Institutions — 10 May 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CI 2022-05-10
Quebec — Committees
(Neuf heures cinquante-sept minutes)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte.
La commission
est réunie afin d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 2,
Loi portant sur la réforme du droit
de la famille en matière de filiation et modifiant le Code civil en matière de
droits de la personnalité et d'état civil.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Martel (Nicolet-Bécancour) est remplacé par Mme Blais
(Abitibi-Ouest); M. Thouin (Rousseau) est remplacé par Mme Dorismond
(Marie-Victorin); M. Rousselle (Vimont) est remplacé par Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis);
et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques).
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Pour votre information,
je dépose les mémoires reçus depuis la fin des consultations particulières.
Nous en sommes donc rendus aux remarques
préliminaires. Donc, M. le ministre, je vous cède la parole pour un temps
maximum de 20 minutes. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors,
M. le Président, chers collègues, bonjour. Nous entamons aujourd'hui l'étape
importante de l'étude détaillée du projet de loi n° 2
qui pose le premier jalon d'une réforme en droit de la famille.
L'hiver dernier, lors des consultations
particulières sur le projet de loi n° 2, tout près de 30 groupes ont
été entendus par la commission. Un constat principal en est ressorti : le
projet de loi n° 2 aborde des sujets délicats,
parfois émotifs, qui ont été évités durant des années, mais dont il est
primordial de parler. La réforme du droit de la famille a été tablettée durant
des années, laissant de nombreux enfants dans des situations défavorables par
rapport à d'autres. En effet, encore aujourd'hui, les enfants qui naissent, par
exemple, de la procréation assistée ou d'une gestation pour autrui n'ont pas
les mêmes garanties que les autres enfants, et on ne peut pas accepter cela.
La dernière réforme majeure du droit de la
famille date d'il y a près de 40 ans, faite par Marc-André Bédard. Certains d'entre eux, ici... nous n'étions même
pas présents. C'est vous dire à quel point, parfois, le droit est à la
remorque dans ce dossier. Il est plus que temps de l'actualiser. Les
Québécoises et les Québécois en ont assez d'être patients, on ne peut pas leur
demander d'attendre encore.
Il y a une phrase que vous avez sans doute
entendue souvent dans les derniers mois, que ce soit par mon collègue le
ministre délégué à la Santé, ou mon collègue à la Famille, ou par moi, et c'est
la suivante : Les enfants d'abord.
Donc, on vise à mettre en... au centre des différentes réformes les enfants, et
c'est l'essence même de la réforme proposée, et c'est la phrase que je
demande à tous mes collègues d'avoir en tête durant nos travaux.
Tout au long de l'élaboration de ce projet de
loi, nous avons tenu compte, d'abord et avant tout, du plus grand intérêt de
l'enfant. Le projet de loi aborde, comme nous le disions, plusieurs sujets
délicats qui ont été longtemps mis sur la voie de contournement, que l'on parle
de l'adoption et de la connaissance des origines, la procréation assistée et la
gestation pour autrui, la violence familiale ainsi que les réalités des
familles LGBTQ.
Prenons, par exemple, la violence familiale.
Pour plusieurs, c'est inconcevable que la violence familiale ne soit pas déjà considérée
dans toutes les décisions qui concernent l'enfant, et pourtant, beaucoup
pensent d'ailleurs que c'était déjà le cas. Eh bien, non, c'est une lacune
importante que nous venons corriger avec le projet de loi n° 2,
le fait d'insérer la notion de violence familiale dans la question de l'intérêt
de l'enfant.
Même chose pour la gestation pour autrui. On
peut penser que, puisqu'il s'agit d'une réalité au Québec et que des enfants
naissent déjà de la gestation pour autrui, ils sont protégés légalement contre
tout enfant. Pas du tout, et c'est pour cette raison que nous proposons un
cadre clair, prévisible et sécuritaire, tant pour l'enfant que pour la femme
qui met l'enfant au monde.
Le projet de loi n° 2
propose également de consacrer la connaissance des origines comme droit
fondamental dans la Charte des droits et libertés de la personne. Nous envoyons
un message clair à l'effet que chaque enfant qui le souhaite,
qu'il soit adopté ou issu d'un don de gamètes, devrait avoir accès à ses
origines. Il s'agit d'un besoin fondamental existentiel pour de nombreux
enfants. On vient enfin également corriger cela aussi. Je tiens d'ailleurs à souligner, dans la présence du public, Mme Diane
Poitras, également, qui était présente dans le cadre du projet de loi n° 113 également, et qui est une personne qui a à coeur
l'intérêt des personnes qui ont été confiées à l'adoption.
Enfin, il était également nécessaire
d'actualiser le corpus législatif québécois pour que les personnes issues des
communautés LGBTQ puissent s'y reconnaître. Le projet de loi propose donc la
modification d'une trentaine de lois afin d'assurer l'égalité des parents de
minorités sexuelles et de genre. Par ailleurs, grâce au projet de loi, la
réalité des personnes non binaires sera désormais reconnue dans le Code civil.
Nous tenons également à rassurer les membres de la communauté LGBTQ, nous
avons... nous vous avons entendus et nous arrivons aujourd'hui avec des
solutions concrètes aux préoccupations que vous avez soulevées.
Parmi les changements proposés, l'obligation de
chirurgie pour procéder à une modification de la mention de sexe sera
complètement retirée du projet de loi. Nous conserverons par ailleurs une seule
mention sur les documents de l'état civil afin d'éviter des situations de
dévoilement non désiré.
Donc, nous aurons l'occasion de discuter de ces
différentes propositions et d'autres mesures plus en détail au cours des
prochains jours. J'invite les collègues des oppositions à la collaboration pour
le bénéfice des familles québécoises. Ça fait plusieurs décennies qu'elles
attendent ces changements législatifs. Alors, ne perdons pas de vue que ce
projet de loi vise à améliorer la vie de milliers de personnes au Québec, qu'on
pense aux personnes confiées à l'adoption, des gens qui sont issus de la
gestation pour autrui, des mères porteuses, également, que... c'est important
de protéger les femmes qui choisissent de porter un enfant pour autrui... et
également les modifications relativement aux personnes LGBTQ pour mettre en
oeuvre le jugement de la Cour supérieure.
Alors, merci à tous pour votre attention, et je
crois que nous allons faire oeuvre utile avec ce projet de loi là. Et je vais
être dans un souci et une ouverture d'esprit et de collaboration pour entendre
mes collègues, et je remercie l'ensemble des collègues de la
partie
gouvernementale qui sont présents avec nous. Également, souligner le travail de
l'ensemble des membres du ministère de la Justice qui nous accompagnent ici, en
cette commission, et qui ont travaillé extrêmement fort depuis plusieurs années
sur la réforme du droit de la famille. Je crois que c'est une réforme qui est
non partisane et qui est à l'avantage de tous les Québécois. Merci, M. le
Président.
Président (M. Bachand) :
Merci, M. le ministre. Je me
tourne maintenant vers l'opposition officielle. M. le député de La
Pinière, s'il vous plaît.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Alors, très brièvement, j'endosse la majorité des propos du
ministre. Évidemment, il est dommage que la gestion du temps parlementaire
fasse en sorte qu'on ait si peu de temps pour étudier le projet de loi. C'est
dommage, mais c'est la réalité à laquelle on fait face. Alors, le ministre a
raison, le projet de loi s'adresse à un certain nombre d'enjeux, qu'on va
qualifier de sociétaux, multiples, variés et qui demandent à ce qu'on leur
porte toute notre attention.
Alors, je vais arrêter ici, M. le Président,
parce que, comme je viens de le dire, pour des raisons que je viens d'expliquer,
on n'a pas beaucoup de temps, alors je ne perdrai pas notre temps parlementaire
en remarques trop étendues. La collaboration est toujours là, M. le Président,
toujours là, et elle sera là, elle sera encore au rendez-vous pour ce projet de
loi ci, avec les contraintes qui nous sont imposées.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Joliette, s'il vous plaît.
Mme Hivon : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, je suis heureuse d'entamer cette étude détaillée sur un projet de loi qui est extrêmement important, pas
banal du tout, parmi, selon moi, les plus importants de cette législature-ci,
parce que notre Code civil, on n'y touche pas à tous les jours et on n'y touche
pas avec une telle ampleur de réforme à tous les jours, encore moins.
Ça fait des années que le rapport Roy — que
je salue, pas le rapport, mais la personne, qui est avec nous — a été
déposé, à la suite d'une demande, donc, d'un mandat qui avait été confié par
Bertrand St-Arnaud, qui était alors ministre de la Justice du Parti québécois.
Donc, ça fait des années, bien sûr, qu'on attend de travailler sur cette
réforme. On y est. Évidemment que ma collaboration, elle est acquise pour qu'on
fasse le meilleur travail possible et qu'on aboutisse aux meilleurs changements
possibles pour refléter les réalités sociales et juridiques d'aujourd'hui.
Ceci dit, je veux dire, c'est tellement vaste
que c'est même difficile de faire des remarques de fond. Donc, le ministre a esquissé certains des grands sujets qui
sont abordés, bien entendu, les droits et la reconnaissance dans la loi
de la réalité des personnes LGBTQ+. Ensuite, bien sûr, toutes les questions
d'intérêt de l'enfant, de violence conjugale, ça
va être très important de regarder ça attentivement, d'accès aux origines — ça
ne fait que quelques années qu'on a réformé la loi en matière
d'adoption, et puis on a fait un bon travail, on s'y repenche à nouveau, parce
qu'il y a des enjeux importants qui sont là — les droits des
grands-parents, ensuite de ça, évidemment, tout ce qui est de la filiation, de
différentes manières, les droits des parents, des conjoints et, bien sûr, la
procréation assistée et la gestation pour autrui.
Je veux juste dire
que je trouve qu'on... Ma collaboration, elle est acquise, mais ça ne veut pas
dire que je trouve qu'on fonctionne de la bonne manière pour cet important
projet de loi là. De commencer ça à la mi-mai, quand ça
fait trois ans et demi que la législature est débutée, quand c'était un
engagement, je trouve ça regrettable, je le dis. On peut dire : mieux vaut
tard que jamais, je ne trouve pas que les conditions optimales sont réunies
pour faire le meilleur des travail, avec, je dirais, la paix d'esprit, la
sérénité pour pouvoir aller au fond des choses et faire cette réforme-là de la
meilleure manière possible.
Déjà, je dois vous
dire que j'avais un grand inconfort avec le peu de journées de consultations
qu'on a eues. Juste pour le projet de
loi sur l'adoption, on avait eu autant de
consultations que là, pour une réforme globale du droit de la famille. Sur la
procréation assistée et la gestation pour autrui, je pense que ça aurait
mérité, en soi, plusieurs journées supplémentaires. Ce sont des débats de
société qui sont énormes, qui ont des ramifications incroyables. Je pense qu'on
le voit aussi avec l'actualité, avec ce qui se passe en Ukraine. Je ne suis pas
en train de dire qu'on va faire de la gestation pour autrui comme on le fait en
Ukraine, mais je pense que ça nous montre que ce n'est pas quelque chose de banal,
comme plusieurs des enjeux qui sont dans ce projet de loi là.
Alors, il y a des
choix qui ont été faits. On a précipité les consultations, à l'automne dernier,
en donnant très peu de temps aux groupes pour se préparer, po