Institutions — 22 March 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CI 2023-03-22
Quebec — Committees
(Onze heures quatorze minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour à tous et à toutes.
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
institutions ouverte. Je vous souhaite encore une fois la bienvenue.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 12, Loi portant sur la réforme du droit de la famille en matière de
filiation et visant la protection des enfants nés à la suite d'une agression
sexuelle et des personnes victimes de cette agression ainsi que les droits des
mères porteuses et des enfants issus d'un projet de grossesse pour autrui.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel) est remplacée par Mme Gendron (Châteauguay); M. Lemieux
(Saint-Jean), par Mme Picard (Soulanges).
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Ce matin, nous
allons débuter par les remarques préliminaires, puis après nous
entendrons, par la suite, les organismes suivants : le Réseau des centres
d'aide aux victimes d'actes criminels et le Conseil du statut de la femme.
Avant de débuter, je pense qu'il est important
de le dire, permettez-moi de commencer nos auditions avant d'apporter des
précisions étant donné la nature des propos discutés dans le cadre de ces
consultations. Dans ce contexte, je vous
invite à la prudence lorsque vous êtes amenés à évoquer un cas en particulier
afin d'éviter de dévoiler des renseignements personnels ou confidentiels
concernant les personnes impliquées. En conséquence, je vous invite donc à
amorcer les discussions sur le projet de loi tout en faisant preuve de
prudence.
Sur ce, pour les remarques préliminaires, M. le
ministre, pour six minutes.
M. Jolin-Barrette : Oui. M. le
Président, chers collègues, c'est avec enthousiasme que nous entamons
aujourd'hui les consultations particulières sur le projet de loi n° 12
portant sur la réforme du droit de la famille en matière de filiation et visant la protection des enfants nés à la suite
d'une agression sexuelle et des personnes victimes de cette agression
ainsi que les droits des mères porteuses et des enfants
issus d'un projet de grossesse pour autrui .
Le droit de la famille concerne et touche
directement chacun d'entre nous à différents niveaux. Nous avons toutes et tous
été l'enfant de quelqu'un, et peut-être songeons-nous aujourd'hui à fonder une
famille ou bien, pour plusieurs d'entre
nous, nous sommes déjà parents. Nous voulons tous ce qu'il y a de mieux pour
nos enfants. C'est à eux que nous pensons quand nous partons travailler
le matin, c'est leur bien-être, leur sécurité et leur avenir que nous avons en
tête lorsque nous prenons des décisions, et c'est ce que nous devons avoir en
tête tout au long de nos travaux sur cette réforme.
Nous aborderons, au cours des prochains jours,
des sujets délicats mais essentiels. Avec le projet de loi n° 12, nous donnons suite au projet de loi n° 2, qui
posait les premiers jalons d'une importante réforme du droit de la
famille lors du précédent mandat. En plus de
reprendre les mesures du projet de loi n° 2 qui n'ont pu être étudiées,
notamment la question de la grossesse pour
autrui et la connaissance des origines en matière de procréation assistée, le projet
de loi n° 12 vient corriger une aberration.
L'été dernier, une situation ignoble a été mise
en lumière grâce au témoignage d'une courageuse jeune femme. C'est le cri du coeur d'
Océane, cette jeune femme qui a donné
naissance à un enfant à la suite d'un viol et qui n'a pu empêcher
l'agresseur d'établir sa paternité, qui a permis de lever le voile sur une
importante faille dans la loi. Grâce à
Océane, nous venons corriger cela et nous assurer qu'aucune mère n'ait à vivre
avec la peur au ventre qu'un jour leur agresseur cherche à avoir des
droits sur leur enfant.
Avec le
projet de loi n° 12, il sera possible pour une mère dont l'enfant est issu
d'un viol de refuser à l'agresseur l'établissement de sa paternité.
Celle-ci pourra également être retirée si la filiation est déjà établie.
Par ailleurs,
nous ne voulons surtout pas que l'enfant et la mère soient pénalisés
financièrement par cette décision. L'agresseur pourra ainsi être tenu,
même en l'absence d'un lien de filiation, à verser à la mère une indemnité pour
l'aider à subvenir aux besoins de l'enfant.
D'autre
part, le projet de loi propose un important rattrapage en ce qui concerne la
grossesse pour autrui.
Malgré que des enfants naissent d'une grossesse
pour autrui chaque année au Québec, ce processus n'était ni reconnu ni encadré légalement, contrairement à la majorité des autres
États fédérés du Canada. Le projet de loi institue donc un processus clair,
prévisible et sécuritaire.
En résumé, la femme
qui porte l'enfant conserve l'entière autonomie de disposer de son corps comme
elle l'entend. La femme qui porte l'enfant
peut résilier la convention de grossesse pour autrui unilatéralement en tout
temps. La rémunération est interdite, mais le remboursement de certaines
dépenses est admissible. Et les parents d'intention qui changeraient d'idée en
cours de route ne peuvent pas abandonner l'enfant.
Les parents
d'intention et la femme qui prévoit porter l'enfant devront participer à une
séance d'information préalable dans le but de permettre à tous de prendre une
décision éclairée. Ainsi, une convention, dont le contenu sera balisé par règlement, devra être conclue
devant un notaire. Le cadre que nous mettons en place permet de protéger
à la fois le droit des enfants à naître et ceux de la mère porteuse.
Le troisième et
dernier volet principal du projet de loi concerne la connaissance des origines
en matière de procréation assistée. L'accès à la connaissance de ses origines
est un besoin fondamental des enfants. Les experts s'entendent pour dire que celui-ci peut être déterminant pour le
cheminement et le développement de l'identité de chacun.
Rappelons que le
projet de loi n° 2, sanctionné en juin dernier, est venu élargir les
règles sur la connaissance des origines en matière d'adoption. Soulignons aussi
que le droit à la connaissance des origines est devenu un droit fondamental
inscrit à la Charte des droits et libertés de la personne, la charte
québécoise.
Dans le projet de loi
n° 12, nous légiférons pour assurer que les enfants qui naîtront d'un don
de gamètes ou d'une grossesse pour autrui
puissent, eux aussi, avoir accès à la connaissance de leurs origines. En somme,
nous voulons que tous les enfants puissent connaître leurs origines et
leurs histoires, peu importe la façon dont ils ont été conçus.
En terminant, nous
pourrons entendre au cours des prochains jours différents experts et groupes se
prononcer et nous partager leurs savoirs sur les grands volets de la réforme.
Nous entamons ces consultations avec ouverture et en ayant toujours en tête l'intérêt
de nos enfants. Je le réitère, les enfants sont ce que nous avons de plus
précieux, et c'est leur intérêt qui doit primer dans toutes les décisions.
Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre. M. le
député d'Acadie, pour 3 min 36 s, s'il vous plaît.
M. Morin :
Merci. Merci, M. le Président. Avec ma collègue la députée de Robert-Baldwin,
on est heureux de pouvoir participer à nouveau aux travaux de la commission sur
les institutions dans le cadre d'un projet de loi qui est, effectivement, très, très important et qui vise à régulariser,
finalement, une situation, parce que, comme vous le savez, dans le Code
civil actuel, toutes les conventions en matière de grossesse pour autrui,
évidemment, sont nulles. Donc, M. le ministre le soulignait, c'est une réalité
qui existe dans les autres provinces du Canada, et on est d'avis qu'il faut,
effectivement, que le législateur québécois s'intéresse à cette question.
Je tiens à souligner
la présence du Pr Roy, ancien collègue, distingué chercheur dans le domaine du
droit de la famille. Alors, ça me fait plaisir de le revoir.
je vous dirais que ce projet de loi est un pas dans la bonne direction. Vous
l'avez mentionné d'emblée, M. le Président, on va travailler avec des
concepts qui sont très importants et qui... je pense, qu'il ne faut pas mettre
en opposition, c'est-à-dire le droit des
femmes à disposer de leurs corps et l'intérêt supérieur de l'enfant. Je pense
qu'il faut travailler puis y voir une interrelation et non pas une
opposition.
Donc, ce projet de
loi va tenter, évidemment, de régler ces situations-là. Cependant, il y a des
questions qui se posent, et c'est la raison pour laquelle, compte tenu du
contexte, et des textes mêmes, et de l'objet du projet de loi, on est heureux
de voir qu'on va entendre plusieurs groupes en commission parlementaire pour
augmenter, accroître, finalement, non seulement notre connaissance, mais
s'assurer que le projet de loi sera le meilleur pour l'ensemble des Québécoises
et des Québécois.
y a des questions qui restent cependant un peu en suspens, puis on aura
probablement la chance ou l'opportunité d'en débattre, par exemple : Est-ce que, dans le cas d'une
convention de grossesse pour autrui, on devrait le permettre lors d'une
première grossesse ou pas? Quel sera le... tout le soutien, les conseils
psychologiques qui viendront, et éthiques, éclairer toutes les personnes qui
voudront se lancer, évidemment, dans un tel projet?
Je suis aussi
conscient qu'il faudra s'assurer, et ça, ça m'apparaît hyperimportant, de bien
informer la population quand,
éventuellement, il y aura des modifications au Code civil en ce sens. Pourquoi?
Bien, parce qu'il y a sûrement des gens qui vont tenter de se lancer
seuls, sans conseil juridique à tout le moins, dans cette aventure, dans ce
projet, et donc il faudrait s'assurer que tout soit fait conformément et que
les gens, dans la population, soient bien conscients de ce en quoi ils
s'engagent.
Et, à ce moment-là,
on peut s'interroger. On sait que la convention de grossesse sera faite, ou, en
fait, selon le projet de loi, par acte notarié. Est-ce que ça devrait être
uniquement un acte notarié? Est-ce qu'il pourrait y avoir d'autres véhicules
juridiques? Est-ce qu'il serait important, pour bien renseigner la population,
de demander aux couples, aux gens qui
veulent avoir ce projet-là d'obtenir, par exemple, un avis juridique avant,
pour être bien conscients de toutes les implications que cela implique?
C'est autant, je pense, de questions, de débats que nous pourrons avoir dans le
cadre des travaux de la commission. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
M. le député. Mme... députée de Vaudreuil, pardon.
Mme Nichols :
Merci. Merci, M. le Président. Alors, bien contente de participer au projet
de loi n° 12. Le droit de la famille,
c'est un droit superimportant, c'est un droit qui est délicat, c'est un droit
qui, disons-le, est humain, très humain et, évidemment, un droit qui est
souvent très émotif. Donc, j'imagine qu'il y aura beaucoup d'émotion, là,
durant les travaux du projet de loi n° 12, mais c'est, du moins, un projet
de loi qui, je pense, est essentiel, parce que le droit de la famille est aussi
un droit qui évolue. Et je pense qu'il y a certains... certaines notions, là,
qui se doivent d'être mises à jour. Comme le disait M. le ministre, là, des
situations comme le cas de la jeune Océane, je pense que ça mérite qu'on s'y
attarde puis qu'on mette nos lois à jour.
Comme la plupart, là,
des collègues ici et comme les groupes, là, qui participeront, qu'on entendra
lors des auditions, bien, ça me fera plaisir... Je suis avocate en droit
familial, comme ma collègue de Robert-Baldwin, donc il me fera plaisir, moi aussi, là, de pouvoir apporter, là, une certaine...
une certaine expertise. Puis je suis certaine que tous ensemble, bien,
on va trouver le droit chemin ou, en fait, une façon d'améliorer le bien-être
de notre population.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Et voilà maintenant le député de Jean-Lesage. M. le député, très heureux de
vous voir ce matin. Alors, la parole est à vous. Je sais que c'est un petit peu
à la dernière seconde, mais je vous laisse faire vos remarques préliminaires,
M. le député.
M. Zanetti :
Merci, M. le Président. Je ne ferai pas de remarques préliminaires.
Président (M. Bachand) : Mais je voulais
vous donner la chance, M. le député de Jean-Lesage. Alors, merci beaucoup.
Alors,
nous allons maintenant débuter avec notre premier... nos premiers témoins.
Alors, je souhaite la bienvenue, bien
sûr, aux représentants, représentantes du Réseau de centres d'aide aux victimes
d'actes criminels. Encore une fois, merci beaucoup d'être avec nous ce
matin. Alors, comme vous savez, vous avez 10 minutes de présentation.
Après ça, on aura une période d'échange avec les membres. Donc, je vous invite
d'abord à vous présenter et à débuter votre exposé. Merci.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Eh bien, bonjour, tout le monde, mesdames,
messieurs. Merci de nous donner l'opportunité de prendre la parole aujourd'hui
puis de se faire entendre au sujet du projet de loi n° 12. Donc,
je me nomme Marie-Christine Villeneuve. Je suis coordonnatrice aux
communications et aux relations publiques du Réseau des
CAVAC.
D'entrée
de jeu, peut-être vous dresser un bref portrait de ce que... de ce qu'est le
Réseau des CAVAC. Donc, le réseau est
composé de 17 centres d'aide aux victimes d'actes criminels, qui sont
situés un peu partout au Québec, qui offrent des services gratuits et
confidentiels d'abord, évidemment, aux personnes qui sont victimes directement
d'un crime, ensuite à leurs proches, mais
aussi aux témoins d'infractions criminelles, qui peuvent vivre beaucoup de
conséquences. Donc, ces services-là sont disponibles peu importe l'âge, peu
importe le sexe, l'identité de genre des personnes, peu importe le moment où le crime a lieu et peu importe si la personne a
porté plainte ou non à la police, qu'il y ait un suspect qui ait été
identifié ou non.
offre un très large éventail de services, donc l'intervention post-traumatique,
l'intervention psychosociale. On offre également tout l'accompagnement
dans le processus judiciaire, la préparation à un témoignage, l'information sur
les droits et recours. On va aussi pouvoir assister les personnes victimes pour
ce qui est de remplir les différents formulaires, par exemple pour une
indemnisation à l'IVAC. On offre également, dans le cas où on juge qu'il y a un
besoin, une orientation vers une ressource qui sera plus spécialisée ou encore
complémentaire à ce qu'on peut offrir.
L'an dernier, nos
équipes ont offert, là, environ... des services à environ un peu plus de
66 300 personnes, et ces services-là sont offerts par des équipes
d'intervention qui sont composées principalement de sexologues, de
criminologues, de travailleurs et travailleuses sociaux, de psychoéducatrices
également, qui sont membres de leurs ordres professionnels. Et ces équipes-là
sont en place dans les sièges sociaux, évidemment, mais aussi dans les palais de justice, dans les postes de police, donc sont
là de façon permanente, ce qui permet vraiment une proximité avec nos
partenaires puis de faire en sorte qu'il y ait une excellente collaboration,
une proximité avec ces partenaires-là. Ça constitue donc, chacun de ces
endroits-là, là, 185 portes d'entrée pour les personnes qui ont accès à
nos services.
Donc, comme
plusieurs, il faut dire que le Réseau des CAVAC a été très ébranlé par la
situation d' Océane, mentionnée un petit peu
plus tôt, qui a été exposée dans les médias l'été dernier, particulièrement par
cette incongruité dans la loi qui permet ce genre de situation là, qui
ouvre la porte à cette souffrance-là et même... voire à la continuité de
l'agression. Donc, en raison de notre mission, en raison de la mission du
Réseau des CAVAC, on a été interpelés par les conséquences pour les personnes
victimes qui se voient de cette façon-là imposer la présence de leurs
agresseurs dans leur vie et dans celle de leurs enfants. Et on a été interpelés
par les enjeux qui ont donc été mis en lumière par cette prise de parole là.
Donc, c'est
vraiment relativement aux mesures proposées spécifiquement à cet égard-là dans
le projet de loi n° 12 qu'on va prendre la parole aujourd'hui et
non pas sur les autres dispositions, là, qui sont prévues au projet de loi. On va s'attarder plus
précisément à la filiation puis à la responsabilité financière, là, relative à
un enfant qui est issu d'une agression sexuelle.
Au Réseau des CAVAC, on est d'avis que le droit
à l'établissement de la filiation devrait être la volonté unique de la personne
victime ou encore de l'enfant qui est issu de l'agression et que ça ne devrait
jamais être un droit pour la personne qui a commis l'agression, étant donné,
là, l'ampleur des impacts pour les personnes victimes, les impacts de ce
crime-là. Par contre, on ne voudrait pas que l'enfant soit privé des droits qui
accompagnent la filiation puis on juge donc nécessaire qu'il puisse se
prévaloir de ses droits s'il le désire, et ce, sans prescription quant au
moment d'en faire la demande.
Finalement,
tant que la personne... en fait, tant pour la personne victime que pour
l'enfant qui est issu de l'agression sexuelle, bien, ces gens-là
devraient pouvoir bénéficier de tout soutien nécessaire, notamment au niveau
légal, au niveau psychosocial, en lien avec
les enjeux puis les répercussions que l'exercice des droits qui sont prévus
dans le projet de loi n° 12 pourrait générer.
Donc, pour
analyser plus en profondeur les mesures de filiation et de responsabilité
financière, je vais tout de suite passer la parole à mes collègues. Je
suis accompagnée aujourd'hui... j'ai oublié de le dire, mais de Dave Lysight,
qui est directeur général du CAVAC-Mauricie, et de Jenny Charest, directrice
générale du CAVAC-Montréal. Donc, je passe la parole à mon collègue Dave
Lysight.
M. Lysight
(Dave) : Concernant la filiation, notre souhait serait
qu'une personne ayant commis une agression sexuelle ne puisse, en aucun
cas, requérir à l'établissement de sa filiation auprès d'un enfant issu de
cette agression. Nous comprenons évidemment que cette agression doit, tout
d'abord, être prouvée afin de contrer une telle requête. Dans l'éventualité où
une personne ayant commis l'agression a été reconnue coupable, celle-ci...
devant un tribunal criminel, n'y aurait-il pas la possibilité de créer un
automatisme afin de faire en sorte qu'il ne soit tout simplement pas possible
pour cette personne de requérir à l'établissement de la filiation, de prévoir
la création d'une passerelle entre les différentes instances judiciaires afin
bloquer ce type de demande?
Nous sommes
en faveur de la mesure permettant de contester la filiation initialement
établie entre une personne ayant
commis une agression sexuelle et l'enfant issu de cette agression. Il n'est pas
rare qu'une personne victime prenne plusieurs années avant de dévoiler
ce qu'elle a vécu. Il est, donc, important et essentiel de tenir en compte tous
les aspects sensibles à cette problématique, qui sont observables dans notre
pratique et documentés abondamment en littérature, notamment dans le délai
relatif qui est possible entre l'agression et l'apparition des symptômes, des conséquences, la force nécessaire également
de dévoiler ainsi que dans un contexte... et la nature de l'agression.
Cette mesure est, donc, en cohérence avec la réalité des personnes victimes et
aux mesures permettant leur rétablissement.
Dans le même sens, l'imprescriptibilité en
matière d'actions relatives à la filiation nous semble alors tout à fait
appropriée. Cette disposition fait, d'ailleurs, écho aux modifications des
dernières années relatives à l'abolition de
la prescription en matière de recours civil ou encore en matière
d'indemnisation des personnes victimes d'infractions criminelles d'ordre
sexuel.
Nous considérons important et pertinent que les
mesures relatives à la filiation ne soient pas tributaires que simplement d'une condamnation de la personne ayant
commis l'agression sexuelle par un tribunal d'instance criminelle. En
effet, il est bien connu et documenté que plusieurs victimes d'agression
sexuelle ne dénoncent pas ce qu'elles ont vécu aux autorités.
Il nous semble ainsi approprié que les
dispositions législatives proposées mentionnent explicitement qu'un jugement
reconnaissant l'existence d'une agression sexuelle pourra faciliter la preuve
devant une instance civile. Cependant, et
nous soulignons que nous ne sommes pas juristes, nous avons des préoccupations
quant à l'évaluation ou au traitement qui serait fait, devant un
tribunal civil, d'un acquittement en matière criminelle. Nous comprenons que le fardeau de la preuve est différent des deux
instances. Un acquittement devant une instance criminelle ne signifie
pas nécessairement qu'une agression n'a pas eu lieu. Il sera, donc, important
et primordial d'en tenir compte.
Nous comprenons que la survenance de cette
agression sexuelle devra être démontrée soit par prépondérance de preuve, selon les mêmes principes qu'une
personne victime qui pourrait... qui poursuivrait la personne l'ayant
agressée devant un tribunal civil.
Ces enjeux de preuve nous préoccupent, dans un
contexte où ce type d'agression se produit dans presque tous les cas dans
l'intimité, à l'abri des regards de témoins qui pourraient corroborer les
faits.
Finalement, nous comprenons la prise en compte
de l'intérêt de l'enfant à l'article 542.22, mais il nous semble que, dans le cas particulier d'une
naissance à la suite d'une agression sexuelle, l'intérêt de la personne
victime devrait également être pris en compte. Encore plus dans la situation où
la personne victime est titulaire de l'autorité parentale et qu'elle a la garde
de l'enfant, particulièrement lorsque l'enfant est en bas âge et n'a jamais eu
de contact avec l'auteur du crime. En raison
du contexte si particulier de la naissance de cet enfant, le bien-être de cette
personne victime qui est central et l'intérêt de l'enfant devraient être
nécessairement pris en compte et en considération.
Il est également essentiel que la personne victime
ou l'enfant issu d'une agression sexuelle soient informés de la possibilité que
le jugement sur la filiation autorise le changement de nom auprès de la
Direction de l'état civil. Le fait de porter le nom de l'agresseur peut être
très dommageable, voire un élément de revictimisation quotidien autant pour la
personne victime que pour l'enfant né des suites de l'agression.
Il nous
semblerait approprié de prévoir des mesures visant les mêmes objectifs que les
articles 542.2, 542.9, al. 1, en matière de procréation
assistée, pour l'enfant issu d'une agression sexuelle dont la filiation est
établie. Nous comprenons bien qu'il n'y a ici pas d'enjeu d'informations
détenues par une tierce organisation qui pourraient... dont l'information
pourrait être malencontreusement divulguée à l'enfant. Cependant, nous avons le
souci que, lorsque l'information sera transmise à
l'enfant, si elle l'est, qu'elle le soit en réponse à ses besoins, de façon
adéquate, toujours en respect de son âge, de ses étapes de
développement, mais surtout avec le soutien nécessaire pour la personne
victime, mais aussi pour l'enfant.
Il nous semble impératif, et ce, même si ça ne
fait pas l'objet du projet de loi actuel qui est en étude, que cet enfant soit considéré comme une personne victime
au sens de la Loi visant à aider les personnes victimes d'infractions
criminelles et à favoriser leur rétablissement.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Très bon timing.
Honnêtement, vous êtes bien... vous avez bien fait ça. M. le ministre,
période d'échange, pour une période de 16 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Merci,
M. le Président. Mme Charest, M. Lysight, Mme Villeneuve, merci
de votre présentation et de vous rendre disponibles, que le Réseau des
centres d'aide aux victimes d'actes criminels vienne présenter son point de vue
en commission parlementaire.
D'entrée de jeu, je vous remercie, parce que
vous apportez un éclairage et votre expertise relativement au soutien aux
personnes qui sont victimes, avec le réseau, dans toutes les régions du Québec.
Puis je peux dire que vos intervenants, je le constate depuis que je suis
ministre de la Justice, font un très bon travail d'accompagnement, de soutien, et je pense qu'on... il faut le saluer.
Vous êtes une référence auprès des personnes victimes, vous les aidez
notamment à ce qu'à la cour, ça se passe bien aussi, puis votre présence est
extrêmement sécurisante pour les personnes victimes. Alors, je tiens à vous
remercier.
Dans le cadre du projet de loi n° 12, ce
qu'on souhaite faire, c'est vraiment donner le choix à la personne qui est
victime du viol de déterminer, en sa qualité de tutrice de l'enfant, quelle est
la meilleure option pour sa situation familiale, ce qu'elle souhaite. C'est
pour ça que, dans le projet de loi, il y a différents scénarios qui peuvent
être envisagés par la personne victime de viol.
Je donne un exemple. Il pourrait y arriver que
la personne victime elle-même décide de vouloir établir la filiation de son
enfant avec monsieur. Mais, par contre, on est venu faciliter le recours à la
déchéance de l'autorité parentale automatiquement pour faire en sorte qu'il n'y
ait pas de lien de garde et d'autorité parentale sur l'enfant, ce qui voudrait
dire que, dans ce cas-ci, la victime pourrait demander une pension alimentaire
régulière à monsieur. Ça pourrait être un choix qui est envisagé par la
victime.
Dans
l'éventualité où madame ne veut pas avoir... qu'un lien de filiation soit
établi entre son enfant et l'auteur de l'infraction criminelle, bien là,
à ce moment-là, c'est là que le mécanisme d'indemnité s'applique. Donc,
objection à la filiation, mécanique d'indemnité, mais également sur les droits
successoraux de l'enfant, où est-ce qu'on voulait s'assurer que l'enfant ne
perde pas ses droits successoraux.
J'aurais une question pour vous, où on est dans
le scénario sur le critère de l'intérêt de l'enfant, parce que vous avez dit,
dans vos propos : Le critère s'ajoute lorsqu'il y a déjà établissement de
filiation. Exemple, en matière de violence conjugale, où il y a un viol
conjugal, puis que les parties sont ensemble depuis un certain temps, puis que
madame ne réussit pas à s'extirper de la relation toxique depuis plusieurs
années. Mais supposons qu'elle réussit à le faire
après trois ans, à ce moment-là, l'enfant connaît son père, a établi des liens,
vit... font vie commune, supposons, et c'est pour ça qu'on est venu
mettre le critère de l'intérêt de l'enfant pour briser la filiation. Mais,
vous, ce que vous nous dites, c'est que l'intérêt de la victime devrait être
pris en considération, même si la filiation, elle était déjà établie. C'est
bien ça que j'ai compris?
M. Lysight (Dave) : Tout à fait.
Mme Charest
(Jenny) : Oui, tout à fait, si vous me permettez. En fait,
l'intérêt de la personne victime... En fait, la personne victime, c'est
aussi dans l'intérêt de l'enfant, parce que, plus la personne victime va
arriver à favoriser son rétablissement, plus elle va être en mesure aussi de
soutenir l'enfant. Et une personne victime qui est directement en lien avec un
agresseur, on peut parler que ça peut limiter ses compétences parentales aussi
et ça peut limiter la capacité d'offrir à son enfant l'environnement le plus
facile et le plus optimal pour son développement.
Mme Charest (Jenny) : Alors,
oui, c'est clair. Si je peux me permettre, justement, un des éléments qui nous
est apparu et dont on n'a pas eu le temps de parler au niveau du financement,
hein, des mesures financières qui nous apparaissaient quand même très, très
pertinentes, mais un des éléments qu'on voyait qui manquait, justement, c'était
le bout de... on parle de l'intérêt de l'enfant, la personne victime n'a pas de
prescription pour faire différentes actions en lien avec sa victimisation;
quand on parle de l'enfant issu d'une agression sexuelle, il y a une
prescription liée au fait qu'il est mineur.
Donc, la personne
adulte qui serait issue d'une agression sexuelle n'a pas les mêmes droits dans
le projet de loi actuel que si elle était mineure, que sa mère, en fait...
parce que cette personne-là, un des éléments qu'on se disait, c'est qu'elle
n'est pas, actuellement, en tout cas, selon notre compréhension, reconnue comme
une personne victime au sens de la LAPVIC, donc elle n'a pas droit à toutes les
indemnisations de l'IVAC. Donc, on pense à une situation, par exemple, où
l'agression sexuelle devient connue seulement à l'âge adulte, donc un jeune
homme, une jeune femme
qui apprend que, finalement, sa naissance est issue d'un viol. Et ça, on le
voit régulièrement chez une personne victime qui ne me nomme pas, ça
peut être dans un contexte conjugal, comme aussi dans un contexte où c'est un
lien autre, je dirais, et qui ne s'est pas
poursuivi, mais cette personne-là, nous, on le constate, va avoir beaucoup
d'impacts, va avoir exactement les mêmes réactions, les mêmes conséquences
qu'une personne victime.
Alors, je pense que,
dans les éléments... les mesures qui ont été choisies, qui ont été identifiées
sont très novatrices et pertinentes, mais je pense qu'il faut aussi avoir une
attention particulière par rapport à cette situation-là, dans la perspective de
reconnaissance de personnes victimes.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Oui, Jenny, puis peut-être juste pour ajouter,
parce que, dans le cas où, effectivement, la
personne adulte l'apprend à l'âge adulte, non seulement elle n'a pas de recours
au niveau du projet de loi qui est prévu présentement, mais elle n'est
pas reconnue comme une personne victime, donc elle se retrouve un peu, là, sans
aide, à ce moment-là. Puis, comme Jenny l'a indiqué, les conséquences peuvent
être très importantes pour cette personne-là qui apprend une nouvelle qui peut
complètement chambouler sa vie, on le comprend.
M. Jolin-Barrette :
Peut-être juste pour apporter certaines précisions, sous la
loi sur
l'indemnisation des personnes victimes, dans
le fond, l'enfant peut présenter une demande de qualification en tant qu'enfant
de la personne victime. Donc, il y a
des offres de soutien psychologique, notamment, psychothérapique, puis
certaines aides financières qui sont offertes en tant que soutien de la
personne qui est victime, donc qui est au niveau de sa cellule familiale. Ce
n'est pas lui qui est victime de l'infraction criminelle, mais je comprends ce
que vous demandez, vous voudriez qu'on le considère comme personne victime
directement.
Mme Charest
(Jenny) : Oui, parce que...
M. Jolin-Barrette :
Allez-y, allez-y.
Mme Charest (Jenny) : Oui,
oui, tout à fait, vous avez raison, on ne dit pas du tout qu'il n'y a pas de
soutien, mais on pense que cette personne-là devrait être considérée de la même
façon, que le fait d'être issu d'une agression sexuelle devrait être considéré
comme une victimisation directe.
M. Jolin-Barrette :
OK. Sur l'autre point, quand vous disiez : Il y a une prescription
relativement au fait que, exemple,
l'indemnité, elle est prescrite... en fait, il y a un délai de prescription de
trois ans en haut de 18 ans, mais, en fait, jusqu'à 18 ans, le
titulaire de l'autorité parentale, c'est lui qui présente la demande. Au-delà
de 18 ans, bien, en fait, c'est si la
personne, elle est à charge, donc, il peut aller avec trois ans de
rétroactivité. Ça fait que, exemple, supposons que l'enfant a
21 ans et là présente sa demande à ce moment-là, bien, il va couvrir sa
période antérieure quand même, de 18, 19, 20 ans, 21 ans et plus,
pour le futur également, jusqu'à son 25e anniversaire, supposons qu'il est
à charge aussi. Ça fait que je tiens à vous rassurer sur ce volet-là également.
Je serais curieux de
savoir, est-ce que, selon votre expérience, vous, vous avez vécu, dans vos
réseaux, ce genre de situation là qui a été vécu par Océane, sur le terrain,
là, des victimes comme ça, des enfants issus puis des gens qui tentaient
d'établir leur filiation qui avaient agressé sexuellement une femme.
M. Lysight (Dave) : De notre côté, je vous
dirais que c'est... comme ma consoeur Jenny le mentionnait, effectivement, c'est des situations qui nous
arrivent quand même assez fréquemment, mais... comment je pourrais vous
dire, on ne... les personnes victimes qui ont... comment je pourrais dire, qui
ont eu ce type de situation, en fait, ça prend
vraiment énormément de courage, énormément de détermination avant de pouvoir
frapper à la porte, dans le fond, parce que, justement, c'est... comme
je le nommais tout à l'heure, tu sais, c'est tout le caractère intime, hein, de
tout ça. Puis je ne sais pas si Jenny voudrait rajouter quelque chose.
Mme Charest
(Jenny) : Oui. En fait, j'ai envie de vous dire qu'il y a toutes
sortes de situations, et ce qu'on constate beaucoup dans nos services, ce sont
des personnes qui réalisent avoir été victimes d'une agression, c'est... la personne ne l'a pas réalisé tout de suite. On le
voit beaucoup, dans les dernières années, avec le phénomène de #moiaussi où les gens mettent des mots sur des
situations, alors que ces personnes-là vivaient des conséquences depuis
plusieurs années mais n'avaient pas été en mesure d'identifier que c'était en
lien avec ça. Et ça, on le constate régulièrement.
Vous avez parlé de
violence conjugale, donc de violence sexuelle à l'intérieur de situations de
violence conjugale, ça, on l'a de manière presque quotidienne, où les gens
doivent vivre avec les impacts de ça. Une fois que la personne, comme vous
l'avez dit, est sortie de la relation, le fait de voir et d'identifier la
violence sexuelle comme étant au coeur du couple et des conséquences qui ont
été vécues, je pense que c'est hyperimportant de s'assurer, en fait, que ces personnes-là, lorsqu'elles décident,
les femmes victimes de poursuivre et d'aller chercher les éléments,
quand on parlait tantôt de passerelle, de s'assurer aussi qu'on facilite le
parcours de cette personne-là qui réalise qu'elle a été victime et qui veut
faire valoir ses droits.
Donc,
oui, on le constate régulièrement. Comme Océane, une situation comme celle-là,
on ne l'a pas constatée, nous, à Montréal. C'est quand même... c'est
assez rare. Mais, en même temps, combien de personnes ne sont pas venues nous
voir et l'ont vécu et n'osaient pas aller sur la place publique ou aller
consulter, ne connaissant pas leurs droits en fait? Donc, j'ai envie de vous
dire que le fait de proposer un projet de loi comme celui-là, ça va faire en
sorte que ces personnes-là vont venir consulter.
M. Jolin-Barrette :
Excellent. Écoutez, je vous remercie. Je sais que mes collègues souhaitent
vous poser des questions. Alors, un grand merci pour votre présence en
commission parlementaire.
Président (M. Bachand) : Merci, M. le
ministre. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme Bourassa :
Oui, merci beaucoup. Merci beaucoup de votre temps pour un sujet aussi
sensible. Bon, vous avez dit que c'est malheureusement fréquent qu'il y ait des
grossesses qui sont issues d'actes criminels, d'actes sexuels. Le Québec n'en
fait pas exception, mais ça doit se voir ailleurs. Alors, j'aimerais savoir,
est-ce qu'il y a d'autres États ou d'autres endroits où on a utilisé une
gestion financière pour limiter le contact entre les victimes puis les
agresseurs? Est-ce que ça a été... Comment c'était structuré? Est-ce que ça a
été un succès? Est-ce que vous avez des références extérieures?
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Je ne sais pas si mes collègues ont une réponse,
Jenny, mais je ne crois pas qu'on ait fait cet exercice-là.
Mme Charest
(Jenny) : Non. J'ai envie de vous dire qu'on n'est pas allés fouiller
si ça existait ailleurs, on est plus allés, nous, dans la perspective de
comment faire pour mettre en place différentes modalités pour faciliter les
choses, parce que ce qu'on constate parfois, c'est que, quand un droit est là
mais trop compliqué à faire valoir ou trop
compliqué dans le quotidien de la personne, bien, ça va arriver fréquemment que
la personne va finalement décider de ne pas tenter de le faire valoir,
ce droit-là. Et ce qu'on constate, c'est que ça ne va pas répondre non plus au
droit au rétablissement.
La
loi sur l'aide aux
personnes victimes d'infractions criminelles vise à favoriser le
rétablissement. Alors, on se dit que, si des
droits sont mis en place, mais qu'on ne facilite pas les choses, ça va être
plus complexe. Mais on pourrait certainement aller voir si ça existe
ailleurs pour trouver des façons, parce qu'on pense que c'est vraiment un
élément qui pourrait faire en sorte que les personnes utiliseraient ces
mécanismes-là et iraient plus faire valoir leurs droits, et ça redonnerait un
certain pouvoir aux personnes victimes.
Rappelons-nous que,
quand on parle de violence sexuelle, on parle quand même de pouvoir, on parle
d'abus. Donc, il faut aussi tenir compte de ça dans notre façon de mettre en
place, là, tout ce qui est possible pour soutenir.
Mme Bourassa : Il reste quelques
minutes. J'aimerais vous entendre sur la proposition que ce soit un
montant unique et non un genre de pension alimentaire pour éviter, justement,
le contact victime-agresseur. À quel point c'est important de limiter dans le
temps les contacts entre la victime et l'agresseur?
Mme Charest
(Jenny) : Je peux y aller encore. En fait, on a envie de vous dire que
ce qu'on constate, c'est qu'il y a toutes sortes de situations. On l'a vu,
justement, avec IVAC où, parfois, c'est des forfaits ou, parfois, c'est, justement... c'était une rente auparavant, et tout.
On aurait envie... j'aurais envie de dire que ça dépend de la situation,
qu'un montant pourrait ne pas répondre à tous les besoins d'un enfant. Ça
pourrait faire en sorte que la personne va l'utiliser,
et, ensuite, l'enfant... Si on pense à l'intérêt de l'enfant pendant
18 ans, est-ce qu'il va avoir accès à cet argent-là ou va pouvoir
être soutenu de manière plus concrète pendant plus longtemps? Mais, dans
certaines situations, il vaut mieux que ce
soit un montant unique, et la personne, à ce moment-là, pourra le gérer. Mais
c'est pour ça qu'on s'enlignait, nous, plus vers une façon de faire qui
favoriserait de limiter le lien entre la personne... le père et la personne
victime, mais qui pourrait continuer de répondre aux besoins de l'enfant.
Un enfant peut vivre
toutes sortes de choses aussi dans sa vie, peut se retrouver avec une maladie.
Un enfant qui est issu d'une agression
sexuelle, on peut penser qu'il n'est pas nécessairement toujours dans les
meilleures conditions, donc d'aller à une fois plutôt que sur une longue
période pour assurer de répondre aux besoins de cet enfant-là n'est pas
toujours la bonne façon...
Président (M. Bachand) : Merci. Le temps est très...
Mme Charest
(Jenny) : ...mais c'est une façon pour limiter le lien, c'est clair.
Le Président (M. Bachand) : ...passe très rapidement. Mme la députée de Laval-des-Rapides, pour 1 min 30 s.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Vimont. Non, mais c'est parce que j'avais...
Mme Schmaltz : OK. Parfait. En fait,
vous savez, souvent, quand un enfant est adopté, on lui dit très
rapidement, quand un enfant est issu d'une
insémination, la même chose, au même
titre qu'un enfant dont le père est
décédé, on lui apprend très
rapidement, là, les... ce genre d'événement là. Pensez-vous qu'un enfant issu,
on va dire, par un viol, devrait être rapidement mis au courant de cet
état de fait? Justement, peut-être pour... je sais que c'est votre deuxième
préoccupation par rapport à l'âge, là, notamment, est-ce que ça ferait en sorte
que ce serait peut-être plus facile de... d'évoluer là-dedans, là, pour le
reste...
Le Président (M.
Bachand) : En 30 secondes, s'il vous
plaît. Merci. Désolé.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Je ne sais pas si... Je peux peut-être débuter
rapidement, là, puis mes collègues compléteront, mais je pense qu'il faut, dans
cette situation-là, prendre compte aussi la position où la personne victime...
Dans les exemples que vous donnez, ce sont des personnes qui n'ont pas été
victimes d'un crime, donc qui sont dans une
situation autre où le traumatisme qui a été suscité par le crime ne vient pas
jouer dans la situation. Donc, oui,
il faut prendre en compte est-ce que l'enfant est prêt, est-ce que ce serait
bénéfique pour lui d'apprendre cette nouvelle-là, mais il faut aussi
considérer que la personne qui est victime, elle aussi vit toutes sortes
d'émotions et toutes sortes de conséquences en lien avec le crime, donc
l'origine, finalement, de... du problème, si je peux dire ça comme ça. Donc,
c'est une situation qui est différente, et, à ce moment-là, je pense qu'il faut
quand même prendre en compte la personne victime et ce qu'elle ressent.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Je cède
maintenant la parole au député de l'Acadie pour 9 min 54 s.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Merci d'être là et de nous aider dans notre réflexion en ce qui a
trait à ce projet de loi. J'aimerais comprendre, mais, enfin, j'espère que vous
allez pouvoir m'éclairer. Une personne est victime
d'une agression sexuelle, dans ce cas-ci, une femme, donc elle peut déposer une
demande pour être indemnisée en vertu de la loi. C'est exact? Et ça, ça
peut s'échelonner sur plusieurs années, tout dépendant de son traumatisme et de
ce qui peut être fait pour l'aider à survivre à cet événement. C'est exact?
Mme Charest (Jenny) : Oui.
Mme Charest (Jenny) : C'est
exact pour le régime d'indemnisation, oui.
M. Morin : Parfait.
Si cette femme victime d'agression sexuelle a un enfant, est-ce que l'enfant,
lui, se qualifie, selon la loi, pour être aussi indemnisé?
Mme Charest (Jenny) : Ce qu'on
comprend actuellement, c'est que cet enfant peut obtenir un soutien
psychologique, il y a certains éléments, mais il est perçu comme un proche,
donc une victime indirecte, et peut recevoir, mais pas la même chose que la
personne victime qui est, à ce moment-là, sa mère.
M. Morin : Je comprends que,
donc, dans le régime législatif, il ne pourrait pas recevoir, par exemple, les
mêmes indemnités ou montants que la victime elle-même. C'est exact?
Mme Charest (Jenny) : C'est
notre compréhension de la loi, en fait.
M. Morin : Et, si la personne,
si l'enfant, on lui apprend qu'il a été victime d'un crime mais une fois rendu
à l'âge adulte, et qu'il a des séquelles, est-ce qu'il peut être indemnisé en
vertu de la loi?
Mme Charest (Jenny) : Ce serait
probablement, puis vous pourrez me corriger, là, si je me trompe, ce serait
probablement à
titre de proche et non pas de victime directe. Et c'est
exactement ce qu'on soulignait, nous, en fait, la distinction qui crée, pour
nous, une différence entre la personne victime et l'enfant, donc, pour
s'assurer que cette personne-là puisse recevoir le même... les mêmes
prestations, les mêmes services, qu'il ait les mêmes droits, en fait, pour
aider à son rétablissement.
Mme Villeneuve (Marie-Christine) : On
est conscient, c'est ça, que ça ne fait pas nécessairement
partie du sujet en
tant que tel du projet de loi, mais, en révisant tout ça, on trouve
qu'effectivement il faudrait que cette personne-là soit aussi considérée comme
une personne victime directement du crime, là.
M. Morin : D'accord. C'est un
excellent point, parce que, quand on regarde le projet de loi, et peut-être que
je comprends mal la mécanique du projet de loi, mais, quand on regarde
l'article 19, notamment à l'article 542.33, et qu'on parle de la
responsabilité financière visant les besoins d'un enfant issu d'une agression
sexuelle, donc je comprends que l'enfant qui naît suite à une agression
sexuelle, et dont, par exemple, la mère a des besoins pour élever cet
enfant-là, cet enfant-là a des besoins, donc, l'option qui est prévue dans le
projet de loi, en fait, c'est de... qu'il ait éventuellement une indemnité,
mais ce ne sera pas en vertu de votre loi, donc ils vont devoir s'adresser aux
tribunaux de droit commun.
Mme Charest
(Jenny) : Oui. Bien, en fait, c'était notre compréhension et
c'était, justement, les articles 542.33 et 542.34 qui nous ont
interpelés, parce qu'en fait le projet de loi, on le trouve très, très
pertinent et complet. Et nous, on s'est attardés sur certains éléments qui,
dans notre pratique et notre expérience, nous sont apparus comme étant peut-être moins... répondant moins aux besoins.
Parce qu'on peut quand même penser qu'une personne va l'apprendre... là,
on comprend que ça peut aller jusqu'à 25 ans. Mais de voir quelqu'un qui
apprend qu'il est issu d'un... qu'elle est issue d'un viol, même si c'est à
35 ans, on peut penser que cette personne-là ne sera plus en mesure de
travailler pendant une période, peut avoir exactement les
mêmes symptômes, peut être en stress post-traumatique. Donc, on trouvait qu'il y avait une petite limite à ce
niveau-là dans le projet de loi, qu'on aimerait voir changer pour s'assurer
qu'on réponde entièrement à ce qu'on disait. Et, oui, on parle de l'intérêt de
l'enfant, mais de l'enfant devenu adulte, qui finalement
ne pouvait pas savoir. Mais, en fait, dans notre réalité, ce qu'on dit, c'est
que les gens vont nous nommer : Je savais qu'il y avait quelque
chose, mais je ne savais pas quoi. Et ça, on le constate régulièrement.
M. Morin : Exact.
Et donc dans le cas, par exemple, d'un enfant qui serait adulte, qui a des
séquelles, bon, vous avez dit, par exemple, qu'il ne peut pas
travailler, donc cette personne-là ne peut pas être indemnisée en vertu de
votre loi, donc il faut absolument qu'il s'en remette aux tribunaux de droit
commun. Et on dit dans la loi ou dans le projet de loi, jusqu'à l'atteinte de
son autonomie et, évidemment, on parle de contribuer en parlant d'une
indemnité. Et là ma compréhension du projet de loi, c'est qu'il y aura un débat
judiciaire pour déterminer quelle est l'indemnité.
Si la mère, par exemple, vit dans la précarité
ou n'a pas d'argent, on espère que le régime d'aide juridique va pouvoir
l'aider, parce que, sinon, elle ne sera pas indemnisée par vous, en fait, pas
l'enfant; elle, comme victime, oui, mais l'enfant, pas nécessairement. Puis, si
elle n'a pas d'argent puis l'aide juridique ne l'aide pas, bien, il n'y aura
pas d'indemnité. Est-ce que je comprends... vous comprenez ça comme moi ou s'il
y a quelque chose que j'échappe?
Mme Villeneuve (Marie-Christine) : Bien,
en fait, quand vous parlez d'indemnité pour l'enfant qui est issu du viol,
comme on mentionnait, il ne sera pas perçu comme une personne directe, mais il
va quand même pouvoir avoir accès à un certain soutien, avoir accès à une
certaine indemnité, mais comme proche de la personne victime, donc comme proche
de la personne qui a été agressée sexuellement, qui a été victime du viol, mais
effectivement pas à la hauteur puis de l'ampleur que la personne victime, ce à quoi
elle pourrait avoir accès, là.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Jean-Lesage,
s'il vous plaît.
M. Zanetti : Oui, merci, M. le
Président. Merci à vous d'être présents pour nous faire part de votre avis et votre expérience sur tout ce qu'il se passe. J'ai
deux questions pour vous. J'ai combien de temps, M. le Président, hein?
Le Président (M.
Bachand) : Un peu plus de trois minutes.
M. Zanetti : Trois minutes.
Parfait. La première, ça porte sur ce que vous dites à la page 5 de votre
mémoire, dans le paragraphe du milieu de la
conclusion... attendez, pas 5, 7, vous dites : «Cet enfant ne devrait toutefois
d'aucune façon être privé des droits
auxquels il aurait autrement droit si la filiation était établie, s'il le
désire, et ce, sans prescription quant au moment d'en faire la demande.»
Quel droit de plus, là, est-ce qu'il aurait, si la filiation est établie? Puis
dans quel genre de circonstances vous pensez que l'enfant pourrait vouloir ça?
Mme Villeneuve (Marie-Christine) : Bien,
je pense que ça fait référence vraiment à l'aspect financier de la chose, c'est-à-dire que, quand la filiation est
établie, il peut y avoir un certain accès, comme pour... si on parle en
termes de pension alimentaire. Donc, à ce moment-là, on ne voudrait pas que
de... avec ce projet de loi là, quand on permet, en fait, à la personne victime, à l'enfant de ne pas vouloir aller de
l'avant avec la filiation, qu'elle soit privée de cet aspect financier
là, donc du droit à cette ressource financière là. Donc, à ce moment-là, ça
devrait être vraiment au... par rapport au
désir de la personne victime et de l'enfant. Puis on précise : sans
prescription, encore une fois, de pouvoir avoir accès à cette... je
donne comme exemple pension alimentaire ou autre droit qui pourrait venir avec
la filiation. Mais peut-être que mes collègues veulent compléter, là.
Mme Charest
(Jenny) : Oui. Bien, c'est exactement ça, quand on parlait
de non-prescription, donc de voir le projet
de loi dans une perspective où c'est : on ne doit pas limiter l'enfant,
peu importe son âge, peu importe qu'il y ait filiation ou non, dans la perspective d'assurer qu'il a un certain
droit. Parce qu'on constate que des personnes peuvent se retrouver avec toutes sortes d'autres
problématiques et ne pas être si autonomes, finalement, ou à avoir des
problèmes de santé mentale. C'est des choses
qu'on constate. Là, on parle d'expérience, on n'est pas allé voir dans la
littérature. Mais, spontanément, je penserais que ça ressort aussi, où
il y a d'autres situations précaires où les gens se retrouvent, là. Et une personne issue d'un viol, dans un milieu plus
difficile, pourrait avoir besoin d'un soutien autre, peu importe son
âge.
M. Zanetti : Merci. J'ai
30 secondes. Je vous pose ma dixième question super vite : Vous
parlez d'un automatisme qui... un mécanisme automatif qui pourrait être utilisé
pour empêcher la possibilité, là, que l'auteur de l'agression demande la filiation, comment ça s'opérationnaliserait? Puis
à partir de quels critères on... cet automatisme-là serait déclenché?
M. Lysight
(Dave) : Je pense que la voie des tribunaux spécialisés est
déjà une voie, déjà en partant, là, par rapport à qu'est-ce qui pourra se faire. Parce que c'est en construit,
comme vous le savez, actuellement avec les projets pilotes qui sont en place. Mais, effectivement, je pense
que ça pourrait être une voie, là, qui pourrait être exploitée
davantage, là.
Le Président (M.
Bachand) : ...député. Oui.
M. Zanetti :
Ah! bon. Bien, continuez si vous avez d'autres choses à dire.
Mme Charest
(Jenny) : Oui. Bien, en fait, on se disait : À partir du moment
où les choses sont prouvées, à partir du moment où les éléments sont clairs,
est-ce qu'il n'y aurait pas une façon de faire, quand une personne fait la
demande, pour avoir un registre qui fait en sorte que déjà cette demande est
bloquée à partir du moment où on a l'information? Je pense qu'il y aurait une
réflexion à faire pour voir quels sont les mécanismes qui pourraient être mis en place pour assurer que l'information
circule d'un ministère à l'autre quand il y a déjà une accusation, quand
les choses sont prouvées. C'est clair que, pour nous, on comprend bien que
la... ce doit se faire dans le cadre légal, mais on sait que ça existe, donc
que cette personne-là pourrait être bloquée dès le départ. Et ne pas apporter
la situation à la personne victime et lui faire
vivre d'autres choses, une revictimisation ou une victimisation secondaire...
Parce que ce qu'on entend souvent, ce type de choses là va faire en
sorte que les gens n'ont plus, après, confiance dans le système de justice. Et
c'est ça qu'on veut éviter.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Je pense que, par l'automatisme aussi, ce qu'on
veut éviter, c'est que la personne victime ait cette démarche-là aussi qui
s'ajoute, là, sur ses épaules parce que ça peut être lourd à porter aussi.
Donc, par un automatisme, lorsque, comme Jenny l'a dit, les choses sont déjà
constatées, sont déjà établies, si on peut aller de l'avant tout de suite et,
en bloquant cette demande-là, ça peut peut-être enlever un petit poids, là, sur
les épaules de la personne victime.
M. Zanetti :
Merci beaucoup.
Président (M. Bachand) : ...Mme la députée
de Vaudreuil, pour 4 min 48 s.
Mme Nichols : Ah! merci beaucoup, merci
beaucoup, M. le Président. Bien, d'abord, je tiens à vous remercier.
Merci de votre participation aux consultations particulières. Ça apporte
évidemment un éclairage.
J'ai
compris votre position sur la notion... bien, sur l'intérêt de la personne
victime, là, qui devait être évidemment, là, pris en compte. Ça, ça va,
ça, j'ai compris votre position.
Là où j'avais une
question, puis vous en... vous l'avez abordée, là, avec le ministre, puis,
peut-être, si vous pouviez me résumer, c'était en lien avec la prescription. Il
y a le... Dans la
partie où vous parlez de la responsabilité financière, là, vous vous interrogez, entre
autres, à savoir pourquoi les recours prévus aux articles, là, 542.33, 542.34
sont imprescriptibles. J'aimerais ça que vous puissiez nous résumer votre position.
Mme Charest
(Jenny) : Oui. Bon. En fait, c'est que, justement, on parle de la
prescription s'arrête quand... jusqu'à l'autonomie de l'enfant issu du viol.
Donc, pour nous, la notion d'autonomie est très large, qu'est-ce que ça veut dire. Et on trouvait que ça limitait l'accès
à un droit, du fait que cette personne-là n'est pas reconnue comme une
personne victime, alors que finalement, le fait d'être issu d'une agression
sexuelle, c'est pour nous une victimisation. Donc, c'est vraiment cet
élément-là qui fait qu'on pense que certaines personnes pourraient se retrouver
à ne pas avoir de droits et à avoir les mêmes conséquences que la personne
victime ou qu'un autre enfant qui aurait appris la situation, mais à
l'intérieur des délais. Donc, cette prescription-là, pour nous, pourrait causer
un préjudice et cause aussi une iniquité à l'intérieur pour les personnes
victimes du même crime, en fait.
Mme Nichols : Puis vous suggérez le
retrait de cette prescription-là ou de lui donner plus de l'encadrer autrement?
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Bien, en fait, comme c'est le cas pour la personne
victime, il n'y a pas de période de prescription. Donc, ce qu'on souhaitait,
nous, c'est qu'il n'y ait pas de période de prescription non plus pour l'enfant
qui est issu du viol.
Mme Charest (Jenny) : Et,
en fait, qu'on se concentre plus sur les conséquences et les besoins de cette
personne victime là, qui sont liés à l'agression sexuelle. Donc, c'est ça le
cadre, pour nous, qui devrait primer.
Mme Nichols :
Et que, vu qu'on est dans la
section de responsabilité financière, quand
vous parlez des conséquences, c'est-à-dire
que les conséquences soient financièrement, qu'il y ait un montant associé à
ces conséquences-là. C'est ce qu'on comprend?
Mme Charest
(Jenny) : Associé aux conséquences, mais, oui, en fait, associé à la
réalité de la personne : si elle n'est plus autonome, si elle n'est plus
en mesure de vaquer à ses occupations, si elle a eu besoin d'arrêter ses études, parce que ça, on le voit aussi. Donc,
d'aller en fonction de répondre et s'assurer du rétablissement de la
personne. Donc, oui, on parle d'un volet
financier, mais financier dans une perspective d'aider la personne à se
rétablir et de le faire en fonction de la filiation. Donc, c'est un
droit, un enfant peut avoir le droit d'être soutenu par son parent, donc... le
fait de mettre une prescription, pour nous, ça limitait.
Mme Nichols :
Très bien. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Alors, écoutez, merci beaucoup d'avoir été avec nous. Ça a été extrêmement intéressant. Puis, comme le disait
le ministre, d'entrée de jeu, vous faites un travail absolument
remarquable sur le terrain, alors continuez. Puis, encore une fois, on se
dit : À bientôt! Merci. Au revoir.
Alors, je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 09)
Le Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les représentants du Conseil du statut de la femme, dont Me Louise Cordeau et Mme Mélanie
Julien. Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui. Alors, vous connaissez les
règles : un petit 10 minutes de présentation de votre part, et, après
ça, nous aurons une période d'échange avec les membres de la commission. Alors,
je vous cède la parole, Me Cordeau.
Mme Cordeau
(Louise) : Bonjour. Alors, merci. Je suis accompagnée de
Mme Mélanie Julien, qui est directrice de la recherche et de
l'analyse au conseil.
Alors, il nous fait plaisir aujourd'hui de vous
présenter notre mémoire sur le projet de loi n° 12.
Évidemment, il concentre son analyse sur
deux sujets qui soulèvent des enjeux majeurs pour les femmes : les
grossesses pour autrui et les enfants nés à la suite d'une agression
sexuelle.
En premier
lieu, le projet de loi vise à reconnaître les grossesses pour autrui et à les
encadrer. Le conseil salue cette
intention qui donne suite à la recommandation qu'il formule depuis 2016 :
des couples gais, des couples infertiles et des personnes seules ont
recours à des femmes porteuses, il faut donc baliser les pratiques pour s'assurer
qu'elles respectent la dignité et l'intégrité des femmes de même que l'intérêt
des enfants qui sont issus de ces grossesses.
Encadrer le
recours à une femme porteuse comporte plusieurs enjeux. Je me permets d'évoquer
quelques faits pour mieux contextualiser le sujet et en souligner son
importance.
Nous savons
que les grossesses pour autrui se concrétisent par procréation assistée, par
insémination artisanale ou par relation sexuelle. Dans six des neuf
centres de procréation assistée au Québec, près de 150 cycles de
fécondation in vitro ont été entrepris auprès de femmes porteuses entre 2013 et
Des messages incitant les femmes à porter un
enfant pour autrui circulent sur Internet. Selon un sondage réalisé dans
l'ensemble du Canada auprès de 184 femmes porteuses, la moitié d'entre
elles avaient complété deux, trois, quatre,
voire cinq grossesses pour autrui et 40 % de ces grossesses avaient été
entreprises pour des parents d'intention étrangers.
Bien que la majorité des expériences de grossesse
pour autrui rapportées soient positives, les difficultés rencontrées dans
certains cas entraînent des conséquences délétères pour les femmes concernées.
Et finalement certaines femmes porteuses
considèrent avoir été insuffisamment informées des risques associés aux
traitements de fécondation in vitro.
C'est, donc,
avec de tels faits en tête que le conseil a analysé les dispositions prévues au
projet de loi n° 12. Bien que
le conseil soit en faveur de plusieurs d'entre elles, il fait valoir
aujourd'hui aux membres de cette commission que certaines améliorations
méritent d'être apportées afin de mieux assurer le respect, la dignité et la
santé des femmes qui acceptent de porter un enfant pour autrui.
Le projet de loi énonce des dispositions
générales qui doivent être respectées pour tout projet parental impliquant une
grossesse pour autrui. Et, pour mémoire, la femme porteuse doit avoir au moins
21 ans, les parents d'intention doivent
être domiciliés au Québec, et une entente doit être conclue entre les parties.
L'acte doit être gratuit, bien que la femme porteuse puisse recevoir une
indemnisation pour ses pertes de revenus et un remboursement pour les dépenses
liées à la grossesse.
Si ces
dispositions générales ne sont pas respectées, la filiation de l'enfant ne
pourrait pas être établie à l'égard des parents d'intention. La femme
porteuse serait, donc, reconnue comme la mère légale de l'enfant, même si ce
n'est pas sa volonté, une situation, vous en conviendrez, lourde de
conséquences pour elle.
Cette situation
surviendrait notamment si une femme donnait naissance à un enfant en vue de le
remettre à des personnes qui ne sont pas domiciliées au Québec. Cette
condition relative au domicile des parents d'intention vise à dissuader des personnes étrangères à se tourner
vers le Québec pour trouver une femme porteuse. L'intention du
législateur est louable, car, dans les
faits, des personnes étrangères recourent à des femmes résidant au Canada pour
porter leur enfant. Je vous le rappelle : 40 % des grossesses
pour autrui au Canada sont réalisées pour des parents d'intention étrangers.
L'enjeu avec le projet de loi est complexe. Il
faut s'assurer du respect des dispositions générales sans pénaliser indûment
des femmes qui, pour toutes sortes de raisons, ont porté un enfant pour autrui
alors que l'une ou l'autre des dispositions générales n'aurait pas été
respectée. Dans ce contexte, il nous apparaît nécessaire de prévenir de tels
projets en amont. Par exemple, de l'information claire et vulgarisée sur ce qui
est permis au Québec et sur ce qui ne l'est pas devrait être rendue publique.
De plus, les médecins devraient s'assurer de la conformité du projet parental
avant de prodiguer des traitements de procréation assistée à la femme porteuse.
Le conseil recommande d'ajouter cette responsabilité à la
loi sur les activités
cliniques en matière de procréation assistée.
Il nous apparaît, de plus,
impératif que les femmes qui ont porté un enfant pour autrui sans qu'ait été
respectée l'une ou l'autre des dispositions générales puissent demander au
tribunal de modifier la filiation de l'enfant. Le projet de loi n° 12
devrait, donc, être amendé en ce sens.
Par ailleurs, le projet de loi prévoit des
dispositions visant à informer les femmes qui envisagent de porter un enfant pour
autrui et à s'assurer de leur consentement éclairé. Le conseil le disait pour
le projet de loi n° 2, il le réitère pour le projet de loi n° 12 : Cette
démarche devrait être enrichie. Nous considérons que les professionnels
doivent jouer un rôle plus grand que celui d'informer. Ces personnes doivent
pouvoir soutenir chacune des parties dans les nombreuses décisions qu'elles ont
à prendre et les conseiller dans leur réflexion. Le conseil recommande, donc,
d'étoffer le rôle des professionnels tel qu'il est écrit au projet de loi.
Une autre
étape est déterminante pour s'assurer du consentement éclairé des femmes
porteuses : la consultation en
procréation assistée. En effet, les centres de procréation assistée ont une
responsabilité majeure en matière d'information transmise aux femmes qui se présentent à eux pour concevoir un enfant en
vue de le remettre à des parents d'intention. Cette information doit
porter sur les procédures auxquelles elles devront se soumettre et sur les
risques qu'elles comportent pour leur santé physique et psychologique.
Or, des femmes porteuses interrogées dans de
récentes études empiriques disent avoir été insuffisamment informées des risques associés aux traitements de
fécondation in vitro qui leur ont été prodigués. Actuellement, il n'y a
pas au Québec de lignes directrices pour encadrer les décisions des médecins de
prodiguer ou non des traitements de fécondation in vitro à une femme porteuse,
des lignes directrices qui puissent couvrir à la fois les aspects médicaux,
mais aussi les dimensions éthiques et psychosociales. Pourtant, le Collège des
médecins le réclame depuis 2015. Le comité central d'éthique en matière de
procréation médicalement assistée, qui a été institué en 2021, a l'expertise et
l'autorité d'élaborer et de diffuser de
telles lignes directrices en matière de grossesse pour autrui. Le conseil
recommande, donc, au ministre de la Santé et des Services sociaux de lui en
confier le mandat.
Enfin, l'état de situation sur les grossesses
pour autrui au Québec repose sur des données parcellaires. On ne sait pas, par
exemple, combien de projets sont réalisés, et aucune étude n'a été menée sur la
santé à long terme des femmes porteuses. Nous considérons qu'il ne faut pas
seulement permettre l'accès à des données anonymisées à des fins de recherche
comme le prévoit le projet de loi. Il faut aussi s'engager à rendre de telles
données accessibles afin de veiller à la
production des connaissances nécessaires au suivi de nos encadrements
législatifs. Le conseil recommande d'en confier la responsabilité au
ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
En second lieu, le projet de loi prévoit des
dispositions dans le cas où un enfant naît d'une agression sexuelle. Il offre la possibilité aux mères concernées de refuser
l'établissement de la filiation de leur enfant envers l'agresseur ou de la faire retirer. Il oblige aussi l'agresseur à
assumer une responsabilité financière envers l'enfant, et ce, malgré
l'absence de lien de filiation. Le conseil salue ces dispositions. Il
s'interroge toutefois sur la manière dont elles seront mises en oeuvre. D'abord, quelle forme prendra l'indemnité?
Est-ce une somme récurrente versée à la mère chaque mois, chaque année?
Comment le montant sera-t-il établi? De quelle façon ces sommes seront
transférées et remises à la mère? Et comment l'enfant pourra-t-il se prévaloir
de son droit de succession envers l'agresseur?
En conclusion, vous comprendrez que le conseil
est préoccupé par toutes ces questions parce qu'il souhaite éviter que la mise en oeuvre de ces dispositions
offre une brèche à l'agresseur pour exercer une emprise sur la femme
qu'il a agressée. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci,
M. le Président. Mme Cordeau, Mme Julien, bonjour. C'est un plaisir
de... de vous retrouver en commission parlementaire à presque un an
d'intervalle.
Bien, en fait, je tiens à vous rassurer.
Commençons tout d'abord par les... en fait, l'opposition au lien de filiation
pour l'agresseur. Notamment, vous avez soulevé la question des successions.
L'objectif étant, lorsqu'on a créé, en fait,
la proposition législative qu'on met de l'avant, c'est de faire en sorte de
laisser l'autonomie à la femme qui a été violée de décider est-ce que,
oui ou non, elle veut établir la filiation pour son enfant. Ça pourrait
arriver, certaines situations, que oui, mais avec déchéance de l'autorité
parentale. C'est pour ça qu'on fait en sorte que le mécanisme de la déchéance
de l'autorité parentale soit facilitée à l'intérieur du même recours :
pour, supposons, établir une pension alimentaire, mais avec déchéance de
l'autorité parentale, que ce soit régulier. Premier cas de figure.
On voulait aussi éviter que l'enfant perde des
droits successoraux. La mécanique des droits successoraux, elle est celle qui
est applicable au Code civil du Québec. Donc, bien entendu, il va falloir que
l'enfant soit informé qu'il est issu... Mais
là la question à laquelle nous avons réfléchi, et on ne voulait pas créer une
obligation sur la femme qui a été victime de l'agression sexuelle de
devoir le dévoiler, on... bien, je considérais que ça rentrait dans la sphère
d'autonomie de la mère, de raconter ou non son histoire à l'enfant, et on ne
voulait pas mettre une obligation légale à la mère de dévoiler ce fait-là
envers son enfant. Je pense que c'est extrêmement intime et que, dans chaque
famille, bien, il faut laisser l'autonomie à la femme de décider. Mais, si
l'enfant l'apprend, ou le sait, ou sa mère décide de lui transmettre cette
information-là, la mécanique des droits successoraux normaux s'applique, bien
entendu, la question de la dévolution légale aussi : dans le testament,
est écrit : À tous mes enfants. Donc, il y a des différents cas de figure
qui sont présents pour que les droits successoraux s'appliquent.
Pour ce qui est du montant d'indemnité, alors,
bien entendu, c'est pour répondre aux besoins de l'enfant. Il faut déjà dire que, dans le régime d'indemnisation
de la loi de l'IVAC, il y a une pension alimentaire qui est nommément
prévue pour la femme qui est violée, dont un enfant est issu du viol. Donc,
déjà, l'État assume ses responsabilités. C'est un montant
de plusieurs centaines de dollars par mois qui est versé en surplus de
l'indemnité qu'elle reçoit en tant que victime. Donc, tout le long de la vie
durant de l'enfant, elle reçoit une indemnité. Mais c'est en supplément, dans
le fond, qu'on vient créer cette indemnité-là.
Mais je serais intéressé à vous entendre :
Croyez-vous qu'on devrait venir définir clairement quel est le montant? Parce que, là, on laissait l'opportunité
au tribunal d'analyser, en fonction de la situation, cette indemnité-là.
Mais est-ce que vous souhaitez... est-ce que
le conseil souhaite qu'on vienne préciser dans le code ou par voie
réglementaire quel doit être le montant de l'indemnité dans un cas comme ça?
Mme Cordeau
(Louise) :
En fait, le conseil n'a pas réfléchi de façon
spécifique au montant ou à la mécanique autour du montant. Mais, de
façon logique, de définir une indemnité, la façon dont c'est écrit dans la loi,
c'est assez large. C'est assez vaste, comment le tribunal va interpréter cette
notion d'indemnité. Alors, on n'a pas pris position à savoir quel montant, de
quelle façon. Est-ce qu'il faut que le revenu, par exemple, de l'agresseur soit
évalué comme on le fait en matière de pension alimentaire? Tu sais, quand on
commence à poser ces questions-là, on en a plusieurs lorsqu'on parle
d'indemnités de nature alimentaire pour répondre aux besoins d'un intérêt d'un
enfant. On ne s'est pas arrêtées sur le montant ni sur le mécanisme, mais on
trouve ça important qu'on y réfléchisse pour faire en sorte que la mère n'ait
pas un fardeau de preuve immense, dans ce domaine-là, de savoir où il
travaille, combien il gagne. On... Bon. On sait comment ça se passe, là.
M. Jolin-Barrette : L'autre
enjeu que nous avions en développant la solution législative, c'est le fait
aussi qu'à partir du moment où il y a rupture du lien de filiation, il y a une
non-reconnaissance du lien de filiation, on ne souhaite pas non plus faire en sorte qu'il y ait des contacts fréquents,
supposons, aux deux semaines, avec l'indemnité qui serait payée par l'agresseur, comme si c'était une
pension alimentaire. Parce que ce que les victimes nous disent, c'est,
justement : On ne veut plus rien avoir à faire avec l'agresseur, donc,
d'où l'objectif d'avoir un montant forfaitaire à un événement, à un moment
donné, qui est révisable si jamais il y avait une situation particulière dans
la vie de l'enfant, supposons, une maladie se développait pour l'enfant, un
handicap survenait aussi. Donc, l'idée, ce n'est pas de maintenir le lien entre
l'agresseur et la victime.
Ça fait que ça
partie des réflexions que nous
avons. Mais je comprends que vous nous dites : Il faut que ce soit un
petit peu plus défini.
Mme Cordeau
(Louise) : Je pense que oui, parce que,
même si on parle d'indemnité, c'est en fonction aussi des capacités de payer de
l'agresseur. Là, je n'entrerai pas dans les détails, mais ça aussi, est-ce
qu'on va en tenir compte? Est-ce que ça va être un montant forfaitaire? Je
pense qu'il faut donner quelques balises de plus. Mais je suis d'accord pour
qu'on évite de maintenir un lien entre la femme qui a été violée et son
agresseur qui, comme on vient de le dire, pourrait maintenir l'emprise aussi
sur la femme qui a été agressée.
M. Jolin-Barrette : OK. Je
passe sur le volet de la grossesse pour autrui puis ensuite je vais céder la
parole à mes collègues.
Entre le projet de loi n° 2
puis celui-ci, la réflexion du conseil a évolué aussi. Là, désormais, vous ne
recommandez plus d'avoir une grossesse préalable.
Malgré le fait... vous
dites : Dans notre étude qu'on a obtenue, la majorité des mères porteuses
ont eu... l'ont fait plus... à plusieurs reprises, là vous nous dites : Ça
ne devrait plus être une exigence légale d'avoir une grossesse préalable avant
d'être mère porteuse.
Mme Cordeau
(Louise) : En fait, lorsqu'on s'est
présentées devant la commission pour le projet de loi n° 2, on se souvient que le projet de loi était quand
même assez volumineux. Et on a, pour la première expérience d'accouchement... on avait regardé des
informations qui venaient des comités d'éthique, Mme Julien pourra vous
en parler plus en détail, qui
venaient aussi de femmes de femmes qui avaient porté des enfants pour autrui
qui le recommandaient.
Suite au dépôt de notre étude sur les grossesses
pour autrui, qui est très, très récente, où on a approfondi le sujet, comme je
vous ai donné d'entrée de jeu, il y a certains faits qui nous sont apparus. On
a dû constater que les informations que l'on possède, que les données que l'on
possède sont très fragmentaires, sont très parcellaires.
Et, dans ce contexte-là, ce qu'on dit, c'est
qu'on préfère laisser la liberté de choix à la femme qui désire porter un enfant pour autrui, à condition qu'elle
soit bien informée, à condition que toutes les conditions générales
soient respectées, et qu'on préfère dire à des comités d'éthique qui sont
formés, qui ont la compétence pour évaluer les impacts sur la santé, à la fois
physique et psychologique, des femmes à moyen et à long terme, de poursuivre
leurs études dans ce domaine et peut-être de modifier, éventuellement, la
législation, si on s'apercevait qu'effectivement une première expérience
d'accouchement est nettement préférable. Mais, à ce stade-ci, les données sont
assez minces pour qu'on puisse continuer de demander ou d'affirmer le besoin
d'avoir une première expérience d'accouchement.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie beaucoup pour votre passage en commission. Je vais laisser la parole à
mes collègues. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Laval-des-Rapides,
s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Oui. Merci, M.
le Président. Merci à vous deux pour votre temps. Vous disiez... vous
mentionniez tout à l'heure qu'il y a un grand nombre de GPA où les parents
d'intention se retrouvent à l'étranger, à l'extérieur du Québec. Est-ce que vous avez une
idée de ce pourcentage? Puis aussi quelles seraient vos recommandations
pour protéger tant la personne porteuse que l'enfant issu de la GPA en
question?
Mme Cordeau
(Louise) : Mme Julien est bien
outillée pour répondre à votre question.
Mme Julien
(Mélanie) : En fait, les données, comme le disait
Mme Cordeau, sont très parcellaires en matière de grossesses pour autrui. Il n'y a pas d'études qui
sont spécifiquement réalisées en contexte québécois. Les données qu'on a
réussi à trouver, nous, concernent davantage l'ensemble du Canada. Le sondage
le plus macro qui a été réalisé a été mené dans l'ensemble du Canada, donc
auprès de près de 200 femmes porteuses. Et c'est dans ce sondage-là qu'ils
montrent que près de la moitié de ces femmes-là ont porté un enfant pour des
parents d'intention hors Canada. Alors, c'est dans ce contexte-là
qu'effectivement il y a une certaine attractivité. Il y a, d'ailleurs,
plusieurs spécialistes qui notent le fait
que le Canada suscite quand même un certain attrait pour des parents
d'intention étrangers qui souhaitent trouver une femme porteuse.
Alors, on comprend que le législateur, avec le
projet de loi, de par l'inscription du domicile des parents d'intention au Québec, vise à restreindre ce genre
de cas de figure là. La préoccupation du conseil, c'est de dire : Il
faudrait les prévenir en amont, informer les femmes adéquatement... de ce qui
va advenir si jamais elle porte un enfant pour des parents d'intention non
domiciliés au Québec, pour éviter qu'elle se retrouve à être forcée d'être
reconnue comme étant la mère légale de l'enfant, si ce n'est pas sa volonté.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Vimont.
Mme Schmaltz : Merci. Merci.
Bonjour, mesdames. Très intéressant, d'ailleurs, votre mémoire, là, toutes les questions que vous soulevez. J'ai plusieurs
questions, mais je vais juste en poser une, ça concerne les risques qui
sont liés, donc, aux GPA. Vous parlez, justement... Vous venez juste de
soulever le fait qu'une première grossesse pourrait ne pas être un facteur pour les parents désireux d'avoir un enfant. Sauf
que je me questionne à savoir, en faisant ça, est-ce qu'on ouvre
davantage la porte au marché noir? Parce que je pense que vous êtes au courant
que ça existe, de la vente, que ce soit des ovules ou, bon... ou des jeunes
étudiantes, des fois, qui vont porter un enfant puis qui ne seront peut-être
pas nécessairement encadrées par la loi. Est-ce qu'on devrait être beaucoup
plus... je ne sais pas, je ne veux pas employer le mot «sévère», mais comment
qu'on peut encadrer cette portion-là qui est existante? Parce que, là, ce qu'on parle, c'est quelque chose qui est encadré,
mais il y a aussi tout le revers, là, tout le côté noir, là, de la chose,
Mme Cordeau
(Louise) : Lorsqu'on parle de fécondation
in vitro, on l'a évoqué tantôt, je l'ai évoqué dans mes quelques remarques
préliminaires, il y a des cliniques, il y a des médecins qui procèdent aux
actes. Et nous croyons qu'une des façons de contrer ou, en tout cas,
d'amoindrir le risque, serait de confier aux médecins la responsabilité de s'assurer que ces règles, ces
règles éthiques, que ces règles en matière de santé et de sécurité des
femmes que même les... à partir du moment où une législation serait adoptée,
que les conditions relatives à la législation seraient respectées.
Alors, il y a un acte médical, soit, mais il y a
aussi une responsabilité professionnelle des médecins que l'on envisage pour
contrer ces gestes-là, qui ne seraient pas souhaités et pas conformes à la loi
non plus.
Mme Julien (Mélanie) : En
complément, peut-être que ce que j'ajouterais, c'est que, Mme Cordeau le disait, il y a beaucoup d'informations qui
circulent sur Internet, des informations qui sont plus ou moins applicables
au contexte québécois. Ce qu'on souhaite, c'est qu'en dotant le Québec de
balises, d'encadrement en matière de grossesse pour autrui... on souhaite qu'il
y ait de l'information vulgarisée qui soit très claire, qui soit fournie à
l'ensemble des femmes pour savoir qu'est-ce qui est permis, qu'est-ce qui est
autorisé en contexte québécois et qu'est-ce qui ne l'est pas, pour faire
contrepoids à ces informations parfois erronées, là, qui circulent sur Internet
puis essayer de tempérer le genre de situations, là, auxquelles vous faites
référence.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Est-ce qu'il y a
d'autres questions du côté gouvernemental? Ça va? Merci. M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. On a vu, dans le projet de loi, que la convention de grossesse va être faite par acte notarié, la convention comme
telle. Est-ce que vous pensez... parce que vous parlez de l'information
et de toutes les conséquences, est-ce que vous pensez qu'en plus de la
convention, obtenir un avis juridique sur l'ensemble des conséquences possibles
pour les personnes concernées par le projet serait un avantage?
Mme Cordeau
(Louise) : On ne l'a pas évalué de cette façon-là. On a
évalué les dispositions qui sont présentes dans le projet de loi. Je pense que, déjà, d'avoir un acte notarié,
d'avoir une procédure qui est formelle pour les parties et d'avoir, en
amont, de l'information et peut-être le soutien accru de professionnels, comme
on l'a mentionné, nous semble souhaitable pour le moment.
Mme Julien
(Mélanie) : En complément, j'ajouterais que, dans le mémoire, on
insiste beaucoup aussi sur la formation de ces professionnels-là qui auront à
intervenir auprès de femmes porteuses ou de femmes qui envisagent, en fait, de porter un enfant pour autrui et aussi
des différents juristes, là, qui sont appelés à intervenir dans ces
contextes-là. Il y a des questions éthiques
et des questions psychosociales qui sont vraiment, vraiment sérieuses. Alors,
il va falloir doter, là, les professionnels en question, là, de la
formation nécessaire pour intervenir adéquatement dans ces situations-là.
M. Morin :
Je vous remercie, c'est un
excellent point que vous soulevez, mais on parle beaucoup d'information.
Pour nous aider dans notre réflexion, cette
information-là, elle devrait être donnée, selon vous, par qui? Le ministère
de la Justice, le Conseil du statut de la femme, les ordres professionnels?
Avez-vous des suggestions? Tout ce monde-là?
Mme Julien
(Mélanie) : En fait, dans le mémoire, ce qu'on demande, c'est aux
ordres professionnels et aux universités,
aux unités d'enseignement et de recherche qui forment les... qui ont à offrir
de la formation initiale et formation continue de ces professionnels-là,
qu'ils développent des contenus qui sont appropriés, là, qui sont vraiment en
lien avec les enjeux liés aux grossesses pour autrui.
M. Morin :
Oui, puis, ça, je vous suis très bien, pour les étudiants ou étudiantes qui
vont devenir membres d'un ordre
professionnel, mais, quand on parle, par exemple, de la mère, de celle qui va
porter l'enfant ou des personnes qui veulent se lancer dans ce
projet-là, eux aussi doivent être avisés. Parce que, je pense, la collègue, la
députée de Vimont, faisait référence au... tu sais, il y a un marché autre.
Donc, est-ce que vous avez des suggestions à faire pour qui, comment on devrait
informer les gens? Est-ce que vous, au conseil, vous avez une responsabilité,
un programme qui ferait en sorte que vous pourriez rendre cette information-là
disponible ou pas?
Mme Cordeau
(Louise) : On aimerait bien le faire, ce
n'est cependant pas dans notre mandat, mais je pense que... Évidemment, une
fois la loi adoptée, le ministère de la Justice va avoir une responsabilité. Je
pense aussi que l'information doit circuler dans toutes les cliniques qui
offrent de la fécondation in vitro. L'information doit être aussi auprès des
professionnels, qui auront, en amont, à rencontrer les parties. Donc, je pense,
même si on veut tout éviter, tout baliser, tout encadrer, c'est difficile, mais
il faut que ça passe par une information vulgarisée.
De quelle façon?
Plusieurs moyens. Est-ce que c'est une grande campagne d'information publique?
Est-ce que c'est à travers, je ne sais pas,
moi, les cégeps, les universités? Je pense qu'il faut réfléchir à un mode de
communication qui soit massif puis qui soit aussi ciblé en fonction des lieux
où ces personnes-là pourraient se retrouver en vue d'une grossesse pour autrui.
M. Morin :
Je vous remercie. Maintenant,
est-ce que vous pensez qu'on devrait limiter le nombre de grossesses
pour autrui qu'une mère porteuse pourrait avoir?
Mme Cordeau
(Louise) : On ne s'est pas penchées sur
ces éléments-là.
Mme Julien
(Mélanie) : C'est le genre de questions auxquelles pourrait réfléchir
le comité central d'éthique en matière de
procréation médicalement assistée, par exemple, quels enjeux pourraient
survenir. Alors, je pense que cette instance-là serait tout à fait
habilitée, là, à établir des... à réfléchir à ces questions-là et s'il y aurait
lieu de baliser.
M. Morin :
Mais, compte tenu de votre mandat, de votre mission puis de l'éclairage que
vous nous donnez, vous pensez que cette question-là mérite, à tout le moins,
une réflexion?
Mme Cordeau
(Louise) : ...plusieurs questions qui
méritent réflexion, on est au début d'une réflexion. On vise un encadrement,
mais, nous, ce qu'on... ce dont on est conscientes, c'est qu'il faut continuer
à approfondir les connaissances, qui sont très, très, très minces,
actuellement, dans ce domaine.
M. Morin :
Merci. Merci beaucoup. Vous avez parlé de personnes qui veulent se lancer
dans ce projet mais qui sont domiciliées hors Canada. Ça peut arriver. Est-ce
que, pour vous, c'est quelque chose qu'on devrait encadrer davantage ou même
interdire?
Mme Cordeau
(Louise) : Bien, c'est-à-dire que les
dispositions générales du projet de loi ne le permettent pas, puisqu'il faut
être domicilié au Québec depuis au moins un mois... un an, excusez-moi, pas un
mois, mais un an. Donc, la loi, en soi, l'interdit.
Maintenant,
nous, notre préoccupation, c'est une préoccupation quant à la femme qui va
porter un enfant pour autrui. Si l'ensemble des règles et des conditions
ne sont pas respectées, la filiation ne sera pas reconnue à l'égard des parents d'intention, et ça, ça nous préoccupe.
Donc, la femme qui aurait porté un enfant pour autrui deviendrait la mère légale de l'enfant, même si ce n'est pas son
souhait, et c'est... On prévoit les dispositions dans le projet de loi
pour des parents... une femme qui porte un
enfant pour des parents d'intention domiciliés au Québec, une femme non
domiciliée au Québec qui porterait un enfant pour des parents d'intention au
Québec, mais il n'y a pas de disposition pour une femme domiciliée au Québec
qui porterait un enfant pour des parents non domiciliés au Québec.
M. Morin :
D'accord. Je vous remercie. Et dernière question :
Dans le projet de loi, l'article 13, dans l'article 538, on
parle de la procréation assistée, on parle d'insémination artisanale ou par
relation sexuelle. Et, en fait, je dois vous dire que je
comprends très bien, je conçois bien les trois cas de figure, mais moi, je suis
un petit peu arrêté sur la terminologie «insémination artisanale». Est-ce que
ce ne serait pas préférable de parler de procréation artisanale ou, si le mot
«insémination», avec votre expérience, vos connaissances, ça ne pose pas de
problème?
Mme Cordeau
(Louise) : Ce n'est pas un élément qu'on
a... qui nous a paru problématique, là.
Président (M. Bachand) : Merci. D'autres
questions du côté de l'opposition? Est-ce qu'il y a d'autres questions? Sinon,
M. le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti :
Oui, j'ai un peu plus trois minutes, c'est ça?
Président (M. Bachand) : ...vous avez du
temps.
M. Zanetti :
OK, parfait. Justement, sur cette question-là, la question de qu'est-ce qui
arrive si le contrat, en quelque sorte, n'est pas respecté, bon, on suppose que
ce qui a été dit, c'est-à-dire, si le contrat n'est respecté, eh bien, dans ce temps-là, les parents d'intention ne
seront pas reconnus comme tels, c'est un peu comme un encadrement pour
avoir un incitatif à respecter le contrat, mais vous dites : Il y a un
effet pervers à ça parce qu'on peut créer plus de problèmes à la mère porteuse,
bon.
Comment est-ce qu'on
pourrait encadrer autrement? Puis qu'est-ce que vous proposeriez qui arrive...
Dans le fond, c'est que, si le contrat n'est
pas respecté, il faudrait que, peu importe, que le contrat soit respecté ou pas,
les parents d'intention seront toujours reconnus comme tels. Non? OK.
Bien, je vous laisse développer là-dessus.
Mme Julien (Mélanie) : En
fait, on fait plutôt référence, non pas au respect du contrat... on fait plutôt
référence aux dispositions générales à tout
projet impliquant une grossesse pour autrui. Ce sont les dispositions qui sont
énumérées, là, au début de la
section sur les
grossesses pour autrui dans le projet de loi n° 12. Alors, si l'une ou
l'autre de ces dispositions générales là ne sont pas respectées... n'est
pas respectée, le projet parental impliquant une grossesse pour autrui ne
serait pas reconnu, auquel cas, nous, notre interprétation du projet de loi,
c'est qu'automatiquement ce serait la femme porteuse qui serait reconnue comme
étant la mère légale de l'enfant.
On ne dit pas
qu'automatiquement, dans ces cas-là, il devrait toujours y avoir filiation
reconnue envers les parents d'intention,
mais on dit, d'une part, prévenons, en amont, de s'assurer du respect des
dispositions générales puis, en aval, offrons la possibilité à une femme
porteuse, qui... en fait, une femme qui a porté un enfant pour autrui alors que
l'une ou l'autre des dispositions générales n'ait pas été respectée, qu'elle
puisse se tourner vers un tribunal pour demander de faire modifier la
filiation, porte de sortie qu'on n'a pas trouvée dans le projet de loi
n° 12, donc, pour éviter que le fardeau... qu'il soit trop lourd sur la
femme porteuse qui aurait été dans cette situation-là.
M. Zanetti :
Dans le fond, l'idée, c'est de lui permettre de... je ne suis pas sûr de
bien saisir, là, lui permettre de faire modifier la filiation pour se désigner
comme mère si elle le veut, mais pas que ce soit fait d'office, c'est ça?
Mme Julien (Mélanie) : Nous,
ce qu'on comprend, c'est que, d'office, ce serait elle qui serait reconnue
comme étant la mère légale. Alors, on
demande à ce qu'elle puisse faire modifier cette filiation-là pour qu'elle soit
établie à l'égard de... et peut-être effectivement les parents d'intention,
ou autre... Ce serait au tribunal, là, d'établir quelle serait la meilleure...
la meilleure façon de reconnaître cet enfant-là.
M. Zanetti : OK, parce que c'est ça,
il ne faut pas que l'enfant tombe sans filiation, mais, dans le fond, ce
serait... on remettrait ça entre les mains du tribunal au lieu de le prévoir
dans la loi à l'avance.
Mme Julien
(Mélanie) : Parce que ce qu'on comprend, c'est que la femme, dans ces
cas de figure là, elle pourrait toujours se tourner vers l'adoption générale,
elle pourrait vouloir confier l'enfant en adoption générale, sauf que, s'il y a
un parent, un père d'intention dont le nom figure à l'acte de naissance, il
pourrait s'opposer à ce que la femme porteuse confie cet enfant-là à l'adoption
générale. Alors ça peut créer certaines situations délicates, de sorte que ce
qu'on souhaite, c'est que la femme puisse se tourner, dans ce cas de figure là,
vers un tribunal pour exposer la situation puis qu'il y ait une meilleure
décision qui soit prise, plutôt qu'il y ait un automatisme puis qu'on ne puisse
pas changer cette filiation-là.
M. Zanetti :
OK. Parce que... Est-ce que ça arrive, par exemple? Bien, je comprends
aussi que ces choses-là sont peu
documentées, surtout quand ce n'est pas encadré, puis tout ça, là, mais est-ce
qu'on pense que... Est-ce que, par exemple,
là, le fait de, pour une mère qui décide, finalement : OK, non, ça ne
marche plus avec les parents d'intention, là, je vais donner l'enfant en
adoption. Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est un scénario qui arrive?
Puis est-ce que c'est comme une situation dans laquelle on ne veut pas obliger
les femmes à se retrouver, finalement?
Mme Cordeau
(Louise) : Bien, il ne faudrait pas que la
filiation soit reconnue à l'égard du père. Pour qu'elle puisse dire : Je souhaite que mon enfant soit adopté, que
je n'aie pas de filiation à son égard, il ne faut pas non plus qu'il y
ait une filiation à l'égard d'un des parents d'intention.
M. Zanetti :
OK, je comprends.
Mme Cordeau (Louise) :
Et c'est là que ça devient extrêmement délicat.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci beaucoup. Mme la
députée de Vaudreuil.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président. J'ai seulement une petite question à aborder avec vous, on en a
parlé quand même... C'est ça quand on est la dernière, là, on a souvent déjà
abordé plusieurs des sujets. Vous parlez... on parlait de rendre disponibles
les données, les données anonymes, là, sur les GPA pour les fins de recherche,
entre autres. Vous voyez ça comment? Un registre ou...
Mme Julien (Mélanie) : Bien, en
fait, avec le projet de loi, dans le projet de loi n° 12, il y a déjà une
responsabilité qui est confiée au ministre de l'Emploi et de la Solidarité
sociale de tenir un registre sur ces projets-là qui impliquent la contribution d'une tierce personne. Il est également
prévu au projet de loi de permettre à un tribunal de rendre accessibles
les données anonymisées issues de ce registre-là à des fins de recherche.
Nous, ce que le conseil, on dit, c'est qu'il ne
faut pas juste permettre à un tribunal d'autoriser l'accès à ces données-là, il faut qu'il y ait un engagement qui
soit pris pour qu'on ait accès à de telles données, pour pouvoir suivre
l'évolution de la situation. Par ailleurs, on sait que le ministère... le
ministre de la Santé et des Services sociaux doit rendre publiques des données
issues des centres de procréation assistée dans son rapport annuel de gestion,
données que... On est toujours en attente, on devrait éventuellement les voir
figurer dans le rapport annuel du ministère de la Santé et des Services
sociaux, mais ces données-là sont uniquement liées aux centres de procréation
assistée, alors qu'on sait qu'il y a des grossesses pour autrui qui ne passent
pas... des enfants qui sont conçus sans passer par la fécondation in vitro.
Alors, le registre serait beaucoup plus complet.
Alors, on se dit que ces données-là devraient être accessibles à des fins de
recherche, et qu'on soutienne la recherche, en fait, sur ce phénomène-là pour
en suivre l'évolution au Québec, puis qu'on puisse s'ajuster aux besoins nos
législations.
Mme Nichols : Donc, on comprend
qu'on devrait définir qui aurait accès... on comprend, c'est pour les fins de
recherche, là, évidemment, là, mais de mieux définir qui aurait accès.
Mme Julien (Mélanie) : De s'engager,
en fait, à les rendre accessibles à des fins de recherche.
Mme Nichols : Parfait. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Me Cordeau,
Mme Julien, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui, c'est très,
très, très apprécié.
Sur ce, je suspends les travaux jusqu'à
15 heures. Bon lunch. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
Le Président (M.
Bachand) : Bon après-midi. À l'ordre, s'il
vous plaît! La commission reprend ses travaux. Alors, nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 12, Loi portant sur la réforme du
droit de la famille en matière de filiation et visant la protection des enfants
nés à la suite d'une agression sexuelle
et des personnes victimes de cette agression ainsi que les droits des mères
porteuses et des enfants issus d'un projet de grossesse par... pour
autrui.
après-midi, nous entendrons le Barreau
du Québec, le Regroupement québécois
des centres d'aide et de lutte contre
les agressions à caractère sexuel, la Chambre des notaires, mais il nous fait
plaisir à commencer avec Me Sylvie Schirm,
accompagnée de Me Tremblay. Alors, bienvenue à la commission. On est très
content de vous avoir avec nous. Alors,
je vous laisse la parole pour votre présentation. Après ça, on aura un échange
avec les membres. Merci beaucoup.
Mme Schirm
(Sylvie) : Alors, bonjour, tout le monde. M. le ministre,
membres de la commission, tout d'abord, nous vous remercions sincèrement
pour l'invitation. C'est toujours un honneur de venir à cette institution
qu'est l'Assemblée nationale, là où les lois sont conçues, et on espère pouvoir
humblement aider à l'accouchement de ce projet de loi n° 12. On a déjà
exposé notre position sur la question des mères porteuses dans notre mémoire
qui a été produit en décembre 2021. Alors, aujourd'hui, on voudrait vraiment
porter des commentaires sur ce qu'on appelle la loi Océane.
Les juristes
qu'on est, on a souvent une tendance de rester un peu ancrés dans le cadre
législatif existant, d'essayer d'interpréter et de travailler avec
qu'est-ce qui est sur la table, mais il faut quand même rester ouvert aux
réalités de notre société qui est en mouvance constante. Personne ne conteste
que la législation ne suit pas toujours la société à la
même vitesse, mais nous ne devons pas craindre d'entamer des changements et des
modifications à notre loi, car le droit doit
être au service des justiciables et non pas l'inverse. Ici, dans cette enceinte
qu'est l'Assemblée nationale, nous devrons être plus que jamais à
l'affût des besoins des justiciables et ne jamais oublier ce devoir. Cela nous
amène, donc, à faire des changements dans notre loi, des changements qui
peuvent être considérés comme avant-gardistes, innovateurs, mais qui peuvent
aussi causer des remous.
Nul ne peut contester le fait que le Québec
entier a été outré de la situation d'Océane, outré du fait qu'une victime de
viol doit composer pour le reste de sa vie avec son agresseur, outré que cet
agresseur puisse demander des droits à l'égard de l'enfant né de ce geste
odieux, outré que notre Code civil ne prévoyait pas la protection pour une
telle situation. Et qui est la victime? Outre la mère qui a subi le viol,
l'enfant est aussi victime de cette situation. Comment ne pas considérer l'impact que cela peut avoir, que cette
relation peut avoir sur l'enfant? Obliger la mère de mettre de côté la violence qu'elle a subie afin de
permettre une relation père-fils dans une telle circonstance est
inacceptable. Ce projet de loi protégera d'abord et avant tout l'enfant de
cette situation et lui donnera également les pouvoirs.
Je désire souligner le fait que notre
intervention ici se fait à
titre de praticiennes sur le terrain. Ce sont les avocats en droit de la famille qui traitent toutes
ces questions devant les tribunaux et en conseillant nos clients et
clientes. C'est nous qui voyons la réalité dans la vie quotidienne des
justiciables. À première vue, l'un pourrait conclure que le recours en
déchéance d'autorité parentale serait une solution disponible à la mère d'un
enfant issu d'une agression sexuelle, surtout suite à la modification qu'on a
eue de l'article où on a ajouté la question de la violence, mais ce n'est pas nécessairement la solution appropriée à
un tel cas. Un recours en déchéance maintient le lien de filiation entre
l'enfant et l'agresseur, mais surtout préserve à l'agresseur le pouvoir de
demander la révision du jugement en cas de déchéance de l'autorité parentale.
Donc, la femme victime aura ainsi à encore une fois faire face à son agresseur
dans le cadre d'un litige, qui peut s'avérer fort acrimonieux et même
répétitif, car l'agresseur a comme but de contrôler sa victime et de continuer
d'exercer ce contrôle.
De plus, nous
comprenons également qu'en l'absence du lien de filiation seul celui qui commet
une agression sexuelle aura une obligation alimentaire. On parle ici de
l'indemnité envers l'enfant, mais non l'inverse. En matière de déchéance de l'autorité parentale, la situation
sera différente, puisque le tribunal a le pouvoir d'en décider
autrement. Et cette dispense pour l'enfant envers son père pourrait être levée
après sa majorité. Nous croyons, donc, que la protection du nouveau recours
prévu au projet de loi n° 12 est meilleure pour l'enfant issu d'une
agression sexuelle pour ainsi éviter que l'agresseur puisse demander des aliments
à l'enfant issu de son crime.
Enfin, en tant qu'avocate oeuvrant exclusivement
en droit de la famille, nous désirons porter... attirer votre attention sur le
fait que le nouveau recours permettant de contester la filiation puisse être
utilisé à mauvais escient. En effet, devant
le peu et sinon l'absence de balises législatives quant au fardeau de preuve de
la
partie demanderesse, le contexte du litige familial découlant d'une
séparation est propice à l'utilisation de ce recours par une mère désirant s'approprier de l'enfant comme un des moyens pour
ostraciser le père de sa vie. Nous sommes réalistes que cette
possibilité existe, mais c'est exact que
cette possibilité existe aussi par le biais de la déchéance de l'autorité
parentale, mais nous croyons pertinent de soulever cette possibilité.
Évidemment, il s'agira d'une question de preuve, et nous sommes rassurées que
le tribunal doit trancher dans l'intérêt de l'enfant.
En ce qui a
trait à la responsabilité financière visant les besoins d'un enfant issu d'une
agression sexuelle, nous saluons la décision du ministre de la Justice
de mettre en place des mesures pour minimiser les interactions entre la femme
ayant été victime d'une agression sexuelle et son agresseur. En effet, le
paiement d'un montant forfaitaire permettra de limiter au minimum les interactions
concernant les aliments dus à un enfant. Et on sait très bien que, dans le cas
de déchéance, l'obligation alimentaire est toujours là. Donc, la porte est
ouverte à des modifications ou des retours à la cour, des demandes de
changement, des demandes d'annulation, des demandes de non-paiement, qui, donc,
va faire en sorte que le litige va se maintenir et que les relations entre
l'agresseur et sa victime vont forcément être toujours là, devant les
tribunaux.
Cependant, en tant que praticiennes... parce que
la première chose qu'on fait quand on regarde une loi ou une disposition, c'est de dire : Et comment
est-ce qu'on va faire ça? Qu'est-ce qu'on va plaider? Nous constatons
l'absence de critères, ou de facteurs, ou de
balises permettant de déterminer l'indemnité ainsi payable. Alors, on comprend
qu'on parle d'une indemnité et non pas d'une pension alimentaire, mais ceci
laisse présager des litiges sur les questions, à savoir : Dans quelle
mesure les moyens financiers de la mère seront considérés? Dans quelle mesure,
l'indemnité, est-ce qu'elle est liée ou non
à la capacité de payer du débiteur? Le cas échéant, est-ce qu'on pourrait tenir
compte, et, si oui, dans quelle mesure, des contributions que le
débiteur aurait effectuées au besoin de l'enfant antérieurement à la demande?
Comment évaluer les besoins d'un enfant jusqu'à l'atteinte de son... autonomie?
Et on sait que c'est fini, le temps de
18 ans pour l'autonomie d'un enfant. Et, si c'était le cas, il y a 25 ou
30 ans, aujourd'hui, on sait très bien que l'autonomie d'un enfant
peut aller jusqu'à au moins, minimalement, le premier bac. Donc, on parle d'une
période qui est quand même assez longue. Est-ce qu'une preuve d'expert sera
nécessaire ou une preuve actuarielle, ce qui, évidemment, va alourdir le
processus pour arriver à ce... à établir l'indemnité?
Alors, nous craignons qu'en l'absence de barèmes
législatifs s'instaurera une importante disparité dans les indemnités accordées
dans les différents dossiers. Alors, nous recommandons l'adoption par le
législateur d'un règlement d'application prévoyant des barèmes de... quantums,
pardon, d'indemnités, que nous présumons être sans impact fiscal, mais lesquels
ne tiendraient pas compte des revenus ni du parent créancier ni ceux du
débiteur.
je veux rappeler, c'est en 1997 qu'on a modifié la loi, parce qu'auparavant,
malheureusement, je suis assez vieille pour m'en rappeler, auparavant,
on plaidait la pension alimentaire des enfants avec des budgets, on faisait un
budget de l'enfant. Alors, il y avait des jugements qui variaient énormément,
et c'est pour ça qu'on a instauré les tables, ce qui
permettait d'avoir une certaine égalité selon les revenus des parents. Alors,
il ne faut pas oublier ce phénomène-là, et il faut éviter que cela se
reproduise dans le cas de l'indemnité.
D'autre
part, on comprend que le projet de loi prévoit la possibilité de modifier
l'indemnité, mais uniquement en cas
de changement important dans l'état de santé de l'enfant, en raison des
circonstances inconnues ou imprévisibles lors de son établissement initial. Alors, nous soumettons qu'il existe
plusieurs facteurs, outre ceux reliés à la santé de l'enfant, qui
risquent de survenir de manière imprévue et influer sur ses besoins. Nous ne
croyons pas qu'il faille limiter la possibilité de révision de l'indemnité
uniquement à des cas découlant de... des soucis de santé de l'enfant. Nous
recommandons de prévoir plutôt, de manière générale, que, s'il survient un
changement important en raison de circonstances
inconnues, imprévues ou imprévisibles au moment du jugement, il sera possible
pour l'enfant de demander au tribunal d'ordonner le paiement d'une
indemnité supplémentaire.
Finalement,
l'indemnité qui est prévue ici est clairement prévue au bénéfice de l'enfant
issu d'une agression sexuelle, mais est
payable à sa tutrice légale, soit à la victime de l'agression. Pour éviter tout
conflit quant au véritable créancier de l'indemnité, nous recommandons
de mentionner, dans le texte des articles 542.33 et 542.34, qu'il s'agit
d'un «recours exercé pour l'enfant mineur par la victime d'agression sexuelle à
titre de tutrice légale», de la même façon qu'on le fait dans 586, CCQ.
Alors, nous espérons
que nos commentaires et suggestions peuvent aider le législateur à adopter la
législation actuelle, le tout dans le meilleur intérêt des enfants du Québec.
Merci.
Président (M. Bachand) : Merci infiniment.
Donc, M. le ministre, vous avez la parole.
M. Jolin-Barrette :
Oui, merci, M. le Président. Bon après-midi, Me Schirm, Me Tremblay, merci
beaucoup d'être présents à nouveau en commission parlementaire. Vous êtes
assidues sur le droit de la famille, alors c'est toujours un plaisir de vous
recevoir.
Bien, parlons-en,
justement, de cette indemnité-là. Je comprends que vous souhaiteriez qu'on
vienne donner un pouvoir habilitant au
règlement pour déterminer par voie réglementaire quelles devraient être les
modalités financières associées à cette indemnité-là pour répondre aux
besoins de l'enfant.
Mme Schirm
(Sylvie) : Je crois que... peut-être qu'est-ce qu'on devrait avoir,
c'est un genre de barème, et là je ne suis
pas actuaire, mais peut-être qu'il y aura lieu de regarder un peu qu'est-ce
qu'on fait au niveau des accidents du travail,
qu'est-ce qu'on fait ailleurs dans notre législation pour établir les montants
d'indemnité, mais le but, c'est d'éviter non seulement la disparité dans
les jugements, là, mais aussi d'éviter le retour à la cour de façon incessante
et d'éviter également qu'on puisse avoir une situation d'inégalité face à des
parents qui ont des moyens différents. Et donc
le barème va aussi éviter, surtout, la nécessité d'une preuve d'expert, parce
que, sinon, comment est-ce que je vais venir à la cour puis dire :
Voici combien coûte mon enfant et voici qu'est-ce que je prévois que le coût
d'un enfant peut avoir pour les prochains 20 ans ou 25 ans, peu
importe?
C'est
vraiment dans cet aspect-là qu'il faudra regarder peut-être un barème selon les
revenus des... Est-ce qu'on tient
compte des revenus? Est-ce qu'on tient compte de la situation de l'enfant?
C'est toujours un risque en faisant ça, parce que l'indemnité ne
signifie pas des aliments, l'indemnité, c'est payer pour compenser un geste.
Alors, c'est...
M. Jolin-Barrette : Oui, parce que c'est tout
le défi que nous avions de faire en sorte d'indemniser adéquatement, mais, puisque... En fait, cette mécanique-là va
rentrer en vigueur à partir du moment où il n'y a pas de lien de
filiation qui s'établit. Puis là, nous, ce
qu'on souhaitait faire, ce n'était pas de pénaliser financièrement la mère de
l'enfant rattachée à ça, mais on ne veut certainement pas qu'il y ait
une relation continue entre l'agresseur et la mère. Donc, on souhaitait que ce
soit un montant unique, forfaitaire, révisable, si jamais il arrivait quelque
chose dans la vie de l'enfant, mais pas à chaque année ou à chaque deux ans.
L'idée, c'est de faire en sorte : on règle les affaires une fois, au moment
où madame s'oppose à l'établissement de la
filiation. Dans les scénarios alternatifs qui sont à la... en matière de
disponibilité des scénarios, il y a toujours
la possibilité pour madame aussi d'établir la filiation, mais d'avoir le
recours en déchéance de l'autorité parentale, qui est facilité dans le
cadre du projet de loi qu'on met. Mais ce n'est pas simple de trouver une
solution pour répondre à cette problématique-là. J'étais curieux de savoir
si... Est-ce que, dans votre pratique, vous avez déjà été confrontées à une
situation similaire?
Mme Schirm
(Sylvie) : Non, mais des sommes globales pour enfants, qui sont très
rares, qui sont très rares, on en a déjà plaidé. Il y a une réticence des
tribunaux, je dirais, parce qu'il y a en place un régime de pension alimentaire. Alors, sommes globales pour un
enfant, ça existe, mais il faut quand même l'évaluer. Il faut tenir
compte... De toute façon, la pension alimentaire des enfants est non imposable,
ça fait que ça ne change pas rien au niveau fiscal, mais on... c'est difficile
pour les tribunaux de pouvoir évaluer un montant en remplacement d'une pension
alimentaire. Alors, des sommes globales pour enfants, la jurisprudence est très
pauvre à ce niveau-là.
Et c'est sûr que,
dans ce cas-là, dans les... parce que c'est une question alimentaire pour
l'enfant, on va certainement évaluer les capacités de payer des deux parents et
les besoins de... et le niveau de vie, là, si vous voulez, de l'enfant chez les deux parents. Alors, c'est
pour ça que la première question qui nous est soulevée, c'est : OK,
l'indemnité, qui va le décider? Comment? Est-ce qu'on va laisser les tribunaux
arriver à des principes ou établir un certain principe? Peut-être. Ça va
prendre quand même du temps, puis il risque d'y avoir une disparité. Donc, je
pense qu'on a besoin, peut-être, un peu plus autour...
M. Jolin-Barrette : ...de
règlement.
Mme Schirm
(Sylvie) : Oui, oui, oui, pour pouvoir guider les tribunaux dans ce
sens-là.
M. Jolin-Barrette :
Parce que, vous le dites bien aussi, la difficulté avec ça, c'est de
prévoir l'avenir. Parce que, dans l'éventualité où, supposons, c'était lié au
revenu des parents, bien, le revenu qui est au jour un n'est pas le même qu'au
jour 10, mais l'indemnité va être donnée au jour un l'année, supposons, où
ça... le recours va être entrepris devant le
tribunal. Puis il n'est pas révisable, il serait révisable uniquement pour une
question de santé de l'enfant ou pour un motif important. Donc, c'est
tout le défi, mais je retiens votre suggestion de donner un pouvoir habilitant
au ministre pour établir des lignes directrices pour guider. Je pense que c'est
sage, c'est une suggestion qui est sage.
Je voulais vous
demander, la... lorsqu'on parle de grossesse pour autrui, puis le sujet va
venir dans le cadre des consultations, je voudrais savoir ce que vous pensez de
la pluriparenté. Le fait qu'il y ait... Dans le projet de loi, on limite à uniquement deux parents. Qu'est-ce que
vous pensez des situations où il y a certains groupes qui vont nous
demander d'élargir et d'avoir plus de deux parents? Donc, ça veut dire
l'autorité parentale qui est détenue par plus de deux parents, trois, quatre,
cinq, six.
Mme Schirm (Sylvie) : Écoutez,
c'est... pour les praticiens en droit de la famille, pour nous, là, c'est
inquiétant, inquiétant parce qu'on voit la situation, évidemment, quand ça ne
va pas bien. Moi, je n'ai pas des gens qui vont très bien, puis ils sont heureux dans mon bureau. J'ai des gens où le litige,
le conflit de garde existe. Et c'est les conflits les plus difficiles, les plus pénibles, souvent très
dispendieux, très déchirants et émotivement difficiles pour tout le
monde. Moi, je trouve qu'on demande déjà beaucoup à nos enfants avec la
question de la garde partagée, par exemple, entre deux parents. Et je ne suis
pas contre la garde partagée, mais je pense que nos enfants ont de la
résilience, mais il y a une limite aussi à qu'est-ce qu'on peut faire.
La situation de la
pluriparenté, la triparenté, c'est qu'on fait quoi quand il y a un litige et
quand le couple, ou les trois personnes, ou
les quatre personnes ne sont plus ensemble et ne vivent plus en harmonie?
Alors, on va partager cet enfant-là de quelle façon? Et, quand je parle
de partager, ce n'est pas juste le temps ou le calendrier, je parle aussi de
comment on va partager les décisions, comment on va partager l'autorité
parentale. Qui va choisir le médecin? Qui va choisir l'école? Qui va décider
quelles sont les activités que cet enfant va faire? Tout ça, déjà, quand il y a
deux parents séparés, c'est un défi. Il y a des gens qui réussissent à
s'entendre, tant mieux, mais cet enfant-là est déjà demandé de s'adapter à deux environnements différents, avec souvent des
règles différentes, avec les familles recomposées, avec les nouveaux
conjoints, nouvelles conjointes, et là on va ajouter une troisième personne qui
va participer à la décision. Et c'est qui
qui va décider? C'est deux vont voter contre un? Un contre... Qui va prendre la
décision importante dans la vie de cet enfant-là? On va le partager
comment? On va faire quoi avec Noël? On va faire quoi avec l'été? C'est ça, la
réalité que nous, on voit. Puis je comprends que quelqu'un peut dire :
Bien, moi, j'agis comme parent et je veux être sur le certificat de naissance,
mais, si on veut être sur un certificat de naissance, c'est parce qu'on veut
exercer des droits. Et, si on veut exercer des droits, dans ce cas-là, c'est
parce qu'on prévoit que, peut-être un jour, il y aura une rupture et que,
peut-être un jour, la famille heureuse sous le même toit n'existera plus.
Alors, il faut
vraiment regarder ça du point de vue de l'enfant. Et je vous dirai que je
mettrai quiconque au défi de voir comment cela pourrait être géré. Je ne sais
pas comment un tribunal pourrait en juger, à partager entre trois ou entre
quatre des décisions de tous les jours. Et cet enfant-là va vivre à combien
d'adresses? Puis le litige, quand il est là... Si tout va bien et même si on se
sépare en harmonie, on n'a pas besoin d'un jugement puis on n'a pas besoin d'un
certificat de naissance. Et, si ça ne se passe pas comme ça, bien, il faut
penser à l'enfant qui va vivre au centre de ce litige-là. C'est le plus
difficile, c'est le plus dommageable, pour l'enfant, de vivre cette
situation-là de conflit parental. Alors, imaginez un troisième qui s'ajoute à
ça. Je vous dirai que je ne crois pas que c'est dans l'intérêt de l'enfant de
permettre cette situation-là.
Mme Tremblay (Marie-Elaine) : Et,
si vous me permettez, ce qu'on entend beaucoup, c'est, bien, si, effectivement
il y a un projet parental... disons que c'est trois, là, parce qu'on peut se
poser la question, on arrête à combien, mais présumons
que c'est trois, le troisième parent qui ne serait pas sur le certificat, ce
qu'on entend, c'est : Oui, mais, s'il y a rupture de ce milieu
familial là, l'enfant va perdre contact avec moi, alors que, dans les faits, ce
qu'on sait, c'est qu'il existe des recours. Si, effectivement, il n'y a pas
d'entente puis qu'une personne serait évacuée parce qu'elle n'est pas sur le
certificat de naissance, il existe des recours, des droits d'accès pour des
tiers. Ça existe déjà. On n'a pas besoin de rajouter un parent sur un
certificat de naissance pour pouvoir permettre ça.
Mme Schirm (Sylvie) :
Et cette personne-là ne fera pas
partie aux décisions, et donc, au moins,
on va limiter le conflit le plus possible.
M. Jolin-Barrette :
Excellent. Écoutez, je vous remercie pour votre présence en commission. Je
sais que j'ai des collègues qui veulent vous poser des questions. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Bachand) : Merci. Alors, il reste six... un peu plus de six minutes. Mme la députée
de Laval-des-Rapides.
Mme Haytayan :
Merci. Merci, M. le Président. Merci à vous deux pour votre temps, très
intéressant. Une question par rapport à l'autonomie décisionnelle de la femme.
Donc, la personne porteuse pendant la grossesse, pendant le projet de GPA, à
votre avis, est-ce que vous croyez que cette personne est protégée à toute
étape de la GPA? Est-ce que c'est suffisamment encadré, selon vous?
Mme Schirm (Sylvie) :
Nous, on avait recommandé qu'il y
ait des consultations avec des avocats, mais, justement...
Mme Tremblay (Marie-Elaine) : Avant,
avant la...
Mme Schirm (Sylvie) : ...avant,
avant la conception, avant, justement, pour permettre à tout le monde, dans ce
projet-là, d'avoir une opinion, d'avoir une consultation privée sur la
question. Parce que peut-être qu'il y a des questions qu'on veut poser qu'on
n'osera pas poser devant... en présence de la mère porteuse, parce que,
justement, on est dans une situation où on ne veut surtout pas du conflit puis
on veut amener tout ça à terme.
Moi, je
trouve qu'où est-ce qu'elle est protégée c'est le fait de pouvoir mettre fin à
la grossesse en tout moment, entièrement. Ça, je trouve que c'est
important puis je trouve qu'on ne devra certainement pas changer ça. Nous, on
avait suggéré que, vu toutes les étapes de cette démarche-là qui doivent être
faites même avant la conception, on considérait
qu'il y avait suffisamment de temps pour la mère de donner son consentement à
ce projet-là et on considérait que le fait qu'elle puisse le retirer
dans les sept à 30 jours... pas avant sept jours puis dans les
30 jours, on considérait que cela était... n'était pas nécessaire à cette
étape-là, vu qu'on pense... Bon, bien, on a l'idée de le faire, on a les
rencontres, on a la rencontre avec le notaire, on a... si c'est un cas
d'insémination, tout qu'est-ce que... Cela prend du temps. Alors qu'on trouvait que le temps était suffisant pour que la
mère porteuse ait le temps de réfléchir à ça, qu'elle n'avait pas besoin d'un autre délai, mais c'était
ça, notre opinion, à l'époque, et ce l'est encore aujourd'hui, mais je
crois que... le fait qu'elle puisse, elle,
décider de mettre fin à la grossesse, c'est... on n'a absolument rien contre
cette démarche-là.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme la députée de
Vimont, s'il vous plaît.
Mme Schmaltz : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. J'ai une question concernant la... le laps de
temps qu'on accorde dans une dénonciation. Je m'explique. Souvent, des femmes
vont prendre quelques années, ça peut arriver qu'elles ne vont pas dénoncer
immédiatement leur agresseur, pour toutes sortes de raisons, parce que ça peut être un viol conjugal, parce que ça pourrait
être une agression qui est arrivée, puis, pour toutes sortes de raisons,
elles ne vont pas le dénoncer. Est-ce que
vous pensez qu'il y a un laps de temps qu'on doit encadrer avant qu'une
dénonciation puisse se faire? Je pense que la loi l'autorise, il n'y a pas de
date.
Mme Schirm (Sylvie) : Il n'y a
pas de date. Je pense que non. Je pense que, de toute façon, il faut considérer
que tout ça est relié à un enfant, hein?
Alors, le laps de temps, à mon avis, ne devrait pas exister pour faire ce
recours-là, justement dans le contexte dans lequel on sait que les femmes ne
portent pas toujours plainte, que ce n'est pas tous les viols qui sont
dénoncés, que ce n'est pas toutes les agressions qui sont dénoncées.
C'est certain qu'au niveau de praticiens sur le
terrain c'est une question de preuve, hein, puis c'est une question de la parole de l'un contre la parole de
l'autre, un peu comme la violence conjugale. Sauf qu'en cas de violence conjugale, quand c'est répétitif, etc., parfois on
a des témoins, ou on a des dossiers médicaux, ou on a d'autres choses.
Ça se peut qu'on ait un dossier médical ou ça se peut qu'on n'en ait pas.
Alors, à mon avis, on ne devrait pas avoir un laps de temps pour faire cette
démarche-là, mais ça va jusqu'à la majorité de l'enfant, de toute façon.
Mme Tremblay (Marie-Elaine) : Et
ça va jouer, je présume, aussi dans l'appréciation de ce qui est dans l'intérêt de l'enfant ou de ce qui ne l'est pas.
Si, par exemple, c'est dénoncé alors que l'enfant a 14 ans, bien, de
toute évidence, ça va avoir des répercussions sur sa vie si lui a été en
contact avec son père.
Mme Schmaltz : Donc, est-ce
qu'on peut envisager qu'à partir d'un certain âge ce n'est pas