Public Finance — 11 February 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2021-02-11
Quebec — Committees
J'ouvre, d'ailleurs, une parenthèse pour
mentionner que le processus de sélection proposé a été élaboré en fonction des travaux d'analyse et d'une vigie
effectuée auprès de 13 organisations comparables au Québec, au Canada
et à l'international. Ainsi, le processus de
sélection proposé correspond aux tendances observées ainsi qu'aux pratiques
en vigueur.
L'objectif est de permettre aux ministères et
organismes de doter leurs emplois de façon efficiente et surtout en temps
opportun, d'être compétitifs sur le marché de l'emploi et d'opter pour des
pratiques de gestion flexibles pour ainsi assurer des services de qualité aux
citoyens.
Il est souhaité, pour ce projet de loi, de
répondre à des problématiques qui nuisent à l'efficience et à la compétitivité
de la fonction publique comme employeur afin que nous soyons plus performants
lorsque vient le moment de combler nos
emplois. En effet, les processus de qualification actuels ne répondent pas
toujours aux besoins précis des ministères et organismes. Les offres
d'emploi sont génériques, les candidats inscrits dans des banques de personnes
qualifiées n'ont pas nécessairement le profil précis qui est recherché par les
différentes organisations du gouvernement. De plus, certains candidats ne sont
plus disponibles ou intéressés à un emploi lorsque celui-ci est offert, en raison d'un délai trop long entre la
publication de l'appel de candidatures et le moment où ils sont sollicités.
Depuis 2015, c'est plus de
500 000 candidatures qui ont été traitées et analysées. De ce nombre,
seulement 5 % d'entre elles ont été
embauchées, soit environ... soit plus de 30 000 personnes,
30 700 environ. Il faut donc se rendre à l'évidence que nous
traitons un trop grand nombre de dossiers par rapport au nombre d'emplois à
pourvoir et que cette méthode affecte grandement l'efficience des processus et
la performance de la fonction publique.
Ces problèmes nuisent à
l'image du gouvernement en tant qu'employeur. Il peut s'écouler plusieurs mois,
comme je l'ai dit, voire plusieurs années,
des fois, entre le dépôt d'une candidature et la présentation d'une offre
d'emploi au candidat. Ce dernier a
donc amplement le temps de se désintéresser ou de trouver un autre emploi.
Bref, si nous voulons être plus
performants à la dotation de nos emplois, nous devons moderniser nos façons de
faire et mettre fin à l'ère des délais et des processus de qualification
génériques.
Nous proposons, donc, un nouveau processus de
sélection qui nous permettra de combler nos emplois en temps opportun. Les principes qui encadrent ce nouveau processus de
dotation sont : l'efficacité, l'efficience, l'imputabilité, la transparence et surtout l'égalité d'accès du
citoyen à la fonction publique, tout en favorisant, naturellement, l'équité
et la diversité. Ceux-ci ne feront jamais l'objet de compromis.
À cet effet, permettez-moi de préciser que le
processus de dotation par qualification actuel est similaire à celui qui était
en vigueur il y a près de 50 ans. Bien sûr, au fil du temps, des
modifications ont été apportées, ici et là, mais
force est de constater que les mêmes problèmes reviennent. C'est pourquoi,
cette fois-ci, il est proposé de changer les paradigmes afin que le
processus de dotation permette une nomination au terme d'un processus de
sélection pour un emploi précis au lieu de créer des banques de personnes
qualifiées pour pourvoir d'éventuels emplois. Parmi les modifications proposées
au processus de dotation à travers le p.l n° 60, on
retrouve la publication d'offres d'emploi précises
au lieu d'appels de candidatures génériques, des moyens d'évaluation en lien
avec l'emploi précis à combler, au lieu d'examens génériques en salle, une
approche décentralisée, un processus de sélection qui prend en compte
les besoins précis des ministères et organismes.
En terminant, je répète que le besoin criant de
moderniser nos façons de faire est au coeur de ce projet de loi. En opérant une
réforme en profondeur du processus de dotation, nous faisons en sorte que tout
le monde y gagne. Les candidats perdront moins de temps dans les banques à
attendre d'être convoqués en entrevue, sauront rapidement si leur candidature
est retenue ou non et entreront en fonction beaucoup plus rapidement, et ce, au
bénéfice de notre belle fonction publique.
Aussi, les ministères et organismes seront en mesure d'obtenir le bon candidat,
pour le bon poste, au bon moment.
Petit projet de loi très ciblé, mais d'une
importance capitale, j'en suis convaincue, pour l'avenir de notre fonction
publique... J'ai de grandes ambitions pour repositionner cette fonction
publique comme un employeur de choix, et
ainsi être plus attractifs pour mener à terme nos projets pour le Québec.
J'invite mes collègues de tous les partis à la même collaboration constructive que nous avons eue précédemment et
que nous avons toujours ensemble, mais je vous assure également de mon
ouverture et de ma collaboration, comme toujours. Écoutons ensemble les
consultations et voyons, par la suite, comment on peut améliorer ce projet de
loi dans les objectifs que je viens d'élaborer. Mais, avant tout, je suis
vraiment impatiente d'entendre les groupes que nous aurons. Alors, merci, M. le
Président.
Le Président (M. Simard) :
Merci à vous, Mme la ministre. Je cède maintenant la parole au porte-parole de
l'opposition officielle, le député de La Pinière.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Alors, d'entrée de jeu, je souhaite la bienvenue à tout le monde,
évidemment. Très heureux de se retrouver, ça fait effectivement longtemps que
nous n'avons pas eu la chance de débattre.
Alors, ça a été agréable, jusqu'à maintenant, je suis sûr que ça va continuer
de l'être et, surtout, je suis convaincu que ça va être productif.
Par contre, à
propos du projet de loi qui nous intéresse, actuellement, j'ai plusieurs
interrogations, M. le Président. Alors, évidemment, quand j'entends la
ministre, la présidente du Conseil du trésor nous mentionner l'importance
d'avoir un processus, une procédure qui soit équitable, transparente,
efficiente et efficace, bon, tout le monde est d'accord avec ce genre d'énoncé
là, je le suis et j'appuie la chose.
Maintenant, j'ai quand même quelques bémols.
Alors, quand on prend l'argument de dire que nous voulons le projet de loi n° 60 pour être plus compétitifs, bien, ce n'est pas la
procédure qui rend notre dotation d'emploi compétitive, notre compétitivité;
c'est-à-dire, donner, avoir les meilleurs candidats possibles pour une fonction
déterminée, provient des conditions d'emploi, nommément le salaire. Et ça, évidemment,
dans le projet de loi n° 60, je ne pense pas qu'on va s'adresser à ça. Il
est quand même connu depuis toujours que la compétitivité à laquelle on fait
face... bien, on a des problèmes parce qu'on paie moins bien les gens, au
gouvernement du Québec, pour une compétence équivalente, et ça, ça ne va pas se
régler par le projet de loi n° 60. Donc, cet objectif-là ne peut pas être
atteint, ça, c'est, pour moi, très clair.
À partir du maintenant où on a enlevé du tableau
cet élément-ci, bien, il y a des éléments dans le projet de loi qui sont
problématiques. Alors, on entendra plusieurs groupes, dont la Commission sur la
fonction publique. Bien, moi, j'aurais une
question à poser, très simple : Allons-nous être équitables à ceux qui
bénéficiaient du régime en place? Je fais référence aujourd'hui
spécifiquement à l'article 8, qui vient faire en sorte que le régime qui
était en vigueur, évidemment, va être aboli. Mais nulle part dans le projet de
loi on ne prend en compte le tort qu'on vient causer à ceux qui, au fil des
années, ont pratiqué dans d'autres champs d'activité, notamment dans le secteur
politique. Ça, moi, quand une loi vient
abolir des choses sans compensation, sans prendre en considération le tort que
ça fait à l'existant, je pense qu'il y a un problème et je vais évidemment
vouloir m'y adresser au fil des consultations et de l'étude détaillée
que l'on fera.
Maintenant, je vais quand même rappeler à tout
le monde qu'on est dans un milieu politique. C'est sûr que ce qui nous est
présenté dans le projet de loi vise une plus grande efficacité, mais un milieu
politique, c'est un milieu politique. Est-ce que ce qui
est proposé actuellement garantit — et j'insiste là-dessus — une
impartialité? Est-ce que l'organisme, qui est la CFP, qui, elle, a la capacité
de surveiller ça, aura les moyens de le faire? Est-ce qu'on peut, dans une
organisation politique, être 100 % impartial? Je comprends et j'admets le
fait que le mode de dotation que l'on a actuellement pose des problèmes, mais
il avait une grande neutralité. Actuellement, allons-nous vraiment retrouver une neutralité équivalente? Aujourd'hui,
là, dans l'état actuel du projet de loi, je ne vois pas nécessairement
ces conditions-là. On en reparlera, évidemment. Merci, M. le Président.
Président (M. Simard) : Merci à vous, M. le député de
La Pinière. Je cède maintenant la parole au député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Mme la présidente du Conseil du trésor, chers
collègues, moi aussi, je suis heureux de vous voir, mais j'ai peu de temps pour
vous faire connaître toute l'appréciation que j'ai d'être avec vous
aujourd'hui, alors j'irai rapidement.
J'aborde évidemment
avec ouverture l'étude du projet de loi n° 60. Par contre, j'ai quelques
doutes ou questions, assurément, sur le
modèle qui sera retenu et sur les règlements qui seront déposés aussi en appui,
évidemment, mécanique de ce projet de loi. Tout est là, hein, tout est
là, dans l'application d'un projet de loi.
Si nous devions,
d'aventure, nous diriger vers un modèle calqué purement sur le milieu des
affaires, donc un modèle purement business, au nom de l'efficacité — je ne
le dis pas méchamment, mais ce sont souvent des mots qui reviennent dans la
bouche du gouvernement de la CAQ — bien, évidemment, on va s'assurer que
l'équité et que l'efficacité ne soient pas
juste le maître-mot pour passer par-dessus certains principes comme l'équité et
la compétence, puisque, selon moi,
peut-être que le processus actuel est long, mais la compétence devrait
néanmoins, encore et toujours, rester un critère cardinal d'évaluation.
Alors, voilà. Je m'arrête ici. Merci.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Je cède la parole au
député de Jonquière.
M. Gaudreault :
Oui. Merci beaucoup. Bonjour à tous et à toutes.
Un des plus grands
atouts du Québec, depuis la Révolution tranquille, c'est d'avoir été capable de
constituer une fonction publique forte, dédiée, indépendante, professionnelle,
distribuée partout sur le territoire du Québec. Et je suis un... j'ai beaucoup
de reconnaissance pour le travail fait par la fonction publique.
Maintenant, il faut
certainement favoriser le renouvellement de la fonction publique, la rendre
attirante pour poursuivre dans cette construction d'un État fort, moderne,
adapté à la réalité du XXIe siècle, mais il ne faut pas que ça se fasse au détriment de la compétence, de la
connaissance du français comme condition de base pour travailler dans la
fonction publique québécoise, et il ne faut surtout pas revenir à une époque de
retours d'ascenseurs politiques. Alors, voici quelques éléments sur lesquels
j'entends être extrêmement vigilant.
Ceci étant dit, nous
sommes favorables au principe de ce projet de loi. Alors, voilà. J'ai bien hâte
d'entendre nos invités.
Le Président
(M. Simard) : Merci, cher collègue. Alors, nos remarques
préliminaires étant terminées, nous allons entreprendre la
partie des auditions
et nous avons l'honneur de recevoir aujourd'hui des représentants de la
Commission de la fonction publique, qui sont déjà avec nous en ligne depuis un
certain temps.
Madame, monsieur,
bienvenue. Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter, après quoi vous
pourriez