Public Finance — 8 February 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CFP 2023-02-08
Quebec — Committees
(Onze
heures trente-cinq minutes)
Le Président (M. Simard) :
Alors, chers amis, bonjour. Bienvenue à tous. Je constate que nous avons
quorum. Conséquemment, nous sommes en mesure de débuter nos travaux.
Mais
avant, bien entendu, toutes nos pensées accompagnent les familles, les parents,
les enfants, les employés de Laval, du quartier de Sainte-Rose, lourdement
éprouvés cet avant-midi par les événements que vous connaissez. Et d'où nous
sommes, ici, au Parlement, nous sommes en complète solidarité avec tous ceux
qui sont touchés.
Chers
amis, j'aurais besoin, avant de poursuivre nos travaux, d'un petit consentement
pour que nous puissions aller au-delà
du temps prévu, afin de vous conserver l'entièreté de vos temps de parole. Il y
a consentement? Consentement. Alors,
comme vous le savez, notre commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le document
de consultation sur la Régie de rentes du Québec intitulé Un régime adapté
aux défis du 21e siècle .
Alors, Mme la
secrétaire, bonjour. Y aurait-il des remplacements ce matin?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. Mme Rizqy
(Saint-Laurent) est remplacée par Mme Caron (La Pinière), et M. Bouazzi
(Maurice-Richard), par Mme Ghazal (Mercier).
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Et avant d'entreprendre notre première
consultation, j'aurais besoin de votre consentement afin que le député de
Camille-Laurin puisse effectuer une remarque préliminaire. Y aurait-il
consentement? Consentement. Alors, M. le ministre, la parole vous appartient.
M. Girard (Groulx) :
Merci. Je
me joins, évidemment, à vous pour ces pensées dans ces circonstances
difficiles.
La loi nous oblige à
une consultation publique sur le Régime de rentes du Québec à tous les six ans,
et c'est un exercice extrêmement important.
Et j'aimerais souligner le travail de Retraite Québec et du ministère des
Finances. J'ai plusieurs personnes qui m'accompagnent, de Retraite
Québec, je vais les nommer, ces experts seront appelés à intervenir plusieurs
fois dans nos discussions. Alors, je vous les présente : Mme Sonia Potvin,
vice-présidente aux politiques et aux programmes; M. Jean-François Therrien,
directeur général du régime public de rentes et actuaire en chef du Régime de
rentes du Québec; M. François Boulanger, expert du dossier; M. Philippe
Guèvremont, expert du dossier; Mme Anne
Hudon, directrice générale des communications; M. Philippe Bériault,
directeur des revenus de retraite et du soutien aux aînés.
Alors, le Régime de
rentes du Québec constitue le pilier central du système de retraite québécois,
et nous proposons, dans le cadre de ces
consultations publiques, des pistes de solution pour améliorer le régime, qui,
je le rappelle, fournit aux Québécois une rente viagère indexée.
Alors, nous
souhaitons consulter la population sur les âges minimal et maximal
d'admissibilité à la rente de retraite, dont
le report permettrait d'améliorer la rente durant toute la retraite; le
maintien en emploi des personnes de plus de 65 ans en regard de
l'obligation de cotiser au RRQ au-delà de 65 ans et de la protection de la
rente de retraite des personnes de 65 ans ou plus qui voient une
diminution de leurs revenus de travail; les facteurs d'ajustement pour le
versement anticipé de la rente de retraite, dont la révision permettrait
d'apporter des changements bénéfiques tout en diminuant les coûts pour le
régime; la reconnaissance des périodes de diminution de revenus de travail qui
pourraient être améliorées pour mieux
prendre en compte certains éléments de vie des travailleuses et travailleurs,
notamment pour le régime supplémentaire.
Je le répète, depuis
près de 60 ans, le Régime de rentes du Québec offre une protection
financière de base, notamment en cas de retraite ou d'invalidité. Durant cette
période, le régime a continuellement évolué en fonction des besoins de la
population. L'évaluation actuarielle au 31 décembre montre que le régime
de retraite est en bonne situation financière. C'est cette situation financière
qui permet d'envisager des changements dans l'intérêt supérieur des Québécois.
Le contexte a
énormément changé, les Québécois étudient plus longtemps et vivent plus longtemps.
Dans les 40 dernières années, l'espérance de vie a augmenté de sept ans — c'est
plus pour les femmes, un peu moins pour les hommes — et, d'ici 2030, ce
sept ans se transformera en neuf années. Les Québécois étudient aussi en
moyenne trois ans de plus qu'il y a 40 ans, et donc la période où on
accumule des revenus de retraite est comprimée par rapport à la longévité des
Québécois. C'est ce qu'on appelle le risque de longévité.
Donc, la consultation n'a qu'un seul objectif,
l'intérêt supérieur du Québec, et vise à assurer la sécurité financière des
Québécois à long terme. Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Je supporte effectivement vos
commentaires à propos des événements de Laval. C'est tragique.
Il s'agit d'une
obligation pour le gouvernement, une fois aux six ans, de faire une
consultation et de s'assurer de la viabilité
de notre Régime des rentes du Québec. Le document de consultation remis par le
ministère, qui comporte l'étude actuarielle ainsi que certaines
recommandations afin d'adapter le régime, est très bien réalisé, et je tiens à
remercier les équipes qui y ont travaillé.
D'emblée, nous
pouvons constater que le régime, dans sa forme actuelle, est en bonne santé
financière, ce qui est une bonne nouvelle.
Mais, comme plusieurs acteurs de la société civile l'ont recommandé, le
document préparé par Retraite Québec met en évidence plusieurs éléments
préoccupants pour l'avenir : les Québécois ont une période de temps
d'épargne plus courte, comme le ministre vient juste de le mentionner, en
moyenne; la durée de la retraite s'est
allongée; le marché du travail est en évolution constante et, l'épargne des
Québécois étant plus faible qu'ailleurs, il existe un risque financier
beaucoup plus grand.
Nous
partageons ces grandes lignes quant aux défis qui s'en viennent pour la Régie
des rentes du Québec, mais ces consultations nous permettront de statuer sur
les solutions à apporter pour assurer la pérennité de notre régime mais surtout
pour assurer que tous les Québécois qui y ont droit puissent avoir une retraite
sereine.
Les grandes
recommandations contenues dans le rapport doivent être explorées et bonifiées
pour s'assurer qu'aucun travailleur ne sera
laissé pour compte. En proposant de hausser les âges minimal et maximal
d'admissibilité à la rente de retraite du RRQ, de donner la possibilité
aux bénéficiaires de la rente du RRQ qui travaillent encore et de cesser de cotiser à celui-ci après 65 ans,
ceci aussi sert à assurer un plus grand bassin de travailleurs, protéger le
montant de la rente après 65 ans, augmenter les facteurs
d'ajustement pour les versements anticipés de la rente, améliorer la reconnaissance des périodes d'invalidité ou de
périodes où un enfant est à charge, reconnaître les périodes d'aide offerte
par des personnes proches aidants.
voyant ces recommandations, nous ne pouvons que constater que le gouvernement
cherche ainsi à maintenir plus longtemps des travailleurs sur le marché
de l'emploi, objectif auquel nous souscrivons, mais nous croyons que
l'évolution du régime doit se faire avec suffisamment de flexibilité pour
satisfaire l'ensemble des parties prenantes
dans cette révision du régime. Nous chercherons ainsi à nous assurer que le
régime permettra une flexibilité nécessaire pour que les personnes
désirant rester en emploi plus longtemps ne soient pas pénalisées, mais sans
non plus pénaliser les personnes qui, elles,
ne sont pas en mesure de prolonger leur carrière. Le tout doit se faire dans le
respect de l'équité
intergénérationnelle pour assurer la pérennité du régime et s'assurer que les
plus jeunes pourront bénéficier de ce régime.
Pour y arriver, je
veux mettre en garde le ministre des risques contenus dans le document de
consultation, celui du mécanisme d'ajustement automatique, dont plusieurs
groupes mentionnent une brèche potentielle dans les fondements mêmes du régime. Nous resterons vigilants pour que le
gouvernement ne vienne pas changer la nature. Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, cher collègue. Je cède maintenant la parole à notre collègue de Mercier,
qui dispose de 1 min 30 s.
Mme Ghazal : Oui.
Bien, merci, M. le Président. Bonjour, chers collègues. Écoutez, moi aussi je
suis de tout coeur avec le cauchemar que les
familles sont en train de vivre à Laval, là. C'était vraiment un drame
national, là, qu'on vit en ce moment.
Pour venir à nos consultations,
on est ici pour des consultations qui sont très, très importantes. Comme l'a
dit le ministre, c'est pour l'intérêt
supérieur du Québec et aussi pour la santé financière des Québécois. Mais moi,
je veux le dire d'emblée, je suis très, très inquiète, parce que le
gouvernement vient de voter contre une motion que Québec solidaire vient de déposer pour ne pas hausser
l'âge minimal, qui est à 60 ans, de la retraite. Ça, c'est inquiétant. Il
n'y a pas de raison de le faire, je vais pouvoir y revenir, que ce soit parce
que les gens, de toute façon, prennent leur retraite déjà un peu plus
tard, et la caisse, en ce moment... le régime est en bonne santé financière.
Je suis inquiète pour
certaines personnes comme les femmes. Le gouvernement refuse de faire des
analyses différenciées selon les sexes, donc c'est dans son angle mort, et ça a
un impact plus important sur les femmes. On va pouvoir en parler.
Donc j'ai très, très
hâte d'entendre les groupes qui vont venir ici, à cette consultation. Je pense
que je ne suis pas la seule à avoir hâte de
les entendre. Tous les Québécois ont hâte parce que c'est très, très, très
important pour notre avenir. Et je salue le groupe qui vient de rentrer.
Merci.
Le Président (M. Simard) : Bien,
c'est très bien, chère collègue, vous lisez dans mes pensées. De quelle école
êtes-vous?
Président (M. Simard) : Séminaire Saint-Joseph. Parce que les gens qui ne
nous voient pas à l'écran doivent savoir qu'un imposant groupe de jeunes du
secondaire vient de faire son entrée, et ils sont du comté de Maskinongé...
Président (M. Simard) :
...notamment. Alors, je vous remercie d'être là, vous mettez de l'énergie dans
notre salle. Je...
Le Président (M. Simard) : Pardon?
Mme Ghazal : ...c'est important pour
les jeunes.
Président (M. Simard) : Oui, bien, c'est ça. C'est ça, tout à fait, tout à
fait. Alors, sur cette belle note, je cède la parole au député de
Camille-Laurin.
M. St-Pierre Plamondon : Merci
beaucoup. Remarque préliminaire qui est courte. Combien de temps...
Le Président (M. Simard) : ...cher
collègue.
M. St-Pierre Plamondon : Une minute.
Donc, en une minute, essentiellement, voici la situation. On a un régime qui
est bien financé puis on a un intérêt légitime à augmenter la participation
dans le marché du travail chez les aînés.
Maintenant, il y a des mesures incitatives qui sont possibles et qui n'ont pas
été essayées, notamment, congé de RRQ à partir de 65 ans, du côté
du travailleur, baisse d'impôts, autres incitatifs.
Donc, je vois difficilement comment le
gouvernement va imposer des mesures mur à mur qui sont intenables pour
certaines catégories de travailleurs qui n'ont pas le choix de prendre leur
retraite à 60 ans, alors qu'il n'a pas essayé ces mesures incitatives. Et
donc le Parti québécois propose de miser d'abord sur les mesures incitatives en
ce qui a trait au financement du régime, augmenter de 66 000 $ à
75 000 $ les gains admissibles, de sorte qu'on bonifie la proportion,
là, du revenu cotisé qui est versée. On vise, à moyen terme, 40 % du
revenu cotisé. Ça devrait être les orientations qu'on adopte.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, collègue.
M. St-Pierre Plamondon : Ce sont mes
conclusions.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. Et, du reste, j'ai compris, du consentement que nous avons accordé au député de Camille-Laurin tout à l'heure
pour qu'il fasse des remarques préliminaires, que ce consentement
comprenait aussi qu'il puisse s'adresser, bien sûr, aux invités lors de nos
consultations. Très bien. Merci beaucoup.
Alors, parlant de début de consultations, nous
avons l'honneur de recevoir parmi nous des représentants de l'Association
québécoise des retraité‑e‑s des secteurs public et parapublic. Madame,
messieurs, bonjour. Bienvenue parmi nous. Auriez-vous, d'abord, l'amabilité de
vous présenter s'il vous plaît?
M. Roy (Paul-René) : D'accord. Moi,
je suis Paul-René Roy, je suis le président de l'association. Je suis accompagné de la directrice générale,
Mme Véronique Guay, et de notre conseiller aux relations publiques et aux
communications, M. Marc-William Gagné.
Le Président (M. Simard) : Alors, M.
Roy, vous savez que vous disposez de 10 minutes pour faire votre
présentation. Et nous sommes à votre écoute.
M. Roy
(Paul-René) : D'accord. Alors, mesdames, messieurs, membres de
la Commission des finances publiques, M. le ministre des Finances, je
vais demander, dans un premier temps, à notre directrice générale de vous
présenter brièvement notre association et je
reviendrai après, par la suite, pour vous présenter nos principales
recommandations.
Mme Guay (Véronique) : Donc,
bonjour. L'Association québécoise des retraité‑e‑s des secteurs public et parapublic, plus connue sous l'acronyme AQRP, a
pour mission de promouvoir et de défendre les droits et les intérêts économiques, financiers, culturels, intellectuels et
sociaux de ses membres mais également de toutes les personnes aînées du Québec. L'AQRP se démarque notamment par
son implication citoyenne soutenue en faveur d'enjeux d'intérêt public qui
concernent les personnes aînées et retraitées du Québec.
Fondée en
1968, l'AQRP est composée de près de 35 000 membres ayant adhéré
directement et volontairement à
l'association. Elle accueille des personnes retraitées provenant du
gouvernement du Québec, du Canada, des municipalités, des sociétés d'État du Québec ainsi que des
réseaux québécois de la santé et de l'éducation et, finalement, les personnes
préretraitées des secteurs public et parapublic.
L'AQRP est fortement impliquée dans l'ensemble
des régions du Québec. Nos membres et nos bénévoles sont très actifs sur le
plan local. L'AQRP est donc l'association québécoise la plus représentative des
intérêts de l'ensemble des retraités et
préretraités des secteurs public et parapublic, tous critères confondus. Enfin,
c'est un partenaire incontournable pour les enjeux touchant les millions
de personnes aînées et retraitées du Québec, en particulier dans leurs
relations avec le gouvernement du Québec.
Au nom de l'AQRP, je vous remercie... je tiens à
vous remercier très chaleureusement pour l'invitation à votre consultation publique sur le Régime des rentes du Québec. Comme
nous le savons toutes et tous, la consultation d'aujourd'hui se veut une réflexion collective visant à accroître, à
long terme, la sécurité financière de tous les Québécoises et Québécois. Participer à cette consultation est
un privilège pour l'AQRP puisque défendre les droits et les intérêts des
personnes préretraitées et retraitées du secteur public et parapublic fait
partie de notre mission.
Le mémoire que nous avons déposé vise
essentiellement à vous présenter des constats et des pistes de solutions pour
accroître la sécurité financière des personnes préretraitées et retraitées,
notamment les retraités de la fonction publique et parapublique québécoise. Ce
document présente la particularité de trouver des moyens concrets pour ajuster le Régime des rentes du Québec au
contexte de la retraite, qui est appelé à changer au cours des prochaines
années.
Donc, je
laisse la parole à notre président, M. Paul-René Roy, pour vous présenter
certaines pistes de solution qui sont dans le mémoire.
M. Roy (Paul-René) : Et vous allez
comprendre que la première piste que nous mettons de l'avant concerne directement les retraités du secteur public et
parapublic, que nous représentons. Nous demandons au gouvernement du
Québec de corriger l'une des plus grandes failles du régime, l'absence
d'indexation pleine et entière des prestations pour les retraités du secteur
public ayant pris leur retraite entre 1982 et 1999.
Vous n'êtes pas sans savoir que
l'année 1982 est une année importante dans l'histoire des revendications
des travailleurs et des retraités du secteur
public. Le Québec, comme ailleurs dans les États occidentaux, était alors affecté
par une récession économique qui a commencé
en juillet 1981, qui s'est étirée au cours de 15 mois. C'est à ce moment que
des modifications à la formule d'indexation ont été apportées, pour diminuer
les coûts du régime, au Régime de retraite des employés du gouvernement et des
organismes publics, mieux connu sous l'acronyme RREGOP. Ainsi, la
partie de la rente qui correspondait aux années de
service accomplies à compter du 1er juillet 1982 jusqu'au
31 décembre 1999, soit une période de 17 ans, allait être
indexée selon le taux d'augmentation de l'indice des rentes, connu sous
l'acronyme TAIR, moins 3 % d'indexation.
Si le Régime des rentes du Québec a besoin
d'être renouvelé et que son financement doit été renforcé, l'AQRP demande à ce que cela doive être fait à condition
de maintenir la pleine indexation au coût de la vie à toutes les rentes
versées et à verser en vertu du régime, pour protéger le niveau de vie et le
pouvoir d'achat des bénéficiaires actuels et
futurs. Comme en fait état notre mémoire, plus l'inflation est élevée, moins
les rentes non indexées ou partiellement indexées permettent aux
rentiers d'acheter des biens ou des services.
Pour ne nommer que quelques statistiques
concernant l'indexation du RREGOP, dans un contexte où la Banque du Canada
cherche à maîtriser l'inflation dans une fourchette s'étalant entre 1 % et
3 % sur une période de 10 ans
couvrant les années 2002 à 2022, une rente fixe ferait perdre environ
34 % de pouvoir d'achat pour une personne retraitée du secteur
public. Donc, l'enjeu de la pleine indexation des rentes est primordial pour
pérenniser le pouvoir d'achat des retraités actuels et futurs.
Deuxième axe. Ensuite, l'AQRP demande au
gouvernement du Québec de mettre en place des initiatives afin de favoriser le
maintien au travail des travailleurs d'expérience âgés entre 60 et 65 ans
et qui, par le fait même, sont sur le point
de prendre leur retraite. Les travailleurs d'expérience participent de plus en
plus au marché de l'emploi et le quittent de plus en plus tard. Ceux qui sont contraints
à prolonger leur présence en emploi ou à y retourner, à cause de revenus de retraite insuffisants, font face à
d'importantes difficultés. Les discriminations dont sont victimes les
travailleurs âgés les confortent dans leur décision de quitter l'entreprise
et donc influencent leur désir de vouloir rester.
Notre
association soutient qu'il est nécessaire qu'une meilleure communication, par
des campagnes de sensibilisation qui
visent à amorcer un changement dans les attitudes générales envers le travail
dans les groupes d'âge plus avancés, soit mise en branle, mais surtout,
elle souhaite une meilleure gestion des ressources humaines de la part de
Retraite Québec. Nous croyons que Retraite Québec doit prévoir une continuité
de formation, quel que soit l'âge de leurs bénéficiaires. Conjointement, comme
le mentionne votre document de consultation, une réforme du système de retraite
en un système incitatif doit être envisagée afin que le salarié puisse choisir
lui-même le moment où il souhaite partir.
Par ailleurs, dans un contexte de vieillissement
de la population où, selon la déclaration commune des états généraux sur les
conditions de vie des aînés, le désir exprimé par la majorité des personnes
âgées est le maintien à domicile, les situations dans lesquelles des personnes
proches aidantes auront à charge un parent âgé à domicile, qu'il soit
d'autonomie ou handicapé, augmenteront dans les prochaines décennies. De ce
fait, les personnes aidantes doivent pouvoir bénéficier
du Régime de rentes du Québec sans travailler ou travailler à temps partiel,
c'est-à-dire sans cotiser ou en cotisant très peu.
C'est dans cette
perspective que nous demandons au gouvernement du Québec de créer un dispositif
qui prendra la forme d'une assurance vieillesse des parents au foyer. Cette
assurance serait affiliée au Régime de rentes du Québec. C'est la caisse de
retraite du Québec qui verserait les cotisations aux bénéficiaires proches
aidants. Cela garantirait une continuité dans la constitution des droits à la
retraite des personnes cessant ou réduisant leur activité professionnelle pour
s'occuper d'un parent âgé à domicile. Les conditions pour bénéficier de cette
affiliation gratuite varient selon la situation du proche aidant. Ces dernières
seraient à la discrétion du gouvernement, suite à des consultations avec des experts, j'imagine. Les personnes proches
aidantes ont besoin d'une gamme complète de services de soutien pour
prévenir les problèmes de santé. L'AQRP juge donc que Retraite Québec doit
avoir la responsabilité d'offrir plus de répit financier aux personnes proches
aidants dans sa constitution des droits à la retraite.
Finalement, vous
savez comme nous que notre âge et notre processus de vieillissement restent
toujours hors de notre portée. Le début de la fin de la vie demeure
imprévisible. Au regard de notre propre vie, nous ne savons ni quand vient la mort ni comment elle vient. La mort
en elle-même reste essentiellement... et existentiellement imprévisible.
Au Québec, selon les
dernières données de la Corporation des thanatologues du Québec, le coût moyen
d'une commémoration avec hommage au défunt et disposition d'un corps est
d'environ 7 500 $ en 2023, sans oublier que près de 35 % des
ménages misent essentiellement sur la prestation de décès afin de payer leurs
frais funéraires. Nous sommes au fait que
Retraite Québec octroie déjà une somme de 2 500 $ au décès de chaque
travailleur qui a cotisé au régime
pendant au moins cinq ans. Toutefois, le montant de la prestation de
2 500 $ n'est pas indexé, et n'a pas été revu depuis
20 ans, et est imposable à la succession.
capacité des gens à réagir à l'augmentation du coût de la vie est, évidemment,
limitée quand on est plus âgé et lorsqu'on n'a plus nécessairement d'emploi
rémunéré. L'AQRP demande donc très respectueusement au gouvernement du Québec d'interroger son attitude face à la
mortalité, d'un point de vue administratif. C'est dans cet esprit que nous vous
invitons à indexer les prestations de décès
en fonction de l'inflation et que ces prestations soient non imposables pour
les personnes retraitées, au même
titre que
les indemnités de décès offertes par la Société de l'assurance automobile du Québec et la Commission des
normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail.
Et je laisse la
conclusion à notre directrice générale, puisque ça rejoint notre mission.
Mme Guay
(Véronique) : Donc, en conclusion, le contexte de la retraite est
appelé à changer, au cours des prochaines années, et le Régime des rentes du
Québec doit évoluer selon les nouvelles réalités. Réagir aux aléas du régime en y réfléchissant et en y répondant tous
ensemble semble être, en revanche, une stratégie beaucoup plus prometteuse.
Nous vous réitérons
nos plus sincères remerciements pour votre invitation à cette consultation.
Sachez que nous sommes heureux de discuter avec vous aujourd'hui du défi des
régimes de retraite du Québec au XXIe siècle. Donc, voilà.
Le Président (M.
Simard) : Bien, madame, c'est nous qui vous remercions. Sur ce, je
cède la parole à M. le ministre, qui dispose de 16 min 30 s.
M. Girard
(Groulx) : Est-ce que, pour le bénéfice de tous, vous nous expliqueriez
les règles, le temps puis... 16 minutes pour la partie...
Le Président (M. Simard) : Alors,
votre bloc parlementaire dispose de 16 min 30 s, qui peut être
réparti comme vous le souhaitez, entre vos collègues ou...
M. Girard (Groulx) :
D'accord, et ensuite?
Le Président (M.
Simard) : Et ensuite nos collègues de l'opposition disposent de
10 minutes, de manière respective, pour le Parti libéral, de trois
minutes... je n'ai pas mes lunettes — 3 min 28 s
pour Québec solidaire et de 2 min 30 s pour le Parti québécois.
M. Girard
(Groulx) : OK. Et on n'est pas à une seconde près, là, évidemment,
dans votre grandeur...
Le Président (M.
Simard) : Je serai, par contre, très strict dans le temps.
M. Girard (Groulx) :
D'accord.
Le Président (M.
Simard) : Surtout si c'est vous. Non, non, non!
M. Girard
(Groulx) : Mais moi, j'ai 16 minutes, alors nous avons
16 minutes.
Le Président (M.
Simard) : Oui, c'est ça.
M. Girard (Groulx) : Mais c'est certain que,
si les interventions allaient à 2 min 31 s, on va être
accommodants.
Le Président (M. Simard) : Bon,
bien, bravo!
M. Girard (Groulx) : OK.
Merci beaucoup pour votre intervention. Évidemment, nous sommes très sensibles
à la situation financière de nos retraités. Et quant à ce qui a été discuté en
ce qui concerne le régime du personnel d'encadrement, évidemment, je ne... ce
n'est pas l'objet de la consultation, alors je ne commenterai pas, d'autant
plus qu'il y a des enjeux légaux. Mais je vous ai entendus et je vous remercie
pour l'intervention.
Je vais partager mon
temps avec mes collègues, mais je m'en voudrais de ne pas poser une question
très précise, là, parce que... On a quand même des propositions qui sont
précises. Alors, est-ce que j'ai bien compris que, quant au report des âges
minimals, vous vous opposez à cette proposition et qu'en regard à l'obligation
de cotiser au RRQ au-delà de 65 ans vous êtes favorables à cette
proposition?
M. Roy (Paul-René) : Je vais commencer par la dernière. Oui, on serait favorables parce que
c'est une mesure incitative positive, OK, pour permettre à des gens de
revenir sur le marché du travail, des travailleurs expérimentés. Ce qu'on
cherche à éviter, c'est des mesures à caractère négatif qui semblent être
punitives, si on ne passe... si on n'accomplit
pas le geste que le gouvernement voudrait qu'on accomplisse, c'est-à-dire de
rester sur le marché du travail.
En ce qui concerne
l'âge, on n'a pas de balise, nous, qu'on veut mettre sur l'âge minimum, l'âge
maximum. On pense que ça relève de chacune des personnes qui est appelée à
prendre sa retraite compte tenu de sa situation particulière, à la fois
familiale, économique, financière, et santé physique aussi, parce qu'on le
sait, c'est... il y a des types d'emploi qui
sont plus difficiles que d'autres, puis le corps en prend moins bien avec
l'âge. Donc, nous, on préférerait de beaucoup que ce soit laissé à
l'initiative de chacune des personnes concernées. On peut mettre un certain
nombre de balises, on peut mettre un certain
nombre d'incitatifs, mais, comme je le disais tantôt, nous, on voudrait que ce
soient des incitatifs à caractère positif et non pas à caractère qui
semble punitif.
M. Girard
(Groulx) : D'accord. M. le Président, c'est un point qui est
intéressant parce qu'on va souvent, je pense,
entendre cet argument-là. Je l'ai entendu, d'ailleurs, ce matin, là, c'est à
peu près la première question qu'on m'a posée, la question de la liberté
individuelle, de choisir le moment où on prend sa retraite. Ma responsabilité
est envers l'ensemble des citoyens
québécois, et c'est certain que, lorsqu'on fait... on maximise sous contrainte
et incertitude, on ne peut pas plaire à tout le monde. Alors, on vise
vraiment l'optimalité collective, et, en ce sens, ce qui est proposé vise avant
tout la sécurité financière des Québécois.
Bien, je m'arrête
ici. Je laisserais mes collègues, qui ont certainement des questions sur ce
sujet, intervenir.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, monsieur... aviez-vous une question de règlement, M. le député de Camille-Laurin?
M. St-Pierre
Plamondon : ...l'option de répartir le temps non utilisé avec chacune
des oppositions?
Le Président (M. Simard) : En
vertu de la dernière entente, là, la plus récente, c'est que le temps
gouvernemental qui n'est pas pris
n'est pas réparti à l'opposition. Toutefois, si un des groupes parlementaires
de l'opposition ne prend pas tout son temps, il est, de notoriété,
conclu qu'il est réparti aux autres formations.
M. St-Pierre Plamondon : Je pensais qu'on pouvait
faire une requête pour répartir le temps du gouvernement auprès des
oppositions.
Le Président (M. Simard) : Bien,
avec consentement, tout est possible, M. le député de Camille-Laurin, mais
je crois comprendre qu'il n'y aura pas de consentement.
M. St-Pierre
Plamondon : Très bien.
Le Président (M.
Simard) : Alors, nous pouvons poursuivre. Il reste 12 minutes
approximativement au groupe parlementaire. Je vois que le député d'Orford
souhaitait peut-être intervenir à ce stade-ci. Non? Très bien. Mme la députée
d'Huntingdon, à vous la parole.
Mme Mallette :
...si vous êtes d'accord avec un
mécanisme d'ajustement automatique qui pourrait suspendre temporairement
l'indexation des prestations de régimes supplémentaires du RRQ advenant une
insuffisance du financement.
M. Roy
(Paul-René) : Bien, encore une fois, on va faire porter sur les
retraités le poids d'une situation financière
d'un régime en particulier, OK, donc, le régime des rentes du Québec. On
devrait, je pense, examiner d'autres possibilités pour faire en sorte
que le poids ne soit pas uniquement mis sur les retraités. Ils peuvent
contribuer, oui, d'une certaine façon, mais
il faudrait que ce soit réparti sur l'ensemble de la population aussi, pas
juste sur un seul groupe.
Le Président (M. Simard) : Chère
collègue, auriez-vous une autre question? Bien oui, allez-y, chère collègue.
Mme Mallette :
Selon vous, comment on devrait
définir les périodes pendant lesquelles une personne est reconnue comme
proche aidante?
Roy (Paul-René) : Oh! vous savez, les situations varient de beaucoup,
hein, par rapport aux proches
aidants. Ça peut commencer très jeune, quand on a un... quand quelqu'un a un
enfant handicapé, puis ça peut devenir très lourd aussi, parce que, si on a un
enfant handicapé puis, en plus, on a un parent âgé qui, lui aussi, a besoin
d'aide...
Donc, c'est très variable, tracer une ligne mur
à mur, c'est très difficile. Moi, je pense qu'il y a des experts qui peuvent, à
cet égard-là, être consultés puis éventuellement émettre un certain nombre de
recommandations, mais ce qui est dangereux dans toutes ces affaires-là, c'est
véritablement l'approche mur à mur. Donc, il faut essayer de faire en sorte que
les proches aidants soient aidés, quitte à ce qu'il y ait des catégories
différentes, compte tenu que les situations peuvent être différentes.
Le Président (M. Simard) : Mme la
députée, vous pouvez poursuivre, si vous le souhaitez.
Mallette : ...votre avis sur les coûts et l'iniquité
générationnelle qui seront engendrés par une bonification de la
prestation de décès, là, comme vous le proposez, là. Qu'est-ce que vous en
pensez?
M. Roy (Paul-René) : Bien, je pense
que toutes les générations vont avoir à y passer à un moment donné. C'est
inévitable. Donc, qu'on soit jeune, ou qu'on soit en milieu de vie, ou qu'on
soit plus âgé, un jour ou l'autre, on va y arriver là, et, au fur et à mesure
que les coûts funéraires augmentent... puis, vous le voyez, ce n'est pas pour
reculer dans le temps, je pense qu'à ce moment-là la répartition devrait être
faite sur l'ensemble de la société. C'est tout de même du monde qui ont
contribué au régime des rentes, c'est du monde qui ont contribué à l'avancement
de la société. Donc, il y a aussi un caractère sociologique important, à cet
égard-là, dont on devrait tenir compte.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Mme Mallette : ...pour mes questions,
M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Oui, M. le député de René-Lévesque.
Montigny : Peut-être
développer davantage... d'enjeux d'assurance, là, que vous avez parlé tout à
l'heure, peut-être développer un peu davantage là-dessus.
M. Roy (Paul-René) : On n'est pas
nécessairement des experts, hein? On n'est pas des actuaires, on n'est pas des
experts là-dedans, sauf qu'on pense que, comme on a mis sur pied l'assurance
maladie, comme on a mis sur pied l'assurance automobile, on est peut-être
rendus à une période de réflexion compte tenu du vieillissement de la
population puis aussi de la longévité de ce vieillissement-là parce qu'on vit
beaucoup plus longtemps qu'auparavant. On pourrait probablement examiner la
possibilité de...
Quelle forme ça pourrait prendre exactement, je
ne peux pas vous détailler ça aujourd'hui, là. Je ne suis pas un expert dans le
domaine. C'est une avenue qu'on souhaiterait voir explorée pour tenir compte
qu'il y a des gens qui sont plus vulnérables
que d'autres, qui auront moins la capacité financière d'être proches aidants à
un moment donné ou... et, dans ce
cadre-là, on pense que ça serait une avenue intéressante à explorer, mais on
n'est pas en mesure de vous arriver avec une proposition, là, précise,
détaillée, là, c'est sûr et certain, non.
Le Président (M. Simard) : Une
complémentaire, M. le député de René-Lévesque? Pour l'instant, ça va?
M. Montigny : ...M. le ministre ou à
d'autres.
Président (M. Simard) : Sans quoi je vais laisser la parole au député de
Marguerite-Bourgeoys. Cher collègue, à vous la parole.
Beauchemin : Bonjour. Merci pour votre présentation.
L'évaluation actuarielle... Vous disiez que le fonds est en bonne santé. On a vu le rapport, je pense,
récemment, là, que le surplus était de 3 milliards à la fin 2021.
L'année 2022 n'a pas été aussi facile, j'en suis certain. J'assume
que le chiffre, quand il sera rendu public, si c'est possible, devrait être
légèrement inférieur à ça. Avec une indexation complète, là, quel effet que ça
pourrait avoir sur ce fameux coussin là,
selon vous? Est-ce que vous avez été capables de chiffrer, selon vous, l'effet
que vous demandez, d'indexation, qu'est-ce que ça donnerait sur le
coussin?
M. Roy (Paul-René) : Bien, sur le
coussin, je ne pourrais pas vous dire. Ce qu'on a mesuré, c'est l'effet
inverse, c'est-à-dire l'effet négatif qu'ont subi les gens avec cette forme de
désindexation là. On a fait faire une étude par l'Observatoire de la retraite,
où on a pris des gens à différents stades de leur carrière, qui sont partis à
différentes époques différentes, pour essayer de voir un peu l'impact qu'a eu
et que continue à avoir cette désindexation-là, parce que c'est pérenne dans le
temps, et ça se chiffre par un certain nombre de milliers de dollars dans la
plupart des cas. C'est ça qu'on est en mesure de mettre sur la table.
L'influence que ça aurait sur le coussin, je ne
saurais pas vous le dire. Ce qu'on sait, par contre, c'est que la capitalisation
du RREGOP, au 31 décembre 2021, était très bonne, était rendue à
115 %, comparativement à 110 % quatre
ans auparavant. Donc, il y aurait possibilité, là, d'avoir une action qui
puisse être faite sans que ça prenne nécessairement
une compensation totale et entière de la désindexation qui a été faite à cette
époque-là parce qu'on sait que ça représente un coût important pour les
finances publiques.
Beauchemin : J'essaie juste de me faire une tête sur... Vous, vous
l'avez regardé... d'une lentille, en disant : Bon, OK, qu'est-ce que ça
fait pour les retraités, puis vous en êtes arrivés à un chiffre, et j'imagine
que, si on prenait... parce que c'est des
vases communicants. Si on prenait l'autre côté, donc, quel est l'impact sur le
régime, ça devrait être proche du même chiffre. Ça fait que, donc,
peut-être une indication de votre part, à savoir quel était ce montant?
M. Roy
(Paul-René) : Bien, le montant est variable selon les individus, hein?
On ne peut pas le chiffrer, c'est excessivement difficile.
Moi, je vais vous
donner mon cas personnel. Moi, je suis rentré dans la fonction publique en
1970, je l'ai quittée en 2005, OK? J'ai donc... de 1982 à 1999, j'ai
17 ans, à toutes fins utiles, la moitié de ma pension, qui n'est pas indexée, OK? Même dans le contexte actuel, où
l'inflation est très élevée, à 6,5 %, le TAIR, 6,5 % moins 3 %,
ça donne 3,5 %, donc, je ne couvre même pas l'inflation avec ça.
C'est
à peu près cette perspective-là qu'on a, et on ne demande pas que le gouvernement
pige dans la poche des contribuables pour payer ça. On demande de
regarder, à même le financement du RREGOP, avec sa capitalisation, la capacité
qu'il pourrait y avoir de donner une forme de compensation pour cette
désindexation-là qui est intervenue, surtout que, dans le contexte actuel de
l'inflation, c'est de plus en plus pesant pour ces retraités-là.
Beauchemin : OK, merci. Je vais juste vous lire une petite phrase
avant puis, après ça, je vais poser ma question Aujourd'hui, il y a un
mécanisme d'ajustement automatique des cotisations qui est en place pour le
régime régulier, mais le document en
consultation, sans l'écrire clairement, laisse entendre que des modifications
pourraient être apportées à ce
mécanisme. Donc, si le gouvernement... Voici ma question : Si le gouvernement
met en place un mécanisme qui
modifierait automatiquement les prestations, est-ce qu'on peut alors parler...
encore appeler ça un régime à prestations déterminées ou est-ce que ce
serait, selon vous, un régime à prestations cibles?
M. Roy
(Paul-René) : Oh là là! Sur les mots, là, je ne m'en irais pas sur ce
terrain-là. Je vais vous répéter ce que j'ai
dit à la députée, je pense, c'est d'Huntingdon, tantôt, à cet effet-là, il faut
faire bien attention et être prudent dans ces situations-là.
M. Beauchemin :
D'accord. Nous, on avait proposé,
au Parti libéral, une exemption de cotisation pour les travailleurs de 62 ans et plus. Vous, vous
proposez 65 ans et plus. Je suis juste curieux d'entendre le rationnel en
arrière du pourquoi.
M. Roy
(Paul-René) : Écoutez, là, ça serait 60 ans, 62 ans,
65 ans, l'important, c'est qu'il y en ait une, mesure, pour tenir compte des travailleurs expérimentés. La barrière
doit être fixée où? Je ne suis pas capable de vous le dire parce qu'il faudrait regarder l'ensemble
des statistiques pour être capable d'arriver à dire : C'est véritablement
62 ou c'est véritablement 65. L'important, c'est que ce soit sur la
table, que ce soit examiné, puis qu'on soit capables de déterminer à partir de
quel moment ça peut s'appliquer.
Beauchemin : Vous vous êtes basés sur le chiffre de 65 ans de
façon... l'âge de la retraite...
M. Roy (Paul-René) : Bien, actuellement, on dit
que les retraités... bien, la sécurité de la pension de vieillesse,
c'est 65 ans puis, habituellement, c'est le chiffre qu'on utilise pour
parler des retraités ou des aînés, mais ces paramètres-là peuvent varier aussi
un peu, là.
M. Beauchemin :
Je comprends, je comprends.
Merci. Juste... M. le Président, on est rendus à combien de temps dans
notre...
Le Président (M.
Simard) : Il reste 4 min 38 s, cher collègue.
Beauchemin : D'accord. Je
vais y aller vite avec une question éclair, puis ma collègue prendra le pôle
par la suite.
On parlait des
services funéraires, augmenter ça à 7 500 $.
Je voulais juste vous poser une question parce que ça m'a vraiment un petit peu surpris. Je sais que, si quelqu'un meurt
d'un accident de la route, c'est la Société
de l'assurance automobile du Québec qui prend soin de ça. Donc, dans votre demande,
est-ce que... puis pas que je souhaite que tout le monde au Québec meure d'un
accident de la route, là, mais, dans votre demande, est-ce que vous avez donc
considéré les autres programmes
alentour du gouvernement, privés, et tout, qui pourraient donc réduire cette
augmentation de la prestation pour les services funéraires?
M. Roy (Paul-René) : Bien là, on vous a donné
deux exemples d'organismes gouvernementaux qui défraient... On ne fixe
pas de montant. On n'a pas dit : Là, il faudrait mettre... On dit
simplement que les frais funéraires, c'est rendu de l'ordre de... et que la
prestation, actuellement, c'est 2 500 $ imposable. Quand on dit
2 500 $ imposable, ça veut dire qu'à toutes fins utiles c'est 1 250 $ que les gens
vont avoir, hein, parce qu'ils vont devoir en payer à peu près 50 % de
retour à l'impôt.
Donc,
on demande que ce soit regardé puis qu'on actualise, dans le monde
d'aujourd'hui, ce que c'est. Est-ce que c'est 5 000 $?
Est-ce que c'est 7 500 $? Ça peut être une combinaison, dire :
On augmente un peu. Mais, par contre, pour les personnes aînées et retraitées,
bien, on dit : Ça va être non imposable. Donc, ça donne un montant plus
élevé que le montant réel quand c'est non imposable. C'est des perspectives de
ce genre-là qu'on voudrait qui soient examinées. On n'arrive pas avec une
solution précise pour dire : Ça devrait être ce chiffre-là, mais on pense
que ça mériterait d'être regardé et actualisé.
Beauchemin : Merci. Je passe la parole à...
Le Président (M.
Simard) : Alors, Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci.
Alors, merci pour votre présentation. Vous avez mentionné les emplois où ça
peut être plus difficile physiquement, que
la personne peut ne pas être en mesure de prendre sa retraite même à 60 ans.
Est-ce que vous seriez d'accord avec un cadre qui pourrait déterminer
l'indice de pénibilité de certains emplois, justement, pour peut-être permettre
à ces personnes-là de prendre leur retraite plus tôt?
M. Roy
(Paul-René) : Si, éventuellement, on est capables d'en arriver avec un
registre comme celui-là, qui pourrait déterminer de façon... mais flexible,
hein, parce que, pour une personne donnée qui a travaillé dans le milieu de la
construction, ça peut être 55 ans où là c'est rendu pénible, puis, pour une
autre, ça va peut-être être 62 ans. Ça peut être variable d'un individu à
l'autre.
Donc, je pense que,
dans ça aussi, ce qui est à éviter, c'est le mur-à-mur, mais ce que vous dites,
oui, c'est une possibilité à regarder. Mais je pense que, puis ça, on va vous
le répéter souvent, ce qu'on cherche à éviter, c'est le mur-à-mur pour être
capables d'être flexibles et de s'ajuster aux conditions des personnes.
Mme Caron : Parfait.
Et vous avez aussi mentionné les proches aidants puis les personnes qui ont des
enfants à charge. Par exemple, est-ce que, dans votre vision, vous
considéreriez qu'un père ou une mère de famille qui prend un congé parental pour s'occuper d'un enfant, qui veut
retourner travailler, mais qui n'a pas de place en service de garde et qui doit rester six mois, même 12 mois
de plus... est-ce que, pour vous, ça fait
partie des cas où on tiendrait compte
du fait que la personne ne cotise pas pour ne pas la pénaliser au moment de la
retraite?
M. Roy
(Paul-René) : Bien, moi, quant à moi, ça pourrait faire
partie des
considérations à regarder et voir quelles mesures pourraient être adaptées à
des situations comme celles-là.
Mme Caron : D'accord.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Simard) : Ça va, Mme la députée de La Pinière?
Le Président (M.
Simard) : M. le député de Marguerite-Bourgeoys, il vous resterait 50
secondes.
M. Beauchemin :
Dans le contexte... dans le futur,
et avec le départ à la retraite d'une forte quantité de travailleurs,
les boomers, est-ce que la bonne tenue, selon vous, du régime, étant donné
l'arbre... pas l'arbre, mais la courbe démographique étant ce qu'elle est,
est-ce que vous croyez, vous, que cette durée de la bonne santé du régime
actuariel va pouvoir continuer?
M. Roy
(Paul-René) : Je pense que ça doit être une préoccupation. Puis M.
Girard a raison là-dessus, le gouvernement, ça doit être une préoccupation,
pour lui, de s'assurer de la viabilité financière du régime, mais, en faisant ça, il faut aussi tenir compte du fait que
c'est des retraités qui reçoivent ces rentes-là et que, la plupart du temps, ces
rentes-là sont fixes, chanceux si c'est indexé, mais, si ce n'est pas indexé...
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Merci, M. Roy.
M. Roy
(Paul-René) : Alors, c'est tout ça un peu qu'il faut qui soit regardé
dans son ensemble, pas regardé de façon parcellaire, mais globale.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous. Je cède maintenant la parole à la... voyons, à la députée de Mercier,
voilà.
Mme Ghazal : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup, madame, messieurs, pour votre présentation.
Vous ne vous êtes pas prononcés, en tout
cas, je n'ai pas l'impression, sur le fameux âge, là, de la retraite. Est-ce
qu'il devrait être maintenu ou pas? Est-ce que vous avez une opinion
là-dessus?
M. Roy (Paul-René) : Bien, notre
opinion là-dessus, c'est que ça ne peut pas être une approche mur à mur. C'est variable d'une personne à l'autre puis ça
dépend des différentes considérations, familiales, économiques, financières, santé physique aussi, qui déterminent à quel âge on peut
prendre sa retraite. On peut mettre des balises pour inciter le monde à aller
un peu plus loin, mais, comme on a... j'ai dit plus tôt, ces balises-là
devraient être positives et non pas pénalisantes.
Mme Ghazal : Vous
en proposez quelques-unes, là, des mesures incitatives, là, mais, pour aider le
ministre à prendre une décision, est-ce
qu'il augmente, il n'augmente pas, etc., c'est quoi... Je veux dire, à un
moment donné, l'âge... On ne va pas faire un âge en fonction de chaque personne
puis de sa situation personnelle. Je comprends que vous êtes contre le
mur-à-mur, mais...
Tiens,
je vais poser la question différemment. Est-ce que vous trouvez que ce serait
une bonne idée d'augmenter l'âge auquel les prestations... la personne
n'a pas le droit à des prestations, là, n'a pas le droit de prendre sa
retraite? C'est-à-dire que, là, il est à 60, de l'augmenter à 61, admettons,
vous n'êtes pas contre ou vous êtes...
M. Roy
(Paul-René) : Bien, je vais répéter ce que j'ai dit tantôt. C'est sûr
que, là, on ne peut pas faire le débat d'experts, nous autres, par rapport à
ça, les chiffres, etc., non. Ce qu'on cherche, c'est véritablement d'éviter le mur-à-mur. On comprend qu'il faut assurer la
viabilité financière, mais on comprend en même temps qu'il ne faut pas
que les retraités soient les seuls à payer le prix de ça.
Mme Ghazal : C'est
ça. Nous, on est pour le débat, mais moi, je vous dis qu'il ne faut pas... En
tout cas, ça, c'est notre opinion, mais je comprends que vous ne voulez pas
vous prononcer, de dire : On ne va pas l'augmenter à cause de la situation
actuelle.
J'ai une autre
question, par rapport aux prestations de CNESST. Quand il y a des travailleurs
qui ont des accidents, en ce moment, ils
reçoivent des prestations, puis c'est comme s'ils n'ont pas travaillé, puis
c'est des années qui ne seront pas comptées pour le RRQ. Qu'est-ce que
vous pensez de ça?
M. Roy
(Paul-René) : Ça, par exemple, là, vous m'amenez sur un terrain que je
ne suis pas très, très connaissant, là, sur le régime existant à la CNESST.
Donc là, je pourrais dire des choses qui ne sont pas appropriées,
nécessairement, donc...
Mme Ghazal : OK, je comprends, mais ce n'est pas quelque chose
où il y a eu... Peut-être que, là, vous n'avez pas la réponse
maintenant. Ce n'est pas quelque chose où vous voulez... les gens, là, qui...
les membres, là, ont posé comme question.
M. Roy
(Paul-René) : Non, ce n'est pas quelque chose qu'on a spécifiquement
regardé.
Mme Ghazal : OK. Puis par rapport à... Puis, par rapport à
l'âge maximal, il y a... dans le document de consultation, on pose la
question de l'âge maximal d'admissibilité au RRQ, qui est actuellement à 70. On
ne touche pas à ça?
M. Roy
(Paul-René) : Ça, on ne s'est pas interrogés là-dessus, là. On ne
s'est pas interrogés là-dessus.
Mme Ghazal : OK,
ce n'est pas un problème?
M. Roy
(Paul-René) : Non.
Le Président (M.
Simard) : En conclusion, s'il vous plaît.
Ghazal : Oui, OK. Bien,
j'avais une question par rapport au 2 500 $, là, qu'on devrait
augmenter. Est-ce qu'on devrait... Vous n'aimez pas le mur-à-mur. On
devrait l'augmenter pour tout le monde, même ceux qui ont des millions en
compte en banque, ou peut-être plus ceux qui ont le supplément?
M. Roy
(Paul-René) : Nos régimes, au Québec, sont à caractère universel,
hein? C'est ce qu'on a décidé dès le départ et, à partir de ce moment-là, bien,
on n'a pas bien, bien, le choix, c'est le régime universel. Sinon, on va
s'interroger sur l'ensemble des régimes qu'on a puis on va devoir remettre en
question le principe d'universalité. Je pense, c'est une question beaucoup plus
générale, là.
Le Président (M.
Simard) : Très bien, merci. D'accord. Je cède la parole au député de
Camille-Laurin.
M. St-Pierre
Plamondon : Merci beaucoup. Donc, on dispose seulement de
2 min 30 s. Merci pour votre présentation. Je vais aller sur
certains points spécifiques. Donc, je vous entends, vous dites : Nous, on
n'aimerait pas avoir des mesures punitives mur à mur. J'entends la réponse du
ministre qui dit : Bien, moi, je ne suis pas en charge de considérer
chaque situation, mais plutôt d'optimiser le régime.
Donc, la question que
j'ai pour vous, c'est : Est-ce qu'à votre avis il est nécessaire de faire
du mur-à-mur pour optimiser le régime? Et est-ce qu'à votre avis, en ce moment,
à 60 ans, pour ce qui est du régime du RRQ, le régime est structuré de
sorte à créer un incitatif à prendre sa retraite tôt ou est-ce qu'au contraire,
en fait, il n'y a aucun incitatif dans le régime actuel à prendre une retraite
anticipée et ce serait, à ce moment-là, à ceux qui en ont vraiment besoin?
Roy (Paul-René) : Ouf! C'est un peu embêtant, par rapport à ça, parce
que la situation a beaucoup évolué dans le temps, hein? Moi, quand j'ai pris ma
retraite, puis je ne vous ferai pas de cachette, là, je l'ai prise à 58 ans, après 35 ans de service dans la
fonction publique, OK, puis ça fait déjà un certain nombre d'années, j'ai 76 ans
aujourd'hui, et, à cette époque-là, bien, le régime des rentes, on pouvait y
avoir accès plus rapidement que d'attendre à
65 ans. On pouvait l'avoir à 60 ans. Aujourd'hui, il y a une certaine forme de
pénalité qui est incluse dans ça. Je ne suis pas capable de l'évaluer totalement, mais je pense que ça devrait faire
partie des réflexions sur la pérennité du régime, puis, je le répète encore une fois, la pérennité
du régime, c'est important, mais la pérennité du régime, elle doit se voir de
façon globale, une perspective de société, mais aussi de tenir compte des
individus.
M. St-Pierre
Plamondon : Est-ce que, dans les retraités du secteur public et
parapublic, vous avez des cas de figure de gens qui ont intérêt à prendre...
ils sont dans une situation qu'ils ont plus ou moins le choix, de prendre leur retraite à 60 ans, quitte à être moins
rémunérés puis à prendre une pénalité, finalement, là, sur les rentes? Avez-vous
des exemples en tête?
M. Roy
(Paul-René) : Bien, on n'a pas de... on n'a pas, comme tel, de données
par rapport à ça. On pourrait vous dire qu'on fait à l'occasion des sondages
auprès de nos membres, mais ce n'est pas des sondages à caractère scientifique.
Donc, on n'a pas de données, là, factuelles qu'on pourrait mettre sur la table.
Ce qu'on peut constater, par contre, c'est qu'il y a différents facteurs qui
amènent les gens à vouloir réfléchir à prendre leur retraite plus tôt. Dans
certains cas, ce n'est pas nécessairement la situation financière, c'est
peut-être la situation au travail...
Le Président (M.
Simard) : En conclusion.
M. Roy (Paul-René) : ...la façon dont le climat
de travail est organisé là où ils sont puis les possibilités d'avenir
qu'ils ont devant eux.
Le Président
(M. Simard) : Bien, alors, voilà le temps qui nous était dévolu
pour cette période d'échange. Mme Guay,
M. Gagné, M. Roy, merci beaucoup pour votre présence parmi nous ce
matin, et la qualité de votre intervention, et au plaisir de se revoir
sous peu, j'espère.
Alors,
sur ce, nous allons suspendre momentanément nos travaux, le temps de faire
place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à
12 h 26)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, cette commission peut s'enorgueillir de recevoir aujourd'hui
des membres du Comité d'experts sur l'avenir
du système de retraite québécois. Alors, messieurs, soyez les bienvenus.
Vous êtes des habitués de cette commission,
mais auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous plaît, bien que vous soyez
très connus du grand public, néanmoins, de vous présenter?
M. D'Amours
(Alban) : Alors, M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les
députés, je me présente, Alban D'Amours,
président du Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois. Je
suis accompagné de MM. Bernard
Morency, René Beaudry et Luc Godbout, trois membres du comité d'experts. Bien
sûr, nous vous remercions de votre
invitation à venir témoigner à nouveau devant vous et nous partagerons notre
temps durant cette présentation.
introduction, nous tenons à rappeler que le mandat de notre comité visait à
incarner, dans le système de retraite québécois,
une vision globale de la sécurité financière à la retraite. Celle-ci nous anime
toujours. À nos yeux, elle était tributaire de plus de flexibilité. Nous
pensons que la plage d'âges de 60 à 75 ans offre tout l'espace souhaité
pour permettre au Régime de rentes du Québec, le socle du système, d'y inscrire
la flexibilité requise pour réaliser cette vision
et protéger en toute équité l'intérêt des travailleuses et travailleurs québécois
dans la mouvance démographique et observer... et devant les défis de
financement du régime.
Nous insistons sur le
fait que les travailleurs doivent pouvoir identifier les avantages de cette
flexibilité, qu'ils puissent aborder la retraite en toute connaissance. Mes
collègues préciseront les recommandations de notre mémoire, lequel ramène à la
mémoire certaines formulées en 2013 déjà, visant à inscrire plus de flexibilité
dans le système. Elles n'ont pas encore été mises en oeuvre et elles sont toujours
pertinentes.
Nous tenons
d'ailleurs à souligner l'excellence... l'excellente gouvernance du RRQ, une
gouvernance qui inclut des consultations publiques tous les six ans. C'est
l'occasion de réfléchir et d'agir de sorte que l'équité intergénérationnelle
soit maintenue et que l'intérêt des participants soit toujours prédominant. Ces
deux principes, ainsi que l'importance d'une
vision à long terme et notre conviction que le Québec doit demeurer un leader
dans le monde de la retraite, ont
guidé nos réactions et propositions relatives aux éléments soulevés dans le
document de consultation.
Alors, je passe la
parole maintenant à M. Morency.
M. Morency (Bernard) : Alors,
tel qu'il est souligné dans le document de consultation, la retraite n'est plus
synonyme de retrait définitif du marché du travail. De plus en plus de
Québécois choisissent de prendre leur retraite de façon progressive sur quelques mois et parfois
même sur quelques années. Certains débutent cette transition à 60 ans,
mais d'autres, de plus en plus nombreux, la
débutent beaucoup plus tard. Ils peuvent ainsi continuer de combiner un revenu
d'emploi, leur épargne personnelle et des rentes de retraite afin d'assurer
leur sécurité financière.
Le document
de consultation propose une réflexion sur l'à-propos d'augmenter l'âge minimal
de 60 à 62 ou 65 ans. C'est un sujet sensible sur lequel nous avons
beaucoup réfléchi.
En premier lieu, il convient de souligner que
l'âge normal pour bénéficier de la pleine rente du Régime de rentes du Québec ne change pas, il demeure 65 ans. Nous ne sommes absolument pas
dans la dynamique où on se retrouve dans plusieurs pays. Ce qui est
proposé n'a pas pour effet de diminuer le régime existant ou de forcer les
cotisants à travailler plus longtemps, mais vise plutôt à améliorer la
situation financière des Québécois.
Deuxièmement, le document de consultation montre
de façon probante que, pour une grande majorité de Québécois, il est
désavantageux d'un point de vue financier de demander sa rente à 60 ans.
Ce sera encore plus vrai si l'inflation demeure au-dessus de la cible de
1 % à 3 % de la Banque du Canada.
Heureusement, la proportion des travailleurs qui
demandent leur rente du Régime de rentes du Québec à 60 ans a diminué de façon importante. Elle est passée d'environ
60 % en 2016 à environ 33 % en 2021. Certes, un trop grand nombre de bénéficiaires demandent encore le
début de leur prestation dès 60 ans, mais l'amélioration est notable.
Nous
croyons que ceci reflète les changements observés tant sur le marché du travail
que dans l'approche des Québécois face à la
retraite. Elle reflète également la qualité des informations reçues, entre
autres... excusez, des informations fournies entre autres par les
conseillers financiers quant à l'espérance de vie et aux avantages financiers
de retarder le début de la rente du Régime de rentes du Québec.
Or, si l'âge du début de la rente est
actuellement de 65 ans, comme c'était le cas au début du régime ou comme ce l'est pour la pension de la Sécurité de
la vieillesse, personne ne songerait à le diminuer. Ceci étant dit, doit-on
restreindre le droit de devancer le début du versement de la rente, même avec
un facteur de réduction, sous prétexte qu'il s'agit d'un mauvais choix et qu'on
doit protéger les travailleurs contre eux-mêmes? À nos yeux, il apparaît plus
utile de continuer les mesures d'éducation et de promouvoir auprès des
travailleurs et des employeurs l'idée d'une transition du travail à temps plein
vers la retraite à temps plein entre les âges de 60 et 75 ans, une
transition que chacun débutera et complétera aux âges qui lui conviennent.
Nous croyons que ceci, combiné à nos autres
propositions, aidera à diminuer davantage la proportion des travailleurs qui
demandent leur rente avant 62 et même avant 65 ans. Si ce n'est pas le
cas, il sera toujours possible d'augmenter l'âge minimal lors de la prochaine
consultation publique, dans six ans.
Je passe la parole maintenant à Luc.
M. Godbout (Luc) : Alors, concernant la recommandation de rendre facultatives
les cotisations au RRQ pour les gens qui
travaillent après 65 ans, sans surprise, nous sommes favorables à cette
proposition-là. Il faut bien souligner par contre à grands traits le mot
«facultatif». Cette option éliminera un irritant pour certains, tout en
maintenant le droit de cotiser pour ceux qui jugent, pour diverses raisons, que
c'est encore avantageux pour eux de le faire.
Cela dit, nous croyons que cette option devrait
être offerte à tous les travailleurs qui atteignent 65 ans et non pas
seulement à ceux qui ont demandé leur rente de la RRQ. Sinon, indirectement,
vous allez forcer les cotisants qui souhaitent continuer à travailler après
65 ans, mais qui ne souhaitent pas continuer de cotiser, à demander leur
rente pour pouvoir continuer de travailler sans y cotiser. Donc, à nos yeux,
c'est malavisé.
Nous sommes également d'accord, comme c'est le
cas ailleurs dans le reste du Canada, avec la modification des règles de calcul
de la rente afin d'éviter aux personnes qui reportent le début de leur rente
après 65 ans d'être négativement affectées par des gains plus modestes qui
viendraient affecter la moyenne des gains utilisée dans le calcul de la détermination de la rente. Nous
sommes d'avis que ces deux propositions-là devraient être mises en oeuvre
le plus rapidement possible, donc au 1er janvier
Je dois attirer également votre attention sur la
manière dont Retraite Québec communique avec les cotisants à l'approche de leur 60e anniversaire et
pourquoi cette manière de communiquer devrait être revue. La lettre que les
gens reçoivent lorsqu'ils ont
59 ans s'intitule Cap sur la retraite , Cap sur la retraite .
Le prix Nobel d'économie Richard Thaler a clairement exposé que la
manière de présenter un choix aux cotisants crée des biais cognitifs qui vont
nécessairement influencer leur décision. Si, au lieu de titrer la lettre Cap
sur la retraite , la lettre s'intitulait Des choix éclairés en matière de
rentes , si, au lieu de mettre l'emphase, dans la première phrase... Il y a
une
section dans la lettre, ça s'appelle À
votre retraite , la première phrase commence ainsi : «Il est
maintenant possible de recevoir votre rente
dès 60 ans, même si vous travaillez encore.» Au lieu de mettre l'emphase
sur ça, si on mettait l'emphase sur quelle rente vous allez avoir à 65 ans, sur la possibilité de la reporter
avec bonification, sur la reporter... de la devancer avec facteur de
réduction, le choix se positionnerait de manière différente dans l'esprit des
gens.
Sachant que plus de 1 million de personnes
auront 60 ans dans les 10 prochaines années, ça fait beaucoup de
lettres à émettre. Il apparaît prioritaire d'investir dans la manière de
communiquer. Tout le monde y sera gagnant, les retraités en premier lieu.
Je cède la parole à René.
M. Beaudry (René) : Maintenant, je
vais traiter de la nécessité d'encourager les options de début de rente entre
65 et 75 ans. Il y a seulement 10 % des travailleurs du secteur privé
qui bénéficient d'un régime de retraite à prestations
déterminées dans la province. Les régimes d'épargne sont donc devenus l'avenue
privilégiée pour se bâtir une sécurité
financière à la retraite. Au Québec, au moment où on se parle, au Québec
seulement, il y a environ 400 milliards de dollars
dans des REER. La moitié de ces argents-là seraient détenus par des gens
au-dessus de 55 ans. Entre 55 et 65, on a 1,2 million de
personnes à l'aube de la retraite au Québec.
Alors, c'est quoi, le
défi ici? Bien, le défi, c'est comment on va convertir, permettre aux gens de
convertir cette épargne qui est accumulée en
revenus de retraite, parce que c'est une tâche qui est très complexe, mais
surtout bien stressante pour les gens. Et l'expérience démontre
clairement que les solutions qui existent actuellement en termes de décaissement ne répondent pas aux besoins. Les
gens ne sortent pas suffisamment d'argent de leur REER, parce qu'ils ont
peur d'en manquer, ils ont peur de survivre à leurs épargnes.
Donc,
ce dont je vous parle, ce n'est pas à propos de l'âge de retraite, ce n'est pas
à propos de retarder la retraite, ça
n'a rien à voir. C'est à propos de faciliter la conversion de sommes détenues
en épargne en revenus pour contribuer à
la sécurité financière puis émotionnelle de nombreuses personnes. Parce que le
risque de survivre à ses épargnes, ce que nous, on appelle le «risque de
longévité», bien, ça devient rapidement très difficile à gérer, passé
70 ans.
Puis dans notre
document, vous allez voir, à l'annexe 1, toutes les différentes rentes qui
sont disponibles à ce moment-ci. Débuter sa
rente à 70 ans, ça se traduit par une rente du RRQ de 22 000 $.
Quand vous ajoutez ça à celle de la pension de sécurité de vieillesse,
on remplace 50 % du salaire maximum qu'on peut cotiser au Régime de rentes
du Québec, payable à vie, indexé, garanti.
Puis un début à 75 ans, ça permettrait de doubler la rente qui est
disponible à 65 ans. On parle
d'un remplacement de deux tiers du salaire, 67 %, puis ça, ça n'inclut
même pas les améliorations qui ont été faites en 2019 pour les plus
jeunes générations.
L'annexe 2, ce
qu'il montre, c'est que reporter les débuts de rente, ça va permettre à des
travailleurs qui n'ont pas de régime de retraite de se doter de rentes
garanties suffisantes pour leur longue retraite. Puis l'épargne-retraite, quand vous regarderez les graphiques, ça
fait
partie des initiatives privées. Ça va servir à procurer des revenus
pour une période qui est clairement
déterminée, ça va laisser amplement de place à la pension de sécurité de
vieillesse puis au Régime de rentes
du Québec pour la longue retraite. Ça, ça va énormément faciliter la
planification financière puis ça va surtout donner pas mal de paix
d'esprit à la retraite à bien des gens qui en ont besoin.
Donc, permettre de
reporter sa rente plus tard que 70 ans, c'est la deuxième de trois
améliorations-phares. La première, ça a été l'amélioration du Régime de rentes
du Québec en 2019. Vous en voyez l'effet, vous regarderez dans les annexes,
pour des jeunes générations, quand le régime va être à plein rythme de
croisière, pour des salaires qui approchent 80 000 $ en dollars
d'aujourd'hui, les régimes gouvernementaux vont remplacer plus que 70 %
des revenus. On a réglé un paquet de choses. Pour des salaires inférieurs,
c'est encore mieux.
troisième amélioration fait
partie d'un projet de loi qui a été déposé la
semaine passée, le projet de loi n° 7, qui ouvre la
voie à une flexibilité qui est nécessaire à la retraite, c'est-à-dire de permettre
de sortir des sommes qui sont immobilisées dans des régimes de retraite. Ça
aussi, ça pourra dorénavant être décaissé plus rapidement.
En conclusion, tout
ça, ça positionne le Québec à l'avant-garde au Canada dans la protection
financière de ses travailleurs retraités. C'est le fruit de 10 ans de
discussions. Bravo et merci pour l'écoute de ces dernières années.
Le Président (M.
Simard) : Alors, merci à vous. Et je cède la parole au ministre des
Finances.
M. Girard (Groulx) : Bien, d'abord, merci
beaucoup pour votre présentation. Merci pour le... excusez-moi, là, parce que
je voudrais bien vous regarder, mais d'abord je dois parler au président.
Deuxièmement, je suis orienté par là. Alors, je vais vous regarder de
temps en temps, là, mais... et c'est ma façon polie de dire que ce n'est pas ma
salle favorite, M. le Président, mais bon...
Le Président (M.
Simard) : Rassurez-vous, c'est partagé, cher collègue.
M. Girard (Groulx) : D'accord. Alors, voilà,
on va passer quatre ans ensemble à la Commission
des finances publiques, en tout cas, c'est mon souhait. On pourra
changer de salle.
Je vous remercie et,
si j'ai une promesse à vous faire, c'est que je vais lire votre mémoire en
détail la fin de semaine prochaine. Je pense, ce ne sera pas possible cette
semaine, la fin de semaine prochaine, je vais vous lire ça.
Avant, j'ai des
questions pour M. Morency, puis j'ai des questions pour M. Godbout,
et j'apprécie énormément la présentation de M. Beaudry et de
M. D'Amours. Puis merci à tous pour votre carrière qui a vraiment,
c'est... qui a été... votre intérêt envers les questions de retraite a été
constant, et c'est apprécié. C'est au bénéfice des Québécois.
Peut-être je
demanderais à Retraite Québec deux précisions, parce que je pense qu'il y a une
confusion, lorsqu'on parle de cotisation facultative après 65 ans.
J'aimerais que vous précisiez si l'employeur va continuer à cotiser ou non. Si
vous pouvez simplement clarifier ça pour nos auditeurs, là, parce qu'on parle
beaucoup... Est-ce qu'il y a consentement pour que Retraite Québec intervienne?
Le Président (M.
Simard) : Bien oui, consentement, oui.
M. Therrien
(Jean-François) : Oui, bonjour. Donc, la précision sur la cotisation
facultative... Donc, après 65 ans, lorsqu'on est bénéficiaire de la rente
de retraite, ce qui est la piste de réflexion qui est dans le document de
consultation, c'est d'avoir la possibilité de cesser sa cotisation, auquel cas
l'employeur va aussi cesser sa cotisation. Et, si le retraité choisit de
continuer à cotiser, bien, à ce moment-là, l'employeur cotise, et le retraité
bénéficie d'un supplément à la rente, d'un supplément viager à sa rente.
Le Président (M.
Simard) : Alors, monsieur, pour les fins de nos travaux, auriez-vous
l'amabilité de vous présenter, s'il vous plaît?
M. Therrien (Jean-François) : Oui.
Jean-François Therrien, actuaire en chef du RRQ.
Le Président (M. Simard) : Merci,
monsieur. Alors, nous pouvons poursuivre, M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Oui, je poursuis. Et on sait que cette
proposition-là de cotisation facultative, M. Therrien, elle a un coût. Est-ce que la proposition
supplémentaire qui a été faite par M. Godbout, c'est-à-dire que les
cotisations soient facultatives, même pour ceux qui ne reçoivent pas le
régime des rentes, est-ce que le coût de cette proposition a été étudié?
M. Therrien (Jean-François) : Le
coût a été regardé, a été estimé. On peut penser à un coût maximal de huit
points de base sur le taux de cotisation.
M. Girard (Groulx) : Huit points de
base supplémentaires?
M. Therrien (Jean-François) : Supplémentaires,
par-dessus le 11 points de base actuel.
M. Girard (Groulx) : OK, parce que
c'est important pour tous d'être conscient que notre marge financière est de 26 points de base, qu'il n'est pas
nécessairement optimal... puis je m'excuse de réutiliser ce terme-là, mais je
suis un économiste, OK, de consommer
l'entièreté de la marge de manoeuvre parce que le Régime de pensions du Canada a aussi des propositions qui sont extrêmement
dispendieuses. Et donc, la marge de manoeuvre, ce n'est pas parce qu'elle
est là qu'on devrait la prendre. Mais ce qui
est proposé, facultative à 65 ans, sous la forme que c'est proposé,
11 points de base, à ça s'ajouterait un autre sept points de base?
M. Therrien (Jean-François) : Huit.
M. Girard
(Groulx) : Huit. Donc, essentiellement, c'est tout ce qu'on
ferait. Il n'y aurait pas d'autres mesures. C'est extrêmement important. On n'a
pas ici, là, le loisir de faire des modifications sans la considération pour la
marge de manoeuvre. Alors, je continue?
Le Président (M. Simard) : Si vous
le souhaitez, puis des collègues voudront intervenir.
M. Girard (Groulx) : Non, non,
je le souhaite.
Le Président (M. Simard) : Allez-y.
M. Girard (Groulx) : Merci, M.
le Président. Mais je trouvais que votre regard... parce que je me demandais si
je m'égarais, à voir votre regard. Ça va?
Le Président (M. Simard) : Pas
du tout, pas du tout, pas du tout.
M. Girard
(Groulx) : OK. Alors, pour M. Beaudry, s'il vous plaît.
Parce que je suis un peu surpris, vous dites : Le 62 ans, ce
serait bon de s'en parler à la prochaine consultation. Vous dites : Si on
était resté là où... Non, ce n'est pas M. Beaudry...
M. Girard (Groulx) : C'est
M. Morency, voilà, excusez-moi. Vous dites : Bien là, avant, c'était
65 ans, mais on a changé ça, mais, si
on n'avait pas changé, je ne vous le recommanderais pas non plus. Et vous
dites : Ce n'est vraiment pas
une bonne idée de prendre sa retraite à 60 ans. Finalement, votre
opposition au report de l'âge d'admissibilité à 62 ans, il est
fragile, là.
M. Morency (Bernard) : C'est-à-dire
qu'on ne supporte pas d'augmenter l'âge minimal à 62 ans.
M. Girard
(Groulx) : Mais c'est ça, mais vous nous dites qu'on pourrait
le supporter à la prochaine consultation, que, si on était déjà à 65 ans, vous ne proposeriez pas de
l'abaisser à 62 ans. Puis vous dites que ce n'est pas une bonne
chose de prendre sa retraite à 60 ans.
M. Morency (Bernard) : Je n'ai
pas dit que ce n'était pas une bonne chose de prendre sa retraite à
60 ans. J'ai dit que d'un point de vue financier, ce n'est pas une bonne
chose de demander sa rente du Régime de rentes du Québec. Et, comme le dit le
document, demander sa rente, ce n'est pas nécessairement synonyme de prendre sa
retraite, ça. D'ailleurs, la preuve
est que, dans le document de consultation, on démontre que plusieurs des
prestataires continuent de travailler. Donc, il
faut distinguer prendre sa... demander sa rente du Régime de rentes du Québec
et demeurer ou non actif sur le marché du travail. Ce sont deux décisions
indépendantes une de l'autre.
M. Girard (Groulx) : Mais dans
la mesure où la pénalité est de 36 % par rapport à 65 ans, c'est de
ça, là, dont on parle.
M. Morency (Bernard) : Absolument.
M. Girard (Groulx) : Si vous
prenez votre retraite à 60 ans, votre rente, pour le reste de votre vie,
va être inférieure de 36 %.
M. Morency
(Bernard) :
Absolument.
M. Girard
(Groulx) :
OK. Alors,
vous dites que néanmoins on doit garder cette flexibilité-là.
M. Morency
(Bernard) : Ce qu'on dit, c'est que financièrement, ce n'est
pas une bonne décision. Mais doit-on enlever cette option-là et
l'enlever pour tout le monde? Pour la grande majorité des gens, ce n'est pas
une bonne décision, et ils ne la prennent
pas non plus, ils attendent après 60 ans. Les chiffres du document de
consultation démontrent que deux tiers des gens attendent, il y en a un
tiers qui le demande. Ce pourcentage-là a diminué.
On pense,
avec certaines des propositions qu'on fait, dont celle que Luc... dont Luc
parlait, de la communication qui est
faite aux gens qui atteignent 60 ans, qu'en modifiant ça on peut diminuer
ça encore davantage. Et il y a un pourcentage
de la population pour qui c'est la bonne décision. Eux continueront de le
faire. Ce qu'on veut, c'est chercher à ce que ceux pour qui ce n'est pas une
bonne décision financière, il y en ait de moins en moins qui le fassent, et
on pense qu'il y a d'autres façons d'y arriver que de tout simplement enlever
le droit aux gens.
M. Girard (Groulx) : Mais
est-ce que vous militez que c'est la bonne décision ou si vous militez pour
qu'on leur laisse le choix de faire une mauvaise décision?
M. Morency (Bernard) : Non. En
fait, ce qu'on dit, M. le ministre, c'est que le document de consultation
s'intitule Un Régime de rentes du Québec adapté aux défis du 21e siècle .
Ce qu'on dit, c'est que l'élément central d'atteindre cet objectif-là, ce n'est
pas de changer l'âge minimal de 60 à 62 ou à 65. L'élément central, c'est de
mettre une flexibilité dans le régime que les Québécois recherchent. Les gens
recherchent une flexibilité parce que la réalité,
elle est celle-là, les gens partent d'une retraite... d'un emploi à la
retraite. Ça ne se fait plus comme ça se faisait il y a
20 ans : le vendredi, j'étais à l'emploi à temps plein, puis, le
lundi, j'étais à la retraite à temps plein. Ce n'est plus comme ça que ça se
passe pour la grande majorité des Québécois. Il y a une transition qui se
passe.
Et ce qu'on dit, c'est que le Régime de rentes
du Québec doit s'adapter au marché du travail, doit s'adapter à ce que les
Québécois demandent et maintenir une flexibilité. Et on a toutes sortes de
recommandations à cet effet-là, une d'entre elles étant ne pas changer le
60 ans.
M. Girard (Groulx) : OK. Juste
pour que ce soit clair, M. le Président, là, pour la santé financière du régime, là, c'est avantageux que les gens prennent
leur retraite à 60 ans. La raison que c'est avantageux pour le régime, c'est
que ce n'est pas avantageux pour les Québécois financièrement de prendre sa
retraite à 60 ans. Alors, cette proposition-là consommerait 12 points
de base de la marge de manoeuvre de 26 points de base. Et je rappelle à
tous que les choix qu'on va faire ici doivent être contenus à l'intérieur de ce
26 points de base, tout en étant conscients qu'il y a d'autres changements
qui vont être faits au Régime de pensions du Canada et que les changements qui
sont considérés... qui seront considérés sont extrêmement dispendieux. Ça fait
que, là, il va falloir faire les bons choix. C'est
primordial. On ne pourra pas prendre tout ce qui a apparence d'être avantageux,
et cumuler, et dépasser la marge de
manoeuvre. Alors, ça, c'est extrêmement important, et la proposition
d'augmenter l'âge minimal, c'est dans l'intérêt de la sécurité financière des
Québécois. 33 %, c'est 33 % de trop, là.
M. Morency (Bernard) : Bien,
c'est-à-dire que... D'abord, deux points. Il y a un point sur lequel on est
très d'accord avec vous, il faut y aller prudemment
dans l'utilisation de la marge de manoeuvre. Donc, en gardant le 60 ans, vous
venez de vous donner 12 points centésimaux de marge de plus...
M. Girard (Groulx) : Exactement.
M. Morency
(Bernard) : ...que vous
n'utiliserez pas, là. Nous, on pense que c'est une meilleure façon de l'utiliser
pour rendre les cotisations facultatives après 65 ans pour tous les
Québécois, et non pas seulement ceux qui ont demandé leur rente. On pense que
c'est une meilleure utilisation de la marge de manoeuvre, tout simplement.
Alors, sur le fond de la question, il y a des
arguments des deux côtés, là, on s'entend, là, OK, là. D'un point de vue strictement... tu sais, René et moi, on est
des actuaires, d'un point de vue strictement actuariel, OK, si on regarde
l'ensemble de l'affaire, on va dire : Bien, 90 % des gens ne
devraient pas la prendre à 60 ans, on enlève tout ça puis on va trouver une façon de régler le problème des
autres 10 %, parce qu'il y a certaines personnes pour qui c'est la bonne
décision, pour toutes sortes de raisons, parce qu'ils ont... leur santé n'est
pas aussi bonne. Ça peut être parce que, pour eux, ils n'ont pas la possibilité d'avoir un
revenu de travail, ils doivent aller chercher cette rente-là. C'est une
minorité de gens, mais elle existe. Elle existe, cette minorité-là.
Donc, comme on dit, nous, on préfère mettre
l'emphase sur mettre une grande flexibilité dans le régime, mettre... Un des
autres arguments qui est amené dans votre document de consultation, M. le
ministre, c'est toute la question de la pénurie de main-d'oeuvre sur le marché
du travail, un point extrêmement important. Nous, on pense que la pénurie,
c'est une inadéquation entre l'offre et la demande. Alors, si on veut qu'il y
ait une adéquation, on doit travailler à la fois sur l'offre et sur la demande.
Alors, une mesure pour l'offre, bien sûr, c'est d'avoir de plus en plus de Québécois qui continuent à être actifs. Une
mesure pour la demande, c'est de travailler avec les employeurs puis de voir comment on peut rendre ça attractif pour les
plus âgés, pour les gens de 61, 62, 64, 65 et j'irais jusqu'à dire 69 et 70. Je vous rappelle, quand on a déposé le rapport,
mon ami Alban ici, il avait 73 ans, hein? Alors donc, il y a des gens qui
peuvent avoir une contribution très utile à la société bien après 62 et
63 ans.
M. Girard (Groulx) : OK. Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Simard) : 1 min 54 s.
M. Girard (Groulx) : Très bien.
M. Beaudry (René) : Peut-être...
M. Girard (Groulx) : Oui, allez-y.
M. Beaudry (René) : Est-ce que vous
me permettez un complémentaire?
M. Girard (Groulx) : Certainement.
M. Beaudry
(René) : On a réussi, sans faire de changement, de passer
de 60 % à 33 % juste par... communications, conférences,
interventions auprès de l'Institut québécois de planification financière.
Alors, ces choses-là, ils vont continuer.
Donnez-nous une chance de le faire. Sur les 33 % qui le prennent à
60 ans, probablement qu'il y en a certains qui doivent et peuvent le faire, mais il y en a probablement un taux
minimum. Est-ce qu'on va être capable de redescendre, comme dans le
reste du Canada, à 25 % ou en bas de 20 %? Moi, je pense que ça peut
se faire en termes de bonne communication.
En passant, sur les coûts du 0,12 % de
l'amener à 62 ans, ce n'est pas nécessairement de l'amener à 62 ans
qui va faire que ce coût-là va être là, c'est que les gens le prennent
effectivement à 62 ans. Ça fait que, si vous ne passez pas la mesure puis qu'on a un succès, il va y avoir un certain
coût quand même, de la même façon que, pour l'autre mesure par rapport aux cotisations, bien, dans
l'absolu, si tout le monde prennent pas de cotisation après 65 ans, ça va coûter ça, mais il n'y aura pas... ce n'est pas
tout le monde qui ne cotiseront pas, parce qu'il y a des gens qui vont
continuer à cotiser pour accumuler dans le nouveau Régime de rentes du
Québec.
Ça fait qu'il
n'y a rien qui est, dans l'absolu, dans les extrêmes, puis je pense qu'il faut
en tenir compte quand on évalue les coûts des mesures qui vont être
implantées.
M. Girard
(Groulx) : Mais vous reconnaissez, là, que cette
évolution-là, de 60 % à 33 %, elle ne s'est pas faite toute
seule, là. On a ajusté les facteurs d'ajustement aussi, là.
M. Beaudry (René) : Non, du tout.
M. Girard (Groulx) : En 2013, oui.
M. Beaudry
(René) : Du tout, juste de la communication. Ça n'avait
aucun bon sens que 60 % des gens prennent leur rente à 60 ans.
C'est de la mésinformation, là.
M. Girard (Groulx) : Je ne suis pas
d'accord avec vous.
M. Beaudry (René) : Ah! OK.
M. Girard (Groulx) : Il y a eu des
ajustements aux facteurs d'ajustement.
M. Beaudry (René) : Bien, on est
passés à 36 %.
M. Girard (Groulx) : En 2014.
Une voix : ...1er janvier 2016.
Président (M. Simard) : Alors, en conclusion, s'il vous plaît.
M. Girard
(Groulx) : Bien, en conclusion, merci énormément pour vos...
l'ensemble de votre carrière, votre contribution à la retraite... à la
réflexion sur la retraite, et soyez certains que votre mémoire va être lu,
analysé et pris en considération.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Merci. M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
Beauchemin : Merci, M. le Président. Écoutez, en tant que nouvel élu,
je suis impressionné par le débat qu'on peut
avoir, les conversations qu'on peut avoir. J'apprécie beaucoup. J'apprécie
énormément la qualité de nos invités, en ce moment. C'est des légendes
dans... dans le Régime des rentes du Québec, et donc pour moi, ça
m'impressionne beaucoup. Je vous remercie beaucoup de votre présence puis de
vos états, c'est vraiment apprécié.
ministre faisait état de huit points de base du coût de... pour permettre aux
travailleurs de 65 ans la possibilité d'arrêter de cotiser, là, au Régime des rentes. Moi, je me pose la
question... Puis je comprends le concept de flexibilité, d'arrêter de travailler à 60 ans parce qu'on
est pris des genoux, puis peu importe, puis tout ça, puis ça, je le comprends. Mais,
dans le contexte où est-ce qu'à 65 ans... On parle du huit «basis points»,
là... points de base, excusez. Dans le contexte où est-ce que quelqu'un veut
travailler à 65 ans, mais pas cotiser au Régime des rentes du Québec,
bien, l'employeur pourrait-il, lui,
continuer à faire son 50 % de la contribution, et donc, à ce moment-là, le
huit «basis points» serait-il... excusez, huit points de base serait-il
réduit à quatre, si tout le monde faisait ça? Est-ce que vous l'avez fait,
l'estimé de... Je ne sais pas si vous comprenez ma question. M. Godbout,
peut-être, ou...
M. Morency (Bernard) : Bien, en fait, il y a
deux points ici. Je devrais, un, demander à Luc de bien expliquer le
point où on faisait que... Ça, c'est une option, ce n'est pas une obligation
d'arrêter de cotiser.
Beauchemin : Exact, exact, exact.
M. Morency
(Bernard) : Puis, après ça, je pourrai revenir sur la
partie plus
monétaire.
M. Beauchemin :
D'accord, oui.
M. Godbout (Luc) : Bien, c'est ça, tu sais, nous, c'était vraiment... qu'est-ce qui est
proposé, c'est, passé 65 ans, que les cotisations soient facultatives, qu'on
ait demandé la rente ou non. Là, l'équipe du Régime des rentes a mentionné
qu'il y avait... ça coûtait huit points de
base. Il faudrait voir, si c'est l'option, ce huit points-là, comment a-t-il
été calculé. Est-ce qu'il a été calculé que 100 % des gens de
65 ans et plus demandaient de cesser de calculer ou 50 % des gens le demandaient, 40 % des gens le demandaient?
C'est sûr que ça va affecter le coût, et ça, on est un peu dans l'inconnu. Qui
va continuer de vouloir cotiser? Il y en a pour qui c'est rentable, là. Nous,
on tient à le dire, là, ce n'est pas une obligation,
c'est un choix facultatif. Est-ce qu'on peut laisser l'employeur continuer de
cotiser seulement? Moi, je ne peux pas m'aventurer jusque-là.
M. Morency
(Bernard) : Là-dessus, là, j'aimerais faire deux commentaires. Le
premier, c'est qu'il y a plusieurs personnes, au Québec, qui sont des
travailleurs autonomes, OK, alors ils sont leurs propres employeurs. Le Régime de rentes du Québec, c'est une de ses
grandes forces. Plusieurs pays dans le monde, leur régime d'État, c'est juste
les gens qui travaillent pour un employeur
qui cotisent. Chez nous, en 1966, on a dit : Non, les travailleurs
autonomes vont aussi participer au Régime de rentes du Québec.
Quelle décision sage
on a prise. Ça a permis aux travailleurs autonomes d'avoir une rente, mais ça
veut dire... parce qu'il y en a de plus en plus, de travailleurs autonomes,
après 65 ans. Ça veut dire que, quand je travaille après 65 ans, je suis un travailleur autonome, je paie ma
cotisation et je paie aussi celle de l'employeur. Alors, je vous rappelle, la cotisation, c'est 10,8 % pour le
régime de base, 2 % pour le régime supplémentaire. On parle de 12,8 %
fois deux. Ça commence à faire de l'argent, ça, là, là, OK?
Donc, ce qu'on dit,
c'est que, pour les travailleurs autonomes qui font un calcul, bien, ce n'est
pas évident que c'est une bonne décision de continuer de cotiser. Alors, ce
qu'on dit, c'est que... définitivement, définitivement qu'il faut leur
permettre. Pourquoi on les obligerait à demander leur rente pour avoir ce
droit-là? Pourquoi on ferait ça? On ne voit pas de raison de les obliger. En
plus, on fait toutes sortes de changements au régime pour inciter les gens à
reporter leur demande de rentes et là on va faire un changement qui va les
inciter à faire exactement l'inverse. Alors, ce qu'on dit, c'est : Offrons
cette option-là, peu importe que la personne ait demandé sa rente ou non.
Pour certaines
personnes, c'est une bonne chose de cotiser. Selon les recherches qu'on a
faites au Régime de pensions du Canada, qui offre déjà cette option-là, il y a
à peu près 40 % des gens qui ne cotisent pas puis 60 % des gens qui
décident de cotiser quand ils ont le choix. Donc, il y a des gens qui font le
calcul, qui disent : Ah! moi, ça vaut la peine pour moi, je vais aller
chercher la cotisation de l'employeur, ou etc. Il y en a d'autres qui décident
que ce n'est pas la bonne chose à faire. Alors, ce qu'on dit, c'est : Oui,
offrons ça, mais ne mettons pas l'obligation de demander leur rente pour avoir
cette option-là.
Une voix : J'ai
fait ce choix.
M. Beauchemin : J'ai... Pardon?
M. Beauchemin : Je n'ai peut-être
pas bien posé la question, c'est peut-être pour ça. Mais, juste pour qu'on soit clair, qu'un travailleur autonome décide de
continuer à travailler après 65 ans, en parlant d'optionalité gratuite,
là, si on lui dit : Bien, écoute, tu as, donc, le choix maintenant,
si tu veux ne plus, perso, contribuer au régime des rentes, mais ta business,
elle va continuer à contribuer. On lui coupe sa facture de 24 %, en deux.
Donc, c'est quand même avantageux de ce point de vue là.
M. Morency (Bernard) : Vous pourriez
envisager cette option-là. Ça complique un petit peu les systèmes de paie, et
tout, là, mais est-ce que ça peut être fait? Bien sûr que ça peut être fait. Ce
n'est pas comme ça que ça fonctionne, au Régime de pensions du Canada. Ce n'est
pas comme ça qu'on avait compris la proposition qui est dans le document de
consultation. On avait compris que c'était à la fois la cotisation de
l'employeur et de l'employé. Est-ce que vous pourriez couper la poire en deux
puis dire : On va rendre la cotisation de l'employé optionnelle, mais pas
celle de l'employeur?
M. Beauchemin : Bien, c'est une idée
de même, histoire de...
M. Morency (Bernard) : Bien sûr.
Bien sûr.
M. Beauchemin : C'est une idée de
même, histoire d'aller chercher les «basis points», là...
M. Morency (Bernard) : Bien sûr,
bien sûr. Bien sûr, bien sûr, ça se réfléchit.
Beauchemin : Excusez, les
points de base. Vous m'excuserez, j'ai travaillé une trentaine d'années
dans les marchés des capitaux en
marché obligataire, pour moi, on parle de «basis points» tout le temps. Ça fait
que je suis désolé des anglicismes.
M. Beaudry
(René) : Il y a juste une chose, c'est que, ce faisant, ça
n'existe pas, dans le régime, des demi-rentes pour des crédits, là. Tu sais, on... Je pense qu'on parle, comme...
C'est un peu comme un «brainstorm», mais le régime n'est pas conçu pour
avoir des demi-accumulations. Ça fait que, tu sais, il y a un coût, il y a un
crédit de rente qui s'accumule; s'il n'y a
pas de crédit de rente qui s'accumule, il n'y a pas de cotisation. Mais, tu
sais, ces demi-cotisations-là n'apparaissent dans aucun régime à
prestations déterminées de quelque sorte. Ça fait qu'il y aurait des
modifications quand même sensibles si on le faisait, là, tu sais.
M. Beauchemin : Intéressant.
J'imagine qu'il y aurait probablement un fichier qui pourrait les mettre en
considération, là, mais, au moins, il y a ça.
J'ai une
question, parce que vous êtes des experts puis je veux vraiment avoir votre
opinion là-dessus. Par fourchette annuelle, si on peut les diviser comme
ça, donc, on parle de l'impact actuariel, si... Supposons qu'on avait décidé
que ce soit à 65 ans, si on tombait à 64 ans, l'impact, est-ce que
vous l'avez calculé, ce que ça représenterait pour le régime, si on y allait
par tranches de un an, l'impact annuel... Je ne sais pas si je peux le
dire, le terme «annuel»...
M. Morency (Bernard) : Bien,
c'est-à-dire, vous voulez dire si l'âge minimal était 64 ans ou... C'est
ce que vous voulez dire?
Beauchemin : Oui, genre. Oui, par année, disons, si on avait
comme... si on avait calculé ça de façon... par année de retraite.
M. Morency (Bernard) : Oui, bien,
j'y vais de mémoire, mais je pense que le coût pour augmenter l'âge minimal de
60 à 62 est pas mal le même que de 60 à 65. Il n'y a pas une grande différence
entre les deux coûts, là. J'y vais de
mémoire, là, je n'ai pas les chiffres frais, là, tu sais, mais je pense que...
Donc, je pense que de passer l'âge minimal
de 62 à 65, ça n'a pas un énorme impact sur le coût. L'impact sur le coût, il
est entre 60 et 62, pas entre 62 et 65.
Beauchemin : OK. Je voulais avoir aussi votre opinion, parce
que je pense qu'en début vous aviez mentionné comme quoi que la courbe... les générations futures sont amenées... sont
bien protégées dans la modélisation actuelle, là, du régime. Donc, la courbe démographique actuelle,
qui est quand même vraiment pénible pour les plus jeunes générations, de leur point de vue à eux, dans vos estimés,
croyez-vous que, dans, je ne sais pas, moi, 20 ans, 15 ans,
30 ans, le régime actuel va être aussi permissif, pour vous, par
exemple?
M. Morency (Bernard) : En fait, il
va même être un petit peu meilleur, parce que le régime de base, il est là, il
est le même pour celui qui a... qui atteint 65 ans aujourd'hui puis celui
qui atteint 65 ans en 2041, là. Mais le régime supplémentaire, lui, il se
bâtit une année à la fois, débutant en 2019. Donc, celui qui quitte
aujourd'hui, il n'a que trois ans depuis 2019. Celui qui va quitter en 2042,
bien, il va avoir 23 ans.
Donc, en fait, le régime, il se bonifie, et
c'est pour ça qu'on a salué, avec... cette amélioration-là qui a été faite au Régime de rentes du Québec, qui se fait de
façon progressive, qui se fait avec un énorme souci d'équité intergénérationnelle, ce qui est un point très important
dans toute cette étude-là, là. L'équité intergénérationnelle, elle est très
importante, là. Donc, le régime, il se bonifie, M. le député.
M. Beauchemin : OK. Combien de temps
qu'il me reste encore?
Le Président (M. Simard) : Une
minute.
M. Beauchemin : Tu as-tu une
question? Linda va continuer.
Le Président (M. Simard) : Mme la
députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci beaucoup. Alors,
je comprends que vous ne prônez pas de changer l'âge de 60 à 62 ans. Dans le projet du gouvernement, l'un des arguments
en faveur de ça était de dire que les retraités recevront plus d'argent
s'ils prennent leur retraite plus tard. Est-ce que, dans vos travaux, vous avez
calculé l'impact de la mesure fédérale du supplément de revenu garanti, justement, si les gens prennent leur retraite à
62 ans plutôt qu'à 60 ans? Est-ce que vous avez analysé cet
aspect-là pour voir si le gain qu'on pense que les gens vont faire sera
toujours vrai?
Godbout (Luc) : Bien, le gain sera toujours vrai. C'est vrai qu'il
y a des interactions entre ce qu'on reçoit au Régime des rentes et ce
qu'on a droit au supplément de revenu garanti.
Nous, notre angle, là, ça a été comment avoir
les meilleurs revenus de retraite de 65 ans à notre décès. Et, si on
repousse le moment où on demande notre régime des rentes, c'est vrai qu'on va
avoir une rente plus élevée. Les bénéficiaires
moins nantis qui ont droit au supplément de revenu garanti vont être diminués,
mais, au net, ils vont avoir plus,
ils vont avoir plus jusqu'à leur décès. Puis nous, on pense que c'est la ligne
de conduite qu'on doit avoir, parce que, sinon, si on se met à faire ces... Je le sais que, dans les officines,
quand ça a été le temps, même, de bonifier le Régime des rentes du
Québec puis de faire le régime supplémentaire, on hésitait en disant : Il
y a beaucoup de Québécois qui vont perdre le supplément de revenu garanti.
Mais, dans cette logique-là, là, on ne voudrait pas développer le Québec parce
qu'on va perdre de la péréquation... Tu sais, il faut quand même garder à
l'esprit qu'il faut... les gens vont être plus riches, ils vont avoir plus de
revenus et que ça reste la bonne décision malgré tout.
Mme Caron : Parfait. Merci. Est-ce
que j'ai encore du temps? Oui?
Le Président (M. Simard) : Désolé,
non, madame.
Le Président (M. Simard) : Je cède
la parole à la députée de Mercier.
Ghazal : Merci. Merci beaucoup, messieurs, pour votre
présentation. C'est vraiment très, très éclairant, vous rendez ça
passionnant, pour vrai.
Moi, je sens beaucoup le ministre très, très
inquiet, là, pour la santé du régime. Il regarde les chiffres, il dit : ça
va coûter très, très cher, et tout ça. Ce que je comprends de ce que vous
dites, c'est qu'on n'a pas besoin de forcer les
gens maintenant, là, d'avancer. De toute façon, en ce moment, ce n'est pas le
cas. C'est une minorité des gens, là, le tiers à peu près, qui
continuent à le prendre, pour toutes sortes de raisons. Puis vous, ce que vous
dites, c'est par les mesures de sensibilisation qu'on y est arrivés, alors que
le ministre dit : Non, non, il y a une autre raison pour ça. Ça,
peut-être, ça m'a échappé, cet aspect-là.
M. Beaudry (René) : En 2015, ils ont
raison, il y a eu des modifications au taux de réduction. Alors, au lieu de 30 %, c'est 36 % pour les personnes
qui ont des plus hautes rentes, mais ça a demeuré 30 % pour les gens qui
ont des rentes plus petites, donc ça
n'a pas changé. Le Québec, dans le Régime de rentes du Québec, on a une
différenciation, qui est une mesure
sociale qu'on salue, où les gens qui ont des moins hautes rentes ont la même
réduction qu'ils avaient, ou ajustement actuariel, si on peut l'appeler
comme ça.
Ghazal : Puis les raisons pour lesquelles les gens décident
de plus en plus, vous le dites, là, de façon naturelle, sans même qu'on les force, ils continuent à la
prendre plus tard, vous l'avez évoqué un peu, est-ce que c'est parce que
les gens, ils ont moins d'épargne ou leur situation financière n'est pas bonne,
et tout ça?
M. Beaudry (René) : Non, c'est tout
à propos d'un narratif, alors, les gens qui vont voir leur beau-frère, leur conseiller... puis tout le monde disait :
Prends ta rente à 60 ans, tu perds de l'argent. Il n'y a aucun intérêt de
prendre sa rente à 60 ans, à moins de savoir... si tu es certain
que tu vas mourir dans les 11 prochaines années, puis je pourrais le démontrer.
Mais la rente
du Régime de rentes du Québec, c'est simple, là, c'est 10 000 $ à
60 ans, c'est 15 000 $ à 65 ans, ça augmente de
1 000 $ à chaque année. Ça fait que, si tu prends ta rente à
60 ans, à 10 000 $, là, après 11 ans, tu en as eu 110 000 $. Si tu la prends à 61, à
11 000 $, après 10 ans, tu en as eu 110 000 $. Ça fait
que si tu es sûr de mourir avant 71, tu la prends. Sinon, bien,
peut-être qu'il y a des gens qui disent : Bien, je n'en ai pas assez, puis
tout ça. Il faut vraiment que les gens n'aient pas
10 000 $ dans leur REER, il faut vraiment que les gens n'aient pas un
revenu de salaire de 10 000 $ pour la prendre à 60.
ce que Retraite Québec pousse et met de l'avant puis le ministère aussi, c'est
de dire : Ces gens-là, après ça, pendant
30 ans, il faut qu'ils vivent sur un certain niveau. Ça fait que c'est là
que l'importance... Ce n'est pas de reporter, c'est de ne pas la
prendre. Il n'y a pas de décision de reporter sa rente, tu sais, il y a
décision de... La seule décision inéluctable, c'est de la prendre. Tu peux la
prendre à chaque mois, si tu veux.
Mme Ghazal :
Oui, oui. Puis la différence, c'est aussi, j'en ai parlé dans l'introduction,
entre les hommes et les femmes. Les hommes sont quand même... Il y a, quoi,
peut-être un 5 %, là, de plus d'hommes qui prennent leur retraite à 60 ans versus les femmes...
c'est-à-dire les hommes, il y en a plus, tu sais. Je pense que, les femmes,
c'est 36 % qui la prennent à 60 ans, alors que les hommes,
c'est 31 %. C'est quand même un écart, parce qu'elles ont peur, parce
qu'elles ne le savent pas, à cause de leurs revenus moindres?
M. Beaudry
(René) : Bien, je vais vous retourner ça sur une base de question. Sur
le long terme, avec l'augmentation rapide, au cours des dernières décennies, de
la place des femmes sur le marché du travail, au Québec, on est à égalité; probablement que ça, c'est en
train de s'autocorriger aussi. C'était une question de... si les gens avaient
peu d'années dans le régime et des petites rentes, peut-être qu'ils ne le
prenaient pas à la même date, tu sais.
Mme Ghazal : Donc,
naturellement, vous dites que ça va se résorber?
M. Beaudry
(René) : Bien, je pense que oui.
Godbout (Luc) : ...pour ajouter. Les
femmes le prennent en plus grand nombre à 60 ans, mais c'est pour eux que c'est la moins bonne décision de la
prendre à 60 ans, parce que l'espérance de vie est plus grande, des femmes,
et ils vont avoir une rente diminuée plus longtemps.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup. M. le député de Camille-Laurin.
M. St-Pierre Plamondon : Merci beaucoup. Bonjour.
Excellente présentation. Je ne dispose que de 2 min 30 s, donc,
si vous pouvez répondre par oui ou non avec des phrases courtes, ça va m'aider.
Donc, je comprends
que le régime est bien financé, avantageusement, par rapport à d'autres nations
dans le monde. Vous nous dites que, pour la
personne qui veut bénéficier du RRQ à 60 ans, il n'y a aucune raison ou
d'incitatif financier, mais il y a bel et bien une pénalité à faire cela
par rapport à le prendre plus tard. On entend M. le ministre qui dit : C'est une mauvaise décision de le
prendre à 60 ans, donc il faut intervenir puis monter cet âge-là. Est-ce
que je comprends que, même si on augmente l'âge, le régime ne se trouve pas
mieux financé? Donc, on ne ferait pas ça pour assurer la pérennité du
régime, si jamais on augmentait l'âge pour bénéficier du RRQ? Il n'y a aucun
lien.
M. Morency
(Bernard) : C'est l'inverse. Même c'est pire...
M. St-Pierre
Plamondon : C'est ça, ça pénalise.
M. Morency
(Bernard) : ...ça pénalise.
M. St-Pierre
Plamondon : Bon, dans lequel cas, est-ce que je comprends que votre
divergence de point de vue avec le ministre,
c'est que, bien que sur le plan financier, ce soit pénalisant de prendre le RRQ
à 60 ans, vous, vous considérez
que les considérations actuarielles ne sont pas le seul facteur qui amène une
personne, un citoyen à prendre une décision éclairée sur son intérêt, quant à
l'âge de retraite?
M. Morency
(Bernard) : Exactement.
M. St-Pierre
Plamondon : Bon, est-ce qu'on pourrait considérer, c'est une
proposition du parti... parce que le Parti québécois est d'accord... a déjà
proposé, durant la campagne, plusieurs des éléments que vous apportez.
Il y a une chose où
je veux tester notre idée. Dans la mesure où on aimerait se donner, justement,
plus de marge de manoeuvre dans le régime et
peut-être qu'on voudrait être plus généreux en termes de pourcentage, là, du
revenu qui est versé en versements RRQ, est-ce que d'augmenter les
gains... les revenus admissibles de 66 000 $ à 75 000 $,
donc élargir l'assiette sur laquelle on est obligé de cotiser pour le RRQ,
est-ce qu'à votre avis ce serait une bonne mesure,
dans la perspective de se donner une marge de manoeuvre, mais également,
peut-être, de bonifier, pour vaincre la pauvreté chez les aînés...
bonifier les versements RRQ?
M. Godbout (Luc) : Bien, j'ai un élément de réponse. J'ai fait ma revue de presse, ce
week-end... mais je ne peux pas juste répondre par oui puis par non,
malheureusement. Ça va bouffer un petit peu de temps. Alors, le
66 000 $, cette année, de
maximum des gains admissibles, c'est déjà prévu, l'année prochaine, qu'il va
être indexé comme il est indexé chaque année.
M. St-Pierre
Plamondon : Oui, mais il a été indexé en bas de l'inflation.
Godbout (Luc) : Mais, dans les
10 dernières années, il a été indexé de plus que l'inflation...
Le Président (M. Simard) : ...conclusion.
M. Godbout (Luc) :
...puis dans les 20 dernières aussi. Mais, si on regarde le
66 600 $, l'année prochaine, il va être non seulement indexé, on va
le déplacer de 7 %. Et, dans l'année suivante, en 2025, il va non
seulement être indexé encore, mais il va
être déplacé d'un autre 7 %, si bien que votre 66 600 $ risque
d'être autour de 81 000 $, en 2025. Pour ceux qui cotisent...
Ça va bonifier les rentes pour ceux qui cotisent...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
Godbout (Luc) : ...actuellement jusqu'à ce maximum-là. C'est déjà
prévu, c'est le changement dans le régime des rentes supplémentaire qui
a été annoncé en 2019.
Président (M. Simard) : Très bien. Alors, merci, messieurs, ceci met fin à
notre période d'échange. Alors, M.
D'Amours, M. Godbout, MM. Beaudry et Morency, merci beaucoup pour votre
contribution à nos travaux. On espère vous retrouver sous peu. Merci à
vous.
Sur ce, je suspends nos travaux. On se retrouve
cet après-midi. Au revoir.
(Suspension de la séance à 13 h 20)
Président (M. Simard) : Alors, chers amis, bon retour. Je constate que
nous avons quorum. Conséquemment, nous sommes prêts à reprendre nos
travaux, mais, avant de débuter, bien sûr, nos pensées accompagnent toutes les familles qui vivent un drame horrible aujourd'hui
à Laval. Donc, nos pensées les accompagnent. Dans ce contexte, vous
comprendrez le départ précipité de notre collègue de Fabre, qui s'est
dirigée... qui a dû quitter la commission pour se diriger là-bas.
Alors, nous
avons l'honneur de recevoir des représentants de la Confédération des syndicats nationaux. Madame, messieurs, bonjour, soyez les bienvenus.
Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter?
Senneville (Caroline) : Bonjour. Alors, je suis Caroline Senneville. Je
suis la présidente de la CSN, et, pour m'accompagner...
M. Jean (Pascal) : Bonjour, Pascal
Jean, conseiller politique à la CSN, évidemment.
M. Routhier (Sébastien) : Bonjour,
Sébastien Routhier, actuaire à la CSN.
Mme Senneville (Caroline) : Alors,
jamais sans mon actuaire. Puis oui, effectivement, c'est quand même bouleversés
par les événements de ce matin, là, qu'on se présente devant vous. On va se
concentrer sur le régime.
Le Président (M. Simard) : Alors,
nous vous écoutons, et vous disposez de 10 minutes.
Mme Senneville (Caroline) : Merci.
Alors donc, merci de nous recevoir à cette consultation qui est prévue à tous les six ans sur le régime de retraite du
Québec... le régime des rentes du Québec, pardon. C'est un régime qui a, pour
nous, une connotation de filet social pour
les retraités, parce qu'une
partie importante des revenus des retraités sont
dans le RRQ, et c'est un revenu...
c'est un des rares revenus, à la retraite, qui est à la fois garanti et indexé,
et je pense qu'on peut voir que la retraite, c'est un enjeu qui est
socialement sensible ici ou ailleurs. Ce régime, c'est un régime qui va bien. Les entrées de fonds sont suffisantes pour
les 50 prochaines années. Ce n'est pas nous, c'est vous qui le dites. Alors,
à notre avis, rien ne justifie les
propositions de réduction du régime. En fait, on aurait même de l'espace pour
l'améliorer légèrement.
Alors, vous comprendrez que, d'entrée de jeu, on
s'inscrit contre l'obligation de reporter éventuellement notre demande de la
RRQ de 60 à 62 ans. Je vous dirais que, déjà, depuis 2016, entre 2016 et
2021, il y a à peu près moitié moins de gens
qui demandent leur rente à 60 ans. Alors, de façon naturelle, c'est quelque
chose qui se produit. On était autour
de 60 % en 2016. On est plus autour de 30 % en 2021. Vous me direz
que l'espérance de vie augmente. Je vous répondrai que ça dépend pour
qui. L'espérance de vie n'est jamais la même en haut de la côte. Que ça soit à Montréal, Westmount, Saint-Henri ou haute-ville,
basse-ville à Québec, ce n'est jamais la même en haut de la côte qu'en
bas de la côte, et il y a des différences qui peuvent être significatives.
Il y a aussi
le fait que beaucoup de travails sont très pénibles. Quand on monte des
briques, des murs de brique, pendant des décennies, ça use le corps de la même
façon que quand on travaille dans l'humidité, le froid, dans des
cadences infernales, dans des abattoirs, de la même façon que quand on est
debout derrière une caisse, parce que, malgré le fait que la CSN demande des bancs de
caissières, il n'y a aucun grand détaillant qui offre des bancs pour les
caissières. Alors, quand on est debout
derrière notre caisse depuis des décennies ou quand on travaille dans le milieu
scolaire puis qu'on revient chez soi
couvert de bleus parce que les enfants en difficulté sont parfois violents,
bien, la pénibilité du travail, c'est quelque chose qui existe.
De plus, vous savez, 40 % de la population
bénéficie, à partir de 65 ans, du supplément de revenu garanti qui est
prévu dans le... pour le fédéral. Bien, en reportant l'âge de 60 à 62 ans,
ça fait en sorte que l'augmentation de la rente que les personnes recevraient
serait coupée de moitié par une baisse équivalente du SRG, du supplément de revenu garanti. Et évidemment on voit, par tout ça,
que l'effet de ce report-là, il est vraiment plus grand sur les
gagne-petit, ceux qui ont des métiers difficiles et sur les femmes, parce que,
quand on parle de gagne-petit, on parle aussi
des femmes. Les femmes sont très majoritaires au salaire minimum, et le salaire
des femmes, malgré toutes les lois qui existent, sont encore plus bas
que celui des hommes.
Il y a plus
de 2 millions de Québécois et de Québécoises qui n'ont ni épargne
personnelle ni régime de retraite et qui dépendent, donc, du RRQ à partir de
60 ans. Et ce n'est pas tout le monde qui a soit les moyens financiers
ou les moyens physiques, on l'a vu avec la
pénibilité du travail, de reporter sa retraite. Alors, repousser de 60 à
62 ans serait, pour une
partie importante de la population, les
amener à la pauvreté.
On croit aussi que cette idée, ce n'est pas une
réponse à la pénurie de main-d'oeuvre. On devrait aller plus sur des allègements fiscaux pour les travailleurs
expérimentés. On pense même que ça pourrait avoir un effet délétère sur la mobilisation des gens qu'on obligerait à
rester au travail, et donc sur la productivité, et j'ajouterais que, peut-être,
côté souplesse et flexibilité, du côté des employeurs, pour faciliter le
maintien en emploi.
Il y a d'autres choses aussi qui existent, qui
peuvent faire en sorte que, naturellement, les gens puissent reporter leur
demande de rente à la RRQ... au RRQ, pardon, c'est... Vous savez, si vous
demandez à n'importe quel conseiller financier, il va vous dire : Comme la
rente, elle est garantie et indexée, c'est toujours payant de la reporter, si
vous avez des économies. On a une
partie de nos membres qui ont des économies,
mais qui sont immobilisés soit dans des
fonds de revenus viagers ou dans des régimes de retraite à cotisations
déterminées, et les règles de décaissement sont très strictes. Retraite
Québec travaille, depuis 2018, à assouplir ces règles-là. À la CSN, on propose
que les décaissements soient plus flexibles,
plus rapides, et, ce faisant, on permet aux gens d'utiliser leurs épargnes
personnelles et de pouvoir prendre la décision éclairée de reporter,
s'ils le veulent, leur rente du RRQ.
Et je vais noter un point crucial pour nous,
l'information. Ici, on est entre initiés, voire expert pour ce qui est de
monsieur. Ce n'est pas le cas des travailleurs et des travailleuses qu'on
représente. La différence entre un CD et un PD, tu sais, le report... Il faut
absolument que les communications du RRQ soient... d'avance, soit claires,
soient vulgarisées, et que les gens prennent des décisions éclairées. Ça peut
avoir l'air aussi simple que de dire... Quand on envoie une communication qui
dit : Aïe! Vous pouvez prendre votre retraite ou vous demandez votre rente
à 60 ans, il y a des gens qui disent : Ah! bien, je peux, donc je
dois. Il faut vraiment améliorer la communication.
On n'est pas non plus, à la CSN, en faveur de
hausser les facteurs d'ajustement pour la rente avant 65 ans. Encore une fois, la bonne santé financière du
régime lui permet amplement de faire face à ses obligations. On parle de
répartir... reporter, pardon,
progressivement la limite actuelle, qui est de 70 ans, pour demander...
c'est la limite maximale pour
demander notre rente. On nous demande : Est-ce que vous seriez d'accord à
ce que ce soit reporté éventuellement à
72 ou 75 ans? Oui, je vous dirais, on est d'accord, dans la mesure que ça
n'a pas d'impact sur les coûts dans le régime. Puis on est vraiment d'accord surtout avec le mot «progressivement»,
essayer 72 ans avant de se rendre à 75 ans, et, encore une
fois, c'est crucial que les personnes qui font ce choix-là fassent un choix
éclairé et que la communication aille dans ce sens-là.
On nous demande aussi : Est-ce que vous
êtes favorables au fait que la cotisation devienne facultative à partir de
65 ans? Je vous dirais, on n'est pas en désaccord, mais il faudrait faire
attention à ce qu'il n'y ait pas de pression, je dirais, de l'autre
partie qui
paie la rente de retraite, c'est-à-dire l'employeur, pour qui c'est pur
bénéfice d'arrêter. Ça n'a pas d'impact sur lui, hein, d'arrêter, mais ça peut avoir
un impact sur la personne qui a plus de 65 ans. Donc, il faut vraiment
faire attention à ça, et je ne saurais trop insister encore sur le fait que, si
c'est possible, et que si c'est une décision qu'on puisse prendre, que ce soit
la décision la mieux informée possible. Alors, je pense, vous avez noté, le
département des coms, Retraite Québec, voilà.
Plus pointu, on nous parle de modifier les
règles de calcul de la rente de retraite afin d'éviter que les gains de travail
d'une personne qui demande sa rente après 65 ans réduisent la moyenne de
ses gains utilisés. On nous parle aussi de
crédit de gains pour reconnaître des périodes de perte de revenus lorsqu'une
personne doit s'occuper d'un enfant à
charge ou en cas d'invalidité de la personne. On nous parle aussi de mesures
visant à soutenir les personnes proches aidantes. C'est toutes des mesures avec
lesquelles on est d'accord en principe, le diable étant dans les détails. Il
faudrait voir comment ça s'appliquerait, puis toujours, on garde un
oeil, je vous dirais, sur le coût du régime.
Il y a quelque chose qui n'était pas dans les
documents de consultation puis sur lesquels on aimerait apporter votre attention, c'est la prestation de décès. La
prestation de décès est à 2 500 $ depuis 1997. Pas besoin d'être
actuaire pour savoir que ça fait 25 ans, que beaucoup de choses ont
augmenté depuis ce temps-là, et, encore une fois, c'est quelque chose qui fait la différence pour les familles qui sont à très
faibles revenus, et on pense que c'est quelque chose qui pourrait... On
a la marge financière, on pourrait regarder ça, et ça n'a pas un impact
financier très important sur le régime.
En conclusion, ce qui est important pour nous de
dire, puis je l'ai dit, je vais faire le lien avec ce que j'ai dit en introduction,
le RRQ, c'est un régime à prestations déterminées. À la CSN, on a toujours été
d'ardents défenseurs de ces régimes-là, qu'ils soient publics ou privés, parce
que c'est la meilleure façon d'avoir des revenus stables à la retraite. Alors, si on ne veut pas vieillir dans la pauvreté
ou dans l'incertitude, il faut avoir des régimes de ce type-là, et vraiment, on veut que cet aspect du RRQ soit
maintenu, que ça demeure un régime à prestations déterminées qui assure,
donc, une vraie sécurité pour les personnes qui en ont besoin. Ça fait que je
pense que je rentre dans mon 10 minutes.
Le Président (M. Simard) : Merci. M.
le ministre, à vous la parole.
M. Girard (Groulx) : Bien, merci
beaucoup pour cette présentation. Merci aussi à M. Routhier et M. Jean, M. Routhier étant l'actuaire, c'est ça? Bon,
il y a beaucoup d'actuaires ici, ça fait que j'imagine qu'il y a de vos anciens
collègues de classe ou... OK, bon.
Merci pour
votre présentation. Je pense que c'est intéressant, peut-être, pour les gens
qui vont suivre les travaux de la
commission, de constater qu'on s'entend sur beaucoup de choses. On s'entend sur
la nécessité que les Québécois soient mieux informés quant aux défis
auxquels ils font face pour la retraite, le risque de longévité, et la
nécessité, pour Retraite Québec, qui est notre mandataire, évidemment, de
continuer à améliorer la vulgarisation des enjeux de la retraite puis aider les
Québécois à faire les meilleurs choix.
Alors, Retraite Québec, le ministre et la CSN
vous suggèrent de poursuivre le processus d'amélioration continue visant à
offrir une information de qualité aux Québécois. On s'entend sur le 72, 75
modulé dans le temps. Je pense que, de toute
façon, il n'y a aucun changement qui va être précipité. On parle ici du Régime de rentes du Québec. Il n'y a pas de
changements, là, qui vont être faits de manière législative, qui vont être
immédiatement... Tous les changements qui sont considérés auraient une période
de transition adéquate.
Protection du
niveau de la rente, je pense que c'est important. On parle de situation où les
revenus, après 65 ans, sont en
bas de la moyenne puis on veut permettre aux gens de travailler. Alors, on
s'entend là-dessus, c'est intéressant. L'entente est un peu plus fragile
sur les cotisations facultatives à 65 ans, mais presque un endossement ou
sujet à la modulation. Je tiens à dire aussi
qu'on ne propose pas que ceux qui ne reçoivent pas le RRQ déjà aient cette
option-là parce qu'à ce moment-là l'option est beaucoup plus chère pour
le régime.
Alors, ça laisse le fameux report de
l'admissibilité de 60 à 62 ans ou de 60 à 65 ans. Je rappelle
qu'autrefois c'était 65 ans, puis qu'il y a eu une décision collective
pour encourager les gens à quitter plus tôt lorsque le Québec faisait face à des taux de chômage, une situation
complètement différente, dans le fond, où le taux de chômage, je vais
risquer un chiffre, là, avoisinait les 10 %, puis on voulait que les gens
quittent pour la retraite, alors qu'aujourd'hui on est au plein emploi.
Mais je pense
que vous le savez, puis je vais même risquer de dire que, l'actuaire, je suis
sûr qu'il le sait, lui, là, je veux juste donner une précision que le
fait que le régime est en santé nous permet de considérer cette option, parce que ce n'est pas à l'avantage des Québécois de
prendre leur retraite à 60 ans et à 61 ans. Et donc c'est à
l'avantage du régime lorsque les... Les gens qui prennent leur retraite à
60 ans auront, pour l'entièreté de leur vie, 36 % de moins de rentes
que ceux qui la prennent à 65 ans.
Et donc, pour le régime, au strict point
financier, c'est à l'avantage du régime, mais c'est pour ça que, si on amenait l'âge à 62 ans, des décisions ne sont
pas prises, on a un document de consultation, on écoute, bien, ça coûterait
presque la moitié de notre marge de manoeuvre du régime, là, d'amener
l'admissibilité... Alors, au lieu d'avoir un régime 60, 65, 70, par
exemple, si nous avions un régime 62, 65, 72, on prend la moitié de la
marge de manoeuvre du régime parce que les... ceux qui prennent leur retraite à
60 et 61 ans sont désavantagés, et le régime est avantagé. Alors, je veux
juste clarifier ça. Je ne pense pas que cette clarification-là vous fait
changer d'avis, là, je suis pas mal certain que... et je ne suis pas surpris
non plus que vous n'êtes pas en faveur de ce point-là.
Je peux revenir sur la... un mot qu'on a... en
tout cas, que moi, je n'utilisais pas, mais que j'ai appris dans le débat qui se passe en France, là, la pénibilité
des emplois, parce que, là, c'est vraiment un des enjeux importants, puis,
en France, l'enjeu, c'est la capitalisation
du régime. Alors, ce qui est proposé vise à recapitaliser le régime. Ici, ce
qui est proposé vise à améliorer la sécurité financière des Québécois.
Après ça, on peut discuter si ce qui est proposé, c'est la meilleure façon d'assurer la sécurité, mais est-ce que la pénibilité
des emplois, c'est la responsabilité du RRQ ou c'est la responsabilité
des régimes à prestations déterminées que vous négociez avec les employeurs de
ces employés-là?
Mme Senneville (Caroline) : ...Québécois,
Québécoises n'ont pas de régime de retraite. Négocier un régime de retraite... Vous savez, négocier, ce n'est pas
comme dans la Bible, là, demandez et vous recevrez, ça ne marche pas comme ça. Puis, quand il y a des régimes de
retraite, il y a eu des batailles sérieuses. Il y a très peu de régimes à
prestations déterminées qui ont survécu à la dernière crise financière.
Donc, il y a des régimes mixtes variables. Il y a beaucoup de régimes à cotisations déterminées où il n'y a
pas de sécurité. Puis je vous rappelle que nous, on a une solution, de
dire : Aïe! Permettez le décaissement plus rapidement des
économies.
Nous, ce
qu'on... Je vous entends, là, quand vous dites que c'est pour améliorer puis
que... le sort des retraités puis que c'est avantageux, mais c'est améliorer
après 62 ans, puis c'est avantageux, peut-être, financièrement,
mais, si tu n'es plus capable physiquement,
c'est ça qui risque... là, c'est ces gens-là qu'on va toucher. Et nous, on
pense, puis c'est décrit comme ça
dans notre mémoire... on croit plus à la carotte qu'au bâton, puis la carotte a
quand même porté ses fruits ces dernières années, on l'a vu, et il faut
absolument que le régime... En ce moment, il permet une protection minimale, puis c'est vrai qu'il y a des
connaissances, puis c'est pour ça qu'il faut qu'il y ait des efforts de
communication, mais, pour les gens
qui sont au bout du rouleau, qu'ils puissent avoir ce choix-là, il ne faudrait
pas que ça soit le choix : Je suis
carrément invalide et c'est la seule façon que j'ai d'échapper à un travail
pénible. Il y a des gens qui ont commencé à travailler à 17, 18, 19 ans. Ça fait 40 ans qu'ils travaillent
dans des conditions pénibles. Il faut qu'ils aient quelque chose parce
que le fédéral, ça arrive juste à 65 ans.
M. Routhier
(Sébastien) : Si je peux rajouter...
M. Girard (Groulx) : Allez-y.
M. Routhier (Sébastien) :
Effectivement, une des choses qui est importante, c'est avoir le choix. On a
4,8 millions de travailleurs présentement et on ne peut pas deviner... et
je vais parler des moins nantis après, mais, même pour ceux