, là, qui
est venu ici, d'une bannière, nous expliquer
et venir défendre ce modèle-là. Alors, il doit y avoir un avantage, là, il doit
y avoir une négociation, il doit y
avoir des ententes avec vous autres et la bannière, il doit y avoir un impact
au bout chez le pharmacien. Ça fait qu'on essaie de savoir... ou, du
moins, j'essaie de vous permettre de nous expliquer quel est cet impact-là.
Martinovitch (Luc) : Je vais vous répondre en deux volets. Le premier,
vous avez demandé quel est l'avantage, je pense qu'il y a un avantage au
niveau du patient, premièrement, parce que le patient reçoit ses médicaments à
tous les jours peu importe la région, peu importe où il est. Donc, ça, c'est un
des avantages.
Par rapport à votre
question plus spécifique, je vais revenir encore une fois, malheureusement, la
distribution présentement demeure le même modèle pour tout le monde, que tu
sois chez Le Groupe Jean Coutu ou que tu sois chez
Pharmaprix ou Familiprix, on est tous rémunérés de la même façon, et c'est
réglementé. Donc, on reçoit le prix, on le vend aux termes que vous avez convenus, incluant les termes de
paiement, et c'est comme ça que la distribution se fait.
Donc, j'ai de la difficulté à répondre à votre
question, pas que je veux l'éviter, mais tout simplement parce qu'on change de
sujet versus la raison pour laquelle on est ici. Et honnêtement...
Barrette : Bien, vous me permettrez de vous dire que vous êtes ici
pour nous éclairer, là. Je comprends que vous êtes ici pour nous donner votre opinion, puis vous le faites très
bien, mais en même temps nous, on a des questions à vous poser pour
acquérir un éclairage qui nous permet d'avoir une lecture la plus fine de la
situation.
Moi, ce que
j'ai entendu à date, là, j'ai entendu
de divers intervenants un certain nombre d'éléments, notamment la question
de l'intégration verticale. L'intégration verticale, là, ça produit une
exclusivité. Il y a des gens qui sont venus nous expliquer, là, qu'il y avait des négociations, voire des quasi-appels
d'offres vis-à-vis
des fabricants. Bien, c'est parce qu'au
bout... dans cet ensemble-là, il y a obligatoirement, à quelque part, un
échange de bénéfices ou l'application de la règle de comportement
commercial qui avantage ou désavantage en fonction de ce qui fait quoi.
Je vais vous
donner un exemple, là. Vous, vous êtes un distributeur, est-ce que n'importe
quel fabricant peut avoir accès à votre entrepôt?
M. Martinovitch (Luc) : N'importe
quel fabricant? Oui.
M. Barrette : Bon. À quelles
conditions?
M. Martinovitch (Luc) : Bien, les
conditions commerciales. En bout de ligne, vous décidez du listing des produits
qui se retrouvent à la RAMQ, donc on garde les produits qui sont à la RAMQ et
on les livre...
Barrette : O.K. Si c'est le cas, là, moi, ce que je comprends des
différentes interventions, et c'est comme ça que ça a été fait ou ça a
été véhiculé à date, ce n'est pas ça qui se passe, vous le dites
vous-même : Un distributeur ne distribue pas tout. Un distributeur peut
avoir un modèle d'affaires où il y a une intégration verticale. Donc, il y a
une exclusivité. Dans cet univers-là, le
fabricant n'a pas accès à tout le monde, et il y a une condition certainement
d'accès, et il y a des relations contractuelles. Qu'en est-il? Pouvez-vous nous
éclairer là-dessus?
Martinovitch (Luc) : Ça me ferait plaisir d'aller vous rencontrer à
La Pinière, puis vous parlez du modèle
McMahon puis comment on fonctionne. Je ne peux pas vous parler de chacun des
modèles, ce que je peux vous dire,
par contre, et encore une fois je vais revenir au modèle de distribution :
Peu importe le modèle d'affaires que vous avez présentement, le modèle de distribution, tous les distributeurs gardent
les produits. Donc, on garde le produit, on livre le produit avec un taux, et c'est comme ça que ça
fonctionne. Donc, au niveau... parce que vous regardez... Il faut
regarder l'ensemble de la chaîne, moi, je
suis ici pour parler d'une
partie de l'ensemble de la chaîne, qui est la
partie
distribution.
Barrette : Je parle de votre partie, je vous ai posé une question très
précise, très spécifique : Quels sont les genres de conditions
d'accès à vos entrepôts, donc, vous, comme distributeur, qui existent?
M. Martinovitch (Luc) : Nos produits
sont listés, tous les produits sont listés.
M. Barrette : Alors, vous me dites,
là, que, chez vous, là, n'importe qui peut entrer?
M. Martinovitch (Luc) : N'importe
qui peut entrer.
M. Barrette : Mais comment ça se
fait que tout le monde ne rentre pas?
M. Martinovitch
(Luc) : Bien, encore une fois, vous parlez de différents modèles d'affaires. C'est parce
que...
Martinovitch (Luc) : Mais
non, mais, M. Barrette, parce que vous allez sur un terrain où il faudrait que
je parle de chacun des modèles d'affaires
qui sont différents. On parle comme grossiste, on a la majorité des produits,
sinon tous les produits. On vous a dit tout à l'heure : On garde
au-dessus de 15 000 produits.
Barrette : Moi, j'essaie de vous donner l'opportunité de nous éclairer
sur ce que vous avez, les modèles
d'affaires. Vous représentez ce monde-là, alors je postule, peut-être à tort,
que vous avez une connaissance assez fine ou, du moins, au moins
sommaire de l'ensemble des modèles d'affaires et des conditions, sans peut-être
tout savoir.
Alors, quand
on veut rentrer chez vous, là, y a-tu des conditions? Je comprends que ce ne
soit pas une bonne idée pour vous de dire : Dans telle compagnie,
c'est telle condition, mais il doit y avoir des conditions.
Martinovitch (Luc) : Les
conditions, c'est les conditions de marché qui sont connues, termes de
paiement, etc., donc il n'y a rien de particulier.
Je vais faire
un aparté et je vais prendre mon exemple personnel, si vous me le permettez,
chez McMahon. On est un distributeur, on livre à deux endroits, on livre
des pharmacies communautaires et on livre des hôpitaux, donc on est dans deux types de marchés différents. On a la
majorité des produits listés. Je vais prendre un exemple encore plus
concret. Si on parle d'un produit novateur, on va garder le produit Lipitor,
naturellement, tout le monde va le garder.
Le générique de Lipitor, il peut avoir 15 compagnies, on n'en garde pas
15, M. Barrette, on en garde cinq, peut-être six, question d'efficacité.
Vous nous demandez de
participer au système, d'amener des économies, ça suppose d'aller chercher des efficacités. C'est évident que, dans un entrepôt,
de garder 13 ou 15 produits du même produit mais juste sous une
marque différente, il vient un moment donné
où ce n'est pas efficace. Donc, on fait des choix. Parce que, justement, si on
regarde notre taux de distribution... Je vais revenir à notre taux de
distribution. Si on recule en 2012, le taux avait été négocié à 6,5 %, et, à ce moment-là, le ministre de
la Santé qui était là reconnaissait la valeur du système de distribution et
avait cru bon de majorer de 6 % à
6,5 %. Aujourd'hui, ce taux-là est à 5,3 %. Alors, c'est évident qu'à
5,3 % on fait certains choix, on ne gardera pas 15 molécules d'une
compagnie différente, on va essayer d'en garder quatre, cinq, question
d'efficacité.
M. Barrette : Il me reste simplement
30 secondes pour vous laisser le temps de pouvoir répondre à une question.
Je vais vous en poser une dernière. Votre modèle...
M. Martinovitch (Luc) : Pardon?
Barrette : Il ne me reste presque plus de temps, là, pour vous
permettre d'avoir du temps de répondre à ma dernière question, là, je
vais vous en poser une courte. Votre modèle vient-il limiter l'indépendance du
pharmacien dans le choix du médicament?
M. Martinovitch (Luc) : Non.
M. Barrette : Je n'ai plus d'autres
questions, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, au tour du
collègue de Rosemont pour une période de 10 minutes.
M. Lisée : Merci. Merci.
Bonjour, M. Forget, M. Martinovitch. M. Daniel Denis, toujours
heureux de vous rencontrer. Vous savez que
je suis un de vos lecteurs les plus attentifs, même depuis le début des
années 90. Vous et moi sommes les seuls à savoir de quoi nous
parlons.
Je vois que
vous faites trois recommandations. Première recommandation : «Exclure du
projet de loi le volet des appels
d'offres en distribution.» Donc, ça, c'est non. Deuxième recommandation :
«Reconnaître l'apport [...] des distributeurs au contrôle des dépenses
de santé.» Vous dites : On fait une bonne job, reconnaissez-le. Troisième
recommandation : «Travailler ensemble pour préserver l'intégrité de
l'écosystème via l'Alliance pancanadienne pharmaceutique...» Donc, ne touchez à
rien.
Finalement,
vous ne nous faites aucune recommandation de réforme quelle qu'elle
soit. Ce que vous dites, c'est : Pour
ce qui est des distributeurs, le système est optimal et il ne peut pas être
bonifié. C'est quand même surprenant.
Martinovitch (Luc) : Je trouve qu'on est un petit peu durs sur le
système, je pense que le système canadien et québécois de distribution est reconnu à travers le monde comme étant
extrêmement efficace. On veut faire
partie de la réforme, on contribue. Ce qu'on vous dit : On est ici pour discuter
de solutions. Je pense que la solution, elle est déjà là. Vous avez déjà un mécanisme, vous avez déjà un
mécanisme en place en gérant le prix, par le ministre, en gérant la
marge bénéficiaire, en gérant même les termes de paiement. Votre mécanisme, au
niveau des économies, au niveau de la distribution, se fait automatiquement à
toutes les fois que le ministre Barrette va être capable de réduire les prix.
Et la preuve, c'est quand on regarde le taux
qui avait été négocié, quand on recule en 2012, à 6,5 %, aujourd'hui se
trouve à 5,3 %. Quand on parle
de médicaments dispendieux, ce taux à 39 $ était antérieurement négocié à
4 %. Présentement, il tourne environ à 2,8 %.
M. Lisée : Vous dites... Non,
j'ai...
M. Martinovitch (Luc) : O.K.
M. Lisée : ...plusieurs
questions, et puis, vous allez voir, vous allez pouvoir m'éclairer sur
plusieurs aspects.
Nous avons eu
de vos collègues en distribution, plus tôt pendant cette commission
parlementaire, qui nous ont dit : Écoutez,
l'impossibilité logistique pour un distributeur québécois de livrer à
400 clients actuels et dire qu'on va gagner l'appel d'offres en distribution, qu'on va devoir livrer à
1 800 clients sur trois ans, c'est une impossibilité telle,
parce qu'il faudrait acheter des camions et
ensuite s'en débarrasser après trois ans si on ne gagne pas l'appel d'offres
suivant, que, si le ministre commettait la
faute d'appliquer ça, nous ne serions pas parmi les soumissionnaires. Est-ce
que vous pouvez nous dire ça aujourd'hui, vous, ce système-là est
tellement déficient et non rentable qu'en aucun cas vous ne feriez une
soumission?
M. Martinovitch (Luc) : Je ne peux
pas parler pour les autres, mais je suis pas mal convaincu que ce serait
exactement le cas. Si vous me permettez...
M. Lisée : Pour votre
compagnie à vous, par exemple.
Martinovitch (Luc) : Pour notre compagnie, pour vous. Et je vais vous
donner un exemple encore plus concret, je
pense, qui est encore plus probant. Un petit peu plus tôt aujourd'hui, je vous
ai parlé qu'au niveau de la distribution au Québec on avait sept grossistes ou sept distributeurs. Dans les hôpitaux
présentement, il y en a deux uniquement. Il y a McKesson, qui se trouve être un joueur multinational et même global, et
il y a McMahon, qui est un joueur, en passant, régional québécois, qui n'est pas une multinationale mais qui est un
joueur québécois appartenant à Metro Richelieu, et présentement il y a seulement deux joueurs. On
vient d'obtenir dernièrement une soumission pour Gasec, qui est les
contrats gouvernementaux des hôpitaux pour
l'Est du Québec. On était deux à se présenter pour la soumission. McMahon,
étant donné les conditions, étant donné les
prix, étant donné les prix plus bas, mais aussi les prix de distribution et les
demandes, les exigences de livrer aux
Nunavut, de livrer aux Îles-de-la-Madeleine, tout ça mis ensemble, on a décidé
de se retirer.
Et je vais
même pousser plus loin pour vous dire qu'il y a un grand distributeur
américain, qui s'appelait AmerisourceBergen, qui était un des trois gros
joueurs aux États-Unis en compétition avec McKesson, qui est venu au Canada en 2008-2009, qui a décidé d'aller dans
le milieu des hôpitaux, donc on parle de barrière à l'entrée... Il a
gagné le contrat en Outaouais, il n'a pas
été capable de terminer son contrat parce que les pharmacies, dans les
hôpitaux, étaient extrêmement
insatisfaites du service. La complexité de livrer des médicaments était telle qu'ils ont été obligés de
se retirer du contrat, et aujourd'hui AmerisourceBergen a plié bagage et
est retourné aux États-Unis. Donc, c'est ce qu'on voit.
M. Lisée :
Je comprends bien. Et donc vous dites
que... je ne veux pas le dire avec certitude, là, mais que le risque est grand que ce système-là se solderait par
l'absence de soumissionnaires, et il n'y aurait pas d'entrée d'un joueur
étranger non plus parce que le système est trop complexe.
Maintenant,
je ne comprends pas pourquoi le ministre ne comprend pas ça. C'est-à-dire, moi, ces présentations-là m'ont
été faites en privé. Je suis un sceptique professionnel, je pose des questions,
puis il me semble que ça ne fonctionne pas,
cette idée de distribution au Québec, en
termes de faire des appels d'offres.
Alors, est-ce que vous, vous comprenez pourquoi le ministre ne comprend
pas ça?
Martinovitch (Luc) : J'ai beaucoup
de difficultés, honnêtement, à le comprendre. Et je pense que les
chiffres sont probants, je pense qu'on a des
résultats concrets au niveau des hôpitaux. C'est peut-être
un système qui a fonctionné pour un certain moment, mais on se rend compte aujourd'hui que c'est rendu extrêmement difficile. E, moi, la question que
j'aimerais poser au ministre, et finalement à tout le monde, c'est : Si
demain matin on parlait de monopole, si demain matin McMahon se retire et n'est
plus du tout dans les hôpitaux et qu'il y a seulement un joueur, ça veut dire
quoi pour les prix puis ça veut dire quoi s'il y a une pandémie? Ça amène beaucoup
d'autres problèmes. Donc, je pense qu'il faut faire attention.
Vous m'avez
dit un petit peu plus tôt qu'on n'amenait pas de solution. On n'a pas
besoin d'amener une solution parce que la solution, elle est déjà sur la
table et elle est déjà efficace. Alors, pourquoi réparer quelque chose qui
fonctionne déjà très bien?
M. Lisée : O.K. Je note que dans... Évidemment,
vous parlez pour vous, les distributeurs, vous dites : Bon, il ne
faut pas que ça se fasse pour la
distribution. Vous ne vous prononcez pas sur le manufacturier générique. Et
donc moi, je vais vous poser la question : Si, en prenant des
précautions, dont le ministre a fait état dans l'avis d'impact réglementaire qu'il a eu la bonne idée de publier avant ces
audiences... Il dit : Évidemment, il faut faire attention de garder
plusieurs manufacturiers, il faut faire en sorte
que les appels d'offres soient dans les cas où le volume est suffisant pour
justifier les coûts administratifs. Donc, en
tenant compte de l'ensemble de ces conditions-là, qu'est-ce que ça changerait
pour vous, les distributeurs, si l'État québécois procédait à des appels
d'offres pour des médicaments génériques?
Martinovitch (Luc) : Encore une fois, je vais être aussi... Vous allez avoir la même réponse que j'ai
répondue avec le ministre
Barrette, je pense que vous avez déjà rencontré des groupes qui
se sont prononcés là-dessus, et je vais répondre : Je vous dirais que ça pourrait créer des pénuries. Et on
le voit dans les hôpitaux, je pense
que les gens... Pour ceux qui se
souviennent de la crise Sandoz, pour ne pas nommer quelqu'un ou une compagnie
en particulier, avoir uniquement un
joueur au niveau de la production de médicaments peut être extrêmement risqué.
Donc, ce n'est pas à moi de répondre. Je vous donnerais cette réponse-là
rapide et...
M. Lisée :
Ça n'a pas d'impact sur le distributeur, ça a un impact sur la disponibilité du
produit. Si on fait bien notre job
puis on fait en sorte, par exemple, de garder le deuxième et le troisième
soumissionnaire pour leur donner une part du marché, il y a plusieurs méthodes pour ne pas se retrouver en situation
de monopole, même si on fait un appel d'offres. Vous, si on vous dit : Écoutez, c'est par appel d'offres pour un
certain nombre de médicaments génériques, distribuez-le, vous, est-ce
que ça vous pose un problème de les distribuer?
M. Martinovitch (Luc) : Je peux
juste vous répondre que, présentement dans les hôpitaux, c'est ce qu'on fait,
mais on se rend compte qu'il y a des problématiques présentement, quand il y a
des manquements au niveau des produits, et
je pense que ça s'en va vers un marché qui va être monopolistique, qui va créer
énormément de problèmes. Vous mentionniez tantôt quand on parle
spécifiquement de distributeur, mais, en bout de ligne, je veux juste que
personne n'oublie que le centre de tout ça, c'est le patient, et c'est évident.
Puis je vais
vous donner un autre exemple concret. On a eu un changement, peu importe,
informatique, et j'ai une dame qui
m'a appelé, et son nom, c'était Mme Tremblay, elle avait, je pense, 82 ans
et elle m'a rejoint directement pour me dire qu'elle n'avait pas son médicament, et j'ai tenté par tous les
moyens, pendant 15 minutes, de lui expliquer pourquoi on n'était pas capables de
lui livrer son médicament, mais, en bout de ligne, je me suis rendu compte que
ça n'avait aucune importance que je le lui explique ou pas, la réalité,
c'est que Mme Tremblay ne comprenait pas qu'elle n'avait pas son médicament, et, en passant, c'était un
médicament de gavage. Elle en avait de besoin pour la fin de semaine,
c'était sa façon de se nourrir. Alors, on a
fait quoi? On l'a mis dans un taxi puis on l'a livré parce que c'était une
question de survie, c'est une question de... Alors, je pense qu'il faut
faire attention dans l'équilibre.
M. Lisée : Puisque vous le
soulevez, quelle était la cause de la rupture d'approvisionnement dans ce
cas-là?
Martinovitch (Luc) : C'était notre cause à nous, c'était notre
problème à nous. Tantôt, je mentionnais que ça peut être des pandémies, ça peut être des pénuries, ça peut être une
grève, ça peut être un système informatique. Dans ce cas-là, c'était nous, on a eu un problème au
niveau informatique, et le médicament n'est pas sorti comme il aurait dû.
Donc, ça a été rectifié, mais il demeure qu'il faut quand même être aux aguets
parce qu'en bout de ligne il y a un patient qui est en bout de ligne. Et on est très fiers de dire qu'on livre à
99,9 % d'efficacité dans toutes les régions du Québec et que Mme Tremblay, peu importe où elle est, elle reçoit
son médicament quand elle en a de besoin. Je pourrais vous donner
d'autres exemples de patients qui sortent des hôpitaux qui ont besoin le
lendemain.
M. Lisée : Vous êtes M.
Martinovitch, c'est ça?
M. Martinovitch (Luc) : Oui.
M. Lisée : Alors donc, s'il y
a quelqu'un qui nous écoute qui n'a pas son médicament, appelez directement M.
Martinovitch : il va le mettre dans un taxi puis il va vous le livrer.
M. Martinovitch (Luc) : Ça va me
faire plaisir.
M. Lisée : Merci beaucoup.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Alors, maintenant, nous allons chez notre collègue de Lévis pour
6 min 30 s.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. M. Forget,
M. Denis, M. Martinovitch, bienvenue. Je retourne dans l'aspect très... et je reprends au bond un petit
peu ce que vous étiez à dire, dont votre exemple de Mme Tremblay, où vous dites : Bien, écoutez, dans ce cas-ci,
c'était carrément nous. Vous dites : À 99,99 %, on livre. Dans ce
cas-là, vous étiez dans le
0,01 %, mais le problème s'est produit. Là, à ce moment-ci, dans le
contexte dans lequel vous travaillez, alors l'alliance pancanadienne,
votre méthode de distribution, les coûts qui sont réglementés, votre modèle
d'affaires, ça s'est produit quand même.
Avez-vous
l'impression que, si effectivement le projet de loi faisait en sorte qu'on
aille vers l'appel d'offres sur les médicaments,
votre marge de 99,99 % serait menacée? Voyez-vous déjà l'impact dans votre
job à vous, au-delà des prix qui seraient négociés par appel d'offres,
des impacts sur votre réseau à vous?
Martinovitch (Luc) : Je vous dirais que la réponse est fortement oui.
À quel niveau? À quel pourcentage? Je ne
le sais pas. Ce que je peux vous dire, c'est qu'au niveau du distributeur ou du
grossiste il y a plusieurs choses qu'on fait, et, entre autres, c'est
garder des inventaires le plus sécuritaires possible. Donc, on a un coût à
garder des inventaires. Quand on sait qu'il
va y avoir une rupture de manufacturier, on essaie d'augmenter. Mais, dans
certaines situations, quand le produit
n'est tout simplement pas là, peu importe la raison... Et malheureusement on
voit des produits à court de façon régulière. On en a une, deux par
semaine, donc c'est récurrent. Et je vous dirais que ça va l'être encore plus
dans les prochaines années, tout simplement parce que les exigences de Santé
Canada, de FDA, au niveau de l'Australie, sont beaucoup plus demandantes qu'ils l'étaient avant, tant au niveau du
manufacturier, générique, novateur, qu'au niveau de la distribution. Donc, c'est évident que ce
resserrement-là des normes va amener d'autres problématiques au niveau de
la distribution... pas la distribution, mais l'approvisionnement de produits.
M. Paradis
(Lévis) : Ramenons la
discussion également au niveau de l'économie comme telle, parce que le
but de l'exercice, c'est faire en sorte que
globalement, par ces mesures-là et dans le projet de loi... autant sur l'appel
d'offres du médicament ou sur la
distribution, c'est de faire en sorte que ça nous coûte collectivement moins
cher, dans l'hypothèse où il y a moyen de faire des gains encore.
Êtes-vous en train de nous dire que, dans votre
créneau à vous, il n'y a plus d'économie à faire, là, vous êtes accotés?
Admettons, hypothèse, que cet article-là soit laissé de côté et que le
gouvernement vous demanderait, par exemple,
à la lumière de ce que vous avez, là, le 6,5 %, le 39 $, de faire un
effort supplémentaire et de négocier à la baisse pour aller chercher un retour et puis une économie, êtes-vous accotés ou
vous êtes capables encore de participer au fait qu'on puisse diminuer
les coûts collectifs de cette industrie-là?
Martinovitch (Luc) : J'adore votre question. Je vais utiliser un
commentaire que, je pense, M. Falardeau a utilisé, qui a dit que le système est très fragilisé. M. Coutu a dit
qu'il n'y avait plus de place, et je vais vous confirmer qu'il n'y en a
plus, de place. Parce qu'il ne faut pas oublier que le taux était à 6,5 %,
est tombé à 5,3 %. Enlevez les termes de paiement, on tombe à 3,3 %. Enlevez les livraisons,
les coûts des employés, les entrepôts, il reste combien, vous pensez? Il
n'en reste pas beaucoup.
Alors, si on veut être en mesure de réinvestir
en technologie, de manière à être plus efficaces, de manière à, justement, faire notre part, bien, à un moment
donné, on ne peut plus réduire. Et, si vous avez bien entendu ce que
j'ai dit, je disais : On est rendus au point de non-retour où il va falloir
éventuellement avoir une discussion pour probablement indexer. Parce qu'il va y avoir des impacts, et on l'a vu, il y a des
entrepôts qui ont fermé, donc, au Canada, et ce n'est pas ça qu'on veut
non plus.
M. Paradis
(Lévis) : Ce que vous êtes
en train de me dire puis de nous dire, c'est que, peu importe ce qui se
passera ici, puis le résultat, puis le vote,
au bout du compte, quand bien même on resterait avec ce que vous considérez
être le modèle idéal... Vous l'avez
dit tout à l'heure, là, ce qu'on vit maintenant, là, l'alliance pancanadienne
puis notre réseau de distribution,
notre efficacité, au nom des patients, c'est parfait.
Malgré ça, au moment où
on se parle, si vous avez le loisir de le
faire, ce que vous demanderiez puis vous battriez pour avoir davantage, c'est
qu'on indexe le 6,5 % puis le 39 $, parce que, là, au moment
où on se parle, vous êtes à la limite de la survie.
M. Forget (Denis) : Juste un
commentaire là-dessus. Ce qu'il faut comprendre, c'est que, dans la mécanique de taux de distribution des distributeurs, c'est
intrinsèque. À toutes les fois qu'on gagne du côté des génériques puis
on réduit les taux ou on réduit les coûts d'acquisition, nous, on facture en
pourcentage sur ce prix-là. Donc, est-ce qu'on fait un effort? Bien oui, on en
fait un, c'est automatique, c'est intrinsèque dans le système.
Alors, on
nous disait qu'on a baissé 170 millions, depuis les quelques dernières
années, de nos revenus, puisque, si le
produit est à 75 % de l'original
puis il est rendu à 25 %, puis il va descendre probablement plus bas
encore, bien sûr qu'on amène des
économies dans le système. C'est des pertes pour nous puis c'est à nous à
s'ajuster puis à ajuster nos coûts d'opération en conséquence. Mais
l'effort de guerre est là par le principe même de la façon qu'on est rémunérés.
M. Paradis
(Lévis) : Alors, même si on
restait dans le processus qui est le nôtre actuellement, sachant pertinemment
qu'on s'en va vers des économies, que
plusieurs ont dit : Bien, au niveau de l'Alliance pancanadienne
pharmaceutique, il faudrait être plus agressifs, donc aller chercher des
baisses supplémentaires sur le coût des médicaments, parce que l'objectif est
celui-là, même là, vous nous dites : Nous autres, on est
automatiquement... on a les mains liées, ça va couper des revenus.
M. Forget (Denis) : Oui. Ça va
coûter moins cher à l'État, puisqu'on va facturer moins.
M. Paradis
(Lévis) : Est-ce que ça
menace, le fait que vous soyez obligés d'encaisser ces chocs-là... Parce
que vous êtes l'industrie et vous êtes sur
la corde, est-ce que ça peut modifier vos visions d'affaires, faisant en sorte
que vous vous vantiez d'être à 99,99 % partout, mais un jour vous
serez obligés de dire : Bien là, on va être obligés de modifier la donne
puis de distribuer différemment?
Martinovitch (Luc) : La réponse, je pense, se trouve en
partie au
niveau du modèle des hôpitaux. Et c'est évident que, comme entreprise,
là, on parle... il y a un camion qui part d'un entrepôt en quelque part, qui
livre aux Îles-de-la-Madeleine puis qui
livre au Nunavut, et puis que la personne a son médicament. C'est évident que,
demain matin, si on livre cinq fois
par semaine et puis qu'on est tellement compressés, il y aura des choix à
faire. Et ces choix-là vont peut-être
vouloir dire couper à deux fois semaine la livraison, et, à un moment donné, c'est
le système même, la qualité du système pour le patient qui va être
attaquée.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Merci. Alors, nous vous
remercions beaucoup, les représentants de l'Association québécoise des
distributeurs en pharmacie.
Je suspends les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 12 h 2)
Président (M. Tanguay) :
Alors, chers collègues, maintenant nous recevons M. Marc-André Gagnon, qui
est professeur associé, qui va nous faire une présentation en vidéoconférence.
Alors, M. Gagnon, désolé pour le délai. Vous avez maintenant une période de
10 minutes de présentation. Et par la suite vous aurez l'occasion
d'échanger avec les parlementaires. Alors, M. Gagnon, la parole est à vous.
M. Gagnon
(Marc-André) : Bien, merci beaucoup. M. le Président, M. le
ministre, Mmes, MM. les
députés, c'est un plaisir pour moi de
pouvoir venir présenter le résultat de mes recherches. Je vais vous parler de
deux choses aujourd'hui. D'une part, j'aimerais pouvoir vous parler de... le système...
la question du coût des médicaments au Québec par rapport aux autres pays de l'OCDE, et
ensuite vraiment regarder la question des génériques en particulier.
J'avais
préparé un PowerPoint. J'ai appris que je ne pouvais pas le présenter directement. Mais je peux vous décrire quelque peu les éléments d'information
qui s'y trouvent.
Si on compare
le Canada par
rapport aux autres pays de l'OCDE, il
faut comprendre, la moyenne pour les pays de l'OCDE... On paie 498 $
per capita en moyenne dans les pays de l'OCDE, alors que le Canada, on est le
pays le deuxième plus cher au monde
après les États-Unis. Au Canada, on paie 771 $ per capita. Aux États-Unis,
on paie 10 010 $ per capita. Le
Québec se situe entre les deux. En fait, on est la province canadienne où est-ce qu'on paie le plus
cher per capita, on est à 865 $.
Donc, au niveau des coûts des médicaments per capita, on paie
très cher au Québec. Bon, il
y a différentes raisons historiques qui peuvent expliquer ça, et, en soi,
ce n'est pas si tant un problème pour moi que la question de l'évolution
des coûts.
Sur la question
de l'évolution des coûts, il faut comprendre, de 2000 à 2012, au
Canada, les coûts ont augmenté de 96 % per capita. Si on se
compare aux autres pays de l'OCDE, on regarde l'Australie, par exemple, on
regarde l'Allemagne, qui sont des pays bien
reconnus pour faire un très mauvais travail pour contenir la croissance des
coûts, bien, ces pays-là ont quand même fait beaucoup mieux que le
Canada. La croissance des coûts, au lieu de 96 %, ça a été 84 %,
77 % en Allemagne, Australie. Des pays qui ont fait beaucoup mieux avec
des régimes publics universels plus efficaces, en se donnant des capacités
institutionnelles nécessaires pour mieux contenir la croissance des coûts en médicaments, on regarde la France, le Royaume-Uni,
eux, la croissance des coûts a été 55 % de 2000 à 2012,
contrairement à 96 % au Canada,
Nouvelle-Zélande, 50 %, Danemark, 36 %. Le Danemark a beaucoup misé
sur un meilleur usage du médicament.
Les États-Unis, qui est un modèle de gaspillage et d'inefficacité sur la
question de l'assurance médicaments, bien,
aux États-Unis, la croissance des coûts a été de 87 % entre 2000 et 2012,
donc beaucoup moins que ce que ça a été au Canada. Au Québec, la croissance a été de 107 %. Donc, on a fait
pire que le Canada, qui a fait pire que tous les pays comparables de
l'OCDE.
Donc, pour
moi, un petit peu mon point de départ, c'est de dire : Regardez, en ce
moment, la croissance des coûts au Québec n'est pas soutenable. Le
régime actuel n'est pas soutenable. Il va y avoir des réformes. Quelles que
soient les réformes, il va y en avoir des majeures, ce système-là ne peut pas
survivre à terme.
Donc, à partir de là, il y a deux grands types
de réformes qui sont possibles, soit on peut remettre un petit peu le risque sur les épaules des patients en
disant : Bien, dans ce cas-là, on va leur demander de payer une plus
grande part, par exemple en augmentant les franchises, les coûts
assurance, les primes, ou bien, et c'est ce que je propose dans mes travaux, essayer de s'inspirer des meilleures
pratiques de ce qui se fait à l'étranger pour comment mieux contenir les
coûts tout en assurant les meilleurs soins possible pour la population au Québec
et au Canada.
Et, juste pour vous donner une idée sur les
échelles de coûts, si on avait fait aussi pire que les États-Unis entre 2000 et 2012, aussi pire que l'Allemagne ou
l'Australie pour contenir les coûts, bien, on aurait quand même...
on paierait en ce moment 1 milliard de moins par année en médicaments. Si
on avait fait aussi bien que la France ou le Royaume-Uni,
aussi bien que la Nouvelle-Zélande ou le Danemark, en ce moment on
économiserait entre 2 et 3 milliards de dollars par année en médicaments, juste si on s'était dotés de
meilleures capacités institutionnelles pour contenir les coûts.
Ce qui m'amène maintenant à parler des
génériques. Les génériques, c'est un des facteurs parmi d'autres qui contribuent à ce fort coût des médicaments per
capita au Québec, parce que, oui, on paie trop cher pour les
médicaments génériques. Dans un rapport en 2014, j'avais estimé les économies
possibles... la mise en place d'un système d'appel d'offres pour les génériques.
Ça signifie, à peu près, pour le Québec seulement, environ 173 millions qu'on pourrait
aller chercher en économies. Depuis 2014, les choses ont évolué un petit peu,
c'est peut-être... L'estimation aujourd'hui serait
peut-être plutôt de l'ordre de 150 millions, mais
c'est à peu près les chiffres approximatifs sur les économies
possibles.
Donc, si on
regarde au niveau des prix des médicaments génériques, bon, j'ai inséré à la
fois dans mon mémoire et dans le
PowerPoint la comparaison des prix des génériques faite par le conseil d'examen
des prix des médicaments brevetés, donc
entre le Canada, et 11 pays comparables. Il y a seulement
la Suisse et l'Australie qui paient plus cher que le Canada au niveau des
prix des génériques, et ça se comprend, la Suisse et l'Australie, c'est deux
pays reconnus pour favoriser beaucoup l'industrie brevetée locale, donc il n'y a aucune
tentative de réduire le coût des génériques. Mais, si on regarde des pays comme... qui utilisent des systèmes
d'appel d'offres pour les génériques, on voit ici l'Allemagne, le
Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, ces pays-là, par rapport au Canada, ils économisent entre 28 % et 64 % sur
le coût des génériques.
Ça, c'est pour l'ensemble des génériques. Si on prend de
manière plus particulière les génériques les plus vendus... bon, on a les chiffres pour les cinq génériques
les plus vendus en Ontario, il faut comprendre, le régime public de
l'Ontario obtient normalement les meilleurs prix disponibles au Canada, et le
prix au Québec est le meilleur prix disponible. Bien, en fait, si on prend les cinq médicaments vendus et on compare les
prix au Canada par rapport aux États-Unis et la Nouvelle-Zélande, on
voit des grandes différences de prix. Et, entre autres, ce qui est intéressant,
c'est que, pour la simvastatine, par exemple, c'était une compagnie de
génériques canadienne qui avait obtenu l'appel d'offres pour la
Nouvelle-Zélande. Donc, la compagnie canadienne vendait sa simvastatine, donc
le Zocor générique, à 0,24 $ le comprimé
en Nouvelle-Zélande, et la même compagnie qui produisait le même médicament de
la même usine vendait ce même
médicament 0,625 $ le comprimé au Canada. Et là ce n'est pas la faute du
fabricant du générique, c'est la faute du système qu'on a en place au niveau de la tarification, au niveau des
prix des génériques, parce que c'est des prix fixés par rapport au coût
du médicament breveté.
En fait, un
élément qui, pour moi, est essentiel aussi, surtout en se joignant à l'alliance
pharmaceutique pancanadienne, mais il ne faut pas oublier que le prix
des médicaments brevetés, le prix officiel devient de plus en plus arbitraire. Le prix
réel, on va réussir à aller chercher de plus en plus des rabais substantiels.
Donc, le prix officiel devient un
prix arbitraire. Fixer le prix du générique à partir du prix officiel
arbitraire artificiellement gonflé du médicament breveté, pour moi, il y
a un petit peu un non-sens ici.
On nous dit
beaucoup que, si on met en place un système d'appel d'offres pour les
génériques, ça va créer une explosion
de pénuries de médicaments, il faut faire très attention. Dans un
article dans
le Health Affairs en 2014, Jamie Daw et Steven Morgan avaient regardé les meilleures pratiques au niveau
contractuel au niveau des systèmes d'approvisionnement en médicaments dans différents pays et notaient,
bon, en particulier pour le cas de la Nouvelle-Zélande, que la Nouvelle-Zélande avait mis son système d'appel d'offres,
oui, pour réduire les coûts, mais aussi du fait que c'est un pays qui
était petit et isolé et qu'il y avait des
gros problèmes au niveau de la sécurité de l'approvisionnement. Donc, à partir
de là, ils ont mis en place un
système d'offres pour justement permettre une plus grande sécurité
d'approvisionnement, réduire les ruptures de stock. Donc, évidemment, ça demande de mettre en place des appels
d'offres avec certains paramètres, certaines clauses où est-ce qu'on a une divulgation obligatoire, par
exemple, des pénuries potentielles. La Nouvelle-Zélande a commencé en
1994-1995 à avoir des divulgations obligatoires des pénuries potentielles. Au
Canada, il a fallu attendre 2014-2015 avant
qu'on mette le système en place. Donc, je veux dire, à cet égard-là, la
Nouvelle-Zélande a été un petit peu un pionnier.
D'un autre
côté, on met en place des clauses pour s'assurer que tous frais afférents pour
empêcher une pénurie potentielle,
bien, ces coûts-là vont être portés par le fabricant lui-même, ce qui fait en
sorte qu'on donne des incitatifs financiers très importants pour le
fabricant pour s'assurer qu'il va prioriser le territoire québécois, pour
s'assurer que, oui, on ait une sécurité dans l'approvisionnement et que, non,
il n'y ait pas de rupture de stock.
Un autre
argument que j'ai beaucoup entendu, c'est que, bien, appel d'offres, ça va
réduire la concurrence, réduire le nombre de compétiteurs, des
fournisseurs uniques. On a beaucoup de fournisseurs uniques en ce moment, mais
le problème, c'est qu'au niveau de la
concurrence, dès 2012, j'avais écrit sur les ruptures de stock puis j'avais
montré qu'un des principaux facteurs de rupture de stock, c'était
justement la concentration industrielle qu'on avait dans le secteur générique. On a une immense vague de
fusion-acquisition qui se déroulait, et là ça a explosé littéralement en 2015.
Donc, à ce moment-là, il y a concentration industrielle maintenant.
Une politique
qui dit : Nous ne faisons rien et on va continuer à maintenir des prix des
génériques artificiellement gonflés,
bien, je ne vois pas en quoi ça va nous protéger d'une réduction de la
concurrence. Je veux dire, des pratiques de collusion, ça existe. Et on
a eu quelques cas patents, entre autres on pense à Martin Shkreli aux
États-Unis, on pense Valeant aussi, avec ses pratiques sur certains de ses
médicaments. On a des dynamiques de collusion en place et on n'a rien pour se
protéger contre ça. Pour moi, oui, un système d'appel d'offres peut être un de
ces outils qu'on peut utiliser contre ce type de collusion.
J'inviterais...
en fait, je recommande aussi que, lorsqu'on fait ces appels d'offres là on
puisse ouvrir les appels d'offres à
des fabricants qui ne sont pas nécessairement autorisés présentement au Québec,
qu'ils puissent soumissionner et qu'ils
puissent obtenir l'appel d'offres sous condition seulement qu'ils obtiennent
les autorisations par la suite. Ça va créer des délais, oui, c'est un
facteur de coût qu'on peut prendre en compte, mais il faudrait ouvrir l'appel
d'offres aussi aux fabricants étrangers.
Et aussi, à
ce niveau-là, j'aime beaucoup le modèle suédois, qui s'est doté d'une firme
publique pour fabriquer des génériques. Ce n'est pas pour fabriquer tous
les génériques, mais ça sert un petit peu de garde-fou, de chien de garde dans le système. C'est une firme qui fait
beaucoup de la pharmacie magistrale, entre autres choses, pour adapter certains médicaments aux besoins cliniques
spécifiques de certains patients. Mais c'est aussi une compagnie qui
permet de pallier parfois certaines ruptures de stock. Avoir ce type
d'expertise... Je veux dire, quand on a des systèmes d'appel d'offres, on l'a vu dans le secteur de la
construction, avoir une expertise publique pour comprendre les prix,
comprendre s'il y a gonflement des prix, pour moi, est essentiel, et se doter
d'une telle entreprise pourrait être quelque chose de véritablement... en fait
de ce type d'expertise serait quelque chose de véritablement intéressant.
Finalement, deux points que je veux mentionner
rapidement. La question de la tarification régressive, qui est souvent présentée comme un modèle alternatif
intéressant, c'est un modèle qui est plus intéressant que le modèle de
fixation des prix à partir d'un taux
arbitraire, 25 %, 18 %. Oui, mais, attention, la tarification
régressive, il y a des gros problèmes. Il faut comprendre, tarification
régressive, bon, s'il y a un seul compétiteur, on va payer 80 % du prix du
médicament breveté, s'il y a deux
compétiteurs, on va payer 60 %, trois, 40 %, et on descend jusqu'à
18 %. Mais, de la façon que ça fonctionne,
c'est qu'à tous les trois mois on renouvelle pour savoir qui est prêt à fournir
les médicaments dans le marché pour
déterminer comment on fixe le prix. Ça signifie que les fabricants doivent
resoumettre tous les trois mois pour dire : Oui, dans les prochains mois, on va continuer à fournir pour ce
médicament-là. Et donc cette soumission-là fait en sorte que...
En fait, Michael Law, Jillian Kratzer, à UBC,
avaient fait le calcul, à un moment donné, pour dire que, bien, si on regarde juste les 10 médicaments
génériques les plus vendus en une seule année, des soumissions aux trois
mois, ça signifierait, en fait,
1 128 soumissions qu'il faudrait juger si elles sont bonnes, et tout,
pour permettre l'entrée et déterminer le
coût en conséquence. Et ça fait aussi que c'est très difficile pour... Donc, la
lourdeur administrative est là, mais en plus c'est que c'est très difficile pour les acteurs de planifier dans tout
ça, à la fois pour les patients, pour les hôpitaux, pour les régimes d'assurance médicaments, mais pour les
fabricants aussi. C'est-à-dire, bien, tous les trois mois, le prix peut
varier de manière considérable, et, si le prix varie de manière substantielle
qui fait en sorte qu'un gros joueur dit : Bien, à ce prix-là, pour nous, ce n'est plus intéressant, et donc on se retire
du marché, bien, à ce moment-là, oui, on peut aussi créer des ruptures
de stock.
Mais fondamentalement
le problème avec la tarification régressive est le suivant : supposons que
je suis un fabricant de génériques et je veux étendre mes parts de marché, j'ai
le choix soit investir dans une nouvelle chaîne de montage pour un nouveau produit, pour l'emmener sur le marché, et ça
ferait baisser le prix du générique sur ce marché-là, ou bien, dans le système actuel, avec les
ristournes aux pharmaciens, au lieu d'investir de cette manière-là, je vais
investir avec plus de ristournes aux
pharmaciens pour étendre le nombre de tablettes sur lesquelles je vais pouvoir
mettre mes produits que je produis déjà en ce moment. Et, au niveau des
incitatifs financiers, en fait, la tarification régressive offre un immense incitatif pour augmenter les
ristournes et non pas pour augmenter la concurrence et la production de
nouveaux produits génériques.
Finalement,
dernier point que je veux amener, c'est sur la question de la structure de
rémunération des pharmaciens. J'ai vu
qu'on en a parlé déjà en commission. Il faut comprendre, là, le système
d'allocations professionnelles, donc les ristournes des fabricants de
génériques aux pharmaciens, ça n'a pas lieu d'être. Je veux dire, un
pharmacien, c'est un professionnel de la
santé, il doit être payé au niveau des services professionnels qu'il offre, pas
par une rémunération opaque à travers quasiment des paiements en dessous
de la table, même chose pour la question des honoraires professionnels demandés
au régime privé d'assurance médicaments qui... soit dit en passant, il n'y a
aucun plafond, aucune limite, aucune transparence, ça se fait dans une opacité
la plus complète. Et là c'est clair qu'on voit souvent des honoraires professionnels
abusifs au niveau des régimes privés. Et on ne blâme pas les pharmaciens. Si on
a ouvert la porte aux pharmaciens pour
qu'ils puissent charger ces montants-là, bien, ce n'est pas surprenant qu'ils
puissent le faire, surtout lorsqu'ils cherchent à compenser pour des
pertes de revenus ailleurs.
Donc, juste un
exemple là-dessus : lorsque, de 2000 à 2012, au Québec, on a diminué le
prix des génériques de 50 % du prix du médicament breveté à
25 %, on a vu que le coût moyen des prescriptions au Québec, pour la RAMQ, pour le régime public, est passé de
37,76 $ à 36,51 $. Donc, il y a eu des économies substantielles pour
le régime public. Toutefois, ce qu'on
a vu, c'est que les pharmaciens ont compensé beaucoup en augmentant les honoraires professionnels pour les régimes privés.
Et le coût moyen d'une prescription pour les régimes privés est passé de 5,27 $
à 52,16 $. Donc, les baisses de coût pour le régime public ont été en fait
moins importantes que les hausses de coût
pour les régimes privés.
a baissé le prix des médicaments génériques au Québec entre 2000-2012, mais on
n'a pas baissé le coût des médicaments,
on a simplement pelleté les coûts, déplacé les coûts ailleurs dans le système.
Donc ça, pour moi, c'est un des éléments importants. Si on veut mettre
en place un système d'appel d'offres, bien, il ne faudrait pas que le résultat
de ce système d'appel d'offres là conduise
simplement à une augmentation des honoraires professionnels pour les
régimes privés, ce qui ferait en sorte qu'on
ferait juste déplacer les coûts d'un endroit à l'autre, et ce qui fait que,
dans un système fragmenté comme celui
du Québec, bien, effectivement, c'est notre grand problème, de contenir les
coûts. Disons que déplacer les coûts est une chose beaucoup plus simple
et facile.
J'ai
utilisé dans mes diapos, par exemple, un graphique du conseil... non, du
Système national d'information sur l'utilisation
des médicaments prescrits, donc, publié en 2015, qui montre, pour
1 million de comprimés d'atorvastatine calcique, donc le Lipitor générique, combien c'était payé dans les
différentes provinces en termes de coût de détail du médicament et le
coût de délivrance par le pharmacien. Si on considère qu'au Québec on a le meilleur prix disponible, donc, on se
retrouve ici avec le prix du Manitoba. Donc, pour 1 million de comprimés,
on aurait payé 408 000 $ au niveau
du coût de détail du médicament, ce qui signifie que le coût de délivrance,
donc ce qui est payé aux pharmaciens
au Québec, a été de l'ordre de 750 000 $, donc plus de trois fois ce
qui est payé aux pharmaciens dans les autres provinces pour le même
nombre de comprimés d'atorvastatine calcique. Il y a différents facteurs qui
expliquent ça...
Le Président (M.
Tanguay) : Merci.
M. Gagnon
(Marc-André) : ...mais il y a des problèmes structurels auxquels il
faut s'attaquer. Pour moi, l'élimination des allocations professionnelles et
l'élimination de...
Le Président (M.
Tanguay) : Merci, M. Gagnon.
Gagnon (Marc-André) : ...l'opacité des honoraires professionnels pour
les régimes privés sont un véritable problème. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup, M. Gagnon. Alors, c'était très, très, très
intéressant, si bien que M. le ministre de la Santé m'a demandé de prendre de
son temps de discussion avec vous pour vous permettre de compléter votre présentation, qui était très
intéressante. Et donc, des 18 minutes qui étaient imparties à M. le
ministre, il en reste neuf, ayant pris neuf
minutes de plus. Alors, sans plus tarder, je cède la parole pour l'échange à M.
le ministre de la Santé.
Barrette : Bien, bonjour, M. Gagnon. Vraiment, on aurait bien aimé
vous avoir en personne, mais je dois vous avouer que vous êtes tout
aussi impressionnant en image, dans votre propos et dans son contenu.
Écoutez,
je dois vous avouer, là, que vous m'avez beaucoup impressionné dans la dernière
partie de vos propos. Évidemment,
vous avez relaté que les honoraires des pharmaciens étaient, si j'ai bien
compris, là, passés de 5 $ à 58 $ dans une dizaine d'années. Puis je pense que vous avez qualifié ça, dans un
article, cette année, en 2015, d'abusif, là. Est-ce qu'à votre
connaissance ça semble être la même tendance actuellement?
M. Gagnon
(Marc-André) : Là, il faut faire attention, là, sur ça, sur les frais
d'honoraires des pharmaciens. Est-ce que c'est des frais abusifs? Si on se
compare aux autres provinces, oui, on paie beaucoup plus cher au Québec au niveau des honoraires professionnels pour les régimes
privés. Et ça, à ce niveau-là, du fait qu'il n'y a aucune transparence, souvent...
En fait, on a eu une étude faite par Protégez-Vous , en 2011, qui
montrait qu'effectivement il y avait un
problème structurel. Ceci dit, il faut comprendre, on a le renouvellement
mensuel obligatoire au niveau du régime public, donc ce qui fait que,
par rapport aux autres provinces, les ordonnances se font mensuellement, donc
il y en a beaucoup plus. Et souvent, pour
les conditions chroniques, il n'y a pas de raison clinique pour avoir ces
renouvellements mensuels obligatoires. Toute
la justification est basée sur... Bien, mensuellement, c'est la question des
franchises, entre autres, que les
patients doivent payer puis pour que ça soit plus équitable. Ça, on comprend.
Mais le gaspillage administratif en termes, entre autres, d'honoraires
professionnels pour le régime public peut être très, très important.
il faut comprendre aussi, c'est que, si vous êtes une pharmacie qui desservez
une population qui est couverte d'abord
et avant tout par le régime public, où est-ce que les honoraires professionnels
sont plafonnés, bien, à ce moment-là, une population couverte par le
régime public, c'est une population qui travaille moins puis qui est plus âgée,
qui est plus pauvre aussi, vous risquez
d'avoir des gros problèmes à joindre les deux bouts. Alors que, si vous êtes
une pharmacie qui dessert d'abord et
avant tout une population couverte par des régimes privés, bien là, à ce
moment-là, il n'y a pas de transparence au niveau de ce que vous
chargez, au niveau d'honoraires professionnels au régime privé et disons que ça
peut être... les revenus sont beaucoup plus intéressants pour ce genre de
pharmacie. Donc, ici, on a des inéquités structurelles, dans le système, qui
sont très importantes.
Barrette : Alors, si je résume, là, M. Gagnon, vous nous dites qu'il y
a eu un transfert spectaculaire de la perte des ristournes du côté
public vers le côté privé, vous nous dites que ces montants-là sont pour le
moins, j'allais dire, spectaculaires,
probablement excessifs. J'ai une autre question : Dans votre analyse,
est-ce que la baisse du prix générique du côté public se reflète
toujours du côté privé? Il y a 60 % des Québécois, là, qui paient des
primes, là.
Gagnon (Marc-André) : Attention, c'est parce que, là, on parle de deux
choses : Est-ce qu'on parle du coût de détail du médicament pour le
comprimé ou est-ce qu'on parle du coût payé par le patient, les remboursements
qu'il va obtenir à travers sa couverture
d'assurance privée? Le problème qu'on a... En fait, regardez, dans l'exemple
qu'on avait... Quand je travaillais
pour Protégez-Vous , il y avait eu cette étude qu'on avait faite pour
cinq médicaments génériques, Pantoloc,
Lipitor, Glucophage, Norvasc et Effexor, le prix coûtant moyen de ces médicaments-là
était de 17,77 $ pour les pharmacies, et, les pharmacies — on a
fait un sondage auprès de 320 pharmacies — pour les régimes privés,
c'était revendu à 43,53 $ en moyenne,
ce qui signifie que les frais d'ordonnance moyens étaient de 25,76 $. Ça, c'est
plus du double de ce qu'on voit normalement dans les autres provinces.
Moi, je suis assuré en Ontario, je suis à l'Université Carleton, ici, mon employeur plafonne mes frais d'ordonnance à
8,00 $ par prescription. Ça fait que, si je vais dans une pharmacie, on me charge plus que 8,00 $,
c'est à moi à payer, mais la plupart des pharmacies en Ontario, pour les
régimes privés, ne dépasseront pas 8,00 $. Donc, oui, effectivement...
Barrette : Eh bien! Eh bien! Alors, je vois qu'il y a toutes sortes
d'avenues pour aller manifestement avoir de l'économie dans la société.
Parce qu'on comprend que — on
va être d'accord là-dessus — il
y a un régime public puis il y a un régime
privé, et c'est la société qui ferait ces économies-là, là, quand je reviens à
votre tableau d'économies potentielles pour le Québec, quand vous êtes
rendu à 2,9 milliards, évidemment c'est pour la société et ce n'est pas
simplement le coût des médicaments.
Quand
on arrive à la question de l'appel d'offres, là, si j'essayais de résumer votre
pensée, parce que le temps passe, je
comprends que le principe de l'appel d'offres, pour vous, ne pose pas un
problème ni sociétal, en termes de qualité et de disponibilité, ni
nécessairement économique sur le plan industriel. Est-ce que je comprends bien
votre pensée?
M. Gagnon
(Marc-André) : Bien, tout à fait. Au niveau de la question de la
crainte au niveau des ruptures de stock, il
faut faire attention. Si on met en place un système d'appel d'offres, un peu
comme on faisait en construction, par exemple,
O.K., on est obligé de prendre le plus bas prix disponible, point final, bien
là, on se retrouve à se créer un piège. Si on met en place un système
d'appel d'offres où est-ce qu'on met des paramètres clairs au niveau d'assurer
la sécurité de l'approvisionnement, ce type d'appel d'offres là peut
véritablement servir d'outil pour assurer cette sécurité de l'approvisionnement et réduire les problèmes qu'on
peut avoir en approvisionnement actuellement. Donc, non, pour moi, c'est un outil parmi d'autres qu'il est important
à se donner. Si on veut se doter des capacités institutionnelles pour
mieux contenir la croissance des coûts, évidemment les appels d'offres, c'est
une de ces capacités institutionnelles parmi d'autres dont il faut se doter.
M. Barrette :
Deux éléments auxquels je veux m'adresser avant que vous terminiez votre intervention, puis il me reste seulement
2 min 45 s, le premier, c'est... À l'autre extrême, vous le
présentez comme ça, vous aussi, vous
prenez ça comme étant l'autre extrême du spectre des possibilités : à une
extrémité, il y a les appels d'offres, à l'autre, il y a des tarifs dégressifs. Le problème des tarifs
dégressifs, est-ce qu'il vient de la fréquence de ce qui se fait actuellement dans le marché, on va dire, entre
guillemets, là, ou il vient simplement du fait qu'on a une difficulté à trouver le bon pourcentage? Autrement
dit, là, c'est une question théorique que je vous pose, la technique du
tarif dégressif, si elle était utilisée différemment, serait-elle une bonne
technique?
vais vous poser tout de suite l'autre question qui vient avec, là, pour vous
laisser le temps de répondre, la parce qu'il reste deux minutes. Vous
êtes un chercheur, vous avez regardé un paquet d'affaires. Moi, j'ai des gens
qui me donnent des avis à l'effet que d'être
un producteur de médicaments... Vous nous proposez, comme État, de produire
et de mettre sur le marché des médicaments génériques. Ma
compréhension de nos accords internationaux, sur le plan économique,
libre-échange et compagnie, c'est que ce ne serait pas permis.
Alors, les deux questions, qu'est-ce que vous
pourriez nous dire là-dessus, là?
M. Gagnon
(Marc-André) : L'idée, c'est que, s'il y a une concurrence de marché
qui se joue dans le secteur des génériques,
n'importe quel système où est-ce qu'on se retrouve avec un prix fixe, même si
c'est régressif, reste problématique,
en particulier si on fixe le prix à partir d'un pourcentage du prix du breveté,
qui devient de plus en plus complètement
arbitraire. Il faut comprendre, une tarification régressive est quand même
mieux que le système actuel, entre autres
ça offre certains incitatifs pour les fabricants de génériques de payer, en
fait, l'ensemble des coûts réglementaires pour arriver avec un nouveau
produit sur le marché. Il faut comprendre, les frais légaux peuvent être très
importants.
Donc, on
comprend la logique qui peut être derrière ça, mais, au bout du compte, est-ce
que c'est un bon système? Non. C'est
moins pire que ce qu'on a actuellement, mais ce ne serait pas un système des
plus intéressants, surtout pas si, entre autres pour certains
médicaments, on ne peut pas utiliser des appels d'offres. On pourrait utiliser
la tarification régressive pour l'ensemble des médicaments et ensuite y aller
au cas par cas pour dire : Bon, bien, ce médicament-là, allons en appel d'offres, celui-là aussi, parce
qu'on voit qu'il peut y avoir des problèmes, mais, si c'est le seul
système, non, fixer un prix dans un système en concurrence ne fonctionne pas.
Sur la question des accords internationaux, il
faut faire attention, là, simplement, si on a cette capacité en tant qu'État... Puis il faut comprendre, là, on a eu
des firmes publiques pendant... Comment s'appelle, en Ontario, pendant
un bout de temps, là, qui produisait
l'insuline... Au niveau des accords de commerce internationaux, c'est clair
qu'on ne peut pas avoir un concurrent direct, mais on peut se donner une
espèce de chien de garde. Juste un exemple, là : lorsque Martin Shkreli a augmenté le prix des génériques
de 15 $ le comprimé — en fait, pour le Daraprim — 15 $ le comprimé à 750 $ le comprimé, bien, on a une firme de
pharmacie magistrale au Québec qui simplement est allée chercher
l'ingrédient actif et qui s'est mise à
produire elle-même ce comprimé-là à 1,50 $ le comprimé. C'est fantastique!
Le problème, c'est que, cette
firme-là, elle peut nous protéger d'une pratique prédatrice d'un des fabricants,
mais elle n'est pas du tout en lien avec les différents hôpitaux, et
donc elle n'est pas en mesure de diffuser l'information, et le système de santé au Québec n'est pas capable de naviguer ce
problème-là. On avait une solution qui était là, il s'agit de se donner
l'expertise pour naviguer dans tout ça. Pas obligé d'avoir une firme publique
générique, on peut simplement avoir recours
à des organisations contractuelles de fabrication à façon en particulier, mais
il faut quand même se doter de cette expertise publique pour naviguer
ces problèmes à la fois de rupture de stock, mais à la fois de pratiques
prédatrices, qui sont de plus en plus fréquentes dans le système.
Président (M. Tanguay) : Merci, M. Gagnon. Alors, à la demande de
notre collègue de Rosemont, il vous a permis
évidemment de compléter votre réponde, ce qui fait en sorte que vous allez
maintenant avoir une période d'échange de 9 min 45 s avec
notre collègue de Rosemont.
M. Lisée : Pr Gagnon, merci
beaucoup pour vos éclairages. Je vais revenir sur cette question de l'usine
pilote, disons, témoin, mais d'abord, sur la question des appels d'offres, vous
nous dites : Un système régressif est mieux que ce qu'on a maintenant,
mais ce n'est pas parfait. C'est ce que l'alliance pancanadienne fait en ce
moment, et vous dites : Bien, si on
garde ce système-là mais qu'on se réserve le droit, dans un certain nombre de
cas, d'aller en appel d'offres, ça
améliore les choses. Est-ce que je vous entends? Est-ce que vous dites que ce système
hybride est optimal ou qu'il faudrait délaisser complètement l'alliance
pancanadienne et se fier seulement sur des appels d'offres?
M. Gagnon (Marc-André) : Attention,
l'alliance pancanadienne fait un travail très intéressant au niveau de négocier
le prix des médicaments brevetés. Mais il faut faire attention, ce n'est pas
une solution magique aussi. Si on regarde
pour 2014 les économies générées par l'alliance pancanadienne, c'était
275 millions d'économies qu'ils ont réussi à générer à l'ensemble du pays. Bien,
275 millions, c'est moins de 1 % de ce qu'on paie en médicaments
actuellement. Donc, on est encore
loin d'avoir un système de négociation efficace comme on peut avoir dans
différents autres pays. Quand on parle
au niveau européen, souvent eux, ils vont chercher facilement des 40 % de
baisse de prix au niveau des médicaments brevetés, et on est loin de ça.
Mais, bon, l'alliance pancanadienne se développe
et est en train de faire son petit bonhomme de chemin, s'améliore. Il faudrait qu'elle puisse fonctionner pour l'ensemble du
territoire canadien et non pas juste pour les régimes publics. Bon, ça, c'est une autre chose. Ils ont mis en place la tarification
régressive depuis 2014, je crois. C'est leur façon de fonctionner. Parce qu'au niveau pancanadien, bien,
vous le savez, l'achat de médicaments, ça relève des provinces, et,
avoir un système d'achat pancanadien,
il y a différentes difficultés sur les génériques. Ce n'est même pas toutes les
provinces qui ont les mêmes barèmes de
pourcentage de prix pour les génériques. Donc, pour l'alliance pancanadienne,
la tarification régressive, en termes de pragmatisme et de réalisme dans
le système pancanadien actuel, c'était la meilleure chose à faire. Ceci dit, les gros problèmes, surtout si la
tarification régressive... Si on garde un système de ristournes pour les
pharmaciens, qui est possible, on a un système qui, pour moi, est complètement
biaisé. Il y a des conflits d'intérêts qui sont au centre de ça.
M. Lisée :
On s'entend là-dessus. Je veux vous arrêter, parce qu'on essaie de comprendre
ce qu'il y a dans la tête du ministre
aussi, là, d'une part, et, d'autre part, on essaie de voir qu'est-ce qui est
optimal comme système. Alors, moi, je n'ai aucun dogmatisme à rester dans l'alliance pancanadienne ou à en
sortir, ce qui m'intéresse, c'est le meilleur coût du médicament et sa disponibilité
pour les Québécois. Alors, si on remet sur la page blanche, je veux comprendre
ce que vous dites,
vous dites que, finalement, nous pourrions, avec un système
d'appel d'offres québécois, faire mieux que l'alliance pancanadienne
en n'appliquant même pas la tarification régressive, en faisant strictement l'appel
d'offres.
Gagnon (Marc-André) : À ce niveau-là, oui. Ceci dit, d'un autre côté,
un système d'appel d'offres pour les génériques, c'est clair qu'on ne
peut pas commencer demain matin, et on fait un appel d'offres pour l'ensemble
des génériques. Il faut commencer tranquillement, là, on va commencer avec un
médicament, l'acétaminophène, quelque chose
de très simple, et tout, puis ensuite on va développer notre propre expertise
au niveau des appels d'offres, on va aller vers les médicaments de plus en plus compliqués. Donc, au bout du
compte, il me semble qu'un système d'appel d'offres pour la très grande ou la majeure
partie des
médicaments me semble peut-être la meilleure solution. D'ici là, c'est
clair que, pour les autres médicaments, il faut trouver des paramètres. La
tarification régressive, oui, peut être, comme seconde solution, un truc
intéressant, mais en elle-même, elle est extrêmement problématique aussi.
Lisée : Alors, un des arguments... Parce qu'il y a la question
du médicament, du juste prix du médicament, il y a la question aussi de la présence d'un secteur industriel du
générique au Québec. Alors, les gens de Sandoz, par exemple, vous avez parlé de la Suède... il a dit ensuite:
J'ai zéro employé parce qu'ils font des appels d'offres, et ma
production en Suède est incapable de
compétitionner avec les autres soumissionnaires internationaux, et que, donc,
au Québec, si j'ai bien compris, à
part un certain nombre de produits d'injection ou qui ont un avantage
comparatif à être proches du marché, pour ce qui est des comprimés, un système d'appel d'offres ferait en sorte de
faire disparaître la production de comprimés qui reste sur le territoire
québécois. Qu'est-ce que vous en pensez?
Gagnon (Marc-André) : Sur la
question de Sandoz... Il faut comprendre, bon,
Sandoz, d'une part, est possédé par
Novartis, donc une firme brevetée, mais aussi c'est que, quand on a eu les
ruptures de stock de Sandoz, en 2012, il faut se rappeler, c'était d'abord et avant tout dû à des problèmes
réglementaires. La compagnie ne respectait pas les standards demandés par la FDA, et, à ce moment-là, lorsqu'il y a eu des problèmes, la première chose que Sandoz a faite,
c'est de dire : Bien, on arrête de produire pour le Canada et on
concentre nos efforts pour continuer à bien servir le marché américain, qui est notre marché le plus rentable.
Avoir eu un système d'appel
d'offres avec Sandoz, on aurait peut-être évité la rupture de stock de
2012. Ceci dit...
Gagnon (Marc-André) : Bon,
je suis un petit peu vieille école à ce niveau-là, mais, pour moi, le budget de la santé doit être utilisé pour
assurer que, pour chaque dollar dépensé, on obtient le maximum de valeur
thérapeutique pour le patient. Le budget de la santé n'est pas là pour servir
de politique industrielle pour attirer des investissements. Donc, à
ce niveau-là, tout ce discours de,
bien, il faut payer plus cher nos génériques pour mieux attirer
de l'investissement et créer de
l'emploi, je regrette, le secteur des génériques, c'est un secteur mature au Canada
depuis les années 60, c'est un secteur
qui est extrêmement fort. C'est un secteur qui est capable de
concurrencer au niveau international. Je ne vois pas pourquoi nous, on
devrait s'empêcher de réduire les coûts en santé pour... comme moyen de politique
industrielle.
Lisée : Bon, bien, je
suis d'accord avec vous. Si vous avez suivi nos conversations, je pense que le
soutien à l'industrie doit se faire par la politique
industrielle, le soutien à la recherche, au développement, à la formation,
mais il est vrai que, d'avoir des employés
qui gagnent 78 000 $ en moyenne, ça serait bon de trouver une façon
de les garder, mais, vous avez raison, ce n'est pas aux patients, via le
ministère de la Santé, de payer pour ça.
Revenons sur votre proposition
d'avoir une usine pilote, directement ou indirectement. Un des arguments qui
est invoqué, c'est que c'est l'approvisionnement pour la matière première et
que, la matière première, qui est surtout produite
en Chine et en Inde, évidemment, les grands fabricants génériques internationaux
ont un levier important pour contrôler
l'approvisionnement et, comme il ne seraient pas contents de voir
apparaître des usines pilotes pour que nous connaissions la vraie
structure de prix, feraient en sorte que nous n'aurions pas un accès facile à
la matière première. Qu'est-ce que vous répondez à ça?
M. Gagnon
(Marc-André) : C'est un argument intéressant. En décembre dernier,
j'étais avec les Instituts de recherche en
santé du Canada, on rencontrait différents sous-ministres adjoints sur la question de sécurité de l'approvisionnement,
mais vraiment au niveau de la sécurité de la molécule, la qualité de la
production, en particulier du fait qu'on
fait affaire de plus en plus avec des pays émergents, l'Inde, la Chine en particulier. Et en même temps, il faut comprendre,
là, je parlais de Sandoz, c'était : on ne respectait pas les standards
réglementaires de production, on est à Boucherville.
Et, quand on regarde aux États-Unis, bon, après le scandale d'héparine en 2008, on
s'est mis à faire plus d'inspections
au niveau des fabricants de génériques, c'était plus de 50 % des fabricants de génériques qui ne
respectaient pas les standards réglementaires en vigueur au niveau de la
sécurité du produit. Au niveau des pays émergents, il faut comprendre que, même dans le système actuel, au
niveau de la qualité du produit, bien, des fois, on peut y avoir des...
au niveau de l'ingrédient actif qui se
retrouve, dans le système actuel, à travers... dans nos médicaments, bien, il
peut y avoir des «batchs» qui sont problématiques. Si on veut s'assurer
une meilleure qualité, entre autres, ce qui était vu comme extrêmement important, c'est d'avoir un meilleur
système au niveau de la pharmacovigilance, qui est un des éléments qui,
pour moi, est très déficient ici, au Canada et au Québec.
Mais,
écoutez, l'idée, c'est que, si on se fait menacer par des étrangers de
«écoutez, si vous essayez de réduire vos coûts puis d'essayer d'en avoir
pour votre argent, on va vous mener la vie dure...» Moi, je considère que, dans
un système fragmenté...
M. Lisée :
Professeur, en Suède, est-ce qu'ils ont des problèmes
d'approvisionnement pour leurs matières premières pour leur usine publique?
Gagnon (Marc-André) : Écoutez, pas à ce que je sache. La littérature,
en Suède, est en suédois, et mon suédois est assez limité. De ce que j'ai compris, non, ce n'était pas un
problème plus grave qu'ailleurs. Ce qu'on voit, au contraire, c'est que cette usine publique a été capable de
pallier certaines ruptures de stock et aussi a vraiment réussi, en fait,
non seulement a réussi à adapter, au niveau de la pharmacie magistrale,
certains médicaments selon des besoins cliniques spécifiques pour les patients, plus que ça, c'est que cette usine-là est
devenue pour l'ensemble de l'Europe une des usines références. Entre autres pour les essais
cliniques, quand vous avez besoin de médicaments un petit peu
expérimentaux, bien, on se tourne vers cette
usine-là, et, pour créer une infrastructure d'essais cliniques beaucoup plus
intéressante, bien, cette usine publique suédoise est devenue une espèce
de chef de file qui permet, qui facilite en fait la recherche et développement.
Lisée : O.K. En quelques secondes, est-ce qu'il y a d'autres
cas que la Suède où il y a une usine publique de référence qui existe?
Gagnon (Marc-André) : En fait, dans des pays latino-américains, en
fait Brésil, Équateur, Thaïlande aussi, on en a. C'est ceux que je connais. Mais, ceci dit, pas obligé d'avoir une
usine entre quatre murs, etc., simplement une expertise, une capacité de
faire affaire avec des organisations contractuelles de fabrication pour mieux
naviguer la qualité et la sécurité de l'approvisionnement.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, vous allez poursuivre,
M. Gagnon... Oui, M. Lisée. Pardon.
Lisée : ...simplement vous dire que je crois que nous n'aurons pas le choix :
nous devrons aller en Suède pour voir de visu comment ça s'organise.
Président (M. Tanguay) :
Bien, alors, nous aurons l'occasion d'en discuter, M. le député de Rosemont.
Je m'excuse, je vous ai appelé autrement.
Donc, collègue de Rosemont, je
vous remercie. Nous poursuivons les
échanges maintenant avec notre collègue de Lévis pour
6 min 30 s.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le Président. Pour la Suède, on est d'accord,
mais pas plus qu'une semaine, parce qu'on a des agendas un peu serrés,
mais ça va aller pour le reste. Merci, M. le Président.
Gagnon, je vous salue. Je vous remercie,
il y a des données qui sont extrêmement intéressantes et qui éclairent également, parce que le but de
l'exercice, hein, c'est la Loi visant à réduire le coût de certains médicaments,
puis la proportion économique, l'analyse économique prend tout son sens.
Je vais reparler des chiffres. Vous dites,
bon : Vente de médicaments génériques dans les pharmacies communautaires,
1,2 milliard; les économies
estimées, en fonction de vos calculs, en fonction de l'appel d'offres, 150 millions — vous
avez dit 173, maintenant 150, le créneau
d'aujourd'hui. Alors, vous avez fait, je présume, des projections, vous avez
fait des scénarios sur ces appels d'offres là, vous avez réussi à les
chiffrer, et c'est peut-être la première fois. Parce que, dans l'analyse d'impact réglementaire, bien, c'est souvent
le questionnement qu'on a : Ça va donner quoi comme économies
potentielles? Comment arrivez-vous à ça? Quels types d'appels d'offres? C'est
sur des appels massifs? C'est sur des molécules
à gros volume? Comment vous arrivez à votre donnée, à vos données en fonction
de l'appel d'offres idéal?
M. Gagnon
(Marc-André) : Écoutez, au niveau des données, au niveau des
différents scénarios que j'avais regardés, c'était vraiment, bon, l'élimination
du système de ristournes. On avait les travaux surtout de Michael Law, Jillian
Kratzer, à UBC, qui ont beaucoup regardé plus en détail les modalités des
appels d'offres et qui ont fait des comparaisons
de prix au niveau international, et c'était vraiment observer le prix de nos
génériques ici par rapport aux autres pays
internationaux où est-ce qu'on procédait aux appels d'offres, qu'est-ce qu'on
peut aller chercher comme économies. En
fait, je détaille ça dans mon rapport de 2014. Sur les modalités de quels pays
on avait pris exactement, ça, il faudrait que j'aille retourner, mais,
le rapport de Vers une politique rationnelle d'assurance médicaments , on
détaille tout ça comme il faut.
M. Paradis (Lévis) : Reprenons et essayons de voir le modèle néo-zélandais, par exemple, à
la lumière de vos analyses et de vos
estimations économiques. Le modèle néo-zélandais est-il, dans sa façon de
faire, sur le volume, les molécules les plus en demande, ou le nombre
d'appels d'offres, ou l'appel d'offres massif... Est-ce que le modèle néo-zélandais est celui qui, en tout cas, semble
être performant? A-t-il des lacunes particulièrement?
Gagnon (Marc-André) : Pour moi, c'est un modèle qui est extrêmement
performant. Entre autres, bien, les appels
d'offres pour le générique, c'est un outil parmi d'autres. Mais toute la logique
du modèle néo-zélandais, c'est-à-dire... Écoutez, on a une agence qui n'est pas politisée, c'est-à-dire qui est
basée vraiment sur l'évaluation des technologies de santé, et on donne un mandat très clair et simple
aux gens de l'agence, c'est : Voici votre budget, et, avec ce budget-là,
vous maximisez la valeur thérapeutique, le gain thérapeutique qu'on peut
obtenir pour chaque dollar dépensé. Et, à partir de là, vous dites à vos fonctionnaires : Utilisez toute
l'imagination et la créativité que vous pouvez, mais votre mandat, c'est
d'en avoir le plus possible pour votre argent, en termes de valeur
thérapeutique pour chaque dollar dépensé.
Donc,
la Nouvelle-Zélande, oui, recourt aux appels d'offres, va être... Pour des
médicaments pour lesquels on n'a pas
clairement une idée de la valeur thérapeutique du produit par rapport au prix,
souvent on va dire non, on ne peut pas justifier
le prix, donc on refuse de l'acheter. Mais on va utiliser aussi d'autres
tactiques. Par exemple, les prix de référence, on l'utilise au Québec au niveau des inhibiteurs de pompes à protons,
c'est-à-dire pour certaines catégories thérapeutiques, voici le prix maximal qu'on va payer. Évidemment,
si le patient, il ne veut pas avoir ce médicament-là de référence, il peut aller chercher un autre médicament, mais il
va payer la différence de sa poche. Le système d'assurance médicaments offre un bon choix et offre les meilleurs produits
disponibles à bas prix pour ses clients. Si le client veut autre chose,
bien, c'est sa responsabilité de payer de sa poche.
Donc, les
prix de référence, mais aussi négociation croisée, qui est un truc très
intéressant, c'est-à-dire une nouvelle compagnie arrive et dit :
Bon, j'ai ce nouveau produit, j'ai ce nouveau produit que je veux vendre, qui
coûte très cher, et là moi, je vois :
Bien, vous avez cet autre produit qui pourrait faire baisser mon prix de
référence pour une autre catégorie
thérapeutique. Bien, à ce moment-là, vous pouvez négocier avec la compagnie,
dire : On va accepter de payer votre
produit, mais baissez le prix pour une autre catégorie thérapeutique, et là les
deux peuvent être gagnants dans tout
ça. Et ce genre de négociation là, au départ, c'est plus difficile, c'est plus
compliqué, et tout, mais on apprend avec le temps et, au bout du compte,
on peut développer des outils beaucoup plus efficaces pour négocier les prix.
M. Paradis
(Lévis) : Je comprends. Et
le temps file, M. Gagnon. Dans l'analyse d'impact réglementaire, je vous
disais il y a deux instants : On n'a pas réussi à chiffrer les économies
potentielles. On les espère, mais il n'y a
pas de scénario établi pour tenter de démontrer l'avantage d'un modèle par
rapport à un autre. D'abord, êtes-vous étonné qu'on n'ait pas réussi à
avoir d'évaluation de ce type-là ou d'exemples chiffrés pour penser aux
économies potentielles à venir en fonction d'un modèle?
M. Gagnon (Marc-André) : Bien, en
fonction du modèle des appels d'offres... Parce qu'il faut comprendre par rapport à quel pays on se compare. Mais, comme
je disais, il y avait une belle analyse qui était publiée dans Healthcare
Policy par Michael Law, ça s'appelait Money Left on the Table , puis,
justement, qui arrivait avec des scénarios pour voir, bien, combien d'argent... combien d'économies on
refuse en ce moment en n'allant pas en appel d'offres compétitives au niveau du secteur des génériques. Donc, ces
analyses-là, puis on pense à Amir Attaran, à l'Université d'Ottawa... Il y
a des analyses qui ont déjà été faites, on a des estimations de coût qui sont
déjà là. Moi personnellement, je m'étais simplement basé sur ces estimations
qui avaient été faites par d'autres.
M. Paradis (Lévis) : Je vous pose une dernière question rapidement.
Parce qu'on a parlé de l'alliance pharmaceutique pancanadienne, et des gens sont venus dire ici que ce modèle-là faisait
en sorte qu'on puisse, si on était plus agressifs, aller chercher des économies qui, somme toute,
vaudraient probablement celles, compte tenu des risques, de la notion
d'appel d'offres. Vous en dites quoi?
M. Gagnon
(Marc-André) : Bien, en fait, c'est parce que l'alliance
pharmaceutique pancanadienne, dans le cas des génériques, c'est cette tarification régressive qui, pour moi, est...
Comme j'ai dit, le... Regardez, là, de la façon qu'on est en train de faire les ententes contractuelles à la
fois avec les brevetés puis les génériques, où est-ce qu'on a de plus en
plus des prix qui deviennent opaques et des
prix officiels complètement arbitraires... Puis là, si on fixe les marges du
grossiste ou le prix du générique en termes
du pourcentage du prix du breveté, qui est complètement arbitraire et qui ne
reflète pas le prix réel, on a un problème.
Mais, pire
que ça, c'est qu'en ce moment on a un système où est-ce que, de plus en plus...
Écoutez, si, pour un médicament, je
suis capable d'aller chercher un rabais de 70 % sur le prix officiel du
breveté, mais, au Québec, le patient, lui,
doit payer 35 % du prix officiel du médicament, bien là, on a un problème,
là. On se retrouve avec un système où est-ce que les prix réels sont complètement déconnectés du prix officiel, et
les patients, eux, se retrouvent avec une plus grande prise en charge du
prix du produit parce qu'ils ne paient pas par rapport au prix réel : ils
paient des pourcentages du prix officiel du médicament. Et ça, en termes de
transparence et même d'équité démocratique de base, on a des problèmes qui se
posent...
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup...
M. Gagnon (Marc-André) : ...avec ce
type de système là. J'avais dit auparavant...
Président (M. Tanguay) : Merci. M. Gagnon, je dois maintenant céder la
parole à notre collègue de Mercier pour 3 min 30 s, et
vous aurez l'occasion, peut-être, d'étayer votre réponse. Collègue de Mercier.
M. Khadir : Oui, bonjour, Pr
Gagnon, très heureux de vous recevoir par ce moyen technologique. On a eu l'occasion déjà de vous questionner, nous, à
Québec solidaire, à plusieurs reprises pour votre expertise en matière de
la structure de l'industrie du médicament et des prix des médicaments.
Ce que je
comprends, donc, de votre intervention, c'est qu'il ne faut pas fétichiser les
appels d'offres, qu'il y a d'autres techniques de négociation et, je
dirais, d'accord, d'obtenir des accords et des prix, qu'il faut introduire dans
le système. Vous avez parlé des négociations
croisées, vous avez parlé de prix de référence. Mais vous avez parlé
également de l'opportunité, éventuellement, d'avoir une firme de production
publique comme la Suède, qui contrôle à peu près 1 % du marché et qui réussit, donc, avec cette capacité de
production, en même temps d'exercer une pression favorable pour maintenir les prix
bas et aussi de pallier aux problèmes de pénurie, lorsqu'ils surviennent. Parce
que je retrouvais un de vos articles
d'il y a quelques années dans le Canadian Health Care Policy , où vous
référiez justement à la capacité de la Suède d'éviter les ruptures de
production.
Maintenant,
une de nos préoccupations, c'est de savoir si le Québec est capable de mener
des appels d'offres en grand nombre
pour que ça vaille la peine, parce que, si on le fait sur quelques molécules,
il n'y aura pas grande économie. Qu'est-ce que vous pensez de
l'expérience néo-zélandaise? Ont-ils eu des problèmes? Parce que, là, chaque
année, d'après les questions qu'on a posées
hier, comme les ententes sont pour trois ans, donc, chaque année, environ le tiers des molécules, des
vraiment produits actifs, il y en a à peu près 800, donc, c'est 250 à 300
qui sont mis en appel d'offres. Est-ce que vous pensez qu'il y a des problèmes
reliés au grand nombre?
M. Gagnon
(Marc-André) : Bien, écoutez, effectivement, il ne faut pas fétichiser
les appels d'offres. C'est un outil extrêmement intéressant et, je
dirais, extrêmement nécessaire aussi parmi d'autres outils.
Au niveau du
nombre, comme je disais, il ne faut pas commencer demain matin à dire :
Bien, O.K., on ouvre pour 200 produits.
On va commencer... La Nouvelle-Zélande, ça a été la même chose : ils ont
commencé avec l'acétaminophène, les
produits simples, et tout, lesquels on voyait clairement qu'il y avait
possibilité de jeu. Et tranquillement on se déplace vers les injectables en hôpitaux, là, où est-ce
que, O.K., là, on a une dynamique plus problématique, mais là on connaît
mieux les paramètres qu'il faut imposer pour s'assurer la sécurité de
l'approvisionnement. Et, au bout de quelques années,
oui, on peut être en mesure d'avoir un système d'appel d'offres un peu plus
généralisé pour l'ensemble des produits. Peut-être que, pour certains produits et certaines exceptions, ce
système d'appel d'offres là, on va réaliser : Non, ce n'est pas le meilleur outil pour ce genre de produit là.
Utilisons autre chose. Mais c'est clair que c'est un des outils qu'il faut se
donner.
M. Khadir : Puis une société
publique de production pharmaceutique comme la Suède, quels avantages ça
représenterait... ou quels risques que ça présenterait et quels avantages ça
représenterait?
M. Gagnon
(Marc-André) : Bien, au niveau des risques, vraiment, c'est l'idée de
se construire une expertise au niveau public pour pouvoir mieux naviguer
un système qui est extrêmement opaque en ce moment et, je dirais, un système dans lequel on a des pratiques de plus en
plus prédatrices de la part de certains acteurs. Donc, à ce niveau-là,
le cas de la Suède... Il faut comprendre, la
Suède, là, c'est un cas un peu spécial, les chaînes de pharmacies étaient
entièrement publiques jusqu'en 2009, là, ça a été privatisé. Et cette pharmacie
magistrale, qui était la pharmacie magistrale pour le réseau public de pharmacies, est devenue indépendante, mais toujours
publique, possédée par l'État. Et là ça s'est mis à... toujours la
pharmacie magistrale, mais aussi on a des problèmes de rupture de stock...
Le Président (M. Tanguay) : Merci.
M. Gagnon
(Marc-André) : ...et on est
en mesure de produire à ce moment-là, et selon les modalités qu'on s'est
données, pour mieux prévenir ces ruptures de stock.
Le Président (M. Tanguay) : Merci,
M. Gagnon.
M. Gagnon (Marc-André) : Mais, bon,
ça fait
partie d'un système plus complet.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup, M. Gagnon, pour votre participation à nos travaux et votre éclairage.
Alors, portez-vous bien.
Et, chers collègues, compte tenu de l'heure, je
suspends les travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 1)
Président (M. Tanguay) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
vos téléphones cellulaires.
Nous allons
donc poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 81, Loi visant
à réduire le coût de certains médicaments couverts par le régime général
d'assurance médicaments en permettant le recours à une procédure d'appel
d'offres.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de
Médicaments novateurs Canada. Bienvenue à votre Assemblée nationale.
Vous disposez d'une période de 10 minutes de présentation. Par la suite, vous aurez l'occasion d'échanger avec les parlementaires. Pour les fins d'enregistrement, s'il vous plaît, bien prendre soin de vous nommer, préciser vos fonctions. Et, sans
plus tarder, la parole est à vous.
M. Lirette (Paul) : Avec plaisir.
Bonjour. M. le Président, M. le ministre de la Santé et Services sociaux, Mmes et MM. membres de la commission, mon nom est
Paul Lirette. Je suis P.D.G. pour GSK Canada. Mais aussi j'ai d'autres fonctions, je
suis également président du comité Québec de l'association Médicaments
novateurs au Canada. Je suis
accompagné de collègues : Frédéric Alberro, ici, à ma droite, directeur,
Québec, de Médicaments novateurs; à ma gauche,
Yves Lacoursière, directeur Affaires externes chez Sanofi Canada et
vice-président du comité Québec, Médicaments novateurs, et, en dernier, non le moindre, mon collègue Donald Allard,
directeur Politiques publiques, Affaires du Québec pour BMS,
Bristol-Myers Squibb.
Tout d'abord,
au nom de mes collègues, je veux sincèrement vous remercier pour nous avoir
invités à participer à cette consultation, ici.
Les membres
de notre association, Médicaments novateurs Canada, sont en fait au coeur de
l'écosystème québécois des sciences de la vie. En fait, on représente
tout près de 56 000 emplois secteur sciences de la vie au Québec.
Notre association représente l'industrie pharmaceutique qui recherche et
développe les médicaments de l'avenir.
D'emblée, nous croyons important de souligner
que nous supportons l'objectif du ministre de la Santé et des Services sociaux, soit d'assurer la pérennité du
régime d'assurance médicaments du Québec. Selon nous, plus on aura un
système durable, plus les Québécois pourront avoir un meilleur accès aux
médicaments. On considère qu'il est tout à fait
légitime que le gouvernement du Québec étudie la faisabilité du système d'appel
d'offres pour l'acquisition de certains médicaments. Toutefois, il existe des risques qu'il faut mitiger. Nous
avons donc des propositions concrètes à cet égard à vous faire, et ça,
dans le but de bonifier le projet de loi.
Mais, avant
d'expliquer plus en détail nos propositions en termes de bonification, je veux
maintenant céder la parole à mon
collègue M. Alberro, qui va vous parler un peu plus de la perspective du
contexte entourant l'étude du projet de loi.
M. Alberro
(Frédéric) : M. le Président, de s'attarder sur des mécanismes pour
rendre le budget du médicament plus
durable est tout à fait souhaitable, tout comme de revoir l'organisation du
réseau de la santé qui fait face à de nombreux défis, que ce soit le
vieillissement de la population ou des impératifs budgétaires, et nul doute que
le gouvernement s'y attarde actuellement.
Maintenant,
en ce qui a trait au système d'assurance médicaments du Québec, plusieurs
importantes décisions ont été prises au cours des récentes années. En
fait, on constate que le budget du régime d'assurance médicaments est maintenant stabilisé depuis quelques années avec
une croissance presque nulle. Et, si on regarde seulement les
médicaments novateurs, on constate qu'au
cours des trois dernières années les montants remboursés par la RAMQ ont
diminué de 12 %. En fait, la proportion des dépenses liées aux
médicaments novateurs, dans les dépenses totales de la santé, a diminué pour
résultats, et certaines d'entre elles sont énumérées dans l'analyse d'impact
réglementaire, rapidement : l'abolition de la règle des 15 ans, le
gel des prix des médicaments novateurs,
l'imposition d'un prix maximal payable pour certains médicaments novateurs, le
resserrement de la règle «ne pas substituer»
et la diminution, depuis les années 2000, du pourcentage de nouveaux
médicaments novateurs remboursés par le Québec.
Devant ces
nombreuses mesures gouvernementales, notre association a maintenu un dialogue
constructif avec le gouvernement,
d'une part pour trouver d'autres solutions qui permettraient au gouvernement de
rencontrer ses impératifs budgétaires, tout en s'assurant que les
Québécois puissent obtenir les meilleurs traitements disponibles, et aussi pour
soutenir le développement économique du
Québec. Nous avons supporté le gouvernement au printemps dernier pour la
mise en place d'un processus de négociation d'entente d'inscription des
médicaments, qui est maintenant disponible et qui apportera des économies additionnelles au gouvernement. Et l'adhésion
récente du gouvernement du Québec à l'Alliance pancanadienne
pharmaceutique lui permettra de profiter d'une plateforme plus large pour les
négociations d'entente d'inscription et de profiter de d'autres économies. On
ne peut pas dire que le statu quo a été l'approche préconisée.
Le modèle québécois en matière d'assurance
médicaments est salué par plusieurs intervenants ici, dans les autres provinces
et ailleurs dans le monde, notamment pour son caractère universel, un système
universel mixte, et notamment aussi pour
l'expertise de l'Institut national d'excellence en santé et en services
sociaux. Maintenant, cela ne soustrait
aucunement le Québec à continuer à parfaire son modèle, et notre mémoire
propose certaines recommandations en ce sens.
Maintenant,
en ce qui a trait au projet de loi, tel que M. Lirette l'a mentionné, nous
avons des propositions concrètes pour le bonifier, que mon collègue M.
Lacoursière vous exposera.
Lacoursière (Yves) : Alors, M. le Président, notre première
bonification concerne une précision quant à la portée des appels d'offres entre médicaments, et la deuxième traitera du
transfert du médicament novateur à la liste d'exception.
Le ministre
de la Santé a mentionné dans son communiqué de presse du 24 novembre
dernier qu'il appliquerait les appels
d'offres pour déterminer quelle version d'un même médicament serait remboursée.
Donc, selon notre compréhension, il
ne vise pas des appels d'offres entre produits novateurs d'une même classe.
Cela est également précisé dans l'analyse d'impact réglementaire du gouvernement, et le ministre de la Santé a
réitéré cette vision et intention lors des consultations du projet de
loi, notamment cette semaine.
Nous trouvons cela rassurant pour les patients,
pour les professionnels de la santé et, sans aucun doute, pour notre secteur. Mais, par souci de précaution, nous
invitons le ministre et les parlementaires à apporter cette précision
dans le projet de loi indiquant que les
médicaments novateurs et les produits biologiques ultérieurs en sont exclus et
que seuls les produits génériques sont visés par ce projet. Un
amendement en ce sens est proposé dans notre mémoire. Sans cet amendement, on laisse planer un risque que des
appels d'offres inappropriés puissent être effectués par divers gouvernements
dans le futur.
Pour
le bénéfice de l'ensemble des parlementaires et de l'auditoire, j'aimerais
rappeler que de procéder à des appels d'offres entre des médicaments
novateurs d'une même classe peut engendrer des impacts sur le plan clinique. La
substitution des médicaments novateurs versus un autre
médicament novateur ne devrait en aucun cas être dictée, selon nous, par des mesures administratives,
réglementaires ou législatives. C'est pourquoi nous invitons à prévoir
un amendement en ce sens, qui servirait de rempart contre toute dérive future.
Notre
deuxième proposition porte sur le transfert du médicament novateur à la liste
d'exception prévue dans le projet de loi. Nous considérons que cette
disposition n'est pas nécessaire pour les raisons suivantes :
premièrement, il n'est pas nécessaire considérant
la règle du prix le plus bas existant au Québec, et ce, depuis fort longtemps.
En vertu des règles actuelles, si le patient n'accepte pas de payer la
différence entre le prix du médicament novateur et le prix du médicament générique, le pharmacien a
l'opportunité de lui distribuer la version générique correspondante en
informant adéquatement le patient.
Deuxièmement, nous croyons que cela pourrait engendrer une lourdeur
administrative additionnelle pour le
médecin, qui devra remplir un formulaire lui demandant du temps supplémentaire,
et pour la RAMQ, qui devra traiter un
volume potentiellement plus important de demandes de médicaments d'exception.
Et, troisièmement, cela pourrait
avoir comme effet de compliquer l'approvisionnement du médicament novateur en
cas de rupture de stock du médicament générique, compte tenu qu'on s'en
va vers le médicament d'exception. En bout de ligne, ce sont les patients qui
risquent d'être pénalisés.
Maintenant,
concernant les appels d'offres effectués entre médicaments génériques, le
ministère, dans son analyse, a identifié
certains risques, dont les possibilités de rupture d'approvisionnement, un
processus qui pourrait ne pas nécessairement donner des résultats
intéressants, et la réduction de la concurrence, amenant une pression à la hausse sur les prix. Nous invitons
les parlementaires à identifier des dispositions permettant de mitiger
ces risques, surtout à les enchâsser dans le projet de loi.
Maintenant, je passe
la parole à M. Lirette pour le mot de la fin.
M. Lirette
(Paul) : En somme, M. le Président, notre association supporte les
initiatives qui permettront de dégager des économies dans le budget du
médicament et n'ayant pas d'impact négatif sur les patients. Ces marges de manoeuvre vont permettre de rendre les innovations
disponibles plus rapidement aux patients. Pour l'approche des appels d'offres entre génériques, on doit s'assurer de
prévoir des mesures pour protéger un approvisionnement stable et
sécuritaire.
Finalement,
nous avons une initiative ambitieuse à vous soumettre, une mesure qui vise à
permettre aux patients d'avoir accès
plus rapide aux médicaments novateurs, d'y avoir accès dès que Santé Canada
émet des avis de conformité. On doit faire en sorte que la
recommandation de l'INESSS de rembourser ou non un médicament soit rendue dès l'obtention d'un avis de conformité de Santé
Canada. Cela aura pour effet de donner aux patients québécois un accès
plus rapide aux médicaments novateurs, d'améliorer les résultats
cliniques, de permettre au Québec de se différencier du reste du Canada et
d'attirer des investissements en recherche clinique. Merci de votre attention.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, pour une période de
20 min 30 s, je cède la parole au ministre de la Santé et des
Services sociaux.
M. Barrette :
20 minutes?
Le Président (M.
Tanguay) : 30 secondes.
M. Barrette :
30 secondes.
Le Président (M.
Tanguay) : 20 min 30 s.
M. Barrette :
20 min 30 s pour...
Le Président (M.
Tanguay) : Oui.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, M. Lirette, M. Lacoursière, M. Alberro,
M. Allard, bienvenue à cette commission parlementaire, à ces audiences...
ces consultations publiques. Je dois vous avouer que j'ai été surpris de vous
voir vous présenter, parce que, comme vous l'avez bien mentionné, le projet de
loi vise d'abord et avant tout les génériques,
là. Bien, je dois conclure que, dans votre lecture, vous n'êtes pas contre le
principe des appels d'offres.
M. Lacoursière
(Yves) : Bien, écoutez, M. le ministre, lorsqu'on...
M. Barrette :
À certaines conditions, j'entends, là, évidemment, là.
Lacoursière (Yves) : Oui. Lorsqu'on adresse les appels d'offres pour
une classe de médicaments qui est du même dénominateur commun, même
teneur, je pense qu'à ce moment-là, si on parle du générique, on ne parle pas
de molécules différentes, innovatrices, qui sont
uniques. Est-ce qu'il y a une marge de manoeuvre à être faite de ce
côté-là? C'est effectivement un endroit où il y a beaucoup moins de risque.
Alors, pour nous, on pense que, s'il y a des appels d'offres à se faire, vous devriez effectivement viser beaucoup plus le
générique, à cause de cette particularité que ce sont des médicaments
qui sont identiques, en autant que les mesures sont prises pour mitiger les
risques qu'on a mentionnés puis que
l'analyse réglementaire du ministère le mentionnait. Il faut s'assurer qu'en
bout de ligne on mitige les risques potentiels avec les fournisseurs, avec l'ensemble
de la chaîne d'approvisionnement pour s'assurer qu'en bout de ligne
celui ou celle qui va recevoir le médicament
n'ait pas de mauvaise surprise, donc pour que le patient ait accès à ses
médicaments.
Alors, je
pense que, pour nous, notre vision, c'est un peu ça. Si vous me parlez pour le
médicament novateur, ce sont des molécules différentes, et nous croyons
que les appels d'offres ne s'appliquent pas au médicament novateur.
Barrette : Ce matin, il y a eu un intervenant, puis il y en a eu
quelques autres, mais il y en a eu au moins un ce matin qui a fait un certain nombre de
commentaires, mais j'aimerais ça vous entendre là-dessus. Un premier commentaire
qui a été fait, qui m'a un peu surpris... je
le savais, là, je connaissais la teneur de la chose, mais, de la manière que ça
a été affirmé, là, c'était tellement
catégorique que ça, c'est ce côté-là, un peu, qui m'a surpris. Cette
personne-là a affirmé d'une façon catégorique qu'ailleurs, dans les
autres pays, puis là je comprends qu'on est en dehors du projet de loi
n° 81 en soi, là, parce qu'on parle
surtout de générique, mais on a... Cet expert-là a affirmé avec énergie
qu'ailleurs, chez vous, les fabricants, les novateurs, la négociation
donnait de bien meilleurs résultats qu'au Québec, qu'au Canada en général, donc qu'au Québec inclusivement. Donc, même là, on
payait, là aussi, trop cher par rapport à d'autres pays. Est-ce que vous
avez une lecture qui concorde avec ça?
M. Alberro
(Frédéric) : Oui. Je pense
que vous faites référence, probablement, à la présentation de Pr Gagnon.
M. Barrette : Oui, en effet.
M. Alberro
(Frédéric) : Il est fort
intéressant, d'ailleurs. Il y a des éléments qu'on aime