Transportation and the Environment — 18 February 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CTE 2014-02-18
Quebec — Committees
Nous en
sommes là, le mandat vient d'être confié au BAPE. Le BAPE va commencer ses
travaux le 31 mars. Et, en parallèle
de ça, par souci de cohérence, le gouvernement a décidé d'établir un moratoire
sur les activités d'exploration et
d'exploitation de gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent,
essentiellement sur le shale dit d'Utica. C'est là où nous en sommes aujourd'hui. Nos discussions,
normalement, vont porter de façon rigoureuse — qui pourrait être jugée étroite — sur
le moratoire. Dans les faits, bien sûr, on s'attend un peu à ce que ça déborde,
et je vous dirai que cette, peut-être, saine
contamination de l'ensemble d'autres débats dans celui-ci peut faire l'objet de
nos discussions si c'est fait de façon raisonnable.
La seule
chose que je nous demande à tous, compte tenu de la façon dont ça s'est fait
initialement dans la vallée du Saint-Laurent,
compte tenu de certains enjeux d'actualité dont les médias font état avec des
colonnes de chiffres de plusieurs
couleurs, compte tenu de l'enjeu d'Anticosti, qui est apparu dans l'actualité
récemment, et compte tenu de la façon
dont le débat s'est fait sur le principe de ce projet de loi... Il y a un
potentiel que ce soit très animé et effervescent, il y a potentiel de
débordement. Je nous invite à aborder tous les sujets qu'on voudra aborder en
donnant, bien sûr, la priorité à celui pour
lequel nous sommes ici. Je nous invite à les aborder, mais à les aborder
toujours en nous référant à la connaissance,
à la science, à la volonté d'alimenter une réflexion publique avec, peut-être,
un peu moins de rhétorique, un peu
plus de faits, un peu plus de rationalité. Parce que, même si je comprends
parfaitement bien — et j'en
suis, et j'en fais
partie — que des gens aient pu réagir de façon très
intense au débat initial, maintenant, quand le moment viendra de le trancher, il faudra qu'on soit le plus rationnel
possible dans le meilleur intérêt de la population du Québec. Alors, je nous
souhaite de fructueux échanges. Merci, M. le Président.
Président (M. Lessard) : Merci, M. le ministre. Donc, je vais donc
céder la parole au porte-parole officiel de l'opposition, et député de Laurier-Dorion, et porte-parole en matière
de développement durable et de l'environnement. Vous disposez d'un délai
maximal de six minutes.
Sklavounos :
Merci, M. le Président. Je vous salue ainsi que la secrétaire de la commission.
M. le ministre, mes salutations à
vous, à toute votre équipe qui vous accompagne, les collègues ministériels, les
collègues de l'opposition officielle
et les gens... évidemment, en remerciant rapidement aussi les gens qui sont
devant nous en ce moment et qui seront devant nous plus tard aujourd'hui
et pour le reste de cette semaine.
Nous sommes
ici, évidemment, dans des auditions publiques pour le projet de loi n° 37,
qui est la Loi interdisant certaines
activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste.
Ce qu'il faut rappeler rapidement, c'est
que ce projet de loi a été déposé au mois de mai 2013. Deux jours plus tard,
l'opposition officielle, nous avons dressé notre liste de groupes que nous voulions entendre dans cette
commission-là. Du moment qu'on a dressé notre liste et soumis au gouvernement, on n'a pas entendu parler de ce
projet de loi durant une période de six mois. Ce projet de loi est réapparu
sur le radar six mois plus tard, et le
gouvernement, le leader du gouvernement — je me souviens de cet échange qu'il y a eu
en Chambre — a demandé aux oppositions d'adopter le
principe sans que le gouvernement ne s'engage à avoir des consultations.
Alors, juste
pour reprendre rapidement ce que le ministre a dit au niveau de la conjoncture,
je ne me souviens pas de quels termes
il a utilisés, si nous sommes ici aujourd'hui pour ces consultations, c'est
parce que l'opposition a exigé des
consultations, c'est parce qu'à quelques reprises l'opposition a même ajourné
le débat qui visait à prendre un vote pour
adopter le principe sans que le gouvernement ne s'engage à faire des
consultations. Et vous allez vous souvenir, tous les gens autour de la table vont se souvenir que même le député de
Mercier, le député de Québec solidaire, le député de Mercier, s'était abstenu de voter avec le
gouvernement à ce moment-là, appuyant l'opposition, qui exigeait des
consultations de ces groupes-là. Et
je me souviens de l'incident, qui a été, si vous voulez, un petit peu bizarre,
surréel, où le député de Mercier se
faisait accuser d'être pour l'exploitation et l'exploration des gaz de schiste
parce qu'il avait exigé, lui aussi, avec
les autres oppositions, qu'on ait des consultations. Et donc nous sommes très
heureux que vous êtes devant nous, et
nous sommes très heureux que nous allons donner l'occasion à d'autres groupes
de se prononcer, et c'est dû à cette bataille-là, qui a été menée par
l'opposition, de faire les choses dans un ordre qui est correct.
Je dois vous
dire qu'évidemment, si quelqu'un écoutait les nouvelles jeudi soir, on se
demandait ce qui allait se passer ici
aujourd'hui parce qu'en écoutant les nouvelles jeudi soir je pense, tout le
Québec, les gens partout, les observateurs se sont dit : On est devant une drôle de contradiction, si vous
voulez, où on a un feu vert pour le pétrole de schiste, alors qu'on a un feu rouge pour le gaz de schiste. Les
gens ont des questions, et, évidemment, ce sont des questions légitimes.
Est-ce que la priorité, c'est l'environnement ici? C'est quoi, la priorité?
Parce que
vous vous souvenez que, lorsque ce projet de loi a été déposé, on a regardé
rapidement, il y avait des trous, il était, si vous voulez, à géographie
variable. Ça ne couvrait pas la Gaspésie, ça ne couvrait pas l'Anticosti, et il y avait d'autres éléments qui étaient aussi
fatigants, dont l'élément qui parle de l'annulation ou la suspension des permis
sans indemnité, indemnisation, ce qui est
quand même bizarre, hein? En Russie, sous Vladimir Poutine, ça ne serait pas
nécessairement bizarre, dans un régime
totalitaire, d'annuler un permis et ne pas compenser. Mais, dans notre
tradition à nous, en Amérique du
Nord, en Europe, en général, lorsqu'on est pour annuler un permis et lorsqu'on
n'est pas pour respecter une décision
prise par le gouvernement précédent, il faut quand même qu'on envisage à
quelque
part la possibilité d'un
dédommagement, là, parce qu'il y a des investissements là-dedans. Et ça envoie
un message très, très néfaste. Imaginez, ça envoie les messages du genre nationalisation, et saisies, et d'autres
choses qui se sont passées dans d'autres juridictions qui ne sont pas
notre juridiction à nous.
Il y a aussi
la question de l'étude environnementale stratégique, que nous avons eue hier, à
5 h 40… 17 h 40, après les heures de bureau, qui a été déposée avec un communiqué du ministre.
C'est bizarre aussi, il faudrait noter qu'initialement, lorsque l'ancien ministre de l'Environnement,
député de Mont-Royal, avait demandé cette étude environnementale stratégique,
il avait précisé qu'il voulait regarder et
le pétrole de schiste et le gaz de schiste. Mais, en faisant comme une espèce
de rappel à ce comité le 14 février
2013, le ministre actuel a précisé qu'il voulait absolument laisser de côté le
pétrole de schiste. Il fallait,
premièrement, ne pas avoir de recommandations et, deuxièmement, il ne fallait
pas parler de pétrole de schiste. Alors, on avait déjà dit qu'on n'allait pas parler de pétrole
de schiste, on avait laissé le territoire d'Anticosti exclu du projet de
loi, il y a des questions.
Et nous
l'avons reçu à la dernière minute hier, alors qu'on sait que le rapport est
daté de janvier 2014. On a des questions
pour le ministre. J'aimerais que le ministre profite de sa prochaine
intervention pour nous dire depuis quand qu'il l'a et pourquoi ça n'a pas été divulgué un peu plus tôt. Si on est
pour faire des consultations, il faut les faire avec tous les renseignements.
Vous savez, au niveau du la transparence, il y a
des questions qui ont surgi, que ça soit au niveau de la rivière Chaudière, les BPC de Reliance, le rapport
Alberta-Québec. Et je vous mentionne également que nous attendons aussi le plan d'action de ce gouvernement en matière de
gaz à effet de serre, qui jouent là-dedans, et que nous n'avons pas vu encore. Alors, il y a plein de questions, et je
suis sûr que certaines de ces pistes-là seront des pistes prises par les
groupes qui parleront devant nous.
Alors, avec grand enthousiasme et plaisir que j'attends des échanges très
fructueux. Merci, M. le Président.
Président (M. Lessard) : Alors, merci beaucoup. Le temps alloué, donc,
pour les remarques préliminaires étant
terminé, nous allons procéder maintenant à l'audition. Je veux rappeler les
règles concernant l'audition. Donc, le groupe
devant nous et tous les groupes qui se présenteront auront 10 minutes pour leur
présentation. Les échanges avec les
groupes parlementaires seront de 35 minutes, soit 16 minutes pour le
gouvernement, 15 min 22 s pour l'opposition officielle et 3 min 48 s
pour le deuxième groupe d'opposition.
Alors, sans plus tarder, nous allons donc
débuter les auditions avec Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent. Donc, je vous souhaite la
bienvenue. Je vous inviterais à vous présenter et à nous faire votre exposé.
Alors donc, si vous voulez vous
présenter pour les enregistrements officiels, et puis on va procéder par la
suite aux échanges. Alors, la parole est à vous. Merci.
M. Masson
(Robert) : Merci, M. le
Président. M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires, j'aimerais, dans
un premier temps, remercier la commission pour l'invitation transmise à
l'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent ainsi que pour
l'occasion qui nous est offerte de présenter sa position sur le projet de loi à
l'étude.
Je me
présente, Robert Masson. Je suis le directeur des affaires gouvernementales et
des communications. Et je suis accompagné ce matin par mon collègue, M.
Philippe Chenard, gestionnaire de programme et des politiques.
Avant de
commencer nos remarques à proprement parler, j'aimerais, tout simplement,
porter à votre attention, et ce, sans surprise, je pense, que tant notre
mémoire que nos commentaires ont été préparés avant le dépôt de l'étude
environnementale stratégique et ne porteront que sur le projet de loi
n° 37, le projet de loi qui est à l'étude, mais que, malgré cela, plusieurs des commentaires que nous
ferons et puis plusieurs principes que nous soulèverons demeurent d'actualité.
Alors,
l'alliance est une coalition binationale de plus de 110 villes, cités et autres
organismes municipaux représentant
plus de 17 millions de citoyens. L'alliance travaille activement auprès
des gouvernements fédéraux, d'États, provinciaux,
tribaux et des Premières Nations, et autres organismes d'intérêts, pour
favoriser la protection, la restauration et la promotion des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. En date
d'aujourd'hui, l'alliance compte au Québec 22 municipalités membres représentant plus de 3 millions de
citoyens qui vivent à proximité des rives du Saint-Laurent.
En raison des
impacts potentiels tant sur la santé et la sécurité des citoyens que sur les
ressources en eau, l'alliance est,
depuis 2010, impliquée dans la question des gaz de schiste. Ces dernières
années, l'alliance a, en effet, déposé des mémoires lors de deux processus de consultation, soit au Québec, lors
des audiences du BAPE en 2010, et au Department of Environmental Conservation de l'État de New York en 2012. La
prochaine phrase qui suit résume en quelques mots la position de l'alliance, et puis, vous verrez,
elle demeure d'actualité, qu'on se situe en aval ou en amont du dépôt de
l'étude environnementale stratégique. Alors,
en résumé, l'alliance appelle à la gestion prudente, efficace et responsable
de l'industrie du gaz de schiste pour
protéger l'intégrité de l'environnement naturel, le bien-être des citoyens
ainsi que le rôle et les pouvoirs des municipalités.
Bien que les
activités liées au gaz de schiste aient connu une hausse importante ces
dernières années dans plusieurs régions
des Grands Lacs et du Saint-Laurent favorisant des investissements, la création
d'emplois et des revenus additionnels en
redevances et impôts, des incertitudes persistent. L'exploration, l'extraction
et le traitement des gaz de schiste poseraient, en effet, des risques environnementaux pour l'eau, l'air et le sol, sans
oublier les impacts possibles sur les municipalités, tant sur leurs
responsabilités à
titre de premiers répondants que sur le plan financier.
L'alliance se
soucie particulièrement des impacts liés aux niveaux d'eaux et à leur qualité,
de la divulgation des additifs
employés et des émissions des gaz à effet de serre. De plus, tel qu'indiqué
dans une résolution adoptée par ses membres en juin 2012 lors de son
assemblée annuelle, l'alliance demande une transparence accrue et une meilleure
communication entre les gouvernements, les
sociétés d'exploitation et les citoyens dans toutes les phases du processus
de développement.
En février
2011, suite au dépôt du rapport du BAPE sur le développement durable de
l'industrie des gaz de schiste, l'alliance
s'est déclarée satisfaite que ses recommandations fussent très proches de ses
propres propositions. La réalisation d'une
étude scientifique indépendante et rigoureuse ainsi qu'une meilleure prise en
compte des enjeux environnementaux, sociaux
et économiques étaient au coeur de nos préoccupations. Également, en accord
avec les commentaires de l'alliance, l'approche proposée par le BAPE privilégiait
l'acquisition de connaissances nécessaires à une prise de décision éclairée.
Cela se traduit par une participation accrue
des communautés locales, selon le respect des autorités et des citoyens, dans
le processus décisionnel lors de tout nouveau développement gazier.
Avec
votre permission, M. le Président, je céderai maintenant la parole à mon
collègue, M. Chenard, qui présentera les principaux motifs de la prise
de position de l'alliance sur le projet de loi à l'étude ainsi que nos
recommandations.
Le Président (M.
Lessard) : Alors, M. Chenard, la parole est à vous.
M. Chenard (Philippe) : Merci. Merci, M. le Président. Donc, en ce qui a trait au projet de loi
présentement à l'étude, la position
de l'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent repose
principalement sur les éléments suivants, à savoir :
incertitudes persistantes en ce qui a trait aux risques environnementaux liés à
l'eau, à l'air et au sol dans le contexte de l'exploration, de
l'exploitation et du traitement des gaz de schiste;
études toujours en cours au sujet de l'impact environnemental, social et
économique des activités d'exploration, d'extraction et de traitement des gaz de schiste, notamment celles du
Comité de l'évaluation environnementale stratégique en cours au
Québec — du
moins, jusqu'à hier soir — du
Department of Health de l'État de New York sur les effets potentiels sur la
sécurité publique et de l'Environmental Protection Agency ou U.S. EPA sur les
ressources en eau;
Le devoir et les
obligations des municipalités de protéger la santé, la sécurité et le bien-être
de leurs citoyens, particulièrement en fournissant une eau potable saine;
potentiel d'impacts financiers sur les municipalités, advenant une fuite, une
explosion ou tout autre incident significatif
lié avec l'exploitation, l'exploration, l'extraction et le traitement des gaz
de schiste, ainsi que l'assurance d'un niveau de préparation adéquat et
d'équipement adapté et disponible pour les premiers répondants;
Les préoccupations
récurrentes en ce qui a trait aux impacts des liquides de fracturation
hydraulique sur les aquifères, à l'apport
des gaz de schiste sur les émissions de gaz à effet de serre et à l'utilisation
de composés chimiques non dévoilés dans de nombreuses juridictions;
Et, finalement, les
incertitudes quant à la capacité des usines de traitement municipales à traiter
efficacement et en toute sécurité les eaux usées découlant du processus de
fracturation.
Pour
ces raisons, l'alliance accorde son appui à l'esprit et aux objectifs du p.l.
n° 37 tel que présentement formulé. En suspendant l'exploration, l'exploitation et le traitement des gaz de
schiste durant une période prolongée, nous estimons, en effet, que le moratoire permettra à la fois une
progression du niveau de connaissance scientifique ainsi que la mise en place, par une collaboration entre gouvernements,
municipalités, industrie et autres acteurs pertinents, de normes
réglementaires, de garanties
financières et de processus d'intervention nécessaires pour assurer la sécurité
des citoyens dans l'éventualité d'une exploitation.
Bien qu'elle approuve l'adoption du p.l.
n° 37, l'alliance soumet respectueusement à la commission trois recommandations visant à renforcer son
application, favoriser la transition vers le prochain régime d'exploitation
des hydrocarbures et à mieux desservir, selon nous, ses objectifs.
Recommandation
n° 1. Le p.l. n° 37 bénéficierait, selon nous, d'une application plus
large. Le texte actuel ne désigne, en
effet, que le gaz de schiste, alors que le procédé par fragmentation
hydraulique est aussi utilisé pour l'extraction du pétrole. Nous suggérons donc d'inclure dans le
p.l. n° 37 l'ensemble des procédés d'extraction par fragmentation
hydraulique.
Recommandation
n° 2. Le territoire couvert par le p.l. n° 37 vise essentiellement la
vallée du Saint-Laurent. Nous recommandons à
la commission que son application, autant pour des motifs de simplicité que
d'équité, comprenne l'ensemble du
territoire québécois, ce qui inclurait d'autres régions présentement omises
comme la Gaspésie ou l'île d'Anticosti. Dans le cas de l'île d'Anticosti, force est d'admettre que cette
recommandation sera difficilement applicable, du moins pour les activités d'exploration, suite à la
récente annonce de partenariat annoncée la semaine dernière par le gouvernement
québécois.
me permets un petit aparté ici pour dire que, lorsqu'on parle des régions
omises, l'accent est particulièrement fait
sur les zones habitables. Nous avons eu, entre autres, des commentaires du
maire actuel de Gaspé, qui reprenait — M. Côté — aussi la position de son prédécesseur, M.
Roussy, comme quoi en Gaspésie il y avait 85 % du territoire qui n'était pas occupé ou habité, donc
qui ne posait, évidemment, pas les mêmes obligations en termes de gestion
de risques que les territoires habités.
Président (M. Lessard) : M. Chenard, je vous avise qu'il vous reste
une minute pour votre présentation. Ça pourrait donner le ton.
M. Chenard (Philippe) : Oui, j'ai presque fini, M. le Président. Recommandation n° 3.
L'application du p.l. n° 37 prendra
fin avec l'adoption d'une nouvelle
loi sur les hydrocarbures ou à l'expiration
du délai prescrit de cinq ans. Dans le but
de permettre à la fois l'acquisition d'un niveau de connaissance adéquat, la
mise en place de mesures et de normes assurant
la sécurité tant des citoyens que des ressources naturelles, et notamment
celles en eau, nous recommandons que le p.l. n° 37 soit appliqué
minimalement pour une période de cinq ans.
plus de ces recommandations, nous jugeons important de réitérer auprès de la
commission plusieurs éléments additionnels,
bien qu'ils dépassent le cadre du projet de loi présentement à l'étude. Ces
éléments pourraient être considérés lors
de l'adoption d'une nouvelle
loi sur les hydrocarbures afin d'assurer une
gestion intégrée, efficace et responsable de l'industrie des gaz de schiste. L'alliance souhaite la plus grande
cohérence possible entre toute nouvelle loi concernant les activités
d'exploration, d'extraction et de traitement…
Président (M. Lessard) : Je dois vous aviser que votre temps,
maintenant, est dépassé. Mais on va procéder aux échanges, donc vous aurez peut-être l'occasion de refaire votre
point de vue là-dessus. Alors donc, je tiens à rappeler… Mais je vais essayer de le faire en vous avisant
qu'il reste une minute pour, parfois, être capable de vous donner le temps
et ne pas vous couper à la dernière seconde.
Avant de passer, donc, la parole au groupe formant le gouvernement, donc,
je tiens à rappeler les règles. Le groupe
parlementaire, donc, formant le gouvernement aura 16 minutes, 15 min — par la suite — 12 s
pour le premier groupe d'opposition, et le deuxième groupe d'opposition aura 3
min 48 s.
Alors, M. le
ministre, vous disposez maintenant de 16 minutes pour, donc, faire votre
présentation ou questionner, donc, nos invités. La parole est à vous.
Blanchet : Merci,
M. le Président. Écoutez, d'abord merci beaucoup. Je vais me permettre, si vous
me le permettez, mais je vais prendre le
moins de temps possible de… Je n'ai pas le choix, là, il y a des éléments
d'informaiton qui n'en sont pas qui
ont été transmis. C'est à peu près ce que je voulais éviter. Il n'a jamais été
dit — et
j'aimerais voir les extraits de
quelque galée que ce soit — que le gouvernement ne voulait pas d'audiences sur le projet de
loi n° 37. Ça n'a jamais été dit
nulle part, c'est d'une inexactitude complète. Mais, puisqu'il fallait trouver
quelque chose pour s'accrocher, c'est
ce qui a été inventé. Alors, s'il existe une citation de qui que ce soit du
gouvernement qui dit : Nous ne voulons pas rencontrer les citoyens
sur le projet de loi n° 37, qu'on nous la sorte.
En revanche,
il y a quand même 41 organisations sur la liste de 70 et plus... de 70
organisations qui a été déposée par l'opposition officielle qui ne sont
pas venues en commission parlementaire, qui ne l'ont pas jugé nécessaire.
Petit élément de fait aussi, les permis sont
suspendus pendant le moratoire, ils ne sont pas annulés.
Enfin, je
pense qu'on devrait totalement s'abstenir d'utiliser des mots comme «totalitaire»
dans une démocratie, au Québec,
d'autant plus que ma compréhension est que le geste du gouvernement du Québec,
en imposant ce moratoire, qui, pour
l'instant, est à l'étude avec l'appui de toute l'Assemblée nationale, est
justement, enfin, d'avoir été à l'écoute de ce qu'était la volonté des
gens de la vallée du Saint-Laurent.
Information
technique, là, le rapport qui a été déposé, qui a été rendu public hier l'est à
l'initiative du Comité sur l'évaluation
environnementale stratégique. Je vous dirai toutefois qu'il aurait pu l'être
deux jours plus tôt. Mais, compte tenu
du contexte, essentiellement, de l'annonce d'Anticosti, qui aurait — comment dire? — fait passer sous le radar, ce qui n'est absolument pas ce que je voulais, je
pense que c'est une bonne nouvelle que ce soit public et c'est une bonne
nouvelle que le mandat aille au BAPE… on s'est parlé puis on a dit : On va
faire ça lundi. Et voici tout le complot incroyable
qu'il y a autour de ce moment. Notre activité devrait porter sur le moratoire,
et non pas sur le fond. Donc, le moment du dépôt n'est pas un enjeu.
Maintenant,
je comprends de votre mémoire et de votre présentation que vous êtes d'accord
avec l'esprit général de la loi
n° 37, mais que vous l'auriez voulue même un peu plus sévère, un peu plus
restrictive. Je veux m'assurer d'une chose. Le processus que nous avons
mis en place, qui est dans la foulée du premier BAPE, qui disait : Peut-on
avoir davantage d'information?, donc qui est
de compléter l'évaluation environnementale stratégique, mais de retransmettre
au BAPE pour que ce soit le BAPE, qui, après
des consultations publiques et parce que c'est sa manière de travailler…
lui reviendrait avec des recommandations au
gouvernement du Québec, avec, en parallèle, un moratoire, une suspension, donc, de toutes les activités… Cette démarche-là
comme telle vous apparaît convenable? Peut-être une question… Allez-y.
M. Chenard
(Philippe) : Merci. Merci, M. le
ministre. Non, tout à fait. L'alliance et ses membres, on est… Comme mentionné dans notre mémoire, nous sommes tout à
fait d'accord avec autant le texte que l'esprit. Les recommandations qu'on fournit, en fait, ça ne vise qu'à renforcer
l'application du p.l. n° 37. Mais, pour ce qui est du principe d'un
moratoire, ça, nous sommes entièrement pour.
Blanchet :
Un point sur lequel on n'est pas exactement à la même place, mais je suis très
ouvert et très curieux… Vous savez,
comme je le disais en d'autres circonstances, le Québec, c'est trois fois grand
comme la France. La réalité géographique,
économique, démographique, géologique et, je dirais, dans ces dossiers-ci,
historique même des enjeux, qui
seraient ceux des différentes régions du Québec, sont très différents les uns
des autres… Dans ce cas-ci, nous avons
accès maintenant à un ensemble de données scientifiques, nous sommes documentés
pour aller de l'avant avec un BAPE de
façon articulée, BAPE qui avait lui-même dit, dans un premier temps :
Écoutez, on ne peut pas vous faire de recommandations, on n'a pas de
données scientifiques pour le faire. Dans ce cas-ci, ça marche.
Et vous
soulevez le cas d'Anticosti, où on n'a pas de données scientifiques à l'heure
où on se parle. Le gouvernement dit :
Nous allons chercher les données scientifiques et les confier au BAPE si jamais
il a raison de le faire, c'est-à-dire s'il
y a un potentiel d'exploitation commerciale. Est-ce qu'il n'est pas normal
qu'on reproduise, mais avec un encadrement plus serré, parce qu'on en fait partie, le même principe de cueillette
de données préalable au BAPE à Anticosti que ce que vous saluez qu'on a
fait, pour l'avoir fait, dans la vallée du Saint-Laurent?
M. Chenard
(Philippe) : Je crois que, pour
le cas de l'île d'Anticosti, que ce qui est intéressant, c'est qu'il s'agit
peut-être d'un territoire peut-être plus
approprié pour ce type d'exercice là. Si je reviens à l'exemple de la ville de
Gaspé, où il y a — bon, ce n'est pas du gaz de schiste, c'est
du pétrole de schiste — un projet de puits qui est dans le territoire municipal et près de zones habitées, là c'est
certain que l'opposition serait plus grande. Mais, dans le cas d'une zone sur
un territoire non organisé ou un territoire
qui n'a pas du tout une présence de citoyens, là, je crois que, dans ce cas-ci,
oui, ça serait plus acceptable.
C'est tout
simplement d'avoir un cadre — puis ça, pour nous, c'est très
important — qui
permette aux municipalités de pouvoir
faire face aux types de demandes ou aux types de projets que certaines
compagnies pourraient faire. On l'a vu en 2010. Si
j'avais été l'industrie des gaz de schiste, j'aurais peut-être agi avec moins
de précipitation. Puis je pense que c'est
cette précipitation qui a, finalement, heurté beaucoup leurs propres
initiatives et leurs propres projets. Donc, autrement dit, je crois que les préoccupations principales
de nos membres — puis,
là-dessus, on fait juste écho à qu'est-ce que d'autres associations font
comme l'UMQ ou la FQM — c'est
que les municipalités aient, tout de même, leur mot à dire puis puissent contrôler du moins les activités, que ce
soient des activités d'exploitation ou, à prime abord, d'exploration dans
leur territoire, dans les zones habitées ou près de leurs ressources en eau.
Pour
ce qui est de l'île d'Anticosti, bon, les chevreuils n'ont pas le droit de
vote, l'impact est sans doute moins grand,
du moins pour les municipalités. Il y a peut-être une latitude qui est beaucoup
plus grande que s'il s'agissait, là, d'un
territoire municipal. Ça fait que, dans ce cas-ci, je crois qu'il y a… ça peut
tout à fait se défendre puis se justifier.
Président (M. Lessard) : M. le ministre, je vais vous laisser la
parole, mais je vois que vos collègues de Mirabel et de Repentigny m'ont
signifié qu'ils voulaient poser des questions.
Blanchet :
Par la suite.
Président (M. Lessard) : Par la suite, parfait. Je vais vous laisser
juste organiser votre temps. Alors, M. le ministre.
Blanchet :
Rapidement. Est-ce que je comprends que, si nous déployons des mesures de
collaboration étroite avec la municipalité
de Port-Menier, bien sûr, mais qui est environ 1 % du territoire de l'île
d'Anticosti, là, en termes de
territoire occupé, et, par exemple, Gaspé — mais ça, c'est déjà pratiquement quotidien,
là, la collaboration ou la relation est
très, très étroite — on est
en mesure d'avoir un déploiement responsable et sécuritaire de ce qui vous
semble nécessaire?
M. Masson (Robert) : Je pense qu'une démarche comme celle que vous mentionnez rencontre les
principes que l'alliance défend, à
savoir que la gestion doit être prudente, la collaboration des municipalités
doit être acquise, et puis l'acquisition
de données scientifiques est également importante. Donc, tout ça, ça dresse un
petit peu, là, la toile de fond de
notre position, puis je pense qu'une démarche comme celle que vous venez de
mentionner rencontrerait ces critères-là.
Blanchet : Dernière question, très rapidement. J'aimerais
que vous nous disiez... L'alliance représente des villes à l'extérieur du Québec. Donc, j'imagine
qu'il y a l'Ontario et il peut y avoir des villes américaines dans cette
alliance. Vous êtes au courant,
évidemment, de l'entente Québec-Californie en termes de gestion des gaz à effet
de serre, le marché du carbone, et
que, par le principe de compensation, un territoire donné peut réduire ses
émissions de gaz à effet de serre de façon significative par le principe
de compensation autant que par une réduction réelle.
Est-ce
qu'en vertu de ça on peut considérer que, si — si, parce que la démonstration est à
faire — il y a
un enjeu d'émission de gaz à effet de
serre dans l'exploitation et l'exploration par le biais de fracturation, que
cet enjeu-là — puis je
ne parle pas tellement de la vallée du Saint-Laurent que d'autres
secteurs — serait
couvert et que les objectifs de réduction du Québec seraient quand même
atteints par le principe de compensation en vertu du marché du carbone?
M. Chenard (Philippe) : C'est certain que, sur ce point précis, là, il
faudrait refaire une consultation avec nos membres, mais, pour ce qui
est du principe, comme vous le dites, de compensation, ça n'empêche pas les
émissions d'arriver, mais, au moins, ça
permettrait à la province, là, d'améliorer son bilan là-dessus. Donc, pour
nous, à prime abord, ça serait une piste intéressante.
Blanchet :
Merci.
Président (M. Lessard) : Parfait. Je reconnais donc la députée de
Mirabel et vice-présidente de la commission.
Beaudoin : Merci, M. le Président. À mon tour, j'aimerais
saluer le nouveau président de cette commission, le féliciter pour sa nomination. M. le ministre, les collègues de
l'Assemblée nationale. Messieurs, d'abord, merci pour la présentation de votre mémoire. Si je comprends
bien, d'après votre mémoire et d'après vos réponses à M. le ministre, un
moratoire permettrait bien de calmer les esprits, là, selon vous. Est-ce que
c'est exact?
M. Chenard (Philippe) : Pour nous, en fait, je vous dirais, ce n'est pas
tant de calmer les esprits. On a vu en 2010 que ça s'était échauffé, tout de même, il faut le reconnaître. Comme mon
collègue l'a mentionné, en fait, à l'alliance, on a, par nature et pour tous les dossiers, une approche
très pragmatique, mais avec un principe de précaution qui soit le plus élevé possible. Donc, si le moratoire permet
d'avoir la meilleure acquisition des connaissances possible... Là, c'est sûr
que l'EES vient de publier ses
recommandations hier, mais, si le moratoire permet d'avancer la connaissance
et, surtout, la mise en place de
mesures de protection, de garantie financière puis de collaboration avec les
citoyens puis les municipalités, eh bien, pour nous, ça ne peut être que
positif.
Beaudoin :
Ma question principale, là, concerne l'une de vos recommandations. À la
page 8 de votre mémoire — et je le cite — cette recommandation-là, vous dites :
«L'alliance demande finalement la création d'un fonds de redressement et d'indemnisation pour les
municipalités, financé par des droits versés par l'industrie des gaz de
schiste, au cas où surviendraient des
impacts négatifs dans leur territoire suite à des activités d'exploration,
d'extraction ou de traitement.» J'aimerais avoir plus de détails sur ce
que vous demandez. Est-ce que vous avez des montants qui ont été fixés pour
cette demande-là?
M. Chenard (Philippe) : Je vous dirais, à prime abord, non, pour la
simple raison qu'il fallait d'abord connaître l'étendue de l'activité. Ça, ça demeurait une grande inconnue autant en
2010 que maintenant. Juste pour bien comprendre le mécanisme, c'est qu'autant pour le dossier des pipelines que pour le
dossier des gaz de schiste ou de l'industrie maritime l'alliance a toujours préconisé une couverture à
deux niveaux — bien
sûr, une couverture d'assurance — qui soit adéquate. Et ça, on en avait même parlé lors d'autres
présentations à partir de 2010, même avant l'incident malheureux, là, ou même
tragique de Lac-Mégantic, donc, d'avoir une couverture d'assurance qui soit
suffisante.
Mais
aussi, étant donné les délais qui sont souvent encourus pour le traitement des
demandes aux compagnies d'assurance,
on trouverait que ça soit important qu'il y ait des fonds de couverture sur le
modèle de qu'est-ce qui existe ailleurs — je pense, entre autres, à la
Colombie-Britannique ou dans certains États américains — qu'il y ait des fonds de couverture qui soient capables de répondre
rapidement aux besoins des municipalités. Et ça, là-dessus, il y a un modèle
qui existe actuellement dans le domaine
maritime au Canada, où il y a un fonds de prévoyance pour les cas de
déversement maritime qui pourrait servir
de modèle. Par contre, pour ce qui est de l'étendue, ça, je vous avoue qu'on
n'est pas rendus à ce niveau de
détail là. Puis il faut comprendre aussi que les compagnies de gaz de schiste
sont souvent des compagnies… À part
peut-être Junex et Talisman, ce sont souvent des compagnies qui sont dans leur
lancement. Donc, les modalités financières, nous ne sommes pas rendus là
encore.
Président (M. Lessard) : Pour les fins des échanges, le député de
Repentigny m'avait demandé le droit de parole. Ça fait qu'on serait
peut-être rendus là, étant... Il reste environ trois minutes.
McKay :
Trois minutes?
Le Président (M.
Lessard) : Oui.
McKay : Oui. Bien, merci, M. le Président. Alors, je vais
saluer, moi aussi, M. Masson, M. Chenard et saluer notre
nouveau président de la commission, vous souhaiter la bienvenue.
ce qui concerne la question de l'eau, vous savez sûrement qu'en 2009 l'Assemblée
nationale a adopté une loi qu'on
appelle de façon plus courte, là… je ne vous donnerai pas tout son nom, mais
qu'on appelle la
loi sur l'eau, donc, qui réaffirmait le caractère
collectif… et on reconnaît un principe fort important. Je pense que l'opposition
officielle aurait avantage à relire ce
projet de loi là... bien, cette loi-là, qui a force de loi maintenant, parce
qu'on y reconnaît un principe qui est
une grande avancée dans le domaine du droit environnemental, c'est-à-dire le
principe de l'État comme gardien des intérêts collectifs de la nation
dans ses ressources en eau, puisque l'eau est un bien collectif. Et, dans ce cadre-là, on reconnaît — et c'est une loi qui avait été adoptée sous
le précédent gouvernement — justement à l'État le droit
de cesser des prélèvements en eau s'il y a un danger ou une menace pour la
qualité de l'eau, et ceci, sans indemnité de la part de l'État. Donc, c'est un principe qui est de base. Et on
pourrait le résumer ainsi, c'est que ça n'existe pas, un droit acquis à
polluer au Québec.
Alors,
par rapport à ça… Et il ne restera pas grand temps pour répondre à la question,
mais moi, j'aimerais ça, éventuellement,
si vous pouviez élaborer sur, justement, comment est-ce qu'on peut... Parce que
vous dites : Il faudra que, pendant
ce moratoire-là, qu'on prévoie des mesures pour l'après-moratoire, et comment
est-ce qu'on peut concilier les besoins
en eau de l'industrie des gaz de schiste, puis les critères environnementaux,
puis les sociaux… de la population et des municipalités qui les
représentent?
M. Chenard
(Philippe) : Bien, très rapidement... Je ne sais pas combien de temps dont
je dispose.
Le Président (M.
Lessard) : Il vous reste une minute…
M. Chenard
(Philippe) : Une minute?
Le Président (M.
Lessard) : Un peu plus.
M. Chenard (Philippe) : Bon, je crois que la clé de cette question-là… C'est certain qu'à un
niveau macro, bon, il va avoir une
loi qui, éventuellement, va être appliquée, mais je crois qu'une des réponses
importantes à cette question-là, c'est
d'avoir vraiment une possibilité, pour les collectivités locales, les
municipalités, d'avoir un dialogue avec l'industrie et le gouvernement pour savoir de façon précise,
pour une MRC, pour une municipalité donnée, de quelle façon l'industrie va se déployer. Parce que, comme vous l'avez
mentionné lors de la commission, la géographie du Québec est très différente.
Je crois qu'il faut que, dans les
mécanismes, dans la façon que ça va se faire… il faut que l'industrie puisse
dialoguer avec les intervenants, les citoyens des municipalités pour
dire : Bien, voici la façon que nous allons procéder, et qu'il y ait
vraiment une compréhension puis un dialogue pour que l'extraction ou la prise
de ressources en eau se fasse de façon adéquate
et responsable, pas que l'industrie arrive et, de façon unilatérale, sollicite
un tributaire ou une rivière, et que, s'il
y avait, par exemple, un épisode de sécheresse important, qu'il pourrait y
avoir des problèmes d'approvisionnement. Ça fait que je pense qu'une des
clés, des réponses, c'est vraiment le dialogue au niveau local.
Le Président (M.
Lessard) : Quatre secondes. Je pense que le temps est expiré. Alors
donc, le temps réservé pour la
partie
gouvernementale est expiré. Nous allons donc passer, pour une période de
15 min 12 s, au groupe formant la première opposition. Donc, le député de Laurier-Dorion et
porte-parole officiel en matière de développement durable et de
l'environnement, la parole est à vous.
Sklavounos : Merci, M. le Président. Alors, à mon tour de
souhaiter la bienvenue à M. Masson, M. Chenard. Merci de votre présentation, votre présence ici aujourd'hui. Je ne veux
pas m'éterniser sur la question des consultations, là, avec mon collègue
parce qu'on est plutôt ici pour vous entendre. Évidemment, je ne sais pas si
vous allez vous souvenir de la période de
marchandage qu'il y a eu, où le gouvernement nous disait que, si on n'adoptait
pas le principe, on n'était pas capable de nous assurer des consultations. Alors,
bien que le gouvernement n'a jamais dit qu'il ne voulait pas de consultations, on a marchandé les
consultations pour une adoption du principe du projet de loi. C'est dans les
galées, c'est partout, on pourrait
faire la vérification, et le ministre pourrait revenir par la suite. On a les
déclarations du leader du gouvernement là-dessus.
Je vous
rappelle rapidement que la position de notre formation politique a toujours été
claire. En tout temps, les libéraux
ont toujours dit que le développement du gaz de schiste allait se faire
correctement, ou pas du tout. On a toujours été clairs là-dessus, et la position du parti était d'attendre la fin de
l'évaluation stratégique environnementale, qui allait nous éclairer, qui allait pouvoir stimuler le
débat, nous éclairer sur la faisabilité des activités d'exploration,
d'exploitation au Québec. Seulement à
l'aboutissement de ce processus, une fois qu'on avait ces données-là, qu'on a
eu le temps de les regarder, de les
évaluer, de les analyser, seulement à la fin de ce processus, si nous avions la
certitude que les activités d'exploration
et d'exploitation pouvaient se réaliser selon les meilleurs principes de
développement durable — évidemment, les 16
principes, de concert avec l'accord de la population parce que c'est très
important, et vous l'avez mentionné en quelque
part, mais je vais revenir, ce que vous avez dit concernant les chevreuils, M.
Chenard — nous
allions déterminer seulement à ce
moment-là si c'était envisageable d'aller de l'avant. Ça prenait, évidemment,
l'acceptabilité sociale et le reste.
Aucun permis d'exploitation n'allait être autorisé tant et aussi longtemps
qu'une loi aussi pour encadrer ce secteur n'allait pas être adoptée. Alors, c'était notre position. On n'était pas
des gens qui avons dit : Écoutez, on ne va pas attendre, on va aller… Ça ressemble bien plus à ce qu'on
voit, si vous voulez, aujourd'hui à Anticosti, où on se dit qu'on va aller
au niveau de l'exploration et que le BAPE va se faire par la suite, sachant
pertinemment, évidemment…
Et vous mentionnez, en quelque sorte, dans votre
mémoire que le procédé est le même, quand on parle de fracturation, là, que ce soit pétrole de schiste ou gaz de schiste,
c'est le même procédé. Dans un cas, on s'inspire — et comme
je l'ai dit tout à l'heure — de la Russie, on suspend des permis sans
indemnisation. Et, bien qu'il n'y a pas de droit de polluer, lorsque le gouvernement lui-même a, avec une couleur
de droit, émis un permis sur la base de ce qui était connu à ce moment-là, il y a, je crois, une
injustice flagrante de révoquer ce permis sans une indemnisation si l'état des
connaissances a évolué. Ce n'est pas une
question de... le droit de polluer, c'est que le gouvernement lui-même avait
émis ce permis-là, et c'est le même
gouvernement qui suspend ce permis-là. C'est le gouvernement, dans le fond, qui
change de position suite à
l'évolution des connaissances, et ça, ce n'est pas la faute de l'entreprise
comme ce n'est pas la faute du
gouvernement. Mais dire qu'on va révoquer ou suspendre — «suspendre», c'est le bon mot du
ministre — sans
aucune indemnisation, ça rappelle pas mal ce qui se passe dans d'autres
régimes.
Mais, dans
l'autre cas, d'Anticosti, on s'inspire plutôt des États-Unis, et non pas de la
Russie. On s'inspire plutôt du «drill,
baby, drill», où on va directement sans passer par le BAPE, puis on se
dit : On va faire le BAPE par la suite. Mais ce qu'il faut clairement comprendre — et vous le mentionnez dans votre
mémoire — c'est
qu'au niveau de l'exploration comme
telle il y a le procédé de fracturation hydraulique. Alors, vous, quand vous
parlez d'étendre, en quelque sorte, vous auriez… vous trouvez, en quelque sorte, contradictoire, si je vous
comprends bien, d'avoir le pétrole de schiste pas encadré de cette façon-là et le gaz de schiste encadré de
cette façon-là. Est-ce que je comprends bien, un petit peu, ce que vous
dites dans le mémoire, M. Chenard?
M. Chenard
(Philippe) : Pour être bien
franc, M. le député, il faut comprendre que le mémoire a été rédigé avant
l'annonce. Donc, on n'avait pas eu la
prescience de savoir qu'il allait y avoir de la collaboration entre le
gouvernement québécois et la
compagnie, dont j'ai oublié le nom… ou les compagnies parce qu'il y en a plus
qu'une qui sont impliquées.
Ceci étant
dit, c'est certain qu'on n'est pas là, ici, pour juger ce projet-là en tant que
tel. Nos commentaires portent spécifiquement
sur p.l. n° 37. Mais c'est certain que, s'il doit y avoir une activité,
comme M. le ministre l'a mentionné, qu'on
souhaite et on espère que ce soit dans le meilleur encadrement et l'application
des normes environnementales les plus élevées possible. Et on espère que
les résultats de ces explorations-là sauront servir à faire avancer, tel qu'on
l'a mentionné aussi, là, la connaissance
scientifique et qu'ensuite les municipalités et tous les autres acteurs
bénéficient de cette avancée de
connaissance là. Mais, dans le principe, oui, si on prend le cas d'autres
municipalités, que ce soit pour du gaz ou du pétrole de schiste, surtout
dans les zones habitables, on souhaiterait que le moratoire soit élargi.
Sklavounos :
Alors, votre recommandation n° 1, dans un sens, c'est ça : «Le texte
actuel ne désigne que le gaz de
schiste alors que le procédé par fragmentation hydraulique est aussi utilisé
pour l'extraction du pétrole — vous le dites assez clairement. Nous
suggérons donc d'inclure dans le projet de loi n° 37 l'ensemble des
procédés d'extraction par fragmentation hydraulique.»
Vous
mentionnez aussi ailleurs dans votre mémoire la question des produits
chimiques, les composés chimiques qui
sont non dévoilés, etc., et qui rentrent dans la fracturation hydraulique.
C'est exactement la même chose au niveau du pétrole, c'est pas mal le
même procédé.
M. Chenard
(Philippe) : En principe, oui. Je
n'ai pas la prétention… je ne suis pas un expert technique, ni un
géologue, ni un ingénieur, mais, pour ce qui est de notre compréhension, oui,
il y a des produits chimiques qui sont utilisés
dans tous les procédés de fracturation. Et, ceci dit, nous sommes conscients
aussi qu'il y a une question de droits, des droits de propriété sur le cocktail ou le mélange. Mais, un petit
peu comme... faire un parallèle avec la situation pour le chemin de fer, où il
y a des principes de non-divulgation qui doivent être signés par les
municipalités dans le processus où les compagnies de chemin de fer informent les
municipalités pas de la composition, mais du contenu de leur transport ferroviaire, bien, ce serait un peu l'adoption
d'un même principe où il y aurait cette information-là qui serait, au moins,
divulguée aux premiers répondants puis aux
autorités compétentes, que ce soit au niveau provincial ou fédéral. Donc, on
trouve que ce serait, au moins, un minimum, là, pour les compagnies impliquées.
Sklavounos :
Et je vous dirais que, même dans certaines juridictions et même ici, aux
dernières nouvelles, il y a des
représentants de l'industrie qui seraient d'accord pour que ces composés
chimiques soient divulgués, là. Dans d'autres
juridictions, c'est le cas. Et même ici, aux dernières nouvelles, il me
semble — et on va
avoir l'occasion de les entendre — qu'une divulgation volontaire, de la
transparence peut juste être bénéfique, là, pour les citoyens et pour le
public en général.
Une autre
question. Vous parlez à la page 5, au bas de la page… vous mentionnez que
l'esprit et les objectifs du projet
de loi n° 37, tels que présentement formulés, vous les appuyez. Et je vous
dirais que, d'une certaine façon, nous aussi,
on s'était dits d'accord, le temps de laisser progresser la science. Vous avez
mentionné que… Évidemment, l'étude environnementale
stratégique est tombée à 17 h 48, hier soir. Avez-vous eu l'occasion
de la regarder ou de l'analyser avec… Évidemment, vous êtes les
représentants d'un plus large groupe. Évidemment, vous avez aussi des gens qui
ont les connaissances dont vous avez mentionné tout à l'heure ne pas posséder
ces connaissances-là. Avez-vous eu le temps, l'occasion
de pouvoir, je ne sais pas, faire un appel conférence téléphonique, quelque
chose pour essayer de... Je sais que le mémoire comme tel était déjà écrit, je comprends, mais, au niveau de
l'analyse, est-ce que vous avez eu l'occasion ou ça a été impossible, vu le peu de délai entre la
divulgation de l'étude environnementale stratégique et votre présence ici
aujourd'hui?
M. Chenard
(Philippe) : Je vous dirai, M. le
député, que c'est un exercice que l'on va certainement faire dans le futur rapproché. Et ça, là-dessus, oui, et,
comme pour tous les autres dossiers où il y a une dimension scientifique ou de
connaissances techniques plus fines, habituellement, à l'alliance, on diffuse
l'information auprès de nos membres et, ensuite,
on a des suivis. Étant donné que, dans les municipalités, il y a cette
connaissance technique qui est présente, bien, on compte, bien sûr, sur l'apport de nos membres là-dessus. Donc, c'est
un exercice que nous allons certainement faire.
Sklavounos :
Une autre question. Je vous dirais, on comprend tous, il y a une partie, là, de
l'étude environnementale stratégique qui était claire, là, même si on a
lu juste le résumé. Évidemment, il y a une certaine conjoncture économique qui fait en sorte qu'en ce moment le marché, la
rentabilité... on ne peut pas être sûr que c'est le bon moment, là, au niveau d'avoir, comme disent les Anglais, «a bang
for our buck», ce n'est peut-être pas le bon moment en ce moment. On n'est pas si pressé, je pense
qu'il n'y a personne qui est pressé. On a dit vouloir progresser la science,
nos collègues d'en face veulent un
moratoire. Est-ce que vous, dans l'éventualité où vous auriez l'occasion de
prendre connaissance de l'étude
environnementale stratégique, pouvoir consulter vos membres, vos experts... ne
serait-il pas intéressant de pouvoir revenir devant nous à un moment
donné et vous prononcer après avoir eu le temps d'analyser cette étude
environnementale stratégique, consulter vos experts, vos membres? Est-ce que
c'est quelque chose qui pourrait être envisageable pour vous de pouvoir revenir
devant cette commission?
M. Masson
(Robert) : Certainement,
quand on aura eu la chance de se pencher sur ce rapport-là, quand on aura
pu en avoir discuté avec nos membres. C'est
certain qu'il y a beaucoup de choses... Nous pensons qu'il y a beaucoup de
choses dans cette étude-là, qui va répondre à beaucoup de questions qu'on avait
soulevées.
Quant à
l'opportunité économique de procéder, bien, nous, ce qui nous intéresse
davantage de par les membres qu'on
représente, c'est de, premièrement, aller chercher l'information scientifique,
s'assurer que le développement se fasse de façon harmonieuse le plus possible, que les villes et municipalités
puissent avoir leur mot à dire. Mais on comprend qu'ultimement c'est le marché qui va décider de l'exploitation, une fois
qu'on aura pu répondre à toutes les questions qui étaient en amont du
processus.
Sklavounos : Alors, sachant pertinemment qu'en ce moment il
n'y a pas d'exploitation, il n'y a pas d'exploration, de facto, il y a
un mémoire... un moratoire — j'ai-tu
dit mémoire? — …
Sklavounos :
…oui, moratoire, vous, vous ne serez pas en désaccord qu'on puisse reporter ou
mettre la pédale douce, attendre,
faire ce débat, avoir l'analyse de l'étude environnementale stratégique? De
toute façon, un, la conjoncture n'est
pas rentable. Ça, bon, on va tous être d'accord ici, je pense qu'on ne peut pas
contester ces données-là. Deuxièmement, dans les faits, il n'y a rien qui se passe en ce moment, là, il y a… Et,
troisièmement, le débat serait probablement beaucoup plus éclairé. On pourrait revenir un petit peu
plus tard ou faire une deuxième version d'une consultation, procéder rapidement
pour essayer de passer un moratoire, alors
que, premièrement, on exclut des territoires, deuxièmement, l'état de la
science n'était pas tout à fait clair
au moment que... Il y aura peut-être d'autres groupes qui auront l'occasion de
se prononcer un petit peu plus tard
dans la semaine, ils auront eu un petit peu plus de temps, mais, je vous
dirais, ça laisse très, très peu de temps, là.
Et, évidemment, vous savez qu'après cette
semaine on tombe en congé... pas en congé, mais en travaux de circonscription, mais il y a un congé parlementaire,
dans le sens qu'il n'y a pas de travaux ici. Et par la suite, évidemment,
il y a des rumeurs, il y a des rumeurs
électorales qui circulent, de plus en plus pressantes. Ça fait que, pour vous,
il ne s'agit pas d'aller plus vite
que nécessaire ici. On est probablement... Vous êtes d'accord avec nous qu'on
peut tous bénéficier de prendre notre temps, étudier l'étude environnementale stratégique,
consulter et revenir pour discuter à tête reposée, sans avoir aucune
échéance en tête, de cette question-là qui est très importante au niveau de la
population.
M. Chenard (Philippe) : Mais c'est certain qu'en gros, si nous avions l'invitation de la part
de la commission ou d'autres
instances, que ce soit le prochain BAPE, bien, c'est certain que nous serions
tout à fait disposés, là, à poursuivre la réflexion collective.
Sklavounos : Et d'avoir cette invitation avant qu'on puisse
légiférer, là, avant qu'on puisse passer ou essayer de passer un projet
de loi, ça serait juste normal, la consultation avant.
Alors, j'ai une
dernière question pour vous. Et je ne sais pas combien de temps qu'il reste, M.
le Président.
Le Président (M.
Lessard) : Il vous reste 1 min 12 s.
Sklavounos : Oui, 1 min 12 s. Juste
rapidement, lorsque vous parlez du fait que, malgré le moratoire, on… Vous estimiez qu'on pourrait progresser au niveau
de la connaissance scientifique, pouvez-vous me dire de quoi vous parliez exactement? Est-ce que c'était l'étude
environnementale stratégique? Comment envisagez-vous approfondir les
connaissances s'il y a un moratoire, puis il n'y a pas de procédés
scientifiques qui peuvent être testés sur le territoire?
M. Chenard (Philippe) : Oui. Bien, en fait, il y a deux choses. Il y a
d'abord la poursuite des activités d'exploration comme… Elles vont se dérouler à l'île d'Anticosti. Donc, ça, c'est
peut-être davantage une approche empirique. Mais, en dehors de l'EES, il y a des études très
importantes dans un contexte nord-américain. Comme on l'a mentionné, il y a une
étude en cours de l'État de New York qui
devait être annoncée l'an dernier, mais qui se poursuit encore et qui est une
étude très… qui focalise beaucoup sur
les questions de santé publique. Il y a la U.S. CPA qui fait une étude
très importante sur les impacts sur
les ressources en eau. Ça aussi, c'est une étude, un peu comme l'EES, qui a
pris plus de temps que prévu. C'est
une étude très importante que fait cette administration-là présentement et dont
les résultats sont très attendus. Donc, c'est certain qu'il y a un contexte… On voit, en gros, qu'à l'échelle
nord-américaine que tous les exercices d'évaluation ont tendance à
prendre plus de temps que prévu. Et, comme il y en a certaines qui arrivent à…
Président (M. Lessard) : Excusez, je vais devoir vous interrompre,
malheureusement, étant donné que le délai imparti pour le premier groupe d'opposition est expiré. Nous allons
passer, donc, au critique d'opposition officielle du deuxième groupe d'opposition, qui est critique,
donc, en matière d'environnement, développement durable, faune et parcs.
La parole est à vous pour 3 min 48 s.
Martel : Merci, M. le Président. Puis je tiens à vous
féliciter pour votre nomination et saluer tous mes collègues de
l'Assemblée nationale pour cette commission.
premier, dans mon ancienne vie, j'étais directeur général de la MRC de
Nicolet-Yamaska, puis, vraiment, où est-ce
que le territoire est situé, c'est vraiment une zone importante de potentiel de
gaz de schiste. Puis, quand ça nous est arrivé, les premiers tests, pour voir le potentiel de tout ça, une des
frustrations qu'on avait au niveau de la MRC, c'était avoir de la
compétence, de la connaissance pour alimenter les maires par rapport à tout ce
phénomène-là. Moi, je me demandais, dans
votre organisation, c'est de quel genre de compétences vous bénéficiez pour
vous alimenter, pour vous… qu'est-ce qu'il y a comme compétences au sein
de votre organisation à ce niveau-là.
M. Chenard (Philippe) : Si vous parlez de l'équipe, nous sommes une
équipe très réduite, nous sommes six personnes réparties dans quatre villes. Donc, c'est certain
que nous, notre compétence et notre expertise, pour des sujets très techniques
comme celui-ci, on ne l'a pas nécessairement
à l'interne. Mais, par contre, on sait où aller la trouver. Et, dans ce
domaine, qui touche plus la
pétrochimie ou les questions énergétiques, nous avons quand même plusieurs
municipalités qui sont actives ou qui
ont une certaine connaissance approfondie du domaine. Donc, c'est certain que
nous, pour se faire une tête, comme
on dit en bon québécois, on doit… et, par nature, c'est quelque chose qu'on
fait régulièrement, on va consulter nos municipalités membres et celles
qui ont une connaissance, évidemment, là, du sujet. Donc, on doit se référer à
la connaissance scientifique, mais, bien sûr, à la connaissance de nos membres.
Martel : Mais c'est exactement dans cette veine-là. Moi, je
connais bien les municipalités — là, je ne parle pas de l'Ontario ou… mais les municipalités au
Québec — puis,
sincèrement, on n'avait pas cette expertise-là. Là, je parle de voilà trois,
quatre, cinq ans. Est-ce que les municipalités se sont donné des nouvelles
ressources dans ce domaine-là ou c'est
des études privées qui ont été faites? Mais j'essaie de bien comprendre d'où
vient votre «know-how», là, dans ce domaine-là.
M. Chenard (Philippe) : Je dois vous avouer qu'en 2010 c'étaient plus des
principes de précaution, c'était plus, je
vous dirais, de l'intuitif que du scientifique. Parce que, bien sûr, c'était un
nouveau domaine pour tout le monde. C'était un nouveau domaine pas juste
au Québec, mais à l'échelle nord-américaine. C'est certain que, quand on a fait
nos représentations pour le dossier
d'Enbridge, là, par contre, on avait une meilleure connaissance. Mais je vous
avoue que c'est sur un mode de «work
in progress», si vous me permettez l'expression. La connaissance scientifique
avance, elle avance dans les
municipalités, mais c'est certain que nous, à l'alliance, on a un sujet à
traiter, et c'est un sujet parmi d'autres. On a, par contre, des ressources dans les municipalités qui focalisent,
qui travaillent là-dessus de façon plus intensive. Donc, on doit se
reposer là-dessus.
Martel : Mais vous comprenez pourquoi je vous amène là, je
n'essaie pas de vous tendre un piège, mais l'expertise,
elle est difficile, dans le domaine municipal, à trouver. Puis, moi, c'est ça
que je trouvais intéressant, d'attendre les conclusions du comité d'étude stratégique pour qu'on se fasse
vraiment une tête par rapport à ça, puis je suis un peu surpris que vous arriviez avec des recommandations
qui vont au-delà du p.l. n° 37 avant de prendre connaissance de façon
plus approfondie des orientations.
Le Président (M.
Lessard) : C'est ce qui va terminer, malheureusement, nos audiences
pour l'Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent.
Alors, on remercie,
donc, les représentants de l'organisation, et nous allons suspendre quelques instants
pour permettre à l'autre groupe de s'installer.
(Suspension de la séance à
11 h 6)
Président (M. Lessard) : Donc, nous reprenons nos travaux. Nous
accueillons donc l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. Alors, bienvenue. Si vous
voulez vous nommer pour les fins d'enregistrement de nos auditions.
M. Bélisle (André) : Bonjour, M. le Président. Bonjour, les membres de la commission. Je
m'appelle André Bélisle. Je suis
président de l'AQLPA, Association québécoise de lutte contre la pollution
atmosphérique, organisme qui existe au Québec depuis maintenant 32 ans
et celui qui a sonné le réveil sur le dossier des gaz de schiste au Québec
aussi.
Mme Legendre (Sophie-Anne) : Bonjour. Mon nom est Sophie-Anne Legendre. Je
travaille avec l'Association québécoise
de lutte contre la pollution atmosphérique à
titre d'analyste et de conseillère
aux communications. Je travaille avec
l'AQLPA depuis 2009, donc j'étais là à l'époque de la première demande de
moratoire complet sur les gaz de schiste au Québec.
Président (M. Lessard) : Alors, merci beaucoup. Vous disposez
maintenant d'une période de 10 minutes pour votre présentation. Et, vers la fin, vers neuf minutes et quelques, je
vais vous indiquer si vous voulez, donc, terminer votre présentation
pour qu'on puisse passer aux échanges par la suite. D'accord? La parole est à
vous.
M. Bélisle (André) : Merci, M. le Président. Alors, tout d'abord, j'aimerais indiquer qu'il
y a deux documents. Il y a le mémoire
qu'on vous dépose sur le projet de loi et il y a aussi les commentaires,
questions et recommandations sur le
plan de réalisation de l'étude environnementale stratégique qui a été
finalement déposé hier. Mais, nous, c'était un document qu'on a quand même déposé le 15 janvier 2011, et il y a des
rappels importants là-dedans, là, qui devraient nous être utiles pour
nous orienter.
Alors,
tout d'abord, bien, merci à la commission de nous recevoir. C'est un plaisir
d'être avec vous et c'est aussi un devoir important de se poser les
bonnes questions face à un dossier aussi déterminant au niveau environnemental.
D'abord,
un mot sur le contexte dans lequel nous faisons, ce matin, notre présentation,
au lendemain d'une annonce très
importante concernant la fracturation à venir sur l'île d'Anticosti et à la
veille très probable du déclenchement des élections au Québec. Et en plus — et ça nous a joué un petit tour hier — bien, on a appris que M. le ministre
annonçait qu'il y avait un BAPE qu'on
voulait vous demander. Alors, merci, M. le ministre. Et, bien, il y a aussi
l'étude environnementale stratégique qui a été annoncée, sur laquelle on
a pas mal de commentaires.
Bon,
bien, au sujet des élections, on invite tous les parlementaires à reprendre cet
exercice et à le conclure à la lumière
de la volonté clairement exprimée par la majorité de la population. Et je
souligne, pour ceux qui s'en rappellent, qu'on a fait ça, il n'y a pas tellement longtemps, dans le dossier des
poursuites abusives. Il y a eu une élection qui a fait que la commission qui avait commencé n'a pas pu
faire son travail, mais elle a été reprise dès que le gouvernement est revenu
en place, et on a conclu, et ça a donné la
loi n° 9, que vous connaissez et pour laquelle on a travaillé très fort à
l'AQLPA.
mot aussi sur la teneur du mémoire que nous vous présentons ce matin. Le
présent mémoire se veut succinct. Son
but n'est pas une mise à jour de l'avancement des connaissances en matière
d'impacts environnementaux et sanitaires de l'industrie du gaz de schiste et de la fracturation en général, mais
bien un commentaire sur le projet de loi n° 37. Le présent mémoire
ne reflète donc pas l'ampleur des réflexions des travaux de recherche effectués
par les équipes de l'AQLPA et de Stratégies
énergétiques au fil des années. Comme je le disais tantôt, vous savez, c'est
nous qui avons sonné le réveil
là-dessus. Mais, quand on regarde l'annonce de l'EES, bien, finalement, les
études à la base de l'annonce du rapport synthèse de l'EES confirment ce que l'AQLPA disait depuis le début en
termes de pollution atmosphérique, à savoir les émissions de gaz à effet de serre qui augmenteraient de façon très
importante et aussi les différents types de pollution liés à l'exploration et à l'exploitation de ce gaz-là.
Alors, là-dessus, bien, je cède la parole à ma collègue Sophie-Anne, qui a un
message éditorial aussi à livrer.
Legendre (Sophie-Anne) :
Bien, d'abord, merci de nous recevoir aujourd'hui. C'est une consultation qui est très importante pour l'avenir du Québec et,
émotivement un peu, je dirais aussi, pour l'avenir du monde, qu'on peut être des leaders dans bien des choses, notamment
en matière de protection de la santé des populations et de l'environnement.
Donc, après
ces remerciements d'usage, je vais vous lire le préambule, que vous avez
également dans le mémoire qu'on vous
présente aujourd'hui. J'aimerais que, tout au long des consultations qui ont lieu
présentement, vous gardiez ce message en tête.
Qui peut
sérieusement penser qu'injecter des tonnes de produits chimiques dans les sols
soit une bonne idée? Rien ne justifie
cet empoisonnement du monde. Rien. Soyons bien clairs là-dessus. Oui, nous pourrions
débattre longtemps, tenter de
documenter les impacts ou orienter le débat sur des aspects techniques comme
les distances séparatrices adéquates, l'épaisseur
du ciment ou l'intensité carbonique des gaz et pétrole de schiste. Mais, au
fond, peu importe, l'essentiel tient en
peu de mots : Injecter des tonnes de produits toxiques dans les sols
mélangés à de l'eau douce est une aberration totale et complète.
La
Loi sur le
développement durable, adoptée au Québec en 2006, stipule que «le développement
durable s'appuie sur une vision à
long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions
environnementale, sociale et économique des activités de développement».
Parmi les principes soutenant cette loi, notons santé et qualité de vie, équité
et solidarité sociales, protection de l'environnement, prévention, précaution
et préservation de la biodiversité. Dans le
cadre de l'industrie du gaz de schiste, de la fracturation hydraulique, nous
jugeons que la santé et la qualité de vie des citoyens sont menacées et
que les principes de prévention, de précaution et de protection de
l'environnement, de préservation de la biodiversité et d'équité
intergénérationnelle sont ignorés.
Donc, pour
faire suite à ce préambule, on articule notre mémoire très simplement autour de
quatre recommandations qui parlent
exclusivement du projet de loi n° 37. La première de ces quatre
recommandations va comme suit : Le projet de loi n° 37 devrait établir un moratoire à
l'ensemble du territoire québécois, et non pas seulement à une série de
municipalités densément peuplées.
M. Bélisle
(André) : La deuxième
recommandation dit que le projet de loi n° 37 devrait s'appliquer à la
fracturation sans distinction au fait que celle-ci soit destinée à
l'exploration ou l'exploitation du gaz ou du pétrole de schiste.
Legendre (Sophie-Anne) : En
troisième position, donc, de nos recommandations, un préambule devrait
être ajouté au projet de loi n° 37 afin de décrire le contexte et les
objectifs visés afin d'éviter des contestations auprès d'instances commerciales
internationales telles que l'ALENA.
M. Bélisle
(André) : La quatrième
recommandation se lit comme suit : Les obstacles législatifs actuels
doivent être levés afin de favoriser
la production, la distribution et l'utilisation du biogaz, biométhane pour le
développement adéquat d'une filière de gaz naturel de source
renouvelable.
Le Président (M. Lessard) : Alors,
merci beaucoup. Donc, votre condensé est même rentré à l'intérieur du 10 minutes, ce qui est un fait assez rare ici.
Donc, c'est bon. Alors donc, la parole est maintenant au gouvernement. Donc,
vous avez une période de 16 minutes. M. le ministre, la parole est à vous.
Blanchet :
Messieurs dames, un plaisir comme toujours. Vous savez, il y a des organisations
et des gens qui sont reconnus et
salués pour le franc-parler et la clarté de la façon dont ils s'expriment. Moi,
je salue ça parce qu'ultimement, même
si, sur les moyens, compte tenu de chaises différentes qu'on peut occuper, sur
les moyens, on peut avoir des différends,
sur les objectifs, vous pouvez être assurés qu'on a les mêmes. Et là, après ça,
il y a des moyens de l'articuler, et
c'est ce qui fait débat selon qu'on est, évidemment, dans un gouvernement ou
dans une organisation de sensibilisation.
Je veux
préciser quelques éléments par rapport à ce qui a été dit avant. D'abord, les
intrants sont connus, même que l'évaluation environnementale stratégique
et la synthèse en font état. Il reste des variables par rapport au ratio à l'intérieur de ça, mais les intrants comme tels
sont connus. Et, lorsqu'un certificat d'autorisation est émis, le cas échéant,
le détail du cocktail, si vous me passez l'expression, doit, effectivement,
être soumis.
Un autre
élément — je veux
juste mettre ça clair — nos audiences portent sur le projet de loi n° 37, sur le
moratoire. Il y a, effectivement, des
documents puis une synthèse qui ont été déposés par le Comité sur l'évaluation
environnementale stratégique hier.
Moi, je suis très ouvert à ce qu'on aborde autre chose que le strict moratoire,
mais je ne suis pas ouvert à ce qu'on
reproche au gouvernement de ne pas avoir déposé des documents sur autre chose
que ce sur quoi on se parle aujourd'hui à l'avance. C'est comme
incohérent, là, tu sais. Tant mieux que ce soit disponible, tant mieux si les
gens peuvent y référer, et la plupart ont
l'articulation nécessaire pour le faire. Moi, je ne me serais pas permis,
d'ailleurs, de mettre en doute la
compétence de gens qui viennent s'asseoir ici. Il y a des citoyens qui
pourraient avoir un niveau de compétence
limité parce que ce n'est pas leur métier ou des organisations qui ont
dit : On va parler juste du moratoire, puis pas du reste à ce
stade-ci. Moi, je ne le leur reprocherai pas. Et enfin tout le monde pourra
venir développer leur opinion
lors des audiences du BAPE, lequel BAPE n'existait pas dans les plans du
précédent gouvernement et a bel et bien été confirmé dans nos intentions
et dans l'action, puisque le mandat est maintenant donné.
Cela dit, je
veux juste préciser une chose, si l'enjeu… Parce que vous dites deux
choses : On veut que ça s'étende à
l'ensemble du territoire et on veut que ça s'étende au pétrole. L'enjeu du
pétrole, dans la vallée du Saint-Laurent, ne se posait simplement pas. Dans les basses-terres du Saint-Laurent, dans le
schiste de l'Utica, selon les données scientifiques dont nous disposons, à part une trouvaille, il y a
environ un siècle, qui s'est avérée absolument non pertinente, il n'y a pas
de pétrole dans la vallée du Saint-Laurent. Donc, c'est la raison.
L'autre
raison, je l'ai expliquée — et je vous inviterais à vous exprimer là-dessus — c'est que nous considérons que les différents secteurs géographiques du
Québec qui pourraient contenir des hydrocarbures sont tellement différents
les uns des autres que la même règle
pourrait s'appliquer, mais ça serait du mur-à-mur. Mais ça ne serait pas la
meilleure façon de servir les
intérêts des Québécois, quelles que soient les décisions futures du Québec. Je
pourrais être opposé à toute exploration
et dire que c'est quatre territoires différents pareil, vous comprenez. C'est
la réalité géographique, économique, géologique, démographique,
historique de ces secteurs-là, et traitée différemment par choix.
Là où je veux
vous entendre — et c'est
un peu une question que j'ai posée au groupe avant vous — dans le cas du gaz de schiste — parce que vous voulez étendre, puis vous faites référence à
Anticosti — on a
obtenu une information scientifique
étoffée, 73 études, on les remet au BAPE, le BAPE formule les recommandations,
tel que c'est la façon de faire, tel
que vous l'avez vous-mêmes souhaité dans le cas du gaz de schiste. Nous voulons
procéder ainsi sur un autre territoire,
aller chercher l'information avant de la soumettre à un BAPE pour ne pas avoir
de nouveau un BAPE qui dit : Écoutez,
on veut bien, mais on n'a pas de données scientifiques sur lesquelles
travailler. C'est un peu le piège qu'on veut éviter, un BAPE inutile, on veut qu'un BAPE soit alimenté et documenté.
Est-ce que ça ne vous apparaît pas une approche cohérente, quel que soit
le territoire visé?
M. Bélisle
(André) : Il y a plusieurs
questions dans votre question, M. le ministre. Bon, d'abord, pour nous, c'est
la fracturation hydraulique, là, qui est le
dénominateur commun, et il faut que ce soit vraiment étudié et encadré. Et,
pour nous, c'est plus simple si on
commence par le coeur du problème, qui est la fracturation hydraulique, et
qu'on fasse les réflexions autour de ça. Maintenant, qu'on le fasse pour
le pétrole et le gaz, oui, il y aura des variantes, et elles vont prendre toutes sortes de formes, que ce soient des
variantes territoriales, des variantes opérationnelles, mais il faut encadrer
ça de façon très prudence avant de permettre l'avancement ou le développement
de quelque façon que ce soit.
Maintenant, pourquoi un moratoire sur l'ensemble
du territoire? Bien, c'est que, par exemple, si je regardais juste la région où je demeure, à un moment donné
La Nouvelle-Beauce n'était pas incluse, elle l'a été un peu plus tard. Par contre, on s'est rendu compte que,
possiblement, peut-être, dans l'autre secteur de la Beauce, il y en aurait. Et
après on a appris, bien, peut-être
qu'au Lac-Saint-Jean il y en a aurait, peut-être qu'ailleurs il y en aurait
aussi. Alors, on s'est dit :
Façon cohérente de procéder, on couvre l'ensemble du territoire, on fait la
réflexion nécessaire et, ensuite, on décide qu'est-ce qu'on fait.
Même chose
pour le pétrole, le pétrole, on parle : Il n'y en pas peut-être pas
beaucoup, il y en a peut-être beaucoup à Anticosti, mais on sait que, par exemple, en Gaspésie, bien, il y a des
projets en cours depuis longtemps avec Pétrolia. Alors, dans ce contexte-là, on se dit : Encore, peut-être qu'on
découvrira quelque à un moment donné qu'il y en avait. Et, si on procède avec, comme je le disais,
prudence, bien, qu'on encadre la fracturation hydraulique pour l'ensemble du
territoire, pétrole et gaz avant, et ensuite on décide.
Le Président (M. Lessard) : M. le
ministre.
Blanchet :
O.K. Le principe, la volonté d'encadrement de l'activité de fracturation, je
vous suis tout à fait là-dessus.
Peut-être que, sur les moyens, on ne choisit pas les mêmes. Je ne suis pas
convaincu, toutefois, que… Le moratoire n'est pas un outil
d'encadrement, il est un outil d'empêchement. Notre volonté est d'empêcher dans
la vallée du Saint-Laurent jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait disposé de
l'enjeu ou période maximale de cinq ans… On n'attache
pas l'avenir au-delà d'une certaine légitimité. Il y a d'autres endroits où on
veut qu'il y ait exploration, acquisition de connaissances auxquelles un territoire total de 0,43 kilomètre carré
va être affecté, par lequel ça va être touché — donc, c'est extrêmement restreint — avec, comme encadrement, une présence, je dirais
même une omniprésence, comme je l'ai
dit, avec le ministère de l'Environnement dans les bottes du promoteur auquel
on est associé. Donc, il y a comme… Ne
voyez-vous pas là un niveau de
sécurité dans l'encadrement? Ce demi-kilomètre carré sur un territoire de
8 000 kilomètres carrés avec
directement les inspecteurs du ministère de l'Environnement sur place avec
l'entreprise, est-ce qu'il n'y a pas là un niveau de sécurité
intéressant?
M. Bélisle
(André) : Bien, on voit que
le gouvernement a quand même fait une réflexion dans le sens de mettre,
si on veut, plus de prudence dans ce
développement-là. Mais, par contre, pour nous, on pense qu'on doit être encore
plus prudent, dans le sens qu'il faut
vraiment s'entendre sur la fracturation hydraulique. Je vous donne l'exemple
quand on a parlé pour la première
fois des gaz de schiste et que j'ai soulevé la question à votre prédécesseure
qui était Mme Beauchamp, et que j'ai
posé la question : Qu'est-ce qu'on connaît sur le gaz de schiste pour
avoir émis 585 permis? Et Mme Beauchamp a été d'une franchise vraiment… avec son cabinet, d'une franchise très
directe pour dire : Bien, André, on ne connaît pas ça. Bien là, on a un problème, on a émis 585 permis,
et il y a déjà des forages de faits. Et là, bien, avec son successeur, on a
pu — et nous, on le savait — démontrer que, sur ces 31 forages qui ont
été faits, il y en avait 19 qui avaient des problèmes, qui fuyaient. Alors, nous, c'est ça qu'on veut
éviter. On veut éviter qu'on fasse des démarches et qu'on se retrouve ensuite
avec un problème qu'on aurait pu éviter si
on avait eu un contrôle et qu'on avait réfléchi de façon plus, je dirais,
poussée avant.
ensuite, M. le ministre, je pense que ça ne vous surprendra pas, pour nous, on
est opposés à ce virage-là tant et aussi
longtemps qu'on n'aura pas vraiment un plan d'action de lutte aux changements
climatiques ou aux gaz à effet de serre
et aussi qu'on nous démontre un plan qui va rejoindre les engagements du gouvernement,
à savoir qu'on va réduire notre consommation de pétrole de 30 %. Bien, ça,
pour nous, il faut que ça passe avant, il faut qu'on ait ça sur la table
pour dire, bien, on s'en va dans quelle
direction. Sinon, bien là on a pris des engagements et, en parallèle, on s'en
va dans le sens contraire. On a de la
misère. Bien, peut-être que je n'ai peut-être pas la souplesse mentale qu'il
faut, là, mais, moi, bon, l'idée, c'est de savoir où est-ce qu'on s'en
Président (M. Lessard) : Alors, M. le ministre, après ça, j'aurai donc
le député de Bonaventure, qui a demandé la prise la parole aussi. Ça
fait que si vous voulez poursuivre…
Blanchet : Oui, je
veux juste poser une petite dernière.
M. Bélisle (André) : Complément de
réponse peut-être?
Legendre (Sophie-Anne) : …en
complément de réponse, je pense qu'il y a quelque chose de très dangereux
à morceler le territoire comme ça. On parle
de moins de 0,5 kilomètre qui serait affecté au sol, mais… Ça dépasse, là,
moins de 0,5 kilomètre qui serait affecté au
sol. Ce qui nous inquiète en premier lieu, c'est les émissions atmosphériques,
c'est les choix énergétiques qu'on fait,
c'est la contamination des nappes phréatiques, des sources d'eau potable des
citoyens et c'est l'industrialisation
de secteurs qui n'ont peut-être pas besoin d'être industrialisés pour le bien
du plus grand nombre. Je crois que
c'est un danger, dans la façon dont on aborde le débat présentement, de
morceler, de parler d'acceptabilité sociale.
Oui, c'est important, mais, au-delà de l'acceptabilité sociale de proximité, il
faudrait qu'on soit capable de réfléchir aussi en termes d'acceptabilité
sociale morale.
Président (M. Lessard) : Donc, peut-être qu'on va céder la parole, M.
le ministre, à notre collègue de Bonaventure, qui a demandé la parole.
Blanchet : …un
petit point là-dessus.
M. Roy : Bien, allez-y, M. le
ministre.
Blanchet :
…je comprends l'objectif. Encore une fois, on est plus dans l'échéance que dans
le fait. Je vous rappelle le système
de plafonnement et échanges, qui est majeur en termes de réduction de gaz à
effet de serre, la politique d'électrification
des transports, dans laquelle on investit d'emblée quatre puis cinq fois déjà
ce qui a été annoncé pour l'exploration
pétrolière à Anticosti, le premier pacte qui a été complété, le deuxième pacte
qui est en branle, le programme de biométhanisation, qui produit, effectivement,
des biogaz, tel que vous le soulevez. Donc, vous voyez, il y a des gestes
extrêmement concrets et des investissements
infiniment plus importants qui sont faits dans le développement des énergies
alternatives par rapport à l'énergie
conventionnelle, je veux juste qu'on le reconnaisse. Mais, sur ce, je vais bien
laisser la parole à mon collègue de Bonaventure.
Président (M. Lessard) : Parfait, M. le ministre. Donc, il reste
environ six minutes, donc, pour nos échanges. M. le député de Bonaventure.
M. Roy :
Merci, M. le Président. Salutations à tous mes collègues. Bonjour. On a
beaucoup parlé de la Gaspésie, hein?
Je suis député de la circonscription de Bonaventure, donc on est très
interpellés par tout ce qui se passe au niveau du pétrole, de l'eau,
etc.
Moi,
j'aimerais vous poser une question très simple : Comment évaluez-vous le
fait qu'il n'y aura pas d'autres forages
à Gaspé, entre autres, tant et aussi longtemps que l'étude hydrogéologique ne
sera pas déposée? Est-ce que vous considérez que ce genre d'étude a sa
place et est pertinente au niveau scientifique?
M. Bélisle
(André) : Oui, tout à fait.
C'est quelque chose qu'il faut faire. Par contre, il y a aussi des menaces,
si on veut, il faut… Bon. Et là je ne suis
pas… Je n'ai pas préparé une présentation par rapport à la Gaspésie, mais on
sait bien que, présentement, il y a
un débat pour la protection des sources d'eau potable. Et, pour nous, bien, ça,
c'est l'enjeu principal. On ne peut
pas prendre le risque avec l'eau des gens. Et, une fois qu'on a contaminé un
puits, c'est fait. Alors, pour nous,
encore là, c'est la prudence qui doit nous guider. Les études hydrogéologiques
sont importantes, mais il faut aussi
arrêter l'ensemble de la machine pour dire comment on procède et est-ce qu'on
le fait dans l'intérêt et avec l'appui des
gens. Parce que, si on permet des choses que les gens ne veulent pas, ah! bien
là, on a peut-être un problème aussi qu'on est en train de créer au
niveau sociologique, en plus des problèmes environnementaux.
M. Roy :
Mais vous reconnaissez qu'une étude hydrogéologique qui est faite à partir des
critères de scientificité les plus rigoureux peut quand même rassurer
une certaine
partie de la population?
Mme Legendre (Sophie-Anne) : Bien, on peut le reconnaître, oui, mais on peut
aussi le remettre en contexte. C'est
une précaution élémentaire, c'est la base d'aller vérifier et de faire une
étude hydrogéologique. On parle beaucoup de données disponibles, de données scientifiques.
Il faut aussi, encore une fois, prendre du recul et se dire de quelle échelle
de temps est-ce qu'on dispose. Les profits à
court terme qu'on peut imaginer, c'est une chose. On peut calculer l'impact
de l'industrie du gaz de schiste et de la
fracturation hydraulique en général sur une échelle de temps relativement
restreinte. Je suis plus vieille que
l'industrie schisteuse dans le schiste et dans le pétrole, on n'a pas le recul
nécessaire pour voir dans 20 ans, dans 30 ans, dans 50 ans. Ce qu'on
peut voir présentement comme contamination des sols et de l'eau, c'est peut-être simplement un aperçu. On sait notamment
qu'aux États-Unis il y a des problèmes graves de radioactivité des déchets de forage. La demi-vie des produits
radioactifs, là, qui sont trouvés dans les eaux et dans les déchets de forage,
c'est de 600 ans. On ne dispose pas du temps
nécessaire pour avoir une vraie image. Et, encore une fois, au-delà de la
volonté d'obtenir des hydrocarbures fossiles, il faut se poser la
question : Dans l'ensemble, pourquoi? À l'avantage de qui veut-on
faire ça?
Président (M. Lessard) : C'est encore à vous. Donc, est-ce que… Oui,
le député de Repentigny a demandé la parole. Il vous reste deux minutes.
McKay : Deux minutes. Bien, moi, je pense, je vais surtout
en profiter, justement, pour féliciter l'AQLPA d'avoir, effectivement, levé le drapeau concernant les gaz de schiste.
Je me souviens très bien du moment que vous avez évoqué avec Line Beauchamp, qui était ministre à l'époque, et j'avais
été… En tout cas, j'ai été fortement impressionné cette journée-là par le fait qu'effectivement des
centaines de permis avaient été émis, et la ministre de l'Environnement
admettait candidement qu'elle ne disposait pas des connaissances requises.
Alors, effectivement, vous avez sonné la sonnette
d'alarme, et, par la suite, on a vu une mobilisation citoyenne assez
extraordinaire dans la vallée du Saint-Laurent, et donc c'est,
effectivement, le territoire qui fait l'objet du présent projet de loi.
Rapidement,
je veux juste souligner le fait qu'à votre point 1.4, dans votre mémoire, vous
parlez de l'importance de protéger la
loi n° 37 contre les attaques devant les instances commerciales
internationales. Alors, on n'aura peut-être pas le temps d'en parler beaucoup, mais peut-être que les autres membres
de la commission pourront revenir là-dessus. Mais soyez assurés qu'on va
y porter une attention particulière.
Le Président (M.
Lessard) : Oui.
M. Bélisle (André) : M. le Président, il y avait aussi le point que… Mais là, avec l'annonce
de M. le ministre pour le BAPE, bien,
ça a changé un peu le contexte. Mais, nous, une autre chose qui nous
inquiétait, c'est que le quasi-moratoire dont on parle vient à échéance le 13 juin prochain. Alors là, il ne faut
pas que, le 14 juin, tout d'un coup, on revoie, là, le raz-de-marée
d'industries qui se lancent un peu partout parce qu'il n'y a plus d'arrêt…
Président (M. Lessard) : …imparti est terminé. Donc, on doit passer,
donc, au groupe formant l'opposition officielle. Donc, la parole sera
donc au porte-parole de l'opposition officielle pour une période de 15 min
12 s.
Sklavounos : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, M.
Bélisle, Mme Legendre. Merci d'être là. Merci pour votre travail, vos
observations.
L'étude
environnementale stratégique est tombée hier soir. Il y a un communiqué de
presse émis à 17 h 48. J'attendais…
Parce que j'étais devant mon écran et je rafraîchissais tout le temps pour
savoir. Parce que j'étais convaincu qu'on
allait sortir ça juste avant, on ne pouvait pas le sortir après. Mais j'avoue
que c'était quand même dernière minute.
J'imagine que vous
avez, comme les autres… Les autres intervenants juste avant vous sont venus
nous dire candidement : Le mémoire a
été écrit avant, on n'a pas vraiment eu le temps de le lire. Même si on avait
eu le temps de lire des bouts, on n'a
pas eu le temps de consulter. C'est très difficile, ce qu'on demande, parce
que, là, il faut aller aux experts, etc.
À la fin du grand document — parce qu'il y en a un petit puis un plus
grand, là, un qui est plus résumé puis l'autre est plus grand — il y a des annexes et il y a des lettres à l'intérieur, des
lettres des ministres. Et il y a une lettre datée du 25 avril 2012, elle est signée par Pierre Arcand.
Et le paragraphe du milieu, je vais vous lire ce qui est noté : «Les
annonces récentes de certaines
entreprises d'exploration pétrolière, comme Pétrolia et Corridor Ressources,
concernant le développement du potentiel
pétrolier en Gaspésie et à l'île d'Anticosti soulèvent de vives inquiétudes
dans les communautés d'accueil et
dans la population en général. » Ça, c'est Pierre Arcand, c'est un libéral, là,
tu sais, juste… «Je souhaite m'assurer que cet enjeu soit abordé dans le
cadre de l'évaluation environnementale stratégique, puisque votre mandat
stipule que le comité "...pourra aussi
traiter — et ça,
c'est une autre... entre guillemets, là — de toute autre question pertinente relative
à l'exploration et à l'exploitation des
ressources pétrolières et gazières, de même que [...] leurs
répercussions".» Ça, c'est une lettre de Pierre Arcand, libéral,
25 avril 2012.
Président (M. Lessard) : Oui? Question de…
Président (M. Lessard) : Il y a une question qui est soulevée, si vous
voulez...
McKay : Vous savez bien qu'on ne peut pas nommer les
membres...
Le Président (M. Lessard) : Oui,
effectivement. Donc, j'avais laissé passer une première fois, mais je pense
qu'on doit suivre le règlement, qui est : On interpelle, donc, un député
par son comté. Merci. Alors, poursuivons.
Sklavounos :
Effectivement, je devrais mieux savoir. Le député de Mont-Royal, qui avait, à
ce moment-là, à
titre de ministre, envoyé cette lettre. Il y en a une
autre le 14 février, et c'est le ministre actuel qui la signe, celle-là. Avant-dernier paragraphe, avant le «veuillez
recevoir, M. le Président, mes salutations distinguées», une autre citation :
«Il m'apparaît de plus important dans le
contexte actuel des choix du gouvernement de vous spécifier que la filière
pétrole n'est donc pas visée par l'EES en cours.» Signé : le
ministre actuel.
Pourquoi
je vous mets devant ces deux lettres-là? Parce qu'à quelque part on peut se
parler, on se pose des questions, on veut
tous se proclamer des disciples de la science et dire : On va laisser
procéder la science, on va faire ce qu'on
peut faire avec la science. Quand qu'on ne le sait pas, on ne fera pas… Quand
qu'on sait, on va avancer, puis on va avancer
aussi doucement que la science nous dit que c'est possible de le faire sans
empoisonner le monde, sans empoisonner l'eau, etc.
Il me semble, là,
que, malgré le fait qu'on l'a reçue à la dernière minute, si on avait laissé
aller l'étude environnementale stratégique
comme elle avait été stipulée dans cette lettre-là du député de Mont-Royal, qui
était alors ministre, on aurait
aujourd'hui certaines réponses qui auraient pu servir à se positionner dans un
autre dossier qui est, pour le moins,
un petit peu... qui a l'air un petit peu contradictoire. M. Bélisle, vous
nous avez parlé, possiblement, de manquer la souplesse, là, nécessaire pour voir la cohérence là-dedans, dans le
morcellement, ce sont d'autres termes qui ont été utilisés, et, je dois
vous dire, j'ai trouvé ce matin que cette manchette était absolument injuste,
Pascal...
Le Président (M.
Lessard) : ...s'il vous plaît, sans...
Sklavounos : Ah! je n'ai pas le droit de faire ça. Le député
de Matane-Matapédia fait volte-face… Parce qu'elle disait qu'un député… alors que ce n'est pas juste
un député, là, c'est une question de toute une formation politique, tout un
gouvernement, en quelque sorte. On est les
libéraux, là, je... On a toujours dit… Et je vous regarde, je vous dis ça bien
franchement : On est les libéraux. On a
dit qu'on allait faire les choses… Le BAPE nous a dit : Écoutez, on va
aller chercher d'autres
connaissances. On a mandaté l'étude environnementale stratégique, mais,
lorsqu'on a mandaté l'étude environnementale stratégique, on avait la fracturation couverte, M. Bélisle, des
deux bords, pétrole, gaz. C'est dans la lettre, là, je vous l'ai lue, là. Et, lorsque le PQ a pris le pouvoir, là, on a
exclu le pétrole. Là, aujourd'hui, on se retrouve devant des choses qui sont un
petit peu contradictoires, puis il manque possiblement la science pour pouvoir
nous aider à faire ce débat qui fait rage actuellement. J'aimerais vous
entendre là-dessus, M. Bélisle.
M. Bélisle (André) : Bien, écoutez, je pense que ça va être... Bien, il y avait bien des
choses dans ce que vous avez dit, je
pense que ça va être relativement court. Nous, ce qu'on demande, c'est qu'il y
ait un encadrement autour de l'ensemble
de la fracturation hydraulique, pétrole et gaz. Et on sait que, sur l'île d'Anticosti,
il y a déjà eu de la fracturation et il
y a des problèmes, le puits Chaloupe, par exemple, qui fuit. Alors, ça, c'est
là où on dit : Avant de permettre la fracturation, il faut
définir comment ça marche, il faut l'encadrer de façon très, très prudente. Et,
comme ce sont les mêmes procédés pour le gaz et le pétrole, bien, on pense
qu'on a avantage à le faire immédiatement au départ, et, ensuite, on verra
comment on fait.
Maintenant,
je vais aussi vous dire, nous... J'ai peut-être les traits tirés ce matin, là,
puis notre avocat aussi, parce qu'on s'est tapé une analyse assez rapide du
rapport synthèse et des 60 quelques études qui nous mettent en garde
contre la fracturation hydraulique
parce qu'il y a beaucoup de problèmes qu'on n'a pas encore bien identifiés et
pour lesquels on n'a pas le contrôle.
Alors, raison de plus d'avoir un encadrement global, fracturation hydraulique
au complet, pétrole et gaz.
Le Président (M.
Lessard) : M. le député, oui.
Sklavounos :
Merci, M. le Président. M. Bélisle, est-ce que vous êtes rassuré, là, du
fait qu'à l'intérieur de l'étude
environnementale stratégique on parle du contexte économique et qu'on semble
dire assez clairement qu'au niveau de la rentabilité de faire
l'exploration ou l'exploitation, là, on risque de manquer, là — pour
même ceux qui veulent aller plus vite ou qui veulent avancer — on
risque de manquer d'arguments économiques?
arguments financiers et économiques sont généralement ceux qui semblent
influencer le plus les investisseurs et
ceux qui seraient tentés par l'aventure, à moins qu'on serait dans un autre cas
où le gouvernement subventionnerait le risque,
là, et prendrait une police contre le risque, là, en le mettant sur le dos des
contribuables. Mais est-ce que ça vous rassure
un petit peu de voir que ce n'est simplement pas rentable en ce moment de
procéder avec le gaz de schiste? Le gaz.
Mme Legendre (Sophie-Anne) : Bien, «rassurer», c'est un mot un peu fort.
C'est-à-dire que c'est sans surprise, notamment
à cause des cours actuels. On sait que ce n'est pas rentable présentement à
cause de tout ce que ça implique, mais
c'est une portion de l'argument seulement qui joue en la faveur de ceux qui
prônent la prudence et la précaution. Donc,
oui, bien sûr, on peut être ravis de cette analyse-là qui dit : Ce n'est
pas rentable. L'expérience des États-Unis nous le montre aussi, là, c'est une bulle qui, à certains endroits, commence
à montrer des signes de défaillance, mais je ne pense pas que c'est… en tout cas, pour moi ni pour
l'AQLPA... Ce qui nous intéresse le plus, ce n'est pas tant la rentabilité de
cette entreprise-là que les impacts à court,
moyen et long terme. C'est ce qu'on a beaucoup de difficultés à calculer, les
impacts à long et à très long terme. Ce
n'est pas seulement pour nous qu'on doit considérer les impacts, c'est pour nos
enfants et leurs petits-enfants, et il faut absolument garder ça en tête.
M. Bélisle (André) : Et peut-être, si
vous me permettez...
Le Président (M.
Lessard) : M. Bélisle.
M. Bélisle
(André) : ...un complément de
réponse, il faut faire bien attention parce que, là, il y a des signaux qui
démontrent que le prix du gaz a tendance à
vouloir remonter aux États-Unis. Eh bien, là, le Québec a investi — et ça a commencé sous le gouvernement libéral, et heureusement ça a été
poursuivi sous le gouvernement du Parti québécois — on a
investi des montants très importants dans la biométhanisation. Bien, ce qu'on
veut, dans le gaz de schiste comme dans le gaz naturel, c'est le méthane. Bien, le biométhane, c'est un gaz
naturel 100 % renouvelable qui permet de réduire les gaz à effet de serre et qui a la même valeur.
Alors, ça, pour nous, là, ce qui est important, c'est que le Québec renoue avec
ses vraies origines. Au Québec, là, on aime
les énergies vertes, renouvelables et sans impact ou de moindre impact sur
l'environnement. Bien, c'est ça qu'il faut développer.
Le Président (M. Lessard) : M. le
porte-parole.
Sklavounos :
Juste clarifier, la position du PLQ a toujours été en faveur du moratoire de
facto, si vous voulez. La seule chose
qu'on a refusé de dire, c'est un moratoire qui ne pourrait jamais bouger, qui
ne pourrait jamais changer et évoluer
avec la science. Alors, le moratoire de facto était en place en attendant la
science. La question que je vous pose, c'est
que — et il
faut que ce soit clarifié — dans le cas du BAPE, on parle du BAPE, là, sur Anticosti, là,
mais, à part d'un BAPE après
l'exploration, est-ce que c'est assez clair dans votre esprit, là,
qu'évidemment l'exploration au niveau d'Anticosti inclut de la
fracturation hydraulique? Donc, il y aura de la fracturation hydraulique à
Anticosti avant le BAPE, alors qu'ici on
parle de faire un BAPE. Je veux dire, c'est toute une contradiction, quand
même. Moi, quand on parle de
cohérence, là, ce n'est pas une question de la position, là, pour le
développement de nos ressources ou non, là, je parle d'essayer de comprendre la boîte à surprise, là, parce qu'on
avoue... vous le dites, ça prend beaucoup de flexibilité pour voir la
cohérence là-dedans. Au niveau du BAPE, là, Anticosti, qu'est-ce que vous avez
à dire là-dessus?
Legendre (Sophie-Anne) : Bien, il
ne faut pas de faire de procès d'intention. Moi, vraiment, mon idée ici, ce
n'est pas de faire de procès d'intention, mais je suis d'accord avec vous que,
s'il y a de l'exploration, il y a des dangers. Et puis de tenir le BAPE après avoir fracturé, c'est une idée qui tient
drôlement la route. Donc, bien sûr, c'est pourquoi on fait la recommandation suivante, que le
moratoire s'applique également à la fracturation pour le pétrole de schiste,
sur les phases d'exploration et d'exploitation. Donc, en ce sens, oui, il y a
une grosse lacune à Anticosti.
Sklavounos :
Est-ce que vous auriez aimé voir l'étude environnementale stratégique porter
sur la question du pétrole de schiste également? Parce que vous, vous
avez mentionné, M. Bélisle, que nous attendons encore le plan d'action du gouvernement au niveau des gaz à effet
de serre, là. Si je comprends bien, là, des deux procédés, là, pétrole
et gaz, là, il me semble que le pétrole
contribuerait plus au niveau des gaz à effet de serre. Je ne le sais pas, je
veux votre analyse là-dedans parce
qu'on semble aller vite sur le pétrole, on semble mettre les freins sur le gaz.
Quelqu'un a dit que les chevreuils
n'ont pas le droit de vote à Anticosti. Je ne sais pas, c'est une expression
que je ne vais pas reprendre, là, mais, au niveau des gaz à effet de
serre, là, votre analyse, là, malgré le fait qu'on n'a pas de plan d'action…
M. Bélisle
(André) : Bien, écoutez, là, il
faut se projeter dans le temps et dans quelque chose que nous, on ne veut pas voir, mais admettons qu'on décidait
qu'Anticosti devienne comme le Dakota. Bien, le Dakota, c'est un État que,
si vous étiez avec moi assis sur la lune,
bien, vous n'auriez pas vu. Et aujourd'hui, si on va s'asseoir sur la lune, le
Dakota est illuminé avec les dizaines
de milliers de torchères qui brûlent jour et nuit du gaz et qui polluent de
façon très importante. Alors, est-ce
que c'est ça qu'on veut voir à Anticosti? Certainement pas dans le cas de
l'AQLPA. Et les conséquences de ça,
bien, c'est clair que c'est en termes de gaz à effet de serre, mais c'est aussi
tous les gaz qui polluent l'air, qui sont à l'origine des pluies acides, de toutes les problématiques
atmosphériques. Alors, bien, c'est ça qu'on veut éviter. Et, pour nous,
c'est pour ça qu'on dit : On devrait, de façon très prudente, aborder
cette question-là, s'assurer qu'on a des plans.
Et là je reprends les paroles de M. le ministre,
bien, tant mieux, là, on voit que le gouvernement a donné des orientations pour
un plan d'action, mais il faut que ça soit très clair, qu'on ait un plan
d'action défini et qu'on puisse vraiment le
suivre. Parce que ça, ça a été le problème, hein? Nous, on a demandé, à un
moment donné, une évaluation du plan
d'action sur les changements climatiques parce qu'on en entendait parler, et
même on nous disait que Kyoto, c'était beau,
que tout était réglé. Bien, ce n'était pas le cas, hein, le Vérificateur
général a donné raison à l'AQLPA, il n'y avait rien de fait. Bien, on
veut éviter ça.
Le Président (M. Lessard) : Il vous
reste donc peut-être une minute. Oui, on a le député de Mégantic.
Bolduc
(Mégantic) : Merci, M. le Président. Une question
rapidement. Le ministre nous a mentionné tout à l'heure qu'on parlait de 0,43 kilomètre carré sur 8 000 kilomètres
carrés, mais que les employés du gouvernement seraient là, impliqués comme promoteurs. Est-ce que le fait
que le gouvernement soit promoteur, qu'il soit impliqué puis qu'il soit
juge et
partie en même temps… est-ce que ça vous rassure, ça?
M. Bélisle
(André) : Bien, oui, d'une
manière parce qu'avant ça on a vu l'invasion, que je qualifierais d'invasion
barbare, des entreprises, qui ont décidé de
faire n'importe quoi, n'importe comment, n'importe où. Et là, bien, avec le
gouvernement, il y aura probablement une
petite gêne. Mais la cohérence, là, nous oblige à encadrer d'abord et à
procéder ensuite.
Bolduc
(Mégantic) :
Encadrer d'abord, procéder ensuite. Est-ce qu'il me reste du temps, M. le
Président?
Le Président (M.
Lessard) : Oui. Il reste… Bon, c'est moins d'une minute.
Bolduc
(Mégantic) : Est-ce que vous êtes d'accord
avec le fait qu'on veut prioriser le développement du pétrole dans un contexte où le gaz naturel est 30 %
moins polluant que le gaz naturel ou... qui provient de la biométhanisation?
Puis vous nous avez parlé un petit peu de ce contexte-là, pouvez-vous élaborer
là-dessus?
M. Bélisle (André) : Bien, écoutez, pour nous, le gaz qu'on peut produire à partir de la
matière organique, qui est le
biométhane, c'est la voie à emprunter. On l'a dit dès le début du dossier des
gaz de schiste, et maintenant même Gaz Métro le reconnaît.
Président (M. Lessard) : Malheureusement, je vais devoir vous couper
là-dessus, j'ai le mauvais rôle. Donc, on
va passer maintenant au deuxième groupe de l'opposition. Donc, je cède donc la
parole au député de Nicolet-Bécancour pour 3 min 48 s.
Martel : Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux. Moi,
j'aimerais ça avoir, très franchement, votre position par rapport à une expérience pilote. Nous, on
s'est positionnés favorables à ça. Pour en avoir discuté avec le ministre, il
avait l'air à être favorable aussi, le Parti
libéral. L'industrie était d'accord à faire, pendant le moratoire, des
expériences pilotes dans des endroits
sécurisés où il y a un potentiel, quand même. On ne peut pas aller faire des
expériences pilotes où est-ce qu'il
n'y a pas de gaz de schiste. Moi, très franchement, j'aimerais ça, connaître
votre position par rapport à une expérience pilote.
M. Bélisle (André) : Bien, si vous me permettez, M. le Président, il y a une réponse
peut-être bien simple à ça, puis elle
vient de l'industrie elle-même, c'est M. Binnion qui disait : On n'a même
pas besoin de faire d'expériences, il y a tellement de puits qui ont été forés partout aux États-Unis et dans
l'Ouest canadien qu'on sait comment ça marche. O.K.? Bon, bien, maintenant, on doit encadrer parce
qu'on a vu partout... Et ça, on nous présente toujours l'aspect, bon, il y
a de l'argent qui se fait, mais on
parle très peu des problèmes environnementaux qui ont été causés. Eh bien,
l'idée d'apprendre ou d'acquérir des
connaissances, si c'est mal encadré, va donner les mêmes résultats qu'on a vus
ailleurs. Alors, pour nous… Et là je
reprends le… de M. Binnion, là, qui nous disait qu'au fond on a les
connaissances, ce qu'il faut, c'est… Bien là, ce n'est pas M. Binnion. Lui, il disait qu'ils avaient les connaissances,
l'industrie. Mais, nous, ce qu'on dit, c'est l'encadrement, là, qui va
faire foi de tout là-dedans, là.
Mais, bon, en même
temps, comme je disais tantôt, pour nous, à l'AQLPA, on est contre la
production de pétrole et de gaz si ça nous
amène à ne pas respecter nos engagements de réduction de gaz à effet de serre
par rapport au réchauffement
planétaire. Mais il y a aussi les autres gaz qui causent d'autres problèmes
comme les pluies acides, dont on parle peu, mais qui sont en train de
revenir nous hanter.
Bolduc
(Mégantic) : Je ne suis pas sûr si j'ai bien
compris votre réponse. Je vais vous donner la parole, mais est-ce que
vous êtes d'accord ou pas d'accord à ce qu'il y ait une expérience pilote?
Mme Legendre
(Sophie-Anne) : Pas d'accord. Avec plus de 45 000 puits aux
États-Unis, je pense qu'il y a suffisamment de puits pour aller faire des
études. Ceci dit, j'aimerais attirer votre attention sur le fait que, si on
veut faire des études exploratoires, ce
serait comment régler les problèmes de fuite, qu'on devrait s'attarder à
régler. Ça, ce serait une bonne étude
à faire. Sur les 31 puits forés au Québec, 19 puits fuyaient aux dernières nouvelles.
Il faudrait aller vérifier à la
source est-ce que ces puits-là fuient encore. Je crois que, s'il y a une
expertise d'avenir à développer, de leader, ça va être d'être capable de vraiment colmater les fuites qui vont
continuer de se produire aux alentours des puits pour les années à venir si on en croit l'expérience
précédente. Donc, il n'y a rien qui justifie l'exploration présentement,
puisque la littérature et l'expérience étrangères sont bien assez
développées pour qu'on puisse se faire une tête.
je reviendrais aux questions précédentes. Je reviens là-dessus, le pétrole de
schiste versus le gaz de schiste. On
parle de fracturation hydraulique, et c'est de ça dont on devrait parler, pas
de ce qu'on va tirer, parce qu'on va tirer du gaz, du pétrole, de la houille, plein d'autres produits qui vont sortir
de ces trous-là qu'on creuse. Donc, on devrait parler de fracturation,
hydraulique et autre, même, parce qu'on s'aperçoit…
Le Président (M.
Lessard) : Il vous reste à peu près 30 secondes.
Martel : Oui, c'est ça, c'est parce que, là, ça
m'intéressait, vous répondez à la question de mon collègue, mais vous ne trouvez pas ça curieux que le ministre
impose un moratoire par rapport à l'exploration des gaz de schiste dans les
basses-plaines du Saint-Laurent, mais pas au
niveau d'Anticosti... qu'il impose... pas un moratoire, qu'il demande au BAPE,
je veux dire?
Mme Legendre (Sophie-Anne) : Bien, comme je vous disais, je préfère ne pas
faire de procès d'intention, mais je vous
dirais simplement que le
titre de notre mémoire en dit long, c'est Le projet
de loi n° 37 : en augmenter la portée pour plus de
cohérence .
Le Président (M.
Lessard) : ...le temps est donc passé. Donc, je vais donc…
La commission
suspend donc ses travaux jusqu'après les affaires courantes. Alors, merci de
votre présentation, puis on…
(Suspension de la séance à 11 h 51)
Président (M. Lessard) : Alors, merci, donc. À l'ordre, donc, s'il
vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement
ouverte. Je demande aussi à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Je vous
rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre les auditions
publiques dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 37, Loi interdisant certaines
activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le
schiste.
Alors, je
tiens à rappeler au groupe qui va se présenter et pour tous les membres de la
commission, donc pour nos invités d'aujourd'hui, dont on va demander par
la suite de se nommer, mais... donc, les échanges, c'est 10 minutes de présentation. Après ça, il y a 35 minutes
d'échange : 16 minutes est donné au gouvernement,
15 min 12 s à l'opposition officielle et 3 min 48 s
à la deuxième opposition.
Alors donc,
on s'est entendus, je pense, de consentement, de terminer à 18 heures. Et
là on est en train de recalculer quels
seront les temps de parole attribués à chacun et on va s'ajuster sur le nombre
de personnes à être présentées. Alors donc,
on va débuter sans plus tarder à la MRC de Nicolet-Yamaska, qui vient nous
visiter cet après-midi. Si vous voulez vous
présenter pour les fins d'enregistrement de nos audiences. Par la suite, on
pourra distribuer, donc, le temps de parole, après votre présentation de
10 minutes. Bonjour.
Drouin (Alain) : Merci, M. le
Président. Merci, M. Lessard, de nous accueillir à cette commission
parlementaire. Vous me permettez
de... Mon nom, c'est Alain Drouin. Je suis maire de la ville de Nicolet, préfet
de la MRC Nicolet-Yamaska. Je suis
accompagné du directeur général de la MRC Nicolet-Yamaska, M. Jean-François
Albert. Vous me permettez de saluer
le ministre de l'Environnement, M. Blanchet. Vous me permettez aussi de saluer
M. Martel, qui n'était pas loin tantôt. Il s'est effacé, il va revenir,
j'imagine. Alors, mon député, il faudrait l'identifier comme ça.
Alors,
normalement, on devait vous donner un petit peu de temps. On ne sera pas très
longs dans notre présentation. Le portrait, peut-être qu'on pourra
préciser, là, qui on est. La MRC de Nicolet-Yamaska est un organisme dont le mandat principal est de voir à l'aménagement du
territoire, comme toutes les MRC du Québec. La MRC se caractérise par un milieu rural à 98 % de son territoire. Et
98 %, donc, de son territoire est situé dans une zone agricole, et chose
que nous ignorions précédemment, le sous-sol de la MRC est notamment
composé de schiste.
La MRC compte
sur son territoire 16 municipalités et une communauté autochtone. Elle s'étend
sur une vaste plaine bordée par le
fleuve Saint-Laurent et est découpée par les rivières Saint-François, Nicolet
et Bécancour. L'UNESCO a reconnu la
réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre, qui représente une portion
significative de son territoire. Il s'agit donc d'un territoire à vocation agricole avec un fort potentiel
récréatif en bordure du fleuve Saint-Laurent, et dont le chef-lieu est
la ville de Nicolet.
Le contexte de la MRC de Nicolet-Yamaska versus
le gaz de schiste. Dès que la MRC a été mise au courant d'activités de forage sur son territoire, elle s'est intéressée à la
question du gaz de schiste. C'était en avril 2009. Aujourd'hui, donc a posteriori, je pense qu'on peut dire que la
MRC aura été un leader dans son milieu et même, à une plus grande échelle,
concernant le débat qu'a connu le Québec au sujet du gaz de schiste dans les
dernières années. C'est depuis ce moment
un sujet d'intérêt pour la MRC, qui suit de près tout développement dans ce
dossier, et notre présence ici n'est pas
étrangère à notre intérêt toujours vivant de participer à cette grande
réflexion sur l'avenir de la filière gazière au Québec.
On comprendra
que, dans le débat sur le gaz de schiste puis sur le développement de
l'industrie pétrolière ou des hydrocarbures,
les municipalités, les MRC ont été et seront encore les premières interpellées,
les premières institutions, en tout
cas celles qu'on décrit toujours comme étant les plus proches des citoyens,
vont être encore... ça sera encore ça dans l'avenir. Et, lorsqu'il sera
question de développement de l'industrie gazière ou pétrolière, eh bien c'est
sûr que ça va atterrir dans nos cours. Et,
si on se fie à l'expérience passée dans nos cours, c'est atterri avec assez
d'agressivité puis de façon assez
violente. On a vécu de façon assez particulière le développement, là, de la
filière du gaz de schiste, de façon encore
un petit peu plus pointue. Alors, on souhaite que, dans les décisions qui
seront prises dans le développement de l'industrie,
bien, qu'on tienne en compte qu'il y a des gens sur le territoire qui vivent ça
de proche puis qui ne sont pas menacés, mais qui sont interpellés, et de
façon agressive.
Trois puits
d'exploration ont, à ce jour, été forés sur le territoire de la MRC. Mis à
part
les craintes soulevées par la
population, nous n'avons pas été témoins de problèmes particuliers vécus par
les citoyens du territoire, là, durant la période de test ni depuis ce jour. On n'a pas vécu de problèmes. En ce
qui concerne les craintes manifestées par la population, nous avons reçu une forte délégation citoyenne lors d'un
conseil des maires, et le conseil des maires a maintenu sa position, qui était à l'époque — je vais la résumer, là — la suivante. Donc, dans le contexte
actuel — puis je
pense que c'est
encore vrai — n'ayant
pas en main toutes les informations pertinentes pour prendre une décision
éclairée, le conseil des maires est
contre la poursuite des activités de forage. Cette position sera révisée à la
lumière du rapport du comité
responsable de l'étude environnementale stratégique qui vient juste d'être
publiée. C'est un engagement que nous avons pris comme conseil des
maires devant la population de la MRC Nicolet-Yamaska.
En 2009, nous avons formé un comité ad hoc avec
cinq autres municipalités régionales de comté, et on s'était donné comme mandat d'approfondir nos connaissances
sur la question de l'exploitation, là, afin de protéger efficacement les intérêts de nos populations respectives. Nos
objectifs, notre compétence et notre prise de parole se sont faits au nom
des citoyens, jamais de façon scientifique.
On n'avait pas les connaissances, nous, on était là pour représenter la
population, défendre ce qu'on croyait
les intérêts de la population. Donc, ce comité ad hoc, on l'a formé en
souhaitant, justement, pouvoir
regrouper nos forces avec cinq territoires de MRC et on a laissé tomber... Bon,
on se rappellera qu'il y a eu la création
du comité de liaison, qui a un petit peu adouci les affaires dans cette
époque-là, et on s'est rendu compte aussi que, finalement, ça nous prendrait de l'argent pour avoir les
compétences pour développer, justement, les connaissances sur l'exploitation des gaz de schiste, et on a dû
abandonner pour ces deux raisons-là : le manque de soutien financier et le
manque de ressources, et la création du comité de liaison.
La MRC, par
contre, a pris position à plusieurs reprises dans le dossier, et notamment par
l'intermédiaire d'un mémoire qui a
été déposé ici dans le cadre d'une consultation précédente, justement, là,
relativement à la
Loi sur les mines, le
projet de loi n° 79. Et nous pensons que notre position est toujours
pertinente, mais elle sera particulièrement utile lorsque viendra le
temps d'influencer la rédaction de la future
loi sur les hydrocarbures.
La position
de la MRC versus le projet de loi n° 37 de façon particulière. Alors, la
MRC se réjouit du moratoire prévu au
projet de loi, malgré que la MRC a toujours évité de faire la promotion d'un
moratoire. On s'en réjouit, même si on n'en a jamais fait la promotion.
Pour nous, le plus important, c'est surtout que les études environnementales stratégiques concernant le gaz de schiste
permettent à l'État et à l'ensemble de la population de faire les bons choix.
Le moratoire ne doit pas être une
rupture dans le processus. C'est une étape, tout simplement, qui devra mener à
une position gouvernementale claire,
définitive, qu'elle soit favorable ou non au développement de la filière. Donc,
le moratoire, c'est une étape dans le processus.
Nous avions
fait écho, dans notre mémoire déposé dans le contexte de la révision de la Loi
sur les mines, que nous estimions
être très mal préparés à la venue de l'industrie gazière. Il faut que cette
période de moratoire permette précisément de nous donner des moyens raisonnables et efficaces pour bien encadrer
l'industrie si la population du Québec, à la lecture des résultats des études en cours, compte,
effectivement, développer ce potentiel. Donc, c'est une période de transition,
la période de moratoire.
Il y a eu des changements intéressants dans la
Loi sur les mines que nous recommandions, là, tels que la possibilité pour le monde municipal de fixer
certaines limites au développement de l'industrie à l'égard des autres usages
du territoire. Cela laisse espérer dans le
futur une meilleure prise en compte des intérêts locaux dans la réalisation des
projets d'exploitation des ressources naturelles. Je redis, la proximité du
monde municipal dans ces dossiers-là et la proximité
de l'exploitation aussi, hein, qui devra… De par sa nature même, l'exploitation
gazière devra se faire de façon intensive,
donc avec de nombreux puits. Ça ne pourra pas se faire n'importe comment, là,
c'est dans la nature même de l'industrie, on croit, là... Alors, ça va
venir perturber pas mal le territoire et l'habitat. Alors, il faudra s'assurer
que la population accepte.
Pour
l'instant, vous aurez donc compris que la MRC n'est ni pour ni contre le
développement du gaz de schiste. Nous avons pris l'engagement devant la
population de prendre une position quand nous aurons pris connaissance des conclusions de l'étude environnementale
stratégique qui est sortie hier. Encore une fois, là, l'imposition d'un
moratoire nous apparaît donc
raisonnable dans le contexte actuel, mais à la seule condition qu'il faudra
statuer une fois pour toutes au sujet de la pertinence ou non de
développer cette filière en sol québécois.
Le Président (M. Lessard) : …d'une
minute, M. le préfet.
M. Drouin
(Alain) : Merci. Il ne saurait
s'agir d'un moyen final. Il s'agit d'un moyen transitoire, et le délai de
cinq ans inscrit à la loi apparaît plus que
suffisant pour permettre à l'État de tracer une voie claire pour le
développement du gaz de schiste. À ce
sujet, vous pouvez compter sur la MRC Nicolet-Yamaska pour continuer de
contribuer au débat et à la
réflexion. Évidemment, on ne sera pas là comme des experts, on va continuer d'y
être à
titre de représentants de la population. Nous espérons donc être
entendus lorsque viendra le temps d'étudier la future
loi sur les
hydrocarbures. Merci de votre attention. On pourra répondre à vos questions.
Président (M. Lessard) : Merci beaucoup, M. le préfet. Je pense que
vous avez bien fait étalage des expériences que vous avez vécues chez
vous, donc.
Juste avant
de passer la parole au gouvernement, donc, suite à une entente intervenue entre
les partis de terminer à 18 heures, le
temps de parole sera réparti comme suit. Donc, pour les groupes, le 10 minutes
va rester pour la présentation, et,
donc, il restera 23 minutes, donc, pour l'ensemble des partis à se
partager : 10 minutes au gouvernement, neuf minutes à l'opposition
officielle, et le 3 min 48 s qui est préservé, là, pour la deuxième opposition.
Alors, M. le ministre, sans plus tarder, je vous
laisse la parole.
Blanchet : J'aime
toujours ça, faire sourire mon collègue de Nicolet-Bécancour.
Écoutez,
bien, d'abord, bien le bonjour, M. le maire, M. le directeur. Évidemment, on ne
fera pas comme si on ne se connaît
pas. C'est toujours un plaisir de vous voir et c'est... Je dirais que votre
présence et ce que vous venez de nous dire a quelque chose d'emblématique, et je vous
explique pourquoi. D'abord, Nicolet-Yamaska, on est dedans, là, on est dans la zone dans laquelle... tout près. Parce que
l'intensité de l'inquiétude, ça se situe un peu plus Bécancour que Nicolet.
Mais grandes inquiétudes, si on déborde un peu
vers Drummond, on arrive Saint-Bonaventure. Donc là, on est dans le
très, très emblématique, vous êtes dedans.
Or, ce que
vous dites aujourd'hui… Vous n'amalgamez pas ce débat avec d'autres, vous ne
dites pas : On tranche sur le
fond. Vous ne dites pas : On présume de ce que doit être la fin des
discussions. Vous ne dites pas : On sait ce que la science va dire avant que la science le dise. Vous
dites : Écoutez, on ne le sait pas trop. Puis même vous faites état d'un
historique où ça a brassé un peu d'un côté,
un peu de l'autre, et vous dites : Dans ce contexte, le gouvernement
choisit le bon outil en imposant un
moratoire. Alors, moi, je trouve ça particulièrement intéressant non pas par
récupération, mais parce que c'est ce
qu'on voulait. Fondamentalement, c'est ce qu'on voulait. Au-delà du débat de
fond qui va se faire, au-delà des analyses qui sont rendues publiques,
au-delà des consultations qui vont avoir lieu avec le BAPE, il était essentiel qu'effectivement on se donne cet outil de recul,
que d'autres voudront peut-être un peu démoniser, mais son intention n'a
jamais été dans cet esprit-là.
Quelques
questions qui vont nous éclairer parce que vous êtes plus proches des citoyens
qui le vivent qu'à peu près n'importe
qui parmi ceux qui vont venir ici, sauf peut-être d'autres MRC. Si ça avait été
fait autrement — parce
qu'on a tous décrit un peu la façon
cavalière dont ça s'est passé au début — si ça avait été fait autrement, si ça avait
été fait selon ce qu'on pourrait
considérer aujourd'hui comme les règles de l'art, si les approches auprès des
citoyens avaient été nuancées, si ça
avait été : Écoutez, c'est un processus scientifique, exploratoire au
début, et non pas comme… — ça nous a été écrit de
même, je ne sais pas si ça s'est passé de même — et non pas : J'ai le droit, j'y vais…
Vous savez, il y a eu… les citoyens ont
été très heurtés. Est-ce qu'on aurait un débat différent aujourd'hui si les
citoyens n'avaient pas eu ce sentiment d'être accessoires sur leurs
propres terres?
M. Drouin (Alain) : Les politiciens, en
général, à des situations hypothétiques, ils voient des questions hypothétiques et ne répondent pas, mais je vais
répondre parce que… Puis je vais répondre oui à votre question. Si ça avait été différent, le résultat… Si ça avait été présenté
différemment, le résultat aurait été différent, je suis convaincu. Il aurait été quoi, le résultat? Je ne le sais pas
parce que le différent, c'est tout ce qui n'a pas été fait. Puis tout ce qui
n'a pas été fait, bien, il y a des
affaires qui ont été mal faites, puis il y a des affaires qui ont peut-être été
bien faites. Donc, la réponse, c'est
sûr que c'est oui s'il y avait eu une différe